Présidentielle: La politique ne serait-elle que la continuation du marketing par d’autres moyens?

https://i0.wp.com/monsieurf.typepad.com/photos/uncategorized/besancenot.jpgCette révolution conservatrice d’un type nouveau se réclame du progrès, de la raison, de la science (l’économie en l’occurrence) pour justifier la restauration et tente ainsi de renvoyer dans l’archaïsme la pensée et l’action progressistes. (…) Elle ratifie et glorifie le règne de ce que l’on appelle les marchés financiers, c’est-à-dire le retour à une sorte de capitalisme radical, sans autre loi que celle du profit maximum, capitalisme sans frein et sans fard, mais rationalisé, poussé à la limite de son efficacité économique par l’introduction de formes modernes de domination, comme le management, et de techniques de manipulation, comme l’enquête de marché, le marketing, la publicité commerciale. Pierre Bourdieu

« Force tranquille », « Génération Mitterrand », on connait les grands slogans des années 80 concotés par les « fils de pub » à la Séguéla.

Ou les descentes hypermédiatisées de la police ou du Ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy dans le métro.

Qui connait, dans le grand public en revanche, l’origine des fameux « débats participatifs » de Ségolène Royal, qui, comme le révèle un récent article du site le Blog médias, ont tout des… « réunions qualitatives » de consommateurs?

Ou qui sait que les non moins fameuses expressions de la candidate socialiste ressemblent comme deux gouttes d’eau à… des productions d’une officine de pub?

Mais, avant de conclure un peu vite que la politique ne serait que la continuation du marketing par d’autres moyens, peut-être pourrait-on aussi se demander …

Qui, en dehors de quelques initiés, sait que la si sympathique Arlette n’est pas, avec ses 34 ans et six présidentielles au compteur, la patronne du parti Lutte ouvrière mais sa simple porte-parole?

Et qui connaît le nom de son véritable patron, le mystérieux trotskyste Robert Barcia, alias Hardy, alias Roger Girardot, actionnaire et dirigeant, dans le civil, de plusieurs sociétés de services aux industriels du médicament depuis trente ans ?

Quant au photogénique et gendre idéal « facteur » Besancenot, qui sait qui est derrière le coup de génie marketing qui l’a propulsé il y a cinq ans sur le devant de la scène politique ?

Qui sait qu’avant l’émergence du petit phénomène (de 4, 35% des voix à sa première présidentielle en 2002 à… plus de 5% – seuil de remboursement des frais de campagne – actuellement!), le vrai patron de son parti et député européen de la LCR (Ligue communiste révolutionnaire), un certain Alain Krivine avait oscillé entre 1,06 % des suffrages en 1969 et 0,37 % en 1974, n’obtenant même pas les 500 signatures pour se présenter en 81?

Morceaux choisis:

ces bouleversifiantes expressions n’ont pas un instant été imaginées par la candidate, ni même par l’un ou l’autre de ses collaborateurs politiques. Elles sont le fait, dans un ouvrage intitulé «Le Descendeur social 2″, d’un dénommé Alain Mergier, socio-sémiologue qui n’en demandait peut-être pas tant, un garçon qui s’est un peu fait connaître — dans quelques cercles choisis tout de même — pour avoir, paraît-il, été dans les tout premiers à prédire un second tour Chirac-Le Pen en 2002 et un «non» massif au référendum européen d’avril 2005.

Ségolène aime à se réapproprier de «justes»paroles et pas seulement celles de Mergier d’ailleurs.Avec l’aide de son amie et conseillère («à titre gracieux») Nathalie Rastoin, patronne, pour la France, de la maison de pub américaine Ogilvy, notre amie, pour alimenter sa conscience et sa connaissance des besoins et sentiments profonds du pays, procède à la manière de tous les instituts de sondage: à leur façon, ses «débats participatifs»(les participants, des militants et sympathisants de base, étaient conviés à s’exprimer sur différents sujets de société, tels que la délinquance, l’éducation, etc.) ne sont rien d’autre que des «réunions qualitatives» de consommateurs.

