Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie. Elles ont viré à la folie parce qu’on les a isolées les unes des autres et qu’elles errent indépendamment dans la solitude. Ainsi des scientifiques se passionnent-ils pour la vérité, et leur vérité est impitoyable. Ainsi des « humanitaires » ne se soucient-ils que de la pitié, mais leur pitié (je regrette de le dire) est souvent mensongère. G.K. Chesterton
Des juifs sont persécutés, volés, maltraités, torturés, assassinés. Et vous, Mahatma Gandhi, dites que leur position dans le pays où ils souffrent tout ceci est un parallèle exact avec la position des Indiens en Afrique du sud au moment où vous inauguriez votre célèbre « force de la vérité » ou « force de la campagne d’âme » (Satyagraha) (…) Mais, Mahatma, savez-vous ou ne savez-vous pas ce qu’est un camp de concentration et ce qui s’y passe? Martin Buber
La Palestine appartient aux Arabes dans le même sens que l’Angleterre appartient aux Anglais ou la France aux Français. Il est erroné et inhumain d’imposer les Juifs aux Arabes. Ce qui se passe en Palestine aujourd’hui ne peut être justifié par aucun code de conduite morale. Les mandats ne représentent aucune sanction sinon celle de la dernière guerre. Ce serait certainement un crime contre l’humanité de réduire les fiers Arabes pour que la Palestine puisse être rendue aux Juifs en partie ou complètement comme leur foyer national. (…) Si j’étais juif et étais né en Allemagne et y gagnais ma vie, je revendiquerais l’Allemagne comme ma patrie au même titre que le plus grand des gentils Allemands et le défierais de m’abattre ou de me jeter au cachot; je refuserais d’être expulsé ou soumis à toute mesure discriminatoire. Et pour cela, je n’attendrais pas que mes coreligionaires se joignent à moi dans la résistance civile mais serais convaincu qu’à la fin ceux-ci ne manqueraient pas de suivre mon exemple. Si un juif ou tous les juifs acceptaient la prescription ici offerte, ils ne pourraient être en plus mauvaise posture que maintenant. Et la souffrance volontairement subie leur apporterait une force et une joie intérieures que ne pourraient leur apporter aucun nombre de résolutions de sympathie du reste du monde. Gandhi (le 26 Novembre 1938)
Il vous faut abandonner les armes que vous avez car elles n’ont aucune utilité pour vous sauver vous ou l’humanité. Vous inviterez Herr Hitler et signor Mussolini à prendre ce qu’ils veulent des pays que vous appelez vos possessions…. Si ces messieurs choisissent d’occuper vos maisons, vous les évacuerez. S’ils ne vous laissent pas partir librement, vous vous laisserez abattre, hommes, femmes et enfants, mais vous leur refuserez toute allégeance. Gandhi (conseil aux Britanniques, 1940)
Hitler a tué cinq millions de Juifs. C’est le plus grand crime de notre temps. Mais les Juifs auraient dû s’offrir au couteau du boucher. Ils auraient dû se jeter dans la mer depuis les falaises… Cela aurait réveillé le monde et le peuple allemand… Ce qui s’est produit, c’est qu’ils ont quand même succombé par millions. Gandhi (1946)
Le pacifisme est objectivement pro-fasciste. C’est du bon sens élémentaire. Si vous entravez l’effort de guerre d’un côté, vous aidez automatiquement l’autre. George Orwell
On ne peut gouverner sur une base « purement » pacifiste, car tout gouvernement qui refuserait en toutes circonstances d’employer la force pourrait être renversé par n’importe qui, même n’importe quel individu, qui serait prêt à utiliser la force. . . . Pour ce qui est de la conquête de l’Angleterre, Gandhi nous conseillerait certainement de laisser les Allemands nous imposer leur domination plutôt que de lutter contre eux – en fait, c’est exactement ce qu’il a préconisé. Et si Hitler conquerrait l’Angleterre, il essaierait, j’imagine, de faire émerger un mouvement pacifiste mondial, qui empêcherait toute résistance sérieuse et donc faciliterait sa domination. George Orwell
Que ferait Gandhi si les Britanniques ne lui laissaient plus le moindre espace [de liberté] ? . . Le fait est que les méthodes politiques de Gandhi étaient presque sans rapport avec la situation actuelle, car elles dépendaient de la publicité. Comme M. Fischer l’admet, Gandhi n’a jamais eu affaire à un pouvoir totalitaire. Il avait affaire à un despotisme démodé et passablement affaibli qui le traitait de manière assez chevaleresque et lui permettait de faire appel à l’opinion mondiale à chaque pas. (…) Il est difficile de voir comment sa stratégie de jeûne et de désobéissance civile pourrait être appliquée dans un pays où les opposants politiques disparaissent tout simplement et le public n’entend jamais rien que ce que le gouvernement ne veut pas qu’il entende. D’ailleurs, il apparaît que lorsque M. Fischer nous dit que nous devrions suivre les enseignements de Gandhi, il… veut empêcher l’expansion de l’impérialisme russe, de manière non-violente si nous le pouvons, mais violente si nous le devons ; alors que l’idée centrale de Gandhi était que vous ne devez pas utiliser la violence même si l’alternative est la défaite. Lorsqu’on lui a demandé de donner son avis sur les Juifs allemands, Gandhi a apparemment répondu qu’ils auraient dû se suicider en masse, et ainsi « émouvoir le monde » – une réponse qui semble embarrasser M. Fischer même. George Orwell
À notre époque où les yogis font florès, il est admis sans discussion que le « détachement » est supérieur à l’acceptation sans réserve de la vie terrestre, et que l’homme ordinaire ne s’y dérobe que parce qu’il préfère la facilité : en d’autres termes, que l’être humain moyen est un saint raté. Pourtant, rien n’est moins sûr. Beaucoup de gens n’ont vraiment pas la moindre envie d’être des saints, et beaucoup de ceux qui atteignent la sainteté ou y aspirent n’ont sans doute jamais été très tentés d’être des hommes. (…) Nous vivons dans un monde fou dans lequel les contraires se transforment constamment, dans lequel les pacifistes se retrouvent à adorer Hitler, les socialistes deviennent nationalistes, les patriotes deviennent des collabos, les bouddhistes prient pour le succès de l’armée japonaise, et la bourse repart à la hausse quand les Russes lancent une offensive. Les croyances [pacifisme, anarchisme, stalinisme] ont l’avantage de viser l’impossible et donc en fait d’exiger très peu. Si vous ajoutez une touche de mysticisme oriental et de ravissement buchmanien pour Gandhi, vous avez tout ce qu’il faut pour faire le bonheur d’un intellectuel rebelle. La vie d’un gentleman anglais et l’attitude morale d’un saint peuvent être appréciées simultanément. En transférant simplement votre allégeance de l’Angleterre à l’Inde (c’était autrefois la Russie), vous pouvez vous adonner pleinement à tous les sentiments chauvins qui seraient totalement impossibles si vous les reconnaissiez pour ce qu’ils étaient. Au nom du pacifisme, vous pouvez faire des compromis avec Hitler, et au nom de la spiritualité, vous pouvez garder votre argent. . . Il y a en effet une sorte de vérité apocalyptique dans la déclaration de la radio allemande selon laquelle les enseignements d’Hitler et de Gandhi se rejoignent. George Orwell
