Société: L’autre exception française de l’antilibéralisme (No free entreprise, please, we’re French!)

12 décembre, 2006

Bové palestinien

Le libéralisme, ce serait aussi désastreux que le communisme. Jacques Chirac (Le Figaro, le 16 mars 2005)
La mort du communisme soviétique n’a pas entraîné la fin d’un imaginaire social et politique (…) L’absence d’une critique radicale du communisme dans la gauche socialiste a favorisé sa survie. Philippe Raynaud

A l’heure où on fête les 15 ans de l’enterrement du communisme en URSS, un petit village gaulois résiste vaillamment …

A la question: « Le système de libre entreprise et de l’économie de marché est-il le meilleur pour l’avenir ? » les Français sont seuls à répondre en majorité par la négative (36 % pour, 50 % contre)

Le délire antilibéral
Claude Imbert
Le Point
Le 19/10/06

La France est le seul pays d’Occident où le mot « libéral » porte, dans un large public, sinon l’aversion, du moins l’opprobre. Comme si nous ne vivions pas dans une démocratie libérale et de libre marché. Certes, tous ceux qui, comme Jacques Chirac, vitupèrent le libéral ne font que dénoncer une confiance excessive dans les vertus du marché : ils ne songent pas pour autant à changer de régime. Reste qu’on ne cède pas sans imprudence à l’antilibéralisme compulsif. Il installe dans l’esprit public un refus consistant de l’économie moderne. Il ne fait pas de la France une démocratie pacifiée.

Il existe, chez nous, à l’extrême gauche, un quarteron minoritaire de petits partis toujours dopés à l’utopie révolutionnaire. Du moins reste-t-elle utopique. L’ennui, c’est qu’au-delà de ce noyau s’élargit une culture anticapitaliste, voire antilibérale, qui plombe notre démocratie.

En y rêvant d’un autre monde, on s’y détourne du nôtre, on s’en écarte dans l’incivisme, l’abstention, dans le harcèlement de ses valeurs. Cheminant sous la phobie du libéralisme et de la dictature des marchés, la rumination court toujours, sinon d’un changement radical, du moins d’une évasion hors des consensus démocratiques. Résister à la jungle du marché ? Rien de plus légitime ! Mais le délire antilibéral passe, chez nous, la mesure. Il exerce « un pouvoir d’influence rhétorique, voire théorique (1) » inquiétant.

Sa fièvre aura nourri le non référendaire à une Europe que nous avons voulue, en effet, libérale. A la question : « Le système de libre entreprise et de l’économie de marché est-il le meilleur pour l’avenir ? » les Français sont seuls à répondre en majorité par la négative (36 % pour, 50 % contre) (2). Sans commentaire !

Le 10 % électoral de l’ultragauche suffit à peser sur un Parti socialiste encore incertain de ses frontières idéologiques. A l’exception d’un Strauss-Kahn et, semble-t-il, d’une Ségolène Royal, combien de sociaux-démocrates craignent encore de passer pour ces social-traîtres que dénonçait jadis le Parti communiste ? Combien songent, tel Fabius, à rameuter contre le loup-garou libéral les vestiges du Programme commun ? Et parmi les Buffet, Laguiller et autres Besancenot, combien pensent encore que la catastrophe du communisme – ses millions de morts, son massacre des libertés, sa stérilité économique – ne doit être imputée… qu’à quelques erreurs regrettables de Lénine et de Staline ? A leurs yeux, le ver n’était pas dans le fruit de l’équarrissage égalitaire : ils gardent l’illusion d’un équarrissage vertueux…

L’altermondialisme relaie leurs illusions. En son sein, et à côté d’un courant réformiste, monte une dénonciation anarchique de la pensée unique : elle attaque le logiciel, en effet unique, des démocraties libérales. Des soixante-huitards repentis conservent de leur adolescence une fronde effervescente contre le capitalisme anglo-saxon, la Banque mondiale, le FMI… Ils montrent pour des dictatures à la cubaine d’insolites faveurs pourvu qu’elles bouffent du Yankee…

Un José Bové – Astérix du terroir mais altermondialiste militant – embobine des foules de gogos. Le facteur Besancenot distribue chez les âmes simples le courrier du coeur d’une contestation radicale. Enfin, des intellectuels entretiennent la même antienne dans un monde enseignant où le passé de l’illusion marxiste a du mal à passer.

Le relais médiatique qui leur est généreusement accordé continue d’infuser une culture populiste antilibérale qui envahit la gauche. Elle gagne aussi, à travers le souverainisme protectionniste, plusieurs territoires de la droite. Enfin, chacun ressent que la pénétration de cette contestation dans le monde syndical durcit les luttes et ravage les concertations nécessaires du dialogue social.

Il en résulte une intensité de l’opposition aux réformes, celles qu’ont entreprises ou achevées tous nos voisins européens. Et, bien sûr, ceux de l’Europe du Nord, où une protection sociale élevée n’a pas aboli le souci de compétitivité.

Notre exception française tire sa lointaine origine de plusieurs traits profonds de la culture nationale. « La mort du communisme soviétique, écrit Philippe Raynaud, n’a pas entraîné la fin d’un imaginaire social et politique », qui doit beaucoup à la passion antilibérale… « L’absence d’une critique radicale du communisme dans la gauche socialiste a favorisé sa survie… »

Ajoutons que la droite française, en invoquant, par dérobade, et pour ses réformes, les contraintes diabolisées de l’Europe libérale, aura réveillé un protectionnisme à terme désastreux.

En un mot comme en cent, la phobie antilibérale vieillit et isole la France. Nos hommes d’Etat le savent. Mais ils en ont peur.

1. « L’extrême gauche plurielle », de Philippe Raynaud (Autrement). 2. Enquête Globescan dans 22 pays.

© le point 19/10/06 – N°1779 –


Désinformation: Retour sur Dir-Yassine, le Jénine de 1948 (Deir Yassin: What do you call a massacre that starts with a loudspeaker and ends with civilians lying on the ground with guns in their hands ?)

9 décembre, 2006
https://i0.wp.com/www.crankycritic.com/archive10/posters/ojerusalem.jpg– Vous avez lu Le Coran? C’est très beau. Ce n’est pas un livre de violence.
– Dieu ne veut pas la guerre …
O Jérusalem (dialogue du film, 2006)
La Haganah, l’armée officieuse, et l’Irgoun, formation dissidente, avaient lancé l’opération « Nakhson », pour libérer la route par l’occupation des principaux villages arabes qui la barraient. L’un, Kastel, avait été pris, perdu et repris par la Haganah à plusieurs reprises. (…) L’Irgoun avait décidé de prendre Dir-Yassine, par où passaient les armes et les combattants qui s’attaquaient aux convois. (…) Que se passa-t-il maintenant sur le terrain ? Des soldats appartenant aux « unités irrégulières » de la Ligue arabe étaient mélés aux habitants du village selon une tactique bien observée ces temps-ci en Irak : il s’agit de se servir de la population civile comme boucliers, quitte à ce que celle-ci en fasse les frais, puisqu’il est bien difficile par la suite de trier sans faire de bavures. (…) les Arabes avaient opposé aux hauts-parleurs une ruse de guerre. La garnison irakienne et palestinienne avait accroché aux premières maisons du village des drapeaux blancs. Quand l’avant-garde de l’Irgoun s’avança pour occuper ce village qu’elle croyait décidé à se rendre, elle fut accueillie par un déluge de feu. Son commandant fut frappé le premier. (…) Par ailleurs chaque maison de ce village stratégique avait été fortifiée et fut âprement défendue. (…) Quand la bataille fut terminée et que les soldats de l’Irgoun dénombrèrent les morts, ils découvrirent, mêlés aux corps des soldats irakiens et palestiniens, de nombreux cadavres de femmes et d’enfants. Ces civils avaient-ils été empêchés par les soldats arabes d’obéir à l’invitation des juifs d’être évacués ? Avaient-ils eu confiance dans le sort des armes arabes et avaient-ils choisi de demeurer au milieu de la bataille?La responsabilité de leur mort incombe à ceux qui avaient violé les lois de la guerre en n’évacuant pas les civils d’un village qu’ils avaient transformé en position militaire. Certaines officines juives majoritaires comme la Haganah et l’Agence juive, avaient intérêt à écarter l’Irgoun, mais aussi le Palmah, le Groupe Stern, de la formation de l’Etat d’Israël. Il fallait donc les discréditer. La tragédie de Dir-Yassine fut un excellent moyen. Ben Gourion ‘envoya un télégramme au roi Abdallah de Transjordanie pour dire son horreur’ alors que l’Irgoun et le Groupe Stern récusèrent ces allégations qui ne prenaient pas en compte le déroulé des faits. LSA Oulahbib

Attention: un massacre peut en cacher bien d’autres !

Et si le tristement célèbre « massacre de Dir-Yassine« , habituellement présenté comme unilatéral et prémédité (y compris dans la toute récente adaptation cinématographique du « O Jerusalem » de Lapierre et Collins), était en fait la première d’une longue série de manipulations et de campagnes de propagande qui aboutira, 50 ans plus tard, à celui de Jénine, mais aussi à d’autres au Liban ou en Irak ?

Telle est la thèse proposée par LSA Oulahbib sur le site resliliencetv, à partir d’un vieux numéro spécial du Miroir de l’Histoire (1973) sur les combats d’Israël.

Où l’on retrouve ainsi tous les ingrédients des manipulations actuelles: infiltration d’ « unités irrégulières » et d’armements, militarisation et fortification de maisons civiles, utilisation de la population comme boucliers humains, ruses de guerre (faux drapeaux blancs), amplification des chiffres des victimes, sans parler du climat de haine et de refus de l’existence d’Israël, et, du côté israélien, tentatives d’épargner les civils (hauts-parleurs) mais aussi… luttes inter-juives visant à dénigrer les actions d’un groupe ou d’un autre!

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Idiots utiles: Le pire ex-président des Etats-Unis a encore frappé (Guy Millière)

8 décembre, 2006
La guerre du Liban est un nouvel Holocauste! Hugo Chavez

A l’heure où, avec la récente défaite des Républicains et la publication du rapport des Realpolitikarts de Baker, la meute médiatique se déchaine à nouveau sur le président Bush, il est indispensable de lire, sur le site l’agence de presse de la Mena (merci Roger), la dernière tribune de Guy Millière sur… Le pire ex-président des Etats-Unis et son dernier petit bréviaire du parfait désinformateur (« Palestine, Peace not Apartheid »).

Après un unique mandat pas loin de catastrophique, on s’en souvient, Carter s’est lancé, certes avec brio (hormis notre propre Génie de Corrèze, il ne semble pas avoir de concurrent sérieux), dans la collection des amis les plus encombrants de la planète: Brejnev, Khomeiny, Arafat, Kim Il Song, Castro, Arafat, Hafez el-Assad, Ceausescu, Mengistu, Chavez, you name it !

Il n’a pas rencontré un dictateur sur la planète qu’il n’ait apprécié, pour peu que ce dernier fût anti-occidental, de préférence marxiste, empreint de mansuétude envers l’islam radical et si possible antisémite.

Le pire ex-président des Etats-Unis a encore frappé (info # 010712/6)
Par Guy Millière

© Metula News Agency

Jimmy Carter a bien mérité, au vu des quatre années de son unique et désastreux mandat, le titre qui lui a été maintes fois décerné : le pire président de l’histoire des Etats-Unis. Il s’est appliqué par la suite à démontrer qu’il est également le pire ex-président de l’histoire de son pays.

Pendant les quatre années de sa présidence, Carter a supervisé une phase de « détente » avec l’Union Soviétique au cours de laquelle l’U.R.S.S. a mis la main, de manière directe ou indirecte, sur l’Angola, l’Ethiopie, le Yémen et le Nicaragua. Les années Carter ont aussi vu s’opérer la rupture des relations diplomatiques entre la République de Chine (Taïwan) et Washington, l’abandon du Canal de Panama par les Etats-Unis, l’invasion de l’Afghanistan, et, en apothéose, le renversement du Shah d’Iran et la création de la République islamique d’Iran, sans laquelle ni le Hezbollah ni le Hamas, ni les morts provoquées par ces organisations n’auraient existé.

Ceux qui voudraient créditer Carter des accords de Camp David et de la paix entre Israël et l’Egypte devraient revoir leurs fiches. Ils y découvriraient que c’est à la suite de la divulgation d’un appel américano-soviétique à une conférence de paix en octobre 1977 – appel dans lequel les Etats-Unis reconnaissaient pour la première fois l’existence de « droits légitimes du peuple palestinien » – qu’Anouar el Sadate décida de prendre l’avion pour Jérusalem et que Begin l’y accueillit. Les « accords » qui ont suivi n’ont été pour Carter qu’une tentative de reprendre en main une situation qui lui avait échappé et dont il n’avait pas voulu : les événements l’ayant dépassé, il a feint d’en être l’organisateur et en a profité pour nouer des liens avec Arafat et sa clique, qu’il n’a cessé, depuis, de vouloir « conseiller ».

