Affaire Bétancourt: Retour sur la plus vieille guérilla du monde

FARC

La France n’abandonnera pas Ingrid Betancourt. Nicolas Sarkozy (mai 2007)

Nous t’attendons Ingrid
Et nous pensons à toi
Et nous ne serons libres
Que lorsque tu le seras

Renaud (« Dans la jungle », 2005)

Dans la marche vers la liberté en Amérique latine, l’exception, c’est Uribe, le fantoche des Etats-Unis. Toni Negri et Giuseppe Socco (Global)

Chaque fois que les comités Ingrid Betancourt dénigrent Alvaro Uribe, les Farc se frottent les mains. La guérilla y trouve une bonne raison de maintenir Ingrid en détention. C’est totalement contre-productif: cela fait d’elle un trésor de guerre qu’ils lâcheront difficilement. Francisco Santos (vice-président colombien)

Portrait géant sur la façade de l’Hôtel de Ville de Paris ou dans d’autres villes françaises, concerts de solidarité ou chansons, opération de libération ratée de Villepin (le fameux fiasco « du 14 juillet » 2003), déclaration solennelle du nouveau président Sarkozy…

Qui ne connaît Ingrid Bétancourt?

Ex-sénatrice écologiste, française par un premier mariage mais aussi parisienne d’adoption par son père longtemps représentant colombien à l’UNESCO et y ayant donc fait une grande partie de ses études (notamment à Sciences Po avec Villepin comme professeur) …

Jusqu’à, avec les nouvelles fraiches d’un officier évadé le mois dernier, des… rumeurs (syndrome de Stockholm oblige?) de grossesses ou d’accouchements présumés pour elle comme pour sa collaboratrice Clara Rojas!

Mais qui connaît tous les autres qui n’ont jamais eu ou n’auront jamais (même si on en sait aussi les effets pervers: eg. faire monter les enchères) leur portrait sur l’Hôtel de ville (comme l’autre franco-colombienne, Aïda Duvaltier, enlevée un an avant Ingrid Betancourt par un groupuscule maoïste – mais pas fille de diplomate et de Miss Colombie – et dont on a retrouvé le cadavre l’an dernier ou Guilad Shalit, le soldat franco-israélien retenu en otage par l’organisation terroriste Hamas depuis près d’un an)?

Et surtout… les ravisseurs de la « Jeanne d’Arc des Andes »?

Petit retour donc, au moment où notre nouveau président tente (après les notoires cafouillages de ses prédécesseurs et dans un pays dont l’intelligentsia mais aussi les responsables politiques ont toujours eu un faible pour les terroristes – à condition bien sûr qu’ils soient d’extême-gauche et donc antiaméricains) de reprendre le dossier, sur « la plus vieille guerilla du monde » (avec divers articles de l’Express, du Figaro et du Monde mais aussi de Wikipedia – merci Philippe Convers).

Les fameuses FARC (Forces Armées Révolutionnaires de Colombie), fondées il y a maintenant plus de 40 ans (1964) par un chef de milice d’auto-défense paysan converti au communisme par la Révolution cubaine et aujourd’hui âgé de 77 ans, Pedro Antonio Marín, dit Manuel Marulanda et surnommé Tirofijo (« Tir précis »), dont la tête vient d’être mise à prix par les Etats-Unis l’an dernier (5 millions de dollars).

A la tête de quelque 15 000 hommes, il (sur)vit dans la jungle colombienne depuis bientôt un demi-siècle de tout un ensemble d’activités criminelles et terroristes.

Lancés par les fonds de commerce habituels des mouvements révolutionnaires, à savoir l’extorsion (pardon: « l’impôt révolutionnaire ») sous toutes ses formes (les fameux « vaccins » prélevés sur les éleveurs de bétail, paiements mensuels censés les protéger des attaques et des enlèvements, puis sur la production de cocaïne (le « grammage ») mais aussi les barrages de routes, braquages de banque, attaques à l’explosif, à la bonbonne de gaz ou à la voiture piégée (contre à l’occasion des eglises et apparemment avec l’assistance technique de l’IRA), ils se sont peu à peu spécialisés dans le plus rentable, les enlèvements crapuleux (1 900, dont plus de 300 enfants en dix ans, sur un total de quelque 23 000 depuis 1976) et les prises d’otages (58 « prisonniers politiques », 3 coopérants militaires américains, 12 élus locaux, 5 parlementaires nationaux et plus de 30 soldats et policiers) qu’ils traitent comme du bétail (enchainés par le cou ou enfermés dans des enclos barbelés) et surtout le trafic de drogue (cocaïne) et le trafic d’armes.

Le tout dans un pays où (même si le nouveau président a réussi à faire tomber le chiffre annuel des enlevés de 3 000 à son arrivée au pouvoir en 2002 à 687 actuellement) de telles activités ont longtemps été une véritable industrie (moyenne annuelle de 27 000 assassinats, 2 700 enlèvements et 862 attentats, dont 60 % attribués aux mouvements de guérilla et 30% aux seules FARC entre 1996 et 2002 pour une population totale de 40 millions d’habitants – reléguant d’ailleurs très loin l’Irak dont nos medias nous rebattent à longueur de journées les oreilles).

