Cinéma: Comment « croquer l’Iran des mollahs avec drôlerie » (« Persepolis »)

Iran todayTourner en images réelles aurait perdu l’universalité du propos et conduit à donner des Iraniens l’image de gens loin de nous. Il n’avance aucune revendication, aucune provocation, aucun parti pris. J’ai évité la caricature: il n’y a pas les méchants barbus d’un côté et les gentils de l’autre. Le témoignage laisse une distance suffisante pour se faire une opinion. Et éviter qu’une fois de plus, on réduise les Iraniens à des concepts tels que « terroristes », « islamistes » ou « intégristes ». Cela les déshumanise. On n’a aucun scrupule à leur envoyer ensuite des bombes sur la tête. Ce régime a beaucoup de défauts, mais ce n’est quand même pas celui des talibans. Satrapi (JDD, 24/6/07)
Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud ont décidé d’associer la sortie du film Persepolis à la FIDH. Intolérance, restriction des libertés, exil : c’est parce que les thèmes évoqués par Marjane Satrapi dans son œuvre rejoignent très souvent les préoccupations de la FIDH qu’elle est devenue tout naturellement ambassadrice de la FIDH en 2001. Site FIDH
« Persépolis »: l’Iran des mollahs croqué avec drôlerie par Marjane Satrapi (Dépêche AFP)

Comment peut-on… « croquer l’Iran des mollahs avec drôlerie »?

Pas encore vu le film (coproduit par la FIDH et dûment primé à Cannes), mais ai déjà du mal à imaginer une telle incongruité …

Et si j’en crois le site de dissidents iraniens Iran-Resist, quelle peut être la finalité d’un film (au titre d’ailleurs bien en phase avec la récente récupération, par le régime, d’un site archéologique longtemps méprisé, sous Khomeyni, pour sa trop grande association aux fastes des Pahlavi) ou d’une prétendue opposante au régime qui pour parler de l’Iran d’aujourdhui, ne mentionne ni les pendaisons publiques des mineurs et des homosexuels et les cadavres qui restent exposés pour l’exemple, les cérémonies publiques d’amputations ou de flagellations?

Ni les lapidations, les vitriolisations, le viol dépénalisé, les mariages forcés, les mariages temporaires ou la dépénalisation de la pédophilie (le mariage pour les filles à 9 ans, comme pour le Prophète) qui sont partie intégrante dudit régime des mollahs?

Mais aussi diabolise le régime précédent du Shah (la seule mention de la torture lui étant dûment attribuée, via bien entendu – on n’a pas oublié son catéchisme marxiste – les habituels méchants formateurs de la CIA) tout en passant sous silence l’effroyable coût humain de la Révolution islamique.

Pour présenter (surtout dans les BD) une image rigolote (et largement fictive) des jeunes Iraniennes d’aujourd’hui, Bridget Jones voilées (ski, mode parisienne, séries américaines, sorties, drague, alcool, tabac, études, sport, petites voitures rapides, critique des mollahs), évacuant dans des notes en bas de page les quelque 85% des gens vivant sous le seuil de pauvreté, comme ceux, non mentionnés, qui vendent leurs organes pour survivre ou qui se défoncent.

Donnant ainsi comme parole de résistance ou opposition un individualisme très tendance qui finalement sert bien le régime …

Iran : Persépolis, Satrapi, France Inter, un partenariat payant
Iran-Resist

28.06.2007

Le site Iran-resist existe depuis deux ans et notre objectif était de révéler ce que les iraniens ne disent pas aux français car ils pensent que ces derniers sont un peu racistes et ne s’intéressent pas aux malheurs de l’Iran. Nous pensons le contraire et le nombre de nos visiteurs quotidiens nous le confirme. C’est pourquoi nous décortiquons l’info et décodons ce que les autres disent ou publient afin que personne ne puisse dire « nous ne le savions pas ». Mais nous sommes tombés sur un os avec le partenariat : Persépolis, Satrapi, France Inter.

Dans un premier temps nous nous sommes attachés à expliquer les défauts historiques de la BD, les contrevérités qu’elle véhicule, les faux historiques qui sont l’exacte version officielle des mollahs qu’elle propose : pas de réaction chez le partenaire officiel du film ni chez ses nombreux employés.

Dans un deuxième temps nous nous sommes attardés sur les propos de l’auteur qui continuellement affirme vouloir casser les clichés qui courent sur l’Iran : des barbus, des intégristes, des Talibans. Elle cherche à embrouiller le lecteur en créant une confusion entre le peuple iranien et les barbus qui les molestent quotidiennement. Là aussi, France Inter et ses employés journalistes ne se sont pas désolidarisés du projet.

Finalement nous avons parlé de ce que ne dit pas Satrapi : le viol dépénalisé, les mariages forcés, les mariages temporaires et surtout la dépénalisation de la pédophilie.

