Terrorisme: Pour que le Mal triomphe … (All that is necessary…)

Axisofevilx_1Pour que le Mal triomphe, il suffit que les hommes de Bien ne fassent rien. (attribué à) Edmund Burke 

« Prendre clairement parti » (comme en Bosnie en 95) « décision délicate et dont on fait les frais à terme » ? « prouver sa neutralité en ne faisant rien » (Liban depuis 78) ? « désarmer le parti de Dieu » (comme le prévoit la résolution 1559 de l’ONU depuis 2004)? « Evidemment non » ! …

Belle illustration dans Le Figaro de vendredi, par l’un des conseillers de notre roi fainéant Etienne de Durand, de la pusillanimité (ici sous la forme du constat désabusé, d’où effectivement la justesse de nombre des observations: « L’enfer stratégique est lui aussi pavé de bonnes intentions »), dont nos dirigeants nationaux (France en tête) et instances internationales (l’ONU, pour ne pas la citer) se sont fait une spécialité* !

Et surtout de cet étrange refus d’appeler le Mal par son nom et donc de prendre clairement parti pour le Bien. Cet étrange rejet, que les débats sur l’intervention anglo-américaine en Irak avaient déjà largement révélé, de la question du Bien et du Mal comme en témoignent les sarcasmes et l’indignation qu’avait accueilli (du fait, on suppose, de son origine judéo-chrétienne et pour l’inacceptable prétention au Bien qu’elle suppose nécessairement) la simple mention par un président américain (Reagan jadis ou Bush aujourd’hui) du vocabulaire du Bien et du Mal.

Le tout apparemment en faveur d’une approche relativiste de la réalité et donc du refus de règles ou de valeurs communes qui fait qu’on s’interdit d’appeler Mal des choses aussi difficilement justifiables que… le totalitarisme ou le terrorisme!

Mais qui, par un tout aussi étrange retournement, aboutit à une sorte de sacralisation paradoxale et quasi-religieuse de la paix (dans une sorte de « croisade pacifique », autrement dit, comme on parle de « guerre sainte », une sorte de… « paix sainte »!) où les ennemis du Bien et donc le Mal ne disparaissent pas mais deviennent le libéralisme, la mondialisation, la guerre (« pire des solutions, dixit Chirak !).

D’où par exemple la présentation de la préservation d’Israël (peuple, on le sait, particulièrement et à la fois « mercantile » et « guerrier ») comme le comble de l’horreur politique (« réalisant ainsi l’objectif de l’Etat hébreu à sa place » – qui se trouve pourtant être aussi… une résolution de l’ONU !). Le nouveau Bien devenant donc la défense incantatoire de la paix à tout prix et des victimes de la mondialisation, la  sacro-sainte « multipolarité », le « respect des différences culturelles » (jusqu’au… sang du dernier dissident ?).

Vision que l’on retrouve d’ailleurs parfaitement, dans le même Figaro et sous la plume d’un autre conseiller de notre roi fainéant, notre grand islamologue national Olivier Roy.

Qui commence par multiplier les précautions oratoires et les marques de neutralité ostentatoires (« on peut gloser », « quelle que soit l’issue de guerre en Irak », « réalité ou fantasme ») et de sa compréhension, quand ce n’est pas la complaisance ou la connivence ou, l’évidente difficulté à cacher sa joie mauvaise devant les  « succès » de ses objets d’étude ou les échecs supposés des Occidentaux (« l’Iran est en passe de réussir, grâce au coup de bluff d’Ahmedinejad », « elle a aussi permis à Téhéran de gagner sur tous les tableaux », ‘l’illégitimité’ d’Israël, thème évidemment porteur dans la région », « Israël n’a plus de politique, sinon la bunkérisation et la destruction de toute force menaçante dans l’espèce de no man’s land qu’il crée »).

Et finit par ne pas avoir de mots assez durs pour fustiger l’incapacité américaine à respecter les différences (en se « gargarisant de termes vagues et inopérants comme ‘guerre au terrorisme’ ou ‘fascisme islamique’ « ), à « dissocier les deux tendances lourdes de la région », à « traiter différemment le Hamas (avec qui il faudra bien négocier »: quoi ? la… disparition d’Israël ?) du Hezbollah » ou à « retrouver la spécificité de chaque conflit ».

