Iraq is seen only in the hindsight of who did what wrong and when. All the great good we accomplished and the high ideals we embraced are drowned out by the present violent insurgency and the sensationalized effort to turn the mayhem into an American Antietam or Yalu River. Blame is never allotted to al Qaeda, the Sadr thugs, or the ex-Baathists, only to the United States …
Iraq, contrary to popular slander, was not “cooked up” in Texas or at a Washington, D.C., neocon think tank. Rather, it was a reaction to two events: a decade of appeasement of Middle East tyrants and terrorists, and the disaster of September 11. Victor Davis Hanson
A l’heure où, complications de la situation irakienne obligent et surtout matraquage médiatique aidant, il est de bon ton de cracher sur les néoconservateurs (avec hélas la complicité de certains d’entre eux comme Fukuyama qui, après l’Histoire, les a déjà enterrés!), il faut lire, toujours sur l’excellent site léviathan, cette utile réévaluation où l’on découvre que les anti-Lumières ne sont pas ceux qu’on croit …
Cette complicité implicite et vraisemblablement temporaire entre les forces anti-universalistes (et carrément anti-lumières) et les puissants médias de gauche a déversé un déluge de feu sur les néoconservateurs – la gauche, même aujourd’hui n’est généralement pas anti-lumières mais, ceci étant dit, elle se laisse de plus en plus séduire par un certain nombre de concepts « relativistes » dont on peut faire remonter l’origine à des penseurs qui s’opposèrent aux Lumières ….
Le néoconservatisme est-il l’héritier des penseurs « anti-lumières »?
novembre 12, 2006
Léviathan
Il se dit énormément de choses contradictoires sur les néoconservateurs et, à vrai dire, c’est bien un courant d’idées frappé du sceau de l’infamie. J’aimerais démystifier un certain nombre de critiques émises, sans discernement, à son encontre et, parfois dans le plus pur style de la chasse aux sorcières. Il m’apparaît que, tout de même, tout n’est pas à jeter dans le néoconservatisme.
Il faut nous prémunir contre une tendance qui s’est développée récemment et qui avance au nom du pacifisme, de la protection des différences et des cultures particulières (en réalité leur exaltation) et qui, sous prétexte de prévenir le « choc des civilisations », s’oppose à un néoconservatisme qu’elle a défiguré et dont elle fait porter les habits par ses adversaires politiques.
Cette tendance très hétéroclite réunit en son sein des mouvements allant de l’extrême-gauche à l’extrême-droite et qui s’opposent au néoconservatisme pour des raisons différentes, propres à chacun. En lui prêtant des idées qui ne sont pas toujours les siennes, ce lynchage médiatique et intellectuel a transformé le néoconservatisme en une sorte d’abomination. En fait, ce néoconservatisme transfiguré par eux est devenu un instrument politique que certains agitent comme un épouvantail pour orienter les grands débats de l’heure dans le sens de leurs intérêts.
En effet, le néoconservatisme permet de frapper toute une ribambelle d’ennemis politiques comme les É-U ou une droite européenne qui se cherche un nouvel élan, au profit d’une gauche qui peine tout autant à se réinventer. Il permet aussi de frapper Israël et les Juifs ou encore de refourguer aux oubliettes de l’Histoire l’universalisme qui fonda la démocratie, les droits de l’Homme et l’État de droit. Parce que cet universalisme a le tort d’être né au mauvais endroit, c’est-à-dire en Occident, cette dernière dénégation qui se fait au profit d’un tiersmondisme anti-impérialiste demeure complètement aveugle à la menace des nouveaux totalitarismes et en particulier un dont je parle beaucoup ici : l’islamisme.
Mais revenons en au point de départ. Ce texte m’a été inspiré par Francine grâce à un de ses commentaires que je reproduis ici :
Avez-vous lu l’essai de Zeev Sternhell , “Les anti-Lumières du XVIIIème siècle à la guerre froide”, publié chez Fayard? Je ne l’ai pas lu, mais j’en ai eu connaissance par des articles de presse ; d’après certains, le courant néo-conservateur est l’héritier des anti-lumières,en préférant le national à l’universel.Mais depuis quand la politique étrangère d’un pays ne défend-elle pas ses intérêts nationaux?…
Les « anti-lumières » sous le masque du relativisme
Je n’ai pas lu l’essai de Zeev Sternhell mais je sens que je ne vais pas tarder à m’y intéresser. Pour le moment, je vais devoir me contenter de rédiger une réponse partielle pour alimenter le débat.
