Iran: De l’Iran, de la bombe et de la démission des nations (Thérèse Delpech: I see no reason why we shouldn’t take Iran seriously)

Iran_bomb_2Je ne vois aucune raison de ne pas prendre Mahmoud Ahmadinejad au sérieux quand il prétend qu’Israël est une “tumeur” qui doit être “rayée de la carte”. Thérèse Delpech
Les faiblesses des sociétés occidentales contre leurs adversaires ne sont ni militaires, ni policières, ni judiciaires, mais intellectuelles et morales. La force spécifique qui vient de la conviction est dans l’autre camp. (…) (Ces adversaires) posent aux sociétés qui sont victimes des attentats-suicides des questions cruciales : quelles idées méritent encore que nos sociétés post-héroïques prennent des risques pour les défendre ? Thérèse Delpech (L’Ensauvagemet, prologue)

Face à la course à la bombe dans laquelle est engagé l’Iran et à son mépris toujours plus affirmé pour le droit international, mais aussi au déluge de désinformation dont se font le relais nos medias toujours plus pressés, il faut dire et redire l’importance de quelqu’un comme Thérèse Delpech.

Grande spécialiste du désarmement en France et dans le monde, elle a toujours su montrer son indépendance d’esprit et son sens des responsabilités. Et, pour l’Iran, son verdict, notamment dans son dernier ouvrage sorti il y a deux mois (« L’Iran, la bombe et la démission des nations ») et pour ne prendre que les points les plus importants, est sans appel:

1) derrière les timides et diplomatiques déclarations de l’AIEA (« A ce jour, il n’y a pas de preuve de programme militaire iranien ») que se contentent de relayer les medias, il y a un vrai consensus des
experts… du contraire !

2) la référence systématique de l’Iran à son « droit inaliénable à l’énergie nucléaire » est de la plus haute mauvaise foi, d’abord parce que le TNP ne prévoit que les usages pacifiques et ensuite parce que ceux-ci (pour un pays qui dispose, rappelons-le, d’une des plus grandes réserves de pétrole mondiales ainsi que des 2e réserves de gaz du monde!) peuvent parfaitement être assurés, comme la Corée du sud ou la Suède, par des fournitures extérieures, ce qui est d’ailleurs déjà prévu pour l’Iran avec le réacteur de Boucheir que finit de leur reconstruire la Russie (avec garantie de fournitures de combustible jusqu’à 30 ans !)

3) la communauté internationale dispose, sans aller jusqu’à l’embargo, de réelles possibilités de pression sur l’Iran qui, avec la nécessité de trouver des emplois pour ses 70% de jeunes, a un énorme besoin de l’Occident pour son industrie pétrolière et gazière à la fois en investissements (ils n’ont toujours pas retrouvé leur niveau de production de… 1979!) et même pour… leurs produits raffinés (comme leur essence) très largement importés!

4) enfin, il est totalement inacceptable qu’un membre de l’ONU se permette d’appeler (déjà par trois fois dont une à l’extérieur à… un sommet des Etats islamiques à la Mecque !) à la disparition d’un autre membre de l’ONU et surtout… que les réactions du reste du monde aient été si dérisoires !


Le temps de la diplomatie, trop lent face au sprint nucléaire de l’Iran

Thérèse Delpech
philosophe, directeur de la prospective au Commissariat à l’énergie atomique
Le Figaro
01 avril 2006

Après trois semaines de discussions improductives sur un projet de déclaration présidentielle, le Conseil de sécurité a finalement adopté un texte mercredi 29 mars. Au même moment environ, on apprenait que Téhéran avançait plus vite que prévu pour l’assemblage des centrifugeuses sur le site de Natanz : une première cascade de 164 machines serait déjà prête, alors que les prévisions se contentaient jusqu’à présent d’évoquer le lancement de travaux préalables sur des ensembles de 20 à 30 centrifugeuses. Cette cascade, qui représente un module du futur pilote d’enrichissement – et donc une avancée technique significative de l’Iran –, n’était pas attendue si tôt et il suffit désormais d’en reproduire plusieurs exemplaires.

