Elections 2007: La vraie question derrière la posture et l’obstruction (Will France ever get past its appalling economic illiteracy?)

US troops walking past Maginot line
Le libéralisme, ce serait aussi désastreux que le communisme. Jacques Chirac (Le Figaro, le 16 mars 2005)
Le protectionnisme européen est la seule réponse réaliste (…) je pense que la France va être amenée à jouer dans les années qui viennent un rôle très particulier dans la contestation de ce libre-échange et de cette ambiance d’asphyxie qui touche tous les pays européens les uns après autres. Emmanuel Todd
Le véritable intérêt stratégique de l’Europe, c’est d’établir un partenariat avec l’Iran. Emmanuel Todd

Dans un pays qui s’est construit sur l’exceptionnalisme et qui, dépassé par l’autre exceptionnalisme, se réfugie de plus en plus dans l’obstructionnisme le plus puéril contre « l’hyperpuissance » et les « anglosaxons » …

Dans un pays où, comme le rappelle Chris Patten, le « stupéfiant analphabétisme économique » fait dire à l’actuel squatter de l’Elysée que le libéralisme serait pire que le communisme ..

Quoi de plus facile, après avoir moqué en 2002 « la fracture sociale » élites-peuple, que d’ironiser comme le fait aujourd’hui un Eric Zemmour dans le Figaro, sur la « seguinisation » de l’un et la « chevenementisation » de l’autre ?

Quoi de plus futile que de renvoyer dos à dos les deux principaux candidats devant leurs contradictions de campagne, empruntant pour ce faire aux pires réactionnaires que connait actuellement notre pays (« la fine analyse d’Emmanuel Todd » et « l’Etablissement » de Le Pen qui nous ont justement valu l’actuel délinquant multirécidiviste à la tête de l’Etat)?

Pourtant, au-delà de la question finalement bien « subsidiaire » (« lequel des deux candidats sera le plus gêné par son propre camp? »), la vraie question n’est-elle pas de savoir s’il est possible, comme le rappelle à nouveau Chris Patten, d’avoir enfin en France un débat sur « un terrain moderne », de « replacer la France dans le monde réel », autrement dit de ne plus parler de la mondialisation et de l’Europe comme le Père Fouettard et le Croque-Mitaine réunis ?

Royal contre Sarkozy : le duel dont la France et l’Europe ont besoin
Chris Patten
Le Figaro
le 21 décembre 2006

Est-elle capable de définir une stratégie gouvernementale qui replacerait enfin la France dans le monde réel ? Ségolène Royal n’est pas Margaret Thatcher, d’ailleurs personne n’est Margaret Thatcher. Depuis quelques années, dès qu’une femme se hisse vers le sommet en politique, on la jauge à l’aune du label Thatcher. Pourtant, jusqu’ici, il n’a existé qu’un seul exemplaire du vrai produit – un phénomène particulier qu’il faut replacer dans son contexte, un mélange de confiance en soi et de détermination de fer. Cette combinaison lui a permis de stopper, puis d’inverser, le déclin de l’économie britannique, ce phénomène qui, de relatif dans les années 1970, menaçait de devenir absolu. Quelles que furent les erreurs de Thatcher, c’est ce jugement-là que portera l’histoire.

Angela Merkel n’est pas non plus une Thatcher, et d’ailleurs, elle n’a pas besoin de l’être. Pas plus que Michèle Alliot-Marie, une femme de toute évidence formidable. Que tant de commentateurs politiques – des hommes pour la plupart – puisent dans leur répertoire de clichés en faisant cette comparaison en dit long sur l’indigence de leur sens historique. Ils ont également coutume de sous-estimer les femmes politiques, comme ils l’avaient fait avec Thatcher et comme ils le font – c’est désormais clair – avec Merkel. Que de condescendance elles doivent endurer de la part de leurs collègues masculins, les femmes engagées dans ce métier ! Quand un homme politique fait preuve d’inexpérience, ce serait la conséquence naturelle de sa jeunesse dans le métier. Mais chez une femme, la même inexpérience serait la faillite irrémédiable de ses capacités intellectuelles. Ou tout simplement le résultat de sa féminitude. Ce politicien français, Laurent Fabius si je me souviens bien, qui s’était demandé tout haut qui donc s’occuperait des enfants si Mme Royal briguait la présidence, devrait être condamné à repasser pendant dix ans ses propres chemises.

