Colombie: Comprendre que la guerilla est un cancer et résister au chantage de Chavez

Chavez-Chomsky connection

En principe cela ressemblerait à un organisation criminelle (…) La prise d’otages est un crime de lèse-humanité. Je suis très préoccupée par le fait qu’ils disent qu’ils sont l’armée du peuple et on voit qu’ils entraînent des gens à la prise d’otages. Clara Rojas

D’après nos chiffres, le nombre de combattants armés est passé de 16 900 en 2000 à 8 900 aujourd’hui. (…) La perte du contrôle de leur territoire, conséquence de la hausse des effectifs de policiers et de militaires et du perfectionnement de la capacité de feu de l’armée colombienne, a porté un coup fatal aux FARC dans la majorité du pays. Et la multiplication des désertions est sans doute le phénomène le plus flagrant : d’août 2002 à novembre 2007, 8 221 hommes des FARC ont déserté, dont 118 occupaient des postes importants au sein de l’organisation. Le nombre de guérilleros tués au combat est également éloquent. Selon une source officielle, 1 891 hommes ont été abattus en 2005, et 2 184 en 2006. A en croire notre informateur, en 2007, de janvier à la mi-novembre, 2 717 membres des FARC sont morts dans les combats. Cambio

L’unique objectif de ce projet est de renverser par la voie militaire le gouvernement de Bogotá. (…) depuis quelques années, l’organisation n’a rien fait d’autre que se livrer au narcotrafic, attaquer la population civile, effectuer des enlèvements, utiliser la force sans le moindre discernement et violer les règles de la guerre : autant de pratiques qui correspondent parfaitement et incontestablement à la définition du terrorisme pour la communauté internationale. (…) Chávez a une notion dilatée du temps, un peu comme les FARC, et pense pouvoir garder le pouvoir assez longtemps pour consolider sa révolution bolivarienne. Il joue sur le long terme et, depuis sa réussite dans la libération de Clara Rojas et Consuelo González, il cherche à prendre la température dans un contexte qui va bien au-delà du seul échange humanitaire: celui d’un véritable processus de paix en Colombie, soit avec le gouvernement d’Alvaro Uribe si les choses s’accélèrent, soit avec le gouvernement qui lui succédera en 2010 et qui pourrait d’ailleurs (qui sait ?) être de gauche, une gauche pas forcément pro-Chávez, mais qui serait en tout cas bien moins hostile que le gouvernement d’Uribe. Terra magazine

L’infiltration des FARC dans l’armée montre que la guérilla n’est pas seulement paysanne et qu’elle pratique des méthodes sophistiquées de renseignements grâce aux universitaires et aux professionnels qu’elle a formés avec patience. Semana

A l’heure où, après une première libération de deux des centaines d’otages encore retenus par des trafiquants de chair humaine minés par les désertions et les pertes, le président colombien Uribe vient, au début de sa tournée européenne, de tenter de convaincre un Nicolas Sarkozy qui n’a toujours pas renoncé à la carte du tyranneau Chavez …

Il faut lire la très complète remise des pendules de notre confrère Philippe Convers pour comprendre que la guerilla est un véritable cancer.

Mais qu’elle est surtout un cancer (malgré les infiltrations) en pleine régression et donc que c’est moins que jamais le moment, comme y invitent un Chavez jouant lui-même la continuité de son régime et ses légions d’idiots utiles, de relâcher la pression sur eux:

