Terrorisme: Aujourd’hui Gaza, demain Jérusalem! (Are we rewarding terrorism ?)

Dumbassmuslims_2Les Israéliens se sont égarés quant à leurs relations avec les Arabes et plus particulièrement en ce qui concerne les objectifs de la guerre. Je reproche aux Israéliens – et j’entends par là le corps politique, par uniquement les dirigeants – de croire que la gestion du conflit est la meilleure chose à faire. (…) Au lieu de vaincre. Au cours des 15 dernières années, nous avons vu apparaître toute une série de propositions visant à gérer le conflit. Certaines d’entre elles sont devenues des politiques gouvernementales; un grand nombre sont de simples projets. Leur point commun, de la gauche à la droite, consiste à admettre que le conflit ne peut pas déboucher sur une victoire, qu’il peut seulement être géré. (…) Gagner une guerre (…) c’est (…) imposer sa volonté à l’ennemi.
Le retrait israélien du Liban, chassé par le Hezbollah, indiqua que les Palestiniens aussi pouvaient atteindre leurs objectifs sans négociations, sans marchandage avec l’ennemi. Simplement marteler avec opiniâtreté, tuer, attaquer, année après année, allait faire fuir les Israéliens. Les négociations, les accords, l’implication internationale – tout cela n’est pas nécessaire. Cet argument puissant fit son chemin dans les milieux palestiniens. (…) Lorsque les choses deviennent pénibles – au Liban ou à Gaza –, les Israéliens s’en vont. Cela indique que la violence fonctionne. Il est probable qu’elle sera utilisée de même à Jérusalem, à Haïfa et à Tel-Aviv.
Le monde arabo-musulman – de même que le monde musulman dans son ensemble, et peut-être plus encore – se trouve dans un état marqué par la colère, la dénégation, la fureur, l’extrémisme et le conspirationnisme et cela crée des problèmes pour le monde entier. C’est une menace pour nous tous, y compris pour les musulmans qui souhaitent adopter une vie moderne, civilisée.
Prenez un concept tel que le djihad, qui est absolument central pour la compréhension de la guerre contre la terreur – vous entendez ici des historiens de l’Islam, des experts religieux et d’autres encore déclarer presque sans exception que le djihad est un effort individuel d’amélioration morale – devenir plus prévenant, lutter pour les droits des femmes, contre l’apartheid. Ils évitent généralement de dire de quoi il s’agit vraiment, c’est-à-dire de la guerre servant à l’expansion du territoire sous contrôle musulman. C’est un concept très important et vers qui se tourne-t-on pour le comprendre? Pas vers les politiciens, ni vers les médias, mais bien vers les spécialistes. Et ils ont échoué, ils ont trahi leur profession par manque de franchise sur cette signification. C’est de la désinformation, de la dissimulation. Daniel Pipes

Alors que Gaza continue à s’enfoncer dans l’anarchie et que certains ne semblent pas trop s’en inquiéter, l’historien américain Daniel Pipes n’hésite pas, dans un récent entretien au Jerusalem Post (merci ajm), à appeler à la prudence.

Pour lui, le récent retrait israélien de Gaza ne peut, comme celui du Liban avant lui, qu’envoyer le mauvais message aux Arabes en général et aux Palestiniens en particulier, comme un encouragement à la violence et la preuve que le terrorisme paie.

Alors, qu’avertit-il et comme les Palestiniens semblent l’avoir compris eux, nous sommes en guerre et dans une guerre où il y aura nécessairement un gagnant et un perdant.

Et… pas seulement pour Israël !

Interview: «Je suis dépité de voir que les Israéliens ne comprennent pas ce qui se passe»

propos recueillis par Ruthie Blum

Jerusalem Post

9 juin 2006

Version originale anglaise: Interview: ‘I watch with frustration as the Israelis don’t get the point’

Adaptation française: Alain Jean-Mairet

Le mois dernier, alors qu’il recevait le prix du «Gardien de Sion» du Centre Ingeborg Rennert de l’université Bar-Ilan, l’auteur et expert du Moyen-Orient Daniel Pipes ne mâcha pas ses mots. Lors de son exposé prononcé à l’hôtel du Roi David devant une assemblée distinguée d’universitaires, de politiciens, d’hommes d’affaires et de représentants des médias, Pipes adopta une attitude qui, si elle traduisait certes une continuité avec son parcours récent, était à tout le moins fort peu conventionnelle. Elle s’éloignait en tout cas nettement du discours de pure forme constituant la substance des déclarations de foi envers l’État juif et sa capitale avancées par ses prédécesseurs. Plutôt que de mettre l’accent sur son affection sincère pour la terre et le peuple d’Israël, il donna un cours sur «les revendications des Musulmans sur Jérusalem».

Avec l’aisance d’expression et la fidélité aux données historiques qui sont les caractéristiques usuelles de ses écrits – parmi lesquels figurent un billet hebdomadaire dans les présentes colonnes –, Pipes exposa des preuves empiriques démontrant que chacune des revendications arabes sur «Al-Quod» n’est et n’a jamais été que purement utilitaire. Point à la ligne.

En d’autres termes, Pipes se révéla un Gardien de Sion et de Jérusalem non par le biais de déclarations d’affection, mais en réfutant les arguments fallacieux de ceux qu’il identifie, en des termes sans équivoque, comme les ennemis mortels d’Israël.

La cérémonie annuelle se distingua également de celles des années précédentes par un autre aspect – la tenue d’une séance de questions posées par l’auditoire à l’issue de l’exposé. De quoi épicer le diner de gala par la saveur d’un débat; quoique celui-ci fut plutôt dominé par l’accord serein régnant parmi les quelques centaines de personnes présentes que par le scepticisme ou l’hostilité. Et cela a certainement constitué une expérience inhabituelle pour Pipes, qui subit la critique constante de la gauche pour sa description sans fard des ambitions islamistes et son appel à prendre à partie les départements des études moyen-orientales des universités américaines – via le projet Campus Watch de son Forum du Moyen-Orient – pour ce qu’il estime être des fautes professionnelles.

Il n’a remporté aucun concours de popularité non plus auprès d’anciens alliés politiques et intellectuels de la droite – plus en tout cas depuis que les conservateurs partagèrent leurs opinions quant au bien-fondé du plan de désengagement unilatéral d’Ariel Sharon. Alors que les titulaires conservateurs de l’administration Bush – à l’image de nombreux partisans de Bush d’une manière générale – sont restés loyaux envers la politique du président américain et de l’ex-premier ministre israélien, d’autres, comme Pipes, ont sonné l’alarme à leur sujet.

Au cours d’une longue interview accordée au Jerusalem Post dans sa suite de l’hôtel du Roi David à la veille de la cérémonie de remise de prix, Pipes mit le doigt sur ce qu’il considère comme l’échec fondamental d’Israël, soit le passage d’une guerre visant la victoire à la simple gestion du conflit.

