Cinéma: Sonate pour un homme bon (If I keep listening, I won’t finish the revolution)

Lives of othersLenin said to his friend Maxim Gorky, « Beethoven’s Appassionata is my favorite piece of music but I’m not going to listen to it anymore because, if I do, it makes me want to stroke people’s heads and tell them nice, stupid things, and I have to smash in those heads, smash them in without mercy, to bring my revolution to an end. So I’m just not going to listen to it anymore.
I was pretty angry when people accused Steven Spielberg [of humanizing Nazis]. They said, « Look at all these millions of Germans who behaved like monsters and you choose the one good German, Schindler, to make the film about. » But I think that is still the right approach because it is exactly these people that we should be looking at and saying, « This is how you could behave and don’t you be forgetting that.
Florian Henckel von Donnersmarck

A l’heure où nos Chirak et nos Poutine nous re-servent sans vergogne le pire antiaméricanisme (pardon: l’antilibéralisme) ou la nostalgie de la « multipolarité » et où, en Allemagne même, les anciens de la RDA (notamment autour du Parti vert) tentent de se refaire une virginité …

Il faut voir (pour ceux qui l’auraient pas encore fait) le premier film du jeune réalisateur allemand Florian Henckel von Donnersmarck (« La Vie des autres ») sur un officier modèle et « brillant » (jusqu’aux… empreintes olfactives de leurs victimes et à l’entrainement de chiens à la détection de la peur!) formateur de la Stasi (les RG est-allemands) qui, quelques années avant la chute du Mur (1984!), découvre les peu ragoutants objectifs de son travail et à l’inverse l’humanité de ses victimes.

Accumulant les récompenses, depuis sa sortie en Allemagne il y a presqu’un an, tant à l’étranger (Locarno, Denver, Vancouver, Londres, sans parler de son futur oscar?) que dans son propre pays, il a le mérite, au-delà de cette belle histoire de rédemption, d’y avoir rouvert (14 ans après la réunification) le dossier longtemps en sommeil du principal appareil de répression du régime, le tristement célèbre Ministère pour la Sécurité d’Etat (jusqu’à 91 000 agents et 180 000 informateurs pour une population de 17 millions d’habitants, soit le plus fort taux d’encadrement de tout le bloc de l’Est).

Ecoute après écoute, il s’aperçoit que ses cibles valent mieux que lui. Le communiste de fer découvrira aussi que ce boulot, il le fait pour un objectif moins noble que prévu.

Le Mur fissuré de l’intérieur
«La Vie des autres» de Donnersmarck raconte les bouleversements idéologiques d’un officier de la Stasi.
Par Edouard WAINTROP
Libération
Le 31 janvier 2007

La Vie des autres de Florian Henckel von Donnersmarck, avec Ulrich Mühe, Martina Gedeck, Sebastian Koch. 2 h 17.

L a Vie des autres est un premier film. Et c’est étonnant, tant le long métrage de Florian Henckel von Donnersmarck, à la fois ambitieux et impressionnant dans son projet, classique et émouvant dans sa facture, semble l’oeuvre d’un réalisateur en pleine maturité.
Le film aborde un sujet difficile : la trahison et la rédemption à l’époque où la Stasi, la Staatssicherheit (Sécurité d’Etat), police politique redoutable, imposait l’ordre communiste sur l’Allemagne de l’Est. Il ne succombe jamais au «chantage» du grand sujet, trouve le bon ton romanesque et met en scène des personnages (un flic inquiétant, des intellectuels séduisants que le premier espionne, des bureaucrates cyniques…) qui vivent des passions et débordent les clichés que ce genre de situation ne manque jamais de provoquer.

Mouchards.

Donnersmarck met en scène son drame à partir du point de vue du personnage a priori le plus éloigné de nous, le flic communiste. Idée risquée puisqu’elle invalide a priori toute identification. Or, avec une batterie de micros mouchards, le capitaine Gerd Wiesler ne fait-il pas le même métier que Henckel von Donnersmarck, ou que nous, spectateurs : essayer de capter la réalité qui se donne à lui comme une énigme à déchiffrer ?
Nous sommes en 1984, date symbolique pour qui évoque le totalitarisme. La partie d’Allemagne qui se qualifie, dans sa novlangue, de république «démocratique», RDA, est alors dirigée par Erich Honecker, émanation rigide du parti unique, et contrôlée par ses redoutables services de sécurité. L’URSS est encore sous la férule d’un aréopage de vieux staliniens. Gorbatchev n’est encore connu que de quelques jeunes bureaucrates modernistes. La RDA est la meilleure élève de l’empire soviétique.
Dans ses cours à l’école de police, Wiesler, le capitaine de la Stasi, livre à ses élèves des recettes cruelles pour faire craquer les prévenus. Il semble bâti pour ce sale boulot. Le regard inquiet, le corps mince, façonné par l’ascèse et sa foi sans borne dans le communisme. C’est quand Hempf, le ministre de la Culture, un satrape rouge aussi satisfait et bouffi qu’un bourgeois de Daumier, se prend d’un désir irrépressible pour la grande actrice Christa-Maria Sieland, que tout s’enclenche. Hempf veut la belle artiste dans son lit. Il sait bien qu’il ne la séduira jamais, qu’elle est amoureuse d’un brillant dramaturge, Dreymann, qu’il lui faudra donc la forcer par le chantage. Avant d’éliminer éventuellement son amant.

Moine guerrier.

La Stasi truffe l’appartement de ce couple brillant de matériels espions et Wiesler écoute avec attention ce qui s’y passe. C’est en entendant l’histoire d’amour qui lie Dreymann et Sieland, les discussions avec leurs amis, la musique surtout, que le flic implose en douceur. Ecoute après écoute, il s’aperçoit que ses cibles valent mieux que lui. Le communiste de fer découvrira aussi que ce boulot, il le fait pour un objectif moins noble que prévu.
C’est Erich Mühe, un formidable acteur remarqué autrefois dans Funny Games, de Haneke et dans Amen, de Costa-Gavras, qui prête sa physionomie, son regard surtout, à Wiesler, le moine guerrier qui découvre l’humanité et la compassion.
Le jour où le Mur s’effondra, les Allemands qui vivaient dans ce régime de caserne purent goûter à autre chose. Apparut aussi un gisement d’histoires que le cinéma national, en pleine renaissance, allait pouvoir exploiter. La Vie des autres en est la preuve éclatante.

Voir aussi l’entretien du réalisateur:

«Cela fonctionne comme l’église de scientologie de Ron Hubbard. Ils parlent de science des âmes et si vous contestez un point, si vous mettez le doigt sur une contradiction, on vous répond que vous ne pouvez pas comprendre puisque vous n’avez pas lu les dizaines de livres de Hubbard. Pour Marx, c’est pareil.

«L’idée de la Vie des autres vient d’un récit de Maxime Gorki sur une rencontre avec Lénine. Celui-ci lui parle de son amour pour la musique et plus précisément pour la sonate Appassionata, de Beethoven. Il lui avoue que ce genre de beauté lui donne un grand sentiment de bonheur, l’envie de caresser la tête des gens. Il ajoute que les temps actuels ne lui permettent pas d’écouter Beethoven car il doit casser des têtes, pas les caresser.

Wolf Bierman a expliqué que, pendant des années, il avait été frustré de savoir qu’il était écouté sans connaître celui qui l’écoutait. Avec la Vie des autres , il pouvait enfin mettre un visage sur ces mouchards.»

Florian Henckel von Donnersmarck raconte la genèse de son film:
«L’idéologue est un romantique qui croit au paradis»
Par Edouard WAINTROP
Libération
Le 31 janvier 2007

Florian Henckel von Donnersmarck est un grand jeune homme (plus d’1,90 m), né en 1973, à Cologne, alors en République fédérale allemande (Allemagne de l’Ouest). Il a vécu aussi à New York, Berlin et Bruxelles, a été diplômé de philosophie à Oxford et de cinéma à Munich. Il est marié et père de deux enfants
«Mes deux parents sont originaires d’Allemagne de l’Est. Ma mère est passée à l’Ouest avant la construction du Mur mais elle est restée longtemps influencée par le communisme. De sorte que je me suis toujours demandé comment cette idéologie fonctionnait sur les gens. Pourquoi on y croyait si longtemps, même face aux preuves évidentes de son échec.
«Moi-même je me suis définitivement éloigné des références marxistes en faisant les recherches pour ce film. Depuis, mon frère, qui est scénariste et prépare une biographie de Karl Marx, m’a encore donné des éléments. Il me semble que le pire, dans le marxisme, c’est sa prétention scientifique. Un marxiste ne dit pas « telle est ma conception du monde », mais « le monde est ainsi, c’est prouvé ». Ceux qui ne sont pas d’accord se trompent. Et pourquoi donner des droits politiques à des gens qui se trompent ?
«Cela fonctionne comme l’église de scientologie de Ron Hubbard. Ils parlent de science des âmes et si vous contestez un point, si vous mettez le doigt sur une contradiction, on vous répond que vous ne pouvez pas comprendre puisque vous n’avez pas lu les dizaines de livres de Hubbard. Pour Marx, c’est pareil.
«L’idée de la Vie des autres vient d’un récit de Maxime Gorki sur une rencontre avec Lénine. Celui-ci lui parle de son amour pour la musique et plus précisément pour la sonate Appassionata, de Beethoven. Il lui avoue que ce genre de beauté lui donne un grand sentiment de bonheur, l’envie de caresser la tête des gens. Il ajoute que les temps actuels ne lui permettent pas d’écouter Beethoven car il doit casser des têtes, pas les caresser.
«C’est, selon moi, l’essence de l’idéologie, sa perversité. Tu vis dans ton cerveau et plus dans ton coeur. Tu poursuis ton but sans écouter tes sentiments. Tu te fermes à ces sentiments. On aurait dû obliger Lénine à réécouter l’ Appassionata .
«Et puis, un autre jour, j’ai eu une sorte de vision. La photo d’un homme avec des écouteurs sur les oreilles, le regard concentré. C’était l’image même de l’idéologie. Qu’il soit islamiste, marxiste ou de l’Opus Dei, l’idéologue a ce visage fermé. Ce n’est pas un idiot, c’est un romantique qui croit qu’on peut atteindre le vrai paradis. L’idéologue ne veut pas faire de mal, au contraire.
«Wiesler est l’un d’eux. Il croit qu’avec ses écouteurs, il va entendre des mots contre sa bien aimée religion. En fait, il entend une musique qui le séduit, des débats qui le passionnent, des discussions qui l’émeuvent. Autant de choses si belles qu’elles mènent son idéal à l’effondrement.
«Après cette vision, je me suis mis à écrire. En deux heures, j’avais la mécanique. J’ai ensuite fait des recherches pendant un an et demi pour bien m’imprégner du contexte afin de trouver le bon ton. J’ai passé un mois dans une abbaye cistercienne à écrire la première mouture du scénario. Dans le calme, concentration maximale, loin de mes enfants, sans mon téléphone portable. L’histoire est venue naturellement.
«Je ne voulais pas faire un film sur la RDA, un film à thèse. Je voulais que l’histoire vienne du dedans. Le Docteur Jivago , de David Lean, n’est pas avant tout un film sur la révolution russe, sur la violence en politique mais une histoire d’amour. La Vie des autres n’est pas plus une oeuvre de sociologie politique, c’est un film de sentiments. Cela aurait été si facile de rester dans l’endoctrinement, mais si peu utile pour les gens, ces spectateurs qui continuent d’avoir la nostalgie du communisme.
«Au niveau de la forme, je ne voulais pas me mettre au-dessus de mon film, de mes personnages. Je voulais une beauté digne, sans clichés, des acteurs qui jouent sobrement. Je ne voulais aucun effet de marque. A la sortie du film, j’avais peur qu’il n’entraîne dans la presse que des articles sur la réalité de l’Allemagne de l’Est. Un débat du genre : « Cela se passait-il ainsi ? »
«En fait tout s’est déroulé parfaitement. Avant la sortie, les journaux ont montré le film à des artistes qui ont bien connu cette réalité. Les réactions ont été excellentes. Wolf Bierman (1) a ainsi expliqué que, pendant des années, il avait été frustré de savoir qu’il était écouté sans connaître celui qui l’écoutait. Avec la Vie des autres , il pouvait enfin mettre un visage sur ces mouchards.»
(1) Le plus célèbre dissident d’Allemagne de l’Est.

