Politique française: Tous contre Sarkozy, tous contre l’Amérique!

Chirac dhimmiying up to IranL’objectif prioritaire de la diplomatie française est le containment inconditionnel des Etats-Unis. Françoise Thom
On a parfois le sentiment (…) que la France craint les démocraties plus qu’elle ne les soutient, et que le « bon choix » est finalement celui des pays autoritaires. Thérèse Delpech
J’ai eu un mot rapide, et je retire naturellement, quand j’ai dit : « on va raser Téhéran ». C’est évidemment une boutade dans mon esprit… mais bon. Je n’imagine pas que l’on puisse raser Téhéran ! Jacques Chirac
Ou nous applaudirons la victoire de l’islam dans le monde, ou nous tous irons vers la vie éternelle et le martyre. Dans les deux cas, la victoire et le succès nous sont assurés. Khomeiny
Il est maintenant clair que les assurances données par Chirac ont joué un rôle crucial, persuadant Saddam Hussein de ne pas offrir les concessions qui auraient pu éviter une guerre et le changement de régime. Selon l’ex-vice président Tareq Aziz, s’exprimant depuis sa cellule devant des enquêteurs américains et irakiens, Saddam était convaincu que les Français, et dans une moindre mesure, les Russes allaient sauver son régime à la dernière minute. Amir Taheri

Assistons-nous à la formation d’un nouveau front antiaméricain, antilibéral et antisioniste contre l’irrésistible montée de Sarkozy?

Ou, cette fois pour l’Iran, à la reconstitution d’un nouveau « camp de la paix », tel que celui qui a précédé il y a quatre ans la guerre d’Irak ?

C’est en tout cas l’impression que donne, ces dernières semaines, la scène politique française.

Qu’on en juge!

Sur le plan intérieur, imprécations présidentielles, sortie d’un dossier du PS et antiaméricanisme tranquille de Bayrou contre « Sarkozy l’Américain », ainsi qu’annonce (avec le soutien de Dieudonné qui avait lui-même lancé des fleurs au FN) de la candidature du célèbre démonteur de Mc Dos José Bové …

Sur le plan extérieur, sorties tonitruantes (dans un entretien conjoint de journalistes américains et français) de l’actuel squatter et très prochain SDF de l’Elysée qui, après avoir déclaré, suite à la guerre du Liban de l’été dernier qu’il fallait davantage intégrer les Iraniens dans le jeu régional, puis multiplié les discussions plus ou moins secrètes avec les repésentants des mollahs, avant d’envisager un voyage de Douste-Blazy à Téhéran et fait pression sur le chef de l’AEIA ElBaradei pour qu’il suggère une pause dans les sanctions de l’ONU, minimise à présent officiellement (avec la bénédiction y compris de Védrine) le danger nucléaire iranien …

Et ce, au moment même où l’Iran, qui vient de consolider ses liens avec ses alliés tant nord-coréens (lesquels ont tout récemment et brillamment démontré la possibilité de faire un test nucléaire quasiment indétectable ou en tout cas sans réactions, autres que formelles, de la communauté internationale) que vénézuéliens (visite de Chavez à Téhéran, installation de camps d’entrainement au Vénézuéla), vient tranquillement de renvoyer les inspecteurs onusiens (et leurs caméras de surveillance) et d’annoncer le franchissement d’un nouveau pallier dans ses travaux d’enrichissement d’uranium (installation de ses nouvelles centrifugeuses permettant de produire de l’uranium enrichi à échelle industrielle et d’ici un an suffisamment de matière fissile pour une bombe atomique) …

Le jour-même où débutent à Téhéran les commemorations de l’anniversaire de la révolution islamique de 1979, et le discours final du président iranien le 11 février, censé faire de « grandes annonces sur la progression du programme nucléaire » …

A la veille, comme par hasard, de l’examen par l’ONU à la fin du mois d’une seconde phase de sanctions (après celles déjà prévues par la résolution 1737), à l’expiration du délai de 60 jours donné en décembre dernier à l’Iran pour geler son programme nucléaire …

Coïncidences du calendrier, direz-vous? Pourtant tout s’éclaire si on relit l’analyse de septembre dernier du commentateur irano-américain Amir Taheri sur les étranges ressemblances du jeu actuel de la France avec l’Iran avec celui d’il y a quatre ans avec l’Irak à la veille de l’intervention alliée.

Et surtout le fameux papier de la soviétologue Françoise Thom qui décrivait justement au printemps 2003 cette autre fameuse innovation de la diplomatie française, à savoir, face à la vilaine doctrine américaine de la « guerre préemptive », celle de la… « capitulation préventive ».

LA MAISON QUE CHIRAC N’A PAS REUSSI A CONSTRUIRE
Amir Taheri
Le Jerusalem Post
20 septembre 2006
Traduit par Albert Soued, http://www.chez.com/soued/conf.htm pour http://www.nuitdorient.com

N’ayant pas réussi à arrêter la guerre en Irak, le président Français Jacques Chirac est déterminé à empêcher une issue similaire en Iran. « Il n’y aura pas de guerre contre l’Iran » c’est ce qu’aurait dit Chirac à un émissaire de la République islamique lors d’une visite à Paris la semaine dernière. « La France s’opposera résolument à autre chose que des négociations »
L’histoire ne se répète pas, mais il est difficile d’oublier les promesses similaires de Chirac faites à Saddam Hussein en mars 2003, quelques semaines avant que la coalition menée par les Etats-Unis n’envahisse l’Irak.
Il est maintenant clair que les assurances données par Chirac ont joué un rôle crucial, persuadant Saddam Hussein de ne pas offrir les concessions qui auraient pu éviter une guerre et le changement de régime. Selon l’ex-vice président Tareq Aziz, s’exprimant depuis sa cellule devant des enquêteurs Américains et Irakiens, Saddam était convaincu que les Français, et dans une moindre mesure, les Russes allaient sauver son régime à la dernière minute.
Quelques heures avant qu’il ne s’envole pour New York pour assister à l’Assemblée Générale de l’Onu, Chirac a laissé tomber la seule condition que le groupe des 6 (membres permanents du Conseil de Sécurité plus l’Allemagne) avait exigé de l’Iran comme prélude à des négociations. Chirac a dit « On ne doit pas demander à l’Irak d’arrêter l’enrichissement d’uranium comme condition préalable, et il est insensé de traîner la République Islamique (pour des sanctions) devant le Conseil de Sécurité »