Ségolène Royal, reine de la com’
Le blog médias
03.04.2007

Ségolène Royal manie avec dextérité la communication et les sondages. Et cela ne date pas d’hier: on se souvient encore des photos de Match dans sa chambre à la maternité. Quant à ses «débats participatifs», ne ressemblent-ils pas à de banales «réunions qualitatives» de consommateurs?

Un texte de Patrice Lestrohan pour la revue Médias n°12

De quel grand politique nécessairement génial, cet aphorisme confondant et trop méconnu: «La communication doit précéder l’action et parfois même s’y substituer!1»? Histoire de vous épargner de fastidieuses recherches,on vous fournit tout de suite la réponse: du candidat à la présidentielle 2007 Nicolas Sarkozy, voilà très exactement quatorze ans, quelques jours après son entrée au ministère du Budget dans le gouvernement Balladur et devant les membres de son cabinet. Il aura été entendu au-delà de toute espérance, et d’abord au-delà de son propre camp. Même s’il apparaît cruel de le souligner, pour mener sa propre campagne, la candidate socialiste Ségolène Royal pourrait bien avoir adopté cette commode ligne de conduite. Jusqu’à plus ample informé, officiellement issu de la synthèse d’une foultitude de «débats participatifs», son «projet présidentiel», son programme politique si l’on préfère, ce qu’elle se propose en tout cas de mettre en œuvre, aura suivi de longs mois son propre lancement électoral, son «auto-mise» sur orbite, d’excellents sondages aidant. Si ce n’est pas placer la com’ avant et même à la place de «l’action»… Le pro- cédé (à défaut de jacter de quelque chose, jactons pour jacter) l’aura amenée à friser des sommets d’arrogance creuse, type, au meeting de Toulon de la mi- janvier: «Je suis la candidate de la vérité et de la parole», forte et historique sentence qui eut le don de déchaîner l’ironie du chroniqueur télé du Monde. Légitimement. À cette date, Ségo, porte-flambeau de la Vérité, noie totalement le poisson sur les trente-cinq heures.
« La force tranquille» (1981) avait fait causer; «Génération Mitterrand»(1988) tout autant, sinon plus. On n’en était qu’aux mises en bouche d’une authenttique révolution. Des formules toutes faites et refaites jusqu’à plus soif de banalité, de consternants truismes qui n’ont même pas le charme d’une «brève de comptoir», Ségo en a usé des kilos, alors même qu’elle n’était que candidate à la candidature. Il y a eu, très vite, le «désir d’avenir», puis le répétitif «ordre juste», mais aussi la promesse de «tirer la France vers le haut», et la volonté de «permettre à chacun de construire sa propre vie». Sans préjudice de cet époustouflant slogan: «Le progrès pour tous et le respect pour chacun ». Deux misanthropes à deux doigts du suicide exceptés, qui est contre?