What Gandhi failed to realize is that when dealing with moral or at least somewhat humane governments, nonviolent resistance has its place. But when dealing with murderous barbarians such as ISIS or the Nazis, no level of nonviolent resistance will ever change their minds. Gandhi’s philosophy would only guarantee that they take over the world. Yet Gandhi’s philosophy when fully understood shows bizarre applications. In 1920 he wrote, “I do believe that where there is a choice between cowardice and violence I would advise violence. Thus when my eldest son asked me what he should have done, had he been present when I was almost fatally assaulted in 1908, whether he should have run away and seen me killed or whether he should have used his physical force which he could and wanted to use, and defended me, I told him that it was his duty to defend me even by using violence.” Yet when given the option between violence and nonviolent resistance, Gandhi extolled nonviolence as the only true means of achieving victory. In other words, in Gandhi’s philosophy, when some evil regime or group wants to attack and kill you, the worst thing you can do is try to run and hide to save your life. That to him is cowardice. The next best thing you can do is to actually fight your enemy and kill him if necessary. This isn’t ideal and doesn’t lead to any real results in Gandhi’s eyes, but it is still better. And the highest and only true form of resisting evil is getting in the face of oppressors with absolutely no intention of using any violence, and being totally prepared to be attacked, killed and/or raped, but never showing “cowardice” in the face of an oppressor. But however poetic, the immorality of this stance is obvious. It refuses to protect life. It refuses to hate, fight and resist evil. Shmuley Boteach
The holocaust was the result of the warped mind of an individual who was able to influence his followers into doing something dreadful. But, it seems to me the Jews today not only want the Germans to feel guilty but the whole world must regret what happened to the Jews. The world did feel sorry for the episode but when an individual or a nation refuses to forgive and move on the regret turns into anger… We have created a culture of violence (Israel and the Jews are the biggest players) and that Culture of Violence is eventually going to destroy humanity. Arun Gandhi (2008)
Those who do not necessarily associate the name Gandhi with either humanitarian brotherhood or wisdom, and those who remember Mahatma’s idiotic thoughts about those facing the Holocaust ought to examine the latest Gandhi take on “the Jews” in the online edition of the Washington Post, this time from one Arun Gandhi. He is self-identified as the “President and co-founder of the M.K. Gandhi Institute for Nonviolence” and “the fifth grandson of India’s legendary leader, Mohandas K. “Mahatma” Gandhi. He is president and co-founder of the M. K. Gandhi Institute for Nonviolence, now at the University of Rochester in New York.” In the Post, he writes: The holocaust was the result of the warped mind of an individual who was able to influence his followers into doing something dreadful. But, it seems to me the Jews today not only want the Germans to feel guilty but the whole world must regret what happened to the Jews. The world did feel sorry for the episode but when an individual or a nation refuses to forgive and move on the regret turns into anger… We have created a culture of violence (Israel and the Jews are the biggest players) and that Culture of Violence is eventually going to destroy humanity… Everything in that brief excerpt alone is untrue for the following reasons: 1. The Holocaust was not just Hitler and a few SS “followers”; rather, it involved millions of followers (some of whom were active, some of whom were passive) in a systematic and near successful genocide of an entire people. Neither Hitler, nor Himmler, nor Goebbels, nor any of the Nazi hierarchy could have wrought what they did without millions of German non-party guards, railroad employees, informants, and clerks and bureaucrats in the industry of death. Tragically this complaisance did not happen over night, but was prepped by years of National Socialist indoctrination that systematically and incrementally whipped up centuries old anti-Semitism by blaming — take note here, Mr. Gandhi — “the Jews” as being the “biggest players” in the world’s violence and problems. 2. Gandhi makes an incredibly asinine suggestion when he says, “But, it seems to me the Jews today not only want the Germans to feel guilty but the whole world must regret what happened to the Jews.” Should the whole world not “regret” what happened to the Jews? Maybe sorta, kinda regret it? Are the Germans not supposed to feel guilty about the loss of six million under their auspices? And if all this should not be, as Gandhi implies, then is his assumed antithesis then correct? To illustrate, try this counterfactual: “But it seems to me the Jews today should not only not want the Germans to feel guilty, but the whole world must not regret what happened to the Jews.” 3. He proceeds to say, “The world did feel sorry for the episode but when an individual or a nation refuses to forgive and move on the regret turns into anger.” Creating an autonomous, self-sufficient nation, as well as the only liberal democracy in the Middle East, seems to qualify as both forgiving and moving on. Yet after five major wars against Israel since 1947, it is apparent that its neighbors can neither forgive its creation nor move on to accept its existence. And what exactly does “regret turns into anger” mean? Is it anger such as blowing up civilians through suicide attacks, rocketing day-care centers from ‘liberated’ Gaza — or writing puerile, half-educated homilies, like Gandhi’s, from a “nonviolence” center on an American college campus? 4. “We have created a culture of violence (Israel and the Jews are the biggest players) and that Culture of Violence is eventually going to destroy humanity.” Despite the scare capitals, I doubt whether Israel and “the Jews” are “the biggest players.” All one has to do is tally up the numbers murdered in the last decade in India, Pakistan, Rwanda, Darfur, Somalia, Nigeria, Congo, Chechnya, the Balkans, (and the list goes on), and discover that “the Jews” are pretty much bit players. (…) Moreover, it is worth noting, had anyone on a university campus written anything comparable about “the Arabs” and Islam, there would very likely be outrage rather than the present silence. Victor Davis Hanson
A l’heure où la désinformation est repartie de plus belle sur les juifs massacreurs de pauvres inoffensifs Palestiniens …
Après le grand-père …
Qui comme l’avaient rappelé Buber et Orwell …
Proposait aux Britanniques rien de moins que l’abandon de leur pays à Hitler puis aux Juifs le suicide collectif …
Voici le petit-fils …
Qui, après avoir conseillé aux Palestiniens en 2004 d’envahir pacifiquement Israël et déclaré que leur situation en Israël était dix fois pire que celle des noirs sous l’apartheid…
Se met à jouer à son tour …
Comme le rappelle VD Hanson …
Au petit jeu du blâme de la victime!