Cela signifie que l’administration Bush a perdu la seule concession obtenue des alliés Européens comme incitation pour qu’elle prenne part aux pourparlers avec l’Iran. Grâce à Chirac, le président Mahmoud Ahmedinejad apparaît comme ayant gagné une victoire diplomatique contre le président G W Bush.
Pourtant l’Iran continue d’appliquer une stratégie pour neutraliser toute sanction qui pourrait lui être imposée. Diverses facettes à cette stratégie:
– les avoirs iraniens sont replacés en des lieux où ils ne seront ni saisis ni gelés. Depuis quelques mois des milliards $ ont été transférés des banques occidentales vers des institutions financières moins enclines à obéir aux injonctions de Washington, dans le Golfe, par exemple.
– les produits à double usage (pacifique et en vue d’une bombe nucléaire) qui pourraient être interdits aux importateurs iraniens ont été massivement stockés. Téhéran a contacté les hommes d’affaires Iraniens en Occident pour les aider financièrement afin qu’ils s’approvisionnent rapidement en marchandises susceptibles de subir des sanctions.
Ces achats massifs ont créé un embouteillage dans les principaux ports Iraniens, y compris Bandar Abbas, qui ont vu les temps d’attente doubler, alors que des queues continues de camions arrivaient de Turquie. Dans la plupart des cas, les opérations d’importation sont exécutées « militairement » par la branche commerciale des Gardes Révolutionnaires.
– une forte action diplomatique a été menée par l’Iran pour contrer d’éventuelles sanctions. 116 des 192 membres de l’Onu soutiendraient la République Islamique dans ses revendications nucléaires. Même si le Conseil de Sécurité finit par imposer des sanctions à Téhéran, il n’est pas du tout certain que ses décisions seront respectées par une majorité des membres de l’Onu. Par ailleurs l’idée de geler les avoirs d’officiels Iraniens est vaine, ceux-ci ayant déjà pris les mesures de précaution adéquates.

Paradoxalement cependant, le succès de Téhéran dans ses efforts pour neutraliser d’éventuelles sanctions pourrait hâter leur imposition par le Conseil de Sécurité. La raison en est que les amis de l’Iran qui y siègent, la Russie et la Chine, pourraient décider qu’il est inutile de se quereller avec Washington sur des sanctions, puisque celles-ci n’auraient que peu d’effets sur l’Iran. La loi des conséquences non désirées pourrait aussi fonctionner d’une autre manière. Si les sanctions s’avèrent inutiles, les Etats-Unis et leurs fidèles alliés pourraient décider que la seule possibilité d’action pour convaincre l’Iran est militaire. En d’autres termes le succès de Téhéran pour neutraliser les sanctions pourrait rendre une opération militaire inévitable.
Selon des sources à Téhéran, Ahmedinejad aurait déjà pris en compte cette éventualité.
« Une opération militaire limitée conviendrait à Ahmedinejad. Les Américains se montreraient, enverraient quelques missiles, frapperaient quelques sites et partiraient. Le président Iranien montrerait à la télévision quelques enfants et vieillards tués par les Américains, déclarerait une victoire et poursuivrait ses plans avec une plus grande vigueur », voilà ce que dit un ancien ministre Iranien.
Ahmedinejad a montré un visage très confiant lors de son apparition médiatisée au sommet des non-alignés à la Havane et lors de son discours enflammé à la tribune de l’Onu à New york. Cet homme pense qu’il a gagné la première manche dans sa bataille contre le grand Satan américain. Qualifiant ses prédécesseurs d’hommes faibles cédant à la pression américaine, Ahmedinejad compte sur son image musclée pour aider ses partisans à gagner de cruciales élections pour les conseils locaux du gouvernement et pour l’Assemblée des Experts qui nommera le prochain « Guide Suprême » à l’automne.

Quoique attendu, le soudain changement de position de la France a laissé en lambeaux l' »alliance » formée difficilement par la Secrétaire d’Etat Condolleza Rice. N’ayant pas réussi à définir une politique Iranienne durant 5 ans, l’administration Bush était contente de cacher cette lacune, en ralliant l’option européenne. La décision de Chirac d’ôter cette feuille de vigne ramène le débat à Washington, pour savoir quoi faire de ce régime messianique décidé à redessiner le Moyen Orient selon sa propre vision et défiant la doctrine Bush.
En se dégageant des pressions extérieures et en projetant une image de vainqueur invincible, Ahmedinejad a renforcé sa position dans son pays. Mais là aussi la loi des conséquences non désirées s’applique: si les Etats-Unis décidaient qu’il était temps de ramener cet extrémiste à ses justes dimensions et poussaient la carte nucléaire, ils l’aideraient à consolider son pouvoir dans son pays. Et alors cet homme ne pourrait plus accepter un quelconque compromis, nécessaire pour éviter un conflit.

La capitualtion préventive (extrait)

Françoise Thom

(…) En politique étrangère, la France a, en quelque sorte, chaussé les bottes de la défunte Union Soviétique :
même politique d’obstruction à l’ONU,
même démagogie tiers-mondiste,
même alignement sur le monde arabe,
même ambition de prendre la tête d’une coalition d’Etats « anti-impérialistes » dirigée contre Washington.

La France a repris le vieux dessein eurasien de Primakov, consistant à créer un axe Paris-Berlin-Moscou-Pékin contre les Anglo-saxons, dessein auquel la Russie de Poutine a cessé de croire, mais qu’elle encourage à Paris car elle y voit un moyen d’améliorer ses positions dans ses négociations avec Washington.

L’obsession anti-américaine fait que la France n’est guère regardante quant à la nature des régimes auxquels elle accorde son appui au nom de la multipolarité . Irak, Algérie, Zimbabwe, Soudan : en un mot, la France semble s’entendre mieux avec les Etats-voyous et les Etats ratés qu’avec les Etats dont elle partage la civilisation. Elle prétend défendre le droit international en s’appuyant sur des Etats qui ignorent tout du droit.

L’analogie avec l’Union Soviétique va plus loin qu’il n’y paraît. En effet, la diplomatie française est moins inspirée par une Realpolitik cynique (d’où les échecs évoqués plus haut) que par une vision idéologique des choses. Son antiaméricanisme est la projection sur la scène internationale de son jacobinisme interne. La malsaine communion française dans l’anti-américanisme révèle le début de dérive totalitaire de notre pays, déjà perceptible au moment du deuxième tour des élections : Bush a remplacé Le Pen dans la fonction d’ennemi du peuple. L’ »antibushisme » peut se comparer à l’ »antifascisme » des années Trente et Quarante: il camoufle un consensus obligatoire de type communiste.

Les dirigeants français, comme ceux de l’URSS brejnévienne, compensent par un ruineux activisme extérieur leur incapacité à lancer des réformes indispensables à l’intérieur, réformes impossibles car elles remettraient en cause les dogmes socialistes qui fondent l’étatisme français. Dans les deux cas, l’activisme extérieur accélère et accuse la crise interne. On a vu ce qu’il est advenu de l’URSS.