«Finalement, un camp l’emportera et l’autre perdra», dit-il, avec un léger haussement d’épaules et un ton feutré qui semble contraster avec le contenu de son message. «Il est si frappant de voir qu’Israël, un État moderne, sophistiqué, mondialisé, ne semble pas saisir cela. Très peu d’Israéliens sont conscients de la nécessité de vaincre. En tant qu’outsider, je suis dépité de voir que les Israéliens ne comprennent pas ce qui se passe.»

Avez-vous été surpris de recevoir cette distinction particulière?

Oui, c’était une surprise.

Pourquoi?

Et bien, les récipiendaires précédents sont des gens que j’admirais, et je ne pensais pas être vraiment des leurs. [Parmi les récipiendaires précédents figurent William Safire, Arthur Cohn, Ruth Wisse, Charles Krauthammer, Cynthia Ozick, Sir Martin Gilbert, A.M. Rosenthal, Herman Wouk et Elie Wiesel.]

Vous ne pensiez pas être «des leurs» ou vous ne partagiez pas leurs opinions sur Israël?

Ceux qui se sont vu décerner ce prix étaient, comme le titre l’indique, des «Gardiens de Sion» – en d’autres termes des défenseurs d’Israël. Cette description s’applique moins bien à ma position. S’il fallait la résumer, je dirais que je réprimande plutôt Israël.

Pourquoi «réprimandez»-vous Israël?

Les Israéliens se sont égarés quant à leurs relations avec les Arabes et plus particulièrement en ce qui concerne les objectifs de la guerre. Je reproche aux Israéliens – et j’entends par là le corps politique, par uniquement les dirigeants – de croire que la gestion du conflit est la meilleure chose à faire.

Au lieu de…?

Au lieu de vaincre. Au cours des 15 dernières années, nous avons vu apparaître toute une série de propositions visant à gérer le conflit. Certaines d’entre elles sont devenues des politiques gouvernementales; un grand nombre sont de simples projets. Leur point commun, de la gauche à la droite, consiste à admettre que le conflit ne peut pas déboucher sur une victoire, qu’il peut seulement être géré.

La clôture de sécurité est un bon exemple. Je suis pour. Il est évident qu’elle a – et aura d’autant plus à l’avenir, lorsqu’elle sera achevée – pour effet d’exclure du pays des candidats meurtriers. Mais un mur n’est pas une manière de remporter un conflit. Un mur est un élément tactique servant à se protéger, pas un dispositif stratégique permettant de gagner une guerre. Gagner une guerre exige de l’imagination, des perspectives, sur les moyens d’imposer sa volonté à l’ennemi. Car c’est là la signification classique de la guerre: imposer sa volonté à l’ennemi. Cela ne signifie pas le massacrer ou le paupériser, mais lui faire abandonner ses objectifs. Or cette notion est pour ainsi dire absente du débat politique israélien.

Vous dites que les Israéliens «se sont égarés» en matière de relations avec les Arabes. Cela implique un changement. De quand datez-vous ce glissement entre l’aspiration à la victoire et la simple gestion du conflit?

Un profond changement s’est opéré pendant la décennie séparant la guerre au Liban, en 1982, et les accords d’Oslo, en 1993.

La critique d’Israël est-elle la seule différence entre vous et les récipiendaires précédents du prix Rennert?

Non, il y en a une autre. Je me concentre sur les Musulmans plutôt que de défendre Israël. Je ne m’attarde pas sur le boycott britannique des universités israéliennes ou sur le parti-pris contre Israël régnant aux Nations unies. Je ne justifie pas Israël. Je sors du cadre usuel en ce sens que j’observe Israël essentiellement du point de vue palestinien, arabe, musulman. Mon travail consiste bien moins à défendre Israël qu’à suivre la Syrie, les Palestiniens, etc.

Existe-t-il vraiment un «point de vue» arabe? Après tout, il y a dans le monde une telle variété de pays arabes et musulmans.

Il y a parmi eux un très grand nombre de différences et d’exceptions, mais je pense que, d’une manière générale, il est possible de distinguer un point de vue schématique commun, oui.

Dans ce cas, quel est la conception arabe de l’imposition de sa volonté à l’ennemi?

À mes yeux, ce conflit opposant Israël et les Arabes est défini en termes d’objectifs de guerre. L’objectif de guerre d’Israël consiste à se faire accepter par ses ennemis arabes, notamment par les Palestiniens. Cela signifie ne plus faire usage de la force – ou de quelconques autres moyens – en vue d’éliminer l’État juif. L’objectif de guerre arabe, à l’inverse, consiste à éliminer l’État d’Israël. Je vois cela de manière binaire – en noir en blanc. Un camp gagne, l’autre perd. Aucun compromis ne peut intervenir. Oslo fut une grande expérience dans ce sens, et elle se solda par un échec. En fin de compte, un camp impose sa volonté à l’autre.

Maintenant, si les Arabes imposent leur volonté aux Israéliens, il n’y aura plus d’État juif souverain. Il pourrait y avoir une population juive vivant sous le règne palestinien ou arabe. Ou il se pourrait que les Juifs fuient le pays. Il se pourrait aussi qu’ils soient tués. Mais il n’y aurait plus d’État juif souverain.

Si les Israéliens l’emportent, alors les Arabes, à contrecœoeur, admettraient que la présence d’Israël est un fait permanent. Ils n’auraient pas pour autant à commercer avec lui ou à promouvoir l’enseignement de l’hébreu dans leurs écoles – ce serait là des choses très positives, mais pas indispensables. Une paix froide, en quelque sorte, pourrait faire l’affaire. Mais, contrairement à la situation actuelle avec l’Égypte, il faut une réelle acceptation.

Il est si frappant de voir qu’Israël, un État moderne, sophistiqué, mondialisé, ne semble pas saisir cela. Très peu d’Israéliens sont conscients de la nécessité de vaincre. En tant qu’outsider, je suis dépité de voir que les Israéliens ne comprennent pas ce qui se passe.

Et les Palestiniens?

Les Palestiniens, qui n’ont pas atteint les mêmes niveaux de sophistication, ont paradoxalement bien compris que leur objectif consiste à vaincre.

Dans quelle mesure cette situation est-elle liée à des pressions de Washington?

J’ai été régulièrement surpris depuis maintenant une quinzaine d’années du peu d’importance que Washington a pu revêtir dans les décisions fondamentales des Israéliens. En schématisant ces relations, nous voyons que jusqu’à la guerre de 1967, Washington n’exerça que peu de pression diplomatique sur Israël, car il n’y avait personne avec qui négocier dans le camp arabe. Mais ensuite, au beau milieu de la guerre des Six-Jours, le président Lyndon B. Johnson formula les grandes lignes d’une politique d’échange de terre contre la paix qui, des décennies plus tard, continue d’inspirer la diplomatie américaine sur la question du conflit israélo-arabe.

Cette attitude prit du relief avec l’entrée en fonctions [du président égyptien Anouar] El-Sadate et la diplomatie qui s’ensuivit, particulièrement en 1973.

