Présidentielle: Comment nos sondeurs contribuent inévitablement à la volatilité qu’ils mesurent (How polls inevitably contribute to the volatibility they measure)

What elections are forLa vérité ne se décide pas au vote majoritaire. Doug Gwyn
Le fait même de poser une question peut inventer un résultat car elle fait appel à l’imaginaire du sondé qui n’y avait pas encore réfléchi. Alain Garrigou

Loin de vouloir faire des sondages (ou des sondeurs) les bouc émissaires de qui ou de quoi que ce soit (lesquels, dans un système démocratique font, on le sait, partie du droit incompressible à l’information), il n’en semble pas moins important de prendre conscience d’un certain nombre de limites de l’exercice.

Et même, comme le rappelle cet intéressant commentaire de l’universitaire Alain Garrigou dans Le Monde d’hier, de toute une série d’artefacts et d’effets induits ou inattendus.

Peur de se tromper après la mésaventure de 2002 de la part des sondeurs, sous-déclaration systématique des sondés, notamment les sympathisants de candidats diabolisés (Le Pen, Sarkozy?, d’où la surévaluation induite d’un plus neutre Bayrou ou Sarkozy à nouveau?) ou les futurs abstentionnistes, dopage artificiel des chiffres d’un candidat (la fameuse question sur les très hypothétiques duels avec Bayrou au second tour) et partant… des ventes de journaux et sondages!

Inflation de sondages en période électorale qui servent de vitrines pour imposer la notoriété des instituts pour les études de marché qui constituent l’essentiel de leurs revenus (comme d’accroches pour rédacteurs en chef en panne de sujets et de lecteurs), mais aussi suite à l’arrivée de nouveaux commanditaires (Internet) …

Hausse continue du taux de non réponse suite justement à l’inflation des sondages (notamment commerciaux: les incessantes études de marché du type portes-fenêtres) …

Autant de paramètres et d’effets induits qui finissent par menacer sérieusement la représentatitivité politique des échantillons (réduits de plus en plus, en gros, à ceux qui acceptent de répondre).

Et amènent à une focalisation sur les chiffres (y compris au-delà de la virgule, ce qui n’a plus du tout aucun sens, sans parler des habituels 3% de marges d’erreur).

Comme sur l’opinion aux dépens du débat réel sur les programmes.

Avec ainsi par exemple un PS qui était si sûr de lui en 2002 (avec certes, il faut le rappeler, quelque raison face au délinquant multirécidiviste qui avait alors tous les juges du pays aux fesses) qu’il avait, avec les résultats que l’on sait, parrainé ses concurrents!

Mais aussi, du côté des électeurs (les plus informés), augmentation du vote stratégique, qui, comme le vote protestataire ou de plaisir de 2002, pourrait bien aussi à nouveau… se retourner contre eux?

Morceaux choisis:

même les sondages « sortie des urnes » – effectués après le vote – sont faux. Les électeurs continuent de sous-déclarer leur vote.

dire qu’il peut changer d’avis ou qu’il se décidera dans l’isoloir est une façon, pour le sondé, de ne pas vraiment dire pour qui il veut voter.

Les sondeurs ne veulent pas le dire, mais entre les gens qui ne sont pas chez eux et ceux qui refusent de répondre, il faut passer 10 appels pour avoir un entretien complet, selon les gens qui ont travaillé dans les centres de téléphonie. Une estimation proche des statistiques aux Etats-Unis, où le taux de non-réponse est de 85 %.

Le problème, quand le refus de répondre augmente, est qu’à un moment les échantillons ne sont plus représentatifs politiquement, même s’ils le sont socio-démographiquement. Il n’est pas prouvé que le champ des orientations politiques des gens qui acceptent de répondre est le même que celui des gens qui refusent de répondre.

Le grand piège, c’est qu’on passe complètement à côté d’une campagne de débat et d’argumentation. Le temps qu’on passe à scruter le positionnement de chacun dans les sondages, c’est du temps qu’on ne passe pas à penser au rôle du président et autres questions.

Alain Garrigou, professeur de sciences politiques à Paris-X Nanterre
« L’indécision est en partie une création des sondages »
Le Monde

12.04.07

Comment expliquez-vous la forte indécision des électeurs à moins de deux semaines du premier tour ?

Ce sont les sondages qui notent une indécision inédite, qui concernerait 40 à 50 % des électeurs. Or il s’agit en partie d’une création des sondeurs, qui par peur de se tromper dans leurs estimations, et après la mésaventure de 2002, ont ouvert un grand parapluie : ils demandent désormais aux sondés s’ils sont sûrs de leur choix, ce qui encourage une réponse négative. Ils cherchent d’autant plus à se protéger que l’incertitude est cette fois très grande. Avec quatre candidats obtenant des intentions de vote à deux chiffres, on a presque autant de chance de trouver la bonne combinaison que de gagner au loto : il y a six duels possibles, douze ordres d’arrivée des deux premiers, vingt-quatre ordres d’arrivée des quatre. Alors que le but des sondages est d’obtenir une opinion sur tout, ils ont paradoxalement choisi cette fois, sans doute temporairement, d’accentuer l’indécision pour la rappeler, le soir du 22 avril, si leurs prévisions s’avèrent fausses.

Autre cause de l’indécision constatée : dans la situation actuelle d’afflux d’informations, avec beaucoup de candidats et un faible écart entre certains d’entre eux, les sondés s’y perdent un peu, et si on leur donne l’occasion de réserver leur choix, ils la saisissent.

Peut-on parler de « volatilité » des électeurs, qui changeraient d’avis jusqu’au dernier moment ?

Cette théorie me paraît un alibi des sondeurs, pour justifier que leurs études différent des résultats effectifs. Mais cela ne tient pas quand on constate que même les sondages « sortie des urnes » – effectués après le vote – sont faux. Les électeurs continuent de sous-déclarer leur vote. Quand Jérome Jaffré [directeur du Cecop et chercheur associé au Cevipof] déclare que 20 % des sondés se décident au dernier moment, il cite des sondages. Qui posent la question : pour qui allez-vous voter ? A quel moment vous-êtes vous décidé ?, dans la ligne de la sociologie de la décision des années 1960. Mais on est revenu sur ces théories, et tout un chacun constate qu’il est difficile de dater une décision. Par ailleurs, dire qu’il peut changer d’avis ou qu’il se décidera dans l’isoloir est une façon, pour le sondé, de ne pas vraiment dire pour qui il veut voter. Les grandes enquêtes de sociologie électorale, qui analysent le degré de réalité de la réponse, sont bien plus fiables. Mais elles sont lourdes, les résultats sont publiés un ou deux ans après. Ce qui ne fait pas l’affaire en période de campagne.

Les sondages semblent très présents dans cette campagne.

La Commission des sondages a indiqué la semaine dernière que l’on a passé le cap des 220 sondages, alors qu’il y en avait eu 193 pour toute la campagne 2002. Une inflation prévisible, car le nombre de sondages a augmenté avec les années. Pour plusieurs raisons : il y a de nouveaux commanditaires, notamment les opérateurs Internet, AOL, Orange, etc. ; il y a la concurrence entre instituts, pour qui ces études représentent de l’argent mais aussi de la notoriété, permettant d’obtenir plus tard des études de marchés ; enfin, les partis politiques se basent de plus en plus sur les sondages, faute de militants, et leurs collaborateurs sont plus à l’aise devant des tableaux statistiques, dans un bureau, qu’à discuter au café du coin…

Les sondages offrent-ils une juste représentation de l’opinion ?

De moins en moins de gens acceptent de répondre aux sondages, du fait de leur abondance. Aux Etats-Unis, dès la fin des années 1980, le taux des non-répondants augmentait de 1 % par an, d’autant que foisonnaient les sondages à vocation commerciale, pour vendre portes et fenêtres. Les sondeurs ne veulent pas le dire, mais entre les gens qui ne sont pas chez eux et ceux qui refusent de répondre, il faut passer 10 appels pour avoir un entretien complet, selon les gens qui ont travaillé dans les centres de téléphonie. Une estimation proche des statistiques aux Etats-Unis, où le taux de non-réponse est de 85 %.

Bien des gens ne souhaitent pas s’exprimer sur la politique, car c’est de l’ordre de l’intime, qu’il y a une loi sur le secret du vote, et, pour certains, parce qu’ils savent leur vote diabolisé. Le problème, quand le refus de répondre augmente, est qu’à un moment les échantillons ne sont plus représentatifs politiquement, même s’ils le sont socio-démographiquement. Il n’est pas prouvé que le champ des orientations politiques des gens qui acceptent de répondre est le même que celui des gens qui refusent de répondre. Si les instituts se sont toujours trompés sur le vote FN, c’est parce que leur système de correction ne peut prendre en compte les refus de réponses. La semaine dernière, Le Canard enchaîné donnait le coefficient de redressement pour Jean-Marie Le Pen : les résultats sont multipliés par plus de trois, ce qui n’a plus de sens.

