Si c’est les juifs qui boivent cette vodka, ça ne peut être que bon. Russe amateur de vodka casher
Tout sioniste est l’agent du service d’intelligence américain. Les nationalistes juifs pensent que leur nation a été sauvée par les États-Unis, là où ils peuvent y devenir riches, bourgeois. Ils pensent qu’ils ont une dette envers les Américains. Parmi mes médecins, il y a beaucoup de sionistes. Staline (le 1er décembre 1952)
Redoutant que la communauté juive ne se montre déloyale après la création d’Israël, et mû par un antisémitisme outrancier, Staline lança une féroce campagne visant à supprimer toute vie intellectuelle et culturelle juive en URSS, qui culmina par la conspiration contre les médecins Juifs. Robert Weinberg
Ouganda, Equateur, Australie, Alaska, Surinam, Sibérie, Madagascar, Ukraine, Crimée, Vietnam …
On ne compte plus, on le sait, au début du siècle dernier, les solutions à la « question juive », ces alternatives au retour en Israël dont Hitler lui-même avait un temps (avant l’échec de son invasion de l’URSS et l’horreur absolue de la Shoah) envisagé l’éventualité.
Ce que l’on sait moins en revanche, c’est que, prenant au mot (comme beaucoup plus récemment les fanatiques de la secte Aum mais, eux, comme justification pour leurs attaques bactériologiques démentes contre des lieux publics) la propagande antisémite du célèbre faux des « Protocoles des sages de Sion », les Japonais eux-mêmes tenteront de profiter, un peu à la manière de ce Moyen-Age antisémite qui affectionnait tant les médecins juifs, de la supposée « aptitude des Juifs à la domination mondiale » dans leur propre territoire de la Mandchourie occupée.
Ainsi, cette opération, pour les y faire venir, au nom de code très significatif d’« Opération Fougou », du nom de ce poisson hautement toxique mais qui, bien préparé (il faut soigneusement en retirer foie, intestins et gonades), est considéré au Japon comme un mets très raffiné.
Mais aussi apparemment les Soviets, comme on vient d’en avoir la confirmation il y a quelques jours avec la énième tentative de rafistolage du fiasco soviétique par le président russe, à savoir la décoration posthume du célèbre espion « Delmal » (George Koval) dont Staline avait réussi à faire revenir la famille avec son projet contre-sioniste à lui, la région autonome juive du Birobidjan (nom en fait de la ville principale).
Né aux Etats-Unis en 1913 d’une famille juive émigrée de Biélorussie quelques années plus tôt, celui-ci était en effet revenu à la mère patrie avec sa famille en 1934, suite justement à la fondation de la nouvelle Sion stalinienne.
Zone de friches relativement peu attrayante aux confins de la frontière stratégique avec la Chine (une sorte de Sibérie méridionale en fait), elle représentait pour Staline non seulement un contre-modèle (proprement socialiste – au point même de séduire des juifs déçus d’Israël!) au projet sioniste mais aussi une sorte de modèle régional pour les ethnies de l’Empire – du moins jusqu’à ce que sa paranoia l’amène à se retourner, distant écho médiéval, contre les « médecins juifs » (le tristement fameux « Complot des blouses blanches »).
Calcul certes des plus cyniques (qui éloignait du coup une minorité « sensible » à quelque 6 000 km de Moscou) mais qui se révèlera finalement payant avec ce fameux Koval qui, profitant de sa naissance américaine, réussira à infiltrer le saint des saints des projets militaires secrets américains, le fameux Manhattan Project qui produira la première bombe atomique du monde.
Et fera ainsi, avec probablement d’autres espions comme le réseau Rosenberg (à qui l’on doit aussi la fameuse Silicon Valley russe de Zelenograd), gagner de précieuses années au projet nucléaire soviétique …
Poutine décore l’espion infiltré au coeur du nucléaire américain
EUROPE
2 nov 2007
Le président russe Vladimir Poutine a décoré vendredi à titre posthume George Koval, l’espion soviétique infiltré au coeur du programme nucléaire américain qui avait permis à l’Union soviétique d’accélérer la réalisation de sa première bombe atomique.