En France, les indices d’une déliquescence de l’Etat se multiplient depuis deux ans, et l’affaire irakienne a servi de révélateur.

Les dirigeants français ont cherché à justifier leur position sur la question irakienne en faisant valoir que la France refusait le « choc des civilisations » et favorisait, par conséquent, l’intégration des musulmans français.

Certes, le président Chirac a été acclamé dans les banlieues. Mais l’antiaméricanisme officiel a favorisé la jonction explosive entre une mouvance trotskiste virulente, une mouvance islamiste, une mouvance anti-mondialiste et une mouvance tiers-mondiste. Ce cocktail vénéneux abreuve non seulement les jeunes des banlieues mais les lycéens et les étudiants, expédiés dans les manifestations pour la paix par leurs enseignants gauchistes, au nom de « l’engagement ». Dans ce sens, les orientations de la diplomatie française ne font que refléter la tiers-mondisation galopante de la France, à commencer par la tiers-mondisation des esprits. Le président Chirac défie Bush, mais capitule devant les banlieues.

De manière révélatrice, Dominique de Villepin a déclaré devant le parlement que la mission française était de mettre en échec « le libéralisme anglo-saxon ». Comme la plupart de leurs interlocuteurs arabes, les dirigeants français estiment plus urgent de se dresser contre les Etats-Unis, même quand ils ont raison, que de mettre en chantier les réformes qui permettraient de sauver leur Etat de la faillite.

Le plus grave dans tout ceci est que la passion anti-américaine a anesthésié les Français sur les conséquences de cette rupture délibérée avec le camp occidental.

Conséquences déjà perceptibles dans les débordements des manifestations pour la paix, dans le fait que l’Etat français est de moins en moins capable d’assurer la sécurité des biens et des personnes, à commencer par celle de nos concitoyens juifs. La représentation, dans les médias, des premiers jours de la guerre en Irak, avec sa propagande souvent ouvertement pro-Saddam, a été proprement irresponsable, au point d’alarmer les responsables du ministère de l’Intérieur : selon l’un d’entre eux,

« la médiatisation des cafouillages de la coalition en Irak nourrit, dans certains quartiers, une forme d’arrogance dont les policiers, sur le terrain, sont désormais les témoins… Il suffirait d’une étincelle pour que l’anti-américanisme dans les banlieues alimente des formes de violence incontrôlées » [ Le Figaro du 3 avril 2003].

Les observateurs étrangers s’interrogent sur les causes de la folie française.

Au moment où la fragilité de l’Etat français devient perceptible pour tous, en l’absence de toute défense européenne crédible, est-il vraiment prudent de rompre avec notre allié américain, au point que celui-ci nous considère maintenant comme un ennemi ? Même la Russie a compris qu’elle avait intérêt à ne pas se brouiller avec l’Amérique, justement à cause de ses faiblesses internes. Elle reste antiaméricaine, au fond, mais elle adopte un profil bas, ravie de voir la France attirer sur elle les foudres de Washington – et cette tactique est payante : les médias américains, qui n’ont pas de mots trop durs pour condamner la France, trouvent mille excuses à Poutine.

La première explication du comportement de nos dirigeants est l’irresponsabilité – ils croient qu’ils n’auront de comptes à rendre à personne.

Cette irresponsabilité est poussée si loin qu’ils semblent s’étonner des conséquences de leurs actes : ainsi, ils ne s’attendaient pas à la flambée de francophobie aux Etats-Unis, étant persuadés qu’ils pouvaient multiplier les provocations contre Washington sans risquer de rétorsions. L’habitude de l’impunité en politique intérieure a fini par engendrer une politique étrangère désastreuse, exactement comme pour la défunte URSS.

Voir aussi:

Edito du Monde
Un tournant radical
LE MONDE | 01.02.07 |

Jacques Chirac va encore, avec ses commentaires estimant qu’il n’est « pas tellement dangereux (que l’Iran ait) une bombe nucléaire, et peut-être une deuxième un peu plus tard », dérouter les partenaires de la France sur la scène internationale. « Le danger n’est pas dans la bombe qu’il va avoir, et qui ne lui servira à rien, a estimé le chef de l’Etat. Il va l’envoyer où, cette bombe ? Sur Israël ? Elle n’aura pas fait 200 mètres dans l’atmosphère que Téhéran sera rasée. »

Le propos, outre qu’il contredit la ligne officielle de la diplomatie française, incite à poser diverses questions. La première est de savoir si, lorsqu’il évoque « la bombe qu’il va avoir », il ne fait plus aucun doute dans l’esprit de M. Chirac que l’Iran, d’une part, ment en affirmant ambitionner un programme nucléaire civil et non militaire, et, d’autre part, a la capacité de produire prochainement cette bombe. D’autres viennent à l’esprit : M. Chirac croit-il que Téhéran irait jusqu’à tirer un missile nucléaire contre Israël ? Et quel pays pourrait « raser » Téhéran en quelques secondes ?

Au-delà de ces questions concrètes, force est de constater le virage diplomatique opéré par le président français. En 2003, Paris avait pris la tête d’un effort visant à régler le dossier nucléaire iranien par la diplomatie. M. Chirac se montrait alors d’une fermeté absolue. Après trois années de discussions au cours desquelles Téhéran ne fit aucun geste d’ouverture sur son programme nucléaire et multiplia les menaces à l’encontre d’Israël, la communauté internationale se mit d’accord, le 23 décembre 2006, sur un programme de sanctions. Or c’est précisément ce moment – alors qu’une seconde phase de sanctions pourrait être examinée fin février à l’ONU si Téhéran ne stoppe pas son programme d’enrichissement d’uranium – que M. Chirac choisit pour donner l’impression qu’il change de politique.

Le premier signal fut l’après-guerre du Liban. Afin de résoudre, d’une part, la crise interlibanaise et de protéger, d’autre part, les soldats français de la Finul présents au Liban sud, M. Chirac avait estimé, comme Le Monde l’a révélé dans une enquête publiée le 17 janvier, qu’il devait davantage intégrer les Iraniens dans le jeu régional. Des discussions ont lieu depuis l’été 2006. Un voyage de Philippe Douste-Blazy à Téhéran a été envisagé en janvier, puis l’envoi d’un autre émissaire français a été programmé, avant d’être annulé suite à des réactions perplexes, voire franchement hostiles, de divers partenaires de la France.

Ce second signal – l’idée que l’Iran va posséder l’arme nucléaire et que ce ne sera pas un danger immédiat – est un tournant plus radical encore, et qui intervient au mauvais moment. Lorsque la communauté internationale va se réunir à New York et de nouveau menacer l’Iran, on se demande quelle crédibilité la position de la France aura encore.

