Elections 2007: L’arme fatale des champions de l’immobilisme (« Call me Sarkozy the American »)

Sarkozy l'AmericainCertains m’appellent l’Américain. J’en suis fier … Je partage beaucoup de valeurs américaines. Nicolas Sarkozy (Congrès juif mondial, 24/6/04)
Le libéralisme, ce serait aussi désastreux que le communisme. Jacques Chirac (Le Figaro, 16 mars 2005)
Nous n’avons pas besoin à la tête de l’Etat de quelqu’un qui se fixe comme programme d’être le futur caniche du président des Etats-Unis. Laurent Fabius
Sarkozy couché comme un chiot devant son maître … Henri Emmanuelli
Sarkozy fait une campagne à la Hollywood.
Le Pen

Sarkozy est le candidat des Etats-Unis. Il ferait mieux de ne pas trop le dire…

Pierre Messmer
Nicolas Sarkozy parle avec un accent nouveau à l’Amérique. Il n’y a pas chez lui ce classique réflexe antiaméricain de la plupart des hommes politiques français. A l’inverse de Villepin, il dit qu’on ne se bâtit pas contre les Etats-Unis, mais à côté d’eux.» Sarkozy a «pris un risque réel en refusant de jouer sur les penchants antiaméricains de l’opinion publique. Dominique Moïsi

A l’heure où, comme le démontrent (en un unanimisme rappelant étrangement un certain printemps 2003) les piques à présent quotidiennes du squatter actuel de l’Elysée et cette sortie aujourd’hui dans Libération d’un argumentaire de campagne du PS, les champions de l’immobilisme se coalisent et fourbissent leur arme fatale, à savoir l’accusation d’américanophilie (A quand les diatribes vichyssoises contre le « Mur de l’argent anglo-saxon » ou, Sarkozy et certains de ses conseillers ne faisant pas mystère de leurs origines, contre… « la ploutocratie juivo-américaine » ?).

Et où leur cible désignée est elle-même tentée de remballer ses ambitions de « rupture« , il faut relire ces paroles fortes qui avaient un temps fait rêver et espérer ceux qui voulaient croire à nouveau que la France pouvait redevenir ce qu’elle avait été un jour: « un phare pour l’humanité ».

La France doit porter des valeurs universelles, et la seule façon de les porter, c’est de les faire vivre. La France ne peut pas rester silencieuse quand un massacre est commis dans le monde. Que ce soit au Darfour, au Rwanda, en Tchétchénie, au Tibet. Ce n’est pas faire de l’ingérence dans les affaires des autres pays que de défendre des principes universels! Ce n’est pas donner des leçons de morale ou déterminer ce qui est le Bien, ce qui est le Mal, que de défendre des valeurs universelles. Et parmi ces valeurs universelles, il y a le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, et le nécessaire respect des droits de l’homme. Que la France doive parler, ce n’est pas un droit, c’est un devoir. Le silence n’est ni plus ni moins que de la complicité. Il faut dire la vérité à un certain nombre de pays, sans pour autant se fâcher avec eux. Le rôle d’un ami, c’est de dire les choses telles qu’elles sont. Je ne peux pas accepter qu’au prétexte d’avoir de bons rapports avec la Chine ou avec la Russie, on s’abstienne de dire ce que l’on pense à propos de références universelles qui ont fait la place de notre pays à travers le monde comme le statut des prisonniers, le refus du travail des enfants, le respect des croyances ou la liberté de réunion. Si la France veut continuer à être un phare pour l’humanité, elle doit continuer à parler. Si elle se tait, c’est le phare qui s’éteint.
Il y a en effet le combat des démocraties contre des organisations terroristes qui menacent la stabilité internationale, la paix et les droits fondamentaux. Ces entreprises terroristes utilisent la religion comme vecteur de leur haine de la démocratie, de la liberté, de la modernité et de l’égalité entre hommes et femmes. Ces gens sont en quelque sorte les héritiers de tous les ennemis de la liberté qui ont peuplé l’histoire du monde. Ils sont aujourd’hui issus du monde musulman, et je pense que les musulmans du monde entier devraient se sentir agressés par l’exploitation de leur religion à des fins criminelles et barbares. /…/ la communauté internationale doit aussi s’impliquer avec une plus grande détermination dans tous les pays minés par les opérations de groupes terroristes. C’est le cas en Afghanistan et en Irak mais aussi, il ne faudrait pas l’oublier, en Somalie et au Darfour. Nous le devons à ces pays et à leurs populations. Nous le devons à nous-mêmes aussi, car nous devons éviter que ces régions deviennent des sanctuaires pour terroristes, voire des soutiens actifs à leurs actions dans le monde.
Au pire de la confrontation politique entre la France et les États-Unis sur l’affaire de l’Irak, nos services secrets travaillaient tous les jours ensemble. Je suis bien placé pour le dire, j’étais ministre de l’Intérieur. Notre collaboration était parfaite. D’ailleurs, nos adversaires sont les mêmes, car Ben Laden vise New York comme il pourrait viser Paris. Quand ça saute à Atocha, ça pourrait sauter à Austerlitz. Quand ça flambe à Londres, ça peut flamber à Paris. Les terroristes veulent abattre les démocraties. Ces dernières doivent être solidaires.
depuis la Shoah, la question de l’existence d’Israël est une question qui se pose à tous les pays du monde, à tous les pays démocratiques, et particulièrement aux pays européens parce que la Shoah a eu lieu en Europe, parce que ce sont des Européens qui ont été responsables de la Shoah.
[Le Hezbollah est-il un mouvement terroriste ?] Oui. L’attitude qui consiste à envoyer des roquettes sur le nord d’Israël sans se demander sur qui vont tomber ces roquettes est une opération terroriste. Accepter d’être financé par l’Iran dont on sait ce que disent ses dirigeants revient à se situer dans le camp des terroristes.
Le droit à la sécurité pour Israël est un droit sur lequel on ne peut pas transiger. Israël est une démocratie. Israël est né dans les conditions que l’on sait. C’est une responsabilité essentielle, pour tous les pays libres, d’assurer sa survie.
Il est temps d’en finir avec les malentendus franco-américains. Nous partageons des valeurs communes. Nous sommes engagés ensemble dans la lutte contre le terrorisme. Ce qui s’est passé à New York le 11 septembre 2001 aurait pu se passer à Paris. Cet ensemble constitue notre socle commun. Il est essentiel.

Voir aussi:

Un «néoconservateur américain à passeport français»
«Libération» s’est procuré l’enquête du PS. Extraits.
Libération
Le 9 janvier 2007

En 106 pages fouillées, l’étude décrypte l’action de Nicolas Sarkozy à Bercy comme à Beauvau, son projet de candidat à l’Elysée et, surtout, le fondements idéologiques du dessein d’un «néoconservateur américain à passeport français».

Morceaux choisis.