Puis, durant une vingtaine d’années, une tension constante divisa Washington et Jérusalem. Washington recommandait à Jérusalem de se jeter à l’eau et Jérusalem répondait avec prudence, soulignant que les Arabes disaient une chose en arabe et une autre en anglais – qu’ils n’étaient pas sincères.

Cette tension finit par se dissoudre en 1993, lorsque le gouvernement israélien, alors mené par [le premier ministre] Yitzhak Rabin, déclara finalement: «D’accord les États-Unis, vous avez raison. Tentons l’expérience.»

Depuis lors, il n’y a plus guère eu de problèmes, si ce n’est quelques tensions sans gravité et passagères sous [le premier ministre Benjamin] Netanyahu.

Le degré d’accord entre Washington et Jérusalem a été remarquable, de même que l’esprit d’initiative israélien. Trois exemples: les accords d’Oslo ont été conclus à Oslo, et non à Washington, afin que les Américains n’en soient pas directement informés. Au terme des mandats [du premier ministre] Ehud Barak et [du président américain] Bill Clinton, en janvier 2001, le premier incita le second à présenter un arrangement qui réglerait finalement la question, à Taba. Et il y eut le revirement [du premier ministre Ariel] Sharon à propos de Gaza, en novembre 2003.

Qu’en est-il de l’«occupation»? Quel est son rôle dans tout ceci?

La notion d’occupation est très chère au cœoeur des Palestiniens, à tel point que les gestes concrets d’Israël, même le retrait total de Gaza, n’ont ici aucune importance – ils affirment que l’occupation continue. Les Israéliens tentent de «désoccuper» en termes de monnaie, d’infrastructure et à bien d’autres égards, et les Palestiniens déclarent: «Non, nous sommes votre beau-fils non désiré, et vous êtes le nôtre.»

Ils découvrirent que ce terme, ihtilal (occupation), est très utile, tant à domicile que sur la scène internationale.

Quel est donc l’objectif ultime des Palestiniens – un État ou l’élimination d’Israël?

Oh, sans aucun doute l’élimination d’Israël. C’est-à-dire qu’il existe un consensus beaucoup plus large sur ce point que sur la notion d’un État palestinien. Souvenons-nous que le projet de transformer la région contrôlée par Israël en une Syrie du sud était le moteur de la politique arabe du début des années 1950. Puis vinrent les beaux jours du nationalisme panarabe, à la fin des années 1950 et au début des années 1960. Aujourd’hui, le Hamas aspire à un État islamique dont les frontières n’ont pas à suivre celles de la Palestine mandataire. Toutes ces ambitions concordent sur la nécessité d’éliminer Israël, mais elles divergent quant à ce qui devrait le remplacer.

On parle beaucoup du danger de déstabilisation qui menacerait les régimes d’Égypte et de Jordanie à la suite du chaos régnant au sein de l’autorité palestinienne. Dans ce cas, pourquoi ces pays collaborent-ils plus activement avec l’AP qu’avec Israël?

La cause palestinienne constitue un défi délicat pour la plupart des dirigeants arabes. C’est un thème qu’ils abordent à leurs risques et périls, car il peut avoir pour conséquence de compromettre leurs régimes depuis l’extérieur. Alors, ils traitent la question avec beaucoup de précautions. La plupart des dirigeants arabes, surtout ceux de Jordanie et d’Égypte, souhaitent mettre un terme à ce conflit. En fait, dans les deux cas, leurs prédécesseurs tentèrent de s’en retirer en signant des accords de paix formels avec Israël.

Pourquoi échouèrent-ils?

Dans les deux cas, la population a dit non. Celle-ci avait donné un mandat à son gouvernement, disant «vous autres dirigeants êtes chargés de promouvoir l’antisionisme».

Lorsque les dirigeants trahirent ce mandat en signant des accords de paix formels – l’Égypte en 1979 et la Jordanie en 1994 –, la réaction populaire fut «nous vous retirons notre mandat; nous prenons les choses en main».

Et nous assistons alors à un regain d’animosité populaire envers Israël.

J’ai vécu en Égypte pendant trois ans avant la signature de l’accord de paix avec Israël, et Israël n’y constituait guère un thème de discussion. Les Égyptiens ne lançaient pas de boycotts économiques contre des entreprises qui traitaient avec Israël ou dont la rumeur disait qu’elles envoyaient des fonds à Israël. Aucune chanson populaire ne célébrait la haine d’Israël. Les caricatures politiques étaient certes désobligeantes envers Israël, mais uniquement politiquement, pas religieusement.

J’en conclus que nous assistons à un sentiment anti-israélien beaucoup plus profond après 1979 que dans la période précédente. Le même phénomène est présent en Jordanie, où le roi signa un accord particulièrement chaleureux avec Israël, ce à quoi la population répondit par «Non! Nous ne ferons pas de commerce avec Israël. Nous n’aurons aucune autre forme de contact avec Israël.»

Que faut-il en penser?

Que, contrairement à une opinion répandue – selon laquelle les gouvernements arabes alimentent l’hostilité contre Israël pour distraire à bon compte l’attention de leurs propres insuffisances –, la question israélienne est ancrée dans la base même de la population, et cela les inquiète. Nous l’avons vu par exemple pendant les violences de la fin 2000, début 2001, lorsque des manifestations massives se déroulèrent dans les rues arabes et que les gouvernements réagirent avec une grande circonspection. Un premier ministre a bien mené une manifestation en signe de solidarité, mais avec une nervosité évidente.

Que pensez-vous des actions récentes des gouvernements égyptien et jordanien?

Ils ont commencé à revenir à leurs rôles d’avant 1967 – l’Égypte à Gaza et la Jordanie en Cisjordanie. Ils n’exercent d’aucune manière le contrôle dont ils jouissaient avant le 5 juin 1967, mais à présent, avec le retrait d’Israël et l’arrivée au pouvoir du Hamas, les deux gouvernements sont très préoccupés par ce qui se passe dans leurs anciens territoires.

De nombreux Israéliens qui approuvaient le désengagement de Gaza disent que le succès du retrait est visible dans le chaos – voire la guerre civile – qui règne maintenant au sein de l’AP, entre le Hamas et le Fatah.

Je ne suis pas de cet avis. Premièrement, je ne vois aucune relation de cause à effet entre le retrait israélien et l’anarchie de l’AP, laquelle débuta longtemps auparavant. J’en ai documenté les signes depuis le mois de février 2004 dans un blog intitulé «The Growing Palestinian Anarchy» (L’anarchie croissante de l’Autorité palestinienne).

Deuxièmement, je ne suis pas si sûr que ces troubles profitent à Israël. Dans le court terme, l’attention est détournée d’Israël. Mais à long terme, les forces déchaînées pourraient fort bien nuire à Israël.