Voir aussi la critique du Monde:

« La Vie des autres » : au temps de la RDA et du soupçon
LE MONDE
Le 30.01.07

Thriller ou film d’espionnage ? La Vie des autres peut être goûté en fonction de critères esthétiques. On s’y divertira d’un suspense, d’une atmosphère, entretenus l’un et l’autre par une mise en scène solide et un travail de documentation manifeste. L’auteur, nous dit-on, a passé quatre années à consulter archives et experts. Mais il s’agit aussi d’un film politique, de ceux qui revisitent l’histoire de leur pays sans tabous et témoignent de l’état adulte d’une société.

Inquiétante fiction, La Vie des autres est en effet, en même temps, un documentaire sur la Stasi, ses buts, ses méthodes. C’est en 1950 que, à la manière du KGB, est mis en place en République démocratique allemande (RDA, l’ex-Allemagne de l’Est) ce ministère pour la sécurité d’Etat, afin de traquer les opposants au régime. Le film commence à l’université où sont formés les futurs membres de cette police secrète. Impassible officier instructeur, Gerd Wiesler enseigne l’art de torturer les « arrogants » traîtres présumés, ennemis du socialisme.

Chacun ses méthodes : celle de Wiesler est d’empêcher ses proies de dormir. En manque de sommeil, professe-t-il, les innocents deviennent enragés, hurlent contre l’injustice dont ils sont victimes. Les coupables, eux, restent calmes et se taisent, car ils savent pourquoi ils sont là. Le film démontre que cette théorie est un leurre. De 1950 jusqu’en 1989 (date de la chute du mur de Berlin), le machiavélisme du pouvoir, la suspicion généralisée donnèrent aux citoyens de RDA bien des raisons d’avoir des insomnies, tant les enquêtes, les purges et les emprisonnements furent arbitraires.

AUSSI DIABOLIQUE QUE LE MINISTRE

En 1984, Georg Dreymann est mis sous surveillance. C’est un dramaturge considéré comme loyal au régime, non subversif. Raison de plus. « Trop poli pour être honnête, argumente le ministre de la culture. Il cache quelque chose ! Mes tripes me le disent ! » Les arguments pour faire mettre Dreymann à la trappe sont douteux.

Officiellement, l’homme de théâtre est un individu dont il faut se méfier parce qu’il est ami avec un metteur en scène récemment interdit de travail pour avoir signé une pétition. Officieusement, il est l’amant d’une actrice dont le ministre a fait sa maîtresse, usant du chantage. Il n’est pas sorcier de convaincre un cadre de la Stasi, préoccupé par sa carrière, de truffer l’appartement de Dreymann de micros. C’est l’impitoyable Wiesler qui est désigné pour superviser les écoutes.

Aussi diabolique que le ministre, le scénario met en place une série d’événements soulignant la collusion entre affaires intimes et salut public, et démontrant que personne, dans ce contexte infernal, n’est au-dessus de tout soupçon. La Vie des autres se joue du caractère fluctuant des lumières et des ombres, comme dans Le Corbeau, de Georges Clouzot. Chacun peut y être perçu comme agent double, selon un intérêt caché, une caméra, une fausse preuve, un piège. La question de l’honnêteté du regard des espions est nouée à celle de l’ambiguïté légitime du comportement de toute personne humaine.

C’est peut-être là-dessus que le film emporte le morceau. Le ministre est un diable ensorcelé par sa libido, mais les autres bien autre chose que des silhouettes aux rôles tranchés. Homme de conscience, l’irréprochable Dreymann s’émeut du taux de suicides d’intellectuels en RDA, écrit à ce propos un article sous pseudonyme pour un journal de l’Ouest, cache sa machine à écrire, néglige le danger en ignorant ce qu’il doit au hasard et ce que subit son entourage. Christa, sa compagne, donne des gages d’amour, mais la menace de ne plus pouvoir exercer un métier qui lui est tout et d’être privée des médicaments qu’elle se procure clandestinement la rend fragile, susceptible de trahir.

CHUTE PRÉCIPITÉE

Le personnage de Wiesler, l’austère espion planqué dans les caves, n’est pas le moins équivoque. Vaillant petit soldat du pouvoir, ce solitaire otage de ses frustrations devient lui-même un homme obscur, culpabilisé d’être un voyeur, troublé par ce qu’il découvre : l’émotion procurée par l’art, la beauté de l’amour, la duplicité et le mensonge qui rongent son propre camp.

Homme d’idéal, cet « HGW XX 177 » agit de bonne foi, même lorsqu’il tronque ses rapports. La façon dont le cinéaste lui rend hommage au final est-elle une manière d’absoudre d’anciens bourreaux, ou de suggérer que certains employés de la Stasi agirent en résistants ? Ce jeune cinéaste allemand n’entend-il pas plutôt souligner que, dans sa chute précipitée, la Stasi n’a pas pu détruire toutes ses archives et que 180 kilomètres de dossiers sont demeurés intacts, accessibles aux citoyens concernés et aux chercheurs ? Il a le cran de sortir de la caricature (la peinture clinique d’une entreprise totalitaire) pour traiter de manière humaniste une page noire de l’histoire allemande.

Film allemand de Florian Henckel von Donnersmarck avec Ulrich Mühe, Sebastien Koch, Martina Gedeck, Ulrich Tukur. (2 h 17.)

Jean-Luc Douin

Ou de Télérama:

Le revirement d’un redoutable agent de la police politique est-allemande.

Un premier film magistral.

En faisant resurgir la grisaille déprimante des heures sombres de la République démocratique allemande, ce premier long métrage d’un jeune réalisateur passé par l’école de cinéma de Munich a créé un véritable phénomène, aussi étonnant que réjouissant. La Vie des autres suit depuis quelques mois un parcours de film surdoué, accumulant distinctions prestigieuses (aux Trophées du cinéma européen, notamment), nominations à n’en plus finir et vivats des spectateurs (qui lui ont décerné le prix du public aux festivals de Locarno, Vancouver, Varsovie ou encore Pessac). Quel tour de force Florian Henckel von Donnersmarck a-t-il donc accompli ? On en a une idée dès l’ouverture de son film, magistrale.

Nous voici au cours d’un officier de la Stasi, la police politique de la RDA, à Berlin-Est, en 1984. Gerd Wiesler enseigne les méthodes qui permettent de prendre possession d’un être humain, comme on forcerait la porte d’un coffre-fort, pour lui arracher tout ce qu’il cache derrière ses mensonges, ses mines d’innocent. Avec Wiesler, les lâches qui comptent fuir à l’Ouest doivent tomber le masque, immanquablement percés à jour. Simple affaire de savoir-faire. En quelques minutes, tout est là : l’atmosphère d’un pays, la peur de ceux qui y vivent, leur fragilité face à un pouvoir tenu par de véritables techniciens de l’oppression.

D’emblée aussi, un personnage fascinant s’impose : Wiesler, l’instrument parfait du régime, dont les yeux perçants et froids sont un étau. Nous voilà au théâtre, où l’officier de la Stasi a été invité par un supérieur, lui-même aux ordres d’un ministre qui veut faire surveiller le dramaturge Georg Dreyman, qu’il juge trop irréprochable pour être honnête. Wiesler est l’homme de la situation : installé au balcon, il domine déjà sa cible, scrutant avec des jumelles l’auteur de la pièce. Mais, au théâtre, les masques sont rois et n’abdiquent pas si facilement. Au théâtre, les sortilèges prennent le pouvoir : sur la scène, l’actrice Christa-Maria Sieland capture les regards. Georg Dreyman vit avec elle, le ministre est son amant, et Wiesler en tombe amoureux.