La Colombie, au-delà des clichés
Philippe Convers

Alors que le président Uribe entame ce lundi une visite en Europe et que son pays ne fait provisoirement plus la une des journaux français, il m’a semblé utile de donner à tous les curieux quelques éléments d’information et de réflexion. En reprenant les questions lues ou entendues. A quoi ça ressemble, la Colombie ? La Colombie fait deux fois la taille de la France. C’est le seul pays d’Amérique du Sud qui bénéficie de deux façades maritimes, sur la mer des Caraïbes au nord et sur l’océan Pacifique à l’ouest. Coupé en diagonale par les trois branches de la cordillère des Andes, le pays est aux deux tiers sud-est quasi vide (les départements à l’est des Andes, qui couvrent environ 60 % du territoire, rassemblent à peine 6% de la population). Peuplée d’un peu plus de 42 millions d’habitants, la Colombie est le deuxième pays le plus peuplé d’Amérique du sud et le troisième d’Amérique latine. Il n’y a depuis longtemps presque plus d’Indiens (moins de 2%). La population colombienne est essentiellement constituée de métis. Les noirs et les blancs non mélangés sont minoritaires. Quelle est son histoire politique ? A très grands traits, la Colombie prend son indépendance comme les autres pays de la région au début du XIXe siècle. Elle est dès son origine divisée entre les factions proches de Bolivar, qui rêve d’un ensemble vaste, une Grande Colombie alliée à l’Eglise et capable de rivaliser ou de tenir tête aux Etats-Unis, et celles qui se reconnaissent dans les discours de Santander, fédéraliste et assez violemment anti-clérical. Les partisans de Bolivar donneront naissance au parti conservateur, ceux de Santander au parti libéral. Au fil du temps, cette filiation s’atténuera. Les conservateurs sont présumés être un peu plus à droite que les libéraux. Relativement épargnée par la cascade de coups d’Etat qui secouent la région jusque dans les années 1980, la Colombie s’affirme tôt comme une démocratie formelle. L’Etat y est faible et incapable de lutter contre les féodalismes et l’individualisme de tous ceux qui se considèrent comme des pionniers ou des colons (au sens premier). Alors que le castrisme n’est pas encore né, la Colombie connaît au milieu du XXe siècle une véritable guerre civile, opposant conservateurs et libéraux suite à l’attentat d’une figure de proue libérale, populiste et populaire, Gaïtan. Pour sortir de cet atroce conflit fratricide, les deux partis se partagent le pouvoir sur une base égalitaire, c’est le front national qui a le mérite de pacifier le climat politique mais anémie le débat politique. Parmi les récalcitrants à cette solution, des bandes libérales clandestines vont notamment servir de base à une organisation qui va dériver vers le stalinisme le plus orthodoxe, les FARC. Et après ? Incapables de créer une véritable cohésion nationale autour de projets de développement fédérateurs, les gouvernement colombiens successifs, ballottés dans le contexte de la guerre froide, alternent les tentatives de réduction des guérillas (les FARC ne sont en effet pas seules) par la négociation ou par la force. Plusieurs guérillas finissent par accepter des négociations qui, de façon générale, leur assurent l’impunité contre leur renonciation aux armes. Les FARC, mieux structurées militairement et idéologiquement que d’autres, n’envisagent pas de négociation : l’objectif est bien la prise du pouvoir, par tous les moyens possibles. C’est dans ce contexte que, dans les années 1980, elles participent au projet de l’union patriotique (UP), qui se présente comme un retour au jeu politique démocratique de la gauche armée. A lire ou entendre certains, c’est cet épisode qui décourage durablement les FARC de s’engager à respecter les institutions. En effet, la plupart des membres de l’UP sont assassinés par une alliance de circonstance de groupes paramilitaires naissants, de propriétaires