Après avoir cédé la place à Ronald Reagan (le triomphe que la nullité de Carter a assuré à Reagan est le seul élément positif que j’accepte de relever), Carter s’est fait oublier quelques années. Il est retourné à des activités plus conformes à ses aptitudes intellectuelles, de petits travaux de menuiserie pour des organisations caritatives, entre autres. Il n’en a pas moins rendu visite, en 1984, à Anatoly Dobrynin, ambassadeur de l’Union Soviétique aux Etats-Unis, avec pour but (comme le démontre Peter Schweitzer dans son livre Reagan’s War [1]) de le persuader de financer une campagne contre la réélection du président Reagan.

Sous George Bush père, on ne l’a guère vu ni entendu non plus, si ce n’est en 1990, lorsqu’il s’est employé à faire du lobbying en faveur de Saddam Hussein contre son propre pays, qui cherchait alors à assembler une coalition susceptible de mettre fin à l’occupation du Koweït et aux conséquences stratégiques que celle-ci pouvait avoir dans la région.

Sous Clinton, ce fut vite différent. Carter redevint très actif et servit d’envoyé spécial du président en Amérique latine, en Haïti et en Corée du Nord, où les accords qu’il négocia avec Kim-Il-Sung en octobre 1994 (à l’opposé du mandat que Clinton lui avait confié) contribuèrent à faciliter l’avancée de cette autocratie vers l’arme atomique.

Ces dernières années, sous la présidence de George W. Bush, Carter a fait feu de tout bois. En 2002, il s’est rendu à Cuba pour embrasser Fidel Castro, chanter les louanges du régime dictatorial à la télévision officielle, et ne rien dire des 30’000 prisonniers politiques que l’île comptait alors. Un peu plus tard, il a accepté un Prix Nobel de la paix, quand bien même il était évident que ce Prix était une façon d’insulter l’administration en place à Washington pour le soutien que celle-ci apportait à Israël et pour la guerre que, un an après les attentats du 11 septembre, elle menait contre le terrorisme islamiste.

Régulièrement, par discours ou articles interposés, l’ex-président s’est fait le relais des pires proclamations anti-israéliennes, anti-américaines, anti-occidentales et pro-islamistes, comme pour témoigner aux financiers saoudiens qui ont si généreusement contribué au /Carter Center/ d’Atlanta qu’ils n’avaient pas affaire à un ingrat et qu’ils bénéficieraient d’un retour sur investissement. Tous les détails figurent dans le livre de Steven Hayward, /The Real Jimmy Carter /[2].

Le livre que Carter vient de publier aux Etats-Unis s’inscrit dans le droit fil de son passé et constitue l’attaque la plus malhonnête, la plus perfide et la plus dommageable subie par Israël depuis longtemps. Quand des propos tels que ceux de Jimmy Carter sont tenus par un islamiste ou par un dirigeant palestinien, il est aisé de faire la part des choses et de les invalider en pointant leur origine. Mais lorsque ces propos sont portés par un ancien président, un homme qui se dit exclusivement mû par des considérations éthiques chrétiennes, un ancien Prix Nobel de la paix, elles apparaissent dotées d’un poids supplémentaire. C’est ce qui rend encore plus nécessaire la dénonciation de l’imposture et de l’usurpation.

Carter président a constamment oeuvré contre les intérêts de son pays, tout en prétendant le contraire; son attitude n’a pas changé depuis qu’il a quitté la présidence. Il n’a pas rencontré un dictateur sur la planète qu’il n’ait apprécié, pour peu que ce dernier fût anti-occidental, de préférence marxiste, empreint de mansuétude envers l’islam radical et si possible antisémite. Brejnev, Khomeiny, Castro et Arafat ne sont que les premiers d’une liste où figurent en bonne place Hafez el-Assad, Ceausescu et Mengistu, le meurtrier de masse éthiopien.

C’est sur cet arrière-fond qu’il faut lire « /Palestine, Peace not Apartheid »/. Le titre indique déjà l’essentiel ; seules les organisations d’ultra-gauche et les organisations palestiniennes radicales avaient osé, jusque là, comparer Israël au défunt régime sud-africain. Carter reprend la comparaison à son compte et lui procure un vernis de « crédibilité ». Comme le titre (et le passé de Carter) pouvait le laisser supposer, la suite n’est qu’une longue entreprise de falsification de l’histoire et une litanie d’incitations à la haine, où l’ «antisionisme » flirte souvent avec un antisémitisme d’autant plus répugnant qu’il n’ose pas dire son nom. Alan Dershowitz (« The World According to Carter », in /The New York Sun/ du 23 novembre 2006) et Mitchell Bard (« Carter’s Calumny », in /Frontpage magazine/, livraison du 1er décembre 2006) ont produit un démontage minutieux de cette falsification.

Contre toute évidence, Israël se trouve accusé d’avoir détourné de l’argent donné aux Palestiniens à des fins humanitaires, mais aucun mot sur ce que sont devenues les sommes en réalité saisies par Arafat et sa clique. Israël est accusé d’avoir chassé les Palestiniens de leurs « terres ancestrales » en 1948, mais pas une ligne sur la présence juive, bien plus ancienne que la présence arabe, ou sur les mots d’ordre des dirigeants arabes lors de la promulgation de l’Etat d’Israël. La création de l’OLP en 1964 est présentée comme une conséquence du « détournement par Israël de l’eau de la mer de Galilée pour irriguer le Néguev [une ineptie historique, factuelle et scientifique monumentale. Ndlr], mais on ne lit aucune mention des motifs réels et avérés de la création de l’OLP par la Ligue arabe, en conjonction avec le KGB.

Israël est, au surplus, désigné comme ayant déclenché unilatéralement la guerre des Six jours, comme n’ayant cessé de «voler des terres palestiniennes», comme refusant systématiquement d’ « échanger des terres contre la paix », comme responsable unique de l’échec du processus de paix enclenché à Oslo, alors que les « Palestiniens ont accepté sans équivoque » ce qu’on attendait d’eux. Carter écrit que «les droits humains des Palestiniens doivent être protégés» contre les violations commises par Israël, bien sûr, mais pas la moindre phrase sur les violations de ces mêmes droits par les autorités palestiniennes.

Carter se réjouit de l’impeccable régularité des élections palestiniennes, à commencer par celle qui, en 1996, a vu la victoire de son ami Arafat, candidat unique à l’époque. Il s’indigne de la construction de la barrière de sécurité et y voit un «moyen de confisquer davantage de terres», mais ne souffle mot sur les impératifs de sécurité d’Israël et sur les 850 victimes d’attentats suicide décomptées avant que ne soit décidée la construction de ladite barrière. Il s’offusque aussi de la destruction par Israël des installations nucléaires irakiennes en 1982, mais ne compte pas les intentions bellicistes de Saddam Hussein à l’époque. Carter présente, mensongèrement, enfin, Israël comme «hostile aux Chrétiens» et responsable de «l’exode des chrétiens quittant la terre sainte», mais il néglige de mentionner la raison véritable de cette fuite: les persécutions des chrétiens par les islamistes. Il omet le fait qu’Israël sert concrètement de refuge aux chrétiens persécutés de la région, qui sont 145 000 aujourd’hui dans le pays.

Pour Mitchell Bard, les falsifications sont si outrancières qu’on pourrait imaginer que Carter fait de la fiction, à la différence qu’une fiction a l’avantage de se présenter comme telle. Or à mes yeux, on est en présence de quelque chose de beaucoup plus grave, qui relève de l’incitation à la haine et, sous couvert de «pacifisme», d’incitation à une guerre exterminatrice contre un Etat décrit par Carter comme responsable de tous les maux de la région.

Alan Dershowitz, lui, se demande comment un «homme respectable» a pu signer un livre qui l’est aussi peu. Je me permettrai humblement de conseiller à ce juriste éminent de se pencher davantage sur le véritable personnage, dévoilé dans un article paru dans /Harper’s/, en 1976, présentant le Carter d’avant la présidence : « /Jimmy Carter’s Pathetic Lies/ » [3], qui pourrait l’amener à établir que l’ouvrage de Jimmy Carter, /Palestine Peace not Apartheid/, Simon & Schuster Ed., 2006, est à l’image de l’homme.

Je ne doute pas que le livre de Carter sera publié en France et qu’il y rencontrera un écho favorable. Mais seuls se laisseront berner par cette entreprise de propagande nauséabonde ceux qui se sont fait depuis longtemps les complices de ce que Jean-Claude Milner appelait, dans un ouvrage lourd de sens, /Les penchants criminels de l’Europe démocratique [4].

Notes :

[1] Peter Schweitzer, « Reagan’s War » (La Guerre de Reagan), Anchor, 2003.

[2] Steven Hayward, « The Real Jimmy Carter » (Le vrai Jimmy Carter),
Regnery, 2004.

[3] Steven Brill, « Jimmy Carter’s Pathetic Lies », (Les mensonges
pathétiques de Jimmy Carter) Harper’s, mars 1976.

[4] Jean-Claude Milner, « Les penchants criminels de l’Europe
démocratique », Verdier, 2003.


France 24: Nous ne serons pas la voix de la France (This time the Kool-Aid wil be French)

8 décembre, 2006
President Bush didn’t just drink the Kool-Aid, he made it. Suzanne Malveaux (CNN)
We aim at presenting a new vision that will definitely not be the voice of France, instead our aim is to present a French, or rather, a Franco-European outlook on events. It’s a new lens through which to observe the world. … the station will not look through the same ‘lens’ that CNN or Al Jazeera use.  (…) Concerning coverage in Iraq, which constitutes a cornerstone in media coverage, I find that CNN conveys an American-directed message to a large extent, and more precisely one that is in favor of President George Bush. What we will offer is a wider vision that is different from what others present, and this of course, will be affected by the historical and emotional relationship between France and Lebanon, as well as the closeness of the relations between France and the Arab world. (…) Inshallah. Gérard Saint-Paul (France 24)

A l’heure où les journalistes de CNN  poussent la servilité et la complaisance à qualifier leur président (Bush) à l’antenne de « buveur de Kool-aid » (ou même de « faiseur de Kool-aid ») …

Expression apparemment courante dans le monde des entreprises pour qualifier un employé qui, à la manière de notre « avalage de couleuvres » français, suit un peu trop religieusement la ligne de la compagnie, en référence à la boisson à l’orange utilisée par le chef de secte psychopathe Jim Jones pour faire boire leur cyanure à ses 913 fidèles dans la forêt guyanaise de Jonestown en 1978 …

Et suite à notre note d’hier sur la nouvelle « CNN à la française », France 24, que nous avions – sans même l’avoir vue – sévèrement qualifiée de « Voix de son maitre », « Pravda télé » et TéléChirak » (nous avions oublié… « Dhimmi-TV ») …

Un ami blogueur (merci Etabori) nous signale un entretien du rédacteur-en-chef Gérard Saint-Paul qui, il faut le dire, nous a largement rassuré.

Qu’on en juge!

Morceaux choisis:

we aim at presenting a new vision that will definitely not be the voice of France, instead our aim is to present a French, or rather, a Franco-European outlook on events. It’s a new lens through which to observe the world. … the station will not look through the same ‘lens’ that CNN or Al Jazeera use. We will not convey the image of a one-dimensional, or two-dimensional world that is dominated by one force – or rather conflicted by one force against another. This doesn’t mean that I am opposed to the United States; in fact I spent seven years working there as a correspondent for the privately owned French television (TF-1) in Washington DC and New York. What I want to say is that we seek to convey an image of the world that is compelling, multi-dimensional and diversified.
Concerning coverage in Iraq, which constitutes a cornerstone in media coverage, I find that CNN conveys an American-directed message to a large extent, and more precisely one that is in favor of President George Bush. What we will offer is a wider vision that is different from what others present, and this of course, will be affected by the historical and emotional relationship between France and Lebanon, as well as the closeness of the relations between France and the Arab world.
In between news bulletins, we will present other issues such as the art of French lifestyles, not neglecting one of our missions which is to propagate the values of the French culture …
We will offer a different and objective outlook, which means that we must be present in locations to transfer the news from there. … As for being autonomous from the French stance towards events worldwide, we have no problems in that regard. In France, we were, and always will be against the war. I do not speak of the French government because I do not represent it; I speak of the French people. We will never be a mirror that reflects the French government’s policy, but rather we seek to reflect authentic journalism that comes from fieldwork. We will not adopt a nationalistic French tone, again, our aim is to present press coverage that is actually based on fieldwork. … We adopt a diverse outlook, but it is predominantly a secular one. We are now witnessing a wave of extremism that is sweeping the world, and I do not refer to Islamic extremism alone but to all its other forms. We will thus distance ourselves from all parties, so that our message can be humane in recounting events, condemning injustice while offering a mouthpiece to everyone and all players in the field.
The network will have a single office with a stable team, though not large in number, in the Beirut. Why the Lebanese capital? Because it is a city that is very close to us and we have a deep affection for it. Also, it is geographically located in the center of the Arab world so it facilitates movement to various countries in the region – and it is always at the heart of events. … Inshallah [says it in Arabic]. …

Interview with Managing Director of France 24 Gerard Saint-Paul

Fatima el Issawi

Asharq Al-Awsat-London

13 November 2006

Due to launch this upcoming December, France 24 is a round-the-clock global satellite news channel that seeks to present “a different view and a diverse and secular vision”. Gerard Saint-Paul, the managing director of the network was already working for France 24 since last April as the managing news editor supervising over the network’s journalists. Saint-Paul confirms that France 24 will not be “France’s voice to the world”, its aim is to present authentic press coverage that will primarily be based on field coverage. With only one office of operations based in Beirut, the network nonetheless has big plans for expansion and development within the next few months.

