Présidentielle: Heureusement pour nous, la gauche n’a rien compris

SarkoposterLa gauche persiste dans l’erreur. Tant mieux pour moi. Si je suis le candidat de la continuité, je suis mort. Nicolas Sarkozy

Retour sur la campagne victorieuse de Nicolas Sarkozy …

Qui débuta un beau jour d’avril par une tribune du Monde avec son parolier préféré Guaino …

Où il osa tout simplement attaquer la gauche sur son propre terrain, fustigeant « l’inertie » et « l’immobilisme », appelant au « droit d’inventaire » (jamais exercé par Jospin), s’en appropriant – déjà – les figures historiques …

Et ce en… 2002 et pour le compte (cherchez l’erreur !) d’un certain… Chirak !!!

Pas plus qu’il ne suffit d’invoquer le nom du général de Gaulle pour incarner une certaine idée de la France, il ne suffit d’invoquer les grandes figures des luttes sociales pour incarner la justice, la solidarité ou la République.

C’est dans cet esprit que Jacques Chirac est candidat, c’est dans cet esprit que son programme sera appliqué s’il est élu.

POINT DE VUE
Pour en finir avec un mythe
Henri Guaino et Nicolas Sarkozy
Le Monde
Le 11.04.02

Le stéréotype d’une gauche qui aurait le monopole de la justice sociale et du sens de l’Etat a la vie dure. Stéréotype aussi tenace qu’infondé. Non que depuis deux cents ans ce que l’on a appelé « la gauche » n’ait pas contribué au progrès social. Mais sur deux siècles le mot « gauche » n’a cessé de changer de sens, et c’est Jules Ferry, homme classé à droite, qui a institué l’école républicaine laïque et gratuite, le général de Gaulle, contre lequel la gauche défilait en 1958 en criant « Le fascisme ne passera pas », qui a créé la Sécurité sociale et l’assurance-chômage, et le service public et l’Etat républicain doivent davantage à Michel Debré qu’à Guy Mollet ou à François Mitterrand. Pas plus qu’il ne suffit d’invoquer le nom du général de Gaulle pour incarner une certaine idée de la France, il ne suffit d’invoquer les grandes figures des luttes sociales pour incarner la justice, la solidarité ou la République.

A François Mitterrand, qui se prétendait entre les deux tours de l’élection présidentielle de 1965 le « candidat unique des républicains », André Malraux répondait de « laisser dormir la République », lui qui n’avait jamais rien fait pour elle et qui combattait un homme qui l’avait sauvée deux fois. A Lionel Jospin, nous avons envie de dire aujourd’hui : laissez dormir la gauche de Jaurès et de Léon Blum, vous qui n’avez rien de commun avec elle et qui n’êtes que l’héritier d’une gauche dont le principe est le cynisme et non la générosité.

Il y a une mythologie de la gauche qui n’a rien à voir avec les valeurs ni avec la politique de la gauche actuelle, mais qui est extrêmement efficace.

Quelle importance que la gauche ait depuis vingt ans accru les inégalités, laissé se développer le chômage de masse, mis l’école républicaine en crise, déstabilisé le service public, créé des années durant les conditions d’une économie de rentiers, laissé s’installer les ghettos urbains, conforté le communautarisme ? Quelle importance que la loi contre l’exclusion ait été préparée par le gouvernement d’Alain Juppé, que les 35 heures aient freiné la progression des salaires, que la couverture maladie universelle n’ait d’universelle que le nom et que l’ancienne aide médicale des départements fut parfois plus généreuse ? Quelle importance que la gauche ait cédé à la fascination de l’argent roi et que le fameux « droit d’inventaire » jospinien n’ait jamais été exercé ?

La gauche a pour elle sa légende. Elle peut parler de « mystification » à propos du discours de 1995 sur la fracture sociale comme si elle n’avait pas renié toutes ses promesses de 1981, comme si elle n’avait pas déserté le terrain de la souffrance sociale pour celui des revendications identitaires, comme si elle n’avait pas avant 1993 et après 1997 creusé elle-même la fracture sociale. Elle peut s’indigner qu’il y ait des SDF comme si elle n’avait pas elle-même fabriqué de l’exclusion. Cette gauche soi-disant morale a tous les droits. Elle mène croisade contre le mal, contre le capital, contre les tenants de la régression sociale, de la discrimination, de l’inégalité, contre le racisme, contre le fascisme.

Mais cette gauche qui se pare de vertus qu’elle n’a pas ne se contente pas de donner des leçons et de dénigrer ses adversaires. Elle utilise aussi sa rhétorique mythologique pour dresser les catégories sociales les unes contre les autres, les salariés contre les patrons, les pauvres contre les riches, le public contre le privé, les exclus contre les classes moyennes, les chômeurs contre ceux qui ont un emploi, les habitants des banlieues contre ceux des centres-villes, comme jadis on opposait les classes laborieuses aux classes oisives, le prolétariat à la bourgeoisie. Vieux résidus de l’idéologie de la lutte des classes, qui n’expriment plus le souci d’améliorer la condition humaine et de combattre l’exploitation mais seulement la volonté de diviser pour régner. Nous savons trop ce que nous devons aux valeurs de la République pour les laisser préempter par cette gauche imaginaire dont l’argumentaire se réduit aux procès d’intention.

Ce n’est pas parce que nous refusons de confondre l’égalité avec l’égalitarisme, l’Etat avec l’étatisme, le volontarisme politique avec le dirigisme, la démocratie avec le communautarisme, que nous renonçons à promouvoir la justice sociale et l’égalité, bien au contraire. Ce n’est pas parce que nous refusons d’opposer les salariés du public à ceux du privé que nous renonçons à réhabiliter le service public, bien au contraire. Ce n’est pas parce que nous refusons d’opposer l’anticapitalisme radical à la mondialisation que nous renonçons à l’idée que la santé, l’éducation ou la culture ne sont pas des marchandises comme les autres et qu’il faut accroître l’aide au développement, bien au contraire. Ce n’est pas parce que nous voulons encourager l’épargne-retraite que nous renonçons à défendre par tous les moyens la retraite par répartition, bien au contraire.

Il nous faut sortir des schémas manichéens. L’Etat républicain a vocation à transcender les intérêts particuliers, non à les nier. A l’inverse, la concurrence ne résout pas tous les problèmes et l’entreprise privée n’a pas le monopole de la création de richesse. Le secteur public ne se contente pas de consommer des ressources, il contribue au bien-être, à la productivité globale du pays et à la compétitivité des entreprises. L’hôpital crée de la valeur ajoutée, l’école aussi. Il ne faut pas confondre la fin et les moyens : la compression des coûts, la réduction des effectifs, la privatisation, pour nécessaires qu’elles soient parfois, ne sont pas des fins en soi.

Nous savons d’expérience que le rationnement budgétaire fondé sur une approche exclusivement comptable est la pire des méthodes parce qu’elle génère souvent plus de dysfonctionnements et de gaspillages qu’elle n’en supprime. Il faut chercher avant tout à accroître la productivité de la dépense, à améliorer l’efficacité des services publics à partir de critères qui ne peuvent pas être exclusivement financiers. On n’améliorera le fonctionnement du secteur public ni en le paupérisant ni en dévalorisant le travail des fonctionnaires. Quoi qu’on en dise, comparé à bien d’autres pays, nous avons tout lieu d’être fiers de notre Etat, de notre fonction publique, de nos entreprises publiques. Plus qu’ailleurs sans doute, pour des raisons à la fois géographiques et culturelles, ils sont nécessaires à l’égalité des territoires, à la cohésion, à l’unité de la nation.

Nous sommes convaincus que nous ne corrigerons pas les dysfonctionnements et les dérives bureaucratiques, et que nous ne restaurerons pas la nécessaire autorité de l’Etat, en dénigrant nos enseignants, nos policiers, nos gendarmes, nos infirmiers, nos cheminots, nos postiers, nos électriciens… Mais à la gauche actuelle, qui sert des clientèles, nous voulons opposer une conception de la réforme de l’Etat et de la politique sociale fondée sur le critère de l’intérêt général et du bien commun.

Laissons de côté les étiquettes du XIXe siècle : le socialisme qui voulait le tout-Etat et l’assistanat généralisé, le libéralisme qui prônait l’Etat minimum et le moins-disant social. Laissons de côté les politiques de la table rase qui finissent toujours mal parce qu’elles oublient que les peuples ont une histoire. Cherchons plutôt la synthèse entre l’égalité et la liberté, la justice et l’efficacité, en prenant l’histoire là où elle en est, en tirant les conséquences du progrès des techniques et des engagements internationaux et européens auxquels nous avons collectivement souscrit. La clé de voûte du pacte républicain, c’est bien sûr le principe d’égalité, c’est aussi la morale de l’effort, du mérite, de l’utilité sociale, l’autonomie et la dignité du citoyen forgées dans le travail. C’est donc vers l’objectif central de la réhabilitation du travail que doivent tendre toutes nos politiques dans les années qui viennent. Les principes qui doivent guider l’action sont l’évaluation, la récompense du mérite, la cohésion sociale, l’égalité devant le service public et devant la loi, l’égalité des chances. Le front est large : de l’école à la fiscalité, de l’aménagement du territoire à la politique de la ville, de l’administration à la Sécurité sociale, des entreprises publiques aux entreprises privées.