Troisièmement, ce n’est certainement pas la bonne manière de juger de l’impact du retrait. Celui-ci doit être évalué du point de vue israélien, selon qu’il a eu, ou non, une influence positive sur les intérêts et la sécurité des Israéliens. Je dirais qu’il y a de solides raisons d’affirmer que ce n’est pas le cas.

Y a-t-il une relation de cause à effet entre le retrait israélien du Liban et les événements qui conduisirent au désengagement de Gaza?

J’en ai la certitude. Il y a des éléments de preuve. D’abord, un certain nombre de déclarations de dirigeants palestiniens révélèrent qu’ils ont été influencés par le retrait israélien de mai 2000. Ensuite, cela justifiait l’usage de violence par les Palestiniens. Ce dernier point nécessite quelques informations de fond.

Le grand débat des Palestiniens ne concerne pas les objectifs; l’élimination d’Israël est un objectif consensuel parmi 80% de la population palestinienne, et les 20% restants n’ont guère voix au chapitre. Le débat qui occupe ces 80% depuis deux décennies porte sur la meilleure manière de traiter Israël.

L’OLP préconise de négocier. Et regardez tous les avantages qu’elle put se procurer à force de déclarations mensongères et de garanties creuses: elle obtint l’Autorité palestinienne, une ébauche de force militaire, un soutien mondial accru et bien d’autres choses.

Ce à quoi le Hamas réplique que l’OLP s’est avilie, a perdu de vue son objectif et trahi la pureté de la cause. C’est là que se situe le cœur du débat parmi les Palestiniens.

Dans cette lumière, le retrait israélien du Liban, chassé par le Hezbollah, indiqua que les Palestiniens aussi pouvaient atteindre leurs objectifs sans négociations, sans marchandage avec l’ennemi. Simplement marteler avec opiniâtreté, tuer, attaquer, année après année, allait faire fuir les Israéliens. Les négociations, les accords, l’implication internationale – tout cela n’est pas nécessaire. Cet argument puissant fit son chemin dans les milieux palestiniens.

Comment cela?

La première manifestation se fit jour à peine deux mois plus tard, en juillet 2000 à Camp David. En dépit des offres tout à fait extraordinaires de Barak, Yasser Arafat non seulement répondit non, mais ne fit aucune contre-proposition. Je veux dire par là qu’il a été forcé par le gouvernement américain à se rendre sur place. Alors, il fit une apparition. Mais il refusa tout ce qui lui était proposé, et les négociations s’écroulèrent. Deux petits mois plus tard, les violences débutèrent – inspirées en grande partie par le Hezbollah. Ces violences revêtaient des formes très différentes de celles qui avait été pratiquées auparavant: notamment celle de l’attentat-suicide à l’explosif, une tactique du Hezbollah, et l’utilisation de vidéos pour encourager les candidats à l’attentat-suicide, qui témoignent de leur projet, ou qui montrent ensuite le lieu de l’attentat. Ainsi, le Hezbollah donnait le ton, au niveau tant tactique que stratégique. Il montrait aux Palestiniens comme procéder.

Comment cela a-t-il influencé le retrait de Gaza?

Le slogan palestinien dominant était «Aujourd’hui Gaza, demain Jérusalem».

Il est incontestable qu’ils considéraient le retrait israélien de Gaza comme la justification de l’usage de la force. Et je serais bien en peine de les contredire, car il me semble évident que sans les violences de Gaza, l’armée israélienne et les civils israéliens seraient toujours là-bas. Ils quittèrent les lieux uniquement en raison des attentats.

Et la Cisjordanie?

La même explication vaut dans ce cas aussi. S’il y a un retrait en Cisjordanie, c’est parce que la situation y est trop délicate. Lorsque les choses deviennent pénibles – au Liban ou à Gaza –, les Israéliens s’en vont. Cela indique que la violence fonctionne. Il est probable qu’elle sera utilisée de même à Jérusalem, à Haïfa et à Tel-Aviv.

Comment la Maison Blanche aurait-elle réagi après le discours du président Bush du 24 juin 2002 si Sharon s’était rendu à Washington et, au lieu de proposer le désengagement, avait demandé que l’AP soit traitée comme un ennemi qu’il fallait vaincre militairement dans le cadre de la guerre contre la terreur?

C’eut été difficile à plaider. Depuis 1993, la politique américaine sur le conflit israélo-arabe est restée fondée sur l’idée que les Palestiniens et les Israéliens sont des «partenaires pour la paix» – que leur guerre appartient au passé et qu’il s’agit maintenant de fixer les modalités d’une résolution. Ainsi, les actions que le gouvernement américain entreprend à l’encontre des talibans ou d’Al-Qaida deviennent erronées, illégitimes et contreproductives si elles sont envisagées par Israël contre les Palestiniens. L’Amérique est en guerre, alors qu’Israël est en train de faire la paix.

Le gouvernement américain devrait être interpelé à ce niveau, sur le ton du «non, M. le président, nous ne sommes pas en paix; nous sommes en guerre, exactement comme vous l’êtes. Nous avons tenté de négocier, mais ces efforts ont échoué. De même que le gouvernement américain est engagé dans une guerre asymétrique, où l’immensité des États-Unis est déployée contre Al-Qaida, Israël, toutes proportions gardées, est déployé contre l’OLP, le Hamas, le Djihad islamique.»

Mais les dirigeants israéliens n’ont pas plaidé cette cause, car elle ne s’inscrit pas dans leurs visions. Au lieu de cela, Sharon approuva Bush sur les principes et le désapprouva en fait largement sur le fond, ce qui constituait une approche raisonnable – et cela a marché.

Je me suis élevé contre le discours du 24 juin, qui me semblait venir récompenser le terrorisme. Mais je comprends que le premier ministre israélien préfère éviter les différends avec le président des États-Unis. Alors, il dit «bonne idée!», au discours comme à la carte routière, puis il procéda comme il l’entendait. Moi-même, en tant qu’analyste américain de politique étrangère, je n’avais pas à faire cela.

En tant qu’analyste américain de politique étrangère, comment expliquez-vous la division apparue parmi les néoconservateurs en ce qui concerne la politique israélienne de retraits unilatéraux des territoires?

J’attribue cette division à Sharon et à son changement d’opinion. Vu son parcours personnel et sa position de premier ministre, il jouissait d’une grande crédibilité au sein de la droite. Lorsqu’il fit sa pirouette d’une attitude à l’autre – passant du refus du retrait unilatéral à son soutien –, beaucoup de gens l’accompagnèrent. En substance, ils lui dirent «Arik, tu comprends tout cela mieux que moi, tu vois les choses plus en profondeur – je te suis.»

Le monde arabe peut-il se démocratiser?

Oui. Il n’y a rien dans l’ADN arabe qui soit anti-démocratique.

Le voyez-vous réussir une telle transformation?

