Histoire: Pourquoi Guy Môquet n’a pu être le “résistant” qu’on célèbre (II)

Affiche PCFPour quelle raison Guy Môquet a-t-il été arrêté puis fusillé? Arrêté par la police française parce qu’il distribuait de la propagande communiste, doit-on considérer cette action comme un acte de résistance? Les tracts communistes de l’automne 1940 appellent-ils à la résistance contre l’occupant? La réponse est négative. François Marcot
Nous ne voulons pas que des soldats français se fassent tuer, ni pour de Gaulle, ni pour Doriot et Déat, car ce n’est pas en associant son destin à un des groupes impérialistes en guerre que la France pourra se sauver; elle ne le fera qu’en se débarrassant de l’odieux régime capitaliste. L’Humanité du 31 octobre 1940

Je suis militant de la Jeunesse communiste avec laquelle je lutte en collant des affiches et distribuant des tracts contre l’occupant nazi, ce qui est passible de mort. Je suis arrêté le 13 octobre1940 (…) Acquitté le 23 janvier, je suis pourtant gardé en prison (…) et déplacé (…) pour finir à Chateaubriant.

Comment expliquer cette phrase attribuée à Guy Môquet et aperçue sur les panneaux d’une exposition itinérante du musée des fusillés de Chateaubriant où celui-ci se présente, au moment de son arrestation, comme en lutte « contre l’occupant nazi »?

Alors que, comme le confirment le site de la Fondation de la Résistance et l’historien François Marcot, le fils du député détenu pour soutien au Pacte germano-soviétique (soit pendant près de deux ans l’approvisionnemnt soviétique de la machine de guerre nazie) ne pouvait être qualifié de « résistant » au moment où il est arrêté (sur dénonciation) en octobre 1940 (puis « maintenu en détention dans le cadre de la politique des otages » allemande).

Tout simplement, on le sait maintenant, parce qu’à l’époque le PCF, dont il était un zélé militant, était toujours, pacte Molotov-Ribbentrop oblige, sur une ligne de neutralité par rapport à une nouvelle « guerre capitaliste ».

Mais une neutralité qui pouvait aller jusqu’au « défaitisme révolutionnaire » (sabotage et espionnage dans les usines d’armement au profit de Moscou) et surtout doublement motivée par des négociations secrètes avec les autorités occupantes pour tenter d’obtenir la reparution de sa presse.

Du moins jusqu’à l’invasion de la patrie du socialisme par les troupes allemandes en juin 41, qui libère ainsi le Parti (et ses militants) pour l’action résistante, comme ces attentats contre des officiers allemands de Nantes ou Bordeaux (d’ailleurs non immédiatement revendiqués par la hiérarchie communiste) qui provoqueront justement par représailles l’exécution du jeune Guy Môquet et des autres otages.

D’où… la logique reconstruction rétrospective, par celui-ci, de ses activités d’avant incarcération comme d’un combat « contre l’occupant ».

Extraits :

Pour quelle raison Guy Môquet a-t-il été arrêté puis fusillé ? Arrêté par la police française parce qu’il distribuait de la propagande communiste, doit-on considérer cette action comme un acte de résistance ? Les tracts communistes de l’automne 1940 appellent-ils à la résistance contre l’occupant ? La réponse est négative.

En juin 1940, les dirigeants du Parti communiste français ont entamé des négociations avec les Allemands afin d’obtenir la reparution légale de L’Humanité, interdite depuis le 26 août 1939. Dans les documents retrouvés depuis, les communistes rappellent leur soutien au pacte germano-soviétique :  » Pour l’URSS nous avons bien travaillé par conséquent par ricochet pour vous.  » Ils promettent :  » Nous ne ferons rien pour vous mais rien contre vous.  » Pour le moins, rien qui s’apparente à de la résistance, mais la volonté de reconstruire un parti affaibli, sur une base qui cède plus à la compromission qu’au simple compromis.