C’est dans cet esprit qu’il faut à l’école redonner aux enfants le goût de l’effort et rétablir l’autorité des maîtres au lieu de demander aux élèves ce qu’ils ont envie d’apprendre. C’est dans cet esprit qu’il faut réformer l’Etat en rendant à ceux qui le servent leur fierté et leur dignité par la reconnaissance de la valeur de leur travail, de leur dévouement et de leurs compétences. C’est dans cet esprit qu’il faut décloisonner et déconcentrer l’administration et la Sécurité sociale, développer la culture de l’évaluation. C’est dans cet esprit qu’il faut redéfinir clairement les missions de service public et les faire respecter. C’est dans cet esprit qu’il faut davantage aider financièrement les jeunes à poursuivre leurs études et à mener à bien des projets personnels. C’est dans cet esprit qu’il faut développer la formation tout au long de la vie et donner à chaque chômeur la possibilité réelle de retrouver un emploi.

C’est dans cet esprit qu’il faut lutter par tous les moyens contre le chômage et la précarité, et pour la croissance qui crée l’emploi. C’est dans cet esprit qu’il faut abaisser les charges sociales qui alourdissent le coût du travail et qu’il faut baisser l’impôt sur le revenu qui décourage le travail. C’est dans cet esprit qu’il faut assouplir la loi sur les 35 heures et instaurer la retraite à la carte, pour permettre à ceux qui le veulent de travailler plus. C’est dans cet esprit qu’il faut encourager massivement la création d’entreprises. C’est dans cet esprit qu’il faut rénover notre protection sociale pour éliminer les « trappes à pauvreté » et les « trappes à bas salaires ». C’est dans cet esprit qu’il faut s’opposer au repli du service public dans les zones rurales et les quartiers en difficulté… Qui sait ce que serait la politique d’une gauche plurielle écartelée entre trois gauches antagonistes et l’extrême gauche si M. Jospin était élu ?

Au mythe de la gauche morale, le moment est venu d’opposer une grande ambition sociale et la volonté de restaurer l’autorité et le prestige de l’Etat. Le moment est venu d’opposer aux slogans creux la citoyenneté concrète et de faire respecter la république en faisant respecter ceux qui la servent. Lorsque l’Etat est pauvre, c’est la république qui est abaissée. Lorsque les enseignants, les pompiers, les policiers sont agressés, c’est la république qui est humiliée. Lorsque l’égalité devant le service public n’est plus assurée, c’est la république qui se défait. Ni dissolution de l’Etat, ni démantèlement des services publics, ni recul de la protection sociale, mais, au contraire, déchirer le voile de la mythologie pour regarder en face la régression sociale et l’affaiblissement de l’Etat qui, depuis vingt ans, se nourrissent du conservatisme et du clientélisme, reprendre en avant la marche du progrès social en refondant notre pacte républicain en accord avec ces réalités de notre temps que sont la mondialisation et l’Europe afin que, dans le monde tel qu’il est, le travail ne soit pas la seule variable d’ajustement, que le lien social et le lien civique soient préservés, voilà l’objectif.

Dans une société où l’effort, le travail, le mérite seront de nouveau encouragés, valorisés, il n’y aura pas moins de ressources pour la solidarité, pour la protection sociale, pour les retraites et pour le service public, il y en aura davantage. C’est dans cet esprit que Jacques Chirac est candidat, c’est dans cet esprit que son programme sera appliqué s’il est élu. C’est dans cet esprit que la droite et le centre gouverneront si les Français leur accordent leur confiance.

Voir aussi l’excellent récit du Nouvel Obs:

Quelques semaines avant la réélection de Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy signe avec Henri Guaino – devenu aujourd’hui la « plume » de ses discours – une tribune dans « le Monde » intitulée « Pour en finir avec un mythe ». Tout l’esprit de sa future campagne y figure déjà. Il y fustige « le stéréotype d’une gauche soi-disant morale qui aurait le monopole de la justice sociale et du sens de l’Etat » qui a « déserté le terrain de la souffrance sociale pour celui des revendications identitaires » . « Laissez dormir la gauche de Jaurès et de Léon Blum » , conclut alors le duo Sarko-Guaino. Déjà.

« Si le PS se blairise, s’il se modernise en économie et évolue sur l’insécurité et l’immigration, nous sommes morts». Patrick Devedjian

«La gauche ne veut pas comprendre que les gens ne me rendent pas responsable des violences. Ils pensent que c’est d’abord la société qui est violente et ils me font crédit d’essayer de lutter contre. Oui, ils me font crédit . La gauche n’arrive pas à intégrer ça . C’est pourtant ce qui se passe » . Nicolas Sarkozy

Sarkozy n’a écouté que ses intuitions et son expérience, accumulée depuis des années. Place Beauvau, il possédait une petite armoire dans laquelle il avait enfermé ses petits secrets. Depuis le début de sa carrière, mais plus encore depuis l’échec de Balladur en 1993, il a gardé tout ce qui pouvait lui servir un jour : des notations personnelles sur les hommes, des impressions de la rue, de la vie quotidienne, de ce qui fonctionne ou non dans la société, l’administration, les magasins ou les entreprises, des idées griffonnées à la va-vite, une dépêche AFP, un communiqué, un petit article de la presse régionale, la relation d’un fait divers, les récriminations des uns et des autres. Bref, tout ce qu’il jugeait significatif de l’état d’esprit de la population ou de son évolution. « On s’est tous juré , un jour ou l’autre , de noter ce qui ne marche pas, ce qu’on pourrait améliorer . La plupart du temps, on oublie » , racontait-il, voici quelques années. Pas lui. Il a tout conservé. Scrupuleusement. Pour pouvoir, le moment venu, étayer ses démonstrations par des exemples, des détails concrets. C’est dire qu’il est fin prêt lorsqu’il est désigné candidat en janvier 2007.

Depuis le temps qu’il en rêvait…
La longue marche du président Sarko
L’élection du candidat de l’UMP est à la fois le triomphe d’un homme, le fruit d’une stratégie audacieuse et l’aboutissement de la reconstruction d’une vraie droite en France. Pour gagner, Sarkozy a su faire oublier ses trois anciens mentors : Pasqua, Balladur et surtout… Chirac. Comment célébrer l’alliance majoritaire des très riches et des classes populaires ? C’est la clé d’une victoire imaginée dès le lendemain de la présidentielle de 2002. Un récit de Carole Barjon
Le Nouvel Observateur
Le 10 Mai 2007

C’est une victoire éclatante, presque un triomphe. Un choc pour la France. Pour ceux qui l’attendaient aussi bien que pour ceux qui le redoutaient. 53 % ! Dans ce chiffre, il y a tout l’espoir des uns et la colère des autres. Ce score dessine le visage d’une nouvelle France politique : une droite plébiscitée et populaire face à une gauche amère, désavouée par le peuple.

Sarkozy-le-rouleau-compresseur a tout écrasé sur son passage. En un dimanche, tout semble avoir été oublié. La violence du personnage, les pressions sur la presse que l’on dénonçait quelques semaines plus tôt, la menace de main mise sur tous les leviers de l’Etat. Son score est inespéré pour un candidat issu de la majorité sortante. Depuis que la Cinquième existe, on n’avait jamais vu ça. Dans le livre des records, Sarkozy s’approche du niveau des plus grands : de Gaulle ( 55, 2 % en 1965 ) et Mitterrand ( 54, 01 en 1988 ) Après douze ans de pouvoir chiraquien et cinq ans au gouvernement, le candidat de l’UMP était logiquement promis aux enfers de l’opposition, conformément à la loi de l’alternance. Seul Giscard, sorte d’accident de l’histoire, avait réussi à incarner le changement dans la continuité, en 1974, mais après une campagne éclair due à la mort de Pompidou.

Sarkozy a réussi, après presque cinq ans au gouvernement, à gagner une élection dans laquelle la gauche disposait de formidables atouts. Un véritable tour de force qui efface toutes les humiliations du passé, la défaite avec Balladur en 1993, son échec personnel aux élections européennes de 1999. Ultime satisfaction : ce vote, comme l’a noté le sociologue Jean Viard qui parle de « vote restructurant » , n’est pas – pour la première fois depuis longtemps – un choix par défaut mais un vote d’adhésion.

Ce sacre, c’est l’aboutissement d’une longue marche vers le pouvoir entamée à la fin des années 1970, à l’époque où, à cet ami qui lui prédisait une carrière de ministre, Sarkozy répliquait : « Non, président de la République » . Il l’a toujours dit : « Ceux qui réussissent sont ceux qui le veulent plus que les autres. Et moi, j’en ai plus envie que d’autres . » De cette profession de foi, il a fait sa marque de fabrique. Sarkozy-la-gagne. Un jour qu’il commentait l’engagement résolu du « Nouvel Observateur » en faveur du référendum constitutionnel européen de 2005, il a eu ce mot qui dit tout : « Vous avez défendu vos idées , oui, mais vous avez perdu ! » Du Sarkozy tout craché. La culture du résultat, la réussite, le succès, c’est cela qui compte d’abord. Que valent les idées si on ne les fait pas passer ?

Ses convictions, il en a, à vrai dire, peu changé sur le fond. Chabaniste à ses débuts, il fut chiraquien puis balladurien. Il a souvent changé de mentor, pas de parti. Après la présidentielle de 1974, sollicité pour rejoindre les troupes du nouveau pouvoir giscardien, le jeune Sarkozy décline l’invitation : « Non merci. Je ne vais pas à la soupe ». Son interlocuteur, Hugues Dewavrin, alors jeune-giscardien, qui avait tenté cette mission impossible, en est resté bluffé, convaincu après cela qu’avec un tel tempérament « le petit Nicolas » parviendrait un jour aux sommets de l’Etat.

