Exodus: Retour sur les premiers boat people de l’histoire (Looking back on history’s first boat people)

ExodusAttention: un bateau peut en cacher d’autres !

Après le tristement célèbre « bateau pour l’enfer » de l’été 1939 (le St Louis), dernière chance pour les juifs allemands de quitter l’Allemagne après la Nuit de cristal et qui, rejeté par tout le monde (des Etats-Unis, au Canada et à la totalité des pays d’Amérique latine), se vit obligé, via un certain nombre de pays européens qui consentirent à accepter une partie de ses passagers (environ 200 par la Belgique, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, et la France) de repartir vers l’Allemagne …

Le désastre du Patria de novembre 1940 sur lequel les autorités britanniques de Palestine voulait déporter vers leurs colonies de Maurice ou Trinidad 1800 réfugiés juifs irréguliers et qui fut coulé dans la baie d’Haifa par l’organisation secrète juive Hagana, h élas avant que 267 de ses passagers puissent l’évacuer …

Et la tragédie du Struma de février 1942 qui, tombé en panne sur la Mer noire et devant le refus des Britanniques de le laisser arriver en Palestine, se vit remorqué par les autorités turques à Istanbul puis, après 71 jours, en pleine mer où il fut torpillé par un sous-marin russe chargé de bloquer tout ravitaillement nazi sur des navires neutres, faisant 790 victimes (780 juifs réfugiés roumains et 10 membres d’équipage) et un seul survivant (David Stoliar) …

Retour, 60 ans après et avec le documentaire de France 2 ce soir, sur la fameuse épopée de l’Exodus de l’été 1947, immortalisée en 1958 par le roman de Léon Uris puis deux ans plus tard par le film d’Otto Preminger.

Du nom du fameux bateau de réfugiés des camps nazis (4500) qui, devant l’intransigeance des autorités britanniques de Palestine (émeutes anti-juives comprises en Angleterre même!) se virent eux aussi obligés de retourner (dans d’infâmes bateaux-cages, un peu vite qualifiés, par un documentaire quelque peu douteusement dédié « aux clandestins » (?), de.. « Auschwitz flottants »?) en Allemagne même, dans les camps alors sous contrôle britannique.

Mais qui heureusement contribuera, via les pressions internationales de la presse mas aussi des Etats-Unis, à dessaisir les Britanniques du mandat de Palestine et à convaincre les Nations Unies d’accéder enfin à la multi-millénaire volonté de retour au pays de tout un peuple …

Compte rendu
Les passagers de l' »Exodus-1947″ se souviennent, soixante ans après
Sylvie Kerviel
Le Monde
12.12.07

Ils avaient survécu aux camps de la mort, ils durent encore endurer, la guerre terminée, des traitements inhumains. En juillet 1947, 4 500 réfugiés juifs de différentes nationalités, dont 1 732 femmes et 955 enfants, quittaient le port de Sète (Hérault) sur un bateau de fortune baptisé Exodus-1947 dans l’espoir de gagner la « Terre promise ». Mais le navire fut intercepté par la marine britannique au large de la Palestine. Les passagers, transférés sur trois bateaux-prisons, entassés dans des conditions sanitaires épouvantables, furent ramenés à Port-de-Bouc (Bouches-du-Rhône) dix-huit jours après leur départ.

Un « Auschwitz flottant » titre en « une » le quotidien marseillais Rouge Midi, qui relate, dans son édition du 30 juillet 1947, l’effroyable périple à travers la Méditerranée de ces émigrants que la France avait aidés, mais que les Britanniques, qui gouvernaient alors la Palestine, empêchèrent de rejoindre la « Terre promise ».

Quarante ans après, Jean-Michel Vecchiet revient sur cet épisode tragique de l’après-guerre dans un documentaire bouleversant, Nous étions l’Exodus, diffusé dans la case « Infrarouge » sur France 2. Le journaliste et écrivain Jacques Derogy avait déjà consacré à cette histoire un livre, La Loi du retour (Fayard, 1998), considéré comme un ouvrage de référence et sur lequel s’est appuyé le réalisateur.

PÉRIPLE

A travers les témoignages de passagers, de membres de l’équipage, de personnes ayant participé à cette opération menée par l’organisation sioniste Haganah et d’anciens réseaux de résistants français, Jean-Michel Vecchiet retrace le périple de l’Exodus. Il s’est aussi appuyé sur des archives secrètes auxquelles lui ont donné accès le ministère de la défense israélien et le Palmach (unité d’élite de la future armée israélienne) à Tel-Aviv. Il a également pu consulter la correspondance entre les gouvernements anglais et français pendant ce tumultueux épisode diplomatique et les échanges de courriers entre les organisations juives de l’époque.

Surtout, le réalisateur a bénéficié d’un fonds d’archives photographiques et filmographiques exceptionnel, en partie fourni par les passagers et les membres de l’équipage qui lui ont ouvert leurs albums personnels. Ces illustrations, mises en valeur par une réalisation soignée, permettent au téléspectateur de revivre un épisode méconnu de l’histoire contemporaine qui, à l’époque, avait choqué l’opinion mondiale. Un an plus tard, l’Etat d’Israël était créé et les malheureux passagers de l’Exodus-1947, entre-temps transférés en Allemagne (!), pouvaient enfin voir leurs voeux d’immigration réalisés.
« Nous étions l' »Exodus » », jeudi 13 décembre, à 23 h 05 sur France 2.

Voir aussi la critique de Télérama:

Documentaire de Jean-Michel Vecchiet (France, 2007). 80 mn. Inédit.
11 juillet 1947. A Sète, le President Warfield, vieux navire fatigué, quitte le port. Direction officielle : la Colombie. En réalité, malgré le blocus imposé par la Grande-Bretagne, le bateau se dirige vers la Palestine, avec à son bord quatre mille cinq cents immigrés clandestins juifs, tous rescapés de la Shoah. Me­née par l’organisation sioniste Haganah et d’anciens réseaux de résistants, c’est la plus grande opération d’immigration illégale vers la Terre promise jamais lancée. En route, l’expédition se baptise « Exodus 1947 », en référence à l’exode biblique de Moïse. Le nom est depuis entré dans l’Histoire, tant l’intransigeance des Britanniques (la marine arraisonnera le navire) et le sort des passagers (parqués dans des bateaux-prisons, ils seront maintenus dans le Sud de la France avant d’être renvoyés en Allemagne) ont bouleversé l’opinion mondiale et contribué, un an plus tard, au consensus occidental autour de la création de l’Etat d’Israël.
S’appuyant sur la parole des protagonistes (membres de l’équipage, pas­sagers, soutiens extérieurs…) et sur des archives exceptionnelles (photos, films, correspondances…), le documentaire de Jean-Paul Vecchiet retrace chronolo­giquement l’événement. Malgré une réalisation soignée, la première partie – qui s’intéresse aux préparatifs et au voyage – est plutôt décevante : submergé par la multiplicité des témoignages, le propos flotte et peine à décortiquer précisément le contexte historique et politique. La suite est beaucoup plus réussie : soixante ans après, le terrible stationnement des « expulsés » à Port-de-Bouc, bien rendu et illustré par quelques anecdotes émouvantes, frappe toujours autant les esprits.

Lucas Armati

le 8 décembre 2007

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