Guy Môquet: Attention une lettre peut en cacher bien d’autres (Quel texte faire lire à nos enfants demain?)

affiche_chateaubriantUne circulaire a été publiée fin août qui organise cette journée de commémoration. La lettre de Guy Môquet sera lue à tous les lycéens de France au côté d’autres textes de jeunes résistants français» (…) «un exercice pédagogique très important. (…) C’est un choix fondamental, il s’agit d’histoire de notre pays et même au-delà, il s’agit d’histoire universelle. David Martinon (porte-parole de l’Elysée)
Le rôle de l’école n’est pas d’inculquer l’amour de la patrie. Marie (professeur de lettres)
Nicolas Sarkozy ne nous rend pas sa mémoire en taisant son engagement politique. Olivier Dartigolles (porte-parole du PCF)

Quel texte faire lire à nos enfants demain?

Ces agents du capitalisme nous les chasserons d’ici
Pour instaurer le socialisme
Main dans la main révolution
Pour que vainque le communisme

Guy Môquet (extrait d’un poème de sa main retrouvé le jour de son arrestation)?

Ou:

Des magnats d’industrie (Schneider, de Wendel, Michelin, Mercier […]), tous, qu’ils soient juifs, catholiques, protestants ou francs-maçons, par esprit de lucre, par haine de la classe ouvrière, ont trahi notre pays et l’ont contraint à subir l’occupation étrangère.

Guy Môquet (échantillon, cité par Le Canard enchainé de la semaine dernière, des tracts distribués par Guy Moquet durant l’été avant son arrestation, dénonçant le régime parlementaire d’avant-guerre)?

Ou alors, comme le demande notre bien-intentionné mais un peu impulsif président, sa si gentille lettre à sa mère qui sera plus tard si utile au PCF pour « faire oublier son retard à s’engager dans le combat contre l’occupant »?

Et qui, comme le faisaient remarquer des historiens, ne mentionne hélas ni la Résistance ni même la France … ?

Sans compter que, s’il part de la louable intention de rappeler à nos jeunes l’importance du sacrifice de soi contre la barbarie (et accessoirement fait rager le PCF en lui volant son martyr), il risque aussi malheureusement de faire oublier, au profit d’un membre d’un parti jusque là plutôt défaitiste, d’authentiques résistants, ceux-là.

Comme un certain André Le Moal (n° 10 sur la liste), également âgé de 17 ans, mais arrêté lui près de Nantes par les Allemands pour avoir crié: « Vive de Gaulle ! ».

Ou d’autres gaullistes de vingt ans ou moins (Jean-Pierre Glou, Frédéric Creusé, Jean Grolleau, Jean Platiau, Maurice Allano).

Ou les 51 bordelais fusillés les 23 et 24 octobre …

Voir un extrait du Bulletin officiel:

Extrait du bulletin officiel (qui mentionne 11 autres textes, dont le poème de commande « La Rose et le réséda » du stalinolâtre Aragon):

« La commémoration de la mort de Guy Môquet, de ses 26 compagnons d’infortune et de tous les autres fusillés est en effet l’occasion de rappeler aux élèves des lycées l’engagement des jeunes gens et jeunes filles de toutes régions et de tous milieux qui firent le choix de la résistance, souvent au prix de leur vie. Tous méritent que l’on se souvienne : ainsi Gilbert Dru, cet étudiant de lettres engagé très jeune dans le combat contre l’occupant nazi assassiné le 27 juillet 1944 par la Gestapo ; ou encore Jacques Baudry, Jean-Marie Arthus, Pierre Benoît, Pierre Grelot et Lucien Legros, élèves de première au lycée Buffon à Paris, qui furent fusillés par les allemands le 8 février 1943 pour faits de résistance accomplis depuis l’âge de 15 ans.

