« Raisons d’Etat »: Attention, des secrets peuvent en cacher bien d’autres (What about France‘s own dirty secrets?)

The Good shepard (French)La CIA n’était pas un éléphant-voyou agissant seul. C’était un chien obéissant exécutant les ordres de ses maîtres politiques. Larry Johnson
The Good Shepherd (le bon berger), titre original, véhicule une idée assez figée de la compétence professionnelle: l’intérêt du groupe, de l’organisation prime sur tout autre critère. Télérama

« Les tentatives d’assassinat de Fidel Castro, les prisons secrètes en Europe … Le contre-espionnage américain peut-il tout se permettre et qu’est-ce qu’il nous cache encore ? »

Voilà comment commence une émission de la télé d’Etat française (« C dans l’air », hier soir), à l’occasion de la sortie en France du dernier et second film Robert De Niro (« The Good Shepherd », référence évangélique évacuée dans le titre français « Raisons d’Etat », mais conservée dans la phrase du Christ de l’exergue: « Vous connaitrez la vérité et la vérité vous libérera » à la place de l’original « All our dirty secrets start here »?) et de la récente publication (fin juin) par l’agence de renseignement américaine de près de 700 pages d’archives jusque-là classées « top secret » (« Bijoux de famille ») sur « les lourds secrets de la CIA ».

Emission qui réussit l’exploit de détailler pendant plus d’une heure lesdits « lourds secrets », assassinats (Lumumba) ou tentatives (Castro), destitution et installation de chefs d’Etat (Chili avec Allende), opérations de subversion (Ukraine, Georgie, etc.), enlèvements de terroristes, externalisation de la torture, prisons secrètes en Europe, surveillance illégale de militants, mise sur écoute de journalistes, emprisonnements abusifs, expérimentation de drogues à l’insu de « cobayes » involontaires, financement de recherches sur la torture …

Et de n’évoquer que deux ou trois fois, pour insister sur ses exploits (enlèvement – ou prise de livraison – de Carlos au Soudan) ses pratiques autrement plus civilisées ou au détour d’une phrase (envoi de quelques suspects pendant les attentats de 95 en Algérie pour les interroger avec des méthodes un peu plus musclées et délai d’ouverture des archives en France de 60 ans) les services de renseignement français et leurs propres coups tordus dans notre « arrière-cour » à nous, à savoir l’Afrique du nord et l’Afrique noire ou en France même.

Rien donc sur les « exploits » de la DGSE (Direction Générale de la Sécurité Extérieure), la fameuse « Piscine » (du nom de la toute proche piscine des Tourelles, bd Mortier juste au-dessus du cimetière du Père-Lachaise dans le XXe arrondissement de Paris et à la devise si éloquente: « Partout où nécessité fait loi »), mais aussi de la DRM (Direction du Renseignement Militaire, équivalent approximatif de la DIA américaine), sans parler de la DST (Direction du Surveillance du Territoire), ancienne police politique, équivalente grosso modo du FBI.

Rien sur la Guerre d’Algérie et sa notoire utilisation de la torture, dont le savoir-faire fera d’ailleurs école pour nombre de pays d’Amérique latine (Pinochet).

Rien sur les multiples coups d’Etat et « remplacements » de chefs d’Etat africains (Bokassa en 79, le Tchad en 75 et 79, Kadhafi: tentatives d’assassinat en 77 et 80).

Rien sur l’utilisation de « chiens de guerre », comme le fameux mercenaire Bob Denard (Comores avec assassinat du président, Bénin, Burundi, etc.) qui sort d’ailleurs tout juste d’un dernier et ultime procès 76 ans et 5 ans avec sursis)…

Rien sur les enlèvements et assassinats politiques de dirigeants ou nationaux étrangers (leader de la gauche marocaine Ben Barka, 29 octobre 1965, bd St Germain à Paris, exécutants jugés mais rien sur les commanditaires).