terriens et les FARC n’ont pas abandonné la lutte armée pendant cette expérience politique. Fidèle aux enseignements de la doctrine communiste, les FARC exploitent toutes les voies possibles pour atteindre leurs objectifs. Pas question de se fier aux institutions bourgeoises ! Et la drogue ? Faisant preuve d’une remarquable adaptation aux besoins croissants mais évolutifs du marché américain, la Colombie se lance dès les années 1960 dans la culture de marihuana puis, dans la décennie suivante, de la coca. Le marché de la drogue dérivée de cette dernière plante se structure dans les années 1980 autour d’une organisation mafieuse que l’on appellera le cartel de Medellin, puis d’un concurrent et rival, le cartel de Cali. Ce juteux négoce va inonder toutes les couches de la société, du petit paysan qui cultive de gré ou de force la coca plutôt que la pomme de terre ou le maïs jusqu’au promoteur immobilier qui ferme les yeux sur la provenance de l’argent de ses clients, en passant par les petits et grands trafiquants, nouvelle bourgeoisie qui supplante la vieille oligarchie terrienne. La puissance des cartels atteint son apogée entre la fin des années 1980 et le milieu des années 1990. Medellin et Cali sont successivement les deux grandes capitales du crime pendant cette période (avec un « avantage » très net pour Medellin, Pablo Escobar étant un psychopathe sanguinaire tandis que les frères Rodriguez, les patrons du cartel de Cali ressemblent davantage à des entrepreneurs, froids et rationnels). C’est à cette époque que la Colombie est susceptible de basculer, de devenir un véritable narco-Etat dans lequel le pouvoir politique n’est qu’un paravent installé par les barons de la drogue. Qui sont les paramilitaires ? C’est aussi à cette époque que le paramilitarisme moderne s’impose. Caractéristique ancienne de cette terre mal contrôlée par l’Etat, l’existence de milices privées subit une profonde mutation. Les précurseurs des grands mouvements paramilitaires dont on parle encore aujourd’hui rassemblent pêle-mêle des citoyens qui ont pris les armes pour se venger des séides des cartels, des narcotrafiquants tombés en disgrâce, des anciens guérilleros en mal d’employeur… L’armée, déjà soumise à certains impératifs de respectabilité interne et internationale, n’hésitera pas à nouer des alliances locales et ponctuelles avec tel ou tel groupe d’autodéfense, qui agira comme supplétif peu regardant sur les droits de l’Homme. Mais il est assez inepte de parler de milices d’extrême-droite, terme repris dans notre presse. Il n’y pas de base idéologique chez les paramilitaires : tout au plus une vague idée de nationalisme, une conception du pays proche de celle qu’avaient les pionniers du Far-West et, souvent, une solide haine de la guérilla et de ses modèles politiques importés. Et les FARC, dans cet écheveau ? Les FARC, dont la vigueur varie considérablement au gré des offensives, dérivent progressivement dès lors qu’elles commencent à s’impliquer dans le narcotrafic. D’abord hostiles à ce business, elles commencent par prélever sur les cultivateurs un impôt « révolutionnaire », puis contrôlent de plus en plus les zones de production, imposent la culture de la coca à ceux qui ne s’y sont pas encore mis puis, enfin, s’intéressent à l’ensemble du cycle (culture, transformation, exportation). Ce qui était initialement une ressource, un moyen, devient pour plusieurs fronts de la guérilla, puis pour les dirigeants, un objectif, voire l’objectif principal. Les patrons de la guérilla s’enrichissent, installent leurs familles en Europe, vivent comme les grands propriétaires qu’ils disent combattre dans les immensités vides du pays, où l’armée ne peut s’aventurer sérieusement. Après la fin des grands cartels et avant l’implication massive des Etats-Unis, pendant la deuxième moitié des années 1990, les FARC connaissent un âge d’or (et de sang). Elles arrondissent leurs