Immigration: L’autre face de la diversité (The downside of diversity)

DiversityCe ne sont pas les différences qui provoquent les conflits mais leur effacement. René Girard
En présence de la diversité, nous nous replions sur nous-mêmes. Nous agissons comme des tortues. L’effet de la diversité est pire que ce qui avait été imaginé. Et ce n’est pas seulement que nous ne faisons plus confiance à ceux qui ne sont pas comme nous. Dans les communautés diverses, nous ne faisons plus confiance à ceux qui nous ressemblent. Robert Putnam

Intéressant compte-rendu avant-hier, dans le Globe (repris dans le IHT), des recherches du sociologue Robert Putnam sur l’autre face, ou le paradoxe, de la diversité.

Qui confirment que, contrairement aux idées reçues du politiquement correct mais en accord avec le sens commun, la diversité est loin de n’avoir que des effets heureux.

Si elle peut stimuler la créativité et la résolution de problèmes et ainsi contribuer à produire les avancées spectaculaires des grandes métropoles, elle est aussi au départ productrice de malaise social et de méfiance, et peut faire sérieusement baisser l’investissement social de chacun jusqu’au sein même de sa propre communauté.

Laissant supposer qu’au-delà d’un certain seuil, les effets pourraient en fait s’inverser.

Même s’il est dommage que les recherches de Putnam (ou du moins le compte-rendu qui en est fait) n’envisagent pas, au-delà des différences sur lequelles tout le monde se focalise, les questions de pertes de repères ou de limites (mais qu’on retrouve nécessairement dans des zones à forte diversité) qui, on le sait depuis au moins René Girard, sont en fait les vraies sources de conflit et de tensions sociales …

Extraits (traduits au babelfish) :

Les inconvénients de la diversité

plus la diversité dans une communauté est grande, moins les gens votent et moins ils donnent à des associations caritatives et travaillent à des projets communautaires.

La diversité nous met mal à la l’aise — mais il se trouve que le malaise n’est pas toujours une mauvaise chose. Le malaise lié aux différences explique pourquoi des équipes d’ingénieurs de différentes cultures peuvent être idéalement adaptées à la résolution de problèmes difficiles. Le choc des cultures peut produire une dynamique de concessions mutuelles, produisant une solution qui a pu éluder un groupe de personnes issus de milieux et d’approches plus semblables.

En même temps, cependant, (…) des populations plus diverses semblent se projeter moins au nom des besoins et des buts collectifs.

« il serait malheureux si un progressisme politiquement correct devait nier la réalité du défi à la solidarité sociale posé par la diversité. Il serait également malheureux si un conservatisme anhistorique et ethnocentrique devaient nier que confronter le défi est faisable et souhaitable. »

les communautés plus diverses tendent à être plus grandes, ont de plus grandes gammes de revenu, des taux de délinquance plus élevés, et plus de mobilité parmi leurs résidants – un ensemble de facteurs qui pourraient réduire le capital social indépendamment de n’importe quel impact que pourrait avoir la diversité ethnique.

En ceci Putnam remet en cause les deux écoles dominantes de la pensée sur la diversité ethnique et raciale, la théorie du « contact » et la théorie du « conflit ». Selon la théorie du contact, plus de temps passé avec des gens issus d’autres milieux mène à plus de compréhension et d’harmonie entre les groupes. Selon la théorie du conflit, cette proximité produit la tension et la discorde.

Les résultats de Putnam rejettent les deux théories. Dans les communautés plus diverses, il n’y avait pour lui ni de grandes obligations formées à travers des lignes de groupe ni des tensions ethniques intensifiées, mais un malaise civique général. Et dans peut-être le résultat le plus étonnant de tous, les niveaux de la confiance étaient non seulement plus bas entre les groupes dans des arrangements plus divers, mais même parmi les membres du même groupe.

selon l’économiste Edouard Glaeser de Harvard, « c’est un ajout important à un corps croissant de données sur les défis créés par la diversité, » Dans une étude récente, Glaeser et son collègue Alberto Alesina ont démontré qu’à peu près la moitié de la différence dans les dépenses sociales entre les Etats-Unis et l’Europe — l’Europe dépense bien plus — peut être attribuée à la diversité ethnique plus grande de la population américaine.

Glaeser indique que la dépense sociale nationale inférieure aux EU est une « macro » version de l’enclenchement civique diminué trouvé par Putnam dans les communautés plus diverses dans le pays.

