Secret sunshine: Si ce n’est Lui, qui donc alors? (A mysterious Job-like story of faith from a Korean Kieslowski)

Job, après avoir touché le sommet du drame, remue le fond de la philosophie ; il montre, le premier, cette sublime démence de la sagesse qui, deux mille ans plus tard, de résignation se faisant sacrifice, sera la folie de la croix. Stultitiam crucis. Le fumier de Job, transfiguré, deviendra le calvaire de Jésus. Victor Hugo
Il est un athéisme qui est purification de l’idée de Dieu. Simone Weil
Comment un homme aurait-il raison contre Dieu? (…) Si, devant lui, la lune même perd son éclat, si les étoiles ne sont pas sans tache à ses yeux, que dire alors de l’homme qui n’est qu’un vermisseau? « Ami » de Job (Job 25: 4-6 – reprise de Job 4: 18-19)
Suis-je vraiment intègre? Je ne saurais le dire (…) Que m’importe, après tout! C’est pourquoi j’ose dire: «Dieu détruit aussi bien l’innocent que l’impie.» Quand survient un fléau qui tue soudainement, Dieu se rit des épreuves qui atteignent les justes. (…) Et si ce n’est pas lui, alors, qui est-ce donc? Job (Job 9: 20-24)
Il y eut un vent fort et violent qui déchirait les montagnes et brisait les rochers: l’Éternel n’était pas dans le vent. Et après le vent, ce fut un tremblement de terre: l’Éternel n’était pas dans le tremblement de terre. Et après le tremblement de terre, un feu: l’Éternel n’était pas dans le feu. Et après le feu, un murmure doux et léger. Elie (I Rois 19 : 11-12)
Il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons. Jesus (Mathieu 5: 45)
Des gens lui rapportèrent l’affaire des Galiléens dont Pilate avait mêlé le sang à celui de leurs sacrifices. Il leur répondit : Pensez-vous que ces Galiléens étaient de plus grands pêcheurs ? (…) Et ces dix-huit personnes sur lesquelles est tombée la tour à Siloé ? (…) Non … Jésus (Luc 13: 1-5)
Qui a péché, cet homme ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle? Jésus répondit: Ce n’est pas que lui ou ses parents aient péché … Jésus (Jean 9: 2-3)
Lequel de ces trois te semble avoir été le prochain de celui qui était tombé au milieu des brigands? Jésus (Luc 10: 36)
Je pense que nous continuons à vivre avec la foi parce que nous en avons besoin. Même les athées croient en quelque chose – dans quelque chose d’autre. Cependant, je n’ai pas vraiment voulu faire un film sur la foi, mais une réflexion sur ce qui passe à l’intérieur de nous. Le cinéma est un grand outil, une manière de parler de l’invisible à travers le visible. Chang-dong Lee

Qui l’eût cru?

Un film, de surcroit encensé et primé à Cannes, qui ose parler de foi et de conversion et, tabou des tabous, de notre propre christianisme?

Il n’y a plus que des derniers venus comme la Corée ou autrefois la Pologne (avec cet autre rafraichissant mais fugitif OVNI qu’avait pu être, dans les années 80, un Krzysztof Kieslowski et sa série du « Décalogue ») pour oser une telle audace!

En tout cas, c’est tout le mérite du dernier film de Chang-dong Lee (« Myriang », « Secret sunshine » en anglais) que d’aborder cette question dans le pays du Nord-est asiatique certes le plus christianisé (26% contre 0,7 au Japon par exemple).

Et de plus au moment même où celui-ci était déchiré par la polémique (jusqu’à, selon le désormais très classique syndrome de Stockholm, la condamnation du christianisme lui-même!) suscitée par la prise en otages d’un groupe de 23 jeunes missionnaires évangéliques par les Taliban l’été dernier qui, au-delà de la forte rançon payée, a obligé la Corée à retirer toute assistance à un peuple afghan qui en a tant besoin …

Surtout que, loin de l’anti-christianisme auquel tant de nos critiques français le réduisent, son film fait preuve d’une remarquable subtilité, ne chargeant jamais aucun des protagonistes.