Florian Henckel von Donnersmarck nous raconte comment une machine inhumaine se dérègle, dès lors qu’y interfèrent désirs et sentiments, tout ce qui est humain, et donc incontrôlable. C’est à un duel qu’on assiste, une partie d’échecs entre volonté de pouvoir et envies de possession, ordre et désordre, loi et transgression. Le spectacle est prenant, efficace, presque à la manière d’un thriller, mais aussi passionnant pour toutes les facettes qu’il révèle. La justesse de cette reconstitution de l’Allemagne de l’Est offre un accès inédit à une réalité qu’on n’a guère eu l’occasion de revisiter au cinéma, tout en prenant une dimension de fable universelle sur le totalitarisme.

Mais le film nous entraîne aussi du côté de l’irrationnel : Wiesler, l’homme qui voit à travers les âmes puis qui écoute à travers les murs, casque sur les oreilles lorsqu’il commence à espionner le dramaturge et l’actrice, devient le symbole d’une folie à vous donner le vertige. Celle d’un système politique qui, pour faire de lui un implacable chien de garde, a mis tous ses sens en éveil, vue et ouïe hypertrophiées. Florian Henckel von Donnersmarck trouve là une matière directement cinématographique dont il tire profit au mieux, jouant sans cesse sur ce que ses personnages voient ou non, entendent ou pas. Il se montre aussi un habile conteur et donne toute sa saveur à l’histoire du revirement de Wiesler, touché par l’amour et l’art, réunis en une actrice finalement moins douée que lui pour jouer la comédie. Il faut encore ajouter que toute la distribution est brillante, et on aura compris que La Vie des autres n’a vraiment pas volé les honneurs qui lui sont faits.

Frédéric Strauss
Télérama n° 2977 – 3 Février 2007

Ou du Figaro:

Remontée des enfers

Par Dominique Borde, Le Figaro

D’abord, il y a un état totalitaire qui vit sur l’ordre, la peur et la suspicion, puis il y a les hommes de pouvoir : un ministre libidineux et jaloux, un chef de la Stasi obéissant et diplomate et un fonctionnaire zélé et impavide. En face, un intellectuel amoureux qui accepte les compromis et sa maîtresse comédienne. Ceux qui savent et manipulent et les innocents épiés et manipulés. À partir de là, le film construit une pyramide qui repose sur le désir puis l’espionnage et la duplicité. On croit connaître les coupables et les victimes expiatoires. Mais le mécanisme s’enraye. Le héros, c’est le petit espion étriqué qui prend conscience de sa mission, du rôle de salaud que le parti lui fait jouer pour des raisons personnelles. Le propos du film alors se déplace insensiblement.

Ce qu’il raconte, c’est l’histoire d’une conscience qui se réveille, d’une rédemption qui se profile ; une remontée des enfers pour un individu qui en a orchestré quelques descentes. Avec une mise en scène froide et impeccable, le film démonte le mécanisme d’un complot sordide en offrant une porte de sortie à un salaud obéissant, changé en héros révolté. Ainsi, sur une dramaturgie classique, le suspense rebondit subtilement, non plus sur des situations, mais sur la métamorphose d’un individu. Ce qui donne valeur et profondeur humaines à un pamphlet politique sur l’histoire récente de l’Allemagne de l’Est.

Le déclic qui se produit après la révélation de son infortune à l’auteur tout comme le revirement soudain qui s’opère devant la naïveté maladroite d’un enfant sont d’ordre affectif. La démonstration, pour implacable qu’elle soit, passe donc par le sentiment pour appuyer une thèse sur les machinations et la perversité d’un régime totalitaire. Le tout décliné dans une réalisation linéaire, sans défaut. Un film rare, fort et subtil, aussi intelligent que passionnant.

Voir enfin sur les réactions en Allemagne:

« German cinema has tended to portray the GDR as this funny place with quirky characters that no one takes seriousl. This is really very different from the true atmosphere of great fear, of great mistrust. »

German films and television have routinely treated the communist era in a light manner — showing Stasi as lovable buffoons and portraying as hilariously incompetent a system that killed 1,000 people trying to escape over the Berlin Wall. There’s even a word, « Ostalgie, » describing nostalgia for the East’s dysfunctional Trabant cars, barely palatable Little Red Riding Hood wine, and syrupy pop music, whose lyrics spoke of socialist discipline.

The unsettling film comes just as former officers of the Stasi are mounting a controversial campaign to revise their image. With articles and books, rallies and swaggering takeovers of public meetings, the former officers seem determined to paint themselves as upholders of a firm but fair system that provided stable jobs, safe streets, and state-run day-care centers.

« There is a kind of creeping rehabilitation going on. Germany failed to prosecute communist-era crimes except in a very few instances. This was a criminal system. But now all we’re supposed to remember is the factory jobs and good day care. »

German film prompts open debate on Stasi
A forbidden topic captivates nation

By Colin Nickerson, Globe Staff | May 29, 2006

BERLIN — A new movie that has grabbed this country by the throat depicts the ways in which East Germany’s Ministry for State Security, or Stasi, infiltrated and subverted the lives of ordinary people, long a touchy issue in the once-divided land.

In a peculiar coincidence, the release of the film has come just as former Stasi officers are waging an aggressive campaign to shed their image as brainwashing torturers who infiltrated every aspect of East German life.

The film « Das Leben der Anderen » — « The Lives of Others » — has triggered what some call the first debate in the reunified nation about the realities of the communist regime, a Soviet satellite state that came into being in 1949 and collapsed with the Berlin Wall four decades later.

« In trying to rebuild a unified country, Germans have to some extent put the topic off-limits, » said Jochen Staadt, a researcher at Berlin’s Free University who is a specialist on the German Democratic Republic, or GDR, the formal name of East Germany. . « Criticism of the GDR has been muted because many East Germans have felt that it was criticism of their lives. »

Indeed, a recent poll found that 56 percent of Germans surveyed felt it was inappropriate to discuss wrongdoing of the fallen communist system.

But the drama directed by Florian Henckel von Donnersmarck, a dark tale of love broken by the manipulations of the state security apparatus, has made the Stasi the talk of Germany and beyond. The movie this month won seven top awards from the German Film Academy and is quickly moving into theaters across Europe.

« German cinema has tended to portray the GDR as this funny place with quirky characters that no one takes seriously, » Henckel von Donnersmarck told Der Spiegel magazine. « This is really very different [from the true] atmosphere of great fear, of great mistrust. »

The unsettling film comes just as former officers of the Stasi are mounting a controversial campaign to revise their image. With articles and books, rallies and swaggering takeovers of public meetings, the former officers seem determined to paint themselves as upholders of a firm but fair system that provided stable jobs, safe streets, and state-run day-care centers.

« We harmed no one, » said Gotthold Schramm, 74, a former Stasi colonel who has authored recent books asserting that the secret police have been unfairly demonized. « The GDR was not a criminal state. With good conscience, I can say the Stasi only served the people and obeyed the laws that were the laws of that time. »

Sipping coffee in a train station in eastern Berlin, Schramm spoke of his 37 years of service in the Stasi with pride and affection. « We protected the people from their enemies, at home and abroad, » he said. « There were perhaps dark sides to the GDR — perhaps there was some repression — but there also was a sunny side. Most people felt secure and happy. »

But victims of the GDR carry different memories.

Matthias Melster, 40, says he still suffers nightmares from his time at Hohenschoenhausen, a notorious Stasi prison that today serves as a museum. He was inmate number 312. As with all Stasi prisoners, his guards and interrogators addressed him only by the number of his solitary confinement cell. Melster was more fortunate than most inmates — he at least knew why he was shoved into a windowless van in 1987 and hauled away to prison. He and his girlfriend had plotted an escape to West Germany, a major offense.

« I liked the idea of freedom, and that made me an it antisocial element, » Melster recalled as he led visitors along the same dimly lit corridors through which he was frog-marched as a terrified teenager. He passed rows of solid cell doors to the monotone chamber — looking like the lair of the blandest of bureaucrats, with its wooden-veneer desk, clunky telephone, and metal file cabinet — where he was grilled 10 hours a day for five months before being sent to another prison.

« At first you think, `I’ll tell them nothing,’  » Melster said. « In the end, you tell them everything. Whatever they want to know, you tell. »

Melster’s life has never quite gotten back on track. He’s nervous. He chain-smokes. His voice is flat, affectless.

« Was I beaten? No, I was never beaten. I have no scars to show, » Melster said.

« Stasi torture was psychological. It was sleep deprivation and disorientation, » he said. « It was intimidation through insinuation — the guard who would start screaming and touching his weapon, as if you were just seconds away from a bullet. The interrogator whose hints of `worse to come’ were somehow more terrible than an actual fist to the face.

« It was months of never seeing another human, except for guards and interrogators. It was never hearing your own name, only your cell number, » he said. « It was being stripped of your humanity, layer by layer. »

Unlike the Nazi period, a constant reference point for contemporary Germany, oppression by the GDR is seldom discussed in a country that was politically reunified in 1990. Even the Wall itself has nearly vanished — only a few out-of-the way sections remain.

Recent efforts to revisit the Stasi past have lately drawn loud opposition from former officers. They blocked a plan to install plaques to 40,000 East Berliners arrested for political crimes, for example, and have pressured schools to stop allowing field trips to the Berlin prison.

« Laws were enforced, our methods were clean, » said Schramm. « We should not be portrayed in schools as worse than criminals. »

The Stasi employed 90,000 officers and 175,000 informants to keep tabs on East Germany’s 16.7 million people. By comparison, Hitler’s Gestapo employed 30,000 secret police for the entire country.

« The reality of those days was fear and constant surveillance, » said Ulrike Poppe, 53, a former human rights activist in East Germany who as a high school student was first questioned by the Stasi after making an offhand remark about politics. She would later face charges of « state treason for passing nonsecret information » to a foreigner — giving a pamphlet promoting world peace to a visiting New Zealander — and interrogated for weeks at the Hohenschoenhausen, one of 17 Stasi political prisons.

She recalled being required to sleep on her back in « at attention » position on a wooden pallet. The Stasi guard who peered through a slit would flick on the light in her cell every 15 minutes to check that her arms were correctly placed.