Rien sur la torture ou les assassinats politiques de militants français (militants communistes anti-guerre d’Algérie: Maurice Audin, prof de maths à Alger, mort sous la torture française, qui aura droit à sa plaque de Delanoë rue des Ecoles en mai 2005 mais…aucune reconnaissance officielle! ou Henri Curiel, Dulcie September) …

Rien, plus récemment, sur l’externalisation de la torture (pardon: des interrogations musclées), en dehors de l’Algérie, à d’autres pays comme l’Egypte

Rien sur les méthodes apparemment très efficaces mais quelque peu expéditives du juge anti-terroriste Bruguière (ou de ses prédecesseurs avec par exemple les militants indépendantistes guadeloupéens ou ceux d’Action directe) et ses véritables « rafles » (pardon: « arrestations de masse ») comme les procès de masse (jusqu’à… 138!), mais surtout sur les quasi-lois d’exception qui les rendent possibles …

Rien donc sur le fameux « procès Chalabi » de 98, ses 176 raflés, 87 condamnés et ses dizaines d’années d’emprisonnement pour rien (51 relaxés) …

Rien sur les affaires Elf, Total

Rien donc sur les Frégates de Taiwan et les fameuses méga rétro-commissions …

Rien sur les ventes d’armes clandestines ou divers trafics en Afrique ou au Moyen-Orient (Angola, programme « Pétrole contre nourriture » irakien avec Charles Pasqua) …

Rien sur le Rwanda et les fameuses exfiltrations (comme après-guerre et de l’Allemagne nazie, celle du Moufti de Jérusalem) des dignitaires et génocidaires du régime houtou …

Rien, pour l’Irak, sur le fait que TOUTES les agences de renseignement du monde, français compris, étaient convaincues de l’existence d’ADM par Saddam, les divergences ne portant que sur les risques qu’elles posaient (quantités et disponibilité) et surtout les moyens de les traiter.

Sans parler des refus notoires de collaboration avec les services alliés (notamment sur les tentatives irakiennes d’acheter du minerai d’uranium au Niger, dont les mines, on le sait, sont exploitées par une entreprise d’Etat française) …

Ou des paquets de vrais faux passeports français, préparés pour l’exfiltration éventuelle de dignitaires du régime, retrouvés à Bagdad après l’intervention alliée …

Mais rien non plus sur la réalité de la menace soviétique et de ses opérations de subversion avant ou pendant la Guerre froide (on ne parle que de « paranoïa ») et les succès (capture de l’homme de main de Castro Che Guévara, révolutions démocratiques en Ukraine ou Georgie, mais aussi… coups littéraires: publication du fameux « Docteur Jivago »!) ou réels apports de la CIA à l’Europe et à notre pays (financement de syndicats, de centres de recherches comme le CNRS, etc.)…

Ni bien sûr sur l’infiltration de l’Etat français par le KGB ou ses filiales bulgares ou roumaines (notamment le ministre de la défense communiste de Mitterrand Charles Hernu, révélé que deux ans après sa mort en 92 mais sur lequel pèse toujours le secret défense)…

Rien sur les écoutes de l’Elysée (de toute une série de personnalités, journalistes, ordonnées par Mitterrand pour protéger le secret d’Etat de l’existence de sa double vie et de fille illégitime) …

Rien sur l’Affaire du Rainbow Warrior sous Mitterrand et … Charles Hernu (le bateau des militants écologistes et antinucléaires de Greenpeace coulé par des agents français – dont le propre frère de la candidate socialiste aux dernières élections, Gérard Royal ! – venus certes protester contre le secret d’Etat des essais nucléaires français dans le Pacifique ) dans le port d’Auckland, Nouvelle-Zélande en juillet 85 qui fera quand même une victime, un photographe, le Néerlandais, d’origine portugaise Fernando Pereira …

Ou tout récemment… l’Affaire Clearstream avec l’instrumentalisation, par les deux plus hautes autorités de l’Etat (Chirak-Villepin) à la veille d’une élection présidentielle, d’un maitre-espion (le général Rondo) pour une entreprise de déstabilisation d’un rival politique actuellement président!