«L’apologie du modèle communautariste religieux»
«Raviver les sentiments communautaires et la religiosité dans un contexte de progression de l’individualisme permet de substituer à la solidarité nationale des solidarités communautaires, et ainsi de réduire le poids de l’Etat et de la Sécurité sociale dans l’économie. C’est sous cet éclairage que son ouvrage la République, les religions, l’espérance prend toute sa signification. « Je suis convaincu que l’esprit religieux et la pratique religieuse peuvent contribuer à apaiser et à réguler une société de liberté », écrit Sarkozy. Comme aux Etats-Unis, il faut en appeler aux religions pour régler nos problèmes : « Les cadres de l’Eglise en France pourraient susciter une grande réflexion sur la nécessité de construire des synagogues, des églises et des mosquées dans les banlieues. Il est aussi important d’ouvrir des lieux de culte dans les grandes zones urbaines que d’inaugurer des salles de sport, elles-mêmes très utiles ! Ce qui doit nous préoccuper, c’est ce que vont être les idéaux de la jeunesse qui vient. Tous ces jeunes qui ne croient plus à grand-chose, voilà un défi pour toutes les religions ! » Que penser de la connexion entre ce projet et l’ambition de l’Union des organisations islamiques de France de promouvoir l’islam comme un moyen de lutter contre la délinquance ? L’un de ses dirigeants, Amar Lasfar, qui anime la mosquée de Lille, insiste sur ce rôle de pacification des relations sociales qui incomberait à l’islam. Et Farid Abdelkrim, figure emblématique des jeunes musulmans de France, est encore plus explicite : « L’islam, c’est un Kärcher qui permet de nettoyer les comportements les plus tordus qui soient. Avec l’islam, j’ai arrêté de fumer, j’ai arrêté de boire, j’ai arrêté de voler, j’ai respecté mes parents, j’ai voulu faire des études. »»

«Le sécuritaire dangereux et inefficace»
«Le choix du tout répressif débouche sur celui du tout carcéral. Nicolas Sarkozy feint de ne pas « comprendre ce débat sur le nombre de personnes incarcérées : on doit mettre en prison ceux qui le méritent et on ne doit pas mettre en prison ceux qui ne le méritent pas », mais il sait que le recours à l’incarcération est un choix de société. Les Etats-Unis comptent environ 715 détenus pour 100 000 habitants. Un ratio qui leur confère la place de numéro 1, loin devant la Russie (584 détenus). En France, on constate les débuts d’une évolution à l’américaine. Les effectifs des prisons n’ont cessé d’augmenter depuis 2001. Le taux de détention s’établit à environ 100 détenus pour 100 000 habitants, contre 75 en 2000.»
«En novembre 2006, Nicolas Sarkozy répète que, pour lui, « il importe d’ouvrir un débat sur la question des peines minimales pour les délinquants récidivistes coupables d’atteintes aux personnes ». Avec ce projet, il puise directement son inspiration outre-Atlantique. L’illustration la plus emblématique des peines minimales automatiques, dites « peines planchers », est la loi adoptée par l’Etat de Californie en 1994 : elle oblige le juge à prononcer une peine s’échelonnant de vingt-cinq années d’emprisonnement à la perpétuité lorsque la même personne est condamnée pour la troisième fois, et ce quelle que soit la nature des infractions.»

Le clone de Bush
« »Certains en France m’appellent Sarkozy l’Américain. J’en suis fier. Je suis un homme d’action, je fais ce que je dis et j’essaie d’être pragmatique. Je partage beaucoup des valeurs américaines », déclare-t-il en avril 2004 devant le Comité juif américain. […] Lors du début du conflit en Irak, il ne dit rien. Son silence tranche avec la dénonciation par les autorités françaises de la guerre préventive. […] En avril 2004, il s’emploie à donner un faste tout particulier à un déplacement et obtient d’être reçu par Colin Powell et Condoleezza Rice. […] Plus encore qu’aux Américains, il s’identifie au conservatisme de George W. Bush. Il a compris que le libéralisme seul ne lui permettait pas de gagner la présidentielle et qu’il fallait y ajouter, comme Bush l’a fait en 2004, d’autres dimensions : la famille, la sécurité, la religion et le patriotisme. […] Par rapport aux credos traditionnels de la droite anglo-saxonne (méfiance à l’égard de l’Etat, préférence pour la liberté par rapport à l’égalité, nationalisme), cette droite américaine ajoute trois autres caractères novateurs auxquels Sarkozy tente de coller : elle se veut plus optimiste en se différenciant du scepticisme de la droite classique, plus égalitaire, et, enfin, plus populiste et moins élitiste.»

Le voyage aux Etats-Unis du ministre de l’Intérieur a irrité le chef de l’Etat.
Chirac juge «lamentable» l’atlantisme de Sarkozy
Libération
Le 18 septembre 2006

Après de premières paroles aigres-douces pour justifier la présence d Nicolas Sarkozy aux «commémorations» du 11 Septembre, la virée américaine du ministre de l’Intérieur a bel et bien fini par provoquer la colère de Jacques Chirac. Le chef de l’Etat, qui s’envole en fin de matinée pour l’assemblée générale de l’ONU à New York, y a vu la confirmation de ce qu’il redoutait : s’il était amené à lui succéder, le président de l’UMP mettrait un terme à la spécificité française à l’égard des Etats-Unis, au profit d’une vision atlantiste. «Irresponsable», a lancé Chirac mardi à l’un de ses plus anciens collaborateurs, en lui expliquant le «danger pour la France» de la relation transatlantique que Sarkozy a affirmé à Washington vouloir «rebâtir».

«Arrogance».

Le Président et le ministre de l’Intérieur avaient pourtant eu un tête-à-tête dans la semaine précédant le départ de Sarkozy. Mais ce dernier s’était bien gardé de transmettre à l’Elysée le discours qu’il devait prononcer devant la Fondation franco-américaine, dans lequel il a dénoncé «l’arrogance française» et fait la leçon au duo Chirac-Villepin : «Il n’est pas convenable de chercher à mettre ses alliés dans l’embarras ou de donner l’impression de se réjouir de leurs difficultés.» Avant de compléter le réquisitoire contre l’attitude de Paris lors du déclenchement de la guerre en Irak : «Plus jamais nous ne devons faire de nos désaccords une crise.» Des propos que Chirac a qualifié mardi en privé de «lamentables» et de «faute», après avoir, dans un premier temps, déclaré qu’il l’avait «chargé d’être le représentant de la France».

C’est bien deux visions, deux doctrines, qui opposent l’Elysée et Sarkozy sur cette question sensible. «Sans prononcer le mot de rupture, pour ne vexer personne, c’est une musique totalement différente que Nicolas Sarkozy a fait entendre aux Américains. Inutile d’agresser Jacques Chirac. Mais, si on gagne la présidentielle le 6 mai, il sera temps de changer de politique étrangère le 7», assure le député Pierre Lellouche, spécialiste de relations internationales, qui assistait au rendez-vous entre le ministre de l’Intérieur et George Bush. «Ce discours a été très difficile à écrire, car il ne fallait heurter personne, mais ne pas s’autocensurer non plus. Il suffit de le lire pour s’apercevoir qu’il comporte maintes ruptures avec la ligne actuelle», confirme un des collaborateurs du ministre issu du Quai d’Orsay.