« Later, when I was under house arrest, my apartment was full of electronic bugs, and a Stasi man would come and sit every day from 6 a.m. until 10 p.m. My children were small and asked whether he wanted to play. `Shut up,’ he’d say, » recalled Poppe, now an organizer with Berlin’s Protestant Academy, an organization of churches. « My mail was opened — they’d purposefully leave smudged fingerprints as a sign. It was not very subtle. Four big men followed me everywhere. And four more men followed those men, I suppose spying on them. »

German films and television have routinely treated the communist era in a light manner — showing Stasi as lovable buffoons and portraying as hilariously incompetent a system that killed 1,000 people trying to escape over the Berlin Wall. There’s even a word, « Ostalgie, » describing nostalgia for the East’s dysfunctional Trabant cars, barely palatable Little Red Riding Hood wine, and syrupy pop music, whose lyrics spoke of socialist discipline.

« The Lives of Others » has broken sharply with that tradition, winning applause not just from film critics but also historians and political scientists.

« Germans in many ways have lost touch with reality when it comes to the East, » said Hubertus Knabe, a specialist on Stasi history who recently won a court order to stop harassment by former officers. « It’s forbidden by law to deny the crimes of the Nazis. But it’s almost forbidden by custom since reunification to really discuss the crimes of the regime that turned East Germany into a prison. »

The Stasi, known as the « Shield and Sword » of the East German Communist Party, was born in 1950, and in that first year alone charged 78,000 people with such political offenses as selling eggs (« abetting capitalism »), church attendance (« social parasitism »), and reporting potholes (fostering social negativism).

The Stasi also ran the GDR’s foreign intelligence service, although the vast majority of secret police were deployed against the East’s own citizens. « The Stasi started out as just ordinarily vicious Soviet-style secret police, torturing people and beating them up, » said Staadt. « But by the ’70s it had evolved into an entity that broke people with psychological ploys, instead of violence. »

« But mainly it had spies on every level — spies in schools, spies in factories, spies on the street, spies in families, » he said.

In a stranger-than-fiction twist, The star of « The Lives of Others, » Ulrich Muhe, whose acting career started in the East, found upon examining his Stasi file some years after the communist meltdown that his former wife had informed on him to a Stasi « controller » through the six years of their marriage.

Last year, the Left Party, whose leaders are former Stasi and other onetime communist functionaries, won 54 of the 614 seats in Germany’s Parliament to become a formidable minority party.

« There is a kind of creeping rehabilitation going on, » said Knabe. « Germany failed to prosecute communist-era crimes except in a very few instances. This was a criminal system. But now all we’re supposed to remember is the factory jobs and good day care. »

Petra Krischok of the Globe’s Berlin bureau contributed to this report.

Voir aussi les notes de production :

Entretien avec le réalisateur (extrait du dossier de presse) :

Comment est né le film ? S’agit-il d’un projet qui vous tenait personnellement à coeur ?
Au fil des années, deux éléments m’ont poussé à tourner ce film. Le premier est lié à mes nombreux souvenirs d’enfance de mes visites à Berlin-est et en RDA. A l’âge de 8, 9 ou 10 ans, cela m’intriguait et m’amusait de ressentir la même peur que les adultes. Et d’ailleurs, ils avaient vraiment peur : lorsqu’ils passaient la frontière pour aller voir leurs amis d’Allemagne de l’Est, mes parents (qui étaient tous deux nés en RDA et qui en avaient sans doute gardé une certaine réserve) voyaient bien qu’on nous regardait parce qu’on venait de l’Ouest. Les enfants ont un sixième sens quand il s’agit de capter les émotions. Je crois que si je n’avais pas vécu cela, je n’aurais pas su comment aborder un tel sujet. Il y a d’autre part une image que je n’ai jamais pu effacer de mon esprit depuis que j’en ai été témoin à l’école de cinéma de Munich, en 1997 : il s’agit du plan moyen d’un homme assis dans une pièce sinistre qui, un casque vissé sur les oreilles, écoute une musique sublime, alors qu’il n’a pas envie de l’écouter. Cet homme m’a poursuivi dans mes rêves, avant de devenir progressivement le capitaine Gerd Wiesler. Gabriel Yared répète souvent qu’un artiste n’est qu’un récepteur. Si c’est vrai, alors il faut croire qu’il existait un puissant émetteur qui envoyait des signaux en permanence…

Vous avez mené des recherches approfondies pour ce film. Comment vous y êtes-vous pris ?
Je me suis rendu dans plusieurs endroits où l’on sent encore l’empreinte du passé, comme le Musée Hohenschönhausen ou l’ancien ministère de la Sécurité d’Etat, devenu aujourd’hui l’Agence de Recherche et du Musée de la Normannenstrasse, ou encore le Bureau Birthler et ses archives. Les lieux captent très bien les émotions, et ces visites m’ont souvent davantage nourri que les nombreux ouvrages que, bien entendu, j’ai lus toute ces années et que les documentaires que j’ai visionnés. Ce qui s’est avéré décisif, cependant, ce sont mes conversations avec des témoins de l’époque, qu’il s’agisse du lieutenant colonel de la Stasi Wolfgang Schmidt – directeur du groupe d’évaluation et de contrôle du « HA XX » –, des prostituées de la Stasi ou des gens qui ont croupi deux ans dans un centre de détention de la Stasi. J’ai tâché de recueillir le maximum de points de vue différents, et j’ai ainsi entendu plusieurs récits contradictoires, mais au final, j’ai eu le sentiment de réussir à me faire une bonne idée de ce qu’ont été cette époque et ses épreuves. Mais le plus important, c’est ce que m’ont apporté enfin de compte les comédiens et les membres de l’équipe. La plupart étaient originaires de l’Est, et ont partagé avec nous leurs expériences et leurs points de vue, souvent très personnels. Pour la plupart d’entre eux, mes recherches et le tournage ont été l’occasion de parler de tout cela pour la première fois. C’est hallucinant ! Quatorze ans après la réunification ! Certaines plaies mettent vraiment beaucoup de temps à se refermer.

Vous êtes-vous inspiré de certains personnages ou événements réels ?
Les protagonistes du film sont le produit de plusieurs personnages réels, et il y aura sans doute pas mal de gens qui s’amuseront à les reconnaître. Mais le film n’est ni un roman à clef, ni un film à clef. Les personnages, comme les événements, conservent volontairement une part de mystère. C’est ainsi que Hempf est un ministre sans portefeuille. Pour moi, il était important de ne pas se perdre dans les détails historiques. Mon but était de raconter une histoire sur des personnes réelles, mais en sublimant cette réalité et en adoptant un point de vue émotionnel !

Comment avez-vous réussi à faire appel à un compositeur oscarisé ?
Cela a pris pas mal de temps, mais tous ceux qui me connaissent savent que je ne renonce pas facilement ! J’ai écrit mon mémoire de fin d’études pour mon école de cinéma sur Le Talentueux M. Ripley, et j’ai toujours eu le sentiment que je n’avais cerné le sens du film qu’à travers la musique. Je n’ai cessé d’écrire à Gabriel Yared jusqu’à ce que j’obtienne un rendez-vous avec lui pour lui parler du film. Il s’est aussitôt montré intéressé. J’ai ensuite eu un coup de chance extraordinaire : du jour au lendemain, un énorme projet sur lequel il travaillait, Troie de Wolfgang Petersen, a capoté et il alors eu un peu de temps libre. Yared travaille en commençant à écrire la partition dès le stade du scénario. On s’est vus trois fois à Londres afin d’affiner les thèmes de sa musique. Par exemple, il a composé la “Sonate pour un homme bon”, qu’interprète Dreyman, avant le tournage. Sebastian Koch a déclaré qu’il n’a vraiment su comment aborder le personnage de Dreyman qu’après avoir joué ce morceau. C’est une preuve de plus que la méthode de Gabriel fonctionne.

Quels étaient vos partis pris esthétiques, en termes de décors et de couleurs ?
Nous savions très précisément quelles couleurs nous souhaitions utiliser. Nous avons cherché à renforcer les tendances chromatiques qui dominaient en RDA en procédant par soustraction. Comme il y avait plus de verts que de bleus dans le pays, nous avons totalement éliminé le bleu. Il y avait aussi plus d’orange que de rouge, et nous avons donc supprimé le rouge. Nous avons constamment utilisé certaines nuances de marron, beige, orange, vert et gris, afin de brosser un portrait esthétique convaincant de la RDA de l’époque. La vacuité est une notion esthétique neutre. Comme nous avions un budget modeste, nous ne pouvions pas nous permettre de construire de nombreux décors. C’est pour cela que lorsque nous ne pouvions créer un décor vraiment satisfaisant, nous nous en remettions au principe de soustraction pour maintenir le style visuel au plus haut niveau. Nous ne voulions pas d’une surabondance d’accessoires estampillés “RDA.” Pour moi, un décor doit servir de parfait écrin pour les émotions des comédiens – pas plus, mais pas moins non plus. Je ne veux pas que le public commence à se focaliser sur les accessoires ou sur une tache sur le mur, ou encore sur d’autres éléments du décor, plutôt qu’il ne s’identifie émotionnellement aux personnages.

Et enfin la meilleure critique que j’ai trouvée sur Phersu:

Das Leben der Anderen

Par phersu, dimanche 4 février 2007
Quelques remarque éparses, avec des SPOILERS.