Asharq Al-Awsat newspaper conducted a phone interview with veteran French journalist and the managing director of France 24 Gerard Saint-Paul:

Q: What can the International French network offer as new at a time when competition is intense with many western and Arab channels competing in the field?

A: It’s a well-known fact that professional competition in the field is extensive and there are many channels with long years of experience which we greatly respect, such as CNN, BBC and Al Jazeera. However, we aim at presenting a new vision that will definitely not be the voice of France, instead our aim is to present a French, or rather, a Franco-European outlook on events. It’s a new lens through which to observe the world. This does not mean that we reserve criticism for the performance of associate channels, but it reflects the fact that the station will not look through the same ‘lens’ that CNN or Al Jazeera use. We will not convey the image of a one-dimensional, or two-dimensional world that is dominated by one force – or rather conflicted by one force against another. This doesn’t mean that I am opposed to the United States; in fact I spent seven years working there as a correspondent for the privately owned French television (TF-1) in Washington DC and New York. What I want to say is that we seek to convey an image of the world that is compelling, multi-dimensional and diversified.

This means that our image will be more panoramic as compared to other channels – but that doesn’t mean that the other channels are bad at all. Let me give you an example to better illustrate: Concerning coverage in Iraq, which constitutes a cornerstone in media coverage, I find that CNN conveys an American-directed message to a large extent, and more precisely one that is in favor of President George Bush. What we will offer is a wider vision that is different from what others present, and this of course, will be affected by the historical and emotional relationship between France and Lebanon, as well as the closeness of the relations between France and the Arab world. This is in terms of the content that the channel will offer. Concerning the structure, however, I have nothing to say as the network program is still confidential, but I can assure you that there will be many surprises, some of which will be very pleasant.

Q: What about the outline for this network, which is also supposed to reflect the difference that you refer to in the content?

A: I can say that we will broadcast a news bulletin every hour, on the hour, which will be continuously updated with a rerun of the main headlines between every news bulletin. The broadcast will be in French and English simultaneously and around the clock without cease starting with our first upcoming broadcast next December. The special quality to this coverage is that it will be bilingual, both French and English, yet it will retain the same discourse which will not vary under any circumstances, regardless of the geographical areas featured, or in accordance with the language of broadcast. Quite soon [next July], we will begin broadcasting in the Arabic language for four hours as a start, and this broadcast will be later developed, in addition to being followed by a Spanish broadcast also at a later stage. However, I do want to stress that our internet website [http://www.france24.fr/ ], which will be launched with the beginning of the broadcast will have a complete Arabic language version, in addition to the French and English languages. In between news bulletins, we will present other issues such as the art of French lifestyles, not neglecting one of our missions which is to propagate the values of the French culture, as well as a daily cultural bulletin, in addition to news related to the environment, health, economy and the review of newspapers. I really must stop talking now, so I don’t reveal the details of the network’s programs!

Q: How will you cover the events in the hot spots, Iraq in particular? Will you take into consideration France’s policy toward these events? Would you risk dispatching your correspondents to dangerous areas? And if so, what will distinguish this coverage?

A: We will offer a different and objective outlook, which means that we must be present in locations to transfer the news from there. Thus, it is absolutely essential to have correspondents in on location, as it would enable us to form a special identity. We will not risk sending correspondents to dangerous areas lest they be subjected to kidnapping, also there is no need for to send reporters who would have to remain imprisoned in hotel rooms for fear of venturing out into the streets. Special protection in Iraq now, for example, requires enormous sums of money which only major American institutions are able to afford. We have already found a solution to this problem by collaborating with French networks already present in these hot spots, and so this way we can have mutually beneficial contributions from these reporters. As for being autonomous from the French stance towards events worldwide, we have no problems in that regard. In France, we were, and always will be against the war. I do not speak of the French government because I do not represent it; I speak of the French people. We will never be a mirror that reflects the French government’s policy, but rather we seek to reflect authentic journalism that comes from fieldwork. We will not adopt a nationalistic French tone, again, our aim is to present press coverage that is actually based on fieldwork. We also issued a code of ethics for our work of which the first lines reads: “We guarantee to uphold full independence against all authorities, with all their different kinds, to ourselves and to our correspondents.” We adopt a diverse outlook, but it is predominantly a secular one. We are now witnessing a wave of extremism that is sweeping the world, and I do not refer to Islamic extremism alone but to all its other forms. We will thus distance ourselves from all parties, so that our message can be humane in recounting events, condemning injustice while offering a mouthpiece to everyone and all players in the field.

Q: What about the nationalities of the employees working in the station? Did you consider diversifying nationalities when selecting journalists and employees to work in this new institution? And what about the representation of women in this new network?

A: We have considered this a primary concern, the different geographic roots of the channel’s staff. I do not refer to ethnic roots because I do not like this word. Also, I do not refer to a quota because this type of categorization classifies people into quantities. This geographical diversity will be visible onscreen and will amount to approximately 25 percent at the beginning, with plans to increase in later developments. As for the representation of women, they currently represent 65 percent of the staff at the network. I sometimes say to my aides, let’s recruit some men so the network doesn’t become exclusive to women only!

Q: Will the new network have representative offices in the world, and if so, where?

A: We will not operate in big offices like the rest of the news stations. We will mostly benefit from the logistical and press support of our contributors [the commercial TF-1 channel and the state-funded company France Televisions], besides that, we will also have a network of about 20 correspondents who will chiefly be working for us, in addition to their contributions to other media outlets. This chain of correspondents will soon increase to become 30 very soon. The network will have a single office with a stable team, though not large in number, in the Beirut. Why the Lebanese capital? Because it is a city that is very close to us and we have a deep affection for it. Also, it is geographically located in the center of the Arab world so it facilitates movement to various countries in the region – and it is always at the heart of events. We also have some reporters in areas that are of lesser importance in terms of events, such as China and Japan, among others.

In its first stage, the channel will broadcast to greater Europe and the African continent including the Arab Maghrib, as well as countries in the Middle- and Near- East. Later developments will endeavor to cover critical spots on the US east coast; in New York and Washington DC, not to compete with our fellow Americans, but to convey our new vision. And also Asia and South America… Inshallah [says it in Arabic].

Q: What is the size of the budget allocated to the new network?

A: The initial budget of the network is 80 million euros, but we will also acquire the proceeds of international, or at least regional, advertisements. We will definitely not include advertisements from the local French market so as not to compete with our fellow French networks.

Gerard Saint-Paul graduated from the Centre de Formation et de Perfectionnement des Journalistes in 1969. He worked the channel Europe 1 as a correspondent and moved on to work with the commercial TF-1 French channel, as well as working seven years in the United States with the channel as both correspondent and other professions. Between 1987 and 1992, he worked as a correspondent in Germany before being appointed as editor-in-chief of ATRE channel where he remained in post until 2005. Saint-Paul was appointed as the managing director of the French news channel France 24 last August, which will be launched next December.

Voir aussi:

CNN Reporter Slimes Bush: ‘Kool-Aid’ Drinking President Won’t Admit ‘Failure’
Scott Whitlock

Newsbusters

December 8, 2006

Perhaps in an attempt to surpass David Gregory, CNN reporter Suzanne Malveaux derided President Bush as a « Kool-Aid » drinker who won’t admit failure in Iraq. In a report for the Friday edition of « American Morning, » the White House correspondent discussed Bush’s news conference with British Prime Minister Tony Blair. In additional fits of bias, Malveaux, described the President’s frustration at the lack of progress in Iraq as « the closest you’ll get from this president to admitting failure » and noted that « for Mr. Bush, it’s not easy to admit mistakes. » But nowhere did Ms. Malveaux make her editorial point more clear, that Iraq is a total failure and Bush is in denial, than when she drew an allusion to Jonestown and the infamous mass suicide by Kool-Aid:

Suzanne Malveaux: « President Bush and his closest ally, British Prime Minister Tony Blair, have stood shoulder to shoulder on the Iraq war since the very beginning. Critics calling Mr. Bush ‘the cowboy’ for stubbornly leading the charge, and Mr. Blair ‘the poodle’ for obediently following. But three years since the U.S. invasion, the two are still adamant their Iraq mission is sound. President Bush didn’t just drink the Kool-Aid, he made it. But perhaps now it’s a little less sweet. »


Pour une réévaluation du néo-conservatisme (It’s jumping ship time again)

6 décembre, 2006
Iraq is seen only in the hindsight of who did what wrong and when. All the great good we accomplished and the high ideals we embraced are drowned out by the present violent insurgency and the sensationalized effort to turn the mayhem into an American Antietam or Yalu River. Blame is never allotted to al Qaeda, the Sadr thugs, or the ex-Baathists, only to the United States …

Iraq, contrary to popular slander, was not “cooked up” in Texas or at a Washington, D.C., neocon think tank. Rather, it was a reaction to two events: a decade of appeasement of Middle East tyrants and terrorists, and the disaster of September 11. Victor Davis Hanson

A l’heure où, complications de la situation irakienne obligent et surtout matraquage médiatique aidant, il est de bon ton de cracher sur les néoconservateurs (avec hélas la complicité de certains d’entre eux comme Fukuyama qui, après l’Histoire, les a déjà enterrés!), il faut lire, toujours sur l’excellent site léviathan, cette utile réévaluation où l’on découvre que les anti-Lumières ne sont pas ceux qu’on croit …

Cette complicité implicite et vraisemblablement temporaire entre les forces anti-universalistes (et carrément anti-lumières) et les puissants médias de gauche a déversé un déluge de feu sur les néoconservateurs – la gauche, même aujourd’hui n’est généralement pas anti-lumières mais, ceci étant dit, elle se laisse de plus en plus séduire par un certain nombre de concepts « relativistes » dont on peut faire remonter l’origine à des penseurs qui s’opposèrent aux Lumières ….

Le néoconservatisme est-il l’héritier des penseurs « anti-lumières »?
novembre 12, 2006
Léviathan

Il se dit énormément de choses contradictoires sur les néoconservateurs et, à vrai dire, c’est bien un courant d’idées frappé du sceau de l’infamie. J’aimerais démystifier un certain nombre de critiques émises, sans discernement, à son encontre et, parfois dans le plus pur style de la chasse aux sorcières. Il m’apparaît que, tout de même, tout n’est pas à jeter dans le néoconservatisme.

Il faut nous prémunir contre une tendance qui s’est développée récemment et qui avance au nom du pacifisme, de la protection des différences et des cultures particulières (en réalité leur exaltation) et qui, sous prétexte de prévenir le « choc des civilisations », s’oppose à un néoconservatisme qu’elle a défiguré et dont elle fait porter les habits par ses adversaires politiques.

Cette tendance très hétéroclite réunit en son sein des mouvements allant de l’extrême-gauche à l’extrême-droite et qui s’opposent au néoconservatisme pour des raisons différentes, propres à chacun. En lui prêtant des idées qui ne sont pas toujours les siennes, ce lynchage médiatique et intellectuel a transformé le néoconservatisme en une sorte d’abomination. En fait, ce néoconservatisme transfiguré par eux est devenu un instrument politique que certains agitent comme un épouvantail pour orienter les grands débats de l’heure dans le sens de leurs intérêts.

En effet, le néoconservatisme permet de frapper toute une ribambelle d’ennemis politiques comme les É-U ou une droite européenne qui se cherche un nouvel élan, au profit d’une gauche qui peine tout autant à se réinventer. Il permet aussi de frapper Israël et les Juifs ou encore de refourguer aux oubliettes de l’Histoire l’universalisme qui fonda la démocratie, les droits de l’Homme et l’État de droit. Parce que cet universalisme a le tort d’être né au mauvais endroit, c’est-à-dire en Occident, cette dernière dénégation qui se fait au profit d’un tiersmondisme anti-impérialiste demeure complètement aveugle à la menace des nouveaux totalitarismes et en particulier un dont je parle beaucoup ici : l’islamisme.

Mais revenons en au point de départ. Ce texte m’a été inspiré par Francine grâce à un de ses commentaires que je reproduis ici :

Avez-vous lu l’essai de Zeev Sternhell , “Les anti-Lumières du XVIIIème siècle à la guerre froide”, publié chez Fayard? Je ne l’ai pas lu, mais j’en ai eu connaissance par des articles de presse ; d’après certains, le courant néo-conservateur est l’héritier des anti-lumières,en préférant le national à l’universel.Mais depuis quand la politique étrangère d’un pays ne défend-elle pas ses intérêts nationaux?…

Les « anti-lumières » sous le masque du relativisme

Je n’ai pas lu l’essai de Zeev Sternhell mais je sens que je ne vais pas tarder à m’y intéresser. Pour le moment, je vais devoir me contenter de rédiger une réponse partielle pour alimenter le débat.

