A ceux qui prétendent que ces théocrates sont susceptibles de se réformer si nous faisons l’effort d’être compréhensifs et attentifs à leurs exigences, je dis: vous ignorez totalement la différence entre une révolution islamiste et celles qui se réclament de la Laïcité. Ceux qui prétendent parler sous l’autorité absolue d’Allah n’exigent rien d’autre que la soumission la plus absolue. Reza Pahlavi
Le monde libre doit faire pression sur l’Iran. Il ne doit plus céder au chantage nucléaire d’un régime terroriste qui veut accéder à la bombe. Le monde extérieur doit jouer la carte des Iraniens eux-mêmes, ne plus parler aux geôliers mais à ses prisonniers. Il ne faut pas retomber dans le piège du changement de sièges car le jeu de cartes est toujours identique même si les cartes qui sortent sont différentes.
L’État théocratique iranien, porté par une propension pathologique à une grandeur fallacieuse et dangereuse symbolise l’État défaillant par excellence. Pour s’en rendre compte, il suffit de mettre en équation sa gestion calamiteuse dans tous les domaines avec ses gigantesques revenus pétroliers. Rien, dans son bilan quasi trentenaire, ne fait de lui un interlocuteur digne de confiance. Pour un tel État, l’Homme est un moyen, le Droit une faveur, le dialogue un bunker, la guerre une aubaine. Contre un tel État, l’unique arme efficace et légitime est la volonté et la force du peuple.
C’est d’ici que l’on peut exiger des instances pénales internationales de poursuivre en justice les commanditaires des nombreux assassinats politiques, ayant ensanglanté les capitales européennes. Reza Pahlavi
Il n’y a rien à proposer qui puisse faire changer la république islamique. Ils ont l’obligation de faire ce qu’ils font, d’abord et par-dessus tout parce qu’il s’agit d’un système totalitaire. Ils doivent maintenir un mouvement de rue en leur faveur en continuant le processus. S’ils se servent du slogan de l’enrichissement pour maintenir le peuple mobilisé, c’est parce qu’à la minute où ils céderont dessus ils perdront leur garde prétorienne. Donc il n’y a aucune raison qu’ils cèdent sur ce point.
Si vous voulez toucher le régime c’est contre lui qu’il faut mettre des sanctions, empêcher ses diplomates de voyager dans le monde, geler les capitaux et comptes bancaires de l’Iran mais aussi de ses prête-noms et amis. Reza Pahlavi
Pour l’Iran, l’approche pourrait être comparée à l’approche que les Etats-Unis et d’autres états démocratiques ont pris en Pologne dans les années 80. En Pologne, comme en Iran, un régime autoritaire économiquement incompétent opprimait une population de plus en plus mécontente. En Pologne, comme en Iran, un mouvement d’opposition de masse s’est levé contre le régime : Solidarité en Pologne, le mouvement démocratique étudiant en Iran. Dans les années 80, les Etats-Unis et ses alliés n’ont jamais directement confronté les communistes polonais. Au lieu de cela, ils ont imposé des sanctions économiques rigoureuses au régime — et consacré des centaines de millions de dollars au financement des journaux et stations de radio clandestins et pour soutenir les familles des dissidents emprisonnés ! ou des activistes exilés… pendant que l’économie du régime se désagrégeait, les communistes polonais ont été obligés d’abord d’ouvrir des négociations avec Solidarité, puis de laisser le syndicat Solidarité participer à des élections de semi-libres, et finalement de laisser la place à un gouvernement dirigé par Solidarité. Quatorze ans après, la Pologne est un état démocratique et un allié dévoué de l’OTAN. David Frum (ancien rédacteur des discours de George W. Bush auteur avec l’ancien conseiller de Donald Rumsfeld au Pentagone Richard Perle de « An End to Evil: Strategies For Victory in the War on Terror », janvier 2004, American Enterprise)
A l’heure où, lassitude de la guerre en Irak et appétits financiers et économiques aidant, l’Occident n’a plus que le mot apaisement à la bouche …
Et où le régime iranien apparait, chaque jour un peu plus clairement, comme la plaque tournante du terrorisme et des conflits (Irak et Afghanistan compris) …
Petit retour sur une des propositions des néoconservateurs américains pour gagner la guerre contre le terrorisme, à savoir une sorte de « scénario polonais » d’aide aux dissidents iraniens, qui semble rejoindre les vœux de nombre d’opposants au régime des mollahs, notamment autour de la figure de proue du fils ainé du Shah, Mohammed Reza Pahlavi.
