C’est le propre des révolutions conservatrices, celle des années trente en Allemagne, celle des Thatcher, Reagan et autres, de présenter des restaurations comme des révolutions. La révolution conservatrice aujourd’hui prend une forme inédite : il ne s’agit pas, comme en d’autres temps, d’invoquer un passé idéalisé, à travers l’exaltation de la terre et du sang, thèmes archaïques des vieilles mythologies agraires. Cette révolution conservatrice d’un type nouveau se réclame du progrès, de la raison, de la science (l’économie en l’occurrence) pour justifier la restauration et tente ainsi de renvoyer dans l’archaïsme la pensée et l’action progressistes. Elle constitue en normes de toutes les pratiques, donc en règles idéales, les régularités réelles du monde économique abandonné à sa logique, la loi dite du marché, c’est-à-dire la loi du plus fort. Elle ratifie et glorifie le règne de ce que l’on appelle les marchés financiers, c’est-à-dire le retour à une sorte de capitalisme radical, sans autre loi que celle du profit maximum, capitalisme sans frein et sans fard, mais rationalisé, poussé à la limite de son efficacité économique par l’introduction de formes modernes de domination, comme le management, et de techniques de manipulation, comme l’enquête de marché, le marketing, la publicité commerciale. Pierre Bourdieu
Intéressant entretien de Nicolas Sarkozy, dans le Figaro d’hier (merci sitting bull), qui confirme la prédiction longtemps exprimée par la gauche et notamment par Pierre Bourdieu, de l’avènement dans le monde de la « Révolution conservatrice » qui, après les excès des années 60, avait porté au pouvoir dans les années 80 un Reagan en Amérique ou une Thatcher en Grande-Bretagne mais à laquelle la France semblait jusqu’ici assez réfractaire.
Sauf qu’entre temps sont arrivés les Clinton et les Blair et leurs homologues canadiens comme nordiques, montrant qu’au-delà des excès bien repérés par Bourdieu, il pouvait y avoir une économie de marché à la fois plus efficace et juste.
Morceaux choisis:
Je ne mène pas un combat politique mais un combat idéologique.
Au fond, j’ai fait mienne l’analyse de Gramsci : le pouvoir se gagne par les idées. C’est la première fois qu’un homme de droite assume cette bataille-là
En 2002, quinze jours après mon arrivée au ministère de l’Intérieur, une certaine presse a commencé à m’attaquer sur le thème : « Sarkozy fait la guerre aux pauvres. » Je me suis dit : soit je cède et je ne pourrai plus rien faire, soit j’engage la bataille idéologique, en démontrant que la sécurité est avant tout au service des plus pauvres. Depuis 2002, j’ai donc engagé un combat pour la maîtrise du débat d’idées. Tous les soirs, je parle de l’école, en dénonçant l’héritage de 1968. Je dénonce le relativisme intellectuel, culturel, moral… Et la violence de la gauche à mon endroit vient du fait qu’elle a compris de quoi il s’agissait.
Je suis pour la promotion, elle est pour le nivellement. Les 35 heures doivent constituer pour moi un plancher, elle les voit comme un plafond. Je suis contre les régularisations globales en matière d’immigration, elle annonce la régularisation des parents et des grands-parents de tous les enfants d’immigrés scolarisés en France.
Je suis pour ouvrir des choix partout, elle veut tout figer avec des statuts.
Comment peut-on contester que l’Europe ait des racines chrétiennes ?
Derrière la morale laïque et républicaine française, il y a deux mille ans de chrétienté. Ce n’est pas militer pour une Église que de dire cela, c’est regarder l’histoire de France telle qu’elle est…
Sarkozy : « Le vrai sujet, ce sont les valeurs »
Propos recueillis par Nicolas Beytout, Alexis Brézet, Charles Jaigu et Judith Waintraub.
Le Figaro
le 17 avril 2007
Dans un entretien au «Figaro», le candidat UMP revendique son combat «pour la maîtrise du débat d’idées».
LE FIGARO. – Cette campagne se distingue des autres par le nombre très élevé des indécis. Est-ce pour vous une inquiétude ?
Nicolas SARKOZY. – Pourquoi donc ? Dans toutes les campagnes, les indécis ont toujours voté comme ceux qui ont fait leur choix. Regardez les nouveaux inscrits, chez eux aussi je suis en tête ! Loin de moi l’idée de dire que la bataille est gagnée. Je crois au contraire que rien n’est joué. Mais je cons¬tate simplement que ma cam¬pagne rencontre un écho profond dans le pays.
Quels en ont été pour vous les moments les plus forts ?
Le rassemblement du 14 janvier, porte de Versailles. Puis le moment où j’ai lancé le débat sur l’identité. Enfin, les incidents de la gare du Nord, lors desquels la gauche a cherché des excuses aux voyous.
Et les moments que vous regrettez ?
Le fait que certains membres de mon équipe, pendant que j’étais à la Réunion, aient semblé contester le chiffrage de mon projet. Puis, cette parenthèse de trois semaines où j’ai donné le sentiment que je ne disais plus rien. On me conseillait de rassurer ; du coup, toutes les aspérités étaient gommées ; je devenais un candidat classique. Ce n’est pas ce qu’attendent les Français.
Tout le monde se dispute la palme de l’« antisystème »…
Quand je pense à ce que j’ai entendu quand j’ai parlé de rupture !