Lui-même ancien espion à l’époque soviétique, M. Poutine a fait « Héros de la Russie » George Koval, décédé en 2006 à l’âge de 94 ans. La médaille va être exposée au musée du GROu, l’officine du renseignement militaire. « M. Koval, qui opérait sous le nom de code Delmar, a fourni les informations qui ont permis de réduire considérablement le temps pris par l’Union soviétique pour développer sa propre bombe », indique le Kremlin dans un communiqué. L’identité de « Delmar » n’avait été rendue publique qu’à l’été dernier, un an après sa mort. George Koval travaillait dans un centre américain de recherches nucléaires d’où il a pu sortir quantités de données sur l’uranium enrichi et le polonium, utilisées ensuite par les scientifiques soviétiques.
An American ‘regular guy’ was a Russian top spy
By William J. Broad
International Herald Tribune
November 11, 2007
NEW YORK: He had all-American cover – born in Iowa, college in Manhattan, army buddies with whom he played baseball. George Koval also had a secret. He was a top Soviet spy, code named Delmar, trained by Stalin’s ruthless bureau of military intelligence.
Atom spies are old stuff. But historians say Koval, who died last year in Moscow and whose name is just coming to light publicly, appears to have been one of the most important spies of the 20th century.
On Nov. 2, the Kremlin startled Western scholars by announcing that President Vladimir Putin had posthumously given the highest Russian award to a Soviet agent who in World War II had penetrated the Manhattan Project to build the atom bomb.
The announcement hailed Koval as « the only Soviet intelligence officer » to infiltrate the project’s secret plants, saying his work « helped speed up considerably the time it took for the Soviet Union to develop an atomic bomb of its own. »
Since then, historians, scientists, federal officials and old friends of Koval’s have raced to unearth his story – the athlete, the guy everybody liked, the genius at technical studies.
The Soviets were able to turn him, scholars say, because of his Russian Jewish roots.
« He was very friendly, compassionate and very smart. He never did homework, » said Arnold Kramish, a retired physicist who studied with Koval at City College and later worked with him on the bomb project.
Stewart Bloom, a senior physicist at the Lawrence Livermore National Laboratory in California, who also studied with Koval, called him a regular guy.
« He played baseball and played it well, » usually as shortstop, Bloom recalled. « He didn’t have a Russian accent. He spoke fluent English, American English. His credentials were perfect. »
Once, Bloom added, « I saw him staring off in the distance and thinking about something else. Now I think I know what it was. »
Over the years, scholars and federal agents have identified a half-dozen individuals who spied for the Soviet Union on the bomb project, especially at Los Alamos in New Mexico. All were « walk-ins » – spies by impulse and sympathetic leaning rather than rigorous training.
By contrast, Koval was a mole groomed in Russia by the GRU, the Soviet agency for military intelligence. Moreover, he gained wide access to America’s atom plants – a feat unknown for any other Soviet spy. Nuclear experts say the secrets of bomb manufacturing can be more important than those of design.
Los Alamos devised the bomb while its parts and fuel were manufactured at secret plants in places like Oak Ridge, Tennessee, and Dayton, Ohio – sites Koval not only penetrated but also assessed as an army sergeant with wide responsibilities and authority.
« He had access to everything, » said Kramish, who worked with Koval at Oak Ridge. « He had his own jeep. Very few of us had our own jeeps. He was clever. He was a trained GRU spy. »
That status, he added, made Koval unique in the history of atomic espionage, a judgment historians echo.
Washington has known about Koval’s spying since he fled the United States shortly after the war, but kept it secret.
« It would have been highly embarrassing for the U.S. government to have had this divulged, » said Robert Norris, author of « Racing for the Bomb, » a biography of the project’s military leader.
Historians say Putin may have cited Koval’s accomplishments as a way to rekindle Russian pride.