Ce ne sont pas des éléments cachés du régime, ces choses ne se passent pas sous le manteau –pour reprendre une expression chère à notre Satrapi-. Le viol dépénalisé, les mariages forcés, les mariages temporaires et surtout la dépénalisation de la pédophilie sont l’expression des lois qui sont écrites en toutes lettres sur les sites français qui parlent des lois en vigueur en Iran. La seule réaction qu’a générée nos textes : désormais Satrapi et ses partenaires ne parlent que de l’esthétique du film.

Incroyable, c’est bien la première fois que les journalistes de France Inter aiment un film pour son esthétique et son absence de contenu !!!

Nous sommes arrivés naïvement en disant : « regardez selon les lois islamiques en vigueur en Iran depuis l’avènement de la république islamique, on a dépénalisé le viol et la pédophilie », et en réponse on nous dit : « je veux lire ma BD tranquillement, je veux regarder un film qui est beau, ce n’est pas un film politique ! »

Eh bien non : c’est un film politique. Satrapi est depuis 2001, ambassadrice de la FIDH ! La Fédération Internationale des droits de l’Homme et son vice-président iranien ont décidé de nommer ambassadrice une femme qui n’a jamais parlé des pendaisons des mineurs en Iran, des pendaisons des homosexuels, de la dépénalisation des relations sexuelles entre un vieux pervers et un enfant de 9 ans !

La FIDH et Lahidji, son vice-président iranien, ont décidé de nommer ambassadrice une femme qui n’a jamais parlé des lapidations ni dans sa BD ni dans ses interviews. C’est grave. On meurt psychiquement d’un abus sexuel quand on n’a que 9 ans.

C’est grave.

Mais Satrapi a le profil idéal pour la FIDH (autre partenaire du film) car son vice-président préfère axer la communication sur les mollahs réformateurs plutôt que sur la pédophilie dépénalisée ! Aucun des dissidents iraniens n’a jamais condamné la charia et ce qu’elle permet comme abus. C’est grave.

Le vice-président Lahidji a même été impliqué dans l’étouffement d’une bavure du régime des mollahs, bavure médiatisée car la victime était naturalisée canadienne : la journaliste Zahra Kazemi, arrêtée, violée par 4 hommes et achevée à coup de pieds dans la tête et dans le visage.

L’affaire a été « défendue » par Shirin Ebadi qui a refusé de prendre en compte la déposition d’un témoin clé. Cette affaire a été étouffée par Shirin Ebadi, et ensuite par Lahidji et aucun artiste iranien vivant en exil (Marjane Satrapi, Ali Mahdavi, India Mahdavi et tant d’autres) n’a cru bon d’utiliser cette affaire pour attirer l’attention du monde sur la situation en Iran. En sa qualité d’ambassadrice des droits de l’homme Satrapi n’a jamais évoqué ce cas ou même les lois en vigueur en Iran. Elle assure même que les choses vont mieux.

Ce sont des faits graves. Quel type de partenariat payant peut lier France Inter à Satrapi et à Persépolis pour nier des faits graves ?

Nous avons écrit tout ceci et adressé des messages aux journalistes de France Inter, du Figaro, de Libé, aux amis personnels de Satrapi (Ali Mahdavi et Joann Sfar). Tous ont préféré continuer leur partenariat avec Satrapi plutôt que risquer de perdre un job ou des contrats en défendant les enfants iraniens victimes d’abus sexuels et sans recours légal. Selon les statistiques iraniennes datant de 2004 (en hausse aujourd’hui), au moins 500 enfants fuient leur domicile chaque jour pour échapper à ces abus.

Et demain, que se passera-t-il ? Rien… Isabelle Giordano, employée de France Inter, diffusera le film dans la salle Médicis du Sénat. Jack Lang ami de Satrapi, et ami de Mottaki le ministre iranien des affaires étrangères à qui il avait proposé d’ouvrir un boulevard devant les mollahs en France, proposera que l’on enseigne la BD Persépolis -ce tissu de mensonges- aux écoliers français pour que personne jamais ne puisse s’intéresser à ce qui se passe en Iran.

Merci donc à Jack Lang, Merci à France Inter, merci à Rebecca Manzoni, merci à Eva Bettan, à Vincent Josse et Cyril Sauvageot (ces trois compères qui persistent joyeusement et signent malgré les nombreux efforts que nous avons faits pour les informer).

Merci à Frédéric Bonnaud, merci aux Inrockuptibles et merci à Vincent Paronnaud qui a rendu « esthétique » le dessin de Satrapi. Egalement merci à France3 qui a produit le film et merci à son énigmatique distributeur iranien : Celluloïd Dreams.

Merci à l’AFP qui a abreuvé le net avec son titre : « l’Iran des mollahs croqué avec drôlerie ». Merci à tous les sites qui ont repris ce titre sans rappeler les lois ignobles en vigueur en Iran. Merci à Constance Chaillet du Figaro et merci à tous ceux qui vont en Iran et reviennent en nous parlant de la beauté des Iraniennes.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :