Présidentielle: La « banlieue » vote à nouveau… Le Pen !

Media rioters
GuignolLes émeutiers se sont retrouvés face à un discours médiatique fort alors que le discours politique était divisé. L’extraordinaire extension géographique des émeutes résulte de l’absence d’unité des pouvoirs publics face à la crise : la division est apparue au sein même de l’équipe gouvernementale, plusieurs jours durant. Dans le même temps, la télévision a joué à fond son rôle de tam-tam moderne. Nombre de verrous ont alors sauté. Une certaine unité d’ensemble a fini par se dégager, autour de slogans hostiles au ministre de l’Intérieur Lucienne Bui Trong (ex-patronne des RG, mars 2006)
Guignol est une marionnette française née à Lyon en 1808. Son créateur Laurent Mourguet faisait partie de ces nombreux canuts qui, mis au chômage par la Révolution, s’était reconverti en marchand forain, puis en arracheur de dents. Pour attirer la clientèle et couvrir les cris de ses patients, il amusait la foule avec ses marionnettes. (…) Les personnages principaux du théâtre de Guignol sont le canut Guignol … et le gendarme Flageolet. Wikipedia

Refus d’une directrice d’école et de militants associatifs de laisser la police faire son travail lors du contrôle d’identité d’un étranger en situation irrégulière à Paris dans le XIXe …

Plus de 7h d’affrontements avec la police ainsi que de pillages par des bandes de voyous (majoritairement africains ou maghrébins) hier soir à la gare du Nord suite à l’interpellation d’un individu (congolais) sans titre de transport (qui se trouve être « un multirécidiviste, rentré illégalement sur le territoire, avec vingt-deux dossiers de violences volontaires ») ayant agressé un contrôleur de la RATP …

Un ministre et candidat qu’on menace et essaie d’interdire de « cité » dans certains quartiers…

A l’heure où, à moins d’un mois de l’élection présidentielle (comme un an et demi après les plus graves émeutes de notre histoire récente et cinq ans après l’irruption, pour les mêmes raisons, de Le Pen au second tour), la gauche et Bayrou rivalisent de démagogie en mettant tout sur le dos de Sarkozy …

On se demande bien ce que cherchent tous ceux qui attisent les flammes …

Que la majorité des habitants de ces quartiers défavorisés qui en ont marre d’être pris en otage et de voir brûler leurs moyens de transport ainsi que leurs crèches, écoles, centres de loisirs, commerces (ou agresser leurs pompiers, policiers, médecins, professeurs et autres chauffeurs de bus ou réparateurs) votent Le Pen quand ils ne peuvent pas le faire … avec leurs pieds?

Abandonnant ainsi à la minorité de casseurs et de voyous les ghettos qu’avec leurs agressions et leurs trafics (mais aussi, à l’instar de ces belles âmes des beaux quartiers dont la compassion est généralement inversement proportionnelle à la proximité au problème, leurs démagogues défenseurs à gauche et leurs pompiers-pyromanes dans les médias), ceux-ci s’évertuent jour après jour de leur fabriquer?

Les incidents de la gare du Nord ressurgissent dans la présidentielle
Le Parisien
Le 28/03/2007
Les violents incidents mardi soir gare du Nord à Paris se sont déplacés mercredi sur le terrain politique à moins de 4 semaines de la présidentielle, alors que certains syndicats de police s’inquiètent du fossé qui se creuse avec une partie de la population et des jeunes.

Ces affrontements de plusieurs heures entre jeunes et forces de l’ordre dans les sous-sol de la gare, à la suite de l’interpellation d’un voyageur sans billet, ont fait neuf blessés légers. Treize personnes ont été interpellées, dont cinq mineurs: placées en garde à vue, elles devront répondre de violences sur agents de la force publique, dégradations de biens publics et privés et vols en réunion.

Le nouveau ministre de l’Intérieur François Baroin, qui a succédé lundi à Nicolas Sarkozy, a effectué mercredi après-midi une visite éclair à la gare du Nord afin d' »encourager et conforter les forces de l’ordre », auxquelles il avait auparavant rendu hommage pour leur « grand sang-froid ».

Le ministre, parfois accueilli par des cris plus ou moins hostiles de nombreux jeunes présents dans le grand hall de la gare, a dénoncé des « événements inacceptables, intolérables, inadmissibles », rappelant que tout avait commencé avec le « contrôle d’une personne qui, au final, est un multirécidiviste, rentré illégalement sur le territoire, avec vingt-deux dossiers de violences volontaires ».

Il s’est élevé contre « toute exploitation politique déplacée » de ces violences, un voeu pieux à en juger par le tour très politique pris par la polémique.

Nicolas Sarkozy a lui aussi estimé que la police avait « fait son travail ». Le candidat UMP à la présidentielle, jugeant que « pendant des années on a laissé faire n’importe quoi », a ajouté: « nous sommes le seul pays où l’on considère qu’arrêter quelqu’un parce qu’il ne paie pas son billet, ce n’est pas normal ».

Son adversaire socialiste Ségolène Royal a vu dans les affrontements un constat de « l’échec sur toute la ligne » de la droite en matière de sécurité.

« Bien évidemment les voyageurs doivent payer leur billet. Mais qu’un simple contrôle puisse dégénérer dans un affrontement aussi violent prouve que quelque chose ne va plus », a-t-elle déclaré.

« Les gens sont dressés les uns contre les autres, ont peur les uns des autres. La police a parfois peur de se rendre dans certains quartiers ou de procéder à certains contrôles », a-t-elle ajouté.

François Bayrou a également souligné que tout cela avait « eu lieu pour un ticket de métro ».

« On en arrive là parce que depuis longtemps, on a fait de la police uniquement une force de répression », a estimé le candidat UDF à la présidentielle. « Depuis la présence de Nicolas Sarkozy au ministère de l’Intérieur », a-t-il précisé.

Philippe de Villiers, candidat du Mouvement pour la France (MPF), a mis en cause des « bandes ethniques » et « des barbares ».

Les réactions policières ont été contrastées. Nicolas Comte (SGP-FO, 3e syndicat de gardiens de la paix) a dit redouter « un véritable risque d’hystérisation des rapports police-jeunesse », et Joachim Masanet (Unsa police, 1er syndicat de gardiens de la paix), tout en jugeant « régulière » l’intervention des forces de l’ordre, a affirmé impérative une « reprise du dialogue » pour « combler le fossé qui s’est creusé entre la police et les jeunes ».

A l’inverse, Synergie (second syndicat d’officiers) « s’insurge » contre cette « thèse d’une prétendue fracture entre les jeunes et la police », de même que le SNOP (officiers, majoritaire) et Alliance (2e chez les gardiens de la paix), qui voit une « défiance », non de la population mais des « voyous » et de certains « idéologues » à l’égard de la police.

Les émeutes de la gare du Nord enflamment la campagne présidentielle
Le Figaro

le 28 mars 20

Le Parti socialiste et François Bayrou tombent à bras raccourcis sur Nicolas Sarkozy qui se défend en accusant la gauche d’être « du côté de ceux qui ne paient pas leur billet dans le train ».

« Ne pas se transformer en pompiers incendiaires ». Les appels du tout nouveau ministre de l’Intérieur, François Baroin, mercredi sur Europe 1 sont restés lettres mortes. Les attaques pleuvent en effet sur Nicolas Sarkozy au lendemain des affrontements de la gare du Nord. Son adversaire de gauche, Ségolène Royal, a ainsi estimé que les affrontements de gare du Nord montraient « l’échec sur toute la ligne » de la droite en matière de sécurité depuis 2002.

« Si Ségolène Royal et la gauche veulent être du côté de ceux qui ne paient pas leur billet dans le train, c’est (son) choix », a répliqué Nicolas Sarkozy de passage à la gare du Nord. Il n’est « pas normal que des gens interviennent » pour s’opposer à une interpellation, a tranché le candidat de l’UMP, estimant que « les forces de l’ordre ont réagi avec beaucoup de maîtrise ».

Une opinion partagée par ses porte-parole Rachida Dati et Xavier Bertrand qui, plus tôt dans la matinée, avaient accusé les socialistes de « justifier le désordre ».

Ségolène Royal s’est défendu de ces accusations de laxisme : « Bien évidemment, les voyageurs doivent payer leur billet. Mais qu’un simple contrôle puisse dégénérer dans un affrontement aussi violent prouve que quelque chose ne va plus », a-t-elle déclaré sur Canal+.