Nonviolence Nonsense Gandhi, again.
Victor Davis Hanson
National Review Online
January 16, 2008
Those who do not necessarily associate the name Gandhi with either humanitarian brotherhood or wisdom, and those who remember Mahatma’s idiotic thoughts about those facing the Holocaust ought to examine the latest Gandhi take on “the Jews” in the online edition of the Washington Post, this time from one Arun Gandhi. He is self-identified as the “President and co-founder of the M.K. Gandhi Institute for Nonviolence” and “the fifth grandson of India’s legendary leader, Mohandas K. “Mahatma” Gandhi. He is president and co-founder of the M. K. Gandhi Institute for Nonviolence, now at the University of Rochester in New York.” In the Post, he writes: The holocaust was the result of the warped mind of an individual who was able to influence his followers into doing something dreadful. But, it seems to me the Jews today not only want the Germans to feel guilty but the whole world must regret what happened to the Jews. The world did feel sorry for the episode but when an individual or a nation refuses to forgive and move on the regret turns into anger… We have created a culture of violence (Israel and the Jews are the biggest players) and that Culture of Violence is eventually going to destroy humanity…
Everything in that brief excerpt alone is untrue for the following reasons: 1. The Holocaust was not just Hitler and a few SS “followers”; rather, it involved millions of followers (some of whom were active, some of whom were passive) in a systematic and near successful genocide of an entire people. Neither Hitler, nor Himmler, nor Goebbels, nor any of the Nazi hierarchy could have wrought what they did without millions of German non-party guards, railroad employees, informants, and clerks and bureaucrats in the industry of death. Tragically this complaisance did not happen over night, but was prepped by years of National Socialist indoctrination that systematically and incrementally whipped up centuries old anti-Semitism by blaming — take note here, Mr. Gandhi — “the Jews” as being the “biggest players” in the world’s violence and problems.
2. Gandhi makes an incredibly asinine suggestion when he says, “But, it seems to me the Jews today not only want the Germans to feel guilty but the whole world must regret what happened to the Jews.” Should the whole world not “regret” what happened to the Jews? Maybe sorta, kinda regret it? Are the Germans not supposed to feel guilty about the loss of six million under their auspices? And if all this should not be, as Gandhi implies, then is his assumed antithesis then correct? To illustrate, try this counterfactual: “But it seems to me the Jews today should not only not want the Germans to feel guilty, but the whole world must not regret what happened to the Jews.”
3. He proceeds to say, “The world did feel sorry for the episode but when an individual or a nation refuses to forgive and move on the regret turns into anger.” Creating an autonomous, self-sufficient nation, as well as the only liberal democracy in the Middle East, seems to qualify as both forgiving and moving on. Yet after five major wars against Israel since 1947, it is apparent that its neighbors can neither forgive its creation nor move on to accept its existence. And what exactly does “regret turns into anger” mean? Is it anger such as blowing up civilians through suicide attacks, rocketing day-care centers from ‘liberated’ Gaza — or writing puerile, half-educated homilies, like Gandhi’s, from a “nonviolence” center on an American college campus?
4. “We have created a culture of violence (Israel and the Jews are the biggest players) and that Culture of Violence is eventually going to destroy humanity.” Despite the scare capitals, I doubt whether Israel and “the Jews” are “the biggest players.” All one has to do is tally up the numbers murdered in the last decade in India, Pakistan, Rwanda, Darfur, Somalia, Nigeria, Congo, Chechnya, the Balkans, (and the list goes on), and discover that “the Jews” are pretty much bit players.
If Mr. Gandhi disputes that, then let him produce evidence that shadowy “Jews” or “Israel” were, in fact, involved in the above various slaughters. If the “Culture of Violence is eventually going to destroy humanity,” then I suggest such an assumed Armageddon most likely will begin either along the India/Pakistan border where two nuclear-armed countries share an existential hatred of each other — or it will emanate from Iran, which has promised to wipe out Israel.
Clearly, Mr. Gandhi could do far more for world peace by leaving the University of Rochester and proselytizing against violence in the field, perhaps either in Waziristan or Teheran.
Moreover, it is worth noting, had anyone on a university campus written anything comparable about “the Arabs” and Islam, there would very likely be outrage rather than the present silence.