Foudres.

Prudent pour ne pas s’attirer les foudres immédiates de Chirac, Sarkozy prépare donc les esprits à un changement de cap radical à l’égard des Etats-Unis. Pour Dominique Moïsi, expert à l’Institut français des relations internationales (Ifri), «Nicolas Sarkozy parle avec un accent nouveau à l’Amérique. Il n’y a pas chez lui ce classique réflexe antiaméricain de la plupart des hommes politiques français. A l’inverse de Villepin, il dit qu’on ne se bâtit pas contre les Etats-Unis, mais à côté d’eux.»

Sur le fond, le président de l’UMP considère que «[la France] ne peut pas se fâcher avec la première puissance du monde, d’autant plus qu’elle partage les mêmes valeurs que nous. Est-ce qu’on continue à se poser en rivaux ou est-ce qu’on s’additionne pour mieux coopérer ?» explique un proche. Le ministre de l’Intérieur déteste, par-dessus tout, la «grandiloquence, les postures et les mises en scène», poursuit le même. Dans son collimateur, le fameux discours de Villepin à l’ONU sur l’Irak de février 2003 et, surtout, la menace de Chirac d’utiliser le droit de veto de la France. «Sarko l’Américain, on l’assume… et puis merde !» tranche Pierre Lellouche.

Pour ne surtout pas polémiquer et étaler ces divergences à quelques jours du discours de Chirac à l’ONU, les diplomates de l’Elysée se sont évertués à minimiser la portée des propos de Sarkozy. A rabaisser, comme l’a fait le ministre des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, le voyage de Sarkozy au rang de simple présence d’un membre du gouvernement à la «commémoration du 11 Septembre». Et tous de souligner, à l’instar de Douste-Blazy, que la rencontre de Sarkozy avec Bush ne traduit «aucune inflexion» de la politique française envers les Etats-Unis. En clair, «seul compte la voix du chef de l’Etat» pour parler à l’Amérique. «Au regard des résultats de notre diplomatie sur le Liban ou de ce que nous avions annoncé sur l’Irak, il n’y a aucune raison de refonder notre relation équilibrée avec Washington», note un diplomate de l’Elysée qui estime que la ligne tenue par l’Elysée depuis 2003 a porté ses fruits.

«Chiot».

Alors que l’opposition frontale avec les Etats-Unis a été un événement fondateur de la carrière de Dominique de Villepin et que la décision de ne pas participer à la guerre en Irak reste la séquence la plus plébiscitée du bilan de Chirac, Sarkozy a «pris un risque réel en refusant de jouer sur les penchants antiaméricains de l’opinion publique», remarque Dominique Moïsi.

L’opposition l’a bien senti. «Nous n’avons pas besoin à la tête de l’Etat de quelqu’un qui se fixe comme programme d’être le futur caniche du président des Etats-Unis», a déclaré Laurent Fabius samedi à Lens, en usant d’une métaphore canine déjà utilisée à l’égard de Tony Blair. Dès jeudi, le député PS des Landes, Henri Emmanuelli, avait, lui, fustigé «Sarkozy couché comme un chiot devant son maître» Bush. Chirac ne doit pas être loin de penser la même chose.
La faute de Sarkozy
Thomas VALLIÈRES
Marianne
23-29 septembre 2006

Le numéro deux du gouvernement a spectaculairement rompu avec la politique étrangère gaulliste poursuivie par Pompidou, Giscard, Mitterrand et Chirac. Explication en six points.

Il y a quelques années, feu Georges Marchais s’était rendu en Union soviétique. Depuis Moscou, il avait approuvé l’intervention russe en Afghanistan. Cela avait fait scandale. Et que répondirent les néostaliniens à ceux qui avaient manifesté leur indignation ? Qu’ils se rendaient coupables d’« antisoviétisme primaire ». Rebelote.

Des voix s’étant élevées pour critiquer les propos de Nicolas Sarkozy choisissant, depuis New York et Washington, l’Amérique de Bush contre la France de Chirac, le député UMP « bushiste » Pierre Lellouche stigmatise leur « anti-américanisme primaire ». D’une imbécillité l’autre ! Mais qu’a dit, ou fait, Nicolas Sarkozy précisément ?

Qu’il se soit rendu aux Etats-Unis, qu’il y ait témoigné sa solidarité à l’égard des victimes du 11 septembre 2001, c’est non seulement son droit, mais c’est une heureuse initiative. Il en a profité (aux frais des contribuables ?) pour mener sa campagne électorale ? Ce n’est franchement pas tragique. Il a fait des pieds et des mains pour avoir sa photo avec Bush ? C’est enfantin et, sans doute, politiquement idiot, mais ce n’est pas scandaleux. En fait, ce sont les « démocrates » américains qui ont été le plus choqués, d’autant que Bush ne reçoit pas ceux qui, tel l’Espagnol Zapatero, ont exprimé la moindre critique à son endroit. Si donc Sarkozy en était resté là, il n’y aurait pas de quoi fouetter un caniche.

Mais voilà, le numéro deux du gouvernement a multiplié les initiatives et les déclarations qui constituent autant de provocations inouïes, et sans précédent, dans l’histoire de la Ve République :

1. Clairement et sans la moindre ambiguïté, il a fait entendre qu’il était hostile, non seulement à la menace française d’opposer son veto à la résolution présentée au Conseil de sécurité pour légaliser la guerre d’Irak, mais également, au discours « grandiloquent » de Dominique de Villepin à l’ONU, qui avait été applaudi par les opinions publiques du monde entier.

2. En insistant, à plusieurs reprises, sur le fait que la France ne devait, sous aucun prétexte, entrer en crise ouverte avec les Etats-Unis, et que s’imposait à elle, dans tous les cas de figure, une totale solidarité à l’égard de son grand allié (quitte à exprimer quelques remarques en coulisses), Sarkozy a fait savoir, en creux, que la France n’aurait pas dû s’opposer publiquement à la guerre d’Irak et qu’en conséquence il s’« aligne », lui, non sur la position de Chirac, mais plutôt sur celle du Britannique Blair, de l’Espagnol Aznar et de l’Italien Berlusconi.

3. Il a été encore plus loin en stigmatisant (et cela toujours depuis le territoire américain) « ceux qui se réjouissent des malheurs de nos partenaires ». Autrement dit, au lieu de reconnaître que les événements ont donné raison à Chirac, donc à la France, il accuse, comme les néoconservateurs de Washington, Chirac et Villepin de s’être réjouis de l’échec américain !

4. Pis ! Devant une assemblée de notables américains, il a critiqué ouvertement son propre pays, dont il a fustigé « l’arrogance » et la tendance à la « grandiloquence » (visant Villepin), sans faire, en revanche, la plus petite allusion à l’arrogance de l’actuelle administration américaine qui est pourtant dénoncée, aujourd’hui, dans le monde entier.