Sarkozy a gagné seul. Seul contre tous : contre la gauche, contre le Front national, contre Chirac. Dès l’origine, il savait qu’il lui faudrait rassembler, réaliser la synthèse du gaullisme du pompidolisme et… du mitterrandisme. Il avait deux obsessions : remiser au vestiaire le képi de Pasqua et la chaise à porteurs de Balladur. Il a réussi parce qu’il a neutralisé ses trois pères en politique : Pasqua, Balladur et Chirac. Il a battu le premier, effacé le deuxième et vampirisé le troisième. Sur le papier, c’est aussi simple que ça. En pratique, ce fut une tout autre histoire…

« Cette campagne, il la gagnera ou la perdra seul » , assurait-on ces derniers mois à son quartier général parisien de la rue d’Enghien, alors qu’il n’entendait déjà plus personne. Sarkozy n’a écouté que ses intuitions et son expérience, accumulée depuis des années. Place Beauvau, il possédait une petite armoire dans laquelle il avait enfermé ses petits secrets. Depuis le début de sa carrière, mais plus encore depuis l’échec de Balladur en 1993, il a gardé tout ce qui pouvait lui servir un jour : des notations personnelles sur les hommes, des impressions de la rue, de la vie quotidienne, de ce qui fonctionne ou non dans la société, l’administration, les magasins ou les entreprises, des idées griffonnées à la va-vite, une dépêche AFP, un communiqué, un petit article de la presse régionale, la relation d’un fait divers, les récriminations des uns et des autres. Bref, tout ce qu’il jugeait significatif de l’état d’esprit de la population ou de son évolution.
« On s’est tous juré , un jour ou l’autre , de noter ce qui ne marche pas, ce qu’on pourrait améliorer . La plupart du temps, on oublie » , racontait-il, voici quelques années. Pas lui. Il a tout conservé. Scrupuleusement. Pour pouvoir, le moment venu, étayer ses démonstrations par des exemples, des détails concrets. C’est dire qu’il est fin prêt lorsqu’il est désigné candidat en janvier 2007.

Car c’est en 2002 que Sarkozy a réellement entamé sa campagne présidentielle. Lorsque Chirac réélu lui donne le choix entre Bercy ou le ministère de l’Intérieur, il n’hésite pas. C’est place Beauvau, il le sent, qu’il sera en phase avec les aspirations du pays. C’est de là, en luttant contre l’insécurité et l’immigration, qu’il pourra le mieux réduire le Front national – « Le Pen, je vais le bouffer » , disait-il – et mettre la gauche face à ses contradictions.

Pari tenu. Au premier tour, le 22 avril dernier, il a pulvérisé le Front national. Au second, il a confirmé sa percée dans des secteurs traditionnellement acquis à la gauche. Certes, le fond de son électorat reste celui de la droite de toujours : les personnes âgées dont le poids est aujourd’hui décisif au sein de la société française, les hauts revenus ainsi que les artisans, les petits commerçants, agriculteurs. Mais tout de même : il a rallié le vote ouvrier, notamment dans le Nord et le Pas-de-Calais. Il a atteint son but : attirer les catégories populaires dans le giron de la droite républicaine.

C’était son objectif depuis 2002. Quelques semaines avant la réélection de Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy signe avec Henri Guaino – devenu aujourd’hui la « plume » de ses discours – une tribune dans « le Monde » intitulée « Pour en finir avec un mythe ». Tout l’esprit de sa future campagne y figure déjà. Il y fustige « le stéréotype d’une gauche soi-disant morale qui aurait le monopole de la justice sociale et du sens de l’Etat » qui a « déserté le terrain de la souffrance sociale pour celui des revendications identitaires » . « Laissez dormir la gauche de Jaurès et de Léon Blum » , conclut alors le duo Sarko-Guaino. Déjà.

Au fond, pour Sarkozy l’élimination de Lionel Jospin au premier tour de la présidentielle, le 21 avril 2002, n’avait rien d’un accident. Il en fait depuis longtemps l’analyse. « La gauche est enfermée dans ses vieux schémas » , observait-il peu après la réélection de Chirac. Sarkozy a beaucoup d’appétit et l’esprit large… Il veut séduire les catégories populaires mais aussi les classes moyennes et même l’élite intellectuelle, même les « bobos ». « C’est aussi vous que je veux convaincre » , lance-t-il ainsi un jour au « Nouvel Observateur », alors qu’il est au zénith dans les sondages. Mais pour désarçonner la gauche, il doit lui donner des gages. D’où ses prise de position en faveur de l’abolition de la double peine pour les étrangers en situation irrégulière – qu’il fera voter – ou du vote des étrangers aux élections locales – qu’il avancera un temps avant de l’abandonner prudemment en cours de campagne pour ne pas trop heurter les électeurs frontistes.

Dès son arrivée place Beauvau, le futur président a pris la gauche à revers. Avec son assentiment. A Sangatte, lorsqu’il va ordonner la fermeture du centre de réfugiés, on le voit bras dessus, bras dessous avec Jack Lang, devenu plus tard porte-parole de la candidate socialiste. Guy Bedos, Pierre Arditi et même Bertrand Tavernier, lui apportent leur soutien. Il jubile. Il est sûr d’être dans la bonne direction. Et pas seulement sur le terrain de l’insécurité ou de l’immigration.

Car Sarkozy n’a jamais pensé que le silence de l’opinion face, par exemple, aux grèves à répétition dans les transports valait approbation. Il n’a jamais cru, sauf pour les retraites et le CPE, à la thèse des grèves par procuration en vogue depuis les mouvements de 1995. « Quelle bêtise ! disait-il. Les gens ne disent rien parce qu’ils sont civilisés et démocrates . Mais ils n’en pensent pas moins. Et à la fin ils votent » . Et de conclure souvent : « La gauche persiste dans l’erreur . Tant mieux pour moi » .

Mêmes certitudes après les élections régionales de 2004. Pour le ministre de l’Intérieur d’alors, la Berezina de la droite ne signifie en rien une adhésion du peuple français à la gauche ou au PS. Les satisfecit que s’accorde alors le premier secrétaire du PS François Hollande lui semblent « à côté de la plaque» . A ses yeux, les résultats expriment surtout un double rejet : celui de Jean-Pierre Raffarin et donc de Jacques Chirac qui a maintenu le Premier ministre à son poste envers et contre tout.

La séquence des émeutes de novembre 2005 ne fait que le conforter dans son analyse. « Heureusement pour nous, la gauche n’a rien compris. Elle conserve ses réflexes » , observe alors, un mois après les événements, Patrick Devedjian qui redoutait pourtant encore une mue du Parti socialiste : « Si le PS se blairise, s’il se modernise en économie et évolue sur l’insécurité et l’immigration, nous sommes morts». A l’époque, Sarkozy décrypte ainsi la situation : « La gauche ne veut pas comprendre que les gens ne me rendent pas responsable des violences. Ils pensent que c’est d’abord la société qui est violente et ils me font crédit d’essayer de lutter contre. Oui, ils me font crédit . La gauche n’arrive pas à intégrer ça . C’est pourtant ce qui se passe » .

Lorsque surviendront, fin mars 2007, les violences de la gare du Nord, probablement l’un des tournants de cette campagne présidentielle, il n’a pas changé d’avis et bondit sur l’occasion que lui offre la première réaction de Ségolène Royal. Comme il avait sauté quelques semaines auparavant sur l’occasion de prendre à contre-pied François Hollande au moment de l’arrestation de Cesare Battisti, n’oubliant pas que le premier secrétaire du PS était allé visiter en prison cet ancien membre des PAC ( Prolétaires Armés pour le Communisme ) réfugié en France.

Une analyse de longue date donc, qui vaut pour la gauche mais aussi pour Chirac. Sarkozy n’a pas oublié qu’au début des émeutes de 2005 le président de la République et les siens avaient entonné à mi-voix l’air favori de l’opposition : « Sarkozy facteur de désordre ».

De quoi Nicolas Sarkozy est-il aujourd’hui le plus fier ? Est-ce d’avoir vaincu la gauche, d’avoir réduit le FN ou d’avoir enfoncé Chirac ? Les trois sans doute. Mais tout de même ! Quelle incroyable revanche pour le pestiféré, « le traître » de 1995 sifflé ensuite à Vincennes par le conseil national du RPR ! Quelle claque magistrale pour Chirac, « abonné » depuis 1988 à ses 20 % au premier tour, ce fameux noyau dur qu’il n’a jamais su ou pu élargir. Chirac qui n’a cessé de répéter que Sarkozy n’était « pas un rassembleur » . Chirac tétanisé par son échec à l’élection présidentielle de 1988 et dont la carrière se sera faite parallèlement à la montée du FN et malgré elle. Chirac dont il pense que la droite – aussi bien son électorat que ses élus – ne lui a jamais vraiment pardonné la dissolution de 1997.

Chirac devant lequel il a dû mettre un genou à terre, après la trahison de 1993, lorsqu’il a remis les pieds pour la première fois à l’Elysée, à l’occasion de la cérémonie des voeux du Nouvel An en 1996. Chirac qui ne l’a pas nommé à Matignon en 2002 et ne lui a proposé « que » l’Intérieur. Il lui avait alors dit, bravache : « Pourquoi me faites-vous confiance pour être votre numéro deux puisque vous ne me faites pas confiance pour être votre numéro un ? » Chirac qui l’a tenu en lisière pendant cinq ans. Chirac enfin « qui s’est complètement trompé » sur son analyse des résultats de l’élection de 2002. « Ah, ça oui. C’était même notre objectif de le démontrer. C’est comme ça qu’on a construit la campagne » , souligne aujourd’hui un proche du nouveau président.

