Antisémitisme: Les juifs aussi! (With friends like these, who needs enemies?)

Jewish antisemitismJ’ai voulu montrer qu’à une époque de résurgence de l’antisémitisme, la pensée des juifs alimente une cause particulièrement ignoble. (…) S’opposer à l’implantation d’Israël en Cisjordanie ou à la manière dont il traite les  Palestiniens n’est pas, en soi, anti-sémite; c’est remettre en cause le droit d’Israël à l’existence qui franchit la ligne jaune. Alvin Rosenfeld (the New York Times)

Signe des temps?

La toujours plus grande polarisation, voire la véritable inversion des postures et des valeurs, que nous vivons depuis quelques années fait à présent rage dans les milieux intellectuels juifs, longtemps considérés comme les plus fidèles soutiens de la gauche …

Que ce soit en France avec ces juifs (de gauche) qui vont jusqu’à pétitionner contre ce qu’ils considèrent comme des pressions communautaires pour un vote unitaire juif pour Nicolas Sarkozy …

Ou aux Etats-Unis, avec ces intellectuels, juifs aussi, qui, comme le rappelle la dernière tribune de Guy Millière, se déchirent suite à la publication en décembre dernier d’un essai du professeur de l’université d’Indiana Alvin Rosenfeld sur les critiques d’Israël d’origine juive qui vont jusqu’à lui nier tout droit à l’existence et qui, se faisant, servent de caution (comme compagnons de route à la Chomsky ou idiots utiles à la Judt) aux antisémites et à leurs désirs génocidaires …

L’antisémitisme est venu et il est resté
Guy Millière
Metula News Agency
11 Mars 2007

« Cela donne davantage la nausée encore de voir des Juifs se placer en première ligne de cette contribution » Professeur Alvin Rosenfeld

En France, la détestation d’Israël se dissémine en général de façon plutôt feutrée. On peut accuser des Juifs de manipuler d’autres Juifs et de fomenter un complot et une offre publique d’achat des Israélites de France. On peut aussi, bien sûr, accuser l’armée et le gouvernement israéliens de tous les crimes possibles, s’abriter à cette fin derrière la défense du « peuple palestinien », trouver des justifications au terrorisme en invoquant le « désespoir » des individus concernés. Il arrive même, dans l’exercice de cette torsade, que ce soient des auteurs juifs qui se montrent les plus virulents à soutenir ce qui n’est pas intelligemment soutenable.

Ce phénomène inquiétant n’est, hélas, pas propre à la France. En Scandinavie ou au Royaume-Uni, où la parole est plus libre, la détestation est, en général, plus explicite encore. Aux Etats-Unis, pour les mêmes raisons, des ouvrages peuvent même en appeler à la nécessité de voir Israël, entité décrite comme « intrinsèquement maléfique », disparaître. Et là, encore, ce sont, souvent, il faut le dire et nous sommes ici pour ça, des auteurs juifs qui se portent à la pointe des théories menant à l’anéantissement d’Israël..

C’est aux fins de montrer la dangerosité des propos de ce genre, les liens entre la haine de soi, qui se manifeste ainsi, et une forme de racisme réflectif particulièrement malsain qui permet de parler de « Juifs antisémites », que l’American Jewish Committee a décidé de publier, voici quelques mois, un petit ouvrage d’Alvin Rosenfeld, professeur à l’Indiana University, « Progressive » Jewish Thought and the New Antisemitism (« la pensée juive « progressiste » et le nouvel antisémitisme »).

Rosenfeld y procède de manière scrupuleuse, détaillée, précise. Comme il l’écrit dès l’introduction, en citant Jonathan Sacks, grand rabbin du Royaume-Uni : « Le fascisme allemand est venu et a disparu, le communisme soviétique est venu et a disparu lui aussi, l’antisémitisme, lui, est venu et il est resté. Il a simplement changé de masques, d’atours et de visages ». Et il est « extrêmement triste » de constater que, chez ceux qui s’appellent eux-mêmes les « Juifs progressistes », on rencontre des « contributions au climat intellectuel et politique » qui alimentent l’antisémitisme contemporain » sous couvert d’ « antisionisme ». Tout en citant de nombreux auteurs dont les phrases ont, effectivement, de quoi donner des frissons, Rosenfeld en distingue quelques-uns plus particulièrement.

