Dernière exception française: l’immobilité sociale! (The still stalled society)

L'ascenseur social est en panneEn cette « Année européenne de la mobilité professionnelle » et au moment où, après le rejet du CPE de l’an dernier, les candidats du PS proposent une énième augmentation du SMIC, il faut lire l’intéressante note que vient de publier, à la fondation Montaigne, la directrice de recherche suédoise Anna Stellinger sur cette autre « exception française »… l’immobilité sociale.

Bienvenue en cette étrange contrée où, au moment nos voisins, notamment nordiques, font le choix de la souplesse, on renforce à coups de lois et réglementations, la protection de l’emploi, comme on dit.

Où le mouvement est « vécu comme une menace plus que comme une opportunité d’avancer » et où on n’a à la bouche que le mot « précarité », terme inconnu dans les pays non-latins, qui préfèrent eux parler de « dead-end jobs », insistant plus sur les possibilités d’avancement et promotion que sur celles de stabilité.

Bienvenue au pays où on a oublié l’évidence que si la protection de l’emploi (d’une minorité privilégiée en fait de salariés masculins de 25 à 54 ans) freine les licenciements, elle freine aussi les embauches (et d’abord pour les plus défavorisés : nouveaux entrants et réentrants, c’est-à-dire jeunes, femmes et peu qualifiés).

Où on semble ignorer que pour créer des postes pour les chômeurs, il faut nécessairement que les actuels tenants de ces postes les libèrent, d’où l’aberration de concentrer toutes les mesures sur lesdits chômeurs, alors qu’il faudrait les concentrer sur l’incitation des salariés en activité à quitter leurs emplois, c’est-à-dire à la mobilité professionnelle.

Bienvenue au pays où bouger ou déménager se paie au prix fort, que ce soit en droits de mutation (nos fameux « frais de notaire », 6 à 8% du montant de la vente) ou en droits perdus de congés ou d’allocations chômage, alors que nombre de pays non seulement ne connaissent pas ce genre de taxes mais en plus permettent la défiscalisation, voire la prise en charge par l’employeur, de ses frais de déménagements.

Où, coûts astronomiques du travail et de licenciement obligent, les employeurs préfèrent se passer de main d’œuvre et automatiser à tout va, comme ainsi dans le commerce ou les services (hôtellerie ou restauration) où on peut employer jusqu’à trois fois moins d’employés qu’un pays comme les EU et se priver ainsi de quelque… 3 millions d’emplois, soit à peu près le nombre de chômeurs actuel !

Bienvenue à la patrie des emplois et métiers protégés (hôtellerie, transport, presse, tourisme, santé, conseil, finance, fonction publique), que ce soit par des diplômes professionnels aux exigences inutilement élevées , une faible valorisation de l’expérience ou carrément des numerus clausus (eg. vétérinaires, architectes, chauffeurs de taxi, pharmaciens, etc.).

Où on a aucun intérêt à quitter des emplois où on a tant investi en coût et temps de formation, en achat de licence, en temps et effort de démarche administrative pour laisser la place à des nouveaux entrants qui éprouveront, dans l’autre sens et même quand l’accès y serait possible, les mêmes obstacles et coûts pour tenter d’y pénétrer.

Bienvenue en la patrie de la laïcité (autre mot si français et si difficilement traduisible en d’autres langues) et première destination touristique mondiale où on peut ouvrir boutique le dimanche, à condition de ne pas … employer du personnel ce jour-là!

Bienvenue au pays des lois de protection et purification linguistiques, d’où la difficulté si française d’apprendre les langues étrangères et… la si faible mobilité géographique des Français!

Et ce à l’heure où, avec l’élargissement de l’Union européenne, leur langue recule face à l’anglais et à l’allemand (parmi les populations des dix nouveaux États-membres, seuls 3% le maîtrisent, contre 12% dans l’ancienne UE à quinze), et donc… le marché du travail qui va avec!

Bienvenue, pour tout dire, au pays où (de trente ans dans les années 1950) il faut désormais plusieurs centaines d’années à un ouvrier pour rattraper le salaire d’un cadre supérieur et où les plus protégés se sentent en fait les moins en sécurité!

Comment relancer l’ascenseur social
A. R..
Le Figaro
le 22 novembre 2006

Un rapport de l’institut Montaigne avance quinze propositions pour « sortir de l’immobilité sociale à la française ».

LES FRANÇAIS, « qui sont parmi les plus protégés en Europe (…) sont ceux qui se sentent le moins en sécurité », observe Anna Stellinger, dans un rapport intitulé « Sortir de l’immobilité sociale à la française », que vient de publier l’institut Montaigne. Spécialiste du marché du travail et de la réforme de l’État, directrice de la recherche économique et sociale à la Fondation pour l’innovation politique, proche de l’UMP, l’auteur met sur la table quinze propositions pour faire évoluer cette situation et réconcilier les salariés français avec la mobilité.

