Bilan Chirac: Epitaphe pour le dernier Tyrannophilus Rex (Looking back on Chirac’s legacy of corruption and arrogance)

Chirac-SaddamNous exigeons l’interdiction absolue de l’arme atomique, arme d’épouvante et d’extermination massive des populations. Nous exigeons l’établissement d’un rigoureux contrôle international pour assurer l’application de cette mesure d’interdiction. Nous considérons que le gouvernement qui, le premier, utiliserait, contre n’importe quel pays, l’arme atomique, commettrait un crime contre l’humanité et serait à traiter comme criminel de guerre. Nous appelons tous les hommes de bonne volonté dans le monde à signer cet appel.
(« Appel de Stockholm », 1950, signé par le vendeur d’Humanité Jacques Chirac, trois ans après la 1ère bombe atomique et autant avant la 1ère bombe à hydrogène soviétiques)
La guerre est toujours la pire des solutions. (Jacques Chirac, Paris, 2003, soit 60 ans après Auschwitz et 9 ans après Kigali)

« Eternel opportuniste », »aucune idéologie, aucune vision, aucune mission pour l’avenir », « dissolution et référendum européen ratés », « volonté d’éviter à tout prix un choc des civilisations », « remise en question du pacte avec les Etats-Unis », « un des derniers dinosaures de l’Europe politique qui a fait savoir avec arrogance aux nouveaux petits pays d’Europe qu’ils avaient ‘manqué une bonne occasion de se taire’ « , « pas officiellement donné son soutien » au candidat de son propre camp, « corruption gargantuesque », « girouette », « Caméléon Bonaparte »…

Après l’accident industriel de la Chirafrique, le bilan européen (compilé par Courrier international) de l’actuel squatter et futur SDF de l’Elysée est, au lendemain de sa dernière prestation télévisée, sans appel.

Et encore ils ne parlent même pas de ses casseroles en nombre suffisant pour faire tomber plusieurs présidents normaux mais dont bien sûr, au moment où le délinquant multirécidiviste qui squatte actuellement l’Elysée vient de nommer trois nouveaux de ses proches au Conseil constitutionnel (soit un total de 8 sur…9!), les dossiers arrivent maintenant à prescription.

Ou de l’indéfectible soutien du champion toutes catégories de la capitulation préventive à tout ce que la planète peut compter de despotes ou tyranneaux (jusqu’à tout dernièrement évacuer en douce nos dernières forces spéciales en Afghanistan et, refusant toujours d’envoyer les autres au feu, laissant donc les pertes à ses « alliés » britanniques ou canadiens), qui lui a d’ailleurs valu l’an dernier le prix très disputé de dhimmi de l’année

Pour la première fois depuis la crise de Suez de 1956, Jacques Chirac a remis en question le pacte de solidarité avec les Etats-Unis (…) en menaçant d’utiliser le droit de veto de la France au Conseil de sécurité de l’ONU, en plein milieu de la crise irakienne. Les tentatives de la France de rallier à sa position les grandes puissances russe et chinoise, des partenaires européens comme l’Allemagne et la Belgique, ainsi qu’un grand nombre d’Etats d’Amérique du Sud et d’Afrique au sein d’une sorte de contre-alliance anti-américaine sont sans précédent.

DOSSIER Courrier international:

La fin de l’ère Chirac
Le président français Jacques Chirac a annoncé dimanche 11 mars qu’il ne se représenterait pas à la prochaine élection présidentielle. La presse européenne dresse un bilan critique de ses deux mandats successifs à la tête de la France.
Courrier international
Le 12/03/2007