Dès le 21 avril 2002, la divergence d’analyse entre Chirac et Sarkozy est en effet patente. Le premier s’engage sur un discours à tous les républicains. Le second pense, en revanche, qu’il faut élargir la majorité, répondre à « l’immense sentiment d’exaspération du peuple » mais ne renoncer en rien au programme de la droite, selon lui, validé malgré tout lors de ce premier tour. Pour Sarkozy il faut profiter du fait que la gauche est décapitée pour mener, très vite, quelques réformes difficiles comme celle des retraites, de l’école ou l’instauration du service minimum.
C’est de cette conviction que Chirac s’est trompé qu’il tire la certitude qu’il devra, lui, incarner la « rupture ». Il le martèle alors à ses proches : « Si je suis le candidat de la continuité, je suis mort » . Il multiplie donc les provocs en France comme à l’étranger, en Chine ou aux Etats-Unis. Partout dans le monde, il n’a pas de mots assez durs, en privé, sur la présidence de Chirac. Au point que les diplomates se renseignent auprès de leurs autres sources : « Mais qu’est-ce qui se passe en France ? » Lorsqu’il critiquera, sur le sol américain, la politique de la France sur l’Irak, la question de son départ est posée dans le premier cercle chiraquien. « Il aurait fallu le virer à ce moment-là , dit un ancien ministre, mais Chirac a eu peur » .

Du coup, Sarkozy se croit tout permis. A l’approche du référendum européen de 2005 et alors que la victoire du non paraît inéluctable, il confie : « Il y a un ressentiment incroyable contre Chirac » . Puis il se pince les lèvres de crainte d’en dire trop. Mais il va quand même jusqu’à comparer son président, un jour de 14-Juillet, à « Louis XVI en train de monter ses serrures à Versailles tandis que la France gronde »… Quand Sarkozy dénonce, pendant toute sa campagne présidentielle, « l’inertie » et « l’immobilisme » , il désigne le PS et sa candidate mais c’est aussi à Chirac qu’il pense. Il estime avoir tellement bien réussi à se différencier de ce dernier qu’il se permet de jouer franc jeu à la télévision lorsqu’on l’interroge sur son bilan et ses échecs ( la Corse ou l’augmentation des violences contre les personnes ). « Je parie sur l’intelligence des Français , dit-il. Les gens ne sont pas bêtes . Ils savent bien qu’on ne résout pas tout d’un coup de baguette magique. Ils me laissent une chance parce que je désigne les objectifs qui sont aussi les leurs, parce que je parle de leurs problèmes comme eux » .

Reste à incarner cette rupture mais sans effrayer le bourgeois. Première étape : faire oublier Balladur. Sarkozy est un homme qui sait tirer les leçons de ses échecs passés. La campagne de Balladur qui fut aussi la sienne, il l’a disséquée, décortiquée, analysée sous toutes les coutures. « L’erreur de Balladur est d’être resté immobile , accroché à son bilan gouvernemental , a-t-il souvent expliqué. Il n’a pas su être audacieux » . Et, ajoutait-il en confidence : « Il n’a pas assez donné de lui-même . Dans une campagne, il faut se donner. »

Autre enseignement : les balladuriens, et notamment le clan Sarkozy, ont donné d’eux une image détestable à l’époque, notamment au Parlement avec le fameux « t’es avec nous ou contre nous ? » , prononcé sur un ton menaçant. Depuis son arrivée place Beauvau, Sarkozy s’est employé cette fois, sinon à séduire les parlementaires – ceux de l’UMP comme ceux de l’UDF – du moins à les convaincre du bien-fondé de sa stratégie. « Le ralliement massif des députés UDF entre les deux tours n’est pas le fruit du hasard , observe Frédéric Lefebvre, conseiller parlementaire de Sarkozy. On travaille avec eux depuis des années . » Soit. Disons plutôt que les députés ont compris d’eux-mêmes où se trouvait la puissance. Et on sait que Sarkozy ne plaisante pas avec les rapports de force…

Deuxième étape : opérer une métamorphose à la hauteur de l’enjeu présidentiel. « J’ai changé … » Pour cela, il s’en remet à Henri Guaino, le véritable artisan de la victoire de Sarkozy. Sarkozy a plusieurs fois croisé la route, ou plutôt le fer, de cet économiste gaulliste féru d’histoire. Souverainiste, séguiniste, pasquaïen, Guaino est, sous l’ère Balladur, le chantre de « l’autre politique » qui donne des boutons à l’ancien Premier ministre. Il apportera sa pierre au projet présidentiel de Chirac en 1995 et à la fameuse « fracture sociale ». Sarkozy est alors ministre du Budget puis porte-parole du candidat Balladur. Tout les oppose donc. Ils se revoient au RPR lorsque Séguin en prend la tête et apprennent à s’apprécier. Mais ils ne se rencontrent vraiment qu’à la veille de la présidentielle de 2002 lorsqu’ils décident d’écrire ensemble leur tribune dans « le Monde ». Au début de l’année 2006, Guaino vient trouver Sarkozy. «Tu ne seras jamais élu si tu es un candidat libéral, atlantiste et communautaire , lui dit-il. Aux Français , tu dois parler de la France. Je peux t’y aider » . Quelques mois plus tard, Sarkozy prononce à Nîmes un discours remarqué sur la France. Depuis, Guaino est devenu son unique parolier. Jaurès (dont le nom fut prononcé 27 fois à Toulouse ), Blum, de Gaulle, Jules Ferry, tout cela, c’est Guaino. L’ancien commissaire au Plan a ramené la République, la France et la Nation dans la campagne. La mue du candidat est telle qu’il y croit lui-même. « J’ai changé… »

Retour sur terre au moment du débat de l’entre-deux-tours contre Ségolène Royal. Oublier Balladur ? Pas si facile apparemment. Tétanisé à l’idée de commettre la faute, Sarkozy se cramponne. Et réduit le champ de ses réponses à leur plus simple expression. Plutôt petit bras que gaffeur ou roquet. C’est ainsi qu’on passe de De Gaulle à Pompidou, de la France de Victor Hugo à celle de Balzac ( une France de propriétaires ). Sarkozy a fait la campagne déguisé en Jean Jaurès. Voici que resurgit l’ancien ministre du Budget de Balladur. « Le seul objectif était d’éviter l’agressivité . Du coup, il a fonctionné sur ses automatismes » . En effet. Mais qu’importe, pour lui, si Ségolène le double sur son propre terrain, celui du volontarisme. Tant pis s’il déçoit un électorat séduit par son discours musclé ! Sarkozy estime qu’il pouvait se le permettre. Parce qu’il a commencé cette campagne il y a bien longtemps, parce qu’il avait installé son personnage, parce qu’il avait déjà convaincu de sa poigne et de son autorité, il a fait le pari qu’il pouvait passer, l’espace d’une joute télévisée, pour un demi-sel et que les Français, là encore, lui feraient crédit et comprendraient sa tactique.

Le candidat a surtout parié, en cette fin de campagne, sur l’échec de la stratégie de diabolisation – « Sarkozy pire que Le Pen » – menée par la gauche et surtout l’extrêmegauche. Qui s’est levé pour condamner les propos de Le Pen le qualifiant de « candidat venu de l’immigration , juif par sa mère ? », interroge un proche conseiller de Sarkozy. Pas grand-monde, à dire vrai. Il n’a pas échappé au président de l’UMP, que, hormis une brève condamnation de Ségolène Royal elle-même un matin à la radio, la gauche avait été bien discrète sur le sujet. Il ne lui a pas échappé qu’au Parti socialiste un simple communiqué de Faouzi Lamdaoui, obscur secrétaire national à l’Egalité et au Partenariat équitable, a dénoncé « ces propos inacceptables » qui « relèvent de la xénophobie exprimée régulièrement par cet homme d’extrême-droite», mais qu’il a ajouté : « Sarkozy (…) est pris au piège de sa propre surenchère identitaire malsaine avec Jean-Marie Le Pen » . Sous-entendu : il ne l’a pas volé. Commentaire sur le moment d’un proche conseiller du candidat : « Ce jour-là , la gauche a perdu son âme » . Le même s’indigne : « A part quelques éditorialistes ( NDLR : notamment Jean Daniel dans “ le Nouvel Observateur” ), qui, à gauche, se réjouit du recul historique de Jean-Marie Le Pen ? »

Voilà pourquoi Nicolas Sarkozy s’est senti autorisé à dénoncer à plusieurs reprises en fin de campagne « la faillite morale » et « la dérive sectaire d’une petite gauche qui n’admet pas de pouvoir avoir tort » . En privé, il n’est pas en reste. « Ça me sert, confie-t-il à ses fidèles, la semaine dernière . Les gens ne supportent plus le sectarisme » . Voilà pourquoi il pensait aussi obtenir une victoire franche, voire massive. Voilà pourquoi il apparaissait aux siens étonnamment calme cette dernière semaine, songeant à se mettre au vert quelques jours avant de prendre ses fonctions le 16 mai.

« Oser être de droite » : c’était le titre d’une interview du député-maire de Neuilly aux « Echos » en 1998. Sarkozy a tenu son pari : rendre sa fierté à une droite désormais décomplexée. Mais, déjà, les amis du nouveau président préviennent, comme s’il fallait se méfier de cette large victoire. « On ferait une grave erreur de penser que c’est celle de la droite sur la gauche », remarque Henri Guaino. C’est d’abord une victoire du volontarisme politique. « On ne s’y trompe pas, c’est l’élection de la dernière chance, relève l’ex-ministre de la Santé Xavier Bertrand. La participation massive et le recul du Front national sont un appel des Français aux partis de gouvernement . C’est comme s’ils nous avaient dit : bon, on essaie encore une fois. Après, si on ne répond pas aux attentes, on aura les extrêmes ». Comment mieux dire que Sarkozy n’a pas droit à l’erreur ?