Et malgré le fait que toutes les méthodes ont été utilisées contre eux, y compris les gestes de bonne volonté (libérations de prisonniers, retrait des forces armées en 2001-2002 sur 42 000 km2, l’équivalent de la Suisse – dans un pays qui fait certes deux fois la superficie de la France, dont la moitié, très accidentée, de jungle et de forêt – sans compter la possibilité – merci Chavez – de se replier au Vénézuela voisin, alors qu’ils réclament en plus aujourd’hui une autre zone démilitarisée avec – s’il vous plait – accès stratégique au Pacifique!) …

Les Farc
Le vrai visage des ravisseurs d’Ingrid
de notre envoyé spécial Axel Gyldén
L’Express
22/02/2007

Voilà cinq ans que la guérilla marxiste colombienne détient Ingrid Betancourt. Cette machine de guerre redoutable, financée par le trafic de drogue, aligne près de 15 000 combattants. Pourtant, malgré sa discipline de fer, elle semble affaiblie par la riposte militaire de Bogota

Des montagnes de Colombie, où il vit dans la clandestinité depuis un demi-siècle, Manuel Marulanda Velez rêve-t-il de Bogota, lui qui, à 76 ans, n’a jamais mis les pieds dans la capitale de son propre pays? La dernière fois que le guérillero s’est rendu dans une ville, c’était il y a plus de trente ans, à Neiva, une préfecture de 300 000 âmes.

Toute sa vie, le chef des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) – qui tient à sa merci la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt et sa collaboratrice Clara Rojas, depuis le 23 février 2002, ainsi que près de 2 000 autres otages – a vécu loin des centres urbains, caché dans des villages déshérités et des hameaux coupés du monde. Au cœur de cette Colombie rurale, où les paysans se lèvent au chant du coq, voyagent à dos de mule et traitent leurs enfants en adultes avant que ceux-ci atteignent l’âge de 10 ans.

C’est là, au début des années 1950, que Pedro Antonio Marin (son vrai nom), alias «Tirofijo» («Tir précis», son premier surnom), fonde une milice paysanne d’autodéfense comme le pays en compte tant. C’est l’époque de la Violencia (1948-1953), cette guerre civile d’une sauvagerie inouïe durant laquelle la police, inféodée au Parti conservateur, persécute les paysans soupçonnés d’accointances avec le Parti libéral. La Colombie sombre dans l’anarchie. Le bilan est sanglant: 300 000 morts. Certaines milices d’autodéfense se livrent au bandolerismo (le banditisme). Pas celle de Tirofijo. Influencé par le marxisme-léninisme du Parti communiste colombien et par la révolution cubaine, le jeune agriculteur crée, avec une cinquantaine d’autres paysans et leurs familles, les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc). Nous sommes en 1964.

Initialement, les Farc se développent lentement et se financent grâce à un «impôt révolutionnaire», la vacuna («vaccin»), prélevé sur les éleveurs de bétail. En 1980, la guérilla marxiste compte 3 500 combattants déployés sur neuf fronts. Avec le boom de la cocaïne dû aux narcotrafiquants, qui s’implantent dans les territoires contrôlés par la guérilla, s’ouvrent de nouvelles perspectives. Les Farc lèvent un nouvel impôt, le gramaje («grammage»), calculé sur la production de poudre blanche. Dans les années 1990, la guérilla s’implique directement dans le trafic. Celui-ci constitue aujourd’hui sa première source de financement, avant les enlèvements contre rançon et tous les «impôts révolutionnaires». Fortes d’un budget quotidien estimé à 1 million de dollars, les Farc mobilisent, sur 60 fronts différents, une armée de 15 000 hommes… dont 90% sont originaires du monde rural.

«Par leur extraction paysanne, les Farc s’apparentent à l’armée de Pancho Villa sous la révolution mexicaine, mais en beaucoup mieux structurée, remarque l’analyste Alfredo Rangel, expert en histoire des guérillas, dont les ouvrages constituent, disent des témoins, la littérature de chevet de Manuel Marulanda. Cette origine rurale est l’une des singularités des Farc. Presque partout ailleurs, les mouvements révolutionnaires latino-américains furent dirigés par des leaders charismatiques, issus de la classe moyenne urbaine: voyez Che Guevara et Fidel Castro à Cuba, les Montoneros en Argentine ou le sous-commandant Marcos au Mexique.»

Ce n’est pas un hasard si Manuel Marulanda, pourtant auréolé du mythe de «plus vieux guérillero du monde», n’a jamais séduit les intellectuels latinos et encore moins la gauche européenne. Sans béret ni cigare, mais droit dans ses bottes en caoutchouc et éternellement «vêtu» d’une serviette éponge jetée sur l’épaule, le «camarade Marulanda» ne possède pas, il est vrai, la panoplie parfaite du petit guérillero romantique. Même les Colombiens hésitent à considérer comme l’un des leurs ce hors-la-loi taiseux sur lequel pèsent 113 chefs d’inculpation – pour homicides, extorsion, kidnapping, assassinat, attentat à la bombe et on en passe. Il ne partage avec eux aucun des centres d’intérêt si présents dans la culture populaire colombienne: religion, musique, humour, sport, goût du folklore.

