En matière de fiscalité, la démagogie et le n’importe-quoi sont à l’évidence du côté de Sarkozy. Thierry Pech
Après le dossier anti-Sarko de l’expert économique et récemment démissionnaire du PS Eric Besson et ses divagations douteuses sur le « néoconservateur américain avec un passeport français », voici celui du cercle de réflexion social-démocrate La République des idées, sous la forme d’un numéro spécial de leur revue (La Vie des idées) publiée par le sociologue de la justice et de la fiscalité et tout récent signataire de la pétition d’Alternatives économiques intitulée « Vive l’impôt ! » Thierry Pech.
Présentant les regards étrangers sur le candidat UMP, il a certes le mérite de sortir du débat franco-français, mais son seul sommaire en dit long sur les a priori des auteurs (le Nouvel Obs le présente d’ailleurs comme « un décryptage du populisme de Sarkozy »):
« néo-conservateur modèle » (pour les Espagnols), « homme de toutes les droites » (pour les Italiens; entendez : proche du parti post-fasciste Alleanza Nazionale), « fédéraliste de circonstance » (pour Bruxelles), « premier shérif de France » (pour les Allemands), « opportuniste » (pour les Danois), « faucon de l’Occident » (pour les Suédois), « désespoir » comme objet de « fascination » (pour les Turcs), « homme de fer » (pour les Marocains; entendez : « futur allié des élites » et « adversaire des étudiants »), « idole de la ‘nouvelle droite' » (pour les Brésiliens), « inquiétant atlantiste » (pour les Chinois) et bien sûr « nouvel ami de l’Amérique ».
Maintenant il reste plus qu’à voir si, face au tout récent (il était temps!) retour à la réalité du camp UMP qui vient lui-même d’annoncer la revue à la baisse (pardon: le… « recadrage temporel »!) des promesses de son candidat, les railleries ou l’éloge des mérites des augmentations d’impôt seront suffisants …
LA VIE DES IDEES (février 2007)
SARKOZY VU D’AILLEURS
Editorial, par Thierry Pech
Pour la première fois, la Vie des Idées consacre un numéro presque complet à un sujet hexagonal vu de l’étranger, en l’occurrence le ministre de l’Intérieur et candidat à l’élection présidentielle, Nicolas Sarkozy. Faut-il en déduire que le personnage obsède nos voisins européens et nos partenaires américains, africains ou asiatiques? Certainement pas : ils ne lui consacrent guère plus d’attention que nous n’en consacrons nous-mêmes à leurs leaders de droite ou de gauche. Toutefois, la production de ceux qui, au-delà de nos frontières, s’intéressent à la vie politique française mérite qu’on s’y arrête, quitte à créer un effet de loupe trompeur.
Sommaire
Un néo-conservateur modèle. Nicolas Sarkozy vu par la droite espagnole, par Thierry Pech
Du plaidoyer sarkozien pour une plus grande reconnaissance du fait religieux, le Parti populaire retient surtout le rôle du christianisme comme matrice civilisationnelle de l’Occident.
L’homme de toutes les droites. Nicolas Sarkozy vu d’Italie, par Bruno Cousin
En se rapprochant du chef de l’UMP, le parti post-fasciste Alleanza Nazionale espère s’imposer au sein de la droite italienne.
Un fédéraliste de circonstance. Nicolas Sarkozy vu de Bruxelles, par Florence Autret
Il a séduit les décideurs européens. Mais son silence sur l’ensemble des politiques de l’Union européenne soulève des inquiétudes.
« Le premier shérif de France » Nicolas Sarkozy vu d’Allemagne, par Pascal Décarpes
Les Allemands peinent à voir en lui l’homme du renouveau.
L’opportuniste. Nicolas Sarkozy vu du Danemark, par Toke Lykkeberg
La « modernité » du ministre de l’Intérieur réside dans sa capacité de mettre en scène sa propre popularité, bien plus que dans son programme.
Le faucon de l’Occident. Nicolas Sarkozy vu de Suède, par Tomas Lindbom
Il est moins l’homme du renouveau libéral que le « faucon » survolant les banlieues.