Les économistes Matthew Kahn d’UCLA et Costa de Dora du MIT ont passé en revue 15 études récentes dans un papier de 2003, qui a lié la diversité avec des niveaux plus bas de capital social. Une plus grande diversité ethnique a été liée, par exemple, à l’ abaissement de l’orientation scolaire, des taux de réponse aux recensements, et de la confiance mutuelle.

Les propres recherches de Kahn et de Costa ont repéré des taux plus élevés d’abandon durant la guerre civile parmi des soldats de l’Union servant dans des compagnies dont les soldats étaient les plus divers du point de vue de l’âge, du métier et du lieu de naissance.

Alors, comment expliquer New York, Londres, Rio de Janiero, Los Angeles — les grandes villes du creuset qui tirent les économies créatrices et financières du monde ? L’image de la lassitude civique entrainant vers le bas des communautés plus diverses contredit la vigueur souvent liée aux centres urbains, où la diversité ethnique est la plus grande.

Il s’avère qu’il y a une autre face au malaise que la diversité peut causer. Si la diversité ethnique, au moins à court terme, est un handicap pour le lien social, une ligne parallèle de recherche naissante suggère que cela puisse être aussi un grand avantage pour ce qui est de la productivité et de l’innovation.

Pour le chercheur en sciences politiques de l’Université du Michigan, Scoot Page, dans les lieux de travail de haut niveau, les différentes manières de penser parmi des personnes de différentes cultures peuvent être un avantage. « puisqu’elles voient et appréhendent le monde différemment que vous, c’est provocant. Mais la fréquentation de personnes différentes peut stimuler la créativité de tous. Les équipes diverses tendent à être plus productives. »

Autrement dit, les membres de communautés plus diverses peuvent faire plus de bowling seuls, mais les tensions créatrices lâchées par ces différences dans le lieu de travail peuvent propulser ces mêmes endroits à la pointe de l’économie et de la culture créatrice.

Page appelle ça le « paradoxe de diversité. » Il pense que les effets à la fois positifs et négatifs de la diversité peuvent coexister dans les communautés, mais qu’il doit y avoir une limite. » Si l’investissement civique tombe trop bas, il est facile d’imaginer que les effets positifs de la diversité puissent tout aussi bien commencer à s’affaiblir.

The downside of diversity
Michael Jonas
The Boston Globe
August 5, 2007

It has become increasingly popular to speak of racial and ethnic diversity as a civic strength. From multicultural festivals to pronouncements from political leaders, the message is the same: our differences make us stronger.

But a massive new study, based on detailed interviews of nearly 30,000 people across America, has concluded just the opposite. Harvard political scientist Robert Putnam — famous for « Bowling Alone, » his 2000 book on declining civic engagement — has found that the greater the diversity in a community, the fewer people vote and the less they volunteer, the less they give to charity and work on community projects. In the most diverse communities, neighbors trust one another about half as much as they do in the most homogenous settings. The study, the largest ever on civic engagement in America, found that virtually all measures of civic health are lower in more diverse settings.

« The extent of the effect is shocking, » says Scott Page, a University of Michigan political scientist.

The study comes at a time when the future of the American melting pot is the focus of intense political debate, from immigration to race-based admissions to schools, and it poses challenges to advocates on all sides of the issues. The study is already being cited by some conservatives as proof of the harm large-scale immigration causes to the nation’s social fabric. But with demographic trends already pushing the nation inexorably toward greater diversity, the real question may yet lie ahead: how to handle the unsettling social changes that Putnam’s research predicts.

« We can’t ignore the findings, » says Ali Noorani, executive director of the Massachusetts Immigrant and Refugee Advocacy Coalition. « The big question we have to ask ourselves is, what do we do about it; what are the next steps? »

The study is part of a fascinating new portrait of diversity emerging from recent scholarship. Diversity, it shows, makes us uncomfortable — but discomfort, it turns out, isn’t always a bad thing. Unease with differences helps explain why teams of engineers from different cultures may be ideally suited to solve a vexing problem. Culture clashes can produce a dynamic give-and-take, generating a solution that may have eluded a group of people with more similar backgrounds and approaches. At the same time, though, Putnam’s work adds to a growing body of research indicating that more diverse populations seem to extend themselves less on behalf of collective needs and goals.