Bayrou moque Sarkozy et Borloo

De Jack Lang à Bertrand Delanoë, en passant par le député de Paris, Jean-Christophe Cambadélis, les caciques du PS ont abondé dans le sens de leur candidate. Le conseiller spécial de Ségolène Royal, Jack Lang, a même demandé « une enquête » sur les violences pour établir s’il s’agit d’« incidents organisés ou fortuits ». Le maire de Paris Bertrand Delanoë a estimé que « de tels débordements, après la crise de l’automne 2005, confirment notamment l’erreur magistrale qu’a constitué la suppression de la police de proximité ». Jean-Christophe Cambadélis, enfin, a rappelé le précédent des incidents de la rue Rampal dans le XIXe arrondissement de Paris pour dénoncer « un climat sarkozien fait de tensions, d’exactions, de violence verbale et de stigmatisations ».

Le PS n’est pas seul à récuser les résultats de la politique de l’ex-ministre de l’Intérieur. Ainsi François Bayrou, sur LCP-Assemblée nationale, a déploré que Nicolas Sarkozy ait fait de la police « uniquement une force de répression ». Le candidat UDF à la présidentielle a associé à ses critiques Jean-Louis Borloo, ministre de la Cohésion sociale, qui, la veille, a apporté son soutien au candidat de l’UMP. « L’un est chargé des banlieues, l’autre est chargé de la sécurité, et on ne peut pas dire que dans ces incidents hier soir, ni les banlieues aient montré qu’elles avaient trouvé un grand équilibre, ni que la sécurité soit en France aujourd’hui quelque chose à propos (de quoi) on peut se rassurer », a-t-il souligné.

De son côté, Philippe de Villiers, a évoqué « des bandes ethniques installées sur notre territoire et (qui) considèrent que même la gare du Nord, c’est leur territoire ». Sur BFM-TV, le candidat du MPF à l’élection présidentielle a évoqué des « barbares ». « Voilà le résultat de l’immigration incontrôlée », a-t-il ajouté, assurant qu’ « il y a 800 cités interdites, où on nous recommande, à nous les candidats, de ne pas aller ».

Enfin la Ligue communiste révolutionnaire s’est dite « indignée » par « la brutalité de l’intervention policière ». L’organisation trotskiste se dit « solidaire du mouvement de protestation et de solidarité des voyageurs ».

Société

«Ici, c’est la loi de la jungle»
Propos recueillis mercredi matin à la gare du Nord, sur les lieux où se sont produits les violents incidents de mardi soir.
Par Hakim DJEROUDI
LIBERATION.FR : mercredi 28 mars 2007

Ce mercredi à 11 heures, gare du Nord. A la sortie du métro ligne 5, le murs blancs portent les marques des émeutes de la veille. Des message tagués: «27.03.2007, injustice CRS sur ados innocents», «Victoire pour l peuple», «Nique la police», «Nique le gouvernement», «Chirac crapule», «Nique Sarkozy»

«C’est un truc de malade» lâche une jeune passante qui constate les dégâts. On dirait qu’une guerre s’est déroulée ici. Des vitres cassées, les bornes de contrôle de billet hors-service, les vitres de la boutique «Bagafolie», le magasin de chaussure «Foot locker» pillés. Un groupe de jeunes habitués traîne devant les boutiques. L’un d’eux, qui a reçu un coup, porte un pansement à l’oeil. Il ne souhaite pas répondre à nos questions. Et montre même un peu d’agressivité si on insiste.

«Il y a souvent des groupes de jeunes, ici, explique Isabelle, 38 ans, employée d’un magasin qui vend des produits d’Auvergne. La police les chasse, mais ils reviennent à chaque fois». Trois employés sont venus réparer un photomaton dégradé.

Les gens stressés et pressés défilent, «comme d’habitude». «Cela fait huit ans que je suis là, poursuit Isabelle. J’ai remarqué qu’il y a une montée de la délinquance. Ici, c’est la loi de la jungle. Il y a du vol tout le temps. Les gens sont irrespectueux entre eux. Si vous vous laissez faire c’est fini».

Mais, en même temps, les contrôles incessants ne contribuent pas à apaiser les choses. «Cela fait quinze jours à trois semaines que les contrôleurs sont là en permanence, ajoute l’employée. Ce que je ne comprend pas c’est que il y a déjà eu ce genre de situation, mais elles ont toujours été contrôlées. A mon avis, c’est la veille des élections qui a motivé les gens et d’autres ont agi pour le plaisir de casser. Il n’y a pas eu que des jeunes, il y a eu des gens de toute sorte. Des jeunes habitués à trainer, des gens de passage venus s’en mêler, des spectateurs».

Un jeune lycéen, de passage: «Hier, j’étais là. Moi, j’ai participé à la bataille parce que les contrôleurs et les flics prennent trop la confiance. J’ai suivi le mouvement, et je n’ai pas trop cherché à comprendre pourquoi.»