À ses yeux, celle-ci, même lorsqu’elle est interne à l’entreprise, est trop fréquemment « synonyme de réorganisation ou de restructuration » et est, du coup, « vécue comme une menace plus que comme une opportunité d’avancer dans la vie professionnelle ». Comment sortir du cercle vicieux ? En la valorisant. « La France se trouve comme bloquée dans le mythe de la sécurité par la réglementation » alors que « la mobilité est en réalité souvent le préalable pour un emploi à la fois stable et de qualité. »

Il vaut mieux, estime-t-elle, favoriser les parcours individuels, plutôt que de protéger les emplois. Parmi ses propositions, on relève l’établissement d’une prime à la mobilité professionnelle qui, « pour être efficace, devra être supérieure à 2 000 euros », une diminution des obstacles pratiques tels que le problème des congés la première année, qui pourraient être « cédés gracieusement par l’entreprise », ou encore une « échelle de récompenses pour les entreprises qui soutiennent activement la mobilité interne ascendante ».

Elle préconise aussi que le salarié démissionnaire, qui quitte une entreprise pour travailler dans une autre, puisse conserver ses droits aux allocations d’assurance-chômage même si l’employeur décide de mettre fin à sa période d’essai. Cela faciliterait les réorientations de carrière, souvent risquées. Elle plaide aussi pour qu’une personne qui déménage pour raisons professionnelles puisse bénéficier d’une exonération de droits de mutation, une idée déjà reprise par Nicolas Sarkozy. Elle plaide également pour une défiscalisation des frais de déménagement.

Frontière public-privé

Pour améliorer la fluidité du marché de travail et mieux répartir les chances des uns et des autres de monter dans l’ascenseur social, Anna Stellinger ouvre deux pistes plus controversées : élargir l’accès aux professions lourdement réglementées et réfléchir à une série de réformes pour « réduire la frontière statutaire entre le secteur public et le secteur privé ».

En contrepartie de règles de recrutement et de licenciement moins strictes qu’elles ne le sont actuellement, elle propose enfin un « système de cofinancement salarié-État de la formation professionnelle, impliquant le salarié dans le choix, le financement et la valorisation de ses compétences ».

Voir aussi:

Ouverture dominicale : les commerçants du Marais sanctionnés
Florentin Collomp
Le Figaro
le 21 novembre 2006

Après les Champs-Élysées, la bataille sur l’ouverture du dimanche rebondit dans le centre de Paris.

DANS le quartier, on l’appelle « la rue des deux samedis ». Comprenez : pour les commerçants de la rue des Francs-Bourgeois, à cheval entre les IIIe et IVe arrondissements de Paris, l’ouverture le dimanche permet de réaliser entre 28 et 45 % de leur chiffre d’affaires total. Autant – ou plus – qu’un samedi. Or cette pratique, qui concerne au moins 250 boutiques du Marais, a lieu dans une totale illégalité.

Si une tolérance a régné pendant une dizaine d’années, l’inspection du travail a repris cette année le taureau par les cornes. Et, après une série de contrôles, une quinzaine d’enseignes (Abou Dabi Bazar, Loft, Spontini, Monderer, Et Vous, Ted Baker, Anne Fontaine, Camper, Ventilo…) ont été condamnées début novembre par le tribunal de grande instance de Paris. L’inspection du travail est venue avec un huissier établir le constat de la situation le dimanche 12 novembre. Depuis, les commerçants concernés ouvrent sous la menace d’astreintes de 3 000 à 16 000 euros par infraction.

Mais, alors que la bataille vient de rebondir sur les Champs-Élysées en faveur de l’ouverture dominicale, ils n’entendent pas se laisser faire. Ils ont fait appel des sanctions et demandé l’arrêt provisoire de leur exécution en attendant un nouveau jugement mi-janvier.

« Discrimination »

Réunis au sein du Comité des Francs-Bourgeois, les commerçants dénoncent « l’acharnement et la discrimination » à leur égard de l’inspection du travail. De fait, seule une vingtaine de magasins ont fait l’objet de contrôles. Et certains (Solaris, Body Shop, L’Occitane…) ont obtenu depuis l’autorisation de rester ouverts, en vertu de la législation sur les zones touristiques, applicable à la rue des Francs-Bourgeois – mais pas aux axes adjacents. « Il faut bien commencer quelque part, le reste de la zone suivra », répond l’inspectrice du travail de l’arrondissement, Françoise Rambaud.

«Nous ne sommes pas des hors-la-loi, mais il y a une incohérence dans la définition de cette loi. Il faut uniformiser les dérogations au sein d’une même zone touristique entre un vendeur de chaussures de sport qui peut ouvrir et un magasin de chaussures de détente qui n’en a pas le droit », se fâche Patrick Aboucrat, porte-parole du Comité des Francs-Bourgeois.

En pratique, les commerces peuvent ouvrir le dimanche, ce qui leur est interdit, c’est d’employer du personnel ce jour-là. « Si nous agissons, c’est qu’il y a des plaintes », précise l’inspectrice du travail.

Pour le maire (PS) du IIIe arrondissement, Pierre Aidenbaum, « on est dans une ambiguïté totale. La fermeture le dimanche pourrait avoir des conséquences économiques sérieuses sur cette zone devenue très touristique. La situation actuelle n’est pas tenable ». Les commerçants doivent rencontrer demain le député de Paris Pierre Lelouche, qui prépare un amendement à la loi sur la consommation pour simplifier les règles d’ouverture du dimanche. La Fédération nationale de l’habillement vient d’accepter d’assouplir sa position sur les Champs-Elysées mais juge «inacceptable» l’élargissement des zones touristiques.

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