C’est possible, mais cela prendra du temps. Beaucoup de choses doivent changer. Le problème fondamental est que les Musulmans arabophones ont éprouvé de très grandes difficultés à gérer la vie moderne, et accusent les autres d’être à l’origine de leurs problèmes. Ils évitent toute introspection et ne sont ni productifs ni constructifs dans leur autocritique. Le rapport 2002 des Nations unies sur le développement dans le monde arabe constitue une exception notable. Mais ce n’est qu’une goutte d’eau dans un désert de conspirationnisme où il faudra que de profonds changements interviennent.

De profonds changements dans l’Islam vous voulez dire? Une sorte de Réformation?

La réforme religieuse est certainement très importante, mais des changements seront nécessaires aussi hors de la sphère religieuse. Il faut un sens de la responsabilité individuelle. Une tentative vers plus d’introspection, d’interrogation sur la nature des vrais problèmes.

Il y a des exemples positifs. Ainsi, le dirigeant de Dubaï, cheikh Muhammad Bin Rashed Al Maktoum, a récemment publié un livre intitulé Ma vision. Cela mérite l’attention, car il a bel et bien accompli quelque chose. Il resta à l’écart de toute idéologie et parvint à obtenir une réussite économique. Et cela à force d’intelligence et de bonnes pratiques.

Mais ces éléments positifs sont rares et dispersés. Le monde arabo-musulman – de même que le monde musulman dans son ensemble, et peut-être plus encore – se trouve dans un état marqué par la colère, la dénégation, la fureur, l’extrémisme et le conspirationnisme et cela crée des problèmes pour le monde entier. C’est une menace pour nous tous, y compris pour les Musulmans qui souhaitent adopter une vie moderne, civilisée.

Pensez-vous qu’ils constituent une menace démographique «pour nous tous»?

La croissance démographique musulmane est surprenante. Mais nous avons toutes les raisons de penser qu’elle est temporaire. L’Europe passa par une phase d’explosion démographique à une étape de son développement, puis sa démographie se stabilisa et elle est actuellement en train de chuter. Un certain nombre de pays musulmans traversent déjà une période de déclin démographique.

Et la population musulmane d’Europe?

C’est une autre histoire. Les femmes européennes ont en moyenne quelque chose comme 1,4 enfant, alors que le seuil de stabilité se situe à 2,1. En d’autres termes, un tiers de la population nécessaire ne vient pas au monde. Ce tiers est remplacé en majeure partie par des immigrants, essentiellement en provenance de pays musulmans, proches, ou avec qui il existe une histoire coloniale ou dont les habitants sont particulièrement désireux de se rendre en Europe pour fuir les troubles de leur propre pays. Les Européens ne maîtrisent pas vraiment ce phénomène. Ils ne prennent pas la peine d’examiner les moyens de s’adapter à leur déficit démographique ou de déterminer quels immigrants ils souhaitent accueillir.

En décembre 2002, un mois après les élections en Turquie, vous assistiez à la Conférence Herzliya, où vous avez été sermonné en raison de votre pessimisme à la vue de la montée en puissance du parti islamiste. Quelle tour prennent les choses en Turquie?

Un tour défavorable, surtout dernièrement. [Le premier ministre turc Recep Tayyip] Erdogan se révèle être un politicien habile, perspicace et prudent, qui favorise la progression des ambitions islamistes. Qu’il s’agisse des affaires étrangères, du système judiciaire, du rôle de l’armée, des relations avec les États à majorité musulmane ou encore de la position de la Turquie sur l’échiquier régional – l’influence islamiste est primordiale.

La grande question relative à la Turquie est de savoir si Erdogan et ses collègues se considèrent comme opposés à la révolution d’Atatürk – comme les cadre du mouvement anti-Atatürk – ou s’ils sont disposés à travailler au sein de la structure léguée par Atatürk.

Je ne peux pas affirmer avec certitude qu’ils sont des révolutionnaires, que leur objectif consiste à bouleverser le système. Mais cela semble plus plausible que le contraire, et de plus en plus à mesure que le temps passe.

Campus Watch est un autre de vos projets. Vous avez été accusé de pratiquer une chasse aux sorcières universitaire, de vous attaquer à la libre circulation des idées dans les hautes écoles.

Campus Watch se concentre sur les études moyen-orientales aux États-Unis et au Canada et sur ce que nous percevons comme l’échec de cette entreprise, comme l’explicite le livre de Martin Kramer Ivory Towers on Sand (Tours d’ivoire bâties sur le sable). Nous critiquons le travail indépendant, l’extrémisme et l’imposition d’opinions politiques aux étudiants. Et en signalant cela à l’attention du public, nous espérons obtenir deux résultats: premièrement, que les spécialistes du Moyen-Orient deviennent plus prudents; et deuxièmement, que les universités assurent davantage de diversité intellectuelle.

Nous avons eu beaucoup de succès avec le premier objectif – nous avons constaté à maintes reprises que les spécialistes sont conscients de la présence de Campus Watch et font preuve de plus de circonspection. Nous n’avons en revanche pas fait le moindre progrès dans le deuxième domaine – les nominations sont encore très déséquilibrées.

Comment avez-vous réussi dans le premier domaine?

En attirant l’attention sur les problèmes des études moyen-orientales. Par exemple, notre travail révéla les excès lamentables des études moyen-orientales à l’université de Columbia et nous avions remarqué Juan Cole, le professeur très en vue actuellement en raison de sa possible nomination à l’université de Yale.

Les études moyen-orientales diffèrent-elles des autres domaines universitaires à cet égard?

Non. Elles sont parfaitement représentatives de nombreuses branches des sciences sociales et humaines, qu’il s’agisse des études latino-américaines, de l’anthropologie ou de la littérature anglo-saxonne. Nous nous penchons sur le Moyen-Orient parce qu’il possède une notoriété que n’ont pas d’autres branches. Prenez un concept tel que le djihad, qui est absolument central pour la compréhension de la guerre contre la terreur – vous entendez ici des historiens de l’Islam, des experts religieux et d’autres encore déclarer presque sans exception que le djihad est un effort individuel d’amélioration morale – devenir plus prévenant, lutter pour les droits des femmes, contre l’apartheid. Ils évitent généralement de dire de quoi il s’agit vraiment, c’est-à-dire de la guerre servant à l’expansion du territoire sous contrôle musulman. C’est un concept très important et vers qui se tourne-t-on pour le comprendre? Pas vers les politiciens, ni vers les médias, mais bien vers les spécialistes. Et ils ont échoué, ils ont trahi leur profession par manque de franchise sur cette signification. C’est de la désinformation, de la dissimulation. C’est cela que nous critiquons.

Dans son discours de janvier 2005, après sa victoire, le président de l’AP Mahmoud Abbas déclara que le temps du «petit djihad était achevé et que le grand djihad [allait] commencer» – la signification de cette déclaration donna lieu à un débat animé en Israël. Certains analystes locaux dirent que le «petit djihad» était la guerre et que le «grand djihad» désignait une élévation spirituelle intérieure. Diriez-vous qu’ils faisaient de la désinformation?

