De la lepénisation à la… durbanisation des esprits (From « One settler, one bullet » to… « One Jew, one bullet »)

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Le conflit du Proche-Orient n’est plus perçu dans les catégories de la guerre, mais dans celles du crime: il met aux prises non pas deux adversaires, mais l’innocence martyrisée d’un côté et, de l’autre, l’ennemi sioniste du genre humain. Alain Finkielkraut

Au moment où la bien-pensance et la bonne conscience viennent à nouveau, sous la forme de leur incarnation onusienne, de se liguer contre Israël pour l »empêcher de faire appliquer la loi commune à un groupe terroriste supplétif d’un membre de l’Axe du Mal …

Et où, coïncidence, l’une des plus influentes (Nobel à l’appui!) incarnations de ce discours « progressiste » et de ce masochisme moralisateur qu’affectionne tant l’ONU reconnait (apparemment sans trop de regret) avoir caché pendant 60 ans son engagment volontaire dans les SS (« Pour moi, les Waffen SS n’avaient rien d’atroce, c’était une unité d’élite qui était toujours engagée là où ça chauffait » : Gunther Grass) …

Petit retour, avec un entretien d’Alain Finkelkraut de 2004, sur cette étrange perversion du « progressisme », cette singulière convergence des extrêmismes, qui, dans sa tendance systématique à l’inversion des signes, tend à faire d’Israël (pardon: du sionisme!) le principe unique d’explication des malheurs du monde et qui se concrétisa tout particulièrement à la conférence sur le racisme – à nouveau onusienne ! – de Durban il y a exactement cinq ans.

Parler du mur de l’apartheid, c’est réussir le double exploit de nier et de légitimer le terrorisme. Alain Finkielkraut (L’Express, 30/08/2004)

«L’antiracisme est l’idéologie de notre temps»

Dominique Simonnet

L’Express

30/08/04

On croyait l’avoir compris: il faut se méfier des idéologies, fussent-elles des plus généreuses. Car sur le chemin du bien on finit par rencontrer un goulag ou un camp. Aurait-on mal retenu la leçon? Les bonnes intentions que l’on nourrit aujourd’hui seraient-elles en train de paver le prochain enfer? A croire le philosophe Alain Finkielkraut, c’est l’antiracisme, la «religion de l’homme», qui devient à son tour un pousse-au-crime. Cette idéologie qui ne dit pas son nom réduit la réalité à un conflit entre agresseurs et agressés, elle opère des renversements pervers (les juifs sont des nazis, l’Amérique est un pays totalitaire) et cultive un antisémitisme travesti en humanisme. «La haine des antiracistes est aussi dangereuse que celle des racistes», avertit ici Finkielkraut. Des propos dérangeants à méditer d’urgence, loin des conformismes du moment.

Des synagogues sont incendiées, des rabbins sont molestés, des cimetières sont profanés…», écriviez-vous il y a un an dans un manifeste intitulé Au nom de l’Autre. Réflexions sur l’antisémitisme qui vient (Gallimard). Est-il venu, cet antisémitisme?

Le pire reste à venir, mais l’animosité envers les juifs fait d’ores et déjà partie du paysage: elle est présente, palpable et très inquiétante, car ceux qui l’expriment et la diffusent ne correspondent pas au portrait-robot de l’antisémite placardé dans toutes les têtes par le devoir de mémoire.

Car il s’agit non pas d’un «retour» de l’antisémitisme, mais d’une nouvelle forme de haine, plus difficile à identifier.

Cet antisémitisme a conquis son droit de cité planétaire en août 2001, à Durban, en Afrique du Sud, lors de la conférence de l’ONU contre le racisme, la xénophobie et l’intolérance. Le conflit israélo-palestinien, qui n’avait rien à y faire, a occupé tous les participants: on a mis Israël au ban des nations, et des manifestants ont défilé en criant: «One Jew, one bullet» [un juif, une balle], slogan repris du «One settler, one bullet» [un colon, une balle] des années d’apartheid. A Durban, l’antisémitisme s’est dépouillé de sa gangue raciste pour s’énoncer dans la belle langue cristalline de l’antiracisme. «Les juifs, ces racistes», dit-on maintenant, en donnant un second souffle postreligieux à la vieille condamnation théologique du peuple qui se croit toujours élu. «Les juifs, ces menteurs», ajoute-t-on depuis l’affaire du RER D. Marie-Léonie est plus que le prénom d’une pauvre mythomane: c’est la formule magique qui transmue la montée de la violence antijuive en délire antiarabe et antinoir. Je retiendrai deux symptômes de cette «durbanisation» des esprits et de cette «marie-léonisation» des faits: Dieudonné, qui traite les juifs de négriers reconvertis dans la banque, est devenu une icône de la liberté d’expression; les deux élèves arabes exclus du lycée Montaigne pour avoir persécuté un condisciple juif sont réintégrés par la justice administrative sous les vivats du journal Le Monde et de la Ligue des droits de l’homme. Le dreyfusisme achève lamentablement sa course dans la dénonciation du tapage victimaire juif. Et c’est l’élève agressé qui, sans tambour ni trompette, doit changer d’établissement. Ainsi commence le XXIe siècle.