5. Non seulement, donc, Sarkozy, cas quasi unique, s’est démarqué totalement à l’étranger du gouvernement dont il est le numéro deux, et sans être sanctionné (pour moins que cela, Lionel Jospin, après un voyage en Israël et en Palestine, avait été convoqué à l’Élysée pour se faire remonter les bretelles) ; mais, en outre, il s’est livré à une surenchère avec Tony Blair en ce qui concerne le problème du Proche-Orient et avec Bush lui-même en ce qui concerne la crise iranienne. Il a tenu, en prime, sur le Hezbollah, des propos que l’on peut certes approuver, mais qui sont en contradiction avec la position européenne et mettent en danger nos soldats engagés au Liban.

6. En conclusion, et c’est ce qui donne sa dimension considérable à l’événement, Nicolas Sarkozy, depuis le territoire américain, a rompu spectaculairement avec la politique étrangère gaulliste poursuivie par Pompidou, Giscard, Mitterrand et Chirac, remettant même en cause, implicitement, la position du général de Gaulle au moment de la guerre du Vietnam (et, bien sûr, son retrait de l’Otan). « Sarko l’Américain », sous l’influence du député Pierre Lellouche, de l’essayiste Patrick Wajsman (ses conseillers en matière diplomatique) et de quelques intellectuels néoconservateurs français, a abattu ses cartes : il rejoint, en matière de politique étrangère, les positions de Blair, Aznar et Berlusconi.

En soi, ce « coup d’Etat » diplomatique est déjà extraordinaire. Ce qui l’est plus encore, c’est que les grands médias ont (dans un premier temps du moins) choisi d’occulter ce formidable « incident » qui constituera pourtant un élément clé de la future campagne électorale présidentielle.

Comment expliquer cette incroyable initiative de Sarkozy qui risque de lui retomber sur le nez ? Par sa psychologie en partie, mais pas seulement.

Pour le coup, on ne peut pas douter qu’il exprime ainsi une profonde conviction ! Dont acte.

Chirac, Sarkozy et une guerre très civile

Reportage de John Lichfield

The Independent, le 25 novembre 2006
article original : « Chirac, Sarkozy and a very civil war »

Le Président français et celui qui voudrait bien lui succéder sont enfermés dans une lutte à mort, en partie personnelle, en partie politique et au plus haut point pernicieuse.

Tuer le père n’est jamais facile. En particulier si le père se rebiffe. Toutes les luttes de pouvoir sont fascinantes. La lutte entre le Président Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, celui qui voudrait bien lui succéder dans le camp de la droite de la politique française, est élémentaire : elle est oedipienne. Il était une fois, en politique, un père et son fils – ou du moins son beau-fils. Il fut un temps où Sarkozy eut une relation intime – certains disent une relation amoureuse – avec la plus jeune des filles de Chirac, Claude.

Cela fait maintenant 12 ans que Chirac et Sarkozy sont brouillés. Désormais, ils se détestent énergiquement. Et pourtant, Nicolas Sarkozy est toujours l’un des rares hommes politiques que Chirac tutoie. Avec son énergie, son culot, son ambition débridée, son impétuosité et son génie tactique (ou sa stupidité tactique occasionnelle) Sarkozy ressemble à Chirac quand ce dernier était jeune. Mais il y a aussi des différences importantes.

Du moins, Sarkozy semble vouloir FAIRE quelque chose et non pas ÊTRE seulement quelque chose. Cela pourrait faire de lui (s’il est élu), soit un président qui réussit mieux, soit un président plus dangereux. Voilà trois ans qu’il a ôté une à une les sondes alimentaires de « papa » Chirac. Le parti politique de centre-droit, que Chirac a créé comme équipement de survie pour son deuxième mandat présidentiel, a été détourné devant les propres yeux du président et converti en sono géante pour claironner les ambitions du jeune homme (jeune au sens politique).

Durant les cinq prochains mois, dans l’attente que la France élise un nouveau président, les 22 avril et 6 mai prochains, le fils indigne prévoit de reprendre l’ensemble de l’entreprise familiale, sans permission. Pire, il a raconté au monde entier que le vieil homme est un idiot ; que le fils gèrera l’entreprise France très différemment ; qu’il deviendra ami avec les anciens ennemis du vieil homme, les Anglo-Saxons ; qu’il a la vision et les tripes pour moderniser et libéraliser la France, ce dont était dépourvu le vieil homme.

Le Président Chirac aura 74 ans mercredi prochain. Il a passé 40 années sur le devant de la scène politique, avec peu de succès à faire valoir. Sa santé est douteuse. Ces deux dernières années ont été une suite de calamités : le rejet par la France de la constitution européenne qui était surtout l’idée de Chirac ; les émeutes des banlieues ; la défaite dans la rue des plans pour libéraliser la loi relative au travail des jeunes. La température politique de Chirac est en dessous des minima ; son rythme cardiaque de popularité à droite – autrefois fois si vigoureux – se voit à peine sur l’écran (1 % dans un sondage récent).

Chirac peut-il rassembler assez d’énergie, sinon pour rallonger sa vie politique, du moins pour détruire les ambitions de son « fils » détesté, rejeté et turbulent ? Il est clair, depuis de nombreux mois, que Sarkozy, 51 ans [NdT : 52 le 28 janvier prochain], le minuscule ministre de l’intérieur, frénétique et au franc-parler, sera le « Prochain Grand Truc » à droite, sur la scène politique française. Il est clair qu’il sera le principal candidat de la droite dans les élections présidentielles du printemps prochain. Il est tout aussi clair, depuis plusieurs mois, que Chirac fera tout ce qui est en son pouvoir pour ruiner les chances de Sarkozy, même si cela signifie laisser gagner la présidence à la gauche. Ce qui n’est pas tout à fait clair est si Chirac a toujours la force de le faire.

Selon un vieux fidèle chiraquien, quelque chose de nouveau s’est produit, ces derniers jours et semaines, qui a réveillé les espoirs du président et ses instincts pour le combat politique. La victoire écrasante de Ségolène Royal dans la « primaire » socialiste la semaine dernière a semblé être une mauvaise nouvelle pour la droite française. Voici une femme qui attire le soutien de la gauche, du centre et de la droite. Voici une personnalité politique, parce qu’elle est une femme, qui offre un profil « différent » de dirigeant dont la France aspire, sans menacer d’un changement de direction abrupte qui effraye la « France Moyenne ». Le Président Chirac, selon cette source bien-placée, pense que Madame Royal est son aubaine, l’occasion divine – ou socialiste – de sortir de son agonie. Ou au moins de faire couler Sarkozy.

Il s’est convaincu lui-même qu’il peut encore, à 74 ans, sortir comme le seul homme politique à droite capable de réduire les prétentions de Mme Royal. Il pense qu’il revient à un « grand-père » (c’est à dire : lui-même) de remettre à sa place celle qui voudrait être la « mère » de la France.

Tout ceci pourrait bien être le fantasme d’un vieil homme désespéré et revanchard, encouragé par un entourage personnel et politique, terrifié à la sombre perspective de l’ère post-chiraquienne. Ça ne fait rien. Alors que Sarkozy plongera dans les sondages dans les jours qui viennent, ce qui semble possible, les forces de la chiraquie redoubleront d’effort pour le faire chuter. Ils pourront désormais dire qu’ils ne cherchent pas à diviser la droite – que Dieu les en garde ! – mais de la sauver, de Sarkozy et de sa défaite certaine contre Ségolène Royal.