« It’s very exciting to get this kind of break, » said John Earl Haynes, an authority on atomic spying at the Library of Congress. « We know very little about GRU operations in the United States. »
The story of how Koval became a spy centers on his Jewish family, which had come from Russia and decided to return.
He was born in 1913 in Sioux City, Iowa, which had a large Jewish community and half a dozen synagogues. In 1932, during the Great Depression, his family immigrated to the Siberian city of Birobidzhan, which Stalin promoted as a secular Jewish homeland.
Henry Srebrnik, a historian at the University of Prince Edward Island who is studying the Kovals for a project on American Jewish communists, said the family belonged to a popular-front organization, as did most American Jews who immigrated to Birobidzhan.
By 1934, Koval was in Moscow excelling in hard studies at the Mendeleev Institute of Chemical Technology. Upon graduating with honors, he was recruited and trained by the GRU and sent back to the United States for nearly a decade of scientific espionage, from roughly 1940 to 1948. How he communicated with his controllers is not publicly known.
In the United States under a false name, he initially gathered information about new toxins, which might find use in chemical weapons. Then his GRU controllers took a gamble and had him work under his own name. Koval was drafted into the army and by chance found himself moving toward the bomb project, then in its infancy.
The army judged him smart and by 1943 sent him for special wartime training in Manhattan at City College. It was famous for Communist radicals, brilliant Jewish students and, after the war, Julius Rosenberg, who was executed for spying for the Soviet Union.
But Koval steered clear of all debate on socialism and Russia, Bloom said.
« He discussed no politics that I can recall. Never, » Bloom said. « He never talked about the Soviet Union – never ever, not a word. »
At City College, Koval and a dozen or so of his army peers studied electrical engineering.
Meanwhile, the Manhattan Project was suffering severe manpower shortages and asked the army for technically adept recruits. In 1944, Koval and Kramish headed to Oak Ridge, whose main job was to make bomb fuel – considered the hardest part of the atomic endeavor.
Koval gained wide access to the sprawling complex, Kramish said, because « he was assigned to health safety » and drove from building to building making sure stray radiation harmed no workers.
In June 1945, Koval’s duties expanded to include top-secret plants near Dayton, said John Shewairy, an Oak Ridge spokesman. The factories refined polonium-210, a highly radioactive material used in initiators to help start the bomb’s chain reaction.
In July 1945, the United States tested its first atomic device and a month later dropped two bombs on Japan.
After the war, Koval fled the United States when American counterintelligence agents found Soviet literature hailing the Koval family as happy emigrants from the United States, said a Nov. 3 article in Rossiiskaia Gazeta, a Russian publication.
In 1949, Moscow detonated its first bomb, surprising Washington at the quick loss of what had been an atomic monopoly.
In the early 1950s, Kramish said, the Federal Bureau of Investigation interviewed him and anyone else who had known the spy, asking that the matter be kept confidential.
Bloom at the time was working at the Brookhaven National Laboratory on Long Island. « I was pretty amazed, » he recalled. « I didn’t figure George to be like that. »
In Russia, Koval got his doctorate at his own Mendeleev Institute and taught there for many years, Rossiiskaia Gazeta reported.
His spy role began to emerge publicly in Russia in 2002 with the publication of « The GRU and the Atomic Bomb, » a book that referred to Koval only by his code name, Delmar.
Koval reportedly died on Jan. 31, 2006. By American reckoning, he would have been 92, though the Kremlin’s statement put his age at 94 and some Russian accounts put it at 93.
Posthumously, Putin named Koval a hero of the Russian Federation, the highest honorary title that can be bestowed on a Russian citizen.
Voir aussi:
ce processus de « libéralisation » culturelle doit être associé à la volonté du pouvoir de détourner de la Palestine l’attention de la communauté juive soviétique. Dans cette optique, les autorités s’efforcèrent de stimuler l’immigration vers la RAJ (Région Autonome Juive) en proposant la gratuité du voyage, en organisant des plans destinés au développement de la région ou en installant des entreprises industrielles. Entre 1946 et 1948, des milliers de Juifs soviétiques s’installèrent au Birobidjan.
