Terrorisme: C’est l’Etat-Providence, imbécile! (It’s the welfare state, stupid!)

Ils croient qu’ils sont opprimés en raison de leur foi islamique, mais en réalité c’est l’État-providence lui-même qui a créé cette classe de perdants. Gunnar Heinsohn

Illustration exemplaire du lien, évoqué par Heinsohn, entre l’Etat-providence et la création d’un excès de jeunes hommes comme facteurs d’explication dans l’essor de la violence et du terrorisme international, le cas du Monde arabe.

Qui, contrairement à ce qui est souvent dit, ne souffre pas tant de la pauvreté que du trop-plein de richesse qui a suivi le 1er choc pétrolier de 1973 et permis l’installation d’un Etat-providence ayant à son tour retardé la baisse de fécondité que connait le reste du monde.

Rente pétrolière qui, en subventionnant l’économie des ménages et en décourageant, via la Charia et l’islam, le travail extérieur des femmes et donc leur émancipation, favorisa ainsi la fécondité et l’arrivée de ce surplus de jeunes hommes frusrés à la fois par le manque de postes et leur manque de qualification.

Du moins jusqu’à ce que ledit Etat-providence soit remis en question par l’effondrement du prix du pétrole au milieu des années 80, faisant ainsi, avec l’insuffisance des revenus des ménages, l’augmentation (partielle) de l’activité des femmes et le recul de l’âge au mariage, retomber la fécondité.

D’où le constat particulièrement sévère (bien qu’établi par un groupe de chercheurs arabes) du rapport de l’ONU paru en 2002 sur le développement humain dans les pays arabes. Pointant les déficits à la fois selon les critères traditionnels (espérance de vie, alphabétisation des adultes, éducation et PIB par tête, montée du chômage, fuite des cerveaux et des capitaux), mais aussi, comme le rappelle Philippe Fargues, en « liberté civile et politique, production et diffusion du savoir, et émancipation des femmes » (sans parler de la qualité de l’enseignement, à visée plus théologique que professionnelle).

Exemples :

– 65 millions d’analphabètes (sur 280 millions), dont deux tiers de femmes

– plus de la moitié des femmes analphabètes

– 1,2% des foyers équipés d’ordinateurs personnel, 0,6% utilisent Internet

– traduction de 330 livres étrangers en arabe pour tous les pays arabes réunis, soit le cinquième des traductions en langue nationale que produit par exemple la Grèce

– traductions au cours des mille années écoulées équivalentes à ce que traduit l’Espagne en un an…

– le plus faible index de liberté au monde, plus faible même que celui de l’Afrique subsaharienne

– le plus bas niveau d’accès aux Technologies d’information et de communication, plus bas encore que l’Afrique subsaharienne.

– Recherche et Développement : 0.4% du PIB en 1996, contre 1.26% en 1995 à Cuba, 2.35% en 1994 en Israël et 2.9% au Japon

– PIB de tous les Etats arabes réunis: 531.2 milliards de dollars en 1999 – moins que celui d’un seul pays européen (Espagne : 595.5 milliards).

– Entre 1975 et 1998, le PIB réel dans le monde arabe est passé de 256.7 milliards en 1975 à 445.7 milliards de dollars en 1998, en prix constants

– croissance du revenu réel par tête d’habitant entre 1985 et 1998 : 0.5% par an

– un des taux de chômage les plus élevés des pays en voie de développement (moyenne de 15%)

– productivité du travail industriel en 1990 équivalente à celle de 1970, proche alors des niveaux européens et japonais …

– 51% de jeunes appartenant à la tranche d’âge supérieure ont exprimé leur désir d’émigrer dans d’autres pays, en raison de leur ” insatisfaction face aux conditions actuelles et aux perspectives d’avenir dans leurs pays d’origine ”

La femme dans les pays arabes: vers une remise en cause du système patriarcal?