«Les juifs n’étant plus les opprimés, il faut qu’ils soient des nazis»

Les antisémites d’aujourd’hui, ce seraient donc les antiracistes. A première vue, cela paraît paradoxal.

L’antisémite dont Sartre a fait naguère le portrait était un homme foncièrement hostile à la démocratie. Pour se sentir lui-même membre d’une élite, il ressuscitait l’idée d’une hiérarchie naturelle des êtres. L’antisémite actuel, en revanche, est démocrate jusqu’au bout des ongles. Il professe la religion de l’humanité, qui ne connaît d’autre sacrilège que la remise en question de l’égale dignité de tous les hommes. Cette religion a longtemps protégé les juifs. Elle se retourne maintenant contre eux. Les voici en effet accusés, par Israël interposé, de traiter les Arabes comme des êtres inférieurs. Le conflit du Proche-Orient n’est plus perçu dans les catégories de la guerre, mais dans celles du crime: il met aux prises non pas deux adversaires, mais l’innocence martyrisée d’un côté et, de l’autre, l’ennemi sioniste du genre humain.

Certains vous rétorqueraient que les critiques portées contre le comportement d’Israël s’attacheraient à d’autres situations similaires, qu’elles ne portent pas contre les juifs en tant que tels.

Ce que je constate, c’est l’incapacité à critiquer Israël en termes politiques. Le seul schéma qui soit désormais à la disposition de la critique, c’est l’antiracisme. Car l’antiracisme est devenu l’idéologie de notre temps. L’idéologie, disait Hannah Arendt, c’est un principe unique d’explication du monde. Hier, l’idéologie marxiste réduisait la réalité à la lutte des classes: tout était ramené à l’exploitation. Aujourd’hui, l’idéologie antiraciste réduit la réalité à la grande antithèse de la discrimination et des droits de l’homme: tout est ramené à l’exclusion. De la pluralité humaine et de la complexité du monde, il ne reste que deux camps: les oppresseurs et les opprimés. Dans l’idéologie communiste, l’oppresseur avait le visage du bourgeois. Dans l’idéologie antiraciste, l’oppresseur a le visage du nazi. Les juifs n’étant plus les opprimés, il faut donc qu’ils soient des nazis.

On accuserait donc à présent les juifs non plus d’être une race mais d’être racistes. Et c’est ce retournement-là qui serait la forme nouvelle de l’antisémitisme?

En effet, ce n’est pas l’incitation à la haine raciale, c’est l’incitation à la haine antiraciste qui caractérise la judéophobie contemporaine. Haine antiraciste du Mur, par exemple. Or les Israéliens n’ont pas érigé une barrière de séparation pour signifier aux Palestiniens qu’ils étaient des sous-hommes; ils l’ont fait pour trouver une parade aux attentats suicides. Peut-être achètent-ils une sécurité relative au prix de l’aggravation des conditions de vie d’un nombre important de Palestiniens. Sans doute aussi le tracé de cette barrière doit-il être contesté du fait de son incursion en Cisjordanie pour protéger certaines implantations. Parler, cependant, du mur de l’apartheid, c’est réussir le double exploit de nier et de légitimer le terrorisme: contre ceux qui refusent à d’autres le titre d’homme, tout est permis, car, en excluant, ils s’excluent eux-mêmes de l’humanité commune.

Il allait de soi jusque-là que l’antiracisme, l’humanisme présupposaient des valeurs généreuses. Vous affirmez que ces «ismes» -là sont eux aussi porteurs de crimes.

«Toute générosité est menacée par son stalinisme», disait justement Emmanuel Levinas. Les «ismes» dont vous parlez travaillent, comme leurs prédécesseurs, à la reconnaissance de l’homme par l’homme. Il faut être un vrai salaud pour vouloir empêcher ou retarder la réalisation d’un objectif si irréfutable. Et que faire des salauds, sinon les mettre hors d’état de nuire?

L’idéologie que vous dénoncez est portée en France par une galaxie qui se dit effectivement humaniste, antiraciste, universaliste, et qui compte, parmi d’autres, les amis de José Bové, Le Monde diplomatique, Attac, les Verts, l’extrême gauche… Une certaine gauche, en somme.

