Affaire Schwarzbard: La LICRA doit-elle sa fondation à une erreur judiciaire orchestrée par le Komintern? (Looking back on LICRA’s Dreyfus affair)

Yuschenko at 's Petliura's Paris grave (2005)
Le 25 mai 1926, le militant révolutionnaire (bolchévique, puis anarchiste) Samuel Schwartzbard abat de sang-froid à Paris le leader nationaliste ukrainien Simon Petlioura, qu’il juge responsable des pogroms organisés en Ukraine à l’époque où il y était actif. Bernard Lecache (1895-1968), issu d’une famille juive d’Ukraine, exclu du Parti communiste en 1923, suit le procès en tant que journaliste au Quotidien. Voulant apporter son aide à Samuel Schwartzbard, il se lance dans une campagne médiatique et fonde un groupement, la Ligue contre les pogroms. Après l’acquittement de l’accusé, le groupement, organisé en association, devient en février 1928 la Ligue internationale contre l’antisémitisme (LICA). Des personnalités influentes et d’origines politiques diverses y adhérent : Victor Basch, Léon Blum, Albert Einstein, Edmond Fleg, Maxime Gorki, Paul Langevin, la Comtesse de Noailles, Pierre Bonardi, Georges Pioch, Lazare Rachline, Georges Zérapha, Séverine, André Spire. Une de ses premières tâches est de cartographier les pogroms en Europe. En 1932, le nom devient Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme mais le sigle LICA est conservé (ce n’est qu’en 1979 que le sigle LICRA a été adopté). (…) La LICA accorde aussi une importance au combat contre le nazisme, au pouvoir en Allemagne à partir de janvier 1933. Bernard Lecache est très tôt sur une ligne de grande fermeté qui fait de lui un « belliciste » aux yeux des pacifistes et de l’extrême droite. Cette période est marquée par la prise de position pour le boycott des Jeux olympiques de 1936 (d’hiver en février, d’été en août), mais aussi par deux affaires qui rappellent les origines mêmes de la Ligue et dans lesquelles elle intervient par des meetings et une assistance juridique: l’assassinat à Davos du nazi suisse Wilhelm Gustloff par le Yougoslave David Frankfurter (4 février 1936), l’assassinat à Paris du diplomate allemand Ernst vom Rath par le Polonais Herschel Grynszpan (7 novembre 1938). Wikipedia
S’il se produit des cas de brigandage dans l’Armée rouge, il est indispensable de les imputer aux petluristes. L’Ukraine doit être soviétique et Petlura effacé de la mémoire pour toujours. Léon Trotski
Le verdict du procès, qui a saisi l’Europe entière, a été considéré par les juifs comme établissant la preuve des horreurs commises contre leur co-religionaires en Ukraine sous la dictature de Simon Petlura; l’opinion de gauche s’est réjouie, mais les conservateurs ont vu la justice bafouée et le décorum de la justice française gravement altéré. Time (le 7 novembre 1927)
Comment une telle manifestation peut-elle avoir lieu en plein cœur de Paris, qui plus est sous l’Arc de triomphe, notre Arc de triomphe ? Nous sommes tout simplement en train d’assister à un viol de la mémoire, à un déni d’histoire, à un second assassinat, posthume celui-là, des victimes juives. Communiqué de la LICRA (le 26 mai 2006)
Le procès de l’assassin de Simon Petlioura qui se déroulait à Paris, a été instrumentalisé par les autorités soviétiques, par l’intermédiaire du Komintern, pour compromettre l’idée de l’indépendance ukrainienne en remettant sur l’un de ses artisans la responsabilité des persécutions des Juifs, tandis qu’elles avaient pour seule cause la politique officielle d’antisémitisme, partie intégrante de l’idéologie de l’Empire russe. Dans les années 1920, d’aucuns en ont profité pour contrecarrer la renaissance de l’Ukraine indépendante et qui semblent en user aujourd’hui pour empêcher le retour de l’Ukraine à la démocratie et à l’Europe. Yuriy Sergeyev (Ambassadeur d’Ukraine en France, lettre à Patrick Gaubert, président de la LICRA)

La LICRA a-t-elle été fondée sur une erreur judiciaire orchestrée par le Komintern?

