Présidence: Mais où sont passés nos bons vieux enfants et maitresses cachés?

Sexus politicusIl arriverait, si nous savions mieux analyser nos amours, de voir que souvent les femmes ne nous plaisent qu’à cause du contrepoids d’hommes à qui nous avons à les disputer, bien que nous souffrions jusqu’à mourir d’avoir à les leur disputer ; le contrepoids supprimé, le charme de la femme tombe. On en a un exemple douloureux et préventif dans cette prédilection des hommes pour les femmes qui, avant de les connaître, ont commis des fautes, pour ces femmes qu’ils sentent enlisées dans le danger et qu’il leur faut, pendant toute la durée de leur amour, reconquérir ; un exemple postérieur au contraire, et nullement dramatique celui-là, dans l’homme qui, sentant s’affaiblir son goût pour la femme qu’il aime, applique spontanément les règles qu’il a dégagées, et pour être sûr qu’il ne cesse pas d’aimer la femme, la met dans un milieu dangereux où il lui faut la protéger chaque jour. (Le contraire des hommes qui exigent qu’une femme renonce au théâtre, bien que, d’ailleurs, ce soit parce qu’elle avait été au théâtre qu’ils l’ont aimée. Proust
L’idéologie du goût naturel tire son efficacité de ce qu’elle ‘naturalise’ des différences réelles, convertissant en différences de nature des différences dans les modes d’acquisition de la culture et reconnaissant comme seul légitime le rapport à la culture qui porte le moins les traces visibles de sa genèse, d’où la fréquente hostilité des héritiers de la culture envers les parvenus qui, par leur manque de ‘naturel’, vendent la mèche en rappelant l’acquisition en des matières où, plus que partout ailleurs, il s’agit d’avoir sans avoir jamais acquis. Pierre Bourdieu
En 1974, un accident de la circulation impliquant le président Giscard d’Estaing, qui conduisait lui-même une voiture aux côtés d’une conquête, au petit matin dans une rue de Paris avait fait les titres de la presse satirique. (…) Mitterrand, entre deux dossiers, consacrait beaucoup de temps à son harem. Chirac nommait ses favorites au gouvernement. Ses disparitions nocturnes entraînaient l’inévitable question de Bernadette : « Savez-vous où est mon mari ce soir? » C’est ainsi: en France, sexe, amour et politique sont indissociables. Sexus Politicus
68 a révélé la remise en cause de l’autorité, de l’autoritarisme et de ses incarnations. Or, premier paradoxe, le Président actuel, qui prétend liquider 68, en est précisément un héritier, que ce soit dans les expressions de sa vie privée ou dans la façon dont il sait se passer de tout piédestal. Mais, second paradoxe, il sait également, le moment venu, recourir aux postures de l’autorité. On l’a vu à ses paroles coupantes et ses gestes dans certains de ses discours; on l’a vu aussi à ses altercations avec des interlocuteurs, y compris anonymes, avec lesquels il affirme de façon tranchée, sans recourir à quelque intermédiaire ou médiation; on l’a vu enfin à certaines décisions prises avec fort peu de concertation. Georges Vigarello
Tant que Nicolas Sarkozy garde son crédit de réformateur, son style strass et paillettes sera accepté. François Miquet-Marty (directeur de l’institut LH2)

Premier président non-énarque et non passé par les grandes écoles, amour assumé de l’argent et de l’ostentation, grands restaurants, croisières et vacances de luxe, amours et amitiés affichées dans le monde des milliardaires et du spectacle, tutoiement et parler familier …

Il est évident qu’un tel président avait tout pour détoner dans le monde feutré des maitresses et enfants cachés, chasse jalousement gardée jusqu’ici des élites françaises.

Mais comment ne pas reconnaitre, dans les discours de déploration de nos commentateurs …

La fréquente hostilité, comme le rappelait Bourdieu, des héritiers de la culture pour les parvenus qui, « par leur manque de ‘naturel’, vendent la mèche en rappelant l’acquisition en des matières où, plus que partout ailleurs, il s’agit d’avoir sans avoir jamais acquis »?

Et aussi, via le complaisant étalage par la presse du tableau de chasse de sa dernière conquête (la certes impressionnante brochette de rock stars, acteurs, sportifs de haut niveau, avocats, philosophes – les Jagger, Clapton, Trump, Noah, Carax, Pagny, Klarsfeld, Perez, Berling, Bertignac, Eindhoven père & fils – qui lui sont attribués), la confuse intuition, bien repérée par notre Proust national, du fonctionnement de nombre de nos relations les plus intimes?