2 000 otages aux mains de la guérilla

Ingrid Betancourt appartient à ce que les Farc nomment «le groupe des 58 prisonniers politiques». Celui-ci inclut sa collaboratrice Clara Rojas, 3 coopérants militaires américains, 12 élus locaux de la région de Medellin, 5 parlementaires nationaux et plus de 30 soldats et policiers, dont certains ont été capturés il y a près de dix ans. En outre, 1 900 autres otages «économiques» (libérables contre rançon) sont aux mains des Farc. En dix ans, la guérilla a kidnappé 302 enfants.

Parmi la troupe des Farc, en revanche, le madré Marulanda suscite respect et admiration. Sa trajectoire et sa modestie sont légendaires. Sa «malice indigène», aussi – ce trait de caractère si typiquement andin, qui consiste à jouer le naïf pour mieux tromper l’autre. Car derrière son air bonasse se cache un redoutable animal politique, donné 17 fois pour mort par les services de renseignement – la dernière fois, en 2006 – et toujours ressuscité. A l’instar de Fidel Castro, qui a survécu à dix chefs d’Etat américains, Marulanda a défié une dizaine de présidents colombiens, qui, tous, sans exception, s’étaient juré de le capturer. Quoique impopulaire – seuls 3% de ses compatriotes ont une image positive des Farc – le vieux guérillero est devenu un personnage incontournable de la scène politique.

Les déserteurs sont systématiquement fusillés

Longtemps sous-estimé – peut-être parce que, comme le dit un commandant des Farc, «les gens ont du mal à imaginer qu’un paysan puisse être un idéologue» – Manuel Marulanda a pourtant tiré de sa longue expérience une doctrine. Elle tient en peu de mots: la fin justifie les moyens. «Si Marulanda s’aperçoit que kidnapper des étrangers ou pactiser avec les trafiquants de drogue est politiquement ou militairement rentable, analyse Alfredo Rangel, alors, aucun problème: ce pragmatique absolu n’a aucun état d’âme.»

C’est peu dire que Manuel Marulanda a mis au point une machine de guerre impitoyable. «Du point de vue de l’efficacité militaire, poursuit Rangel, les Farc se comparent seulement à la guérilla salvadorienne du Front Farabundo Marti de libération nationale (FMLN), qui, dans l’Amérique centrale en feu, tenait tête à Ronald Reagan sans vaciller.» A partir du milieu des années 1990, l’armée rebelle passe à la guerre de position. Les Farc démontrent qu’elles sont capables de concentrer jusqu’à 1 200 hommes afin de s’emparer d’une position ennemie!

Sur le terrain, la combativité, le professionnalisme et la résistance des guérilleros font merveille. Ancien garde du corps du redoutable chef de guerre «Romaña», le franc-tireur «Coco», 32 ans, en sait quelque chose, lui qui a combattu des centaines de fois au sein d’une unité d’élite rebelle avant de perdre un poumon et de déserter, après onze ans de bons et loyaux services. «A une époque, on allait au feu tous les trois jours, se souvient ce jeune homme blagueur, dont le regard fiévreux est encore habité par la mort. Il nous est arrivé de marcher six mois de suite à travers les Andes pour préparer une offensive. Chez les Farc, être fatigué, se plaindre ou contester un ordre est strictement prohibé.»

Ce n’est pas, loin de là, la seule interdiction en vigueur dans cette organisation de type stalinien, où règne une discipline de fer. Mal nettoyer son fusil, s’endormir pendant la garde, dénigrer un camarade, critiquer un supérieur, ne pas exécuter une mission, voler du sucre, boire de l’alcool, fumer en cachette, ne pas prendre la parole lors des discussions politiques ou encore s’attarder volontairement dans la rivière à l’heure de la toilette sont quelques-unes des innombrables fautes passibles du conseil de discipline. Présidé par le chef d’unité, celui-ci possède toute latitude pour prononcer des punitions sévères: faire 10, 50 ou 100 corvées de bois, creuser 15 mètres de tranchées, creuser 5 trous de 80 centimètres sur 80, semer 1 hectare de manioc, ramasser 20 kilos de maïs, rendre leur brillant à cinq marmites, porter le fusil-mitrailleur pendant quinze jours ou encore faire son autocritique en public.