Certes, comme le célèbre roman du non moins célèbre écrivain et scénariste Chong-jin Yi dont il est tiré (”Polle Yiagi”: “Une histoire de vers” – “Story of insects” en anglais, d’où par parenthèses le regard, Cinémascope aidant, d’entomologiste du cinéaste), les chrétiens évangéliques ne sont pas ménagés dans ce véritable chemin de croix d’une jeune femme sur laquelle s’acharne le sort.

Et ils apparaissent en effet le plus souvent comme de faux “consolateurs” qui vont tenter, comme pour le Job de la Bible, de lui faire renoncer à sa révolte contre un Dieu dont la volonté (étrange consensus entre tant de croyants et non-croyants) serait la mort et la souffrance de ses créatures.

Mais ils n’en constituent pas nécessairement une critique définitive du christianisme puisque la principale figure positive du film (ce grand balourd de garagiste) a elle tout d’un chrétien naturel qui, à l’instar d’un monsieur Jourdain du christianisme, va se révéler le véritable chrétien de l’histoire.

Ainsi, à la manière du bon samaritain de la parabole qui aurait seul compris (certes confusément) ce que c’est de se montrer le prochain de ceux qui souffrent, il finit par sauver la vie à la jeune femme en empêchant, dirait René Girard, le « cercle de l’unanimité violente » de se refermer totalement sur elle.

Cercle d’unanimité violente constitué d’ailleurs autant du Dieu tout puissant et désincarné du groupe d’évangélistes que des ragots et de l’hypocrisie des voisins ou de la froide indifférence de son frère ou des invectives de sa propre famille (l’accusant notamment, pendant la scène de funérailles, de « porter la mort »).

Mais aussi, comme pour le Job antique, des propres moments de défaillance de la victime elle-même (jusqu’aux portes, après le mensonge sur ses capacités financières qui déclenchera la tragédie, de la folie et du suicide) où elle en vient à douter de sa propre innocence.

Avant, on l’espère, qu’elle finisse par retrouver (avec l’aide nul doute de son « ange gardien » de garagiste) les paroles de vie et d’espoir de Job (« Je sais, moi, que mon Défenseur est vivant » Job 19: 25) comme du Christ.

A travers le si discret rayon de soleil que, dans son plutôt désespérant plan final, le réalisateur se résoud néanmoins à laisser filtrer sur les vermisseaux du petit coin maculé de terre de la cour de son héroïne …

« Miryang » ou la lumière du salut?
Kim Chi-mi
Hankyoreh
Traduit par Courrier international
16 mai 2007

[Myriang, le film du réalisateur sud-coréen Lee Chang-dong, en compétition au festival de Cannes, aborde des thématiques austères. Le quotidien Hankyoreh s’enthousiasme pour la qualité de la réalisation et le jeu des acteurs.]

Le salut, le pardon et la réconciliation sont aujourd’hui en Corée du Sud des thèmes prisés par le cinéma de qualité. L’approche diffère néanmoins suivant les cinéastes. Les personnages de Park Chan-wook [Grand Prix du jury à Cannes en 2004 pour Old Boy] vont jusqu’au bout de leur vengeance avant de comprendre les choses, quand Kim Ki-duk [réalisateur de Locataires] parle d’un salut transcendant pour des âmes incapables de communiquer entre elles.

Pour Im Kwon-taek [Prix de la mise en scène à Cannes en 2002 pour son film Ivre de femmes et de peinture], de retour sur les écrans avec son centième film, Chonnyonhak (Beyond the years), c’est dans l’art que chacun démêle ses nœuds intérieurs. Dans son nouveau film, Miryang [présenté à Cannes sous le titre Secret Sunshine], Lee Chang-dong semble donner au sujet une dimension plus quotidienne.

Au début du film, il est question de trouver la « lumière » cachée dans le nom d’une petite ville, Miryang [ce qui peut se traduire littéralement par « ensoleillement secret »] ; par la suite, la « lumière » prend un caractère plus spirituel, le personnage central, perdu dans ses ténèbres, lançant vers elle un cri de désespoir.

