Afghanistan: Le vrai bourbier sur lequel nos politiciens et médias sont si discrets

French coffinOn ne peut pas avoir d’un côté des soldats qui se battent et qui meurent, et de l’autre des troupes qui distribuent des sucettes à Kaboul. Général Richards
Le problème est qu’on ne peut pas dire : laissons-les régler leurs problèmes dans leurs montagnes, car dès qu’on sera partis, Ben Laden reviendra. Officier des renseignements français

Attention: un bourbier peut en cacher un autre.

Au moment de la réunion de l’OTAN à Riga où notre roi-fainéant Chirak crée encore la polémique avec ses encombrants amis-dictateurs (légion d’honneur et maintenant diner d’anniversaire à deux avec le démolisseur de la Tchétchénie et empoisonneur de journalistes Poutine : 21 depuis son arrivée au pouvoir), il faudrait peut-être rappeler à nos politiciens et médias si friands d’étaler à longueur de déclarations et pages le soi-disant « bourbier » irakien, le véritable « bourbier » qu’ils se gardent bien d’évoquer, celui-là,… l’Afghanistan.

Plus de morts de troupes occidentales, en proportion, qu’en Irak (plus de 120 depuis le début de l’année pour des effectifs totaux bien plus faibles).

Effectifs justement trop faibles pour les combats les plus durs depuis la Guerre de Corée face à des talibans qui (merci l’Iran et la Syrie mais aussi… la Russie !) ont maintenant accès à des armes de dernière génération.

« Actions » se limitant le plus souvent à se protéger dans son camp retranché pour ne faire que des sorties éclair avec moult appui aérien suite au manque d’hélicoptères alors qu’on nous avait promis de rompre avec les honnies « méthodes américaines » et qu’on allait « gagner les cœurs et les esprits ».

Dissensions et tirages de maillots entre les différents gouvernements (notamment la France qui s’apprête à retirer ses forces spéciales dès janvier et fanfaronne avec ses… trois avions ! – mais aussi l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie ou la Turquie), qui chipotent sur l’emploi de leurs soldats et refusent le déploiement dans les zones les plus dangereuses.

Et, malgré l’installation en cinq ans (comme tente de le rappeler le chef de l’OTAN dans Le Monde) d’une démocratie avec Parlement et président élus, le retour de millions de réfugiés, la multiplication par six du nombre des enfants scolarisés et par dix des étudiants, l’ouverture de 1 000 écoles et l’accès de 80 % de la population aux soins médicaux, la reconstruction (trafic de drogue et corruption exceptés) reste difficile, certaines des écoles étant par exemple aussitôt détruites par les talibans.

Le tout bien sûr, mais justement et contrairement à l’Irak, nos médias aux ordres se gardent bien d’en parler, sur fond d’hyperinformation et de « démocraties avides de victoires pressées ».

Sauf que là nos généraux semblent commencer à comprendre qu’il est, comme Libération se complait à le répéter (comparant déjà la campagne à l’enlisement soviétique des années 80 – merci greg), des « guerres ingagnables » et pourtant… nécessaires!

La première grande guerre de l’Alliance tourne au cauchemar
De notre envoyé spécial à Kandahar ADRIEN JAULMES.
Le Figaro le 28 novembre 2006

Les soldats britanniques, néerlandais et canadiens peinent à prendre le dessus sur les talibans.

LES SOLDATS de l’Otan ne sortent qu’en véhicule blindé. Une fois passé les merlons de béton qui entourent leur camp retranché de l’aéroport de Kandahar, les troupes de la coalition parcourent à tombeau ouvert les quelques kilomètres de route vers l’ancienne capitale des talibans dans le sud de l’Afghanistan. Les convois sont composés au minimum de quatre voitures. Par crainte des attentats suicides ou à la voiture piégée, les véhicules circulent à toute vitesse au milieu de la route, et précipitent dans le bas-côté taxis et voitures afghanes qui arrivent en sens inverse. Depuis la tourelle, les soldats tirent au pistolet pour faire dégager les conducteurs qui ne comprennent pas assez vite.

Quelques mois à peine après leur déploiement, les troupes de l’Otan déployées dans les provinces pachtounes du sud de l’Afghanistan sont pratiquement assiégées dans leurs retranchements par les insurgés talibans, manquant de troupes pour leur disputer vraiment le contrôle du terrain. Elles sont soumises à un harcèlement incessant.