Mais aussi pour Israël, également responsable d’avoir (« en bombardant tout le Liban ») « réunifié chiites, sunnites et chrétiens » et d’être « la seule cause qui permet de connecter le front arabo-sunnite et le radicalisme chiite », car (refus de la guerre) « il n’existe pas de solution militaire durable. Seul un accord politique de long terme peut stabiliser la région ».

Morceaux choisis:

Rien n’est plus dangereux que de prétendre maintenir la paix quand il s’agit en réalité de l’imposer. Intervenir dans un conflit ouvert implique soit de s’imposer par la force auprès des belligérants,
solution coûteuse, soit de prendre clairement parti (Bosnie en 1995), décision délicate et dont on fait les frais à terme (ainsi des Occidentaux face à l’UCK au Kosovo), soit enfin de prouver sa
neutralité en ne faisant rien : quel meilleur exemple que la Finul déployée inutilement au Liban depuis 1978 ?
sera-t-on, le cas échéant, prêt à désarmer le Parti de Dieu par la force, réalisant ainsi l’objectif de l’Etat hébreu à sa place, si d’aventure il réengageait les hostilités en frappant à nouveau Israël depuis l’intérieur du Liban, littéralement par-dessus les «peacekeepers» ? Évidemment non

Bien plus qu’une simple mission de police, la stabilisation suppose de ne pas se contenter de déployer des troupes avec des objectifs aussi bienveillants que vagues mais de définir des objectifs politiques précis, traduisibles en objectifs militaires, et d’allouer les moyens correspondants, face à un ennemi potentiel ou réel.

Ces forces déployées mais pas employées, selon l’excellente formule du général britannique Rupert Smith, au mieux projetteront une image d’impuissance bien nuisible à la crédibilité occidentale sur d’autres théâtres, au pire seront autant d’otages livrés au Hezbollah, et donc à la Syrie et à l’Iran, alors que le bras de fer engagé avec Téhéran à propos de son programme nucléaire risque d’empirer dans les prochains mois.

Le piège d’une interposition au Liban
Etienne de Durand, Responsable du département des études de sécurité à l’Institut français des relations internationales (Ifri)..

Alors que les Américains voient dans l’Iran un Etat terroriste, ils se
sont paradoxalement retrouvés dans le même camp que les Iraniens en Irak – et en Afghanistan. Quelle que soit l’issue de guerre en Irak,
les chiites irakiens sont les grands vainqueurs de l’intervention
américaine.
Aujourd’hui, l’Iran est en passe de réussir, grâce au coup de bluff
d’Ahmedinejad, à l’incohérence des politiques occidentales, à la
violence de la réaction israélienne et à la paralysie des régimes
arabes sunnites.

La seule cause qui permet de connecter le front arabo-sunnite et le
radicalisme chiite est la Palestine ; plus précisément, toute
conjonction entre le Hamas et le Hezbollah permet à l’Iran d’articuler
ses deux stratégies. Ahmedinejad a donc commencé par prendre des
positions en flèche sur l’«illégitimité» d’Israël, thème évidemment
porteur dans la région, tout en armant et équipant le Hezbollah.

On peut gloser sur les causes qui ont poussé la branche armée du Hamas à capturer un soldat israélien en juin dernier ; mais, vu la réaction israélienne, il est difficile de croire que le Hezbollah ne s’attendait pas à une attaque israélienne après avoir à son tour capturé deux soldats. En tout cas, il était prêt à la guerre. Toujours est-il que la brutale connexion entre le conflit israélo-palestinien et
israélo-hezbollah a permis à l’Iran de fusionner Front du refus et arc
chiite. Pour le moment, elle a aussi permis à Téhéran de gagner sur
tous les tableaux.

Quant à Israël, en bombardant tout le Liban, il a réunifié chiites,
sunnites et chrétiens, même provisoirement. Mais l’occasion de jouer
une stratégie complexe de division et d’isolement des forces radicales
au Moyen-Orient a été perdue, même si le soutien au Hezbollah reste
très fragile au Liban. Surtout, Israël n’a plus de politique, sinon la
bunkérisation et la destruction de toute force menaçante dans l’espèce
de no man’s land qu’il crée, de la bande de Gaza au fleuve Litani. Or
il n’existe pas de solution militaire durable. Seul un accord politique
de long terme peut stabiliser la région.