En 1953, Poul Anderson publia une des premières nouvelles sur l’informatique et le hacking, « Sam Hall ». La novelette est l’histoire de Thornberg, un bureaucrate informaticien qui sert un Etat totalitaire, semble sans imagination et d’une loyauté apparemment à toute épreuve. Mais Thornberg, qui est chargé de transmettre et centraliser les informations, se met peu à peu à inventer de fausses nouvelles et à intoxiquer le Système avec des mythes sur un dénommé « Sam Hall » (d’après le titre de la chanson du XVIII-XIXe siècle sur un brigand, aussi reprise par Johnny Cash), terroriste ou résistant insaisissable puisque non-existant (et qui a peut-être aussi inspiré l’aura du plombier Harry Tuttle). Progressivement, la réalité est subvertie par les récits fictifs. L’Etat totalitaire perd toute son énergie à traquer le personnage d’autant plus omniprésent qu’il n’est nulle part. La population est tellement fascinée par les hauts-faits imaginaires de Sam Hall qu’elle commence à l’émuler en renversant vraiment le régime. Cela correspondrait bien à l’idéologie nietzschéenne d’Anderson où le conteur est le vrai individu surhumain (avec quand même moins de prétention que dans le randisme). Mais les motivations de Thornberg semblent être une vengeance passive-agressive quand il voir un ami se faire arrêter. Il aurait pu être intéressant qu’il n’y ait finalement aucune raison en dehors de la fiction et que Thornberg crée Sam Hall comme une sorte de libre création, ni par jeu ni par ressentiment.

En 1974, en plein Watergate, The Conversation de Francis Ford Coppola (voir un extrait) avait un héros « bugger », Harry Caul, spécialiste privé des écoutes. Il est rongé par sa culpabilité catholique et devient fasciné par la conversation d’un couple qu’il doit espionner, avant de découvrir dans un accès de paranoia qu’il est lui-même sous écoutes.

Das Leben der Anderen est le premier long métrage de Florian Henckel von Donnersmarck, qui a aussi écrit le scénario. Von Donnersmarck est un jeune réalisateur ouest-allemand (né en 1973 à Cologne, il a passé son Bac au moment de la Réunification). L’histoire se déroule en RDA en 1984 (année qui sonne déjà comme un roman) et un agent de la Stasi va être fasciné par un dramaturge et sa compagne qu’il doit surveiller.

On a beaucoup comparé le film à d’autres traitements du passé allemand comme Goodbye, Lenin ! mais on pourrait encore moins accuser ce film d’Ostalgie. Il est clair ne serait-ce que par le Prologue que la nature kafkaïenne du régime n’aura pas d’euphémisme – si ce n’est que les violences représentées sont plus psychologiques que physiques. Les critiques portent donc plutôt sur le caractère peu plausible psychologiquement du personnage principal, HGW XX/7, voire sur une idée moralement naïve de Rédemption par la Culture.

Il peut y avoir d’autres interprétations de l’évolution bien sûr. Un simple processus d’identification. Une sublimation sexuelle des sentiments pour l’Actrice. Mais les larmes de Wiesler quand il entend la Sonate pour un Homme Bon (en fait composée par Gabriel Yared) ou son enthousiasme pour Brecht montrent que c’est bien ici une dimension spirituelle qui est censée le guider.

Donc plutôt que Schindler, un salaud assez médiocre qui devient partiellement héroïque dans le régime, le personnage principal ressemble plutôt au Pompier qui découvre la littérature dans Fahrenheit 451. Mais le Pompier Montag ne va que sauver des livres par la suite, sans devenir lui-même une sorte d’écrivain comme HGW XX/7 qui compose ses mensonges et ses fictions de plus en plus complexes malgré son sens du Devoir, parce qu’il a compris que ses devoirs sociaux étaient mensongers.

Au delà de la culture, le principe du dilemme est donc simplement moral : le personnage était horrible dans sa sincérité et il reste sincère en devenant héroïque, quand il comprend que ses principes ne sont pas respectés et qu’il est utilisé dans des fins privées. Il peut donc se réconcilier avec ses actions en disant qu’il agit toujours par Devoir même si ce n’est plus en conformité avec les ordres auxquels il obéissait. La scène clef est d’ailleurs celle où il va donner le rapport réel et que le Colonel Grubitz lui explique qu’il serait dans son propre intérêt de faire tomber le dramaturge.

Von Donnersmarck a dit être parti non seulement d’expériences de sa famille (un de ses cousins travaillait pour Honecker), d’interviews mais aussi d’une phrase que Lénine aurait prononcée selon Gorki dans son éloge funèbre (et que le dramaturge reprend dans le film) :
Ничего не знаю лучше «Apassionata», готов слушать ее каждый день. Изумительная, нечеловеческая музыка. Я всегда с гордостью, может быть, наивной, детской, думаю: вот какие чудеса могут делать люди … Но часто слушать музыку не могу, действует на нервы, хочется милые глупости говорить и гладить по головкам людей, которые, живя в грязном аду, могут создавать такую красоту. А сегодня гладить по головке никого нельзя — руку откусят, и надобно бить по головкам, бить безжалостно, хотя мы, в идеале, против всякого насилия над людьми.

« Je ne connais rien de mieux que Appassionata. Je pourrais l’écouter toute la journée. C’est une musique merveilleusement surhumaine. Elle me fait toujours penser – peut-être est-ce naïf de ma part – aux choses miraculeuses que les humains peuvent faire. Mais je ne peux écouter trop souvent cette musique, elle affecte mes nerfs. Je veux dire des choses douces et stupides et caresser les têtes de ceux qui en vivant dans un tel enfer peuvent créer une telle beauté. Mais de nos jours on ne peut caresser les têtes, ils vous mordraient. Il faut les frapper sur la tête sans pitié bien que dans l’Idéal nous soyons contre un tel traitement. »
Il concluait que s’il l’écoutait trop, il ne pourrait plus faire la Révolution [Slavoj Zizek cite aussi ce passage avec son sérieux habituel comme une preuve d’une sensibilité sublime de Lénine qui se contraint à surmonter son propre humanisme, mais j’ai vraiment des doutes].

Le thème de la Banalité du Mal et de la vanité de la Culture (répété chez George Steiner et encore avec insistance dans un roman récent) sont devenus à leur tour des banalités. Certains croient même qu’il aurait fallu attendre des événements du siècle précédent pour dissocier un lien entre moralité et civilisation, qui avait pourtant déjà été critiqué dès le Siècle des Lumières en 1750…

Mais si cela est naïf ou sentimental, c’est aussi peut-être tout le principe allemand que la culture devrait être une condition de ce que Kant appelait dans ses Propos de pédagogie la moralisation de l’homme – condition ni suffisante ni nécessaire si la loi morale doit être indépendante d’un savoir.

Le Blog Evening Class publie une longue interview du réalisateur. Guillen l’interroge sur ceux qui ont critiqué l’impossibilité de cette rédemption comme Anna Fulder, auteur de Stasiland.

Von Donnersmarck répond qu’il ne prétend pas qu’HGW XX/7 soit représentatif – au contraire – mais qu’il y eut des cas réels comme Werner Teske, agent de la Stasi exécuté en 1981 pour avoir montré trop d’indulgence pour certaines personnes dont il devait s’occuper.

De même, le musicien Wolf Biermann (le beau-père de Nina Hagen), qui fut un proche de Margot Honecker avant de devenir un dissident fut mis sous écoutes par le MfS. Les agents de la Stasi furent influencés par leur cible et fondèrent ensuite un groupe de (mauvaise) poésie pour l’imiter, en une sorte de Syndrome de Stockholm inversé où l’oppresseur devient fasciné par sa proie.

[En passant, Biermann a écrit un excellent article sur la signification morale du film et ce qu’il perçoit comme des inexactitudes dans Die Welt, « Les fantômes sortent des ombres ». Il dit être bouleversé par l’authenticité d’un récit sur la DDR écrit par un jeune homme des élites de la BRD.]

Ce sinistre Gerd Wiesler est joué par Ulrich Mühe, acteur d’origine est-allemande, né en 1953 et qui travailla notamment avec Heiner Müller. La vie de Mühe a d’ailleurs nourri le scénario. Mühe fut marié de 1984 à 1990 à l’actrice Jenny Gröllman, qui était membre de la Stasi et qui surveilla son mari et ses amis pendant toutes les années de leur mariage, sous le nom de code de l’informatrice « Jeanne ». Après la chute du Mur et la Réunification, Mühe put lire son dossier qui faisait 500 pages et put identifier certains de ses camarades et collègues qui l’avaient dénoncé et trahi pendant ces dernières années de la RDA.

La scène de l’interrogatoire (ci-contre) est l’un des plus beaux usages d’un miroir sans tain depuis le dialogue par téléphone entre Travis (Harry Stanton) et Jane (Nastassja Kinski) dans Paris, Texas.

Mais au lieu de jouer sur la simple opacité visuelle ou les regards qui se fuient, c’est ici l’opacité de la communication elle-même puisque une des personnes du même côté du miroir tente – en vain – de communiquer le contraire de ce qu’elle feint d’obtenir. Le message de HGW XX/7 le surprend alors dans son efficacité pragmatique et déçoit son intention, lorsque CMS fait le choix de la trahison.
Et enfin un intéressant entretien en anglais, où le réalisateur répond à certains de ses critiques, sur le blog Evening class:

There was, for example, one case of a captain of the same rank as Wiesler, Werner Teske, who in 1981 just a few years before this film [was set] was caught by his superior looking into files that were none of his business. His superior said to him, the only way you can still save your position is by saying everything that’s on your mind and why you’ve been looking into [these files] and so on. They did this little court case against [Teske], which was actually tape-recorded, which the Gauck Archives found, and they gave me this tape recording of this trial. The Stasi had this crazy thing that they recorded everything! It was one of those weird things. It was like an obsession that they had. In this recording you [hear Teske] who, for some reason, took what his superior told him at face value. I don’t know. Maybe he just had to get out of his soul all his doubts and reservations about his job and about the system and about the things that he found out about the file and how he was even thinking of somehow getting out of the country. Through all this material a very sympathetic character emerges who you can’t help but like, although I was surprised to find him quite naïve for a Stasi officer. After that, just from the material that they got from this [trial], they condemned him to be executed. He was shot in the back of the head at short range in 1981; one of the last documented cases of a disloyal Stasi agent being assassinated. There was also another case actually that only came up quite recently that I didn’t even know [about] while I was researching the case. Have you heard of Wolf Biermann?