Une dizaine de policiers sont présents. «Ils ne sont jamais là quand il faut, moi dès que j’ai des problèmes je me débrouille seule» poursuit la commerçante. «J’ai fermé la boutique à 17h30, l’histoire a démarré juste là, devant le photomaton. Deux dames, deux jeunes et une mère accompagnée de ses trois enfants se sont réfugiées dans la boutique. Puis, vingt minutes après j’ai fermé et je suis rentrée. Ce soir, ça risque d’être chaud, d’autant plus que le fait que la police soit là, cela pourrait entraîner les gens à recommencer».

Appel à la grève pour la directrice d’école
Défilé prévu aussi vendredi contre les arrestations de sans-papiers près des établissements.
Par Catherine COROLLER
Libération

Le 28 mars 2007

Le placement en garde à vue, vendredi, de Valérie Boukobza, directric d’école parisienne ( Libération de lundi), continue de faire des vagues. La jeune femme, soupçonnée d’outrage et de dégradations sur une voiture de police après que des incidents violents eurent éclaté à proximité de son établissement, lors de l’interpellation d’un Chinois sans papiers qui venait chercher ses petits-enfants, avait été interrogée pendant sept heures. Hier, les principaux syndicats enseignants du primaire (1) ont appelé leurs collègues à faire grève et à manifester vendredi. «On demande que les ministères de l’Education nationale, de la Justice et de l’Intérieur clarifient la situation de la collègue et annoncent qu’il n’y aura aucune poursuite judiciaire et aucune sanction administrative prise contre elle», explique Gilles Moindrot, secrétaire général du Snuipp.
«Légitime défense.» Les responsables syndicaux demandent également que Valérie Boukobza se voie appliquer le droit à la protection des fonctionnaires prévu par la loi. Cela lui garantirait l’assistance d’un avocat et du service juridique du rectorat. «Les fonctionnaires doivent être défendus par l’institution , affirme également Michel Delattre, secrétaire général de l’Unsa Paris. Surtout que nous considérons que notre collègue était en situation de légitime défense.» Lundi, ces mêmes syndicats avaient rencontré Maurice Quenet, recteur de l’académie de Paris. Selon eux, la discussion a tourné court, le responsable académique opposant une fin de non-recevoir à la demande de protection juridique, au motif que la situation de Valérie Boukobza relève d’une affaire privée. Le recteur aurait affirmé que «les faits [s’étant] produits à l’extérieur de l’école [sont] détachables de sa mission de directrice d’école».
Silence. Vendredi, les enseignants manifesteront également contre les arrestations aux abords des écoles. Le matin, une délégation syndicale se rendra à la préfecture de police pour réclamer que cessent de telles pratiques. Le cortège partira à proximité du ministère de l’Education nationale, façon d’interpeller Gilles de Robien, resté totalement muet depuis le début de cette affaire.
(1) Snuipp-FSU, SE-Unsa, SgenCFDT, SUD-Education, Snudi-FO, CGT-Education et CNT.

Scènes de ménage chez « Les Guignols de l’info »
LE MONDE
Le 26.03.07

La campagne présidentielle sème la zizanie entre les auteurs des « Guignols de l’Info », l’émission satirique de Canal+. C’est Bruno Gaccio, auteur « historique » de l’émission, qui a mis le feu aux poudres en déclarant dans Libération du samedi 24 mars : « Ça fait cinq ans qu’on rit avec Sarko, ça suffit. Là, on ne rit plus avec, on rit contre. » Une déclaration que n’ont pas appréciée ses acolytes, Lionel Dutemple, Ahmed Hamidi et Julien Hervé, ainsi que le producteur de l’émission, Yves Le Rolland, qui refusent que les marionnettes soient instrumentalisées pendant la campagne.

« En affirmant qu’on est contre Sarkozy de manière militante, cela nous prive d’une certaine liberté et nous prête des intentions cachées », protestent-ils. « Le militantisme supposé est incompatible avec l’esprit des Guignols, précise Yves Le Rolland. Notre seule inspiration, c’est ce qui peut faire rire. « Les Guignols de l’Info » reste une émission de divertissement. Ce qui ne nous empêche pas d’avoir un point de vue sur les gens. »

« On est là pour se moquer, on ne fait pas de politique. Nous ne sommes pas des journalistes, nous travaillons dans un monde de latex, surenchérit Ahmed Hamidi. Nos prises de position se voient à l’écran, inutile de le surligner. »