Voir aussi la critique du film du Monde qui, très ironique, file la métaphore du titre original (« Dans la Bible, le bon berger est celui qui donne sa vie pour ses brebis. Dans The Good Shepherd, rebaptisé Raisons d’Etat en France, c’est un chef des services de renseignement américain, spécialisé dans le contre-espionnage, l’une des têtes de la CIA. Tout un programme. … Gardien du troupeau … Tout le film est placé sous le signe du sacerdoce. … Le film montre les difficultés de Wilson pour suivre son évangile … Ne se fier à personne est le constat paranoïaque de ce berger contraint de sacrifier sa brebis préférée. »)

Raisons d’Etat de Robert De Niro
Portrait psychanalytique d’un maître espion de la CIA
Le Monde du 04.07.07
Robert De Niro s’inspire de la figure authentique de James Angleton pour une formidable plongée dans le renseignement américain

C’est dans l’Evangile selon saint Jean que l’on trouve la parabole du bon berger à partir de laquelle Robert De Niro a titré son film. Dans la Bible, le bon berger est celui qui donne sa vie pour ses brebis. Dans The Good Shepherd, rebaptisé Raisons d’Etat en France, c’est un chef des services de renseignement américain, spécialisé dans le contre-espionnage, l’une des têtes de la CIA. Tout un programme.

Gardien du troupeau : Edward Wilson, idéaliste d’abord recruté par l’OSS (Office of Strategic Services), l’organisme créé en 1942 par le président Roosevelt pour coordonner les opérations de guerre secrète durant la seconde guerre mondiale, puis recyclé dans la CIA (Central Intelligence Agency) instaurée par le président Truman en 1947, à des fins plus politiques. Qualifiée de « bras armé clandestin de la Maison Blanche » et placée sous son autorité, la CIA a pour mission de garantir la sécurité nationale, et en premier lieu de combattre la menace communiste.

On peut reconnaître dans ce Wilson – surnommé « Mother » – un authentique espion, James Angleton, déjà évoqué dans Les Trois Jours du Condor de Sidney Pollack (1975) et dans le roman que Norman Mailer consacra en 1991 à la CIA, Harlot’s Ghost. Il est dépeint sous son vrai nom dans l’énorme bouquin de Robert Littell, La Compagnie : « magicien décharné, voûté et fumeur invétéré ».

SOUS LE SIGNE DU SACERDOCE

Destitué en 1975 par Kissinger, mort en 1987, Angleton perdit une partie de son prestige en 1961 après le désastre de la baie des Cochons, cette opération manquée visant à destituer Fidel Castro du pouvoir à Cuba. Il fut soupçonné (à tort) d’avoir été « Deep Throat », le mystérieux informateur des journalistes du Washington Post lors du scandale du Watergate.

Mais si nombre d’affaires plus ou moins connues y sont repérables, si les pratiques des agents secrets y sont parfaitement reproduites, de la rivalité des agents de la CIA avec ceux du FBI jaloux de leurs prérogatives sur le territoire national, aux interventions dans des pays du tiers-monde ( « la police secrète du capitalisme américain », écrivit Philip Agee dans Les Temps modernes, août-septembre 1976), en passant par la valse des vrais et faux transfuges du KGB, soumis à des interrogatoires éprouvants, détecteurs de mensonges, tortures et injections de LSD, le film de Robert De Niro est une fiction, où les noms sont changés (même ceux des pays infiltrés) et certains personnages des assemblages emblématiques.

Les relations conjugales tendues entre Angleton et son épouse sont exactes, mais Raisons d’Etat lui invente une maîtresse, la sourde Laura, amour sacrifié sur l’autel des devoirs. Tout le film est placé sous le signe du sacerdoce. Wilson est un type irréprochable, initié dans une secte d’étudiants de la haute, qui, plongé dans les arcanes de la suspicion et de la trahison, ne transige pas avec sa vérité. La porte étroite où se glisse son indéfectible droiture est figurée par une bouteille dans laquelle il monte de délicats voiliers.

Construit, donc, à partir d’une solide documentation, dosant habilement un cocktail romanesque mis en scène à la manière d’un Pakula ou d’un Coppola (qui est ici producteur), Raisons d’Etat propose une approche presque psychanalytique de la vocation de cet homme apparemment imperméable à tout rapport émotionnel. De Niro et son scénariste Eric Roth expliquent le caractère obsessionnel de la vocation de leur héros par une scène primitive : le suicide de son père, exemplaire autopunition pour ne pas avoir été digne des siens. Par fidélité à la mémoire de celui qu’il admire, le gamin adopte un credo ( « Ne mens jamais ») et subtilise la lettre expliquant le geste ultime. Tout le film est hanté par cette relation père-fils qu’avait déjà soulignée Norman Mailer.