Quel est le contenu de L’Humanité distribuée par Guy Môquet ? Dans les grands thèmes du journal figurent une constante dénonciation de Vichy, qui interne les communistes, défend le capitalisme et opprime le peuple, ainsi qu’une exaltation flamboyante du  » génial Staline  » et de l’URSS, patrie du socialisme, pays de liberté et paradis des travailleurs. Constante est la dénonciation de la guerre comme étant une  » guerre impérialiste « , ce qui amène L’Humanité à prôner la paix. Rappelant l’anniversaire du pacte germano-soviétique, L’Humanité du 28 août 1940 vante la paix avec l’Allemagne nazie et accuse les Alliés d’être responsables de la guerre :  » Il y a eu un an, le 23 août, que fut signé le pacte de non-agression germano-soviétique qui consolidait la paix à l’est de l’Europe. Malgré cela, les impérialistes franco-anglais qui avaient formé le projet de faire la guerre à l’URSS par l’Allemagne interposée n’hésitèrent pas à déchaîner la guerre impérialiste en même temps qu’ils se livraient à une campagne anticommuniste forcenée et couvraient d’insultes le pays du socialisme. Mais grâce à la politique stalinienne de paix, l’URSS s’est maintenue en dehors de la guerre impérialiste […], elle montre aux exploités et opprimés de l’univers le chemin de la libération, le chemin du bonheur.  » L’Humanité de fin septembre 1940, publie la lettre du 1er octobre 1939, en faveur de la paix, des députés communistes du  » groupe Ouvrier-Paysan français  » avec la liste des signataires, dont Prosper Môquet.

Dans son numéro du 31 octobre, L’Humanité confirme la volonté des communistes d’être neutres dans ce conflit qui oppose des impérialismes :  » Nous ne voulons pas que des soldats français se fassent tuer, ni pour de Gaulle, ni pour Doriot et Déat, car ce n’est pas en associant son destin à un des groupes impérialistes en guerre que la France pourra se sauver ; elle ne le fera qu’en se débarrassant de l’odieux régime capitaliste.  » L’Humanité appelle donc à la libération sociale et non à la libération nationale, et ses diffuseurs, dont Guy Môquet, ne peuvent donc être qualifiés de résistants, ils sont poursuivis en vertu de leur attachement au parti communiste.

C’est parce qu’il était communiste, et surtout fils d’un député communiste, que Guy Môquet a été désigné comme otage à fusiller dans une liste soumise aux Allemands sous la responsabilité du ministre de l’Intérieur de Vichy, Pierre Pucheu. En livrant des communistes, Pierre Pucheu prétend épargner de  » bons Français « . Il est vrai que le Parti d’octobre 1941 n’est plus celui de l’automne 1940. Progressivement, dans la propagande communiste, le thème national s’impose et le discours patriotique devient plus enflammé.En mai 1941, la direction du parti entre clairement en résistance en appelant les Français de toutes conditions à lutter contre l’occupant au sein d’un Front national de lutte pour la liberté et l’indépendance de la France. A partir de juillet 1941, suivant les ordres de l’Internationale communiste, le parti se lance dans la lutte armée. Sa pratique des attentats individuels contre des officiers allemands est initiée par Fabien, au métro Barbès le 21 août 1941. Ces attentats amènent les occupants à fusiller des otages dans l’espoir de terroriser la population française. C’est le début d’une nouvelle ère. A partir de 1942, le parti communiste intègre dans sa propagande le martyr de  » ceux de Châteaubriant « , rappelé par L’Humanité et célébré par Aragon dans la brochure clandestine Témoin des martyrs de 1942. Son célèbre poème, La Rose et le Réséda est dédié à Gabriel Péri et Honoré d’Estienne d’Orves comme à Guy Môquet et Gilbert Dru.

Approches de la Résistance
Guy MOQUET
Lettres de fusillés, de Guy Môquet à Henri Fertet.