Contacté par Le Monde, Bruno Gaccio affirme que la citation de Libération, est « inexacte ». « Ce que je voulais dire, c’est que depuis quatre ans que l’on rit aux Guignols avec Sarkozy, le public va finir par penser que l’on rit contre lui, ce qui ferait sortir les Guignols de leur rôle. »

DÎNER

La tension entre Bruno Gaccio et les trois auteurs, qui ont rejoint l’émission en 2000, couve depuis plusieurs mois. Déjà, en début d’année, ils n’avaient pas apprécié d’apprendre par Le Parisien que Bruno Gaccio avait participé à un dîner avec Ségolène Royal, chez l’animatrice de télévision Daniela Lumbroso, enfreignant ainsi les « règles » des Guignols de ne pas rencontrer ceux qu’ils caricaturent. De plus, ils lui reprochent de continuer à parler en leur nom alors que « cela fait déjà un long moment qu’il est hors jeu », comme le souligne Lionel Dutemple. En effet, Bruno Gaccio a rejoint depuis septembre 2005 l’unité de fictions de Canal+, où il développe des projets innovants. Il n’est revenu aux Guignols que pour la présidentielle, et a annoncé qu’il quittera l’émission en juin.

Ces turbulences au sein des membres de l’équipe n’affectent pas leur humour. « On adorerait dîner avec Chirac dès qu’il ne sera plus président, confie Ahmed Hamidi. Il nous a fait bouffer pendant dix ans. Il serait normal de lui offrir un resto ! »