Le Birobidjan
Gabrielle Chomentowski
Regard sur l’Est
Le 01/04/2002
Histoire de la Région Autonome Juive, ou comment le Birobidjan, région peu connue jusqu’à nos jours, devint le symbole de la politique des dirigeants soviétiques à l’égard de la communauté juive soviétique.
L’année 1934 a vu la naissance du premier territoire juif (officiel) du XXe siècle : le Birobidjan, la Région Autonome Juive d’URSS. Cette création traduisait la volonté du nouveau pouvoir soviétique de résoudre ce que l’on appelait alors le « problème juif ». Malgré des débuts difficiles, dans une région désertique de la Sibérie orientale, la région connut un certain développement économique ainsi qu’un essor culturel considérable à travers la langue vernaculaire des Juifs – le yiddish.
Mais la nouvelle vie des habitants du Birobidjan fut rythmée par les sautes d’humeur des dirigeants soviétiques. Les purges de la fin des années 1930, qui décimèrent les personnalités les plus motivées du Birobidjan, et la naissance du concept de « citoyen soviétique » au cours de la Seconde Guerre mondiale, firent sombrer la jeune Région Autonome Juive dans un délabrement qui semblait alors sans retour. A posteriori, cette impression ne fut pas sans fondement car, hormis un soubresaut d’activités dans les années d’après-guerre, la région perdit progressivement ce qui était alors censé faire sa spécificité, au profit du second Etat juif de ce XXe siècle, Israël.
Un second souffle éphémère
La notion d’homo sovieticus impliquait, de Kiev à Vladivostok, que le citoyen soviétique soit le même et abandonne tout désir de se démarquer des autres par sa spécificité ethnique ou linguistique. Mais les péripéties de la guerre poussèrent le Parti à desserrer l’étau qui avait été mis en place sur la société soviétique. Dans la région qui nous intéresse, ce processus de « libéralisation » culturelle doit être associé à la volonté du pouvoir de détourner de la Palestine l’attention de la communauté juive soviétique. Dans cette optique, les autorités s’efforcèrent de stimuler l’immigration vers la RAJ (Région Autonome Juive) en proposant la gratuité du voyage, en organisant des plans destinés au développement de la région ou en installant des entreprises industrielles. Entre 1946 et 1948, des milliers de Juifs soviétiques s’installèrent au Birobidjan. A la fin de 1948, la population juive de la RAJ s’élevait à 30.000 âmes. Ces initiatives s’accompagnèrent d’un renouveau de la culture yiddish : après la fermeture des écoles yiddish lors des purges des années 30, la langue yiddish redevint obligatoire dans les écoles, les tirages du journal yiddish, le Birobidjan Shtern, augmentèrent et une maison d’édition yiddish vit le jour.
Mais ce second souffle de la vie de la RAJ ne fut que de courte durée. La pénurie de main d’œuvre qualifiée, le retard de la reconstruction économique et les conditions de vie pitoyables des nouveaux venus poussèrent un grand nombre d’immigrés à repartir s’installer ailleurs en URSS. De plus, les habitants du Birobidjan prirent conscience qu’un enseignement exclusivement en yiddish n’avait guère de sens, quand l’enseignement supérieur et les différents emplois exigeaient la maîtrise du russe.
La paranoïa des années 1950: l’anti-cosmopolitisme
La renaissance de la RAJ fut comme étouffée dans l’œuf dès la fin de 1948, année de la création de l’Etat d’Israël. « Redoutant que la communauté juive ne se montre déloyale après la création d’Israël, et mû par un antisémitisme outrancier, Staline lança une féroce campagne visant à supprimer toute vie intellectuelle et culturelle juive en URSS, qui culmina par la conspiration contre les médecins Juifs. » Que dire de plus? Cette phrase de Robert Weinberg, dans son livre Le Birobidjan 1928-1996 L’histoire oubliée de « l’Etat juif » fondé par Staline, résume l’axe politique adopté à l’encontre des Juifs jusqu’à la mort de Staline, en 1953. Accuses de cosmopolitisme et de nationalisme bourgeois, les dirigeants du gouvernement de la RAJ, ainsi que les membres de l’élite culturelle furent arrêtés et parfois exécutés.
