Légion d’honneur: Après Poutine, la France décore Pinter (After Putin, France honors Pinter)

20 janvier, 2007
Pinter at pro-Cuba rallyPinter anti-Kosovo war rallyLa guerre est toujours la sanction d’un échec.
Villepin

Au moment où la France, par les mains de son Premier ministre, vient de décorer, après un certain Poutine (philanthrope bien connu de la Tchéchénie), le dramaturge britannique et prix Nobel de littérature 2005 Harold Pinter

Peut-être faudrait-il rappeler les autres titres de gloire de ce pourfendeur patenté de « l ’empire du mensonge » qu’est l’Amérique de Bush, qui avait, comme il l’expliquait dans son mémorable discours de réception de Stockholm (digne des plus beaux jours des Mouvements de la paix de la Guerre froide), « apporté au peuple irakien la torture, les bombes à fragmentation, l’uranium appauvri, d’innombrables tueries commises au hasard, la misère, l’humiliation et la mort » et n’avait d’autre ambition que « la domination totale sur tous les fronts », en particulier par « cette folie infantile – détenir des armes nucléaires et menacer de s’en servir – qui est au cœur de la philosophie politique américaine actuelle ».

Comme par exemple sa défense tout aussi passionnée de la prison à ciel ouvert d’un certain Castro …

Ou du grand et regretté humanitaire que fut un certain Milosevic, pendant la guerre du Kosovo comme au moment de son procès et jusqu’à présent (la mémoire d’un grand bienfaiteur de l’humanité, c’est important) …

Et bien sûr de l’autre grand et déjà regretté bienfaiteur de l’humanité que fut Saddam, dès 91 (date à laquelle, certaines mauvaises langues prétendent, on avait retrouvé dans son jardin des prétendues ADM) …

Sans parler bien sûr du Mollah Omar et de sa bande de joyeux drilles talibans et leurs invités Ben Laden et Zawahiri qui venaient de réaliser leur grand oeuvre pyrotechnique du 11/9 dont on se souvient encore des émouvants hommages par ces autres grands « voleurs de feu » que sont nos Stockhausen et Baudrillard …

Morceaux choisis du discours de Stockholm de décembre 2005 de Pinter:

(…) Comme le sait ici tout un chacun, l’argument avancé pour justifier l’invasion de l’Irak était que Saddam Hussein détenait un arsenal extrêmement dangereux d’armes de destruction massive, dont certaines pouvaient être déchargées en 45 minutes, provoquant un effroyable carnage. On nous assurait que c’était vrai. Ce n’était pas vrai. On nous disait que l’Irak entretenait des relations avec Al Qaïda et avait donc sa part de responsabilité dans l’atrocité du 11 septembre 2001 à New York. On nous assurait que c’était vrai. Ce n’était pas vrai. On nous disait que l’Irak menaçait la sécurité du monde. On nous assurait que c’était vrai. Ce n’était pas vrai.

La vérité est totalement différente. La vérité est liée à la façon dont les États-Unis comprennent leur rôle dans le monde et la façon dont ils choisissent de l’incarner.

Mais avant de revenir au temps présent, j’aimerais considérer l’histoire récente, j’entends par là la politique étrangère des États-Unis depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Je crois qu’il est pour nous impératif de soumettre cette période à un examen rigoureux, quoique limité, forcément, par le temps dont nous disposons ici.

Tout le monde sait ce qui s’est passé en Union Soviétique et dans toute l’Europe de l’Est durant l’après-guerre : la brutalité systématique, les atrocités largement répandues,la répression impitoyable de toute pensée indépendante. Tout cela a été pleinement documenté et attesté.

Mais je soutiens que les crimes commis par les États-Unis durant cette même période n’ont été que superficiellement rapportés, encore moins documentés, encore moins reconnus, encore moins identifiés àdes crimes tout court. Je crois que la question doit être abordée et que la vérité a un rapport évident avec l’état actuel du monde. Bien que limitées, dans une certaine mesure, par l’existence de l’Union Soviétique, les actions menées dans le monde entier par les États-Unis donnaient clairement à entendre qu’ils avaient décrété avoir carte blanche pour faire ce qu’ils voulaient.

L’invasion directe d’un état souverain n’a jamais été, de fait, la méthode privilégiée de l’Amérique. Dans l’ensemble, elle préférait ce qu’elle a qualifié de « conflit de faible intensité ».« Conflit de faible intensité », cela veut dire que des milliers de gens meurent, mais plus lentement que si vous lâchiez une bombe sur eux d’un seul coup.Cela veut dire que vous contaminez le cœur du pays, que vous y implantez une tumeur maligne et que vous observez s’étendre la gangrène. Une fois que le peuple a été soumis – ou battu à mort – ça revient au même – et que vos amis, les militaires et les grandes sociétés commerciales, sont confortablement installés au pouvoir, vous allez devant les caméras et vous déclarez que la démocratie l’a emporté. C’était monnaie courante dans la politique étrangère américaine dans les années auxquelles je fais allusion.

fantile a diminué d’un tiers. La polio a été éradiquéeLa tragédie du Nicaragua s’est avérée être un cas extrêmement révélateur. Si je décide de l’évoquer ici, c’est qu’il illustre de façon convaincante la façon dont l’Amérique envisage son rôle dans le monde, aussi bien à l’époque qu’aujourd’hui.

(…)

Les États-Unis ont pendant plus de quarante ans soutenu la dictature brutale de Somoza au Nicaragua. Le peuple nicaraguayen, sous la conduite des Sandinistes, a renversé ce régime en 1979, une révolution populaire et poignante.

Les Sandinistes n’étaient pas parfaits. Ils avaient leur part d’arrogance et leur philosophie politique comportait un certain nombre d’éléments contradictoires. Mais ils étaient intelligents, rationnels et civilisés. Leur but était d’instaurer une société stable, digne, et pluraliste. La peine de mort a été abolie. Des centaines de milliers de paysans frappés par la misère ont été ramenés d’entre les morts. Plus de 100 000 familles se sont vues attribuer un droit à la terre. Deux mille écoles ont été construites. Une campagne d’alphabétisation tout à fait remarquable a fait tomber le taux d’analphabétisme dans le pays sous la barre des 15%. L’éducation gratuite a été instaurée ainsi que la gratuité des services de santé. La mortalité in.

Les États-Unis accusèrent ces franches réussites d’être de la subversion marxiste-léniniste. Aux yeux du gouvernement américain, le Nicaragua donnait là un dangereux exemple. Si on lui permettait d’établir les normes élémentaires de la justice économique et sociale, si on lui permettait d’élever le niveau des soins médicaux et de l’éducation et d’accéder à une unité sociale et une dignité nationale, les pays voisins se poseraient les mêmes questions et apporteraient les mêmes réponses. Il y avait bien sûr à l’époque, au Salvador, une résistance farouche au statu quo.

J’ai parlé tout à l’heure du « tissu de mensonges » qui nous entoure. Le Président Reagan qualifiait couramment le Nicaragua de « donjon totalitaire ». Ce que les médias, et assurément le gouvernement britannique, tenaient généralement pour une observation juste et méritée. Il n’y avait pourtant pas trace d’escadrons de la mort sous le gouvernement sandiniste. Il n’y avait pas trace de tortures. Il n’y avait pas trace de brutalité militaire, systématique ou officielle. Aucun prêtre n’a jamais été assassiné au Nicaragua. Il y avait même trois prêtres dans le gouvernement sandiniste, deux jésuites et un missionnaire de la Société de Maryknoll. Les « donjons totalitaires » se trouvaient en fait tout à côté, au Salvador et au Guatemala. Les États-Unis avaient, en 1954, fait tomber le gouvernement démocratiquement élu du Guatemala et on estime que plus de 200 000 personnes avaient été victimes des dictatures militaires qui s’y étaient succédé.

(…)

Les États-Unis ont fini par faire tomber le gouvernement sandiniste. Cela leur prit plusieurs années et ils durent faire preuve d’une ténacité considérable,mais une persécution économique acharnée et 30 000 morts ont fini par ébranler le courage des Nicaraguayens. Ils étaient épuisés et de nouveau misérables. L’économie « casino » s’est réinstallée dans le pays. C’en était fini de la santé gratuite et de l’éducation gratuite. Les affaires ont fait un retour en force. La « Démocratie » l’avait emporté.

Mais cette « politique » ne se limitait en rien à l’Amérique Centrale. Elle était menée partout dans le monde. Elle était sans fin. Et c’est comme si ça n’était jamais arrivé.

Les États-Unis ont soutenu, et dans bien des cas engendré, toutes les dictatures militaires droitières apparues dans le monde à l’issue de la Seconde Guerre mondiale. Je veux parler de l’Indonésie, de la Grèce, de l’Uruguay, du Brésil, du Paraguay, d’Haïti, de la Turquie, des Philippines, du Guatemala, du Salvador, et, bien sûr, du Chili. L’horreur que les États-Unis ont infligée au Chili en 1973 ne pourra jamais être expiée et ne pourra jamais être oubliée.

Des centaines de milliers de morts ont eu lieu dans tous ces pays. Ont-elles eu lieu? Et sont-elles dans tous les cas imputables à la politique étrangère des États-Unis? La réponse est oui, elles ont eu lieu et elles sont imputables à la politique étrangère américaine. Mais vous n’en savez rien.

Ça ne s’est jamais passé. Rien ne s’est jamais passé. Même pendant que cela se passait, ça ne se passait pas. Ça n’avait aucune importance. Ça n’avait aucun intérêt. Les crimes commis par les États-Unis ont été systématiques, constants, violents, impitoyables, mais très peu de gens en ont réellement parlé. Rendons cette justice à l’Amérique : elle s’est livrée, partout dans le monde, à une manipulation tout à fait clinique du pouvoir tout en se faisant passer pour une force qui agissait dans l’intérêt du bien universel. Un cas d’hypnose génial, pour ne pas dire spirituel, et terriblement efficace.

Les États-Unis, je vous le dis, offrent sans aucun doute le plus grand spectacle du moment. Pays brutal, indifférent, méprisant et sans pitié, peut-être bien, mais c’est aussi un pays très malin. À l’image d’un commis voyageur, il œuvre tout seul et l’article qu’il vend le mieux est l’amour de soi. Succès garanti. Écoutez tous les présidents américains à la télévision prononcer les mots « peuple américain », comme dans la phrase : « Je dis au peuple américain qu’il est temps de prier et de défendre les droits du peuple américain et je demande au peuple américain de faire confiance à son Président pour les actions qu’il s’apprête à mener au nom du peuple américain. »

Le stratagème est brillant. Le langage est en fait employé pour tenir la pensée en échec. Les mots « peuple américain » fournissent un coussin franchement voluptueux destiné à vous rassurer. Vous n’avez pas besoin de penser. Vous n’avez qu’à vous allonger sur le coussin. Il se peut que ce coussin étouffe votre intelligence et votre sens critique mais il est très confortable. Ce qui bien sûr ne vaut pas pour les 40 millions de gens qui vivent en dessous du seuil de pauvreté ni aux 2 millions d’hommes et de femmes incarcérés dans le vaste goulag de prisons qui s’étend d’un bout à l’autre des États-Unis.

Les États-Unis ne se préoccupent plus des conflits de faible intensité. Ils ne voient plus l’intérêt qu’il y aurait à faire preuve de réserve, ni même de sournoiserie. Ils jouent cartes sur table, sans distinction. C’est bien simple, ils se fichent éperdument des Nations Unies, du droit international ou des voix dissidentes, dont ils pensent qu’ils n’ont aucun pouvoir ni aucune pertinence. Et puis ils ont leur petit agneau bêlant qui les suit partout au bout d’une laisse, la Grande-Bretagne, pathétique et soumise.

Où est donc passée notre sensibilité morale ? En avons-nous jamais eu une ? Que signifient ces mots ? Renvoient-ils à un terme très rarement employé ces temps-ci – la conscience ? Une conscience qui soit non seulement liée à nos propres actes mais qui soit également liée à la part de responsabilité qui est la nôtre dans les actes d’autrui ? Tout cela est-il mort ? Regardez Guantanamo. Des centaines de gens détenus sans chef d’accusation depuis plus de trois ans, sans représentation légale ni procès équitable, théoriquement détenus pour toujours. Cette structure totalement illégitime est maintenue au mépris de la Convention de Genève. Non seulement on la tolère mais c’est à peine si la soi-disant « communauté internationale » en fait le moindre cas. Ce crime scandaleux est commis en ce moment même par un pays qui fait profession d’être « le leader du monde libre ». Est-ce que nous pensons aux locataires de Guantanamo ? Qu’en disent les médias ? Ils se réveillent de temps en temps pour nous pondre un petit article en page six. Ces hommes ont été relégués dans un no man’s land dont ils pourraient fort bien ne jamais revenir. À présent beaucoup d’entre eux font la grève de la faim, ils sont nourris de force, y compris des résidents britanniques. Pas de raffinements dans ces méthodes d’alimentation forcée. Pas de sédatifs ni d’anesthésiques. Juste un tube qu’on vous enfonce dans le nez et qu’on vous fait descendre dans la gorge. Vous vomissez du sang. C’est de la torture. Qu’en a dit le ministre des Affaires étrangères britannique ? Rien. Qu’en a dit le Premier Ministre britannique ? Rien. Et pourquoi ? Parce que les États-Unis ont déclaré : critiquer notre conduite à Guantanamo constitue un acte hostile. Soit vous êtes avec nous, soit vous êtes contre nous. Résultat, Blair se tait.

L’invasion de l’Irak était un acte de banditisme, un acte de terrorisme d’État patenté, témoignant d’un absolu mépris pour la notion de droit international. Cette invasion était un engagement militaire arbitraire inspiré par une série de mensonges répétés sans fin et une manipulation flagrante des médias et, partant, du public ; une intervention visant à renforcer le contrôle militaire et économique de l’Amérique sur le Moyen-Orient et se faisant passer – en dernier ressort – toutes les autres justifications n’ayant pas réussi à prouver leur bien-fondé – pour une libération. Une redoutable affirmation de la force militaire responsable de la mort et de la mutilation de milliers et de milliers d’innocents.

Nous avons apporté au peuple irakien la torture, les bombes à fragmentation, l’uranium appauvri, d’innombrables tueries commises au hasard, la misère, l’humiliation et la mort et nous appelons cela « apporter la liberté et la démocratie au Moyen-Orient ».

Combien de gens vous faut-il tuer avant d’avoir droit au titre de meurtrier de masse et de criminel de guerre ? Cent mille ? Plus qu’assez, serais-je tenté de croire. Il serait donc juste que Bush et Blair soient appelés à comparaître devant la Cour internationale de justice. Mais Bush a été malin. Il n’a pas ratifié la Cour internationale de justice. Donc, si un soldat américain ou, à plus forte raison, un homme politique américain, devait se retrouver au banc des accusés, Bush a prévenu qu’il enverrait les marines. Mais Tony Blair, lui, a ratifié la Cour et peut donc faire l’objet de poursuites.Nous pouvons communiquer son adresse à la Cour si ça l’intéresse. Il habite au 10 Downing Street, Londres.

La mort dans ce contexte devient tout à fait accessoire. Bush et Blair prennent tous deux bien soin de la mettre de côté. Au moins 100 000 Irakiens ont péri sous les bombes et les missiles américains avant que ne commence l’insurrection irakienne. Ces gens-là sont quantité négligeable. Leur mort n’existe pas. Un néant. Ils ne sont même pas recensés comme étant morts. « Nous ne comptons pas les cadavres » a déclaré le général américain Tommy Franks.

Aux premiers jours de l’invasion une photo a été publiée à la une des journaux britanniques ; on y voit Tony Blair embrassant sur la joue un petit garçon irakien. « Un enfant reconnaissant » disait la légende. Quelques jours plus tard on pouvait trouver, en pages intérieures, l’histoire et la photo d’un autre petit garçon de quatre ans qui n’avait plus de bras. Sa famille avait été pulvérisée par un missile. C’était le seul survivant. « Quand est-ce que je retrouverai mes bras ? » demandait-il. L’histoire est passée à la trappe. Eh bien oui, Tony Blair ne le serrait pas contre lui, pas plus qu’il ne serrait dans ses bras le corps d’un autre enfant mutilé, ou le corps d’un cadavre ensanglanté. Le sang, c’est sale. Ça salit votre chemise et votre cravate quand vous parlez avec sincérité devant les caméras de télévision.

Les 2000 morts américains sont embarrassants. On les transporte vers leurs tombes dans le noir. Les funérailles se font discrètement, en lieu sûr. Les mutilés pourrissent dans leurs lits, certains pour le restant de leurs jours. Ainsi les morts et les mutilés pourrissent-ils, dans différentes catégories de tombes.