Présidentielle : Heureusement pour nous, la gauche n’a rien compris

« La gauche persiste dans l’erreur . Tant mieux pour moi »

« Si je suis le candidat de la continuité, je suis mort » .

Retour sur la campagne victorieuse de Nicolas sarkozy…

A l’époque où il montait (avec son parolier préféré Guaino et dans une tribune du Monde) sa machine de guerre de 2007…

Fustigeant l’inertie » et « l’immobilisme» et appelant au «droit d’inventaire» comme à la démystification de la gauche tout en s’en appropriant les figures historiques …

En… 2002 et pour (cherchez l’erreur !)… Chirak !!!

Pas plus qu’il ne suffit d’invoquer le nom du général de Gaulle pour incarner une certaine idée de la France, il ne suffit d’invoquer les grandes figures des luttes sociales pour incarner la justice, la solidarité ou la République.

C’est dans cet esprit que Jacques Chirac est candidat, c’est dans cet esprit que son programme sera appliqué s’il est élu.

Lundi 21 mai 2007

POINT DE VUE
Pour en finir avec un mythe
PAR HENRI GUAINO ET NICOLAS SARKOZY
Le Monde
Le 11.04.02
http://abonnes.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/acheter.cgi?offre=ARCHIVES&type_item=ART_ARCH_30J&objet_id=750366

Le stéréotype d’une gauche qui aurait le monopole de la justice sociale et du sens de l’Etat a la vie dure. Stéréotype aussi tenace qu’infondé. Non que depuis deux cents ans ce que l’on a appelé « la gauche » n’ait pas contribué au progrès social. Mais sur deux siècles le mot « gauche » n’a cessé de changer de sens, et c’est Jules Ferry, homme classé à droite, qui a institué l’école républicaine laïque et gratuite, le général de Gaulle, contre lequel la gauche défilait en 1958 en criant « Le fascisme ne passera pas », qui a créé la Sécurité sociale et l’assurance-chômage, et le service public et l’Etat républicain doivent davantage à Michel Debré qu’à Guy Mollet ou à François Mitterrand. Pas plus qu’il ne suffit d’invoquer le nom du général de Gaulle pour incarner une certaine idée de la France, il ne suffit d’invoquer les grandes figures des luttes sociales pour incarner la justice, la solidarité ou la République.

A François Mitterrand, qui se prétendait entre les deux tours de l’élection présidentielle de 1965 le « candidat unique des républicains », André Malraux répondait de « laisser dormir la République », lui qui n’avait jamais rien fait pour elle et qui combattait un homme qui l’avait sauvée deux fois. A Lionel Jospin, nous avons envie de dire aujourd’hui : laissez dormir la gauche de Jaurès et de Léon Blum, vous qui n’avez rien de commun avec elle et qui n’êtes que l’héritier d’une gauche dont le principe est le cynisme et non la générosité.

Il y a une mythologie de la gauche qui n’a rien à voir avec les valeurs ni avec la politique de la gauche actuelle, mais qui est extrêmement efficace.

Quelle importance que la gauche ait depuis vingt ans accru les inégalités, laissé se développer le chômage de masse, mis l’école républicaine en crise, déstabilisé le service public, créé des années durant les conditions d’une économie de rentiers, laissé s’installer les ghettos urbains, conforté le communautarisme ? Quelle importance que la loi contre l’exclusion ait été préparée par le gouvernement d’Alain Juppé, que les 35 heures aient freiné la progression des salaires, que la couverture maladie universelle n’ait d’universelle que le nom et que l’ancienne aide médicale des départements fut parfois plus généreuse ? Quelle importance que la gauche ait cédé à la fascination de l’argent roi et que le fameux « droit d’inventaire » jospinien n’ait jamais été exercé ?

La gauche a pour elle sa légende. Elle peut parler de « mystification » à propos du discours de 1995 sur la fracture sociale comme si elle n’avait pas renié toutes ses promesses de 1981, comme si elle n’avait pas déserté le terrain de la souffrance sociale pour celui des revendications identitaires, comme si elle n’avait pas avant 1993 et après 1997 creusé elle-même la fracture sociale. Elle peut s’indigner qu’il y ait des SDF comme si elle n’avait pas elle-même fabriqué de l’exclusion. Cette gauche soi-disant morale a tous les droits. Elle mène croisade contre le mal, contre le capital, contre les tenants de la régression sociale, de la discrimination, de l’inégalité, contre le racisme, contre le fascisme.

Mais cette gauche qui se pare de vertus qu’elle n’a pas ne se contente pas de donner des leçons et de dénigrer ses adversaires. Elle utilise aussi sa rhétorique mythologique pour dresser les catégories sociales les unes contre les autres, les salariés contre les patrons, les pauvres contre les riches, le public contre le privé, les exclus contre les classes moyennes, les chômeurs contre ceux qui ont un emploi, les habitants des banlieues contre ceux des centres-villes, comme jadis on opposait les classes laborieuses aux classes oisives, le prolétariat à la bourgeoisie. Vieux résidus de l’idéologie de la lutte des classes, qui n’expriment plus le souci d’améliorer la condition humaine et de combattre l’exploitation mais seulement la volonté de diviser pour régner. Nous savons trop ce que nous devons aux valeurs de la République pour les laisser préempter par cette gauche imaginaire dont l’argumentaire se réduit aux procès d’intention.

Ce n’est pas parce que nous refusons de confondre l’égalité avec l’égalitarisme, l’Etat avec l’étatisme, le volontarisme politique avec le dirigisme, la démocratie avec le communautarisme, que nous renonçons à promouvoir la justice sociale et l’égalité, bien au contraire. Ce n’est pas parce que nous refusons d’opposer les salariés du public à ceux du privé que nous renonçons à réhabiliter le service public, bien au contraire. Ce n’est pas parce que nous refusons d’opposer l’anticapitalisme radical à la mondialisation que nous renonçons à l’idée que la santé, l’éducation ou la culture ne sont pas des marchandises comme les autres et qu’il faut accroître l’aide au développement, bien au contraire. Ce n’est pas parce que nous voulons encourager l’épargne-retraite que nous renonçons à défendre par tous les moyens la retraite par répartition, bien au contraire.

Il nous faut sortir des schémas manichéens. L’Etat républicain a vocation à transcender les intérêts particuliers, non à les nier. A l’inverse, la concurrence ne résout pas tous les problèmes et l’entreprise privée n’a pas le monopole de la création de richesse. Le secteur public ne se contente pas de consommer des ressources, il contribue au bien-être, à la productivité globale du pays et à la compétitivité des entreprises. L’hôpital crée de la valeur ajoutée, l’école aussi. Il ne faut pas confondre la fin et les moyens : la compression des coûts, la réduction des effectifs, la privatisation, pour nécessaires qu’elles soient parfois, ne sont pas des fins en soi.

Nous savons d’expérience que le rationnement budgétaire fondé sur une approche exclusivement comptable est la pire des méthodes parce qu’elle génère souvent plus de dysfonctionnements et de gaspillages qu’elle n’en supprime. Il faut chercher avant tout à accroître la productivité de la dépense, à améliorer l’efficacité des services publics à partir de critères qui ne peuvent pas être exclusivement financiers. On n’améliorera le fonctionnement du secteur public ni en le paupérisant ni en dévalorisant le travail des fonctionnaires. Quoi qu’on en dise, comparé à bien d’autres pays, nous avons tout lieu d’être fiers de notre Etat, de notre fonction publique, de nos entreprises publiques. Plus qu’ailleurs sans doute, pour des raisons à la fois géographiques et culturelles, ils sont nécessaires à l’égalité des territoires, à la cohésion, à l’unité de la nation.

Nous sommes convaincus que nous ne corrigerons pas les dysfonctionnements et les dérives bureaucratiques, et que nous ne restaurerons pas la nécessaire autorité de l’Etat, en dénigrant nos enseignants, nos policiers, nos gendarmes, nos infirmiers, nos cheminots, nos postiers, nos électriciens… Mais à la gauche actuelle, qui sert des clientèles, nous voulons opposer une conception de la réforme de l’Etat et de la politique sociale fondée sur le critère de l’intérêt général et du bien commun.

Laissons de côté les étiquettes du XIXe siècle : le socialisme qui voulait le tout-Etat et l’assistanat généralisé, le libéralisme qui prônait l’Etat minimum et le moins-disant social. Laissons de côté les politiques de la table rase qui finissent toujours mal parce qu’elles oublient que les peuples ont une histoire. Cherchons plutôt la synthèse entre l’égalité et la liberté, la justice et l’efficacité, en prenant l’histoire là où elle en est, en tirant les conséquences du progrès des techniques et des engagements internationaux et européens auxquels nous avons collectivement souscrit. La clé de voûte du pacte républicain, c’est bien sûr le principe d’égalité, c’est aussi la morale de l’effort, du mérite, de l’utilité sociale, l’autonomie et la dignité du citoyen forgées dans le travail. C’est donc vers l’objectif central de la réhabilitation du travail que doivent tendre toutes nos politiques dans les années qui viennent. Les principes qui doivent guider l’action sont l’évaluation, la récompense du mérite, la cohésion sociale, l’égalité devant le service public et devant la loi, l’égalité des chances. Le front est large : de l’école à la fiscalité, de l’aménagement du territoire à la politique de la ville, de l’administration à la Sécurité sociale, des entreprises publiques aux entreprises privées.