Pas dans ce cas précis. Le terme djihad a une signification secondaire provenant du soufisme et qui, en effet, désigne un effort personnel d’amélioration morale. Mais lorsqu’il est utilisé dans la sphère publique – dans la bouche d’Oussama Ben Laden ou dans les déclarations du Djihad islamique –, il fait en principe référence à la guerre d’extension du territoire musulman.

Voyez-vous se dessiner une situation dans laquelle nous pourrions assister à un revirement, en Israël et en Occident, passant de la gestion des conflits à la poursuite de la victoire sur l’ennemi?

Je ne sais pas. Parfois, je suis optimiste et je pense que les échecs répétitifs dus au renoncement à la victoire vont finir par inciter les gens à comprendre ce phénomène. D’un autre côté, je vois à quel point les politiques peuvent rester mal inspirées, années après année.

Étiez-vous optimiste de cette manière après le 11 septembre? Pensiez-vous que cet événement allait «inciter les gens à comprendre ce phénomène»?

Oui, je l’étais, avec «united we stand» (tous unis) pour slogan de l’époque, avec le sentiment de détermination, la volonté de défaire le régime des talibans. Alors, je ne m’attendais pas du tout à la division 50–50 qui s’est installée entre-temps aux États-Unis, entre ceux qui comprennent que nous sommes en guerre et ceux qui nous voient engagés dans une glorieuse opération policière.

Mais en constatant cette division aujourd’hui, après avoir vu les réactions qui suivirent les attentats à la bombe de Madrid en 2004, ceux de Londres en 2005 et d’autres actions terroristes de grande envergure, je ne suis plus surpris.

Voir aussi:

Interview: ‘I watch with frustration as the Israelis don’t get the point’

Ruthie Blum
Jerusalem Post
June 9, 2006

(…)

What do you « lambaste » Israel for?
Israelis have lost their way when it comes to relations with the Arabs, and more specifically, when it comes to war goals. I criticize Israelis – and I mean the body politic, not specifically the leadership – for thinking that management of the conflict is the best that can be done.

As opposed to…?
As opposed to winning. Over the course of the past 15 years, one has seen a host of proposals on how to manage the conflict. Some of these proposals became government policy; many others are simply proposals. What they have in common, from Left to Right, is that they see this conflict as unwinnable, as merely manageable.

The security fence is a case in point. I am for it. Clearly, it has had – and in the future, when it’s completed, will have even more – the effect of keeping out would-be murderers. But a wall is not the way to win a conflict. A wall is a tactical mechanism to protect oneself, not a strategic way of winning a war. Winning a war requires imagination – perspective – to impose your will on your enemy. That is classically what victory means: imposing your will on your enemy. It doesn’t mean massacring or impoverishing the enemy, but causing him to give up his goals. This notion is virtually absent from Israeli political discussion.

You say that Israelis have « lost their way » in relation to the Arabs. This implies a shift. When do you see this shift from aiming to win the conflict to merely managing it as having taken place?
A profound shift took place during the decade between the 1982 war in Lebanon and the 1993 Oslo Accord.

Is criticizing Israel the only difference between yourself and prior Rennert award winners?
No, there is another. I focus on Muslims rather than defend Israel. I don’t spend time on the British boycott of Israeli universities, or on the bias against Israel at the United Nations. I don’t justify Israel. I don’t fit the pattern in the sense that I look at Israel primarily from the Palestinian, Arab, Muslim point of view. My work involves not so much the defense of Israel as looking at Syria, the Palestinians, etc.

Is there really such a thing as an Arab « point of view? » After all, there are so many different Arab and Muslim countries in the world.
There are enormous numbers of differences and exceptions among them, but I think in general one can draw a broad outline of a viewpoint, yes.

So, from an Arab point of view, what constitutes the imposition of will on an enemy?
I understand this conflict between Israel and the Arabs to be defined by war goals. Israel’s war goals consist of winning the acceptance of its Arab enemies, in particular that of the Palestinians. Acceptance means no longer using force – or other means, for that matter – to eliminate the Jewish state. The Arab war goals, conversely, are to eliminate the Jewish state. I see this as binary – as black and white. One side wins, one side loses. Compromise cannot take place. Oslo was a grand experiment in compromise, and it failed. In the end, one side imposes its will on the other.

Now, if the Arabs impose their will on Israelis, it means there will be no sovereign Jewish state. There could be a Jewish population living under Palestinian or other Arab rule. Or it could be that the Jews flee. It could be that they’re murdered. But there’s no more sovereign Jewish state.

Should the Israelis win, the Arabs acknowledge, however grudgingly, that Israel’s there and is a permanent fact of life. They don’t have to have trade with it, or sponsor Hebrew classes in their schools – these would be nice things, but they’re not necessary. A cold peace, as it were, would work. But unlike the one with Egypt, there truly must be acceptance.

What’s so striking is that Israel, which is a modern, sophisticated, globalized country, seems not to understand this. Very few Israelis are aware of the need to win. As an outsider, I watch with frustration as the Israelis don’t get the point.

And the Palestinians?
The Palestinians, who have not scaled the same sophisticated heights, ironically, do understand that their goal is to win.

How much of this is connected to pressure from Washington?
I have been struck for 15 years now by how Israelis make their own destiny with little reference to Washington. Looking at the relationship schematically, until the 1967 war, Washington exerted little diplomatic pressure on Israel, for there was no one to negotiate with on the Arab side. But then, even in the midst of the Six Day War, president Lyndon B. Johnson had formulated the outline of the land-for-peace policy that all these decades later still drives US diplomacy toward the Arab-Israeli conflict.

This became more real when [Egyptian President Anwar] Sadat took office and with the diplomacy that did ensue, especially in 1973.

For the next 20 years, constant tension divided Washington and Jerusalem. Washington advised Jerusalem to take the plunge, and Jerusalem responded with caution, pointed out that the Arabs say one thing in Arabic and another in English – that they are not sincere.

This tension finally dissolved in 1993, when, under [prime minister] Yitzhak Rabin, the Israeli government said, in effect, « OK, United States, you’re right. Let’s give it a try. »

Since then, there basically has been no tension, other than modest, temporary strains under [prime minister Binyamin] Netanyahu.

The degree of agreement between Washington and Jerusalem has been remarkable, as has been Jerusalem’s initiative. Consider three examples: The Oslo Accord was done in Oslo, not in Washington, to keep the Americans from knowing about it. At the tail end of [prime minister] Ehud Barak’s and [US president] Bill Clinton’s time in office, in January 2001, the former pushed the latter to come up with some arrangement that would finally settle matters at Taba. And there was [prime minister Ariel] Sharon’s change of heart concerning Gaza in November 2003.

What about « occupation »? What is its role in all of this?
The Palestinians hold the notion of occupation dear to them, to the point that no matter what Israel does – even withdraw forces completely from Gaza – they say the occupation continues. Israelis are trying to « un-occupy, » in terms of currency, utilities and much else, and the Palestinians are saying, « No, we’re your unwanted stepchild, and we’re yours. »

They found that this word, ihtilal (occupation), is a very useful one, domestically and internationally.