De Standaard (Belgique) –

« C’est la fin de douze ans de présidence et de 45 ans de carrière politique. C’est aussi la première fois dans la Ve république qu’un président français cède volontairement le pouvoir », analyse Frank Renout, correspondant du quotidien à Paris. « Chirac n’a jamais été un idéologue. Pendant que le monde changeait, que les frontières s’ouvraient, que l’économie se libéralisait, le président a essayé de gérer aussi bien qu’il le pouvait l’héritage historique, culturel et économique français. On raconte même en plaisantant que le musée des arts primitifs de Paris, le Musée du Quai Branly, est l’unique résultat tangible de ce que Chirac a réalisé dans son propre pays. Les dernières années n’ont effectivement montré aucune idéologie, aucune vision, aucune mission pour l’avenir. »

Der Standard (Autriche) –

Le président français sortant Jacques Chirac était apprécié pour son insolence politique, constate Stefan Brändle. Sa popularité « tient peut-être au fait qu’il n’a pas fait croire à ses électeurs qu’il suivait une orientation politique (…). Mais les Français le savaient : en se mettant en avant, Jacques Chirac mettait son pays en avant sur la scène internationale. Son programme politique, c’était la France. Jacques Chirac n’est ni de droite ni de gauche, il est gaulliste, c’est-à-dire un ardent Français. Alors qu’en 1995, sa première décision consistait à reprendre les essais nucléaires dans le Pacifique Sud malgré l’opposition internationale, il essayait il y a encore trois jours, à l’occasion de son dernier sommet européen, de vendre le parc nucléaire français comme source d’énergie renouvelable. »

Financial Times (Royaume-Uni) –

« Beaucoup de commentateurs s’accordent à dire que le ‘chiraquisme’, en dehors du soutien aux agriculteurs, est un concept creux », écrit Martin Arnold. « Eternel opportuniste, [Jacques Chirac] a hésité sur beaucoup de sujets importants, dont l’élargissement de l’UE, le libre-échange, l’euro et la semaine de 35 heures. En 1995, il a promis aux électeurs qu’il mettrait fin à la ‘fracture sociale’ mais le chômage reste élevé parmi les ouvriers non-qualifiés et la communauté immigrée musulmane, toujours peu intégrée. (…) Pourtant, même ses détracteurs lui concèdent quelques réussites. Ils le félicitent pour avoir admis la responsabilité de l’Etat français dans la déportation des Juifs sous l’occupation allemande durant la Deuxième Guerre mondiale. Et en 2003, il a poussé la ‘Vieille Europe’ à s’opposer à l’invasion américaine de l’Irak et a prévenu des dangers de l’unilatéralisme américain. »

Les Echos (France) –

L’éditorialiste Françoise Fressoz considère que la présidence de Chirac a été marquée par « deux catastrophes politiques : la dissolution ratée [de l’Assemblée nationale] de 1997 et le ‘non’ au référendum sur le Traité constitutionnel européen, qui ont révélé la même faille. Jacques Chirac n’a pas su donner de sens à l’aventure européenne. Hier soir, il a voulu rattraper le temps perdu en lançant solennellement : ‘Il est vital de poursuivre la construction européenne. C’est notre avenir qui est en jeu.’ Mais que ne l’a-t-il dit plus tôt ! Le paradoxe est qu’il est difficile de trouver dans l’histoire de la République un président plus ouvert au monde. Son refus obstiné de la guerre en Irak, qui lui vaut aujourd’hui un flot d’hommages après un torrent de critiques, vient de sa volonté d’éviter à tout prix un choc des civilisations. »

