Investiture de Nicolas Sarkozy: La France, elle a 17 ans (Retour sur une querelle d’héritiers)

marlyLa France, elle a 17 ans, le visage de Guy Môquet quand il est fusillé. Nicolas Sarkozy (Investiture de l’UMP, 14 janvier 2007)
J’interdis à ce ministre d’Etat qui fait la chasse aux enfants dans les écoles, qui veut emprisonner les mineurs, d’utiliser le nom de Guy Môquet, ce jeune communiste fusillé à Chateaubriand, par les nazis, à 17 ans! Marie-George Buffet (meeting du Zénith, 23 janvier 2007)

Quel meilleur signe de la fin du gaullisme et de toute une époque que de voir cette interminable querelle d’héritiers qu’a été la campagne culminer cette semaine avec l’investiture du successeur de Jacques Chirac?

Après les douze longues années de cynisme et d’immobilisme du gérontocrate corrézien, l’arrivée d’un jeune cinquantenaire ne pouvait certes que faire basculer irrémédiablement dans le périmé et le ringard toute la génération de son prédécesseur.

D’autant que celui-ci multiplie de surcroit les images nouvelles comme l’émotion apparemment non feinte du nouveau président lui-même ou la présence à ses côtés de toute sa famille (recomposée) réunie autour de lui (« clan Kennedy » pour la servilité incarnée d’une Chazal pour TFI, « famille princière Grimaldi » pour la rancoeur à peine dissimulée d’un Schneidermann pour Libération).

Sans parler, après la reprise dès le 1er tour de l’idée nationale longtemps confisquée par le FN, de la razzia sans vergogne des idées de ses concurrents.

Ainsi l’idée bayrouiste du choix des meilleurs de chaque camp (avec l’entrée de centristes et de socialistes au gouvernement ) ainsi que le féminisme « royaliste » avec pour la première fois un vrai gouvernement paritaire (sept ministres sur quinze).

Comme les droits de l’homme et la défense des opprimés de son discours de victoire (la référence au Darfour, l’appel au fondateur de MSF et MDM Kouchner) ainsi que la compassion incarnée par l’héritier de l’abbé Pierre Martin Hirsch nommé secrétaire d’Etat.

Ou l’écologie avec le réchauffement climatique et la création d’un puissant ministère du développement durable avec à sa tête le poids lourd (certes pas de première jeunesse) Alain Juppé.

Mais c’est surtout, pour une gauche ayant déja perdu avec Giscard « le monopole du coeur », au niveau de l’héritage historique et des références prestigieuses (« les grands hommes ») que l’impact est probablement le plus fort (certains poussant l’accusation de captation d’héritage jusqu’à parler de… profanation ! – voir ci-dessous).

Ainsi, après l’invocation abondamment commentée de Jaurès et Blum pendant la campagne, c’est avec l’hommage à Clémenceau (héros de la Première Guerre mais aussi patron de l’Aurore qui publié le « J’accuse de Zola » et patron de Georges Mandel, assassiné par la Vichy et dont Sarkozy fera une biographie en 94) le choix de la figure emblématique de l’icône communiste et martyr du PCF Guy Môquet (jeune militant communiste fusillé par les nazis en 1941) qui fut la vraie nouveauté de sa cérémonie d’intronisation.

Sans parler, après Malraux (lors de la panthéonisation de Jean Moulin), de l’appropriation la « Marseillaise de la Résistance », le très beau « Chant des partisans ».

Surtout qu’entre nous,

« C’est nous qui brisons les barreaux des prisons pour nos frères.
Il y a des pays où les gens au creux des lits font des rêves »,

ça a quand même plus d’allure que « Qu’un sang impur abreuve nos sillons! », non?

Faut dire qu’elle a été écrite par une autre immigrée rescapée du monde communiste comme le père de Sarkozy et volontaire des FFI à Londres, la musicienne russe Anna Betoulinski (dite Marly).

Qui, même si elle garde l’imagerie de son pays d’origine (« paysans, ouvriers, mine ») et les références révolutionnaires au sang (« Ohé, les tueurs à la balle et au couteau, tuez vite ! Demain du sang noir sèchera au grand soleil sur les routes ») savait elle de quoi elle parlait (père fusillé par les bolchéviques) et avait d’ailleurs fini sa vie en Amérique (décédée l’an dernier en Alaska) …

Que se réclame-t-il de Guy Môquet, adolescent assassiné, l’homme de droite qui stigmatise et criminalise la jeunesse des banlieues.

Nicolas Sarkozy n’est pas digne des figures de gauche dont il se réclame.
Notre panthéon profané
Par Mehdi OURAOUI
Libération
vendredi 27 avril 2007
Mehdi Ouraoui universitaire.
Dernier ouvrage paru : les Grands Discours socialistes français du XXe siècle. Préface de François Hollande (éditions Complexe). Le blog de Mehdi Ouraoui : http://desmotsetdebats.blogs.liberation.fr

Pendant la campagne, Nicolas Sarkozy s’est souvent posé en héritier de Jean Jaurès et de la gauche de jadis. Lorsqu’il invoque, à des fins partisanes les mânes des hommes illustres de la République, Nicolas Sarkozy profane notre panthéon commun. En particulier, la captation de l’héritage de la gauche par le candidat UMP ne procède d’aucune volonté de rassembler le Français, mais d’une stratégie électorale fondée sur la confusion des repères politiques et d’une attaque virulente contre la «gauche d’aujourd’hui». Il y a cinq ans déjà, le 11 avril 2002, dans les colonnes du Monde, Nicolas Sarkozy et Henri Guaino prétendaient donner des leçons de socialisme à Lionel Jospin : «Laissez dormir la gauche de Jaurès et de Léon Blum, vous qui n’avez rien de commun avec elle et qui n’êtes que l’héritier d’une gauche dont le principe est le cynisme et non la générosité.»