La vie privée est, elle aussi, strictement réglementée. Les relations sexuelles entre guérilleros sont soumises à l’approbation de la hiérarchie et doivent donner lieu à une visite médicale préalable auprès de l’infirmière qui se trouve dans chaque unité de 26 combattants. Pour les femmes – près de 40% de l’effectif des Farc – flirter avec des civils est strictement illégal, tout comme le fait de tomber enceinte. «J’allais avoir 15 ans lorsque je me suis volontairement engagée dans la guérilla, raconte Johanna, aujourd’hui âgée de 26 ans. Très vite, j’attendais un enfant. Ils m’ont dit que je devais interrompre ma grossesse. J’ai d’abord refusé, mais ils m’ont dit qu’ils seraient alors obligés de me fusiller. Finalement, j’ai absorbé les pilules abortives fournies par leurs soins et j’ai passé dix années chez les Farc, en tant qu’infirmière. L’année dernière, j’ai pris la décision de déserter. Peu après mon départ, ils ont assassiné, en punition, mon père et ma sœur.» Quant aux déserteurs rattrapés avant d’avoir atteint la ville, ils sont systématiquement fusillés au peloton d’exécution… après avoir reçu l’ordre de creuse leur propre tombe.

Au sein des Farc, être «démoralisé» est un danger tout aussi mortel. «Afin de limiter le risque que les éléments démotivés passent à l’ennemi, les guérilleros jugés peu fiables sont envoyés en première ligne afin de remplir des missions impossibles qui s’apparentent à des opérations suicides», témoigne un autre déserteur, sans savoir que, à l’autre bout du monde, cette technique de purge était également mise en pratique par les Khmers rouges, au Cambodge.

Cinq fois moins d’attaques de la guérilla

Par leur organisation éminemment bureaucratique, les Farc puisent également dans la tradition soviétique. Instance suprême de la guérilla, le «secrétariat» fiche ainsi systématiquement les combattants dans une base de données. L’Express a pu consulter le disque dur de l’ordinateur portable saisi par l’armée sur le chef du 58e Front de guérilla. Il contient les «fiches de vie» de ses 195 soldats. Outre l’état civil, y figurent la date de recrutement, le nom de l’agent recruteur, des données familiales, les faits d’armes, les blessures. La rubrique «comportement» récapitule l’historique des fautes commises, ainsi que les sanctions afférentes par le conseil de discipline ad hoc. Enfin, le degré de motivation du combattant est soigneusement consigné. Au moment de sa saisie au combat, le disque dur du 58e Front des Farc fournissait les indications statistiques suivantes: 19 déserteurs, 31 femmes, 29 morts au combat, 3 fusillés, 15 «desmoralizados».

A l’apogée de sa puissance, voilà cinq ans, l’armée des Farc se trouve aujourd’hui, et depuis l’avènement, en 2002, du président de droite, Alvaro Uribe, sur la défensive. En augmentant l’effectif de l’armée régulière et celui de la police militaire, passés, au total, de 200 000 à 300 000 hommes, le chef de l’Etat a enclenché une stratégie de riposte militaire contre la guérilla, dont la présence menaçante se faisait sentir jusqu’aux abords de la capitale. Parallèlement, un programme de démobilisation des forces paramilitaires tente, pour la première fois depuis vingt ans, de limiter la prolifération de ces supplétifs de l’armée régulière qui agissaient en dehors de tout cadre légal et massacraient allègrement des civils, sans être inquiétés.

La situation s’est améliorée. Dans ce pays imprégné par la «culture de la violence», le taux d’homicides est à son niveau le plus bas depuis vingt-cinq ans. Le nombre d’enlèvements est passé de 2 800 par an (en 2002) à 687. Les attaques de la guérilla contre des civils sont cinq fois moins nombreuses qu’il y a cinq ans. Les violations des droits de l’homme commises par la force publique sont en diminution. Les principaux axes routiers, sur lesquels la guérilla procédait à des opérations de kidnapping – les pescas milagrosas («pêches miraculeuses») – ont été sécurisés. Alvaro Uribe, 44 ans, a triomphalement été réélu, en mai 2006. Anticipant le succès de celui qu’il nomme «le fasciste agenouillé devant les gringos», le porte-parole des Farc, Raul Reyes, avait prévenu: «Aussi longtemps qu’Uribe sera au pouvoir, il n’y aura pas d’accord d’échange humanitaire.»

Pour Ingrid Betancourt et ses codétenus, cette déclaration équivaut à une rallonge de peine d’au moins trois années dans la moiteur de la chaleur tropicale.

Voir aussi:

Dans les griffes des rebelles colombiens
De notre envoyé spécial à Bogota FRANÇOIS HAUTER.
Le Figaro
le 19 février 2007

Plus vieille guérilla du monde, la rébellion marxiste des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) s’adonne à l’enlèvement d’otages et au trafic de drogue. Elle détient notamment la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt, qui entame vendredi sa sixième année de captivité. Le président colombien, Alvaro Uribe, a suspendu, l’an dernier, les négociations avec les Farc, privilégiant l’option militaire pour libérer les otages.

EVA DOLORES pleure. Elle demande de l’eau. Elle pleure. Elle est déshydratée par ses larmes. « Trop de larmes », dit-elle, en détournant son regard. Ses lèvres tremblent, son corps tremble, elle bégaie, parle avec ses mains, raconte, comme si c’était hier, l’enfer de la forêt : « Avant, je n’étais même pas capable de raconter cette histoire », lâche-t-elle, comme pour s’excuser de pleurer encore.