Tous ces jeunes français d’alors, passionnément attachés à la liberté au point de sacrifier leur propre vie pour défendre celle des autres, constituent un formidable exemple pour les jeunes d’aujourd’hui. Leur mémoire évoque les valeurs de liberté d’égalité et de fraternité qui font la force et la grandeur de notre pays et qui appellent le sens du devoir, le dévouement et le don de soi. Ce sont ces valeurs que le chef de l’État a souhaité honorer le jour de son investiture, lors d’une cérémonie au Monument de la Cascade du Bois de Boulogne en évoquant le souvenir de Guy Môquet : « Soyez fiers de vos aînés qui vous ont tant donné ; aimez la France car c’est votre pays et que vous n’en avez pas d’autre ».
Voir aussi l’article du Figaro sur la polémique:

Polémique autour de la lettre de Guy Môquet
Anne-Noémie Dorion et Marie-Estelle Pech.
Le Figaro
Le 15 octobre 2007

Certains enseignants se refusent à lire les derniers mots du jeune communiste fusillé le 22 octobre 1941. L’Élysée a rappelé lundi que la lecture de cette lettre était obligatoire, mais que les professeurs récalcitrants ne seraient pas sanctionnés.

C’est le dernier sujet dont l’on cause en salle des profs. Faut-il oui ou non lire, le 22 octobre, la lettre de Guy Môquet, ce jeune homme fusillé à 17 ans par les Allemands ? Les enseignants concernés, ceux d’histoire-géographie, de lettres et de philosophie, ne sont guère enthousiastes face à cet exercice imposé par bulletin officiel sur injonction du président de la République. Certains dénoncent une « ingérence politique intolérable » ou « une instrumentalisation de l’histoire au profit du politique ». « Le rôle de l’école n’est pas d’inculquer l’amour de la patrie, s’agace Marie, professeur de lettres. Un prof doit apprendre à analyser, pas séduire les esprits avec du pathétique ». À écouter les profs, les principales réticences sont pédagogiques. Qu’on impose « une date sans cohérence avec les programmes » fait bondir Sylvain, professeur d’histoire-géographie. « Parler de Guy Môquet avec mes secondes, qui étudient actuellement la Grèce antique, est aberrant. Les élèves, qui ont tendance à manquer de repères temporels, vont tout confondre. » Autre critique : la « vacuité » du texte, jugé « historiquement pauvre ». « C’est une lettre émouvante mais d’ordre privé », estime Pascal, professeur de philosophie à Tours. L’ambiguïté du message délivré est décriée. « On met en avant un simple otage transformé sur le tard en résistant par le PC », critique Henri, enseignant dans les Hauts-de-Seine. « Je doute que cette idée de sacrifice pour la patrie soit un exemple pour la jeunesse en ces temps d’actualité terroriste », note Stéphane, prof à Clichy-sous-Bois.

L’opposition à une « cérémonie commandée »

Les syndicats enseignants ne sont pas en reste. Le Snes, (principal syndicat classé à gauche) appelle ses troupes à « refuser » cette « cérémonie commandée » par Nicolas Sarkozy. Pragmatique, le SE-Unsa (classé à gauche), s’interroge sur l’efficacité « d’une lecture annuelle, surtout solennisée à outrance ». Le Snalc (classé à droite) n’appelle pas au boycott mais n’a entendu « que des critiques négatives » de ses adhérents, nombreux à refuser la lecture. L’organisation de plusieurs commémorations un brin grandiloquentes accroît l’agacement. Un lycée de Saint-Denis de la Réunion prévoit une cérémonie avec lever du drapeau, minute de silence, sonnerie aux morts et chant des partisans. Dans un lycée de Melun, l’idée d’une plaque commémorative, fabriquée par les élèves et contenant des extraits de la lettre, a agité les passions. « Vous imaginez les élèves tomber sur un sinistre »je vais mourir* chaque matin au lycée ? » se désole Martin, prof d’histoire-géographie.

Si aucune sanction n’est prévue pour les récalcitrants, beaucoup de profs « liront le texte à reculons ». Chez les autres, une autre forme de résistance s’organise. Certains ne liront pas la lettre ou se contenteront de la distribuer. D’autres piocheront dans le corpus de textes proposé par Xavier Darcos : à l’intérieur, quatre missives de résistants français et allemands, des poèmes et un texte de René Char. Serge Tisseron, président de l’association des professeurs d’histoire-géographie, juge le procédé habile : « Le corpus qui comporte des textes de résistants gaullistes, chrétiens et communistes pourrait mettre tout le monde d’accord. » Parmi les frondeurs, la principale tactique reste le contournement de l’ordre. Stéphane abordera la lettre dans le chapitre « construction des mémoires nationales après la Seconde Guerre mondiale ». Martin, lui, prépare déjà un cours sur « les mythes du héros résistant ».

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