(…)

J’ai dit tout à l’heure que les États-Unis étaient désormais d’une franchise totale et jouaient cartes sur table. C’est bien le cas. Leur politique officielle déclarée est désormais définie comme une « full spectrum dominance » (une domination totale sur tous les fronts). L’expression n’est pas de moi, elle est d’eux. « Full spectrum dominance », cela veut dire contrôle des terres, des mers, des airs et de l’espace et de toutes les ressources qui vont avec.

Les États-Unis occupent aujourd’hui 702 installations militaires dans 132 pays du monde entier, à l’honorable exception de la Suède, bien sûr. On ne sait pas trop comment ils en sont arrivés là, mais une chose est sûre, c’est qu’ils y sont.

Les États-Unis détiennent 8000 ogives nucléaires actives et opérationnelles. 2000 sont en état d’alerte maximale, prêtes à être lancées avec un délai d’avertissement de 15 minutes. Ils développent de nouveaux systèmes de force nucléaire, connus sous le nom de « bunker busters » (briseurs de blockhaus). Les Britanniques, toujours coopératifs, ont l’intention de remplacer leur missile nucléaire, le Trident. Qui, je me le demande, visent-ils ? Oussama Ben Laden ? Vous ? Moi ? Tartempion ? La Chine ? Paris ? Qui sait ? Ce que nous savons c’est que cette folie infantile – détenir des armes nucléaires et menacer de s’en servir – est au cœur de la philosophie politique américaine actuelle. Nous devons nous rappeler que les États-Unis sont en permanence sur le pied de guerre et ne laissent entrevoir en la matière aucun signe de détente.

Des milliers, sinon des millions, de gens aux États-Unis sont pleins de honte et de colère, visiblement écœurés par les actions de leur gouvernement, mais en l’état actuel des choses, ils ne constituent pas une force politique cohérente – pas encore. Cela dit, l’angoisse, l’incertitude et la peur que nous voyons grandir de jour en jour aux États-Unis ne sont pas près de s’atténuer.

Je sais que le Président Bush emploie déjà pour écrire ses discours de nombreuses personnes extrêmement compétentes, mais j’aimerais me porter volontaire pour le poste. Je propose la courte allocution suivante, qu’il pourrait faire à la télévision et adresser à la nation. Je l’imagine grave, les cheveux soigneusement peignés, sérieux, avenant, sincère, souvent enjôleur, y allant parfois d’un petit sourire forcé, curieusement séduisant, un homme plus à son aise avec les hommes.

« Dieu est bon. Dieu est grand. Dieu est bon. Mon Dieu est bon. Le Dieu de Ben Laden est mauvais. Le sien est un mauvais Dieu. Le Dieu de Saddam était mauvais, sauf que Saddam n’en avait pas. C’était un barbare. Nous ne sommes pas des barbares. Nous ne tranchons pas la tête des gens. Nous croyons à la liberté. Dieu aussi. Je ne suis pas un barbare. Je suis le leader démocratiquement élu d’une démocratie éprise de liberté. Nous sommes une société pleine de compassion. Nous administrons des électrocutions pleines de compassion et des injections létales pleines de compassion. Nous sommes une grande nation. Je ne suis pas un dictateur. Lui, oui. Je ne suis pas un barbare. Lui, oui. Et lui aussi. Ils le sont tous. Moi, je détiens l’autorité morale. Vous voyez ce poing ? C’est ça, mon autorité morale. Tâchez de ne pas l’oublier. »

Voir aussi le fameux numéro (de la Saint-Valentin) de Villepin à la tribune de l’ONU à New York:

Dans les domaines chimiques et biologiques, les Irakiens ont remis de nouveaux documents aux inspecteurs. Ils ont aussi annoncé la création des commissions d’investigation, dirigées par les anciens responsables des programmes d’armements, conformément aux conclusions de M. Blix.
Dans le domaine balistique, les informations fournies par l’Irak ont permis aux inspecteurs de progresser également. Nous détenons avec précision les capacités réelles du missile Al-Samoud. Maintenant, il convient de procéder au démantèlement des programmes non autorisés, conformémement aux conclusions de M. Blix.
Dans le domaine nucléaire, des informations utiles ont été transmises à l’AIEA sur les points les plus importants évoqués par M. El Baradeï le 27 janvier : l’acquisition d’aimants susceptible de servir à l’enrichissement d’uranium et la liste des contacts entre l’Irak et le pays susceptible de lui avoir fourni de l’uranium.
(…) Mais nous ne devons pas nous dissimuler l’ampleur du travail restant à accomplir : des questions doivent être élucidées, des vérifications doivent être conduites, des installations ou des matériels doivent sans doute encore être détruits.

INTERVENTION DU MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES, M. DOMINIQUE DE VILLEPIN, AU CONSEIL DE SECURITE DES NATIONS UNIES
New York – 14.02.2003
Je remercie MM. Blix et El Baradeï pour les indications qu’ils viennent de nous fournir sur la poursuite des inspections en Irak. Je tiens à nouveau à leur exprimer la confiance et le plein soutien de la France dans leur mission.

Vous savez le prix que la France attache, depuis l’origine de la crise irakienne, à l’unité du Conseil de sécurité. Cette unité repose aujourd’hui sur deux éléments essentiels :

Nous poursuivons ensemble l’objectif d’un désarmement effectif de l’Irak. Nous avons en ce domaine une obligation de résultat. Ne mettons pas en doute notre engagement commun en ce sens. Nous assumons collectivement cette lourde responsabilité qui ne doit laisser place ni aux arrière-pensées, ni aux procès d’intention. Soyons clairs : aucun d’entre nous n’éprouve la moindre complaisance à l’égard de Saddam Hussein et du régime irakien.

En adoptant à l’unanimité la résolution 1441, nous avons collectivement marqué notre accord avec la démarche en deux temps proposée par la France : le choix du désarmement par la voie des inspections et, en cas d’échec de cette stratégie, l’examen par le Conseil de sécurité de toutes les options, y compris celle du recours à la force. C’est bien dans ce scénario d’échec des inspections, et dans ce cas seulement, que pourrait se justifier une seconde résolution. La question qui se pose aujourd’hui est simple: considérons-nous en conscience que le désarmement par les missions d’inspections est désormais une voie sans issue ? Ou bien, estimons-nous que les possibilités en matière d’inspection offertes par la résolution 1441 n’ont pas encore été toutes explorées ?

En réponse à cette question, la France a deux convictions : la première, c’est que l’option des inspections n’a pas été conduite jusqu’à son terme et peut apporter une réponse efficace à l’impératif du désarmement de l’Irak ; la seconde, c’est qu’un usage de la force serait si lourd de conséquences pour les hommes, pour la région et pour la stabilité internationale qu’il ne saurait être envisagé qu’en dernière extrémité. Or que venons-nous d’entendre, à travers le rapport de MM. Blix et El Baradeï ? Nous venons d’entendre que les inspections donnent des résultats. Bien sûr, chacun d’entre nous veut davantage et nous continuerons ensemble à faire pression sur Bagdad pour obtenir plus. Mais les inspections donnent des résultats. Lors de leurs précédentes interventions au Conseil de sécurité, le 27 janvier, le président exécutif de la CCVINU et le directeur général de l’AIEA avaient identifié précisément les domaines dans lesquels des progrès étaient attendus. Sur plusieurs de ces points, des avancées significatives ont été obtenues:

Dans les domaines chimiques et biologiques, les Irakiens ont remis de nouveaux documents aux inspecteurs. Ils ont aussi annoncé la création des commissions d’investigation, dirigées par les anciens responsables des programmes d’armements, conformément aux conclusions de M. Blix. Dans le domaine balistique, les informations fournies par l’Irak ont permis aux inspecteurs de progresser également. Nous détenons avec précision les capacités réelles du missile Al-Samoud. Maintenant, il convient de procéder au démantèlement des programmes non autorisés, conformémement aux conclusions de M. Blix. Dans le domaine nucléaire, des informations utiles ont été transmises à l’AIEA sur les points les plus importants évoqués par M. El Baradeï le 27 janvier : l’acquisition d’aimants susceptible de servir à l’enrichissement d’uranium et la liste des contacts entre l’Irak et le pays susceptible de lui avoir fourni de l’uranium.

Nous sommes là au coeur de la logique de la résolution 1441, qui doit assurer l’efficacité des inspections grâce à une identification précise des programmes prohibés, puis à leur élimination. Nous sommes tous conscients que le succès des inspections suppose que nous aboutissions à une coopération pleine et entière de l’Irak. La France n’a cessé de l’exiger. Des progrès réels commencent à apparaître : l’Irak a accepté le survol de son territoire par des appareils de reconnaissance aérienne ; il a permis que des scientifiques irakiens soient interrogés sans témoins par les inspecteurs ; un projet de loi prohibant toutes les activités liées aux programmes d’armes de destruction massive est en cours d’adoption, conformément à une demande ancienne des inspecteurs ; l’Irak doit fournir une liste détaillée des experts ayant assisté en 1991 aux destructions des programmes militaires.

La France attend bien entendu que ces engagements soient durablement vérifiés. Au-delà, nous devons maintenir une forte pression sur l’Irak pour qu’il aille plus loin dans la voie de la coopération. Ces progrès nous confortent dans la conviction que la voie des inspections peut être efficace. Mais nous ne devons pas nous dissimuler l’ampleur du travail restant à accomplir : des questions doivent être élucidées, des vérifications doivent être conduites, des installations ou des matériels doivent sans doute encore être détruits. Pour ce faire, nous devons donner aux inspections toutes les chances de réussir.

J’ai fait des propositions le 5 février devant le Conseil. Depuis lors, nous les avons précisées dans un document de travail adressé à MM. Blix et El Baradeï et communiquées aux membres du Conseil. Quel est leur esprit ? Il s’agit de propositions pratiques et concrètes, qui peuvent être mises en oeuvre rapidement et qui sont destinées à renforcer l’efficacité des opérations d’inspection. Elles s’inscrivent dans le cadre de la résolution 1441 et ne nécessitent par conséquent aucune nouvelle résolution du Conseil. Elles doivent venir à l’appui des efforts menés par MM. Blix et El Baradeï, qui sont naturellement les mieux à même de nous dire celles d’entre elles qu’ils souhaitent retenir pour assurer la meilleure efficacité de leurs travaux. Dans leur rapport, ils nous ont fait des commentaires utiles et opérationnels. La France a déjà annoncé qu’elle tenait des moyens supplémentaires à la disposition de MM. Blix et El Baradeï, à commencer par ses appareils de surveillance aérienne Mirage IV. Alors oui, j’entends bien les critiques : il y a ceux qui pensent que, dans leur principe, les inspections ne peuvent avoir aucune efficacité. Mais je rappelle que c’est le fondement même de la résolution 1441 et que les inspections donnent des résultats. On peut les juger insuffisants mais ils sont là.

Il y a ceux qui croient que la poursuite du processus d’inspection serait une sorte de « manoeuvre de retardement » visant à empêcher une intervention militaire. Cela pose naturellement la question du temps imparti à l’Irak. Nous sommes là au centre des débats. Il y va de notre esprit de responsabilité. Ayons le courage de mettre les choses à plat. Il y a deux options : l’option de la guerre peut apparaître a priori la plus rapide. Mais n’oublions pas qu’après avoir gagné la guerre, il faut construire la paix. Et ne nous voilons pas la face : cela sera long et difficile, car il faudra préserver l’unité de l’Irak, rétablir de manière durable la stabilité dans un pays et une région durement affectés par l’intrusion de la force. Face à de telles perspectives, il y a une autre option offerte par les inspections, qui permet d’avancer de jour en jour dans la voie d’un désarmement efficace et pacifique de l’Irak. Au bout du compte, ce choix-là n’est-il pas le plus sûr et le plus rapide ?

Personne ne peut donc affirmer aujourd’hui que le chemin de la guerre sera plus court que celui des inspections. Personne ne peut affirmer non plus qu’il pourrait déboucher sur un monde plus sûr, plus juste et plus stable. Car la guerre est toujours la sanction d’un échec. Serait-ce notre seul recours face aux nombreux défis actuels ? Donnons pas conséquent aux inspecteurs des Nations unies le temps nécessaire à la réussite de leur mission. Mais soyons ensemble vigilants et demandons à MM. Blix et El Baradeï de faire régulièrement rapport au Conseil. La France, pour sa part, propose un nouveau rendez-vous le 14 mars au niveau ministériel, pour évaluer la situation. Nous pourrons alors juger des progrès effectués et de ceux restant à accomplir. Dans ce contexte, l’usage de la force ne se justifie pas aujourd’hui. Il y a une alternative à la guerre : désarmer l’Irak par les inspections. De plus, un recours prématuré à l’option militaire serait lourd de conséquences.

L’autorité de notre action repose aujourd’hui sur l’unité de la communauté internationale. Une intervention militaire prématurée remettrait en cause cette unité, ce qui lui enlèverait sa légitimité et, dans la durée, son efficacité. Elle pourrait avoir des conséquences incalculables pour la stabilité de cette région meurtrie et fragile. Elle renforcerait le sentiment d’injustice, aggraverait les tensions et risquerait d’ouvrir la voie à d’autres conflits. Nous partageons tous une même priorité, celle de combattre sans merci le terrorisme. Ce combat exige une détermination totale. C’est depuis la tragédie du 11 septembre, l’une de nos responsabilités premières devant nos peuples. Et la France, qui a été durement touchée à plusieurs reprises par ce terrible fléau, est entièrement mobilisée dans cette lutte qui nous concerne tous et que nous devons mener ensemble. C’est le sens de la réunion du Conseil de sécurité qui s’est tenue le 20 janvier, à l’initiative de la France.

Il y a dix jours, le secrétaire d’Etat américain, M. Powell, a évoqué des liens supposés entre Al Quaïda et le régime de Bagdad. En l’état actuel de nos informations et recherches menées en liaison avec nos alliés, rien ne nous permet d’établir de tels liens. En revanche, nous devons prendre la mesure de l’impact qu’aurait sur ce plan une action militaire contestée actuellement. Une telle intervention ne risquerait-elle pas d’aggraver les fractures entre les sociétés, entre les cultures, entre les peuples, fractures dont se nourrit le terrorisme ?

La France l’a toujours dit : nous n’excluons pas la possibilité qu’un jour il faille recourir à la force, si les rapports des inspecteurs concluaient à l’impossibilité pour les inspections de se poursuivre. Le Conseil devrait alors se prononcer et ses membres auraient à prendre toutes leurs responsabilités. Et, dans une telle hypothèse, je veux rappeler ici les questions que j’avais soulignées lors de notre dernier débat le 4 février et auxquelles nous devrons bien répondre : en quoi la nature et l’ampleur de la menace justifient-elles le recours immédiat à la force ? Comment faire en sorte que les risques considérables d’une telle intervention puissent être réellement maîtrisés ? En tout état de cause, dans une telle éventualité, c’est bien l’unité de la communauté internationale qui serait la garantie de son efficacité. De même, ce sont bien les Nations unies qui resteront demain, quoi qu’il arrive, au coeur de la paix à construire.

Monsieur le président, à ceux qui se demandent avec angoisse quand et comment nous allons céder à la guerre, je voudrais dire que rien, à aucun moment, au sein de ce Conseil de sécurité, ne sera le fait de la précipitation, de l’incompréhension, de la suspicion ou de la peur. Dans ce temple des Nations unies, nous sommes les gardiens d’un idéal, nous sommes les gardiens d’une conscience. La lourde responsabilité et l’immense honneur qui sont les nôtres doivent nous conduire à donner la priorité au désarmement dans la paix. Et c’est un vieux pays, la France, un vieux continent comme le mien, l’Europe, qui vous le dit aujourd’hui, qui a connu les guerres, l’Occupation, la barbarie. Un pays qui n’oublie pas et qui sait tout ce qu’il doit aux combattants de la liberté venus d’Amérique et d’ailleurs. Et qui pourtant n’a cessé de se tenir debout face à l’Histoire et devant les hommes. Fidèles à ses valeurs, il veut agir résolument avec tous les membres de la communauté internationale. Il croit en notre capacité à construire ensemble un monde meilleur.

Voir enfin le Discours de Villepin à Pinter:

Légion d’Honneur for Harold Pinter

On Wednesday 17 January, the French Prime Minister, Dominique de Villepin, presented the insignia of Chevalier de la Légion d’Honneur to Mr Harold Pinter, at a reception held in the Residence de France in London.

(c) AFP Photo – London

French Prime Minister presented insignia of Chevalier de la Légion d’Honneur to Mr Harold Pinter

Speech by M. Dominique de Villepin, Prime Minister, at the ceremony for the award of the decoration of Chevalier de la Légion d’Honneur to Mr Harold Pinter at the Résidence de France, on 17 January 2007

Dear friends,

Dear Harold Pinter,

I am not here today to give you a prize. You have already received many prizes in your lifetime. I have come here today, dear Harold Pinter, to pay tribute to you as a man who knows the importance of words: for words can change lives.