C’est vrai qu’il y a un fort courant en « philosophie politique » d’« anti-lumières », admirateurs de Giambattista Vico comme d’Isaiah Berlin ou encore de Charles Taylor et de Noam Chomsky (le philosophe et linguiste qui admire le courage de Chavez et fustige l’Amérique « hégémonique et impériale »).
Quand aux néoconservateurs, je crois que rien n’est plus éloigné d’eux que la pensée anti-lumières. Bien au contraire, ils se trouvent dans une lutte acharnée contre le relativisme qui dit (entre autres) que l’homme ne peut se définir qu’en relation à son contexte.
C’est-à-dire que la pensée serait confinée en fonction de la position d’un individu dans l’espace (nationalité, religion, ethnie, couleur de peau, etc.) et dans le temps (dixit l’historicisme). C’est donc la négation de toute transcendance mais aussi, la négation de l’universel : le Bien n’est plus le même selon la culture ou l’époque où nous vivons – il perd son « B » majuscule, les lois changent donc non pour s’adapter en conservant l’esprit qui les a fait naître (les principes comme le Bien de St Thomas d’Aquin, la liberté pour Locke) mais pour répondre à un besoin particulier (un besoin social, massif par essence) et déconnecté de toute quête transcendantale (dans les deux sens spatial et temporel).
Ainsi, il serait donc moral pour les crétois archaïques de sodomiser des enfants de huit ans car leur système de valeurs accordait une valeur primordiale à cet acte : le sperme transmettant le caractère mâle à l’enfant, lui permettant de devenir un homme (ce qui est important dans cette société). Toujours selon ce courant, ce qui était moral hier ne l’est pas forcément aujourd’hui et il faudrait se garder de juger le passé sur la base de la fausse illusion que nos moeurs auraient évolué. Le mot évolution, selon eux, est important car trompeur : il implique une amélioration, un changement dans le sens du Bien (notion qu’ils combattent avec acharnement car elle est immuable), c’est donc un jugement de valeurs.
Les relativistes répliquent donc qu’il faut être empathique. Il faut comprendre l’époque et ses mœurs pour se préserver de porter un jugement. En somme, voilà une explication de l’historicisme dont ils s’inspirent.
Positivisme versus droit naturel
Mais il y a encore autre chose qui entre dans la danse : c’est le positivisme d’Auguste Comte. C’est l’idée que l’expérience constitue l’unique fondement de la connaissance. Exit la métaphysique donc un sens transcendant du Bien. Le positivisme est, en réalité, la véritable origine de l’historicisme car c’est aussi l’origine des sciences sociales dont la prétention est de n’étudier que ce qui est mesurable (peut-on donner une mesure au Bien qui est un principe absolu?). C’est là que les néoconservateurs « dérapent » : ils récusent l’idée que la science puisse s’occuper de la moralité et veulent remettre en scelle la métaphysique (kantienne dans leur cas). En cela, oui, on peut dire qu’ils s’opposent à la modernité mais nous nous trouvons, à l’époque du positivisme (le XIXe siècle) dans un courant qui succède aux Lumières (qui datent du XVIIIe siècle). Sur une frise chronologique, les néoconservateurs opèrent un retour en arrière d’un siècle mais il faudrait pour cela accepter que l’évolution des idées aille toujours dans le même sens que celle du temps, ce qui est, manifestement, un sophisme!