Suite à la diffusion sur France 2 la semaine dernière d’un docu-film sur l’Affaire Grynszpan, le jeune juif dont l’assassinat d’un diplomate allemand à Paris avait servi de prétexte à Hitler pour sa « Nuit de cristal » de novembre 1938 …

Retour sur une autre affaire, impliquant aussi un jeune juif (anarchiste ukrainien cette fois) ayant assassiné en plein Paris un résident étranger, qui douze ans plus tôt avait aussi défrayé la chronique française et internationale (hommage télévisuel compris en 1958 dans la célèbre série « En Votre Ame et Conscience ») et même été à l’origine de la création de la « Ligue contre les pogroms » (rebaptisée plus tard LICA puis LICRA) dont les avocats (notamment Henry Torrès) devaient défendre… Grynszpan!

A savoir l’Affaire Schwarzbard, qui vit l’acquittement, sous les acclamations du public, du juif ukrainien Samuel Schwarzbard, qui avait assassiné en plein Quartier latin et pour venger sa famille décimée par les pogroms dont il le rendait responsable, l’indépendantiste ukrainien et représentant du gouvernement ukrainien en exil à Paris Simon Petloura.

Mais qui, comme le confirme (énième illustration des relations encore très conflictuelles entre la communauté juive et l’Ukraine) cette protestation de la LICRA à l’occasion (après la visite du président ukrainien Iouchtchenko lui-même sur sa tombe à Montparnasse l’année précédente) de la commémoration à Paris il y a un an et demi, avec dépôt de gerbe sur la Tombe du soldat inconnu sous l’Arc de triomphe en son nom, du 80e anniversaire de sa mort, se trouve être (ayant déjà donné son nom à une librairie ukrainienne à Paris rue de… Palestine!) un véritable héros dans son pays.

De fait, les historiens semblent toujours divisés sur la réalité des griefs reprochés à Petlura, dont le gouvernement apparemment confiné à un convoi ferroviaire semblait bien peu en contrôle de la véritable anarchie qui régnait dans une Ukraine alors déchirée par la guerre civile (« Russes rouges », « blancs », seigneurs de la guerre).

Mais aussi avec une apparemment longue tradition de pogroms et une réelle hostilité contre des autorités bolchéviques, notamment la sinistre police secrète Cheka où, soucieux de récupérer les haines locales à son avantage, Dzerzhinskyi avait placé nombre de juifs (dont le tristement célèbre « Lazar de fer » Lazar Kaganovich, l’un des artisans de la grande famine orchestrée de 1933, dite « Holomodor », qui fit plusieurs millions de victimes).

Histoire qui se répétera d’ailleurs en bonne partie quelque 20 ans plus tard avec l’invasion des Nazis (3 ans !) qui, tout en en massacrant des millions (avec quelque 11 millions de victimes et comme les Polonais avec qui ils partageaient les plus fortes concentrations de juifs d’Europe mais aussi de « justes », les Ukrainiens paieront, plus que toute autre population, un lourd tribut à la guerre) sauront utiliser eux aussi à leur avantage, le plus souvent contraints et forçés, l’hostilité d’un certain nombre d’Ukrainiens (ou, le terme « ukrainien » étant souvent utilisé d’une manière générique pour toutes sortes de populations, souvent de nationaux allemands Volksdeutch, mais aussi de Baltes, Polonais, Russes, Byélorusses ou même de… juifs !) pour leur campagne d’extermination par balles des juifs ou dans leurs camps (à l’instar du sinistre Ivan Demjanjuk, débusqué par le célèbre chasseur de criminels nazis, lui aussi d’origine ukrainienne Simon Wiesenthal).

Sans compter, comme le rappelle certains historiens mais aussi l’ancien directeur de la CIA Allen Dulles ou l’ambassadeur ukrainien lui-même, la forte probabilité que Schwarzbard était lui-même agent du KGB en service commandé d’un gouvernement soviétique (et de sa formidable machine de propagande du Komintern – le célèbre avocat d’anarchistes et futur mentor de Robert Badinter Henry Torrès n’était-il pas lui-même, comme le fondateur de la LICA, le journaliste Bernard Lecache et son ami Souvarine qui en plus étaient d’origine juive ukrainienne, proche du PCF – lui-même alors, on le sait, très étroitement contrôlé et financé par Moscou?) ayant tout intérêt à délégitimer le représentant du gouvernement en exil d’un Etat dont il préparait l’annexion …

Une commémoration des plus douteuses
Patrick Gaubert
Le Monde
26.05.2006

On se souvient de la magnifique « révolution orange » ukrainienne de fin 2004. Dénonçant la fraude massive, appuyé par la rue, Victor Iouchtchenko est élu président de la République. C’est l’état de grâce. Voilà l’Ukraine arrimée à l’Ouest avec la bénédiction des Etats-Unis.