coquettes ressources en recourant massivement aux enlèvements. Des dizaines de milliers de Colombiens quittent le pays pour fuir la terreur qui règne et le risque quotidien. En parallèle, l’argent des cartels n’inonde plus autant le pays, qui a été obligé de s’attaquer au phénomène. Le fric s’expatrie vers Panama ou Miami. En 1999, pour la première fois depuis cinquante ans, la Colombie connaît une récession économique. Et pendant ce temps là, le président Pastrana, élu pour négocier la paix avec les FARC, commence un dialogue de sourds avec cette guérilla imbue de sa puissance et des concessions qu’elle a arrachées au gouvernement (notamment une zone « démilitarisée », c’est-à-dire abandonnée par l’armée et investie par les guérilleros). Dans son domaine, Marulanda vit comme un seigneur féodal, fait tatouer les troupeaux à son nom et capitalise en paix. Les ambassadeurs en bras de chemise se succèdent à la table du guérillero (ce que c’est excitant !!!) et palabrent en vain avec l’état-major des FARC qui n’est pas prêt à renoncer à la moindre parcelle de son invraisemblable pouvoir. Le nombre d’enlèvements et les crimes atteint des records. Et les paramilitaires prolifèrent et tuent, pillent et violent à leur tour, en toute impunité. Et se mettent comme la guérilla à profiter des mannes de la drogue, quitte à se partager discrètement le pactole. Pourquoi Uribe gagne-t-il en 2002 ? Pastrana, avant de boucler sa présidence, met un terme à la farce des négociations avec la guérilla. L’armée, qui s’est modernisée avec le concours pas tout à fait désintéressé de Washington (Clinton est à l’origine du Plan Colombia, dénoncé bêtement comme une autre « busherie » par une large part de la presse et de l’intelligentsia européenne) est chargée de réinvestir le FARCland. Et c’est dans ce contexte qu’Ingrid Betancourt, imprudente, vient rejoindre les centaines d’otages de la guérilla. Alvaro Uribe Velez, un homme politique libéral, brillant mais plutôt effacé, mène campagne à la présidentielle comme candidat indépendant, gageure dans le paysage bipartiste du pays, sur le thème de la fermeté face à la guérilla et de l’affirmation de l’Etat. Et, devant le fiasco de la politique de conciliation menée par Pastrana, les Colombiens le portent à la présidence, où il est accueilli par une pluie de roquettes tirées par les guérilleros infiltrés dans la capitale, un jour d’été de 2002. C’est lui qui, une fois de plus, viendra porter la parole de l’immense majorité des Colombiens qui, bientôt six ans plus tard, le soutiennent et, surtout veulent faire comprendre que la guérilla est un cancer. Uribe, quel bilan ? Je suis trop long, je complèterai dans les commentaires. Merci d’avance à ceux qui feront l’effort de se documenter en profondeur sur ce pays. Quelques liens de presse locale : Cambio, Semana, el Tiempo, El Pais, El Nuevo Siglo. Je referai un article sur le bilan du mandat et demi d’Uribe. Comme tous les Colombiens, je constate que l’ensemble des indicateurs de la violence ont nettement progressé, que la croissance économique est forte (plus de 5%), qu’il existe dans le pays un véritable débat démocratique, qu’un parti de gauche institutionnel est né et se démarque de plus en plus de la guérilla et que, petit à petit le ménage se fait dans la classe politique fort naturellement contaminée par la corruption et les alliances mortelles, quoi qu’il en coûte. Et je crois que cela exige des commentateurs un peu de modestie et de prudence. Que nos dirigeants européens aient cette histoire en tête lorsqu’ils recevront le président des Colombiens, cette semaine ! Le 4 février, dans le monde entier et notamment à Paris, devant l’hôtel de ville, des gens viendront rendre témoignage de ce que leur pays vaut mieux que cette guérilla et ses alliés, que les clichés complaisamment colportés ici et là, que l’ostracisme dans lequel on voudrait garder ses institutions.