Léo Strauss a inspiré un certain nombre de néoconservateurs (donc pas tous) car il s’en prend à cette distinction entre faits et valeurs qu’opèrent les relativistes : il s’oppose à un positivisme qui se veut neutre (prenons un exemple poussé à l’extrême : un chercheur du XXVe siècle pourrait très bien expliquer le nazisme dans son contexte et lui donner un sens moral relatif à la société allemande des années 1930) et il réintroduit la morale – celle qui n’est pas géométrie variable – dans la Cité. Car, après tout, comment juger les crimes des nazis si nous ne sommes pas convaincus de la notion que l’Homme, parce qu’il est Homme, dispose de droits inaliénables car naturels et valables à toute époque, du moins, après leur « découverte » au XVIIIe siècle?
Le néoconservatisme est donc un universalisme et tout le contraire d’un courant nationaliste. Ce n’est plus du conservatisme et c’est tout le contraire de l’isolationnisme : c’est peut-être un impérialisme parce que c’est presque un progressisme. Les néoconservateurs, par exemple, ne sont pas opposés à la contraception ni à l’avortement, ils ne s’opposent pas, non plus, au mariage des homosexuels et, en matière économique, ils « dérapent » encore : accroître le déficit public pour doper la croissance (une idée assez keynésienne) leur convient tout à fait tout comme, aussi, l’idée d’avoir un État-providence assez fort.
Comment penser qu’un néoconservateur est un « anti-lumières » alors que son idée essentielle est qu’Auschwitz et le nazisme étaient une manifestation du Mal absolu et que les Droits de l’Homme et la démocratie sont et doivent être appliqués partout? Au contraire, un relativiste anti-lumières s’oppose forcément à l’idée qu’il puisse exister un « esprit munichois » qui motive la politique étrangère des puissances européennes rétives à l’idée de propager la démocratie ou d’affronter une tyrannie pour combattre un principe (ou plutôt la négation de tout principe). L’historiciste, logiquement, insistera pour qu’on humanise Adolf Hitler (voir la polémique autour du dernier film sur Hitler « La chute ») puisqu’il faut le replacer dans son contexte. Le mal est alors à la mesure de l’homme donc pas absolu et donc explicable!
Le néoconservatisme appliqué aux relations internationales
Pour revenir à la politique étrangère, les néoconservateurs pensent que celle des É-U doit défendre leurs intérêts nationaux mais leur conception de l’intérêt national est différente de celle, cynique, qu’on s’en fait habituellement : elle n’est pas positiviste donc pas amorale. La séparation entre faits et valeurs trouve là encore un front du refus néoconservateur et il est peut-être d’autant plus évident lorsque George Bush dit que désormais les intérêts américains et les idéaux de la révolution américaine ne sont plus en contradiction. Voilà qui contraste avec la Raison d’État de Richelieu et la Realpolitik de Bismarck!
Le contraste est d’autant plus saisissant si on compare la politique étrangère de la France avec celle des É-U car on observera que la France défend ses intérêts froidement, elle protège Saddam et aspire à une alliance avec l’Iran , elle dénonce avec la Russie et la Chine (deux tyrannies) la prétention américaine d’exporter la démocratie et proclame à la face du monde son désir de multipolarité c’est-à-dire la formation d’un club où les grandes puissances discutent de leurs intérêts, négocient leurs positions et marchandent leurs atouts.
Il n’y a rien, là dedans, qui relève d’une position de principe : même après le Kosovo, le Rwanda et, pendant que se déroule un génocide au Darfour, la France refuse le droit d’ingérence humanitaire et elle s’est même opposée, aux cotés de la Chine, à la tentative anglo-américaine de faire voter une résolution sous chapitre VII (emploi de la force) pour faire cesser le génocide du Darfour.
Il a été dit beaucoup de choses sur les néoconservateurs. Ils sont comme ces damnés dont on peut se servir à foison pour jeter l’opprobre sur ses adversaires : telle idée ou un telle personne dérange, alors disons qu’elle est néoconservatrice et le peuple, déjà conditionné par nous, le rejettera sans se poser de questions! C’est un fait que les principaux adversaires idéologiques des néoconservateurs étaient de gauche (et de la droite la plus nationaliste aussi car n’oublions pas qu’elle ne peut pas accepter l’universalisme), en particulier de cette gauche européenne jadis tentée par le communisme. C’est pourquoi le champ lexical anti-néoconservateur a été fortement teinté par les poncifs traditionnels de la gauche anti-fasciste des années 1930 : les néoconservateurs devenaient donc des fascistes et Bush était le nouvel Hitler.