Lors de leur déploiement cet été, les 9 800 soldats canadiens, britanniques et néerlandais de l’Otan étaient pourtant arrivés avec des intentions pacifiques. Il s’agissait de rompre alors avec les méthodes américaines qui avaient fait, au cours des années précédentes, du sud de l’Afghanistan un terrain de chasse pour leurs forces spéciales et leur aviation, lancées à la poursuite des talibans et des derniers restes d’al-Qaida. L’Otan allait s’appliquer à gagner les « coeurs et les esprits » de la population. La reconstruction et le développement allaient détourner les habitants des talibans. En quelques semaines, ces belles intentions ont disparu dans la fournaise du Sud afghan.

Pertes élevées

Dans l’Helmand et aux portes de Kandahar, les troupes de l’Otan se sont retrouvées engagées dans les plus durs combats terrestres que ces armées européennes ont livrés depuis la guerre de Corée dans les années 1950. Trop peu nombreux pour tenir le terrain ou assurer la sécurité des programmes de reconstruction, les hommes de l’Otan déployés dans le Sud afghan se contentent d’essayer, à grand renfort d’appui aérien, de desserrer l’étau des insurgés. Avec plus de 120 morts depuis le début de l’année, dont près d’une centaine depuis l’été dans le Sud afghan, l’Otan subit des taux de pertes proportionnellement plus élevés que les troupes américaines en Irak.

Entre les principaux pays présents en Afghanistan, les relations se tendent. Le général britannique Richards qui commande les troupes de l’Otan sur place a affirmé qu’il ne disposait pas d’assez de troupes pour remplir sa mission. Manquent surtout les unités de combat, mais aussi des hélicoptères supplémentaires, indispensables sur un terrain aussi difficile que l’Afghanistan. Le général Richards a aussi demandé que les unités placées sous son commandement puissent être utilisées en fonction des besoins opérationnels, et non pas des restrictions d’emploi mises par les gouvernements à l’engagement de leurs soldats.« Ces restrictions vont des règles de circulation des véhicules aux zones géographiques dans lesquelles les troupes peuvent être engagées, ou aux types de missions qui peuvent leur être confiées », explique un officier supérieur français de l’Isaf.

« Après avoir perdu respectivement plus d’une quarantaine de soldats dans des combats dans le sud de l’Afghanistan depuis l’été, il est normal que les Britanniques ou les Canadiens regardent d’un drôle d’air les autres nations comme la France, l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie ou la Turquie, qui refusent d’envoyer leurs soldats dans ces provinces », dit un officier britannique à Kandahar. « Si c’est une mission internationale, chacun doit participer. On ne peut pas avoir d’un côté des soldats qui se battent et qui meurent, et de l’autre des troupes qui distribuent des sucettes à Kaboul », ironise-t-il.

Sur l’aéroport de Kandahar, les avions militaires américains, néerlandais et britanniques décollent jour et nuit pour aller apporter leur appui aérien aux troupes au sol. Le jour, des voitures suicides se jettent sur les convois de la coalition qui se hasardent sur les routes. La nuit, ce sont des obus de mortier ou des roquettes qui tombent sur les camps. Certains postes isolés ne sont presque ravitaillés que par hélicoptères. Mais les Chinook de transport sont mis à rude épreuve par un climat particulièrement hostile aux engins mécaniques. Les équipes de reconstruction provinciales, chargées de convaincre l’opinion en construisant puits et écoles, admettent que, si on arrive à convaincre ne serait-ce que les esprits, les coeurs pourront attendre. Pour sa première mission terrestre de grande ampleur, à plusieurs milliers de kilomètres de la zone dans laquelle elle a été créée, l’Otan fait face à un défi qui la dépasse peut-être.