Philippe Fargues

POPULATION & SOCIÉTÉS

Février 2003

À la fin de l’été 2002, un rapport préparé pour les Nations unies par d’éminents chercheurs arabes fit grand bruit en offrant un panorama sans complaisance du développement humain dans le monde arabe. Il révélait qu’un triple déficit –en liberté civile et politique, en production et diffusion du savoir, et en émancipation des femmes– le minait gravement [1].

Ces facteurs, notamment le dernier, sont considérés comme les principaux déterminants de la transition démographique, en particulier de l’abaissement de la fécondité. La condition des femmes devrait donc s’accompagner du maintien de leur fécondité à un niveau élevé. Qu’en est-t-il en réalité?

L’indice de fécondité est de 3,4 enfants en moyenne par femme en 2000 dans l’ensemble des pays arabes. Ce nombre peut sembler élevé par rapport à la moyenne mondiale (2,7), mais il est faible comparé aux six à huit enfants qui étaient la norme dans la génération précédente. La fécondité a donc beaucoup diminué. En comparaison avec les pays d’Asie ou d’Amérique latine de même niveau de développement, la baisse a débuté plus tard dans le monde arabe, mais une fois amorcée, son déroulement a été plus rapide, si rapide que les annuaires internationaux, pris de vitesse, en donnent assez systématiquement des estimations supérieures à la réalité (tableau 1).

L’expérience des pays arabes nous placerait ainsi devant un paradoxe: la baisse de la fécondité sans l’émancipation des femmes. Pourtant les causes de cette baisse sont universelles: dans le monde arabe comme ailleurs, elle résulte des transformations du rôle des femmes et de la place des enfants dans la famille et dans la société. Ces évolutions ont accompagné les grandes mutations modernes que sont, entre autres, l’urbanisation, la tertiarisation des économies et le développement de l’instruction. Pourquoi ces causes ont-elles agi avec retard dans le monde arabe? Est-ce dû à la religion et à la culture musulmanes, ou bien à des facteurs économiques et politiques?

Pétrole et fécondité

Il est courant d’attribuer le retard de la baisse de la fécondité dans le monde arabe –comme dans d’autres parties du monde musulman– à l’influence de l’islam [4]. Cette religion entraverait les deux clés du changement démographique que sont l’autonomie des femmes et le déploiement des institutions civiles par lesquelles la population se prend elle-même en charge, en assujettissant les premières à l’autorité masculine et les secondes à l’autorité politique. Pourtant l’islam, qu’il s’affirme au sommet de l’État ou à la base de la société, n’a pas empêché des évolutions démographiques radicales: par exemple, celle de la république islamique d’Iran, pays placé sous la poigne du plus intégriste des clergés mais où la baisse de la fécondité pourrait bien avoir été l’une des plus rapides de l’histoire [5], ou celle de l’Algérie, pays dont la fécondité s’effondre dans les années 1990 au moment précis où l’islamisme se fait le plus actif dans les rangs de la population.

Ce n’est pas seulement la religion musulmane que les pays arabes ont en commun, mais aussi une forte dépendance économique à l’égard des revenus du pétrole: dépendance directe pour les grands exportateurs d’hydrocarbures (Arabie saoudite, Irak et principautés du Golfe à l’est, Libye et Algérie à l’ouest), ou indirecte pour les autres pays, où des retombées substantielles de la richesse pétrolière parviennent par les canaux de l’aide au développement, de l’investissement privé et des remises d’épargne des travailleurs émigrés. L’économie pétrolière a connu un extraordinaire essor dans les dix à douze années qui suivirent la guerre israélo-arabe de 1973, dont l’une des conséquences immédiates avait été l’envolée du prix du pétrole. Les revenus issus du pétrole (la rente pétrolière), changeant brusquement d’échelle, permirent aux gouvernements arabes d’installer un système d’État providence en finançant le développement (santé, éducation, etc.) et en subventionnant la consommation.