Voir aussi:
Jewish Identity Can’t Depend on Violence
Arun Gandhi
Washington Post
Jan. 2008
Jewish identity in the past has been locked into the holocaust experience — a German burden that the Jews have not been able to shed. It is a very good example of a community can overplay a historic experience to the point that it begins to repulse friends. The holocaust was the result of the warped mind of an individual who was able to influence his followers into doing something dreadful. But, it seems to me the Jews today not only want the Germans to feel guilty but the whole world must regret what happened to the Jews. The world did feel sorry for the episode but when an individual or a nation refuses to forgive and move on the regret turns into anger. The Jewish identity in the future appears bleak. Any nation that remains anchored to the past is unable to move ahead and, especially a nation that believes its survival can only be ensured by weapons and bombs. In Tel Aviv in 2004 I had the opportunity to speak to some Members of Parliament and Peace activists all of whom argued that the wall and the military build-up was necessary to protect the nation and the people. In other words, I asked, you believe that you can create a snake pit — with many deadly snakes in it — and expect to live in the pit secure and alive? What do you mean? they countered. Well, with your superior weapons and armaments and your attitude towards your neighbors would it not be right to say that you are creating a snake pit? How can anyone live peacefully in such an atmosphere? Would it not be better to befriend those who hate you? Can you not reach out and share your technological advancement with your neighbors and build a relationship? Apparently, in the modern world, so determined to live by the bomb, this is an alien concept. You don’t befriend anyone, you dominate them. We have created a culture of violence (Israel and the Jews are the biggest players) and that Culture of Violence is eventually going to destroy humanity.
President and co-founder of the M.K. Gandhi Institute for Nonviolence. Arun Gandhi is the fifth grandson of India’s legendary leader, Mohandas K. “Mahatma” Gandhi. He is president and co-founder of the M. K. Gandhi Institute for Nonviolence, now at the University of Rochester in New York.
COMPLEMENT:
Repudiating Gandhian pacifism in the face of mass murder
In Gandhi’s philosophy, when some evil regime or group wants to attack and kill you, the worst thing you can do is try to run and hide to save your life.
When people think of the most enlightened minds of the last century, the name “Gandhi” invariably comes up.
For many he is their paragon of saintliness. His teaching of nonviolent resistance, and of pacifism in the face of aggression, is seen as messianic idealism, requiring super human fortitude and courage. Famous quotes attributed to him include, “An eye for an eye makes the whole world blind,” and, “Victory attained by violence is tantamount to a defeat, for it is momentary.”
Yet few of his devoted followers who so confidently quote these teachings and claim to live by them ever take these ideas to their logical conclusion. They will often times simply state that they are against all wars. Make love not war they will say. War does not determine who is right, only who is left.
One has to wonder, however, how many people have had these beliefs truly put to the test.
Obviously when it comes to other people being kidnapped, tortured, raped and killed, there are many who choose to “pray” for the victims and try for a moment to empathize with the victims of barbarism. But the moment someone brings up the idea of going to war to help these people, suddenly their Gandhian conscience kicks in, and they proudly display their moral superiority for all to see as they refuse the idea of going to war, simply because, again, they are pacifists, and war is wrong.
Imagine, however, if those very same people had their own families in Iraq, and they saw their families being killed and raped. Would they sit silently, with the equanimity of a monk, and proclaim their opposition to war in the face of loved ones dying? Or would they pick up a gun and shoot every terrorist they could find? And would they pray that the US and its allies refrain from any more wars, or would they beg and plead and hope to God that some powerful moral nation would rise up and go to war on their behalf to ensure that their wives, sisters and daughters would not end up surrounded by ISIS terrorists in a public concubine auction? What is truly revealing is Gandhi’s position toward Hitler and the Nazis. First off, as the Holocaust was in full swing, Gandhi decided to write Hitler a letter. In the letter, he refers to Hitler as his “friend.” While he condemns Hitler’s war and the actions toward the Jews, he assures Hitler, “Nor do we believe that you are the monster described by your opponents.”
Gandhi’s philosophy produced some baffling, suicidal advice on how to deal with the Nazis.
“If there ever could be a justifiable war in the name of and for humanity, a war against Germany, to prevent the wanton persecution of a whole race, would be completely justified. But I do not believe in any war. A discussion of the pros and cons of such a war is therefore outside my horizon or province,” Gandhi once said.
Gandhi wrote to the British during the war, “This manslaughter must be stopped. You are losing; if you persist, it will only result in greater bloodshed. Hitler is not a bad man.”
Gandhi’s advice to the Jews was no less bizarre.
“If I were a Jew and were born in Germany… I would claim Germany as my home even as the tallest gentile German may, and challenge him to shoot me or cast me in the dungeon…. And suffering voluntarily undergone will bring them an inner strength and joy…. The calculated violence of Hitler may even result in a general massacre of the Jews by way of his first answer to the declaration of such hostilities. But if the Jewish mind could be prepared for voluntary suffering, even the massacre I have imagined could be turned into a day of thanksgiving and joy that Jehovah had wrought deliverance of the race even at the hands of the tyrant.”
Looking back on the Holocaust Gandhi stated, “Hitler killed five million Jews. It is the greatest crime of our time. But the Jews should have offered themselves to the butcher’s knife. They should have thrown themselves into the sea from cliffs. As it is, they succumbed anyway in their millions.” He also said that had the Jews committed collective suicide, that would have been “heroism.”
He gave similar advice to the British people during the war. After advising the British to lay down their arms and surrender to the Nazis, he advised the British people that if the Nazis “do not give you free passage out, you will allow yourself, man, woman and child, to be slaughtered, but you will refuse to owe allegiance to them.”
Finally, in regards to his own people’s attempts at passive nonviolence to British rule in India, he wrote, “Our rulers may have our land and bodies but not our souls. They can have the former only by complete destruction of every Indian – man, woman and child. For, if a fair number of men and women be found in India who would be prepared without any ill will against the spoliators to lay down their lives rather than bend the knee to them, they would have shown the way to freedom from the tyranny of violence.”
In other words again, as a general rule, if enough people let themselves be killed, the world’s evil, bloodthirsty maniacs and their armies will somehow be defeated and become peaceful. What Gandhi failed to realize is that when dealing with moral or at least somewhat humane governments, nonviolent resistance has its place. But when dealing with murderous barbarians such as ISIS or the Nazis, no level of nonviolent resistance will ever change their minds. Gandhi’s philosophy would only guarantee that they take over the world.