Mais, très vite, la belle aventure « atlantiste » vire au cauchemar. L’Ukraine s’enfonce dans la crise. Pire, le souffle de la démocratie semble exhaler des relents nauséabonds dans une partie de l’Europe où nationalisme, antisémitisme et négationnisme font de nouveau bon ménage. Et la dernière péripétie orange a un nom : Simon Petlioura. Ce nom ne vous dit rien. Mais en Ukraine, l’ataman (général en chef) Petlioura est un héros. Pour la Licra, c’est un assassin.

Ce haut gradé, né en 1879, fut un temps, en 1917, l’un des chefs d’une éphémère République d’Ukraine qu’il défendit contre tous les envahisseurs possibles dans la région. A la même époque, des centaines de milliers de juifs sont massacrés dans ce qui restera l’un des plus sanglants pogroms du XXe siècle.

Après bien des péripéties, Simon Petlioura trouve refuge à Paris en 1924. Deux ans plus tard, il est abattu de plusieurs balles en pleine rue par un jeune horloger juif ukrainien naturalisé français, Samuel Schwarzbard, décoré de la croix de guerre obtenue dans l’armée française pendant la première guerre mondiale. Arrêté, le jeune homme avouera spontanément qu’il a voulu, par son geste, venger les siens victimes des pogroms organisés en Ukraine.

Simon Petlioura est enterré au cimetière du Montparnasse. Le procès, qui commence l’année suivante, aura un énorme retentissement et se transformera très vite en « procès des pogroms ». Maxime Gorki vient même témoigner en faveur du jeune horloger. Finalement, grâce en partie au talent de Me Henri Torrès, Samuel Schwarzbard est acquitté. Dans la salle se trouve un jeune journaliste du nom de Bernard Lecache, qui crée, pour soutenir l’accusé, la Ligue contre les pogroms, qui devient, quelque temps plus tard, la Ligue internationale contre l’antisémitisme (Lica, puis Licra). Fin de l’histoire ? Non.

L’Etat ukrainien, dans un contexte de fortes tensions nationalistes, décide d’honorer la mémoire de Simon Petlioura à l’occasion du 80e anniversaire de sa mort, de sa « tragique disparition », pour reprendre la vulgate officielle. Où ? A Kiev, bien sûr ! Mais plus grave, à Paris aussi ! Du 25 au 27 mai, toute une série de commémorations et de colloques ont lieu, organisés par la bibliothèque ukrainienne Simon-Petlioura (ça ne s’invente pas !), le Comité représentatif de la communauté ukrainienne de France et, bien sûr, l’ambassade d’Ukraine à Paris. Au programme : un dépôt de gerbe au cimetière du Montparnasse, un colloque intitulé « La place et la perception de la personnalité de Simon Petlioura aujourd’hui », la visite du musée Simon-Petlioura (sic).

Mais il y a plus grave, ces organismes devaient se réunir, jeudi 25 mai, pour déposer une gerbe sur la tombe du Soldat inconnu, déjouant probablement la vigilance du Comité de la flamme, organisateur des cérémonies de ravivage. Trop, c’est trop ! Comment une telle manifestation peut-elle avoir lieu en plein coeur de Paris, qui plus est sous l’Arc de triomphe, notre Arc de triomphe ? Nous sommes tout simplement en train d’assister à un viol de la mémoire, à un déni d’histoire, à un second assassinat, posthume celui-là, des victimes juives.

C’est pourquoi, face à cette ignominie faite à la France, à tous les citoyens épris de liberté et à tous les défenseurs des droits de l’homme, nous demandons que le gouvernement français, par la voix de son ministre des affaires étrangères, proteste énergiquement auprès des autorités ukrainiennes en France contre cette sombre commémoration. Nous en appelons également au président de la République qui, plusieurs fois dans le passé, a su rendre hommage à toutes les victimes de la barbarie raciste et antisémite.

Tous les Français doivent savoir qu’un assassin est honoré sur le sol même de la République, dans ses lieux de mémoire et de paix. Cela, la Licra ne le tolère pas. Au nom de son histoire et de toutes celles et tous ceux qui périrent de la folie des hommes.