Tandis que les actions de développement jouaient en faveur d’une baisse de la fécondité, la subvention de l’économie des ménages abaissait le coût de l’enfant et pouvait donc produire l’effet inverse. C’est ce qui se passa dans un certain nombre de pays arabes, notamment les plus riches en pétrole, dont les gouvernements, parce qu’ils tenaient la population par la redistribution de la rente, purent jouer les forces du conservatisme contre celles du changement. En matière sociale, le conservatisme se traduisit notamment par le maintien d’un niveau très bas de l’activité économique parmi les femmes mariées. Ainsi, par le double biais de l’abaissement des coûts de la fécondité et du confinement de la femme au foyer, la rente pétrolière favorisait une fécondité haute. En quelque sorte, la rente «produisait» de la population.

La crise pétrolière commencée au milieu des années 1980 mit fin à ce mécanisme. La chute du prix du pétrole entraîna celle de la rente et tous les États, à l’exception des principautés du Golfe, adoptèrent bientôt des programmes de réforme économique dont les familles firent les frais. L’âge au mariage s’éleva, la tendance étant accentuée par l’habitude prise au temps de l’euphorie pétrolière de réunir une dot substantielle afin de se marier, que le prétendant mettait désormais de nombreuses années à réunir. Une fois marié, le couple mit moins d’enfants au monde, car les aspirations qu’il avait appris à nourrir pour eux durant la période précédente étaient entrées dans les mœurs tandis que le coût de la vie ne cessait de renchérir. La succession de ces périodes économiques creusa un fossé entre les générations: les enfants de l’État providence et ceux de l’ajustement structurel [6].

Une catégorie émergente: les jeunes femmes célibataires

Au début, la baisse de la fécondité dans les populations arabes est venue surtout du recul de l’âge au premier mariage chez les femmes [3] [7]. Dans la génération née en 1950, les trois quarts des jeunes filles étaient mariées avant l’âge de vingt ans, contre un tiers seulement dans la génération née en 1970. En une petite génération, l’âge au mariage est passé de moins de vingt ans à plus de vingt-cinq ans en moyenne.

Comment expliquer que l’âge des jeunes filles au mariage ait tant reculé? La prolongation des études est une première raison. Elle explique la résorption des mariages précoces, mais non l’apparition en grand nombre de mariages très tardifs: jusqu’à 15 ans, la scolarisation des filles est désormais la règle, mais au-delà de 20 ans, elle reste limitée à une minorité. À 20-24 ans, les taux de célibat des jeunes femmes sont ainsi beaucoup plus élevés que leurs taux de scolarisation: 47% contre 10% en Syrie (recensement de 1994), 84% contre 17% en Tunisie (1994), 56% contre 18% en Égypte (1996).

L’activité professionnelle est une autre cause de mariage tardif. Dans ces sociétés, le fait pour une femme mariée d’avoir une activité économique qui la mène hors du foyer conjugal n’est pas encore vraiment accepté. Dans les pays arabes couverts par les enquêtes sur la fécondité des années 1990, on trouve à 25-29 ans un taux moyen d’activité féminine de 31% chez les célibataires, contre 18% chez les femmes mariées, qu’elles aient eu des enfants (18%) ou non (17%): il semble bien que ce soit la présence d’un mari plutôt que celle d’enfants à élever qui pousse les femmes à se retirer de la vie professionnelle. En plaçant des femmes en nombre croissant sur le marché du travail, les transformations économiques en cours – aussi bien la montée de professions spécifiquement féminines (enseignement, santé, administration, etc.) que la détérioration des conditions de vie liée à la fin de l’État-providence– auraient ainsi contribué à retarder leur mariage.

Le retard du mariage est volontiers interprété comme un signe de l’émancipation des femmes arabes. Les deux motifs évoqués ci-dessus, prolongation des études et entrée dans la vie active, donnent raison à une telle interprétation, dans la mesure où les années de célibat sont pour un certain nombre de jeunes femmes une période d’accumulation d’un capital, en compétences ou en biens matériels, ainsi que de réalisation personnelle. Mais l’émancipation n’est pas complète, car la femme célibataire continue de relever de l’autorité de son père ou, à défaut, de son tuteur. C’est dans sa famille de naissance qu’elle vit jusqu’au moment du mariage. Il en est de même pour l’immense majorité des jeunes gens: dans les milieux populaires d’une grande mégapole comme Le Caire, les étudiants de sexe masculin et les soldats sont les seuls célibataires qui résident hors de leur famille d’origine.