En toute objectivité, Mme Royal mérite d’être prise au sérieux. Après tout, elle a été désignée à une très large majorité par son camp, au terme d’un processus extrêmement ouvert et démocratique. La mésestimer reviendrait à mépriser les inquiétudes et les aspirations de tous ceux qui ont voté pour elle. Mais c’est maintenant que le vrai défi commence pour elle. Est-elle capable de définir une stratégie gouvernementale qui replacerait enfin la France dans le monde réel ? La France porte une vision noble du rôle de l’État, peut-être exagérément, surtout au XXIe siècle. C’est sans doute la meilleure explication pour le fait que tant d’étudiants veulent travailler pour lui. La France, et c’est admirable, accorde une importance considérable à la solidarité sociale, bien que celle-ci accorde la part du lion des avantages aux travailleurs du secteur public. La France se croit impartie d’une mission spéciale dans le monde, rappelez-vous le discours de Dominique de Villepin devant le Conseil de sécurité de l’ONU. Mais l’exceptionnalisme français n’immunise pas la France contre les conséquences de la mondialisation. Quoi qu’il en soit, la France surfe avec un grand succès sur la vague commerciale à travers le monde. Le devoir de Ségolène Royal est de montrer que la mondialisation ne menace pas nécessairement la France. Elle doit démontrer qu’il est possible à la France de rester aussi française que jamais tout en profitant de la mondialisation. Ce n’est pas la mondialisation qui pénalise les PME, ces entreprises qui incarnent si bien l’identité et la tradition françaises. Ce n’est pas non plus le libéralisme, que le président Chirac, avec un analphabétisme économique stupéfiant, avait un jour comparé au communisme. C’est la politique gouvernementale française qui accumule les charges sur le dos des entreprises, et qui fait qu’il est plus facile de gérer un supermarché hors de mon village que de tenir une boulangerie ou une quincaillerie dans le village.

Apparemment, Nicolas Sarkozy est à la recherche d’un langage qui lui permette à la fois de sonner authentiquement français et d’apparaître comme une figure pertinente au XXIe siècle. Il semble sincère dans son désir d’ouvrir l’économie sans permettre aux autres de voler les bijoux de la couronne française. J’espère qu’il concentrera vite son attention sur cette fichue question de la compétitivité française et européenne, un facteur important dans nos relations avec les États-Unis et l’Asie. Un jour, cette question devra englober une réforme générale des études supérieures en France, pour donner aux universités la liberté de diriger leurs propres affaires. Il serait sain pour la France, et pour l’Europe, que Royal affronte Sarkozy sur ce terrain moderne, elle, naturellement, mettant l’accent plus que lui sur la justice sociale. Le problème de Ségolène Royal n’est pas qu’elle ne réussisse pas à ressembler à Margaret Thatcher ou à Angela Merkel. Le risque, c’est que tant de ses collègues socialistes, des hommes en fin de carrière et professant des idéologies caduques, tentent pendant la campagne de l’empêcher d’être un leader du changement et du renouveau, un leader moderne, pertinent et attrayant. Au fur et à mesure que la campagne se déroulera au cours des prochains mois, les électeurs français seront distraits par une question subsidiaire : lequel des deux candidats sera le plus gêné par son propre camp ? À quel point la cinquième colonne de l’Élysée parviendra à endommager Nicolas Sarkozy ? Ségolène Royal pourra-t-elle tenir ses positions sans qu’on la fasse chanter pour qu’elle prenne des engagements politiques de nature à faire reculer la France ? J’espère pour l’Europe que ces candidats, tous les deux charismatiques et intéressants, pourront sans entrave présenter de vrais choix politiques ressemblant au monde qui frappe à la porte de la France.

Élection présidentielle : quand tous les candidats adoptent la posture protestataire?
L’ANALYSE d’Éric Zemmour, Journaliste au service Politique du Figaro.
Le Figaro
le 20 décembre 2006

Qui a dit : « C’est aux gouvernements démocratiquement élus de décider de l’avenir de nos économies et non à monsieur Trichet » ? Non, ce n’est pas le souverainiste Philippe de Villiers, mais Ségolène Royal. Qui a réclamé le retour de la « préférence communautaire européenne » ? Non ne c’est pas la communiste Marie-George Buffet, mais Nicolas Sarkozy. Qui a tonné contre le pouvoir maléfique de TF1 et des grands médias coupables de l’ignorer ? Non, ce n’est pas Jean-Marie Le Pen, mais François Bayrou.

Tous protestataires, tous populistes, tous mal-pensants. Tous parlant de et pour la province. Tous criant haro sur l’euro fort, tous vouant aux gémonies Jean-Claude Trichet. Tous anti-élites, tous anti-Paris, tous anti-Bruxelles. Un esprit innocent pourrait croire que Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy ont voté non au référendum sur le traité constitutionnel de mai 2005. Et que François Bayrou n’a pas été un soutien d’Édouard Balladur lorsqu’il était le candidat préféré de TF1.