Les relations qu’entretenait cette région avec les autres communautés juives du monde entier semblaient obscures au Parti, et l’aide matérielle qu’elle recevait discréditait les capacités de l’URSS à subvenir aux besoins de son pays. Aux dires du Parti, ces liens alimentaient sans aucun doute une politique antisoviétique en Occident. Ainsi, tout contact entre les Juifs d’Union soviétique, plus particulièrement les Juifs de la RAJ, et les Juifs de la diaspora furent rompus, isolant la région de tout lien extérieur. La paranoïa qui suivit le procès des « blouses blanches » (des médecins juifs accusés de conspirer contre Staline), porta un coup fatal à l’expression de la Région Autonome Juive d’Union soviétique. Le Sion soviétique n’était plus qu’une fumisterie.
Années 1960 et 1970: exit la Région Autonome Juive!
Si la mort de Staline mit fin à ces terreurs, les gouvernements Khrouchtchev, puis Brejnev, ne firent rien pour réactiver le projet Birobidjan. En 1958, Nikita Khrouchtchev déclara même que « la tentative d’établir une république juive avait échoué sous prétexte que les Juifs étaient « indisciplinés » et rétifs au travail coopératif ». Pire que la répression, la réfutation de la spécificité ethnique d’un territoire? Dès lors que le chef du Parti fit cette déclaration, que restait-il de la crédibilité d’une région qui se prétendait typiquement juive? En 1959, la population juive du Birobidjan n’était plus que de 9%, en 1970 elle était de 7%. Les autorités étouffèrent tout frémissement de la culture juive en intensifiant le processus de russification. Les quelques initiatives positives entreprises dans les années 1960 dans la RAJ n’avaient qu’un seul but:
marquer des points sur la scène internationale afin de montrer la bonne foi de l’Union soviétique à l’égard d’Israël et de la diaspora juive du monde entier. Mais les efforts du Kremlin pour détruire les manifestations de la culture et de l’identité juives portèrent globalement leurs fruits. Seul l’avènement de la perestroïka et de la glasnost sous Mikhaïl Gorbatchev incita les fonctionnaires locaux et militants juifs à faire ressusciter la spécificité juive de la région, en dépit du fait qu’il ne restait plus alors que 9.000 Juifs dans la RAJ!
Le Birobidjan, un territoire juif?
En 1990, une nouvelle aide financière fut accordée pour relancer la colonisation de la RAJ. Mais la chute du bloc soviétique en 1991 ouvrit les portes sur l’Occident et permit aux Juifs du Birobidjan d’émigrer vers la terre d’Israël où, à bien des égards, la spécificité juive était plus accentuée. Partie intégrante de la Fédération de Russie, le nom de Birobidjan disparut pour laisser la place à son appellation administrative: Région Autonome Juive.
Aujourd’hui, à Birobidjan, capitale de la région, la population juive ne serait plus que de 6.700 personnes; il existe encore une synagogue, des écriteaux en yiddish, une école juive et diverses associations juives. Malgré ces quelques symboles qui persistent, le Birobidjan a perdu tout ce qui était censé le caractériser en tant que région juive. Pourtant, son histoire ne cesse d’intriguer et incite à revenir sur la complexité de l’identité juive et des buts réels qui avaient motivé les dirigeants soviétiques à établir un territoire juif en URSS. A ce propos, nous pouvons noter que, si le souci des autorités fut de régler le « problème juif », cela se fit sans prendre en considération la spécificité de la communauté juive soviétique, élément qui paraît pourtant essentiel pour comprendre les raisons de cet échec. Le yiddish ne constituait pas une base suffisante pour que l’on puisse fonder son identité, et le refus de l’hébreu niait la double nature d’Israël, peuple et religion tout ensemble.