Frankfurter Allgemeine Zeitung (Allemagne) –

Michaela Wiegel fait état de « deux ruptures dans la politique étrangère de la France » pendant le mandat de Jacques Chirac. « La première rupture, le différend avec les Etats-Unis par rapport à la guerre en Irak, a été provoquée volontairement par le président français. La deuxième rupture concerne la prise de distance de la France par rapport au processus d’intégration européen (…). C’est précisément Jacques Chirac, dont la carrière politique a été très marquée par la guerre froide, qui s’est détaché dès le début de sa présidence en 1995 du modèle de pensée de cette ère pendant laquelle l’équilibre des blocs était au-dessus de tout. Pour la première fois depuis la crise de Suez de 1956, Jacques Chirac a remis en question le pacte de solidarité avec les Etats-Unis (…) en menaçant d’utiliser le droit de veto de la France au Conseil de sécurité de l’ONU, en plein milieu de la crise irakienne. Les tentatives de la France de rallier à sa position les grandes puissances russe et chinoise, des partenaires européens comme l’Allemagne et la Belgique, ainsi qu’un grand nombre d’Etats d’Amérique du Sud et d’Afrique au sein d’une sorte de contre-alliance anti-américaine sont sans précédent. Toutefois, contrairement à Gerhard Schröder, qui était en pleine campagne électorale, il ne s’agissait pas pour Jacques Chirac, très expérimenté en matière de politique étrangère, de vérifier les réflexes pacifistes de ses compatriotes. »

Lidove noviny (République tchèque) –

Le président Jacques Chirac a certes défendu l’Europe, mais il a également contribué à la bloquer, écrit Milan Rokos à propos d’un « des derniers dinosaures de l’Europe politique ». Il juge ambivalent le comportement du président français à l’égard de la République tchèque. »Il a certes soutenu l’élargissement de l’UE aux pays d’Europe centrale et orientale, mais lorsque les petits nouveaux se sont rangés du côté des Américains lors de la guerre en Irak, il leur a fait savoir avec arrogance qu’ils avaient ‘manqué une bonne occasion de se taire’. De même, il n’a jamais vraiment goûté le libéralisme incarné par la plupart des pays de la ‘nouvelle Europe’… Son successeur devra cependant faire beaucoup d’efforts pour gagner autant de visibilité que lui sur la scène politique internationale. »

Corriere della Sera (Italie) –

Massimo Nava, correspondant à Paris du quotidien, constate que Jacques Chirac n’a pas officiellement donné son soutien à Nicolas Sarkozy, ni désigné de dauphin. « Il y a un passage dans le discours de Jacques Chirac où beaucoup ont cru voir un viatique en faveur de Sarkozy, lorsqu’il a évoqué la lutte contre la criminalité conduite avec succès (…). Mais Sarkozy s’est imposé comme un homme de rupture avec une méthode, un système, une mentalité gouvernementale très souvent ouvertement en contraste avec Chirac. Il ne pouvait donc pas en recevoir la bénédiction. En tête des sondages, Sarkozy fait l’équilibriste : d’un côté il cherche à séduire l’électorat d’extrême droite, de l’autre il veut se démarquer de Chirac en promettant aux classes moyennes la modernisation du pays et des réformes économiques ».

Petit florilège de Chiraqueries:

Le multipartisme est une erreur politique, une sorte du luxe que les pays en voie de développement, qui doivent concentrer leurs efforts sur leur expansion économique n’ont pas les moyens de s’offrir.

(Abidjan, février 1990)

Si les valeurs des droits de l’homme sont universelles, elles peuvent s’exprimer sous des formes différentes.

(Paris, 1996, visite de Li Peng)

Ici, le message millénaire de l’islam rejoint l’héritage et les valeurs de la République.

(Grande Mosquée de Paris, 9/4/02)

La guerre … est toujours la pire des solutions …

(Paris, 17 janvier 2003, au côté de Hans Blix, président executif de la commission de contrôle de vérification et d’inspection des Nations Unies en Irak et de Mohamed El Baradei, directeur de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique)

Cette institution met la Russie au premier rang des démocraties, pour le respect dû aux peuples premiers, pour le dialogue des cultures et tout simplement pour le respect de l’autre.

(Saint-Pétersbourg, juin 2003, inauguration de l’Académie polaire)

Le premier des droits de l’homme, c’est de manger, d’être soigné, de recevoir une éducation et d’avoir un habitat. De ce point de vue, la Tunisie est très en avance sur beaucoup de pays.