Cette complicité implicite et vraisemblablement temporaire entre les forces anti-universalistes (et carrément anti-lumières) et les puissants médias de gauche a déversé un déluge de feu sur les néoconservateurs – la gauche, même aujourd’hui n’est généralement pas anti-lumières mais, ceci étant dit, elle se laisse de plus en plus séduire par un certain nombre de concepts « relativistes » dont on peut faire remonter l’origine à des penseurs qui s’opposèrent aux Lumières – et voilà probablement pourquoi le néoconservatisme est, aujourd’hui, marqué du sceau de l’infamie.
Quelques critiques du néoconservatisme
Or, là où on pourrait s’en prendre aux néoconservateurs c’est sans doute sur leur coté trop pressé et par trop idéaliste : ils perdent pied avec la réalité, un peu comme les communistes d’hier qui changeaient la réalité, pas la théorie. En outre, propager la démocratie ne peut pas se faire partout dans l’immédiat et, semble-t-il, surtout pas dans le monde Arabe. L’Ukraine et la Géorgie sont des succès indéniables mais il faudra attendre encore un peu avant de générer une nouvelle vague de démocratisations après celle des années 1990 qui se produisit à la faveur de l’effondrement de l’URSS.
D’ailleurs, si on veut pousser la logique jusqu’au bout, on peut encore rapprocher les néoconservateurs de Robespierre, une sorte d’intégriste du Bien, du Droit et de la Liberté qui se retourne contre ses propres valeurs et tout cela en leur nom propre! Mais là encore, les néoconservateurs n’ont pas versé dans cet extrémisme.
Il y a, bien sûr, d’autres critiques fondées qui pourraient être émises : les néoconservateurs seraient des théologiens et on mettrait alors le doigt sur leur idéologie de la morale armée et leur propension à jeter des anathèmes (en les qualifiant de Mal absolu, ne coupent-ils pas court à la discussion?) sur des doctrines passées (nazisme) ou présentes (islamisme) qui nous empêcheraient de les étudier.
On pourrait aussi leur retourner le compliment originel : les néoconservateurs refusent un État démocratique universel (sorte de super ONU, ce qui est le credo des libéraux) au prétexte que cela pourrait tout aussi bien devenir une tyrannie de laquelle nul ne pourrait échapper. Cela reviendrait à pointer du doigt une tension qui existe dans la pensée néoconservatrice : si elle proclame sa foi en l’État de droit et la vitale nécessité de multiplier le nombre des sociétés régies par ce dernier, elle ne croit pourtant pas qu’il soit souhaitable de remplacer tous les rapports de force par la loi. Elle se méfie, en réalité, d’un État universel qui détiendrait le monopole de la violence légitime (car encadrée par la loi) et préfèrerait ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier.
Toutes ces questions, et bien d’autres, ont déjà fait l’objet d’une réponse dans l’ouvrage d’Yves Roucaute intitulé « Le Néoconservatisme est un humanisme ». Je l’ai lu, il est très digeste et je le recommande fortement rien que pour la réflexion qu’il suscite… d’ailleurs, il vaut parfois mieux avoir le sommeil agité que dormir tranquille.
Article originally appeared on Leviathan (http://leviathan22.squarespace.com/).
Voir aussi:
Fukuyama: After Neoconservatism
z Facts.com
The Fukuyama Defection
Francis Fukuyama signed the founding statement of PNAC, the key neocon group (Cheney, Rumsfeld, Wolfowitz, Libby, Feith, etc.) that lobbied for the Iraq war starting with a letter to Clinton in 1998. Fukuyama also signed the 9/20/01 letter to Bush demanding the Iraq war. In 1992 he famously proclaimed The End of History, expecting a smoother path to liberal democracy world wide. He declares below that the unrealistic neocon views are « something I cannot support, » and identifies many of the specific neocon blunders leading to Iraq becoming an « operational base for jihadist terrorists. » He should know, he was privy to five years of neocon planning to take Baghdad with no planning beyond that.