Qui, toutes proportions gardées et comme le rappelle le prince lui-même, a pour lui l’avantage (couplé aux pressions judiciaires internationales, interdictions de voyage à l’étranger, gel de capitaux et comptes bancaires) d’éviter les évidentes impasses de la diplomatie (d’un régime où, on le sait, les Affaires étrangères font très significativement… partie du service de renseignements!) comme une intervention militaire extérieure coûteuse en vies humaines risquant de surcroit de se mettre la population à dos.
Même si l’Iran n’est bien évidemment pas la Pologne et qu’à lui tout seul avec sa position stratégique à cheval sur les réserves énergétiques de la planète, ses capacités de nuisance via le terrorisme international et son idéologie islamique de lapideurs, le régime actuel est largement à la hauteur de ses prédécesseurs nazi et communiste.
Et que le mouvement étudiant de 99 (autour du BUC) auquel se réfère Frum était, du fait de son refus de rompre avec les institutions islamiques, largement récupéré par le régime en place, comme les innombrables faux dissidents ou mouvements de prétendus opposants noyautés ou même suscités par ledit régime lui-même.
Sans compter que c’est un modèle semblable qui avait déjà amené l’ayatollah Khomeny au pouvoir en 79, notamment avec le retour au pays de milliers d’étudiants endoctrinés au tiers-mondisme et au marxisme dans les universités allemandes, comme l’indiquent les nombreuses sympathies qu’il avait sucitées dans l’intelligentsia occidentale (Foucault compris, la révolution iranienne étant à l’époque, comme le dit quelque part Darius Shayegan, « la version islamique et tiers-mondiste de la contre-culture occidentale »).
Et que bien sûr si en Pologne l’Eglise catholique avait pu contribuer à la solution, en Iran, c’est le lien-même du régime en place avec la religion qui est le problème.
Restent en plus les forts doutes sur une réponse européenne et notamment française qui, il y a déjà un quart de siècle pour l’opposition polonaise on s’en souvient, fut hélas bien résumée par le cynique « bien entendu, nous n’allons rien faire » du ministre des Affaires étrangères de Mitterrand …
Extraits:
Cela fait vingt-sept ans que le monde entier envoie ses pompiers dans le monde pour éteindre les feux. Un jour, il faudra bien s’intéresser à celui qui tient la boîte d’allumettes: la République islamique d’Iran.
Tant que ce régime existera, aucun des grands problèmes mondiaux, la paix entre Israéliens et Palestiniens, le radicalisme religieux, le terrorisme et la prolifération des armes de destruction massive, ne pourra être réglé. C’est une course contre la montre: l’Iran démocratique adviendra-t-il avant que le régime obtienne l’arme nucléaire ? Là est l’enjeu. L’Occident doit soutenir les mouvements démocratiques, comme il l’a fait en Afrique du Sud, en Europe de l’Est ou en Amérique latine.
Al-Qaida a eu des bases d’entraînement en Iran même. Et beaucoup d’éléments d’al-Qaida transitent par l’Iran.
Reza Pahlavi : « Lançons une campagne de désobéissance civile »
Propos recueillis par Luc de Barochez
Le Figaro
Le 08 juin 2006
Dans un entretien au «Figaro», l’héritier de la dynastie impériale conjure les pays occidentaux de soutenir l’instauration de la démocratie en Iran.