Quelles sont les effets des nombreux sondages sur la campagne ?

Je parle d’ivresse des sondages, car il y a un phénomène d’addiction : plus il y en a, moins on peut s’en passer. Et cela focalise l’attention sur le résultat de la compétition. A savoir que tout tourne non sur ce qui se fait, mais sur ce qui va arriver. Ce martèlement quotidien des sondages prend tout un chacun dans l’objectivité. Tout individu qui a fait des statistiques sait que les chiffres après la virgule ne veulent rien dire, mais on se focalise sur un résultat qui passe de 23 à 23,5 %. L’opinion est la nouvelle instance de légitimation.

Le grand piège, c’est qu’on passe complètement à côté d’une campagne de débat et d’argumentation. Le temps qu’on passe à scruter le positionnement de chacun dans les sondages, c’est du temps qu’on ne passe pas à penser au rôle du président et autres questions. Le résultat de 2002, c’est un pur produit de la croyance de Lionel Jospin dans les sondages, qui était si sûr qu’il a demandé à des élus socialistes de parrainer ses concurrents. Les sondages sont devenus la boussole des politiques, ils ne vont pas changer au milieu de la traversée…

Le développement des sondages a-t-il modifié la façon de voter ?

Avant, l’orientation du vote se faisait « sous un voile d’ignorance » : on ignorait ce que pensait le voisin, on gardait son vote secret y compris pour ses proches – des hommes se vantaient que leur épouse ne savaient pas, et inversement. Le guide était donc la conviction politique. Aujourd’hui, celle-ci n’a pas disparu, mais l’électeur, qui croit savoir ce que les autres vont voter, décide aussi en fonction de l’opportunité du vote et peut calculer. Il veut maximiser son vote, l’utiliser le mieux possible. Ainsi, il peut faire évoluer l’ordre de ses préférences, entre le candidat qu’il souhaite et celui qu’il ne veut surtout pas avoir par exemple. Certains, plutôt dans les milieux très instruits, se livrent ainsi à un calcul sophistiqué avant de voter. Le calcul est cette fois plus important qu’en 2002, car on baigne dans les sondages.

Propos recueillis par Claire Ané

Voir aussi la défense des sondeurs :

Jean-Marie Le Pen n’a devancé Lionel Jospin que de 0,7 point, et aucun sondage sur mille personnes ne peut prétendre, dans ces conditions, déterminer qui surpasse l’autre.

Des électeurs n’osent pas avouer qu’ils souhaitent s’abstenir (car le vote est un « devoir civique ») et donnent une autre réponse (par exemple, écologiste, parce que cela permet, pensent-ils, de ne pas vraiment choisir). D’autres cachent leur intention de voter pour Jean-Marie Le Pen (parce qu’on pense que c’est un vote « inavouable ») et, là encore, donnent pourtant une réponse aux enquêteurs, par exemple Nicolas Sarkozy, parce qu’ils pensent qu’il a un bon bilan sur la sécurité.

N’en déplaise à tel éditorialiste d’un quotidien de gauche, l’interdiction des sondages est l’un des signes des dictatures. Grâce au sondage, le citoyen peut mesurer, en toute responsabilité, le poids de son vote personnel.

Plaidoyer pour les sondages
Roland Cayrol Stéphane Rozès
Le Monde
Le 30.03.07

Candidats et médias dénoncent les projections d’intention de vote. Ils feraient mieux de les comprendre
On est habitué, dans ce (seul) pays, à voir les sondeurs servir de boucs émissaires aux candidats qui perdent des points, et aux commentateurs qui croient se voir voler le rôle de vedette. Cela n’empêche d’ailleurs ni les mêmes candidats de commander, aux mêmes sondeurs, maintes études confidentielles, ni les médias de faire leurs gros titres sur les sondages !

Et puis, les sondages se sont, paraît-il, déjà trompés. Ainsi, à trois jours du scrutin de 2002, ils ont été incapables de « prévoir » le passage de Jean-Marie Le Pen devant Lionel Jospin. Certes, la courbe sondagière de Lionel Jospin glissait depuis des semaines sur une pente savonneuse, alors que les intentions de vote pour Jean-Marie Le Pen étaient fermes. Certes, nous avions prévenu, dans la dernière semaine, que tout devenait possible quant à l’ordre d’arrivée. Certes, Jean-Marie Le Pen n’a devancé Lionel Jospin que de 0,7 point, et aucun sondage sur mille personnes ne peut prétendre, dans ces conditions, déterminer qui surpasse l’autre. Certes, de nombreux citoyens se déterminent au dernier moment et le sondage ne saurait avoir de caractère prédictif. Mais il est plus facile d’accuser les sondeurs quand, soi-même, on n’a rien vu venir, ou qu’on n’a pas voulu y croire !