Pour cela, il faut à nouveau dissocier les deux tendances lourdes de la
région, et donc, commencer par traiter différemment le Hamas (avec qui il faudra bien négocier) du Hezbollah (qu’on ne peut isoler qu’en
négociant avec les autres forces politiques libanaises et arabes).
Bref, il faut retrouver la spécificité de chaque conflit, au lieu de se
gargariser de termes vagues et inopérants comme «guerre au terrorisme»ou «fascisme islamique».

Voir aussi:

Moyen-Orient : empêcher la jonction des forces radicales et extrémistes
Olivier Roy*
Le Figaro
le 12 août 2006

* les médias occidentaux ne se défendent pas mal non plus dans cette fausse « neutralité axiologique », comme le NYT
de ce matin qui parle du secret de polichinelle du programme nucléaire
iranien avec la prétendue « objectivité » qu’il convient en le réduisant,
alors que ledit programme est depuis des années l’objet d’une enquête
des Nations Unies, à… une « accusation occidentale »: « Iran, which
invested millions of dollars in Hezbollah and which the West accuses of
harboring a secret program to build nuclear weapons. »

Le piège d’une interposition au Liban
Etienne de Durand, Responsable du département des études de sécurité à l’Institut français des relations internationales (Ifri)..
Le Figaro
le 14 août 2006

L’émotion qu’engendre l’affrontement entre Israël et le Hezbollah pousse les gouvernements occidentaux à l’action. D’intenses tractations sont à l’oeuvre afin d’organiser une force internationale chargée de s’interposer entre les belligérants. Moralement louable, cette initiative est stratégiquement dangereuse et vraisemblablement vouée à l’échec.

En matière d’intervention, il n’existe guère que deux situations, le maintien de la paix et l’imposition de la paix, souvent baptisée opération de stabilisation. Le maintien de la paix a pour fonction de séparer les adversaires. Pour réussir, il suppose des moyens militaires dissuasifs, des «règles d’engagement» qui dépassent la seule autodéfense à laquelle les Casques bleus sont cantonnés, enfin et surtout un accord politique préalable entre les parties au conflit, ou à tout le moins un épuisement militaire. L’interposition n’est jamais aussi efficace que lorsqu’elle est appliquée préventivement, avant la violence, ou en sortie de crise, quand les belligérants n’en peuvent plus.

En sens inverse, les opérations de stabilisation complexes ne requièrent pas l’assentiment de tous les acteurs : certains d’entre eux sont souvent, ouvertement ou pas, hostiles à la force d’intervention. Bien plus qu’une simple mission de police, la stabilisation suppose de ne pas se contenter de déployer des troupes avec des objectifs aussi bienveillants que vagues mais de définir des objectifs politiques précis, traduisibles en objectifs militaires, et d’allouer les moyens correspondants, face à un ennemi potentiel ou réel.

Rien n’est plus dangereux que de prétendre maintenir la paix quand il s’agit en réalité de l’imposer. Intervenir dans un conflit ouvert implique soit de s’imposer par la force auprès des belligérants, solution coûteuse, soit de prendre clairement parti (Bosnie en 1995), décision délicate et dont on fait les frais à terme (ainsi des Occidentaux face à l’UCK au Kosovo), soit enfin de prouver sa neutralité en ne faisant rien : quel meilleur exemple que la Finul déployée inutilement au Liban depuis 1978 ?

Appliqué à la situation qui prévaut au Proche-Orient, le raisonnement aboutit à des conclusions nettes, quelle que soit la résolution finalement adoptée.

– Objectifs politiques : même en cas de cessez-le-feu, la confrontation politique sous-jacente ne sera en rien résolue et le sera d’autant moins qu’elle implique de nombreux acteurs, locaux et régionaux, aux intérêts fondamentalement divergents.

– Objectifs militaires : sera-t-on, le cas échéant, prêt à désarmer le Parti de Dieu par la force, réalisant ainsi l’objectif de l’Etat hébreu à sa place, si d’aventure il réengageait les hostilités en frappant à nouveau Israël depuis l’intérieur du Liban, littéralement par-dessus les «peacekeepers» ? Évidemment non, et l’on imagine encore moins des «soldats de la paix» allemands s’en prendre à des forces israéliennes organisant des représailles au Liban-Sud.