Ainsi l’universitaire britannique Jacqueline Rose, qui procède à des comparaisons très spécieuses entre Herzl et Hitler, sous prétexte que ceux-ci assistaient l’un et l’autre à des concerts de Richard Wagner, n’hésite pas à écrire que, « dès sa naissance, on trouvait dans le sionisme les graines de la catastrophe ». Ainsi encore Michael Neuman, intellectuel canadien qui, après avoir parlé de « complot sioniste », note qu’Israël est engagé dans la perpétration d’un « génocide contre les Palestiniens ». Rosenfeld met en exergue, enfin, un livre qui semble particulièrement pernicieux, Wrestling with Zion, ouvrage collectif dont l’essentiel des contributeurs, parmi lesquels on ne s’étonnera pas de trouver Noam Chomsky et Norman Finkelstein, pense qu’il faut « mettre fin au plus vite à « l’existence de l’Etat juif ».

Rosenfeld conclut de la façon suivante : « Le fait que l’antisionisme, compris comme le rejet du droit imprescriptible des Juifs à leur patrie sûre en Israël, partage aujourd’hui des traits avec les idéologies antisémites du passé, ne semble pas troubler les Juifs qui participent à cette entreprise. C’est plus que répréhensible, c’est une trahison ». Puis : « Au fil des décennies, nombre de gens de gauche ont été des opposants sans concessions à l’antisémitisme et ont combattu celui-ci. Voir certains de ceux qui prétendent être leurs héritiers contribuer à un antisionisme qui est porteur de nombreux traits de l’ancien antisémitisme ne peut que troubler et donner la nausée. Cela donne davantage la nausée encore de voir des Juifs se placer en première ligne de cette contribution ».

Les principaux intéressés auraient pu répliquer, argumenter, tenter de défendre leurs positions. Ils ne l’ont pas fait. Par contre, on a vu, au fil des mois, paraître des articles qui ont attaqué insidieusement Rosenfeld et l’American Jewish Committee. Dans le New York Times, Alan Wolfe, directeur du Boisi Center for Religion and American Public Life, n’hésite pas à clamer que ce sont Rosenberg et l’AJC qui font preuve d’ « antisémitisme ». Dans le Boston Globe, Stanley Kutler énonce que la vraie cible de Rosenfeld et l’AJC, ce sont ceux qui se sont « courageusement opposés à la guerre en Irak ». Dans The New Republic, John B. Judis accuse Rosenfeld et les gens de l’AJC de « loyauté partagée » entre Israël et les Etats-Unis.

L’antisémitisme est venu, note Rosenfeld. Et il est resté, oui. Cela donne effectivement la nausée de voir que des Juifs, sous prétexte de « progressisme », contribuent à l’antisémitisme d’aujourd’hui. Le fait que, dans certains pays, aux Etats-Unis tout particulièrement, la parole soit libre, ne fait pas disparaître l’antisémitisme mais lui permet de s’exprimer de façon plus explicite. Ce qui a, au moins, le mérite de la clarté.

Le fait qu’en ces pays la parole soit libre permet aussi que la réplique et la critique puissent s’exprimer elles aussi de façon plus explicite, sans que, à l’instar de ce qui est la norme dans tout Etat de droit digne de ce nom, la justice puisse se trouver saisie.

Cela ne change rien au fond des choses et il est évident que l’une des plus vieilles haines de l’histoire de l’humanité, et l’une des plus persistantes, n’en a pas fini de disséminer ses poisons. La vigilance et la détermination s’imposent donc, plus que jamais.

Voir aussi le dossier très complet sur Wikipedia qui éclaircit un certain nombre de choses (notamment la fausse controverse sur “liberal Jews”):

“I wanted to show that in an age when anti-Semitism is resurgent, Jews thinking the way they’re thinking is feeding into a very nasty cause. … Opposing Israel’s settlement of the West Bank or treatment of Palestinians ‘is, in itself, not anti-Semitic; it is questioning Israel’s right to exist that crosses the line.”