Courage, amour, foi en l’avenir, tels sont les sentiments qui inspirent les dernières lettres de deux des plus jeunes fusillés français, Guy Môquet, membre des Jeunesses communistes, et Henri Fertet, membre du groupe  » Guy Mocquet « .

En répression de l’exécution du Felkommandant de Nantes, Karl Hotz, le 20 octobre 1941, 48 otages sont fusillés le 22 octobre : 5 au mont Valérien, 16 à Nantes et 27 à Châteaubriant, dont Guy Môquet, 17 ans, le plus jeune d’entre eux. C’est en chantant la Marseillaise que les 27 otages montent dans les camions, traversent la ville et, après avoir refusé d’avoir les yeux bandés, font face à leurs fusilleurs. Le curé Moyon a rapporté ces paroles transmises par les condamnés :  » Nous allons mourir pour la vie […] Notre sacrifice ne sera pas inutile, nous le savons, un jour il produira ses fruits.  » Leur chant de la Marseillaise a ému tous les  » spectateurs  » y compris le Kreiskommandant Kristukat qui a confié au curé Moyon : » Je viens de constater que l’on peut être communiste et rester français.  » Tous les témoins qui ont assisté à cette scène, ont fait part de l’incroyable émotion qui a saisi tous les acteurs, sans exception.

Qui sont les 27 fusillés de Châteaubriant ? Ce sont, pour la plupart (25 d’entre-eux), des militants communistes internés au camp de Choisel. Qui est Guy Môquet ?

Né à Paris le 26 avril 1924, Guy Môquet est le fils du député communiste Prosper Môquet, interné en octobre 1939, sur décision du gouvernement Daladier en raison de son ralliement au pacte germano-soviétique. Pour son père, Guy éprouve un amour filial émouvant, il l’admire et partage son idéal communiste. Militant aux Jeunesses communistes, il diffuse la propagande communiste dont L’Humanité clandestine, ce qui lui vaut d’être arrêté le 13 octobre 1940 par la police parisienne. Par décision du 23 janvier 1941, le substitut du Tribunal pour Enfants et Adolescents de la Seine ordonne qu’il soit  » remis à sa mère, en liberté surveillée « . Mais, il n’est pas libéré, victime d’une mesure d’internement administratif qui permet au préfet, en s’affranchissant de toute décision judiciaire, d’ordonner l’internement des personnes suspectes de nuire à la sécurité nationale. C’est ainsi que le 15 mai 1941, il est transféré au camp de Choisel à Châteaubriant où sont internés de nombreux militants communistes. Une grande fraternité règne parmi les détenus qui suivent l’évolution de la guerre et celle du parti communiste.

