Conspirationnisme: Réflexions sur le complot juif (Dissolve the pro-Israel American people)

pro-israeli protestLa Gauche a besoin d’un peuple mythique ou mythifié, elle honnit le regrettable peuple américain, qui rejette la lutte des classes, va à l’église le dimanche, vote souvent républicain. Et ce fichu peuple américain, forfait pendable, est plutôt pro-israélien ! C’est le comble ! Il faudrait décidément dissoudre le peuple américain afin de le remplacer par la Commission Baker, appuyée par le corps professoral de Harvard, les journalistes de CNN et du New York Times, et les histrions engagés d’Hollywood, sous la houlette nobiliaire de John Kerry sans doute. A la bonne heure, ce serait un peuple américain “tel qu’on l’aime”, et qui pense comme nous !
En 2004, les juifs américains ont voté démocrate (Kerry) à 76 pour cent, et qu’une grande partie des juifs américains qui enseignent à l’université et oeuvrent dans les media sont, à l’unisson de leurs corporations, des gens de gauche. Ils partagent les préjugés de leur caste et sont souvent hostiles à Israël et au sionisme ; il faut ainsi conclure que, premièrement, les Juifs américains, censément principaux soutiens du Lobby juif américain, sont caractérisés par leur opposition à la politique israélienne (celle des « Likoudniks »). Et, d’autre part, que le peuple américain, contre l’avis martelé par une grande partie de ses élites culturelles, Juifs y compris, est israélophile, et le manifeste de multiples façons. Il est évident que cela empêche bien des gens de “pogromer” en rond, et, en tout cas, de flanquer Israël à la fosse aux hyènes. La communauté juive américaine s’oppose largement à George Bush, mais la politique de ce dernier est le fruit d’une conspiration juive… Allez y comprendre quelque chose! Laurent Murawiec

Au moment où on apprend que, tout en fustigeant les Etats-Unis pour l’intervention alliée en Irak et en prétendant rappeler à l’ordre l’Iran sur ses ambitions nucléaires, l’actuel squatter de l’Elysée est secrètement en train de faire des pieds et des mains pour envoyer son ministre des Affaires étrangères audit pays des nouveaux hérauts du négationnisme et de la solution finale …

Le chercheur franco-américain Laurent Murawiec remet, sur le site de la Mena, les pendules à l’heure pour les tenants, nombreux parmi nos « têtes pensantes et jacassantes », du lobby juif et de la stupidité supposée de ce peuple américain que ledit lobby est censé manipuler …

Pourtant, la vérité est simple, confirmée par les chiffres: Israël jouit tout bonnement et depuis la fondation du Nouveau Monde « d’un formidable capital de sympathie dans l’opinion américaine ».

Et ce contre l’opinion même d’une bonne part de la communauté juive elle-même ou plutôt de ses élites, majoritairement démocrates et donc souvent opposés à la politique pro-israélienne de l’Administration républicaine de George Bush.

Extraits :

La judéophilie traditionnelle des Puritains – qui remonte à Oliver Cromwell en Angleterre – que l’on retrouve dans l’extraordinaire lettre de George Washington à la communauté juive de Newport, Rhode Island, où, loin de ne concéder à la religion d’Israël qu’une tolérance, il la met sur un pied d’égalité avec les religions chrétiennes. C’est cette judéophilie, lectrice de la Bible juive, qui donna des prénoms bibliques à tant d’Américains, je pense à Abraham Lincoln ! et motive les centaines de milliers de pèlerins, qui partent annuellement d’Amérique pour visiter la Terre Sainte et y admirent, y soutiennent et y sympathisent avec Israël. Quand l’AIPAC (le comité d’action politique Amérique-Israel) réunit ses assises annuelles à Washington, et que le tout-Washington parlementaire et ministériel s’y presse pour parler, écouter, être vu, cette affluence ne fait que traduire un courant plus vaste. Les contes à dormir debout sur l’influence « occulte » transforment cette activité, ô combien publique et transparente, en sombre complot. AIPAC est souvent, en effet, dépeint comme le centre nerveux ou la main cachée. Nerveux, peut-être, caché, certainement pas. Les éternuements indignés des intellectuels gaucho-laïcards européens sur les sympathies sionistes de la droite évangélique américaine omettent de mentionner qu’il s’agit là de dizaines de millions de gens. N’auraient-ils pas voix au chapitre ?

