jcdurbant

Logements sociaux: Ceux qui croyaient au père Noël et ceux qui n’y croyaient pas … (Attention, un scandale peut en cacher bien d’autres)

Ceux qui croyaient au père Noël et ceux qui n’y croyaient pas …

Jean-Pierre Chevènement, Patrick Dupond, la fille de Jack Lang …

En ce lendemain de passage du Père Noël et à l’heure où défraie à nouveau la chronique une énième révélation, par la feuille de ragots et de réglements de compte qui nous tient lieu de journal d’investigation en France (alias le Canard très enchainé) sur un énième haut fonctionnaire ou politique pris en flagrant délit de favoritisme immobilier (le directeur de cabinet, cette fois, de la ministre du logement – 190 m2 boulevard de Port-Royal à Paris pour 1200 euros par mois – et… à nouveau l’ex-député de Belfort!) …

Qui se souvient encore, après les exemples historiques des familles Juppé, Chirac, Tibéri, Balladur, Copé et Gaymard et comme l’avait alors rappelé Le Perroquet Libre, que les révélations dans la presse de la situation immobilière particulièrement favorable de ces trois personnalités de la politique et du monde du spectacle avaient il y a un an et demi à peine donné lieu à la publication d’un rapport de la Ville de Paris sur cette particularité de son patrimoine immobilier ?

Qui se rappelle que, conformément au vieux principe du scandale qui en révèle plus sur ce qui passe généralement comme la normalité, on avait alors (re)découvert que ceux-ci n’étaient en fait que trois des quelque 250 à 300 heureux bénéficiaires des logements à très haut standing » gérés par la Régie immobilière de la Ville de Paris (RIVP) ?

Soit, dans le souci bien compréhensible de se rapprocher de leurs électeurs les moins favorisés, 224 élus ou collaborateurs d’élus parisiens (dont 24 conseillers de Paris et 77 conseillers d’arrondissement et… 66 depuis l’arrivée de Delanoë en 2001!) bénéficiant d’un logement social (si l’on peut qualifier ainsi un F5 ou un F6 dans un quartier de choix à 1.000 euros le mois ou par exemple, depuis 1971 et en plus de son logement social dans la Vieille ville à Belfort, le 150 m2 à moins de 1500 euros par mois d’un ISFard comme Chevènement dans le Vème arrondissement).

Sans compter que se limitant aux élus parisiens, ledit rapport excluait vraisemblablement toute une brochette de personnalités et d’élus de toutes sortes (ministres, parlementaires, élus régionaux).

Et ce, à l’intérieur d’un patrimoine très significativement qualifié de « privé » d’encore 570 logements de très bonne qualité, principalement situés dans les beaux quartiers du centre de Paris, sur les quelque 1300 que comptait encore la Ville au lendemain du départ en 2001 du Père Noël d’alors, un certain tout récemment mis en examen dénommé Jacques Chirac …

Les bons plans logement des élus parisiens

Le Perroquet libre
23 Avril 2006

Un rapport d’inspection de la Ville de Paris confirme que les attributions de logements sociaux à des élus ou à leurs collaborateurs se sont poursuivies malgré l’alternance de 2001.

8,94 euros le m2 à Paris, c’est possible pour les élus et leurs collaborateurs A la suite d’informations de presse révélant les noms de personnalités du show-bizz ou de la politique logés dans des HLM parisiens, Bertrand Delanoë avait promis de faire toute la lumière sur cette pratique que l’on croyait révolue. Une mission de l’Inspection générale de la Ville de Paris fut donc diligentée. Bertrand Delanoë réagissait à la polémique en jouant apparemment la transparence sur ce sujet, particulièrement sensible en ces temps de crise du logement.

Une lecture attentive du rapport d’inspection permet d’établir plusieurs constats :

1) Un nombre significatif d’élus parisiens ou de collaborateurs d’élus bénéficient d’un logement social Selon le rapport, ils sont au nombre de 224, dont 24 conseillers de Paris et 77 conseillers d’arrondissement.

2) L’attribution de logements sociaux à des élus parisiens ou à leurs collaborateurs s’est poursuivie malgré l’élection de Bertrand Delanoë en 2001 66 élus ou collaborateurs d’élus ont bénéficié d’un logement social depuis.

3) Le maire de Paris a lui-même attribué des logements à des conseillers d’arrondissement ou des collaborateurs d’élus 5 logements ont été attribués dans ce sens sur le contingent du maire de Paris.

4) En proportion, les élus parisiens et leurs collaborateurs sont davantage logés en HLM que la moyenne de la population parisienne 22% des élus parisiens et de leurs collaborateurs occupent un logement social alors que ce pourcentage est de 18,4% pour la moyenne de la population.

5) Les loyers des appartements attribués à des élus ou à leurs collaborateurs peuvent être très inférieurs au prix du marché
72 élus ou collaborateurs d’élus sont logés dans des logements au prix moyen de 8,94 euros le mètre carré (logement de type PLUS). Les auteurs du rapport d’inspection précisent, comme pour rassurer le lecteur, que les logements les plus chers dans cette catégorie peuvent légèrement dépasser 1.000 euros pour des F4, F5 et F6. Cela reste tout de même un très bon plan au regard des prix du marché parisien…

6) Les attributions de logement sociaux à des élus ou des collaborateurs d’élus peuvent s’effectuer dans des délais très brefs
La durée minimum d’attribution d’un logement est dans certains cas de seulement un mois. Il y a des veinards…

Des constats d’autant plus désolants que la méthodologie suivie par la mission d’inspection a volontairement limité le champ de ses investigations.

Ainsi, alors que les informations publiées dans la presse qui avaient motivé cette mission d’inspection évoquaient parmi les bénéficiaires de HLM parisiens des personnalités aussi diverses que Jean-Pierre Chevènement, Patrick Dupond ou la fille de Jack Lang, l’enquête s’est limitée aux élus de la capitale. Il faut donc vraisemblablement ajouter toute une brochette de people et d’élus de toutes sortes (ministres, parlementaires, élus régionaux) à la liste déjà longue du personnel politique local bénéficiant de logements sociaux.

En outre, on peut s’interroger sur le fait que le rapport se soit limité à établir des catégories historiques entre les bénéficiaires de logements sociaux (avant et après 2001). Il aurait en effet été intéressant de classer les bénéficiaires selon leur appartenance politique (droite ou gauche). Cette omission méthodologique signifie-t-elle que des élus de gauche avaient bénéficié de logements sociaux sous Chirac et Tibéri ? On ne le saura pas en lisant le rapport.

Le rapport ne dit pas non plus ce qui a motivé les attributions de logement social à des élus ou à leurs collaborateurs. Car la question se pose. En effet, les élus de tous bords se recrutent le plus souvent parmi les élites (peu de chômeurs, d’ouvriers ou d’employés, davantage de fonctionnaires, de professions libérales et de cadres) et, dans le cas des conseillers de Paris, ils touchent une confortable indemnité. A quel titre ces gens-là ont-ils été jugés prioritaires sur les 102.000 personnes inscrites sur la liste d’attente avant d’obtenir un HLM à Paris ?

Le Perroquet Libéré pose la question.