L’allongement de la période pré-maritale parfois au-delà de 25 ans et jusqu’à près de 30 ans (28 ans au Maroc urbain, 29 ans en Libye), a créé une catégorie dans la population: celle des jeunes femmes célibataires. Ce nouveau groupe n’a pas encore trouvé sa place véritable dans la société, et encore moins conquis sa reconnaissance par le droit.

De plus en plus scolarisées, mais moins actives que les hommes

De plus en plus de femmes voilées circulent dans les rues des villes arabes. Faut-il y lire une recrudescence du piétisme? Ou plutôt la présence accrue des femmes dans l’espace public, le foulard islamique leur permettant de s’y déplacer librement? L’école est l’institution qui a véritablement ouvert les portes de l’espace public aux jeunes filles, auparavant confinées dans l’univers domestique dès la puberté. Cette ouverture a-t-elle été jusqu’à l’égalité totale des sexes devant l’instruction? En Égypte, le déficit en filles parmi la population bénéficiant d’une instruction scolaire s’est régulièrement résorbé d’une génération à la suivante (figure 1). Ce pays, qui occupe une position moyenne de ce point de vue, renvoie ainsi l’image rassurante d’une marche ininterrompue vers l’égalité des sexes. Autrefois, les élèves formaient une population essentiellement masculine (à peine une fille pour trois garçons dans les générations nées vers 1930), aujourd’hui, l’égalité est presque atteinte dans les enseignements primaire et secondaire (90 filles pour 100 garçons dans les générations nées vers 1980), et paraît en bonne voie à l’université (66 filles pour 100 garçons dans la génération 1970).

Contrairement à l’école, les lieux de travail restent relativement fermés aux femmes. D’après la statistique du travail (tableau 1), les pays arabes sont ceux où l’activité économique des femmes est la plus faible au monde. Cependant, diverses enquêtes sur l’emploi du temps des personnes ont montré que les sources statistiques classiques (recensements) sous-estiment la contribution économique réelle des femmes arabes. En effet, celle-ci est en partie composée d’activités exercées dans le cadre du foyer domestique. De plus, ce sont généralement les hommes, peu disposés à reconnaître la nature économique de telles activités, qui répondent aux questions des agents recenseurs. Est-ce pour tenir compte de l’activité féminine non comptabilisée que les publications internationales ont sensiblement réévalué (sans que l’on sache sur quelle base) les taux d’activité féminine fournis par les derniers recensements: une réévaluation de 14% (recensement de 1996) à 35% en Égypte, de 15% (1998) à 30% en Algérie, de 21% (1994) à 41% au Maroc, de 23% (1994) à 37% en Tunisie? Toujours est-il que, même réévalués, ces taux restent faibles par rapport à la moyenne mondiale (55%).

Avec la faible activité économique des femmes, ne tiendrait-on pas l’un des mécanismes par lesquels l’islam aurait contribué à retarder la baisse de la fécondité? Les juristes soulignent que la Charia, parce qu’elle reconnaît à la femme le droit de disposer de ses biens propres et ne lui impose aucune obligation de contribuer financièrement à l’entretien de la famille lorsqu’elle a des ressources, conforte la réticence de l’homme à laisser travailler sa femme. Mais il faut se garder de déduire les pratiques des textes. Des travaux d’anthropologues montrent en effet que la raison économique prime sur une interprétation étroite du droit: dans les classes urbaines affectées par la crise actuelle, il n’est pas rare que l’homme dépende du travail de sa femme et qu’il ait alors soin de ne pas user des prérogatives que lui donnerait le droit pour limiter les mouvements de celle qui soutient la famille. Pour l’économie du ménage, le travail de la femme est une réponse à la baisse du salaire réel de l’homme.