Sarkozy désespère les Turcs tout en les fascinant, par Ebru Bulut
L’homme de fer. Nicolas Sarkozy vu du Maroc, par Nejma Monkachi
S’il laisse la population indifférente, les élites y voient un futur allié et les étudiants un adversaire.
Le nouvel ami de l’Amérique. Nicolas Sarkozy vu des États-Unis, par Will Marshall
Les Américains apprécient l’atlantiste convaincu qui vante les valeurs des Etats-Unis.
L’idole de la « nouvelle droite ». Nicolas Sarkozy vu du Brésil, par Barbara Serrrano
La droite libérale salue l’homme de la revanche culturelle sur les « progressistes » européens.
L’atlantisme de Nicolas Sarkozy inquiète la Chine, par Gu Hang
L’UMP rabote les promesses de son candidat pour lui permettre de tenir son chiffrage
LE MONDE | 16.02.07 |
rop, c’est trop. L’inflation des promesses électorales de Nicolas Sarkozy a fini par provoquer un vrai malaise à l’UMP. Ses « budgétaires », Pierre Méhaignerie, Gilles Carrez et Alain Lambert, de plus en plus inquiets, ont obtenu de François Fillon, jeudi 15 février, une réunion d’ajustement du programme économique et social de leur candidat. Objectif de ce rendez-vous, auquel participait Christian Blanc (ex-apparenté UDF) : raboter certaines propositions pour s’en tenir au plafond de 30 milliards de dépenses nouvelles sur cinq ans.
La cellule de chiffrage de l’Institut de l’entreprise évalue le coût du programme de M. Sarkozy à un peu moins de 50 milliards, auxquels s’ajoutent ces fameux 68 milliards d’euros de prélèvements obligatoires que M. Sarkozy souhaite restituer aux Français (Le Monde du 23 janvier).
Conséquence de la réunion d’ajustement de jeudi : l’entrée en vigueur de certaines mesures, comme l’allocation au premier enfant ou le bouclier fiscal à 50 %, devrait être repoussée, et les ambitions pourraient être revues à la baisse dans certains domaines, dont les droits de succession et la baisse de 4 points des prélèvements obligatoires. « On peut espérer baisser d’un point d’ici à la fin de la législature, pas plus », estimaient, dès mercredi, le président de la commission des finances de l’Assemblée, M. Méhaignerie, et le rapporteur du budget, M. Carrez, dans les couloirs du Palais-Bourbon.
Pour financer son projet sans compromettre le rétablissement des finances publiques, l’UMP s’était fixé un cadre budgétaire strict, assis sur une hypothèse de croissance de 2,25 % en moyenne par an : ramener à l’horizon de 2012 le poids de la dette publique sous la barre de 60 % du produit intérieur brut (PIB) et limiter à 30 milliards d’euros sur cinq ans les dépenses nouvelles, 5 à 6 milliards par an devant aller à la réduction du déficit.
Obsédés par le contre-exemple de 2002 – la croissance s’était retournée et le déficit budgétaire envolé -, MM. Méhaignerie, Carrez et Lambert n’ont pas réussi à imposer un calendrier plus serré sur la diminution de la dette (2010 au lieu de 2012). Mais ils ont obtenu satisfaction sur une règle d’or, à laquelle ils tiennent, à savoir qu’aucune dépense de fonctionnement ne doit être financée par l’emprunt. Un principe également défendu par le président de l’UDF, François Bayrou.
Ces préalables posés, les participants à la réunion de jeudi ont passé au crible le projet de M. Sarkozy, et évoqué la possibilité de revoir à la baisse ses ambitions. Le candidat avait lui-même fait le premier pas, en laissant entendre que la baisse de 4 points des prélèvements obligatoires se ferait sur dix ans, une hypothèse réaffirmée jeudi sur Canal+ par le ministre de l’économie, Thierry Breton : « La baisse promise (…) ne commencera qu’après 2010. »
Le candidat de l’UMP avait également annoncé aux Echos du 14 février que le bouclier fiscal à 50 % serait mis en oeuvre « quand ce sera possible ». « On ne peut pas faire la même chose avec 1,5 % de croissance et avec 3 % », avait ajouté M. Sarkozy au lendemain de l’annonce par l’Insee des chiffres provisoires de la croissance en 2006, 2 % seulement, soit la fourchette basse retenue par le gouvernement Villepin pour confectionner son budget.