Vers la fin du XIXème, la noblesse, refoulée du champ politique par l’avènement des partis de masse, se réfugia massivement dans la diplomatie, qu’elle continua, en Europe, d’occuper comme son pré carré. Aux Etats-Unis, ceux qui se voulaient l’équivalent d’une aristocratie, les “sang bleu” de Nouvelle-Angleterre, suivirent le même itinéraire. Pour prendre la pose de la supériorité, les temps s’étant un peu démocratisés, il n’est plus besoin d’exciper d’une particule ni d’un titre nobiliaire : il suffit d’être anti-Israélien, ce qui, dans certains milieux, constitue un Ordre du mérite (avec palmes).

Réflexions sur le complot juif

Laurent Murawiec
La Mena

On rencontre aujourd’hui, à tous les coins de rue du débat international, l’idée que la politique moyen-orientale de Bush a été subrepticement manigancée par une sombre clique de néo-conservateurs, tous plus ou moins juifs, agissant à l’insu d’un président stupide et ignorant, et imposant une ligne de conduite subordonnant les intérêts des Etats-Unis à ceux d’Israël. Chaque fois que je participe à un débat sur une télévision arabe, c’est la même ritournelle, et quand il m’arrive d’être interviewé par une radio New Age en Californie, j’entends le même refrain. C’était le leitmotiv d’un disgracieux “filmouillet” produit il y a quelques années pour la chaîne ARTE par l’Israélien repenti (et désireux de le faire savoir) William Karel, comme c’est la rengaine favorite de la bien-pensance européenne. L’opéra de quat’ sous dont la partition a été, une fois pour toutes, publiée sous le nom de “Protocoles des Sages de Sion”, est un succès permanent au hit-parade du sordide. Qui lit le servile et poisseux al-Ahram du Caire, qui suit les déglutitions du Hezbollah sur al-Manar et ce qui dégouline des media de Téhéran, ou encore les élucubrations meurtrières du cheikh Youssouf Qaradawi, patron de la branche internationale de Frères musulmans et téléprédicateur à succès, connaît bien la recette : la conspiration juive, vous dis-je. Parés des sauces plus raffinées qui siéent à la cuisine française, ce sont les mêmes mets que servent les media hexagonaux. Tout le monde est d’accord. Il y a trois ans peut-être, après m’avoir interviewé à Washington, un journaliste (dont j’ai charitablement oublié l’identité) de France 2, la chaîne qui invente les assassinats d’enfants par les Juifs d’Israël, me demanda dans un souffle, l’air ténébreux, de peur d’être épié sans doute : « et l’influence… ici… à Washington… des Juifs ? ». Il y avait donc, dans son esprit, une influence uniforme, homogène, systématique, des Juifs en tant que tels, visant donc, unanimement, un but unique et indivisible, et s’entendant à l’atteindre, non au moyen de la politique ou des idées, mais grâce à l’ « influence. ». Le bon journaliste répétait les Protocoles avec bonne foi et probité. Or, j’examine les résultats d’une enquête d’opinion réalisée tout récemment aux Etats-Unis. Les sondeurs de l’institut de sondage de l’Université de Quinnipiac, que les media citent souvent, ont demandé à la mi-novembre de cette année à 1623 électeurs d’exprimer leur degré de sympathie ou d’antipathie envers une série de pays, plus l’ONU et les Palestiniens. La liste qui ressort du sondage du “Thermomètre global” de cet institut est révélatrice : par ordre de sympathie, on trouve l’Angleterre, le Canada, Israël, l’Allemagne, l’Inde, le Mexique, l’ONU, la Russie, la France, la Chine, et, en queue de peloton, largement décrochés, l’Arabie Saoudite, le Venezuela, l’Irak, la Syrie, les Palestiniens, Cuba, l’Iran et la Corée du Nord… Après l’Angleterre de la special relationship, vient le Canada, sorte de version light de l’Amérique, puis, donc, Israël. Ce sont les trois seuls pays dont la « cote » se situe au-dessus des 65 pour cent d’opinions favorables ! Voilà qui confirme bien d’autres sondages, rapports et études : Israël jouit d’un formidable capital de sympathie dans l’opinion américaine. La judéophilie traditionnelle des Puritains – qui remonte à Oliver Cromwell en Angleterre – que l’on retrouve dans l’extraordinaire lettre de George Washington à la communauté juive de Newport, Rhode Island, où, loin de ne concéder à la religion d’Israël qu’une tolérance, il la met sur un pied d’égalité avec les religions chrétiennes. C’est cette judéophilie, lectrice de la Bible juive, qui donna des prénoms bibliques à tant d’Américains, je pense à Abraham Lincoln ! et motive les centaines de milliers de pèlerins, qui partent annuellement d’Amérique pour visiter la Terre Sainte et y admirent, y soutiennent et y sympathisent avec Israël. Quand l’AIPAC (le comité d’action politique Amérique-Israel) réunit ses assises annuelles à Washington, et que le tout-Washington parlementaire et ministériel s’y presse pour parler, écouter, être vu, cette affluence ne fait que traduire un courant plus vaste. Les contes à dormir debout sur l’influence « occulte » transforment cette activité, ô combien publique et transparente, en sombre complot. AIPAC est souvent, en effet, dépeint comme le centre nerveux ou la main cachée. Nerveux, peut-être, caché, certainement