Cela fait un an que cette mère de famille nombreuse, âgée de 46 ans, ingénieur des travaux publics, a été relâchée par la guérilla marxiste des Forces armées révolutionnaires colombiennes (Farc), après trois semaines de captivité.

Trois semaines « seulement » ? Eva Dolores a un mouvement convulsif : « Oui, trois semaines de solitude absolue, Monsieur, trois semaines, toujours trempée, trois semaines à marcher toute la journée, de cinq heures du matin à cinq heures du soir, dans cette sale forêt, la peur au ventre. Le cauchemar, c’est la peur. Je pleure, parce que je n’arrive pas à la surmonter. Les guérilleros disaient : »Cette gonzesse, elle pleure beaucoup.* Aujourd’hui, je pleure de rage, contre ces gens qui vous confisquent votre vie pour un peu d’argent, contre l’impuissance des villageois qui me regardaient passer sans rien pouvoir faire. Ils savaient que j’étais l’ingénieur de la route, la séquestrée, et ils ne pouvaient rien dire. Ils étaient séquestrés eux aussi. Dans la région, tout le monde savait que je pleurais beaucoup, les enfants s’approchaient de moi pour me consoler d’une caresse. Maintenant j’ai une douleur infinie en moi. C’est la même douleur pour tous ceux qui ont été enlevés, que cela ait duré un jour ou cinq ans. J’écoute les informations sur eux, je pleure pour eux. Oui, une douleur infinie, Monsieur… »

Bienvenue dans le monde primitif des Farc. Un univers schizophrène, qui évoque celui des Khmers rouges, ces paysans analphabètes cambodgiens conduits par quelques intellectuels maoïstes qui avaient ravagé le Cambodge, entre 1975 et 1979, avec l’appui de la Chine, en massacrant plus d’un million de leurs compatriotes citadins. En Colombie, chez les rebelles des Farc, c’est le même autisme, la même haine des villes, le même infantilisme cruel d’une cause dévoyée. Dans une jungle grande comme la France, les Farc, disséminées en soixante « fronts » et vingt-neuf « colonnes mobiles » (1), se déplacent par petites bandes de quarante à deux cents hommes.

Les Farc ne massacrent pas leurs ennemis de classe, contrairement aux Khmers rouges, mais ils détiennent plus de 1 500 otages, dont Ingrid Betancourt (voir encadré) et cinquante-six autres prisonniers dits « politiques » (des sénateurs, des députés, trois Américains, des soldats, des officiers). Ils entretiennent leur troupe de 12 515 combattants (1) en exigeant des rançons et en commercialisant de la cocaïne. Comme le précise le journaliste German Castro Caicedo : « Les Farc constituent le plus gros cartel de la drogue en Amérique latine. »

Droguée en permanence

Ils en tirent entre 45 et 70 millions de dollars de revenus annuels. De quoi s’offrir les meilleurs armements légers. Et tenir un pays fantôme, des forêts de broussailles et de cactus, ou bien des régions reculées d’Amazonie, là où les arbres de 40 mètres de haut laissent tout juste filtrer la lumière. Dans cet univers, l’absurde d’une guerre sans cause le dispute aux souffrances des prisonniers.

La stratégie des Farc ? S’assurer le contrôle des zones de culture de la feuille de coca. Et détruire, ici ou là, un pylône à haute tension ou une usine qui aide les paysans à écouler des cultures de substitution à la coca. Celle du gouvernement consiste, avec un certain succès, à les maintenir loin des voies de communication et des villes.

Produit de la guerre froide, les Farc sont la plus ancienne des guérillas du monde. Elles sont nées dans les années 1960, dans le sillage de la révolution cubaine, dans cette Colombie où les élites bourgeoises se sont si bien partagé le pouvoir depuis l’après-guerre que « l’ascenseur social » n’a jamais été installé. « En 1949, raconte l’historien Jorge Orlando Mélo, c’était une guérilla libérale contre une dictature conservatrice. »

Cinquante ans plus tard, la population colombienne est passée de 10 à 43 millions de personnes, mais la proportion des pauvres (45 % de la population) n’a pas changé. Les Farc, pourtant, ont réussi à se faire haïr par 97 % des Colombiens (dernier sondage Gallup). Les guérilleros, enfermés dans la jungle, aveuglés par la violence endémique de leur pays (300 000 morts violentes depuis trente ans), n’ont pas vu la société colombienne évoluer vers un _profond désir de paix, alors que 70 % de la population devenait citadine.

Dayanna, 18 ans, est l’une de leurs victimes. C’est une jolie jeune fille qui, en mars 2005 (elle avait 16 ans), fut kidnappée dans une voiture sur le chemin de l’école. C’était à Cucuta, une ville frontière avec le Venezuela. De sa captivité, elle ne se souvient guère : elle était droguée en permanence. Elle raconte ses chaînes, le sol de ciment pour unique matelas, un tuyau qui lui permettait de se laver dans une cellule aux fenêtres hautes, la gamelle de nourriture quotidienne glissée en silence par-dessus la porte, les drogues abrutissantes diluées dans ses aliments, les piqûres d’insectes, le texto que ses geôliers lui ont demandé d’envoyer à son père, un riche commerçant. Sa peau et ses ongles tombaient en lambeaux.