Irak, Afghanistan, Liban : la fin de la suprématie stratégique occidentale, par Arnaud de La Grange
L’ANALYSE d’Arnaud de La Grange, correspondant défense au service étranger du Figaro.
Publié le 29 novembre 2006

Entre la bataille de Port-Arthur, terminée dans la froide année 1905, et celle de Faloudja, dont la fin n’a jamais été réellement écrite, un siècle. Un long siècle et peu de points communs, tant la guerre semble avoir changé encore plus vite que les sociétés qu’elle bouscule. Pourtant, ces deux épisodes militaires ont tous deux créé, symbolisé une profonde rupture stratégique. Port-Arthur, ce fut la première défaite occidentale face à un adversaire d’un autre monde, en l’occurrence asiatique, dans une guerre moderne. Faloudja et les mille et un fronts du bourbier irakien, c’est le premier échec occidental dans ces fameuses guerres postmodernes. Dans les deux cas, des conséquences immenses, avec l’inscription dans l’inconscient des peuples d’une nouvelle vision des rapports de forces. Aujourd’hui, de Beyrouth à Kaboul en passant par Bagdad, on sait que la puissance occidentale peut être, si ce n’est vaincue, du moins contournée.

américaine ou « alliée » a perdu une immense partie de son crédit dissuasif. Bien sûr, la supériorité militaire et technologique de l’armée américaine et de celles qui s’inscrivent dans son sillage reste incontournable, et pour longtemps. Mais sur le plan purement technique, elle tend à se réduire. Et, surtout, se montre inefficace ou, pire, contre-productive dans les engagements d’aujourd’hui.

Comment en est-on arrivé là ? D’abord, l’adversaire s’est adapté, a fait lui aussi sa révolution militaire. Et le Hezbollah apparaît aujourd’hui comme l’étalon de cette « transformation » – pour reprendre le mot clé du Pentagone – de l’acteur militaire informel. Ses méthodes ont d’ailleurs fait école, de Bagdad à Kandahar. Et au Sud-Liban comme en Irak, on trouve désormais des armes de dernière génération, antichars notamment. Cette élévation du niveau qualitatif matériel des « rebelles » tient à deux explications. Le bienveillant parrainage de deux pays, l’Iran et la Syrie. Et, en amont, des nouveaux progrès de l’industrie d’armement russe, après la baisse de régime des années 1990, qui permet de combler le fossé technologique et revenir à la situation plus équilibrée des années 1970. Par ricochet, la protection des forces est devenue la grande priorité des armées occidentales. Les engins explosifs improvisés (IED) sont aujourd’hui la principale cause des pertes sur les différents théâtres d’opérations orientaux. Avec des engins artisanaux, même mis à feu avec des techniques de plus en fines, de simples guérilleros emmènent les grandes puissances dans des dépenses militaires vertigineuses. La Joint Defeat Organization (Jiedo), l’organisme américain chargé de contrer la menace, a vu son budget s’envoler de manière incroyable : 3,4 milliards de dollars en 2006, soit plus que le projet Manhattan de fabrication de l’arme atomique… Un emballement financier qui risque vite d’être paralysant.

La deuxième raison tient à la difficile adaptation des armées occidentales. Les progrès techniques ont considérablement accru les moyens de destruction rapides, précis, à distance. Mais, paradoxalement, en donnant l’illusion de la prompte dispersion de la menace dans la première phase des combats, ils ont parfois empêché de la prendre en compte sur la durée. En Irak, en Afghanistan, cette menace s’est reconstituée dans la deuxième phase que l’on n’ose plus appeler de « stabilisation ». En compromettant la « conquête des coeurs », l’emploi excessif et parfois indiscriminé de la force devient alors contre-productif, comme le reconnaissait récemment le patron de l’armée britannique. Plus largement, on retombe ici sur la question du cadre politique de ces interventions militaires. De facto s’est mis en place un système de « demi-mandats ». L’Amérique en Irak, l’Otan en Afghanistan occupent sans contrôler, sans avoir les moyens de développer, de pérenniser l’action de sécurité initiale. On chatouille la souveraineté sans apporter la stabilité. Des formules bancales qui ne peuvent à terme que susciter le rejet, on le voit bien. Si l’asymétrie tactique et matérielle des conflits tend donc à se réduire, l’asymétrie morale se renforce. Le rebelle pachtoun ou le combattant sunnite ont plus « envie » de gagner que le soldat occidental qu’on lui oppose. Il a le temps, aussi, à l’inverse de démocraties avides de victoires pressées.

L’équation stratégique est donc chahutée de toute part : sur le plan non-conventionnel, avec l’ancrage d’un terrorisme extrême et globa lisé ; sur le plan conventionnel, avec le chemin de croix des forces occidentales en Irak et en Afghanistan ainsi que la cuisante désillusion de Tsahal face au Hezbollah ; sur le plan stratégique, enfin, avec l’intrusion probable dans les années à venir de nouveaux acteurs dans le club nucléaire.