Et ce donc dans les deux sens, ce qui est d’ailleurs loin d’être rassurant pour ledit président:

Souvent les femmes ne nous plaisent qu’à cause du contrepoids d’hommes à qui nous avons à les disputer bien que nous souffrions jusqu’à mourir d’avoir à les leur disputer; le contrepoids supprimé, le charme de la femme tombe

Ou selon les propres termes de notre Bruni à présent aussi nationale:

Je m’ennuie follement dans la monogamie. (…) Je suis monogame de temps en temps, mais je préfère la polygamie et la polyandrie. L’amour dure longtemps mais le désir brûlant deux à trois semaines. Après ça, il peut toujours renaître de ses cendres mais quand même: une fois que le désir est appliqué, satisfait, comblé, il se transforme. Le pauvre, qu’est-ce que vous voulez qu’il fasse? Carla Bruni (Madame Figaro, le 17 février 2007)

Président bling-bling
Week-end chez Mickey avec Carla Bruni, style ostentatoire et direct, Nicolas Sarkozy bouleverse la fonction présidentielle.
Pascal Virot
Libération
19 décembre 2007

Ve République: 4 octobre 1958-6 mai 2007. Serait-ce l’épitaphe des institutions voulues par le général de Gaulle? En tout cas, avec l’élection de Nicolas Sarkozy à l’Elysée, le Ve n’est déjà plus la même, alors qu’aucune réforme constitutionnelle n’est (encore) venue la modifier (lire aussi page 15). Mais dans la forme, que de changements. Tant mieux se réjouiront les contempteurs de la monarchie institutionnelle. Tant pis regretteront les nostalgiques d’une certaine idée de la fonction présidentielle. L’hyper-Président régente tout, relègue ses ministres et le premier d’entre eux aux rangs de subalternes, met en scène sa vie privée (avec le dernier épisode en date, celui de son affichage aux côtés de la chanteuse Carla Bruni). D’aucuns se révulseront devant le vulgaire de ce Président; d’autres apprécieront ce naturel, ces pieds dans l’époque. Nicolas Sarkozy désacralise ou dépoussière. Finie la pompe, vivent les Nike. Finie la componction, vive le tutoiement et le parler de la rue. Tour d’horizon des nouvelles manières d’un Président «bling-bling».

LE VERBE

Nicolas Sarkozy n’est pas François Mitterrand, cet amoureux de la langue française. Son expression publique est «celle de n’importe quel membre de sa classe sociale et de sa génération qui n’est pas passé par les grandes écoles», relevait le linguiste Pierre Encrevé dans Libération du 13 octobre. Le «parler public» du Président, c’est aussi celui «du show-biz». Pas de négation («C’est pas comme ça que ça marche!»), tutoiement collectif «à la Coluche» («Attends!»), expressions familières («Les Français ne s’attendent pas à ce que je distribue des cadeaux de Noël»). Mais le must revient à la séquence du Guilvinec, en novembre. Devant des marins-pêcheurs excédés par la hausse du prix du gazole, il essuie des insultes en raison de l’augmentation faramineuse de son salaire, ponctuées par un retentissant «enculé!». Hors de ses gonds, il réagit, bégayant, cherchant le rapport de forces: «Qui a dit ça? C’est toi qu’a dit ça? Ben descends un peu le dire, descends un peu…» La réponse du pêcheur est à l’avenant: «Si je descends, je te mets un coup de boule, donc vaut mieux pas…» Qui peut imaginer Valéry Giscard d’Estaing se prêter à un tel dialogue?

Cette familiarité a ses limites: lorsque durant son déplacement à Moscou, en octobre, il se met à tutoyer «Vladimir» Poutine en pleine conférence de presse et que le chef d’Etat russe répond par le vouvoiement au «président français», la température baisse de quelques degrés. Le Français remise son «tu» et parle de «M. Poutine».

LE GESTE

Nicolas Sarkozy aime toucher ses interlocuteurs. A tu et à toi avec les grands de ce monde, que de claques dans le dos, de main sur le bras, de coups d’épaule, gages d’amitié et signes de complicité. Mais attention à ne pas trop en faire. Ainsi, lorsqu’il claque la bise à la chancelière allemande, Angela Merkel (alors que Jacques Chirac se livrait au baisemain suranné) cela suscite de nombreuses réactions de surprises outre-Rhin. Dans un autre genre, ce patron de presse qui n’en est toujours pas revenu de s’entretenir avec un Président assis les pieds sur la table basse. Avec là encore un tutoiement forcément de rigueur.