Yet Gandhi’s philosophy when fully understood shows bizarre applications. In 1920 he wrote, “I do believe that where there is a choice between cowardice and violence I would advise violence. Thus when my eldest son asked me what he should have done, had he been present when I was almost fatally assaulted in 1908, whether he should have run away and seen me killed or whether he should have used his physical force which he could and wanted to use, and defended me, I told him that it was his duty to defend me even by using violence.”
Yet when given the option between violence and nonviolent resistance, Gandhi extolled nonviolence as the only true means of achieving victory.
In other words, in Gandhi’s philosophy, when some evil regime or group wants to attack and kill you, the worst thing you can do is try to run and hide to save your life. That to him is cowardice.
The next best thing you can do is to actually fight your enemy and kill him if necessary. This isn’t ideal and doesn’t lead to any real results in Gandhi’s eyes, but it is still better. And the highest and only true form of resisting evil is getting in the face of oppressors with absolutely no intention of using any violence, and being totally prepared to be attacked, killed and/or raped, but never showing “cowardice” in the face of an oppressor.
But however poetic, the immorality of this stance is obvious. It refuses to protect life. It refuses to hate, fight and resist evil.
Shmuley Boteach is the international bestselling author of 30 books, and will soon publish The Israel Warrior.
Voir par ailleurs:
George Orwell, « Réflexions sur Gandhi »
(Partisan Review, janvier 1949)
Traduction par Anne Krief, Bernard Pecheur et Jaime Semprun
Ivrea/Encyclopédie des Nuisances, 2001
Jusqu’à preuve de leur innocence, les saints doivent toujours être considérés comme coupables. Mais l’examen auquel il convient de les soumettre n’est évidemment pas le même pour tous. Au sujet de Gandhi, les questions qui viennent à l’esprit sont celles-ci : dans quelle mesure était-il mû par la vanité – par l’idée qu’il se faisait de lui-même, vieil homme humble et nu, assis sur un tapis de prière, faisant chanceler les empires par sa seule force spirituelle –, et dans quelle mesure a-t-il transigé avec ses propres principes en se lançant dans la politique, indissociable par nature de la violence et de l’imposture ? Il faudrait, pour apporter une réponse précise à ces questions, examiner les actes et les écrits de Gandhi dans leurs plus infimes détails, car sa vie entière a été une sorte de pèlerinage où chaque acte avait une signification. Mais cette autobiographie (1) partielle, qui s’arrête dans les années vingt, témoigne fortement en sa faveur, d’autant plus qu’elle évoque ce qu’il aurait appelé la partie non régénérée de sa vie et nous rappelle que le saint – ou quasi-saint – était aussi un individu très capable et habile qui aurait pu, s’il l’avait voulu, réussir brillamment comme avocat ou administrateur, et peut-être même comme homme d’affaires.
À peu près à l’époque de sa première publication, je me souviens d’avoir lu les premiers chapitres de cette autobiographie dans les pages mal imprimées d’un journal indien. Ils me firent bonne impression, ce qui n’était pas alors le cas de Gandhi lui-même. Ce qu’évoquait son nom – tissage artisanal, « force spirituelle » et végétarisme – n’était guère attrayant, et son programme moyenâgeux n’était manifestement pas viable dans un pays arriéré, affamé et surpeuplé. Il était en outre évident que les Britanniques l’utilisaient, ou croyaient l’utiliser. À proprement parler, en tant que nationaliste, c’était un ennemi, mais comme il s’évertuait, lors de chaque crise, à éviter la violence – ce qui, du point de vue britannique, équivalait à empêcher toute espèce d’action efficace –, on pouvait voir en lui « un homme à nous ». Dans les conversations privées, certains en convenaient cyniquement. Les millionnaires indiens partageaient ce point de vue. Ils préféraient naturellement Gandhi, qui les invitait à se repentir, aux socialistes et aux communistes, qui, à la première occasion, comptaient bien les délester de leur argent. Il n’est pas sûr du tout que ce genre de calcul soit, à long terme, avisé : comme le dit Gandhi lui-même, « en fin de compte, les trompeurs ne trompent qu’eux-mêmes » ; quoi qu’il en soit, la mansuétude avec laquelle il fut presque toujours traité s’explique en partie par ce sentiment qu’il était utile. Les conservateurs anglais ne le dénoncèrent avec virulence que lorsque ce fut vis-à-vis d’un autre occupant, comme en 1942, qu’il prêcha la non-violence.
Mais même en cette occasion, je pus constater que les fonctionnaires britanniques qui en parlaient avec un mélange d’amusement et de désapprobation ressentaient également pour lui, à leur manière, une sympathie et une admiration réelles. Nul n’insinuait jamais qu’il fût corrompu, ni qu’il fût animé par une ambition vulgaire, ni qu’il eût jamais agi par couardise ou ressentiment. Lorsqu’on juge un homme comme Gandhi, il semble qu’on se place spontanément sur un tel plan d’élévation morale qu’on ne songe même plus à relever certaines de ses qualités élémentaires. La seule lecture de son autobiographie montre ainsi que son courage physique naturel était tout à fait exceptionnel : la façon dont il fut finalement assassiné le prouva bien, car un homme public qui aurait accordé à sa vie la moindre valeur ne se serait pas exposé aussi imprudemment. De même, il ne s’est guère montré enclin à cette méfiance obsessionnelle qui est, comme le dit avec raison E. M. Forster dans A Passage to India, le principal défaut des Indiens, comme l’hypocrisie est celui des Britanniques. Quoique sans aucun doute assez perspicace pour déceler la malhonnêteté, il semble avoir autant que possible accordé aux autres le bénéfice de la bonne foi et s’être attaché à voir en eux les qualités qui permettaient un certain dialogue. Et bien qu’il fût issu d’une famille bourgeoise assez pauvre, que ses débuts dans la vie aient été assez difficiles et que son aspect physique n’eût sans doute rien de remarquable, il n’en éprouva ni envie ni sentiment d’infériorité. Le préjugé racial, quand il le rencontra sous sa pire forme en Afrique du Sud, semble l’avoir plutôt stupéfié. Et alors même qu’il menait ce qui était de fait une guerre raciale, il ne considéra jamais les individus en termes de race ou de statut social. Le gouverneur d’une province, un millionnaire du coton, un coolie dravidien famélique, un simple soldat britannique, tous étaient pour lui des êtres humains avec lesquels on pouvait se comporter à peu près de la même manière. Il est remarquable que jusque dans les circonstances les plus durables, comme lorsqu’il se rendit très impopulaire en défendant la communauté indienne en Afrique du Sud, les amis européens ne lui aient jamais fait défaut.