Patrick Gaubert est président de la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme (Licra).

Voir aussi:

Top News
France
Guysen international
2006-05-26

Le 23 mai, la LICRA (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme)  »s’est indignée des manifestations en Ukraine et à Paris liées au 80e anniversaire de la mort de Simon Petlioura (1879-1926), général en chef de l’armée ukrainienne considéré comme un héros dans son pays ».

La LICRA a expliqué :  »Cet homme est responsable de pogroms organisés en Ukraine sous le régime des tsars, pogroms qui ont fait des centaines de milliers de victimes juives.

Réfugié à Paris en 1924, Simon Petlioura est abattu par un jeune étudiant juif rescapé de ces pogroms en 1926. La médiatisation du procès qui s’en est suivi en 1927 est à l’origine de la création de la Ligue contre les pogroms qui deviendra plus tard la LICA. La Ligue obtint l’acquittement de Samuel Schwarzbard.

Aussi la LICRA a dénoncé avec la plus grande vigueur le révisionnisme du gouvernement ukrainien et s’étonne qu’en France on ait pu autoriser un dépôt de gerbe sur la tombe du soldat inconnu à la mémoire de cet assassin, le jeudi 25 mai, par différentes organisations ukrainiennes en France, la Bibliothèque, summum du révisionnisme historique, qui porte le nom de Simon Petlioura.

La LICRA attendait, du  »Comité de la Flamme », association loi de 1901 qui organise les cérémonies du ravivage de la flamme, l’annulation pure et simple de ce dépôt de gerbe. Par ailleurs, la LICRA a demandé à Philippe Douste-Blazy, Ministre des Affaires étrangères, d’exprimer l’indignation de la France auprès des représentants ukrainiens à Paris à l’heure où un vent mauvais négationniste souffle à l’est de l’Europe ».

Le 25 mai à 17 h 30, malgré les protestations de la LICRA,  »ni le Ministère des Affaires étrangères, ni la Présidence de la République n’ont empêché le déroulement à l’Arc de Triomphe d’une cérémonie à la mémoire de l’assassin antisémite Petlioura, responsable de pogroms qui firent des milliers de morts en Ukraine. Les militants de la LICRA et leur président Patrick Gaubert, qui entendaient manifester leur réprobation, ont été refoulés fermement par la police de la République !  »

Le 26 mai, la LICRA s’est indignée :  »C’est un jour de honte pour la République et son gouvernement. C’est la mémoire des Juifs ukrainiens assassinés par Petlioura et ses spadassins qui est ainsi insultée. Il est absolument intolérable que, par sa passivité, la France cautionne ainsi la politique révisionniste de l’Ukraine ».

La LICRA demande  »au gouvernement français qu’une protestation officielle soit déposée auprès de l’Ambassade d’Ukraine à Paris, puis que les dispositions soient prises afin que ce scandale ne se répète pas à l’avenir et enfin que des excuses soient faites à la mémoire des Juifs ukrainiens à nouveau symboliquement assassinés par les thuriféraires de Petlioura.

Ceux qui ont permis qu’un symbole de la nation française, le tombeau du soldat inconnu à l’Arc de Triomphe, soit profané par les thuriféraires de l’assassin ukrainien antisémite Petlioura ont infligé un camouflet à la justice française qui, en 1927, acquitta Schwartzbard.

La LICRA attend du gouvernement français des éclaircissements qui s’imposent et que réparation soit apportée à la mémoire offensée des victimes de Petlioura ».

Voir aussi :

Rate of Antisemitic War Criminality 1939-1945
(Per 10,000 of population)
Balts 20
Austrians 10
Russians & Byelorussians 8
Germans 6
Poles 4
Ukrainians 3
Western European .5

Voir enfin, sur son blog, les extraits du livre de la membre, semble-t-il, du mouvement d’extrême-droite « Alsace d’abord » et présidente de l’association « Défendons Notre Identité » Anne Kling (« La France LICRAtisée », 2007) que je n’ai pas lu et dont je ne partage pas les formulations souvent tendancieuses mais qui a néanmoins le mérite de rappeler (notamment dans les 6 premiers chapitres) d’une façon accessible bien que passablement orientée un certain nombre de faits historiques souvent peu connus du grand public.

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