Cela recommence de plus belle. Lorsque M. Sarkozy et Mme Royal, il y a des semaines, devançaient tous leurs concurrents, dépassant à eux deux 60 % des intentions de vote, nous sommes allés expliquer dans les médias, chiffres à l’appui, que l’élection n’était pas jouée, que 40 % des électeurs déclaraient alors s’abstenir et que les Français pouvaient à bon droit se plaindre de se voir priver d’un vrai premier tour. Nous n’avons alors rencontré que des regards sceptiques…

Maintenant, à l’évidence – et cela rend l’observation des sondages passionnante ! – l’opinion bouge, change, cherche la meilleure voie pour l’avenir. Pour la première fois dans une élection présidentielle, une fraction significative de Français hésite entre trois candidats ! Ces sables mouvants déstabilisent les analystes, habitués aux mouvements du passé, qui se limitaient à l’indécision à l’intérieur d’un camp. Ces changements sont incompréhensibles, ils sont donc « manipulés » par les instruments de mesure ! Ou, version de plus en plus courante, reprise d’une vieille antienne d’une fraction des sociologues critiques : les sondeurs nous « fabriquent » des chiffres suspects à partir de leurs données brutes ! Ou encore : les sondés s’amusent avec les sondeurs, ils les instrumentalisent et leur font passer des messages, sans croire eux-mêmes à leurs intentions de vote.

Sachons raison garder. On nous a déjà fait le coup des sondés-manipulateurs (au demeurant difficile à imaginer : comment chaque répondant pourrait-il deviner à quelle manipulation collective il se prête ?). Lors du référendum de 2005, on nous a dit, on a écrit que les sondés protestaient dans les sondages, mais qu’ils voteraient oui. Lorsque, pour la première fois, le non l’a emporté dans un sondage, des membres éminents de la commission des sondages nous ont fait savoir qu’ils n’y « croyaient pas ». Il a bien fallu se rendre à l’évidence des urnes et à la large victoire du non !

Autre argument : les données brutes. Les sondeurs n’ont jamais caché, depuis des décennies, qu’ils « redressent » les données recueillies dans leurs entretiens. Cela fait partie du travail professionnel normal du sondeur. Des électeurs n’osent pas avouer qu’ils souhaitent s’abstenir (car le vote est un « devoir civique ») et donnent une autre réponse (par exemple, écologiste, parce que cela permet, pensent-ils, de ne pas vraiment choisir). D’autres cachent leur intention de voter pour Jean-Marie Le Pen (parce qu’on pense que c’est un vote « inavouable ») et, là encore, donnent pourtant une réponse aux enquêteurs, par exemple Nicolas Sarkozy, parce qu’ils pensent qu’il a un bon bilan sur la sécurité. On pourrait continuer. On a compris : nous savons que nous sous-représentons l’abstention et le FN, que nous surreprésentons les partis de gouvernement ou les partis écologistes.

Nous le savons, de manière empirique, parce que nous l’avons constaté, depuis des décennies. Nos confrères des autres pays sont dans la même situation. L’une de nos tâches est donc de remédier, techniquement, à ces écarts. L’histoire des sondages nous paraît prouver que nous n’y sommes pas trop mal parvenus, malgré des difficultés ponctuelles. Que signifierait donc la publication de données brutes, que nous savons fallacieuses ? Faire croire que Jean-Marie Le Pen obtiendrait moins de voix que son niveau réel ? Faire croire que tel autre candidat en obtiendrait plus ?

Non : cette demande vise, croyons-nous, à décrédibiliser les sondeurs, en laissant entendre qu’ils « manipulent » leurs données. Or, ce travail de nature scientifique sur les données, nous le revendiquons pleinement. C’est notre métier. Les sciences sociales ne sont pas des sciences exactes ; elles sont fondées sur une démarche scientifique. Les sondages constituent une évaluation approximative de l’opinion, qui comporte des marges d’erreur inhérentes à leur méthode. Ce ne sont pas des pratiques de sorcellerie. Nous ne sommes pas des magiciens, nous sommes de simples chercheurs. Seuls les professionnels, et en dernière instance les citoyens, sont en définitive juges de la qualité de nos travaux.