DAS LEBEN DER ANDEREN / THE LIVES OF OTHERS—The Evening Class Interview With Florian Henckel Von Donnersmarck

Florian Henckel Von Donnersmarck is a lean, tall drink of wasser. Door lintels prove a hazardous proposition for this 6’9″ fellow who arrived apologetically late to our interview at the Ritz Carlton, having had to wolf down lunch; a customary practice, I presume, on out-of-town press junkets. I didn’t mind waiting. His English was impeccable, his sense of humor intact, and his intelligence ready and willing to engage. After the usual introductions and niceties, we joked about how the success of The Lives of Others has brought us both to the Ritz Carlton. Otherwise, he joked, had the film not done so well he might have ended up in a youth hostel where I might not have been convinced to hook up with him.

* * *

Michael Guillén: Florian, I come to you today with congratulations on your numerous nominations and awards for your debut feature film The Lives of Others. In the past week alone you’ve won the Palm Springs International Film Festival’s Audience Choice Award for Best Narrative Feature….

Donnersmarck: You were there for the ceremonies on that?

Guillén: Not the ceremonies, but, I did attend the festival.

Donnersmarck: Because they’d told me I had got that but I was wondering whether they have some statue of some kind? I was thinking, Palm Springs, they must have some beautiful palm or something like that; but, no one’s sent me one.

Guillén: I think it’s all just on-line text.

Donnersmarck: [Chuckles.] Just on-line text? Okay, well….

Guillén: But the audience loved it and that’s important.

Donnersmarck: That’s good.

Guillén: Also, this morning I read on Indiewire that your film has made the short list of nine films eligible for the Academy Awards foreign language category. Congratulations on that major development.

Donnersmarck: Thanks a lot. That’s quite an important step now. It’s actually quite a cruel system, isn’t it? You could almost say out of nine you’re not choosing five; you’re eliminating four. Because you’re choosing more than half. Normally, if you say there’s a huge number and you have to choose a few out of those, that’s fine—everybody knows that’s how life is—but to actually have a pretty small number and you choose more than half to stay along, it’s pretty cruel, isn’t it? Not to be part of the five?

Guillén: You had actually strategized with regard to the Oscars—hadn’t you?—in hopes that your film would be nominated in other categories than just foreign language feature?

Donnersmarck: Sony did a so-called « qualifying run », which means that you can present your film for other categories so that they might be eligible; but, I think one of the main reasons for that is actually that you can then send dvds of your film out to all members of the Academy, rather than just the people on the foreign language film committee. That way there will be more attention to the film and there’s more likeliness that people will actually see it.

Guillén: I can’t believe The Lives of Others wouldn’t at least be nominated for best screenplay as well.

Donnersmarck: Really? Well, thanks. Your words in the Academy’s ear. [Laughs.]

Guillén: So much has been written and said about The Lives of Others both in Europe and Stateside—and most of it quite favorable—that I fear treading on all-too-familiar territory. Please pardon me if my queries are nowhere near unique; but, what can we do?

Donnersmarck: No, no, I have no problem with that.

Guillén: What I wanted to explore with you this morning—not being a film critic myself—is some of the negative criticism the film has received, because I’m personally interested in how you refute your detractors.

Donnersmarck: Okay.

Guillén: One of your most eloquent opponents is Australian writer Anna Funder, author of the 2004 study Stasiland, who basically claims that the central premise of your film—that Stasi agent Capt. Gerd Wiesler (Ulrich Mühe) « turns » and changes for the good—is an absurd fiction that is morally weird.

Donnersmarck: I didn’t know that. When did she write that?

Guillén: She was quoted in Geoffrey MacNab’s article in The Independent earlier this month. Funder arms herself with the fact that former head of the Stasi File Authority, Joachim Gauck, has asserted that the records of the Stasi show no such thing ever happened. She suggests no self-respecting Stasi officer would have exhibited pity for his victims and points out that none have shown any remorse after the Wall has fallen. She expresses reservations about what purpose is served by depicting a Stasi officer who behaves honorably? She pointedly asks: « Of course a movie can give us psychological satisfactions that real life can’t—the happy end, or, as here, the change of heart. I think it is a terrific movie, but I am deeply uncomfortable about this rotten core. How would we feel about an equally terrific movie made, say in the early 1960s, which showed the change of heart, redemption and comeuppance of a Gestapo agent? Whose interests does this serve? » How do you respond to Funder’s reservations?

Donnersmarck: There are many people who write about the Stasi who haven’t really researched it very thoroughly and who don’t know that much about it. Coming to look at this, it seems to me that she’s also one of these people who voice opinions before they’ve really looked into something. If she looked further into it, for example, she would see that precisely the man that she’s quoting—Joachim Gauck—was one of the first people to actually write a large article over several pages about the film in Der Stern saying that—the caption above it, the title of the article was « This Is Exactly The Way Things Were », Ja, so war es!—it was actually his very offices that gave me several documents of cases that had shocking similarities to what went on there. There was, for example, one case of a captain of the same rank as Wiesler, Werner Teske, who in 1981 just a few years before this film [was set] was caught by his superior looking into files that were none of his business. His superior said to him, the only way you can still save your position is by saying everything that’s on your mind and why you’ve been looking into [these files] and so on. They did this little court case against [Teske], which was actually tape-recorded, which the Gauck Archives found, and they gave me this tape recording of this trial. The Stasi had this crazy thing that they recorded everything! It was one of those weird things. It was like an obsession that they had. In this recording you [hear Teske] who, for some reason, took what his superior told him at face value. I don’t know. Maybe he just had to get out of his soul all his doubts and reservations about his job and about the system and about the things that he found out about the file and how he was even thinking of somehow getting out of the country. Through all this material a very sympathetic character emerges who you can’t help but like, although I was surprised to find him quite naïve for a Stasi officer. After that, just from the material that they got from this [trial], they condemned him to be executed. He was shot in the back of the head at short range in 1981; one of the last documented cases of a disloyal Stasi agent being assassinated. There was also another case actually that only came up quite recently that I didn’t even know [about] while I was researching the case. Have you heard of Wolf Biermann?

Guillén: The East German poet?

Donnersmarck: Exactly. He had several Stasi agents—many many more than my fictitious writer Georg Dreyman—who were assigned to him. Der Spiegel wrote an article about this when they reported on this film because those documents had just become known. One of his Stasi agents was so impressed with Biermann’s character that he started writing poetry himself and founded a group of poet Stasi agents [laughs] and they would meet once a week and read each other their terrible poems, I mean really terrible stuff, but still they were trying to express true feeling because they were so inspired by Biermann! At the same time, I don’t even like to enumerate all the cases of those rare rare rare cases where Stasi agents betrayed their system because I think that would, indeed, put the wrong stress. I’m only telling you this now because someone who should know better like Anna Funder is coming up with wrong facts. I don’t like to use that [material] because I don’t want to give the impression that most Stasi agents, or many Stasi agents, or even a substantial number of Stasi agents, were fighting against the Stasi. That is not the case. I think that my film makes that very clear. No one has the impression that, oh wow, the Stasi were actually the good guys. Quite the contrary. Why I am telling the story of The Lives Of Others is to show people how they could behave given such a situation. And these situations will arise again. You don’t have to have an absolute dictatorial system. It can be within the confines of a school, or a hierarchical business organization, or whatever, that we will have the chance to display a similar kind of heroism—to put it simply—as [Wiesler] is displaying. It makes it too easy for people in criminal organizations like the Stasi or the Gestapo if you say that—once you’re a member of that group—that’s it, you’ve lost your humanity, you’re morally dead, it’s over, there’s no possibility for you to redeem yourself. You can always change your ways. It’s much harder when you’re in an organization like [the Stasi], which is why a character like [Wiesler] deserves so much admiration. Which is also why I was pretty angry when people accused Steven Spielberg [of humanizing Nazis]. They said, « Look at all these millions of Germans who behaved like monsters and you choose the one good German, Schindler, to make the film about. » But I think that is still the right approach because it is exactly these people that we should be looking at and saying, « This is how you could behave and don’t you be forgetting that. » That’s important and it’s very shortsighted to consider that a « rotten core. »

Guillén: I’m glad you mention Wolf Biermann. I felt his write-up of your film for Die Welt, translated into English for Sign and Sight, was one of the most interesting in that he sat down with other dissidents to watch your film. He wrote, this was factually wrong and this was factually wrong and this was factually wrong, BUT….

Donnersmarck: They were pretty wrong about many of those facts as well, though.

Guillén: Still, as a true poet, he was forgiving for what he saw to be your factual inaccuracies—whether you agree they were inaccurate or not—and caught the spirit of what you were trying to express. He felt The Lives Of Others conveyed things to him that he could never have imagined « being real ». He even conceded—rather generously I thought—that, yes, « we are all addicted to evidence of people’s ability to change for the good. » That brings me, by contrast, to Scott Foundas’ review in the L.A. Weekly. I don’t know if you’ve read his review?

Donnersmarck: I’ve read that, yeah.

Guillén: Here we have a less obliging critique. I respect Scott Foundas and his writing, but, had several issues with this particular review, not the least of which—if I’m understanding him correctly—is his disdain for sentimentalized heroics as some throwaway technique of old Hollywood. Let alone his acrid view of the potential of human nature (he wrote you have an « unwavering belief in the essential goodness of mankind, despite so much evidence to the contrary »). Granted, that the dramatized heroism of Weisler in The Lives Of Others seems to be in direct counterpoint to the pared-down aesthetics of the so-called Die Berliner Schule, do you feel that the heroism you represented in The Lives Of Others is old style? Out of date? Sentimental revisionism?

Donnersmarck: I must say I find it more problematic if someone sees the film like Anna Funder who wrote Stasiland because I disagree with that fundamental view of mankind. Scott Foundas’ review was completely contradictory in itself because he claimed I was saying these people were just following orders—[« Remember Those Stasi? They Weren’t So Bad After All »]—and that I looked at [those days] with « dewy-eyed nostalgia. » I remember that expression. That’s something no one has ever said. The idea that I was heroizing people who were just following orders. I was heroizing the one person who stopped following orders. That’s precisely what I’m doing. I’m doing the exact contrary of what Foundas is accusing me of. If you stop following orders, that may be the way out of that terrible misery. Now he says my next film will be about the people who were so great because they followed Hitler’s orders? That’s weird. I just thought that was very strange. But I know that type of critic very well. They see, « Oh no, everybody else is writing something positive about [this film]; I’m not going to be part of that herd. I’ll write something different! I’ll be original. » But that’s terrible because, at the end of the day, it’s not as if consensus is something necessarily bad. If that were the case, then a film like Godfather Pt. 2 would be a really bad film because everybody agrees that that’s a great film. I thought it was too bad if a critic writes a review out of some kind of weird vanity of wanting to be the only one going against the stream and ruining my Rotten Tomatoes score in the go…. » [Laughs.]