1. My dear Harold Pinter, it would be an invidious task for me to attempt any literary criticism today. That is neither my purpose nor my vocation. Allow me, however, to talk quite simply as a reader, as a man influenced by your words, emotions and questions.

When I was 16, I read contemporary literature at the University of Nanterre. The first of my courses, which was also my first stroke of luck, was to spend a year studying your play The Caretaker. It was shortly after May 1968, at a time when one could still believe that words can shape destiny. Since then, your works have been with me. Always.

· I want to tell you of my profound emotion when I discovered your poem American football in 1992, published in a literary review, not unlike Zola’s J’accuse.

· With its violence and its cruelty, it is for me one of the most accurate images of war, one of the most telling metaphors of the temptation of imperialism and violence. And this echoes the sound of another poem: The Bombs: “There are no more words to be said. All we have left are the bombs.” If we want the western world and especially Europe to be seen as a model of tolerance and peace, we have to change our minds and leave behind us anything but bombs.

Your words express the anguish and the torrent that is human life. As is the case in your theatrical works and indeed in all your works, they rest on silence. Dear Harold Pinter, your words are actions. Your words are a shout. They are rough, engaged in violent hand-to-hand combat that makes them talk, that makes them speak out. They are conveyed by a unique voice.

· First, the voice of the actor. Let us not forget that this is how you began your career.

· But also the voice of the theatre and film director, and of the film and television scriptwriter. You have made your mark in each of these fields.

2. Harold Pinter, what perhaps touched and affected me most in your work is your clear-sightedness.

Beyond your art, beyond your writing, it is in life itself that your works have affected me.

· At the heart of the life of mankind, at the heart of politics, precisely where you are not expected, in the middle of wars and conflicts, in a world about to catch fire, this is where you seek out the truth. For example in the characters of your plays. I am thinking of Rebecca, in the play « Ashes to Ashes », I quote again « The woman a lost figure in a drowning landscape, a woman unable to escape the doom that seemed to belong only to others”.

· And that truth is inseparable from freedom, when you refused to withdraw four words from your play « Landscape ».

· Freedom, but also courage, the courage to defend your convictions and never to compromise on your principles. This is why, even if we do not always agree with you, we passionately respect your commitments. We can see that they are imbued with the passion that shapes destinies. In them we recognise the generosity and the greatness of Man.

3. Your talent and your commitment explain the special relationship that binds you to France and to the French people.

In the course of your career, you have won a special place in the hearts of our fellow citizens. You have been able to develop a special relationship with the French. A relationship based on admiration, friendship and complicity.

· First, because you are one of those rare authors whose works, during his lifetime, form part of the repertoire of the Comédie Française.

· But above all, because in seeking to capture all the facets of the human spirit, your works respond to the aspirations of the French public, and its taste for an understanding of man and of what is truly universal.

· This is why today, your works are performed over and over again in our country: in Paris alone, at least four of your plays could be seen in the last three months. You recently received a Molière d’honneur for your lifetime achievement. This was a just reward for work of such abundance, which never ceases to renew itself. It was also a recognition of the bonds of friendship that you have been able to form with us and with your country.

I would also like to express my profound respect and admiration to your wife Lady Antonia Fraser, whose works on Marie Antoinette or, more recently, on the women in the life of Louis XIV, are now reference works within the community of historians.

Dear Harold Pinter,

Dear Friends,

What you teach us is that we must look at what most people, and in particular political leaders, overlook. We must care about important things. But we should also care about things that seem unimportant. I would like to quote one of your favourite French writers, Marcel Proust: “Le poète reste arrêté devant toute chose qui ne mérite pas l’attention des hommes”. “The poet stands still and observes what doesn’t deserve other men’s attention.” Poetry teaches us how to live and you, Harold Pinter, teach us how to live.

Harold Pinter, au nom du Président de la République, nous vous faisons Chevalier de la Légion d’Honneur./.


Langues: Pour l’entrée d’Israël dans la Francophonie (Why, with many more French-speakers than Egypt, is Israel being kept out of Francophonie?)

18 janvier, 2007
francophonieLa situation est tragique mais les forces en présence au Moyen-Orient font qu’au long terme, Israël, comme autrefois les Royaumes francs, finira par disparaître. Cette région a toujours rejeté les corps étrangers. Dominique Galouzeau de Villepin (Paris, automne 2001)

« Le CRIF a souhaité appeler l’attention du monde politique français sur l’anomalie que constitue l’absence d’Israël de l’Organisation Mondiale de la Francophonie, alors que 20% de sa population est francophone. »

Tel est, selon le journal gratuit du soir du Groupe Bolloré Directsoir (p. 9), le message que Le CRIF vient de faire publier hier dans la presse française sous forme d’encarts publicitaires.

20%, c’est probablement beaucoup (dans un domaine où on a notoirement beaucoup de mal à avoir des chiffres sérieux), mais même la moitié, c’est déjà pas mal, surtout quand on sait que des prétendus piliers de la francophonie comme la Roumanie ou la Bulgarie ne doivent pas dépasser – officiellement – les 25% de francophones.

Et que si le Liban (le plus opposé, avec ses amis syriens et iraniens, à l’entrée d’Israël) les dépasse, l’Egypte, membre à part entière depuis 1983 (après son rejet des instances arabes suite à sa paix séparée avec qui vous savez), n’en conserve que des traces (comme le disent pudiquement et charitablement les chercheurs, « l’utilisation du français au quotidien y est parfaitement anecdotique ») …

Sans parler, du côté français, de l’indifférence qu’a rencontré par exemple cet été l’enlèvement par des terroristes palestiniens d’un soldat franco-israélien ou du dernier sommet du Liban en 2002 où l’actuel squatter de l’Elysée a reçu le représentant du Hezbollah …

On comprend tout de suite la dimension largement politique et idéologique de l’institution et… que, règle de l’unanimité aidant, c’est pas gagné pour Israël!

FRANCOPHONIE / Israël frappe à la porte
Directsoir
le 18/1/07

Le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) a lancé hier un appel en faveur de l’intégration d’Israël dans la francophonie. Le message, en forme d’encart publicitaire,est paru dans plusieurs quotidiens nationaux.

Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy, François Bayrou, Dominique de Villepin,Michel Rocard,François Léotard… Il est rare de voir les signatures de tant de concurrents politiques apposées sur la même feuille. C’est la prouesse que vient de réaliser le Crif en publiant hier un appel au monde politique pour l’entrée d’Israël dans l’Organisation internationale de la francophonie (OIF). Signé par une quarantaine de personnalités politiques,l’encart publicitaire était visible hier dans Le Figaro, après être paru mardi dans les pages du Monde et du Parisien. «Le Crif a souhaité appeler l’attention du monde politique français sur l’anomalie que constitue l’absence d’Israël dans l’Organisation internationale de la francophonie,alors que 20% de sa population est francophone»,peut-on lire dans le message. Candidat de longues dates à l’entrée dans l’OIF, l’Etat hébreu se heurte depuis des années à l’hostilité des pays arabes qui en sont membres. A quelques jours du dîner annuel du Crif, duquel le Premier ministre, Dominique de Villepin, est l’invité d’honneur, l’appel pourrait renforcer la détermination de la France,principal soutien financier de l’OIF,à plaider en faveur de la candidature israélienne. Reste à convaincre les 54 autres pays membres lors du prochain sommet de la francophonie, programmé pour 2008.
Directsoir.net

Communiqués

Pour l’entrée d’Israël dans la francophonie
17/01/07 – – : Israël

Le CRIF a souhaité appeler l’attention du monde politique français sur l’anomalie que constitue l’absence d’Israël de l’Organisation Mondiale de la Francophonie, alors que 20% de sa population est francophone.

En réponse à cette initiative, les personnalités suivantes ont exprimé leur soutien à l’idée de l’entrée d’Israël dans la Francophonie.

Pierre AIDENBAUM
François LEOTARD
Claude BARTOLONE
Corinne LEPAGE
Jean-Michel BAYLET
Roger MADEC
François BAYROU
Hervé MARITON
Patrick BEAUDOUIN
Pierre MAUROY
Serge BLISKO
Albert MEMMI
Patrick BLOCHE
Renaud MUSELIER
Christine BOUTIN
Christian PONCELET
Jacques BRAVO
François PUPPONI
Edith CRESSON
Eric RAOULT
Jean-Jacques CURIEL
Philippe RICHERT
Bernard DEBRE
Michel ROCARD
Vincent DELAHAYE
André ROSSINOT
Bertrand DELANOE
Ségolène ROYAL
Mgr DI FALCO
Rudy SALLES
Henri EMMANUELLI
André SANTINI
Christian ESTROSI
Nicolas SARKOZY
Luc FERRY
Pierre SCHAPIRA
Jean de GAULLE
Olivier STIRN
Mgr Maurice GARDES
Lionel STOLERU
Bruno GILLES
Pierre-Christian TAITTINGER
Claude GOASGUEN
Dominique TIAN
Marek HALTER
Jacques TOUBON
Brice HORTEFEUX
Dominique de VILLEPIN
André KASPI
Xavier de VILLEPIN

Voir aussi ce très informatif commentaire d’un spécialiste sur le site Mondes Francophones (merci sittingbull):

Le cas d’Israël : politiques française et/ou francophone ?
Robert Chaudenson
professeur de linguistique à l’Université de Provence, et Président du Comité International des Etudes Créoles

« … on ne peut que rêver au jour où, la paix étant revenue, ces deux Etats voisins que sont Israël et le Liban, si proches, si différents mais si exceptionnels par leurs richesses intellectuelles et culturelles pourront retrouver la voie de la coopération et de l’amitié. »

Dans Guysen. Israël News, « Agence de presse francophone d’Israël », Ugo Rankl a établi, il y a quelques jours (10 avril 2006), dans un long article, un « état des lieux » de « la francophonie en Israël ». La question est intéressante et intrigante, car Israël demeure, avec l’Algérie, l’un des Etats des plus francophones du monde (au sens proprement linguistique), sans participer pourtant à la francophonie institutionnelle (l’Organisation Internationale de la Francophonie). Cet article pose plusieurs problèmes, d’ordres différents que ce texte ne distingue pas toujours et qu’il tend même parfois à mêler.

J’ai déjà évoqué (R. Chaudenson, Mondialisation. La langue française a-t-elle encore un avenir ?, 2000 : 53) les cas israélien et algérien. En dépit des ressemblances (ils se tiennent à l’écart de la Francophonie institutionnelle) et des analogies (ce sont deux Etats où la francophonie linguistique est réelle et importante et où des universités sont membres de l’Agence Universitaire de la Francophonie), les deux cas doivent être distingués.

La politique algérienne est un peu déconcertante et le Président Bouteflika souffle alternativement le chaud et le froid. On a engagé, depuis un an, un gigantesque programme de formation dans le cadre d’une école doctorale franco-algérienne, qui concerne deux mille futurs docteurs en langue et littérature françaises, mais en même temps, on ferme des écoles où l’enseignement est donné en français et on entend, hier encore, le Président dénoncer le génocide culturel opéré par la colonisation française entre 1830 et 1962. En fait, tout est rendu opaque par les contradictions qu’entraînent les tensions entre les politiques intérieure et extérieure du pays.

Le cas d’Israël est plus simple. On ne peut pas suivre le Rabbin J. Amar, quand il déclare qu’un « Israélien sur cinq parle le français » ; la proportion serait plutôt un sur dix, mais c’est un pourcentage réel que peu d’Etats de la Francophonie peuvent se flatter d’atteindre. Contrairement à ce que laissent à penser certains propos, la France n’est pour rien dans le fait qu’Israël demeure à l’écart de la Francophonie. T. Nathan, responsable des services culturels de l’Ambassade de France en Israël, juge habile de souligner que les autorités israéliennes n’en font pas la demande. C’est évidemment une bonne raison de ne pas obtenir une réponse positive. Il y a dans un tel propos beaucoup de diplomatie (ou d’hypocrisie… mais est-ce si différent ?) dans la mesure où aucun Etat n’engage une demande officielle, pour laquelle il sait qu’il aura à essuyer l’affront d’un refus. On ne peut prendre au sérieux les propos finaux du Sénateur Ferrand (représentant des Français de l’étranger) qui laisse espérer, pour le Sommet de Bucarest (septembre 2006), qu’une médiation canadienne permette de « convaincre les quelques pays qui refusent encore qu’Israël soit reconnu comme membre à part entière de la Francophonie ». Tout le monde sait que le principal, pour ne pas dire, le seul Etat résolument opposé à une telle demande est le Liban qui, en outre, dans le passé, était totalement sous influence syrienne (quoique cet Etat ne soit pas membre de la Francophonie).

Sur un plan plus général, on ne sait que penser des propos du Rabbin Amar quand il souligne que « les critères qui font qu’un pays est accepté ou exclu de la francophonie sont strictement politiques ». De Niamey (1969-1970) à Ouagadougou (2004), les choses ont bien changé. En fait, le cas israélien est unique, car, à ma connaissance, aucune demande n’a jamais été refusée ni même découragée. En revanche, ce sont les demandes elles-mêmes qui ont souvent un caractère très politique. Le texte de Guysen évoque le cas de l’Egypte mais c’est le sens de son adhésion qui est intéressant et non pas le fait, des plus banals, que « l’utilisation du français au quotidien [y] est parfaitement anecdotique ». Il en est en effet de même dans bien des Etats de la Francophonie. En revanche, ce qui est remarquable est le moment où l’Egypte décide de solliciter son entrée dans la Francophonie, au début des années 80. Ce choix ne relève pas du hasard, mais d’une pure stratégie politique. En effet, après les accords de Camp David et sa réconciliation avec Israël (1979), l’Egypte est exclue de toutes les organisations arabes et le siège de la Ligue arabe, qui se trouvait au Caire, est transféré à Tunis. L’Egypte devra sans doute à B. Boutros Ghali l’idée ingénieuse de reparaître sur une scène internationale par l’adhésion à la Francophonie. Autre exemple : comment ne pas voir que l’enthousiasme francophone des Pays d’Europe Centrale et Francophone (les PECO) a été curieusement contemporain des négociations en vue de leur entrée dans l’Union Européenne où trois Etats francophones (France, Belgique et Luxembourg) ne sont pas sans influence ?

L’article de Rankl met aussi en évidence les confusions qui s’établissent souvent entre les politiques de la France et de la Francophonie. J’ai moi-même souvent souligné cet aspect, en particulier dans le quatrième chapitre du livre que j’ai cité plus haut et qui porte ce titre même (2000 : 59-76). Les choses sont rendues complexes par les jeux combinés et souvent contradictoires de clivages divers. La rivalité entre les « Grands Blancs » (comme disait L.S. Senghor) que sont la France, le Canada et le Québec, les différents entre l’Etat canadien fédéral (Ottawa) et sa Province du Québec (les échecs et l’affaiblissement des revendications autonomistes québécoises ont rendu ce point moins sensible et favorisé des convergences qui, dans le passé, ne se réalisaient guère que contre les « maudits Français »), les oppositions Nord-Sud (les Africains se sentant souvent délaissés au profit de l’Est, sauf quand on a besoin de leur soutien pour faire approuver « l’exception » ou la « diversité culturelle », qui pourtant ne sont pas au premier plan de leurs préoccupations quotidiennes majeures).

Que la France soit peu soucieuse d’engager à l’OIF un bras de fer avec les Etats arabes pour y faire entrer Israël, cela ne fait pas le moindre doute, même si bien des Etats comme l’Egypte ou le Maroc n’ont pas une position irréductible. Le problème de la place du français en Israël n’a sans doute pas grand chose à voir avec une éventuelle appartenance de cet Etat à la Francophonie. Les langues recommandées par les dispositions officielles sont, très logiquement, l’arabe et l’anglais et, somme toute, la francophonie linguistique réelle en Israël est probablement vieillissante. Il serait intéressant d’étudier cet aspect du problème et de voir dans quelles classes d’âge et où se situent majoritairement les francophones. J’incline à croire, sans prendre trop de risques, que ce sont des Juifs sépharades de plus de quarante ans.

Je ne doute pas que comme le souligne M. Moïse, la diplomatie française ait causé des « dégâts culturels », sans être pour autant « moyenâgeuse ». La situation du Moyen-Orient n’est pas simple et peut-être pourrait-on s’employer à trouver les moyens de soutenir cette réelle francophonie israélienne, sans pour autant adhérer, en tout, aux positions de l’Etat lui-même. Le talent des diplomates ne consiste-t-il pas dans la conduite de pareilles actions ?

Même si cet aspect est très mineur dans le contexte général de la zone, on ne peut que rêver au jour où, la paix étant revenue, ces deux Etats voisins que sont Israël et le Liban, si proches, si différents mais si exceptionnels par leurs richesses intellectuelles et culturelles pourront retrouver la voie de la coopération et de l’amitié.