Pour quelle raison Guy Môquet a-t-il été arrêté puis fusillé ? Arrêté par la police française parce qu’il distribuait de la propagande communiste, doit-on considérer cette action comme un acte de résistance ? Les tracts communistes de l’automne 1940 appellent-ils à la résistance contre l’occupant ? La réponse est négative. En juin 1940, les dirigeants du Parti communiste français ont entamé des négociations avec les Allemands afin d’obtenir la reparution légale de L’Humanité, interdite depuis le 26 août 1939. Dans les documents retrouvés depuis, les communistes rappellent leur soutien au pacte germano-soviétique :  » Pour l’URSS nous avons bien travaillé par conséquent par ricochet pour vous.  » Ils promettent :  » Nous ne ferons rien pour vous mais rien contre vous.  » Pour le moins, rien qui s’apparente à de la résistance, mais la volonté de reconstruire un parti affaibli, sur une base qui cède plus à la compromission qu’au simple compromis. Quel est le contenu de L’Humanité distribuée par Guy Môquet ? Dans les grands thèmes du journal figurent une constante dénonciation de Vichy, qui interne les communistes, défend le capitalisme et opprime le peuple, ainsi qu’une exaltation flamboyante du  » génial Staline  » et de l’URSS, patrie du socialisme, pays de liberté et paradis des travailleurs. Constante est la dénonciation de la guerre comme étant une  » guerre impérialiste « , ce qui amène L’Humanité à prôner la paix. Rappelant l’anniversaire du pacte germano-soviétique, L’Humanité du 28 août 1940 vante la paix avec l’Allemagne nazie et accuse les Alliés d’être responsables de la guerre :  » Il y a eu un an, le 23 août, que fut signé le pacte de non-agression germano-soviétique qui consolidait la paix à l’est de l’Europe. Malgré cela, les impérialistes franco-anglais qui avaient formé le projet de faire la guerre à l’URSS par l’Allemagne interposée n’hésitèrent pas à déchaîner la guerre impérialiste en même temps qu’ils se livraient à une campagne anticommuniste forcenée et couvraient d’insultes le pays du socialisme. Mais grâce à la politique stalinienne de paix, l’URSS s’est maintenue en dehors de la guerre impérialiste […], elle montre aux exploités et opprimés de l’univers le chemin de la libération, le chemin du bonheur.  » L’Humanité de fin septembre 1940, publie la lettre du 1er octobre 1939, en faveur de la paix, des députés communistes du  » groupe Ouvrier-Paysan français  » avec la liste des signataires, dont Prosper Môquet. Dans son numéro du 31 octobre, L’Humanité confirme la volonté des communistes d’être neutres dans ce conflit qui oppose des impérialismes :  » Nous ne voulons pas que des soldats français se fassent tuer, ni pour de Gaulle, ni pour Doriot et Déat, car ce n’est pas en associant son destin à un des groupes impérialistes en guerre que la France pourra se sauver ; elle ne le fera qu’en se débarrassant de l’odieux régime capitaliste.  » L’Humanité appelle donc à la libération sociale et non à la libération nationale, et ses diffuseurs, dont Guy Môquet, ne peuvent donc être qualifiés de résistants, ils sont poursuivis en vertu de leur attachement au parti communiste.

C’est parce qu’il était communiste, et surtout fils d’un député communiste, que Guy Môquet a été désigné comme otage à fusiller dans une liste soumise aux Allemands sous la responsabilité du ministre de l’Intérieur de Vichy, Pierre Pucheu. En livrant des communistes, Pierre Pucheu prétend épargner de  » bons Français « . Il est vrai que le Parti d’octobre 1941 n’est plus celui de l’automne 1940. Progressivement, dans la propagande communiste, le thème national s’impose et le discours patriotique devient plus enflammé.En mai 1941, la direction du parti entre clairement en résistance en appelant les Français de toutes conditions à lutter contre l’occupant au sein d’un Front national de lutte pour la liberté et l’indépendance de la France. A partir de juillet 1941, suivant les ordres de l’Internationale communiste, le parti se lance dans la lutte armée. Sa pratique des attentats individuels contre des officiers allemands est initiée par Fabien, au métro Barbès le 21 août 1941. Ces attentats amènent les occupants à fusiller des otages dans l’espoir de terroriser la population française. C’est le début d’une nouvelle ère. A partir de 1942, le parti communiste intègre dans sa propagande le martyr de  » ceux de Châteaubriant « , rappelé par L’Humanité et célébré par Aragon dans la brochure clandestine Témoin des martyrs de 1942. Son célèbre poème, La Rose et le Réséda est dédié à Gabriel Péri et Honoré d’Estienne d’Orves comme à Guy Môquet et Gilbert Dru.

