Cinéma: J’ai su au Rwanda qu’Auschwitz était à la portée de tous

J’ai su au Rwanda pourquoi des juifs étaient morts pendant la guerre. J’ai su qu’Auschwitz était à la portée de tous. Bernard Kouchner
La circulation de l’information n’est pas en cause : en témoigne cet extrait de JT où, un an avant le début des massacres, le directeur de la Fédération internationale des droits de l’homme lançait un appel au secours.
Mathilde Blottière (Télérama)

Aujourd’hui sort en salle (après sa diffusion sur Arte lundi) le documentaire du journaliste franco-américain Jean-Christophe Klotz (« Kigali, des images contre un massacre ») sur ce que nos médias nomment si pudiquement la « passivité » de la « communauté internationale » et notamment de la France face au génocide du Rwanda.

Mais aussi sur ce nous appelions tout récemment, à l’image du tour de passe passe de l’Opération Turquoise (on exfiltre les génocidaires, soutenus – géopolitique oblige – jusqu’au bout, sous couvert d’une opération humanitaire) un détournement d’images.

Ce qui, douze ans plus tard et à l’heure où après celle des chrétiens arméniens, le monde musulman prépare tranquillement sa 2e solution finale, ne semble guère plus inquiéter nos médias actuels …


Kigali, des images contre un massacre

Le Monde du 12.11.06

DOCUMENTAIRE Grand format Jean-Christophe Klotz (France, 2006).
Deux jours avant sa sortie en salles, Arte diffuse le film du journaliste reporter d’images Jean-Christophe Klotz, un Français marqué par son séjour au Rwanda en avril 1994, en plein génocide. A l’époque, il y part pour le compte de la société de production Capa, contactée par Bernard Kouchner qui s’apprête à y aller et souhaite la présence d’une caméra. L’ancien ministre n’a plus alors de fonction politique mais, conscient de la gravité de la situation, il décide de se rendre au Rwanda pour témoigner et agir. Jean-Christophe Klotz le suit.

Il est ainsi l’un des rares journalistes étrangers présent sur les lieux d’un génocide qui, en trois mois, fera près d’un million de morts – des Tutsis en majorité et des Hutus modérés. Outre la mission de Bernard Kouchner, il filme les familles persécutées, réfugiées dans l’église du Père Blanchard, en plein quartier populaire de Nyamirambo, à Kigali. Lorsque les milices interahamwé, liées au régime rwandais soutenu par la France, pénètrent dans l’église pour y massacrer femmes et enfants, le journaliste français reçoit une balle dans la hanche et se fait rapatrier.

Douze ans après, il retourne à Kigali. Cette double expérience est à l’origine du documentaire qui associe des images actuelles aux vues de 1994 – notamment l’église envahie de réfugiés terrorisés ou les tentatives de négociation faites par Bernard Kouchner entre le régime, qui mène le génocide, et l’opposition armée, qui en viendra à bout. Il donne la parole à plusieurs protagonistes internationaux comme le général canadien Romeo Dallaire, qui dirigeait la mission de l’ONU au Rwanda. Bernard Kouchner dénonce la lâcheté des Occidentaux, avoue la fin de non-recevoir que ses appels ont essuyé auprès de François Mitterrand. « J’ai su au Rwanda pourquoi des juifs étaient morts pendant la guerre. J’ai su qu’Auschwitz était à la portée de tous », dit-il.

L’ensemble du film laisse cependant une impression brouillonne et fragmentée. Il vaut surtout pour le témoignage personnel du journaliste, forcément lacunaire. On n’y trouve ni interviews des survivants, ni vue d’ensemble de l’événement. Le comble de la maladresse est atteint au cours d’un dialogue qui accompagne les toutes premières images. Un chauffeur de taxi demande à Jean-Christophe Klotz ce qu’il est venu faire au Rwanda. Il s’explique. « Ah, bon, vous aussi, vous êtes un rescapé du génocide », dit le chauffeur. « Oui, un petit peu », répond le journaliste.
Catherine Bédarida

Voir aussi:

Kigali, des images contre un massacre

Documentaire (Société)
Réalisateur : Jean-Christophe Klotz
Année : 2006
Pays : France

Arte Lundi 13 novembre 2006 de 22h15 à 23h50 (95′

Télérama du Samedi 11 novembre 2006 : Documentaire de Jean-Christophe Klotz (France, 2006). 95 mn. Inédit.

Mai 1994. Au Rwanda, les extrémistes hutus massacrent les Tutsis. Rappelés par leurs rédactions, les journalistes ont pour la plupart déserté : les ressortissants européens rapatriés, pourquoi seraient-ils restés ? Reporter pour l’agence Capa, Jean-Christophe Klotz fait le chemin inverse et part à Kigali. Etre là au bon moment : lorsqu’il filme des enfants tutsis réfugiés dans la paroisse d’un prêtre français, le reporter croit encore à l’impact des images. Malgré la diffusion, fin mai, de son reportage dans Envoyé Spécial, personne ne réagit. De retour à Kigali, le 8 juin, Jean-Christophe Klotz est blessé lors de l’attaque de la paroisse. Un journaliste occidental qui s’est trouvé là au mauvais moment : voilà qui propulse le Rwanda à la une des JT… Mais quand l’armée française lance l’opération Turquoise, visant à protéger les civils et à distribuer l’aide humanitaire, le génocide a déjà eu lieu.

Images d’archives et témoignages à l’appui, ce film démontre la passivité de la France dans le génocide rwandais. Douze ans après les faits, il nous replonge au plus près de cet épisode tragique de l’histoire contemporaine. Nous voilà soudain à la table des négociations aux côtés de Bernard Kouchner et des généraux rwandais, scènes étonnantes où l’histoire est en train de s’écrire. Mais Kigali est aussi le journal intime (et thérapeutique) d’un reporter qui s’interroge sur son métier. Que filmer, comment montrer, à quoi sert d’informer ? Car ici, la circulation de l’information n’est pas en cause : en témoigne cet extrait de JT où, un an avant le début des massacres, le directeur de la Fédération internationale des droits de l’homme lançait un appel au secours. Ce cri d’alarme, pas plus que celui de Kouchner, ne suffira à troubler le silence de l’opinion internationale. Pourquoi ? En réalisant ce documentaire poignant, Jean-Christophe Klotz ne cherche pas à apporter de réponse mais prolonge autrement son travail de témoin. Comme si le cinéma pouvait seul révéler la part d’invisible tapie dans l’image brute.

Mathilde Blottière

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