Bush is beginning to understand the neocon folly. Wolfowitz, Feith and Libby (indicted) are gone and Condi Rice (not a neocon) is backpedaling. But the bombing of the Golden Mosque in Samarra underscores Fukuyama’s analysis. Samarra was meant to be a classic example of the latest neocon strategy called « clear, hold, build. » At the end of 2004, 5,000 U.S. and Iraqi troops were sent to Samarra. An 18 mile earth wall was bulldozed around the city, with only three entry/exit points. US troops were housed in public buildings surrounded by free-fire « killing » zones. The attacks by insurgents dipped, then recovered. The city’s population fell from 200,000 to under 100,000. Step 1 for Bush: Remove the remaining neocons, ask Cheney to resign and keep him out of foreign policy.
After Neoconservatism
Francis Fukuyama
Feb. 19, 2006
The New York Times
As we approach the third anniversary of the onset of the Iraq war, it seems very unlikely that history will judge either the intervention itself or the ideas animating it kindly. By invading Iraq, the Bush administration created a self-fulfilling prophecy: Iraq has now replaced Afghanistan as a magnet, a training ground and an operational base for jihadist terrorists, with plenty of American targets to shoot at. The United States still has a chance of creating a Shiite-dominated democratic Iraq … There are clear benefits to the Iraqi people from the removal of Saddam Hussein’s dictatorship… But it is very hard to see how these developments in themselves justify the blood and treasure that the United States has spent on the project to this point.
The so-called Bush Doctrine that set the framework for the administration’s first term is now in shambles. The doctrine argued that, in the wake of the Sept. 11 attacks, America would have to launch periodic preventive wars to defend itself against rogue states and terrorists with weapons of mass destruction; that it would do this alone, if necessary. … It is not surprising that in its second term, the administration has been distancing itself from these policies. …
The … soaring rhetoric of Bush’s second Inaugural Address, have borne very problematic fruits. The Islamist Muslim Brotherhood made a strong showing in Egypt’s parliamentary elections in November and December. While … the vote [in Iraq] led to the ascendance of a Shiite bloc with close ties to Iran. But the clincher was the decisive Hamas victory in the Palestinian election last month, which brought to power a movement overtly dedicated to the destruction of Israel. ….
The problem with neoconservatism’s agenda lies not in its ends, which are as American as apple pie, but rather in the overmilitarized means by which it has sought to accomplish them. What American foreign policy needs is not a return to a narrow and cynical realism, but rather the formulation of a « realistic Wilsonianism » that better matches means to ends.
Voir enfin:
The Neoconservative Legacy
Vanity Fair Exclusive: Now They Tell Us
As Iraq slips further into chaos, the war’s neoconservative boosters have turned sharply on the Bush administration, charging that their grand designs have been undermined by White House incompetence. In a series of exclusive interviews, Richard Perle, Kenneth Adelman, David Frum, and others play the blame game with shocking frankness. Target No. 1: the president himself.
by David Rose
VF.COM November 3, 2006
I remember sitting with Richard Perle in his suite at London’s Grosvenor House hotel and receiving a private lecture on the importance of securing victory in Iraq. « Iraq is a very good candidate for democratic reform, » he said. « It won’t be Westminster overnight, but the great democracies of the world didn’t achieve the full, rich structure of democratic governance overnight. The Iraqis have a decent chance of succeeding. » Perle seemed to exude the scent of liberation, as well as a whiff of gunpowder. It was February 2003, and Operation Iraqi Freedom, the culmination of his long campaign on behalf of regime change in Iraq, was less than a month away.