Des otages traités comme du bétail

«Les militaires m’ont délivrée en juin 2005 et m’ont raconté que mes ravisseurs avaient été dénoncés par des paysans, alors que j’étais sur le point d’être transportée au Venezuela. Moi, j’étais droguée, je me suis réveillée à l’hôpital, où j’ai subi un long traitement de désintoxication. De ma captivité, j’ai conservé des séquelles neurologiques, des migraines chroniques, des problèmes gastriques », explique-t-elle. Elle montre son visage, marqué par des piqûres.

«J’aimerais bien retrancher cette horreur de ma vie, ajoute Dayanna, car si beaucoup de gens me félicitent pour la façon dont je réagis, moi je me sens marquée pour toujours. » Aujourd’hui, elle « étudie le maquillage ». Son fiancé, Andrès, est soldat dans les commandos de l’infanterie de Marine. Elle ne quitte plus Bogota, « mais sort dans la rue, en surveillant les alentours. Avant, je ne voulais même plus étudier, tellement j’avais peur que mes tortionnaires me reprennent ».

Tous les otages des Farc décrivent des conditions de vie si primitives et une indifférence si cruelle des guérilleros à leur sort que les menaces physiques deviennent inutiles : les otages sont du bétail (on les attache par le cou ou on les enferme dans des enclos de barbelés) que l’on traite ès qualités : « Si tu es malade, on prendra des mesures », dit simplement un chef de section des Farc à Javier, un vétérinaire de 49 ans, enlevé en 2006. Les prisonniers comprennent qu’ils ne sont même pas des esclaves, mais une marchandise à laquelle on s’adresse brutalement pour qu’elle ne retarde pas la marche (« Ferme-la ! », « Avance ! », « Si tu bouges, on te tue ! »).

Ces humiliations morales effacent chez les prisonniers le sentiment de leur dignité, en créant, par leur répétition, un complexe d’infériorité. La faim et le manque de sommeil enlèvent à la volonté son appui naturel. Paradoxalement, ce sont les élites intellectuelles plongées dans ces conditions de vie extrêmes qui semblent le moins préparées à résister. « Je pissais dans mon pantalon, je ne pouvais plus réfléchir », avoue Javier.

Entre 1996 et 2006, les Farc, responsables de 30 % des enlèvements en Colombie (6 719 kidnappings, sur 23 078), ont empoché pour chacun de leurs prisonniers des rançons qui varient entre 100 millions et un milliard de pesos (2), et qui ruinent des familles entières.

Les forces armées colombiennes (220 000 soldats et 140 000 policiers, avec un budget qui a augmenté de 70 % depuis cinq ans) ne peuvent pas gagner cette « guerre sale » contre les Farc car elles ne disposent que d’une centaine d’hélicoptères (« Il nous en faudrait 600 à 800 ! » concède le vice-président Francisco Santos).

Désengagement des États-Unis

«Il y a une part énorme de chance dans cette guerre, car il nous est toujours difficile de savoir à qui l’on a affaire, les guérilleros se déplaçant parfois en civil avec des femmes et des enfants, explique le capitaine Bejarano, qui coordonne les opérations interarmées. Les Farc tuent et s’en vont. La plupart du temps, elles s’efforcent de rester à vingt jours de marche de nous, loin des villes, des routes, des maisons. »

Les libérations d’otages par l’armée sont presque toujours fortuites. Dans cette guerre contre des ombres, les militaires colombiens obtiennent parfois des renseignements qui leur permettent de lancer des opérations d’envergure. Dans leur fuite, les Farc peuvent alors laisser un otage derrière elles, mais aussi des mines artisanales redoutables.

Sur le terrain repris à la guérilla, l’armée s’installe, puis la police, puis les services de l’État. Une lente reconquête du territoire national freinée par le désengagement matériel des États-Unis. « Les moyens des Américains nous sont comptés maintenant, à cause des guerres en Irak et en Afghanistan », regrette le colonel Reys, chef de l’école des commandos des unités spéciales de la Marine.

«Les Farc se prennent pour des Robins des bois, elles prétendent prendre aux riches pour donner aux pauvres, mais elles n’ont aucune base idéologique », explique Javier, très marqué par ses six mois de captivité. Elles n’ont aucun sens du temps ; pour elles, un jour est semblable à l’autre, elles ne savent rien, elles se lavent, nettoient leurs armes, marchent et mangent, entre le lever et le coucher du soleil. Maintenant que je suis libre, j’aimerais bien me libérer d’elles, de la peur. Mais la peur me suit, partout. »

(1) Source Fundacion Ideas para La Paz, Bogota.

(2) Un euro s’échange contre 2 800 pesos.