(Tunis, le 3 décembre 2003, jour où l’opposante Radhia Nasraoui entrait dans son 50e jour de grève de la faim)

Je n’ai pas à juger les choix de politique intérieure d’un homme démocratiquement élu. Mais je sais une chose : il a rendu sa dignité à un peuple privé de ses droits et de son identité.»qui «a rendu sa dignité à son peuple» «On ne peut pas vouloir des élections au suffrage universel et contester leurs résultats.

(sur le président bolivien Evo Morales, Brasilia, 25 mai 2006)

Q. Vous paraît-il toujours inopportun de qualifier le Hezbollah d’organisation terroriste ?

Ce n’est pas au moment où l’on veut essayer d’avoir un retour du Hezbollah, si c’est possible, au sein de la communauté libanaise et sa transformation en un parti politique qu’il faut soulever des questions de cette nature.

Entretien au Monde , 28/7/06

Voir aussi la revue de presse du Monde:

La presse internationale fustige le bilan de Jacques Chirac
LEMONDE.FR | 12.03.07 |

La presse internationale n’est pas particulièrement tendre, lundi 12 mars, envers Jacques Chirac. Le Daily Telegraph relève ainsi que « les conventions demandent qu’on dise des choses gentilles sur les gens quand ils prennent leur retraite, mais il n’est pas facile de le faire dans le cas de Jacques Chirac ». « En tant qu’homme politique, poursuit le journal, il a personnifié et tiré parti de tout ce qui n’allait pas dans la politique française… Il est charmant, inconstant, imposant, ayant fière allure et sans aucun scrupule. Accusé de corruption gargantuesque, il s’est débrouillé pour s’assurer l’immunité, et celle de milliers d’autres hommes politiques avec. » Le quotidien ajoute qu' »il a été, selon son humeur, un libre-échangiste et un protectionniste, un gaulliste et un atlantiste, un fédéraliste et un eurosceptique ». Implacable, le quotidien de centre droit conclut qu' »on dit qu’en démocratie, les peuples ont les hommes politiques qu’ils méritent. La France méritait mieux ».

Le Guardian (centre gauche), qui rappelle que, deux fois président, deux fois premier ministre et maire, dix-huit ans durant, de la ville de Paris, la carrière de Jacques Chirac est une des plus longues en Europe, ne le qualifie pas moins de « girouette » pour son habileté à naviguer en fonction de ses intérêts. « Champion du contrôle étatique dans les années 70, partisan du libéralisme de marché à la Ronald Reagan dans les années 80, eurosceptique puis défenseur de l’euro », Chirac relança les essais nucléaires dans le Pacifique avant de se faire le héraut de l’écologie, et fut aussi, à ce titre, surnommé « Caméléon Bonaparte », note la BBC.

Pour le Financial Times, les agriculteurs feront partie des rares personnes attristées par la fin de l’ère Chirac, dont le « plaisir » à tapoter le derrière des vaches constituait une exception politique. Beaucoup, à l’étranger, se féliciteront en revanche du départ de celui qui, évoquant Margaret Thatcher, osa déclarer : « Mais qu’est-ce qu’elle me veut de plus, cette ménagère ? Mes couilles sur un plateau ? » Surnommé le « bulldozer » par Georges Pompidou, cet « éternel opportuniste a retourné sa veste sur de nombreuses questions », et semble enfin avoir trouvé un digne successeur en la personne de Nicolas Sarkozy, qui résuma leur difficile relation en avançant que « tout le monde pense qu’il est très con et très gentil. En fait il est très intelligent et très méchant ». Reste qu’en refusant d’adouber officiellement celui qui a depuis conquis le parti qu’il avait créé pour asseoir sa légitimité, Jacques Chirac s’avère, après douze ans de pouvoir, incapable de réunir la droite.