Voir aussi:

Une guérilla en perte de vitesse
Cambio
traduit par Courrier international
17 janv. 2008

Difficile de mesurer l’état des forces d’un mouvement clandestin. Pour l’hebdomadaire Cambio, qui a tenté cet exercice délicat en novembre dernier, les FARC sont en déclin. Mais elles sont encore loin d’être battues.

Après avoir consulté plusieurs sources officielles, réalisé de nombreuses interviews avec des chefs guérilleros démobilisés, rencontré des experts du comportement des FARC et avoir eu accès à des documents de cette organisation, nous sommes en mesure de voir plus clair dans la situation actuelle des FARC d’un point de vue militaire et politique. Le mouvement insurgé fondé par Manuel Marulanda en 1964 est certes loin d’être battu, mais nul ne peut nier que les cinq dernières années l’ont durement mis à mal. D’après nos chiffres, le nombre de combattants armés est passé de 16 900 en 2000 à 8 900 aujourd’hui. Certains fronts de la guérilla ont été décimés, et au moins vingt d’entre eux ont disparu. Même la colonne mobile Teófilo Forero, considérée comme le corps d’élite des FARC, est pratiquement démantelée. Preuve flagrante de la perte du contrôle territorial des FARC, il n’y a actuellement plus de fronts actifs dans le Cundinamarca et le Boyacá, et les FARC ne peuvent plus compter sur l’influence qu’elles exerçaient sur la majeure partie de la côte caraïbe. Aujourd’hui, les effectifs militaires du groupe rebelle ont été déplacés à la frontière avec le Venezuela, l’Equateur et le Panamá, et ses meilleurs hommes se sont repliés pour protéger ses anciens sanctuaires des provinces de Guaviare, de Caquetá, de Putumayo, de Nariño, et du sud du Meta. L’âge d’or des FARC a pris fin lorsque le président Uribe a lancé sa politique de sécurité démocratique et déployé environ 18 000 hommes dans les forêts du sud du pays pour que soit mis en place le plan Patriote, dont l’objectif était d’arracher aux FARC le contrôle qu’elles exerçaient dans le Caquetá, le Putumayo, le Guaviare, le Cauca et dans le sud du Meta. Les troupes colombiennes ont beau avoir été décimées par les fièvres et les facteurs climatiques – 2 000 hommes ont dû être évacués de la zone des combats –, cette stratégie s’est avérée judicieuse puisque les FARC se sont repliées et ont choisi de laisser leur arrière-garde affronter les militaires. Le plan Patriote a ensuite laissé place au plan Consolidation, soutenu par l’augmentation notable des effectifs de l’armée et de la police, qui sont passés de 200 000 hommes en 2002 à 380 000 en 2007. L’armée dispose aujourd’hui de 30 brigades qui quadrillent tout le territoire et de 20 structures mobiles très entraînées. Quant à la police, elle a réussi à reprendre les communes qu’elle avait dû abandonner. Les FARC ont été contraintes d’abandonner des territoires, et, du point de vue militaire, il leur a également fallu renoncer à la stratégie qui, à la fin des années 1990, leur avait valu leurs plus gros succès historiques contre l’armée et la police. La prise de la base de Las Delicias [le 30 août 1996, au cours de laquelle avaient été faits prisonniers 60 soldats, qui furent tous libérés en 2000], l’assaut de celle de Patascoy [le 21 décembre 1997, 28 militaires faits prisonniers, dont plusieurs sont encore retenus en otages] et l’occupation du centre-ville de Mitú [du 1er au 3 novembre 1998, 61 personnes prises en otages, dont 7 sont encore retenues] avaient démontré que la guérilla était passée à une étape supérieure, concentrant ponctuellement un grand nombre d’hommes pour prendre un objectif. Les effectifs de l’armée et de la police sont