Et:

« J’ai eu un mot rapide, et je retire naturellement, quand j’ai dit : « on va raser Téhéran ». C’est évidemment une boutade dans mon esprit… mais bon. Je n’imagine pas que l’on puisse raser Téhéran ! »

« Je me suis laissé aller parce que je croyais que c’était en off, à dire que l’Arabie saoudite ou l’Egypte pourraient être tentées de suivre cet exemple. Je retire naturellement, car ni l’Arabie saoudite ni l’Egypte n’ont fait la moindre déclaration sur ces sujets, et donc ce n’est pas à moi de les faire. »

Compte rendu
Jacques Chirac minimise la menace d’une bombe nucléaire iranienne
LE MONDE | 01.02.07 |

Jacques Chirac a fait, lundi 29 janvier, au sujet du programme nucléaire de l’Iran et de ses conséquences possibles au Moyen-Orient, une série de déclarations tranchant avec le discours habituel de la diplomatie française sur ce dossier. Il parlait à des journalistes du Nouvel Observateur, du New York Times et du International Herald Tribune. Le président français s’est ensuite rétracté, le lendemain, après avoir invité les mêmes médias à l’Elysée dans le but de rectifier ses propos.

Jacques Chirac avait dans un premier temps, lundi, évoqué un scénario où l’Iran parviendrait à se doter de la bombe atomique, déclarant : « Je dirais que ce n’est pas tellement dangereux par le fait d’avoir une bombe nucléaire – peut-être une deuxième un peu plus tard, bon… ça n’est pas très dangereux. Mais ce qui est dangereux, c’est la prolifération. Ça veut dire que si l’Iran poursuit son chemin et maîtrise totalement la technique électronucléaire, le danger n’est pas dans la bombe qu’il va avoir, et qui ne lui servira à rien… Il va l’envoyer où, cette bombe ? Sur Israël ? Elle n’aura pas fait 200 mètres dans l’atmosphère que Téhéran sera rasée. »

L’entretien accordé lundi par le président français devait avoir pour thème central la conférence sur l’environnement organisée à Paris, le 2 et 3 février, mais M. Chirac a été interrogé de façon impromptue sur l’Iran. Le lendemain, mardi, le président français revenait sur ces propos en affirmant qu’il pensait s’être exprimé en « off », c’est-à-dire sans que les journalistes puissent le citer, et qu’il avait eu « une manière un peu schématique de parler ». « J’ai eu un mot rapide, et je retire naturellement, quand j’ai dit : « on va raser Téhéran ». C’est évidemment une boutade dans mon esprit… mais bon. Je n’imagine pas que l’on puisse raser Téhéran ! »

M. Chirac a précisé avoir eu à l’esprit, en parlant d’une attaque hypothétique sur Téhéran, le principe de la dissuasion nucléaire. Il affirmait mardi : « Il est évident que si un acte agressif indiscutable, c’est-à-dire l’envoi d’une bombe par une fusée porteuse, avait lieu (et cette bombe serait, je le répète, automatiquement détruite avant même d’avoir quitté le sol iranien ou en tout cas le ciel iranien), il est évident qu’il y aurait sans aucun doute des mesures de coercition, de mesures de rétorsion forcément. Ça fait partie de la dissuasion nucléaire. »

Par ailleurs, le président français est revenu mardi sur des phrases prononcées lundi sur les répercussions régionales d’une éventuelle bombe iranienne. Il avait déclaré lundi : « Ce qui est dangereux, c’est la prolifération, et c’est tout de même tentant, pour d’autres pays qui ont de gros moyens financiers dans la région, de dire « eh bien, nous aussi, on va le faire, ou on va aider d’autres à le faire ». Pourquoi l’Arabie saoudite ne le ferait pas ? Et pourquoi n’aiderait-elle pas l’Egypte à le faire également ? C’est ça le danger. »

Mardi, M. Chirac déclarait qu’il retirait ces propos. « Je me suis laissé aller parce que je croyais que c’était en off, à dire que l’Arabie saoudite ou l’Egypte pourraient être tentées de suivre cet exemple. Je retire naturellement, car ni l’Arabie saoudite ni l’Egypte n’ont fait la moindre déclaration sur ces sujets, et donc ce n’est pas à moi de les faire. »

M. Chirac, qui avait qualifié, lundi, l’Iran de « régime un peu fragile » ayant « peur d’être contesté », n’a pas repris cette expression mardi, décrivant plutôt l’Iran comme une « nation importante et qui compte ». Lundi, il avait formulé une critique en demi-teinte à l’encontre des Etats-Unis, indiquant que si les dirigeants iraniens cherchaient à « avoir la maîtrise du nucléaire militaire », leur motivation pouvait être en partie de se prémunir contre « de mauvaises surprises susceptibles, à un moment ou un autre, de déstabiliser le régime des mollahs ». Le régime des mollahs, avait-il dit, craint d’être « contesté ou menacé par la communauté internationale. Et la communauté internationale, c’est qui ? C’est les Etats-Unis ».

Le président français a par ailleurs mis en garde, mardi, contre une escalade dans les sanctions votées contre l’Iran par le Conseil de sécurité de l’ONU, le 23 décembre 2006. Evoquant la résolution 1737 frappant l’Iran de sanctions, M. Chirac a commenté : « Nous nous trouvons dans une situation qui est quand même confuse. Bien entendu, on peut procéder en allant de plus en plus loin, de plus en plus haut dans les réactions de chaque côté. Ce n’est certainement pas notre pensée et notre intention. »

M. Chirac avait envisagé de dépêcher en janvier le ministre français des affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, à Téhéran, pour parler notamment du Liban. Aucun des partenaires de la France traitant du dossier nucléaire iranien n’avait été prévenu de cette démarche. M. Chirac avait ensuite, lors d’un entretien à Paris le 25 janvier avec la secrétaire d’Etat américaine Condoleezza Rice, « rappelé la position de la France qui souhaite que l’Iran respecte ses obligations », en suspendant l’enrichissement d’uranium, qui pourrait avoir des visées militaires.

Natalie Nougayrède

L’arme nucléaire dans deux ou trois ans, selon l’IISS

Dans son rapport publié le 31 janvier, l’Institut international des études stratégiques (IISS) de Londres estime que l’Iran sera en mesure de produire une arme nucléaire « dans deux ou trois ans au plus tôt ». Insistant sur le fait que Téhéran « a continué à faire des progrès dans la production de matériel pour l’enrichissement nucléaire », l’IISS indique que l’Iran « a stocké 250 tonnes d’UF6 (hexafluorure d’uranium) », une quantité qui, une fois suffisamment enrichie, permettrait de produire « de 30 à 50 armes atomiques ». Selon le rapport, l’Iran « est probablement sur la voie d’atteindre son objectif de disposer de 3 000 centrifugeuses d’ici à la fin mars ou peu après ». De neuf à onze mois supplémentaires seraient nécessaires pour produire 25 kg d’uranium hautement enrichi, de quoi fabriquer une première arme. – (AFP.)