C’est dans cet esprit qu’il faut à l’école redonner aux enfants le goût de l’effort et rétablir l’autorité des maîtres au lieu de demander aux élèves ce qu’ils ont envie d’apprendre. C’est dans cet esprit qu’il faut réformer l’Etat en rendant à ceux qui le servent leur fierté et leur dignité par la reconnaissance de la valeur de leur travail, de leur dévouement et de leurs compétences. C’est dans cet esprit qu’il faut décloisonner et déconcentrer l’administration et la Sécurité sociale, développer la culture de l’évaluation. C’est dans cet esprit qu’il faut redéfinir clairement les missions de service public et les faire respecter. C’est dans cet esprit qu’il faut davantage aider financièrement les jeunes à poursuivre leurs études et à mener à bien des projets personnels. C’est dans cet esprit qu’il faut développer la formation tout au long de la vie et donner à chaque chômeur la possibilité réelle de retrouver un emploi.

C’est dans cet esprit qu’il faut lutter par tous les moyens contre le chômage et la précarité, et pour la croissance qui crée l’emploi. C’est dans cet esprit qu’il faut abaisser les charges sociales qui alourdissent le coût du travail et qu’il faut baisser l’impôt sur le revenu qui décourage le travail. C’est dans cet esprit qu’il faut assouplir la loi sur les 35 heures et instaurer la retraite à la carte, pour permettre à ceux qui le veulent de travailler plus. C’est dans cet esprit qu’il faut encourager massivement la création d’entreprises. C’est dans cet esprit qu’il faut rénover notre protection sociale pour éliminer les « trappes à pauvreté » et les « trappes à bas salaires ». C’est dans cet esprit qu’il faut s’opposer au repli du service public dans les zones rurales et les quartiers en difficulté… Qui sait ce que serait la politique d’une gauche plurielle écartelée entre trois gauches antagonistes et l’extrême gauche si M. Jospin était élu ?

Au mythe de la gauche morale, le moment est venu d’opposer une grande ambition sociale et la volonté de restaurer l’autorité et le prestige de l’Etat. Le moment est venu d’opposer aux slogans creux la citoyenneté concrète et de faire respecter la république en faisant respecter ceux qui la servent. Lorsque l’Etat est pauvre, c’est la république qui est abaissée. Lorsque les enseignants, les pompiers, les policiers sont agressés, c’est la république qui est humiliée. Lorsque l’égalité devant le service public n’est plus assurée, c’est la république qui se défait. Ni dissolution de l’Etat, ni démantèlement des services publics, ni recul de la protection sociale, mais, au contraire, déchirer le voile de la mythologie pour regarder en face la régression sociale et l’affaiblissement de l’Etat qui, depuis vingt ans, se nourrissent du conservatisme et du clientélisme, reprendre en avant la marche du progrès social en refondant notre pacte républicain en accord avec ces réalités de notre temps que sont la mondialisation et l’Europe afin que, dans le monde tel qu’il est, le travail ne soit pas la seule variable d’ajustement, que le lien social et le lien civique soient préservés, voilà l’objectif.

Dans une société où l’effort, le travail, le mérite seront de nouveau encouragés, valorisés, il n’y aura pas moins de ressources pour la solidarité, pour la protection sociale, pour les retraites et pour le service public, il y en aura davantage. C’est dans cet esprit que Jacques Chirac est candidat, c’est dans cet esprit que son programme sera appliqué s’il est élu. C’est dans cet esprit que la droite et le centre gouverneront si les Français leur accordent leur confiance.

Voir aussi :

Quelques semaines avant la réélection de Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy signe avec Henri Guaino – devenu aujourd’hui la « plume » de ses discours – une tribune dans « le Monde » intitulée « Pour en finir avec un mythe ». Tout l’esprit de sa future campagne y figure déjà. Il y fustige « le stéréotype d’une gauche soi-disant morale qui aurait le monopole de la justice sociale et du sens de l’Etat » qui a « déserté le terrain de la souffrance sociale pour celui des revendications identitaires » . « Laissez dormir la gauche de Jaurès et de Léon Blum » , conclut alors le duo Sarko-Guaino. Déjà.

« Si le PS se blairise, s’il se modernise en économie et évolue sur l’insécurité et l’immigration, nous sommes morts». Patrick Devedjian

«La gauche ne veut pas comprendre que les gens ne me rendent pas responsable des violences. Ils pensent que c’est d’abord la société qui est violente et ils me font crédit d’essayer de lutter contre. Oui, ils me font crédit . La gauche n’arrive pas à intégrer ça . C’est pourtant ce qui se passe » . Nicolas Sarkozy

Sarkozy n’a écouté que ses intuitions et son expérience, accumulée depuis des années. Place Beauvau, il possédait une petite armoire dans laquelle il avait enfermé ses petits secrets. Depuis le début de sa carrière, mais plus encore depuis l’échec de Balladur en 1993, il a gardé tout ce qui pouvait lui servir un jour : des notations personnelles sur les hommes, des impressions de la rue, de la vie quotidienne, de ce qui fonctionne ou non dans la société, l’administration, les magasins ou les entreprises, des idées griffonnées à la va-vite, une dépêche AFP, un communiqué, un petit article de la presse régionale, la relation d’un fait divers, les récriminations des uns et des autres. Bref, tout ce qu’il jugeait significatif de l’état d’esprit de la population ou de son évolution. « On s’est tous juré , un jour ou l’autre , de noter ce qui ne marche pas, ce qu’on pourrait améliorer . La plupart du temps, on oublie » , racontait-il, voici quelques années. Pas lui. Il a tout conservé. Scrupuleusement. Pour pouvoir, le moment venu, étayer ses démonstrations par des exemples, des détails concrets. C’est dire qu’il est fin prêt lorsqu’il est désigné candidat en janvier 2007.

Depuis le temps qu’il en rêvait…
La longue marche du président Sarko
L’élection du candidat de l’UMP est à la fois le triomphe d’un homme, le fruit d’une stratégie audacieuse et l’aboutissement de la reconstruction d’une vraie droite en France. Pour gagner, Sarkozy a su faire oublier ses trois anciens mentors : Pasqua, Balladur et surtout… Chirac. Comment célébrer l’alliance majoritaire des très riches et des classes populaires ? C’est la clé d’une victoire imaginée dès le lendemain de la présidentielle de 2002. Un récit de Carole Barjon
Le Nouvel Observateur
Le 10 Mai 2007
http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p2218/dossier/a343393-la_longue_marche_du_président_sarko.html

C’est une victoire éclatante, presque un triomphe. Un choc pour la France. Pour ceux qui l’attendaient aussi bien que pour ceux qui le redoutaient. 53 % ! Dans ce chiffre, il y a tout l’espoir des uns et la colère des autres. Ce score dessine le visage d’une nouvelle France politique : une droite plébiscitée et populaire face à une gauche amère, désavouée par le peuple.

Sarkozy-le-rouleau-compresseur a tout écrasé sur son passage. En un dimanche, tout semble avoir été oublié. La violence du personnage, les pressions sur la presse que l’on dénonçait quelques semaines plus tôt, la menace de main mise sur tous les leviers de l’Etat. Son score est inespéré pour un candidat issu de la majorité sortante. Depuis que la Cinquième existe, on n’avait jamais vu ça. Dans le livre des records, Sarkozy s’approche du niveau des plus grands : de Gaulle ( 55, 2 % en 1965 ) et Mitterrand ( 54, 01 en 1988 ) Après douze ans de pouvoir chiraquien et cinq ans au gouvernement, le candidat de l’UMP était logiquement promis aux enfers de l’opposition, conformément à la loi de l’alternance. Seul Giscard, sorte d’accident de l’histoire, avait réussi à incarner le changement dans la continuité, en 1974, mais après une campagne éclair due à la mort de Pompidou.

Sarkozy a réussi, après presque cinq ans au gouvernement, à gagner une élection dans laquelle la gauche disposait de formidables atouts. Un véritable tour de force qui efface toutes les humiliations du passé, la défaite avec Balladur en 1993, son échec personnel aux élections européennes de 1999. Ultime satisfaction : ce vote, comme l’a noté le sociologue Jean Viard qui parle de « vote restructurant » , n’est pas – pour la première fois depuis longtemps – un choix par défaut mais un vote d’adhésion.

Ce sacre, c’est l’aboutissement d’une longue marche vers le pouvoir entamée à la fin des années 1970, à l’époque où, à cet ami qui lui prédisait une carrière de ministre, Sarkozy répliquait : « Non, président de la République » . Il l’a toujours dit : « Ceux qui réussissent sont ceux qui le veulent plus que les autres. Et moi, j’en ai plus envie que d’autres . » De cette profession de foi, il a fait sa marque de fabrique. Sarkozy-la-gagne. Un jour qu’il commentait l’engagement résolu du « Nouvel Observateur » en faveur du référendum constitutionnel européen de 2005, il a eu ce mot qui dit tout : « Vous avez défendu vos idées , oui, mais vous avez perdu ! » Du Sarkozy tout craché. La culture du résultat, la réussite, le succès, c’est cela qui compte d’abord. Que valent les idées si on ne les fait pas passer ?

Ses convictions, il en a, à vrai dire, peu changé sur le fond. Chabaniste à ses débuts, il fut chiraquien puis balladurien. Il a souvent changé de mentor, pas de parti. Après la présidentielle de 1974, sollicité pour rejoindre les troupes du nouveau pouvoir giscardien, le jeune Sarkozy décline l’invitation : « Non merci. Je ne vais pas à la soupe ». Son interlocuteur, Hugues Dewavrin, alors jeune-giscardien, qui avait tenté cette mission impossible, en est resté bluffé, convaincu après cela qu’avec un tel tempérament « le petit Nicolas » parviendrait un jour aux sommets de l’Etat.