C’est vrai qu’il y a un fort courant en « philosophie politique » d’« anti-lumières », admirateurs de Giambattista Vico comme d’Isaiah Berlin ou encore de Charles Taylor et de Noam Chomsky (le philosophe et linguiste qui admire le courage de Chavez et fustige l’Amérique « hégémonique et impériale »).

Quand aux néoconservateurs, je crois que rien n’est plus éloigné d’eux que la pensée anti-lumières. Bien au contraire, ils se trouvent dans une lutte acharnée contre le relativisme qui dit (entre autres) que l’homme ne peut se définir qu’en relation à son contexte.

C’est-à-dire que la pensée serait confinée en fonction de la position d’un individu dans l’espace (nationalité, religion, ethnie, couleur de peau, etc.) et dans le temps (dixit l’historicisme). C’est donc la négation de toute transcendance mais aussi, la négation de l’universel : le Bien n’est plus le même selon la culture ou l’époque où nous vivons – il perd son « B » majuscule, les lois changent donc non pour s’adapter en conservant l’esprit qui les a fait naître (les principes comme le Bien de St Thomas d’Aquin, la liberté pour Locke) mais pour répondre à un besoin particulier (un besoin social, massif par essence) et déconnecté de toute quête transcendantale (dans les deux sens spatial et temporel).

Ainsi, il serait donc moral pour les crétois archaïques de sodomiser des enfants de huit ans car leur système de valeurs accordait une valeur primordiale à cet acte : le sperme transmettant le caractère mâle à l’enfant, lui permettant de devenir un homme (ce qui est important dans cette société). Toujours selon ce courant, ce qui était moral hier ne l’est pas forcément aujourd’hui et il faudrait se garder de juger le passé sur la base de la fausse illusion que nos moeurs auraient évolué. Le mot évolution, selon eux, est important car trompeur : il implique une amélioration, un changement dans le sens du Bien (notion qu’ils combattent avec acharnement car elle est immuable), c’est donc un jugement de valeurs.

Les relativistes répliquent donc qu’il faut être empathique. Il faut comprendre l’époque et ses mœurs pour se préserver de porter un jugement. En somme, voilà une explication de l’historicisme dont ils s’inspirent.

Positivisme versus droit naturel

Mais il y a encore autre chose qui entre dans la danse : c’est le positivisme d’Auguste Comte. C’est l’idée que l’expérience constitue l’unique fondement de la connaissance. Exit la métaphysique donc un sens transcendant du Bien. Le positivisme est, en réalité, la véritable origine de l’historicisme car c’est aussi l’origine des sciences sociales dont la prétention est de n’étudier que ce qui est mesurable (peut-on donner une mesure au Bien qui est un principe absolu?). C’est là que les néoconservateurs « dérapent » : ils récusent l’idée que la science puisse s’occuper de la moralité et veulent remettre en scelle la métaphysique (kantienne dans leur cas). En cela, oui, on peut dire qu’ils s’opposent à la modernité mais nous nous trouvons, à l’époque du positivisme (le XIXe siècle) dans un courant qui succède aux Lumières (qui datent du XVIIIe siècle). Sur une frise chronologique, les néoconservateurs opèrent un retour en arrière d’un siècle mais il faudrait pour cela accepter que l’évolution des idées aille toujours dans le même sens que celle du temps, ce qui est, manifestement, un sophisme!

Léo Strauss a inspiré un certain nombre de néoconservateurs (donc pas tous) car il s’en prend à cette distinction entre faits et valeurs qu’opèrent les relativistes : il s’oppose à un positivisme qui se veut neutre (prenons un exemple poussé à l’extrême : un chercheur du XXVe siècle pourrait très bien expliquer le nazisme dans son contexte et lui donner un sens moral relatif à la société allemande des années 1930) et il réintroduit la morale – celle qui n’est pas géométrie variable – dans la Cité. Car, après tout, comment juger les crimes des nazis si nous ne sommes pas convaincus de la notion que l’Homme, parce qu’il est Homme, dispose de droits inaliénables car naturels et valables à toute époque, du moins, après leur « découverte » au XVIIIe siècle?

Le néoconservatisme est donc un universalisme et tout le contraire d’un courant nationaliste. Ce n’est plus du conservatisme et c’est tout le contraire de l’isolationnisme : c’est peut-être un impérialisme parce que c’est presque un progressisme. Les néoconservateurs, par exemple, ne sont pas opposés à la contraception ni à l’avortement, ils ne s’opposent pas, non plus, au mariage des homosexuels et, en matière économique, ils « dérapent » encore : accroître le déficit public pour doper la croissance (une idée assez keynésienne) leur convient tout à fait tout comme, aussi, l’idée d’avoir un État-providence assez fort.

Comment penser qu’un néoconservateur est un « anti-lumières » alors que son idée essentielle est qu’Auschwitz et le nazisme étaient une manifestation du Mal absolu et que les Droits de l’Homme et la démocratie sont et doivent être appliqués partout? Au contraire, un relativiste anti-lumières s’oppose forcément à l’idée qu’il puisse exister un « esprit munichois » qui motive la politique étrangère des puissances européennes rétives à l’idée de propager la démocratie ou d’affronter une tyrannie pour combattre un principe (ou plutôt la négation de tout principe). L’historiciste, logiquement, insistera pour qu’on humanise Adolf Hitler (voir la polémique autour du dernier film sur Hitler « La chute ») puisqu’il faut le replacer dans son contexte. Le mal est alors à la mesure de l’homme donc pas absolu et donc explicable!

Le néoconservatisme appliqué aux relations internationales

Pour revenir à la politique étrangère, les néoconservateurs pensent que celle des É-U doit défendre leurs intérêts nationaux mais leur conception de l’intérêt national est différente de celle, cynique, qu’on s’en fait habituellement : elle n’est pas positiviste donc pas amorale. La séparation entre faits et valeurs trouve là encore un front du refus néoconservateur et il est peut-être d’autant plus évident lorsque George Bush dit que désormais les intérêts américains et les idéaux de la révolution américaine ne sont plus en contradiction. Voilà qui contraste avec la Raison d’État de Richelieu et la Realpolitik de Bismarck!

Le contraste est d’autant plus saisissant si on compare la politique étrangère de la France avec celle des É-U car on observera que la France défend ses intérêts froidement, elle protège Saddam et aspire à une alliance avec l’Iran , elle dénonce avec la Russie et la Chine (deux tyrannies) la prétention américaine d’exporter la démocratie et proclame à la face du monde son désir de multipolarité c’est-à-dire la formation d’un club où les grandes puissances discutent de leurs intérêts, négocient leurs positions et marchandent leurs atouts.

Il n’y a rien, là dedans, qui relève d’une position de principe : même après le Kosovo, le Rwanda et, pendant que se déroule un génocide au Darfour, la France refuse le droit d’ingérence humanitaire et elle s’est même opposée, aux cotés de la Chine, à la tentative anglo-américaine de faire voter une résolution sous chapitre VII (emploi de la force) pour faire cesser le génocide du Darfour.

Il a été dit beaucoup de choses sur les néoconservateurs. Ils sont comme ces damnés dont on peut se servir à foison pour jeter l’opprobre sur ses adversaires : telle idée ou un telle personne dérange, alors disons qu’elle est néoconservatrice et le peuple, déjà conditionné par nous, le rejettera sans se poser de questions! C’est un fait que les principaux adversaires idéologiques des néoconservateurs étaient de gauche (et de la droite la plus nationaliste aussi car n’oublions pas qu’elle ne peut pas accepter l’universalisme), en particulier de cette gauche européenne jadis tentée par le communisme. C’est pourquoi le champ lexical anti-néoconservateur a été fortement teinté par les poncifs traditionnels de la gauche anti-fasciste des années 1930 : les néoconservateurs devenaient donc des fascistes et Bush était le nouvel Hitler.

Cette complicité implicite et vraisemblablement temporaire entre les forces anti-universalistes (et carrément anti-lumières) et les puissants médias de gauche a déversé un déluge de feu sur les néoconservateurs – la gauche, même aujourd’hui n’est généralement pas anti-lumières mais, ceci étant dit, elle se laisse de plus en plus séduire par un certain nombre de concepts « relativistes » dont on peut faire remonter l’origine à des penseurs qui s’opposèrent aux Lumières – et voilà probablement pourquoi le néoconservatisme est, aujourd’hui, marqué du sceau de l’infamie.

Quelques critiques du néoconservatisme

Or, là où on pourrait s’en prendre aux néoconservateurs c’est sans doute sur leur coté trop pressé et par trop idéaliste : ils perdent pied avec la réalité, un peu comme les communistes d’hier qui changeaient la réalité, pas la théorie. En outre, propager la démocratie ne peut pas se faire partout dans l’immédiat et, semble-t-il, surtout pas dans le monde Arabe. L’Ukraine et la Géorgie sont des succès indéniables mais il faudra attendre encore un peu avant de générer une nouvelle vague de démocratisations après celle des années 1990 qui se produisit à la faveur de l’effondrement de l’URSS.

D’ailleurs, si on veut pousser la logique jusqu’au bout, on peut encore rapprocher les néoconservateurs de Robespierre, une sorte d’intégriste du Bien, du Droit et de la Liberté qui se retourne contre ses propres valeurs et tout cela en leur nom propre! Mais là encore, les néoconservateurs n’ont pas versé dans cet extrémisme.

Il y a, bien sûr, d’autres critiques fondées qui pourraient être émises : les néoconservateurs seraient des théologiens et on mettrait alors le doigt sur leur idéologie de la morale armée et leur propension à jeter des anathèmes (en les qualifiant de Mal absolu, ne coupent-ils pas court à la discussion?) sur des doctrines passées (nazisme) ou présentes (islamisme) qui nous empêcheraient de les étudier.

On pourrait aussi leur retourner le compliment originel : les néoconservateurs refusent un État démocratique universel (sorte de super ONU, ce qui est le credo des libéraux) au prétexte que cela pourrait tout aussi bien devenir une tyrannie de laquelle nul ne pourrait échapper. Cela reviendrait à pointer du doigt une tension qui existe dans la pensée néoconservatrice : si elle proclame sa foi en l’État de droit et la vitale nécessité de multiplier le nombre des sociétés régies par ce dernier, elle ne croit pourtant pas qu’il soit souhaitable de remplacer tous les rapports de force par la loi. Elle se méfie, en réalité, d’un État universel qui détiendrait le monopole de la violence légitime (car encadrée par la loi) et préfèrerait ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier.

Toutes ces questions, et bien d’autres, ont déjà fait l’objet d’une réponse dans l’ouvrage d’Yves Roucaute intitulé « Le Néoconservatisme est un humanisme ». Je l’ai lu, il est très digeste et je le recommande fortement rien que pour la réflexion qu’il suscite… d’ailleurs, il vaut parfois mieux avoir le sommeil agité que dormir tranquille.

Article originally appeared on Leviathan (http://leviathan22.squarespace.com/).

Voir aussi:

Fukuyama: After Neoconservatism

z Facts.com

The Fukuyama Defection
Francis Fukuyama signed the founding statement of PNAC, the key neocon group (Cheney, Rumsfeld, Wolfowitz, Libby, Feith, etc.) that lobbied for the Iraq war starting with a letter to Clinton in 1998. Fukuyama also signed the 9/20/01 letter to Bush demanding the Iraq war. In 1992 he famously proclaimed The End of History, expecting a smoother path to liberal democracy world wide. He declares below that the unrealistic neocon views are « something I cannot support, » and identifies many of the specific neocon blunders leading to Iraq becoming an « operational base for jihadist terrorists. » He should know, he was privy to five years of neocon planning to take Baghdad with no planning beyond that.

Bush is beginning to understand the neocon folly. Wolfowitz, Feith and Libby (indicted) are gone and Condi Rice (not a neocon) is backpedaling. But the bombing of the Golden Mosque in Samarra underscores Fukuyama’s analysis. Samarra was meant to be a classic example of the latest neocon strategy called « clear, hold, build. » At the end of 2004, 5,000 U.S. and Iraqi troops were sent to Samarra. An 18 mile earth wall was bulldozed around the city, with only three entry/exit points. US troops were housed in public buildings surrounded by free-fire « killing » zones. The attacks by insurgents dipped, then recovered. The city’s population fell from 200,000 to under 100,000. Step 1 for Bush: Remove the remaining neocons, ask Cheney to resign and keep him out of foreign policy.

After Neoconservatism
Francis Fukuyama

Feb. 19, 2006

The New York Times

As we approach the third anniversary of the onset of the Iraq war, it seems very unlikely that history will judge either the intervention itself or the ideas animating it kindly. By invading Iraq, the Bush administration created a self-fulfilling prophecy: Iraq has now replaced Afghanistan as a magnet, a training ground and an operational base for jihadist terrorists, with plenty of American targets to shoot at. The United States still has a chance of creating a Shiite-dominated democratic Iraq … There are clear benefits to the Iraqi people from the removal of Saddam Hussein’s dictatorship… But it is very hard to see how these developments in themselves justify the blood and treasure that the United States has spent on the project to this point.