His findings on the downsides of diversity have also posed a challenge for Putnam, a liberal academic whose own values put him squarely in the pro-diversity camp. Suddenly finding himself the bearer of bad news, Putnam has struggled with how to present his work. He gathered the initial raw data in 2000 and issued a press release the following year outlining the results. He then spent several years testing other possible explanations

When he finally published a detailed scholarly analysis in June in the journal Scandinavian Political Studies, he faced criticism for straying from data into advocacy. His paper argues strongly that the negative effects of diversity can be remedied, and says history suggests that ethnic diversity may eventually fade as a sharp line of social demarcation.

« Having aligned himself with the central planners intent on sustaining such social engineering, Putnam concludes the facts with a stern pep talk, » wrote conservative commentator Ilana Mercer, in a recent Orange County Register op-ed titled « Greater diversity equals more misery. »

Putnam has long staked out ground as both a researcher and a civic player, someone willing to describe social problems and then have a hand in addressing them. He says social science should be « simultaneously rigorous and relevant, » meeting high research standards while also « speaking to concerns of our fellow citizens. » But on a topic as charged as ethnicity and race, Putnam worries that many people hear only what they want to.

« It would be unfortunate if a politically correct progressivism were to deny the reality of the challenge to social solidarity posed by diversity, » he writes in the new report. « It would be equally unfortunate if an ahistorical and ethnocentric conservatism were to deny that addressing that challenge is both feasible and desirable. »

Putnam is the nation’s premier guru of civic engagement. After studying civic life in Italy in the 1970s and 1980s, Putnam turned his attention to the US, publishing an influential journal article on civic engagement in 1995 that he expanded five years later into the best-selling « Bowling Alone. » The book sounded a national wake-up call on what Putnam called a sharp drop in civic connections among Americans. It won him audiences with presidents Bill Clinton and George W. Bush, and made him one of the country’s best known social scientists.

Putnam claims the US has experienced a pronounced decline in « social capital, » a term he helped popularize. Social capital refers to the social networks — whether friendships or religious congregations or neighborhood associations — that he says are key indicators of civic well-being. When social capital is high, says Putnam, communities are better places to live. Neighborhoods are safer; people are healthier; and more citizens vote.

The results of his new study come from a survey Putnam directed among residents in 41 US communities, including Boston. Residents were sorted into the four principal categories used by the US Census: black, white, Hispanic, and Asian. They were asked how much they trusted their neighbors and those of each racial category, and questioned about a long list of civic attitudes and practices, including their views on local government, their involvement in community projects, and their friendships. What emerged in more diverse communities was a bleak picture of civic desolation, affecting everything from political engagement to the state of social ties.

Putnam knew he had provocative findings on his hands. He worried about coming under some of the same liberal attacks that greeted Daniel Patrick Moynihan’s landmark 1965 report on the social costs associated with the breakdown of the black family. There is always the risk of being pilloried as the bearer of « an inconvenient truth, » says Putnam.

After releasing the initial results in 2001, Putnam says he spent time « kicking the tires really hard » to be sure the study had it right. Putnam realized, for instance, that more diverse communities tended to be larger, have greater income ranges, higher crime rates, and more mobility among their residents — all factors that could depress social capital independent of any impact ethnic diversity might have.

« People would say, ‘I bet you forgot about X,' » Putnam says of the string of suggestions from colleagues. « There were 20 or 30 X’s. »

But even after statistically taking them all into account, the connection remained strong: Higher diversity meant lower social capital. In his findings, Putnam writes that those in more diverse communities tend to « distrust their neighbors, regardless of the color of their skin, to withdraw even from close friends, to expect the worst from their community and its leaders, to volunteer less, give less to charity and work on community projects less often, to register to vote less, to agitate for social reform more but have less faith that they can actually make a difference, and to huddle unhappily in front of the television. »

« People living in ethnically diverse settings appear to ‘hunker down’ — that is, to pull in like a turtle, » Putnam writes.

In documenting that hunkering down, Putnam challenged the two dominant schools of thought on ethnic and racial diversity, the « contact » theory and the « conflict » theory. Under the contact theory, more time spent with those of other backgrounds leads to greater understanding and harmony between groups. Under the conflict theory, that proximity produces tension and discord.

Putnam’s findings reject both theories. In more diverse communities, he says, there were neither great bonds formed across group lines nor heightened ethnic tensions, but a general civic malaise. And in perhaps the most surprising result of all, levels of trust were not only lower between groups in more diverse settings, but even among members of the same group.