Né à Seloncourt, le 27 octobre 1926, Henri Fertet, est élève au lycée Victor Hugo de Besançon quand, à l’été 1942, il rejoint le groupe de résistants que dirige Marcel Simon. Quand il rallie les Francs-Tireurs et Partisans Français (FTPF), au début de 1943, le groupe prend le nom de  » Guy Mocquet  » avec une orthographe fautive – mais que l’on retrouve aussi dans la presse communiste de l’époque. C’est évidemment en hommage à Guy Môquet et probablement sur une suggestion des responsables communistes qui animent les FTPF. Arrêté le 3 juillet 1943, Henri Fertet est condamné à mort par le tribunal de la Feldkommandantur 560, le 15 septembre 1943, pour l’attaque de deux sentinelles du fort de Montfaucon,un attentat à l’explosif contre un pylône à haute tension et l’attentat contre un commissaire des douanes. L’exécution des 16 résistants, à la Citadelle de Besançon le 26 septembre 1943, ressemble douloureusement à celle de Châteaubriant : même courage des hommes qui chantent la Marseillaise, même ferveur patriotique et même émotion dans la population. Ainsi sont réunis dans la mort le jeune otage communiste et le jeune résistant chrétien, auteurs de deux dernières lettres bouleversantes.

François Marcot, professeur à l’Université de Franche-Comté .

Bibliographie : La vie à en mourir. Lettres de fusillés (1941-1944) [Lettres choisies et présentées par Guy Krivopissko, introduction de François Marcot], Tallandier, (coll. Points Seuil), 2006 ; PENNETIER (Claude) et BESSE (Jean-Pierre), Juin 40, la négociation secrète, Les éditions de l’Atelier, 2006 ; BASSE (Pierre-Louis), Guy Môquet. Une enfance fusillée, Stock, 2000 ; BERLIÈRE (Jean-Marc) ), LIAIGRE (Franck), Le sang des communistes. Les bataillons de la Jeunesse dans la lutte, Fayard, 2004 ; TOURRAIN (Raymond), Les Fusillés de la Citadelle ou l’Histoire du groupe Guy Moquet [sic], Besançon, Centre de recherche et d’information politique, économique et sociale, 1994.

Voir aussi le dossier du CNDP de Champigny:

Extraits:

La précarité des conditions de rédaction explique la grande diversité des lettres de fusillés, qui ne passent pas toutes l’étape de la censure : certaines sont interceptées, d’autres sont reproduites avec des phrases supprimées, d’autres parviennent sans problème à leurs destinataires, parfois avec la complicité d’un gardien, d’un prêtre, d’un codétenu.

Avec l’occupation, le jeune garçon s’engage plus activement encore dans l’action, distribuant des tracts de la Jeunesse communiste dénonçant le gouvernement de Vichy, l’occupation et ceux qui en profitent.
Guy est arrêté par la police française le 13 octobre 1940 au métro Gare de l’Est. Il est interrogé avec brutalité, dans le but de lui faire donner les noms d’amis de son père.

Incarcéré à la prison de Fresnes puis à la prison centrale de Clairvaux, il est interné au camp de Choisel à Châteaubriant alors qu’il aurait dû être libéré sur décision de justice.

L’exécution du lieutenant-colonel Hotz, Felkommandant de Nantes, par un commando de résistants communistes parisiens, après celle de l’aspirant Moser dans le métro à Paris, incite le commandant des forces d’occupation en France à mettre en pratique la politique des otages. Une cinquantaine d’otages sont fusillés à Châteaubriant, à Nantes et à Paris (au mont Valérien), avec la complicité des autorités françaises qui participent à leur désignation.

Les 48 hommes passés par les armes sont sélectionnés dans une stricte logique de représailles : 25 des 27 de Châteaubriant sont des militants communistes de la région parisienne, comme 5 des 16 de Nantes ; les 16 de Nantes et les 5 du mont Valérien sont des résistants originaires de la région nantaise. Aucune responsabilité directe dans l’attentat de Nantes ne peut leur être reprochée, tous ont été arrêtés des semaines ou des mois avant, puis maintenus en détention dans le cadre de la politique des otages. Cette volonté de créer un climat de terreur pour briser toute volonté de résistance armée en France aboutit à la multiplication des exécutions d’otages : 50 à Souges, près de Bordeaux, le 24 octobre 1941 ; 70 au mont Valérien et 25 en province le 15 décembre 1941 (dont 53 désignés parce que juifs) ; au total près d’un millier entre 1940 et 1944.