Guillén: Well, I can appreciate if a critic doesn’t like something most others like and feels compelled to express his point of view—though it does seem a bit like unnecessarily butting your head against a wall—but, my main objection against the review was a felt one when Foundas wrote, « And judging by the film’s success in Germany and its enthusiastic reception at this year’s Telluride and Toronto film festivals, it’s a good bet that many moviegoers will feel similarly moved. » As if, again—like you’re saying—consensus is a dirty word. Such a posed distance between critic and audience seems hazardously petulant.

Donnersmarck: Having said that, I was treated as well by critics as anybody could possibly hope to be. I’d really almost put it in absolute terms that there’s not one single critic—certainly not in Europe, I don’t know about all the American ones (although my Rotten Tomatoes score is pretty good; that’s the only negative review I got, from Scott Foundas)—but, any really serious newspaper—the kind of newspaper that would be read by educated people—gave me incredibly positive reviews. Not one exception. Normally, and very often, they had several articles by let’s say a novelist or another filmmaker, or by a [bona fide] film critic, and they would explore it from different angles, or a third [angle] by a political [analyst]. Also, The Lives Of Others did incredibly well at the European Film Awards, where you’re voted upon by your peers and filmmakers, so it would be wrong and distorting to say it’s an audience pleaser but critics consider me immoral or that the film has an immoral theme. That’s not the case at all. Some people take it like that, but fortunately they’re rare and I think the people that like the film have better arguments than the people who don’t.

I don’t think that’s always the case. For example, I like Downfall. I thought it was a good film. I can understand very much the arguments of people who criticize it for certain things. That doesn’t change my opinion. I find that there were more attacks of Downfall than there were of [my film] but I found them slightly more founded and they’re the kind of [criticisms] that did make me think a little bit, whereas the attacks that I’ve received on this film—which weren’t many—didn’t really make me think because they were not thought through to the end.

Guillén: The challenge of your film for me—more so the first time I saw the film than the second (because I liked it better the second time than the first)—was that I was wrestling with the believability of Weisler’s conversion the first time I saw The Lives of Others, but the second time I was more willing to accept it; I think because I appreciated the subtleties in Ulrich Mühe’s performance more and accepted his gradual change. So it seems to come down to this issue of whether its credible that someone can change like that and, clearly, you have stated that—in effect—they can. For me it returns to the satisfaction of believing they can. Actually, Wiesler’s transformation reminded me of fireman Guy Montag’s transformation in Ray Bradbury’s Farenheit 451, cinematically rendered by Francois Truffaut. Are you familiar with the novel and the film?

Donnersmarck: I saw Truffaut’s Farenheit 451 as a kid so I don’t remember it completely but I think it was considerably less realistic in what it was trying to do. It considered itself more a parable, right? The entire production design, and the way it was acted, it was not something that was supposed to be directly believable. It was just to make you think. It was almost a cautionary tale. I don’t see The Lives Of Others as a cautionary tale in that way.

Guillén: I guess the analogy that I’m drawing is that, what precipitates the moral change in your character was the music and the emotional authenticity of the lives he was observing, much like literature kickstarted Montag’s transformation. Though it’s probably simplistic to presume that art alone could motivate such a change, and if I recall correctly Foundas likewise took objection to that.

Donnersmarck: I do think that it is believable that people would change even like that. I have seen people change. Even just the very thing that made me have the idea to write The Lives Of Others can almost serve as proof that [change] could happen like that. That is, this quote from Lenin to his friend Maxim Gorky. I actually recently found the quote in the Russian original on Wikiquotes. Do you know that page? They have the quote there in the Russian original. I only had the German book version of it but I spent two years in Russia so I always felt I should at some point find it in Russian. I always looked for it and I could never find that exact book and then suddenly I found it on Wikiquotes. Lenin said to his friend Maxim Gorky, « Beethoven’s Appassionata is my favorite piece of music but I’m not going to listen to it anymore because, if I do, it makes me want to stroke people’s heads and tell them nice, stupid things, and I have to smash in those heads, smash them in without mercy, to bring my revolution to an end. So I’m just not going to listen to it anymore. » I thought that was a really amazing testament and tribute to the power of art. And art is only one of the things that makes my character change in The Lives Of Others. It’s not just because of Brecht and Beethoven (or in Lives Of Others Gabriel Yared) that he changes. It’s also because he realizes his sacred mission is being used to satisfy a high politician’s sex urges; the arbitrary use of power. He sees that his true belief in this whole system actually makes him a bit of an alien among these people who are using it pragmatically and cynically. And that his friend, Lt. Grubitz (Ulrich Tukur), who was always a little bit less intelligent and a little less loyal than he was, is also having a bigger and better career.

Guillén: That’s actually what made Weisler’s transformation more believable for me on the second viewing. The first time I was linking it more to the music and the eavesdropping. The second time it did seem to be more about a betrayal to his—as you call it— »sacred mission. » Maybe that’s why I went with it more the second time.

Donnersmarck: It’s like a mid-life crisis. We’ve probably all come close to experiencing something like that where everything seems to be pushing us into a direction of values different than the ones we’ve been embracing all our lives. A mid-life crisis is something that can actually happen. It’s the kind of thing that can make a Catholic priest who’s spent all his life obeying those rules suddenly go haywire. It’s also something that can make a mafia boss go soft and seek a therapist. Or which can suddenly make a father want to leave his family. But it’s never one single thing. It is always an accumulation of things. That’s why I wanted the change in the film to actually start with the film. I wanted it to begin pretty much from the beginning and for there to never be an actual turning point because that is something that all the books on screenwriting say: if there’s any change in character, there has to be a clearly-identified turning point. Even the old Greeks would go on about that. But I think it’s wrong because, unless there’s divine intervention, I don’t think that things happen like Saul who turns into St. Paul from one day to the next. This day I’m killing Christians and the next day I am one. It doesn’t happen like that. I mean, sometimes it does happen like that. I know that from this whole born-again Christian thing. Suddenly they’ll tout some former Nazi or abortionist or something like that and say, « Now look! This person is now the greatest advocate of our cause and believes in Jesus Christ and embraced us. » Normally, about a year afterwards, they’re not talking about him anymore at all because he went back to his old life. When these things happen, it’s like a dislocated joint; it’ll pop back in eventually.

If there’s something which you know has been pushing your doors out from all sides all the time, it would be very hard to change back. A thing which actually happened to Mikhail Gorbachev. This is someone whom, during my studies, I actually got to spend some time with. While I was studying at Oxford, he came there in 1993 to teach and—since I was one of the few students who spoke good Russian—I was in charge of leading him around town. He is someone who cried bitter tears at Stalin’s death, thinking this was the end of the world. And he ended up becoming the fiercest anti-Stalinist in history. That guy did undergo that kind of change. He was a real ideologue. But it didn’t happen from one day to the next. It did not. If Yuri Andropov hadn’t died so soon, I actually think he was on a similar path. These things do happen.

Guillén: Well, you could even seek precedent with Heraclitus and promote enantiodromia, which basically says that any strongly-based conviction contains its reversal. Something will always gradually become its opposite the more you go into it.

Donnersmarck: I’m not so familiar with that.

Guillén: I can speak from my own experience. I’ve worked my whole adult life in the legal field and finally reached a disjuncture where I felt there was something morally questionable about law enforcement.

Donnersmarck: [Laughs.] I could see where you’d reach that.

Guillén: That was another thing that helped me relate to this film. I could see that such a change could happen because it happened to me. That’s why I’ve been so curious about the people who don’t like the film and how they seem to aim at the credibility, the authenticity, or the truth of Weisler’s conversion. But even Wolf Biermann was so eloquent about how he understood your film when he said you can go through all the facts but they might not document the truth as well as a piece of fiction.

Donnersmarck: The great thing about fiction is fiction—when done well—is truer than fact. It’s truer than a true story. The word for fiction in German—dichtung—actually means density. It’s actually the same word. It’s the word for fiction and poetry at the same time. Of course you somehow have to make things more dense in fiction, you can make them more dense in fiction, ideally you do, and you’re encapsulating much more than the arbitrary qualities of a very loose reality. After seeing something like The Deerhunter, I’ve understood more about the Vietnam War, although of course that story is completely fictional, much more so than The Lives Of Others, but still it captures the essence of something. Even for people who were in the Vietnam War and didn’t end up playing Russian roulette there, The Deerhunter still expressed something they felt. The same way the Vietnam veterans said The Deerhunter expressed what they felt, the great writers of East Germany—not just Biermann—wrote fantastic pieces about how The Lives Of Others captured their experience in essence.

This is the beauty of fiction. A film like Dr. Zhivago makes me understand things about the Russian Revolution. Gone With the Wind makes me understand great aspects about what the people in the South were fighting for; it gives me a feel for that era, for the conflict of the times, and because it is so real, and so specific, and so true, has relevance for my present life today because—at the end of the day when you get to the true fundamental human emotions like love, fear, invasion of privacy and what that does to you—we can go to these [fictions] and we all know them from our lives. Tell me one person here in America who doesn’t know what it feels like to be under surveillance from the Stasi. We all know what it feels like. If you’ve had strict parents, you know what it feels like. If you’ve ever had an asshole boss, you know what it feels like. These are universal things. These are things that haven’t disappeared in Germany just with the disappearance of the Stasi and they’re in existence here [in the States] as well, although there never was a Stasi and this has always been a democratic country.

Guillén: Well, that being said, I’m feeling a little bit under the surveillance of the publicist. [Laughs.] Thank you so much. Good luck at the Academy Awards. I hope they’re not too cruel to you.