pas. Les éternuements indignés des intellectuels gaucho-laïcards européens sur les sympathies sionistes de la droite évangélique américaine omettent de mentionner qu’il s’agit là de dizaines de millions de gens. N’auraient-ils pas voix au chapitre ? C’est bien le cœur du problème : pour nos élites politico-intellectuelles, le peuple n’a pas voix au chapitre, et surtout, ne doit pas l’avoir. Ceux qui savent, les professionnels, diplomates, bureaucrates, intellectuels, savent tout et toujours ; il est déplacé et même malséant d’écouter la vox populi, cette grande naïve, qui n’entend pas les délicieuses nuances et les complications du monde “où l’on sait”. L’irrépressible arrogance qui anime cette gent se résume toujours à cela : comment des gens aussi incultes- les Américains, chacun le sait – osent-ils nous contredire ? Voilà qui explique ce vitriol qui empuantit le débat : ceux qui se sentent investis de l’éternelle mission de guider le monde sur les sentiers de la sagesse stratégique, les diplomates professionnels et leurs comparses universitaires, déjà, éprouvaient une haine furibonde envers Ronald Reagan et Margaret Thatcher (”la fille de l’épicier” pestaient les Lords et les baronets, ainsi que les snobs d’Oxford et de Cambridge) ainsi qu’envers George Bush. Le mépris de nos professeurs et la condescendance de nos diplomates se changent en ouragans de rage frustrée, quand ils se voient spoliés de ce privilège, de ce monopole, de cette mission qui leur reviennent de droit : dire et guider la politique étrangère des Etats-Unis ! N’oublions pas que, vers la fin du XIXème, la noblesse, refoulée du champ politique par l’avènement des partis de masse, se réfugia massivement dans la diplomatie, qu’elle continua, en Europe, d’occuper comme son pré carré. Aux Etats-Unis, ceux qui se voulaient l’équivalent d’une aristocratie, les “sang bleu” de Nouvelle-Angleterre, suivirent le même itinéraire. Pour prendre la pose de la supériorité, les temps s’étant un peu démocratisés, il n’est plus besoin d’exciper d’une particule ni d’un titre nobiliaire : il suffit d’être anti-Israélien, ce qui, dans certains milieux, constitue un Ordre du mérite (avec palmes).>Evincez-les ou donnez-leur le sentiment de n’être plus vos mandataires exclusifs, introduisez d’autres idées que les leurs, et vous entendrez leurs cris d’orfraie. La théorie du complot a donc trouvé des plumes universitaires distinguées pour refaire sa beauté flétrie. J’en veux l’exemple donné par les professeurs Mearsheimer, de l’Université de Harvard, et Stephen Walt, de l’Université de Chicago, qui ont publié, en mars 2006, dans l’influente London Review of Books, un article remarqué, “The Israel Lobby”. Ils y réaffirmaient qu’un lobby juif avait acquis, par manipulation, une influence indue sur le gouvernement Bush et avait utilisé les Etats-Unis pour accomplir les objectifs stratégiques d’Israël en allant renverser Saddam [2]. Je ne m’attacherai pas ici à montrer ou à dénoncer l’inanité du propos. D’autres – le juriste Alan Dershowitz et l’analyste stratégique Eliot Cohen pour ne citer qu’eux – s’en sont excellemment chargés. Je suis frappé de l’œil torve de nos professeurs, qui voient le monde comme à travers un miroir déformant, ou mieux, un prisme sélectif. Car s’il faut parler de lobby, le lobby arabe de Washington est puissant ; il ne s’agit pas seulement de la Ligue arabe et des ambassadeurs des pays arabes, qui ont des poches profondes et n’hésitent pas à vider des tonneaux de Danaïdes en faveur de quiconque, journaliste, diplomate, élu ou universitaire, professera quelque forme d’arabophilie. Il y a les vingt-trois ans de mission du prince Bandar bin Sultan au poste d’ambassadeur saoudien, corrupteur épique du tout-Washington, un lobby à lui tout seul, centralisé, qui ne débat jamais mais agit toujours, et utilise le pétrodollar comme moyen d’influence occulte ; notons-le, la cote saoudienne dans le sondage cité plus haut est inférieure à celle de la Chine ou de la Russie ! Les Saoudiens sont aussi populaires que la mort-aux-rats, le charme en moins. A cette arabophilie stipendiée, il faut ajouter celle, quasi charnelle, des personnels du département d’Etat, qui voient le monde, comme l’avait sévèrement jugé une commission d’enquête parlementaire il y a trente ans déjà : « à travers une pellicule de pétrole épandue sur leurs globes oculaires. » Une partie importante du lobby pétrolier est pro-arabe – et donc, évidemment, anti-israélienne. Et quel lobby ! Quelle puissance de frappe ! Pas au point, cependant, d’attirer l’attention de nos professeurs, qui, tels les aveugles de Breughel, vont droit dans la fosse à purin, en y entraînant les paralytiques et autres handicapés du ciboulot. Non, l’existence et l’action d’autres lobbies fort importants, ils ne les remarquent pas. Dans leur ligne de mire, ils ne voient que le « lobby juif ! ». Il y a de ces coïncidences… [1] Volume 28, no 6, du 23 mars 2006 [2] Un traitement détaillé des hauts faits du prince en matière de corruption se trouve dans mon livre La Guerre d’après (Albin Michel, 2003).