La dernière lettre de Guy Môquet, l’histoire et la mémoire

Construites en partenariat avec le Musée de la Résistance nationale à Champigny et le Centre départemental de documentation pédagogique du Val-de-Marne, ces pages sont destinées à accompagner les enseignants et leurs élèves lors de la lecture de la lettre de Guy Môquet, le 22 octobre prochain ou dans les jours qui suivront.

La lettre de Guy Môquet s’inscrit dans un contexte historique particulier, celui de la Seconde Guerre mondiale, de la défaite de la France en 1940, de l’occupation allemande du territoire français et de l’installation du gouvernement de Vichy. En outre, cette lettre n’est pas unique. D’autres lettres comme celle-ci ont aussi été produites par d’autres fusillés peu avant d’être exécutés par les Allemands.

Chaque lettre permet d’évoquer ce que représente le travail de mémoire en histoire et comment ces mémoires participent de la construction historique. La lecture de cette lettre, accompagnée de celle d’autres lettres, peut aider à conduire efficacement une réflexion didactique avec le souci de former les élèves par un véritable travail historique, en particulier au lycée où, pour la première fois dans les programmes d’histoire de l’enseignement secondaire, le thème de la mémoire apparaît explicitement.

C’est pourquoi, nous avons rassemblé un ensemble de documents permettant d’aborder ce que représentent ces lettres de fusillés, très diverses dans leur forme et leur contenu. Nous avons voulu apporter des indications sur la vie de Guy Môquet, ce jeune lycéen de 17 ans, très tôt engagé pour défendre la liberté et la démocratie ( ?) de son pays. Nous avons tenu aussi à évoquer le sort des « 50 otages », leur internement, les conditions de leur exécution.

Autant de documents, autant de démarches pédagogiques pour montrer aux élèves ce qu’a représenté cette période de notre histoire, leur faire découvrir la place et le rôle du document dans la recherche historique, le travail de mémoire et, au-delà, l’engagement de ces résistants, jeunes ou non, pour un idéal de vie fondé sur la liberté, la justice, l’égalité et la démocratie ( ?).

Le Musée de la Résistance nationale (MRN)
Le Centre départemental de documentation pédagogique (CDDP) du Val-de-Marne
Le Centre régional de documentation pédagogique (CRDP) de l’académie de Créteil

Bulletin Résistance publié par MRN et CDDP 94
numéro spécial « 22 octobre »
Coordination :
Eric Brossard, professeur relais au musée de la Résistance nationale à Champigny;
Guy Krivopissko, conservateur du musée de la Résistance nationale à Champigny;
Marie-Claude Angot, directrice du Centre départemental de documentation pédagogique du Val-de-Marne.
Avec le concours des personnels du MRN et du CDDP 94.

Partie 1 – Les lettres de fusillés

Avec la défaite de la France, l’Allemagne nazie occupe une partie du territoire français. Les Allemands sanctionnent durement les premiers résistants qui s’en prennent aux troupes d’occupation mais ils laissent le gouvernement de Vichy prendre en charge l’essentiel de la répression. La situation change durant l’été 1941, avec l’attaque de l’URSS par l’Allemagne nazie. Les Allemands ne peuvent tolérer que la France soit un territoire hostile. Les premières actions armées contre l’occupant sont brutalement réprimées. La politique des otages, menée avec la complicité du gouvernement de Vichy qui accepte de livrer des détenus, aboutit à l’exécution de plusieurs centaines d’hommes, désignés le plus souvent en tant que communistes ou juifs. Les exécutions se poursuivent jusqu’à la Libération, même si l’Allemagne nazie substitue à partir de 1942 les déportations aux exécutions pour faire disparaître de France les résistants et les opposants qui ont pu être capturés.
Ceux qui vont être fusillés peuvent écrire à leur proches au maximum trois lettres, dans lesquelles il faut résumer toute une existence. Quelques lignes tracées au crayon sur le support fourni par l’administration française ou allemande, sous la surveillance de gardiens, avec la perspective de mourir dans quelques heures.