Jacques Chirac s’est rétracté quant à ses déclarations sur le nucléaire iranien
LEMONDE.FR | 01.02.07 |

Le président français, Jacques Chirac, a légèrement dérapé sur l’épineuse question du nucléare iranien lors d’une interview, accordée lundi 29 janvier, à trois grands journaux et qui devait porter, à la base, sur le réchauffement climatique. Il a déclaré que ce n’était pas tant le fait que l’Iran possède « une bombe nucléaire » qui serait « très dangereux, une, peut-être une deuxième un peu plus tard », mais la possibilité de prolifération dans la région. « Où l’Iran enverrait-il cette bombe ? Sur Israël ? Elle n’aura pas fait 200 mètres dans l’atmosphère que Téhéran sera rasée »‘, a estimé le chef de l’Etat.

Le lendemain, Jacques Chirac a fait revenir au palais de l’Elysée les journalistes du New York Times , de l’International Herald Tribune et du Nouvel Observateur à qui il avait accordé l’interview la veille, se rétractant sur un certain nombre de déclarations. Revenant sur la destruction de la capitale iranienne, il a déclaré que « c’était un raccourci schématique, extrêmement schématique. Plus encore, c’est une formule que je retire ». Il a, de plus, insisté sur le fait qu’il pensait s’exprimer en off.

En revanche, Jacques Chirac a maintenu que « si l’Iran possédait et lançait une bombe nucléaire, elle serait détruite avant de quitter le ciel iranien. Il y aurait inévitablement des mesures de rétorsion et de coercition. C’est tout le système de la dissuasion nucléaire ».

ÉVITER LA PROLIFÉRATION

M. Chirac a estimé que le gouvernement du président Ahmadinejad était « un peu fragile ». Il a qualifié la République islamique iranienne de « grand pays » avec « une très vieille culture » qui « a un rôle important à jouer dans la région » qui pouvait « favoriser la stabilité ». Il a insisté sur les dangereuses conséquences qu’une politique trop dure à l’égard de l’Iran pouvait avoir sur Israël et sur le Liban tout en rappelant qu’il avait refusé de rencontrer le président Ahmadinejad, à New York, en raison de ses « propos totalement inacceptables sur la Shoah et Israël ».

Son principal souci, a t-il dit, c’est d’éviter « la prolifération » et de voir les sanctions appliquées. Ce qui nous inquiète, a t-il précisé, « c’est le refus de l’Iran d’accepter les contraintes de l’AIEA [Agence internationale de l’énergie atomique] et donc d’arrêter d’enrichir l’uranium. C’est dangereux, très dangereux, il faut faire très attention ». M. Chirac s’est cependant rétracté de sa prédiction que l’Iran pourrait encourager l’Arabie saoudite et l’Egypte à se doter également de la bombe nucléaire.

Ces déclarations de Jacques Chirac tranchent avec la politique défendue jusque-là par la France. Alors que le président plaide depuis longtemps pour une solution qui passe d’abord par le dialogue avec les autorités iraniennes, il semblait ces dernières semaines avoir quelque peu durci le ton, semble-t-il, sous la pression des Etats-Unis.

« certains médias outre-Atlantique qui n’hésitent pas à faire feu de tout bois contre la France ».

Paris a sollicité Mohamed ElBaradei pour sortir de l’impasse avec l’Iran
LE MONDE | 02.02.07 |

L’Elysée s’est efforcé, jeudi 1er février, de mettre fin à la « polémique » suscitée par les propos tenus devant des journalistes américains et français par Jacques Chirac sur l’éventualité d’un Iran doté de l’arme nucléaire, en s’en prenant notamment à « certains médias outre-Atlantique qui n’hésitent pas à faire feu de tout bois contre la France ». Simultanément, des informations provenant d’Iran indiquaient pourtant que, loin de se plier aux injonctions de la communauté internationale, ce pays serait sur le point de franchir un nouveau pallier dans ses travaux d’enrichissement d’uranium.

Des sources diplomatiques à Vienne, au siège de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), ont en effet déclaré, jeudi soir à l’Agence France-Presse, que l’Iran avait commencé à procéder à l’installation d’une partie des 3 000 centrifugeuses prévues dans son site souterrain de Natanz. Si cette information se confirme, elle signifie que l’Iran est entré dans une phase visant à produire de l’uranium enrichi à échelle industrielle – un procédé qui, selon les experts, permet de se procurer en l’espace d’un an suffisamment de matière fissile pour une bombe atomique. L’Iran était jusqu’à présent doté de seulement deux cascades de 164 centrifugeuses chacune.

ANNIVERSAIRE DE LA RÉVOLUTION

Des diplomates cités par l’AFP ont par ailleurs indiqué que les responsables iraniens avaient empêché les inspecteurs de l’AIEA présents à Natanz d’installer des caméras de surveillance permettant de suivre les travaux de mise en place de centrifugeuses à l’intérieur du souterrain.

Ces épisodes coïncident avec le début, jeudi en Iran, des cérémonies commémorant l’anniversaire de la révolution islamique de 1979, qui doivent s’étendre sur une période de dix jours, et culminer, le 11 février, avec un discours du président, Mahmoud Ahmadinejad. Les responsables iraniens ont fait savoir que cet anniversaire serait l’occasion de grandes annonces concernant la progression du programme nucléaire. Le Conseil de sécurité de l’ONU a donné, le 23 décembre 2006, un délai de 60 jours à l’Iran pour qu’il suspende l’enrichissement d’uranium, faute de quoi de nouvelles « mesures » seraient envisagées, après celles déjà prévues par la résolution 1737.

C’est dans ce contexte chargé que la France, après avoir envisagé de dépêcher en janvier son ministre des affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, pour évoquer des « questions régionales » avec Téhéran, a sollicité le directeur général de l’AIEA, Mohamed ElBaradei, pour qu’il prenne une initiative visant à sortir de l’impasse diplomatique.

M. ElBaradei a proposé, le 26 janvier, que l’Iran et le Conseil de sécurité marquent une « pause » respective dans l’enrichissement d’uranium et dans les sanctions afin de désamorcer la tension. M. ElBaradei avait eu auparavant, le 18 janvier à Paris, un entretien avec M. Douste-Blazy, qui l’avait incité à prendre position.

L’idée de M. ElBaradei a été accueillie avec réserve par les Etats-Unis, qui ont souligné que la suspension de l’enrichissement d’uranium devait être « vérifiée » par l’AIEA. Le président russe, Vladimir Poutine, s’y est en revanche montré très réceptif, déclarant, jeudi, qu’il fallait « travailler ensemble très activement dans la direction » fixée par M. ElBaradei.