Bientôt la population juive du Birobidjan aura complètement disparu, et il ne restera plus que le nom des rues en yiddish. Et, s’il n’y a plus d’écoles juives, de journaux en yiddish, de pancartes en yiddish, que restera-t-il de juif au Birobidjan?
Bibliographie
WEINBERG,Robert, Le Birobidjan 1928-1996 L’histoire oubliée de « l’Etat juif » fondé par Staline, Paris, Ed. Autrement, 2000, 136 pages.
BRAUN, Patrick, SANITAS, Jean, Le Birobidjan: une terre juive en URSS, Paris, Ed Laffont, 1989.
Voir enfin:
Les revenants du Birobidjan
De ce petit bout de Sibérie, Staline a fait une république juive en 1934. Devenu région autonome de Russie, le Birobidjan abrite une petite communauté, dont plusieurs milliers de membres ont tenté un départ en Israël. Peu à peu, ils reviennent au pays, loin de la chaleur et de la religion de leurs ancêtres.
Par Lorraine MILLOT
Libération
08 novembre 2004
Birobidjan envoyée spéciale
Comment écrit-on Abraham en yiddish ?» «Et son fils Isaac ?» Au tableau, Nastia, 19 ans, une grande fille blonde originaire de Iakoutie, l’extrême Nord-Est russe, dessine d’une main encore maladroite les signes hébreux qui servent également à écrire le yiddish, la vieille langue des juifs d’Europe centrale. «Et l’origine du mot « Egypte », vous vous souvenez ? continue la prof. « Egypte » vient de l’idée d' »étroitesse », parce que les juifs y étaient maintenus en esclavage…» Dans la petite salle de l’institut pédagogique du Birobidjan, huit jeunes filles russes fixent attentivement le tableau qui se couvre de caractères hébraïques. «J’aurais préféré apprendre l’allemand, mais il n’est pas enseigné ici, avoue une élève. Mais bon, l’écriture mise à part, le yiddish est tout de même proche de l’allemand», se console-t-elle. «Et puis nous l’apprenons par patriotisme, tranche Macha, 19 ans. Parce que nous vivons dans la région autonome juive de Russie !»
Un vieux mirage stalinien
A quelque 8 000 kilomètres d’Israël et 6 000 kilomètres de Moscou, sur cette terre nommée d’après les rivières Bira et Bidjan qui la traversent, le vieux mirage stalinien d’une patrie de rechange pour les juifs de Russie est en train d’être réanimé. Au centre de la ville de Birobidjan, «capitale» encore très soviétique, toute en petites HLM de cinq étages, une grande synagogue vient d’être consacrée et dotée d’un rabbin, importé tout exprès d’Israël. «Et l’année prochaine, nous ouvrons une école juive», se réjouit Lev Toïtman, 79 ans, le président plein d’entrain de la communauté juive du Birobidjan. «D’ores et déjà, nous avons ici une vie culturelle juive bien plus riche qu’à Moscou», assure ce président, qui revendique 5 800 fidèles (sur une population totale de 180 000 habitants). Ecole du dimanche, clubs de jeunes ou du troisième âge, troupe de danse, théâtre juif, journal en yiddish, chorale et festival de la culture juive… Toïtman n’en finit pas d’énumérer les signes de cette «renaissance» du Birobidjan. Au sein même de sa communauté, certains se moquent gentiment de ce papy à ressort, déjà haut dignitaire du temps du régime communiste, qu’ils soupçonnent de «ne croire ni en Dieu ni au diable». Mais le renouveau est indéniable : les juifs sont maintenant assez actifs pour avoir fondé deux petites communautés rivales, celle de Toïtman et celle de Boris Kaufman, 55 ans, un invalide qui redécouvrit sa foi dès 1983, au temps où il était encore dangereux de l’afficher, et qui anime aujourd’hui un cercle de fervents, dans l’ancienne petite synagogue en bois de Birobidjan.