en hausse Cette tendance a commencé à s’inverser à la fin du mandat d’Andrés Pastrana. L’armée avait obtenu des crédits [dans le cadre du plan Colombie, qui détermine l’aide financière américaine] pour acheter 15 hélicoptères Black Hawk de dernière génération, qui lui ont permis de mettre en déroute les guérilleros et de mettre un terme à l’occupation des villages, aux enlèvements dans les rues et aux attaques contre la force publique. Le gouvernement d’Uribe leur a ensuite joué un autre mauvais tour en se dotant d’avions brésiliens Super Tucano. Ces avions sont en effet équipés de systèmes de tir très sophistiqués qui éliminent la marge d’erreur lors des bombardements des positions des guérilleros. D’où le succès des opérations militaires au cours desquelles deux chefs des FARC, Tomás Medina Caracas, alias El Negro Acacio, le 3 septembre dernier, et Gustavo Rueda Díaz, alias Martín Caballero, le 25 octobre, ont trouvé la mort. Grâce aux Super Tucano, ces hommes ont été abattus dans les combats ayant suivi les bombardements de leurs campements. La perte du contrôle de leur territoire, conséquence de la hausse des effectifs de policiers et de militaires et du perfectionnement de la capacité de feu de l’armée colombienne, a porté un coup fatal aux FARC dans la majorité du pays. Et la multiplication des désertions est sans doute le phénomène le plus flagrant : d’août 2002 à novembre 2007, 8 221 hommes des FARC ont déserté, dont 118 occupaient des postes importants au sein de l’organisation. Le nombre de guérilleros tués au combat est également éloquent. Selon une source officielle, 1 891 hommes ont été abattus en 2005, et 2 184 en 2006. A en croire notre informateur, en 2007, de janvier à la mi-novembre, 2 717 membres des FARC sont morts dans les combats. Au moins vingt fronts militaires ont disparu. Le cas du Front 52 est sans doute le plus frappant. Situé dans la région du Sumapaz, dans le Cundinamarca, il s’est désintégré par manque d’effectifs. Sur les 200 hommes présents, il n’en est resté que trois, qui ont dû être réaffectés à d’autres fronts. Le Front 40, au Meta, a subi le même sort. Les Fronts 26 et 31, qui comptaient au départ 220 hommes et qui en juin 2007 n’en comptaient plus que 50, ont eux aussi été dissous. En ce qui concerne la côte caraïbe, selon les informations obtenues par Cambio, désertions et pertes militaires sont venues à bout des Fronts 19 et 35 qui opéraient dans les monts de María et la sierra Nevada. S’il est indéniable que les FARC ont subi de graves revers, cette adversité les a contraintes à modifier leur mode opératoire. Ainsi la crainte des bombardements a-t-elle conduit les rebelles à agir de nouveau par petits groupes – pas plus de 10 personnes – et à limiter les grands rassemblements. “Il ne faut pas sous-estimer la capacité de réaction des FARC” Par ailleurs, le démantèlement des fronts a obligé l’organisation à se replier vers le sud du pays, où elle jouit encore d’une force militaire importante, et à se positionner aux frontières. En ce sens, le pouvoir de Jorge Briceño Suárez dit Mono Jojoy [un des principaux commandants des FARC, membre du secrétariat] reste intact. Il garde toujours le commandement des blocs ouest et sud. Le repli de ses hommes et sa connaissance du terrain lui ont permis d’affronter avec un succès relatif l’offensive des troupes colombiennes. Toujours est-il que, pour l’analyste politique Alejo Vargas, la défaite militaire des FARC n’est pas pour demain, l’organisation ayant toujours montré de grandes facultés d’adaptation. Selon lui, “il ne faut pas sous-estimer sa capacité de réaction”.