Voir enfin:

La francophonie en Israël : état des lieux.
Par Ugo Rankl pour Guysen Israël News
10 avril 2006

La visite du Sénateur André Ferrand, auteur d’un rapport sur l’enseignement du français dans le monde, a été l’occasion de figer un instantané de la francophonie en Israël. Regrets, amertume et quelques motifs d’espoir sont les motifs principaux du tableau.

Pour le Rabbin Jacky Amar, qui fut le premier à prendre la parole au cours d’une table ronde organisée à l’institut Van Leer à Jérusalem, Israël subit une situation inique. En effet, alors qu’un Israélien sur cinq parle le Français, Israël n’est toujours pas membre de l’Organisation Internationale de la Francophonie.

Cette mise à l’écart d’Israël est d’autant plus douloureusement ressentie que l’Egypte, l’Albanie, où l’utilisation du français au quotidien est parfaitement anecdotique, sont membres de plein droit de la Francophonie. Pour le Rabbin Jacky Amar, les critères qui font qu’un pays est accepté ou exclus de la francophonie sont strictement politiques et cela ne laisse rien présager de bon quant à l’adhésion possible d’Israël à la famille francophone. Il n’est donc pas étonnant qu’Israël étant laissé de côté, l’étude et la pratique du français soient en net recul.

Le Professeur Betty Reutman, de l’Université Hébraïque de Jérusalem, estime que la situation est affligeante et va en se dégradant. Le Français n’intéressant plus, les budgets alloués sont réduits. La fermeture du département de français de l’Université Hébraïque est sérieusement envisagée. Moins d’argent, cela signifie moins de moyens et un manque d’attrait et de motivation pour les étudiants dont le niveau ne cesse de baisser. En outre, selon le Professeur Reutman, les professeurs, souvent de très haut niveau, qui avaient donné un élan nouveau à l’étude du Français dans les années 70, ont vieilli et n’ont pas été remplacés. Il manque aujourd’hui des gens compétents et motivés à l’université pour enseigner la langue et les idées françaises. Pourtant, les étudiants ne demanderaient qu’à se passionner pour ces sujets. Selon le Professeur Reutman, en effet, la pensée contemporaine française continue d’intéresser des étudiants.

Madame Yora Tanzman, Inspectrice Générale de Français, a souligné que dans les textes officiels les langues étrangères prioritairement enseignées en Israël sont l’Arabe et l’Anglais. Le Français pourrait pourtant avoir sa place. Rien n’empêche un élève israélien de choisir cette langue plutôt qu’une autre à l’école. Aujourd’hui, 26 500 collégiens et 6500 lycéens apprennent le Français en Israël. Ils ont à leur disposition 240 professeurs dans l’enseignement laïc et ils sont de plus en plus nombreux à choisir de passer le Français au bac.

Pourtant, la situation est loin d’être satisfaisante. Les tensions diplomatiques entre Israël et la France ont créé un contexte où l’étude du français n’est absolument pas valorisée. Michael Moïse, représentant des étudiants francophones, a souligné les dégâts culturels commis par une diplomatie française qu’il qualifie de « moyenâgeuse ». A cela s’ajoute le problème exaspérant de la non reconnaissance mutuelle des diplômes.

Pour la partie française, le Professeur Tobie Nathan, responsable des services culturels de l’ambassade de France en Israël, a répondu que les problèmes existaient bel et bien mais que la situation était en évolution rapide. Pour qu’Israël fasse partie de l’Organisation Internationale de la Francophonie, il faudrait d’abord que les autorités de Jérusalem en fassent la demande. Ce qui n’a jamais été le cas jusqu’aujourd’hui. Malgré cela, l’intégration d’Israël à la francophonie a fait de réels progrès. L’université de Tel-Aviv fait ainsi désormais partie de l’Agence Universitaire de la Francophonie.

En outre, selon Tobie Nathan, l’appartenance à la francophonie n’est pas la condition absolue pour que l’étude du français et les événements culturels inspirés par la culture française connaissent un véritable essor en Israël. Plus qu’une adhésion formelle à une organisation, ce qui compte c’est l’existence d’une infrastructure et d’une volonté. L’ambassade de France vient ainsi de faire l’acquisition d’un très bel immeuble, Boulevard Rothschild à Tel-Aviv, pour y loger ses services culturels. C’est un effort important, par lequel la France entend montrer son attachement aux francophones d’Israël.

Le Professeur Tobie Nathan a également annoncé l’ouverture, à partir du 16 mai prochain, d’une « saison française en Israël » qui sera l’occasion d’événements culturels importants destinés à montrer « une francophonie intéressante, attractive et partie prenante de la modernité. » En mai toujours, une fondation France-Israël va être créée dans le but de rapprocher ces deux sociétés malgré tout ce qui les sépare aujourd’hui.

Pour le Sénateur André Ferrand, qui se déclare un fervent avocat de l’intégration d’Israël à la Francophonie, les conditions n’ont jamais été plus favorables à la réalisation de cet objectif. En effet, la charte de l’Organisation prévoit que l’adhésion d’un nouveau membre doit être acceptée à l’unanimité. Il suffit donc qu’un seul pays s’oppose pour qu’Israël reste à la porte du monde culturel francophone. Mais le Canada a décidé de défendre la cause d’Israël et de convaincre les quelques pays qui refusent encore qu’Israël soit reconnu comme membre à part entière de la Francophonie. Le prochain sommet de l’organisation à Bucarest, au mois d’octobre prochain, pourrait être, selon le Sénateur Ferrand, l’occasion de faire cesser un état de fait injuste et aberrant.


Conspirationnisme: Réflexions sur le complot juif (Dissolve the pro-Israel American people)

17 janvier, 2007
pro-israeli protestLa Gauche a besoin d’un peuple mythique ou mythifié, elle honnit le regrettable peuple américain, qui rejette la lutte des classes, va à l’église le dimanche, vote souvent républicain. Et ce fichu peuple américain, forfait pendable, est plutôt pro-israélien ! C’est le comble ! Il faudrait décidément dissoudre le peuple américain afin de le remplacer par la Commission Baker, appuyée par le corps professoral de Harvard, les journalistes de CNN et du New York Times, et les histrions engagés d’Hollywood, sous la houlette nobiliaire de John Kerry sans doute. A la bonne heure, ce serait un peuple américain “tel qu’on l’aime”, et qui pense comme nous !
En 2004, les juifs américains ont voté démocrate (Kerry) à 76 pour cent, et qu’une grande partie des juifs américains qui enseignent à l’université et oeuvrent dans les media sont, à l’unisson de leurs corporations, des gens de gauche. Ils partagent les préjugés de leur caste et sont souvent hostiles à Israël et au sionisme ; il faut ainsi conclure que, premièrement, les Juifs américains, censément principaux soutiens du Lobby juif américain, sont caractérisés par leur opposition à la politique israélienne (celle des « Likoudniks »). Et, d’autre part, que le peuple américain, contre l’avis martelé par une grande partie de ses élites culturelles, Juifs y compris, est israélophile, et le manifeste de multiples façons. Il est évident que cela empêche bien des gens de “pogromer” en rond, et, en tout cas, de flanquer Israël à la fosse aux hyènes. La communauté juive américaine s’oppose largement à George Bush, mais la politique de ce dernier est le fruit d’une conspiration juive… Allez y comprendre quelque chose! Laurent Murawiec

Au moment où on apprend que, tout en fustigeant les Etats-Unis pour l’intervention alliée en Irak et en prétendant rappeler à l’ordre l’Iran sur ses ambitions nucléaires, l’actuel squatter de l’Elysée est secrètement en train de faire des pieds et des mains pour envoyer son ministre des Affaires étrangères audit pays des nouveaux hérauts du négationnisme et de la solution finale …

Le chercheur franco-américain Laurent Murawiec remet, sur le site de la Mena, les pendules à l’heure pour les tenants, nombreux parmi nos « têtes pensantes et jacassantes », du lobby juif et de la stupidité supposée de ce peuple américain que ledit lobby est censé manipuler …

Pourtant, la vérité est simple, confirmée par les chiffres: Israël jouit tout bonnement et depuis la fondation du Nouveau Monde « d’un formidable capital de sympathie dans l’opinion américaine ».

Et ce contre l’opinion même d’une bonne part de la communauté juive elle-même ou plutôt de ses élites, majoritairement démocrates et donc souvent opposés à la politique pro-israélienne de l’Administration républicaine de George Bush.

Extraits :

La judéophilie traditionnelle des Puritains – qui remonte à Oliver Cromwell en Angleterre – que l’on retrouve dans l’extraordinaire lettre de George Washington à la communauté juive de Newport, Rhode Island, où, loin de ne concéder à la religion d’Israël qu’une tolérance, il la met sur un pied d’égalité avec les religions chrétiennes. C’est cette judéophilie, lectrice de la Bible juive, qui donna des prénoms bibliques à tant d’Américains, je pense à Abraham Lincoln ! et motive les centaines de milliers de pèlerins, qui partent annuellement d’Amérique pour visiter la Terre Sainte et y admirent, y soutiennent et y sympathisent avec Israël. Quand l’AIPAC (le comité d’action politique Amérique-Israel) réunit ses assises annuelles à Washington, et que le tout-Washington parlementaire et ministériel s’y presse pour parler, écouter, être vu, cette affluence ne fait que traduire un courant plus vaste. Les contes à dormir debout sur l’influence « occulte » transforment cette activité, ô combien publique et transparente, en sombre complot. AIPAC est souvent, en effet, dépeint comme le centre nerveux ou la main cachée. Nerveux, peut-être, caché, certainement pas. Les éternuements indignés des intellectuels gaucho-laïcards européens sur les sympathies sionistes de la droite évangélique américaine omettent de mentionner qu’il s’agit là de dizaines de millions de gens. N’auraient-ils pas voix au chapitre ?

Vers la fin du XIXème, la noblesse, refoulée du champ politique par l’avènement des partis de masse, se réfugia massivement dans la diplomatie, qu’elle continua, en Europe, d’occuper comme son pré carré. Aux Etats-Unis, ceux qui se voulaient l’équivalent d’une aristocratie, les “sang bleu” de Nouvelle-Angleterre, suivirent le même itinéraire. Pour prendre la pose de la supériorité, les temps s’étant un peu démocratisés, il n’est plus besoin d’exciper d’une particule ni d’un titre nobiliaire : il suffit d’être anti-Israélien, ce qui, dans certains milieux, constitue un Ordre du mérite (avec palmes).

Réflexions sur le complot juif

Laurent Murawiec
La Mena

On rencontre aujourd’hui, à tous les coins de rue du débat international, l’idée que la politique moyen-orientale de Bush a été subrepticement manigancée par une sombre clique de néo-conservateurs, tous plus ou moins juifs, agissant à l’insu d’un président stupide et ignorant, et imposant une ligne de conduite subordonnant les intérêts des Etats-Unis à ceux d’Israël. Chaque fois que je participe à un débat sur une télévision arabe, c’est la même ritournelle, et quand il m’arrive d’être interviewé par une radio New Age en Californie, j’entends le même refrain. C’était le leitmotiv d’un disgracieux “filmouillet” produit il y a quelques années pour la chaîne ARTE par l’Israélien repenti (et désireux de le faire savoir) William Karel, comme c’est la rengaine favorite de la bien-pensance européenne. L’opéra de quat’ sous dont la partition a été, une fois pour toutes, publiée sous le nom de “Protocoles des Sages de Sion”, est un succès permanent au hit-parade du sordide. Qui lit le servile et poisseux al-Ahram du Caire, qui suit les déglutitions du Hezbollah sur al-Manar et ce qui dégouline des media de Téhéran, ou encore les élucubrations meurtrières du cheikh Youssouf Qaradawi, patron de la branche internationale de Frères musulmans et téléprédicateur à succès, connaît bien la recette : la conspiration juive, vous dis-je. Parés des sauces plus raffinées qui siéent à la cuisine française, ce sont les mêmes mets que servent les media hexagonaux. Tout le monde est d’accord. Il y a trois ans peut-être, après m’avoir interviewé à Washington, un journaliste (dont j’ai charitablement oublié l’identité) de France 2, la chaîne qui invente les assassinats d’enfants par les Juifs d’Israël, me demanda dans un souffle, l’air ténébreux, de peur d’être épié sans doute : « et l’influence… ici… à Washington… des Juifs ? ». Il y avait donc, dans son esprit, une influence uniforme, homogène, systématique, des Juifs en tant que tels, visant donc, unanimement, un but unique et indivisible, et s’entendant à l’atteindre, non au moyen de la politique ou des idées, mais grâce à l’ « influence. ». Le bon journaliste répétait les Protocoles avec bonne foi et probité. Or, j’examine les résultats d’une enquête d’opinion réalisée tout récemment aux Etats-Unis. Les sondeurs de l’institut de sondage de l’Université de Quinnipiac, que les media citent souvent, ont demandé à la mi-novembre de cette année à 1623 électeurs d’exprimer leur degré de sympathie ou d’antipathie envers une série de pays, plus l’ONU et les Palestiniens. La liste qui ressort du sondage du “Thermomètre global” de cet institut est révélatrice : par ordre de sympathie, on trouve l’Angleterre, le Canada, Israël, l’Allemagne, l’Inde, le Mexique, l’ONU, la Russie, la France, la Chine, et, en queue de peloton, largement décrochés, l’Arabie Saoudite, le Venezuela, l’Irak, la Syrie, les Palestiniens, Cuba, l’Iran et la Corée du Nord… Après l’Angleterre de la special relationship, vient le Canada, sorte de version light de l’Amérique, puis, donc, Israël. Ce sont les trois seuls pays dont la « cote » se situe au-dessus des 65 pour cent d’opinions favorables ! Voilà qui confirme bien d’autres sondages, rapports et études : Israël jouit d’un formidable capital de sympathie dans l’opinion américaine. La judéophilie traditionnelle des Puritains – qui remonte à Oliver Cromwell en Angleterre – que l’on retrouve dans l’extraordinaire lettre de George Washington à la communauté juive de Newport, Rhode Island, où, loin de ne concéder à la religion d’Israël qu’une tolérance, il la met sur un pied d’égalité avec les religions chrétiennes. C’est cette judéophilie, lectrice de la Bible juive, qui donna des prénoms bibliques à tant d’Américains, je pense à Abraham Lincoln ! et motive les centaines de milliers de pèlerins, qui partent annuellement d’Amérique pour visiter la Terre Sainte et y admirent, y soutiennent et y sympathisent avec Israël. Quand l’AIPAC (le comité d’action politique Amérique-Israel) réunit ses assises annuelles à Washington, et que le tout-Washington parlementaire et ministériel s’y presse pour parler, écouter, être vu, cette affluence ne fait que traduire un courant plus vaste. Les contes à dormir debout sur l’influence « occulte » transforment cette activité, ô combien publique et transparente, en sombre complot. AIPAC est souvent, en effet, dépeint comme le centre nerveux ou la main cachée. Nerveux, peut-être, caché, certainement pas. Les éternuements indignés des intellectuels gaucho-laïcards européens sur les sympathies sionistes de la droite évangélique américaine omettent de mentionner qu’il s’agit là de dizaines de millions de gens. N’auraient-ils pas voix au chapitre ? C’est bien le cœur du problème : pour nos élites politico-intellectuelles, le peuple n’a pas voix au chapitre, et surtout, ne doit pas l’avoir. Ceux qui savent, les professionnels, diplomates, bureaucrates, intellectuels, savent tout et toujours ; il est déplacé et même malséant d’écouter la vox populi, cette grande naïve, qui n’entend pas les délicieuses nuances et les complications du monde “où l’on sait”. L’irrépressible arrogance qui anime cette gent se résume toujours à cela : comment des gens aussi incultes- les Américains, chacun le sait – osent-ils nous contredire ? Voilà qui explique ce vitriol qui empuantit le débat : ceux qui se sentent investis de l’éternelle mission de guider le monde sur les sentiers de la sagesse stratégique, les diplomates professionnels et leurs comparses universitaires, déjà, éprouvaient une haine furibonde envers Ronald Reagan et Margaret Thatcher (”la fille de l’épicier” pestaient les Lords et les baronets, ainsi que les snobs d’Oxford et de Cambridge) ainsi qu’envers George Bush. Le mépris de nos professeurs et la condescendance de nos diplomates se changent en ouragans de rage frustrée, quand ils se voient spoliés de ce privilège, de ce monopole, de cette mission qui leur reviennent de droit : dire et guider la politique étrangère des Etats-Unis ! N’oublions pas que, vers la fin du XIXème, la noblesse, refoulée du champ politique par l’avènement des partis de masse, se réfugia massivement dans la diplomatie, qu’elle continua, en Europe, d’occuper comme son pré carré. Aux Etats-Unis, ceux qui se voulaient l’équivalent d’une aristocratie, les “sang bleu” de Nouvelle-Angleterre, suivirent le même itinéraire. Pour prendre la pose de la supériorité, les temps s’étant un peu démocratisés, il n’est plus besoin d’exciper d’une particule ni d’un titre nobiliaire : il suffit d’être anti-Israélien, ce qui, dans certains milieux, constitue un Ordre du mérite (avec palmes).>Evincez-les ou donnez-leur le sentiment de n’être plus vos mandataires exclusifs, introduisez d’autres idées que les leurs, et vous entendrez leurs cris d’orfraie. La théorie du complot a donc trouvé des plumes universitaires distinguées pour refaire sa beauté flétrie. J’en veux l’exemple donné par les professeurs Mearsheimer, de l’Université de Harvard, et Stephen Walt, de l’Université de Chicago, qui ont publié, en mars 2006, dans l’influente London Review of Books, un article remarqué, “The Israel Lobby”. Ils y réaffirmaient qu’un lobby juif avait acquis, par manipulation, une influence indue sur le gouvernement Bush et avait utilisé les Etats-Unis pour accomplir les objectifs stratégiques d’Israël en allant renverser Saddam [2]. Je ne m’attacherai pas ici à montrer ou à dénoncer l’inanité du propos. D’autres – le juriste Alan Dershowitz et l’analyste stratégique Eliot Cohen pour ne citer qu’eux – s’en sont excellemment chargés. Je suis frappé de l’œil torve de nos professeurs, qui voient le monde comme à travers un miroir déformant, ou mieux, un prisme sélectif. Car s’il faut parler de lobby, le lobby arabe de Washington est puissant ; il ne s’agit pas seulement de la Ligue arabe et des ambassadeurs des pays arabes, qui ont des poches profondes et n’hésitent pas à vider des tonneaux de Danaïdes en faveur de quiconque, journaliste, diplomate, élu ou universitaire, professera quelque forme d’arabophilie. Il y a les vingt-trois ans de mission du prince Bandar bin Sultan au poste d’ambassadeur saoudien, corrupteur épique du tout-Washington, un lobby à lui tout seul, centralisé, qui ne débat jamais mais agit toujours, et utilise le pétrodollar comme moyen d’influence occulte ; notons-le, la cote saoudienne dans le sondage cité plus haut est inférieure à celle de la Chine ou de la Russie ! Les Saoudiens sont aussi populaires que la mort-aux-rats, le charme en moins. A cette arabophilie stipendiée, il faut ajouter celle, quasi charnelle, des personnels du département d’Etat, qui voient le monde, comme l’avait sévèrement jugé une commission d’enquête parlementaire il y a trente ans déjà : « à travers une pellicule de pétrole épandue sur leurs globes oculaires. » Une partie importante du lobby pétrolier est pro-arabe – et donc, évidemment, anti-israélienne. Et quel lobby ! Quelle puissance de frappe ! Pas au point, cependant, d’attirer l’attention de nos professeurs, qui, tels les aveugles de Breughel, vont droit dans la fosse à purin, en y entraînant les paralytiques et autres handicapés du ciboulot. Non, l’existence et l’action d’autres lobbies fort importants, ils ne les remarquent pas. Dans leur ligne de mire, ils ne voient que le « lobby juif ! ». Il y a de ces coïncidences… [1] Volume 28, no 6, du 23 mars 2006 [2] Un traitement détaillé des hauts faits du prince en matière de corruption se trouve dans mon livre La Guerre d’après (Albin Michel, 2003).