Quelques lignes pour ne rien oublier.

La précarité des conditions de rédaction explique la grande diversité des lettres de fusillés, qui ne passent pas toutes l’étape de la censure : certaines sont interceptées, d’autres sont reproduites avec des phrases supprimées, d’autres parviennent sans problème à leurs destinataires, parfois avec la complicité d’un gardien, d’un prêtre, d’un codétenu. Pour les familles, ces feuilles de mauvais papier témoignent des derniers instants, des dernières pensées, des ultimes paroles de l’être disparu. Souvent recopiées, largement diffusées, ces lettres acquièrent le statut de derniers messages adressés à ceux qui ont eu la chance de survivre à la guerre, qu’on se doit de suivre par fidélité et respect pour les sacrifiés. Plus simplement, et c’est aussi ce qui fait leur force, ces lettres sont d’abord de magnifiques odes à la vie.

Partie 2 – Guy Môquet, un jeune dans la guerre

Né le 26 avril 1924 à Paris, Guy est le fils de Prosper et Juliette Môquet. Son père est cheminot. Syndicaliste et militant du parti communiste, il devient député du 17e arrondissement de Paris. Guy est un élève doué, aussi bien dans les disciplines intellectuelles qu’en sport. Il milite activement au sein de la Jeunesse communiste.
A la suite de la signature du pacte germano-soviétique, le gouvernement français prend des mesures contre les responsables communistes en France. Prosper Môquet est arrêté le 10 octobre 1939, déchu de son mandat de député en février 1940.
C’est un choc pour Guy, alors élève au lycée Carnot. Avec l’occupation, le jeune garçon s’engage plus activement encore dans l’action, distribuant des tracts de la Jeunesse communiste dénonçant le gouvernement de Vichy, l’occupation et ceux qui en profitent.
Guy est arrêté par la police française le 13 octobre 1940 au métro Gare de l’Est. Il est interrogé avec brutalité, dans le but de lui faire donner les noms d’amis de son père.
Incarcéré à la prison de Fresnes puis à la prison centrale de Clairvaux, il est interné au camp de Choisel à Châteaubriant alors qu’il aurait dû être libéré sur décision de justice. Guy se lie d’amitié avec nombre d’internés, notamment Rino Scolari ou Jean-Pierre Timbaud, participant à toutes les activités mises en place par les prisonniers pour rendre la perte de liberté moins pénible.

Pendant toute sa période de détention, Guy écrit à sa mère, révélant dans son courrier les inquiétudes de l’enfant qu’il est encore et les préoccupations de l’adulte qu’il devient rapidement du fait des circonstances. Sa mère, son jeune frère Serge et son père s’efforcent de soutenir son moral par une correspondance aussi régulière que possible et l’envoi de colis réconfortants. Le don des archives de la famille Môquet-Saffray au musée de la Résistance nationale en juillet 2007 permet de suivre ces années de partage et d’espérance puis de séparation et de douleur.

Partie 3 – Les « 50 otages »

L’exécution du lieutenant-colonel Hotz, Felkommandant de Nantes, par un commando de résistants communistes parisiens, après celle de l’aspirant Moser dans le métro à Paris, incite le commandant des forces d’occupation en France à mettre en pratique la politique des otages. Une cinquantaine d’otages sont fusillés à Châteaubriant, à Nantes et à Paris (au mont Valérien), avec la complicité des autorités françaises qui participent à leur désignation.