Rédigée sous forme de courts épisodes pour être publiée en feuilleton, cette autobiographie n’est pas un chef-d’œuvre littéraire, mais la banalité même d’une bonne partie de son contenu contribue à la rendre remarquable. Il est bon de se voir rappeler que Gandhi eut d’abord les ambitions ordinaires d’un jeune étudiant indien et n’en vint à des positions extrémistes que progressivement, dans certains cas presque contre son gré. On apprend ainsi avec intérêt qu’il fut un temps où il porta un haut-de-forme, prit des leçons de danse, étudia le français et le latin, visita la tour Eiffel et essaya même d’apprendre à jouer du violon – tout cela dans le but d’assimiler la culture européenne aussi complètement que possible. Il n’était pas de ces saints qui se distinguent dès leur enfance par une piété phénoménale, et il n’appartenait pas non plus à la catégorie de ceux qui renoncent au monde après une vie de débauches extravagantes. Il confesse sans rien omettre ses péchés de jeunesse, mais il n’y a, en réalité, pas grand-chose à confesser. En frontispice du livre figure une photographie des quelques biens que possédait Gandhi lorsqu’il mourut : si l’on vendait tout ce qu’on voit là, on pourrait en tirer environ cinq livres. Les péchés de Gandhi, du moins ses péchés charnels, feraient à peu près aussi piètre figure si on les réunissait. Quelques cigarettes, quelques bouchées de viande, quelques annas chapardés à la servante dans son enfance, deux visites à un bordel (il s’enfuit chaque fois sans « rien faire »), un écart de conduite, évité de justesse, avec sa propriétaire à Plymouth, un mouvement de colère – telle en est la liste à peu près complète. Dès son enfance ou presque, il fit montre d’une profonde gravité, sentiment éthique plutôt que religieux, mais n’eut aucune idée précise de sa vocation avant la trentaine. C’est par le biais du végétarisme qu’il participa pour la première fois à une activité que l’on peut dire publique. Derrière ses qualités les moins ordinaires, on perçoit toujours le solide sens pratique de ses ancêtres marchands. On a le sentiment que, bien qu’ayant abandonné toute ambition personnelle, il n’en resta pas moins un avocat énergique et plein de ressources, un organisateur politique efficace, attentif à limiter les dépenses, habile à manœuvrer les comités et infatigable dans la collecte des fonds. Son caractère était extraordinairement complexe, mais ne comportait presque aucun trait qu’on puisse qualifier de mauvais. Et même les pires ennemis de Gandhi seraient prêts à reconnaître, je pense, que c’était un homme exceptionnel dont la seule existence a enrichi le monde. Qu’il ait aussi été un homme sympathique, et que ses enseignements soient d’une grande valeur pour qui n’accepte pas les croyances religieuses sur lesquelles ils se fondaient, c’est ce dont j’ai toujours été moins convaincu.
Depuis quelques années, on parle volontiers de Gandhi non seulement comme s’il avait sympathisé avec les mouvements de gauche occidentaux, mais presque comme s’il en avait fait partie. Les anarchistes et les pacifistes, en particulier, l’ont revendiqué comme un des leurs, ne relevant que son opposition au centralisme et à la violence étatique, et ignorant ce qui dans sa doctrine tendait à rabaisser l’homme et la vie terrestre. Il me semble pourtant indispensable de bien voir que la doctrine de Gandhi ne saurait s’accommoder de la conviction que l’homme est la mesure de toutes choses et que notre tâche consiste à rendre la vie digne d’être vécue sur cette terre, qui est la seule que nous ayons. Cette doctrine n’a de sens que si Dieu existe et si le monde matériel est une illusion dont il faut se défaire. Il n’est pas inutile d’examiner la règle de vie que Gandhi s’est imposée et que devait selon lui adopter quiconque voulait servir Dieu ou l’humanité – même s’il n’exigeait pas de chacun de ses partisans qu’il la respecte intégralement. Tout d’abord, il ne faut pas consommer de viande, ni si possible de nourriture d’origine animale, sous quelque forme que ce soit. (Gandhi lui-même, pour des raisons de santé, dut transiger à propos du lait, mais il semble qu’il ait ressenti cette concession comme une défaite.) Pas d’alcool ni de tabac, ni épices ni condiments, même d’origine végétale, car on ne doit pas s’alimenter par plaisir, mais uniquement pour restaurer ses forces. Deuxièmement, si possible, pas de relations sexuelles. Si ces relations ont lieu, ce doit être à seule fin de procréer et vraisemblablement de loin en loin. Gandhi lui-même, vers l’âge de trente-cinq ans, fit vœu de bramahcharya, ce qui impliquait non seulement une chasteté absolue, mais aussi l’extinction de tout désir sexuel. Il semble que cet état soit difficile à atteindre sans un régime alimentaire spécifique et des jeûnes fréquents. L’un des dangers de la consommation de lait est qu’elle risque d’éveiller le désir sexuel. Enfin – et c’est là le point crucial –, celui qui recherche le bien ne saurait entretenir aucune espèce d’amitié intime ou d’amour exclusif.