The so-called Bush Doctrine that set the framework for the administration’s first term is now in shambles. The doctrine argued that, in the wake of the Sept. 11 attacks, America would have to launch periodic preventive wars to defend itself against rogue states and terrorists with weapons of mass destruction; that it would do this alone, if necessary. … It is not surprising that in its second term, the administration has been distancing itself from these policies. …

The … soaring rhetoric of Bush’s second Inaugural Address, have borne very problematic fruits. The Islamist Muslim Brotherhood made a strong showing in Egypt’s parliamentary elections in November and December. While … the vote [in Iraq] led to the ascendance of a Shiite bloc with close ties to Iran. But the clincher was the decisive Hamas victory in the Palestinian election last month, which brought to power a movement overtly dedicated to the destruction of Israel. ….

The problem with neoconservatism’s agenda lies not in its ends, which are as American as apple pie, but rather in the overmilitarized means by which it has sought to accomplish them. What American foreign policy needs is not a return to a narrow and cynical realism, but rather the formulation of a « realistic Wilsonianism » that better matches means to ends.

Voir enfin:

The Neoconservative Legacy
Vanity Fair Exclusive: Now They Tell Us

Neo Culpa

As Iraq slips further into chaos, the war’s neoconservative boosters have turned sharply on the Bush administration, charging that their grand designs have been undermined by White House incompetence. In a series of exclusive interviews, Richard Perle, Kenneth Adelman, David Frum, and others play the blame game with shocking frankness. Target No. 1: the president himself.
by David Rose

VF.COM November 3, 2006

I remember sitting with Richard Perle in his suite at London’s Grosvenor House hotel and receiving a private lecture on the importance of securing victory in Iraq. « Iraq is a very good candidate for democratic reform, » he said. « It won’t be Westminster overnight, but the great democracies of the world didn’t achieve the full, rich structure of democratic governance overnight. The Iraqis have a decent chance of succeeding. » Perle seemed to exude the scent of liberation, as well as a whiff of gunpowder. It was February 2003, and Operation Iraqi Freedom, the culmination of his long campaign on behalf of regime change in Iraq, was less than a month away.
Three years later, Perle and I meet again at his home outside Washington, D.C. It is October, the worst month for U.S. casualties in Iraq in almost two years, and Republicans are bracing for losses in the upcoming midterm elections. As he looks into my eyes, speaking slowly and with obvious deliberation, Perle is unrecognizable as the confident hawk who, as chairman of the Pentagon’s Defense Policy Board Advisory Committee, had invited the exiled Iraqi dissident Ahmad Chalabi to its first meeting after 9/11. « The levels of brutality that we’ve seen are truly horrifying, and I have to say, I underestimated the depravity, » Perle says now, adding that total defeat—an American withdrawal that leaves Iraq as an anarchic « failed state »—is not yet inevitable but is becoming more likely. « And then, » says Perle, « you’ll get all the mayhem that the world is capable of creating. »
According to Perle, who left the Defense Policy Board in 2004, this unfolding catastrophe has a central cause: devastating dysfunction within the administration of President George W. Bush. Perle says, « The decisions did not get made that should have been. They didn’t get made in a timely fashion, and the differences were argued out endlessly.… At the end of the day, you have to hold the president responsible.… I don’t think he realized the extent of the opposition within his own administration, and the disloyalty. »
George W. Bush. Photograph by Annie Leibovitz.
Perle goes so far as to say that, if he had his time over, he would not have advocated an invasion of Iraq: « I think if I had been delphic, and had seen where we are today, and people had said, ‘Should we go into Iraq?,’ I think now I probably would have said, ‘No, let’s consider other strategies for dealing with the thing that concerns us most, which is Saddam supplying weapons of mass destruction to terrorists.’ … I don’t say that because I no longer believe that Saddam had the capability to produce weapons of mass destruction, or that he was not in contact with terrorists. I believe those two premises were both correct. Could we have managed that threat by means other than a direct military intervention? Well, maybe we could have. »
Having spoken with Perle, I wonder: What do the rest of the pro-war neoconservatives think? If the much caricatured « Prince of Darkness » is now plagued with doubt, how do his comrades-in-arms feel? I am particularly interested in finding out because I interviewed many neocons before the invasion and, like many people, found much to admire in their vision of spreading democracy in the Middle East.
I expect to encounter disappointment. What I find instead is despair, and fury at the incompetence of the Bush administration the neoconservatives once saw as their brightest hope.
To David Frum, the former White House speechwriter who co-wrote Bush’s 2002 State of the Union address that accused Iraq of being part of an « axis of evil, » it now looks as if defeat may be inescapable, because « the insurgency has proven it can kill anyone who cooperates, and the United States and its friends have failed to prove that it can protect them. » This situation, he says, must ultimately be blamed on « failure at the center »—starting with President Bush.
Kenneth Adelman, a lifelong neocon activist and Pentagon insider who served on the Defense Policy Board until 2005, wrote a famous op-ed article in The Washington Post in February 2002, arguing: « I believe demolishing Hussein’s military power and liberating Iraq would be a cakewalk. » Now he says, « I just presumed that what I considered to be the most competent national-security team since Truman was indeed going to be competent. They turned out to be among the most incompetent teams in the post-war era. Not only did each of them, individually, have enormous flaws, but together they were deadly, dysfunctional. »
Dick Cheney. Photograph by Annie Leibovitz.
Fearing that worse is still to come, Adelman believes that neoconservatism itself—what he defines as « the idea of a tough foreign policy on behalf of morality, the idea of using our power for moral good in the world »—is dead, at least for a generation. After Iraq, he says, « it’s not going to sell. » And if he, too, had his time over, Adelman says, « I would write an article that would be skeptical over whether there would be a performance that would be good enough to implement our policy. The policy can be absolutely right, and noble, beneficial, but if you can’t execute it, it’s useless, just useless. I guess that’s what I would have said: that Bush’s arguments are absolutely right, but you know what, you just have to put them in the drawer marked can’t do. And that’s very different from let’s go. »
I spend the better part of two weeks in conversations with some of the most respected voices among the neoconservative elite. What I discover is that none of them is optimistic. All of them have regrets, not only about what has happened but also, in many cases, about the roles they played. Their dismay extends beyond the tactical issues of whether America did right or wrong, to the underlying question of whether exporting democracy is something America knows how to do.
I will present my findings in full in the January issue of Vanity Fair, which will reach newsstands in New York and L.A. on December 6 and nationally by December 12. In the meantime, here is a brief survey of some of what I heard from the war’s remorseful proponents.
Richard Perle: « In the administration that I served [Perle was an assistant secretary of defense under Ronald Reagan], there was a one-sentence description of the decision-making process when consensus could not be reached among disputatious departments: ‘The president makes the decision.’ [Bush] did not make decisions, in part because the machinery of government that he nominally ran was actually running him. The National Security Council was not serving [Bush] properly. He regarded [then National-Security Adviser Condoleezza Rice] as part of the family. »
Donald Rumsfeld. Photograph by Annie Leibovitz.
Michael Ledeen, American Enterprise Institute freedom scholar: « Ask yourself who the most powerful people in the White House are. They are women who are in love with the president: Laura [Bush], Condi, Harriet Miers, and Karen Hughes. »
Frank Gaffney, an assistant secretary of defense under Ronald Reagan and founder of the Center for Security Policy: « [Bush] doesn’t in fact seem to be a man of principle who’s steadfastly pursuing what he thinks is the right course. He talks about it, but the policy doesn’t track with the rhetoric, and that’s what creates the incoherence that causes us problems around the world and at home. It also creates the sense that you can take him on with impunity. »
Kenneth Adelman: « The most dispiriting and awful moment of the whole administration was the day that Bush gave the Presidential Medal of Freedom to [former C.I.A. director] George Tenet, General Tommy Franks, and [Coalition Provisional Authority chief] Jerry [Paul] Bremer—three of the most incompetent people who’ve ever served in such key spots. And they get the highest civilian honor a president can bestow on anyone! That was the day I checked out of this administration. It was then I thought, There’s no seriousness here, these are not serious people. If he had been serious, the president would have realized that those three are each directly responsible for the disaster of Iraq. »

David Frum: « I always believed as a speechwriter that if you could persuade the president to commit himself to certain words, he would feel himself committed to the ideas that underlay those words. And the big shock to me has been that although the president said the words, he just did not absorb the ideas. And that is the root of, maybe, everything. »

Michael Rubin, former Pentagon Office of Special Plans and Coalition Provisional Authority staffer: « Where I most blame George Bush is that through his rhetoric people trusted him, people believed him. Reformists came out of the woodwork and exposed themselves. » By failing to match his rhetoric with action, Rubin adds, Bush has betrayed Iraqi reformers in a way that is « not much different from what his father did on February 15, 1991, when he called the Iraqi people to rise up, and then had second thoughts and didn’t do anything once they did. »
Richard Perle: « Huge mistakes were made, and I want to be very clear on this: They were not made by neoconservatives, who had almost no voice in what happened, and certainly almost no voice in what happened after the downfall of the regime in Baghdad. I’m getting damn tired of being described as an architect of the war. I was in favor of bringing down Saddam. Nobody said, ‘Go design the campaign to do that.’ I had no responsibility for that. »
Kenneth Adelman: « The problem here is not a selling job. The problem is a performance job.… Rumsfeld has said that the war could never be lost in Iraq, it could only be lost in Washington. I don’t think that’s true at all. We’re losing in Iraq.… I’ve worked with [Rumsfeld] three times in my life. I’ve been to each of his houses, in Chicago, Taos, Santa Fe, Santo Domingo, and Las Vegas. I’m very, very fond of him, but I’m crushed by his performance. Did he change, or were we wrong in the past? Or is it that he was never really challenged before? I don’t know. He certainly fooled me. »
Eliot Cohen, director of the strategic-studies program at the Johns Hopkins School of Advanced International Studies and member of the Defense Policy Board: « I wouldn’t be surprised if what we end up drifting toward is some sort of withdrawal on some sort of timetable and leaving the place in a pretty ghastly mess.… I do think it’s going to end up encouraging various strands of Islamism, both Shia and Sunni, and probably will bring de-stabilization of some regimes of a more traditional kind, which already have their problems.… The best news is that the United States remains a healthy, vibrant, vigorous society. So in a real pinch, we can still pull ourselves together. Unfortunately, it will probably take another big hit. And a very different quality of leadership. Maybe we’ll get it. »

David Rose is a Vanity Fair contributing editor.


1954-1967: L’autre parenthèse des relations franco-israéliennes

4 décembre, 2006
Mirage IIILa situation est tragique mais les forces en présence au Moyen-Orient font qu’au long terme, Israël, comme autrefois les Royaumes francs, finira par disparaître. Cette région a toujours rejeté les corps étrangers. Dominique Galouzeau de Villepin (Paris, automne 2001)

A l’heure où le Ministère de la Défense français semble jouer à se faire peur avec ses déclarations intempestives sur les prétendues postures agressives de l’aviation israélienne face aux troupes françaises de la FINUL, il faut lire (avant le pavé de Pryce-Jones) cette intéressante présentation de la politique israélienne de la France de 1948 à 1968 sur le site Leviathan.

Ne serait-ce que pour mesurer le chemin parcouru depuis la presque inimaginable heureuse parenthèse de ces treize années de bonnes relations qu’ont connue les deux pays de 1954 à 1967.

Période faste et fruit d’une improbable conjoncture d’intérêts stratégiques et militaires (les évènements d’Algérie mais aussi la volonté de contrer l’Egypte de Nasser) mais aussi politiques (entre dirigeants socialistes des deux côtés), industriels (avec de grands chefs d’entreprise juifs tels que Marcel Bloch Dassault et ses Mirages) et moraux (la volonté de réparer les crimes de Vichy) qui firent que c’est finalement la France (et non les EU ou la Grande-Bretagne) qui fournira à Israël l’outil militaire (nucléaire) de sa survie.

Le tout sur fond de lutte avec le Quai d’Orsay, traditionnellement plus pro-arabe (jusqu’à l’exfiltration du Moufti de Jérusalem Haj Husseini sous un mandat de crimes de guerre, notamment pour son alliance avec les nazis et les exactions de sa légion musulmane en Bosnie) mais surtout soucieux de contrer les avancées britanniques en Egypte et dans le monde arabe en général, et qui s’est d’ailleurs… bien repris depuis avec la surenchère pro-arabe que l’on connait.