Sarkozy a gagné seul. Seul contre tous : contre la gauche, contre le Front national, contre Chirac. Dès l’origine, il savait qu’il lui faudrait rassembler, réaliser la synthèse du gaullisme du pompidolisme et… du mitterrandisme. Il avait deux obsessions : remiser au vestiaire le képi de Pasqua et la chaise à porteurs de Balladur. Il a réussi parce qu’il a neutralisé ses trois pères en politique : Pasqua, Balladur et Chirac. Il a battu le premier, effacé le deuxième et vampirisé le troisième. Sur le papier, c’est aussi simple que ça. En pratique, ce fut une tout autre histoire…

« Cette campagne, il la gagnera ou la perdra seul » , assurait-on ces derniers mois à son quartier général parisien de la rue d’Enghien, alors qu’il n’entendait déjà plus personne. Sarkozy n’a écouté que ses intuitions et son expérience, accumulée depuis des années. Place Beauvau, il possédait une petite armoire dans laquelle il avait enfermé ses petits secrets. Depuis le début de sa carrière, mais plus encore depuis l’échec de Balladur en 1993, il a gardé tout ce qui pouvait lui servir un jour : des notations personnelles sur les hommes, des impressions de la rue, de la vie quotidienne, de ce qui fonctionne ou non dans la société, l’administration, les magasins ou les entreprises, des idées griffonnées à la va-vite, une dépêche AFP, un communiqué, un petit article de la presse régionale, la relation d’un fait divers, les récriminations des uns et des autres. Bref, tout ce qu’il jugeait significatif de l’état d’esprit de la population ou de son évolution.
« On s’est tous juré , un jour ou l’autre , de noter ce qui ne marche pas, ce qu’on pourrait améliorer . La plupart du temps, on oublie » , racontait-il, voici quelques années. Pas lui. Il a tout conservé. Scrupuleusement. Pour pouvoir, le moment venu, étayer ses démonstrations par des exemples, des détails concrets. C’est dire qu’il est fin prêt lorsqu’il est désigné candidat en janvier 2007.

Car c’est en 2002 que Sarkozy a réellement entamé sa campagne présidentielle. Lorsque Chirac réélu lui donne le choix entre Bercy ou le ministère de l’Intérieur, il n’hésite pas. C’est place Beauvau, il le sent, qu’il sera en phase avec les aspirations du pays. C’est de là, en luttant contre l’insécurité et l’immigration, qu’il pourra le mieux réduire le Front national – « Le Pen, je vais le bouffer » , disait-il – et mettre la gauche face à ses contradictions.

Pari tenu. Au premier tour, le 22 avril dernier, il a pulvérisé le Front national. Au second, il a confirmé sa percée dans des secteurs traditionnellement acquis à la gauche. Certes, le fond de son électorat reste celui de la droite de toujours : les personnes âgées dont le poids est aujourd’hui décisif au sein de la société française, les hauts revenus ainsi que les artisans, les petits commerçants, agriculteurs. Mais tout de même : il a rallié le vote ouvrier, notamment dans le Nord et le Pas-de-Calais. Il a atteint son but : attirer les catégories populaires dans le giron de la droite républicaine.

C’était son objectif depuis 2002. Quelques semaines avant la réélection de Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy signe avec Henri Guaino – devenu aujourd’hui la « plume » de ses discours – une tribune dans « le Monde » intitulée « Pour en finir avec un mythe ». Tout l’esprit de sa future campagne y figure déjà. Il y fustige « le stéréotype d’une gauche soi-disant morale qui aurait le monopole de la justice sociale et du sens de l’Etat » qui a « déserté le terrain de la souffrance sociale pour celui des revendications identitaires » . « Laissez dormir la gauche de Jaurès et de Léon Blum » , conclut alors le duo Sarko-Guaino. Déjà.

Au fond, pour Sarkozy l’élimination de Lionel Jospin au premier tour de la présidentielle, le 21 avril 2002, n’avait rien d’un accident. Il en fait depuis longtemps l’analyse. « La gauche est enfermée dans ses vieux schémas » , observait-il peu après la réélection de Chirac. Sarkozy a beaucoup d’appétit et l’esprit large… Il veut séduire les catégories populaires mais aussi les classes moyennes et même l’élite intellectuelle, même les « bobos ». « C’est aussi vous que je veux convaincre » , lance-t-il ainsi un jour au « Nouvel Observateur », alors qu’il est au zénith dans les sondages. Mais pour désarçonner la gauche, il doit lui donner des gages. D’où ses prise de position en faveur de l’abolition de la double peine pour les étrangers en situation irrégulière – qu’il fera voter – ou du vote des étrangers aux élections locales – qu’il avancera un temps avant de l’abandonner prudemment en cours de campagne pour ne pas trop heurter les électeurs frontistes.

Dès son arrivée place Beauvau, le futur président a pris la gauche à revers. Avec son assentiment. A Sangatte, lorsqu’il va ordonner la fermeture du centre de réfugiés, on le voit bras dessus, bras dessous avec Jack Lang, devenu plus tard porte-parole de la candidate socialiste. Guy Bedos, Pierre Arditi et même Bertrand Tavernier, lui apportent leur soutien. Il jubile. Il est sûr d’être dans la bonne direction. Et pas seulement sur le terrain de l’insécurité ou de l’immigration.

Car Sarkozy n’a jamais pensé que le silence de l’opinion face, par exemple, aux grèves à répétition dans les transports valait approbation. Il n’a jamais cru, sauf pour les retraites et le CPE, à la thèse des grèves par procuration en vogue depuis les mouvements de 1995. « Quelle bêtise ! disait-il. Les gens ne disent rien parce qu’ils sont civilisés et démocrates . Mais ils n’en pensent pas moins. Et à la fin ils votent » . Et de conclure souvent : « La gauche persiste dans l’erreur . Tant mieux pour moi » .

Mêmes certitudes après les élections régionales de 2004. Pour le ministre de l’Intérieur d’alors, la Berezina de la droite ne signifie en rien une adhésion du peuple français à la gauche ou au PS. Les satisfecit que s’accorde alors le premier secrétaire du PS François Hollande lui semblent « à côté de la plaque» . A ses yeux, les résultats expriment surtout un double rejet : celui de Jean-Pierre Raffarin et donc de Jacques Chirac qui a maintenu le Premier ministre à son poste envers et contre tout.

La séquence des émeutes de novembre 2005 ne fait que le conforter dans son analyse. « Heureusement pour nous, la gauche n’a rien compris. Elle conserve ses réflexes » , observe alors, un mois après les événements, Patrick Devedjian qui redoutait pourtant encore une mue du Parti socialiste : « Si le PS se blairise, s’il se modernise en économie et évolue sur l’insécurité et l’immigration, nous sommes morts». A l’époque, Sarkozy décrypte ainsi la situation : « La gauche ne veut pas comprendre que les gens ne me rendent pas responsable des violences. Ils pensent que c’est d’abord la société qui est violente et ils me font crédit d’essayer de lutter contre. Oui, ils me font crédit . La gauche n’arrive pas à intégrer ça . C’est pourtant ce qui se passe » .

Lorsque surviendront, fin mars 2007, les violences de la gare du Nord, probablement l’un des tournants de cette campagne présidentielle, il n’a pas changé d’avis et bondit sur l’occasion que lui offre la première réaction de Ségolène Royal. Comme il avait sauté quelques semaines auparavant sur l’occasion de prendre à contre-pied François Hollande au moment de l’arrestation de Cesare Battisti, n’oubliant pas que le premier secrétaire du PS était allé visiter en prison cet ancien membre des PAC ( Prolétaires Armés pour le Communisme ) réfugié en France.

Une analyse de longue date donc, qui vaut pour la gauche mais aussi pour Chirac. Sarkozy n’a pas oublié qu’au début des émeutes de 2005 le président de la République et les siens avaient entonné à mi-voix l’air favori de l’opposition : « Sarkozy facteur de désordre ».

De quoi Nicolas Sarkozy est-il aujourd’hui le plus fier ? Est-ce d’avoir vaincu la gauche, d’avoir réduit le FN ou d’avoir enfoncé Chirac ? Les trois sans doute. Mais tout de même ! Quelle incroyable revanche pour le pestiféré, « le traître » de 1995 sifflé ensuite à Vincennes par le conseil national du RPR ! Quelle claque magistrale pour Chirac, « abonné » depuis 1988 à ses 20 % au premier tour, ce fameux noyau dur qu’il n’a jamais su ou pu élargir. Chirac qui n’a cessé de répéter que Sarkozy n’était « pas un rassembleur » . Chirac tétanisé par son échec à l’élection présidentielle de 1988 et dont la carrière se sera faite parallèlement à la montée du FN et malgré elle. Chirac dont il pense que la droite – aussi bien son électorat que ses élus – ne lui a jamais vraiment pardonné la dissolution de 1997.

Chirac devant lequel il a dû mettre un genou à terre, après la trahison de 1993, lorsqu’il a remis les pieds pour la première fois à l’Elysée, à l’occasion de la cérémonie des voeux du Nouvel An en 1996. Chirac qui ne l’a pas nommé à Matignon en 2002 et ne lui a proposé « que » l’Intérieur. Il lui avait alors dit, bravache : « Pourquoi me faites-vous confiance pour être votre numéro deux puisque vous ne me faites pas confiance pour être votre numéro un ? » Chirac qui l’a tenu en lisière pendant cinq ans. Chirac enfin « qui s’est complètement trompé » sur son analyse des résultats de l’élection de 2002. « Ah, ça oui. C’était même notre objectif de le démontrer. C’est comme ça qu’on a construit la campagne » , souligne aujourd’hui un proche du nouveau président.