Toute la gauche n’est pas impliquée dans ce mouvement. Mais je constate que la gauche antitotalitaire a perdu la bataille qu’elle menait depuis longtemps déjà contre la gauche progressiste…

Par «progressiste», vous entendez «révolutionnaire», c’est cela?

Le progressisme, c’est l’idée que tout est politique, et qu’en effet on peut accéder à un monde meilleur par un bouleversement radical des institutions, par la révolution ou l’élimination des méchants. La phrase inaugurale du progressisme a été écrite par Jean-Jacques Rousseau: «Je hais la servitude comme la source de tous les maux du genre humain.» Le mal est donc une réalité politique ou économique, ce n’est plus un fait de nature. D’où cette mission inouïe assignée à la politique: en finir avec le mal. Nourrie de cette espérance, la gauche progressiste ne voulait pas voir les horreurs commises en son nom. Et quand elle les voyait et finissait par condamner le communisme soviétique, c’était pour reporter aussitôt son impatience messianique sur Cuba ou sur la Chine. La gauche antitotalitaire, à l’inverse, s’est inspirée de Soljenitsyne et des dissidents pour dénoncer non seulement l’écart entre l’idéal communiste et la réalité, mais aussi le danger d’un idéal d’éradication définitive du mal. On pourrait croire que le mur de Berlin a entraîné dans sa chute les illusions du progressisme. C’est le contraire qui est vrai. L’antitotalitarisme a disparu en même temps que le système totalitaire.

«L’antitotalitarisme a disparu en même temps que le système totalitaire»

C’est cette même gauche qui dénonce aujourd’hui le «totalitarisme» américain.

Le mot de totalitarisme, c’est vrai, n’est pas tombé dans l’oubli. Mais il désigne désormais l’ «hyperpuissance» d’une Amérique jugée à ce point maléfique qu’elle fomenterait non seulement ses mauvais coups mais aussi ceux des autres: n’a-t-elle pas fabriqué Ben Laden, armé Saddam Hussein? Cet usage-là du concept de totalitarisme signe la défaite de la pensée antitotalitaire et le grand retour de la politique absolue. Il y a, dans ce retour, une seule innovation: la place faite à Israël.

L’Etat juif est-il une province de l’empire américain ou bien est-ce, en fin de compte, l’Amérique qui est le bras armé de l’Etat juif, comme il est dit dans le film de William Karel Le Monde selon Bush?

Telle est la question qui tourmente le néoprogressisme. Et le jour est proche où les deux extrémismes, de gauche et de droite, se retrouveront dans ce cri du cœur lu sur les murs du centre social israélite qui vient d’être incendié à Paris: «Sans les juifs, le monde serait heureux.»[qui se révèlera aussi être en fait l’acte d’un déséquilibré juif, employé dudit centre et apparemment inspiré par… une fiction de France 2 filmée dans les mêms lieux quelques mois auparavant!].

Dans votre dialogue avec Peter Sloterdijk (Les Battements du monde, Pauvert), vous parlez du «songe» de l’Amérique qui poursuit son rêve mais se coltine la réalité du monde, et du «mensonge» de l’Europe qui refuse de voir le monde tel qu’il est et cultive l’illusion. Comme si l’Europe, traumatisée par son XXe siècle, n’osait plus affirmer ses valeurs et se laissait aller à une culpabilité passive somme toute assez confortable.

Alors que les Américains disent: «Attention, nous avons des ennemis!», la gauche progressiste leur répond: «C’est vous, l’ennemi, en tant précisément que dirigeants du monde occidental.» Là est la grande division aujourd’hui. Pour les progressistes, il n’existe pas de politique extérieure. Il n’y a qu’une politique intérieure de l’Occident. C’est aussi le grand paradoxe: ces gens généreux ne voient en fait qu’eux-mêmes. Dans un article remarquable sur Sartre, Octavio Paz faisait une distinction salutaire entre l’esprit critique des Lumières, dont nous devons rester les héritiers, et le masochisme moralisateur du XXe siècle. Sartre est selon lui une incarnation de ce masochisme. Il est moins la conscience de son époque que sa mauvaise conscience: c’est la honte qui a fait de lui l’intellectuel le plus représentatif, honte d’être un Occidental, honte d’être un intellectuel.

Si l’Europe cultive sa culpabilité et son masochisme, le monde musulman, lui, entretient de manière forcenée un sentiment d’humiliation.