»Nous espérons, en tant qu’Iraniens, que le monde va finalement choisir son camp : garantir la survie de ce régime, ou faciliter l’avènement d’un régime démocratique », déclare le prince Reza Pahlavi.
Le prince Reza Pahlavi, 45 ans, qui vit en exil aux États-Unis, est le fils aîné du dernier chah d’Iran. Il veut fédérer l’opposition démocratique et laïque au régime issu de la révolution islamique de 1979. De passage à Paris, il a été reçu hier par une quarantaine de députés au Palais Bourbon pour évoquer la crise nucléaire iranienne. Pour lui, ni la diplomatie ni l’action militaire ne peuvent résoudre le conflit, mais un soulèvement populaire en Iran.
LE FIGARO. – L’Iran a-t-il droit à l’arme nucléaire ?
Reza PAHLAVI. – Le problème n’est pas la technologie. Les pays occidentaux lui ont vendu, avant la révolution de 1979, des technologies nucléaires. Aujourd’hui, nous sommes face à un régime totalitaire, qui soutient le terrorisme et promeut une vision radicale de l’islam. L’accès à l’arme nucléaire lui permettrait d’asseoir sa position dans la région, de dominer les deux rives du Golfe persique et les flux de pétrole. Le régime pourrait ainsi réussir ce que l’Union soviétique n’a jamais pu faire : contrôler l’économie mondiale. L’arme nucléaire est une garantie de survie pour ce régime.
Les propositions des grandes puissances peuvent-elles aider à régler la crise ?
Non, car ce régime a tout à perdre avec une telle proposition et rien à gagner. Il a besoin pour se maintenir de s’appuyer sur son aile radicale. Un recul sur la question nucléaire équivaudrait à miner sa cohésion. À l’inverse, s’il n’acceptait pas les propositions, des sanctions internationales risqueraient d’aggraver une situation économique déjà mauvaise. Il serait aussi perdant. La plupart des gouvernements étrangers se trompent en croyant traiter avec un État conventionnel. Pour les dirigeants iraniens, l’intérêt national ne signifie rien, et des incitations économiques sont inopérantes. De leur point de vue, le Hezbollah au Liban ou le Hamas en Palestine sont beaucoup plus importants que l’intérêt des Iraniens d’obédience sunnite ou d’autres minorités en Iran.
Vous ne voyez donc aucun compromis possible ?
J’ai beaucoup de mal à imaginer que le régime revienne en arrière, surtout en ce qui concerne l’enrichissement de l’uranium. C’est son cri de guerre, surtout depuis qu’Ahmadinejad est au pouvoir. Céder serait pour lui un suicide politique.
Pensez-vous qu’avec les dirigeants actuels on ne peut négocier qu’en vain ?
Oui. Depuis trois ans, la troïka européenne insiste pour négocier indéfiniment, sans aucun résultat. Je ne vois aucune carotte possible qui pourrait sortir le régime de l’irrationalité. Il ne cherche qu’à gagner du temps, pour se rapprocher encore plus de la possibilité de fabriquer des armes de destruction massive. Le monde perd son temps.
L’administration Bush se dit pourtant prête à dialoguer avec Téhéran.
Oui, mais en posant des conditions très claires. À mon avis, les États-Unis veulent montrer au monde qu’ils ne cherchent pas à régler l’affaire unilatéralement et en même temps, obliger l’Iran à choisir son camp. C’est une sorte d’ultimatum, qui vise à désarmer ceux qui sont opposés aux sanctions.
La communauté internationale devrait donc décréter des sanctions ?