« Diversity, at least in the short run, » he writes, « seems to bring out the turtle in all of us. »

The overall findings may be jarring during a time when it’s become commonplace to sing the praises of diverse communities, but researchers in the field say they shouldn’t be.

« It’s an important addition to a growing body of evidence on the challenges created by diversity, » says Harvard economist Edward Glaeser

In a recent study, Glaeser and colleague Alberto Alesina demonstrated that roughly half the difference in social welfare spending between the US and Europe — Europe spends far more — can be attributed to the greater ethnic diversity of the US population. Glaeser says lower national social welfare spending in the US is a « macro » version of the decreased civic engagement Putnam found in more diverse communities within the country.

Economists Matthew Kahn of UCLA and Dora Costa of MIT reviewed 15 recent studies in a 2003 paper, all of which linked diversity with lower levels of social capital. Greater ethnic diversity was linked, for example, to lower school funding, census response rates, and trust in others. Kahn and Costa’s own research documented higher desertion rates in the Civil War among Union Army soldiers serving in companies whose soldiers varied more by age, occupation, and birthplace.

Birds of different feathers may sometimes flock together, but they are also less likely to look out for one another. « Everyone is a little self-conscious that this is not politically correct stuff, » says Kahn.

So how to explain New York, London, Rio de Janiero, Los Angeles — the great melting-pot cities that drive the world’s creative and financial economies?

The image of civic lassitude dragging down more diverse communities is at odds with the vigor often associated with urban centers, where ethnic diversity is greatest. It turns out there is a flip side to the discomfort diversity can cause. If ethnic diversity, at least in the short run, is a liability for social connectedness, a parallel line of emerging research suggests it can be a big asset when it comes to driving productivity and innovation. In high-skill workplace settings, says Scott Page, the University of Michigan political scientist, the different ways of thinking among people from different cultures can be a boon.

« Because they see the world and think about the world differently than you, that’s challenging, » says Page, author of « The Difference: How the Power of Diversity Creates Better Groups, Firms, Schools, and Societies. » « But by hanging out with people different than you, you’re likely to get more insights. Diverse teams tend to be more productive. »

In other words, those in more diverse communities may do more bowling alone, but the creative tensions unleashed by those differences in the workplace may vault those same places to the cutting edge of the economy and of creative culture.

Page calls it the « diversity paradox. » He thinks the contrasting positive and negative effects of diversity can coexist in communities, but « there’s got to be a limit. » If civic engagement falls off too far, he says, it’s easy to imagine the positive effects of diversity beginning to wane as well. « That’s what’s unsettling about his findings, » Page says of Putnam’s new work.

Meanwhile, by drawing a portrait of civic engagement in which more homogeneous communities seem much healthier, some of Putnam’s worst fears about how his results could be used have been realized. A stream of conservative commentary has begun — from places like the Manhattan Institute and « The American Conservative » — highlighting the harm the study suggests will come from large-scale immigration. But Putnam says he’s also received hundreds of complimentary emails laced with bigoted language. « It certainly is not pleasant when David Duke’s website hails me as the guy who found out racism is good, » he says.

In the final quarter of his paper, Putnam puts the diversity challenge in a broader context by describing how social identity can change over time. Experience shows that social divisions can eventually give way to « more encompassing identities » that create a « new, more capacious sense of ‘we,' » he writes.

Growing up in the 1950s in small Midwestern town, Putnam knew the religion of virtually every member of his high school graduating class because, he says, such information was crucial to the question of « who was a possible mate or date. » The importance of marrying within one’s faith, he says, has largely faded since then, at least among many mainline Protestants, Catholics, and Jews.

While acknowledging that racial and ethnic divisions may prove more stubborn, Putnam argues that such examples bode well for the long-term prospects for social capital in a multiethnic America.

In his paper, Putnam cites the work done by Page and others, and uses it to help frame his conclusion that increasing diversity in America is not only inevitable, but ultimately valuable and enriching. As for smoothing over the divisions that hinder civic engagement, Putnam argues that Americans can help that process along through targeted efforts. He suggests expanding support for English-language instruction and investing in community centers and other places that allow for « meaningful interaction across ethnic lines. »

Some critics have found his prescriptions underwhelming. And in offering ideas for mitigating his findings, Putnam has drawn scorn for stepping out of the role of dispassionate researcher. « You’re just supposed to tell your peers what you found, » says John Leo, senior fellow at the Manhattan Institute, a conservative think tank. « I don’t expect academics to fret about these matters. »

But fretting about the state of American civic health is exactly what Putnam has spent more than a decade doing. While continuing to research questions involving social capital, he has directed the Saguaro Seminar, a project he started at Harvard’s Kennedy School of Government that promotes efforts throughout the country to increase civic connections in communities.