À l’époque, il y a dix ans seulement, tout était simple : d’un côté les candidats sérieux, qui évoluaient dans le « cercle de la raison », celui de l’Europe bruxelloise et de la « mondialisation heureuse », et les autres, les extrêmes, les populistes, les démagogues. Pour avoir flirté avec les premiers, Jacques Chirac fut ostracisé par les bien-pensants mais il battit successivement les deux représentants assumés de ce qu’on appelait alors la « pensée unique » : Édouard Balladur et Lionel Jospin. Chirac avait alors mis un pied dans le Rubicon, mais n’avait pas plongé dedans, craignant d’être emporté par le courant glacé de la diabolisation nationaliste, souverainiste, protectionniste. Le mystérieux « gaucho-lepénisme ». Chaque présidentiable crédible se répétait alors comme une malédiction la menace de François Mitterrand : « On ne peut pas être président si on est contre l’Europe. » On a l’impression aujourd’hui que chacun des présidentiables se murmure au contraire : « On ne peut être élu que si on est contre l’Europe. » Depuis avril 2002 et le 29 mai 2005, tout se passe comme si une majorité d’électeurs français, obsédés d’égalité davantage que de liberté, comme le faisaient déjà remarquer Chateaubriand et Tocqueville, rejetaient un modèle qui crée à la fois beaucoup de richesses et beaucoup d’inégalités. Ségolène se chevènementise tandis que Sarkozy se séguinise. Douce revanche pour les battus de l’histoire récente.

Chacun de ces candidats s’est construit contre son propre camp, grâce aux sondages qui l’ont imposé à des appareils hostiles. C’est parce qu’ils étaient différents, parce qu’ils osaient des propos transgressifs par rapport au politiquement correct que Sarko et Sego se sont distingués. Sarkozy a dénoncé la dictature des « people » bien pensants par son discours répressif au « Kärcher » ; Ségolène de même avec les 35 heures ou l’encadrement militaire des jeunes voyous de banlieue. C’est grâce à leur époustouflante popularité que Sarkozy a déchiraquisé l’UMP et que Royal a exterminé les éléphants. C’est parce qu’il flirte enfin avec les nombres à deux chiffres que Bayrou a pacifié sa famille. Sarkozy n’était pas un énarque, Ségolène était une femme, Bayrou ne faisait pas la une de Paris Match en maillot de bain avec ou sans sa femme. Leurs faiblesses sont devenues des armes lourdes.

Les mots tant reprochés à Sarko – « racaille », « Kärcher » – l’ont définitivement démarqué du prompteur élyséen en langue de baobab ; l’incompétence avérée de Ségolène – en économie ou à l’international – est devenue la réelle source de sa légitimité face à la « compétence » de Fabius ou de DSK. Les affrontements de Bayrou et de Claire Chazal sur TF1 s’échangent sur le Net comme des samizdats sous le manteau au temps de Brejnev. C’est le pays réel contre le pays télévisuel. C’est la politique pour les nuls contre les premiers de la classe. C’est l’identification des « petits » contre l’arrogance de « ceux qui savent » : petits Blancs contre bobos, femmes contre hommes, provinciaux contre Parisiens. C’est l’heure de toutes les revanches.

Mais aucun d’entre eux ne veut ni ne peut aller trop loin. Sarkozy craint comme la peste la diabolisation médiatique ; Ségolène Royal laisse François Hollande réparer la vaisselle cassée avec le père et la fille Delors, et leurs épigones ; l’agrégé de lettres Bayrou marie avec un art consommé de la langue le terroir et Bruxelles, Maurice Barrès et Jean Monnet.

L’équilibre est fragile mais pour l’instant il tient. Il permet aux trois candidats de « l’Établissement » de récupérer les soutiens de l’électorat populaire, et à des champions du oui au référendum du 20 mai 2005 de marginaliser leurs vainqueurs du non, confirmant une nouvelle fois la vieille loi selon laquelle la domination idéologique n’entraîne pas forcément la domination politique.

Mais attention, la « vraie » campagne n’a pas commencé. Alors, chacun des candidats aura le même temps de parole médiatique. Alors, selon la fine analyse d’Emmanuel Todd, les classes populaires rentreront mentalement dans la bataille politique et ne suivront plus docilement le « bruit médiatique ». Alors, tous les marginalisés d’aujourd’hui, des souverainistes nationalistes aux altermondialistes trotskistes, voudront reprendre leur bien avec une rage féroce. Alors, les forces des favoris pourraient redevenir des faiblesses : Sarkozy est ministre d’État depuis quatre ans ; Ségolène Royal a fait toute sa carrière à l’ombre de Mitterrand et de Delors ; Bayrou veut faire travailler ensemble « tous les premiers de la classe », de DSK à Juppé en passant par Kouchner et Rocard.

Au fait, qui affiche dans Paris une superbe jeune femme, métisse ou Beurette, piercing apparent et pantalon taille basse ? Non, ce n’est pas Olivier Besancenot, mais Jean-Marie Le Pen. Et qui se paie une campagne d’affichage de « bourgeois » au nom des travailleurs ? Oui, c’est Arlette Laguiller. Tout fout le camp.

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