L’humiliation est en effet dans le monde arabo-musulman le sentiment qui remplace la distance à soi. Et la paranoïa se substitue au discours critique, avec, qui plus est, la bénédiction de l’intelligentsia progressiste occidentale. Erigée en humiliation suprême, la question palestinienne est le grand alibi, l’exutoire providentiel de tous les mécontentements. Deux rapports accablants, rédigés par des universitaires arabes et publiés sous l’égide des Nations unies, faisaient état du marasme qui sévit en terre d’islam: corruption, incurie, incuriosité (autant de livres traduits en un millénaire qu’en un an en Espagne), gouvernements autocratiques, stagnation économique, ségrégation des femmes, étouffement des libertés individuelles… Le reste du monde devrait se saisir de ce problème. On ne le fait pas. Pourquoi? Par solidarité avec la souffrance des Palestiniens.

La vraie identité arabe, écrivez-vous, c’est le rejet d’Israël.

Il serait plus facile de trouver un compromis entre Israéliens et Palestiniens si l’identité palestinienne n’était pas fondée sur le rejet d’Israël. Reste que la souffrance des Palestiniens et la terreur des Israéliens sont bien réelles et qu’un compromis territorial est plus nécessaire que jamais. J’entends par «compromis» la création d’un Etat palestinien et l’évacuation de la plus grande partie des implantations. Mais cela va de pair avec une sévérité sans faille envers l’antisémitisme en vigueur dans les rues du Caire, de Beyrouth ou de Téhéran, et sur les sites Internet de l’altermondialisation.

Comment expliquez-vous que tant de gens adhèrent aux simplifications que vous dénoncez?

Cela tient à l’effort qu’il faut fournir pour prendre acte du caractère tragique de l’existence. Là où il y a du tragique, c’est-à-dire de l’inextricable, de l’irréparable et plusieurs légitimités, on met spontanément du mélodrame. Ainsi le conflit entre deux droits – celui des Israéliens, celui des Palestiniens – est-il converti en combat contre le crime sioniste. Ironie de la mémoire: Hitler n’a pas seulement dévasté l’Europe, il l’a aussi abêtie, et pour longtemps. Parce qu’il avait l’atroce simplicité du mal absolu et que ce mal est inoubliable, le nazisme nous a coupés du grand héritage tragique qui, de Sophocle à Hegel, avait façonné l’âme européenne.

Et qui suggère un pessimisme prudent à l’égard de la nature humaine et une vision complexe du monde… Pour se garder des effets pervers de l’antiracisme et des autres idéologies à naître sur nos bons sentiments, il faudrait donc cultiver l’esprit critique cher aux philosophes…

Le problème, c’est que tout est exposé à sa propre caricature. La Terreur procédait directement de ce que Robespierre lui-même appelait le «zèle compatissant». De la même manière, l’esprit critique peut se dévoyer en hypercritique, et frapper de suspicion toute réalité contrariante, toute information inattendue ou non souhaitée. Alors la démystification rejoint la propagande, comme on le voit dans ce qu’on appelle improprement les «documentaires» de Michael Moore et de William Karel. L’esprit critique est lui-même menacé par ses propres dérives. Il nous faudrait plutôt essayer de nous garder de l’arrogance intellectuelle, cultiver une forme d’humilité devant la réalité. Et tuer, comme le disait Paul Valéry, la marionnette qui est en nous, même si elle a revêtu les beaux atours de la générosité.

Voir aussi l’intéressant commentaire de deux écrivains allemands sur l’autre véritable scandale que cache la controverse sur Grass:

Leftist German pacifists, who have designed their lives to be the anti-thesis of their Nazi fathers’ or grandfathers’, demonstrate (as in Berlin in July) « side by side » with Arabs yelling « death to the Jews »! But nobody sees a scandal in that.

We retreat to dismayed pacifism, which may be comfortable in German living rooms but is not, unfortunately, a political position. A political position would be to consider under what circumstances war cannot be avoided. What does Grass have to say on that? And all the others? The well-practiced perpetrator-victim reversal would have also been worth a challenge. The TV pictures, the headlines, the majority of the published opinion wanted to make us believe: Israel is so strong, so aggressive, there are always fewer deaths there, so it must be to blame, somehow. For historical reasons, we Germans are always on the side of the weak. In other words, on the side of the Lebanese civilians. The Israeli civilians are safe in their bunkers.

But where were the German intellectuals who would have said: we don’t need Auschwitz to speak out? We are on Israel’s side not because Nazi Germany murdered 6 million Jews but because Israel is a democratic state with enemies that want to destroy not only it but all democratic societies of the West? This is not about Jews versus Arabs but about democracy versus murderous fanaticism, enlightenment versus the Middle Ages, human and civil rights versus martyrs and suicide bombers. Let’s talk about the terrorist attacks that were prevented in London, let’s talk about our relationship to Islam, let’s talk about the limits of liberality. This is about us and our future.

Voir aussi:

This endless moral flutter

The same old issues, the same old voices. A plea for less Grass and more debate on the Middle East. By Eva Menasse and Michael Kumpfmüller
Süddeutsche Zeitung
August 17, 2006

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