En d’autres termes, le Président Chirac pense que, finalement, son manque de bol pourrait avoir tourné.

Depuis trois ans ou plus, Sarkozy a eu une série extraordinaire de bonne fortune dans sa campagne pour supplanter Chirac. Presque tout est allé dans son sens : la mauvaise santé de Chirac ; la série de désastres politiques de Chirac ; l’effondrement rapide de la popularité du Premier ministre, Dominique de Villepin, adonis et poète-bureaucrate non-élu promu par Chirac il y a deux ans pour entraver le chemin de Sarkozy.

Même la glauque affaire Clearstream – une tentative maladroite, en 2004, par des personnes inconnues de faire passer Sarkozy pour quelqu’un de corrompu – a fini par l’aider. Quelle que soit la vérité dans cette affaire bizarre, beaucoup en France pensent que Chirac et Villepin ont essayé, au strict minimum, d’entretenir des allégations manifestement fausses pour détruire leur collègue et rival. Quelles sont les origines de cette haine vicieuse à la tête du parti de la majorité ? Elles sont en partie politiques, en partie personnelles.

En 1983, Sarkozy, à 28 ans, fut élu comme plus jeune maire de France, dans l’une des communes les plus riches, Neuilly-sur-Seine, un ghetto pour les riches et les puissants entre Paris et les gratte-ciel de la Défense. À partir du milieu des années 80, alors que Chirac était le maire de Paris, juste à côté, et fomentait sa deuxième campagne présidentielle (des quatre qu’il a menées ; deux défaites et deux victoires), le jeune maire de Neuilly devint l’un des plus proches confidents du dirigeant gaulliste d’alors. Il devint, en fait, le confident de tout le clan Chirac. Bien que Sarkozy fût marié, il se compromit amoureusement avec la fille de Chirac, Claude. On dit que la femme de Chirac, Bernadette, le considérait comme le gendre idéal. Au début, cette relation se termina amicalement. Sarkozy fut le témoin de Claude lors de son mariage en 1992 avec un journaliste [NdT : le politologue du Figaro Philippe Habert].

Environ à la même époque, Sarkozy rencontra la femme qui allait devenir sa deuxième femme, Cécilia. L’amitié avec le clan Chirac s’effondra vers 1994 lorsque Sarkozy – alors Ministre du Budget – déclara qu’il allait soutenir Edouard Balladur, le Premier ministre et ancien compagnon de Chirac, dans l’élection présidentielle de 1995.

Jacques Chirac se senti politiquement trahi. Pire, la femme et la fille de Chirac se sentirent personnellement humiliées par quelqu’un qui avait été autorisé à franchir le seuil de l’intimité familiale, une frontière qui est jalousement gardée dans la haute bourgeoisie française. On dit que Bernadette Chirac a fait la remarque suivante : « Quand on pense qu’il nous a vues en chemises de nuit !… »

Mais, en 1995, Sarkozy a soutenu le mauvais cheval. Chirac n’a fait qu’une bouchée de Balladur et est devenu président. Pendant un bon moment, Sarkozy a été banni vers les ténèbres. Il a orchestré, par la cajolerie, son retour à une confiance mitigée et a connu un succès spectaculaire lorsqu’il est devenu le ministre de l’intérieur tonitruant après la réélection de Chirac en 2002. Dans ce qui a semblé être une hâte indécente aux yeux de Chirac – et pas seulement à ses yeux – Sarkozy a usé de sa popularité pour lancer une campagne de facto pour succéder, quatre ans avant la prochaine élection, à son patron.

En jouant sur l’âge de Chirac et un avenir incertain, en ayant le courage et le culot de dévoiler son jeu en premier, Sarkozy a retourné un grand nombre de politiciens et de supporters de base du parti de la majorité, l’UMP, en Chiraco-Sarkozistes et ensuite en Sarkozistes purs et simples. Lorsque Chirac essaya de l’empêcher de devenir président de l’UMP en 2004, il était trop tard. Le soutien pour Sarko dans le parti, créé deux ans auparavant pour idolâtrer Chirac, était trop fort.

Sarkozy a commencé à parler de « rupture » avec 30 années de politique centriste défaillante. En d’autres termes, il a commencé à faire campagne, non seulement contre la gauche, mais contre Chirac – de l’intérieur du gouvernement. Il était trop populaire pour être viré. À la place, lui et ses supporters pensent que les forces de la chiraquie se résument à des sales tours.

Il y eut l’affaire Clearstream : l’accusation bidon que Sarkozy, et d’autres, détenaient des comptes illégaux au Luxembourg. Pire, peut-être, il y eut la fuite délibérée dans la presse, au printemps 2004, de rumeurs – qui se sont avérées exactes – qu’il y avait de sérieux problèmes derrière la façade du mariage puissant apparemment parfait entre Nicolas et Cécilia. Madame Sarkozy s’est enfuie à New York avec un autre homme mais finit par être persuadée de revenir. Sarkozy tient toujours l’entourage de Chirac pour responsable d’avoir, à l’origine, répandu ces rumeurs et d’avoir transformé en crise un conflit domestique. [1]

Dans l’ensemble, cependant, la chance de Sarko a tenu bon. Chirac fut humilié par la défaite au référendum constitutionnel et semblait vieux et dépassé. Il a eu une mini-attaque ou « petit accident vasculaire », ce qui a rappelé à tout le monde que même lui ne pourra pas durer éternellement.

Les émeutes de 2005 auraient pu faire du tort à Sarkozy. C’est certainement ce qu’espérait l’Elysée. Le langage abrupt du Ministre de l’Intérieur – décrivant les bandes de jeunes des banlieues comme des racailles – avait contribué à faire monter la colère dans les banlieues abandonnées et mécontentes. En fait, après les émeutes, le ministre de l’intérieur était vu par de nombreux électeurs blancs de la classe moyenne comme leur meilleure protection contre la violence des banlieues. La popularité de Sarkozy a continué de monter.

Ces derniers mois, il y a eu une bataille inconvenante entre le numéro deux du gouvernement français, Sarkozy, et le Président et son Premier ministre. À divers moments, les deux camps ont appelé, ou accepté, une trêve, seulement pour commencer à s’attaquer les uns les autres, quelques jours plus tard, dans des termes à peine voilés.

Le camp Chirac – réduit à seulement environ 50 fidèles parmi les 353 députés UMP – s’est plaint de l’état d’esprit non-démocratique et autoritaire qui règne au sein du parti idolâtrant Sarkozy. Ils ont protesté contre les plans de Sarkozy de tenir la conférence du parti le 14 janvier pour élire le candidat à la présidence. Ceci était, ont-il dit, irrespectueux vis-à-vis du Président Chirac, qui avait fait savoir qu’il ne déciderait pas avant plus tard dans l’année s’il serait ou non candidat. Néanmoins, ces plans ont été confirmés cette semaine.