«Nous sommes en train d’essayer de réaliser ce qui jamais n’avait vraiment réussi», explique Valéri Gourevitch, vice-gouverneur de la région autonome, rappelant comment, dès les années 30, le rêve d’une république juive avait sombré dans le cauchemar de la répression stalinienne. «Nous ne voulons pas fonder une alternative à Israël, assure ce vice-gouverneur qui reçoit dans son bureau peuplé d’étoiles de David et autres bibelots rapportés de l’Etat juif. Nous voulons être une terre où juifs et non-juifs puissent vivre ensemble confortablement, et un foyer de culture juive en Extrême-Orient.»
«Bon pour le départ» en Israël
Alors que depuis l’ouverture des frontières, en 1987, plus de 10 000 juifs (et apparentés) ont quitté le Birobidjan pour Israël, et en moindre mesure pour l’Allemagne, un petit mouvement de retour, d’environ 150 personnes par an, s’est esquissé ces dernières années. «Moi, j’étais d’abord parti en Allemagne en 1994, raconte Sergueï Kornilievski, un de ces revenants, qui travaille maintenant au théâtre juif du Birobidjan. Je n’y ai pas tenu plus d’un mois avant de revenir : je ne pouvais pas me faire à l’idée de n’être qu’un immigré, un homme de deuxième catégorie.» En 1996, lorsque le paiement des salaires n’est plus assuré au Birobidjan, Sergueï invoque sa grand-mère juive auprès du consul israélien et gagne un billet de départ pour Israël pour lui, sa femme russe (non juive) et leur enfant. «A l’époque, le consul d’Israël passait son temps au Birobidjan à tamponner les documents « bon pour le départ », du moment que l’on pouvait prouver une vague origine juive», se souvient-il.
Arrivé sur les bords de la mer Morte, Sergueï raconte avoir très vite trouvé du travail comme réparateur d’ascenseurs et gagné jusqu’à 1 200 dollars par mois, près de cinq fois son salaire d’aujourd’hui. «Mais voilà, je suis amateur de valeurs qui ne s’expriment pas en dollars», sourit cet esthète qui, de retour au Birobidjan, passe ses journées à courir entre son travail d’éducateur pour jeunes délinquants, les répétitions du théâtre juif et les séances d’un ciné-club qu’il vient de fonder. En Israël, son mal de la Russie était si fort que Sergueï allait chercher réconfort à… l’église orthodoxe, où il s’est même fait baptiser. De retour depuis 1998, il passe ses soirées au théâtre, à chanter avec ses amis en hébreu ou en yiddish…
«Il fait là-bas une chaleur horrible»
«Moi aussi, je me sens plus juive ici, au Birobidjan, qu’en Israël», reconnaît Svetlana Domostroïeva, 38 ans, héritière d’une des fermes collectives fondées par des colons à Waldheim, à quelques kilomètres de la capitale. Son père était chef du dernier kolkhoze juif, récemment découpé en une dizaine de fermes individuelles. En 1996, Svetlana était partie pour Israël avec son mari russe et leurs deux fils. «Mais nous n’avons pas réussi à nous faire au climat. Neuf mois sur douze, il fait là-bas une chaleur horrible et il n’y a même pas d’hiver !» raconte-t-elle, habituée aux hivers où la campagne disparaît sous une belle couche de neige et le thermomètre descend à moins 20, voire moins 30.