UN CONSTAT PARANOÏAQUE

Suivre la carrière du père est la mission de Wilson, puis celle de son propre fils. Soucieux de ne pas divulguer l’aveu paternel, Wilson cultive sans cesse le « top secret », tant dans la sphère privée que dans la sphère publique. Tout, autour de lui, doit rester clandestin et tout le ramène aux décryptages des mensonges, à une perpétuelle méfiance de la trahison, qu’il s’agisse des tests imposés à d’éventuelles taupes, des conversations codées, ou des relations amicales, amoureuses, familiales.

Le film montre les difficultés de Wilson pour suivre son évangile. Les photos de son adultère, l’aveuglement de son fils manipulé, autant que les compromis diplomatiques et le fiasco de Cuba imputable à une fuite, lui démontrent qu’il a surestimé sa vigilance et celle de ses services. Le danger peut venir des sphères les plus intimes, la sécurité n’est jamais totalement garantie. Ne se fier à personne est le constat paranoïaque de ce berger contraint de sacrifier sa brebis préférée.

Jean-Luc Douin

Voir également sur les documents récemment publiés:

La CIA dévoile ses « bijoux de famille »
Le Monde
Le 27.06.07

Les petits secrets de la CIA dévoilés

Le document, baptisé family jewels (bijoux de famille) par la CIA, était attendu par les historiens. Il a été rendu public, mardi 26 juin, et recense les activités illégales de l’agence de renseignement américaine. Pendant les heures chaudes de la guerre froide, la CIA n’a pas hésité à recourir à toutes sortes de « coups tordus » pour lutter contre ceux qui étaient perçus comme les ennemis des Etats-Unis, qu’il s’agisse de régimes adverses ou d’opposants politiques.
Le dossier avait été commandé en mai 1973 par le directeur de la CIA de l’époque, James Schlesinger, après qu’il avait découvert l’implication de l’agence de renseignement dans le scandale du Watergate. Jusqu’à présent, seules quelques dizaines de pages, fortement censurées, avaient été déclassifiées. Au cours des années 1970, la presse et des enquêtes parlementaires en ont dévoilé les principaux traits et le scandale avait entaché la réputation des services de renseignement américains, entraîné une réforme de la CIA et du FBI et un contrôle accru de leurs activités par le Congrès.

Le dossier publié mardi contient encore quelques éléments censurés, pour des raisons de sécurité, a précisé un porte-parole de la CIA, George Little. « Le document fournit un aperçu d’une période très différente et d’une agence très différente », a estimé, la semaine dernière, le directeur de la CIA, Michael Hayden, quand il a annoncé la déclassification du dossier.

avec AFP et AP

Objectif : Fidel Castro

Au début des années 1960, la CIA a tenté d’assassiner le président cubain, Fidel Castro, avec des cachets empoisonnés grâce à l’aide d’un membre de la mafia. L’agence avait pris contact, en 1960, avec Johnny Roselli, un membre de la mafia à Las Vegas, qui avait des relations indirectes avec des Cubains. 150 000 dollars furent proposés mais Roselli refusa l’argent. Six cachets contenant un poison mortel furent livrés à un responsable cubain Juan Orta, qui avait accès à Castro. « Après plusieurs semaines de tentatives, Orta apparemment a eu peur et a demandé à se retirer » du projet, peut-on lire dans le dossier.

Un autre Cubain fut recruté, le Dr Anthony Verona, un des principaux chefs de la « commission des exilés cubains ». Contre 10 000 dollars, il se déclara prêt à organiser l’assassinat. Mais le projet fut annulé après l’épisode de la Baie des Cochons, une tentative ratée d’invasion de Cuba en 1961 par des exilés cubains soutenus par les Etats-Unis. « Verona fut prévenu que l’offre était retirée et les cachets furent récupérés », souligne le dossier.
avec AFP

La CIA s’exonère de la mort de Patrice Lumumba et Rafael Trujillo

Le document détaille également d’autres projets d’assassinats de dirigeants étrangers, dont Patrice Lumumba, père de l’indépendance de la République démocratique du Congo, dans lequel l’agence n’aurait eu aucun rôle.

Dans la mort de Rafael Trujillo, dictateur de la République dominicaine, la CIA n’aurait eu qu’un lien ténu avec les comploteurs.
avec AFP

Surveillance d’opposants tous azimuts

Filatures et mises sur écoute de journalistes américains, de stars comme John Lennon, surveillance de militants antiguerre du Vietnam, ouverture de courriers en provenance et en direction de la Chine et de l’Union soviétique, dont quatre lettres destinées à l’actrice Jane Fonda, cambriolages au domicile d’anciens employés de la CIA, font aussi partie des activités illégales recensées.