Au temps de l’État providence, la faible participation des femmes aux activités économiques était une raison de leur fécondité élevée. L’augmentation modérée de l’activité féminine enregistrée avec la crise suffirait-elle à expliquer l’effondrement de la fécondité? Vraisemblablement non. C’est plutôt l’insuffisance des revenus du ménage, aggravée par la faible activité féminine, qu’il faut invoquer. L’État providence a élevé les aspirations et le niveau d’investissement matériel des parents pour leurs enfants, tandis que l’ajustement structurel a diminué leurs ressources réelles. Ainsi, l’émancipation incomplète de la femme se traduisant par sa faible contribution aux revenus du ménage, de- vient un facteur même du contrôle des naissances (1). Ainsi s’expliquerait le paradoxe énoncé au début, celui d’une transition de la fécondité sans émancipation (complète) des femmes.

La fin du système patriarcal

Quelles perspectives les évolutions décrites ci-dessus pourraient-elles ouvrir?

Le changement démographique met à mal le système patriarcal, qui réglait l’ordre familial depuis des temps immémoriaux. Ce système avait deux piliers: la subordination des frères cadets à l’aîné dans la fratrie, et celle des filles et des femmes aux hommes au sein de la famille ou du couple. La baisse de la fécondité sape les fondements du premier pilier. Le fait que la famille moderne tende à ne compter que deux enfants, soit en moyenne un garçon et une fille, réduit tout bon-

nement la possibilité d’une hiérarchie entre frères.

Le second pilier peut encore s’appuyer sur le droit, dont l’inspiration en matière de statuts personnels reste la Charia. Mais la distance entre le droit et les pratiques réelles se creuse. La diffusion de l’instruction n’a pas seulement affecté la hiérarchie des sexes, mais aussi celle des générations. Mesuré par le nombre moyen d’années passées à l’école, l’écart entre le niveau scolaire des enfants et celui des parents n’a cessé de se creuser (figure 2). À partir des générations nées dans les années 1950, les filles ont non seulement reçu plus d’instruction que leurs mères, mais également plus que leur père. L’instruction étant un ingrédient de l’autorité, le dépassement des pères par les filles pourrait bien mettre au défi l’ordre patriarcal. Désormais, les femmes sont presque aussi instruites que les hommes de leur génération, leur activité économique les introduit en nombre croissant dans un monde où elles côtoient des hommes étrangers à leur parenté, et où le marché du travail les met en compétition avec eux. La mobilisation féminine et l’action civile et politique visant à la réforme des statuts personnels, telles qu’elles sont désormais engagées dans nombre de pays arabes, devraient priver le système patriarcal de ce qui lui reste d’assise.

(1) L’inactivité de la femme mariée augmente le coût relatif des enfants, tandis que son activité augmente leur coût d’opportunité (manque à gagner durant les cessations temporaires d’emploi occasionnées par l’éducation des enfants).

Rapport du PNUD:

Enquêtes et analyses – No. 104

Juillet 25, 2002

Développement humain dans le monde arabe: Une étude des Nations unies

Par le Dr. Nimrod Raphaeli*

Sous les auspices communs du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et du Fonds arabe pour le développement social et économique, une récente étude intitulée Rapport 2002 sur le développement humain dans les pays arabes (Créer des opportunités pour les générations futures) a évalué le développement humain dans 22 pays arabes de façon franche pour ne pas dire tranchée. [1]

Méthodologie des principales découvertes

Le PNUD a coutume de mesurer l’Index de développement humain selon les quatre variables suivantes : l’espérance de vie, l’alphabétisation chez les adultes, le taux d’inscrits dans les établissements d’enseignement et le Produit Intérieur Brut par tête d’habitant. [2] Ce rapport dépasse les critères traditionnels du PNUD en ce qu’il évalue le développement humain sur la base de trois  » insuffisances  » : le manque de liberté, le statut inférieur de la femme et le manque d’instruction relatif au revenu. [3]