Il faut dissoudre le people américain (suite et fin)

Par Laurent Murawiec, à Washington © Metula News Agency

Réflexions sur le complot juif

Ce qui me frappe encore plus, c’est l’aveuglement délibéré de nos professeurs devant le fait patent : les préférences du peuple américain. Mais, quand on tient précisément le peuple pour quantité négligeable, seul un complot juif peut tout expliquer. Et s’il y a trois Juifs et demi dans les cabinets ministériels washingtoniens, c’est la preuve – accablante, définitive – que Le Lobby Juif, la main cachée, dirige la Maison Blanche. Souvenez-vous : Wolfowitz (J), Richard Perle (J), John Bolton (pas J, mais pro-J), hahaha, nous le savions ! C’étaient d’ailleurs tous des Likoudniks ! Ce qui expliquait tout. J’eus même la surprise peinée d’entendre un vieil ami, grand intellectuel catholique français, utiliser le terme comme s’il avait eu la moindre vertu explicative. De même, le doyen d’âge (travailliste) de la Chambre des Communes, à Londres, de s’appesantir lourdement sur le fait que Jack Straw, alors ministre des Affaires Etrangères de Tony Blair, avait un grand-père juif. Un “Mischling” dans la terminologie nazie, plus précisément, d’après les lois raciales de Nuremberg, un “Vierteljude”, quart-de-juif, ce qui, admettons-le, my dear boy, était fort alarmant ! Les positions dudit Straw étaient, au reste, strictement en conformité avec la politique de son gouvernement et de son ministère : pro-arabes et anti-israéliennes.

Ajoutons, qu’en 2004, les juifs américains ont voté démocrate (Kerry) à 76 pour cent, et qu’une grande partie des juifs américains qui enseignent à l’université et oeuvrent dans les media sont, à l’unisson de leurs corporations, des gens de gauche. Ils partagent les préjugés de leur caste et sont souvent hostiles à Israël et au sionisme ; il faut ainsi conclure que, premièrement, les Juifs américains, censément principaux soutiens du Lobby juif américain, sont caractérisés par leur opposition à la politique israélienne (celle des « Likoudniks »). Et, d’autre part, que le peuple américain, contre l’avis martelé par une grande partie de ses élites culturelles, Juifs y compris, est israélophile, et le manifeste de multiples façons. Il est évident que cela empêche bien des gens de “pogromer” en rond, et, en tout cas, de flanquer Israël à la fosse aux hyènes. La communauté juive américaine s’oppose largement à George Bush, mais la politique de ce dernier est le fruit d’une conspiration juive… Allez y comprendre quelque chose ! On est vraiment au royaume de l’invisible. Mais le propre des « causalités diaboliques », comme le disait mon regretté maître Léon Poliakov, c’est d’exister hors des causalités réelles, hors des faits et des réalités.

J’assistais, il y a quelques jours, à la remise du Prix « de la Nation reconnaissante » qui porte le nom du grand sénateur démocrate que fut Henry Jackson : élu par l’Etat de Washington, une population à l’époque fortement marquée par les cols bleus syndiqués de l’industrie high-tech. Jackson était un démocrate faucon, un peu comme les sociaux-démocrates atlantistes en Europe, partisan d’une défense forte et d’une politique « reaganienne ». Henry Jackson, surnommé « Scoop », fut co-auteur du fameux amendement qui pénalisait lourdement l’URSS brejnévienne tant que l’émigration des Juifs russes était entravée. Il joua aussi un rôle de premier plan dans le grand mouvement de revers qui, alliant l’Amérique à la Chine, contribua à casser l’URSS. Le prix qui porte son nom est décerné chaque année par le JINSA, le Jewish Institute for National Security Affairs, une organisation qui organise systématiquement des contacts entre militaires américains et israéliens, et qui plaide, depuis trente ans, en faveur d’une vigoureuse politique de défense. On y trouve un grand nombre de généraux et d’amiraux très passionnés. Evidemment, JINSA – j’en suis – a mauvaise réputation à gauche ; qui s’en étonnera ?

Donc, on décernait le prix Henry Jackson. Mais avant de parler du récipiendaire, parlons un instant d’une cérémonie connexe qui se déroula quelques minutes avant son discours. Avant d’honorer un homme politique, JINSA honore des soldats du rang : en l’occurrence, six jeunes soldats et sous-officiers des forces armées américaines, choisis par leurs armes (Marine, Terre, Air, Marine Corps, etc…) reçurent leur Grateful Nation Award pour héroïsme exceptionnel au combat, en Afghanistan, en Irak ou ailleurs. Devant un parterre de près d’un millier de participants, émus aux larmes, un ancien commandant en chef des forces armées lut leurs citations militaires : on reste pantois devant les récits de bravoure et d’intrépidité de ces jeunes gens et jeunes femmes, avec leurs frimousses de bébés et leur calme un peu interloqué qu’on les distingue et qu’on les récompense. Ils furent ovationnés debout par l’assistance.

Puis, pour présenter le récipiendaire du prix, on avait invité son ami, le sénateur Joe Lieberman, ex-Démocrate, réélu comme indépendant, juif orthodoxe, et le général des Marines (CR) Mark Ryan, qui parla des cinq ans et demi de tortures subies au Vietnam par l’heureux élu, le sénateur John McCain. Lequel tient la rampe dans la course à l’investiture républicaine pour les élections présidentielles de 2008.

La profession de foi du sénateur McCain fut vigoureuse, pleine de punch et de foi, et sans équivoque : les Etats-Unis et Israël partagent des valeurs communes au moins autant que des intérêts géopolitiques ; la bataille d’Irak doit être gagnée ; la guerre contre l’Islam radical doit être accentuée. Ce soir-là, McCain gagna la voix d’une majorité des présents. Mais franchement, ce n’est pas ou pas seulement l’ambition de pêcher les voix des électeurs juifs conservateurs qui meut McCain. L’homme, certes, est un habile politicien – nul ne peut prétendre au poste suprême qui ne l’est pas ou ne veut pas l’être – qui sait caresser son public dans le sens du poil. Mais il y a chez lui un véritable engagement, qui lui permet d’aller, quand il le faut, à contre-courant. En l’occurrence, cependant, il est en phase avec l’opinion publique. Le soutien à Israël est dans les mœurs, il est dans le cœur d’une très grande partie du peuple américain. C’est ce qu’il dit quand on veut bien le lui demander.

Ce qui nous laisse avec le vif dissentiment manifesté par les élites politico-intellectuelles : faute de pouvoir se choisir un autre peuple, puisque celui-ci est récalcitrant, elles essaient de manipuler les élus du peuple grâce à des opérations purement médiatiques, telle que la remise du rapport de la récente « Commission Baker-Hamilton ». Qui donc a élu ces gens-là ? Personne, évidemment, mais ils se considèrent de droit sinon divin du moins aristo-surhumain, comme les seuls Elus, seuls habilités à dire et à faire. C’est quand on dérange les manigances feutrées de ces messieurs – « qui s’est permis de marcher sur mes escarpins ? » qu’ils se fâchent – et crient au complot juif. Le travail de la commission, qui n’était pas clandestin mais n’était soumis à aucune obligation de publicité, était celui d’un aréopage aux qualifications peu évidentes. Le frénétique battement médiatique qui précéda et accompagna la sortie de son rapport visait à lui permettre de passer en force, de créer l’événement : l’union des professionnels de la bureaucratie, des média et de la diplomatie devait violenter les élus du peuple, à commencer par le président.

Il est certes tout à fait normal, et même souhaitable, que le débat politique soit enrichi par des comités, des lobbies, des commissions et des groupes d’études ; c’est ainsi que fonctionne la démocratie américaine. Mais cette grossière manipulation allait bien au-delà. Elle voulait se substituer aux organes élus. C’est là, hélas ! pratique courante. N’avons-nous pas entendu rabâcher jusqu’à plus soif cette idée que la plupart des Américains sont trop stupides, ignorants et incurieux du monde extérieur pour pouvoir juger de la politique étrangère ? Je m’amuse toujours d’entendre la gauche bisser et trisser le morceau, puisqu’elle reprend en l’occurrence le vieil argument aristocratique : comment ces rustauds de paysans et ces illettrés de travailleurs manuels pourraient-ils saisir ces questions-là ? Comme si le jugement politique ne relevait pas, fondamentalement, de l’ordre de la moralité avant d’être d’ordre intellectuel ! Comme l’a dit si cruellement George Orwell : « Pour croire des choses comme ça, il faut être un intellectuel : nul homme normal ne pourrait être aussi stupide. ».

Ce déni de la notion même de citoyen, c’est la gauche contre la démocratie ; mais la gauche n’est-elle pas, depuis longtemps, majoritairement, favorable aux tyrans “confiscateurs” de pouvoir, pourvu qu’ils respectent ses propres surexcitations idéologiques ? Malgré ses affligeantes compromissions avec le communisme stalinien, l’écrivain Bertold Brecht avait saisi la balle au bond lorsqu’il conseilla, en 1953, au politburo est-allemand d’ « élire un autre peuple » puisque le peuple réel ne plaisait plus au politburo. La Gauche a besoin d’un peuple mythique ou mythifié, elle honnit le regrettable peuple américain, qui rejette la lutte des classes, va à l’église le dimanche, vote souvent républicain. Le peuple tel qu’on le vénère chez Michelet, bravo ! Le peuple réel, pouah !

Et ce fichu peuple américain, forfait pendable, est plutôt pro-israélien ! Pour citer M. Joseph Prud’homme, « quand les bornes sont franchies, il n’y a plus de limites. » Pis, la « droite évangélique » ou « droite chrétienne », têtes de Turc (si l’on peut dire) favorites de la gauche laïcarde et de la droite mollassonne et comme il faut, sont le plus passionnément favorables à l’Etat hébreu. C’est le comble ! Il faudrait décidément dissoudre le peuple américain afin de le remplacer par la Commission Baker, appuyée par le corps professoral de Harvard, les journalistes de CNN et du New York Times, et les histrions engagés d’Hollywood, sous la houlette nobiliaire de John Kerry sans doute. A la bonne heure, ce serait un peuple américain “tel qu’on l’aime”, et qui pense comme nous ! Il ne manquera plus à l’idylle que de recycler tous les Israéliens en copie conforme de Yossi Beilin, et ce jour-là, le monde, purgé des commanditaires du Lobby et des va-t’en-guerre néo-conservateurs, connaîtra enfin le bonheur, à commencer par un Moyen Orient pacifié, épanoui et prospère.


Irak/Palestine: Même la Suisse a eu sa guerre civile! (Even Switzerland had a civil war!)

15 janvier, 2007
Geltwill, 1847Les Israéliens ont eu leur propre guerre civile en 1948, bien qu’elle n’ait duré que dix minutes. L’artillerie du premier ministre de l’époque David Ben-Gourion a coulé le transporteur d’armes Altalena avec le futur premier ministre Menachem Begin à son bord. L’Altalena appartenait au groupe d’opposition Irgun, qui a alors placé ses forces armées sous le commandement de Ben Gourion. Spengler
La séparation physique est donc la seule manière de limiter le carnage. Ce processus a déjà commencé dans une certaine mesure parce que la violence chasse les membres d’une section ou de l’autre des nombreux villages, villes et quartiers de la ville jusqu’ici mélangés. C’est une manière douloureuse et très coûteuse d’interrompre le cycle des attaques et des représailles, mais c’est ainsi que la guerre civile réalise son but d’apporter par la suite la paix. C’est l’erreur que les États-Unis et ses alliés font maintenant en Irak en interférant dans la guerre civile. Ils devraient désengager leurs troupes des secteurs peuplés autant que possible et abandonner les points de contrôle et les patrouilles intrusives qui ne contiennent pas la violence de toute façon comme l’effort futile de développer des forces militaires et de police qui n’ont de national que le nom. Un certain contingent de forces américaines et alliées seront toujours nécessaires dans des bases éloignées du désert pour sauvegarder l’Irak d’invasions étrangères comme la zone verte de Bagdad. Mais pour le reste, la plus stricte non-intervention devrait être la règle. Le plus vite les minorités kurde, Sunnite, chiite, turkmène et autres pourront définir leur propres frontières naturelles et stables dans lesquelles elles se sentent en sécurité, le plus vite la violence se terminera. Edward N. Luttwak

Même la Suisse a eu sa guerre civile!