Le pis est que ces bouleversifiantes expressions n’ont pas un instant été imaginées par la candidate, ni même par l’un ou l’autre de ses collaborateurs politiques. Elles sont le fait, dans un ouvrage intitulé «Le Descendeur social 2″, d’un dénommé Alain Mergier, socio-sémiologue qui n’en demandait peut-être pas tant, un garçon qui s’est un peu fait connaître — dans quelques cercles choisis tout de même — pour avoir, paraît-il, été dans les tout premiers à prédire un second tour Chirac-Le Pen en 2002 et un «non» massif au référendum européen d’avril 2005. Pour le tsunami, on hésite…
C’est ainsi : Ségolène aime à se réapproprier de «justes»paroles et pas seulement celles de Mergier d’ailleurs.
Avec l’aide de son amie et conseillère («à titre gracieux») Nathalie Rastoin, patronne, pour la France, de la maison de pub américaine Ogilvy, notre amie, pour alimenter sa conscience et sa connaissance des besoins et sentiments profonds du pays, procède à la manière de tous les instituts de sondage: à leur façon, ses «débats
participatifs» (les participants, des militants et sympathisants de base, étaient conviés à s’exprimer sur différents sujets de société, tels que la délinquance, l’éducation, etc.) ne sont rien d’autre que des «réunions qualitatives» de consommateurs. La manière est assez peu jauressienne, mais on aura garde de s’en étonner. Entre-temps, Sarko qui, après tout, ne fonctionne pas de manière si différente, a intégré le grand ancêtre dans le patrimoine UMP. Ségolène croit de longue date à la com’. Et même à la com’ pour la com’ : poser pour poser, se montrer pour se montrer. Ce que Catherine Deneuve ni aucune autre fameuse actrice française ne s’est jamais risquée à autoriser, Ségo l’a osé: ouvrir, dans une maternité, sa chambre de postparturiente à des photographes deMatch. Ministre déléguée, sous Jospin, à la petite enfance, elle entraîne leurs collègues de magazines féminins dans l’appartement familial. Et directement dans la salle de jeux de ses propres enfants. Élue, un peu plus tard, présidente du conseil régional de Poitou- Charentes, elle accorde la plus extrême attention à la fonction de directeur de la communication. La plus extrême et la plus tatillonne aussi. Une ex du cabinet Lang au ministère de la Culture ne tiendra pas plus de six mois dans la fonction. La pression de la patronne est trop forte. Elle a pourtant de quoi se diluer. Même si elle dispose de correspondants pas trop hostiles au Monde comme à L’Obs et à France Info, Ségo ne cultive pas avec les journalistes les liens de complicité un peu ostensibles où se complaît un Sarko. Elle n’en tutoie qu’un strict minimum et n’est pas de l’école «petite tape sur l’épaule» et encore moins sur le ventre, manifestation publiquement réservée au premier secrétaire et compagnon François Hollande. Ce qui ne dissuade pas de vouloir gérer au mieux la meute, d’autant plus déchaînée que pour assurer une «couv’» de magazine, le sujet est au moins aussi vendeur que les francs-maçons ou la dernière hausse de l’immobilier. À son QG du boulevard Saint-Germain, la candidate dispose de deux attachés de presse personnels, cependant que le député socialiste Julien Dray coordonne tant bien que mal les différents porte-parole officiels.

Tous les observateurs en conviennent, il n’est à la vérité qu’une seule dircom’ de Ségolène : Ségolène elle-même, vedette et impresario de la vedette à soi toute seule. A l’état-major électoral, nul ne prendrait sur lui de répondre pour la candidate à l’invitation d’une chaîne, par exemple. Seuls avis autorisés en la matière, hors cadres et en comité restreint, sur ce type de sujets comme sur de plus faussement futiles (le maquillage à choisir par exemple): celui de l’indispensable Nathalie Rastoin, encore elle, et celui de l’autre fidèle, Mère Joseph de l’impétrante, l’ex-trotskyste recentrée Sophie Bouchet-Petersen.

On vous voit venir : si le dispositif est tellement rôdé, la principale interessée tellement vigilante, comment peut-il se produire des couacs, façon Muraille (ou Duraille) de Chine (mal répéter le premier slogan inscrit sur les tee-shirts vendus à proximité, quand on est à ce point soucieux de bien communiquer…). Dangereux débat qui prête à des hypothèses audacieuses. Une supposition de la com’, ce ne soit ni la culture, ni la sensibilité, ni l’expérience, ni même l’intuition. Et que ça en soit peut-être même l’inverse?
Retour à des protagonistes de droite. Au Premier ministre Chirac de la première cohabitation qui lui reprochait « une mauvaise communication », son dircom’ Denis Baudouin, lui-même ex-porte-parole de Pompidou, répliquait : « Fais-moi une bonne politique et je te ferai une bonne communication. » C’est un « fondamental » qui n’est peut-être pas totalement infondé.

1. Justement exhumé par le journaliste William Emmanuel dans son « Nicolas Sarkozy, la fringale du pouvoir » (Flammarion).
2.  » L’Age d’or des vaseux communicants », par Didier hassoux, Le Canard enchaîné, 13 décembre 2006.

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