I – L’absence de liberté

Bien que la liberté soit, de l’avis général, un concept difficilement quantifiable, les auteurs du rapport ont conclu, en se basant sur des critères d’évaluation utilisés dans le monde entier, que les pays arabes ont le plus faible index de liberté au monde, plus faible même que celui de l’Afrique subsaharienne. Les critères ou indicateurs employés ont été appliqués à divers aspects du processus politique, des libertés civiles, des droits politiques et de l’indépendance des médias. Les données indiquent aussi que la région arabe  » figure en dessous de toutes les autres régions pour ce qui est de la liberté d’expression et de la responsabilité [devant le public] « . [4]

II – Le statut des femmes

Si l’on peut noter un progrès de l’intégration des femmes à l’enseignement du primaire, leur statut reste inférieur aux normes admises, leur participation à la vie politique étant est très limitée, à peine plus élevée que celle des femmes de l’Afrique subsaharienne, lesquelles demeurent au bas de l’échelle. Alors que les femmes représentent 50% de la population, leur pourcentage au Parlement arabe est de 3.5. Un autre indice du faible pouvoir des femmes est le bas niveau d’études atteint, défini par le taux élevé d’illettrisme, lequel place les pays arabes tout au bas de l’échelle. Le rapport estime qu’environ 65 millions d’Arabes sur une population totale de 280 millions sont illettrés. Parmi eux, deux tiers sont des femmes. [5]

III – Le faible niveau d’instruction relatif au revenu

Le rapport souligne l’utilisation insuffisante et inefficace des ressources humaines dans la région, due à des systèmes éducatifs inadaptés et au taux important d’illettrisme – mentionné plus haut. Un enseignement inadapté signifie un mauvais accès à l’acquisition des connaissances. Le rapport se réfère au nombre d’hôtes Internet pour 1000 comme indicateur de l’accès à la connaissance, concluant que les pays arabes ont le plus bas niveau d’accès aux Technologies d’information et de communication, plus bas encore que l’Afrique subsaharienne. [6] Le rapport attribue ce piètre accès à l’absence de politique nationale d’information qui  » définirait des buts et des priorités, coordonnerait les différents secteurs et proposerait des choix stratégiques pour la création d’une infrastructure et le développement des ressources humaines et de l’information.  » [7]

Un autre indice de l’accès insuffisant à la connaissance est le peu de fonds octroyés à la Recherche et au Développement. Les frais qu’ils ont occasionnés comme pourcentage du PIB étaient de simplement 0.4% pour le monde arabe en 1996, contre 1.26% en 1995 au Cuba, 2.35% en 1994 en Israël et 2.9% au Japon. [8]

Le rapport se réfère aussi à la situation de la jeunesse en tant que sous-ensemble de l’acquisition de la connaissance. Sur la base d’enquêtes conduites dans un certain nombre de pays, 51% de jeunes appartenant à la tranche d’âge supérieure ont exprimé leur désir d’émigrer dans d’autres pays, en raison de leur  » insatisfaction face aux conditions actuelles et aux perspectives d’avenir dans leurs pays d’origine « . Ainsi,  » le fossé entre les aspirations et leur réalisation a dans certains cas engendré détachement, apathie et insatisfaction.  » [9]

Ces découvertes ont conduit le Dr Rima Khalaf, administratrice adjointe du PNUD et directrice du Bureau régional des Etats arabes à éveiller l’attention face à ces  » insuffisances qui, si elles persistent, deviendront insurmontables aux Arabes « . [10] Il n’est guère étonnant que le rapport ait reçu un accueil mitigé de la part des médias égyptiens :  » Soit c’est la presse qui n’est pas libre, soit… le rapport n’est pas suffisamment intéressant « . [11]