Parmi les trois ou quatre points encore en débat qui devraient être tranchés prochainement, figurent l’hypothèse d’une baisse moins forte que prévue des droits de succession et celle de programmer, sur le « long terme », l’intégration de la contribution sociale généralisée (CSG) dans le bouclier fiscal.
Actuellement, la loi limite à 60 % des revenus d’un contribuable la somme des impôts directs (impôt sur le revenu, impôt de solidarité sur la fortune et impôts locaux). Un bouclier qui se limite à 71 % des revenus, lorsque l’on tient compte de la CSG et de la contribution de remboursement de la dette sociale (CRDS). Le coût de la mesure n’est évidemment pas le même si l’on part du haut de la fourchette (71 %) ou du bouclier fiscal actuel (60 %).
Côté pouvoir d’achat, M. Méhaignerie ne désespère pas d’obtenir une revalorisation sensible de la prime pour l’emploi.
Claire Guélaud et Patrick Roger
Le PS raille les précisions apportées par Nicolas Sarkozy sur le financement de son programme
LEMONDE.FR avec AFP | 17.02.07
Nicolas Sarkozy est au plus haut dans les sondages. Mais la polémique sur le financement de son programme n’est pas éteinte. Le PS est remonté au créneau, après que le candidat de l’UMP a précisé vendredi son chiffrage : 32 milliards d’euros sur cinq ans. Ce montant « n’a rien à voir avec les promesses du candidat Nicolas Sarkozy », a dénoncé Michel Sapin, secrétaire PS à l’économie. Les « promesses du candidat sont revues à la baisse », a-t-il dit en rappelant le report de la baisse des prélèvements obligatoires.
Vendredi, l’UMP a présenté la promesse phare de Nicolas Sarkozy d’une baisse des prélèvements obligatoires de 4 points de PIB comme un « objectif ». Son coût total est estimé à 68 milliards d’euros, dont « 22 % sera réalisé dès le début de la mandature », ont précisé les porte-parole du candidat. « La réalisation dans le temps dépendra de la capacité à dégager des ressources », ont-ils reconnu.
« Tout cela n’est pas sérieux », a affirmé le porte-parole du PS, Julien Dray. Il a souligné que des mesures comme le plan Hôpital 2012, présenté par le gouvernement, d’un coût de 10 milliards d’euros, et la promesse de Nicolas Sarkozy d’une hausse du budget du sport de 4 milliards, ne figurent pas dans le programme.
« FRANCHIR LE MUR DU SON »
Vincent Peillon, député européen a ironisé : « Le président Jacques Chirac nous avait habitués à revenir sur ses promesses quelques mois après l’élection. Là, après un mois de campagne on revient déjà sur les promesses de baisses d’impôt ou de nouvelles prestations sociales comme l’allocation au premier enfant. »
De son côté, François Rebsamen, directeur de campagne de Ségolène Royal, a accusé Nicolas Sarkozy d’ignorer « les contraintes économiques » en permettant des baisses d’impôts et de taxes et des augmentations des « dépenses de toutes les personnes ou groupes d’intérêt qu’il rencontre ». Arnaud Montebourg, porte-parole de la candidate, a renchéri : « Les promesses fantaisistes et extravagantes de Nicolas Sarkozy viennent de franchir le mur du son ».
Les précisions apportées vendredi par l’UMP faisaient suite à l’évocation par Le Monde d’une réunion des proches de Nicolas Sarkozy en vue de réviser à la baisse le programme du candidat, jugé trop généreux. L’UMP a démenti vendredi.
Selon les experts de l’Institut de l’entreprise, un think tank d’inspiration libérale, le coût du programme du candidat UMP est d’environ 50 milliards d’euros. Soit un montant légèrement inférieur à celui de Ségolène Royal, dont l’UMP a vivement critiqué les « promesses ».