Miryang constitue le décor du film, mais renvoie aussi par son sens au message qu’il véhicule. Cette ville provinciale existe réellement; c’est, dans le film, le pays natal du mari de l’héroïne Shin-ae, interprétée par Jeon Do-yeon. Après sa disparition, la jeune femme décide de s’y installer avec son jeune fils. Avant même qu’elle n’ait pu résoudre la question de ses sentiments ambigus à l’égard du défunt, son fils est kidnappé et assassiné. Le choc plonge Shin-ae dans un état confus où alternent le chagrin et la rage. Jong-chan, joué par Song Kang-ho, un homme simple que le hasard a introduit dans sa vie dès son premier jour à Miryang, tourne autour d’elle avec affection, cherchant par tous les moyens à lui venir en aide.

Le sens du salut chrétien et les limites psychologiques de l’être humain qui l’empêchent d’y parvenir apparaissaient déjà dans Polle iyagi (Une histoire d’insectes), la nouvelle de Yi Chongjun dont s’est inspiré Lee Chang-dong. Le film constitue une exception dans le climat cinématographique coréen, qui rechigne à mettre en avant le christianisme. Mais, sans s’y confiner, il mène une réflexion plus générale sur les religions en mettant en scène la crise existentielle de son héroïne tombée dans un gouffre et sa tentative d’autopersuasion pour accéder à un salut et un pardon mensongers.

Lee Chang-dong ajoute par ailleurs une tonalité mélodramatique à l’histoire en remplaçant par Jong-chan le personnage du mari dans la nouvelle, qui était lui un narrateur cérébral tentant d’analyser les faits. Mais le film maintient une distanciation par rapport aux événements qu’on trouve déjà dans le texte. La tragédie ne vire pas à la bluette. Au lieu de prendre parti pour ou contre la religion, le film se focalise sur la question de savoir quelles sont les parts respectives de l’humain et du divin dans le pardon et le salut. Contrairement à l’écrit, il laisse entrevoir la possibilité d’une issue positive.

Le magnifique équilibre de Miryang doit également beaucoup au jeu stupéfiant des acteurs. Jeon Do-yeon et Song Kang-ho, dont on croyait tout savoir quant à leur talent, réussissent encore à nous surprendre. Elle rend si crédible le personnage de Shin-ae qui, submergée par une douleur suffocante, se ferme au monde extérieur, lui incarne si bien Jong-chan que tout spectateur a l’impression d’avoir rencontré quelque part ces personnages. La chute de Shin-ae, entraînée par son désespoir, est en quelque sorte amortie par l’humour et le réalisme de Jong-chan, et la tension dramatique ne faiblit jamais pendant toute la durée du film, plus de deux heures. Les autres acteurs et les figurants apportent aussi de la chair à ce sujet philosophique et permettent à Miryang d’être un espace vivant.

Voir aussi, sur le contexte de la sortie du film, cette intéressante tribune d’une étudiante de Séoul dans un journal coréen en anglais :

A travers la vie tragique d’une femme, Secret sunshine pose la question de l’origine du salut de l’humanité. (…) Dieu existe-t-il ? S’il existe, pourquoi toutes ces tragédies m’arrivent-elles à moi et pourquoi ce monde dur et laid reste-t-il le même ? Pourquoi le vrai salut ne vient-il jamais ? Ce sont là les questions qui conduisent Shin-ae près de la folie et sont exactement les mêmes arguments que le mouvement anti-chrétien emploie pour attaquer le christianisme (…) Bien qu’il y ait le soleil – Dieu ou la grace de Dieu – nous devons vivre sur cette terre toute sale et nous confronter aux fragments de douloureux souvenirs et à l’injustice quotidienne.

Anti-Christianity and Secret Sunshine
Lee Yoo-eun
Korea Times
10-03-2007

While 23 captives were shivering with growing fear in the hands of Taliban, a Korean site intentionally distributed images mocking a famous Islam prophet and posted the fact that no one was in fact a real doctor or nurse among the Saemmul church medical service volunteers.