« GIROUETTE POLITIQUE, PIÈTRE STRATÈGE MAIS EXCELLENT DÉMAGOGUE »

Titrant, en « une », « L’adieu émouvant d’un piètre président », Le Soir estime qu' »à l’heure de l’adieu, le bilan de l’homme politique est plus que mitigé ». Evoquant « douze ans d’immobilisme éclairé », le quotidien belge le qualifie lui aussi de « girouette politique, piètre stratège mais excellent démagogue, européen tiède, combattant impuissant de la fracture sociale, chef obsédé par la haine de ses rivaux, père assassin de toute une génération d’hommes politiques de talent, qu’il a étouffés les uns après les autres ». Pour La Libre Belgique, si « Jacques Chirac a sans doute été le plus grand homme politique de sa génération », « il faut distinguer l’homme politique de l’homme d’Etat ». Evoquant « sa propension effarante aux beaux discours non suivis d’effets et aux grands engagements jamais tenus [et] sa surdité vieillissante aux émois du pays », le quotidien belge relève que « surtout, on a vraiment du mal à trouver une ligne politique claire à cet homme qui, en quarante ans, a vraiment dit tout et son contraire. Jusqu’à la caricature le soir où, sans honte apparente, il promulgua le contrat première embauche (CPE) et annonça qu’il ne serait jamais appliqué ».

Pour la Berliner Zeitung, qui se demande « Que restera-t-il de Jacques Chirac ? », l’annonce qu’il ne briguera pas un troisième mandat n’est que « le début de la fin ». « Qu’a fait cet homme de ses possibilités ? Effroyablement peu. (…) Le pays est quasiment dans l’état où Chirac l’a reçu en 1995. » Dans un long article sans concession, le Spiegel note pour sa part qu' »il ne restera pas grand-chose de Chirac, qui a contribué pendant quarante ans à façonner la politique française. Les conseils qu’il a donnés dimanche soir à son peuple, il ne les a pour la plupart jamais suivis. »

Le Washington Post n’est pas en reste : « Pour de nombreux Français, Chirac a incarné l’image de la royauté à la française : élégant et nonchalant, parfois brutal dans ses critiques des autres pays de l’Europe et de ses alliés, aimant mener grand train et ardent défenseur de la culture et de la langue françaises. (…) Pendant ses mandats à l’Elysée, Chirac a vu le malaise français s’approfondir. Ses efforts de réforme ont échoué, le taux de chômage reste élevé, la discrimination s’est accentuée et l’influence de la France s’est amoindrie. Après les émeutes de banlieue et le mouvement du CPE, la popularité de Chirac s’est effondrée. » Sans oublier le fait que, « poursuivi depuis des années par des allégations de corruption du temps où il était maire de Paris, nombre de ses assistants ont depuis été condamnés pour corruption ».

Le New York Times reconnaît certes qu' »il sera probablement considéré par les historiens comme le leader européen qui dirigea l’opposition à l’intervention américaine en Irak [et] qu’il fut le premier leader français à reconnaître la responsabilité de l’Etat français dans l’extermination nazie ». Le quotidien américain de référence n’en rappelle pas moins la dissolution du Parlement en 1997, le rejet du projet de traité constitutionnel européen, le fait qu' »il va quitter son bureau sans avoir tenu sa promesse de 1995 d’en finir avec la ‘fracture sociale' », et conclut qu' »en principe, il pourrait être poursuivi par la justice après son départ de l’Elysée ».

L’International Herald Tribune relève cependant qu’il vient de nommer Jean-Louis Debré à la tête du Conseil constitutionnel, ce qui pourrait l’aider à se protéger d’éventuelles poursuites judiciaires. En attendant, son successeur héritera d’une dette estimée à 1 200 milliards d’euros.

Jean Marc Manach

(Re)voir enfin un point de vue israélien (et non moins sévère bilan) sur le site de la Mena début janvier :

La surestimation grotesque de l’importance du conflit israélo-palestinien, l’aveuglement volontaire devant les vraies menaces, le recyclage de recettes qui ont toujours échoué et l’incompréhension des enjeux de la région ne sont pas le meilleur moyen de rendre sa crédibilité à un vieillard en fin de course, qui ne provoque plus dans les chancelleries du monde qu’un mélange d’irritation et de pitié.