LA PRESENCE PEOPLE

C’est la grande révolution. Non seulement Sarkozy ne cache rien (ou presque) de sa vie privée, mais il la met en scène. Du début des années 2000 jusqu’à aujourd’hui, il a étalé ses affaires intimes. De son duo avec Cécilia Sarkozy, les électeurs ont tout connu: le bonheur affiché avec le petit Louis, les «difficultés» du couple, avouées en mai 2005, la promesse d’observer «la discrétion» sur sa vie privée faite en janvier 2006. Jusqu’au divorce officialisé après de nombreuses rumeurs, le 19 octobre. Et aujourd’hui, le coming out organisé de sa liaison avec l’ex-mannequin Carla Bruni, les photographes ayant été visiblement «invités» à Disneyland, samedi. Le reste, son amour de l’argent et de l’ostentation, est aussi assumé: la soirée du 6 mai passée au très select Fouquet’s, un restaurant des Champs-Elysées avec un parterre de patron du CAC 40, la croisière à Malte, sur le paquebot de son ami l’industriel Vincent Bolloré, ses luxueuses vacances américaines offertes par de riches amis (de Gaulle payait de sa poche les frais privés de l’Elysée), sans parler de ses incessants joggings avec son tee-shirt «New York Police Department»…

LA PRESENCE POLITIQUE

Dans tous les aspects de ses activités, Nicolas Sarkozy semble le clamer haut et fort: «Je suis le Président, donc je fais ce que je veux.» Alors foin d’hypocrisie: il reste le patron de son parti, alors que ses prédécesseurs se voulaient Président de tous les Français. Il fait convoquer un bureau politique de l’UMP, un dimanche soir, pour vanter le traité simplifié sur l’Europe. François Fillon? Renvoyé au rang de «collaborateur». Jusqu’au petit-déjeuner hebdomadaire des cadors de la droite à Matignon, délocalisé une fois par mois à l’Elysée…

Le Président est donc sur tous les fronts. Il impose son calendrier. «Speedy» Sarkozy (comme l’ont surnommé les médias américains) s’en va le répétant: «J’ai été élu pour agir.» Mais il risque de donner le tournis aux électeurs: selon un sondage Ifop (1), 38% des personnes interrogées estiment «trop rapide» le rythme des réformes contre 41% qui jugent qu’il convient et 19% qu’il n’est «pas assez» rapide. Pourtant, la lassitude pourrait gagner alors, qu’au quotidien, les Français ne voient pas leurs conditions de vie évoluer. A quand le prochain épisode du «Sarko show»?

(1) Réalisé pour Le Monde-Acteurs publics, les 13 et 14 décembre auprès de 958 personnes.

People
Laurent Joffrin
Libération
19 décembre 2007

Nicolas Sarkozy aime bien la Star Ac. Il l’a dit à plusieurs reprises. D’une intelligence redoutable, doté d’une solide culture politique et historique, le Président n’aime guère étaler ses goûts littéraires. Giscard prisait Maupassant, Mitterrand Chardonne, Proust et bien d’autres, Chirac dissertait sans fin sur l’art chinois. Sarkozy préfère parler télé. Le style, c’est le Président. Celui du nouvel ami de Carla Bruni est essentiellement cathodique, côté TF1, bien sûr et non Arte… Il a parfaitement intégré cette culture si contemporaine de la télé-réalité, faite d’exposition de l’intime, de langage populaire et de compétition féroce. Largement élu, populaire, déterminé à appliquer son programme, il dirige un gouvernement du peuple, pour le peuple, mais par le people. Le feuilleton de ses amours sur papier glacé en est la moindre illustration. L’affaire est bien plus profonde : nous sommes passés de la Ve République à la M6 République. L’homme Sarkozy a pulvérisé le Président institutionnel, incarnant une démocratie de l’individu couronnée d’une société politique du spectacle. Le premier des Français se veut aussi un Français moyen, dont les affects, les joies et les peines sont désormais des faits constitutionnels. Du Général à Sarkozy, on passe de la Grande Histoire à Loft Story. Tocqueville avait prévu ce long processus d’égalisation des conditions qui atteint maintenant, dans un calcul au fond habile, le plus inégal des citoyens. Alexis le prophète pensait au système américain et à un George Washington. Espérons… A moins que l’évolution française ne bifurque soudain vers la comédie berlusconienne.