Ni l’Elysée ni M. Chirac personnellement ne se sont prononcés publiquement sur l’idée d’une telle « pause », qui rappelle la proposition du président français, faite en septembre 2006, d’une « double suspension » de l’enrichissement d’uranium et du processus engagé au Conseil de sécurité.

Natalie Nougayrède

Voir également:

Mutually assured destruction depends on both sides of a conflict considering their own rational self interest in the course of making military decisions. In a scenario where one side holds a fanatical religious worldview that blesses violence and finds redemption in death, this strategy is clearly faulty. Aside from all that, the destruction that is, in Monsieur Chirac’s own mind, mutually assured is that of Israel and Tehran, not of Paris and Tehran, which makes his comments even more offensive.

Chirac’s Bombshell

New York Sun Staff Editorial
February 2, 2007

It’s something to try to imagine what the Iranians are going to make of the remarks by the president of France. Monsieur Chirac confided this week to reporters of the New York Times, the Paris Herald, and Le Nouvel Observateur, that he doesn’t think it would be much of a problem for the world if Iran had a pair of nuclear weapons. « Having one or perhaps a second bomb a little later, well, that’s not very dangerous, » he told reporters. He speculated that Iran would never use a nuclear weapon on Israel because « it would not have gone 200 meters into the atmosphere before Tehran would be razed. »

It was a notably irresponsible performance, even for Monsieur Chirac, and the geezers over at the Quai D’Orsay must have fallen into their bouillabaisse. The president hastened to withdraw his comments, going so far as to bring the reporters back to the Palais Élysée to explain himself and claiming that he thought the interview was off the record. Aside from the fact that his comments are out of line with stated French policy, what’s disturbing is that the president of France clearly thinks deterrence in the form of mutually assured destruction is the way to handle Iran. In thinking this way, he and other European policy makers are subscribing to an outdated strategy that will not work for this conflict.

Mutually assured destruction depends on both sides of a conflict considering their own rational self interest in the course of making military decisions. In a scenario where one side holds a fanatical religious worldview that blesses violence and finds redemption in death, this strategy is clearly faulty. Aside from all that, the destruction that is, in Monsieur Chirac’s own mind, mutually assured is that of Israel and Tehran, not of Paris and Tehran, which makes his comments even more offensive. Follow the logic and one eventually sees that the only moral position the West can take is one that marks Iran’s developing a nuclear bomb unacceptable in its own right.

Chirac scrambles to limit fallout from Iran comment
By Katrin Bennhold

The IHT

Thursday, February 1, 2007

President Jacques Chirac, seeking to limit the diplomatic backlash over his remarks on Iran’s nuclear ambitions, reaffirmed Thursday that France remained committed to preventing Tehran from becoming a nuclear power.

« France, along with the international community, cannot accept the prospect of a nuclear-armed Iran, » a statement by his office said. « The Iranian nuclear program is opaque and therefore dangerous for the region in terms of proliferation and an arms race. »

The statement was issued within hours of the publication of an interview in which the president said that if Iran had one or two nuclear weapons, it would not pose a serious danger because the launching of such a weapon would lead to the immediate destruction of Tehran.

The remarks, made in an interview on Monday with The New York Times, The International Herald Tribune and Le Nouvel Observateur, a weekly magazine, differed vastly from stated French policy and what Chirac has often said. On Tuesday, Chirac summoned the same journalists back to Élysée Palace to retract many of his remarks.

The president’s office denounced the publication of his comments as a « shameful campaign » and accused American media of « using any excuse to engage in France-bashing. »

Along with Britain and Germany, France has been spearheading diplomatic efforts to persuade Tehran to abandon sensitive parts of its nuclear program. In December, it joined the United States and other countries in moving to sanction Iran for its refusal to stop enriching uranium as demanded by the United Nations Security Council and the International Atomic Energy Agency.

Several of Paris’s main allies in the negotiations with Tehran on Thursday said, at least officially, that they were reassured by the president’s swift self- correction.

Reacting to the idea that a nuclear- armed Iran would not be highly dangerous, the British foreign secretary, Margaret Beckett, said: « It is not a sentiment I share and from what I understand, the French president doesn’t share it any more either. »

A German diplomat said he was « confident » that French policy on Iran was unchanged while the State Department said it was « satisfied » that this was the case.

But even as Chirac’s clarification Thursday asserted that the international community « acts with solidarity and watches over its unity » in its dealings with Iran, some diplomats expressed concern that the president’s published comments could embolden Iran by giving the impression of disunity in the international community.

« Iran will look for every chink in the armor, » a British diplomat, who declined to be identified because of the sensitivity of the issue, said. He qualified Chirac’s comments as « unhelpful » as a UN deadline of Feb. 21 approaches for Tehran to suspend uranium enrichment or face sanctions.

Less than three months before Chirac’s second term runs out, even some French diplomats voiced concern that the president could make unilateral diplomatic overtures to Tehran in an attempt to strengthen his legacy. Chirac recently irritated other Western leaders when he planned to send his foreign minister to Iran to help resolve the crisis in Lebanon. The venture collapsed after Saudi Arabia and Egypt opposed the trip and members of his own government said it would fail.

Despite the statement from the Élysée Palace, Le Monde called Chirac’s remarks on Iran a « radical turnaround which comes at a bad moment » and argued that they also risked diminishing France’s credibility on the international stage.

« When the international community will reconvene in New York and again threaten Iran, people will question how credible the French position is, » the daily said in an editorial on Thursday.

Chirac’s comments also made waves in the French presidential campaign.

The campaign team of Nicolas Sarkozy, the interior minister and candidate for the center-right UMP party, who is also one of Chirac’s main rivals, was careful not to directly attack the president.

« The position of Nicolas Sarkozy is that Iran should not have access to nuclear weapons, » said Pierre Lellouche, Sarkozy’s foreign policy and defense adviser. « I’m not going to comment on what Mr. Chirac said, he is still the head of state. »

By contrast, the opposition Socialist Party was happy to enter the fray — not least because its candidate, Ségolène Royal, was recently criticized over her stance on Iran. She had suggested that Iran should not even be given access to civilian nuclear energy.

« It is incomprehensible that a senior French politician could speak as if Iran already had a nuclear bomb, » said Jack Lang, Royal’s foreign policy adviser.

François Hollande, the Socialist Party leader and Royal’s partner, tried to strike a more ironic tone: « I understand that Jacques Chirac is retracting his words, » Hollande was quoted as saying in Le Monde.

Text: Interview on Jan. 29

Wednesday, January 31, 2007

Following are excerpts from an interview with President Jacques Chirac of France with The New York Times, the International Herald Tribune and Le Nouvel Observateur on January 29, 2007. The interview was conducted in French and recorded and translated by The New York Times.