En septembre, Sarkozy, convaincu que Chirac ne pouvait plus rien contre lui, a ajouté un grave affront à la blessure. Il s’est rendu aux Etats-Unis, a rencontré George Bush et a déversé son dédain sur la réussite la plus fière (certains disent la seule) de Chirac pendant son deuxième mandat : sa résistance à l’invasion anglo-américaine de l’Irak en 2003. Lors d’un discours à New York, Sarkozy a déclaré que, lorsqu’il sera président, il interdirait l’ « arrogance » et la « grandiloquence » comme outils diplomatiques. Il ne permettrait pas que les désaccords avec les alliés « deviennent une crise ». Il n’essayerait pas délibérément d’embarrasser les amis de la France. [2]

Depuis lors, il est devenu clair qu’il n’y aurait pas de réconciliation paternelle à droite : seulement une lutte à mort. Chirac et Villepin refuseront de rejoindre la course aux primaires de l’UMP, qui ont officiellement commencé cette semaine. À la place, on s’attend à ce que l’un des deux ou un autre – il se pourrait que soit Chirac lui-même – monte une campagne indépendante au printemps, offrant une alternative à « Sarko » et à « Ségo ». Bien sûr, une telle stratégie risque de diviser la droite et d’offrir la victoire à Ségolène Royal. Cela fait aussi courir le risque de permettre au vieux routier de l’extrême droite, Jean-Marie Le Pen, de s’immiscer entre les deux candidats, pour le deuxième tour, devant Sarkozy ou tout autre candidat de la droite majoritaire.

Si Chirac est incapable de rester lui-même au pouvoir, il accueillerait allègrement Royal comme présidente. À part toute autre considération, il a une peur bleue d’être poursuivi pour ses irrégularités financières alléguées, dans les années 90, une fois qu’il aura perdu son immunité présidentielle.

Chirac soupçonne que Sarkozy pourrait encourager une telle enquête, comme acte final du parricide. En tant que présidente, Royal aurait d’autres choses à se préoccuper.

Que ce soit réaliste ou non – très certainement non – Chirac et ses conseillers se sont auto-convaincus que le président pourrait encore être capable de saisir un troisième mandat. Ils sont convaincus que Sarkozy est fragile émotionnellement ; qu’ils peuvent le harceler jusqu’à ce qu’il fasse une erreur épouvantable. Une performance nerveuse de « Sarko » aux actualités télé cette semaine n’a rien fait pour les décourager.

Si les sondages du jeune homme commencent à plonger sérieusement, si Royal semble certaine de l’emporter, ils pensent que la chance du président arrivera. Les électeurs de droite, la France dans son ensemble, se tourneront en désespoir de cause vers le grand-père pour sortir du foutoir que le vieil homme a largement créé. Dans tous les cas, vaincre le fils, pas la mère, est ce qui importe le plus.

© 2006 Independent News and Media Limited / Traduction [JFG-QuestionsCritiques]

Notes :

_______________________

[1] Le grand spectacle de l’investiture de Sarkozy, comme président de l’UMP, au Bourget, avait été mis en scène par Richard Attias, président de Publicis World Events, le 28 novembre 2004. Ce serait ce soir-là que Cécilia Sarkozy et Richard Attias auraient échangé les premiers regards tendres et l’idylle se serait nouée. Pendant que monsieur sillonnait la France pour défendre le oui au référendum sur la Constitution européenne, madame en avait profité pour faire ses bagages et quitter le domicile conjugal.

Pendant longtemps, l’entourage de Sarkozy a dit que Cécilia ne reviendrait pas. Elle était éperdument amoureuse de cet homme qui connaît tous les grands de la planète, Nelson Mandela, Bill Clinton, Richard Gere ou encore Quincy Jones, et qui organise depuis 1996 le Forum de Davos pour tout ce qui touche aux infrastructures et à la logistique.

Elle avait demandé le divorce d’avec Nicolas, ce qui avait mis ce dernier hors de lui. Mais Cécilia avait des arguments de taille pour que Sarko flanche: les preuves des multiples infidélités de Nicolas durant les dix-neuf années qu’a duré leur relation. Le ton est monté, et Mme Sarkozy prit la porte pour rejoindre son amant en Jordanie, pour le Forum économique de Petra.

Les pressions exercées par Nicolas Sarkozy pour faire revenir sa femme ont, dans un premier temps, été sans effet. Toutefois, les multiples « menaces » dont aurait fait l’objet Richard Attias, devenu alors persona non grata sur le sol français, auraient fini par avoir eu raison du rival et Cécilia est finalement revenue au domicile conjugal.

[2] On se souviendra notamment du discours de Sarkozy qui commençait en ces termes : « Call me Sarkozy the American » [Appelez-moi Sarkozy l’Américain !]. Quant à la grandiloquence que Sarkozy voudrait bannir de la diplomatie française, il faut y voir une référence au fameux discours de Dominique de Villepin au Conseil de Sécurité de l’Onu, contre la guerre d’Irak.

Chirac, Sarkozy and a very civil war

The French President and his would-be successor are locked in a struggle to the death that is partly personal, partly political and utterly poisonous
John Lichfield reports
Published: 25 November 2006

To kill the father is never easy. Especially if the father fights back. All power struggles are fascinating. The struggle between President Jacques Chirac and Nicolas Sarkozy, his would-be successor on the right side of French politics, is elemental; Oedipal. They were once political father and son, or at least son-in-law. Sarkozy once had a close relationship – some say a love affair – with Chirac’s younger daughter, Claude.

Chirac and Sarkozy fell out 12 years ago. They now vigorously detest one another. And yet Nicolas Sarkozy is still one of the few politicians whom Chirac addresses as tu rather than the formal vous. With his energy, his cheek, his uncloaked ambition, his impetuousness, his tactical brilliance, his occasional tactical stupidity, Sarkozy resembles the young Chirac. There are also important differences.

Sarkozy seems at least to want to DO something; not just to BE something. That may make him a more successful president (if elected) or a more dangerous one. For three years now, he has been cutting away « papa » Chirac’s feeding tubes one by one. The centre-right political party which Chirac created as a life-support system for his second presidential term, has been wheeled away before the president’s eyes and converted into a giant sound system to trumpet the younger man’s ambitions (young in French political terms anyway).

During the next five months, before France votes for a new president on 22 April and 6 May, the estranged son plans to take over the whole of the family business without permission. Worse than that, he has been telling the world that the old man is a fool; that the son will run France plc very differently; that he will make friends with the old man’s old enemies, les Anglo-Saxons; that he has the vision and the guts to modernise and liberalise France that the old man has always lacked.

President Chirac is 74 next Wednesday. He has spent 40 years in frontline politics with few successes to show for it. His health is doubtful. The last couple of years have been a chain of calamities: the rejection by France of a European constitution which was mostly Chirac’s idea; the suburban riots; the defeat on the streets of plans to liberalise French job law for the young. Chirac’s political temperature is below the chart; his heartbeat of popularity on the right – once so vigorous – barely shows on the monitor (1 per cent in a recent poll).

