Corée du nord: Dernier avertissement avant sanction (Last exit before toll)

Last_exit_before_toll_4A présent, donc, au lieu d’une, ce sont deux crises que les membres du Conseil de sécurité doivent traiter en urgence, comme pour montrer qu’il ne suffit pas de repousser les échéances pour voir les problèmes s’évanouir comme par enchantement. Thérèse Delpech

Après l’essai apparemment raté, il y a quatre jours, d’une arme nucléaire nord-coréenne, la question se pose à nouveau, comme le rappelle Thérèse Delpech dans le Figaro d’hier, de la capacité de réaction d’une « communauté internationale » qui, devant la montée des périls, n’a pas jusqu’ici (cf. l’exemple iranien) brillé par sa résolution.

Sans parler du « modèle chinois de gestion des crises » qui, au nom de la cynique poursuite, sans principes ni états d’âme, de l’intérêt national, l’amène à soutenir tout ce que la planète peut compter de régimes voyous comme sources d’approvisionnement énergétique ou « outil de marchandage » pour son obsession de reconquête de Taiwan.

Corée du Nord : Sommes-nous encore capables de réagir ?
Thérèse Delpech, philosophe, directeur de la prospective au Commissariat à l’énergie atomique, chercheur associé au Ceri, membre de l’Institut international d’études stratégiques de Londres, auteur de L’Iran, la bombe et la démission des nations (Autrement).
Le Figaro
le 11 octobre 2006

Depuis plus de dix ans maintenant, la Corée du Nord ne semble exister que pour apporter de mauvaises nouvelles. Mais, en 2006, on peut dire qu’elle a mis les bouchées doubles. En juillet, Pyongyang rompait le moratoire sur les essais balistiques adopté en 2002 en procédant à sept tests de missiles de différentes portées. Fait inhabituel, ces tests donnèrent lieu à une résolution du Conseil de sécurité, adoptée par consensus (la résolution 1695), qui a même été suivie de quelques sanctions. Non contente de ce premier exploit – et de cette réponse, à laquelle la Chine a pris part -, Pyongyang a annoncé la semaine dernière son intention de procéder à un essai nucléaire à une date indéterminée. Selon plusieurs sources ouvertes, une activité inhabituelle avait été observée à l’extérieur d’un site souterrain au nord-est du pays en septembre, donnant à cette annonce une certaine crédibilité. D’importantes quantités de câbles auraient notamment été déchargées, qui pouvaient relier un site d’expérimentation souterrain à des installations de mesure situées en surface. Une activité similaire ayant été détectée en 2005, les analyses restaient cependant assez prudentes.

Mais un essai a bien eu lieu le 9 octobre. L’explosion a été détectée par le réseau français à 3 h 35 avec une magnitude de 3,6. La seule question encore ouverte concerne la nature exacte de cet événement, comme le montre l’extrême prudence de Washington. En effet, si l’énergie produite était inférieure à 1 kilotonne, comme cela a été dit à Paris, un premier essai nucléaire de ce type est très probablement un essai raté. La gravité de l’acte n’en est pas diminuée, car Pyongyang envisage sans doute dans ce cas un deuxième essai, mais le Conseil de sécurité, qui a condamné l’essai le jour même, a le temps d’essayer de prévenir ce nouveau développement, en exerçant sur Pyongyang une pression sans faille très rapidement. De fait, l’avertissement doit être transmis dans la journée du 10 octobre. En effet, si l’on se souvient des essais indiens et pakistanais de 1998, deux jours seulement ont séparé les premiers et les seconds tirs (pour l’Inde : 11 et 13 mai, pour le Pakistan : 28 et 30 mai). Ces dates sont probablement dans tous les esprits à New York.

Le moment choisi par Pyongyang mérite aussi quelques commentaires : le nouveau premier ministre japonais, Shinzo Abe, se trouvait à Séoul au moment du tir, après une visite très réussie à Pékin. Contrairement aux commentaires hâtifs qui avaient suivi sa nomination, son premier geste a été de mettre fin aux relations détestables qui régnaient entre Tokyo et ses deux voisins pendant la période Koizumi. Dans ce contexte, même si cet essai représente pour lui un début difficile, il oblige aussi la Chine et la Corée du Sud à condamner Pyongyang, comme Tokyo, et à sortir enfin de l’ambiguïté. De ce point de vue, Pyongyang a fait un mauvais pari. Deuxième élément : l’annonce de la nomination à la tête des Nations unies à partir du 1er janvier 2007 du Sud-Coréen Ban Ki-moon, qui a déjà fait connaître son intention de s’impliquer personnellement dans le règlement de la question nord-coréenne. A tort ou à raison, Pyongyang est convaincu que la Corée du Sud et sa Sunshine Policy est de plus en plus réticente à exercer la moindre pression sur elle, par souci de rapprochement et par crainte de voir sa politique remise en question. Si tel était le calcul, il n’était pas fameux non plus, car l’essai met le gouvernement sud-coréen, comme les autorités chinoises, au pied du mur. On peut même dire que pour tous deux, c’est un camouflet, qui pourrait conduire Pékin à se montrer plus dure que de coutume avec Pyongyang.

Enfin, il y a les élections américaines et un autre dossier nucléaire, dont la Corée du Nord suit le déroulement avec attention : celui de l’Iran. Washington traverse une phase de faiblesse et de division politique évidente, et personne ne peut prévoir les conséquences internationales de cette situation pour la fin du mandat de l’Administration Bush. Parier sur l’impunité dans ces circonstances serait naturel pour Pyongyang. D’autant que les nombreuses tergiversations de la communauté internationale sur le programme nucléaire iranien ne peuvent constituer qu’un encouragement supplémentaire à tenter un coup de force. Après tout, Téhéran n’a tenu aucun compte de la déclaration présidentielle du Conseil de sécurité adoptée en mars et a tout autant ignoré la résolution 1696 de juillet, sans avoir, pour le moment du moins, subi la moindre conséquence.

À présent, donc, au lieu d’une, ce sont deux crises que les membres du Conseil de sécurité doivent traiter en urgence, comme pour montrer qu’il ne suffit pas de repousser les échéances pour voir les problèmes s’évanouir comme par enchantement. Toute la question est de savoir s’ils prendront toute la mesure de la gravité de la situation actuelle. Dans un monde déjà fortement déstabilisé par les suites du conflit de cet été au Moyen-Orient, par la permanence de la menace terroriste, par les activités de réseaux clandestins vendant au plus offrant les éléments d’armes non conventionnelles, l’aggravation soudaine de deux crises nucléaires ressemble fort à un dernier avertissement.

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