Voir enfin l’article d’Abellard dans Le Monde, plutôt critique sur la position française, notamment aussi sur les « dessous de l’affaire Bétancourt » à l’occasion de la sortie de l’ouvrage de Jacques Thomet (« Ingrid Betancourt : Histoire de coeur ou raison d’état? », 2006) révélant les complications apportées par le mariage de l’ambassadeur français alors en poste à Bogota avec la soeur de la célèbre otage):

Ingrid Betancourt et l’intenable position de la France
Alain Abellard
Le Monde
Le 11-05-2005

Trois ans et neuf mois après l’enlèvement de la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt par le groupe de guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), la diplomatie française se trouve, au moins à titre provisoire, en situation d’échec. Paris ne dispose, à ce jour, d’aucune information nouvelle sur Ingrid Betancourt depuis la vidéo diffusée en août 2003. La sympathie unanime qui se manifeste en faveur de Mme Betancourt n’y peut malheureusement rien.

Au fil du temps, la position française a évolué au point de rendre indirectement responsable le gouvernement colombien de la non-libération de l’ancienne candidate à la présidence de la République. Au cours des deux dernières années, les relations entre les deux pays ont connu une dégradation croissante. Selon un diplomate colombien, il faut remonter à l’opération « désastreuse de Ferdinand de Lesseps pour le percement du canal de Panama, à la fin du XIXe siècle » [le Panama était alors un département colombien] pour retrouver une situation analogue. Le porte-parole adjoint du Quai d’Orsay, Denis Simonneau, les qualifie pour sa part de « normales et excellentes ».

Les relations entre la France et la Colombie sont à ce point « normales » que l’ambassadeur de Colombie à Paris, Miguel Gomez, a été convoqué quatre fois par le ministère des affaires étrangères au cours des deux dernières années.

De son côté, Bogota a failli rappeler, à deux reprises, son ambassadeur à Paris. Les relations officielles entre la France et la Colombie sont tellement « excellentes » que les officiels colombiens de passage à Paris font l’objet de la plus grande indifférence du Quai d’Orsay.

Les raisons de cette situation s’expliquent par une divergence fondamentale.

Paris assure « vouloir la libération de tous les otages détenus en Colombie », alors que Bogota déplore officieusement que la France s’intéresse à « la seule libération d’Ingrid Betancourt ».

La Colombie se déclare disposée « à un échange humanitaire », mais ne veut en rien céder aux revendications des FARC qui exigent la création d’une « zone de sécurité », c’est-à-dire un territoire dont l’Etat se retirerait. Bogota refuse de démilitariser une zone et de libérer des guérilleros qui sont impliqués dans des massacres.

La position de Bogota s’explique par le seul fait qu’à la suite de l’élection du président Pastrana, en 1998, le gouvernement a lancé des négociations de paix et démilitarisé une zone de 42 000 kilomètres carrés [l’équivalent du territoire de la Suisse] dans le sud du pays, à la seule fin d’engager des discussions de paix. Pendant trois années, les Colombiens ont vibré avec l’espoir qu’enfin une solution politique mettrait fin à la violence dans le pays. En vain.

LA FRANCE LASSE SES PARTENAIRES

La guérilla communiste des FARC a profité de la situation pour se renforcer militairement, augmenter la production de cocaïne et multiplier les séquestrations de personnes ; elle détient plus du tiers des 3 000 personnes enlevées dans ce pays dans le seul but d’obtenir une rançon (numéraire ou dividende politique).

Pour l’universitaire Daniel Pecaut, l’un des rares spécialistes français de la Colombie, la détention d’Ingrid Betancourt est avant tout une carte politique « utilisée par les FARC avec succès, en tout cas en France, pour discréditer Bogota auprès de la communauté internationale ». Mais le piège politique ne fonctionne qu’avec Paris. Les pays de l’Union européenne ont singulièrement évolué ces dernières années dans leur appréciation de la situation.

La Suède et les Pays-Bas, qui étaient, il y a encore peu, très critiques envers Bogota, sont par exemple impliqués, aujourd’hui, dans la mise en place du processus visant à désarmer les paramilitaires. La Colombie vient également de recevoir le soutien des pays ibéro-américains, lors du récent sommet de Salamanque. La France, elle, commence à lasser singulièrement ses partenaires, à Bruxelles et ailleurs, avec ses initiatives permanentes visant à obtenir des communiqués condamnant Bogota.

Après l’enlèvement d’Ingrid Betancourt, le 23 février 2002, par les FARC, l’ambassadeur de France à Bogota, aujourd’hui directeur des Amériques et des Caraïbes au Quai d’Orsay, Daniel Parfait, avait déclaré devant un interlocuteur : « Comment ont-ils pu me faire cela ? » Oui, comment ont-ils pu faire cela à un diplomate français impliqué, comme d’autres diplomates européens, dans des discussions avec la guérilla et qui, dans le même temps, était – et demeure – un intime de la famille d’Ingrid Betancourt ?

Tout simplement parce que le groupe de guérilla des FARC n’éprouve ni compassion ni pitié. Les Colombiens savent cela. Ils n’oublieront jamais la lettre du jeune Andrés, un enfant de 12 ans atteint d’un cancer et qui se savait condamné, suppliant – en juillet 2000 – le chef des FARC Manuel Marulanda, de le laisser revoir son père séquestré depuis vingt et un mois. Quelques jours après la mort de l’enfant, dont l’ultime souhait n’a pas été exaucé, le cadavre du simple caporal de la police colombienne a été retrouvé avec une balle dans la tête. Andrés incarne, malgré le silence assourdissant de l’opinion internationale, le martyre des 40 millions de Colombiens pris en otage par des bandes armées d’extrême droite et d’extrême gauche.