Les vœux du partant

Sébastien Castellion

06/01/07

Metula News Agency

Hier matin (le 5 janvier), le Président Chirac a reçu à l’Elysée les vœux du corps diplomatique et a prononcé, selon la tradition, un discours présentant sa vision des affaires du monde.

La première leçon à tirer de ce discours… c’est qu’en cette fin de quinquennat, on sent vraiment la fatigue des « plumes » du Président. Rien n’est plus ennuyeux, plus prévisible et plus lourd qu’un discours de Jacques Chirac en sa fin de règne. Les ambassadeurs ont donc eu droit à tous les poncifs : un « nouveau monde en gestation » ; « de l’effondrement du communisme aux impasses de l’unilatéralisme » ; et, pour conclure sur une envolée digne d’un maréchal soviétique barbon, la magnifique formule suivante : « La France, fidèle aux idéaux universels de la Révolution française, forte de sa tradition d’indépendance, consciente de ses responsabilités et de ses engagements européens et internationaux, est au premier rang du combat pour la justice, la dignité, le progrès ». Je m’arrête là, avant que les lecteurs ne fassent un procès au rédacteur en chef pour les avoir plongés dans un sommeil cathartique. Mais je veux dire à la cellule diplomatique de l’Elysée – mais oui, mes amis, je sais bien que vous me lisez et que vous faites parfois des hypothèses amusantes sur ma véritable identité, mais vous pourriez tout de même faire un effort d’imagination ! – que le fait d’être certain de quitter le pouvoir dans cinq mois ne suffit pas à vous donner le droit d’écrire aussi mal.

Au milieu des flonflons rhétoriques et d’un océan de vide, le discours de Chirac contenait aussi des éléments plus révélateurs sur les ambitions du Président pour ses derniers mois à l’Elysée. Les principaux thèmes qu’on peut y déceler sont les suivants :

Tout d’abord, la conviction que le Moyen-Orient est au centre des affaires du monde, et que le conflit israélo-palestinien est la clef du Moyen-Orient. Après les généralités et les platitudes, c’est par le Moyen-Orient – et non, comme on pourrait l’attendre du chef d’un grand Etat européen, par l’Europe – que Chirac a commencé son tour de la planète. Il a affirmé par deux fois que le conflit israélo-palestinien était le point d’achoppement central : d’abord en disant que ce conflit « entretient dans le monde musulman tout entier un sentiment d’incompréhension et d’injustice, comme si le nouvel ordre international comportait, en quelque sorte, deux poids et deux mesures » ; puis en signalant que ce conflit « cristallise tous les ressentiments ».

En cela, Chirac – comme la majorité des diplomates français ! – fait sienne l’une des idées les plus évidemment fausses de toute l’idéologie de l’islam radical. Après tout, on peut croire que la religion musulmane, dans son interprétation wahhabiste ou duodécimaine, est la seule vraie et qu’elle dominera un jour toute la planète, moi, ce n’est pas ma tasse de thé, mais je ne peux pas prouver le contraire. En revanche, pour croire que le conflit Israël-Palestine est la question sur laquelle repose le sort du globe, il faut, littéralement, refuser de voir la réalité la plus évidente.

Admettons que le conflit soit réglé, demain, par un partage de la terre, comme l’a suggéré Chirac : l’ambition d’influence mondiale de la Chine et de la Russie changeront-t-elles d’un pouce ? L’Europe se réveillera-t-elle avec une gouvernance efficace et un taux de croissance égal à celui des autres continents ? Dans le monde arabo-musulman, les régimes inefficaces et corrompus se réformeront-ils ? Le niveau d’éducation va-t-il augmenter ? La condition des femmes s’améliorer ? L’Iran cessera-t-il de revendiquer l’hégémonie régionale et de menacer les populations arabes ? Théocrates et démocrates arrêteront-ils de se disputer l’avenir du Liban ? Les milices armées par le gouvernement du Soudan cesseront-elles de massacrer les noirs du Darfour ? Les chiites qui tuent des sunnites en Irak, et inversement, déposeront-ils soudain les armes ?