Comme avec les scandales, le plus intéressant avec les maitres de la provoc …

Tels que l’ancien faucon reaganien Edward Luttwak (célèbre pour ses critiques enflammées de la bureaucratisation de la guerre) …

Ou l’éditorialiste de l’Asia Times Online (le célèbre Asia Times exilé après la rétrocession en 97 de Hong Kong à la Chine) qui se cache derrière le nom de plume Spengler …

C’est comme d’habitude ce qu’ils font découvrir sur ce qui est considéré comme fonctionnement normal…

D’où l’intérêt, à l’heure où tout le monde y va de son couplet sur le « bourbier » et l’ « échec » irakiens, de leurs récents commentaires sur les guerres civiles qui déchirent actuellement le Moyen-Orient, et notamment celles de l’Irak et de la Palestine…

Pour l’un comme pour l’autre, la guerre civile de plus ou moins grande intensité qui déchire ces deux régions …

N’est non seulement pas la faute des suspects habituels, américains ou israéliens …

Mais comme pour tant d’autres nations aujourd’hui respectables (l’Angleterre, les Etats-Unis et même, 101 ans avant Israël, la Suisse elle-même – protestants contre catholiques, 1 mois, 100 morts)…

Probablement inévitable …

D’où les risques, qu’implique tant pour les intervenants que les protagonistes, toute intervention extérieure …

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Mondialisation: Même la fameuse fille d’Ipanema (Look what they’ve done to my song: A cruel cultural imposition on the Brazilian woman)

14 janvier, 2007
Real girl from Ipanema[image]https://lh4.googleusercontent.com/-hdH2Dio5_zQ/TW6Db6AKr-I/AAAAAAAASOU/d4VvyD21a-c/s1600/Front.jpg
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http://t1.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcT-0SFYaj2LUoY0MoCiOxRTIg41OYnu-q8hsSwlzgxwhmniu0JKU1OeQb28gA
But each day when she walks to the sea, she looks straight ahead, not at me. The Girl from Ipanema
Look what they’ve done to my song, Ma … Melanie Safka
Éveillées à des ambitions neuves, les générations qui étudient et qui naguère étaient étudiées, n’écoutent pas sans sarcasme ces discours flatteurs où ils croient reconnaître l’accent attendri des riches, quand ils expliquent aux pauvres que l’argent ne fait pas le bonheur. Roger Caillois
Le paradigme de la Carioca à l’état brut : une fille bronzée, entre la fleur et la sirène, pleine de lumière et de grâce mais avec un fond de tristesse, aussi portait-elle en elle, sur le chemin de la mer, le sentiment de ce qui passe, d’une beauté qui n’est pas seulement nôtre — c’est un don de la vie que son bel et mélancolique flux et reflux permanent. Vinícius de Moraes
En 1962, en rentrant de l’école, Héloisa Pinheiro passait régulièrement devant le Veloso Bar rue Montenegro dans le quartier chic d’Ipanema à Rio. Le compositeur Antonio Carlos Jobim et le poète Vinícius de Moraes, qui écrivaient ensemble une comédie musicale, traînaient dans le bar. Tous les après-midi, ils la regardait passer et elle leur a inspiré « Garota de Ipanema ». Jobim dira plus tard, « elle avait des longs cheveux d’or, ces yeux verts lumineux qui vous éclairaient comme un personnage fantastique : disons simplement qu’elle avait tout ce qu’il fallait au bon endroit. … » Harold Emert (Insight Guide to Rio de Janeiro)
 Même la fameuse « fille d’Ipanema »,  immortalisée dans la chanson de bossa nova, écrite en 1962, illustre les différences culturelles qui prévalaient alors : il n’y a que dans les paroles en anglais qu’elle est « grande et bronzée et jeune et belle ».  Dans la version originale portugaise, l’accent est mis sur « le doux swing » de ses hanches et de ses fesses alors qu’elle se promène en un balancement décrit comme « plus qu’un poème, la plus belle chose que j’ai jamais vu ». Le New York Times
 Ils veulent être minces à tout prix, tout ça à cause des images du Nord de l’Équateur. C’est une cruelle imposition culturelle sur la femme brésilienne. Dr Elisaldo de Araújo Carlini (professeur à l’Université fédérale de São Paulo)
Avant, être gros était considéré comme merveilleux au Brésil… Roberto da Mat (anthropologue)
This abrupt shift is a feminine decision that reflects changing roles » as women move out of the home and into the workplace. Men are still resisting and clearly prefer the rounder, fleshier type. But women want to be free and powerful, and one way to reject submission is to adopt these international standards that have nothing to do with Brazilian society. Ms. del Priore (historian)
Je me trouvais moche et je voulais être beau à nouveau. Chef d’une tribu indienne d’Amazonie (ayant subi une opération de chirurgie esthétique)

Très instructif article du NYT sur la violence culturelle (« symbolique », aurait dit Bourdieu) faite à la femme brésilienne par la mondialisation et l’impérialisme culturel américain …

Les pauvres, les riches, les puissants (le président de gauche, Lula lui-même, se fait arranger les dents), les Indiens (jusqu’à un chef indien qui… veut être beau !), les danseurs du sacro-saint carnaval (dont un roi du Carnaval qui perd 70 kilos), les poupées (la sinistre Barbie encore), la cuisine, les loisirs (feuilletons télé, concours de beauté, écoles de mannequins, salles de gym, cours… d’anglais!), les médicaments (record du monde d’amaigrissants, chirurgie esthétique), les mannequins (supermodel au nom allemand, décès par anorexie), même la « Fille d’Ipanema » (perdant ses hanches et ses fesses au profit de sa haute taille dans la version anglaise de la célèbre chanson des années 60) comme les mentalités (le machisme et le patriarcat), tout est systématiquement broyé par le rouleau compresseur culturel américain …

Sauf que, du haut de son 1 m 72 si l’on en croit les photos d’époque, la naïade en question n’avait pas grand chose à envier à nos Gisele Bündchen d’aujourd’hui …

Morceaux choisis:

Today, in sharp contrast, the epitome of beauty is Gisele Bündchen, the top model whose enormous international success has inspired the thousands of Brazilian girls who dream of emulating her to enroll in modeling schools and competitions. But very little about Ms. Bündchen’s body — tall and blond, rangy yet busty — connects her to her homeland and its traditional self-image.
Hers is a globalized beauty that has nothing to do with the Brazilian biotype, » said Joana de Vilhena Novaes, author of « The Intolerable Weight of Ugliness: On Women and Their Bodies » and a psychologist here. « She has very little in the way of hips, thighs or fanny. She’s a Barbie, » one whose parents are of German descent.
Anorexia, though long associated with wealthier industrialized countries, was an affliction all but unheard-of here.
But that was before the incursions of the Barbie aesthetic, celebrity models, satellite television and medical makeovers made it clear just how far some imported notions of beauty, desirability and health have encroached on Brazilian ideals once considered inviolate.
Dr. Novaes and others have noted that during the 1960s and 70s, Brazilian girls played with a locally made doll named Susi, who, reflecting the national aesthetic, was darker and fleshier than her counterparts abroad. But in the 1970s, Barbie arrived, and by the mid-1980s, production of Susi dolls had ceased, though it has resumed in recent years in a sort of backlash.
By  » ‘upgrading’ to international standards of beauty, » said Mary del Priore, a historian and co-author of « The History of Private Life in Brazil, » the country is abandoning its traditional belief that « plumpness is a sign of beauty and thinness is to be dreaded. » The contradictory result, she added, is that « today it’s the rich in Brazil who are thin and the poor who are fat.
In fact, the new paradigm has been slower to penetrate poorer regions like the Amazon and the northeast, where hunger is still widespread and the idea of « fartura, » or cornucopian abundance, is especially valued. There, men in particular are proud to show off wives and children whose bodies are more rounded, as a sign that they are good providers.
« To be fat used to be considered wonderful in Brazil, because it showed that you eat very well, which is important to Brazilians, » said Roberto da Matta, an anthropologist and newspaper columnist who is a leading social commentator. « That you have three meals a day and eat meat and beans, calmly, at a table with friends and relatives, means that someone is taking good care of you. »
Experts also agree that Brazilian men, whatever their class or race, have been much slower to accept slenderness as a gauge of feminine beauty. When they are looking for a sexual partner, Brazilian men are consistent and clear in saying that they prefer women who are fleshy in the rear — « popozuda » is the wonderfully euphonious slang term used here — and have pronounced curves.
In the past, that standard was so firmly established that some Brazilian women resorted to breast reduction or buttock augmentation surgery, sometimes even transferring their own tissue from top to bottom.
In fact, all six women who died of anorexia lived either in Rio de Janeiro or in São Paulo, the country’s most cosmopolitan states and centers of the Brazilian fashion industry. The death that followed Ms. Reston’s was of a 21-year-old fashion student. There was also a 23-year-old student and office worker who had a home page on the Web and gave English lessons.
Ms. del Priore, the historian, pointed to other fundamental changes, which she said have led to a rebellion against machismo and the patriarchal structure that she believes persists here.
« This abrupt shift is a feminine decision that reflects changing roles » as women move out of the home and into the workplace. Men are still resisting and clearly prefer the rounder, fleshier type. But women want to be free and powerful, and one way to reject submission is to adopt these international standards that have nothing to do with Brazilian society. »

In the land of bold beauty, a trusted mirror cracks
Larry Rohter
The NYT
January 13, 2007

RIO DE JANEIRO

As king of carnival, the corpulent Rei Momo is supposed to embody all the jollity, carnality and excess associated with that most Brazilian of bacchanals. So when the event’s reigning monarch has gastric bypass surgery, sheds 150 pounds and starts an exercise program, you begin to wonder what’s going on.

And when six young women die of anorexia in quick succession — two in the last two weeks — the wonder turns to bewilderment. Brazil may well be the most body-conscious society in the world, but that body has always been Brazil’s confident own — not a North American or European one.

For women here that has meant having a little more flesh, distributed differently to emphasize the bottom over the top, the contours of a guitar rather than an hourglass, and most certainly not a twig. Anorexia, though long associated with wealthier industrialized countries, was an affliction all but unheard-of here.

But that was before the incursions of the Barbie aesthetic, celebrity models, satellite television and medical makeovers made it clear just how far some imported notions of beauty, desirability and health have encroached on Brazilian ideals once considered inviolate.

By  » ‘upgrading’ to international standards of beauty, » said Mary del Priore, a historian and co-author of « The History of Private Life in Brazil, » the country is abandoning its traditional belief that « plumpness is a sign of beauty and thinness is to be dreaded. » The contradictory result, she added, is that « today it’s the rich in Brazil who are thin and the poor who are fat. »

A generation ago, the ideal type here was Martha Rocha, a Miss Brazil from the mid-1950s. She finished second in the Miss Universe competition supposedly because her body was a bit too generous in the hips, buttocks and thighs, but since those characteristics were so highly valued here, as suggested by cartoons and the popularity of the semi-pornographic drawings of Carlos Zéfiro that circulated, it was the rest of the world whose taste was questioned.

Even the famous « girl from Ipanema, » immortalized in the bossa nova song written in 1962, illustrated the cultural differences that prevailed then: only in the English lyrics is she « tall and tan and young and lovely. » In the original Portuguese version, the emphasis is on « the sweet swing » of her hips and backside as she walks, a sway described as « more than a poem, the most beautiful thing I have ever seen. »

Today, in sharp contrast, the epitome of beauty is Gisele Bündchen, the top model whose enormous international success has inspired the thousands of Brazilian girls who dream of emulating her to enroll in modeling schools and competitions. But very little about Ms. Bündchen’s body — tall and blond, rangy yet busty — connects her to her homeland and its traditional self-image.

« Hers is a globalized beauty that has nothing to do with the Brazilian biotype, » said Joana de Vilhena Novaes, author of « The Intolerable Weight of Ugliness: On Women and Their Bodies » and a psychologist here. « She has very little in the way of hips, thighs or fanny. She’s a Barbie, » one whose parents are of German descent.

Dr. Novaes and others have noted that during the 1960s and 70s, Brazilian girls played with a locally made doll named Susi, who, reflecting the national aesthetic, was darker and fleshier than her counterparts abroad. But in the 1970s, Barbie arrived, and by the mid-1980s, production of Susi dolls had ceased, though it has resumed in recent years in a sort of backlash.

Yet until recently no one here would ever have talked with admiration about having an hourglass figure like Barbie’s, let alone the coat-hanger physiques of the international runways. Instead, the ideal was what is known as « um corpo de violão, » or « guitar-shaped body »; that is, like Susi’s, thicker in the waist, hips and fanny.

One indication of how rapidly values are changing can be gleaned from a government study released in November, just after the first in the cluster of anorexia deaths, that of Ana Carolina Reston, a 21-year-old model. According to the survey, the percentage of the population taking appetite-suppressants more than doubled between 2001 and 2005, making Brazil the world champion in the consumption of diet pills.

« The reasons are purely aesthetic, not medical, especially for women, » who account for at least 80 percent of the market, said Dr. Elisaldo de Araújo Carlini, a professor at the Federal University of São Paulo who is the author of the study. « They want to get thin no matter what, all because of images from north of the Equator. It is a cruel cultural imposition on the Brazilian woman. »

Women in countries around the world are subject to such pressures, of course. But Brazilians argue that the situation here is more extreme: this is, after all, a tropical country in which, much more than the United States, Europe or Japan, people live their lives outdoors, often, for comfort’s sake, in skimpy clothes showcasing the body’s glories or defects.

A result is a culture of vanity that seems to know no boundaries. This summer, the newest rage, according to local news reports, is liposuction on the toes, and there have also been accounts of a boom in plastic surgery among women 80 and older.

Men are not immune. President Luiz Inácio Lula da Silva is reported to have recently had cosmetic work done on his teeth, and even the chief of an Indian tribe in the Amazon had plastic surgery because, as he guilelessly put it, « I was finding myself ugly and I wanted to be good-looking again. »

But most of the complaints about the tyranny of the culture of beauty here come from women. Each year follows the same pattern: Enrollment at gyms, here called « academies, » declines as cool weather arrives and then rises in the final quarter of the year, as women try to prepare their bodies to look good on the beaches during the Southern Hemisphere summer vacation season, which runs from just before Christmas until carnival, about two months later.

But Brazilian eating habits don’t make the process easy. If the emblematic American meal consists of fried chicken, corn on the cob and apple pie, its Brazilian equivalent is more like this: rice and beans, potatoes, pasta, bread, salad and a slice of meat sprinkled with farofa, or ground and toasted yucca flour.

The Brazilian diet is much higher in carbohydrates and lower in protein than is recommended, said Claudia Carahyba, a nutritionist in São Paulo whose clients include modeling agencies that want to break their girls of such bad habits. « That is especially true of the poor, » she said. « Since protein costs more, they trade that for more carbohydrates like yucca, which are cheaper and make you feel full. »

In fact, the new paradigm has been slower to penetrate poorer regions like the Amazon and the northeast, where hunger is still widespread and the idea of « fartura, » or cornucopian abundance, is especially valued. There, men in particular are proud to show off wives and children whose bodies are more rounded, as a sign that they are good providers.

« To be fat used to be considered wonderful in Brazil, because it showed that you eat very well, which is important to Brazilians, » said Roberto da Matta, an anthropologist and newspaper columnist who is a leading social commentator. « That you have three meals a day and eat meat and beans, calmly, at a table with friends and relatives, means that someone is taking good care of you. »

Experts also agree that Brazilian men, whatever their class or race, have been much slower to accept slenderness as a gauge of feminine beauty. When they are looking for a sexual partner, Brazilian men are consistent and clear in saying that they prefer women who are fleshy in the rear — « popozuda » is the wonderfully euphonious slang term used here — and have pronounced curves.

In the past, that standard was so firmly established that some Brazilian women resorted to breast reduction or buttock augmentation surgery, sometimes even transferring their own tissue from top to bottom.

But as the international standard has taken hold, tastes are changing.

« Those huge breasts you see in the United States, like in Playboy, were always considered ridiculous in Brazil, » said Ivo Pitanguy, the country’s most renowned plastic surgeon. « But there is now more of a tendency than before to want breasts that are a bit larger — not to make them huge, mind you, but more proportional as part of a body that is more svelte and more athletic. »

Though such globalized standards of beauty originated in rich, mostly white neighborhoods, they are gradually being spread to the rest of Brazil and across racial lines by the actresses and models who live here and perform in popular telenovelas. Exercise academies can be found in slum areas, and newspapers noted that the most recent anorexia victim was a dark-skinned teenager from a working-class suburb of Rio who dreamed of becoming a model.

In fact, all six women who died of anorexia lived either in Rio de Janeiro or in São Paulo, the country’s most cosmopolitan states and centers of the Brazilian fashion industry. The death that followed Ms. Reston’s was of a 21-year-old fashion student. There was also a 23-year-old student and office worker who had a home page on the Web and gave English lessons.

Ms. del Priore, the historian, pointed to other fundamental changes, which she said have led to a rebellion against machismo and the patriarchal structure that she believes persists here.

« This abrupt shift is a feminine decision that reflects changing roles » as women move out of the home and into the workplace, she said. « Men are still resisting and clearly prefer the rounder, fleshier type. But women want to be free and powerful, and one way to reject submission is to adopt these international standards that have nothing to do with Brazilian society. »

Voir aussi:

The Girl From Ipanema

Sran Shepkowski

2005

It’s a song of sensuality that entices men everywhere to dream. It evokes the fantasy of an exotic beach where warm waves kiss the shore, where breezes whisper through the palms, and where there is a woman, a dream woman, an ideal woman who embodies the elusive essence of everything that is desirable.

The Girl from Ipanema was awarded the 1964 Grammy as Best Song of the Year, it ranks 21st on BMI’s list of most performed songs of all time, and is one of the most recorded songs in history, having been vocalized by Astrid Gilberto, Stan Getz, Frank Sinatra, Ella Fitzgerald, Madonna, Cher, and many others. While its credentials are impressive, the real fascination is the story behind the song and the girl who inspired it.