Depuis l’épisode, en juillet 2003, du commando français intercepté par les forces brésiliennes dans la partie amazonienne du Brésil proche de la Colombie et supposé récupérer Ingrid Betancourt, les incidents sont incessants entre Paris et Bogota. Au final, les FARC s’imposent comme les seuls bénéficiaires de cette situation diplomatique dégradée. Elles compensent leur isolement politique et militaire intérieur par l’obtention d’une sympathie de l’opinion internationale, et en particulier française, à leurs exigences.

CAVALIER SEUL

Et, qu’elle le veuille ou non, la diplomatie française se retrouve elle-même otage du jeu politique et des humeurs des FARC en donnant une légitimité à leurs conditions. Le cavalier seul de Paris dans cette affaire est d’autant plus intenable que l’actuel chef de l’Etat colombien, Alvaro Uribe, vient d’obtenir de la Cour constitutionnelle l’autorisation de se représenter à l’élection présidentielle de mai 2006. Avec une cote de popularité qui oscille entre 70 et 80 % d’opinions favorables depuis trois ans, sa reconduction pour un second mandat jusqu’en 2010 semble une hypothèse sérieuse.

Cela devrait convertir Paris à plus de réalisme. Mais la France « vit toujours avec une perception erronée de l’Amérique latine », relève l’historienne et anthropologue vénézuélienne Elizabeth Burgos. « Elle est incapable de voir à quel point le Chili et la Colombie sont des exceptions, des pays dans lesquels la démocratie a toujours été, à l’exception de parenthèses bien précises, une donnée réelle », explique- t-elle. Selon elle, la guérilla des FARC, en raison « de sa longévité, de son implication massive dans la production de la cocaïne, dans l’enlèvement des personnes, est devenue délinquante ».

Pour l’historien et journaliste colombien Eduardo Mackenzie, « la France doit reprendre la ligne que défendait Ingrid Betancourt », c’est-à-dire la position qu’elle exposait quelques semaines avant d’être enlevée lorsqu’elle avait dit aux FARC qu’elles devaient faire « un geste unilatéral en libérant tous les otages et s’engager à ne plus commettre d’autres séquestrations ».

Voir enfin la chanson de Renaud (où les « doux illuminés » sont devenus méchants et le combat nécessairement « double » contre la « barbarie de chaque côté » des « dollars » et de « l’indigne président »):

Dans la jungle
Renaud Séchan et Jean-Pierre Bucolo [2005]

Trois années dans la jungle
Ligotée, bâillonnée
Entourée de ces dingues
Ces doux illuminés

Qui t’ont fait prisonnière
Otage précisément
De leur triste guerre
Perdue depuis longtemps

Eux qui voulaient jadis
La liberté, le droit
Crachent sur la justice
En s’en prenant à toi

Ils méprisent la vie
Et la femme que tu es
Au bout de leurs fusils
La victoire est fanée

Nous t’attendons Ingrid
Et nous pensons à toi
Et nous ne serons libres
Que lorsque tu le seras

Trois années dans la jungle
Ligotée, bâillonnée
Avec ces porte-flingues
Devenus tes geôliers

Qui te citent Staline
Ou te lisent Mao
A toi qui, j’imagine
Préfèrerais Rimbaud

Peut-être, comme moi
Les croyais-tu, naguère
Fils de Che Guevara
Et porteurs de lumière

Mais leur lutte finale
Leur matin du grand soir
C’est la haine et le mal
Et surtout les Dollars

Nous t’attendons Ingrid
Et nous pensons à toi
Et nous ne serons libres
Que lorsque tu le seras

Je n’connais pas le nom
De tous ceux, comme toi
Qui croupissent en prison
Otages ici ou là

Anonymes, oubliés
Victimes de conflits
Où, de chaque côté
Sévit la barbarie

Des narco-trafiquants
D’un pouvoir corrompu
D’un indigne président
Vous payez le tribut

Alors en chantant pour toi
Ingrid, je veux aussi
Rappeler que tu combats
Contre un double ennemi

Nous t’attendons Ingrid
Et nous pensons à toi
Et nous ne serons libres
Que lorsque tu le seras

Trois années dans la jungle
Ligotée, bâillonnée
Avec le vent qui cingle
Dans tes cheveux défaits

Tu restes, malgré tout
Sereine et élégante
Ta revanche sur ces fous
Est de rester vivante

Pour tous ceux que tu aimes
Et qui ne t’oublient pas
Qui veulent briser ces chaînes
Qui ne te briseront pas

Ton nom est synonyme
Ingrid Bétancourt
Contre l’armée du crime
De courage et d’amour

Nous t’attendons Ingrid
Et nous pensons à toi
Et nous ne serons libres
Que lorsque tu le seras

Et nous ne serons libres
Que lorsque tu le seras

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