L’absurdité de ces questions n’apparaît même pas à la majorité des diplomates français. Sous l’influence de la rhétorique islamiste, ils se sont construit un monde parallèle où tout, en effet, irait mieux si le conflit israélo-palestinien était solutionné. Du coup, les actes et les positions d’Israël sont systématiquement jugés plus sévèrement que des actes et positions objectivement plus condamnables, mais venant d’autres acteurs (ce n’est pas, malheureusement, ce que Chirac voulait dire en parlant de « deux poids, deux mesures »). Après tout, si Israël détient seul la clef de la paix mondiale, il est normal d’appliquer à ce petit pays des règles plus sévères qu’aux autres. Ainsi, parlant du Liban – où Chirac soutient pourtant le mouvement du 14 mars, et particulièrement la famille Hariri – le Président a dit que ce pays était « otage de ses voisins ». En parlant indistinctement de tous les voisins, le Président met sur le même plan la volonté de faire disparaître l’Etat libanais de la carte – pour le remplacer par une théocratie chiite ou une province syrienne – et les actions de renseignement qu’Israël effectue dans le pays, sans intervenir dans le processus politique, pour assurer sa propre sécurité. Dans le monde réel, il y a une différence de nature entre surveiller un pays pour se protéger et vouloir le faire disparaître. Dans le monde parallèle des diplomates, tout cela est également condamnable. Et encore : si nous n’avions pas la chance d’avoir actuellement un président anti-syrien, il est probable qu’Israël serait condamné plus sévèrement !

Le goût du Président pour l’aveuglement apparaît aussi dans une autre constante du discours de ce vendredi matin : le refus absolu de voir ou d’admettre l’ambition de conquête mondiale qui anime aujourd’hui l’idéologie de l’islam radical. Parlant de l’Iran, le Président a indiqué que ce pays « souhaite jouer au Moyen-Orient tout le rôle que sa civilisation millénaire lui destine » – passant ainsi entièrement sous silence le fait que l’ambition iranienne d’aujourd’hui n’a rien à voir avec la haute culture perse, dont les derniers représentants vivent en exil, et tout à voir avec la préparation du retour du Mahdi, l’« imam caché » que le président Ahmadinejad cite dans chacun de ses discours. Pour n’avoir pas voulu voir l’évidence, Chirac en est réduit à demander à l’Iran de « rétablir la confiance » en suspendant l’enrichissement de l’uranium. Mais, Jacques, cette suspension accélèrera-t-elle le retour du Mahdi ? Probablement pas, nous sommes d’accord ! Dès lors, à qui veux-tu faire croire une minute que les mollahs pourraient considérer ta proposition ?

Ce refus de voir la réalité de l’idéologie islamiste est apparu à deux autres moments du discours du Président. En parlant de l’Irak, le Président a indiqué que la priorité est « de rendre aux Irakiens leur entière souveraineté » – en clair, les Américains doivent partir. Chirac ne veut pas voir que c’est, au contraire, dans la situation actuelle que les Irakiens sont souverains – c’est un gouvernement démocratiquement élu qui souhaite que les troupes américaines restent, pour éviter, précisément, que le pays ne tombe entre les mains d’al Qaëda ou des mollahs de Téhéran. Mais cette menace islamiste, que les Irakiens connaissent bien, Chirac l’oblitère. Il ne l’a d’ailleurs évoquée à aucun moment de son discours – sauf pour affirmer que la guerre en Irak avait « offert au terrorisme un nouveau champ d’expansion ». Autrement dit : le terrorisme, ce n’est pas le fait de l’islam radical, c’est la faute aux Américains, que les terroristes avaient pourtant commencé à tuer bien avant la guerre irakienne ! C’est cela, Jacques, et les pogroms, c’était la faute aux Juifs ?