Le sondage fait en effet partie de la panoplie de la démocratie d’aujourd’hui. N’en déplaise à tel éditorialiste d’un quotidien de gauche, l’interdiction des sondages est l’un des signes des dictatures. Grâce au sondage, le citoyen peut mesurer, en toute responsabilité, le poids de son vote personnel. Ceux qui crient haro sur les sondeurs ne se méfieraient-ils pas, plutôt, de l’opinion ? Que devient alors la démocratie ?

Voir aussi, pour ceux qui comme moi avaient des doutes sur l’utilité (sinon pour redonner du piquant à la campagne et… à la demande de sondages?) de poser aux électeurs une question sur (comme la suite est en train de le montrer) une totalement hypothétique présence de Bayrou au second tour, le beaucoup plus percutant entretien d’Alain Garrigou (à l’occasion de la récente sortie de son livre: « L’Ivresse des médias ») sur le blogs medias où il s’en prend directement aux connivences sondeurs-journalistes, notamment les contrats d’exclusivité entre les instituts et des chaines de télévision mais aussi au peu de pugnacité des sociologues:

« Après l’ivresse… la gueule de bois »

Le Blog Médias

27.03.2007

medium_garrigou.jpgLe débat sur les sondages n’en finit pas… Peut-on s’y fier ? Influencent-ils ? Quelles sont leurs méthodes ? On entend parler de manipulation, d’erreur manifeste. On entend parler les sondeurs : Roland Cayrol, directeur général de l’Institut CSA, Pierre Giacometti, directeur général d’Ipsos, ou Stéphane Rozès, directeur du département « Opinion » de CSA. Mais peu de sociologues… Leblogmedias donne la parole à Alain Garrigou, professeur de sciences politiques à l’université de Nanterre et auteur de « L’ivresse des sondages » (La Découverte, Paris, 2006).

Propos recueillis par Clothilde Le Coz

Le débat actuel sur les sondages amplifie-t-il les suspicions envers leur utilisation ?
Il faudrait d’abord qu’il s’agisse d’un débat, ce qui est loin d’être le cas. Il est toujours mené par les mêmes intervenants et, du côté des chercheurs, par Loïc Blondiaux. Sa compétence n’est évidemment pas à remettre en cause mais il est sûrement le plus politiquement correct d’entre nous. En réalité, je trouve inacceptable que les sondeurs soient présents sur les plateaux de télévisions car ils ne sont là que pour défendre leurs chiffres d’affaires et leur vision de la science. Le débat est tronqué et je pense que le public en est lassé. A force d’être répété, ce discours devient le degré zéro de la pensée.
Vous êtes en train de remettre en cause la qualité du travail des journalistes qui les invitent ?
Bien sûr, mais cela ne relève pas que de leur responsabilité. Ce sont les connivences entre sondeurs et journalistes que je dénonce. Les télévisions publiques, par exemple, ont des accords d’exclusivité avec certains instituts. C’est pour cette raison que l’on y voit toujours les mêmes intervenants. Et les sondeurs finissent par choisir leurs plateaux. Ce n’est pas l’intégrité des journalistes que je critique mais bien la qualité de l’analyse politique qu’ils fournissent.

La commission des sondages n’a-t-elle pas un rôle à jouer pour limiter ce que vous nommez « connivences » ?
Elle pourrait avoir du poids car elle a la possibilité de sanctionner et pas seulement celle de « relever des erreurs manifestes » (1). Mais nous sommes toujours confrontés au même problème : selon son président, Jean-Michel Galabert, la commission entretient de très bonnes relations avec les sondeurs. Elle leur donne plus une garantie d’Etat qu’elle ne les contrôle. Et puis, il existe aussi une connivence avec les politiques.

L’envolée de Bayrou dans les sondages ne serait pas réelle ?
La montée de François Bayrou était prévisible et même évidente. Les sondages permettent de lui donner de la crédibilité. Ils pèsent énormément sur l’opinion et peuvent même produire de purs artefacts… Le fait même de poser une question peut inventer un résultat car elle fait appel à l’imaginaire du sondé qui n’y avait pas encore réfléchi. Les politiques ne sont pas sans l’ignorer ; ou alors, ils sont crédules.

(1) Article Le Monde du 20 mars d’Alexandre Picquart

One Response to Présidentielle: Comment nos sondeurs contribuent inévitablement à la volatilité qu’ils mesurent (How polls inevitably contribute to the volatibility they measure)

  1. […] Le fait même de poser une question peut inventer un résultat car elle fait appel à l’imaginaire du sondé qui n’y avait pas encore réfléchi. Alain Garrigou […]

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