Irak/Palestine: Même la Suisse a eu sa guerre civile! (Even Switzerland had a civil war!)

15 janvier, 2007
Geltwill, 1847Les Israéliens ont eu leur propre guerre civile en 1948, bien qu’elle n’ait duré que dix minutes. L’artillerie du premier ministre de l’époque David Ben-Gourion a coulé le transporteur d’armes Altalena avec le futur premier ministre Menachem Begin à son bord. L’Altalena appartenait au groupe d’opposition Irgun, qui a alors placé ses forces armées sous le commandement de Ben Gourion. Spengler
La séparation physique est donc la seule manière de limiter le carnage. Ce processus a déjà commencé dans une certaine mesure parce que la violence chasse les membres d’une section ou de l’autre des nombreux villages, villes et quartiers de la ville jusqu’ici mélangés. C’est une manière douloureuse et très coûteuse d’interrompre le cycle des attaques et des représailles, mais c’est ainsi que la guerre civile réalise son but d’apporter par la suite la paix. C’est l’erreur que les États-Unis et ses alliés font maintenant en Irak en interférant dans la guerre civile. Ils devraient désengager leurs troupes des secteurs peuplés autant que possible et abandonner les points de contrôle et les patrouilles intrusives qui ne contiennent pas la violence de toute façon comme l’effort futile de développer des forces militaires et de police qui n’ont de national que le nom. Un certain contingent de forces américaines et alliées seront toujours nécessaires dans des bases éloignées du désert pour sauvegarder l’Irak d’invasions étrangères comme la zone verte de Bagdad. Mais pour le reste, la plus stricte non-intervention devrait être la règle. Le plus vite les minorités kurde, Sunnite, chiite, turkmène et autres pourront définir leur propres frontières naturelles et stables dans lesquelles elles se sentent en sécurité, le plus vite la violence se terminera. Edward N. Luttwak

Même la Suisse a eu sa guerre civile!

Comme avec les scandales, le plus intéressant avec les maitres de la provoc …

Tels que l’ancien faucon reaganien Edward Luttwak (célèbre pour ses critiques enflammées de la bureaucratisation de la guerre) …

Ou l’éditorialiste de l’Asia Times Online (le célèbre Asia Times exilé après la rétrocession en 97 de Hong Kong à la Chine) qui se cache derrière le nom de plume Spengler …

C’est comme d’habitude ce qu’ils font découvrir sur ce qui est considéré comme fonctionnement normal…

D’où l’intérêt, à l’heure où tout le monde y va de son couplet sur le « bourbier » et l’ « échec » irakiens, de leurs récents commentaires sur les guerres civiles qui déchirent actuellement le Moyen-Orient, et notamment celles de l’Irak et de la Palestine…

Pour l’un comme pour l’autre, la guerre civile de plus ou moins grande intensité qui déchire ces deux régions …

N’est non seulement pas la faute des suspects habituels, américains ou israéliens …

Mais comme pour tant d’autres nations aujourd’hui respectables (l’Angleterre, les Etats-Unis et même, 101 ans avant Israël, la Suisse elle-même – protestants contre catholiques, 1 mois, 100 morts)…

Probablement inévitable …

D’où les risques, qu’implique tant pour les intervenants que les protagonistes, toute intervention extérieure …

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Mondialisation: Même la fameuse fille d’Ipanema (Look what they’ve done to my song: A cruel cultural imposition on the Brazilian woman)

14 janvier, 2007
Real girl from Ipanema[image]https://lh4.googleusercontent.com/-hdH2Dio5_zQ/TW6Db6AKr-I/AAAAAAAASOU/d4VvyD21a-c/s1600/Front.jpg
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But each day when she walks to the sea, she looks straight ahead, not at me. The Girl from Ipanema
Look what they’ve done to my song, Ma … Melanie Safka
Éveillées à des ambitions neuves, les générations qui étudient et qui naguère étaient étudiées, n’écoutent pas sans sarcasme ces discours flatteurs où ils croient reconnaître l’accent attendri des riches, quand ils expliquent aux pauvres que l’argent ne fait pas le bonheur. Roger Caillois
Le paradigme de la Carioca à l’état brut : une fille bronzée, entre la fleur et la sirène, pleine de lumière et de grâce mais avec un fond de tristesse, aussi portait-elle en elle, sur le chemin de la mer, le sentiment de ce qui passe, d’une beauté qui n’est pas seulement nôtre — c’est un don de la vie que son bel et mélancolique flux et reflux permanent. Vinícius de Moraes
En 1962, en rentrant de l’école, Héloisa Pinheiro passait régulièrement devant le Veloso Bar rue Montenegro dans le quartier chic d’Ipanema à Rio. Le compositeur Antonio Carlos Jobim et le poète Vinícius de Moraes, qui écrivaient ensemble une comédie musicale, traînaient dans le bar. Tous les après-midi, ils la regardait passer et elle leur a inspiré « Garota de Ipanema ». Jobim dira plus tard, « elle avait des longs cheveux d’or, ces yeux verts lumineux qui vous éclairaient comme un personnage fantastique : disons simplement qu’elle avait tout ce qu’il fallait au bon endroit. … » Harold Emert (Insight Guide to Rio de Janeiro)
 Même la fameuse « fille d’Ipanema »,  immortalisée dans la chanson de bossa nova, écrite en 1962, illustre les différences culturelles qui prévalaient alors : il n’y a que dans les paroles en anglais qu’elle est « grande et bronzée et jeune et belle ».  Dans la version originale portugaise, l’accent est mis sur « le doux swing » de ses hanches et de ses fesses alors qu’elle se promène en un balancement décrit comme « plus qu’un poème, la plus belle chose que j’ai jamais vu ». Le New York Times
 Ils veulent être minces à tout prix, tout ça à cause des images du Nord de l’Équateur. C’est une cruelle imposition culturelle sur la femme brésilienne. Dr Elisaldo de Araújo Carlini (professeur à l’Université fédérale de São Paulo)
Avant, être gros était considéré comme merveilleux au Brésil… Roberto da Mat (anthropologue)
This abrupt shift is a feminine decision that reflects changing roles » as women move out of the home and into the workplace. Men are still resisting and clearly prefer the rounder, fleshier type. But women want to be free and powerful, and one way to reject submission is to adopt these international standards that have nothing to do with Brazilian society. Ms. del Priore (historian)
Je me trouvais moche et je voulais être beau à nouveau. Chef d’une tribu indienne d’Amazonie (ayant subi une opération de chirurgie esthétique)

Très instructif article du NYT sur la violence culturelle (« symbolique », aurait dit Bourdieu) faite à la femme brésilienne par la mondialisation et l’impérialisme culturel américain …

Les pauvres, les riches, les puissants (le président de gauche, Lula lui-même, se fait arranger les dents), les Indiens (jusqu’à un chef indien qui… veut être beau !), les danseurs du sacro-saint carnaval (dont un roi du Carnaval qui perd 70 kilos), les poupées (la sinistre Barbie encore), la cuisine, les loisirs (feuilletons télé, concours de beauté, écoles de mannequins, salles de gym, cours… d’anglais!), les médicaments (record du monde d’amaigrissants, chirurgie esthétique), les mannequins (supermodel au nom allemand, décès par anorexie), même la « Fille d’Ipanema » (perdant ses hanches et ses fesses au profit de sa haute taille dans la version anglaise de la célèbre chanson des années 60) comme les mentalités (le machisme et le patriarcat), tout est systématiquement broyé par le rouleau compresseur culturel américain …

Sauf que, du haut de son 1 m 72 si l’on en croit les photos d’époque, la naïade en question n’avait pas grand chose à envier à nos Gisele Bündchen d’aujourd’hui …

Morceaux choisis:

Today, in sharp contrast, the epitome of beauty is Gisele Bündchen, the top model whose enormous international success has inspired the thousands of Brazilian girls who dream of emulating her to enroll in modeling schools and competitions. But very little about Ms. Bündchen’s body — tall and blond, rangy yet busty — connects her to her homeland and its traditional self-image.
Hers is a globalized beauty that has nothing to do with the Brazilian biotype, » said Joana de Vilhena Novaes, author of « The Intolerable Weight of Ugliness: On Women and Their Bodies » and a psychologist here. « She has very little in the way of hips, thighs or fanny. She’s a Barbie, » one whose parents are of German descent.
Anorexia, though long associated with wealthier industrialized countries, was an affliction all but unheard-of here.
But that was before the incursions of the Barbie aesthetic, celebrity models, satellite television and medical makeovers made it clear just how far some imported notions of beauty, desirability and health have encroached on Brazilian ideals once considered inviolate.
Dr. Novaes and others have noted that during the 1960s and 70s, Brazilian girls played with a locally made doll named Susi, who, reflecting the national aesthetic, was darker and fleshier than her counterparts abroad. But in the 1970s, Barbie arrived, and by the mid-1980s, production of Susi dolls had ceased, though it has resumed in recent years in a sort of backlash.
By  » ‘upgrading’ to international standards of beauty, » said Mary del Priore, a historian and co-author of « The History of Private Life in Brazil, » the country is abandoning its traditional belief that « plumpness is a sign of beauty and thinness is to be dreaded. » The contradictory result, she added, is that « today it’s the rich in Brazil who are thin and the poor who are fat.
In fact, the new paradigm has been slower to penetrate poorer regions like the Amazon and the northeast, where hunger is still widespread and the idea of « fartura, » or cornucopian abundance, is especially valued. There, men in particular are proud to show off wives and children whose bodies are more rounded, as a sign that they are good providers.
« To be fat used to be considered wonderful in Brazil, because it showed that you eat very well, which is important to Brazilians, » said Roberto da Matta, an anthropologist and newspaper columnist who is a leading social commentator. « That you have three meals a day and eat meat and beans, calmly, at a table with friends and relatives, means that someone is taking good care of you. »
Experts also agree that Brazilian men, whatever their class or race, have been much slower to accept slenderness as a gauge of feminine beauty. When they are looking for a sexual partner, Brazilian men are consistent and clear in saying that they prefer women who are fleshy in the rear — « popozuda » is the wonderfully euphonious slang term used here — and have pronounced curves.
In the past, that standard was so firmly established that some Brazilian women resorted to breast reduction or buttock augmentation surgery, sometimes even transferring their own tissue from top to bottom.
In fact, all six women who died of anorexia lived either in Rio de Janeiro or in São Paulo, the country’s most cosmopolitan states and centers of the Brazilian fashion industry. The death that followed Ms. Reston’s was of a 21-year-old fashion student. There was also a 23-year-old student and office worker who had a home page on the Web and gave English lessons.
Ms. del Priore, the historian, pointed to other fundamental changes, which she said have led to a rebellion against machismo and the patriarchal structure that she believes persists here.
« This abrupt shift is a feminine decision that reflects changing roles » as women move out of the home and into the workplace. Men are still resisting and clearly prefer the rounder, fleshier type. But women want to be free and powerful, and one way to reject submission is to adopt these international standards that have nothing to do with Brazilian society. »

In the land of bold beauty, a trusted mirror cracks
Larry Rohter
The NYT
January 13, 2007

RIO DE JANEIRO

As king of carnival, the corpulent Rei Momo is supposed to embody all the jollity, carnality and excess associated with that most Brazilian of bacchanals. So when the event’s reigning monarch has gastric bypass surgery, sheds 150 pounds and starts an exercise program, you begin to wonder what’s going on.

And when six young women die of anorexia in quick succession — two in the last two weeks — the wonder turns to bewilderment. Brazil may well be the most body-conscious society in the world, but that body has always been Brazil’s confident own — not a North American or European one.

For women here that has meant having a little more flesh, distributed differently to emphasize the bottom over the top, the contours of a guitar rather than an hourglass, and most certainly not a twig. Anorexia, though long associated with wealthier industrialized countries, was an affliction all but unheard-of here.

But that was before the incursions of the Barbie aesthetic, celebrity models, satellite television and medical makeovers made it clear just how far some imported notions of beauty, desirability and health have encroached on Brazilian ideals once considered inviolate.

By  » ‘upgrading’ to international standards of beauty, » said Mary del Priore, a historian and co-author of « The History of Private Life in Brazil, » the country is abandoning its traditional belief that « plumpness is a sign of beauty and thinness is to be dreaded. » The contradictory result, she added, is that « today it’s the rich in Brazil who are thin and the poor who are fat. »

A generation ago, the ideal type here was Martha Rocha, a Miss Brazil from the mid-1950s. She finished second in the Miss Universe competition supposedly because her body was a bit too generous in the hips, buttocks and thighs, but since those characteristics were so highly valued here, as suggested by cartoons and the popularity of the semi-pornographic drawings of Carlos Zéfiro that circulated, it was the rest of the world whose taste was questioned.

Even the famous « girl from Ipanema, » immortalized in the bossa nova song written in 1962, illustrated the cultural differences that prevailed then: only in the English lyrics is she « tall and tan and young and lovely. » In the original Portuguese version, the emphasis is on « the sweet swing » of her hips and backside as she walks, a sway described as « more than a poem, the most beautiful thing I have ever seen. »

Today, in sharp contrast, the epitome of beauty is Gisele Bündchen, the top model whose enormous international success has inspired the thousands of Brazilian girls who dream of emulating her to enroll in modeling schools and competitions. But very little about Ms. Bündchen’s body — tall and blond, rangy yet busty — connects her to her homeland and its traditional self-image.

« Hers is a globalized beauty that has nothing to do with the Brazilian biotype, » said Joana de Vilhena Novaes, author of « The Intolerable Weight of Ugliness: On Women and Their Bodies » and a psychologist here. « She has very little in the way of hips, thighs or fanny. She’s a Barbie, » one whose parents are of German descent.

Dr. Novaes and others have noted that during the 1960s and 70s, Brazilian girls played with a locally made doll named Susi, who, reflecting the national aesthetic, was darker and fleshier than her counterparts abroad. But in the 1970s, Barbie arrived, and by the mid-1980s, production of Susi dolls had ceased, though it has resumed in recent years in a sort of backlash.

Yet until recently no one here would ever have talked with admiration about having an hourglass figure like Barbie’s, let alone the coat-hanger physiques of the international runways. Instead, the ideal was what is known as « um corpo de violão, » or « guitar-shaped body »; that is, like Susi’s, thicker in the waist, hips and fanny.

One indication of how rapidly values are changing can be gleaned from a government study released in November, just after the first in the cluster of anorexia deaths, that of Ana Carolina Reston, a 21-year-old model. According to the survey, the percentage of the population taking appetite-suppressants more than doubled between 2001 and 2005, making Brazil the world champion in the consumption of diet pills.

« The reasons are purely aesthetic, not medical, especially for women, » who account for at least 80 percent of the market, said Dr. Elisaldo de Araújo Carlini, a professor at the Federal University of São Paulo who is the author of the study. « They want to get thin no matter what, all because of images from north of the Equator. It is a cruel cultural imposition on the Brazilian woman. »

Women in countries around the world are subject to such pressures, of course. But Brazilians argue that the situation here is more extreme: this is, after all, a tropical country in which, much more than the United States, Europe or Japan, people live their lives outdoors, often, for comfort’s sake, in skimpy clothes showcasing the body’s glories or defects.

A result is a culture of vanity that seems to know no boundaries. This summer, the newest rage, according to local news reports, is liposuction on the toes, and there have also been accounts of a boom in plastic surgery among women 80 and older.

Men are not immune. President Luiz Inácio Lula da Silva is reported to have recently had cosmetic work done on his teeth, and even the chief of an Indian tribe in the Amazon had plastic surgery because, as he guilelessly put it, « I was finding myself ugly and I wanted to be good-looking again. »

But most of the complaints about the tyranny of the culture of beauty here come from women. Each year follows the same pattern: Enrollment at gyms, here called « academies, » declines as cool weather arrives and then rises in the final quarter of the year, as women try to prepare their bodies to look good on the beaches during the Southern Hemisphere summer vacation season, which runs from just before Christmas until carnival, about two months later.

But Brazilian eating habits don’t make the process easy. If the emblematic American meal consists of fried chicken, corn on the cob and apple pie, its Brazilian equivalent is more like this: rice and beans, potatoes, pasta, bread, salad and a slice of meat sprinkled with farofa, or ground and toasted yucca flour.

The Brazilian diet is much higher in carbohydrates and lower in protein than is recommended, said Claudia Carahyba, a nutritionist in São Paulo whose clients include modeling agencies that want to break their girls of such bad habits. « That is especially true of the poor, » she said. « Since protein costs more, they trade that for more carbohydrates like yucca, which are cheaper and make you feel full. »

In fact, the new paradigm has been slower to penetrate poorer regions like the Amazon and the northeast, where hunger is still widespread and the idea of « fartura, » or cornucopian abundance, is especially valued. There, men in particular are proud to show off wives and children whose bodies are more rounded, as a sign that they are good providers.

« To be fat used to be considered wonderful in Brazil, because it showed that you eat very well, which is important to Brazilians, » said Roberto da Matta, an anthropologist and newspaper columnist who is a leading social commentator. « That you have three meals a day and eat meat and beans, calmly, at a table with friends and relatives, means that someone is taking good care of you. »

Experts also agree that Brazilian men, whatever their class or race, have been much slower to accept slenderness as a gauge of feminine beauty. When they are looking for a sexual partner, Brazilian men are consistent and clear in saying that they prefer women who are fleshy in the rear — « popozuda » is the wonderfully euphonious slang term used here — and have pronounced curves.

In the past, that standard was so firmly established that some Brazilian women resorted to breast reduction or buttock augmentation surgery, sometimes even transferring their own tissue from top to bottom.

But as the international standard has taken hold, tastes are changing.

« Those huge breasts you see in the United States, like in Playboy, were always considered ridiculous in Brazil, » said Ivo Pitanguy, the country’s most renowned plastic surgeon. « But there is now more of a tendency than before to want breasts that are a bit larger — not to make them huge, mind you, but more proportional as part of a body that is more svelte and more athletic. »

Though such globalized standards of beauty originated in rich, mostly white neighborhoods, they are gradually being spread to the rest of Brazil and across racial lines by the actresses and models who live here and perform in popular telenovelas. Exercise academies can be found in slum areas, and newspapers noted that the most recent anorexia victim was a dark-skinned teenager from a working-class suburb of Rio who dreamed of becoming a model.

In fact, all six women who died of anorexia lived either in Rio de Janeiro or in São Paulo, the country’s most cosmopolitan states and centers of the Brazilian fashion industry. The death that followed Ms. Reston’s was of a 21-year-old fashion student. There was also a 23-year-old student and office worker who had a home page on the Web and gave English lessons.

Ms. del Priore, the historian, pointed to other fundamental changes, which she said have led to a rebellion against machismo and the patriarchal structure that she believes persists here.

« This abrupt shift is a feminine decision that reflects changing roles » as women move out of the home and into the workplace, she said. « Men are still resisting and clearly prefer the rounder, fleshier type. But women want to be free and powerful, and one way to reject submission is to adopt these international standards that have nothing to do with Brazilian society. »

Voir aussi:

The Girl From Ipanema

Sran Shepkowski

2005

It’s a song of sensuality that entices men everywhere to dream. It evokes the fantasy of an exotic beach where warm waves kiss the shore, where breezes whisper through the palms, and where there is a woman, a dream woman, an ideal woman who embodies the elusive essence of everything that is desirable.

The Girl from Ipanema was awarded the 1964 Grammy as Best Song of the Year, it ranks 21st on BMI’s list of most performed songs of all time, and is one of the most recorded songs in history, having been vocalized by Astrid Gilberto, Stan Getz, Frank Sinatra, Ella Fitzgerald, Madonna, Cher, and many others. While its credentials are impressive, the real fascination is the story behind the song and the girl who inspired it.

The year 1962 was a banner year for Antonio Carlos « Tom » Jobim. The Brazilian songwriter’s tune, Desafinado, had just been recorded by Stan Getz and Charlie Byrd and the attention of the Jazz world shifted to the 35 year old Jobim, who, at the end of the year, was invited to perform his music at Carnegie Hall with Byrd, Getz, Dizzy Gillespie and Joao Gilberto. This was the latest achievement in a career that took shape in 1958 when Jobim collaborated with guitarist/vocalist Joao Gilberto, vocalist Elizete Cardoso and lyricist Vinicius de Moraes to produce a set of recordings, one of which was Chega de Saudade, which proved to be the beginning of the « Bossa Nova » (« New Trend ») movement.

1962 was also the year that Jobim saw the girl.

Ipanema is a trendy, rather artsy neighborhood in south Rio de Janeiro. To the west is the upscale area of Leblon and to the east is Aproador and Copacabana. A block off Ipanema Beach, on the northwest corner of Rua Montenegro and Rua Prudente de Moraes was Tom Jobim’s favorite hang-out, the Bar Veloso. A veranda-style, open-air cafe, this was the place to drink beer, smoke cigarettes, read the paper, chat with friends, and watch the pretty girls.

Almost every day a certain girl passed by the Veloso. Often in her school uniform, sometimes in her two-piece bathing suit she was, of course, tall, and tan, and young and lovely with long brown hair and green eyes and a rather sensual way of swaying her hips. She did not go unnoticed by Jobim and friends who often greeted her with whistles and cat-calls. The girl, however, never responded to the men. Never did she stop to talk; indeed never did she even make eye contact with bar’s patrons. Each day when she walked to the sea, she looked straight ahead, not at anyone else. And Jobim was in love.

Basically a shy man, Jobim was afraid to approach the girl. At the time he was married with two children and knew he had to be at least twice her age, but that did not prevent a budding infatuation. Eventually he convinced his old lyricist buddy Vinicius de Moraes to come by the Veloso to see this girl. After several days of waiting the girl finally walked past. Jobim remarked “ »Nao a coisa mais linda? » (Isn’t she the prettiest thing?), to which de Moraes replied, « E a coisa cheia de gracia. » (She’s full of grace.). This sparked the creativity in de Moraes who wrote those two lines on a napkin. The lines provided the basis for the opening two lines of the original, Portuguese version of A Garota de Ipanema (The Girl from Ipanema).

Jobim and de Moraes were, at the time, collaborating on the music and lyrics for a play entitled “Blimp” so it took some time to complete the song. Originally titled Menina que Passa (Girl Who Passes), Jobim first performed the song in Rio on August 12, 1962. It was a shoo-in to be part of a Jazz album being put together by Verve Records with Stan Getz and Joao Gilberto featuring some of Jobim’s music. In March, 1963, Tom and Joao flew up to New York to record the album. They also took along Joao’s wife Astrid because she was the only one who spoke any English.

At the recording studio it was decided that Menina que Passa needed a more Rio sounding title so it was changed to A Garota de Ipanema. Also, producer Creed Taylor felt the song should have English lyrics. Fortunately, the group had met lyricist Norman Gimbel from BMI several months before when they played Carnegie Hall and it was Gimbel who wrote the English lyrics. The next task was to find someone to sing those English lyrics. There is some dispute as to how it was decided, but Joao’s wife, Astrid, was selected to sing because, although she never sang professionally, she had a soft sexy voice, she could hold a tune, and at least she could pronounce the English words.

When the album was released in 1964 under the title “Getz/Gilberto” by Verve Records the first cut on the album was “The Girl from Ipanema”. It featured Joao Gilberto strumming his guitar and singing the original Portuguese lyrics followed by Astrid Gilberto with the English lyrics. Track 9 was the 45 rpm release of the Astrid Gilberto English version and track 10 was the flip-side of the 45; another of Jobim’s music entitled “Corcovada”.

Back home in Rio, the song was an instant success. Brazil was the midst of an economic recovery and, having won the last two World Cups, the country was riding high. The international success of “The Girl from Ipanema” was another example of the miracle that was Brazil. That miracle was to end two years later when economic mismanagement, corruption, and a military dictatorship took over, but in the meantime Brazil was young and hopeful.

As can be imagined, the big question in Ipanema was the identity of the inspiration for the song. Jobim and de Moraes remained mysterious on the subject. Some people believed there was no real girl, only the creation of a poet’s imagination. Others thought they knew better; many women flattered themselves, claiming to be THE GIRL. A cottage industry even grew. All you had to do was take some pictures of a pretty girl and sell them to dumb tourists claiming the girl in the picture was THE GIRL.

Heloísa Eneida de Menezes Paes Pinto was a born and raised Rio de Janeiro girl – a true carioca. The daughter of an army general from whom her mother divorced when Helô was 4, she grew up on the Rua Montenegro, some blocks up from the Bar Veloso. At age 17 she was shy and quite self-conscious: she had crooked teeth, she felt she was too skinny, she suffered from frequent asthma attacks, and she had an allergy that reddened her face. And on her way to and from school and on her treks to the beach, she had to walk by the Bar Veloso.

Although the song had been around since 1962, it wasn’t until 1964 that Helô learned the truth. Friends introduced her to Tom Jobim, who still hadn’t worked up the courage to talk with her. But with the ice finally broken, he set out to win her heart. On their second date, he stated his love for her and asked her to marry him. But she turned him down. Two things got in the way. Helô knew Tom was married and that he was “experienced”, whereas she was inexperienced and would not make him a good wife. The other was that she had been dating a handsome young lad named Fernando Pinheiro from a prosperous family in Leblon since she was 15. Undaunted by her refusal, Tom told her that she was the inspiration for the song. This confirmed the rumors she had heard from others and, of course, thrilled her beyond imagination, but she still turned him down.

The world would not learn the truth until 1965. Tired of all the gossip and particularly concerned that a contest was going to be held to select “the girl from Ipanema” Vinicius de Moraes held a press conference. In a detoxification clinic in Rio where he was undergoing treatment (you’ve got to love poets), and with Helô at his side, de Moraes told the world. And he offered her one more testament:

« She is a golden girl, a mixture of flowers and mermaids, full of light and full of grace, but whose character is also sad with the feeling that youth passes and that beauty isn’t ours to keep. She is the gift of life with its beautiful and melancholic constant ebb and flow. »

Immediately she became a sensation. Offers of movie stardom, modeling contracts, and trips around the world came. Unfortunately for her, however, this was the sixties, this was macho Brazil, and she was a good girl.

In her 1996 autobiography, “Por Causa do Amor”, she writes: “The middle class philosophy was to discourage and even repress any attempts to do anything other than bringing up children and being the perfect housewife”. Fernando, to whom she was recently engaged, and her army general father refused to allow her, at age 21, to leave home. Being a loving fiancée and an obedient daughter she had no choice. She had to turn down all offers.

It may be difficult today to believe that someone would turn down certain fame and fortune to be a housewife, but times were different. In 1960 less than 12% of all jobs in Brazil were held by women and only 20% of all college students were women. The machismo rule was in effect. Remember, this is the country where, until 1991, it was legal for a man to kill his wife if he thought she was cheating on him.

So Helô married Fernando Pinheiro in 1966 and settled in to live the life of the perfect housewife. Twelve years later, however, things changed.

1978 was the pivotal year for Helô Pinheiro and her family because of two misfortunes. The first was that because the military government relaxed its trade laws causing increased foreign imports, her husband’s iron and steel business failed, the family lost its money, and Fernando was without a job. The second was the birth of her fourth child, Fernando Jr. who suffered from numerous medical problems.

Realizing her financial obligations, she turned to the only asset she had. “I never wanted to use it that way”, she said. “It was a romantic thing, a gift of love. I never wanted to commercialize it. Out of respect I didn’t want to exploit it”. But she had no choice. The girl from Ipanema was back.

The modeling assignments and TV appearances soon came. She became a radio talk-show host and a gossip columnist. Soon she opened her own modeling agency, began organizing beauty pageants, and attached her endorsement to over 100 different products.

Her name, her charm, and her hard work eventually gained her success. “You move mountains”, she said, “…when it comes to providing for your children”.

She has relaxed a bit now that her children are grown. Helô and Fernando live in Sao Paolo with their son Fernando Jr who suffers from serious learning difficulties. Her daughter Kiki is a former model turned business-woman, daughter Georgiani is a psychologist, and daughter Ticiane is a very successful super-model. Helô’s main occupation these days centers on her Garota de Ipanema boutiques in Sao Paolo and Rio where she sells a variety a women’s beachwear. And at the age of “you do the math” Helô is still a looker. She and Ticiane appeared in a photo shoot in the March 2003 issue of the Brazilian Playboy magazine.

In the sixties, Helô was the icon of Brazilian femininity. Today she is an example of it. Whereas in 1960 when less than 12% of the workforce was female, today it is over 40%, and 2/5s of those women earn more than their spouses. Of course, the typical Brazilian woman earns only 66% that of her male counterpart (in the US that average is 76%). A full 50% of Brazilian women have jobs today. Both Brazil and Helô Paes Pinto have come a long way since those innocent days back in the early sixties.

Interesting Sidelights:

Helô was one of the very few girls on Ipanema beach to wear a two-piece swimsuit. Nowadays, when we think of the beaches of Rio we think of butt-floss and band-aids so it is difficult to think there was a time when a modest two-piece swimsuit that barely exposed the navel was considered daring. But Rio was different then, and it certainly was not the French Riviera where the bikini was in style. When the “Girl from Ipanema” contests that de Moraes reacted against continued, the girls who took part knew they were being compared to a girl who wore a two-piece swimsuit. So they knew they had to become daring. As daring as Helô at first, then more daring than the previous year’s winner as the contests continued. The more daring the girls became, the skimpier the swimsuits became. The evolution of the Brazilian bikini and the string bikini is traced directly back to this contest and therefore back to the youthful Heloísa.

The 45 rpm release of The Girl from Ipanema was, according to Billboard, the fifth best selling song in the world in 1964 (the other four were Beatle songs) and was awarded the Grammy as best song of the year. According to a 1996 United Kingdom Channel 4 production “Without Walls: The Girl from Ipanema” that recording is the fifth most played record in the history of the world.

There are various stories as to how Astrid Gilberto was selected to sing the English version. One is that Astrid claims it was her husband, Joao, who argued that she should sing the English version because he was singing the Portuguese version, another story is that it was Stan Getz’s wife Monica who convinced Joao, Getz, and Jobim to let Astrid to sing it, and a third story is that Stan Getz himself insisted on Astrid over everybody else’s objections. It is interesting to note that because she was a non-professional and, therefore, not under any contract, Astrid Gilberto was never paid for this recording. She did not receive one red cent, nor, I guess, was she entitled to any payment. This recording did launch her successful career as a singer, but still, you’d think she should get something for being the vocalist for one of the most popular songs of all time.

The Getz / Gilberto album released by Verve Records stayed on the pop charts for 96 weeks and won four Grammys.

The very first performance of A Garota de Ipanema (then named Menina que Passa) was on August 12, 1962 at the Au Bon Gourmet restaurant on the Avenida Nossa Senhora in Copacabana and featured Tom Jobim, Vinicius de Moraes, Joao Gilberto, Otavio Bailly, Milton Banana, and the vocal group Os Cariocas.

The Bossa Nova craze that began in the late fifties ended rather quickly in the middle sixties. In the atmosphere of a military coup in Brazil and the war in Viet Nam, its light, lyrical and melodic sounds lost out to hard driving beats and the sounds of protest. Perhaps the downfall of the Bossa Nova began when it came to the United States. In the early sixties record companies were looking for the latest dance craze. The Twist, the Watusi, and other fads were making money for the record industry. When the Bossa Nova came, the thought was to make it into another dance fad. So songs like Blame It On The Bossa Nova by Steve Lawrence and Edie Gorme and Bossa Nova Baby by Elvis Presley were produced. These were not Bossa Nova. Bossa Nova is a soft sophisticated sound meant for vocal and instrumental interpretations, not for Las Vegas lounge acts. You listen to the Bossa Nova sound, you don’t rock to it on a dance floor. American commercialism miss-named its songs and in doing so relegated a new Jazz form to realm of the lounge-lizards.

The Bar Veloso has since changed its name to “A Garota de Ipanema”. The name of the North/South street the café is on has also changed from the Rua Montenegro to the Rua Vinicius de Moraes. Consequently the bar Garota de Ipanema is on the corner of Rua Vinicius de Moraes and Rua Prudente de Moraes. Helô’s store is to the north, next door on the Rua Vinicius de Moraes. Also, extensive construction on the Rua Prudente de Moraes took place in the seventies and early eighties so you can no longer see the beach from the bar.

The 1958 album made by Jobim, de Moraes, and Joao Gilberto that launched the Bossa Nova movement was released on the old 78 rpm records.

Tom Jobim’s full name is Antônio Carlos Brasileiro de Almeida Jobim.

Joao Gilberto’s full name is João Gilberto do Prado Pereira de Oliveira.

Stan Getz’s real name is Stanley Gayetsky.

Vinicius de Moraes full name is Marcus Vinicius da Cruz de Mello Moraes.

In 1966, Frank Sinatra came up with the idea of recording an album with Tom Jobim. To get a hold of Jobim to talk about it, the first place he called was the Bar Veloso. Tom was there. The result of their collaboration was the 1967 release of “Francis Albert Sinatra & Antonio Carlos Jobim”.

Tom Jobim served as best man when Helô married Fernando Pinheiro.

In 1976, at age 49, Tom Jobim took up with a 19 year old photographer named Ana Beatriz Lontra who he married in 1986. It has been strongly suggested that Ana, at age 19, looked an awful lot like the young Helô. (I wish I could find a picture)

Norman Gimbel (born 1927 in Brooklyn) is a member of the Songwriter’s Hall of Fame who has Grammys for the lyrics to The Girl From Ipanema and Roberta Flack’s Killing Me Softly. In 1979 he and David Shire won an Academy Award for Best Song for It Goes Like It Goes from the movie Norma Rae. He has three songs in the BMI list of Top 100 Songs of the Century, The Girl From Ipanema, Killing Me Softly, and Canadian Sunset. A very prolific writer, he is responsible for the theme music to many TV shows including Happy Days, Laverne and Shirley, Wonder Woman, and The Paper Chase. His movie credits include Norma Rae, Goodfellas, Johnny Dangerously, Crimes of Passion, Meatballs, and Chisum.

It has been said that there are two types of Brazilian music, Before Jobim and After Jobim. Born on January 25, 1927 Tom Jobim did not start studying music until 1941 and originally went to school to become an architect. In 1953 his first album was published. Before he died on December 8, 1994 he had written the songs for 28 individual albums, the scores for eight movies, and a number of single releases that appeared on other albums. After he died of a heart attack at Mt. Sinai Hospital in New York, his body was flown back to Rio where it was draped in a Brazilian flag and carried through the streets of Rio. He is buried in a tomb at the Sao Joao Batista Cemetery near his old friend Vinicius de Moraes.

Tom Jobim was married twice, Thereza Hermanny in 1949 and Ana Lontra in 1986. Vinicius de Moraes was officially married nine times. Once, Jobim asked of his friend, “After all, little poet, how many times do you have to be married?” Vinicius answered, “As many times as necessary”.

Born October 19, 1913 and died July 9, 1980, Vinicius de Moraes was a man of many interests. He was a poet, a writer, a lyricist, a musician, a film critic, a career diplomat, and a lawyer who studied English at Oxford University in Cambridge. As a diplomat he served in France, Uruguay, and the United States. In the US he was Consular at the Brazilian Consulate in Los Angeles and while in LA he took the opportunity to study film under the tutelage of Orson Welles. He too is buried in the Sao Joao Batista Cemetery.

In 2001, Helô Pinheiro opened her “Garota de Ipanema” boutique in Sao Paolo catering mostly to women and offering a variety of beachwear. One of the products she offers is a T-shirt imprinted with the music and lyrics from the song. Since this is a copy of the original sheet music, it also contains the signatures of Vinicius de Moraes and A. C. Jobim. The estates of de Moraes and Jobim filed suit arguing that the words and music belong to the estates and that all monies made from the sale of those T-shirts belong to the families of de Moraes and Jobim. Fortunately for us romantics, the Brazilian courts acted properly. In February, 2004, the court ruled in favor of Helô Pinheiro stating “…without her there would not have been the song”.


Rwanda: Un nouveau Fachoda? (This obsession with Anglo-Saxons)

12 janvier, 2007
Fachoda
Les Français ont armé les tueurs et ils les ont formés même lorsqu’ils disaient qu’ils allaient tuer les Toutsis, et la France a soutenu le régime génocidaire jusqu’à la fin, aidant même les tueurs à s’échapper. Pourquoi ? Parce qu’ils ont cette obsession des Anglo-Saxons. Charles Murigande (ministre rwandais des Affaires étrangères)

Signe des temps…?

Cet article du Guardian d’hier (merci lagrette) ironisant sur les déconvenues de la France au « Pays des mille collines » …

Installation d’une ligue de cricket, refus explicite de l’actuel président d’apprendre le français, demande d’accession au Commonwealth (bien que le pays n’ait jamais été colonie britannique), affiches de pub en anglais défiant le centre culturel français cadenassé, anglais affiché par la jeunesse dorée des cafés et boites de nuit comme langue de la résistance au génocide contre le français langue des tueurs …

Treize ans après le génocide de quelque 800 000 Toutsis par les Houtus et suite à la récente rupture des relations diplomatiques entre les deux pays (provoquée par la menace de mandat international contre le président Kagamé par le Juge Bruguière), le quotidien anglais se complait à détailler les marques du reflux français en ce minuscule pays, revendiqué (même si jamais plus de 12% de la population ne parlait réellement la langue officielle) il y a à peine plus d’une décennie comme membre à part entière de la Francophonie.

Mais, plus sérieusement, rappelle surtout une série de faits qui confirment beaucoup de soupçons sur une certaine complicité de la France avec les génocidaires qu’elle n’a en fait jamais cessé d’armer et de soutenir, jusqu’à même, sous couvert de l’Opération Turquoise et Syndrome de Fachoda oblige,… protéger leur fuite!

Extraits:

When the genocide started, Paris made no secret of where its loyalties lay. The French military flew in ammunition for government forces and, in the following weeks, a stream of Hutu officials travelled to Paris, including Jean-Bosco Barayagwiza, who was later convicted of genocide by the international tribunal, for meetings with President François Mitterrand and the French prime minister. Even as the mass graves filled across Rwanda, Paris engineered the delivery of millions of dollars’ worth of weapons to the Hutu regime from Egypt and South Africa.

Africa has traditionally been considered such a special case in Paris that France’s policy is run out of the presidency. At the time, the « Africa cell » was headed by Mitterrand’s son, Jean-Christophe, a close friend of the Habyarimanas. He later said that there could not have been a genocide because « Africans are not that organised ». France’s president did not deny what had happened, but took a view no less racist: « In such countries, genocide is not too important. »

Gérard Prunier, a French historian who advised the French government during the later stages of its intervention in Rwanda, has characterised Paris’s view of its former African colonies not as foreign countries but as « part of the family ». Paris’s African « back yard », he wrote in a history of the Rwandan genocide – in which he made clear his disaffection with French support for the Hutu regime – « remains its back yard because all the chicks cackle in French. There is a high degree of symbiosis between French and Francophone African political elites. It is a mixture of many things: old memories, shared material interests, delusions of grandeur, gossip, sexual peccadilloes. »

He added: « Of course, the arch-enemy in this cosy relationship, the hissing snake in the Garden of Eden, is the ‘Anglo-Saxon’. » Prunier said French governments viewed « the whole world as a cultural, political and economic battlefield between France and the Anglo-Saxons … It is the main reason – and practically the only one – why Paris intervened so quickly and so deeply in the growing Rwandan crisis. »

The RPF’s invasion of Rwanda in 1990 rang all the alarm bells about encroaching Anglo-Saxon influence. The rebel front was dominated by Tutsis whose families had been driven into exile by wholesale massacres around the time of Rwanda’s independence from Belgium in 1962. Many families settled in neighbouring Uganda where their children grew up speaking English, joined Yoweri Museveni’s rebel movement that seized power in Uganda in 1986 and then began to plan an assault on their homeland. Kagame was among them.

France immediately sent troops and weapons to defend Habyarimana’s regime. Politicians and the military top brass cast the conflict as between Francophone Hutus and invading Anglo-Saxon Tutsis – though 15% of Rwanda’s population were Tutsis who had not left the country. Some in the French military talked of the RPF as wanting to destroy the Hutus, calling the rebels the « Black Khmers ». Despite the growing evidence of a genocide in the making during the early 1990s, and the excesses of Habyarimana’s regime in assassinating opponents and organising periodic massacres of Tutsi civilians, France’s support did not waver.

Even as the Hutu government was facing collapse in the last phase of the genocide, and no one doubted that there had been a slaughter of Tutsis, France was trying to save the failing regime by sending troops to carve out a « safe zone » in the western parts of Rwanda still under Hutu control. « Operation Turquoise » was billed as an intervention « to stop the massacres and to protect the populations threatened with extermination ». But, as the Rwandan commission into French actions has been hearing, the zone proved to be safe for the Hutu Interahamwe to carry on murdering and to protect the extremist government from capture and trial by the RPF. The killers understood this. At the roadblocks, they cheered the first French troops to arrive. Later, General Jean-Claude Lafourcade, commander of Operation Turquoise, admitted that the safe zone was intended to keep alive the Hutu government in the hope that it would deny the RPF total victory and international recognition as the rulers of Rwanda. It was also an opportunity for France to help leading members of the regime to flee. Other killers made their own way to France knowing they would find protection from justice.

The true nature of Operation Turquoise was laid bare by events in the hills of Bisesero in the western province of Kibuye. Even after French soldiers arrived, the governor of Kibuye, Clément Kayishema, led militia attacks in the hills to kill Tutsis who had survived the slaughter of about 21,000 people, a slaughter he had organised in local churches and stadiums. The French commander in Kibuye, Captain Marin Gillier, took the attitude that Kayishema was the legal authority and chose to believe the governor when he said the Tutsis in the hills were armed rebels even though the front line with the RPF was about 50km away.

Hundreds more innocents were murdered before Gillier finally ventured into the hills. When he did, he recognised that the Tutsis there were not rebels and were armed only with sticks and bows and arrows to defend themselves. Many were starving, others severely wounded.

French soldiers were shocked when they saw the bodies of hundreds of those killed lying at the bottom of the hills, and some complained to reporters that they had been duped by their own government. Gillier appeared to have been misinformed about what was happening in front of his eyes, and later humiliated at what he had been drawn into by the politicians in Paris. Others were not so troubled. The commander on the ground was a colonel who identified himself as Didier Thibault. At the time I asked him about French cooperation with Kayishema and other killers. He responded that the Rwandan government and its army were « legal organisations ».

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Livres: Grandeurs et misères de la tolérance (France’s long-forgotten hatred of Protestants)

11 janvier, 2007
C’est à regret que je parle des Juifs : cette nation est, à bien des égards, la plus détestable qui ait jamais souillé la terre. Voltaire, Article « Tolérance »
Qu’ils s’en aillent! Car nous sommes en France et non en Allemagne!” … Notre République est menacée d’une invasion de protestants car on choisit volontiers des ministres parmi eux., … qui défrancise le pays et risque de le transformer en une grande Suisse, qui, avant dix ans, serait morte d’hypocrisie et d’ennui. Zola (Le Figaro, le 17/5/1881)
Dans la dispute entre ces races pour savoir à laquelle revient le prix de l’avarice et de la cupidité, un protestant genevois vaut six juifs. A Toussenel, disciple de Fourier, 1845
Pour ses promoteurs, il existe dans la France de la Troisième République un  » complot protestant « , mené par des étrangers de l’intérieur. Ce  » péril  » menace l’identité française et cherche sournoisement à  » dénationaliser  » le pays. Leurs accusations veulent prendre appui sur l’actualité : la guerre de 1870, la création de l’école laïque, les rivalités coloniales, l’affaire Dreyfus, la séparation des églises et de l’État. Derrière ces événements se profilerait un  » parti protestant  » qui œuvrerait en faveur de l’Angleterre et de l’Allemagne. Mais, à coté de l’actualité, la vision de l’histoire constitue également un enjeu et les antiprotestants, en lutte contre l’interprétation universitaire de leur époque, tentent une révision de la compréhension d’événements historiques comme la Saint-Barthélemy et la Révocation de l’Édit de Nantes. Ils accusent les protestants d’intolérance et érigent des statues à Michel Servet, victime de Calvin au XVIe siècle. La réaction protestante à ces attaques se marque non seulement par une riposte juridique, mais aussi par une auto-analyse plus critique que dans le passé. Cet axe se termine par une réflexion plus large sur la condition minoritaire en France et la manière dont la situation faite aux minorités est révélatrice du degré de démocratie de la société française. L’antisémitisme de cette époque concentre deux traditions hostiles aux juifs : l’une, religieuse, qui les accuse de  » déicide « , l’autre, économique, qui les accuse de  » spéculation financière « . La conjonction de ces deux traditions engendre des thèses raciales sur une lutte éternelle entre l’  » aryen  » et le  » sémite « , alors que les accusations raciales antiprotestantes, quand elles existent, n’atteignent pas ce degré d’intensité. L’anticléricalisme est l’envers du cléricalisme : deux camps de force égale se trouvent en rivalité politico-religieuse et leurs arguments dérivent souvent dans des stéréotypes où la haine n’est pas absente. La haine anticléricale se développe lors de la lutte contre les congrégations. Mais, à partir de 1905, la séparation des églises et de l’État constitue un  » pacte laïque  » et permet un dépassement de l’anticléricalisme. Paradoxalement, plus le groupe visé est faible, plus la haine à son encontre est forte. À ce titre, l’antiprotestantisme apparaît comme une haine intermédiaire entre l’anticléricalisme et l’antisémitisme. Mais, partout, à l’origine des haines, se trouve une vision conspirationniste de l’histoire : les pouvoirs établis et les idées qui triomphent sont le résultat de  » menées occultes « , d' » obscurs complots « . Présentation du livre sur le site du CNRS

Lorsque Daudet et Zola se retrouvaient aux côtés de Barrès et Maurras …

Petit retour, dans notre petite exploration des grandeurs et misères de la tolérance (et toujours pour mesurer le chemin parcouru) sur les déclarations d’un autre de nos modèles nationaux de tolérance, après le défenseur du protestant Calas, le grand Zola de l’Affaire Dreyfus lui-même.

Et, à travers lui, sur « une haine oubliée » et pourtant pas si ancienne et en son temps particulièrement virulente, à savoir l’antiprotestantisme.

Qui se souvient en effet que la Belle Epoque fut l’occasion d’un rare unanimisme, à droite comme à gauche et du côté athée comme du côté catholique, contre les Protestants?

Souvent considérés (en une réthorique difficilement imaginable aujourd’hui de type « guerre des races » entre « Anglo-Germains » protestants et « latins » catholiques) comme une sorte de “5e colonne” ou des « ennemis de l’intérieur », les protestants de religion, éducation ou « ménage » (eg. Ferry marié à une Protestante!) se voient ainsi régulièrement reprochés la « conjuration » ou le « complot protestant » et la mainmise des « huguenots » sur l’université et la République.

Sans parler des accusations récurrentes, pour leur individualisme, leur universalisme ou leur libéralisme économique (cf. le Ministre des Finances Léon Say – petit-fils de l’économiste – au père éduqué à Genève et ayant voyagé en Amérique), d’être des « valets de l’Angleterre » ou des « vendus à l’Angleterre », slogans qui ne sont pas sans rappeler certaines formules plus contemporaines comme… « Sarkozy l’Américain » !

D’où l’intérêt de l’ouvrage du spécialiste de la laïcité Jean Baubérot et de la chercheure de l’Ecole pratique des hautes Etudes Valentine Zuber (« Une haine oubliée », 2000) qui non seulement ressuscite cet épisode oublié de notre histoire récente mais montre la perennité de certains discours de haine.

Et rappelle au passage que notre valeureux auteur du “J’accuse” de l’Aurore mais aussi fils d’immigré vénitien (recalé une dizaine de fois et perpétuel exclu de l’Académie) s’était lui aussi un temps livré à de telles attaques, même s’il s’inscrivait plutôt dans cette forme d’ « antiprotestantisme littéraire” qui, de Stendhal à Baudelaire, poussa tant de nos fins littérateurs à fustiger cette “lourdeur allemande” et cette “épaisseur suisse” ou cet “esprit boutiquier” anglais ou belge, que l’on retrouve d’ailleurs aujourd’hui dans notre antiaméricanisme actuel.

Voir aussi:

Comment sortir des doctrines de haine : le regard de la sociologie historique
CNRS
février 2000

Dans le contexte actuel où les intolérances (extrémismes et pensées uniques) se multiplient, deux chercheurs du CNRS et de l’EPHE* livrent le résultat de trois années de travail en sociologie historique sur l’époque fondatrice de la laïcité (1870-1905). Leur livre, Une haine oubliée. L’antiprotestantisme avant le  » pacte laïque  » (1870-1905), décrit et analyse l' » antiprotestantisme  » sévissant en France il y a un siècle – haine aujourd’hui oubliée -, et montre comment des passerelles existent bel et bien entre cette haine d’hier et le flot des doctrines de haine actuelles.

Chacun peut en faire l’expérience : le froid est plus aisé à manipuler que le brûlant. L’antiprotestantisme des années 1870-1905 a donc valeur d’exemple. Il peut être décortiqué et analysé froidement et constituer ainsi un outil permettant au lecteur de réfléchir sur les diverses intolérances d’aujourd’hui : des problèmes que l’on aborde habituellement toujours de façon passionnelle reçoivent des éclairages nouveaux grâce à cette démarche.

Cette recherche s’articule autour de deux grands axes. Le premier étudie l’antiprotestantisme en tant que tel. Pour ses promoteurs, il existe dans la France de la Troisième République un  » complot protestant « , mené par des étrangers de l’intérieur. Ce  » péril  » menace l’identité française et cherche sournoisement à  » dénationaliser  » le pays. Leurs accusations veulent prendre appui sur l’actualité : la guerre de 1870, la création de l’école laïque, les rivalités coloniales, l’affaire Dreyfus, la séparation des églises et de l’État. Derrière ces événements se profilerait un  » parti protestant  » qui œuvrerait en faveur de l’Angleterre et de l’Allemagne. Mais, à coté de l’actualité, la vision de l’histoire constitue également un enjeu et les antiprotestants, en lutte contre l’interprétation universitaire de leur époque, tentent une révision de la compréhension d’événements historiques comme la Saint-Barthélemy et la Révocation de l’Édit de Nantes. Ils accusent les protestants d’intolérance et érigent des statues à Michel Servet, victime de Calvin au XVIe siècle. La réaction protestante à ces attaques se marque non seulement par une riposte juridique, mais aussi par une auto-analyse plus critique que dans le passé. Cet axe se termine par une réflexion plus large sur la condition minoritaire en France et la manière dont la situation faite aux minorités est révélatrice du degré de démocratie de la société française.

Le deuxième axe de ce travail compare antiprotestantisme, antisémitisme et anticléricalisme, permettant de dégager ce qui est spécifique à chacune des haines et commun à toutes. L’antisémitisme de cette époque concentre deux traditions hostiles aux juifs : l’une, religieuse, qui les accuse de  » déicide « , l’autre, économique, qui les accuse de  » spéculation financière « . La conjonction de ces deux traditions engendre des thèses raciales sur une lutte éternelle entre l’  » aryen  » et le  » sémite « , alors que les accusations raciales antiprotestantes, quand elles existent, n’atteignent pas ce degré d’intensité. L’anticléricalisme est l’envers du cléricalisme : deux camps de force égale se trouvent en rivalité politico-religieuse et leurs arguments dérivent souvent dans des stéréotypes où la haine n’est pas absente. La haine anticléricale se développe lors de la lutte contre les congrégations. Mais, à partir de 1905, la séparation des églises et de l’État constitue un  » pacte laïque  » et permet un dépassement de l’anticléricalisme.

Paradoxalement, plus le groupe visé est faible, plus la haine à son encontre est forte. À ce titre, l’antiprotestantisme apparaît comme une haine intermédiaire entre l’anticléricalisme et l’antisémitisme. Mais, partout, à l’origine des haines, se trouve une vision conspirationniste de l’histoire : les pouvoirs établis et les idées qui triomphent sont le résultat de  » menées occultes « , d' » obscurs complots « .

Le chapitre conclusif de l’ouvrage s’intitule : Analyser les doctrines de haine pour mieux les combattre. Il tente d’apprécier où se situe la ligne de partage entre le légitime droit à la critique et la dérive vers la doctrine de haine. Il cherche aussi à tracer des pistes pour sortir de l’engrenage des haines et contre-haines. Dans cette perspective, l’hégémonie culturelle des idéaux démocratiques constitue la véritable victoire de la démocratie en délivrant les consciences des peurs qui suscitent les haines.

* EPHE : École pratique des hautes études.

Référence

• Une haine oubliée. L’antiprotestantisme avant le  » pacte laïque  » (1870-1905) — Jean Baubérot, Valentine Zuber. Ed. Albin Michel, février 2000, (Sciences des religions), 336 p.- 140 F

Jean Baubérot est directeur du Groupe de sociologie des religions et de la laïcité (GSRL, CNRS-EPHE, IRESCO), et président de l’EPHE. Valentine Zuber est membre du GSRL et maître de conférences à l’EPHE.


Grandeurs et misères de la tolérance (If you prick us, do we not bleed ?)

10 janvier, 2007
Do we not bleed?I am a Jew. Hath not a Jew eyes? Hath not a Jew hands, organs, dimensions, senses, affections, passions; fed with the same food, hurt with the same weapons, subject to the same diseases, healed by the same means, warmed and cooled by the same winter and summer as a Christian is? If you prick us do we not bleed? If you tickle us do we not laugh? If you poison us do we not die?
Je suis juif… un Juif n’a-t-il pas des yeux ? Un Juif n’a-t-il pas des mains, des organes, des proportions, des sens, des émotions, des passions ? N’est-il pas nourri de même nourriture, blessé des mêmes armes, sujet aux mêmes maladies, guéri par les mêmes moyens, réchauffé et refroidi par le même été, le même hiver, comme un chrétien ? Si vous nous piquez, ne saignons-nous pas ? Si vous nous chatouillez, ne rions-nous pas ? Si vous nous empoisonnez, ne mourons-nous pas ? Shakespeare (The Merchant of Venice)

Suite à notre récent billet sur les dérives des organisations de défense communautaires et toujours dans l’intéressant dossier que Courrier international consacre à « La montée des tabous » (on ne dira jamais assez l’importance de ce journal pour aider à faire connaître la presse et les opinions de nos voisins européens et du reste du monde et surtout pour nous sortir de nos débats si souvent franco-français).

La traduction d’une tribune d’El Pais, de l’écrivain et critique de cinéma espagnol Vicente Molina Foix (merci Voushadits), qui, à partir de la « décision de plusieurs villes du Levant espagnol de supprimer de leurs festivités ce qui pouvait heurter les musulmans », notamment dans leurs reconstitutions de la Reconquista (dites « moros y cristianos »), repère très finement et justement la mesure à garder dans le respect et « l’équilibrage des comptes sociaux ».

Autrement dit dans le travail de la belle mais parfois hasardeuse entreprise de la tolérance qui fait tout à la fois l’honneur mais aussi, dans ces formes modernes – et souvent hélas tout aussi travesties – de drames sacrés que sont les « mystères cathodiques » que nous présentent aujourd’hui et quoitidiennement nos écrans de télé,… les dérives de notre modernité.

Extraits:

La révision conceptuelle et juridique des coutumes et des principes au nom desquels on a asservi, raillé et caricaturé grossièrement les Noirs, les Juifs, les Arabes ou les homosexuels, est l’un des acquis majeurs de notre civilisation moderne. Cela n’implique pas pour autant qu’il faille bannir des théâtres Le Juif de Malte, de Marlowe, brûler les négatifs des fantaisies orientalistes du Hollywood classique ou effacer les tableaux de grands maîtres où la représentation de l’autre dénote un certain dédain ethnique. Il faut mettre ces images déformées sur le compte d’un passé ignorant et ne jamais considérer comme une offense actuelle le fait que le tableau soit toujours exposé dans un musée ou la pièce représentée sur scène.
Quand on lit par exemple Le Marchand de Venise, on perçoit, à côté de certains clichés racistes qui avaient cours à l’époque, la grande compréhension humaine qu’a Shakespeare de Shylock l’usurier. Ce qui est injurieusement antisémite, c’est la façon grossière et faussée qu’on avait de représenter ce personnage juif il n’y a encore pas si longtemps.
Parfois, on l’a vu récemment, la cible potentielle de l’attaque devance peureusement des menaces non formulées. D’autres fois, éliminer ce qui est blessant, vexatoire et stéréotypé est un prix modique que l’on paie volontairement pour équilibrer les comptes sociaux, comptes qui remontent souvent à un passé “coupable” dont les héritiers que nous sommes n’ont pas à être complices.

Mais alors comnent ne pas repenser également aux polémiques qui avaient un temps rattrapé le fameux Mystère d’Oberammergau en Bavière (pas très loin de Dachau) qui, historiquement on le sait, servait souvent d’occasions de pogroms et qui eut aussi droit à ses deux visites d’Hitler lui-même (en 1930 et 1934, juste un an après sa prise de pouvoir, pour le tricentenaire), ainsi qu’à son encombrant soutien?

At a dinner on July 5, 1942, he was recorded as saying:

One of our most important tasks will be to save future generations from a similar political fate and to maintain for ever watchful in them a knowledge of the menace of Jewry. For this reason alone it is vital that the Passion play be continued at Oberammergau; for never has the menace of Jewry been so convincingly portrayed as in this presentation of what happened in the times of the Romans. There one sees in Pontius Pilate a Roman racially and intellectually so superior, that he stands like a firm, clean rock in the middle of the whole muck and mire of Jewry.”

Mais aussi à certaines déclarations, peu connues, de notre modèle national de tolérance, le Voltaire de l’Affaire Calas lui-même, et qu’il ne serait peut-être pas inutile de rappeler, ne serait-ce que pour… mesurer le chemin parcouru:

Article « Tolérance » : « C’est à regret que je parle des Juifs : cette nation est, à bien des égards, la plus détestable qui ait jamais souillé la terre. »
Article « Anthropophage » : « Pourquoi les Juifs n’auraient-ils pas été anthropophages ? C’eut été la seule chose qui eut manqué au peuple de Dieu pour être le plus abominable de la terre. »
Article « Juifs » :
« Vous m’ordonnez de vous faire un tableau fidèle de l’esprit des Juifs, et de leur histoire ; et, sans entrer dans les voies ineffables de la Providence, vous cherchez dans les mœurs de ce peuple la source des événements que cette Providence a préparés. »
« Ils sont le dernier de tous les peuples parmi les musulmans et les chrétiens, et ils se croient le premier. Cet orgueil dans leur abaissement est justifié par une raison sans réplique ; c’est qu’ils sont réellement les pères des chrétiens et des musulmans. Les religions chrétienne et musulmane reconnaissent la juive pour leur mère ; et, par une contradiction singulière, elles ont à la fois pour cette mère du respect et de l’horreur. »
« Il résulte de ce tableau raccourci que les Hébreux ont presque toujours été ou errants, ou brigands, ou esclaves, ou séditieux : ils sont encore vagabonds aujourd’hui sur la terre, et en horreur aux hommes, assurant que le ciel et la terre, et tous les hommes, ont été créés pour eux seuls. »
« On dit communément que l’horreur des Juifs pour les autres nations venait de leur horreur pour l’idolâtrie ; mais il est bien plus vraisemblable que la manière dont ils exterminèrent d’abord quelques peuplades du Canaan, et la haine que les nations voisines conçurent pour eux, furent la cause de cette aversion invincible qu’ils eurent pour elles. Comme ils ne connaissaient de peuples que leurs voisins ils crurent en les abhorrant détester toute la terre, et s’accoutumèrent ainsi à être les ennemis de tous les hommes. »

Voltaire, Dictionnaire philosophique, 1764

Sans parler de toutes les autres dont Wikipedia a fait l’instructive recension :

Citations jugées antisémites

– Blaise Pascal, Pensées, XV, 12, Éditions Havet: Les Juifs charnels tiennent le milieu entre les chrétiens et les païens : les païens ne connaissent point Dieu, et n’aiment que la terre ; les Juifs connaissent le vrai Dieu, et n’aiment que la terre ; les chrétiens connaissent le vrai Dieu, et n’aiment point la terre.

– Antoine Ondin, Curiosités françaises, XVIIe siècle
Juif : II est riche comme un juif, i. « fort riche ».
Cette piece a passé par la main des juifs, i. « elle a esté alterée ou roignée ». C’est un vray juif, i. « un avare ». Item : « meschant ».
II est parmy ou entre les mains des juifs, i. « en un lieu dangereux ou entre des personnes dangereuses ».

– Antoine Furetière, Dictionnaire Universel, 1690
Juif, ive : Qui est de la nation de Judée en Syrie, ou descendu de ses anciens habitans, ou qui suit l’ancienne Loy de Moyse & ses ceremonies. De ce mot sont venus plusieurs proverbes. J’aimerois autant estre entre les mains des Juifs, pour dire, entre les mains de gens cruels, barbares, & impitoyables. C’est un homme riche comme un Juif, pour dire, fort riche. On appelle aussi un usurier, un Marchand qui trompe, ou qui rançonne, un Juif, parce que les Juifs sont de grands usuriers, frippiers, & trompeurs.

– Dictionnaire de l’Académie française, 1762
Juif : On ne met pas ici ce mot comme le nom d’une Nation, mais parce qu’il s’emploie figurément en quelques phrases de la Langue. Ainsi on appelle Juif, un homme qui prête à usure, ou qui vend exorbitamment cher. C’est un Juif, il prête à quinze pour cent. Ce Marchand est un vrai Juif.
II se dit enfin dans le style familier, De tous ceux qui montrent une grande avidité d’argent, & d’ardeur pour en gagner.
On dit proverbialement, qu’un homme est riche comme un Juif, pour dire, qu’il est fort riche.

– Abbé J.-F. Féraud, Dictionnaire critique, XVIIIe siècle
Juif : Ce nom d’un peuple bien conu fournit à quelques expressions proverbiales. On apèle juif un homme, qui prête à usûre, ou qui vend exorbitamment cher. « C’est un juif. » Ce marchand est un vrai juif. — II est riche comme un juif.

– Dictionnaire Universel François & latin, vulgairement appelé de Trévoux, 1743-1752
Juif, ïve, s. & adj. (…) Ils attendoient tous le Messie, que Dieu leur avoit promis ; mais quand il parut ils le méconnurent, & le crucifièrent. Depuis ce temps-là ils ont toujours porté les marques de la malédiction divine. Les Romains, sous Vespasien, & Tite son fils, en firent périr un prodigieux nombre, & ruinèrent leur temple & leurs villes. Ils se soulevèrent ensuite contre les Romains par les inspirations de l’Imposteur Barchochébas, qui se disoit être leur Messie : mais l’Empereur Adrien en fit un horrible carnage ; & depuis ce temps-là ils sont dispersés en Europe, en Afrique, & principalement en Asie, méprisés & haïs par tout, & obstinés en leur haine contre Jésus-Christ.(…) De ce mot sont venus plusieurs proverbes. J’aimerois autant être entre les mains des Juif; pour dire, entre les mains de gens cruels, barbares & impitoyables. C’est un homme riche comme un Juifs pour dire, fort riche. On appelle aussi un usurier, un Marchand qui trompe, ou qui rançonne, un Juif, parce que les Juifs sont de grands usuriers, frippiers & trompeurs. On appelle aussi le Juif errant, un phantôme qu’on croit avoir vu, d’un Juif qui court le monde sans se reposer, en punition de ce que l’on dit qu’il empêcha Jésus-Christ de se reposer, lorsqu’il étoit fatigué de porter sa croix ; & par allusion on le dit des hommes qui sont toujours par voie & par chemin, qu’on ne trouve jamais chez eux.

Voir enfin:

La montée des tabous : Les intellectuels face aux fanatismes religieux

Le marchand de Venise et Mahomet
Vicente Molina Foix*
Courrier international
4 janv. 2007

Plusieurs villes du Levant espagnol ont décidé de supprimer de leurs festivités ce qui pouvait heurter les musulmans. Pour l’écrivain Vicente Molina Foix, il n’y a pas lieu de s’en offusquer.

A ma connaissance, personne n’a encore demandé la suppression des fêtes du mois d’août dans ma ville natale, Elche [dans la communauté autonome de Valence, sud-est de l’Espagne]. Elles s’articulent autour de la représentation, dans la basilique Sainte-Marie, du mystère d’Elche. Ce célèbre drame sacré, entièrement chanté et dont l’appareil scénique est à couper le souffle, raconte la mort, l’assomption et le couronnement de la Vierge.
On ne peut nier toutefois que le mystère d’Elche contient un épisode susceptible d’être considéré comme religieusement incorrect au regard d’une des autres grandes confessions mondiales. Il s’agit du passage du deuxième acte, où, alors que les apôtres s’apprêtent à ensevelir la Vierge Marie, un groupe de Juifs menés par le grand rabbin fait irruption dans le temple, lieu unique du drame. Alertés par le cantique chanté lors de la cérémonie, deux d’entre eux s’avancent et affrontent saint Pierre et saint Jean dans une scène d’action trépidante. Supérieurs en nombre, les Juifs réussissent à déborder les apôtres et parviennent au cercueil de la Vierge, qu’ils veulent emporter afin d’empêcher les chrétiens de proclamer ensuite sa résurrection. Un miracle fulminant paralyse les mains du meneur alors qu’il est sur le point de saisir le corps marial, et tous les Juifs sont convertis sur-le-champ.
Dans ma jeunesse, et peut-être encore aujourd’hui, cet épisode de lutte et de conversion prodigieuse était le préféré des enfants. On imagine aisément la passion du public enfantin pour cette scène qui laisse clairement transparaître un vieux fond manichéen, accentué jusqu’à récemment encore par la manière caricaturale dont étaient affublés les Juifs. Les responsables du mystère d’Elche, dans le cadre d’un processus constant de révision des éléments musicaux et scéniques de l’œuvre, ont apporté un soin tout particulier à la caractérisation théâtrale des Hébreux, sans qu’aucune communauté juive n’en ait fait la demande. Les Juifs, même s’ils continuent à incarner le facteur de discorde, selon une vision dogmatique très élémentaire, portent aujourd’hui des costumes élégants et dignes, des perruques bien peignées, et subissent une conversion moins théâtrale.
On a vu aussi ces derniers temps des changements dans les fêtes des moros y cristianos [qui reconstituent des épisodes de la Reconquête chrétienne de l’Espagne musulmane (718-1492)], si répandues dans tout le Levant espagnol. Dans ma province, les plus spectaculaires que je connaisse sont celles d’Alcoi, de Xixona et de La Vila-Joiosa. Dans cette dernière localité, comme à El Campello, les envahisseurs nord-africains arrivent en barque, ce qui donne lieu à de magnifiques escarmouches sur la plage. Comme le confirme l’histoire de l’Espagne, les combats s’achèvent sur la défaite des musulmans. Pour autant, les “perdants” ne sont pas rabaissés ou ridiculisés dans le récit festif. Les amis de Vila-Joiosa et d’Alicante qui m’ont invité plus d’une fois à leurs fêtes patronales étaient très fiers d’appartenir au groupe des Sarrasins. Vérité iconographique oblige, les Maures sont parés de plus vives couleurs, portent des turbans et des joyaux plus éclatants, arborent des épées aux courbes plus séduisantes et, en somme, paraissent s’amuser davantage que les vaillants défenseurs de la chrétienté.
On a appris récemment que les localités de Beneixama (province d’Alicante) et de Boicarent (province de Valence) avaient décidé de supprimer le bouquet final des festivités consistant à jeter du haut des créneaux du château chrétien un mannequin à l’effigie de Mahomet, dont la tête vole en éclats sous l’effet des pétards. Certains ont beau y voir une lâche reculade face aux pressions grandissantes du fondamentalisme musulman, la mesure me paraît judicieuse pour deux raisons.
La première raison est d’ordre éthique. Même si certains refusent de l’admettre et, s’agrippant à leurs privilèges et à leurs idées reçues, préfèrent systématiquement le passé, le temps a eu raison des aberrations qui ont perduré pendant des siècles dans les sociétés les plus avancées. Ou bien aurait-on oublié qu’il y a peu les Noirs du sud des Etats-Unis ne pouvaient pas s’asseoir dans les bus des Blancs ? Que les femmes espagnoles n’ont commencé à être considérées comme des citoyennes à part entière qu’à partir des années 1930 ? Ou que l’humiliation des homosexuels a été un sport national dans de nombreux pays et qu’il n’est pas entièrement éradiqué ?

Mettre ces images déformées sur le compte d’un passé ignorant

La révision conceptuelle et juridique des coutumes et des principes au nom desquels on a asservi, raillé et caricaturé grossièrement les Noirs, les Juifs, les Arabes ou les homosexuels, est l’un des acquis majeurs de notre civilisation moderne. Cela n’implique pas pour autant qu’il faille bannir des théâtres Le Juif de Malte, de Marlowe, brûler les négatifs des fantaisies orientalistes du Hollywood classique ou effacer les tableaux de grands maîtres où la représentation de l’autre dénote un certain dédain ethnique. Il faut mettre ces images déformées sur le compte d’un passé ignorant et ne jamais considérer comme une offense actuelle le fait que le tableau soit toujours exposé dans un musée ou la pièce représentée sur scène.
Mais il y a une seconde raison purement esthétique, qui s’avère souvent la plus offensante. Quand on lit par exemple Le Marchand de Venise, on perçoit, à côté de certains clichés racistes qui avaient cours à l’époque, la grande compréhension humaine qu’a Shakespeare de Shylock l’usurier. Ce qui est injurieusement antisémite, c’est la façon grossière et faussée qu’on avait de représenter ce personnage juif il n’y a encore pas si longtemps.
Espérons qu’on n’interdira jamais en Grande-Bretagne les feux de joie et rites enfantins qui, tous les 5 novembre, rappellent le conspirateur catholique Guy Fawkes, exécuté au début du XVIIe siècle en pleine hystérie antipapiste. Et que le mystère d’Elche ne devra pas éliminer de la dramaturgie ses Juifs hostiles. Mais des temps de résistance difficile et dangereuse au “terrorisme de la plainte” nous attendent. Parfois, on l’a vu récemment, la cible potentielle de l’attaque devance peureusement des menaces non formulées. D’autres fois, éliminer ce qui est blessant, vexatoire et stéréotypé est un prix modique que l’on paie volontairement pour équilibrer les comptes sociaux, comptes qui remontent souvent à un passé “coupable” dont les héritiers que nous sommes n’ont pas à être complices.
Et aujourd’hui, voilà que nous recevons la visite impromptue d’anciennes victimes qui – de façon fanatique et vindicative pour les unes, pacifique pour les autres – demandent à être elles aussi les protagonistes de la pièce sans porter la perruque du fantoche.

* Ecrivain et critique de cinéma espagnol, auteur du roman La Femme sans tête (Rivages, 2000).

El País

Maroc
“Les blagues : comment les Marocains se moquent de la religion, du sexe et de la politique”, titrait l’hebdomadaire arabophone Nichane dans son numéro du 9 décembre. En pages intérieures, il donnait quelques échantillons de blagues très populaires et analysait leur rôle dans la vie quotidienne des Marocains.
Aujourd’hui, lit-on sur le site de Tel Quel, la publication francophone sœur de Nichane, le directeur et l’auteure de l’article sont poursuivis par l’Etat pour “atteinte aux valeurs sacrées”. Ils risquent de trois à cinq ans de prison. Mais, sans attendre l’issue du procès, prévu le 8 janvier, le Premier ministre a décidé l’interdiction de Nichane. Et, poursuit Tel Quel, “des voix s’élèvent un peu partout dans les groupes religieux marocains (et parfois étrangers), pour appeler à ‘laver l’odieux affront fait aux musulmans’, en prenant les ‘mesures les plus extrêmes’ à l’encontre de Nichane”.

© Courrier international 2007


Elections 2007: L’arme fatale des champions de l’immobilisme (« Call me Sarkozy the American »)

9 janvier, 2007
Sarkozy l'AmericainCertains m’appellent l’Américain. J’en suis fier … Je partage beaucoup de valeurs américaines. Nicolas Sarkozy (Congrès juif mondial, 24/6/04)
Le libéralisme, ce serait aussi désastreux que le communisme. Jacques Chirac (Le Figaro, 16 mars 2005)
Nous n’avons pas besoin à la tête de l’Etat de quelqu’un qui se fixe comme programme d’être le futur caniche du président des Etats-Unis. Laurent Fabius
Sarkozy couché comme un chiot devant son maître … Henri Emmanuelli
Sarkozy fait une campagne à la Hollywood.
Le Pen

Sarkozy est le candidat des Etats-Unis. Il ferait mieux de ne pas trop le dire…

Pierre Messmer
Nicolas Sarkozy parle avec un accent nouveau à l’Amérique. Il n’y a pas chez lui ce classique réflexe antiaméricain de la plupart des hommes politiques français. A l’inverse de Villepin, il dit qu’on ne se bâtit pas contre les Etats-Unis, mais à côté d’eux.» Sarkozy a «pris un risque réel en refusant de jouer sur les penchants antiaméricains de l’opinion publique. Dominique Moïsi

A l’heure où, comme le démontrent (en un unanimisme rappelant étrangement un certain printemps 2003) les piques à présent quotidiennes du squatter actuel de l’Elysée et cette sortie aujourd’hui dans Libération d’un argumentaire de campagne du PS, les champions de l’immobilisme se coalisent et fourbissent leur arme fatale, à savoir l’accusation d’américanophilie (A quand les diatribes vichyssoises contre le « Mur de l’argent anglo-saxon » ou, Sarkozy et certains de ses conseillers ne faisant pas mystère de leurs origines, contre… « la ploutocratie juivo-américaine » ?).

Et où leur cible désignée est elle-même tentée de remballer ses ambitions de « rupture« , il faut relire ces paroles fortes qui avaient un temps fait rêver et espérer ceux qui voulaient croire à nouveau que la France pouvait redevenir ce qu’elle avait été un jour: « un phare pour l’humanité ».

La France doit porter des valeurs universelles, et la seule façon de les porter, c’est de les faire vivre. La France ne peut pas rester silencieuse quand un massacre est commis dans le monde. Que ce soit au Darfour, au Rwanda, en Tchétchénie, au Tibet. Ce n’est pas faire de l’ingérence dans les affaires des autres pays que de défendre des principes universels! Ce n’est pas donner des leçons de morale ou déterminer ce qui est le Bien, ce qui est le Mal, que de défendre des valeurs universelles. Et parmi ces valeurs universelles, il y a le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, et le nécessaire respect des droits de l’homme. Que la France doive parler, ce n’est pas un droit, c’est un devoir. Le silence n’est ni plus ni moins que de la complicité. Il faut dire la vérité à un certain nombre de pays, sans pour autant se fâcher avec eux. Le rôle d’un ami, c’est de dire les choses telles qu’elles sont. Je ne peux pas accepter qu’au prétexte d’avoir de bons rapports avec la Chine ou avec la Russie, on s’abstienne de dire ce que l’on pense à propos de références universelles qui ont fait la place de notre pays à travers le monde comme le statut des prisonniers, le refus du travail des enfants, le respect des croyances ou la liberté de réunion. Si la France veut continuer à être un phare pour l’humanité, elle doit continuer à parler. Si elle se tait, c’est le phare qui s’éteint.
Il y a en effet le combat des démocraties contre des organisations terroristes qui menacent la stabilité internationale, la paix et les droits fondamentaux. Ces entreprises terroristes utilisent la religion comme vecteur de leur haine de la démocratie, de la liberté, de la modernité et de l’égalité entre hommes et femmes. Ces gens sont en quelque sorte les héritiers de tous les ennemis de la liberté qui ont peuplé l’histoire du monde. Ils sont aujourd’hui issus du monde musulman, et je pense que les musulmans du monde entier devraient se sentir agressés par l’exploitation de leur religion à des fins criminelles et barbares. /…/ la communauté internationale doit aussi s’impliquer avec une plus grande détermination dans tous les pays minés par les opérations de groupes terroristes. C’est le cas en Afghanistan et en Irak mais aussi, il ne faudrait pas l’oublier, en Somalie et au Darfour. Nous le devons à ces pays et à leurs populations. Nous le devons à nous-mêmes aussi, car nous devons éviter que ces régions deviennent des sanctuaires pour terroristes, voire des soutiens actifs à leurs actions dans le monde.
Au pire de la confrontation politique entre la France et les États-Unis sur l’affaire de l’Irak, nos services secrets travaillaient tous les jours ensemble. Je suis bien placé pour le dire, j’étais ministre de l’Intérieur. Notre collaboration était parfaite. D’ailleurs, nos adversaires sont les mêmes, car Ben Laden vise New York comme il pourrait viser Paris. Quand ça saute à Atocha, ça pourrait sauter à Austerlitz. Quand ça flambe à Londres, ça peut flamber à Paris. Les terroristes veulent abattre les démocraties. Ces dernières doivent être solidaires.
depuis la Shoah, la question de l’existence d’Israël est une question qui se pose à tous les pays du monde, à tous les pays démocratiques, et particulièrement aux pays européens parce que la Shoah a eu lieu en Europe, parce que ce sont des Européens qui ont été responsables de la Shoah.
[Le Hezbollah est-il un mouvement terroriste ?] Oui. L’attitude qui consiste à envoyer des roquettes sur le nord d’Israël sans se demander sur qui vont tomber ces roquettes est une opération terroriste. Accepter d’être financé par l’Iran dont on sait ce que disent ses dirigeants revient à se situer dans le camp des terroristes.
Le droit à la sécurité pour Israël est un droit sur lequel on ne peut pas transiger. Israël est une démocratie. Israël est né dans les conditions que l’on sait. C’est une responsabilité essentielle, pour tous les pays libres, d’assurer sa survie.
Il est temps d’en finir avec les malentendus franco-américains. Nous partageons des valeurs communes. Nous sommes engagés ensemble dans la lutte contre le terrorisme. Ce qui s’est passé à New York le 11 septembre 2001 aurait pu se passer à Paris. Cet ensemble constitue notre socle commun. Il est essentiel.

Voir aussi:

Un «néoconservateur américain à passeport français»
«Libération» s’est procuré l’enquête du PS. Extraits.
Libération
Le 9 janvier 2007

En 106 pages fouillées, l’étude décrypte l’action de Nicolas Sarkozy à Bercy comme à Beauvau, son projet de candidat à l’Elysée et, surtout, le fondements idéologiques du dessein d’un «néoconservateur américain à passeport français».

Morceaux choisis.

«L’apologie du modèle communautariste religieux»
«Raviver les sentiments communautaires et la religiosité dans un contexte de progression de l’individualisme permet de substituer à la solidarité nationale des solidarités communautaires, et ainsi de réduire le poids de l’Etat et de la Sécurité sociale dans l’économie. C’est sous cet éclairage que son ouvrage la République, les religions, l’espérance prend toute sa signification. « Je suis convaincu que l’esprit religieux et la pratique religieuse peuvent contribuer à apaiser et à réguler une société de liberté », écrit Sarkozy. Comme aux Etats-Unis, il faut en appeler aux religions pour régler nos problèmes : « Les cadres de l’Eglise en France pourraient susciter une grande réflexion sur la nécessité de construire des synagogues, des églises et des mosquées dans les banlieues. Il est aussi important d’ouvrir des lieux de culte dans les grandes zones urbaines que d’inaugurer des salles de sport, elles-mêmes très utiles ! Ce qui doit nous préoccuper, c’est ce que vont être les idéaux de la jeunesse qui vient. Tous ces jeunes qui ne croient plus à grand-chose, voilà un défi pour toutes les religions ! » Que penser de la connexion entre ce projet et l’ambition de l’Union des organisations islamiques de France de promouvoir l’islam comme un moyen de lutter contre la délinquance ? L’un de ses dirigeants, Amar Lasfar, qui anime la mosquée de Lille, insiste sur ce rôle de pacification des relations sociales qui incomberait à l’islam. Et Farid Abdelkrim, figure emblématique des jeunes musulmans de France, est encore plus explicite : « L’islam, c’est un Kärcher qui permet de nettoyer les comportements les plus tordus qui soient. Avec l’islam, j’ai arrêté de fumer, j’ai arrêté de boire, j’ai arrêté de voler, j’ai respecté mes parents, j’ai voulu faire des études. »»

«Le sécuritaire dangereux et inefficace»
«Le choix du tout répressif débouche sur celui du tout carcéral. Nicolas Sarkozy feint de ne pas « comprendre ce débat sur le nombre de personnes incarcérées : on doit mettre en prison ceux qui le méritent et on ne doit pas mettre en prison ceux qui ne le méritent pas », mais il sait que le recours à l’incarcération est un choix de société. Les Etats-Unis comptent environ 715 détenus pour 100 000 habitants. Un ratio qui leur confère la place de numéro 1, loin devant la Russie (584 détenus). En France, on constate les débuts d’une évolution à l’américaine. Les effectifs des prisons n’ont cessé d’augmenter depuis 2001. Le taux de détention s’établit à environ 100 détenus pour 100 000 habitants, contre 75 en 2000.»
«En novembre 2006, Nicolas Sarkozy répète que, pour lui, « il importe d’ouvrir un débat sur la question des peines minimales pour les délinquants récidivistes coupables d’atteintes aux personnes ». Avec ce projet, il puise directement son inspiration outre-Atlantique. L’illustration la plus emblématique des peines minimales automatiques, dites « peines planchers », est la loi adoptée par l’Etat de Californie en 1994 : elle oblige le juge à prononcer une peine s’échelonnant de vingt-cinq années d’emprisonnement à la perpétuité lorsque la même personne est condamnée pour la troisième fois, et ce quelle que soit la nature des infractions.»

Le clone de Bush
« »Certains en France m’appellent Sarkozy l’Américain. J’en suis fier. Je suis un homme d’action, je fais ce que je dis et j’essaie d’être pragmatique. Je partage beaucoup des valeurs américaines », déclare-t-il en avril 2004 devant le Comité juif américain. […] Lors du début du conflit en Irak, il ne dit rien. Son silence tranche avec la dénonciation par les autorités françaises de la guerre préventive. […] En avril 2004, il s’emploie à donner un faste tout particulier à un déplacement et obtient d’être reçu par Colin Powell et Condoleezza Rice. […] Plus encore qu’aux Américains, il s’identifie au conservatisme de George W. Bush. Il a compris que le libéralisme seul ne lui permettait pas de gagner la présidentielle et qu’il fallait y ajouter, comme Bush l’a fait en 2004, d’autres dimensions : la famille, la sécurité, la religion et le patriotisme. […] Par rapport aux credos traditionnels de la droite anglo-saxonne (méfiance à l’égard de l’Etat, préférence pour la liberté par rapport à l’égalité, nationalisme), cette droite américaine ajoute trois autres caractères novateurs auxquels Sarkozy tente de coller : elle se veut plus optimiste en se différenciant du scepticisme de la droite classique, plus égalitaire, et, enfin, plus populiste et moins élitiste.»

Le voyage aux Etats-Unis du ministre de l’Intérieur a irrité le chef de l’Etat.
Chirac juge «lamentable» l’atlantisme de Sarkozy
Libération
Le 18 septembre 2006

Après de premières paroles aigres-douces pour justifier la présence d Nicolas Sarkozy aux «commémorations» du 11 Septembre, la virée américaine du ministre de l’Intérieur a bel et bien fini par provoquer la colère de Jacques Chirac. Le chef de l’Etat, qui s’envole en fin de matinée pour l’assemblée générale de l’ONU à New York, y a vu la confirmation de ce qu’il redoutait : s’il était amené à lui succéder, le président de l’UMP mettrait un terme à la spécificité française à l’égard des Etats-Unis, au profit d’une vision atlantiste. «Irresponsable», a lancé Chirac mardi à l’un de ses plus anciens collaborateurs, en lui expliquant le «danger pour la France» de la relation transatlantique que Sarkozy a affirmé à Washington vouloir «rebâtir».

«Arrogance».

Le Président et le ministre de l’Intérieur avaient pourtant eu un tête-à-tête dans la semaine précédant le départ de Sarkozy. Mais ce dernier s’était bien gardé de transmettre à l’Elysée le discours qu’il devait prononcer devant la Fondation franco-américaine, dans lequel il a dénoncé «l’arrogance française» et fait la leçon au duo Chirac-Villepin : «Il n’est pas convenable de chercher à mettre ses alliés dans l’embarras ou de donner l’impression de se réjouir de leurs difficultés.» Avant de compléter le réquisitoire contre l’attitude de Paris lors du déclenchement de la guerre en Irak : «Plus jamais nous ne devons faire de nos désaccords une crise.» Des propos que Chirac a qualifié mardi en privé de «lamentables» et de «faute», après avoir, dans un premier temps, déclaré qu’il l’avait «chargé d’être le représentant de la France».

C’est bien deux visions, deux doctrines, qui opposent l’Elysée et Sarkozy sur cette question sensible. «Sans prononcer le mot de rupture, pour ne vexer personne, c’est une musique totalement différente que Nicolas Sarkozy a fait entendre aux Américains. Inutile d’agresser Jacques Chirac. Mais, si on gagne la présidentielle le 6 mai, il sera temps de changer de politique étrangère le 7», assure le député Pierre Lellouche, spécialiste de relations internationales, qui assistait au rendez-vous entre le ministre de l’Intérieur et George Bush. «Ce discours a été très difficile à écrire, car il ne fallait heurter personne, mais ne pas s’autocensurer non plus. Il suffit de le lire pour s’apercevoir qu’il comporte maintes ruptures avec la ligne actuelle», confirme un des collaborateurs du ministre issu du Quai d’Orsay.

Foudres.

Prudent pour ne pas s’attirer les foudres immédiates de Chirac, Sarkozy prépare donc les esprits à un changement de cap radical à l’égard des Etats-Unis. Pour Dominique Moïsi, expert à l’Institut français des relations internationales (Ifri), «Nicolas Sarkozy parle avec un accent nouveau à l’Amérique. Il n’y a pas chez lui ce classique réflexe antiaméricain de la plupart des hommes politiques français. A l’inverse de Villepin, il dit qu’on ne se bâtit pas contre les Etats-Unis, mais à côté d’eux.»

Sur le fond, le président de l’UMP considère que «[la France] ne peut pas se fâcher avec la première puissance du monde, d’autant plus qu’elle partage les mêmes valeurs que nous. Est-ce qu’on continue à se poser en rivaux ou est-ce qu’on s’additionne pour mieux coopérer ?» explique un proche. Le ministre de l’Intérieur déteste, par-dessus tout, la «grandiloquence, les postures et les mises en scène», poursuit le même. Dans son collimateur, le fameux discours de Villepin à l’ONU sur l’Irak de février 2003 et, surtout, la menace de Chirac d’utiliser le droit de veto de la France. «Sarko l’Américain, on l’assume… et puis merde !» tranche Pierre Lellouche.

Pour ne surtout pas polémiquer et étaler ces divergences à quelques jours du discours de Chirac à l’ONU, les diplomates de l’Elysée se sont évertués à minimiser la portée des propos de Sarkozy. A rabaisser, comme l’a fait le ministre des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, le voyage de Sarkozy au rang de simple présence d’un membre du gouvernement à la «commémoration du 11 Septembre». Et tous de souligner, à l’instar de Douste-Blazy, que la rencontre de Sarkozy avec Bush ne traduit «aucune inflexion» de la politique française envers les Etats-Unis. En clair, «seul compte la voix du chef de l’Etat» pour parler à l’Amérique. «Au regard des résultats de notre diplomatie sur le Liban ou de ce que nous avions annoncé sur l’Irak, il n’y a aucune raison de refonder notre relation équilibrée avec Washington», note un diplomate de l’Elysée qui estime que la ligne tenue par l’Elysée depuis 2003 a porté ses fruits.

«Chiot».

Alors que l’opposition frontale avec les Etats-Unis a été un événement fondateur de la carrière de Dominique de Villepin et que la décision de ne pas participer à la guerre en Irak reste la séquence la plus plébiscitée du bilan de Chirac, Sarkozy a «pris un risque réel en refusant de jouer sur les penchants antiaméricains de l’opinion publique», remarque Dominique Moïsi.

L’opposition l’a bien senti. «Nous n’avons pas besoin à la tête de l’Etat de quelqu’un qui se fixe comme programme d’être le futur caniche du président des Etats-Unis», a déclaré Laurent Fabius samedi à Lens, en usant d’une métaphore canine déjà utilisée à l’égard de Tony Blair. Dès jeudi, le député PS des Landes, Henri Emmanuelli, avait, lui, fustigé «Sarkozy couché comme un chiot devant son maître» Bush. Chirac ne doit pas être loin de penser la même chose.
La faute de Sarkozy
Thomas VALLIÈRES
Marianne
23-29 septembre 2006

Le numéro deux du gouvernement a spectaculairement rompu avec la politique étrangère gaulliste poursuivie par Pompidou, Giscard, Mitterrand et Chirac. Explication en six points.

Il y a quelques années, feu Georges Marchais s’était rendu en Union soviétique. Depuis Moscou, il avait approuvé l’intervention russe en Afghanistan. Cela avait fait scandale. Et que répondirent les néostaliniens à ceux qui avaient manifesté leur indignation ? Qu’ils se rendaient coupables d’« antisoviétisme primaire ». Rebelote.

Des voix s’étant élevées pour critiquer les propos de Nicolas Sarkozy choisissant, depuis New York et Washington, l’Amérique de Bush contre la France de Chirac, le député UMP « bushiste » Pierre Lellouche stigmatise leur « anti-américanisme primaire ». D’une imbécillité l’autre ! Mais qu’a dit, ou fait, Nicolas Sarkozy précisément ?

Qu’il se soit rendu aux Etats-Unis, qu’il y ait témoigné sa solidarité à l’égard des victimes du 11 septembre 2001, c’est non seulement son droit, mais c’est une heureuse initiative. Il en a profité (aux frais des contribuables ?) pour mener sa campagne électorale ? Ce n’est franchement pas tragique. Il a fait des pieds et des mains pour avoir sa photo avec Bush ? C’est enfantin et, sans doute, politiquement idiot, mais ce n’est pas scandaleux. En fait, ce sont les « démocrates » américains qui ont été le plus choqués, d’autant que Bush ne reçoit pas ceux qui, tel l’Espagnol Zapatero, ont exprimé la moindre critique à son endroit. Si donc Sarkozy en était resté là, il n’y aurait pas de quoi fouetter un caniche.

Mais voilà, le numéro deux du gouvernement a multiplié les initiatives et les déclarations qui constituent autant de provocations inouïes, et sans précédent, dans l’histoire de la Ve République :

1. Clairement et sans la moindre ambiguïté, il a fait entendre qu’il était hostile, non seulement à la menace française d’opposer son veto à la résolution présentée au Conseil de sécurité pour légaliser la guerre d’Irak, mais également, au discours « grandiloquent » de Dominique de Villepin à l’ONU, qui avait été applaudi par les opinions publiques du monde entier.

2. En insistant, à plusieurs reprises, sur le fait que la France ne devait, sous aucun prétexte, entrer en crise ouverte avec les Etats-Unis, et que s’imposait à elle, dans tous les cas de figure, une totale solidarité à l’égard de son grand allié (quitte à exprimer quelques remarques en coulisses), Sarkozy a fait savoir, en creux, que la France n’aurait pas dû s’opposer publiquement à la guerre d’Irak et qu’en conséquence il s’« aligne », lui, non sur la position de Chirac, mais plutôt sur celle du Britannique Blair, de l’Espagnol Aznar et de l’Italien Berlusconi.

3. Il a été encore plus loin en stigmatisant (et cela toujours depuis le territoire américain) « ceux qui se réjouissent des malheurs de nos partenaires ». Autrement dit, au lieu de reconnaître que les événements ont donné raison à Chirac, donc à la France, il accuse, comme les néoconservateurs de Washington, Chirac et Villepin de s’être réjouis de l’échec américain !

4. Pis ! Devant une assemblée de notables américains, il a critiqué ouvertement son propre pays, dont il a fustigé « l’arrogance » et la tendance à la « grandiloquence » (visant Villepin), sans faire, en revanche, la plus petite allusion à l’arrogance de l’actuelle administration américaine qui est pourtant dénoncée, aujourd’hui, dans le monde entier.

5. Non seulement, donc, Sarkozy, cas quasi unique, s’est démarqué totalement à l’étranger du gouvernement dont il est le numéro deux, et sans être sanctionné (pour moins que cela, Lionel Jospin, après un voyage en Israël et en Palestine, avait été convoqué à l’Élysée pour se faire remonter les bretelles) ; mais, en outre, il s’est livré à une surenchère avec Tony Blair en ce qui concerne le problème du Proche-Orient et avec Bush lui-même en ce qui concerne la crise iranienne. Il a tenu, en prime, sur le Hezbollah, des propos que l’on peut certes approuver, mais qui sont en contradiction avec la position européenne et mettent en danger nos soldats engagés au Liban.

6. En conclusion, et c’est ce qui donne sa dimension considérable à l’événement, Nicolas Sarkozy, depuis le territoire américain, a rompu spectaculairement avec la politique étrangère gaulliste poursuivie par Pompidou, Giscard, Mitterrand et Chirac, remettant même en cause, implicitement, la position du général de Gaulle au moment de la guerre du Vietnam (et, bien sûr, son retrait de l’Otan). « Sarko l’Américain », sous l’influence du député Pierre Lellouche, de l’essayiste Patrick Wajsman (ses conseillers en matière diplomatique) et de quelques intellectuels néoconservateurs français, a abattu ses cartes : il rejoint, en matière de politique étrangère, les positions de Blair, Aznar et Berlusconi.

En soi, ce « coup d’Etat » diplomatique est déjà extraordinaire. Ce qui l’est plus encore, c’est que les grands médias ont (dans un premier temps du moins) choisi d’occulter ce formidable « incident » qui constituera pourtant un élément clé de la future campagne électorale présidentielle.

Comment expliquer cette incroyable initiative de Sarkozy qui risque de lui retomber sur le nez ? Par sa psychologie en partie, mais pas seulement.

Pour le coup, on ne peut pas douter qu’il exprime ainsi une profonde conviction ! Dont acte.

Chirac, Sarkozy et une guerre très civile

Reportage de John Lichfield

The Independent, le 25 novembre 2006
article original : « Chirac, Sarkozy and a very civil war »

Le Président français et celui qui voudrait bien lui succéder sont enfermés dans une lutte à mort, en partie personnelle, en partie politique et au plus haut point pernicieuse.

Tuer le père n’est jamais facile. En particulier si le père se rebiffe. Toutes les luttes de pouvoir sont fascinantes. La lutte entre le Président Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, celui qui voudrait bien lui succéder dans le camp de la droite de la politique française, est élémentaire : elle est oedipienne. Il était une fois, en politique, un père et son fils – ou du moins son beau-fils. Il fut un temps où Sarkozy eut une relation intime – certains disent une relation amoureuse – avec la plus jeune des filles de Chirac, Claude.

Cela fait maintenant 12 ans que Chirac et Sarkozy sont brouillés. Désormais, ils se détestent énergiquement. Et pourtant, Nicolas Sarkozy est toujours l’un des rares hommes politiques que Chirac tutoie. Avec son énergie, son culot, son ambition débridée, son impétuosité et son génie tactique (ou sa stupidité tactique occasionnelle) Sarkozy ressemble à Chirac quand ce dernier était jeune. Mais il y a aussi des différences importantes.

Du moins, Sarkozy semble vouloir FAIRE quelque chose et non pas ÊTRE seulement quelque chose. Cela pourrait faire de lui (s’il est élu), soit un président qui réussit mieux, soit un président plus dangereux. Voilà trois ans qu’il a ôté une à une les sondes alimentaires de « papa » Chirac. Le parti politique de centre-droit, que Chirac a créé comme équipement de survie pour son deuxième mandat présidentiel, a été détourné devant les propres yeux du président et converti en sono géante pour claironner les ambitions du jeune homme (jeune au sens politique).

Durant les cinq prochains mois, dans l’attente que la France élise un nouveau président, les 22 avril et 6 mai prochains, le fils indigne prévoit de reprendre l’ensemble de l’entreprise familiale, sans permission. Pire, il a raconté au monde entier que le vieil homme est un idiot ; que le fils gèrera l’entreprise France très différemment ; qu’il deviendra ami avec les anciens ennemis du vieil homme, les Anglo-Saxons ; qu’il a la vision et les tripes pour moderniser et libéraliser la France, ce dont était dépourvu le vieil homme.

Le Président Chirac aura 74 ans mercredi prochain. Il a passé 40 années sur le devant de la scène politique, avec peu de succès à faire valoir. Sa santé est douteuse. Ces deux dernières années ont été une suite de calamités : le rejet par la France de la constitution européenne qui était surtout l’idée de Chirac ; les émeutes des banlieues ; la défaite dans la rue des plans pour libéraliser la loi relative au travail des jeunes. La température politique de Chirac est en dessous des minima ; son rythme cardiaque de popularité à droite – autrefois fois si vigoureux – se voit à peine sur l’écran (1 % dans un sondage récent).

Chirac peut-il rassembler assez d’énergie, sinon pour rallonger sa vie politique, du moins pour détruire les ambitions de son « fils » détesté, rejeté et turbulent ? Il est clair, depuis de nombreux mois, que Sarkozy, 51 ans [NdT : 52 le 28 janvier prochain], le minuscule ministre de l’intérieur, frénétique et au franc-parler, sera le « Prochain Grand Truc » à droite, sur la scène politique française. Il est clair qu’il sera le principal candidat de la droite dans les élections présidentielles du printemps prochain. Il est tout aussi clair, depuis plusieurs mois, que Chirac fera tout ce qui est en son pouvoir pour ruiner les chances de Sarkozy, même si cela signifie laisser gagner la présidence à la gauche. Ce qui n’est pas tout à fait clair est si Chirac a toujours la force de le faire.

Selon un vieux fidèle chiraquien, quelque chose de nouveau s’est produit, ces derniers jours et semaines, qui a réveillé les espoirs du président et ses instincts pour le combat politique. La victoire écrasante de Ségolène Royal dans la « primaire » socialiste la semaine dernière a semblé être une mauvaise nouvelle pour la droite française. Voici une femme qui attire le soutien de la gauche, du centre et de la droite. Voici une personnalité politique, parce qu’elle est une femme, qui offre un profil « différent » de dirigeant dont la France aspire, sans menacer d’un changement de direction abrupte qui effraye la « France Moyenne ». Le Président Chirac, selon cette source bien-placée, pense que Madame Royal est son aubaine, l’occasion divine – ou socialiste – de sortir de son agonie. Ou au moins de faire couler Sarkozy.

Il s’est convaincu lui-même qu’il peut encore, à 74 ans, sortir comme le seul homme politique à droite capable de réduire les prétentions de Mme Royal. Il pense qu’il revient à un « grand-père » (c’est à dire : lui-même) de remettre à sa place celle qui voudrait être la « mère » de la France.

Tout ceci pourrait bien être le fantasme d’un vieil homme désespéré et revanchard, encouragé par un entourage personnel et politique, terrifié à la sombre perspective de l’ère post-chiraquienne. Ça ne fait rien. Alors que Sarkozy plongera dans les sondages dans les jours qui viennent, ce qui semble possible, les forces de la chiraquie redoubleront d’effort pour le faire chuter. Ils pourront désormais dire qu’ils ne cherchent pas à diviser la droite – que Dieu les en garde ! – mais de la sauver, de Sarkozy et de sa défaite certaine contre Ségolène Royal.

En d’autres termes, le Président Chirac pense que, finalement, son manque de bol pourrait avoir tourné.

Depuis trois ans ou plus, Sarkozy a eu une série extraordinaire de bonne fortune dans sa campagne pour supplanter Chirac. Presque tout est allé dans son sens : la mauvaise santé de Chirac ; la série de désastres politiques de Chirac ; l’effondrement rapide de la popularité du Premier ministre, Dominique de Villepin, adonis et poète-bureaucrate non-élu promu par Chirac il y a deux ans pour entraver le chemin de Sarkozy.

Même la glauque affaire Clearstream – une tentative maladroite, en 2004, par des personnes inconnues de faire passer Sarkozy pour quelqu’un de corrompu – a fini par l’aider. Quelle que soit la vérité dans cette affaire bizarre, beaucoup en France pensent que Chirac et Villepin ont essayé, au strict minimum, d’entretenir des allégations manifestement fausses pour détruire leur collègue et rival. Quelles sont les origines de cette haine vicieuse à la tête du parti de la majorité ? Elles sont en partie politiques, en partie personnelles.

En 1983, Sarkozy, à 28 ans, fut élu comme plus jeune maire de France, dans l’une des communes les plus riches, Neuilly-sur-Seine, un ghetto pour les riches et les puissants entre Paris et les gratte-ciel de la Défense. À partir du milieu des années 80, alors que Chirac était le maire de Paris, juste à côté, et fomentait sa deuxième campagne présidentielle (des quatre qu’il a menées ; deux défaites et deux victoires), le jeune maire de Neuilly devint l’un des plus proches confidents du dirigeant gaulliste d’alors. Il devint, en fait, le confident de tout le clan Chirac. Bien que Sarkozy fût marié, il se compromit amoureusement avec la fille de Chirac, Claude. On dit que la femme de Chirac, Bernadette, le considérait comme le gendre idéal. Au début, cette relation se termina amicalement. Sarkozy fut le témoin de Claude lors de son mariage en 1992 avec un journaliste [NdT : le politologue du Figaro Philippe Habert].

Environ à la même époque, Sarkozy rencontra la femme qui allait devenir sa deuxième femme, Cécilia. L’amitié avec le clan Chirac s’effondra vers 1994 lorsque Sarkozy – alors Ministre du Budget – déclara qu’il allait soutenir Edouard Balladur, le Premier ministre et ancien compagnon de Chirac, dans l’élection présidentielle de 1995.

Jacques Chirac se senti politiquement trahi. Pire, la femme et la fille de Chirac se sentirent personnellement humiliées par quelqu’un qui avait été autorisé à franchir le seuil de l’intimité familiale, une frontière qui est jalousement gardée dans la haute bourgeoisie française. On dit que Bernadette Chirac a fait la remarque suivante : « Quand on pense qu’il nous a vues en chemises de nuit !… »

Mais, en 1995, Sarkozy a soutenu le mauvais cheval. Chirac n’a fait qu’une bouchée de Balladur et est devenu président. Pendant un bon moment, Sarkozy a été banni vers les ténèbres. Il a orchestré, par la cajolerie, son retour à une confiance mitigée et a connu un succès spectaculaire lorsqu’il est devenu le ministre de l’intérieur tonitruant après la réélection de Chirac en 2002. Dans ce qui a semblé être une hâte indécente aux yeux de Chirac – et pas seulement à ses yeux – Sarkozy a usé de sa popularité pour lancer une campagne de facto pour succéder, quatre ans avant la prochaine élection, à son patron.

En jouant sur l’âge de Chirac et un avenir incertain, en ayant le courage et le culot de dévoiler son jeu en premier, Sarkozy a retourné un grand nombre de politiciens et de supporters de base du parti de la majorité, l’UMP, en Chiraco-Sarkozistes et ensuite en Sarkozistes purs et simples. Lorsque Chirac essaya de l’empêcher de devenir président de l’UMP en 2004, il était trop tard. Le soutien pour Sarko dans le parti, créé deux ans auparavant pour idolâtrer Chirac, était trop fort.

Sarkozy a commencé à parler de « rupture » avec 30 années de politique centriste défaillante. En d’autres termes, il a commencé à faire campagne, non seulement contre la gauche, mais contre Chirac – de l’intérieur du gouvernement. Il était trop populaire pour être viré. À la place, lui et ses supporters pensent que les forces de la chiraquie se résument à des sales tours.

Il y eut l’affaire Clearstream : l’accusation bidon que Sarkozy, et d’autres, détenaient des comptes illégaux au Luxembourg. Pire, peut-être, il y eut la fuite délibérée dans la presse, au printemps 2004, de rumeurs – qui se sont avérées exactes – qu’il y avait de sérieux problèmes derrière la façade du mariage puissant apparemment parfait entre Nicolas et Cécilia. Madame Sarkozy s’est enfuie à New York avec un autre homme mais finit par être persuadée de revenir. Sarkozy tient toujours l’entourage de Chirac pour responsable d’avoir, à l’origine, répandu ces rumeurs et d’avoir transformé en crise un conflit domestique. [1]

Dans l’ensemble, cependant, la chance de Sarko a tenu bon. Chirac fut humilié par la défaite au référendum constitutionnel et semblait vieux et dépassé. Il a eu une mini-attaque ou « petit accident vasculaire », ce qui a rappelé à tout le monde que même lui ne pourra pas durer éternellement.

Les émeutes de 2005 auraient pu faire du tort à Sarkozy. C’est certainement ce qu’espérait l’Elysée. Le langage abrupt du Ministre de l’Intérieur – décrivant les bandes de jeunes des banlieues comme des racailles – avait contribué à faire monter la colère dans les banlieues abandonnées et mécontentes. En fait, après les émeutes, le ministre de l’intérieur était vu par de nombreux électeurs blancs de la classe moyenne comme leur meilleure protection contre la violence des banlieues. La popularité de Sarkozy a continué de monter.

Ces derniers mois, il y a eu une bataille inconvenante entre le numéro deux du gouvernement français, Sarkozy, et le Président et son Premier ministre. À divers moments, les deux camps ont appelé, ou accepté, une trêve, seulement pour commencer à s’attaquer les uns les autres, quelques jours plus tard, dans des termes à peine voilés.

Le camp Chirac – réduit à seulement environ 50 fidèles parmi les 353 députés UMP – s’est plaint de l’état d’esprit non-démocratique et autoritaire qui règne au sein du parti idolâtrant Sarkozy. Ils ont protesté contre les plans de Sarkozy de tenir la conférence du parti le 14 janvier pour élire le candidat à la présidence. Ceci était, ont-il dit, irrespectueux vis-à-vis du Président Chirac, qui avait fait savoir qu’il ne déciderait pas avant plus tard dans l’année s’il serait ou non candidat. Néanmoins, ces plans ont été confirmés cette semaine.

En septembre, Sarkozy, convaincu que Chirac ne pouvait plus rien contre lui, a ajouté un grave affront à la blessure. Il s’est rendu aux Etats-Unis, a rencontré George Bush et a déversé son dédain sur la réussite la plus fière (certains disent la seule) de Chirac pendant son deuxième mandat : sa résistance à l’invasion anglo-américaine de l’Irak en 2003. Lors d’un discours à New York, Sarkozy a déclaré que, lorsqu’il sera président, il interdirait l’ « arrogance » et la « grandiloquence » comme outils diplomatiques. Il ne permettrait pas que les désaccords avec les alliés « deviennent une crise ». Il n’essayerait pas délibérément d’embarrasser les amis de la France. [2]

Depuis lors, il est devenu clair qu’il n’y aurait pas de réconciliation paternelle à droite : seulement une lutte à mort. Chirac et Villepin refuseront de rejoindre la course aux primaires de l’UMP, qui ont officiellement commencé cette semaine. À la place, on s’attend à ce que l’un des deux ou un autre – il se pourrait que soit Chirac lui-même – monte une campagne indépendante au printemps, offrant une alternative à « Sarko » et à « Ségo ». Bien sûr, une telle stratégie risque de diviser la droite et d’offrir la victoire à Ségolène Royal. Cela fait aussi courir le risque de permettre au vieux routier de l’extrême droite, Jean-Marie Le Pen, de s’immiscer entre les deux candidats, pour le deuxième tour, devant Sarkozy ou tout autre candidat de la droite majoritaire.

Si Chirac est incapable de rester lui-même au pouvoir, il accueillerait allègrement Royal comme présidente. À part toute autre considération, il a une peur bleue d’être poursuivi pour ses irrégularités financières alléguées, dans les années 90, une fois qu’il aura perdu son immunité présidentielle.

Chirac soupçonne que Sarkozy pourrait encourager une telle enquête, comme acte final du parricide. En tant que présidente, Royal aurait d’autres choses à se préoccuper.

Que ce soit réaliste ou non – très certainement non – Chirac et ses conseillers se sont auto-convaincus que le président pourrait encore être capable de saisir un troisième mandat. Ils sont convaincus que Sarkozy est fragile émotionnellement ; qu’ils peuvent le harceler jusqu’à ce qu’il fasse une erreur épouvantable. Une performance nerveuse de « Sarko » aux actualités télé cette semaine n’a rien fait pour les décourager.

Si les sondages du jeune homme commencent à plonger sérieusement, si Royal semble certaine de l’emporter, ils pensent que la chance du président arrivera. Les électeurs de droite, la France dans son ensemble, se tourneront en désespoir de cause vers le grand-père pour sortir du foutoir que le vieil homme a largement créé. Dans tous les cas, vaincre le fils, pas la mère, est ce qui importe le plus.

© 2006 Independent News and Media Limited / Traduction [JFG-QuestionsCritiques]

Notes :

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[1] Le grand spectacle de l’investiture de Sarkozy, comme président de l’UMP, au Bourget, avait été mis en scène par Richard Attias, président de Publicis World Events, le 28 novembre 2004. Ce serait ce soir-là que Cécilia Sarkozy et Richard Attias auraient échangé les premiers regards tendres et l’idylle se serait nouée. Pendant que monsieur sillonnait la France pour défendre le oui au référendum sur la Constitution européenne, madame en avait profité pour faire ses bagages et quitter le domicile conjugal.

Pendant longtemps, l’entourage de Sarkozy a dit que Cécilia ne reviendrait pas. Elle était éperdument amoureuse de cet homme qui connaît tous les grands de la planète, Nelson Mandela, Bill Clinton, Richard Gere ou encore Quincy Jones, et qui organise depuis 1996 le Forum de Davos pour tout ce qui touche aux infrastructures et à la logistique.

Elle avait demandé le divorce d’avec Nicolas, ce qui avait mis ce dernier hors de lui. Mais Cécilia avait des arguments de taille pour que Sarko flanche: les preuves des multiples infidélités de Nicolas durant les dix-neuf années qu’a duré leur relation. Le ton est monté, et Mme Sarkozy prit la porte pour rejoindre son amant en Jordanie, pour le Forum économique de Petra.

Les pressions exercées par Nicolas Sarkozy pour faire revenir sa femme ont, dans un premier temps, été sans effet. Toutefois, les multiples « menaces » dont aurait fait l’objet Richard Attias, devenu alors persona non grata sur le sol français, auraient fini par avoir eu raison du rival et Cécilia est finalement revenue au domicile conjugal.

[2] On se souviendra notamment du discours de Sarkozy qui commençait en ces termes : « Call me Sarkozy the American » [Appelez-moi Sarkozy l’Américain !]. Quant à la grandiloquence que Sarkozy voudrait bannir de la diplomatie française, il faut y voir une référence au fameux discours de Dominique de Villepin au Conseil de Sécurité de l’Onu, contre la guerre d’Irak.

Chirac, Sarkozy and a very civil war

The French President and his would-be successor are locked in a struggle to the death that is partly personal, partly political and utterly poisonous
John Lichfield reports
Published: 25 November 2006

To kill the father is never easy. Especially if the father fights back. All power struggles are fascinating. The struggle between President Jacques Chirac and Nicolas Sarkozy, his would-be successor on the right side of French politics, is elemental; Oedipal. They were once political father and son, or at least son-in-law. Sarkozy once had a close relationship – some say a love affair – with Chirac’s younger daughter, Claude.

Chirac and Sarkozy fell out 12 years ago. They now vigorously detest one another. And yet Nicolas Sarkozy is still one of the few politicians whom Chirac addresses as tu rather than the formal vous. With his energy, his cheek, his uncloaked ambition, his impetuousness, his tactical brilliance, his occasional tactical stupidity, Sarkozy resembles the young Chirac. There are also important differences.

Sarkozy seems at least to want to DO something; not just to BE something. That may make him a more successful president (if elected) or a more dangerous one. For three years now, he has been cutting away « papa » Chirac’s feeding tubes one by one. The centre-right political party which Chirac created as a life-support system for his second presidential term, has been wheeled away before the president’s eyes and converted into a giant sound system to trumpet the younger man’s ambitions (young in French political terms anyway).

During the next five months, before France votes for a new president on 22 April and 6 May, the estranged son plans to take over the whole of the family business without permission. Worse than that, he has been telling the world that the old man is a fool; that the son will run France plc very differently; that he will make friends with the old man’s old enemies, les Anglo-Saxons; that he has the vision and the guts to modernise and liberalise France that the old man has always lacked.

President Chirac is 74 next Wednesday. He has spent 40 years in frontline politics with few successes to show for it. His health is doubtful. The last couple of years have been a chain of calamities: the rejection by France of a European constitution which was mostly Chirac’s idea; the suburban riots; the defeat on the streets of plans to liberalise French job law for the young. Chirac’s political temperature is below the chart; his heartbeat of popularity on the right – once so vigorous – barely shows on the monitor (1 per cent in a recent poll).

Can Chirac summon enough energy, if not to extend his political life, at least to destroy the ambitions of his turbulent, rejected and detested « son »? It has been clear for many months that Sarkozy, 51, the diminutive, frenetic, plain-talking Interior Minister, will be the Next Big Thing on the right side of French politics. It has been clear that he will be the main centre-right candidate in next spring’s presidential election. It has also been clear for many months that Chirac would do all in his power to wreck Sarkozy’s chances, even if that meant letting in a left-wing president. What has been unclear is whether Chirac still had the strength to do so.

In the past few weeks and days, something new has happened to awake the President’s hopes and his instincts for political combat, according to a senior Chiraquian loyalist. The crushing victory of Ségolène Royal in the Socialist « primary » a week ago seemed to be bad news for the French right. Here was a woman who was attracting support from left, right and centre. Here was a politician, who because she was a woman, offered the « different » kind of leader which France craved, without threatening the abrupt change of direction feared by « Middle France ». President Chirac, according to the senior source, believes that Mme Royal is his God-sent, or Socialist-sent, opportunity to spring from his death bed. Or at least to scupper Sarkozy.

He has convinced himself that he can yet, at 74, emerge as the only politician on the right capable of deflating Royal’s pretensions. He believes that it takes a « grandfather » (ie himself) to put France’s would-be « mother » in her place.

All of this may well be the fantasy of a desperate and vengeful old man, encouraged by a personal and political entourage, terrified by their bleak prospects in the post-Chirac era. No matter. As Sarkozy sinks in the polls in coming days, as seems possible, the forces of Chiraquie will redouble their efforts to drag him down. They will now be able to say that they are not seeking to divide the right – heaven forbid! – but to save it, from Sarkozy and from his certain defeat by Ségolène Royal.

In other words, President Chirac believes that, finally, his rotten luck may have changed.

For three years or more Sarkozy has had an extraordinary run of fortune in his campaign to supplant Chirac. Almost everything has gone his way: Chirac’s poor health; the President’s series of political disasters; the rapid collapse in popularity of the Prime Minister, Dominique de Villepin, the handsome, unelected bureaucrat-poet promoted by Chirac two years ago to bar Sarkozy’s way.

Even the murky Clearstream affair – a clumsy attempt by persons unknown in 2004 to smear Sarkozy as financially corrupt – ended up helping him. Whatever the truth of this bizarre affair, many in France believe that Chirac and Villepin tried, at the very least, to foster obviously false allegations in order to destroy their colleague and rival. What are the origins of these poisonous hatreds at the top of the French governing party? They are partly political; partly deeply personal.

In 1983, Sarkozy, at the age of 28, was elected the youngest mayor in France, in one of the richest communes in France, Neuilly-sur-Seine, a ghetto for the wealthy and powerful between Paris proper and the skyscrapers of La Défense.

By the mid-1980s, when Chirac was Mayor of Paris next door and plotting the second of his four presidential campaigns (two defeats, two victories), the young Mayor of Neuilly became one of the then Gaullist leader’s closest confidants. He became, in fact, a confidant of the entire Chirac clan. Although Sarkozy was married, he became romantically entangled with Chirac’s daughter, Claude. Chirac’s wife, Bernardette, is said to have regarded him as the perfect son-in-law. The relationship ended amicably enough, at first. Sarkozy was a witness at Claude’s wedding to a journalist in 1992.

At about the same time, Sarkozy met the woman who was to become his second wife, Cecilia. The friendship with the Chirac clan collapsed circa 1994 when Sarkozy – then Budget Minister – let it be known that he was going to support Edouard Balladur, the Prime Minister and former Chirac acolyte, in the 1995 presidential election.

Jacques Chirac felt politically betrayed. Worse, Chirac’s wife and daughter felt personally humiliated by someone who had been allowed to cross the threshold of family intimacy, a frontier which is jealously guarded in high bourgeois France. Bernardette Chirac is said to have remarked: « And to think, he has seen us in our night-clothes … »

But Sarkozy backed the wrong horse in 1995. Chirac saw off Balladur and became President. For a while, Sarkozy was banished to outer darkness. He wheedled his way back into semi-confidence and enjoyed spectacular success when he became a barn-storming interior minister after Chirac’s re-election in 2002. With what seemed indecent haste to Chirac – and not just Chirac – Sarkozy used this popularity to launch a de facto campaign to succeed his boss four years before the next election.

By playing on Chirac’s age and uncertain future, by having the courage and cheek to show his hand first, Sarkozy turned many centre-right politicians and grassroots supporters of the governing party, the Union pour un Mouvement Populaire (UMP) into Chiraquien-Sarkozistes and then Sarkozistes pure and simple. By the time that Chirac tried to stop him from becoming UMP president in 2004, it was too late. Sarko’s support in the party, created two years earlier to idolise Chirac, was too strong.

Sarkozy started to talk of « rupture » with 30 years of failed, centrist policies. In other words, he began to campaign not just against the left but against Chirac – from within the government. He was too popular to fire. Instead, he and his supporters believe the forces of Chiraquie resorted to dirty tricks.

There was the Clearstream affair: a bogus allegation that Sarkozy, and others, had illegal bank accounts in Luxembourg. Worse, perhaps, there was the deliberate leaking to the press in spring 2004 of rumours – which proved correct – that there were serious problems behind the façade of the seemingly perfect power-marriage between Nicolas and Cecilia. Mme Sarkozy ran away to New York with another man but was eventually persuaded to come back. Sarkozy still holds Chirac’s people responsible for spreading the original rumours and turning a domestic rift into a crisis.

Overall, however, Sarko’s luck held. Chirac was humiliated by the EU referendum defeat and made to seem old and out of touch. He had a mini-stroke or « small vascular incident », which reminded everyone that even he could not go on for ever.

The riots in 2005 might have damaged Sarkozy. The Elysée Palace certainly hoped so. The Interior Minister’s rough language – describing suburban youth gangs as racaille (scum) – had helped to raise tempers in the abandoned and disaffected banlieues. In fact, the Interior Minister was seen, post-riots, by many white middle-class voters as their best protection against suburban violence. Sarkozy’s popularity rose again.

In recent months, there has been an unseemly running battle between the number two in the French government, Sarkozy, and the President and Prime Minister. At various times, both sides have called for, or agreed, a truce, only to start assaulting each other in scarcely coded words a few days later.

The Chirac camp – reduced to only 50 or so loyalists among the 353 UMP members of the National Assembly – has complained of the undemocratic, authoritarian, Sarkozy-idolising mood within the party. They protested against Sarkozy’s plans to hold a party conference on 14 January to elect a presidential candidate. This was, they said, disrespectful to President Chirac, who had made it clear that he would not decide whether or not he would run until later in the year. The plans were nonetheless confirmed this week.

In September, Sarkozy, convinced that Chirac could no longer harm him, added deep insult to injury. He went to the United States, met George Bush and poured scorn on Chirac’s proudest (and some say only) achievement in his second term: his resistance to the American-British invasion of Iraq in 2003. In a speech in New York, Sarkozy said that, when he was President, he would ban « arrogance » and « grandiloquence » as diplomatic tools. He would not allow disagreements with allies to « become a crisis ». He would not try deliberately to embarrass France’s friends.

Since then, it has been clear that there could be no paternal reconciliation on the centre-right: only a struggle to the death. Chirac and Villepin will refuse to join the UMP primary race, which officially started this week. Instead, one or other of them – conceivably now President Chirac himself – is expected to mount an independent campaign in the spring, offering an alternative to « Sarko » and « Ségo ». Of course, such a strategy risks splitting the centre-right and handing victory to Royal. It runs the risk of letting the veteran far-right leader Jean-Marie Le Pen into the two-candidate, second round of the election, ahead of Sarkozy or any other candidate of the mainstream right.

If Chirac is unable to continue in office himself, he would cheerfully welcome a president Royal. Apart from anything else, he has a nagging fear of prosecution for his alleged financial irregularities in the 1990s once he loses presidential immunity.

Chirac suspects that Sarkozy might encourage such an investigation, as final act of patricide. As president, Royal would have other things to worry about.

Realistically or not – almost certainly not – Chirac and his advisers have convinced themselves that the President may yet be able to grasp a third term. They are convinced that Sarkozy is emotionally fragile; that they can chivvy him into some kind of dreadful error. A nervy « Sarko » performance on the TV news this week did nothing to discourage them.

If the younger man’s poll ratings start to drop dramatically, if Royal seems certain to win, they believe that the President’s chance will come. Centre-right voters, France as a whole, will yet turn desperately to the grandpère to sort out the mess that the old man has largely created. In any case, defeating the son, not the mother, is what matters most.

JF Cadier
Europe 1
Samedi 16 septembre 2006

Secouez moi, secouez moi. Cela secoue pas mal cette semaine dans la presse anglo-saxonne. En couverture de Time magazine (15/09) une photo de Ségolène Royal avec ce titre: « Ségolène Royal secoue la France ». Dans le Herald Tribune (13/09) on parle cette semaine de Nicolas Sarkozy « le gars qui veut secouer le pays le plus conservateur d’Europe à savoir la France ». Le voyage de Nicolas Sarkozy aux Etats-Unis a évidemment attiré l’attention et en particulier sa rencontre avec le président Bush, « un événement exceptionnel » nous explique le New York Times (13/09) car en principe « le Président américain ne reçoit pas les simples ministres ». Le New York Times qui fait observer que Jacques Chirac lui attend depuis cinq ans d’être invité à la Maison Blanche. Le journal de New York écrit : « le but de la rencontre était de récompenser Sarkozy pour ses prises de positions pro-américaines ». Nicolas Sarkozy est un « pro-américain sans état d’âme », écrit le Washington Post (13/09) « il tient un discours qui pourrait être tenu par un membre de l’équipe Bush ». « Pour lui le surnom Sarko l’Américain n’est pas une insulte, poursuit le New York Times (13/09), c’est un honneur »… « Apparemment ce n’est pas comme ça qu’il va gagner des voix en France », écrit le Herald Tribune (15/09) dans un article intitulé « Sarkozy le franc tireur ». « Et pourtant Sarko connaît ses électeurs, écrit le Herald Tribune, et il sait que les Français même s’ils méprisent le cow-boy de la Maison Blanche sont fascinés par l’Amérique et qu’ils admirent en secret la liberté et la flexibilité du modèle américain »… «en résumé, poursuit le Herald Tribune, Sarkozy joue les franc-tireurs parce qu’il sait qu’après onze années de chiraquisme, la France est peut-être à la recherche de son propre cow-boy ». Dans ce même Herald Tribune (13/09) Roger Cohen ne fait pas dans la mesure : « Il n’a pas fait les grandes écoles, Sarkozy est un fils d’immigré, un improvisateur, un vendeur, un bateleur, il est un missile puissant braqué sur le cœur de la France pompeuse ». Pour la petite histoire le New York Times (13/09) nous raconte que Nicolas Sarkozy « voulait tellement charmer ses interlocuteurs américains qu’il a essayé de parler anglais ». Au chef des pompiers de New York il aurait dit : « je cours ce matin dans Central Park with T shirt firefighters » littéralement avec des pompiers T shirts »… « Wonderful, excellent » a paraît il répondu le chef des pompiers. Et pendant ce temps Ségolène Royal fait donc la couverture de Time magazine édition européenne (15/09) avec un grand portrait intitulé « où sont passés les costumes gris ? »… « Sa féminité est la clé de son succès écrit le magazine américain, dans un pays comme la France qui est si attaché à honorer et à soutenir ses femmes il y a longtemps que l’une d’entre elles aurait dû accéder à la fonction suprême ». Ségolène Royal présentée comme l’alternative aux costumes gris c’est-à-dire au monde des politiciens mâles. « Elle n’est pas triste écrit le Time, elle n’est pas laide, elle n’est pas ennuyeuse et comme ces messieurs les politiciens gris vont bientôt pouvoir le découvrir ce n’est pas une faible femme ». Le Financial Times (13/09) s’étonne lui que Ségolène Royal ait annulé à la dernière minute deux conférences de presse lors de son passage à Bruxelles. « Pourquoi cette timidité demande le Financial Times ? Peut être parce que tout ce qu’elle peut dire sur l’Europe est susceptible de diviser le parti socialiste, ou peut-être parce qu’elle ne sait pas encore ce qu’elle va dire ». Autre sujet retenu par la presse anglo-saxonne : la nomination d’un ancien conseiller de Jacques Chirac comme procureur général de Paris. « C’est lui qui décidera si l’on engage des poursuites contre Chirac lorsqu’il redeviendra simple citoyen » explique le Time magazine (15/09) qui ajoute : « en France il est bien connu que le cynisme politique suscite autant d’admiration que de réprobation mais la tolérance des Français pour ce genre de comportement est peut-être en train d’atteindre ses limites ». Dans le Financial Times (11/09) un hommage aux écoles de commerce françaises. Parmi les sept meilleures écoles de commerce en Europe il y en a six qui sont françaises. Enfin le poids des cartables pour les écoliers français dénoncé par le correspondant du Times (13/09) à Paris, lui-même parent d’élève. « En France les cartables sont plus lourds qu’ailleurs parce qu’il y a beaucoup de devoir écrit-il, parce que l’enseignement est toujours basé sur l’écrit et parce que les écoles refusent de fournir des placards aux élèves »… « Et c’est ainsi, écrit le journaliste anglais, que l’on voit dans les rues de France toutes ces petites silhouettes courbées titubant vers l’école avec sur leur dos l’équivalent en poids de plusieurs briques ».


Droit opposable: Les blogs contre-attaquent (Et si on redécouvrait le taquin?)

8 janvier, 2007
Jeu Pousse-Pousse LettresO Puzzle dos 15
Connaissez-vous le jeu du « pousse-pousse » ? Le pousse-pousse est un rectangle dans lequel figurent les lettres de l’alphabet inscrites sur de petits carrés mobiles. L’ensemble revêt l’aspect des mots croisés. Mais il y a un vide, il y a un carré vide, sans lettre, un trou, une absence, un manque de lettre, un manque de carré. Grâce à ce vide, à ce manque, on peut bouger les autres lettres, une à une et ainsi former des mots. Grâce à ce vide, ça fonctionne. Tout le jeu du pousse-pousse fonctionne autour de ce manque. Gérard Séverin
Mr Fillon, Depuis un certain temps j’attends l’occasion de lancer une réflexion autours du problème du logement et de la nécessité d’en assouplir la réglementation et le droit, comme vous comptez le faire pour le droit du travail, car j’ai tendance à penser que les règlements et lois qui visent à protéger les locataires jouent contre eux. L’actualité me donne l’occasion de vous en parler. Avec NS vous avez proposé de rendre le droit au logement opposable. Cela m’a paru un fausse bonne idée qui risquait d’alourdir un peu plus le système tout en générant nombre d’effets pervers. Par exemple si la commune est en charge de fournir un logement à un SDF, le SDF aura le choix de sa commune de résidence comme c’est le cas en Ecosse. S’il obtient un logement, il l’obtiendra dans la commune de son choix, avantage dont ne bénéficie pas le citoyen ordinaire qui doit se loger là ou il peut. J’habite en banlieue dans le 93 loin de mon travail, et pour bénéficier d’une école correcte je dois inscrire ma fille dans un collège privé. Il va sans dire que je préfèrerais habiter Paris intra-muros, mais je n’en ai pas les moyens. Depuis votre proposition de droit au logement opposable, les enfants de Don Quichotte ont fait la mousse médiatique que vous savez et Chirac et Villepin ont repris votre idée (sans doute pour vous nuire). Un pré-projet de loi existe. Le texte a fuité dans la nuit d’avant d’hier auprès d’un bloggeur juriste et professeur de droit (F. Rollin).  Afin d’en faire profiter la communauté des internautes, celui-ci a aussitôt publié le texte (avant hier à 2 heures du matin) et a passé sa nuit l’analyser et à le critiquer (la synthèse finale est sortie à 5h du matin). Ce texte apparaît comme un « Objet Juridique Non Identifié », une « mousse juridique », bref une promesse qui n’engage que ceux qui y croient. Les amis de F.Rollin du groupe « lieu commun » dont le recommande chaudement le site coopératif se sont empressés de reprendre et de commenter l’analyse de F.Rollin, en particulier Versac, Jules (Dinner’s Room) et Eolas . Tout cela a été relayé par Le Monde.Maitre Eolas
Dans l’analyse du « droit au logement opposable » qu’il en a faite avant que le texte ne soit connu, Eolas livre le fond de sa pensée qui résulte de sa pratique d’avocat: « Et ce qui à mon sens est le problème principal demeure, qui n’est pas tant le manque de logements existants : on sait qu’il y en a des centaines de milliers de vides. C’est que le droit français fait tout pour décourager les propriétaires de louer. Le revenu foncier est le plus taxé de tous : il est soumis au barème progressif de l’impôt sur le revenu, plus les 11% de prélèvements sociaux que sont la CSG et la CRDS, dont seulement 5% sont déductibles… l’année suivante. La loi de finance qui vient d’être votée a en plus supprimé l’abattement forfaitaire de 14% sur ces revenus. Ajoutez à cela les règles protectrices du locataire, qui partent d’un bon sentiment, mais achèvent de décourager bien des bonnes volontés. Elles contraignent le propriétaire à ne pouvoir récupérer son bien que tous les trois ans, à certaines conditions et en respectant un préavis de six mois, et s’il se trompe, c’est reparti pour trois ans ; que l’expulsion d’un locataire qui ne paye plus est terriblement longue, coûteuse et compliquée, quand la préfecture veut bien accorder l’assistance de la force publique qui seule permet l’expulsion effective. Chaque année, des milliers de propriétaires se font saisir et vendre aux enchère leur bien occupé par un locataire qui ne paye pas ; la vente d’un bien occupé se faisant à un prix largement inférieur au prix du marché, il n’est même pas certain que le propriétaire récupère quelque chose après la vente. C’est un paradoxe bien connu qui veut que protéger une situation la rend plus difficilement accessible. Il en va du logement comme du travail. Mais cet aspect là est intouchable. Il existe un fantasme du travail et du logement à vie, et un mythe du propriétaire nanti exploitant le pauvre locataire qu’il faut toujours protéger. Il va sans dire qu’aborder un problème via un prisme déformant est le meilleur moyen de ne pas le régler. Et que le coercitif n’a jamais réglé un problème aussi bien que l’incitatif. » A titre personnel, je confirme le point de vue d’Eolas. Je suis propriétaire d’un 2 pièces neuf que je loue en Robien. L’important pour moi de m’assurer que le locataire est fiable, et qu’il ne cassera pas tout dans mon 2 pièces. Je suis également caution des appartement de mes enfants adultes. A chaque fois l’engagement de cautionnement est plus long, plus complexe et plus contraignant, et je me demande comment il est possible de se loger, lorsque l’on a pas la chance de bénéficier d’une caution solide. Lors de mon dernier engagement de cautionnement, j’ai longuement discuté avec le directeur de l’agence immobilière. Il m’a expliqué qu’en 20 ans son métier avait changé. La compétence essentielle pour lui n’est plus immobilière mais juridique. Chaque location doit être inattaquable juridiquement. Cela complique son travail et augmente considérablement le coût des frais d’agence. Cela pénalise les locataire faibles qui ne peuvent se loger auprès des agences, et se logent cher et mal. J’ajouterai un point qui n’est pas mentionné par Eolas. La loi protège le locataire et décourage le propriétaire. En contrepartie, l’Etat concède au propriétaire des avantages fiscaux (j’en bénéficie avec ma location Robien neuf) qui peuvent être considérables. Un ami qui a de bon revenu (couple de cadres) m’expliquait qu’il avait 2 appartement en Robien: « C’est normal, j’y suis obligé, l’achat de ces appartements ne me coûte rien ». Pas étonnant dans ces conditions que le prix de la construction monte. Bien sûr, ces avantages fiscaux compensent le montant excessif du taux marginal de l’IR. Ils introduisent néanmoins une distorsion du marché immobilier qui pénalise nos enfants qui ne peuvent plus accéder à la propriété. Si l’on ajoute les aides de l’état aux propriétaires (défiscalisation) aux aides aux locataires (APL), on peut se demander si la collectivité ne supporte souvent pas la totalité du coût du logement. Au passage je noterai un injustice jamais relevée: à revenu et bien égal, l’aide au logement APL est bien plus importante pour un bien loué que pour un bien en accession à la propriété. Dans la logique marxiste, le propriétaire est perçu comme un bourgeois (donc de droite), alors que le locataire reste un prolétaire (donc de gauche). L’aide permet de fidéliser le vote à gauche. Pour le logement, il y a une sorte de retournement des valeurs. Mon frère, qui est architecte et qui construit des HLM en province, m’a expliqué en riant que pour fiabiliser un investissement immobilier il y avait deux méthodes. 1) on loue cher à un locataire riche, 2) on loue bon marché à un locataire sans ressource rendu solvable par les aides. Le revenu est sûr, et le loyer est payé directement par les APL. Pour finir j’évoquerais le cas des squats via le témoignage de ma fille qui a fait du bénévolat auprès des squatteurs via Médecin du Monde. 2 points. 1) Ma fille m’a expliqué que des promoteurs immobiliers proposaient aux squatteurs les lieux de squat. Le but étant bien sûr de faire baisser le prix du bien squatté afin de le racheter à bas prix. 2) Un mois après leur installation dans un nouveau lieu, les squatteurs se présentent à la police et se déclarent comme squatteur en donnant leur adresse. Ils changent ainsi de statut est sont beaucoup plus difficilement expulsables. Comme vous pouvez le voir, il y a beaucoup de choses à changer dans le domaine du logement, car les lois censées protéger les locataires faibles se retournent contre eux. Je suis étonné qu’aucun responsable politique n’a eu le courage de « dire la vérité » concernant ce problème de retournement de la loi. Aucun responsable politique sauf, et je le regrette, Marine Le Pen hier ou avant matin au petit déjeuner de France inter. Votre ami Alain Lambert dans la réponse qu’il a faite hier à un de mes commentaires pronostiquait Le Pen en tête au premier tours de 2007: « Comme ils [les observateurs politiques ] ne voient pas aujourd’hui que vraisemblablement les deux champions de la droite et de la gauche, à ce jour, ne concourent que pour la deuxième place ! »  commentaire d’Alain Lambert, le samedi 6 janvier 2007 à 14:19 Ceci explique peut être cela. Le Monde

Et si on redécouvrait le taquin ?

Naturellement un avant-projet est par définition perfectible mais si l’on en croit l’analyse qu’en font certains blogueurs juristes et fort bien renseignés …

L’actuelle montagne semble bien sur le point d’accoucher de la proverbiale souris:

En gros on rajoute des procédures et les années de délai qui vont avec et pour finir… l’administration se verse de l’argent à elle-même !

Ainsi pour Maitre Eolas:

S’il est une chose à retenir de cet avant projet pour démontrer l’inanité du mécanisme, c’est que le droit de saisir le juge administratif, coeur du droit opposable, est soumis au feu vert d’une commission, et surtout que les indemnités ainsi obtenues au terme de plusieurs années de procédure ne seront pas versées au mal logé mais à un Fonds public d’aménagement urbain qui vise à financer des travaux d’équipement des collectivités locales. Pour résumer, les collectivités locales se verseront de l’argent à elles mêmes, sauf que viendra se déduire de ce jeu d’écriture le coût de fonctionnement des commissions… Il faudrait que le gouvernement réalise qu’à l’heure des blogues, ce genre de poudre de perlimpimpin ne marche plus.

Et pour Frédéric Rollin :

scoop (3) le projet de loi sur le « droit opposable au logement » une synthèse.

L’avant projet de loi sur le « droit opposable au logement » que je viens de publier (ici) et d’analyser techniquement (là) mérite pour clore cette série de notes une appréciation d’ensemble qui soit accessible au non technicien.
Cette appréciation d’ensemble en voici une synthèse en quelques mots : ce texte ne crée pas un droit supposé « opposable » au logement.
Pourquoi ?
1 – Il crée un droit de recours qui est soumis à des conditions telles qu’il est impraticable : il faut d’abord faire une demande auprès d’une commission, qui décide (sans qu’aucun délai ne lui soit imposé) de classer la demande comme « prioritaire » ou non. Si elle décide que la demande n’est pas prioritaire, alors le juge ne peut pas être saisi.
Autrement dit, le droit de saisir le juge est conditionné par une décision administrative initiale qui elle n’est contestable que dans les formes du droit commun (cela signifie un nouveau délai et une nouvelle procédure !).
2 – Le dispositif d’astreinte institué conduit au reversement des sommes payées par l’Etat ou les communes dans un fond public. Pour faire simple, ces collectivités se verseront donc de l’argent à elle-même. Comment peut-on croire au caractère incitatif d’un tel dispositif ?
3 – Ensuite le droit ouvert n’est pas celui d’obtenir un logement mais « un logement ou un placement en structure adaptée », terme qui n’est pas défini mais qui vise clairement les foyers ou les hôtels meublés. Autrement dit, on ne va rien donner d’autres aux mal logés que ce dont ils bénéficient déjà actuellement.
4 – Moins fondamental en théorie mais sans doute difficile en pratique, le texte repose sur des conditions qui sont très mal définies « sur-occupation manifeste » ( du logement), « demande prioritaire » (pour un obtenir un logement), « ressources insuffisantes »… Face à un public aussi fragilisé, ne peut pas mieux poser les conditions d’accès au droit est évidemment une complication très lourde.
Pour toutes ces raisons, il apparaît que la version actuelle de l’avant projet de loi est très critiquable et même en demeurant sur une logique stricte de juriste, je dois dire que je le considère comme très probablement inefficace voire doté s’un simple effet cosmétique. Le « droit opposable au logement » annoncé n’existe donc toujours pas.

Voir aussi un fort instructif commentaire d’un ami envoyé au blog de Fillon qui, exemples y compris personnels à l’appui, pointe les effets pervers de la mesure en question ainsi que du système actuel.

Même si les juristes qu’il cite me semblent minimiser un peu trop le problème central du manque de construction. Juste deux chiffres : il manque au moins 600 000 logements et juste à Paris : 3 977 logements neufs commencés en 2001 : 967 en 2005.

Et j’ajouterais aussi, dans le sens de la fluidisation du parc locatif, que comme le montre le principe bien connu du jeu de taquin ou de pousse-pousse, tout est dans la mobilité et le mouvement, autrement dit c’est la case vide et elle seule qui permet le mouvement de toutes les autres.

D’où l’importance d’encourager la mobilité géographique (et professionnelle, ce qui confirme à nouveau à quel point les deux questions sont effectivement liées), notamment comme il se fait dans nombre de pays nordiques et comme nous l’évoquions dans un précédent billet, la suppression ou réduction des obstacles qui pénalisent et font que nos concitoyens sont si peu mobiles tels que les droits de mutation (nos fameux frais de notaire : 6-8%), la déduction fiscale (voire la prise en charge par l’entreprise ?) des frais de déménagement, mais aussi, à nouveau au niveau de l’emploi, le maintien des congés et des indemnités de chômage.

Voir par ailleurs:

L'Evangile au risque de la psychanalyse, tome 1

L'Evangile au risque de la psychanalyse, tome 2

La suite de la psychanalyse des évangiles au travers du filtre de la psychanalyse.

Françoise DOLTO nous donne une interprétation de quelques textes, essentiellement de Luc. Malheureusement, ceux-ci ne sont pas mis en perspective, resitués dans leur contexte historique. Françoise DOLTO reste dans la démarche classique d’une relecture, d’une réécriture des textes à sa sauce personnelle, sans se demander si ce qui nous est dit, décrit, correspond à la réalité de la vie de Jésus, ou est déjà une réécriture oportuniste de ce qui a réellement été vécu.

« Jésus enseigne le désir et y entraîne »… écrivait Françoise Dolto dans L’Evangile au risque de la psychanalyse, T1. Dans ce deuxième livre, Françoise Dolto nous fait part, d’une manière plus méthodique, de cette découverte qui résonne continûment en elle : Jésus entraîne au désir et non à une morale. Elle nous montre la découverte du désir et son angoisse, la vie du désir et ses éclats de rire, la palpitation du désir et ses tâtonnements, la marche du désir et les confins de la loi… et, avec Jésus-Christ ressuscité, éveillé à une vie autre, Françoise Dolto nous montre la vie du désir qui frémit toujours par-delà les frontières de la mort. Mais, qu’est-ce qu’un désir, toujours présent, toujours ailleurs… jamais atteint ?
Transition

Auteur(s) :

Françoise DOLTO, Gérard SÉVÉRIN
Françoise DOLTO est née MARETTE à PARIS le 6 novembre 1908. Elle décéda le 25 aoùt 1988. Médecin pédiatre et psychanaliste, elle fut l’auteure de nombreux ouvrages (voir http://www.francoise-dolto.com)

Références bibliographiques :

Editions du Seuil, 1982, 192 p.
Transition

Extraits :

Pages 7 – 11

Préface

« Jésus enseigne le désir et y entraîne »… écrivait Françoise Dolto dans L’Évangile au risque de la psychanalyse, tome I.
Dans ce deuxième livre, Françoise Dolto nous fait part, d’une manière plus méthodique, de cette découverte qui résonne continûment en elle: Jésus entraîne au désir et non à une morale.
Elle nous montre la découverte du désir et son angoisse, la vie du désir et ses éclats de rire, la palpitation du désir et ses tâtonnements, la marche du désir et les confins de la loi… et, avec Jésus-Christ ressuscité, éveillé à une vie autre, Françoise Dolto nous montre la vie du désir qui frémit toujours par-delà les frontières de la mort.
Mais, qu’est-ce qu’un désir, toujours présent, toujours ailleurs… jamais atteint ?
Connaissez-vous le jeu du « pousse-pousse » ? Le pousse-pousse est un rectangle dans lequel figurent les lettres de l’alphabet inscrites sur de petits carrés mobiles. L’ensemble revêt l’aspect des mots croisés. Mais il y a un vide, il y a un carré vide, sans lettre, un trou, une absence, un manque de lettre, un manque de carré.
Grâce à ce vide, à ce manque, on peut bouger les autres lettres, une à une et ainsi former des mots. Grâce à ce vide, ça fonctionne. Tout le jeu du pousse-pousse fonctionne autour de ce manque.
Il en est de même pour nous. Nous avons un vide, un manque qui appelle. Un manque qu’il nous faut combler mais qui, une fois comblé, est ailleurs, toujours ailleurs. Comme dans le jeu du pousse-pousse, quand nous déplaçons une lettre vers l’espace vide, celui-ci est ailleurs.
Tantôt appelé besoin, tantôt appelé désir, nous essayons de le combler… ce manque.
Qu’est-ce qu’un besoin ? Le plus fondamental est celui de respirer: N’est-il pas le premier. besoin qui se manifeste a notre naissance ? On a besoin d air. A chaque seconde, ce besoin se fait sentir. Si ce besoin est comblé, nous voilà satisfaits. S’il ne peut être contenté, l’angoisse surgit car se profile la mort.
Un autre besoin moins immédiat que celui de respirer est le besoin de manger. Nous avons besoin d’un objet, le pain, par exemple, pour apaiser notre faim, pour satisfaire notre besoin de manger, pour emplir ce trou, ce « creux » de l’estomac.
Mais, bien vite, en plus du pain, nous avons envie de bonne chère, de vin, d’une certaine ordonnance du repas, d’une certaine présence, de conversations, nous « désirons » une « convivialité » : une communication avec d’autres autour de la table.
Nous passons, vous le voyez, de la consommation à la communion. Nous passons du besoin de manger au désir de communiquer.
Le besoin nous met en relation avec un objet prometteur de plaisir et autre que nous.
Quand le besoin apparaît incapable de combler une vie, nous mine alors la dépression… car le désir et son abîme se découvrent, mais nous ne percevons pas ce désir et son gouffre, trop démunis et aveuglés que nous sommes encore pour un temps.
Le désir est une rencontre inter-psychique avec un autre. C’est une dynamique, un élan. une source qui nous pousse dans la vie, à la recherche des autres qui nous appellent aussi. Ce n’est jamais fini.
Hélas, parfois aussi cet élan vers le manque à combler, manque toujours autre ou toujours ailleurs, peut retomber dans une espèce de bégaiement ou de répétition…
Nous reproduisons toujours les mêmes gestes pour éviter d’inventer autre chose et d’approfondir le sens de notre vie. Machine à répétition, à play-back, nous « comblons » ainsi notre vide.
Par peur du gouffre et de son vertige, nous faisons des redites. Echo d’une trouvaille ou d’une aventure qui fut unique et naguère passionnante, notre rengaine d’aujourd’hui radote nos batailles, notre souffrance et nos joies d’hier.
Au lieu de parler « juste », nous discourons, nous bavardons « pour ne rien dire ». Au lieu d’être inventifs, créateurs, nous nous en tenons à ce qui a fait ses preuves. Au lieu d’être attentifs, par exemple, à l’éveil de nos enfants, nous préférons parler d’eux ou assister à des réunions, des meetings, à des symposiums, à des travaux qui préparent leur avenir ou… l’avenir des enfants des autres ! Nous savons ainsi des choses sur eux mais rien de ce qui, de leur vie, interroge la nôtre.
Toutes ces activités nous « dispensent » d’éprouver le manque qui nous constitue : « on ne manque de rien ! » (1).
Oui, ce qui, du désir, se répète choit dans le besoin: on a alors besoin, par exemple, de réunions comme on a besoin de mangeaille !
Ce qui ne veut pas dire que les habitudes, les recommencements, les reprises ne peuvent être des occasions de renouvellements.
Ils sont changement ou renouveau si le désir anime ces habitudes… si ces habitudes sont canaux ou barrages qui forcent le désir à s’approfondir, à s’obstiner, à grandir… Le poète ne l’a-t-il pas compris qui dit :
« Cent fois sur le métier, remettez votre ouvrage,
Polissez-le sans cesse et le repolissez… »
Le désir, qu’il s’exprime dans de perpétuelles innovations ou qu’il sourde d’habitudes ou de traditions, est toujours nouveau, toujours plus profond, toujours ailleurs.
Le désir c’est l’élan vers l’indescriptible qui est toujours hors de portée, qui est toujours manquant… Il nous fait vivre dans l’inachèvement et la contradiction.
L’inachèvement et la contradiction font partie de notre humaine condition. Peu rassurants, ils nous invitent à vivre dans « l’écart », dans la, faille, dans la faim, dans un état de manque. Ni tare, ni maladie, ni péché, c’est notre manière d’être, elle fait « vibrer la note de l’Absolu au cœur de l’éphémère et de l’incertain », comme l’écrit René Gaillard.
Le désir ne serait-il pas spirituel ?
Être riche de l’autre, que je désire, est impossible, appréhender l’autre est illusion. L’autre toujours échappe : son altérité est radicale. L’autre est insaisissable. Fondamentalement autre.
Pour nous satisfaire pendant un long temps, l’autre est inutilisable !
Rien ni personne ne peut contenter le désir.
Toujours le désir nous stimule à aller plus loin, à aller, comme l’enfant prodigue, toujours au-delà des jouissances auxquelles nous pensons être appelés…
Dans ce livre, nous exposons l’esquisse de la manière dont, dans les Évangiles, « Jésus enseigne le désir et y entraîne ».
Gérard Sévérin

(1) Le temps du désir, Denis Vasse, Seuil. Ce petit livre est passionnant.


Antiracisme: A quand les charcuteries sans… porc? (A world full of Christian ideas gone mad)

7 janvier, 2007
Mc VeganLe monde moderne est plein d’idées chrétiennes devenues folles. G. K. Chesterton
Pas de file d’attente, ni d’ordre de passage: ambiance gauloise oblige ! ! Seule condition requise pour manger avec nous: manger du cochon. En cas de doute, demander la carte d’adhérent à l’association Solidarité Des Français. Si la personne n’est pas en possession de sa carte, prendre ses coordonnées et lui signifier que son adhésion sera accordée lorsqu’elle fournira ses 2 parrainages d’adhérents à cours de cotisation. Bien faire comprendre que nous n’avons déjà pas assez pour les nôtres. Attention, fromage, dessert, café, vêtements, friandises, vont avec la soupe au cochon: pas de soupe, pas de dessert … Le seul mot d’ordre de notre action : les nôtres avant les autres. Solidarité des Français (fiche pratique)

Oui, outre la question des pratiques « discriminatoires » des associations caritatives communautaires hallal ou cachères …

Et sans se voiler la face sur la dimension explicitement polémique et les motivations probablement très douteuses des « identitaires français », niçois, parisiens, alsaciens et leurs soupes au cochon …

A quand des CHARCUTERIES systématiquement hallal ou cachères, ie. SANS… porc?

Ou même, pour ne pas offusquer les végétariens ou les fan de BB, des boucheries, ces archaïques vestiges des origines sacrificielles de nos cultures, sans… viande?

Au nom de quelle forme perverse d’apartheid d’un autre âge, les musulmans ou les juifs se verraient-ils interdire l’accès à ces commerces ?

Voir cette intéressante analyse de Resiliencetv :

La soupe au cochon et l’orthodoxie mentale
Laurent Fidès
Resiliencetv
le 04/01/2007

Depuis plus d’un an maintenant, les « identitaires » français, niçois, parisiens, alsaciens, organisent des soupes au cochon pour les SDF. Les bien-pensants s’acharnent à condamner ce qu’ils appellent de la discrimination. Articles virulents, propos frisant les appels au lynchage, contre-manifestations, gardes à vue, procès : les identitaires auront subi tous ces affronts pour avoir simplement proposé une soupe populaire non hallal et non kacher. Il faut donc s’entendre aujourd’hui sur le sens de « discrimination ». La dérive inquiétante que prend le discours anti-discrimination n’est pas un phénomène isolé. Elle accompagne une nouvelle forme de normativité et d’assujettissement de l’individu, formé à intérioriser des normes comportementales que l’école, les médias, la parole autorisée véhiculent en portant un message prétendument universel sur la tolérance, les valeurs républicaines, les droits de l’homme, l’égalité, la parité et le droit à la différence.

Il ne s’agit plus d’inculcation de préceptes stylisés dans la forme convenue d’une morale sociale ou d’une éducation civique, mais d’un micro-pouvoir anonyme, comme aurait dit Foucault, qui se loge un peu partout sans avoir l’air contraignant, sans présenter les défauts d’une pensée transmissive plus ou moins autoritaire. Qui plus est, le discours de la tolérance participe d’une normativité comportementale plus globale, qui tend vers une maîtrise quotidienne des corps et des gestes, je veux parler de cette façon de nous dire combien de verres de vin par repas nous ne devons pas dépasser, où nous devons fumer ou ne pas fumer, ce qu’il faut consommer (de préférence du bio), quelles technologies il faut utiliser pour ne pas être dépassé, etc. Il est probable qu’aucune société ne peut se passer de cette forme d’assujettissement qui joue le rôle de régulateur social quand la loi religieuse a disparu et que les lois civiles ne peuvent atteindre efficacement la sphère privée. A plus forte raison, pour garantir symboliquement l’unité sociale, nous dicte-t-on ce que nous devons dire et penser des ex-colonisés, des juifs, des Arméniens, des homosexuels, des femmes en politique, etc.

Je dis donc que le discours anti-discrimination n’est pas un discours simplement moral mais un vecteur de normalisation. Si on creuse un peu ce discours, on s’aperçoit que sa justification est le plus souvent sophistique. Par exemple, il est remarquable que l’on invoque un droit du sol, un droit historique, pour condamner les actes dits racistes : ces gens qu’on dit maghrébins sont français comme nous car ils sont nés ici. Un tel argument est paradoxal et l’autre vous répondra simplement : mais nous sommes là depuis plus longtemps qu’eux. Ou alors si on s’en tient à l’égalité garantie par la citoyenneté, critère intemporel et abstrait, on scotomise le doute légitime qui pèse sur l’acceptabilité d’un régime de citoyenneté accordé sans aucune délibération de la communauté nationale, sans aucun débat public, sans aucune possibilité réelle de discussion démocratique. Il n’est même pas admis par la pensée unique qu’un citoyen puisse considérer que dans de telles conditions le contrat social a été rompu, la loi n’étant plus l’expression de la volonté générale. La vérité est que l’idéologie et l’imposition de normes non démocratiques ont profondément entamé la légitimité du pacte républicain, à tel point qu’on ne voit pas comment celui-ci pourrait se redresser en repartant naïvement des conditions qui ont provoqué son ébranlement.

Le mot discrimination fonctionne dans ce régime spécial de non-démocratie (qui n’est pas franchement antidémocratique comme le sont les régimes tyranniques ou totalitaires). Il devient naturel de se représenter la soupe au cochon comme discriminatoire en soi.
Cela veut dire que le charcutier doit aussi se sentir coupable,
puisque les juifs et les musulmans ne vont pas entrer dans sa boutique.

Proposer un choix limité, c’est désormais exclure. Voilà qui est dit, sans arrogance, par les magiciens du politiquement correct. Cette perversion de la pensée doit devenir la seule manière de penser. A la limite, il serait moins choquant qu’on renonce à toute soupe populaire en appliquant la loi du tout ou rien. L’école publique a fait ce choix : plus de signes religieux visibles, car soit on les prend tous, soit on les refuse tous. Mais même dans ces conditions, certains ont crié à la discrimination, sous le prétexte que cette loi aurait visé essentiellement l’islam, dans les intentions sinon dans le texte. La laïcité n’est-elle pas un choix philosophique, donc une option parmi d’autres, qui n’a pas de légitimité autre qu’historique ? On voit comment le piège se referme sur les adeptes de l’orthodoxie mentale. Les arroseurs arrosés devraient comprendre que c’est la notion de choix qui est mise en question. Lutter contre la discrimination, c’est forcément, en définitive, refuser de choisir, repousser toute notion de préférence.

Un grand nombre de questions apparemment politiques devront être soustraites à toute décision politique si la notion de suffrage enveloppe une part de décision personnelle, de choix. Les philosophies contemporaines les plus sophistiquées, celles-là même qui passent pour les théories de la démocratie, je pense par exemple à l’éthique de la discussion de Habermas, mettent en scène une communauté de participants argumentant jusqu’à ce que l’échange communicationnel expurge tout résidu vraiment personnel : ne reste alors que la rationalité procédurale, garante de l’impartialité des jugements. Ce modèle, très pratique pour penser une morale universelle idéale, et certainement irréprochable sur ce terrain, s’applique malheureusement, dans les systèmes auxquels je pense, à l’espace publique et devient même le seul modèle soi-disant acceptable pour penser l’espace public. J’y vois là quelque chose de très déroutant et au fond de très anti-individuel pour la question de la soupe au cochon ; pourquoi des citoyens n’auraient-ils pas leur mot à dire sur la culture qu’ils préfèrent promouvoir, sans obliger personne à y adhérer… ? Pourquoi cela serait-il jugé scandaleux en République ?