Problèmes de croissance économique

Le Produit Intérieur Brut de tous les Etats arabes réunis était de 531.2 milliards de dollars en 1999 – moins que celui d’un seul pays européen (à titre d’exemple, le PIB de l’Espagne s’élevait à 595.5 milliards). Entre 1975 et 1998, le PIB réel dans le monde arabe est passé de 256.7 milliards en 1975 à 445.7 milliards de dollars en 1998, en prix constants. Le rapport indique toutefois d’importantes fluctuations de la courbe de croissance par sous-périodes (8.6% entre 1975 et 1980 ; 0.7% entre 1982 et 1990 ; 3.8% entre 1990 et 1998). Ces fluctuations reflètent essentiellement l’activité du marché du pétrole dont dépend le monde arabe. [12]

Si l’on prend en considération la croissance de la population, le revenu réel par tête d’habitant pour la période s’étalant entre 1985 et 1998 a connu une croissance très lente, d’environ 0.5% par an –  » en fait, une situation de quasi-stagnation « . [13] L’économiste libanais Samir Sabah, qui écrit au quotidien arabe Al-Hayat, édité à Londres, a précisé qu’avec un tel taux de croissance, il faudrait 140 ans (les statistiques indiquent qu’il faut en fait 144 ans !) au citoyen arabe pour doubler son revenu. [14] Dans le domaine de l’agriculture, une personne possédait en 1970 une moyenne de 0.40 hectares de terres cultivées, moyenne qui est passée à 0.24 hectares en 1988. [15]

Les  » macro variables critiques  » affirme le rapport, sont encore en dessous de la norme dans les domaines de l’emploi, l’économie, la productivité et les exportations autres que le pétrole. Avec une moyenne de 15%, le chômage dans les pays arabes connaît l’un des taux les plus élevés des pays en voie de développement « . Le rendement commercial est par ailleurs resté faible, la région étant encore relativement fermée. Dans certains pays, les tarifs sont élevés et les barrières non-tarifaires demeurent importantes. [16]

Le rapport, se basant sur les données de l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel, indique que la productivité du travail industriel était en 1990 considérée comme équivalente à celle de 1970,  » proche des niveaux européens et japonais.  » Le rapport parvient à la conclusion inévitable que  » face à la hausse de la productivité des autres pays, cela correspond à un déclin significatif.  » [17]

L’insuffisance générale des variables macroéconomiques est concomitante à l’incapacité grandissante de l’Etat à encourager une rapide croissance et à répondre aux exigences de développement humain dans des domaines clé comme la santé et l’éducation. Toutefois,  » les dépenses gouvernementales en tant que pourcentage de PIB sont plus élevées que dans d’autres régions en voie de développement.  » [18]

La dimension israélienne

Alors que le rapport exclut Israël de ses analyses, il ne l’épargne pas de critiques sévères portant sur  » l’occupation illégale de terres arabes  » [19] Il attribue tous les disfonctionnements politiques, sociaux et économiques du monde arabe à l’occupation de la rive Ouest de Gaza. Le rapport affirme que  » l ‘occupation jette un voile sur la vie politique et économique de toute la région.  » Sans données tangibles susceptibles d’étayer ces affirmations, le rapport conclut que  » de toutes ces façons, l’occupation gèle la croissance, la prospérité et la liberté dans le monde arabe « . [20]

Pour des raisons qui leur sont propres, les auteurs du rapport ont ignoré deux des événements qui ont le plus déstabilisé le Moyen-Orient ces deux dernières décennies, et dont les répercussions se font encore sentir aujourd’hui. L’un est la guerre Iran-Iraq et l’autre l’invasion du Koweït par son voisin du Nord. Il est difficile de croire que la pauvreté d’un pays riche en pétrole comme l’Arabie Saoudite résulte de l’occupation de la rive Ouest de Gaza. Il y a tout juste quelques jours, le quotidien Al-Qods al-Arabi racontait l’histoire des nécessiteux de Riad, capitale d’Arabie Saoudite, qui attendent à l’entrée des palais princiers dans l’espoir que quelques gouttes d’eau potable s’échappent de leurs robinets. [21]