Les amitiés intimes sont dangereuses, selon Gandhi, parce que « les amis s’influencent réciproquement » et que l’on peut être amené à commettre le mal par loyauté envers un ami. C’est parfaitement vrai. De plus, pour aimer Dieu, ou même l’humanité dans son ensemble, on doit se garder de privilégier un individu particulier. Cela aussi est parfaitement vrai et marque le point où les conceptions humanistes et religieuses entrent en contradiction. Pour l’être humain ordinaire, l’amour n’a aucun sens s’il ne signifie pas que l’on aime certaines personnes plus que d’autres. Cette autobiographie ne nous permet pas de savoir quel genre d’égards Gandhi a eus, ou n’a pas eus, pour sa femme et ses enfants, mais elle nous indique en revanche qu’en trois occasions, il s’est montré disposé à laisser mourir sa femme ou un de ses enfants plutôt que de leur donner la nourriture d’origine animale prescrite par le médecin. Il est vrai que l’issue fatale a chaque fois été évitée, et aussi que Gandhi – tout en exerçant, on le devine, une forte pression morale en sens contraire – a toujours laissé au malade la possibilité, s’il le voulait, de commettre un péché pour rester en vie : pourtant, si la décision n’avait appartenu qu’à lui, il aurait interdit toute nourriture d’origine animale, quels qu’aient pu en être les risques. Selon lui, il faut qu’il existe une limite à ce que nous sommes prêts à faire pour rester en vie, et cette limite se situe bien en deçà de l’ingestion d’un bouillon de poule. Cette attitude est peut-être très noble, mais au sens que la plupart des gens donneraient, me semble-t-il, à ce mot, elle est inhumaine. Être humain consiste essentiellement à ne pas rechercher la perfection, à être parfois prêt à commettre des péchés par loyauté, à ne pas pousser l’ascétisme jusqu’au point où il rendrait les relations amicales impossibles, et à accepter finalement d’être vaincu et brisé par la vie, ce qui est le prix inévitable de l’amour porté à d’autres individus. Sans doute l’alcool, le tabac et le reste sont-ils des choses dont un saint doit se garder, mais la sainteté est elle-même quelque chose dont les êtres humains doivent se garder. La première réponse qui vient à l’esprit est de celles dont il faut se défier. À notre époque où les yogis font florès, il est admis sans discussion que le « détachement » est supérieur à l’acceptation sans réserve de la vie terrestre, et que l’homme ordinaire ne s’y dérobe que parce qu’il préfère la facilité : en d’autres termes, que l’être humain moyen est un saint raté. Pourtant, rien n’est moins sûr. Beaucoup de gens n’ont vraiment pas la moindre envie d’être des saints, et beaucoup de ceux qui atteignent la sainteté ou y aspirent n’ont sans doute jamais été très tentés d’être des hommes. Si l’on pouvait en mettre au jour les ressorts psychologiques, je pense qu’on s’apercevrait qu’à l’origine du « détachement » il y a avant tout le désir d’éviter la douleur de vivre, et par-dessus tout l’amour, qui, sexuel ou non, est une rude épreuve. Mais il n’est pas nécessaire de se demander ici quel idéal est supérieur, du rejet de la vie terrestre ou de l’humanisme. L’important est qu’ils sont incompatibles. Entre Dieu et l’homme, il faut choisir, et tous les « radicaux » et les « progressistes », du libéral le plus modéré à l’anarchiste le plus extrémiste, ont choisi l’homme.
Le pacifisme de Gandhi peut cependant, dans une certaine mesure, être séparé du reste de sa doctrine. Il avait des motifs religieux, mais Gandhi le présentait comme une technique spécifique, une méthode pour obtenir des résultats politiques précis. La conception de Gandhi différait de celle de la plupart des pacifistes occidentaux. La Satyagraha, élaborée d’abord en Afrique du Sud, était une sorte de guerre non violente, une manière de vaincre l’ennemi sans lui faire de mal et sans ressentir ni susciter de haine. Elle impliquait le recours à des actes tels que la désobéissance civile, les grèves, le fait de se coucher devant les trains, de supporter les charges de police sans reculer et sans riposter, et ainsi de suite. Selon Gandhi, il était erroné d’utiliser l’expression « résistance passive » pour traduire Satyagraha : il semble que ce terme signifie, en gujarati, « fermeté dans la vérité ». Jeune, Gandhi avait servi comme brancardier – du côté britannique dans la guerre des Boers, et il était prêt à recommencer en 1914-1918. Même après avoir complètement renoncé à la violence, il fut assez honnête pour reconnaître qu’en temps de guerre, il est généralement nécessaire de prendre parti. Il n’adopta pas et ne pouvait d’ailleurs adopter, toute sa vie politique ayant tourné autour de la lutte pour l’indépendance nationale – la position stérile et malhonnête consistant à affirmer que, dans toute guerre, les deux camps se valent absolument et qu’il est sans conséquence aucune que l’un ou l’autre l’emporte. À la différence de la plupart des pacifistes occidentaux, il ne cultiva pas non plus l’art d’éviter les questions embarrassantes. Lors de la dernière guerre, une des questions auxquelles tout pacifiste était à l’évidence tenu de répondre était celle-ci : « Que faire pour les juifs ? Êtes-vous prêt à les laisser exterminer ? Sinon, que proposez-vous pour les sauver sans avoir recours à la guerre ? » Je dois dire que je n’ai jamais entendu aucun pacifiste occidental répondre honnêtement à cette question ; en revanche, j’ai entendu toutes sortes de réponses dilatoires, en général sur le modèle « c’est celui qui le dit qui l’est ». Or il se trouve qu’une question très voisine a été posée à Gandhi en 1938, et que la réponse se trouve consignée dans Gandhi and Stalin, de M. Louis Fischer. Si l’on en croit M. Fischer, les juifs allemands devaient d’après Gandhi se suicider collectivement, ce qui « aurait fait prendre conscience au monde et au peuple allemand de la violence de Hitler ». Après la guerre, il se justifia ainsi : les juifs ayant de toute manière été tués, ils auraient aussi bien pu donner un sens à leur mort. Cette manière de voir sidéra même un admirateur aussi fervent que M. Fischer, alors qu’elle n’était que simple honnêteté de la part de Gandhi. Si l’on se refuse à tuer, on doit être prêt à ce que des vies soient sacrifiées de quelque autre manière. En 1942, quand il prônait la résistance non violente à l’invasion japonaise, Gandhi n’hésitait pas à reconnaître qu’une telle tactique pouvait coûter la vie à plusieurs millions de personnes.
Par ailleurs, il semble que Gandhi, qui, ne l’oublions pas, était né en 1869, ne comprenait pas la nature du totalitarisme et voyait toutes choses dans l’optique de sa lutte personnelle contre le gouvernement britannique. Ici, le point important n’est pas tellement que les Britanniques l’aient traité avec mansuétude, mais qu’il ait toujours été en mesure de faire entendre sa voix. Comme l’indique la phrase citée ci-dessus, il croyait pouvoir susciter une « prise de conscience du monde » – mais encore faut-il que le monde soit informé de vos actions. On voit mal à quoi pourraient servir les méthodes de Gandhi dans un pays où les opposants au régime disparaissent en pleine nuit sans qu’on n’entende plus jamais parler d’eux. Sans presse libre ni droit de réunion, il est impossible non seulement d’en appeler à l’opinion publique étrangère, mais aussi de susciter un mouvement de masse, ou même de faire connaître ses revendications à ses adversaires. Existe-t-il en ce moment un Gandhi en Russie ? Et s’il existe, que fait-il ? Pour que les Russes pratiquent en masse la désobéissance civile, il faudrait que tous aient la même idée au même moment ; et de toute façon, si l’on en juge d’après l’histoire de la famine en Ukraine, cela ne changerait rien. Mais admettons qu’une résistance non violente puisse être efficace contre le gouvernement de son propre pays, ou contre une puissance occupante : resterait encore à la mettre en pratique à l’échelle internationale. Les déclarations contradictoires de Gandhi au cours de la dernière guerre semblent indiquer qu’il avait conscience de cette difficulté. Dès qu’il s’agit de politique étrangère, ou bien le pacifisme cesse d’être pacifiste, ou bien il devient pur et simple défaitisme. En outre, le postulat qui a si bien réussi à Gandhi dans ses relations avec les individus, selon lequel tout être humain est susceptible d’une certaine compréhension et se montrera sensible à un geste généreux, mérite d’être pour le moins nuancé. Il peut, par exemple, perdre toute validité lorsqu’on a affaire à un dément. La question est alors : qui est fou ? Hitler était-il fou ? Ne peut-il arriver que toute une culture soit démente au regard des critères d’une autre culture ? Et existe-t-il, pour autant qu’on puisse savoir exactement ce qu’éprouvent des peuples entiers, la moindre relation entre un acte généreux et une réaction amicale ? La gratitude joue-t-elle un rôle quelconque dans la politique mondiale ?
Ces questions, ainsi que d’autres de même nature, doivent être examinées, et elles doivent l’être vite, pendant les quelques années qui nous restent avant que quelqu’un n’appuie sur le bouton et que les fusées ne se mettent à sillonner le ciel. La civilisation ne résisterait sans doute pas à un autre conflit majeur, et on ne saurait exclure a priori que la non-violence soit une solution. On peut porter au crédit de Gandhi qu’il n’aurait pas hésité à réfléchir honnêtement au genre de questions que j’ai évoquées ci-dessus ; en fait, il est probable qu’il les a pour la plupart effectivement abordées dans l’un ou l’autre de ses innombrables articles de presse. On garde de lui l’idée qu’il y avait beaucoup de choses qu’il ne comprenait pas, mais rien qu’il eût craint de dire ou de penser. Je n’ai jamais réussi à éprouver beaucoup de sympathie pour Gandhi, mais je ne suis pas certain qu’en tant que penseur politique il ait eu tort sur l’essentiel, et je ne crois pas non plus que sa vie ait été un échec. Il est étrange qu’après son assassinat, beaucoup de ses admirateurs les plus fervents se soient affligés qu’il ait vécu juste assez longtemps pour voir ruiner l’œuvre de toute une vie, au motif que l’Inde était engagée dans une guerre civile dont on avait toujours su qu’elle serait une des conséquences de l’indépendance. Mais ce n’était pas à tenter d’apaiser l’hostilité entre hindous et musulmans que Gandhi avait consacré sa vie. Son principal objectif politique, mettre fin à la domination britannique par des moyens pacifiques, avait en tout cas été atteint. Comme souvent, on peut tirer des faits plusieurs interprétations contradictoires. D’un côté, les Britanniques ont bien quitté l’Inde sans combattre, ce que fort peu d’observateurs auraient prédit encore un an auparavant. D’un autre côté, la décision a été prise par un gouvernement travailliste, et il est hors de doute qu’un gouvernement conservateur eût agi différemment, surtout s’il avait été dirigé par Churchill. Mais si une large fraction de l’opinion publique britannique était, en 1945, acquise à l’indépendance de l’Inde, n’était-ce pas dans une certaine mesure dû à l’influence personnelle de Gandhi ? Et si, un jour peut-être, l’Inde et la Grande-Bretagne finissent par établir des relations honnêtes et amicales, ne sera-ce pas en partie parce que Gandhi, en menant son combat opiniâtrement et sans haine, aura assaini le climat politique ? Le seul fait que de telles questions viennent à l’esprit en dit long sur la stature du personnage. On peut éprouver, comme c’est mon cas, une sorte d’aversion esthétique pour Gandhi, on peut rejeter les revendications de sainteté formulées en sa faveur (et qu’il n’a, d’ailleurs, jamais formulées lui-même), on peut également rejeter la sainteté en tant qu’idéal et tenir par conséquent les préoccupations fondamentales de Gandhi pour anti-humanistes et réactionnaires ; mais si on le considère simplement comme un homme politique, et qu’on le compare aux autres grandes figures politiques de notre époque, quelle bonne odeur a-t-il réussi à laisser derrière lui !
Note
1. The Story of my Experiments with Truth, de M.K. Gandhi, traduit du gujarati par Mahadev Desai. (En français : Expériences de vérité, traduction G. Belmont.) (N.d.T.)



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