Donnersmarck: Thank you very much. I understand that you’re wanting to write something novel about the film by approaching the negative criticism, but at the same time I think it’s important to remember the proportion of the positive criticism. Look at Rotten Tomatoes, for example, so far there are 19 reviews or so, and there’s that one negative review by Scott Foundas. [I actually saw him at the L.A. Film Critics Association, and even almost went up to him. I won this award there a few days ago. The really good critics like Kenneth Turan and people like that had all together-–or at least 19 of them, I’m told-–decided that The Lives Of Others was the best foreign film of the year. I like to think that when it was decided, Foundas went blue in the face and almost popped, but that there was nothing he could do because he was the only one of the group who hated the film.] It’s important not to make it sound in your report like the proportions were different. I could see how that would be a danger.

Guillén: Hopefully my readers will not make that erroneous assumption and will recognize that I simply wanted to hear how you refuted the few negative criticisms levied against the film. Once again, thanks for your time.

Et aussi la critique de The Independent:

How would we feel about an equally terrific movie made, say in the early 1960s, which showed the change of heart, redemption and comeuppance of a Gestapo agent? Whose interests does this serve? Anna Funder

The Lives Of Others: Out of the shadows

An award-winning film throws light on the murky days of the East German secret police. Geoffrey Macnab reports
Published: 05 January 2007

It’s the mid-1980s in East Berlin, and « glasnost is nowhere in sight. » This is the heyday of the Stasi, the 100,000 state-trained spies investigating every aspect of the lives of their fellow citizens. Georg Dreyman, a playwright, seems like a model East German citizen (« our only non-subversive writer who is also read in the West ») but the party loyalist Gerd Wiesler has still been put on his tail. Thus begins Florian Henckel Von Donnersmarck’s remarkable debut feature, The Lives Of Others.

At the end of every year, when the race for the Oscars is joined in earnest, there is often a film that springs from nowhere to grab the voters’ attention. The signs are that The Lives Of Others is this year’s dark horse. Earlier this month, it won the European Film Awards prize for Best European Film, beating off Pedro Almodovar’s Volver and Ken Loach’s The Wind That Shakes The Barley among others. It has also received a Golden Globe nomination. Now, with Sony Pictures Classics handling its American release, the film is a very strong candidate for a Foreign Language Oscar. This low-budget (£1m) movie about East German spies looks set to overtake a host of bigger-budgeted movies from far better-known film-makers.

In Germany, the film has proved an enormous critical and box-office success and has provoked a frank and heated debate about the legacy of the GDR years. This is because Von Donnersmarck’s thriller is one of the few post-reunification films that acknowledge the Kafka-esque brutality of the Stasi era. The German author Peter Schneider called it « the first real attempt to show how the secret service poisoned the lives of millions of citizens. »

What makes the success of The Lives Of Others all the more startling is that it is a debut feature, directed by a young, ex-Oxbridge, student with little experience behind the camera. Financiers told Von Donnersmarck that his script was « dark, gloomy and intellectual »; no one wanted to support what looked like being one of those grim East German parables about the evils of the communist era.

It’s true that the film doesn’t shirk from showing the brutality and cynicism of the GDR’s surveillance system. As the chilling early scenes make clear, the Stasi had turned breaking a suspect’s spirit into a fine art. Sit the suspect down; question him relentlessly; deny him sleep – an innocent prisoner will shout and rage, but a guilty prisoner will calmly repeat his pre-prepared lies; threaten to imprison his wife and put his kids into state care – then he will talk. The secret agents even created odour samples from their suspects and had dogs trained to sniff out fear. The agents also had their own, bizarre, forms of classification. For example, there were five types of subversive artist. Dreyman fits into the fourth category: he is a « hysterical anthropocentrist » and there are special ruses for breaking his resistance.

Von Donnersmarck was determined to be honest about everyday life in the Stasi era. « German movies produced after the reunification generally – and strangely – depict the GDR as funny or moving, » he says, with a nod to such movies as Good Bye Lenin! Nonetheless, he says he didn’t set out to make agit-prop.

Von Donnersmarck’s inspiration for the character who « turns » came from a remark that Lenin made to his friend Maxim Gorky about Beethoven’s Appassionata: « If I keep listening to it, I won’t finish the revolution. »

In the film, the ruthless Stasi spy Wiesler (Ulrich Mühe) tails Dreyman (Sebastian Koch), who is suspected by party bosses of being « not as clean as he seems. » As Wiesler spies on Dreyman and his beautiful, actress, girlfriend, he begins to realise how threadbare his own existence, as a state-licensed eavesdropper, is by comparison. Slowly but surely, Wiesler begins to change.

Some critics of the movie suggest that the idea that a man like Wiesler would help his prey is absurd. The Australian writer Anna Funder, who won the Samuel Johnson Prize for Non-Fiction in 2004 for her book Stasiland – about the same lost history that Von Donnersmarck is trying to excavate – expresses her scepticism about the central idea behind the movie: « Joachim Gauck, the former head of the Stasi File Authority, has said that the records of the Stasi show that such a thing never, ever happened.

« The reason it never happened goes right to the heart of the East German system itself, and it needs to be understood, so that one can try to grasp the moral weirdness at the heart of this movie. »

She points out that the Stasi was all-encompassing, and that it ran on fear – the fear it engendered in the general population, and the fear of reprisals within its ranks. Stasi officers seldom displayed pity for their victims. Nor have they shown the slightest sign of remorse since the Berlin Wall came down.

« Many ex-Stasi are in fact now becoming more obscenely vociferous and belligerent, » Funder says, pointing out that in March this year some 200 of them demonstrated outside Hohenschönhausen Prison – now a reminder of the regime and its political prisoners – calling for it to be shut down.

« They argue that the prisoners who were there were criminals. This is a truly outrageous claim that vilifies the former political prisoners. They make use of democratic freedoms in other ways too: they sued my German publisher and have succeeded in having a page of my book deleted in the new edition. »

Even if there were examples of Stasi agents behaving honourably toward their quarries, Funder questions what purpose telling their story in a film serves. « Of course a movie can give us psychological satisfactions that real life can’t – the happy end, or, as here, the change of heart. I think it is a terrific movie, but I am deeply uncomfortable about this rotten core. How would we feel about an equally terrific movie made, say in the early 1960s, which showed the change of heart, redemption and comeuppance of a Gestapo agent? Whose interests does this serve? »

But whatever reservations Funder has, The Lives of Others has a ring of authenticity. In the years in which the film is set, Von Donnersmarck lived in West Berlin, but his family had strong connections in the East. « I was constantly confronted with the Wall and East Germany, » he recalls. His mother was born in East Germany and moved west before the Wall was built. Whenever the family ventured through checkpoints, the Stasi (who were in charge of border control) would detain and harass her. « She was always screened with special intensity. They had her on file as someone who had left for the West when parts of her family had stayed, » he recalls. « They would keep her there for hours and strip-search her. That was a very strange experience for me… As an 11-year-old, I didn’t feel much compassion for the fear that my parents were going through. I just thought it was interesting, strange and amazing that an organisation such as the Stasi would have the power to undress my mother. » It was, he says now, the first time time he witnessed « fear in adults ».

Since the release of The Lives Of Others in Germany earlier this year, certain ex-Stasi members have come forward to defend their behaviour and attack the film. They have argued that their spying (although hardly honourable) was done for legitimate reasons. « I wasn’t surprised by the line they confronted the public with, » Von Donnersmarck says. « But I don’t buy it. They believe they were just acting on their convictions but, at some point in their careers, there must have come a point when they realised: ‘My God, this can’t be right, what we’re doing’. »

During his research for the film, Von Donnersmarck met ex-Stasi Lieutenant Colonel Wolfgang Schmidt, the head of the Evaluation and Control Group of the « HA XX, » (a Stasi code-name). He asked Schmidt whether the Stasi’s bizarre smell-sampling system worked in practice. Schmidt gave a grotesque reply. « ‘Oh, yes’, he said. ‘There was just this one incident when it didn’t work. We had interrogated this lady who had just had her period. There was this one drop of blood on that towel and the dog was completely confused.’ And he started laughing.' »

What amazed Von Donnersmarck was Schmidt’s complete lack of guilt. As the anecdote attested, the old Stasi veteran simply felt that he was doing his job. Even more unsettling were the training films that Von Donnersmarck would watch on how to interrogate suspects and break their spirits. The director acknowledges that he « tricked » and flattered his Stasi contacts a little. « But I don’t feel guilty about that. There is a way of summarising the plot as saying this is about an honourable Stasi man who recognises that someone is being pursued for the wrong reasons. »

Sixteen years after the reunification of Germany, it seems that discussing the Stasi era remains taboo. That, Von Donnersmarck speculates, is why it was so hard to finance the film and why certain festivals (such as Berlin) were unwilling to show it.

He says that it wasn’t easy to recreate the GDR of the 1980s. « People had made a great effort to destroy all traces – in a way they were a little ashamed of it. Sometimes, I thought it would have been easier to make a film set in the 18th century. » Nonetheless, the production design meticulously evokes the Stasi era in all its grey oppressiveness. « This small state had its own world of colours and forms. Almost every piece of furniture was angular, sharp-cornered and thin. The colours, whether of cars or textiles, were curiously pale and de-saturated, » the director notes. Don’t look for any blue or red hues in the movie – they’ve all been eliminated.

Von Donnersmarck was determined to make a movie accessible to everyone. « That’s what I aimed for, » he insists. « Although this film talks about the Stasi, I didn’t conceive it as a Stasi film. I conceived it as being about how people behave when they have complete power over others; how does it feel when your privacy is in no way safeguarded? » If the recognition the film has already received is taken as the measure, the debut director has succeeded in making a film with an appeal wider than just students of an especially grim period in recent German history.

‘The Lives Of Others’ is released in the UK on 13 April. ‘Stasiland’ by Anna Funder is published by Granta at £7.99

One Response to Cinéma: Sonate pour un homme bon (If I keep listening, I won’t finish the revolution)

  1. Olivier dit :

    Très bon article

    J’aime

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