The Internet post spread to world media, including Aljazeera, and led them to report on it. Many supposed that this could have effectively aroused the Taliban militants’ anger toward the hostages.

It has been over two months since the hostages returned home safely, but the anti-Christian torrent in South Korea is far from fading away. Everywhere from news coverage, newspaper editorials, to the Internet, are angry debates on the Saemmul church’s mission work in the government-forbidden region and ferocious protests about Korean churches – some of them even verging on terrorism against Christianity itself.

Some extremist groups advocate reducing the number of churches in half or putting an age limit on those who can read the Bible. With almost 40 percent of its citizens becoming Christians over the past 30 years, Korean Christianity has made unprecedented progress in size, many critics point out.

Despite the comment of Lee Myung-bak, former Seoul city mayor, on his dedication of the country’s capital to the « Lord,’’ church related fraud covered by the local media, the aggressive and pharisaical behavior of some Christians, and the methodical and conservative orthodoxy of churches has provoked worry, disappointment and anger.

Lee Chang-dong’s latest movie « Secret Sunshine’’ or « Mil-yang,’’ which won an award at the Cannes International Film Festival this year, leaves us an elusive answer to the problem with Korean Christianity. The uncomfortably realistic portrayal of Korean churches in Secret Sunshine, at first drew criticism from these churches.

Scenes showing over-emotional and shallow church group meetings, the « Christian’s’’ mean and aggressive ways of preaching and the adultery of a devoted church member were painfully realistic.

Secret Sunshine, by showing one woman’s tragic life, questions where humanity’s salvation comes from. The main character, Lee Shin-ae, moves with her only son to her husband’s hometown, Mil-yang, after he is killed in a car accident. But her son is also killed after being kidnapped and Lee, who is on the verge of losing herself, goes to church where she gets a moment of comfort. But after she met the person who killed her son, she hits the dead-end of human kinds’ unresolved questions.

Does God exist? If He is here, why do all these tragedies happen to me and why does this harsh and ugly world remain the same? Why does true salvation never comes? These are the questions that drive Shin-ae almost into madness and are the very same arguments that the anti-Christian movement uses when attacking Christianity.

Secret Sunshine ends by showing Shin-ae cutting her hair in her dirty yard. Dust and dirt, small gravel and scattered fragments of something can be seen in the swath of the earth. When the camera slowly moves to the corner of the yard, a bright side appears. However, the area, which warm sunrays landed on, is not different land. This sun shining area also has a pile of shaggy used bottles thrown on and this area, together with the shadowy part of the land, comprises of Shin-ae’s yard.

Though there is the sun – God or God’s grace – we still have to live on this dirt-covered earth and deal with the fragments of painful memories and daily injustice. And it is natural for people to stare only at one’s own shadow or linger on the dark side of the land and complain about the sun, while the sun is always there shining above everyone.

It is time to stop blaming the sun for everything while sitting in the shadow. Rather, it is just the right moment to get ourselves out of the shadow. We can save ourselves by stopping arguing over time consuming matters like some dirty spots left on our yard or the sun’s existence and try to understand the real side of the sun. The moment when saving oneself finally replaces blaming God or religion itself, is when the true reformation of Christianity can begin in South Korea.

Lee Yoo-eun is a senior student double majoring in journalism and English literature at Ewha Womans University.

Voir enfin de notre Victor Hugo national:

L’autre, Job, commence le drame. Cet embryon est un colosse. Job commence le drame, et il y a quarante siècles de cela, par la mise en présence de Jéhovah et de Satan ; le mal défie le bien, et voilà l’action engagée. La terre est le lieu de la scène, et l’homme est le champ de bataille ; les fléaux sont les personnages. Une des plus sauvages grandeurs de ce poëme, c’est que le soleil y est sinistre. Le soleil est dans Job comme dans Homère, mais ce n’est plus l’aube, c’est le midi. Le lugubre accablement du rayon d’airain tombant à pic sur le désert emplit ce poëme chauffé à blanc. Job est en sueur sur son fumier. L’ombre de Job est petite et noire et cachée sous lui comme la vipère sous le rocher. Les mouches tropicales bourdonnent sur ses plaies. Job a au-dessus de sa tête cet affreux soleil arabe, éleveur de monstres, exagérateur de fléaux, qui change le chat en tigre, le lézard en crocodile, le pourceau en rhinocéros, l’anguille en boa, l’ortie en cactus, le vent en simoun, le miasme en peste. Job est antérieur à Moïse. Loin dans les siècles, à côté d’Abraham, le patriarche hébreu, il y a Job, le patriarche arabe. Avant d’être éprouvé, il avait été heureux : l’homme le plus haut de tout l’Orient, dit son poëme. C’était le laboureur roi. Il exerçait l’immense prêtrise de la solitude. Il sacrifiait et sanctifiait. Le soir, il donnait à la terre la bénédiction, le « barac ». Il était lettré. Il connaissait le rhythme. Son poëme, dont le texte arabe est perdu, était écrit en vers ; cela du moins est certain à partir du verset 3 du chapitre ni jusqu’à la fin. Il était bon. Il ne rencontrait pas un enfant pauvre sans lui jeter la petite monnaie kesitha ; il était « le pied du boiteux et l’œil de l’aveugle. » C’est de cela qu’il a été précipité. Tombé, il devient gigantesque. Tout le poëme de Job est le développement de cette idée : la grandeur qu’on trouve au fond de l’abîme. Job est plus majestueux misérable que prospère. Sa lèpre est une pourpre. Son accablement terrifie ceux qui sont là. On ne lui parle qu’après un silence de sept jours et de sept nuits. Sa lamentation est empreinte d’on ne sait quel magisme tranquille et lugubre. Tout en écrasant les vermines sur ses ulcères, il interpelle les astres. Il s’adresse à Orion, aux Hyades qu’il nomme la Poussinière, et « aux signes qui sont au midi. » Il dit : « Dieu a mis un bout aux ténèbres. » Il nomme le diamant qui se cache : « la pierre de l’obscurité. » Il mêle à sa détresse l’infortune des autres, et il a des mots tragiques qui glacent : la veuve est vide. Il sourit aussi, plus effrayant alors. Il a autour de lui Éliphas, Bildad, Tsophar, trois implacables types de l’ami curieux, il leur dit : « Vous jouez de moi comme d’un tambourin. » Son langage, soumis du côté de Dieu, est amer du côté des rois, « les rois de la terre qui se bâtissent des solitudes », laissant notre esprit chercher s’il parle là de leur sépulcre ou de leur royaume. Tacite dit : solitudinem faciunt. Quant à Jéhovah, il l’adore, et, sous la flagellation furieuse des fléaux, toute sa résistance est de demander à Dieu : « Ne me permettras-tu pas d’avaler ma salive ? » Ceci date de quatre mille ans. A l’heure même peut-être où l’énigmatique astronome de Denderah sculpte dans le granit son zodiaque mystérieux, Job grave le sien dans la pensée humaine, et son zodiaque à lui n’est pas fait d’étoiles, mais de misères. Ce zodiaque tourne encore au-dessus de nos têtes. Nous n’avons de Job que la version hébraïque, attribuée à Moïse. Un tel poëte fait rêver, suivi d’un tel traducteur ! L’homme du fumier est traduit par l’homme du Sinaï. C’est qu’en effet Job est un officiant et un voyant. Job extrait de son drame un dogme ; Job souffre et conclut. Or souffrir et conclure, c’est enseigner. La douleur, logique, mène à Dieu. Job enseigne. Job, après avoir touché le sommet du drame, remue le fond de la philosophie ; il montre, le premier, cette sublime démence de la sagesse qui, deux mille ans plus tard, de résignation se faisant sacrifice, sera la folie de la croix. Stultitiam crucis. Le fumier de Job, transfiguré, deviendra le calvaire de Jésus.

Victor Hugo (Les génies)

2 Responses to Secret sunshine: Si ce n’est Lui, qui donc alors? (A mysterious Job-like story of faith from a Korean Kieslowski)

  1. […] à l’instar des prétendus amis de Job et au nom d’une croyance d’un autre âge en la toute-puissance divine […]

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