Can Chirac summon enough energy, if not to extend his political life, at least to destroy the ambitions of his turbulent, rejected and detested « son »? It has been clear for many months that Sarkozy, 51, the diminutive, frenetic, plain-talking Interior Minister, will be the Next Big Thing on the right side of French politics. It has been clear that he will be the main centre-right candidate in next spring’s presidential election. It has also been clear for many months that Chirac would do all in his power to wreck Sarkozy’s chances, even if that meant letting in a left-wing president. What has been unclear is whether Chirac still had the strength to do so.

In the past few weeks and days, something new has happened to awake the President’s hopes and his instincts for political combat, according to a senior Chiraquian loyalist. The crushing victory of Ségolène Royal in the Socialist « primary » a week ago seemed to be bad news for the French right. Here was a woman who was attracting support from left, right and centre. Here was a politician, who because she was a woman, offered the « different » kind of leader which France craved, without threatening the abrupt change of direction feared by « Middle France ». President Chirac, according to the senior source, believes that Mme Royal is his God-sent, or Socialist-sent, opportunity to spring from his death bed. Or at least to scupper Sarkozy.

He has convinced himself that he can yet, at 74, emerge as the only politician on the right capable of deflating Royal’s pretensions. He believes that it takes a « grandfather » (ie himself) to put France’s would-be « mother » in her place.

All of this may well be the fantasy of a desperate and vengeful old man, encouraged by a personal and political entourage, terrified by their bleak prospects in the post-Chirac era. No matter. As Sarkozy sinks in the polls in coming days, as seems possible, the forces of Chiraquie will redouble their efforts to drag him down. They will now be able to say that they are not seeking to divide the right – heaven forbid! – but to save it, from Sarkozy and from his certain defeat by Ségolène Royal.

In other words, President Chirac believes that, finally, his rotten luck may have changed.

For three years or more Sarkozy has had an extraordinary run of fortune in his campaign to supplant Chirac. Almost everything has gone his way: Chirac’s poor health; the President’s series of political disasters; the rapid collapse in popularity of the Prime Minister, Dominique de Villepin, the handsome, unelected bureaucrat-poet promoted by Chirac two years ago to bar Sarkozy’s way.

Even the murky Clearstream affair – a clumsy attempt by persons unknown in 2004 to smear Sarkozy as financially corrupt – ended up helping him. Whatever the truth of this bizarre affair, many in France believe that Chirac and Villepin tried, at the very least, to foster obviously false allegations in order to destroy their colleague and rival. What are the origins of these poisonous hatreds at the top of the French governing party? They are partly political; partly deeply personal.

In 1983, Sarkozy, at the age of 28, was elected the youngest mayor in France, in one of the richest communes in France, Neuilly-sur-Seine, a ghetto for the wealthy and powerful between Paris proper and the skyscrapers of La Défense.

By the mid-1980s, when Chirac was Mayor of Paris next door and plotting the second of his four presidential campaigns (two defeats, two victories), the young Mayor of Neuilly became one of the then Gaullist leader’s closest confidants. He became, in fact, a confidant of the entire Chirac clan. Although Sarkozy was married, he became romantically entangled with Chirac’s daughter, Claude. Chirac’s wife, Bernardette, is said to have regarded him as the perfect son-in-law. The relationship ended amicably enough, at first. Sarkozy was a witness at Claude’s wedding to a journalist in 1992.

At about the same time, Sarkozy met the woman who was to become his second wife, Cecilia. The friendship with the Chirac clan collapsed circa 1994 when Sarkozy – then Budget Minister – let it be known that he was going to support Edouard Balladur, the Prime Minister and former Chirac acolyte, in the 1995 presidential election.

Jacques Chirac felt politically betrayed. Worse, Chirac’s wife and daughter felt personally humiliated by someone who had been allowed to cross the threshold of family intimacy, a frontier which is jealously guarded in high bourgeois France. Bernardette Chirac is said to have remarked: « And to think, he has seen us in our night-clothes … »

But Sarkozy backed the wrong horse in 1995. Chirac saw off Balladur and became President. For a while, Sarkozy was banished to outer darkness. He wheedled his way back into semi-confidence and enjoyed spectacular success when he became a barn-storming interior minister after Chirac’s re-election in 2002. With what seemed indecent haste to Chirac – and not just Chirac – Sarkozy used this popularity to launch a de facto campaign to succeed his boss four years before the next election.

By playing on Chirac’s age and uncertain future, by having the courage and cheek to show his hand first, Sarkozy turned many centre-right politicians and grassroots supporters of the governing party, the Union pour un Mouvement Populaire (UMP) into Chiraquien-Sarkozistes and then Sarkozistes pure and simple. By the time that Chirac tried to stop him from becoming UMP president in 2004, it was too late. Sarko’s support in the party, created two years earlier to idolise Chirac, was too strong.

Sarkozy started to talk of « rupture » with 30 years of failed, centrist policies. In other words, he began to campaign not just against the left but against Chirac – from within the government. He was too popular to fire. Instead, he and his supporters believe the forces of Chiraquie resorted to dirty tricks.

There was the Clearstream affair: a bogus allegation that Sarkozy, and others, had illegal bank accounts in Luxembourg. Worse, perhaps, there was the deliberate leaking to the press in spring 2004 of rumours – which proved correct – that there were serious problems behind the façade of the seemingly perfect power-marriage between Nicolas and Cecilia. Mme Sarkozy ran away to New York with another man but was eventually persuaded to come back. Sarkozy still holds Chirac’s people responsible for spreading the original rumours and turning a domestic rift into a crisis.

Overall, however, Sarko’s luck held. Chirac was humiliated by the EU referendum defeat and made to seem old and out of touch. He had a mini-stroke or « small vascular incident », which reminded everyone that even he could not go on for ever.

The riots in 2005 might have damaged Sarkozy. The Elysée Palace certainly hoped so. The Interior Minister’s rough language – describing suburban youth gangs as racaille (scum) – had helped to raise tempers in the abandoned and disaffected banlieues. In fact, the Interior Minister was seen, post-riots, by many white middle-class voters as their best protection against suburban violence. Sarkozy’s popularity rose again.

In recent months, there has been an unseemly running battle between the number two in the French government, Sarkozy, and the President and Prime Minister. At various times, both sides have called for, or agreed, a truce, only to start assaulting each other in scarcely coded words a few days later.

The Chirac camp – reduced to only 50 or so loyalists among the 353 UMP members of the National Assembly – has complained of the undemocratic, authoritarian, Sarkozy-idolising mood within the party. They protested against Sarkozy’s plans to hold a party conference on 14 January to elect a presidential candidate. This was, they said, disrespectful to President Chirac, who had made it clear that he would not decide whether or not he would run until later in the year. The plans were nonetheless confirmed this week.

In September, Sarkozy, convinced that Chirac could no longer harm him, added deep insult to injury. He went to the United States, met George Bush and poured scorn on Chirac’s proudest (and some say only) achievement in his second term: his resistance to the American-British invasion of Iraq in 2003. In a speech in New York, Sarkozy said that, when he was President, he would ban « arrogance » and « grandiloquence » as diplomatic tools. He would not allow disagreements with allies to « become a crisis ». He would not try deliberately to embarrass France’s friends.