– Capacités : avec 15 000 hommes, la force internationale, même avec l’appui de l’armée libanaise, structurellement impuissante, n’aura pas les moyens de contrôler le terrain ou de désarmer le Hezbollah ; celui-ci a d’ailleurs déjà annoncé, par la voix de Hassan Nasrallah, que la «force [internationale] sera accueillie par les balles du Hezbollah». En outre, les armées occidentales connaissent déjà des problèmes d’effectifs pour mener les opérations en cours en Côte d’Ivoire, en Afghanistan, dans les Balkans, en Irak et ailleurs.

Ces forces déployées mais pas employées, selon l’excellente formule du général britannique Rupert Smith, au mieux projetteront une image d’impuissance bien nuisible à la crédibilité occidentale sur d’autres théâtres, au pire seront autant d’otages livrés au Hezbollah, et donc à la Syrie et à l’Iran, alors que le bras de fer engagé avec Téhéran à propos de son programme nucléaire risque d’empirer dans les prochains mois. Sans rien résoudre de la crise, nous nous serons ainsi placés de nous-mêmes en situation de faiblesse, à la merci d’un nouveau «Drakkar». L’enfer stratégique est lui aussi pavé de bonnes intentions.

Responsable du département des études de sécurité à l’Institut français des relations internationales (Ifri).

Voir enfin:

Moyen-Orient : empêcher la jonction des forces radicales et extrémistes

Olivier Roy* .
Le Figaro
le 12 août 2006
Avec l’aggravation de la guerre au Liban et la mise au jour d’un complot terroriste à Londres, l’actualité de ces derniers jours l’illustre abondamment : deux logiques profondes sont à l’oeuvre au Moyen-Orient. D’une part, la recréation d’un «front du refus» anti-israélien, mais, cette fois, sous l’égide de l’Iran ; d’autre part, un clivage croissant entre chiites et sunnites qui atteint son paroxysme en Irak et menace de s’étendre à la toute la zone.

En soi, ces deux tendances ne sont pas nouvelles. Le Front du refus est apparu à la fin des années 1970, quand l’Egypte a entamé un processus de reconnaissance d’Israël, qui a culminé dans les accords d’Oslo. Et le clivage chiite-sunnite s’est développé dès la victoire de la révolution iranienne en 1979, mais surtout lors de la guerre entre l’Irak et l’Iran. On a assisté alors à une alliance contre l’Iran entre nationalisme arabe et sunnisme conservateur, sous la houlette de l’Arabie saoudite, mais aussi, ne l’oublions pas, du Pakistan.

Les premières attaques systématiques de groupes militants sunnites armés contre les chiites ont de fait commencé au Pakistan, vers 1985. Depuis, on a assisté à une surenchère entre groupes radicaux sunnites (dont al-Qaida est le prototype) et le régime iranien. Les milieux salafistes et wahhabites, longtemps soutiens de Ben Laden, se sont lancés dans une campagne d’anathème contre les chiites, accusés d’hérésie. Les Iraniens, quant à eux, ont toujours rêvé de prendre la tête de l’ensemble de la contestation islamique, mais se sont, dès 1980, trouvés réduits au soutien d’une partie des communautés chiites de la région. De plus, ils n’ont même pas réussi à unifier, tant politiquement que religieusement, l’ensemble des chiites sous la houlette du guide de la révolution.

Mais, la nouveauté, c’est que l’intervention américaine en Irak a changé la donne. Alors que les Américains voient dans l’Iran un Etat terroriste, ils se sont paradoxalement retrouvés dans le même camp que les Iraniens en Irak – et en Afghanistan. Quelle que soit l’issue de guerre en Irak, les chiites irakiens sont les grands vainqueurs de l’intervention américaine. Cette montée en puissance des chiites dans la région du Golfe (également perceptible à Bahreïn, Koweït et au nord-est de l’Arabie saoudite), dans ce qui constitue l’essentiel des zones pétrolières, a inspiré une vive inquiétude aux régimes sunnites arabes conservateurs de la région.

Fantasme ou réalité, la référence au péril chiite est devenue centrale dans les discussions politiques. L’alliance entre nationalistes arabes et salafis sunnites s’est reconstituée ainsi dans le nord de l’Irak, sous l’impulsion de radicaux comme Zarqaoui, et avec une certaine bienveillance des milieux conservateurs arabes, tant dans le Golfe qu’en Jordanie. Zarqaoui s’est lancé dans un djihad violent contre les chiites en Irak. L’axe qui avait permis de limiter l’expansion de la révolution islamique iranienne s’est ainsi reconstitué. Sauf que, cette fois, les Américains se retrouvaient objectivement dans le camp de l’Iran.