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Islam: Bienvenue au paradis du mariage à l’heure! (Prostitutes welcome. Just wear a veil)

3 décembre, 2006
L’esclavage fait partie de l’islam et quiconque souhaite son abrogation est un infidèle. Sheikh Saleh Al-Fawzan (autorité religieuse saoudienne)
La femme peut appartenir légalement à l’homme de deux façons : le mariage continu ou le mariage temporaire. Pour le premier il n’est pas nécessaire de préciser la durée; pour le second on indique, par exemple, qu’il s’agit d’une période d’une heure, d’un jour, d’un mois, d’un an ou plus. Ayatollah Khomeyni
Abusant des dispositions autorisant un Musulman à avoir quatre épouses en même temps, de nombreux Arabes âgés non seulement épousent des mineures («Les Arabes préfèrent les mariées adolescentes, et vierges») à Hyderabad, mais en épousent parfois même plus d’une par session.Généralement, les Arabes «épousent» les jeunes filles pour de courtes périodes, parfois juste pour la nuit. Wajihuddin précise que les formalités de mariage et de divorce sont souvent préparées en même temps, afin d’accélérer la procédure pour tous les participants. Cela ressemblait à une maison de passe. Les filles durent défiler devant les Arabes qui soulevaient leurs burka, passaient la main dans leurs cheveux, étudiaient leur allure et conversaient avec elles par l’intermédiaire d’un interprète. Daniel Pipes

Une leçon pour nos intolérants et hypocrites Européens amateurs de lunaparks et Eros centers qui veulent interdire la burqa …

Le mariage à la nuit ou à l’heure garantie 11% hallal avec burqa et nikaah, la si accomodante et bien nommée réglementation islamique du mariage …

Sans parler des formalités de divorce préparées à l’avance pour gagner du temps …

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Burqa: Attention une intolérance peut en cacher une autre! (Intolerance in Europe)

3 décembre, 2006
Ceux qui affirment que Mahomet était pacifiste sont des menteurs et des incultes. Il a usé de la violence et l’a prêchée. Mohammed Bouyeri (assassin de Theo Van Gogh, 2 février 2006)
A country famous for tolerating prostitution, drug use, euthanasia and public nudity considers Muslim veiling beyond the pale. (…) But attacking Muslim culture — as opposed to those who practice or promote violent acts — is no way to diminish the threat. The Washington Post

Intéressant édito du Washington Post mettant l’Europe devant ses contradictions.

Ils auraient d’ailleurs même pu rajouter les pubs sexistes qui s’étalent à tous les coins de rue, notamment françaises, quand dans le même temps, on se déchaine (avec la plus belle inconscience ou hypocrisie) contre le non-respect de la dignité féminine que représentent le foulard ou le voile islamiques.

Pourtant, ils oublient aussi au passage quelques petits détails.

Comme les moins de 1% de musulmans américains (moins de 3 millions pour une population totale de plus de 300 millions dont un quart de noirs convertis) comparés aux 6 % néerlandais (près d’un million pour 16 millions –  7, 5% pour la France et naturellement bien plus dans certaines zones) !

Ou le fait que toute une série d’états américains ou établissements scolaires ou sportifs ont été eux-mêmes amenés (certes pas toujours avec succès) à interdire la burqa, notamment sur les photos de permis de conduire (Floride, Alabama, Nebraska) ou une école (Muskogee, Oklahoma en 2004) pour… raisons de sécurité !

Et surtout que la distinction islam/islamisme (si chère, comme la fallacieuse mise dos à dos des « fondamentalismes », à nos belles âmes des deux côtés de l’Atlantique) est non seulement plus que douteuse si on lit les textes, mais explicitement réfutée par… les porteuses de burqa elles-mêmes!

PS: on attend aussi la sortie prochaine de la burqa pour la panoplie de la Barbie syrienne (voir ci-dessous) et bientôt… la ceinture d’explosifs ?

Intolerance in Europe
Prostitutes and drug dealers are welcome in the Netherlands. Just don’t wear a veil.

The WP

November 25, 2006

EUROPE’S MUSLIM communities increasingly are portrayed — especially by European media — as havens for religious intolerance that flourish thanks to the overly tolerant policies of liberal governments. It’s true that until relatively recently, some Western European governments shrank from confronting clerics or others who promoted extremist ideology or encouraged terrorism. It’s also true that some European artists and politicians have been threatened or even killed for criticizing or mocking Islam. But another important part of the dangerous increase in tensions between Europeans and Muslims is the blatant bigotry of many mainstream political leaders, journalists and other elites against Islam and its followers.

Sometimes the bigots portray their crude attacks on Muslim beliefs and culture as a defense of freedom of speech — as when a Danish newspaper last year chose to publish gratuitously offensive cartoons about the prophet Muhammad. Sometimes they claim to be promoting better communication, as when British parliamentarian Jack Straw recently asked Muslim women to remove their veils when visiting his office. Luckily for the enemies of cynicism and disingenuousness, there is also the Dutch government — which no longer bothers to disguise its ugly prejudice.

On Nov. 17, just five days before Wednesday’s hard-fought general election in the Netherlands, the incumbent center-right government promised that, if reelected, it would introduce legislation to ban the wearing of burqas and other facial coverings in most public places, including courts, schools, trains and even streets. The ruling Christian Democratic Appeal party finished first in the voting, but the makeup of the next government remains unclear. If enacted, the prohibition would affect no more than a few dozen of the country’s 1 million Muslims, who make up some 6 percent of the population. But the point is symbolic: A country famous for tolerating prostitution, drug use, euthanasia and public nudity considers Muslim veiling beyond the pale.

Rita Verdonk, the immigration minister who is rapidly becoming the face of the new Dutch intolerance, claimed that the measure was needed for « reasons of public order, security and protection of citizens. » Nothing subtle in that connection: As far as Ms. Verdonk is concerned, burqas and terrorism are synonymous.

Like other Europeans, the Dutch have reason to worry about terrorism; the country has been traumatized by the assassinations of a prominent right-wing politician and a right-wing filmmaker in the past few years. But attacking Muslim culture — as opposed to those who practice or promote violent acts — is no way to diminish the threat. It won’t be surprising if more Dutch Muslims respond to their government by putting on burqas — or by answering intolerance with intolerance.

Voir aussi:

Courrier international – 16 nov. 2006
PAYS-BAS – La tolérance néerlandaise à l’épreuve

Dans On a tué Theo Van Gogh, l’écrivain Ian Buruma s’interroge sur l’état de la société nérlandaise et l’avenir des relations entre l’Europe et l’islam. Un sujet qui résonne dans la presse mondiale.

Ecrit en anglais, le livre de Ian Buruma, Murder in Amsterdam: The Death of Theo Van Gogh and the Limits of Tolerance (traduit en français sous le titre On a tué Theo Van Gogh, éd. Flammarion), touche un public beaucoup plus vaste que les Néerlandais, auxquels il s’adresse indirectement. « Chef-d’œuvre de reportage littéraire », selon Die Tageszeitung de Berlin, l’ouvrage s’ouvre sur le meurtre en 2004 du cinéaste Theo Van Gogh par un islamiste néerlandais d’origine marocaine, Mohammed Bouyeri, et s’interroge sur la tolérance aux Pays-Bas et sur les relations entre l’Europe et l’islam.

« L’orgueil national des Néerlandais était touché : soudain leur pays n’était plus l’exception magnifique, explique l’auteur lui-même dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung. Le lien fatal entre le fondamentalisme religieux du Moyen-Orient et les problèmes des immigrés déracinés d’Europe faisait son apparition dans les banlieues d’Amsterdam. Ce n’est que récemment que les Néerlandais se sont libérés de leurs restrictions sociales et religieuses. Leur culture laïque du sexe, drogue et rock’n roll n’est apparu que dans les années 1960. La société néerlandaise était auparavant organisée en communautés confessionnelles relativement séparées. La plupart des gens votaient pour des partis chrétiens, fréquentaient des écoles chrétiennes (subventionnées par l’Etat), des clubs de sport catholiques ou protestants. Le christianisme néerlandais ne faisait certes pas preuve d’un fondamentalisme agressif, mais, avant la Seconde Guerre mondiale, les mariages entre catholiques et protestants étaient probablement plus rares que les mariages entre chrétiens et musulmans aujourd’hui. »

« Ian Buruma entend avant tout montrer que les personnages et le ‘drame’ lui-même sont particulièrement néerlandais », estime la Neue Zürcher Zeitung. « Des personnalités à première vue totalement différentes partagent des attitudes qui ne peuvent se comprendre que dans le contexte néerlandais. Il y a par exemple une sorte de calvinisme atténué pour lequel une éthique stricte reste la seule position moralement correcte. La tolérance néerlandaise, avance Buruma, est entre autres le résultat d’un énorme travail de pacification et de maîtrise psychologique depuis les guerres de religion. Cet héritage a été jusqu’à présent géré par une élite qui ne se distingue pas tellement des bons bourgeois dont Frans Hals faisait jadis le portrait : des gens conscients de leurs responsabilités et de leur valeur mais aussi fiers d’eux-mêmes. »

Mais, comme le remarque Timothy Garton Ash dans The New York Review of Books, « les histoires typiquement néerlandaises de Theo Van Gogh, Ayaan Hirsi Ali et Mohammed Bouyeri ne forment qu’une petite partie de la trame vaste et complexe constituée de l’Europe et de l’islam ». Dans ce domaine, note The Observer, Ian Buruma « montre que les valeurs des Lumières ont été réquisitionnées par les conservateurs, qui pensent que le multiculturalisme est allé ‘trop loin’ et qui brandissent leur attachement à ces valeurs comme un insigne d’identité nationale et culturelle. Pour eux, les valeurs des Lumières ne sont pas simplement universelles, parce qu’elles sont issues de la raison, mais elles sont ‘notre’ universel, ancré dans la culture occidentale. »

« En ce sens, poursuit l’hebdomadaire britannique, elles sont un miroir de la promesse de pureté de l’islam moderne. Deux versions concurrentes et hostiles de la vérité absolue s’opposent, issues de cultures différentes, chacune ayant pour mission de supplanter la culture et d’attirer les déracinés. »

En revanche, regrette la Neue Zürcher Zeitung, « Buruma est moins convaincant quand il tente d’exprimer des choses profondes sur les limites de la tolérance, comme le promet le sous-titre de son essai. Il est extrêmement critique vis-à-vis d’Ayaan Hirsi Ali : celle-ci est pour lui une sorte d’aristocrate éclairée et radicale qui ordonne aux musulmans de faire table rase de leur culture arriérée. Il n’existe pas de recette politique ou psychologique, conclut le quotidien zurichois, mais l’essai de Buruma a le mérite de nous permettre de mieux comprendre le problème. »

Eric Maurice

Voir enfin:

Bestseller in Mideast: Barbie With a Prayer Mat
Katherine Zoepf
The NYT
September 22, 2005

DAMASCUS, Syria, Sept. 21 – In the last year or so, Barbie dolls have all but disappeared from the shelves of many toy stores in the Middle East. In their place, there is Fulla, a dark-eyed doll with, as her creator puts it, « Muslim values. »

Fulla roughly shares Barbie’s size and proportions, but steps out of her shiny pink box wearing a black abaya and matching head scarf. She is named after a type of jasmine that grows in the Levant, and although she has an extensive and beautiful wardrobe (sold separately, of course), Fulla is usually displayed wearing her modest « outdoor fashion. »

Fulla’s creator, NewBoy Design Studio, based in Syria, introduced her in November 2003, and she has quickly become a best seller all over the region. It is nearly impossible to walk into a corner shop in Syria or Egypt or Jordan or Qatar without encountering Fulla breakfast cereal or Fulla chewing gum or not to see little girls pedaling down the street on their Fulla bicycles, all in trademark « Fulla pink. »

Young girls here are obsessed with Fulla, and conservative parents who would not dream of buying Barbies for their daughters seem happy to pay for a modest doll who has her own tiny prayer rug, in pink felt. Children who want to dress like their dolls can buy a matching, girl-size prayer rug and cotton scarf set, all in pink.

Fulla is not the first doll to wear the hijab, a traditional Islamic head covering worn outside the house so a woman’s hair cannot be seen by men outside her family. Mattel markets a group of collectors’ dolls that include a Moroccan Barbie and a doll called Leila, intended to represent a Muslim slave girl in an Ottoman court. In Iran, toy shops sell a veiled doll called Sara. A Michigan-based company markets a veiled doll called Razanne, selling primarily to Muslims in the United States and Britain.

But none of those dolls have enjoyed anything approaching Fulla’s wide popularity. Fawaz Abidin, the Fulla brand manager for NewBoy, said that was because NewBoy understood the Arab market in a way that its competitors had not.

« This isn’t just about putting the hijab on a Barbie doll, » Mr. Abidin said. « You have to create a character that parents and children will want to relate to. Our advertising is full of positive messages about Fulla’s character. She’s honest, loving, and caring, and she respects her father and mother. »

Though Fulla will never have a boyfriend doll like Barbie’s Ken, Mr. Abidin said, a Doctor Fulla and a Teacher Fulla will be introduced soon. « These are two respected careers for women that we would like to encourage small girls to follow, » he said.

On the children’s satellite channels popular in the Arab world, Fulla advertising is incessant. In a series of animated commercials, a sweetly high-pitched voice sings the Fulla song in Arabic (« She will soon be by my side, and I can tell her my deepest secrets ») as a cartoon Fulla glides across the screen, saying her prayers as the sun rises, baking a cake to surprise her friend Yasmeen, or reading a book at bedtime – scenes that, Mr. Abidin said, are « designed to convey Fulla’s values. »

A series of commercials seems more familiarly sales-oriented, starring young Syrian actresses who present Fulla silverware, Fulla stationery, Fulla luggage and, of course, new accessories for Fulla herself. « When you take Fulla out of the house, don’t forget her new spring abaya! » says one commercial.