Since then, it has been clear that there could be no paternal reconciliation on the centre-right: only a struggle to the death. Chirac and Villepin will refuse to join the UMP primary race, which officially started this week. Instead, one or other of them – conceivably now President Chirac himself – is expected to mount an independent campaign in the spring, offering an alternative to « Sarko » and « Ségo ». Of course, such a strategy risks splitting the centre-right and handing victory to Royal. It runs the risk of letting the veteran far-right leader Jean-Marie Le Pen into the two-candidate, second round of the election, ahead of Sarkozy or any other candidate of the mainstream right.

If Chirac is unable to continue in office himself, he would cheerfully welcome a president Royal. Apart from anything else, he has a nagging fear of prosecution for his alleged financial irregularities in the 1990s once he loses presidential immunity.

Chirac suspects that Sarkozy might encourage such an investigation, as final act of patricide. As president, Royal would have other things to worry about.

Realistically or not – almost certainly not – Chirac and his advisers have convinced themselves that the President may yet be able to grasp a third term. They are convinced that Sarkozy is emotionally fragile; that they can chivvy him into some kind of dreadful error. A nervy « Sarko » performance on the TV news this week did nothing to discourage them.

If the younger man’s poll ratings start to drop dramatically, if Royal seems certain to win, they believe that the President’s chance will come. Centre-right voters, France as a whole, will yet turn desperately to the grandpère to sort out the mess that the old man has largely created. In any case, defeating the son, not the mother, is what matters most.

JF Cadier
Europe 1
Samedi 16 septembre 2006

Secouez moi, secouez moi. Cela secoue pas mal cette semaine dans la presse anglo-saxonne. En couverture de Time magazine (15/09) une photo de Ségolène Royal avec ce titre: « Ségolène Royal secoue la France ». Dans le Herald Tribune (13/09) on parle cette semaine de Nicolas Sarkozy « le gars qui veut secouer le pays le plus conservateur d’Europe à savoir la France ». Le voyage de Nicolas Sarkozy aux Etats-Unis a évidemment attiré l’attention et en particulier sa rencontre avec le président Bush, « un événement exceptionnel » nous explique le New York Times (13/09) car en principe « le Président américain ne reçoit pas les simples ministres ». Le New York Times qui fait observer que Jacques Chirac lui attend depuis cinq ans d’être invité à la Maison Blanche. Le journal de New York écrit : « le but de la rencontre était de récompenser Sarkozy pour ses prises de positions pro-américaines ». Nicolas Sarkozy est un « pro-américain sans état d’âme », écrit le Washington Post (13/09) « il tient un discours qui pourrait être tenu par un membre de l’équipe Bush ». « Pour lui le surnom Sarko l’Américain n’est pas une insulte, poursuit le New York Times (13/09), c’est un honneur »… « Apparemment ce n’est pas comme ça qu’il va gagner des voix en France », écrit le Herald Tribune (15/09) dans un article intitulé « Sarkozy le franc tireur ». « Et pourtant Sarko connaît ses électeurs, écrit le Herald Tribune, et il sait que les Français même s’ils méprisent le cow-boy de la Maison Blanche sont fascinés par l’Amérique et qu’ils admirent en secret la liberté et la flexibilité du modèle américain »… «en résumé, poursuit le Herald Tribune, Sarkozy joue les franc-tireurs parce qu’il sait qu’après onze années de chiraquisme, la France est peut-être à la recherche de son propre cow-boy ». Dans ce même Herald Tribune (13/09) Roger Cohen ne fait pas dans la mesure : « Il n’a pas fait les grandes écoles, Sarkozy est un fils d’immigré, un improvisateur, un vendeur, un bateleur, il est un missile puissant braqué sur le cœur de la France pompeuse ». Pour la petite histoire le New York Times (13/09) nous raconte que Nicolas Sarkozy « voulait tellement charmer ses interlocuteurs américains qu’il a essayé de parler anglais ». Au chef des pompiers de New York il aurait dit : « je cours ce matin dans Central Park with T shirt firefighters » littéralement avec des pompiers T shirts »… « Wonderful, excellent » a paraît il répondu le chef des pompiers. Et pendant ce temps Ségolène Royal fait donc la couverture de Time magazine édition européenne (15/09) avec un grand portrait intitulé « où sont passés les costumes gris ? »… « Sa féminité est la clé de son succès écrit le magazine américain, dans un pays comme la France qui est si attaché à honorer et à soutenir ses femmes il y a longtemps que l’une d’entre elles aurait dû accéder à la fonction suprême ». Ségolène Royal présentée comme l’alternative aux costumes gris c’est-à-dire au monde des politiciens mâles. « Elle n’est pas triste écrit le Time, elle n’est pas laide, elle n’est pas ennuyeuse et comme ces messieurs les politiciens gris vont bientôt pouvoir le découvrir ce n’est pas une faible femme ». Le Financial Times (13/09) s’étonne lui que Ségolène Royal ait annulé à la dernière minute deux conférences de presse lors de son passage à Bruxelles. « Pourquoi cette timidité demande le Financial Times ? Peut être parce que tout ce qu’elle peut dire sur l’Europe est susceptible de diviser le parti socialiste, ou peut-être parce qu’elle ne sait pas encore ce qu’elle va dire ». Autre sujet retenu par la presse anglo-saxonne : la nomination d’un ancien conseiller de Jacques Chirac comme procureur général de Paris. « C’est lui qui décidera si l’on engage des poursuites contre Chirac lorsqu’il redeviendra simple citoyen » explique le Time magazine (15/09) qui ajoute : « en France il est bien connu que le cynisme politique suscite autant d’admiration que de réprobation mais la tolérance des Français pour ce genre de comportement est peut-être en train d’atteindre ses limites ». Dans le Financial Times (11/09) un hommage aux écoles de commerce françaises. Parmi les sept meilleures écoles de commerce en Europe il y en a six qui sont françaises. Enfin le poids des cartables pour les écoliers français dénoncé par le correspondant du Times (13/09) à Paris, lui-même parent d’élève. « En France les cartables sont plus lourds qu’ailleurs parce qu’il y a beaucoup de devoir écrit-il, parce que l’enseignement est toujours basé sur l’écrit et parce que les écoles refusent de fournir des placards aux élèves »… « Et c’est ainsi, écrit le journaliste anglais, que l’on voit dans les rues de France toutes ces petites silhouettes courbées titubant vers l’école avec sur leur dos l’équivalent en poids de plusieurs briques ».

3 Responses to Elections 2007: L’arme fatale des champions de l’immobilisme (« Call me Sarkozy the American »)

  1. […] l’on découvre que le ministre de l’Intérieur de Sarko l’Américain est en fait (mais bon sang mais c’est bien sûr!) … un sous-marin de […]

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  2. […] m’appellent l’Américain. J’en suis fier … Je partage beaucoup de valeurs américaines. Nicolas Sarkozy (Congrès juif mondial, […]

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