Je vais plus loin que ça: tout dépend d’un changement de régime en Iran. Ce régime est le problème clé pour notre société, pour la région et pour le monde. La meilleure solution est d’y mettre fin et d’investir dans la démocratie. Tant que ce régime existera, aucun des grands problèmes mondiaux, la paix entre Israéliens et Palestiniens, le radicalisme religieux, le terrorisme et la prolifération des armes de destruction massive, ne pourra être réglé. C’est une course contre la montre : l’Iran démocratique adviendra-t-il avant que le régime obtienne l’arme nucléaire ? Là est l’enjeu. L’Occident doit soutenir les mouvements démocratiques, comme il l’a fait en Afrique du Sud, en Europe de l’Est ou en Amérique latine.
Pourtant, en Irak, l’imposition de la démocratie par la force aboutit à un résultat proche de la guerre civile.
Comparer l’Iran et l’Irak, c’est confondre une pomme et une orange ! De toute façon, nous ne réclamons pas une intervention étrangère, qui serait contre-productive. Quand l’Amérique a découvert après le 11 Septembre qu’elle avait un problème avec Saddam Hussein, elle a oublié qui était le principal coupable du fanatisme et du radicalisme. Cela fait vingt-sept ans que le monde entier envoie ses pompiers dans le monde pour éteindre les feux. Un jour, il faudra bien s’intéresser à celui qui tient la boîte d’allumettes : la République islamique d’Iran.
Voyez-vous des liens entre l’Iran et al-Qaida ?
Al-Qaida a eu des bases d’entraînement en Iran même. Et beaucoup d’éléments d’al-Qaida transitent par l’Iran.
Aurait-il fallu traiter le problème de l’Iran avant celui de l’Irak ?
Je ne veux pas minimiser les responsabilités de Saddam Hussein. Mais il faut bien voir que la majorité des problèmes auxquels le monde est confronté aujourd’hui – prix du pétrole, terrorisme, prolifération, radicalisme – sont liés, d’une manière ou d’une autre, à la République islamique.
Le changement de régime que vous appelez de vos voeux doit-il venir de l’intérieur ou de l’extérieur de l’Iran ?
De l’intérieur, exclusivement. Les forces réelles sont à l’intérieur. Des milliers de groupes en Iran font de leur mieux pour lancer une campagne de désobéissance civile non violente. Ils ont besoin de beaucoup plus de moyens pour réussir. C’est pourquoi ils ont besoin d’assistance et d’aide de l’extérieur. Nous espérons, en tant qu’Iraniens, que le monde va finalement choisir son camp: garantir la survie de ce régime ou faciliter l’avènement d’un régime démocratique et laïc.
La France fait-elle justement partie des pays qui soutiennent le statu quo ?
Je ne sais pas si c’est volontairement, mais la France, comme l’Allemagne, en font clairement partie. Cela dit, j’observe un début de changement de cap. La France elle aussi est face à un choix : la démocratie ou la théocratie en Iran. Il y a toujours eu des liens entre mon pays et la France. Elle peut aujourd’hui jouer un rôle extrêmement important et remettre à l’ordre du jour un aspect malheureusement occulté : l’aspect moral.
L’opposition iranienne, qui semble très divisée, peut-elle s’organiser ?
L’opposition iranienne est aujourd’hui unie. Il y a eu un changement de cap complet ces derniers temps. La semaine dernière, une conférence a réuni à Londres les représentants de courants très différents, pour s’associer en vue d’un but commun. À part les Moudjahidins du peuple, tous les groupes parlent entre eux.
Quel rôle jouez-vous ?
Celui de facilitateur et d’élément fédérateur, car l’union fait la force. Je souhaite un régime laïc, avec une séparation claire et nette du clergé et de l’État, et fondé sur les droits de l’homme. Quant à la forme finale du régime, monarchie parlementaire ou république, il reviendra aux Iraniens de décider. Pour ma part, je pense qu’une monarchie moderne peut aider à institutionnaliser la démocratie dans des pays comme l’Iran, sur le modèle du rôle joué par le roi Juan Carlos en Espagne après Franco. Mon but est de servir la nation.