L’obsession iranienne a toujours été de contourner ce front arabo-sunnite pour se positionner en champion de la cause arabo-musulmane au Moyen-Orient, tout en maîtrisant et instrumentalisant les réseaux chiites. Aujourd’hui, l’Iran est en passe de réussir, grâce au coup de bluff d’Ahmedinejad, à l’incohérence des politiques occidentales, à la violence de la réaction israélienne et à la paralysie des régimes arabes sunnites. La seule cause qui permet de connecter le front arabo-sunnite et le radicalisme chiite est la Palestine ; plus précisément, toute conjonction entre le Hamas et le Hezbollah permet à l’Iran d’articuler ses deux stratégies. Ahmedinejad a donc commencé par prendre des positions en flèche sur l’«illégitimité» d’Israël, thème évidemment porteur dans la région, tout en armant et équipant le Hezbollah.

On peut gloser sur les causes qui ont poussé la branche armée du Hamas à capturer un soldat israélien en juin dernier ; mais, vu la réaction israélienne, il est difficile de croire que le Hezbollah ne s’attendait pas à une attaque israélienne après avoir à son tour capturé deux soldats. En tout cas, il était prêt à la guerre. Toujours est-il que la brutale connexion entre le conflit israélo-palestinien et israélo-hezbollah a permis à l’Iran de fusionner Front du refus et arc chiite. Pour le moment, elle a aussi permis à Téhéran de gagner sur tous les tableaux.

Les milieux salafistes et wahhabites ne s’y sont pas trompés, contraints, d’un seul coup, comme le montrent leurs déclarations récentes, à mettre un bémol à leur diabolisation des chiites et à reconnaître en Nasrallah un héros de la cause arabo-musulmane, ce que la rue arabe a fait depuis longtemps. Les Saoudiens et les Jordaniens, après avoir blâmé le Hezbollah pour le déclenchement de la crise, ont dû faire marche arrière et se retrouvent, comme le régime égyptien, en spectateurs.

Les Européens continuent de pratiquer une diplomatie cloisonnée, en traînant l’Iran devant le Conseil de sécurité pour son programme nucléaire, tout en appelant, par la voix du ministre français des Affaires étrangères, à l’intégrer dans la recherche d’une solution au Liban, comme facteur de… stabilisation (alors qu’une des motivations de l’Iran de jouer la crise au Proche-Orient est précisément de pouvoir continuer son programme nucléaire).

Les Américains sont, quant à eux, dans une situation particulièrement schizophrène : ils refusent de parler aux «Etats voyous», mais ont renoncé à les démocratiser, par crainte, dans le cas de la Syrie, d’une victoire des Frères musulmans et, dans le cas de l’Iran, d’une aggravation de la situation en Irak et dans le Golfe. Bref, on parle de guerre sans la faire et on refuse la diplomatie, ce qui a pour conséquence de laisser le champ libre à Damas et à Téhéran.

Quant à Israël, en bombardant tout le Liban, il a réunifié chiites, sunnites et chrétiens, même provisoirement. Mais l’occasion de jouer une stratégie complexe de division et d’isolement des forces radicales au Moyen-Orient a été perdue, même si le soutien au Hezbollah reste très fragile au Liban. Surtout, Israël n’a plus de politique, sinon la bunkérisation et la destruction de toute force menaçante dans l’espèce de no man’s land qu’il crée, de la bande de Gaza au fleuve Litani. Or il n’existe pas de solution militaire durable. Seul un accord politique de long terme peut stabiliser la région.

Pour cela, il faut à nouveau dissocier les deux tendances lourdes de la région, et donc, commencer par traiter différemment le Hamas (avec qui il faudra bien négocier) du Hezbollah (qu’on ne peut isoler qu’en négociant avec les autres forces politiques libanaises et arabes). Bref, il faut retrouver la spécificité de chaque conflit, au lieu de se gargariser de termes vagues et inopérants comme «guerre au terrorisme» ou «fascisme islamique».

* Islamologue, spécialiste du Moyen-Orient et de l’Asie centrale, auteur de La Laïcité face à l’islam (Stock), Les Illusions du 11 Septembre et L’Islam mondialisé (Seuil).

Un commentaire pour Terrorisme: Pour que le Mal triomphe … (All that is necessary…)

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