Il faut dissoudre le people américain (suite et fin)

Par Laurent Murawiec, à Washington © Metula News Agency

Réflexions sur le complot juif

Ce qui me frappe encore plus, c’est l’aveuglement délibéré de nos professeurs devant le fait patent : les préférences du peuple américain. Mais, quand on tient précisément le peuple pour quantité négligeable, seul un complot juif peut tout expliquer. Et s’il y a trois Juifs et demi dans les cabinets ministériels washingtoniens, c’est la preuve – accablante, définitive – que Le Lobby Juif, la main cachée, dirige la Maison Blanche. Souvenez-vous : Wolfowitz (J), Richard Perle (J), John Bolton (pas J, mais pro-J), hahaha, nous le savions ! C’étaient d’ailleurs tous des Likoudniks ! Ce qui expliquait tout. J’eus même la surprise peinée d’entendre un vieil ami, grand intellectuel catholique français, utiliser le terme comme s’il avait eu la moindre vertu explicative. De même, le doyen d’âge (travailliste) de la Chambre des Communes, à Londres, de s’appesantir lourdement sur le fait que Jack Straw, alors ministre des Affaires Etrangères de Tony Blair, avait un grand-père juif. Un “Mischling” dans la terminologie nazie, plus précisément, d’après les lois raciales de Nuremberg, un “Vierteljude”, quart-de-juif, ce qui, admettons-le, my dear boy, était fort alarmant ! Les positions dudit Straw étaient, au reste, strictement en conformité avec la politique de son gouvernement et de son ministère : pro-arabes et anti-israéliennes.

Ajoutons, qu’en 2004, les juifs américains ont voté démocrate (Kerry) à 76 pour cent, et qu’une grande partie des juifs américains qui enseignent à l’université et oeuvrent dans les media sont, à l’unisson de leurs corporations, des gens de gauche. Ils partagent les préjugés de leur caste et sont souvent hostiles à Israël et au sionisme ; il faut ainsi conclure que, premièrement, les Juifs américains, censément principaux soutiens du Lobby juif américain, sont caractérisés par leur opposition à la politique israélienne (celle des « Likoudniks »). Et, d’autre part, que le peuple américain, contre l’avis martelé par une grande partie de ses élites culturelles, Juifs y compris, est israélophile, et le manifeste de multiples façons. Il est évident que cela empêche bien des gens de “pogromer” en rond, et, en tout cas, de flanquer Israël à la fosse aux hyènes. La communauté juive américaine s’oppose largement à George Bush, mais la politique de ce dernier est le fruit d’une conspiration juive… Allez y comprendre quelque chose ! On est vraiment au royaume de l’invisible. Mais le propre des « causalités diaboliques », comme le disait mon regretté maître Léon Poliakov, c’est d’exister hors des causalités réelles, hors des faits et des réalités.