« Social scientists are both scientists and citizens, » says Alan Wolfe, director of the Boisi Center for Religion and American Public Life at Boston College, who sees nothing wrong in Putnam’s efforts to affect some of the phenomena he studies.

Wolfe says what is unusual is that Putnam has published findings as a social scientist that are not the ones he would have wished for as a civic leader. There are plenty of social scientists, says Wolfe, who never produce research results at odds with their own worldview.

« The problem too often, » says Wolfe, « is people are never uncomfortable about their findings. »

Michael Jonas is acting editor of CommonWealth magazine, published by MassINC, a nonpartisan public-policy think tank in Boston.

Voir aussi:

La diversité ethnique « engendre la méfiance »
Peter Wilson, correspondant pour l’Europe de « The Australian »
(traduction Polémia)
Le 01 Novembre 2006

La diversité ethnique sape gravement la confiance et les rapports sociaux au sein des communautés. C’est ce que démontre une importante étude récente qui entache d’une ombre lugubre les théories optimistes sur les bienfaits du melting-pot social dans les sociétés composées d’immigrants telles que l’Australie.

Les découvertes inquiétantes relatives aux effets de la diversité ethnique ont été mises au jour par Robert Putnam, spécialiste des sciences politiques à l’Université de Harvard, dont les études précédentes sur la dynamique communautaire ont hautement influé sur des responsables politiques aux Etats-Unis et ont été remarquées par les Australiens Peter Costello et Mark Latham, prétendants aux fonctions de premier ministre.

Le professeur Putnam a tardé à dévoiler les résultats de son étude par crainte de l’impact qu’elle pouvait produire sur les politiciens et autres responsables politiques mais il a lancé son pavé hier au cours d’une interview au « Financial Times » de Londres.

Son étude approfondie démontre que plus une communauté est diversifiée, moins ses habitants sont enclins à faire confiance à quiconque, depuis leur voisin immédiat jusqu’à leur administration locale. Même à l’intérieur de leur propre groupe ethnique, les gens deviennent encore plus méfiants les uns à l’égard des autres, comme ils le sont à l’égard de ceux d’une origine différente.

L’impact de l’étude sera amplifié du fait de la position du professeur Putnam dont le livre « Bowling Alone » (Jouer aux boules en solitaire – NDT) a été l’objet d’un examen attentif de la part des gouvernements et des universitaires à travers le monde après sa publication en 2000.

« Bowling Alone » expliquait très clairement à quel point le « capital social » s’était détérioré au cours des récentes décennies, car de moins en moins de gens rejoignent les groupes de bénévoles et les associations qui ont longtemps joué un rôle dans la cohésion sociale. Le titre de cet ouvrage fait allusion à la découverte du professeur Putnam selon laquelle beaucoup de gens quittent les groupes, comme, par exemple, les clubs de bowling, pour passer leur temps seuls plutôt qu’au sein d’un réseau de relations sociales.

Le trésorier fédéral et M. Latham, ancien chef fédéral du parti travailliste, ont emprunté l’un et l’autre des idées à ce livre dans leurs discours sur le capital social.

Le professeur Putnam, qui travaille actuellement en Grande-Bretagne, a déclaré au « Financial Times » qu’après plusieurs années de recherches il avait attendu, pour publier ses résultats, de pouvoir présenter des propositions susceptibles de compenser les effets négatifs de la diversité, précisant qu’il « aurait été irresponsable [de sa part] de publier le livre sans cela ».

Sa plus importante trouvaille a été qu’ « en présence de la diversité nous nous faisons tout petits ». « Nous réagissons comme des tortues », a-t-il ajouté. « Le résultat de la diversité est pire que ce que l’on avait imaginé. »

Il a mené ses recherches aux Etats-Unis mais pense que ses conclusions seront vraisemblablement applicables à d’autres pays. Elles feront l’objet d’un examen attentif en Australie et dans la plupart des pays européens, où les gouvernements sont de plus en plus aux prises avec les retombées politiques et sociales de l’immigration et avec les questions de diversité ethnique et religieuse.