Voir enfin:

Chávez, la guérilla et le terrorisme
Les FARC sont-ils une organisation terroriste ? En affirmant que non, le président du Venezuela veut créer les conditions d’une future négociation globale.
Antonio Morales Riveira
Terra Magazine
traduit par Courrier international
17 janv. 2008

Dans un discours prononcé le vendredi 11 janvier devant l’Assemblée nationale du Venezuela, le président Hugo Chávez a lancé un gigantesque pavé dans la mare. Le chef de l’Etat vénézuélien a en effet déclaré ce jour-là que “les FARC et l’ELN [Armée de libération nationale, l’autre groupe de guérilla, d’obédience guévariste] ne sont pas des organisations terroristes, mais de véritables armées qui occupent un espace en Colombie”. Et il a demandé “aux gouvernements latino-américains et à l’Union européenne de retirer les FARC et l’ELN de la liste des groupes terroristes du monde”. Nous savions déjà que Chávez avait des affinités idéologiques “bolivariennes” avec les FARC. Mais, désormais, il ne se contente plus de les afficher : il vient d’exiger du gouvernement colombien – et de nombreux autres gouvernements du monde – qu’il reconnaisse la légitimité du combat de la guérilla et son statut de belligérant aux termes du droit international. Les exigences d’Hugo Chávez, que beaucoup considèrent comme un chantage à l’encontre de Bogotá, donnent à la question de la reconnaissance des FARC une nouvelle ampleur. Le président vénézuélien vient ainsi de laisser entrevoir pour la première fois des négociations à venir qui réuniraient autour de la même table les FARC, débarrassées de leur étiquette terroriste, le gouvernement colombien, les médiateurs internationaux et même les Américains. Chávez a une notion dilatée du temps, un peu comme les FARC, et pense pouvoir garder le pouvoir assez longtemps pour consolider sa révolution bolivarienne. Il joue sur le long terme et, depuis sa réussite dans la libération de Clara Rojas et Consuelo González [les deux otages libérées le 10 janvier], il cherche à prendre la température dans un contexte qui va bien au-delà du seul échange humanitaire : celui d’un véritable processus de paix en Colombie, soit avec le gouvernement d’Alvaro Uribe si les choses s’accélèrent, soit avec le gouvernement qui lui succédera en 2010 et qui pourrait d’ailleurs (qui sait ?) être de gauche, une gauche pas forcément pro-Chávez, mais qui serait en tout cas bien moins hostile que le gouvernement d’Uribe. Il est bien naturel que la proposition de Chávez ait suscité un tollé, les Colombiens condamnant ce qu’ils considèrent comme une ingérence dans leurs affaires. Même la gauche a réagi au coup d’éclat du Vénézuélien. Mais il faut lui reconnaître le mérite d’avoir rouvert le débat sur la légitimité et le statut des FARC dans la guerre, soit un débat de fond – même si, en Colombie, certains entendent enterrer le sujet sous prétexte cette fois qu’il a été soulevé par Chávez, ce qui serait proprement inadmissible. Dans l’immédiat, la suggestion vénézuélienne vient compliquer davantage encore la question de l’échange humanitaire et offre à Uribe de nouvelles raisons de le saboter. La libération des autres otages politiques s’embrouille encore plus, mais parallèlement s’ouvre la voie vers un dialogue de fond, sur la guerre en Colombie en général : car c’est sur cela que doivent porter le débat et les solutions proposées, pour en terminer avec ces remèdes inefficaces que sont les échanges, les libérations et le dialogue de sourds. En Colombie, les plus pointilleux, qui sont aussi les plus déphasés, se demandent comment Chávez peut soutenir le projet politique des FARC alors que l’unique objectif de ce projet est de renverser par la voie militaire le gouvernement de Bogotá. Là est bien sûr tout l’enjeu du statut de belligérant et de l’hypothétique légitimité. Les membres des FARC se sentent légitimes et souhaitent une reconnaissance internationale. Mais le problème est que, depuis quelques années, l’organisation n’a rien fait d’autre que se livrer au narcotrafic, attaquer la population civile, effectuer des enlèvements, utiliser la force sans le moindre discernement et violer les règles de la guerre : autant de pratiques qui correspondent parfaitement et incontestablement à la définition du terrorisme pour la communauté internationale. Soit les FARC abandonnent ces méthodes (qui sont l’essence de leur combat, de même que les enlèvements politiques sont en quelque sorte leur politique) et se rapprochent naturellement de la communauté internationale, soit elles poursuivent sur leur lancée, et ni Chávez ni qui que ce soit, aussi retentissantes soient ses exigences, ne convaincra jamais les Colombiens que cette guérilla respecte le droit international humanitaire et les conventions de Genève. Revoilà sur le tapis un dilemme que nous connaissons : les FARC sont peut-être une force révolutionnaire, une armée au sens classique de la guerre, mais nombre de leurs actes sont terroristes. Alors, qui sont ces gens ? Des terroristes qui veulent la révolution ou des révolutionnaires qui ont recours au terrorisme ? C’est en cela que nous sommes sur le fil du rasoir. Pourtant, la situation pourrait se stabiliser d’un côté ou de l’autre, ce qui serait un grand progrès non seulement pour les FARC, mais surtout pour la paix en Colombie. Justice “La justice colombienne vient de rouvrir 294 dossiers et d’émettre 6 nouveaux mandats d’arrêt dans le cadre de la révision des dossiers concernant les assassinats de 2 500 militants de l’Union patriotique commis à partir des années 1980”, souligne El Tiempo. L’Union patriotique, bras légal des FARC, avait été créée en 1984, lors des seules négociations de paix avec les FARC qui aient abouti à un accord. Mais ce parti a été littéralement décimé au cours de la décennie suivante. “Cette décision clé va permettre d’éclairer un épisode historique qui semblait promis à l’oubli judiciaire”, conclut El Tiempo. La Venezuela connection Le quotidien espagnol El País a publié fin décembre une longue enquête de John Carlin selon laquelle la guérilla bénéficierait de hautes protections en territoire vénézuélien, tant pour ses activités militaires que pour le trafic de drogue. “On savait déjà que les FARC trouvaient refuge du côté vénézuélien de la frontière colombienne. Les [quatre] déserteurs que nous avons interviewés soutiennent que les autorités vénézuéliennes protègent militairement au moins quatre camps guérilleros installés sur leur propre territoire. Et qu’elles ferment les yeux sur des programmes de formation assurés au sein de ces camps pour la fabrication de bombes.” Le journaliste ajoute qu’“Ingrid Betancourt se serait trouvée au début de l’année 2007 à Elorza, un village frontalier vénézuélien, sous la garde de Germán Briceño Suárez, alias Grannobles, membre de l’état-major des FARC et chef du Front 10”, mais précise cependant que “toutes les sources consultées ne s’accordent pas sur cette thèse ”.

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