J’assistais, il y a quelques jours, à la remise du Prix « de la Nation reconnaissante » qui porte le nom du grand sénateur démocrate que fut Henry Jackson : élu par l’Etat de Washington, une population à l’époque fortement marquée par les cols bleus syndiqués de l’industrie high-tech. Jackson était un démocrate faucon, un peu comme les sociaux-démocrates atlantistes en Europe, partisan d’une défense forte et d’une politique « reaganienne ». Henry Jackson, surnommé « Scoop », fut co-auteur du fameux amendement qui pénalisait lourdement l’URSS brejnévienne tant que l’émigration des Juifs russes était entravée. Il joua aussi un rôle de premier plan dans le grand mouvement de revers qui, alliant l’Amérique à la Chine, contribua à casser l’URSS. Le prix qui porte son nom est décerné chaque année par le JINSA, le Jewish Institute for National Security Affairs, une organisation qui organise systématiquement des contacts entre militaires américains et israéliens, et qui plaide, depuis trente ans, en faveur d’une vigoureuse politique de défense. On y trouve un grand nombre de généraux et d’amiraux très passionnés. Evidemment, JINSA – j’en suis – a mauvaise réputation à gauche ; qui s’en étonnera ?

Donc, on décernait le prix Henry Jackson. Mais avant de parler du récipiendaire, parlons un instant d’une cérémonie connexe qui se déroula quelques minutes avant son discours. Avant d’honorer un homme politique, JINSA honore des soldats du rang : en l’occurrence, six jeunes soldats et sous-officiers des forces armées américaines, choisis par leurs armes (Marine, Terre, Air, Marine Corps, etc…) reçurent leur Grateful Nation Award pour héroïsme exceptionnel au combat, en Afghanistan, en Irak ou ailleurs. Devant un parterre de près d’un millier de participants, émus aux larmes, un ancien commandant en chef des forces armées lut leurs citations militaires : on reste pantois devant les récits de bravoure et d’intrépidité de ces jeunes gens et jeunes femmes, avec leurs frimousses de bébés et leur calme un peu interloqué qu’on les distingue et qu’on les récompense. Ils furent ovationnés debout par l’assistance.

Puis, pour présenter le récipiendaire du prix, on avait invité son ami, le sénateur Joe Lieberman, ex-Démocrate, réélu comme indépendant, juif orthodoxe, et le général des Marines (CR) Mark Ryan, qui parla des cinq ans et demi de tortures subies au Vietnam par l’heureux élu, le sénateur John McCain. Lequel tient la rampe dans la course à l’investiture républicaine pour les élections présidentielles de 2008.

La profession de foi du sénateur McCain fut vigoureuse, pleine de punch et de foi, et sans équivoque : les Etats-Unis et Israël partagent des valeurs communes au moins autant que des intérêts géopolitiques ; la bataille d’Irak doit être gagnée ; la guerre contre l’Islam radical doit être accentuée. Ce soir-là, McCain gagna la voix d’une majorité des présents. Mais franchement, ce n’est pas ou pas seulement l’ambition de pêcher les voix des électeurs juifs conservateurs qui meut McCain. L’homme, certes, est un habile politicien – nul ne peut prétendre au poste suprême qui ne l’est pas ou ne veut pas l’être – qui sait caresser son public dans le sens du poil. Mais il y a chez lui un véritable engagement, qui lui permet d’aller, quand il le faut, à contre-courant. En l’occurrence, cependant, il est en phase avec l’opinion publique. Le soutien à Israël est dans les mœurs, il est dans le cœur d’une très grande partie du peuple américain. C’est ce qu’il dit quand on veut bien le lui demander.