In Damascus, a Fulla doll sells for about $16, in a country where average per capita income hovers around $100 per month. And yet, said Nawal al-Sayeedi, a clerk at the Space Toon toy store in the city’s upscale Abou Roumaneh neighborhood, Fulla flies off the shelves.

When Iman Telmaz took her two young daughters back-to-school shopping recently, disaster struck. Ms. Telmaz had promised the girls, 10-year-old Alia and 5-year-old Aya, new pink Fulla backpacks for the start of the school year, and the stores were sold out.

Ms. Telmaz resolved to keep looking. « The children love their Fulla dolls, » she said. « Aya is starting school for the first time, and has specially asked for a Fulla backpack. For these girls, it has to be Fulla. »

Ms. Sayeedi, the toy store clerk, said she felt sorry for parents.

« If you’ve got a TV in the house, it’s Fulla all the time, » she said. « The parents complain about the expense. But Fulla gives girls a more Islamic character to emulate, and parents want that. »

Not everyone sees Fulla as such a positive influence. Maan Abdul Salam, a Syrian women’s rights advocate, said Fulla was emblematic of a trend toward Islamic conservatism sweeping the Middle East. Though statistics are hard to come by, he said, the percentage of young Arab women who wear the hijab is far higher now than it was a decade ago, and though many girls are wearing it by choice, others are being pressured to do so.

« If this doll had come out 10 years ago, I don’t think it would have been very popular, » he said. « Fulla is part of this great cultural shift. »

« Syria used to be a very secular country, » he added, « but when people don’t have anything to believe in anymore, they turn toward religion. »

Fatima Ghayeh, who at 15 is a few years past playing with dolls herself, said she felt « sad that no one plays with Barbie anymore. » But, pressed for further explanation, Ms. Ghayeh, dressed in a white hijab and ankle-length khaki coat, appeared to change her mind.

« My friends and I loved Barbie more than anything, » she said. « But maybe it’s good that girls have Fulla now. If the girls put scarves on their dolls when they’re young, it might make it easier when their time comes. Sometimes it is difficult for girls to put on the hijab. They feel it is the end of childhood. » « Fulla shows girls that the hijab is a normal part of a woman’s life, » Ms. Ghayeh continued. She gestured behind her, at a pair of excited little girls examining a rack of Fulla-branded Frisbees and pool toys. « Now the girls only want Fulla. »

But Jyza Sybai , a lanky, tomboyish Saudi 10-year-old, visiting Syria with her family for a short vacation, disagreed. « All my friends have Fulla now, but I still like Barbie the best, » Jyza said. « She has blond hair and cool clothes. Every single girl in Saudi looks like Fulla, with the dark hair and the black scarf.

« What’s so special about that? »


Ségolène Royal: Allo maman bobo ou la longue marche du matérialisme au… maternalisme historique!

1 décembre, 2006
Je m’oppose à une diplomatie rhétoricienne, sans crédit. Je veux une diplomatie de partenariat. Dans un monde divisé, hanté, de Bagdad à Kaboul ou Guantanamo, par les conflits de civilisations, il faut mettre le développement, la santé, l’éducation au coeur de notre politique étrangère. Ségolène Royal

Avec le philosophe Marcel Gauchet, on ne peut que se féliciter que Ségolène Royal ait enfin réussi ce que Jospin s’était refusé à faire, à savoir sortir le PS du mitterrandisme.

De même, comment regretter le sacré coup de vieux qu’elle donne à la politique de papa, y compris celle de Sarkozy (et de… Gauchet lui-même qui continue à parler d’ « hommes politiques » !) ?

Mais peut-on réellement se réjouir, avec le recul de l’expérience du 21 avril 2002, qu’étant donné « le rejet de la politique traditionnelle », les Français « paraissent prêts au saut dans l’inconnu » ?

Car avec une Ségolène Royal ne serait-on pas en train de remplacer une tyrannie par une autre ? A savoir celle des élites et énarques qui savent tout (le méchant papa qui disait – de moins en moins – non) à celle, via l’idée de la candidate-miroir de ses électeurs, de la démagogie facile des sondages (la gentille maman qui elle dit oui à tout)?

Ainsi, pour ne prendre que l’exemple du soi-disant « mariage homosexuel » (mais on pourrait faire la même démonstration avec les positions de notre Zapatera nationale – encore le syndrome espagnol – sur la politique extérieure) où elle avait longtemps maintenu une position ferme, ne la voit-on pas maintenant, sous prétexte de « modernité », céder au chantage à l’égalité à tout prix (« si on parle seulement d’union, on va dire qu’il s’agit d’un sous-mariage. Si ce n’est pas le même mot, on dira que ce n’est pas vraiment l’égalité des droits »)?

Morceaux choisis:

Je me suis toujours refusée à instrumentaliser les questions de société pour faire « dans le coup ». Il faut donc procéder avec tact et doigté. Plusieurs pays ont avancé. À l’heure actuelle, ma réflexion est celle d’une mère : quel parent pourrait, quelles que soient ses convictions religieuses, s’opposer au bonheur de son enfant si c’est son choix ? La loi doit pouvoir créer cette union en mairie pour permettre à chacun de construire librement sa vie, à égalité de droits et devoirs. «Je préfère le mot union à celui de mariage pour ne pas bousculer les repères traditionnels, la famille c’est un père et une mère. Mais le débat aura lieu.
Ségolène Royal (Le Parisien, 23 février 2005)
Je n’ai jamais dit que j’étais contre. J’ai fait beaucoup de choses pour les gays et les lesbiennes, dans mon action politique. Je pense simplement qu’il ne faut pas se servir des gays et des lesbiennes, et se faire une popularité branchée sur leur dos. C’est une question trop importante. On ne doit pas l’aborder comme ça sur un coin de table. Il faut être mature en politique, laisser les choses évoluer, discuter. L’Espagne nous a montré que c’était possible.
Ségolène Royal (congrès du parti socialiste au Mans, novembre 2005)
A partir du moment où on reconnaît la famille homoparentale comme une famille, elle a le droit de concevoir un projet familial. Si un homosexuel peut adopter seul, pourquoi un couple homosexuel ne pourrait pas le faire ? » « L’ouverture du mariage aux couples de même sexe est dans le projet du PS. Si une majorité de gauche est élue, elle votera un texte mettant en application ce projet.

Ségolène Royal (juin 2006)

Morceaux choisis de Marcel Gauchet:

Qui ne voit que nous sommes gouvernés par des gens qui, derrière leurs grands airs, ont le trouillomètre à zéro à l’image de Jacques Chirac, ce radical-socialiste qui a peur de son ombre ?

elle incarne la décomposition du mitterrandisme. On s’attendait à ce que la sortie du mitterrandisme se fasse par la doctrine. Or, une telle rénovation intellectuelle était en fait assez improbable. Le «droit d’inventaire» de Jospin a vite tourné court. Comme tout parti, le PS a eu peur d’ouvrir la boîte de Pandore des révisions idéologiques, dont on ne sait jamais jusqu’où elles peuvent conduire, et a préféré s’en tenir à une doctrine qui a montré sa capacité à gagner des élections. Il est toujours très difficile de s’arracher à une recette qui a fonctionné. C’est par une voie de contournement que l’affaire s’est faite. Elle s’est jouée sur le terrain de l’image et du symbole, et par l’incarnation dans une personne singulière. (…) Autour de sa personne est en train de se produire un processus de catalyse politique qui, quelle que soit l’issue du scrutin présidentiel, sera difficile à arrêter.

Lors des débats, Ségolène Royal a littéralement ringardisé ses compétiteurs. Quelque chose du vieux style masculin d’autorité ne passe plus. Sarkozy a du souci à se faire, de ce point de vue. Ses postures de matamore sont à revoir. Mais la véritable force politique de Ségolène Royal réside dans le fait qu’elle est la seule à avoir saisi la profonde crise d’autorité qui travaille la société française. Elle a pris la juste mesure du scepticisme qui règne dans le pays à l’égard de la prétendue compétence de la classe dirigeante. L’arrogance du discours technocratique dissimule de plus en plus mal l’incertitude des résultats et la faiblesse du pouvoir.

Présidentielle 2007

Marcel Gauchet, philosophe et historien des idées, explique la percée de la candidate PS par sa capacité à saisir la crise d’autorité qui travaille la société française:
«Ségolène Royal incarne la sortie du mitterrandisme»
Reuters. Ségolène Royal. Meeting PS, le 26 novembre 2006 à la Mutualité, Paris.
Eric AESCHIMANN
Libération, le 28 novembre 2006

Rédacteur en chef de la revue le Débat, le philosophe Marcel Gauchet revient sur l’investiture de Ségolène Royal comme candidate du Parti socialiste à la présidentielle, qui acte, selon lui, «la décomposition du mitterrandisme».

Quel bilan tirez-vous de la désignation de Ségolène Royal ?

La première chose est que la procédure démocratique a su réguler le choc des personnalités, par rapport à une phase initiale de déchaînement anarchique des ambitions. Cela a été porté au crédit du Parti socialiste, au point que la droite se sent maintenant un peu morveuse avec son vieux système plébiscitaire gaulliste. Le second point est que Ségolène Royal s’est révélée à l’épreuve des balles. Tout ce qui avait pu apparaître aux yeux des initiés comme des signes d’amateurisme n’affecte pas son image dans le grand public, à commencer par les militants socialistes.

Parce qu’elle incarne une figure de renouvellement ?

Plus exactement, je dirais qu’elle incarne la décomposition du mitterrandisme. On s’attendait à ce que la sortie du mitterrandisme se fasse par la doctrine. Or, une telle rénovation intellectuelle était en fait assez improbable. Le «droit d’inventaire» de Jospin a vite tourné court. Comme tout parti, le PS a eu peur d’ouvrir la boîte de Pandore des révisions idéologiques, dont on ne sait jamais jusqu’où elles peuvent conduire, et a préféré s’en tenir à une doctrine qui a montré sa capacité à gagner des élections. Il est toujours très difficile de s’arracher à une recette qui a fonctionné. C’est par une voie de contournement que l’affaire s’est faite. Elle s’est jouée sur le terrain de l’image et du symbole, et par l’incarnation dans une personne singulière. Ségolène Royal se situe ailleurs, elle ne cherche pas à réviser l’héritage mitterrandien, elle représente une autre manière de faire. A l’attente de voir la page tournée, elle répond par ce qu’elle est. Le phénomène montre à quel point l’esprit du système présidentiel est entré dans les têtes. Autour de sa personne est en train de se produire un processus de catalyse politique qui, quelle que soit l’issue du scrutin présidentiel, sera difficile à arrêter.

Quels sont les ressorts de ce processus ? Le fait qu’elle soit une femme ? Sa capacité à ne pas parler comme les autres dirigeants socialistes ?

«L’effet femme» est indiscutable. Il a un côté expérimental : on a tout essayé, sauf une femme. Essayons ! Mais il va bien plus loin. Il relève d’un phénomène culturel et même anthropologique. Lors des débats, Ségolène Royal a littéralement ringardisé ses compétiteurs. Quelque chose du vieux style masculin d’autorité ne passe plus. Sarkozy a du souci à se faire, de ce point de vue. Ses postures de matamore sont à revoir. Mais la véritable force politique de Ségolène Royal réside dans le fait qu’elle est la seule à avoir saisi la profonde crise d’autorité qui travaille la société française. Elle a pris la juste mesure du scepticisme qui règne dans le pays à l’égard de la prétendue compétence de la classe dirigeante. L’arrogance du discours technocratique dissimule de plus en plus mal l’incertitude des résultats et la faiblesse du pouvoir. Qui ne voit que nous sommes gouvernés par des gens qui, derrière leurs grands airs, ont le trouillomètre à zéro à l’image de Jacques Chirac, ce radical-socialiste qui a peur de son ombre ? Quand Ségolène Royal dit qu’elle n’a pas de certitudes, elle échappe à la malédiction du rôle de «monsieur Je-sais-tout» dans lequel les hommes politiques se sont laissés enfermer et qui n’est plus crédible. En admettant sans rechigner qu’elle n’a pas toujours la solution, elle manifeste un rapport plus sain à la réalité. Et comme en même temps elle apparaît très capable de fermeté, elle dessine une autre image du pouvoir, probablement beaucoup plus en phase avec les aspirations populaires. On discute d’abord, mais quand on a décidé, on s’y tient.

Ségolène Royal va-t-elle devoir sortir du flou de ses propositions ?