Il a découvert que c’était à Los Angeles, « la concentration humaine la plus diverse de l’histoire humaine », que la confiance était au plus bas mais ses conclusions sont aussi valables pour le Sud Dakota rural où « la diversité, c’est un peu comme inviter des Suédois à un pique-nique de Norvégiens ».

Quand les données prenaient en compte la classe, ou les revenus, ou d’autres facteurs, elles montraient que plus il y avait de gens de races différentes à vivre dans la même communauté, plus grande était la perte de confiance.

Peter Wilson
Correspondant pour l’Europe de « The Australian » 10/10/06
Traduction R. Schleiter Correspondance Polémia

Robert Putnam est né aux Etats-Unis en 1941. Il est professeur de sciences politiques à l’Université de Harvard et président fondateur du « Saguaro Seminar :Civic Engagement in America ». Il est très connu pour ses écrits sur l’engagement civique, la société civile et le capital social dont il fera le titre d’un de ses livres. Son œuvre la plus remarquable et très controversée, « Bowling Alone », a été publiée en 2000 ; il y démontre que les Etats-Unis connaissent un effondrement sans précédent dans la vie politique, civique, sociale et associative depuis 1960, avec des conséquences particulièrement graves.

9 commentaires pour Immigration: L’autre face de la diversité (The downside of diversity)

  1. […] Robert Putnam a découvert que plus la diversité dans une communauté est grande, moins les gens votent et moins ils donnent à des associations caritatives et travaillent à des projets communautaires. (…) Dans une étude récente, Glaeser et son collègue Alberto Alesina ont démontré qu’à peu près la moitié de la différence dans les dépenses sociales entre les Etats-Unis et l’Europe — l’Europe dépense bien plus — peut être attribuée à la diversité ethnique plus grande de la population américaine. Michael Jonas […]

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  2. […] Pour le chercheur en sciences politiques de l’Université du Michigan, Scoot Page, dans les lieux de travail de haut niveau, les différentes manières de penser parmi des personnes de différentes cultures peuvent être un avantage. “puisqu’elles voient et appréhendent le monde différemment que vous, c’est provocant. Mais la fréquentation de personnes différentes peut stimuler la créativité de tous. Les équipes diverses tendent à être plus productives.” (…) Autrement dit, les membres de communautés plus diverses peuvent faire plus de bowling seuls, mais les tensions créatrices lâchées par ces différences dans le lieu de travail peuvent propulser ces mêmes endroits à la pointe de l’économie et de la culture créatrice. (…) Page appelle ça le “paradoxe de diversité.” Il pense que les effets à la fois positifs et négatifs de la diversité peuvent coexister dans les communautés, mais qu’il doit y avoir une limite.” Si l’investissement civique tombe trop bas, il est facile d’imaginer que les effets positifs de la diversité puissent tout aussi bien commencer à s’affaiblir. Michael Jonas […]

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  3. […] Ce ne sont pas les différences qui provoquent les conflits mais leur effacement. René Girard […]

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  4. […] Ce ne sont pas les différences qui provoquent les conflits mais leur effacement. René Girard […]

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  5. […] Page appelle ça le "paradoxe de diversité." Il pense que les effets à la fois positifs et négatifs de la diversité peuvent coexister dans les communautés, mais qu’il doit y avoir une limite." Si l’investissement civique tombe trop bas, il est facile d’imaginer que les effets positifs de la diversité puissent tout aussi bien commencer à s’affaiblir. Michael Jonas […]

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  6. […] En présence de la diversité, nous nous replions sur nous-mêmes. Nous agissons comme des tortues. L’effet de la diversité est pire que ce qui avait été imaginé. Et ce n’est pas seulement que nous ne faisons plus confiance à ceux qui ne sont pas comme nous. Dans les communautés diverses, nous ne faisons plus confiance à ceux qui nous ressemblent. Robert Putnam […]

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  7. […] d’où aussi la question, que semble oublier Dunbar en ces temps d’hypermixité sociale et ethnique, de la gestion de la violence […]

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  8. jcdurbant dit :

    Première étape avant le grand partage ?

    La Commission européenne a proposé aujourd’hui d’instaurer « une contribution de solidarité » pour tout pays refusant la répartition automatique des demandeurs d’asile dans l’UE, qui s’élèvera à 250.000 euros par personne, dans le cadre d’une révision du règlement Dublin …

    Le Figaro

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