Conclusion

Le Développement humain a été défini dans le rapport comme un  » processus d’élargissement des choix.  » [22] Toutefois le rapport, élaboré par des universitaires arabes, montre que les choix se rapportant à des secteurs vitaux comme la santé, l’éducation, l’égalité des sexes et principalement la participation et la direction politiques, ne se développent pas assez rapidement et, dans certains domaines et en comparaison avec d’autres régions du monde, régressent. Pour reprendre les termes de l’éditorial du quotidien koweïtien Al-Watan sur le rapport,  » Les Nations Unies : Les Arabes vivent encore au Haut Moyen-Âge « . [23] C’est l’auteur principal du rapport qui résume le plus clairement la situation:  » Une personne qui n’est pas libre est pauvre. Une femme qui n’a aucun pouvoir est pauvre. Et une personne qui n’a pas accès à la connaissance est pauvre.  » [24]

[1 ] Les 22 pays couverts par le rapport égalent en nombre les pays membres de la Ligue arabe

[2 ] Rapport, p. 15

[3 ] Rapport, p 17

[4 ] Cit. Loc.

[5 ] Rapport, pp. 3 et 28

[6 ] Rapport, p. 29

[7 ] Rapport, p. 77

[8 ] Rapport, p. 65

[9 ] Rapport, p. 30

[10] Hebdomadaire Al-Ahram On-Line, 11-17 juillet 2002

[11]  » Une personne qui n’est pas libre est pauvre « , Hebdomadaire Al-Ahram On-Line, 11-17 juillet 2002

[12] Rapport, pp. 85-86

[13] Rapport, p. 88

[14] Al-Hayat, le 28 juin 2002

[15] Al-Hayat, le 28 juin 2002

[16] Rapport, p. 4

[17] Rapport, p. 88

[18] Rapport, p. 5

[19] Rapport, p. 1

[20] Rapport, p. 2

[21] Al-Qods al -Arabi, le 16 juillet 2002

[22] Rapport, p. 15. Ce n’est bien sûr pas une nouvelle idée. Dans les années 1950 déjà, Arthur Lewis, célèbre économiste et Prix Nobel, a différencié riches et pauvres non par leur degré de bonheur mais par l’étendue de choix dont disposent les uns et sont privés les autres.

[23] Al-Watan, le 3 juillet 2002

[24] Nader Fergany, principal auteur de Rapport sur le Développement dans les pays arabes (2002), dans une interview de l’hebdomadaire Al-Ahram On-Line, 11-17 juillet 2002

COMPLÉMENT (merci lagrette):

Le Shin Bet (l’Agence de Sécurité d’Israël) a révèlé mercredi qu’il a empeché une double attaque suicide à Tel-Aviv et Netanya (dans respectivement une salle de mariage et un restaurant) le mois dernier, orchestrée par le Jihad Islamique, attaque qui devait être réalisée par deux femmes palestiniennes, dont l’une était enceinte.

Une des femmes, Fatma Zak, 39, mère de huit enfants et dans son neuvième mois de grossesse, était directrice de l’emploi des femmes au sein du Jihad Islamique de la Ville de Gaza depuis quatre ans. Par son emploi, elle était en contact direct avec les leaders de l’organisation terroriste et servait d’intermédiaire entre eux et les femmes voulant commettre des attaques suicides….

L’autre était mère de 4 enfants

Les deux femmes ont admis le complot et ont avoué être membres du Jihad Islamique. Elles ont dit qu’elles avaient utilisé la politique humanitaire d’Israël pour obtenir des permis d’entrée sous de faux prétextes médicaux.

Un commentaire pour Terrorisme: C’est l’Etat-Providence, imbécile! (It’s the welfare state, stupid!)

  1. […] confirmant, après le fameux rapport des Nation Unies d’il y a douze ans, les analyses tant critiquées de Huntington sur le choc […]

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