Q: Mr. President, you spoke earlier about nuclear energy. What are the possibilities for nuclear energy in the future, especially for emerging countries, a country like Iran, for example?

A: I would like to tell you there are first of all two different problems: nuclear power for electricity and nuclear technology for military purposes. What worries us in Iran, it’s not electro-nuclear (nuclear energy) as such but uranium enrichment. That’s what worries us. It is the refusal of Iran to accept the constraints of the IAEA (International Atomic Energy Agency) and so to stop enriching uranium. It’s very dangerous. It’s very dangerous. One has to pay careful attention to that.

I would say that what is dangerous about this situation is not the fact of having a nuclear bomb – having one, maybe a second one a little later, well, that’s not very dangerous. But what is very dangerous is proliferation. This means that if Iran continues in the direction it has taken and totally masters nuclear generated electricity, the danger does not lie in the bomb it will have, and which will be of no use to it.

Where will it drop it, this bomb? On Israel? It would not have gone 200 meters into the atmosphere before Tehran would be razed to the ground.

What is dangerous is proliferation. It is really very tempting for other countries in the region that have large financial resources, to say: ‘Well, we too, we’re going to do it. We’re going to help out others to do it. Why wouldn’t Saudi Arabia do it? Why wouldn’t it help Egypt to do so as well? That is the danger. So one has to find a way to settle this problem. That, then, is the military nuclear issue.

Q: How far can the West go in threatening sanctions against Iran without risking reprisals, in particular on Lebanon?

A: This is not quite the topic of our interview. You know about my feelings about Lebanon, and there is no mystery about them. The question is, how can we impose sufficiently strong constraints on Iran. This is a difficult issue. One has to know what Iran can withstand or not. Iran has a regime that is still a bit fragile, a bit fragile. The last elections proved in particular that the President did not have all the authority one could have expected. This somewhat fragile regime is afraid. Afraid of what? Afraid of being contested.

What does it want? It wants to maintain the regime of the mullahs. To maintain the regime of the mullahs, it needs to not be contested or threatened by the international community, and the international community. Who is it? It’s the United States. So how much of Iran’s reaction is about wanting to control military nuclear technology, and how much is a desire to be recognized and respected by the international community and in particular the United States so as to avoid bad surprises that could at one moment or another destabilize the regime of the mullahs? This is a difficult question, because the Shiites are very particular people. The Shiites, since the beginning, are people who have a culture of minorities. They are minorities, they have a culture of minorities. They do not react like the Sunnis or the Europeans.

[…..]

Q: But is there a fundamental dilemma in this world where we are at a moment where we, at a moment where we have to reduce carbon emissions, so electro nuclear energy is very important especially for such powers such as India or China, but at the same time we live in a world where terrorism and proliferation are a major worry.

A: …No expert will claim there is a connection between electronuclear technology and the nuclear bomb. These are two things, two completely different technologies. Our entire problem with Iran that we evoked earlier, it is because Iran wants, through the enrichment of uranium, to make a nuclear bomb. But with electro-nuclear (nuclear energy), you have no way to get to a bomb. There is no risk. There is the IAEA that monitors this. There is control. There is no risk.

Q: There is no risk?

A: None, absolutely none. You cannot take an electrical nuclear plant and make a bomb. It just doesn’t work.

Q: So the question the technology of uranium enrichment…

A: It is uranium enrichment, in fact under very special conditions that are controlled by the IAEA. The IAEA checks all the time to verify that they are not doing secret enrichment. But enrichment is of no use for electro-nuclear technology. No, there is no link between the two.

Text: Interview on Jan. 30

Wednesday, January 31, 2007

Following are excerpts from an interview with President Jacques Chirac of France with The New York Times, the International Herald Tribune and le Nouvel Observateur on January 30, 2007. The interview was conducted in French and recorded and translated by The New York Times.

President Chirac: I wanted to say a little about how I really see the Iran problem. Iran has started a process that the IAEA (International Atomic Energy Agency) thinks could lead to control over military nuclear technology, which as you know is against Iran’s commitments as a signatory of the NPT. The NPT is the Non-Proliferation Treaty and Iran has signed it. So Iran is going back on its commitments, which is why the IAEA has been working on this and observed that uranium enrichment was likely to lead to military nuclear technology. As a consequence, this was neither normal nor acceptable.

From this point on, major countries consulted, especially the six comprising the three European countries — France, Germany and the United Kingdom — and the United States, and then Russia and China. The aim was to explain to Iran that it was putting itself in a situation in which it was breaking international law and that it should therefore stop nuclear enrichment and everything to do with nuclear-based military technology.

Iran is still a great nation and an important nation that matters ….We explained to Iran that it could not put itself into this situation, and that therefore we had to discuss, negotiate to obtain the suspension of uranium enrichment, which is the symbol in a way, the core of military nuclear technology. What we thought would happen is that we would be able to discuss this. I would remind you that France also made an open proposal to Iran that did not criticize Iran’s authority but said, « You yourselves are going to take a decision in your own way to provisionally stop enriching uranium, and the six countries will in exchange agree to stop the sanction procedure in the U.N. Security Council. » I honestly believe that this was an acceptable position, in the sense that we were telling Iran, « The day you decide to start up again, you resume and we will resume the sanction procedures. We shall start implementing the sanction procedures. »

Each side was taking a step towards the other, and we thought that we had an acceptable process given Iran’s demands. In fact actually the Iranians did not accept this process. They did not agree to interrupt their uranium enrichment work, and as a consequence the six continued their action in the Security Council…This led to sanctions that initially involve in fact the supply, import or export of military nuclear equipment to Iran, so these sanctions were imposed in Security Council resolution 1737.

From this point on, we find ourselves in a situation that is rather confused. So of course we can go further and further, higher and higher up the scale in our reactions on both sides. This is certainly not our thinking and our intention. What we wanted was to reach a result, as I mentioned earlier, that would comply with both NPT obligations and IAEA controls.

In the present state of affairs, we have not received any positive responses from Iran, so I said – in a rather short-hand way – that « In the end when you think about Iran, what use would it have for a bomb? » If indeed their real goal is to build a nuclear capacity – in other words a nuclear bomb – it is obvious that that this bomb, the moment it was launched, obviously would be destroyed immediately. We have the means, several countries have the means to destroy a bomb, once they see a bomb-carrying rocket launch. So it is hard to see what advantage Iran could find for dropping a bomb. The bomb would naturally be destroyed as soon as the rocket was launched. This is to me an important aspect of the issue.

Q: It would be destroyed, the bomb?

A: The bomb would be destroyed, yes.

Q: And what would the repercussions be for Iran?