Les 48 hommes passés par les armes sont sélectionnés dans une stricte logique de représailles : 25 des 27 de Châteaubriant sont des militants communistes de la région parisienne, comme 5 des 16 de Nantes ; les 16 de Nantes et les 5 du mont Valérien sont des résistants originaires de la région nantaise. Aucune responsabilité directe dans l’attentat de Nantes ne peut leur être reprochée, tous ont été arrêtés des semaines ou des mois avant, puis maintenus en détention dans le cadre de la politique des otages. Cette volonté de créer un climat de terreur pour briser toute volonté de résistance armée en France aboutit à la multiplication des exécutions d’otages : 50 à Souges, près de Bordeaux, le 24 octobre 1941 ; 70 au mont Valérien et 25 en province le 15 décembre 1941 (dont 53 désignés parce que juifs) ; au total près d’un millier entre 1940 et 1944.

Partie 4 – La mémoire de Guy Môquet et des « 50 otages »

Dès la nouvelle de l’exécution connue, les « 50 otages » deviennent des martyrs pour la Résistance française. Le général de Gaulle prononce une série de discours depuis Londres appelant les Français à un « garde-à-vous national ». La presse clandestine rend hommage aux fusillés.
A la libération, l’hommage aux fusillés du 22 octobre 1941 connaît une développement considérable. Des monuments sont érigés à Châteaubriant et à Nantes, et les proches des victimes veillent à perpétuer leur souvenir avec le soutien des formations politiques se référant à la Résistance, en premier lieu le parti communiste. L’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé ou l’Association des familles d’otages fusillés à Nantes et à Paris le 22 octobre 1941 sont parmi les plus actives. Ce travail d’histoire et de mémoire aboutit à l’ouverture du Musée de la Résistance à Châteaubriant en 2006 et d’un espace consacré aux 48 otages dans le nouveau Musée d’histoire de Nantes en 2007.
Les « 27 de Châteaubriant » ou les « 50 otages » sont d’abord honorés en bloc, mais certains des fusillés sont distingués du fait de leur plus grande notoriété avant-guerre, tels l’ancien combattant Léon Jost, le député Charles Michels ou le syndicaliste Jean-Pierre Timbaud. Guy Môquet, par son jeune âge et ses derniers écrits, acquiert rapidement une place exceptionnelle. Durant la guerre, il devient le symbole d’une jeunesse sacrifiée, mais aussi un modèle pour d’autres jeunes qui souhaitent passer à l’action. Après-guerre, le portrait de Guy Môquet est souvent reproduit, son nom est donné à des rues, des établissements scolaires, des équipements sportifs ou culturels. Le nom et le visage de Guy Môquet sont dorénavant inscrits dans le paysage mémoriel de la France, même si l’adolescent rebelle et idéaliste disparaît souvent derrière la figure figée du héros fusillé.

La lecture de la dernière lettre de Guy Môquet dans les lycées le 22 octobre 2007, demandée par le président de la République, s’inscrit donc dans un processus mémoriel commencé dès le lendemain des exécutions et poursuivi jusqu’à aujourd’hui par tous ceux que les engagements et la mort d’un jeune de 17 ans, de ses 26 camarades et de milliers d’autres fusillés qui « aimaient la vie à en mourir » ne peuvent laisser indifférents.

« Tout à coup, ces lettres nous replacent, nous, au centre des événements qui ont déterminé nos existences d’aujourd’hui et nous posent les vraies questions : moi dans cette situation ? Moi ? Elle ? Eux ? Tuer ? Mourir ? Moi le Bienheureux, libre grâce à eux. »

Jean-Jacques Goldman, extrait de l’avant-propos de La vie à en mourir.
Lettres de fusillés (1941-1944), Points / Tallandier, 2006

3 commentaires pour Histoire: Pourquoi Guy Môquet n’a pu être le “résistant” qu’on célèbre (II)

  1. ammon29 dit :

    C’est un document sans passion, mais qui est très important.

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  2. Rimo dit :

    C’est très triste qu’il soit mort si jeune,mais il a eu beaucoup de courage !

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  3. […] pourra se sauver; elle ne le fera qu’en se débarrassant de l’odieux régime capitaliste. L’Humanité (31 octobre […]

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