Rosenfeld, the New York Times

“Rosenfeld is careful to specify that questioning policies of Israeli governments is not the same as being anti-Israel, let alone anti-Semitic. But he has the bad manners to point out that those who aggressively question Israel’s right to have any government or to defend itself against those who seek to destroy it are, at best, unwitting allies of a growing anti-Jewish movement. … For this, Rosenfeld and his sponsors at AJCommittee have been treated to the sort of public tar and feathering that is usually reserved only for the troglodyte denizens of the far-right.”

“in recent years, it is the supporters of Israel who are becoming pariahs in intellectual circles, not its critics. For all the talk of ‘ martyrdom’ on the part of people like Tony Judt, the fact is, they have not suffered one bit for pot shots at Israel or their sneers at those who stand up for Zion. If we want to know where we are headed, we need only look to Britain, where in intellectual and artistic circles it has gotten to the point where it may no longer be possible to identify as a Jew without also disavowing any support for Israel.”

Jonathan Tobin, The Jewish World Review

« In part, the debate was triggered by the Times’ erroneous reference to “liberal Jews” (a term I never used) and to the AJC as a “conservative advocacy group” (it is not). Owing to these mischaracterizations, some readers were prepared to see my essay as just the latest salvo in the already overheated culture wars between right-wing and left-wing opinion in this country.

Since I never once referred to “liberalism,” called no one a “Jewish anti-Semite” or “self-hating Jew,” said nothing about Democrats or the Iraq war, and made no attempt to “silence” anyone, this Kakfaesque bill of indictment makes me wonder what is at play here–illiteracy, dishonesty, or worse? As Bret Stephens recently put it, “How does joining a debate become an effort to suppress it?”

« The ubiquitous rubric “criticism of Israel,” however, has also come to designate another kind of discourse–one that has almost become a politico-rhetorical genre unto itself, with its own identifiable vocabulary, narrative conventions, and predictable outcomes. At its ideational core is what the British scholar Bernard Harrison calls a “dialectical scam.” It goes something like this: (1) Spot an Israeli action that can serve as the ground of “criticism of Israel” (e.g., Israel’s military incursion into the area near Jenin in April 2002 in response to Palestinian terrorist massacres); (2) Then “dissent” in the strongest possible terms, for instance by likening the “razing of Jenin” to the destruction of the Warsaw Ghetto, while anticipating that “powerful” and “repressive” Jewish institutions will try to “silence” the critics by calling them anti-Semites; (3) When taken to task by more sober-minded critics who find that, contrary to your charge, there was no such thing as “the razing of Jenin” and that the IDF has nothing in common with the SS, cry “foul” and claim their censure perfectly illustrates the point that there really is a Jewish organizational conspiracy to silence “criticism of Israel” by branding the authors of such criticism “anti-Semites.”

For some, this dialectical scam works nicely and validates their sense of themselves as intellectual martyrs suffering for a higher ideological cause. Once one is on to it, however, the scam readily dissolves into what it actually is: political bias, compounded by a touch of hysteria, masquerading as victimization. Thus, when a tiny political group calling itself “Jewish Voice for Peace” sets out to track “a growing epidemic of intimidation and harassment from fellow Jews seeking to stifle open debate over America’s policy toward Israel,” it can hardly be expected to be taken seriously. »

Rosenfeld, Rhetorical violence and the Jews

“if anything, Judt’s position for a secular democratic state is utopian. It hopes for too much. But, in its folly, it also reflects the same universalist tradition in Jewish thought that contributed to American Jewish support for civil rights. In other words, it might be foolish to think that Jews and Palestinians could coexist in the same state, but it’s not anti-Semitic.”

John Judis

3 Responses to Antisémitisme: Les juifs aussi! (With friends like these, who needs enemies?)

  1. […] Au fil des décennies, nombre de gens de gauche ont été des opposants sans concessions à l’antisémitisme et ont combattu celui-ci. Voir certains de ceux qui prétendent être leurs héritiers contribuer à un antisionisme qui est porteur de nombreux traits de l’ancien antisémitisme ne peut que troubler et donner la nausée. Cela donne davantage la nausée encore de voir des Juifs se placer en première ligne de cette contribution. Alvin Rosenfeld […]

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