De même, dans un des moments les plus invraisemblables de toute la matinée, le Président, dans la réunion tenue immédiatement auparavant pour recevoir les vœux des représentants des pays « ayant des liens particuliers avec la France », a cité, parmi les zones du monde où « on ne constatait pas d’avancées véritables »… la Somalie. La Somalie où l’islam radical vient de connaître sa première défaite militaire majeure ! Si la défaite des ennemis de l’humanité n’est pas une « avancée majeure », qu’est-ce qui peut l’être ? Mais pour admettre cela, encore faut-il reconnaître que ces ennemis existent.

Ce refus systématique de voir la réalité hypothèque l’effet de la troisième ligne de force du discours du Président sur le Moyen-Orient : une tentative pathétique de renforcer l’influence de l’Europe, et de la France en particulier, au Moyen-Orient. La France abritera, le 25 janvier prochain, une conférence internationale sur la reconstruction du Liban. Chirac y obtiendra, notamment, que les entreprises de construction de la famille Hariri décrochent le soutien de la communauté internationale pour travailler à la reconstruction du pays ; il a déjà annoncé cette priorité très personnelle au Premier ministre du Canada, Stephen Harper, à Bucarest en août dernier. Il fera de grands discours et essaiera de se poser en visionnaire. Mais le sort du Liban continuera à se décider sans lui, dans l’affrontement sans merci entre le Hezbollah et le mouvement du 14 mars.

De même, Chirac a suggéré, pour la millième fois, de réunir une conférence internationale sur le conflit israélo-palestinien. C’est une vieille scie de la diplomatie française, dont l’objectif est d’imposer une présence militaire européenne entre Tsahal et les terroristes palestiniens, comme celle qui existe désormais au Liban – ou, dans le langage codé du Président ce matin, « sans prétendre dicter aux parties les termes d’un règlement, apport[er] les garanties auxquelles elles aspirent ». C’est aussi un projet qui n’a jamais eu la moindre chance d’aboutir. Israël pouvait, en effet, accepter une force internationale au Liban, parce qu’elle remplace (ou plutôt s’ajoute) à la domination du Hezbollah, et ne détériore donc pas directement la situation sécuritaire par rapport à la situation précédente. Dans les territoires palestiniens, au contraire, une telle force empêcherait Israël d’obtenir les renseignements dont dépend la survie quotidienne de ses citoyens. Elle n’empêcherait pas les terroristes de tuer, mais rendrait beaucoup plus difficile toute réaction de Tsahal. Par conséquent, ce projet d’inspiration arafatienne ne se fera jamais – point final.

Il y a encore quelques semaines, un membre de la cellule diplomatique de l’Elysée me faisait part de son espoir de relancer la candidature présidentielle de Chirac, en lui préparant une position ferme, « d’homme d’Etat », sur les grandes crises internationales et en particulier sur le Moyen Orient. A en juger par le discours de ce matin, ce projet-là n’a pas grande chance d’aboutir. La surestimation grotesque de l’importance du conflit israélo-palestinien, l’aveuglement volontaire devant les vraies menaces, le recyclage de recettes qui ont toujours échoué et l’incompréhension des enjeux de la région ne sont pas le meilleur moyen de rendre sa crédibilité à un vieillard en fin de course, qui ne provoque plus dans les chancelleries du monde qu’un mélange d’irritation et de pitié.

Un commentaire pour Bilan Chirac: Epitaphe pour le dernier Tyrannophilus Rex (Looking back on Chirac’s legacy of corruption and arrogance)

  1. […] 20 ans après les faits, d’un président français qui avait multiplié les casseroles et trahi son premier allié comme le peuple irakien qu’il prétendait aider […]

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