C’est la grande inconnue : pourra-t-elle tenir jusqu’à l’élection en se contentant de lancer des signaux d’opinion et d’indiquer des voies ? Après tout, peut-être. Elle vient d’en donner l’exemple, avec son idée d’une campagne participative décentralisée. «Décentralisation» sera probablement l’un des maîtres mots de sa campagne, avec sa promesse d’élargissement du pouvoir de proximité. Le thème a l’avantage d’attirer à la fois l’intérêt des citoyens… et le soutien des féodaux socialistes, auxquels cette perspective ne peut que sourire. Elle risque d’avoir plus de mal sur le social. L’Etat-providence est diabolique de complexité. Les questions de société demandent beaucoup de doigté. Le danger, sur ce terrain on l’a déjà vu avec son blog et son fameux livre participatif, qui est resté en plan , est l’enlisement dans une succession de propositions très difficiles à rendre cohérentes entre elles. Tout dépendra de sa capacité de se saisir de quelques points déterminants, où elle peut marquer des points. Par exemple, la justice, l’hôpital, l’éducation même si, sur ce sujet, elle s’est créée toute seule des obstacles. Au fond, elle a intérêt à traiter le système social par bouts plutôt que de le prendre comme un bloc. C’est moins glorieux sur le papier, mais cela peut illustrer le refus d’une politique parachutée d’en haut.

Certains commentateurs annoncent déjà qu’elle ne peut que s’effondrer…

Cette réaction est à la mesure de l’inconnu de la situation. La gauche s’est toujours différenciée de la droite par son ambition programmatique. Ségolène Royal échappera difficilement à cette logique de l’offre. Il se peut que, en sortant de ses ambiguïtés, cette candidate hors norme soit vouée à se banaliser… et à se révéler pas très performante en tant que candidate classique. Il se peut aussi qu’elle trouve un chemin nouveau. L’issue est imprévisible. Une seule chose est sûre : le rejet de la politique traditionnelle est tel que les Français paraissent prêts au saut dans l’inconnu.

Voir aussi:

Têtu

Info du 20 juin 2006

France (Politique)
Interview exclusive: Ségolène Royal se prononce pour le mariage des homos dans «Têtu»

«Pour moi, la question fondamentale est celle des discriminations.» C’est ainsi que Ségolène Royal a débuté l’entretien exclusif accordé à Têtu, daté de juillet-août 2006, en kiosques le 21 juin. La candidate préférée des Français pour l’élection présidentielle a enfin levé le voile sur ses positions sur l’ouverture du mariage et de l’adoption par les couples homosexuels. L’ancienne ministre de la Famille du gouvernement Jospin défend la reconnaissance des familles homoparentales et se prononce en faveur du mariage des couples gay et lesbiens. «À partir du moment où on reconnaît la famille homoparentale comme une famille, cette famille a le droit de concevoir un projet familial […] Si un homosexuel peut adopter seul, pourquoi un couple homosexuel ne pourrait pas le faire? Les fondements juridiques sont là. On peut franchir le pas de la reconnaissance de l’homoparentalité sur la base de la qualité du projet familial.» Surtout, la présidente de la région Poitou-Charentes revient sur sa position sur l’ouverture du mariage civil aux couples gay et lesbiens. «Je comprends la revendication exprimée par les homosexuels sur le mariage parce qu’elle s’inscrit dans le cadre plus large de la lutte contre les discriminations», explique Ségolène Royal avant de préciser: «Cette revendication d’égalité des droits me semble cohérente avec l’émergence de libertés nouvelles. Chacun doit pouvoir construire sa vie avec dignité, avec des règles claires, qui s’appliquent à tous.» Elle explique ensuite pourquoi elle défendait précédemment plutôt l’idée d’une union à celle du mariage pour les couples homos. «Je pense toujours que le mot union est juste, qu’il correspond plus à la réalité. Pour autant, j’ai bien conscience du symbole: si on parle seulement d’union, on va dire qu’il s’agit d’un sous-mariage. Si ce n’est pas le même mot, on dira que ce n’est pas vraiment l’égalité des droits. L’ouverture du mariage aux couples de même sexe est dans le projet du PS. Le débat aura lieu, et si une majorité de gauche est élue, elle votera un texte mettant en application ce projet».
Dans cet entretien, Ségolène Royal aborde également les questions de lutte contre l’homophobie, prévention du suicide chez les jeunes homos, les campagnes d’information sur le sida et les IST. Retrouvez dans Têtu, en kiosques demain 21 juin, l’intégralité de cet entretien.

par Emmanuelle Cosse

Voir enfin Evelyne Roudinesco:

Après la soviétisation des esprits, la… maternalisation!

C’est le sens de l’histoire (…) Pour la première fois en Occident, des hommes et des femmes homosexuels prétendent se passer de l’acte sexuel pour fonder une famille. Ils transgressent un ordre procréatif qui a reposé, depuis 2000 ans (???), sur le principe de la différence sexuelle.

Evelyne Roudinesco

Ils nous avaient pas déjà fait le coup avec le… bolchévisme ?

Mais, c’est vrai, comme on est partis, pourquoi garder l’archaïque et multimillénaire interdit de l’inceste et pourquoi continuer à interdire le mariage de la mère et du fils, du père et de la fille ou du frère et de la sœur, ou, tant qu’on y est… mère-fille, père-fils, frère-frère ou sœur-soeur?

Et d’ailleurs si avec les progrès de la science, la sexualité n’est plus indispensable à la reproduction, pourquoi continuer à s’embarrasser, alors qu’on a la dialyse pour l’élimination des toxines, d’organes aussi archaïques que… les reins ?

Au moment où l’Italie sacrifie à son tour à la mode du soi-disant « mariage homosexuel », il n’est peut-être pas inutile de revenir un moment sur les inanités que sous prétexte de modernité, on nous assène depuis quelques années. Comme cet entretien de 2002 où, à l’occasion de la sortie de son dernier livre au titre si éloquent (« La Famille en désordre »*), la plus chic de nos psychanalystes, Evelyne Roudinesco, plaide pour l’homoparentalité et « retrace depuis le xviiie siècle le parcours de cette tribu insolite qu’est la famille ».

Le nouveau désordre familial
Parents homos: « C’est le sens de l’histoire »
Le Nouvel Observateur
3 octobre 2002

Le Nouvel Observateur. – Vous décrivez dans votre ouvrage les grandes mutations de la famille. Quel est selon vous le plus grand bouleversement qu’elle ait subi?

Elisabeth Roudinesco. – La perte de l’autorité paternelle, sans doute. «En coupant la tête du roi, la Révolution a fait tomber la tête de tous les pères de famille», a écrit Balzac. Au cours du xxe siècle, le père a perdu la quasi-totalité de ses pouvoirs. Les femmes, libérées par la contraception, se sont progressivement émancipées, jusqu’à décider, dans certains cas, de se passer des hommes pour fonder un foyer. Les fils se sont mis à critiquer la toute-puissance des patriarches. La famille s’est maternalisée, privilégiant la relation mère-enfant. Depuis, les pères tentent difficilement de trouver leur place. La famille contemporaine est totalement désordonnée, c’est une tribu insolite,fragile et névrosée…

N. O. – … une tribu qui selon vous n’a jamais été autant plébiscitée.

E. Roudinesco. – Après avoir été tant critiquée en 1968, elle est maintenant aimée, rêvée. On lui demande d’être tout à la fois: le creuset de l’épanouissement individuel, du bonheur et du plaisir sexuel, la grande forteresse dans laquelle se ressourcer dans un monde dépressif… Ainsi la famille contemporaine se cherche, se transforme, elles est monoparentale, homoparentale, recomposée, déconstruite… Et pourtant elle reste la cellule de base de la société, notamment parce qu’elle est indispensable à la structuration du sujet. C’est ce que Freud entendait démontrer avec la thèse du meurtre du père et de la réconciliation nécessaire des fils avec la figure paternelle. La famille, c’est le lieu par lequel le sujet construit inconsciemment son autonomie, à travers une relation conflictuelle avec ses parents, représentants de l’autorité.

N. O. – Remplit-elle toujours aussi bien ce rôle, alors que l’autorité paternelle est en crise?

E. Roudinesco. – Je ne fais pas partie des souverainistes qui s’alarment de la fin de l’autorité de l’école, de la République ou du père. Je ne crois pas que la paternité soit réellement en danger, bien qu’elle ait tout perdu. (???) Un certain type d’autorité est en train de disparaître, mais la société va accoucher d’autres formes d’ordre symbolique. Au XIXe, les penseurs conservateurs redoutaient l’émancipation des femmes. Ils disaient: «Si elles travaillent, si elles se mettent à porter des pantalons et à revendiquer une sexualité épanouie, c’est la fin de la différence des sexes et la mort de la famille.» C’était simplement la fin d’un certain mode de famille… Aujourd’hui, on n’accuse plus les femmes, mais les homosexuels. L’homophobie actuelle traduit la même peur qu’une sorte d’apocalypse ne vienne ravager la société.

N. O. – Ce sont d’ailleurs les homosexuels, leur désir revendiqué de se mettre en couple et d’élever des enfants qui vous ont amenée à vous intéresser à la famille…

E. Roudinesco. – C’est vrai, je ne m’attendais pas à ce que les homosexuels souhaitent recréer un ordre familial qu’ils avaient si longtemps, si violemment contesté. Je suis désormais persuadée que le sida, qui a décimé toute une génération très jeune, a dû considérablement accroître le désir des gays d’engendrer et de transmettre. J’ai écouté les débats sur l’homoparentalité et j’ai été très frappée par la violence des propos tenus par certains psychanalystes. Ils se sont posés en pseudo-experts, ont affirmé: «C’est impensable, impossible, parce que c’est contraire à la nature, au complexe d’Œdipe, parce que ça ne s’est jamais vu», sans aucun recul, sans jamais essayer de comprendre ce qui se jouait là, dans ce mouvement de l’histoire. A force d’être sollicités par les pouvoirs publics et les médias, certains représentants des sciences humaines ont aujourd’hui tendance à s’ériger en gendarmes ou en techniciens du bien et du mal, ce que je trouve dangereux.

N. O. – Comment expliquer ces réactions?

E. Roudinesco. – Pour la première fois en Occident, des hommes et des femmes homosexuels prétendent se passer de l’acte sexuel pour fonder une famille. Ils transgressent un ordre procréatif qui a reposé, depuis 2000 ans, sur le principe de la différence sexuelle. A la limite, on pouvait imaginer que des homosexuels puissent élever des enfants, mais l’idée qu’ils veuillent le faire en couple a été un choc…

N.O. – Vous militez aujourd’hui pour une reconnaissance des familles homoparentales. Pourquoi?

E. Roudinesco. – A partir du moment où l’on considère l’homosexualité comme une sexualité ordinaire, je ne vois pas pourquoi on continue à discriminer les parents gays et lesbiens. D’autant que personne ne peut dire que les enfants d’homosexuels sont plus perturbés que les autres, qu’ils sont élevés avec moins d’amour et d’attention. Il faudra bien admettre un jour qu’ils portent, comme d’autres, la trace singulière d’un destin difficile. Et il faudra bien admettre aussi que les parents homosexuels sont différents des autres parents. C’est pourquoi notre société doit les accepter tels qu’ils sont, en leur accordant les mêmes droits et les mêmes devoirs. (???) Et ce n’est pas en se contraignant à être «normaux», à participer à des enquêtes prouvant que leurs petits vont parfaitement bien ou sont à l’aise avec le sexe opposé que les gays et lesbiennes parviendront à prouver leur aptitude à être de bons parents. Car, en cherchant à convaincre ceux qui les entourent que jamais leurs enfants ne deviendront homosexuels, ils risquent de donner d’eux-mêmes une image désastreuse. Rappelez-vous: tous les enfants héritent dans leur inconscient de l’enfance de leurs parents, de leur désir et de leur histoire.

N. O. – C’est pour cela que vous critiquez la culture du secret, qui, dans les adoptions mais aussi dans les PMA (procréations médicalement assistées) avec donneur inconnu, conduit à dissimuler les origines biologiques de l’enfant…

E.Roudinesco. – Je pense que ces habitudes françaises, qui consistent à assimiler filiation adoptive et biologique, ont vécu. On l’a vu d’ailleurs très clairement lors des débats sur la réforme de l’accouchement sous X. Les enfants adoptés ou nés sous X revendiquent aujourd’hui le droit de connaître leur histoire. Nul n’échappe à son destin, l’inconscient vous rattrape toujours.

N. O. – Mais faut-il toujours tout dire? Avouer par exemple à un enfant qu’il a été conçu avec le sperme d’un inconnu?

E. Roudinesco. – Non, évidemment. Je ne suis pas pour assommer tout le monde avec des vérités dès l’âge de 2 ans. Dans ce domaine, chaque histoire est inédite, et il faut réfléchir au cas par cas. Mais, à mon sens, les enfants adoptés ou issus de la PMA ne sortent jamais indemnes des perturbations liées à leur naissance. Il faut rester ouvert, être attentif à leurs questions, s’ils en posent, et surtout ne pas chercher à cacher la vérité. L’idéal serait de trouver une position équilibrée entre le système de transparence absolue à l’américaine et le système de dissimulation à la française, lequel, ne l’oublions pas, reposait autrefois sur une intention généreuse d’égalité des droits entre les enfants issus de différentes filiations.

Propos recueillis par Sophie des Déserts

(*) «La Famille en désordre», Fayard, 252 p., 18 euros.


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