The year 1962 was a banner year for Antonio Carlos « Tom » Jobim. The Brazilian songwriter’s tune, Desafinado, had just been recorded by Stan Getz and Charlie Byrd and the attention of the Jazz world shifted to the 35 year old Jobim, who, at the end of the year, was invited to perform his music at Carnegie Hall with Byrd, Getz, Dizzy Gillespie and Joao Gilberto. This was the latest achievement in a career that took shape in 1958 when Jobim collaborated with guitarist/vocalist Joao Gilberto, vocalist Elizete Cardoso and lyricist Vinicius de Moraes to produce a set of recordings, one of which was Chega de Saudade, which proved to be the beginning of the « Bossa Nova » (« New Trend ») movement.

1962 was also the year that Jobim saw the girl.

Ipanema is a trendy, rather artsy neighborhood in south Rio de Janeiro. To the west is the upscale area of Leblon and to the east is Aproador and Copacabana. A block off Ipanema Beach, on the northwest corner of Rua Montenegro and Rua Prudente de Moraes was Tom Jobim’s favorite hang-out, the Bar Veloso. A veranda-style, open-air cafe, this was the place to drink beer, smoke cigarettes, read the paper, chat with friends, and watch the pretty girls.

Almost every day a certain girl passed by the Veloso. Often in her school uniform, sometimes in her two-piece bathing suit she was, of course, tall, and tan, and young and lovely with long brown hair and green eyes and a rather sensual way of swaying her hips. She did not go unnoticed by Jobim and friends who often greeted her with whistles and cat-calls. The girl, however, never responded to the men. Never did she stop to talk; indeed never did she even make eye contact with bar’s patrons. Each day when she walked to the sea, she looked straight ahead, not at anyone else. And Jobim was in love.

Basically a shy man, Jobim was afraid to approach the girl. At the time he was married with two children and knew he had to be at least twice her age, but that did not prevent a budding infatuation. Eventually he convinced his old lyricist buddy Vinicius de Moraes to come by the Veloso to see this girl. After several days of waiting the girl finally walked past. Jobim remarked “ »Nao a coisa mais linda? » (Isn’t she the prettiest thing?), to which de Moraes replied, « E a coisa cheia de gracia. » (She’s full of grace.). This sparked the creativity in de Moraes who wrote those two lines on a napkin. The lines provided the basis for the opening two lines of the original, Portuguese version of A Garota de Ipanema (The Girl from Ipanema).

Jobim and de Moraes were, at the time, collaborating on the music and lyrics for a play entitled “Blimp” so it took some time to complete the song. Originally titled Menina que Passa (Girl Who Passes), Jobim first performed the song in Rio on August 12, 1962. It was a shoo-in to be part of a Jazz album being put together by Verve Records with Stan Getz and Joao Gilberto featuring some of Jobim’s music. In March, 1963, Tom and Joao flew up to New York to record the album. They also took along Joao’s wife Astrid because she was the only one who spoke any English.

At the recording studio it was decided that Menina que Passa needed a more Rio sounding title so it was changed to A Garota de Ipanema. Also, producer Creed Taylor felt the song should have English lyrics. Fortunately, the group had met lyricist Norman Gimbel from BMI several months before when they played Carnegie Hall and it was Gimbel who wrote the English lyrics. The next task was to find someone to sing those English lyrics. There is some dispute as to how it was decided, but Joao’s wife, Astrid, was selected to sing because, although she never sang professionally, she had a soft sexy voice, she could hold a tune, and at least she could pronounce the English words.

When the album was released in 1964 under the title “Getz/Gilberto” by Verve Records the first cut on the album was “The Girl from Ipanema”. It featured Joao Gilberto strumming his guitar and singing the original Portuguese lyrics followed by Astrid Gilberto with the English lyrics. Track 9 was the 45 rpm release of the Astrid Gilberto English version and track 10 was the flip-side of the 45; another of Jobim’s music entitled “Corcovada”.

Back home in Rio, the song was an instant success. Brazil was the midst of an economic recovery and, having won the last two World Cups, the country was riding high. The international success of “The Girl from Ipanema” was another example of the miracle that was Brazil. That miracle was to end two years later when economic mismanagement, corruption, and a military dictatorship took over, but in the meantime Brazil was young and hopeful.

As can be imagined, the big question in Ipanema was the identity of the inspiration for the song. Jobim and de Moraes remained mysterious on the subject. Some people believed there was no real girl, only the creation of a poet’s imagination. Others thought they knew better; many women flattered themselves, claiming to be THE GIRL. A cottage industry even grew. All you had to do was take some pictures of a pretty girl and sell them to dumb tourists claiming the girl in the picture was THE GIRL.

Heloísa Eneida de Menezes Paes Pinto was a born and raised Rio de Janeiro girl – a true carioca. The daughter of an army general from whom her mother divorced when Helô was 4, she grew up on the Rua Montenegro, some blocks up from the Bar Veloso. At age 17 she was shy and quite self-conscious: she had crooked teeth, she felt she was too skinny, she suffered from frequent asthma attacks, and she had an allergy that reddened her face. And on her way to and from school and on her treks to the beach, she had to walk by the Bar Veloso.

Although the song had been around since 1962, it wasn’t until 1964 that Helô learned the truth. Friends introduced her to Tom Jobim, who still hadn’t worked up the courage to talk with her. But with the ice finally broken, he set out to win her heart. On their second date, he stated his love for her and asked her to marry him. But she turned him down. Two things got in the way. Helô knew Tom was married and that he was “experienced”, whereas she was inexperienced and would not make him a good wife. The other was that she had been dating a handsome young lad named Fernando Pinheiro from a prosperous family in Leblon since she was 15. Undaunted by her refusal, Tom told her that she was the inspiration for the song. This confirmed the rumors she had heard from others and, of course, thrilled her beyond imagination, but she still turned him down.

The world would not learn the truth until 1965. Tired of all the gossip and particularly concerned that a contest was going to be held to select “the girl from Ipanema” Vinicius de Moraes held a press conference. In a detoxification clinic in Rio where he was undergoing treatment (you’ve got to love poets), and with Helô at his side, de Moraes told the world. And he offered her one more testament:

« She is a golden girl, a mixture of flowers and mermaids, full of light and full of grace, but whose character is also sad with the feeling that youth passes and that beauty isn’t ours to keep. She is the gift of life with its beautiful and melancholic constant ebb and flow. »

Immediately she became a sensation. Offers of movie stardom, modeling contracts, and trips around the world came. Unfortunately for her, however, this was the sixties, this was macho Brazil, and she was a good girl.

In her 1996 autobiography, “Por Causa do Amor”, she writes: “The middle class philosophy was to discourage and even repress any attempts to do anything other than bringing up children and being the perfect housewife”. Fernando, to whom she was recently engaged, and her army general father refused to allow her, at age 21, to leave home. Being a loving fiancée and an obedient daughter she had no choice. She had to turn down all offers.

It may be difficult today to believe that someone would turn down certain fame and fortune to be a housewife, but times were different. In 1960 less than 12% of all jobs in Brazil were held by women and only 20% of all college students were women. The machismo rule was in effect. Remember, this is the country where, until 1991, it was legal for a man to kill his wife if he thought she was cheating on him.

So Helô married Fernando Pinheiro in 1966 and settled in to live the life of the perfect housewife. Twelve years later, however, things changed.

1978 was the pivotal year for Helô Pinheiro and her family because of two misfortunes. The first was that because the military government relaxed its trade laws causing increased foreign imports, her husband’s iron and steel business failed, the family lost its money, and Fernando was without a job. The second was the birth of her fourth child, Fernando Jr. who suffered from numerous medical problems.

Realizing her financial obligations, she turned to the only asset she had. “I never wanted to use it that way”, she said. “It was a romantic thing, a gift of love. I never wanted to commercialize it. Out of respect I didn’t want to exploit it”. But she had no choice. The girl from Ipanema was back.

The modeling assignments and TV appearances soon came. She became a radio talk-show host and a gossip columnist. Soon she opened her own modeling agency, began organizing beauty pageants, and attached her endorsement to over 100 different products.

Her name, her charm, and her hard work eventually gained her success. “You move mountains”, she said, “…when it comes to providing for your children”.

She has relaxed a bit now that her children are grown. Helô and Fernando live in Sao Paolo with their son Fernando Jr who suffers from serious learning difficulties. Her daughter Kiki is a former model turned business-woman, daughter Georgiani is a psychologist, and daughter Ticiane is a very successful super-model. Helô’s main occupation these days centers on her Garota de Ipanema boutiques in Sao Paolo and Rio where she sells a variety a women’s beachwear. And at the age of “you do the math” Helô is still a looker. She and Ticiane appeared in a photo shoot in the March 2003 issue of the Brazilian Playboy magazine.

In the sixties, Helô was the icon of Brazilian femininity. Today she is an example of it. Whereas in 1960 when less than 12% of the workforce was female, today it is over 40%, and 2/5s of those women earn more than their spouses. Of course, the typical Brazilian woman earns only 66% that of her male counterpart (in the US that average is 76%). A full 50% of Brazilian women have jobs today. Both Brazil and Helô Paes Pinto have come a long way since those innocent days back in the early sixties.

Interesting Sidelights:

Helô was one of the very few girls on Ipanema beach to wear a two-piece swimsuit. Nowadays, when we think of the beaches of Rio we think of butt-floss and band-aids so it is difficult to think there was a time when a modest two-piece swimsuit that barely exposed the navel was considered daring. But Rio was different then, and it certainly was not the French Riviera where the bikini was in style. When the “Girl from Ipanema” contests that de Moraes reacted against continued, the girls who took part knew they were being compared to a girl who wore a two-piece swimsuit. So they knew they had to become daring. As daring as Helô at first, then more daring than the previous year’s winner as the contests continued. The more daring the girls became, the skimpier the swimsuits became. The evolution of the Brazilian bikini and the string bikini is traced directly back to this contest and therefore back to the youthful Heloísa.

The 45 rpm release of The Girl from Ipanema was, according to Billboard, the fifth best selling song in the world in 1964 (the other four were Beatle songs) and was awarded the Grammy as best song of the year. According to a 1996 United Kingdom Channel 4 production “Without Walls: The Girl from Ipanema” that recording is the fifth most played record in the history of the world.

There are various stories as to how Astrid Gilberto was selected to sing the English version. One is that Astrid claims it was her husband, Joao, who argued that she should sing the English version because he was singing the Portuguese version, another story is that it was Stan Getz’s wife Monica who convinced Joao, Getz, and Jobim to let Astrid to sing it, and a third story is that Stan Getz himself insisted on Astrid over everybody else’s objections. It is interesting to note that because she was a non-professional and, therefore, not under any contract, Astrid Gilberto was never paid for this recording. She did not receive one red cent, nor, I guess, was she entitled to any payment. This recording did launch her successful career as a singer, but still, you’d think she should get something for being the vocalist for one of the most popular songs of all time.

The Getz / Gilberto album released by Verve Records stayed on the pop charts for 96 weeks and won four Grammys.

The very first performance of A Garota de Ipanema (then named Menina que Passa) was on August 12, 1962 at the Au Bon Gourmet restaurant on the Avenida Nossa Senhora in Copacabana and featured Tom Jobim, Vinicius de Moraes, Joao Gilberto, Otavio Bailly, Milton Banana, and the vocal group Os Cariocas.

The Bossa Nova craze that began in the late fifties ended rather quickly in the middle sixties. In the atmosphere of a military coup in Brazil and the war in Viet Nam, its light, lyrical and melodic sounds lost out to hard driving beats and the sounds of protest. Perhaps the downfall of the Bossa Nova began when it came to the United States. In the early sixties record companies were looking for the latest dance craze. The Twist, the Watusi, and other fads were making money for the record industry. When the Bossa Nova came, the thought was to make it into another dance fad. So songs like Blame It On The Bossa Nova by Steve Lawrence and Edie Gorme and Bossa Nova Baby by Elvis Presley were produced. These were not Bossa Nova. Bossa Nova is a soft sophisticated sound meant for vocal and instrumental interpretations, not for Las Vegas lounge acts. You listen to the Bossa Nova sound, you don’t rock to it on a dance floor. American commercialism miss-named its songs and in doing so relegated a new Jazz form to realm of the lounge-lizards.

The Bar Veloso has since changed its name to “A Garota de Ipanema”. The name of the North/South street the café is on has also changed from the Rua Montenegro to the Rua Vinicius de Moraes. Consequently the bar Garota de Ipanema is on the corner of Rua Vinicius de Moraes and Rua Prudente de Moraes. Helô’s store is to the north, next door on the Rua Vinicius de Moraes. Also, extensive construction on the Rua Prudente de Moraes took place in the seventies and early eighties so you can no longer see the beach from the bar.

The 1958 album made by Jobim, de Moraes, and Joao Gilberto that launched the Bossa Nova movement was released on the old 78 rpm records.

Tom Jobim’s full name is Antônio Carlos Brasileiro de Almeida Jobim.

Joao Gilberto’s full name is João Gilberto do Prado Pereira de Oliveira.

Stan Getz’s real name is Stanley Gayetsky.

Vinicius de Moraes full name is Marcus Vinicius da Cruz de Mello Moraes.

In 1966, Frank Sinatra came up with the idea of recording an album with Tom Jobim. To get a hold of Jobim to talk about it, the first place he called was the Bar Veloso. Tom was there. The result of their collaboration was the 1967 release of “Francis Albert Sinatra & Antonio Carlos Jobim”.

Tom Jobim served as best man when Helô married Fernando Pinheiro.

In 1976, at age 49, Tom Jobim took up with a 19 year old photographer named Ana Beatriz Lontra who he married in 1986. It has been strongly suggested that Ana, at age 19, looked an awful lot like the young Helô. (I wish I could find a picture)

Norman Gimbel (born 1927 in Brooklyn) is a member of the Songwriter’s Hall of Fame who has Grammys for the lyrics to The Girl From Ipanema and Roberta Flack’s Killing Me Softly. In 1979 he and David Shire won an Academy Award for Best Song for It Goes Like It Goes from the movie Norma Rae. He has three songs in the BMI list of Top 100 Songs of the Century, The Girl From Ipanema, Killing Me Softly, and Canadian Sunset. A very prolific writer, he is responsible for the theme music to many TV shows including Happy Days, Laverne and Shirley, Wonder Woman, and The Paper Chase. His movie credits include Norma Rae, Goodfellas, Johnny Dangerously, Crimes of Passion, Meatballs, and Chisum.

It has been said that there are two types of Brazilian music, Before Jobim and After Jobim. Born on January 25, 1927 Tom Jobim did not start studying music until 1941 and originally went to school to become an architect. In 1953 his first album was published. Before he died on December 8, 1994 he had written the songs for 28 individual albums, the scores for eight movies, and a number of single releases that appeared on other albums. After he died of a heart attack at Mt. Sinai Hospital in New York, his body was flown back to Rio where it was draped in a Brazilian flag and carried through the streets of Rio. He is buried in a tomb at the Sao Joao Batista Cemetery near his old friend Vinicius de Moraes.

Tom Jobim was married twice, Thereza Hermanny in 1949 and Ana Lontra in 1986. Vinicius de Moraes was officially married nine times. Once, Jobim asked of his friend, “After all, little poet, how many times do you have to be married?” Vinicius answered, “As many times as necessary”.

Born October 19, 1913 and died July 9, 1980, Vinicius de Moraes was a man of many interests. He was a poet, a writer, a lyricist, a musician, a film critic, a career diplomat, and a lawyer who studied English at Oxford University in Cambridge. As a diplomat he served in France, Uruguay, and the United States. In the US he was Consular at the Brazilian Consulate in Los Angeles and while in LA he took the opportunity to study film under the tutelage of Orson Welles. He too is buried in the Sao Joao Batista Cemetery.

In 2001, Helô Pinheiro opened her “Garota de Ipanema” boutique in Sao Paolo catering mostly to women and offering a variety of beachwear. One of the products she offers is a T-shirt imprinted with the music and lyrics from the song. Since this is a copy of the original sheet music, it also contains the signatures of Vinicius de Moraes and A. C. Jobim. The estates of de Moraes and Jobim filed suit arguing that the words and music belong to the estates and that all monies made from the sale of those T-shirts belong to the families of de Moraes and Jobim. Fortunately for us romantics, the Brazilian courts acted properly. In February, 2004, the court ruled in favor of Helô Pinheiro stating “…without her there would not have been the song”.


Rwanda: Un nouveau Fachoda? (This obsession with Anglo-Saxons)

12 janvier, 2007
Fachoda
Les Français ont armé les tueurs et ils les ont formés même lorsqu’ils disaient qu’ils allaient tuer les Toutsis, et la France a soutenu le régime génocidaire jusqu’à la fin, aidant même les tueurs à s’échapper. Pourquoi ? Parce qu’ils ont cette obsession des Anglo-Saxons. Charles Murigande (ministre rwandais des Affaires étrangères)

Signe des temps…?