What is the ultimate Palestinian war goal, then, statehood or the elimination of Israel?
Oh, definitely the elimination of Israel. That is to say, there is far wider agreement on this than on the notion of a Palestinian state. Recall that making the region Israel controls into southern Syria drove Arab politics in the early 1950s. Then came the heyday of Pan-Arab nationalism in the late 1950s and early 1960s. Today, Hamas strives for an Islamic state whose boundaries need not be those of Mandatory Palestine. All of these outlooks agree on the need to eliminate Israel but disagree on what should replace it.

There is much talk now about the regimes in Egypt and Jordan being in danger of destabilization as a result of the chaos in the Palestinian Authority. If so, why are these countries more actively siding with the PA than with Israel?
The Palestinian cause is a challenge to most Arab leaders – something they ride at their peril. It has a potential to challenge their regimes from the outside. So they handle the issue with great caution. Most Arab leaders, especially those of Jordan and Egypt, would like to end this conflict. Indeed, in both cases, their predecessors tried, by signing formal peace agreements with Israel, to pull out.

Why did that not succeed?
In both cases, the population said no. They had given their proxy to their governments and said, « Here, leaders, you’re in charge of anti-Zionism. »

When the leaders betrayed them by signing formal peace agreements – Egypt in 1979 and Jordan in 1994 – the popular reaction was, « We’re taking back our proxy; we’ve got to do this ourselves. »

You see a ratcheting up in popular attitudes toward Israel.

I lived in Egypt for three years before the signing of the peace agreement with Israel, and Israel was hardly ever a topic. Egyptians did not engage in economic boycotts of firms that were dealing with Israel or rumored to be sending money to Israel. No songs celebrated hatred of Israel. Political cartoons were nasty toward Israel, but just politically, not religiously.

I conclude that we see a far deeper anti-Israel sentiment in the post-1979 period than before then. The same goes for Jordan, where the king signed a particularly warm agreement with Israel, the popular reaction to which was, « No! We will not have trade. We will not have other forms of contact with Israel. »

What does this imply?
That, contrary to common perception – according to which Arab governments foment trouble with Israel as a cheap way of diverting attention from their own malpractices – the issue of Israel is a grass-roots issue that scares them. We witnessed this, for example, during the violence of late 2000-early 2001, when massive demonstrations took place on Arab streets and the governments dealt with them very gingerly. A prime minister might head a demonstration in a show of solidarity, but he was clearly nervous about it.

Any comments on the actions of the Egyptian and Jordanian governments lately?
They have begun to revert to their pre-1967 roles – Egypt in Gaza and Jordan in the West Bank. They exert nothing like the control they enjoyed before June 5, 1967, but both governments now – with Israelis pulling back and Hamas surging in power – are nervously concerned with what’s taking place in their former territories.

Many Israelis who favored disengagement from Gaza say that the success of the withdrawal can be seen in the chaos – perhaps civil war, even – now taking place in the PA between Hamas and Fatah.
I disagree. First, I see no causal effect between the Israeli withdrawal and the anarchy in the PA – which began much earlier. I documented it from February 2004 in a blog titled « The Growing Palestinian Anarchy. »

Second, I’m not altogether sure that this violence benefits Israel. Short-term, there’s a diversion of attention away from Israel. But long-term, the forces unleashed now might well harm Israel.

Third, this surely is not the way to judge the withdrawal, which needs to be assessed from Israel’s point of view on the basis of whether it has enhanced Israeli interests and security or not. I’d say there are strong reasons to claim it has not.

Is there a causal relationship between Israel’s withdrawal from Lebanon and the events leading up to disengagement from Gaza?
I definitely think there was. There are a few pieces of evidence. First, a number of statements by Palestinian leaders indicated how deeply they were influenced by the Israeli withdrawal in May 2000. Second, it vindicated the Palestinian use of violence. This requires some background.

The great debate among Palestinians is not over goals; the elimination of Israel is a consensus goal among 80 percent of the Palestinian population, while the other 20% has no voice. The debate among that 80% for two decades has been how best to deal with Israel.

The PLO answer is to engage it. Look at all the benefits it won by making fraudulent statements and giving empty assurances: It got the Palestinian Authority, a proto-military force, greater world support and so forth.

To which Hamas replies that the PLO has degraded itself, lost its purpose and betrayed the purity of the cause. This has been the key debate among Palestinians.

In this light, the Israeli withdrawal from Lebanon, driven by Hizbullah, signalled that Palestinians, too, can achieve their goals without negotiations, without trucking with the enemy. Just relentlessly hammer away, kill, attack, year after year, and the Israelis will take flight. There’s no need for negotiations, for agreements, for international involvement. This powerful argument resonated in Palestinian circles.

How so?
The first manifestation of this came just two months later, in July 2000 at Camp David. Despite Barak’s quite extraordinary offers, Yasser Arafat not only said no, but he did so without making any reciprocal offers. I mean, he was pressured to go there by the US government. And he showed up. But he said no to everything, and the talks collapsed. Two short months later, the violence began – violence in good part inspired by Hizbullah tactics – a very different form of violence from what had been seen before: particularly the suicide bombing, a Hizbullah tactic, and the use of videos to build up the would-be suicide bomber giving testimonial, or then showing the actual scene of the attack. So, whether tactical or strategic, Hizbullah set the pace. Showed the Palestinians how to do it.

How did this affect the withdrawal from Gaza?
The dominant Palestinian slogan last summer was, « Today Gaza, tomorrow Jerusalem. »

There’s no question that they saw the Israeli withdrawal from Gaza as a vindication of their use of force. I’d be hard-pressed to gainsay them, because it’s quite clear to me that had there not been violence in Gaza, the Israeli military and the Israeli civilians would still be there. They only left because of the violence.

And the West Bank?
The same applies there. Should there be a withdrawal there, too, it’s because it became too difficult. When things get painful – whether in Lebanon or Gaza – Israelis leave. That sends a signal that violence works. It presumably will be applied in Jerusalem, Haifa and Tel Aviv as well.

How would the White House have responded after President Bush’s June 24, 2002 speech, had Sharon gone to Washington and, instead of proposing disengagement, requested that the PA be treated as an enemy that had to be defeated militarily as part of the war on terror?
It would have been a hard sell. US policy towards the Arab-Israeli conflict, since 1993, has been premised on the idea that since 1993, Palestinians and Israelis are « partners for peace » – that their war is over and it’s now a matter of finding the modalities of a resolution. Therefore, the sort of things that the US government does vis-à-vis the Taliban or al-Qaida are wrong, illegitimate and counterproductive for Israel to pursue vis-à-vis the Palestinians. America is at war, while Israel is making peace.