« Le parler public de Sarkozy est celui du show-biz »

Pierre Encrevé, linguiste, après le «dégueulasse» d’Amara et le «petit con» de Guaino.
Eric Aeschimann
Libération
13 octobre 2007
Linguiste, Pierre Encrevé a été conseiller auprès de Michel Rocard lorsque celui-ci était Premier ministre. Il décrypte les nouveaux mots du pouvoir.
Nicolas Sarkozy est-il en train de changer le niveau de l’expression politique ?
Un peu. Comme les vêtements. Il a jeté le costume gaullo-mitterrandien aux orties, la langue avec. Vous imaginez l’un quelconque de ses prédécesseurs courant dans les rues en culotte courte rehaussée d’un tee-shirt à l’enseigne de la police new-yorkaise ? Son langage public improvisé est à l’avenant : celui de n’importe quel membre de sa classe sociale et de sa génération qui n’est pas passé par les grandes écoles. Il méprise l’usage de la particule négative («C’est pas comme ça que ça marche !»), il ignore le parler énarque, mais emprunte à Coluche le tutoiement collectif («Attends !»), il emploie le vocabulaire quotidien. Bref, il use d’une variété souple et non guindée de la langue française et, négligeant de mettre les formes, il préfère jouer de la spontanéité, du naturel, du relâché, qui caractérisent depuis longtemps le parler public du show-biz, par exemple dans les talk-show. On n’est pas loin du langage de Bush fils, mais on peut aussi le rapprocher, mutatis mutandis, de Georges Marchais, dont le populisme ne lui est pas vraiment étranger.

Est-ce que cela marque une inflexion dans la pratique du pouvoir ?
La Constitution ne précise pas de quelle variété de la langue française doit user le Président. Dans ses discours écrits, Nicolas Sarkozy n’innove guère. Mais en discours spontané public, il brise la convention de la monarchie républicaine qui voulait que le Président s’exprime avec une distance le distinguant constamment du vulgaire. En public, même dans les occasions apparemment détendues, ses prédécesseurs n’utilisaient que le style surveillé. Nicolas Sarkozy, lui, semble négliger la dimension symbolique de l’exercice du pouvoir suprême, se consacrant avec frénésie à illustrer ses aspects réels et imaginaires : il paraît exercer tous les rôles gouvernementaux, il parle beaucoup et se montre sans cesse, mais tout ce qui dans la représentation de l’Etat tient à l’éloignement, à la hauteur, au laconisme est, pour l’instant, laissé pour compte. C’est apparemment un choix calculé, et c’est une vraie rupture avec la Ve République qui, pour le style, pourrait nous rapprocher de la IVe avec ses Conseils des ministres en bras de chemise et le tutoiement de rigueur – sauf qu’il n’y a plus de ministres.

(…)

Dans la famille bling-bing
Olivier Wicker
19 décembre 2007

Issue du vocabulaire hip hop, l’onomatopée «bling bling» désignait à l’origine le bruit que font les énormes chaînes et pendentifs en or qu’arborent certains rappeurs. Le principe esthétique est simple: plus ça brille, plus c’est imposant, mieux c’est. Ce signe extérieur de richesse revendiqué, assumé, exhibé, est apparu chez les rappeurs aux débuts des années 90. Il est revenu en force récemment avec la star planétaire du genre, le rappeur 50 Cents, qui adore faire scintiller sur ses pectoraux luisants et tatoués des kilos d’argenterie. La panoplie bling-bling s’inspire du code vestimentaire des proxénètes américains: fausses dents en or, verre à cognac gravées des initiales de leur propriétaire, manteau de fourrure (à poils longs et blancs de préférence). Par extension, ce look désigne aujourd’hui dans la mode tout ce qui flashe ou tout vêtement ou accessoire affublée d’un énorme logo. Loana était une précurseure de ce style. Britney Spears ou Paris Hilton ont fait beaucoup pour la cause. Cécilia, qu’on a souvent vue en Prada ou en Dior, était bling-bling. En revanche, Carla Bruni, avec son style très Saint-Germain, ne l’est pas du tout. Jusqu’à sa rencontre avec Nicolas Sarkozy?

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