A: Well the repercussions for Iran would have to be examined, naturally. I spoke quickly and I retract it, of course, when I said, ‘One is going to raze Tehran.’ It was of course a manner of speaking in my mind. I don’t imagine that we could raze Teheran. But it is obvious that if an undeniably aggressive act, which is to say sending a bomb payload on a launch rocket, took place and this bomb would be – I repeat – automatically destroyed without even having left the Iranian soil or at least the Iranian airspace, it is obvious there would be without a doubt measures of coercion, measures of retaliation, of course. It is part of nuclear deterrence…

Saying one would destroy Tehran is meaningless but what is meaningful is that in nuclear deterrence, there are initiatives taken in case of a nuclear attack which are to be examined, to be negotiated and which are up to the authority of the countries that consider themselves, with good reason or not, attacked.

Q: Including a retaliation of a nuclear type?

A: Everything is possible…It is deterrence that allows attacking, counter-attacking a nuclear attacker that would have manifested itself. So that’s the first problem.

The second problem of course concerns proliferation. The great danger of this plan of Iran is proliferation. Everyone knows that some countries have already reached the nuclear level and that have undeniably taken part in the development of proliferation. I won’t name any country. It’s useless but we know it, even Iran benefited from the expertise, the knowledge of the technology of some countries in the nuclear sector. So proliferation is a dangerous thing, starting from the moment when Iran would be able to access military nuclear technology, it would become ipso facto a potential center of proliferation that would be extremely dangerous for the entire region.

I drifted, because I thought we were « off the record, » to say that, for example, Saudi Arabia or Egypt could be tempted to follow this example, I retract it of course since neither Saudi Arabia nor Egypt have made the slightest declaration on these subjects so it is not up to me to make them….What is certain is that such a process leads to an arm race that could lead a number of countries to participate in this arm race. I don’t want to name any countries naturally, even though I did so yesterday, I shouldn’t have done so….

Q: In the region?

A: In the region and maybe beyond it….There is a second risk that is also extremely serious which is the risk of proliferation because even without using a bomb they would have made, they can transfer to other countries for political reasons technologies that would allow these other countries to gain access to military nuclear technology….

Iran is still a great country. It’s a country with a tradition. It’s a complex country, which has a very old culture…. Iran has necessarily an important role to play in the Middle East region.

This region was traumatized by the Iraq affair. The Iraq affair shifted red lines, in fact, in the region and it has created a new situation. It has become dangerous, this region, more vulnerable, and therefore, Iran undeniably has an important role – taking into account its history, its tradition, its philosophy – an important role to play in the region under the condition of course to do so in a peaceful and cordial way.

I was a bit quick yesterday…The current problem, in my view, is the environment. About Iran, we unfortunately will most likely have many more occasions to talk about it…

Q: Yesterday, frankly, you could have given the impression, at least it could have led to confusion, in that you were also saying that Iran could possess its first bomb, and maybe a second one. For you it was a way of saying that the problem is proliferation. You have evoked the possibility that it (Iran) may attack Israel, which seemed almost a bit secondary.

A: I cannot imagine this. I cannot imagine this. I repeat, the means of protection that exist around the world, in particular with the Americans but also with the Europeans, with a certain number of Europeans, are such that I don’t imagine that a bomb, that a rocket carrying a [nuclear] bomb could be launched from Iran without our detecting it. And as a result, it would necessarily be destroyed. So I don’t think I spoke about Israel yesterday. Maybe I did so but I don’t think so. I have no recollection of that….

Q: Mr. President, there are a number of questions that we had asked you, and you didn’t wish to answer, and you told us so, very nicely in fact.

A: Yes, but I didn’t want to abuse your time nor mine. What you need to know is that France considers that Iran is an essential element in the stability of this entire region, an essential element and naturally this stability will depend on the policy that Iran will choose. I do not know exactly – there are right now in Iran talks, everybody knows that, among the Iranian authorities, to know exactly the policy that Iran must follow. It is not up to me to cast a judgment on this point. But it is a fact.

There have even been elections that have shown – that have slightly put into question — the authority of President Ahmadinejad. One should say that the words – this I am telling you very much from the bottom of my heart – that this President Ahmadinejad had about Israel are in my view and in the view of France and in the view of the entire world are certainly totally unacceptable. In fact I have told the Iranians so. These are totally unacceptable words, and they cannot be tolerated. I simply hope that these were rather personal words and which do not correspond to the conception of things by the main Iranian leaders. I don’t know, and I condemn them totally, and I have told the Iranians so in the clearest fashion.

When I went to New York, President Ahmadinejad asked me for a meeting, I refused, on principle, because I could not agree to receive or to talk to someone who held these views on the Shoah in particular and on Israel in general. This, it was completely clear, and so I want to say so.

But I repeat, Iran is a great nation historically, culturally, which matters in this region of the Middle East, and it is important to have a dialogue with this country to try and have stability in the Middle East.

Q: I wanted to thank you…

A: It is I who thank you for coming back. These are extremely delicate and dangerous subjects and which involve consequences that can be dramatic. So, everybody needs to take his responsibilities. So sometimes one can drift off, when one believes there are no consequences. I, I honestly believed that the questions aside from the environment were off the record….

Q: ….It is I who asked the question. But it was after your analysis about nuclear energy, so I asked a question honestly and politely. I am sorry if it gave you the impression that …

A: My dear lady, no, I am not under this impression. It is I who was wrong. I don’t want to contest it. I should rather have paid attention to what I was saying and to understand that perhaps we were « on the record. » We had talked about environmental problems, nuclear problems… It was I who should have paid attention and who should have said, « We are off the record, » and I didn’t say it. Q: You said, « We must find a way to fix this problem. » What are the ways to fix this problem?

A: I am going to tell you quickly that the way things are now, what …Iran should wish for is the division of the international community. That is the reason why we think it is essential to maintain the cohesion of the international community. …So there are the French, the Germans, the British who have a point of view that is almost identical. There are the Americans and then there are the Russians, who for reasons that are theirs, and the Chinese, who are not always exactly on the same line.

So if we split, it’s a great victory in a way for those in Iran who have the hardest line. If, on the contrary, we remain united, in particular within the resolutions of the Security Council, at least on 1737, at this moment, we remained strong. And so I think that what is important is to make sure that there are no divisions of the international community and that the six countries in question remain united in the face of this problem which is a dangerous problem….

Un commentaire pour Politique française: Tous contre Sarkozy, tous contre l’Amérique!

  1. […] Il est maintenant clair que les assurances données par Chirac ont joué un rôle crucial, persuadant Saddam Hussein de ne pas offrir les concessions qui auraient pu éviter une guerre et le changement de régime. Selon l’ex-vice président Tareq Aziz, s’exprimant depuis sa cellule devant des enquêteurs américains et irakiens, Saddam était convaincu que les Français, et dans une moindre mesure, les Russes allaient sauver son régime à la dernière minute. Amir Taheri […]

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