The US government would have to be addressed on this level, something along the lines of, « No, Mr. President, we’re not at peace; we’re at war, just like you are. We tried negotiations, but they failed. Just as the US government is engaged in an asymmetric war, where the vastness of the US is arrayed against al-Qaida, so, too, in a lesser disproportion, Israel is arrayed against the PLO, Hamas, Islamic Jihad. »

But Israeli leaders did not make the case, because it is not their view. Instead, Sharon agreed with Bush in principle and actually disagreed a lot on the ground – which was a reasonable approach, and it did work.

I came out against that June 24th speech, which I thought rewarded terrorism. But I understand that the Israeli prime minister would rather not tangle with the US president. So he said, « Good idea » – both with this and the roadmap – and then implemented his own way. I, as an American foreign policy analyst, don’t need to do that.

As an American foreign policy analyst, how do you explain the split among the neoconservatives regarding the Israeli policy of unilateral territorial withdrawals?
I attribute the split to Sharon and his change of views. Given his personal history and his being prime minister, he had a lot of credibility on the Right. As he made his pirouette from one outlook to another – from opposing unilateral withdrawal to favoring it – a lot of people went with him. Basically, they said to him, « Arik, you understand this more deeply than I, and you see it further than I do, so I’m following you. »

Can the Arab world democratize?
Yes. There’s nothing in the Arab DNA that is anti-democratic.

Do you see it making such a transformation?
Possibly, but it will take a long time. A lot of things have to change. The basic problem is that the Arabic-speaking Muslims have had a great deal of difficulty in coping with modern life, and blame others for their problems. They’re not introspective and not productive and constructive in their self-criticism. A notable exception would be the UN’s Arab Human Development Report of 2002 – which made one take note. But it’s such a wisp in the overall conspiratorial mindset, which requires profound changes taking place.

Profound changes in Islam, you mean? Like some kind of reformation?
Religious reformation is certainly very important, but changes are also needed outside the religious sphere. A sense of taking responsibility for themselves. An attempt to be introspective, to figure out what the problems are.

There are positive examples. The ruler of Dubai, Sheikh Muhammad Bin Rashed Al Maktoum, has recently come out with a book titled My Vision, for instance. He’s of note, because he actually achieved something. He stayed away from ideology and built an economic success story. He did this through intelligence and good practices.

But such positive elements are few and far between. The Arabic-speaking Muslim world – as the Muslim world as a whole, perhaps even more so – is in a state of anger, denial, fury, extremism and conspiracism that creates problems for the entire world. It’s a threat to us all, including to those Muslims who want to live a modern, civilized life.

Do you think that they’re demographically « a threat to us all? »
The Muslim demographic upsurge is striking. But there’s every reason to see it as temporary. Europe went through a huge population burst at a point in its development, then had a demographic levelling and is now experiencing collapse. A number of Muslim countries are already going through a demographic decline.

And the Muslim population in Europe?
That’s a different story. European women have an average of something like 1.4 children, when 2.1 is what’s necessary for continuity. In other words, one-third of the needed population is never born. That one-third is primarily being replaced by immigrants from predominantly Muslim countries which are nearby, with which there are colonial relationships, or which are particularly eager to get to Europe because of troubles in their own countries. Europeans are not really coming to terms with this phenomenon. They do not bother to figure out how to adapt to their population deficit or to decide which immigrants they want.

In December 2002, a month after the Turkish elections, you attended the Herzliya Conference, where you were chided for being pessimistic about the rise to power of the Islamist party. How do things look now in Turkey?
Things look bad, especially of late. [Turkish Prime Minister Recep Tayyip] Erdogan is turning out to be a skilled, savvy, cautious politician who is moving to promote the Islamist agenda. Whether it be foreign policy, the judiciary, the role of the military, relations with majority-Muslim states or Turkey’s regional standing, the Islamist influence is paramount.

The great question about Turkey is whether Erdogan and his colleagues see themselves as countering the Ataturk Revolution – as being the anti-Ataturk cadres – or whether they’re willing to work within the Ataturk structure.

I can’t say for sure that they’re revolutionaries, that their goal is to upend the system. But it certainly seems more likely than not, and more so with time.

Another one of your projects is Campus Watch. You have been accused of being an academic witch-hunter where the free flow of ideas in the universities is concerned.
Campus Watch is specifically concerned with Middle East studies in the United States and Canada, and what we perceive on the basis of Martin Kramer’s book, Ivory Towers on Sand, to be the failure of this enterprise. We criticize the substantive work, the extremism and the imposition of political views on students. And we hope that by bringing this to the attention of the general public, two positive results will follow: First, that Middle East specialists will be more cautious; and second, that universities will make sure that there’s more intellectual diversity.

We’ve been quite successful in the former, where we see repeatedly specialists being aware of Campus Watch and being more cautious. We have not even begun to have any achievement in the latter area, where appointments are still very much skewed.

How have you been successful in the former?
By attracting attention to problems with Middle East studies. For example, our work uncovered the wretched excesses of Middle East studies at Columbia University and we initially noted Juan Cole, the professor now much in the public eye because of his possible move to Yale.

Do Middle East studies differ from other academic areas in this respect?
No. They are perfectly representative of many social science and humanities fields, whether it be Latin American studies or anthropology or English literature. We focus on the Middle East because it has a prominence other areas lack. Take a concept like jihad, which is central to understanding the war on terror, and you hear historians of Islam, religious specialists or others, almost without exception saying that jihad is moral self-improvement – becoming a better colleague; working on behalf of women’s rights; working against apartheid. They are generally unwilling to state what it really is, which is warfare that expands Muslim control of land. This is a very important concept, and whom does one turn to for an understanding of it? Not to politicians, not to the media, but to specialists. And they have failed, betrayed their profession, by not being candid as to what this means. This is disinformation and dissimulation. It is what we criticize.

When, in his victory speech in January 2005, PA chairman Mahmoud Abbas said the period of the « little jihad has ended, and now the big jihad is beginning, » there was much debate in Israel as to the meaning of his statement. Some local Middle East analysts said that « little jihad » was warfare, and that « big jihad » meant internal spiritual ascension. Are you saying they were spreading disinformation?
Not in this case. A secondary meaning of the word jihad comes from Sufism and means, in fact, moral self-improvement. But, when used in the public sphere – when Osama bin Laden uses it, or in statements by Islamic Jihad – it normally refers to warfare to extend Muslim control.

Do you envision a situation in which there will be a reverse shift – in Israel and elsewhere in the West – from managing conflicts to imposing victory on the enemy?
I don’t know. Sometimes I’m optimistic and think that the unending failures of not striving for victory will eventually lead someone to figure this out. On the other hand, I see how mistaken policies can go on year after year.

Were you optimistic in this way on 9/11? Did you believe it was the event that would « lead someone to figure this out? »
Yes, I was, with « united we stand » being the slogan of that period, and with the sense of resolve, the willingness to undo the Taliban regime. The 50-50 division in the United States now between those who understand we are at war and those involved in a glorified police operation was not something I expected.

But now, having seen that division, and having seen what happened after the 2004 Madrid train bombings, the 2005 London bombings and other major terrorist incidents, I’m no longer surprised.

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