Rousseau estimait qu’en politique les différences individuelles se neutralisent. C’était encore accepter l’idée que la démocratie suppose au départ des préférences. Rawls lui-même considérait dans sa fiction du voile d’ignorance que chacun a des intérêts à défendre bien qu’il ignore lesquels, ne connaissant pas, par hypothèse, sa position dans la société. Un penseur de talent comme Habermas franchit un pas de plus vers l’abstraction et le refus de choisir.
Bien qu’il ne le dise pas en ces termes, on sent bien que choisir, c’est être hérétique.

C’est d’ailleurs le sens premier de ce mot…

Voir aussi:

aucune association ou organisation religieuse musulmane ou juive n’avait protesté … lorsque des personnes musulmanes refusent de manger du porc, elles se voient proposer autre chose

Le Conseil d’Etat refuse la distribution à Paris de la « soupe au cochon »
Le Monde avec AFP
06.01.07

Le Conseil d’Etat a refusé vendredi 5 janvier au soir la distribution par une association d’extrême droite, à Paris, d’une « soupe au cochon » aux sans abri : la plus haute juridiction administrative a annulé une ordonnance du tribunal administratif de Paris qui avait suspendu, mardi, l’arrêté du préfet de police de Paris du 28 décembre interdisant à Solidarité des Français de distribuer cette nourriture à base de porc.

Saisi de l’appel formé par le ministre de l’intérieur, le juge des référés du Conseil d’Etat, Christian Vigouroux, a estimé qu’en interdisant les distributions, le préfet de police n’avait pas porté une « atteinte grave et manifestement illégale » à la liberté de manifestation. Le représentant du ministère de l’intérieur, Me Jean-François Boutet, avait qualifié ces distributions de soupe de « discriminatoires », et donc susceptibles de troubler l’ordre public. Il a cité une phrase du site internet de SDF (« Pas de soupe, pas de dessert, les nôtres avant les autres »), ajoutant que la Haute Autorité de lutte contre les discriminations (Halde) s’était émue de l’aspect discriminatoire de ces « soupes au cochon », de même que deux délibérations du Conseil municipal de Paris. Le maire de la capitale, Bertrand Delanoë, avait demandé qu’il soit fait appel de l’ordonnance du tribunal administratif concernant cette « initiative aux relents xénophobes ».

« UNE SOUPE DE PAUVRE »

Me Bruno Le Griel, avocat de Solidarité des Français, a soutenu en revanche que la requête du ministère de l’intérieur était « irrecevable ». Il a ajouté qu' »aucun fait de discrimination n’avait été rapporté » et qu’aucune association ou organisation religieuse musulmane ou juive n’avait protesté. Il a assuré que « lorsque des personnes musulmanes refusent de manger du porc, elles se voient proposer autre chose ». Il a déclaré que « traditionnellement la soupe au lard est une soupe de pauvre » et que « ceux qui ne veulent pas manger de porc peuvent toujours aller vers des associations caritatives musulmanes ».

Le juge des référés du tribunal administratif avait déjà annulé, le 22 décembre, un précédent arrêté d’interdiction pris par la préfecture de police de Paris.


Nazislamisme: La preuve par l’image (« Obsession, » radical Islam’s war against the West)

5 janvier, 2007

Nazislamists« Obsession« , non, c’est pas un nouveau parfum d’Yves Saint-Laurent ou Calvin Klein ni même le film qui avait coûté la vie au petit-neveu de Van Gogh (« Submission » ).

Mais un documentaire de Raphael Shore sorti en novembre dernier sur les parallèles entre l’islamisme et le nazisme.

Il n’est pas aussi bon que le film de Robert Spencer (Islam: What the West Needs to Know) parce que, comme le montre Ilana Mercer (voir ci-dessous), il se cramponne encore au mythe rassurant de la distinction entre un islam « modéré » et un islam « radical », mais il a le mérite de faire connaitre au grand public, comme le montre l’entretien sur CNN du réalisateur et de Nonie Darwish (merci etabori), un certain nombre de faits généralement occultés par les bonnes feuilles paroissiales qui nous servent de médias.

Voir le reportage de CNN (et la transcription ) du 14 décembre dernier :

I was actually speaking with Bernard Lewis last week. He’s a preeminent Islamic scholar in the world today, and he said that what is important for people to realize today, he said, he was an intelligent officer in the British Army in the 1940s.
He was more optimistic about a victory of the West then, after the Nazis had taken over Poland, Czechoslovakia and France than he is now, over the victory of the West over radical Islam.
And I asked him why, that’s such a shocking statement. And he said because, then we knew who we were and we knew who they were. We were the Western world, which was freedom and Democracy and individual rights and they were totalitarian dictators who were trying to destroy our way of life.
Today, he said, we don’t know who we are, we don’t know what we stand for in the West and we don’t know that there’s an enemy that is trying to — has declared war and is trying to destroy the West.

PHILLIPS: The film is called « Obsession, » radical Islam’s war against the West. It’s a fascinating and chilling look at the parallels between Nazism and modern Islamic terrorism.

Raphael Shore, one of the film’s producers joins me from Jerusalem and Nonie Darwish is in Los Angeles. She was featured in the film because she grew up in Gaza and her father led Fedayeen operations against Israel until he was assassinated.

It’s an honor to have both of you. Raphael, I want to begin with you, talking about the comparison between radical Islam and Hitler’s Nazi regime. I think a lot of people look at this, or those that have seen this film and say, wow, we have not learned from the past, have we?

RAPHAEL SHORE, PRODUCER, « OBSESSION »: No, I don’t think so. First of all, thanks for having us on the show. It’s really the case that we have not learned, and that’s what helped — Alfons Heck says when we have — he was a Nazi youth officer in the film, and he is the one that points out that while Nazi Germany is finished and they repented from what they did, the Arab and Islamists, the radicals who were in Berlin at the time and grew up and learned from Islam, from the Nazis, they never changed, and they continued the battle against the West.

PHILLIPS: And Nonie, you lived this.

NONIE DARWISH, « OBSESSION »: Exactly. I grew up in the Middle East for 30 years. I heard all the propaganda of hatred and it’s happening again. The same propaganda as Nazi Germany is happening across the Middle East by radicals who want to keep the hatred and the dehumanization of the Jews.

And to them, they have reduced a great religion to just an ideology of hatred of Jews across many mosques in the Middle East. We learn so much hatred, it’s embarrassing to even repeat what’s being said by some religious leaders, some political leaders in our cartoons, in movies, in schools.

PHILLIPS: And Nonie, growing up, what did you learn? What did your father teach you? Your father fought against Israel. He led Fedayeen operations there in Gaza. Was he teaching you hate?

DARWISH: No, my father was a soldier. And he was doing what most of the Arab soldiers did, which is invade Israel and kill Jews. But it’s beyond the military. It’s everywhere. It is in schools.

For example, I was told, don’t take any fruit or candy from a stranger, because it could be a Jew trying to poison you. The Jews wanted Arab blood to bake their cookies, and we believed it. We recited jihadist poetry daily while we were crying in school, wishing upon ourselves to die as a jihad to kill Jews before they kill Arab children.

And when you grow up with this kind of ideology day in and day out, you really believe that terrorism is OK, and that hating — hatred is justified. And there are so many lies across the Middle East being taught right now to Arab children and it’s really a disgrace that’s happening today. The same — the same propaganda of Hitler is being done right now in the Middle East, across the Middle East.

PHILLIPS: Let’s talk more about that. I want to go to a clip that has the former Nazi youth leader that Raphael mentioned, Alfons Heck, also talking with a former PLO terrorist and what they said about the comparison between radical Islam and Hitler’s regime. Let’s listen.

(BEGIN VIDEO CLIP)

HECK: The fanatic Muslim world and creed says that no ideology can exist beyond theirs. It’s all-encompassing.

WALID SHOEBAT, FORMER PLO TERRORIST: Secular dogma like Nazis is less dangerous than this Islamofascism that we do today. It’s less dangerous because Islamofascism has a religious twist to it. It has God almighty ordering to do this, not the furor. So it is way more dangerous. It is trying to grow itself in 55 Muslim states, so potentially you could have a success rate of several Nazi Germany if these people get their way.

(END VIDEO CLIP)

PHILLIPS: Raphael, it’s amazing to hear a former PLO terrorist say that what’s happening right now can be even more dangerous than Nazi Germany. And just looking at the propaganda that you point out to in the film, looking at the comparison of how the Nazi propaganda and the Palestinian extremists’ propaganda, it’s similar, it’s exactly the same images.

SHORE: Yes, and we point that out. In fact, some of these clips are available at our Web site at obsessionthemovie.com. But the point that I want to make clear is that what we’re showing in this movie is that this is a war that radical Islam has declared against the western world.

It’s not just about Israel or the Jews, although that’s an important subplot. But radical Islam today has made a continuation of the Nazi past, and they have declared this war, and they are working against Christianity, against Buddhism, against gays and all over the world, they are attacks.

What we are trying to show in this movie is that when you look around the world and you see separate terror attacks, it looks like separate things going on in separate areas. But we need to connect the dots and realize that in their eyes, it is one global jihad, one front in a global jihad against western civilization and that’s what we try to show in « Obsession » the movie.

PHILLIPS: Well, and it starts with the kids. Let’s listen to this clip.

(BEGIN VIDEO CLIP)

UNIDENTIFIED MALE: I think the worst form of child abuse is teaching a child to hate. But we have on Palestinian TV and on Saudi TV over and over again, are little kids being taught signs, I want to be a suicide bomber.

UNIDENTIFIED CHILD (SPEAKING IN FOREIGN LANGUAGE): I’ll turn into a suicide warrior. I’ll turn into a suicide warrior. In battledress, in battledress, in battledress.

(END VIDEO CLIP)

PHILLIPS: Oh, it’s heart-wrenching. Nonie you’ve even made the point that look, not all Muslims are radicals like this and not all parents are teaching this, that your religion infiltrated by this hateful agenda. How do you break it though? How do you start changing what we’re seeing here among hundreds and hundreds of children?

DARWISH: That’s the million-dollar question. The Arab leadership, the good people in the Muslim world, and I don’t doubt that the majority of my culture are decent, good people, but they are not in power. They have to end this hate. They have to say, enough is enough. We should never teach our kids hate.

Because, really, terrorism doesn’t only hurt the West and Israel and the non-Muslims, it destroys the moral fabric and goodness that I know exists in Arab culture and in Muslim culture.

And it’s bad for — even for moderate Muslims who are being oppressed and being threatened by radical Islam. It can — a very horrific ideology that is tyrannical and it oppresses freedom of speech, it oppresses women, and it oppresses even men and it’s a tyranny.

PHILLIPS: And, finally, points well made, Nonie. Rafael, just — I encourage everybody not only to see this film but just look into the history of this relationship between Adolf Hitler and the Grand Mustafa al-Husseini, the grand Mufti of Israel and how they both came together and talked about the extermination of Jews.

They had the same goal and that was world domination and hatred. I mean, this goes back decades. What do you want people to walk away with after they see this film? Not only the understanding of history, but what else do you want?

DARWISH: I would like to see …

SHORE: Actually, I would …

PHILLIPS: Go ahead, Rafael.

SHORE: Yes, I was actually speaking with Bernard Lewis last week. He’s a preeminent Islamic scholar in the world today, and he said that what is important for people to realize today, he said, he was an intelligent officer in the British Army in the 1940s.

He was more optimistic about a victory of the West then, after the Nazis had taken over Poland, Czechoslovakia and France than he is now, over the victory of the West over radical Islam.

And I asked him why, that’s such a shocking statement. And he said because, then we knew who we were and we knew who they were. We were the Western world, which was freedom and Democracy and individual rights and they were totalitarian dictators who were trying to destroy our way of life.

Today, he said, we don’t know who we are, we don’t know what we stand for in the West and we don’t know that there’s an enemy that is trying to — has declared war and is trying to destroy the West. And, therefore, the first important message to, answer your question, and this is what we try to get across in « Obsession » the movie, is people need to understand that there is a war going on today.

It’s not something that we asked for, but there are people, just as there was in the Nazis in the 1930s and ’40s, there are people and it is the minority of Muslims like Nonie says, but there are radical Islamists and there are millions of them who are trying to declare war and destroy civilization, Western civilization. We have to be aware of and it educate ourselves. That’s the most important thing that needs to happen today.

PHILLIPS: Well, you can definitely get an incredible education by watching this film « Obsession. » Rafael Shore, Nonie Darwish, I can’t thank you enough for your time. The movie left many of us speechless. We appreciate what you’ve done.

Voir aussi la critique d’Ilana Mercer:

Morceaux choisis:

Viewers of « Obsession » are treated to terrifying, flesh-creeping scenes common in the Arab media: death-adulating, Quran-quoting kids and clerics in madrasas and mosques across the Muslim world, all calling for the killing of Jews and gentiles and for the subjugation of the West to Islam. Nevertheless, these spectacles are then punctuated by pieties about Islam being a peaceful religion, hijacked by extremists – a hell of a lot of them.To be fair, « Obsession » does dispel the fiction that jihad is an inner struggle, but then even an A-list Islam apologist like professor John Esposito has admitted as much: « Jihad means to fight to spread Islam, not just to defend it, and to wage war against [Jews and Christians] who refuse Muslim rule, » Esposito has conceded.
« Radical Islam »: now there’s another redundancy that ought not to have marred the message of this important documentary. If one cares to delve into the Quran, the hadith, and the Sira, or read the scholars who’ve done so for us, then it becomes abundantly clear: Islam is radical.It was thus no coincidence that during the holy month of Ramadan, Iraq experienced a 22 percent spike in attacks. A similar trend was observed in other hot spots around the world. Yom Kippur sees Jews struggle to quell aggression; Ramadan is a time for Muhammadans to amplify it. Again, this is perfectly congruous. Iraqi mujahedeen were heeding, not hijacking, their prophet, who had revved up his raids on the caravans of the Quraysh during the Ramadan.

Friday, November 24, 2006

‘Obsession’ By Muhammad
Posted: November 24, 2006
By Ilana Mercer

« Obsession » is a new documentary about « Radical Islam’s War against the West. » The unfortunate title, however, conjures a Calvin Klein fragrance, not a serious examination of the foundations of jihad. To the faithful, jihad is not an obsession; it’s a religious obligation. It’s not a « compulsive preoccupation » with an « unreasonable idea or emotion, » to follow the dictionary’s definition of « obsession »; it’s the sixth pillar of Islam, exhorted to in over a hundred verses in the Quran. Jihad isn’t like a scent, picked up and chased in a pheromonal frenzy; it’s what Muhammad described as the Muslim’s highest duty.

That’s the problem with « Obsession »: Jihadists cite Muhammad and the Quran faithfully; « Obsession » is mum about their muse.

Indeed, one of the pillars of an Islamized media is the « Daily Prayer » – the ritual repetition of expedient disclaimers about Mohammad, whom Muslims regard as the perfect man, and his manual, which they consider equally celestial.

Viewers of « Obsession » are treated to terrifying, flesh-creeping scenes common in the Arab media: death-adulating, Quran-quoting kids and clerics in madrasas and mosques across the Muslim world, all calling for the killing of Jews and gentiles and for the subjugation of the West to Islam. Nevertheless, these spectacles are then punctuated by pieties about Islam being a peaceful religion, hijacked by extremists – a hell of a lot of them.

To be fair, « Obsession » does dispel the fiction that jihad is an inner struggle, but then even an A-list Islam apologist like professor John Esposito has admitted as much: « Jihad means to fight to spread Islam, not just to defend it, and to wage war against [Jews and Christians] who refuse Muslim rule, » Esposito has conceded.

« Radical Islam »: now there’s another redundancy that ought not to have marred the message of this important documentary. If one cares to delve into the Quran, the hadith, and the Sira, or read the scholars who’ve done so for us, then it becomes abundantly clear: Islam is radical.

Consider: When King David sinned horribly, robbing Uriah first of his wife, Batsheva, and then of his life, he was confronted and exposed by a furious prophet, Nathan. King David repented and accepted cruel punishment. There’s a conventional moral code for you.

Conversely, Muhammad sated his basest urges, miring himself and his followers in murder, mutilation, robbery and rape, only to receive « divine revelations » that sanctified rapine and licentiousness for Allah’s Ali Babas. That’s the Islamic moral code for you. It’s certainly unconventional, or radical.

It might even be posited that therein lies the appeal of Islam. It’s a license to indulge. It teaches that, provided they’re Muslim, the murderous, not the meek, shall inherit the earth. And it tells the Muslim faithful to claim their inheritance by force: subjugate, enslave, or eliminate their non-Muslim inferiors.

It was thus no coincidence that during the holy month of Ramadan, Iraq experienced a 22 percent spike in attacks. A similar trend was observed in other hot spots around the world. Yom Kippur sees Jews struggle to quell aggression; Ramadan is a time for Muhammadans to amplify it. Again, this is perfectly congruous. Iraqi mujahedeen were heeding, not hijacking, their prophet, who had revved up his raids on the caravans of the Quraysh during the Ramadan.

« Obsession » delves into the « historic links » between Hitler’s Mufti (also Arafat’s idol), the Palestinian Haj Amin al-Husseini, and radical Islamic ideology. Notwithstanding Husseini’s humble contribution to the Final Solution, the Mufti didn’t invent Muslim anti-Semitism, he merely modernized it. Nor did the hatred Muslims harbor for Jews begin with the establishment of the state of Israel. This hatred boasts a pure Islamic pedigree and can be traced to Muhammad.

When the Jews rejected him, Muhammad set out to exterminate the tribes of the region. The blood-curdling harangues heard on the documentary are a variation on a Quranic theme. Here’s Muhammad’s vision for the end of days, according to « Muslim, » book 41, No. 6985 (in Spencer, 2006):

« The last hour would not come unless the Muslims will fight against the Jews and the Muslims would kill them until the Jews would hide themselves behind a stone or a tree and a stone or a tree would say: Muslim, or the servant of Allah, there is a Jew behind me; come and kill him. »

« Obsession » features the brilliant Daniel Pipes and the heroics Brigitte Gabriel and Walid Shoebat. However, conspicuously absent from the impressive lineup is the indefatigable Robert Spencer, whose detailed exegeses have exploded the myth of a peaceful Islam.

On the other hand, since the directors of « Obsession » appear intent on upholding this Scheherazade-worthy charade, it is perfectly understandable why they would exclude the author of « The Politically Incorrect Guide to Islam (and the Crusades), » and « The Truth about Muhammad: Founder of the World’s Most Intolerant Religion. »

Ilana Mercer is the author of « Broad Sides: One Woman’s Clash With A Corrupt Culture. » She is also an analyst and blogger-at-large for Free-Market News Network. To learn more about her work, and to contribute to Barely A Blog, visit IlanaMercer.com.


Désinformation: Quand le PCF négociait son propre Pacte germano-soviétique avec l’occupant nazi

5 janvier, 2007
Ribbentrop-Molotov Pact
Jamais un grand peuple comme le nôtre ne sera un peuple d’esclaves et si, malgré la terreur ce peuple a su, sous les formes les plus diverses, montrer sa réprobation de voir la France enchaînée au char de l’impérialisme britannique, il saura signifier aussi à la bande actuellement au pouvoir, SA VOLONTÉ D’ÊTRE LIBRE. Peuple de France (dit « Appel du 10 juillet »)

Au moment où on fêtait (en novembre dernier) le 15e anniversaire de la fin du communisme (et probablement sous la pression de l’ouverture des archives ex-soviétiques qui a suivi), intéressantes révèlations (suite à la publication d’un ouvrage d’historiens: « Juin 40, la négociation secrète », Claude Pennetier et Jean-Pierre Besse) sur les négociations secrètes (longtemps niées) entre le PCF et les occupants nazis pour obtenir, dès juin 40, la reparution de ses journaux et la relégalisation de ses activités.

Sabotages et espionnage dans les usines d’armement au profit de Moscou, faux appels et faux journaux, désinformation, ceux qui doutaient encore de l’inféodation des « partis frères » et tout particulièrement du PCF à la patrie du socialisme sont servis.

On y apprend ainsi entre autres que le fameux « Appel du 10 juillet » (sorte de contre-appel du 18 juin) avait en fait été largement réécrit dans les années 50 (avec un faux numéro de l’Humanité à l’appui et à partir d’un texte de juillet 40 qui sous le titre « Peuple de France » évoquait surtout une « France enchaînée au char de l’impérialisme britannique » – merci Claude Pennetier pour la précision) pour accréditer l’idée d’une entrée précoce des communistes dans la Résistance alors qu’en réalité cette politique ne fut adoptée qu’au printemps 41, soit à peu près au même moment que la rupture du fameux Pacte germano-soviétique et que l’attaque allemande contre l’URSS de juin 1941.

Mais aussi que “le parti des 75 000 fusillés” était plutôt celui des… 4 000 fusillés, vu que le total des fusillés en France pendant la guerre n’a pas dépassé 4 520 personnes (dont il est vrai 80 à 90% de communistes).

Quant aux arguments évoqués dans les négociations, on n’est pas déçu non plus. Gribouillé sur un carnet de notes (retrouvé par hasard aux archives départementales de Paris) et dans un français quelque peu approximatif, l’argumentaire du Parti fer de lance de la lutte anti-fasciste met tour à tour en avant sa défense du Pacte germano-soviétique (qui vit pendant près de deux ans le soutien soviétique de la machine de guerre nazie) et son défaitisme révolutionnaire (« la guerre impéraliste », ses sabotages de la défense française), son anticapitalisme (« gouvernements bourgeois ») et même son antisémitisme (« juif Mandel », ministre de l’Intérieur sous Paul Reynaud), et naturellement son implantation ouvrière, ultime garantie de la paix sociale qu’il pourrait ainsi assurer aux occupants nazis.

Où on mesure l’étendue d’une inféodation qui verra, 50 ans durant, le PCF jouer les meilleurs élèves de Moscou, poursuivant le défaitisme révolutionnaire (contre l’intervention ordonnée par l’ONU en Corée), participant à toutes les campagnes de désinformation (l’Affaire Rosenberg, les « Appels » et « Mouvements pour la Paix ») et de manifestations antiaméricaines (contre la venue en France du Général Ridgway, baptisé faussement « Ridgway la peste » pour une prétendue utilisation d’armes chimiques en Corée), sans parler des activités d’espionnage (jusqu’au ministre de la défense de Mitterrand Charles Hernu) et bien sûr « l’or de Moscou » à la veille de chaque élection et les bataillons fournis de compagnons de route et d’idiots utiles, les Sartre, Aragon, Picasso, etc…

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