Et, surtout, à l’ère de l’hyper information, les Occidentaux découvrent qu’il y a une posture presque pire que la défaite, la non-victoire.

Pour Libération, qui la compare à l’enlisement des soviétiques des années 80, elle est « ingagnable » mais «Le problème est qu’on ne peut pas dire : laissons-les régler leurs problèmes dans leurs montagnes, car dès qu’on sera partis, Ben Laden reviendra.»

L’Otan appelle à l’aide en Afghanistan
Jaap de Hoop Scheffer, secrétaire général de l’Otan. REUTERS
En sommet à Riga, l’Alliance atlantique réclame plus d’engagement des pays membres.
Par Jean-Dominique MERCHET
libération, le 29 novembre 2006
Tout un symbole : l’Otan se réunit aujourd’hui à Riga (Lettonie), capital d’une ancienne république de l’URSS, alors que les troupes de l’Allianc atlantique s’enlisent en Afghanistan… comme l’avait fait l’armée soviétiqu dans les années 80
Face à la dégradation de la situation sur le terrain, les alliés se divisent. Les plus engagés militairement, comme les Britanniques ou les Canadiens, accusent les autres de ne pas en faire assez. Les Allemands sont les premiers visés, mais les Français ne sont pas épargnés. Lors de la réunion des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Otan, ce matin à Riga, Jacques Chirac va d’ailleurs devoir lâcher un peu de lest. Le président de la République devrait ainsi annoncer que les militaires français pourront intervenir «ponctuellement» pour soutenir les forces alliées, très sévèrement engagées dans le sud de l’Afghanistan.
«Ingagnable». «Ça ne va pas très bien», reconnaît-on dans les milieux français du renseignement, où l’on juge la guerre d’Afghanistan «ingagnable». Pourtant, tous les Occidentaux font le même raisonnement. «Le problème est qu’on ne peut pas dire : laissons-les régler leurs problèmes dans leurs montagnes, car dès qu’on sera partis, Ben Laden reviendra.»
C’est dans les trois provinces du Sud, la zone des Pachtounes, que la situation est la plus dégradée. Ces provinces sont également le lieu de production de l’opium. Depuis le début de l’année, les troupes de l’Otan ont perdu 49 soldats dans les combats contre les talibans. Au sein de l’Isaf (International Security Assistance Force), ce secteur a été confié aux Britanniques, aux Canadiens et aux Néerlandais. Depuis le printemps, la guerre a changé de nature. Les forces spéciales ont cédé la place à des troupes plus traditionnelles, appuyées par des obusiers lourds. Ce n’est, en général, pas une bonne nouvelle.
Régulièrement accrochées par des talibans, dont le nombre est estimé à plus de 10 000, les troupes de l’Otan ont besoin de renforts. Les 32 000 hommes de l’Isaf et les 8 000 sous commandement strictement américain pourraient suffire. Problème : le patron de l’Isaf un général anglais ne peut pas déplacer ses troupes en fonction de ses besoins militaires. Les 32 nations qui ont dépêché des forces en Afghanistan ont posé des conditions, baptisées du mot latin caveat. Ainsi, les Allemands refusent de quitter la province du Nord nettement plus tranquille pour aller donner un coup de main aux Britanniques. «Ces caveat sont le poison des opérations multinationales», assure un officier français. D’où la colère de Washington. «Les Allemands doivent apprendre à tuer», a expliqué un responsable américain.
Secteur sensible. Les Français sont, eux aussi, sous la pression de leurs alliés. Depuis août, les militaires français ont la responsabilité de la capitale, Kaboul, un secteur politiquement très sensible. En revanche, Paris va rapatrier en janvier les 200 forces spéciales qui participaient à la traque des talibans avec les Américains. Un geste mal compris par les alliés, alors que l’Otan joue sa crédibilité dans ce conflit.

Paris va toutefois prolonger la mission de ses trois avions de combat, qui ont largué 17 bombes depuis le printemps. Des moyens supplémentaires devraient être envoyés, en particulier des hélicoptères, pour permettre aux militaires français de participer à des opérations coup de poing en dehors de Kaboul. En revanche, pas de nouvelles troupes, alors que le patron de l’Otan en demande de toute urgence 2 500. Mais même avec 100 000 hommes, les Soviétiques avaient fini par quitter l’Afghanistan. Un vrai cauchemar pour les chefs des Etats membres de l’Otan.

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