Aujourd’hui, on se l’arrache, mais mon antériorité devrait jouer en ma faveur. Depuis 2002, je me suis construit en marge d’un système qui ne voulait pas de moi comme président de l’UMP, qui récusait mes idées comme ministre de l’Intérieur et qui contestait mes propositions.
À quatre jours du premier tour, on a le sentiment qu’aucun thème n’a structuré la campagne…
Je ne suis pas d’accord. Le vrai sujet de cette présidentielle, ce sont les valeurs. Par le passé, il est arrivé, c’est vrai, qu’un thème unique s’impose à tous les autres. En 1997, les 35 heures et les emplois-jeunes. En 2002, la sécurité. Cette année, derrière les apparences d’un certain zapping, tout – le travail, l’éducation, l’immigration, la sécurité – s’ordonne autour de la crise d’identité que traverse la France. D’où ma campagne sur le sens et sur les valeurs, qui désoriente certains commentateurs mais dont les Français ont bien compris la nouveauté : je ne mène pas un combat politique mais un combat idéologique.
C’est la raison pour laquelle j’ai tenu à faire une synthèse de mes convictions dans mon dernier livre, Ensemble. Au fond, j’ai fait mienne l’analyse de Gramsci : le pouvoir se gagne par les idées. C’est la première fois qu’un homme de droite assume cette bataille-là.
Quand avez-vous fait ce choix ?
En 2002, quinze jours après mon arrivée au ministère de l’Intérieur, une certaine presse a commencé à m’attaquer sur le thème : « Sarkozy fait la guerre aux pauvres. » Je me suis dit : soit je cède et je ne pourrai plus rien faire, soit j’engage la bataille idéologique, en démontrant que la sécurité est avant tout au service des plus pauvres. Depuis 2002, j’ai donc engagé un combat pour la maîtrise du débat d’idées. Tous les soirs, je ¬parle de l’école, en dénonçant l’héritage de 1968. Je dénonce le relativisme intellectuel, culturel, moral… Et la violence de la gauche à mon endroit vient du fait qu’elle a compris de quoi il s’agissait.
La France glisse-t-elle à droite ?
Je conteste cette idée de la droitisation de l’électorat, qui est une idée du microcosme, produite par la pensée unique. Beaucoup d’ouvriers, de gens de gauche, veulent qu’on leur parle de la nation. Je parle d’identité nationale parce que je pense que les gens ont besoin de repères. Si c’est être de droite, suis-je de gauche quand je défends le pouvoir d’achat et les salaires ? La nation, le pouvoir d’achat, le travail sont des valeurs qui vont bien au-delà du clivage droite-gauche.
La France qui a voté « non » au référendum européen est toujours là.
Tout ce que j’ai voulu faire, c’est lui dire que j’avais entendu sa souffrance, son exaspération, que je comprenais la crise d’identité qu’elle traverse.
Que répondez-vous à ceux qui vous accusent de courir après Jean-Marie Le Pen ?
J’ai le sentiment que c’est plutôt Le Pen qui court après moi, si j’en juge par ses dernières déclarations. Moi, je ne parle pas à Le Pen, qui me conteste le droit d’être candidat parce que je suis fils d’immigré.
Le Pen n’est pas propriétaire de ses voix, pas plus que moi d’ailleurs.
Je parle à ses électeurs, comme à tous les électeurs.
Vous situez le débat sur le terrain des valeurs. Comment vous distinguez-vous de Ségolène Royal ?
C’est très simple. Je suis pour la promotion, elle est pour le nivellement. Les 35 heures doivent constituer pour moi un plancher, elle les voit comme un plafond. Je suis contre les régularisations globales en matière d’immigration, elle annonce la régularisation des parents et des grands-parents de tous les en-fants d’immigrés scolarisés en France.
Ça fait quand même beaucoup ! Je suis pour ouvrir des choix partout, elle veut tout figer avec des statuts. Ce sont de vraies différences.
Et de François Bayrou ?
Il se dit plus à gauche que Ségolène Royal. C’est une évolution fulgurante ! Heureusement que ça ne l’a pas pris quand il était adolescent. Ça se serait terminé où ? Voilà un homme qui prétend rompre avec le système et qui prépare avec Michel Ro-card des combinaisons d’appareils dans le dos des Français ! Imaginons ce qu’il en serait s’il arrivait au pouvoir. L’immobilisme d’abord, l’instabilité ensuite. On l’a vu en Italie. On commence à le voir en Allemagne.
Pourquoi, dans votre bouche, cette récente référence à Jean-Paul II ?
Parce que c’est l’homme qui par la force de ses convictions a fait tomber le mur de Berlin. C’est l’homme qui a dit qu’il ne fallait pas avoir peur. C’est l’homme qui a su incarner l’ouverture et la fermeté.
Quel plus bel exemple ?
Sur les « racines chrétiennes » de l’Europe, quelle est votre position ?
Comment peut-on contester que l’Europe ait des racines chrétiennes ?
Derrière la morale laïque et républicaine française, il y a deux mille ans de chrétienté. Ce n’est pas militer pour une Église que de dire cela, c’est regarder l’histoire de France telle qu’elle est, et ce « long manteau d’églises » qui recouvre notre pays. La question de savoir si Dieu doit être dans la Constitution européenne ne se pose plus puisqu’il n’y a pas de Constitution. Donc, on ne va pas se battre là-dessus. Mais on ne peut pas ignorer les racines chrétiennes de l’Europe, ni celles de la France.
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