Three years later, Perle and I meet again at his home outside Washington, D.C. It is October, the worst month for U.S. casualties in Iraq in almost two years, and Republicans are bracing for losses in the upcoming midterm elections. As he looks into my eyes, speaking slowly and with obvious deliberation, Perle is unrecognizable as the confident hawk who, as chairman of the Pentagon’s Defense Policy Board Advisory Committee, had invited the exiled Iraqi dissident Ahmad Chalabi to its first meeting after 9/11. « The levels of brutality that we’ve seen are truly horrifying, and I have to say, I underestimated the depravity, » Perle says now, adding that total defeat—an American withdrawal that leaves Iraq as an anarchic « failed state »—is not yet inevitable but is becoming more likely. « And then, » says Perle, « you’ll get all the mayhem that the world is capable of creating. »
According to Perle, who left the Defense Policy Board in 2004, this unfolding catastrophe has a central cause: devastating dysfunction within the administration of President George W. Bush. Perle says, « The decisions did not get made that should have been. They didn’t get made in a timely fashion, and the differences were argued out endlessly.… At the end of the day, you have to hold the president responsible.… I don’t think he realized the extent of the opposition within his own administration, and the disloyalty. »
George W. Bush. Photograph by Annie Leibovitz.
Perle goes so far as to say that, if he had his time over, he would not have advocated an invasion of Iraq: « I think if I had been delphic, and had seen where we are today, and people had said, ‘Should we go into Iraq?,’ I think now I probably would have said, ‘No, let’s consider other strategies for dealing with the thing that concerns us most, which is Saddam supplying weapons of mass destruction to terrorists.’ … I don’t say that because I no longer believe that Saddam had the capability to produce weapons of mass destruction, or that he was not in contact with terrorists. I believe those two premises were both correct. Could we have managed that threat by means other than a direct military intervention? Well, maybe we could have. »
Having spoken with Perle, I wonder: What do the rest of the pro-war neoconservatives think? If the much caricatured « Prince of Darkness » is now plagued with doubt, how do his comrades-in-arms feel? I am particularly interested in finding out because I interviewed many neocons before the invasion and, like many people, found much to admire in their vision of spreading democracy in the Middle East.
I expect to encounter disappointment. What I find instead is despair, and fury at the incompetence of the Bush administration the neoconservatives once saw as their brightest hope.
To David Frum, the former White House speechwriter who co-wrote Bush’s 2002 State of the Union address that accused Iraq of being part of an « axis of evil, » it now looks as if defeat may be inescapable, because « the insurgency has proven it can kill anyone who cooperates, and the United States and its friends have failed to prove that it can protect them. » This situation, he says, must ultimately be blamed on « failure at the center »—starting with President Bush.
Kenneth Adelman, a lifelong neocon activist and Pentagon insider who served on the Defense Policy Board until 2005, wrote a famous op-ed article in The Washington Post in February 2002, arguing: « I believe demolishing Hussein’s military power and liberating Iraq would be a cakewalk. » Now he says, « I just presumed that what I considered to be the most competent national-security team since Truman was indeed going to be competent. They turned out to be among the most incompetent teams in the post-war era. Not only did each of them, individually, have enormous flaws, but together they were deadly, dysfunctional. »
Dick Cheney. Photograph by Annie Leibovitz.
Fearing that worse is still to come, Adelman believes that neoconservatism itself—what he defines as « the idea of a tough foreign policy on behalf of morality, the idea of using our power for moral good in the world »—is dead, at least for a generation. After Iraq, he says, « it’s not going to sell. » And if he, too, had his time over, Adelman says, « I would write an article that would be skeptical over whether there would be a performance that would be good enough to implement our policy. The policy can be absolutely right, and noble, beneficial, but if you can’t execute it, it’s useless, just useless. I guess that’s what I would have said: that Bush’s arguments are absolutely right, but you know what, you just have to put them in the drawer marked can’t do. And that’s very different from let’s go. »
I spend the better part of two weeks in conversations with some of the most respected voices among the neoconservative elite. What I discover is that none of them is optimistic. All of them have regrets, not only about what has happened but also, in many cases, about the roles they played. Their dismay extends beyond the tactical issues of whether America did right or wrong, to the underlying question of whether exporting democracy is something America knows how to do.
I will present my findings in full in the January issue of Vanity Fair, which will reach newsstands in New York and L.A. on December 6 and nationally by December 12. In the meantime, here is a brief survey of some of what I heard from the war’s remorseful proponents.