«J’ai beau être juive, en Israël je ne me sentais plus que russe. Surtout pour trouver du travail, témoigne Svetlana : les Russes passaient toujours en dernier.» Parlant mal l’hébreu, elle n’avait trouvé qu’un travail de femme de ménage, puis d’ouvrière dans une fabrique de cosmétiques. Au bout de deux ans, elle et son mari ont préféré rembourser à Israël une partie des indemnités d’accueil reçues à leur arrivée et se payer quatre retours simples pour le Birobidjan. Son mari, qui surveille ce matin la récolte des choux, est tellement affairé qu’il ne veut dire mot, mais Svetlana assure : «Nous sommes vraiment heureux d’être rentrés. Ici, au moins, nous sommes chez nous.» Du séjour en Israël, Svetlana a tout de même ramené deux garçons circoncis, qui continuent à suivre au Birobidjan des cours d’hébreu et de tradition juive. Leur mère, en revanche, avoue n’avoir pas trouvé le temps de visiter la nouvelle synagogue : «Franchement, ça ne me dit rien. Comprenez, je n’ai pas été élevée dans la religion, il aurait fallu commencer dès l’enfance…»
Shabbat et saucisson pur porc
Dans sa toute nouvelle synagogue, Mordechaï Sheiner, le rabbin de 33 ans venu d’Israël avec sa femme et cinq enfants, ne cache pas que sa «mission» au Birobidjan n’est pas toujours facile. «Je ne fais pas de miracles», résume-t-il. Loubavitch, c’est-à-dire issu d’un des courants les plus rigoureux du judaïsme, le rabbin se retrouve face à une communauté laminée par soixante-dix ans de communisme et d’athéisme combattant. Le vendredi soir, au centre même de la communauté, les petits vieux qui se réunissent pour le shabbat ne peuvent pas résister à mettre sur la table une assiette de saucisson de porc, sans lequel un repas en Russie paraît vraiment trop fade. Quand un visiteur étranger les surprend, le saucisson est caché. «Mais non, il suffirait de l’éloigner de l’assiette de fromage», suggère un gourmand… Le saucisson est tout de même dissimulé sous une nappe… pour réapparaître sur la table, sitôt les prières lues.
«Nous progressons par étapes», se console le rabbin qui, à la synagogue, tente d’apporter à ses fidèles du pain azyme ou des salades casher, préparés par sa femme ou rapportés de ses voyages en Israël. Dans la «région autonome juive» de Russie, aucun magasin ni restaurant ne propose encore de nourriture conforme à la casherout. Le seul produit casher qui s’est imposé ces dernières années est… la vodka, lancée par un groupe d’entrepreneurs qui profitent du «renouveau juif» pour vendre leurs bouteilles de «Bonheur juif» ou de «Rabinovitch» dans toute la Russie. «Nous sommes aujourd’hui en contact avec un homme d’affaires suisse pour mettre notre vodka casher bientôt en vente dans les aéroports de Hongkong, de Pologne ou de Grande-Bretagne», raconte Evgueni Spektor, 38 ans, l’un des inventeurs de cette vodka casher, qui écoule actuellement quelque 70 000 bouteilles par mois.
Juif marié à une Russe, cet entrepreneur s’est lancé dans le business au début des années 90, quand le théâtre où il travaillait a dû se mettre lui-même au commerce pour survivre. Aujourd’hui à la tête de plusieurs sociétés, dont un joint-venture avec des Chinois pour produire du matériel médical, il est un symbole du redécollage économique du Birobijan comme toute la Russie, la région connaît depuis quelques années une forte croissance économique, qui a même dépassé, selon les autorités, 9 % l’an dernier. Après des vacances passées en Israël, Evgueni Spektor a réintroduit dans sa famille la tradition du shabbat, même si lui et ses amis l’appellent le garajni dien, le jour où les voitures restent au garage et où l’on peut donc boire copieusement, dans la bonne tradition russe. A défaut de religion, Evgueni, comme la plupart des habitants du Birobidjan, a plutôt gardé vivante la tradition de la blague juive. «Il y a quelques années, personne ne savait même, ici, ce que c’est que les règles de la casherout, raconte-t-il. Et puis, un jour, un villageois est venu acheter toute une cargaison de notre « vodka juive » pour son petit kiosque, en disant : « Si c’est les juifs qui boivent cette vodka, ça ne peut être que bon. »»