L’apostrophe surprend, d’autant que, pour sa part, le candidat de la droite a choisi d’ignorer l’héritage historique de sa famille politique. Aux Guizot, Thiers, Barrès et Pompidou ascendance peu enviable , il préfère les figures tutélaires de la gauche : Jaurès, Blum, Mendès France, Mitterrand. Il ne s’agit pas d’une approche pacifiée de l’histoire de France. Le Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire en particulier Gérard Noiriel _ a montré l’intérêt stratégique qu’il y avait pour Nicolas Sarkozy à se forger une image consensuelle en s’appropriant les figures incontestées de l’histoire républicaine. En convoquant plus particulièrement les mythes de la gauche, tout en prônant une politique résolument ancrée à droite, Nicolas Sarkozy tente de conquérir des suffrages au-delà de son seul camp.

Surtout, le confusionnisme historique est une arme puissante, et la droite et l’extrême droite françaises se saisissent de plus en plus souvent des traditions politiques de leurs adversaires. Le procédé n’est pas l’apanage de Nicolas Sarkozy : Jean-Marie Le Pen se rend en pèlerinage républicain à Valmy et cite Aimé Césaire, François Bayrou se réclame de Pierre Mendès France davantage que de Valéry Giscard d’Estaing. Au-delà des considérations électorales, il faut y déceler à la fois un symptôme et un facteur de la crise identitaire que traverse notre pays. Dans le discours de Nicolas Sarkozy, la confusion des mémoires et des identités politiques est générale : la droite et la gauche seraient semblables, elles n’auraient ni histoire ni bilan, ou plutôt elles auraient les mêmes. Les slogans simplificateurs et la communication émotionnelle viennent effacer les lignes, rendre illisibles les clivages. Et pourtant, que se réclame-t-il de Jaurès, défenseur des mineurs grévistes de Carmaux, l’homme de droite qui veut revenir sur toutes les conquêtes sociales du monde du travail. Que se réclame-t-il de Blum, inventeur des 40 heures et des congés payés, l’homme de droite qui propose pour seul horizon de «travailler plus pour gagner plus». Que se réclame-t-il de Guy Môquet, adolescent assassiné, l’homme de droite qui stigmatise et criminalise la jeunesse des banlieues et du CPE, qui la frappe au lieu de l’entendre. Que se réclame-t-il de Mendès France, artisan de la décolonisation, l’homme de droite qui fustige la «repentance française» et dont le groupe parlementaire inscrit dans la loi les «aspects positifs de la présence française outre-mer». Que se réclame-t-il de Mitterrand, révolutionnaire d’Epinay et de Cancún, l’homme de droite qui ne croit qu’aux vertus de la mondialisation libérale. L’oeuvre et la mémoire de ces grands hommes méritent d’être respectées. L’insincérité de Nicolas Sarkozy doit être dévoilée, non par «communautarisme historique», mais à l’inverse pour préserver le patrimoine commun de tous les Français.

Mais, jusque dans sa propre famille de pensée, les grandes figures de la droite républicaine le désigneraient-elles comme leur successeur ? Rien n’est moins sûr. Est-il l’héritier de Jules Ferry, pionnier de l’école républicaine, lorsqu’il fustige le «pédagogisme» et «l’école de l’égalitarisme» ? Est-il l’héritier de Georges Mandel, résistant du Massilia, lorsqu’il loue les qualités du post-fasciste Gianfranco Fini ? Est-il l’héritier de Michel Debré, fondateur de la Ve République, lorsque, pendant cinq ans, il affronte le chef de l’Etat dans des guerres picrocholines ? Est-il l’héritier du général de Gaulle, qui en 1966 défiait le géant américain aux portes du Vietnam, lorsqu’il va sur la pointe des pieds à Washington critiquer «l’arrogance» de la diplomatie française ? Nicolas Sarkozy, atlantiste, communautariste et libéral, incarne une nouvelle droite, agressive et décomplexée, en rupture avec l’héritage historique de notre pays. A Nicolas Sarkozy, on pourrait répondre aussi : laissez dormir la gauche de Jaurès et de Léon Blum.

Voir aussi:

Le chant des partisans

Paroles: Maurice Druon, Joseph Kessel. Musique: Anna Marly 1943
note: Textes original en russe d’Anna Marly, puis adapté en français.

Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ?
Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu’on enchaîne ?
Ohé, partisans, ouvriers et paysans, c’est l’alarme.
Ce soir l’ennemi connaîtra le prix du sang et les larmes.

Montez de la mine, descendez des collines, camarades !
Sortez de la paille les fusils, la mitraille, les grenades.
Ohé, les tueurs à la balle et au couteau, tuez vite !
Ohé, saboteur, attention à ton fardeau : dynamite…

C’est nous qui brisons les barreaux des prisons pour nos frères.
La haine à nos trousses et la faim qui nous pousse, la misère.
Il y a des pays où les gens au creux des lits font des rèves.
Ici, nous, vois-tu, nous on marche et nous on tue, nous on crève…

Ici chacun sait ce qu’il veut, ce qu’il fait quand il passe.
Ami, si tu tombes un ami sort de l’ombre à ta place.
Demain du sang noir sèchera au grand soleil sur les routes.
Chantez, compagnons, dans la nuit la Liberté nous écoute…

Ami, entends-tu ces cris sourds du pays qu’on enchaîne ?
Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ?
Oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh…

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