Cet article du Guardian d’hier (merci lagrette) ironisant sur les déconvenues de la France au « Pays des mille collines » …

Installation d’une ligue de cricket, refus explicite de l’actuel président d’apprendre le français, demande d’accession au Commonwealth (bien que le pays n’ait jamais été colonie britannique), affiches de pub en anglais défiant le centre culturel français cadenassé, anglais affiché par la jeunesse dorée des cafés et boites de nuit comme langue de la résistance au génocide contre le français langue des tueurs …

Treize ans après le génocide de quelque 800 000 Toutsis par les Houtus et suite à la récente rupture des relations diplomatiques entre les deux pays (provoquée par la menace de mandat international contre le président Kagamé par le Juge Bruguière), le quotidien anglais se complait à détailler les marques du reflux français en ce minuscule pays, revendiqué (même si jamais plus de 12% de la population ne parlait réellement la langue officielle) il y a à peine plus d’une décennie comme membre à part entière de la Francophonie.

Mais, plus sérieusement, rappelle surtout une série de faits qui confirment beaucoup de soupçons sur une certaine complicité de la France avec les génocidaires qu’elle n’a en fait jamais cessé d’armer et de soutenir, jusqu’à même, sous couvert de l’Opération Turquoise et Syndrome de Fachoda oblige,… protéger leur fuite!

Extraits:

When the genocide started, Paris made no secret of where its loyalties lay. The French military flew in ammunition for government forces and, in the following weeks, a stream of Hutu officials travelled to Paris, including Jean-Bosco Barayagwiza, who was later convicted of genocide by the international tribunal, for meetings with President François Mitterrand and the French prime minister. Even as the mass graves filled across Rwanda, Paris engineered the delivery of millions of dollars’ worth of weapons to the Hutu regime from Egypt and South Africa.

Africa has traditionally been considered such a special case in Paris that France’s policy is run out of the presidency. At the time, the « Africa cell » was headed by Mitterrand’s son, Jean-Christophe, a close friend of the Habyarimanas. He later said that there could not have been a genocide because « Africans are not that organised ». France’s president did not deny what had happened, but took a view no less racist: « In such countries, genocide is not too important. »

Gérard Prunier, a French historian who advised the French government during the later stages of its intervention in Rwanda, has characterised Paris’s view of its former African colonies not as foreign countries but as « part of the family ». Paris’s African « back yard », he wrote in a history of the Rwandan genocide – in which he made clear his disaffection with French support for the Hutu regime – « remains its back yard because all the chicks cackle in French. There is a high degree of symbiosis between French and Francophone African political elites. It is a mixture of many things: old memories, shared material interests, delusions of grandeur, gossip, sexual peccadilloes. »

He added: « Of course, the arch-enemy in this cosy relationship, the hissing snake in the Garden of Eden, is the ‘Anglo-Saxon’. » Prunier said French governments viewed « the whole world as a cultural, political and economic battlefield between France and the Anglo-Saxons … It is the main reason – and practically the only one – why Paris intervened so quickly and so deeply in the growing Rwandan crisis. »

The RPF’s invasion of Rwanda in 1990 rang all the alarm bells about encroaching Anglo-Saxon influence. The rebel front was dominated by Tutsis whose families had been driven into exile by wholesale massacres around the time of Rwanda’s independence from Belgium in 1962. Many families settled in neighbouring Uganda where their children grew up speaking English, joined Yoweri Museveni’s rebel movement that seized power in Uganda in 1986 and then began to plan an assault on their homeland. Kagame was among them.

France immediately sent troops and weapons to defend Habyarimana’s regime. Politicians and the military top brass cast the conflict as between Francophone Hutus and invading Anglo-Saxon Tutsis – though 15% of Rwanda’s population were Tutsis who had not left the country. Some in the French military talked of the RPF as wanting to destroy the Hutus, calling the rebels the « Black Khmers ». Despite the growing evidence of a genocide in the making during the early 1990s, and the excesses of Habyarimana’s regime in assassinating opponents and organising periodic massacres of Tutsi civilians, France’s support did not waver.

Even as the Hutu government was facing collapse in the last phase of the genocide, and no one doubted that there had been a slaughter of Tutsis, France was trying to save the failing regime by sending troops to carve out a « safe zone » in the western parts of Rwanda still under Hutu control. « Operation Turquoise » was billed as an intervention « to stop the massacres and to protect the populations threatened with extermination ». But, as the Rwandan commission into French actions has been hearing, the zone proved to be safe for the Hutu Interahamwe to carry on murdering and to protect the extremist government from capture and trial by the RPF. The killers understood this. At the roadblocks, they cheered the first French troops to arrive. Later, General Jean-Claude Lafourcade, commander of Operation Turquoise, admitted that the safe zone was intended to keep alive the Hutu government in the hope that it would deny the RPF total victory and international recognition as the rulers of Rwanda. It was also an opportunity for France to help leading members of the regime to flee. Other killers made their own way to France knowing they would find protection from justice.

The true nature of Operation Turquoise was laid bare by events in the hills of Bisesero in the western province of Kibuye. Even after French soldiers arrived, the governor of Kibuye, Clément Kayishema, led militia attacks in the hills to kill Tutsis who had survived the slaughter of about 21,000 people, a slaughter he had organised in local churches and stadiums. The French commander in Kibuye, Captain Marin Gillier, took the attitude that Kayishema was the legal authority and chose to believe the governor when he said the Tutsis in the hills were armed rebels even though the front line with the RPF was about 50km away.

Hundreds more innocents were murdered before Gillier finally ventured into the hills. When he did, he recognised that the Tutsis there were not rebels and were armed only with sticks and bows and arrows to defend themselves. Many were starving, others severely wounded.

French soldiers were shocked when they saw the bodies of hundreds of those killed lying at the bottom of the hills, and some complained to reporters that they had been duped by their own government. Gillier appeared to have been misinformed about what was happening in front of his eyes, and later humiliated at what he had been drawn into by the politicians in Paris. Others were not so troubled. The commander on the ground was a colonel who identified himself as Didier Thibault. At the time I asked him about French cooperation with Kayishema and other killers. He responded that the Rwandan government and its army were « legal organisations ».

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Livres: Grandeurs et misères de la tolérance (France’s long-forgotten hatred of Protestants)

11 janvier, 2007
C’est à regret que je parle des Juifs : cette nation est, à bien des égards, la plus détestable qui ait jamais souillé la terre. Voltaire, Article « Tolérance »
Qu’ils s’en aillent! Car nous sommes en France et non en Allemagne!” … Notre République est menacée d’une invasion de protestants car on choisit volontiers des ministres parmi eux., … qui défrancise le pays et risque de le transformer en une grande Suisse, qui, avant dix ans, serait morte d’hypocrisie et d’ennui. Zola (Le Figaro, le 17/5/1881)
Dans la dispute entre ces races pour savoir à laquelle revient le prix de l’avarice et de la cupidité, un protestant genevois vaut six juifs. A Toussenel, disciple de Fourier, 1845
Pour ses promoteurs, il existe dans la France de la Troisième République un  » complot protestant « , mené par des étrangers de l’intérieur. Ce  » péril  » menace l’identité française et cherche sournoisement à  » dénationaliser  » le pays. Leurs accusations veulent prendre appui sur l’actualité : la guerre de 1870, la création de l’école laïque, les rivalités coloniales, l’affaire Dreyfus, la séparation des églises et de l’État. Derrière ces événements se profilerait un  » parti protestant  » qui œuvrerait en faveur de l’Angleterre et de l’Allemagne. Mais, à coté de l’actualité, la vision de l’histoire constitue également un enjeu et les antiprotestants, en lutte contre l’interprétation universitaire de leur époque, tentent une révision de la compréhension d’événements historiques comme la Saint-Barthélemy et la Révocation de l’Édit de Nantes. Ils accusent les protestants d’intolérance et érigent des statues à Michel Servet, victime de Calvin au XVIe siècle. La réaction protestante à ces attaques se marque non seulement par une riposte juridique, mais aussi par une auto-analyse plus critique que dans le passé. Cet axe se termine par une réflexion plus large sur la condition minoritaire en France et la manière dont la situation faite aux minorités est révélatrice du degré de démocratie de la société française. L’antisémitisme de cette époque concentre deux traditions hostiles aux juifs : l’une, religieuse, qui les accuse de  » déicide « , l’autre, économique, qui les accuse de  » spéculation financière « . La conjonction de ces deux traditions engendre des thèses raciales sur une lutte éternelle entre l’  » aryen  » et le  » sémite « , alors que les accusations raciales antiprotestantes, quand elles existent, n’atteignent pas ce degré d’intensité. L’anticléricalisme est l’envers du cléricalisme : deux camps de force égale se trouvent en rivalité politico-religieuse et leurs arguments dérivent souvent dans des stéréotypes où la haine n’est pas absente. La haine anticléricale se développe lors de la lutte contre les congrégations. Mais, à partir de 1905, la séparation des églises et de l’État constitue un  » pacte laïque  » et permet un dépassement de l’anticléricalisme. Paradoxalement, plus le groupe visé est faible, plus la haine à son encontre est forte. À ce titre, l’antiprotestantisme apparaît comme une haine intermédiaire entre l’anticléricalisme et l’antisémitisme. Mais, partout, à l’origine des haines, se trouve une vision conspirationniste de l’histoire : les pouvoirs établis et les idées qui triomphent sont le résultat de  » menées occultes « , d' » obscurs complots « . Présentation du livre sur le site du CNRS

Lorsque Daudet et Zola se retrouvaient aux côtés de Barrès et Maurras …

Petit retour, dans notre petite exploration des grandeurs et misères de la tolérance (et toujours pour mesurer le chemin parcouru) sur les déclarations d’un autre de nos modèles nationaux de tolérance, après le défenseur du protestant Calas, le grand Zola de l’Affaire Dreyfus lui-même.

Et, à travers lui, sur « une haine oubliée » et pourtant pas si ancienne et en son temps particulièrement virulente, à savoir l’antiprotestantisme.

Qui se souvient en effet que la Belle Epoque fut l’occasion d’un rare unanimisme, à droite comme à gauche et du côté athée comme du côté catholique, contre les Protestants?

Souvent considérés (en une réthorique difficilement imaginable aujourd’hui de type « guerre des races » entre « Anglo-Germains » protestants et « latins » catholiques) comme une sorte de “5e colonne” ou des « ennemis de l’intérieur », les protestants de religion, éducation ou « ménage » (eg. Ferry marié à une Protestante!) se voient ainsi régulièrement reprochés la « conjuration » ou le « complot protestant » et la mainmise des « huguenots » sur l’université et la République.

Sans parler des accusations récurrentes, pour leur individualisme, leur universalisme ou leur libéralisme économique (cf. le Ministre des Finances Léon Say – petit-fils de l’économiste – au père éduqué à Genève et ayant voyagé en Amérique), d’être des « valets de l’Angleterre » ou des « vendus à l’Angleterre », slogans qui ne sont pas sans rappeler certaines formules plus contemporaines comme… « Sarkozy l’Américain » !

D’où l’intérêt de l’ouvrage du spécialiste de la laïcité Jean Baubérot et de la chercheure de l’Ecole pratique des hautes Etudes Valentine Zuber (« Une haine oubliée », 2000) qui non seulement ressuscite cet épisode oublié de notre histoire récente mais montre la perennité de certains discours de haine.

Et rappelle au passage que notre valeureux auteur du “J’accuse” de l’Aurore mais aussi fils d’immigré vénitien (recalé une dizaine de fois et perpétuel exclu de l’Académie) s’était lui aussi un temps livré à de telles attaques, même s’il s’inscrivait plutôt dans cette forme d’ « antiprotestantisme littéraire” qui, de Stendhal à Baudelaire, poussa tant de nos fins littérateurs à fustiger cette “lourdeur allemande” et cette “épaisseur suisse” ou cet “esprit boutiquier” anglais ou belge, que l’on retrouve d’ailleurs aujourd’hui dans notre antiaméricanisme actuel.

Voir aussi:

Comment sortir des doctrines de haine : le regard de la sociologie historique
CNRS
février 2000

Dans le contexte actuel où les intolérances (extrémismes et pensées uniques) se multiplient, deux chercheurs du CNRS et de l’EPHE* livrent le résultat de trois années de travail en sociologie historique sur l’époque fondatrice de la laïcité (1870-1905). Leur livre, Une haine oubliée. L’antiprotestantisme avant le  » pacte laïque  » (1870-1905), décrit et analyse l' » antiprotestantisme  » sévissant en France il y a un siècle – haine aujourd’hui oubliée -, et montre comment des passerelles existent bel et bien entre cette haine d’hier et le flot des doctrines de haine actuelles.

Chacun peut en faire l’expérience : le froid est plus aisé à manipuler que le brûlant. L’antiprotestantisme des années 1870-1905 a donc valeur d’exemple. Il peut être décortiqué et analysé froidement et constituer ainsi un outil permettant au lecteur de réfléchir sur les diverses intolérances d’aujourd’hui : des problèmes que l’on aborde habituellement toujours de façon passionnelle reçoivent des éclairages nouveaux grâce à cette démarche.

Cette recherche s’articule autour de deux grands axes. Le premier étudie l’antiprotestantisme en tant que tel. Pour ses promoteurs, il existe dans la France de la Troisième République un  » complot protestant « , mené par des étrangers de l’intérieur. Ce  » péril  » menace l’identité française et cherche sournoisement à  » dénationaliser  » le pays. Leurs accusations veulent prendre appui sur l’actualité : la guerre de 1870, la création de l’école laïque, les rivalités coloniales, l’affaire Dreyfus, la séparation des églises et de l’État. Derrière ces événements se profilerait un  » parti protestant  » qui œuvrerait en faveur de l’Angleterre et de l’Allemagne. Mais, à coté de l’actualité, la vision de l’histoire constitue également un enjeu et les antiprotestants, en lutte contre l’interprétation universitaire de leur époque, tentent une révision de la compréhension d’événements historiques comme la Saint-Barthélemy et la Révocation de l’Édit de Nantes. Ils accusent les protestants d’intolérance et érigent des statues à Michel Servet, victime de Calvin au XVIe siècle. La réaction protestante à ces attaques se marque non seulement par une riposte juridique, mais aussi par une auto-analyse plus critique que dans le passé. Cet axe se termine par une réflexion plus large sur la condition minoritaire en France et la manière dont la situation faite aux minorités est révélatrice du degré de démocratie de la société française.

Le deuxième axe de ce travail compare antiprotestantisme, antisémitisme et anticléricalisme, permettant de dégager ce qui est spécifique à chacune des haines et commun à toutes. L’antisémitisme de cette époque concentre deux traditions hostiles aux juifs : l’une, religieuse, qui les accuse de  » déicide « , l’autre, économique, qui les accuse de  » spéculation financière « . La conjonction de ces deux traditions engendre des thèses raciales sur une lutte éternelle entre l’  » aryen  » et le  » sémite « , alors que les accusations raciales antiprotestantes, quand elles existent, n’atteignent pas ce degré d’intensité. L’anticléricalisme est l’envers du cléricalisme : deux camps de force égale se trouvent en rivalité politico-religieuse et leurs arguments dérivent souvent dans des stéréotypes où la haine n’est pas absente. La haine anticléricale se développe lors de la lutte contre les congrégations. Mais, à partir de 1905, la séparation des églises et de l’État constitue un  » pacte laïque  » et permet un dépassement de l’anticléricalisme.

Paradoxalement, plus le groupe visé est faible, plus la haine à son encontre est forte. À ce titre, l’antiprotestantisme apparaît comme une haine intermédiaire entre l’anticléricalisme et l’antisémitisme. Mais, partout, à l’origine des haines, se trouve une vision conspirationniste de l’histoire : les pouvoirs établis et les idées qui triomphent sont le résultat de  » menées occultes « , d' » obscurs complots « .

Le chapitre conclusif de l’ouvrage s’intitule : Analyser les doctrines de haine pour mieux les combattre. Il tente d’apprécier où se situe la ligne de partage entre le légitime droit à la critique et la dérive vers la doctrine de haine. Il cherche aussi à tracer des pistes pour sortir de l’engrenage des haines et contre-haines. Dans cette perspective, l’hégémonie culturelle des idéaux démocratiques constitue la véritable victoire de la démocratie en délivrant les consciences des peurs qui suscitent les haines.

* EPHE : École pratique des hautes études.

Référence

• Une haine oubliée. L’antiprotestantisme avant le  » pacte laïque  » (1870-1905) — Jean Baubérot, Valentine Zuber. Ed. Albin Michel, février 2000, (Sciences des religions), 336 p.- 140 F

Jean Baubérot est directeur du Groupe de sociologie des religions et de la laïcité (GSRL, CNRS-EPHE, IRESCO), et président de l’EPHE. Valentine Zuber est membre du GSRL et maître de conférences à l’EPHE.


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