Sylvie Kerviel et Daniel Psenny

Télévision

Ils ont fait le Chirac de 1995. Qui est le candidat des «Guignols» en 2007 ?
Votez latex!
Par Raphaël GARRIGOS, Isabelle ROBERTS
QUOTIDIEN : samedi 24 mars 2007
Sapristi (1) ! Et ces bons vieux Guignols ? Bombardés meilleurs éditorialistes de France en 1995 quand ils campaient Chirac en sympathique loser mangeur de pommes trahi par Couille molle (comment s’appelait ce monsieur goitreux déjà ?), les Guignols se sont vu reprocher de l’avoir installé à l’Elysée. Et, en 2002, d’avoir décrédibilisé les politiques qu’ils représentaient en Supermenteur (Chirac) et Superbarbant (Jospin). En 2007, les Guignols , même s’ils alimentent moins la chronique, sont bien là au mieux de leurs audiences : 2,8 millions de téléspectateurs (contre 2,6 millions en 1995 et 2,5 en 2002) pour leurs quatre têtes de Turc du moment. Après les pommes de Chirac et plutôt que les mandarines de Bayrou, mangez du latex.
Sarkozy : «Cacalme, Lexomimil»
«Vous l’avez remarqué en regardant les Guignols , je ne veux pas de Sarkozy président.» Oui, Bruno Gaccio, on avait remarqué. Aux Guignols, Sarkozy, c’est depuis des lustres le Grand Satan : la «petite crotte» de Chirac, l’expulseur d’enfants immigrés. Le sale flic, qui a mis toutes les rédactions de France à sa botte compensée. Longtemps, les Guignols s’en sont tenus à cette fort ressemblante caricature. Et puis arrive le fameux «J’ai changé», le jour de son sacre, et son non moins fameux pull-over qu’il sortait dès le lendemain. Du caviar pour les Guignols : «Le mec, rigole Lionel Dutemple, un des auteurs, d’un seul coup il décrète qu’il sera supercalme !» Voilà Sarkozy faussement adouci, en «pull-over, calme, cool, zen». Qui, ces temps-ci comme le vrai, perd ses nerfs : l’atrabilaire est désormais au bord du nervous breakdown, tremblote «cacalme-coocool-zezen» avec le «Lexomimil» en intraveineuse. Mais Sarkozy, contrairement au Chirac de 1995, reste l’ennemi. «Ça fait cinq ans qu’on rit avec Sarko , ça suffit, assène Gaccio, chef des Guignols jusqu’en juin. Là, on ne rit plus avec, on rit contre.»
Bayrou : «Crûtû-crûtû-crûtû»
Le néo-rebelle qui fustige TF1, leur ennemie de toujours, du nanan pour les Guignols ? Ben non, même pas : tandis que, partout, on feint de découvrir Bayrou, ils le croquent comme ils le font depuis dix ans en gamin naïf qui rêve de se rebeller sous son poster «I love UDF». Seul aggiornamento : avec les sondages, le petit François est devenu insupportable. PPD ose-t-il le présenter en «chouchou des Français» qu’il monte sur ses grands poneys : «Eh ho ! Tu m’appelles pas chouchou, je suis un homme important maintenant !» Veut décorer la valise nucléaire d’autocollants Dora l’exploratrice, s’inquiète de ses futurs sommets : «A Poutine, je peux plus lui dire « Poutine tu pues la sardine » ?» Surtout, les Guignols fustigent l’absence de programme, l’inanité politique de Bayrou. Sa solution pour tous les problèmes ? «Prendre les meilleurs de droite, et les meilleurs de gauche.» Souci, quand Bayrou mélange les carburants de la pompe de gauche et de la pompe de droite : «Le moteur il a fait « crûtû-crûtû-crûtû ».» Pour Dutemple, Bayrou est «sans doute le Guignol de cette campagne» . Yves Le Rolland, directeur artistique, approuve : «Bayrou, c’est le personnage le plus intéressant, c’est avec lui qu’on peut le plus montrer notre spécificité. Pour nous, il reste ce qu’il était.» De fait, alors qu’en 1995, le Chirac des Guignols suivait l’opinion, leur Bayrou de 2007 va à son encontre. Les Guignols vont tout de même le faire accéder à la respectabilité, raconte Dutemple : «PPD va le regarder d’un autre oeil. Il va faire comme tous les médias : « Ouais, il a pas de programme, génial ! »»
Royal : «Politique pour les tout-petits»
Ça se gâte avec Ségolène Royal : marionnette pas terrible, voix ratée, pas de gimmick, les auteurs ont du mal. «Pour des caricaturistes c’est la galère, reconnaît Le Rolland. Elle est un peu en creux. Elle ne nous fait pas tellement rire. C’est un peu comme Jospin qu’on n’a jamais vraiment réussi.» Résultat, depuis le début de la campagne, le personnage de Royal patine, sauf quand les Guignols s’attaquent à sa sale manie de parler aux Français avec des mots simples et font chanter son programme par Henri Dès «pour expliquer la politique aux tout-petits» : «Mme l’Iran a une bombe atomique/C’est catastrophique» la la la… Mais au fil des mois, la Royal de latex, tout en restant un personnage central, est devenue quasi muette, stoïque sous les coups de boutoir de ses ennemis, tellement violents qu’ils tournent à l’absurde. A la radio, on interroge la Royal de latex sur les porte-avions et, dans le taxi, le chauffeur la coince : «Dans une boîte de vitesses automatique, quel est le nom de la pièce sur laquelle reposent les roulements à billes ?» Elle ne sait pas et les quolibets fusent : «Elle sait pas et elle veut diriger la France !» Gaccio s’emporte : «Sarkozy peut faire n’importe quoi, tout le monde s’en cague ; elle, elle fait « atchoum », tout le monde rigole « whoua la nulle ». Faut arrêter.» Ça s’appelle rouler pour Royal. «On ne peut pas faire ça», se défend Gaccio. C’est pas grave les gars, c’est juste de la politique.
Elkabbach : «Bravo Nicolas, t’es génial»
Voilà en fait le gibier favori des Guignols : nous, les journalistes. Enfin, pas nous à Libération, hein, mais tous les autres, les méchants, les moutons, les stipendiés flingués chaque soir à bout touchant. Totem de la complaisance médiatico-sarkozyste, le VRP multimédia Jean-Pierre Elkabbach. Ses interviews cire-UMP du matin se traduisent chez les Guignols en un festival de «pouffiasse !» contre Royal et de «t’as été génial, bravo Nicolas». Jeudi, dans une parodie de Vis ma vie, Elkabbach devait tester l’étrange profession de journaliste. Et il en suait à grosses gouttes, le pauvre, et s’indignait que son tuteur d’un jour ose poser des questions dérangeantes à Sarkozy : «Je suis très choqué, je sais pas comment il fait, c’est comme s’il n’avait aucune pudeur.» Le 22 avril, une fois que les auteurs auront voté tous à gauche , les marionnettes animeront la soirée électorale de Canal +. Les Guignols influenceront-ils le vote des téléspectateurs ? «Prrrrrrrt…, répond, lassé, Gaccio. S’il y avait une influence des Guignols , Besancenot serait à 17 % dans les sondages.»
photo RAphaël Dautigny
(1) Oui, on avait envie d’écrire «sapristi

Voir aussi les images télé: http://www.dailymotion.com/video/x1ka4h_emeute-compil-270307-gare-du-nord

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