Richard Perle: « In the administration that I served [Perle was an assistant secretary of defense under Ronald Reagan], there was a one-sentence description of the decision-making process when consensus could not be reached among disputatious departments: ‘The president makes the decision.’ [Bush] did not make decisions, in part because the machinery of government that he nominally ran was actually running him. The National Security Council was not serving [Bush] properly. He regarded [then National-Security Adviser Condoleezza Rice] as part of the family. »
Donald Rumsfeld. Photograph by Annie Leibovitz.
Michael Ledeen, American Enterprise Institute freedom scholar: « Ask yourself who the most powerful people in the White House are. They are women who are in love with the president: Laura [Bush], Condi, Harriet Miers, and Karen Hughes. »
Frank Gaffney, an assistant secretary of defense under Ronald Reagan and founder of the Center for Security Policy: « [Bush] doesn’t in fact seem to be a man of principle who’s steadfastly pursuing what he thinks is the right course. He talks about it, but the policy doesn’t track with the rhetoric, and that’s what creates the incoherence that causes us problems around the world and at home. It also creates the sense that you can take him on with impunity. »
Kenneth Adelman: « The most dispiriting and awful moment of the whole administration was the day that Bush gave the Presidential Medal of Freedom to [former C.I.A. director] George Tenet, General Tommy Franks, and [Coalition Provisional Authority chief] Jerry [Paul] Bremer—three of the most incompetent people who’ve ever served in such key spots. And they get the highest civilian honor a president can bestow on anyone! That was the day I checked out of this administration. It was then I thought, There’s no seriousness here, these are not serious people. If he had been serious, the president would have realized that those three are each directly responsible for the disaster of Iraq. »
David Frum: « I always believed as a speechwriter that if you could persuade the president to commit himself to certain words, he would feel himself committed to the ideas that underlay those words. And the big shock to me has been that although the president said the words, he just did not absorb the ideas. And that is the root of, maybe, everything. »
Michael Rubin, former Pentagon Office of Special Plans and Coalition Provisional Authority staffer: « Where I most blame George Bush is that through his rhetoric people trusted him, people believed him. Reformists came out of the woodwork and exposed themselves. » By failing to match his rhetoric with action, Rubin adds, Bush has betrayed Iraqi reformers in a way that is « not much different from what his father did on February 15, 1991, when he called the Iraqi people to rise up, and then had second thoughts and didn’t do anything once they did. »
Richard Perle: « Huge mistakes were made, and I want to be very clear on this: They were not made by neoconservatives, who had almost no voice in what happened, and certainly almost no voice in what happened after the downfall of the regime in Baghdad. I’m getting damn tired of being described as an architect of the war. I was in favor of bringing down Saddam. Nobody said, ‘Go design the campaign to do that.’ I had no responsibility for that. »
Kenneth Adelman: « The problem here is not a selling job. The problem is a performance job.… Rumsfeld has said that the war could never be lost in Iraq, it could only be lost in Washington. I don’t think that’s true at all. We’re losing in Iraq.… I’ve worked with [Rumsfeld] three times in my life. I’ve been to each of his houses, in Chicago, Taos, Santa Fe, Santo Domingo, and Las Vegas. I’m very, very fond of him, but I’m crushed by his performance. Did he change, or were we wrong in the past? Or is it that he was never really challenged before? I don’t know. He certainly fooled me. »
Eliot Cohen, director of the strategic-studies program at the Johns Hopkins School of Advanced International Studies and member of the Defense Policy Board: « I wouldn’t be surprised if what we end up drifting toward is some sort of withdrawal on some sort of timetable and leaving the place in a pretty ghastly mess.… I do think it’s going to end up encouraging various strands of Islamism, both Shia and Sunni, and probably will bring de-stabilization of some regimes of a more traditional kind, which already have their problems.… The best news is that the United States remains a healthy, vibrant, vigorous society. So in a real pinch, we can still pull ourselves together. Unfortunately, it will probably take another big hit. And a very different quality of leadership. Maybe we’ll get it. »
David Rose is a Vanity Fair contributing editor.