La CIA, qui est chargée par Washington de collecter des renseignements et de mener des opérations clandestines à l’étranger mais pas sur le territoire américain, a également financé des recherches destinées à tester les « réactions à certaines drogues ».

avec AFP

Voir enfin l’entretien avec larry Johnson, un ancien employé de la CIA chargé du terrorisme, qui trouve le film assez réaliste mais, rappelant que les décisions controversées étaient prises par les présidents en exercice, peu fidèle à l’Histoire:

ENTRETIEN LARRY JOHNSON

« Au regard de l’histoire, un film épouvantable »
Le Monde
Le 04.07.07

Ancien membre de la CIA (Central Intelligence Agency) et du département d’Etat au sein de la cellule chargée de la lutte contre le terrorisme dans les années 1980 et 1990, vous avez sur un de vos blogs, noquarter.typepad.com, vivement recommandé d’aller voir Raisons d’Etat, tout en formulant des critiques. S’agit-il, selon vous, d’un film réaliste ?

D’un point de vue purement technique, c’est-à-dire si l’on s’intéresse aux méthodes et aux stratégies utilisées dans l’espionnage moderne par l’OSS (Office of Strategic Services) puis la CIA, on peut dire qu’il s’agit d’un film réaliste. En revanche, au regard de l’histoire, Raisons d’Etat est épouvantable. Le film contient une succession d’erreurs et d’inexactitudes. La scène de torture avec l’agent soviétique, par exemple, est totalement ridicule.

L’espion du KGB interprété dans le film s’inspire de l’histoire d’Anatoliy Golitsyn, un agent secret qui avait été détenu et interrogé pendant près de deux ans, mais sans avoir subi d’actes de torture. Au final, il fut même recruté par l’Agence. Le film mélange aussi sa vie avec celle de Frank Olson, un citoyen américain qui s’est défenestré en 1953 après que la CIA lui eut administré à son insu une dose de LSD. Une pratique bien réelle à cette période de guerre froide, comme nous le révèle encore aujourd’hui le rapport déclassifié « Family Jewels » (« bijoux de famille » pour sa traduction littérale), rendu public le 26 juin.

Le personnage interprété par Matt Damon s’inspire d’un haut responsable controversé de la CIA, James Jesus Angleton. Est-il crédible ?

Si on les compare, Matt Damon est pour le moins un peu poupin, confronté à la profondeur et au côté énigmatique d’un James Angleton.

Au dernier Festival de Berlin, Robert De Niro a affirmé qu’il n’avait pas voulu intervenir dans le débat de la politique extérieure américaine…

C’est hors de propos, Robert De Niro n’est pas Michael Moore ! Fahrenheit 9/11 pouvait être perçu comme étant un film cherchant à provoquer, voire à s’ingérer dans la politique menée par les hommes forts de Washington. Raisons d’Etat est, au contraire, très décevant en tant que trame permettant de raconter l’histoire de la CIA. Je reste toutefois convaincu qu’il est possible de faire un film sur l’Agence, son fonctionnement et sa part d’ombre : il suffit juste de trouver un réalisateur et un scénariste capables de plonger directement dans l’histoire sans les foutaises hollywoodiennes.

D’accord, mais comment ?

Le film évite de répondre à la question cruciale qui est de savoir qui dirige réellement la CIA. Or toutes les opérations clandestines, ces activités « sales » comme on dit, se font sous l’autorité des présidents en place. La CIA n’a pas pris seule l’initiative d’assassiner des hommes politiques à l’étranger. Ces idées viennent du sommet, de la Maison Blanche et du Conseil de sécurité national.

La CIA n’a pas été et n’est toujours pas aujourd’hui une sorte d’animal sauvage solitaire et sans maître.
Propos recueillis par Nicolas Bourcier

5 Responses to « Raisons d’Etat »: Attention, des secrets peuvent en cacher bien d’autres (What about France‘s own dirty secrets?)

  1. […] avec probablement le meilleur connaisseur encore vivant de la réalité de ce monde parallèle des guerres secrètes dans lequel nous vivons […]

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