Ce qui nous laisse avec le vif dissentiment manifesté par les élites politico-intellectuelles : faute de pouvoir se choisir un autre peuple, puisque celui-ci est récalcitrant, elles essaient de manipuler les élus du peuple grâce à des opérations purement médiatiques, telle que la remise du rapport de la récente « Commission Baker-Hamilton ». Qui donc a élu ces gens-là ? Personne, évidemment, mais ils se considèrent de droit sinon divin du moins aristo-surhumain, comme les seuls Elus, seuls habilités à dire et à faire. C’est quand on dérange les manigances feutrées de ces messieurs – « qui s’est permis de marcher sur mes escarpins ? » qu’ils se fâchent – et crient au complot juif. Le travail de la commission, qui n’était pas clandestin mais n’était soumis à aucune obligation de publicité, était celui d’un aréopage aux qualifications peu évidentes. Le frénétique battement médiatique qui précéda et accompagna la sortie de son rapport visait à lui permettre de passer en force, de créer l’événement : l’union des professionnels de la bureaucratie, des média et de la diplomatie devait violenter les élus du peuple, à commencer par le président.

Il est certes tout à fait normal, et même souhaitable, que le débat politique soit enrichi par des comités, des lobbies, des commissions et des groupes d’études ; c’est ainsi que fonctionne la démocratie américaine. Mais cette grossière manipulation allait bien au-delà. Elle voulait se substituer aux organes élus. C’est là, hélas ! pratique courante. N’avons-nous pas entendu rabâcher jusqu’à plus soif cette idée que la plupart des Américains sont trop stupides, ignorants et incurieux du monde extérieur pour pouvoir juger de la politique étrangère ? Je m’amuse toujours d’entendre la gauche bisser et trisser le morceau, puisqu’elle reprend en l’occurrence le vieil argument aristocratique : comment ces rustauds de paysans et ces illettrés de travailleurs manuels pourraient-ils saisir ces questions-là ? Comme si le jugement politique ne relevait pas, fondamentalement, de l’ordre de la moralité avant d’être d’ordre intellectuel ! Comme l’a dit si cruellement George Orwell : « Pour croire des choses comme ça, il faut être un intellectuel : nul homme normal ne pourrait être aussi stupide. ».

Ce déni de la notion même de citoyen, c’est la gauche contre la démocratie ; mais la gauche n’est-elle pas, depuis longtemps, majoritairement, favorable aux tyrans “confiscateurs” de pouvoir, pourvu qu’ils respectent ses propres surexcitations idéologiques ? Malgré ses affligeantes compromissions avec le communisme stalinien, l’écrivain Bertold Brecht avait saisi la balle au bond lorsqu’il conseilla, en 1953, au politburo est-allemand d’ « élire un autre peuple » puisque le peuple réel ne plaisait plus au politburo. La Gauche a besoin d’un peuple mythique ou mythifié, elle honnit le regrettable peuple américain, qui rejette la lutte des classes, va à l’église le dimanche, vote souvent républicain. Le peuple tel qu’on le vénère chez Michelet, bravo ! Le peuple réel, pouah !

Et ce fichu peuple américain, forfait pendable, est plutôt pro-israélien ! Pour citer M. Joseph Prud’homme, « quand les bornes sont franchies, il n’y a plus de limites. » Pis, la « droite évangélique » ou « droite chrétienne », têtes de Turc (si l’on peut dire) favorites de la gauche laïcarde et de la droite mollassonne et comme il faut, sont le plus passionnément favorables à l’Etat hébreu. C’est le comble ! Il faudrait décidément dissoudre le peuple américain afin de le remplacer par la Commission Baker, appuyée par le corps professoral de Harvard, les journalistes de CNN et du New York Times, et les histrions engagés d’Hollywood, sous la houlette nobiliaire de John Kerry sans doute. A la bonne heure, ce serait un peuple américain “tel qu’on l’aime”, et qui pense comme nous ! Il ne manquera plus à l’idylle que de recycler tous les Israéliens en copie conforme de Yossi Beilin, et ce jour-là, le monde, purgé des commanditaires du Lobby et des va-t’en-guerre néo-conservateurs, connaîtra enfin le bonheur, à commencer par un Moyen Orient pacifié, épanoui et prospère.

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One Response to Conspirationnisme: Réflexions sur le complot juif (Dissolve the pro-Israel American people)

  1. […] les "plumes universitaires distinguées" de Harvard et Chicago combinés veillaient et l’ont enfin restituée à l’humanité tout […]

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