Dès le 21 avril 2002, la divergence d’analyse entre Chirac et Sarkozy est en effet patente. Le premier s’engage sur un discours à tous les républicains. Le second pense, en revanche, qu’il faut élargir la majorité, répondre à « l’immense sentiment d’exaspération du peuple » mais ne renoncer en rien au programme de la droite, selon lui, validé malgré tout lors de ce premier tour. Pour Sarkozy il faut profiter du fait que la gauche est décapitée pour mener, très vite, quelques réformes difficiles comme celle des retraites, de l’école ou l’instauration du service minimum.
C’est de cette conviction que Chirac s’est trompé qu’il tire la certitude qu’il devra, lui, incarner la « rupture ». Il le martèle alors à ses proches : « Si je suis le candidat de la continuité, je suis mort » . Il multiplie donc les provocs en France comme à l’étranger, en Chine ou aux Etats-Unis. Partout dans le monde, il n’a pas de mots assez durs, en privé, sur la présidence de Chirac. Au point que les diplomates se renseignent auprès de leurs autres sources : « Mais qu’est-ce qui se passe en France ? » Lorsqu’il critiquera, sur le sol américain, la politique de la France sur l’Irak, la question de son départ est posée dans le premier cercle chiraquien. « Il aurait fallu le virer à ce moment-là , dit un ancien ministre, mais Chirac a eu peur » .

Du coup, Sarkozy se croit tout permis. A l’approche du référendum européen de 2005 et alors que la victoire du non paraît inéluctable, il confie : « Il y a un ressentiment incroyable contre Chirac » . Puis il se pince les lèvres de crainte d’en dire trop. Mais il va quand même jusqu’à comparer son président, un jour de 14-Juillet, à « Louis XVI en train de monter ses serrures à Versailles tandis que la France gronde »… Quand Sarkozy dénonce, pendant toute sa campagne présidentielle, « l’inertie » et « l’immobilisme » , il désigne le PS et sa candidate mais c’est aussi à Chirac qu’il pense. Il estime avoir tellement bien réussi à se différencier de ce dernier qu’il se permet de jouer franc jeu à la télévision lorsqu’on l’interroge sur son bilan et ses échecs ( la Corse ou l’augmentation des violences contre les personnes ). « Je parie sur l’intelligence des Français , dit-il. Les gens ne sont pas bêtes . Ils savent bien qu’on ne résout pas tout d’un coup de baguette magique. Ils me laissent une chance parce que je désigne les objectifs qui sont aussi les leurs, parce que je parle de leurs problèmes comme eux » .

Reste à incarner cette rupture mais sans effrayer le bourgeois. Première étape : faire oublier Balladur. Sarkozy est un homme qui sait tirer les leçons de ses échecs passés. La campagne de Balladur qui fut aussi la sienne, il l’a disséquée, décortiquée, analysée sous toutes les coutures. « L’erreur de Balladur est d’être resté immobile , accroché à son bilan gouvernemental , a-t-il souvent expliqué. Il n’a pas su être audacieux » . Et, ajoutait-il en confidence : « Il n’a pas assez donné de lui-même . Dans une campagne, il faut se donner. »

Autre enseignement : les balladuriens, et notamment le clan Sarkozy, ont donné d’eux une image détestable à l’époque, notamment au Parlement avec le fameux « t’es avec nous ou contre nous ? » , prononcé sur un ton menaçant. Depuis son arrivée place Beauvau, Sarkozy s’est employé cette fois, sinon à séduire les parlementaires – ceux de l’UMP comme ceux de l’UDF – du moins à les convaincre du bien-fondé de sa stratégie. « Le ralliement massif des députés UDF entre les deux tours n’est pas le fruit du hasard , observe Frédéric Lefebvre, conseiller parlementaire de Sarkozy. On travaille avec eux depuis des années . » Soit. Disons plutôt que les députés ont compris d’eux-mêmes où se trouvait la puissance. Et on sait que Sarkozy ne plaisante pas avec les rapports de force…

Deuxième étape : opérer une métamorphose à la hauteur de l’enjeu présidentiel. « J’ai changé … » Pour cela, il s’en remet à Henri Guaino, le véritable artisan de la victoire de Sarkozy. Sarkozy a plusieurs fois croisé la route, ou plutôt le fer, de cet économiste gaulliste féru d’histoire. Souverainiste, séguiniste, pasquaïen, Guaino est, sous l’ère Balladur, le chantre de « l’autre politique » qui donne des boutons à l’ancien Premier ministre. Il apportera sa pierre au projet présidentiel de Chirac en 1995 et à la fameuse « fracture sociale ». Sarkozy est alors ministre du Budget puis porte-parole du candidat Balladur. Tout les oppose donc. Ils se revoient au RPR lorsque Séguin en prend la tête et apprennent à s’apprécier. Mais ils ne se rencontrent vraiment qu’à la veille de la présidentielle de 2002 lorsqu’ils décident d’écrire ensemble leur tribune dans « le Monde ». Au début de l’année 2006, Guaino vient trouver Sarkozy. «Tu ne seras jamais élu si tu es un candidat libéral, atlantiste et communautaire , lui dit-il. Aux Français , tu dois parler de la France. Je peux t’y aider » . Quelques mois plus tard, Sarkozy prononce à Nîmes un discours remarqué sur la France. Depuis, Guaino est devenu son unique parolier. Jaurès (dont le nom fut prononcé 27 fois à Toulouse ), Blum, de Gaulle, Jules Ferry, tout cela, c’est Guaino. L’ancien commissaire au Plan a ramené la République, la France et la Nation dans la campagne. La mue du candidat est telle qu’il y croit lui-même. « J’ai changé… »

Retour sur terre au moment du débat de l’entre-deux-tours contre Ségolène Royal. Oublier Balladur ? Pas si facile apparemment. Tétanisé à l’idée de commettre la faute, Sarkozy se cramponne. Et réduit le champ de ses réponses à leur plus simple expression. Plutôt petit bras que gaffeur ou roquet. C’est ainsi qu’on passe de De Gaulle à Pompidou, de la France de Victor Hugo à celle de Balzac ( une France de propriétaires ). Sarkozy a fait la campagne déguisé en Jean Jaurès. Voici que resurgit l’ancien ministre du Budget de Balladur. « Le seul objectif était d’éviter l’agressivité . Du coup, il a fonctionné sur ses automatismes » . En effet. Mais qu’importe, pour lui, si Ségolène le double sur son propre terrain, celui du volontarisme. Tant pis s’il déçoit un électorat séduit par son discours musclé ! Sarkozy estime qu’il pouvait se le permettre. Parce qu’il a commencé cette campagne il y a bien longtemps, parce qu’il avait installé son personnage, parce qu’il avait déjà convaincu de sa poigne et de son autorité, il a fait le pari qu’il pouvait passer, l’espace d’une joute télévisée, pour un demi-sel et que les Français, là encore, lui feraient crédit et comprendraient sa tactique.

Le candidat a surtout parié, en cette fin de campagne, sur l’échec de la stratégie de diabolisation – « Sarkozy pire que Le Pen » – menée par la gauche et surtout l’extrêmegauche. Qui s’est levé pour condamner les propos de Le Pen le qualifiant de « candidat venu de l’immigration , juif par sa mère ? », interroge un proche conseiller de Sarkozy. Pas grand-monde, à dire vrai. Il n’a pas échappé au président de l’UMP, que, hormis une brève condamnation de Ségolène Royal elle-même un matin à la radio, la gauche avait été bien discrète sur le sujet. Il ne lui a pas échappé qu’au Parti socialiste un simple communiqué de Faouzi Lamdaoui, obscur secrétaire national à l’Egalité et au Partenariat équitable, a dénoncé « ces propos inacceptables » qui « relèvent de la xénophobie exprimée régulièrement par cet homme d’extrême-droite», mais qu’il a ajouté : « Sarkozy (…) est pris au piège de sa propre surenchère identitaire malsaine avec Jean-Marie Le Pen » . Sous-entendu : il ne l’a pas volé. Commentaire sur le moment d’un proche conseiller du candidat : « Ce jour-là , la gauche a perdu son âme » . Le même s’indigne : « A part quelques éditorialistes ( NDLR : notamment Jean Daniel dans “ le Nouvel Observateur” ), qui, à gauche, se réjouit du recul historique de Jean-Marie Le Pen ? »

Voilà pourquoi Nicolas Sarkozy s’est senti autorisé à dénoncer à plusieurs reprises en fin de campagne « la faillite morale » et « la dérive sectaire d’une petite gauche qui n’admet pas de pouvoir avoir tort » . En privé, il n’est pas en reste. « Ça me sert, confie-t-il à ses fidèles, la semaine dernière . Les gens ne supportent plus le sectarisme » . Voilà pourquoi il pensait aussi obtenir une victoire franche, voire massive. Voilà pourquoi il apparaissait aux siens étonnamment calme cette dernière semaine, songeant à se mettre au vert quelques jours avant de prendre ses fonctions le 16 mai.

« Oser être de droite » : c’était le titre d’une interview du député-maire de Neuilly aux « Echos » en 1998. Sarkozy a tenu son pari : rendre sa fierté à une droite désormais décomplexée. Mais, déjà, les amis du nouveau président préviennent, comme s’il fallait se méfier de cette large victoire. « On ferait une grave erreur de penser que c’est celle de la droite sur la gauche », remarque Henri Guaino. C’est d’abord une victoire du volontarisme politique. « On ne s’y trompe pas, c’est l’élection de la dernière chance, relève l’ex-ministre de la Santé Xavier Bertrand. La participation massive et le recul du Front national sont un appel des Français aux partis de gouvernement . C’est comme s’ils nous avaient dit : bon, on essaie encore une fois. Après, si on ne répond pas aux attentes, on aura les extrêmes ». Comment mieux dire que Sarkozy n’a pas droit à l’erreur ?

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