En vérité, tout est dans cette différence de rythme. Le temps de la diplomatie ne concorde en rien avec celui du programme nucléaire iranien. D’un côté, on a La Vie devant soi, comme dans le célèbre roman d’Emile Ajar, tandis que de l’autre on assiste à une accélération indiscutable. La course contre la montre dont parlait Pierre Goldschmidt en quittant son poste de directeur des Garanties de l’AIEA en juin 2005 est entrée dans une phase critique et il n’y a plus guère d’incertitudes sur l’identité de l’unique coureur de fond. A New York, non seulement il n’y a pas de stratégie d’action, contrairement à Téhéran, mais il s’agit surtout pour l’instant de renvoyer à l’AIEA la responsabilité de la suite des opérations pendant les trente prochains jours. Quel nouveau rapport le directeur général pourra-t-il bien produire à cette date ?

La déclaration n’exercera en tout état de cause aucune pression réelle sur Téhéran car les déclarations présidentielles du Conseil de sécurité n’ont pas de pouvoir juridique : cette première étape a un caractère essentiellement politique. C’est un simple appel des membres du Conseil à Téhéran et il n’est en l’occurrence assorti d’aucune menace en cas de non-respect par l’Iran de la demande qui lui est faite. Mais alors que les experts présentent souvent des pronostics alarmistes soit sur les sanctions économiques, soit sur l’usage de la force, la vérité nue est très différente. On n’a pas même pu redire en mars à New York ce qui a été dit en février à Vienne, notamment les demandes précises de l’AIEA à l’égard de Téhéran. Il n’a pas été davantage possible d’évoquer les risques que la prolifération fait courir à la paix et à la sécurité internationale, qui figuraient dans une version antérieure du texte (toutes les versions du texte ont été rendues publiques sur le site de la BBC) et qui justifient précisément l’action du Conseil de sécurité.

En fait, c’est la responsabilité du Conseil de sécurité et de ses membres permanents qui est en cause. On risque de le transformer en un cénacle impuissant, soumis de facto à l’AIEA, en renversant les rôles des deux institutions. Certains n’en conçoivent guère d’amertume, mais les Européens, qui ont toujours défendu cette institution comme le «coeur de la sécurité collective», devraient s’en attrister. D’ailleurs, qu’ils s’en attristent ou non, ils vont en payer les conséquences.

Car il est à présent peu probable que la substance de la question iranienne soit abordée à nouveau au Conseil de sécurité avant le mois de juin. A Téhéran pendant ce temps, où une campagne de répression bat de surcroît son plein dans les universités, les autorités politiques, conscientes du fait que la fenêtre d’opportunité peut se refermer brutalement, sinon du fait des diplomates, qui ont tout leur temps, du moins de personnalités plus inquiètes, pressent les équipes et poussent les feux, quitte à mener de front plusieurs activités à la fois.

La résultante potentielle de ces deux dynamiques est dangereuse, beaucoup plus en fait qu’un plan de sanctions graduées qui eût été susceptible de faire réfléchir le Guide suprême sur la stratégie de confrontation délibérée de Mahmoud Ahmadinejad. En continuant de sous-estimer nos forces et de surestimer celles de Téhéran, on commet plusieurs erreurs. Car, d’un côté, le marché, qui a le mérite de fournir des messages clairs, a déjà répondu : le commerce avec Téhéran a baissé, comme l’avait fort bien prédit l’ancien négociateur du président Khatami, Hassan Rohani. Les affaires n’aiment pas les pays qui sont sous examen au Conseil de sécurité. Les banques suisses non plus d’ailleurs : le Credit Suisse et l’UBS, qui ont la réputation de savoir ce qu’elles font, ont décidé au début de l’année de ne pas accepter de comptes de ressortissants iraniens résidant en Iran. Mais surtout, d’un autre côté, la course à l’enrichissement en Iran, dont les Européens ont au moins démontré au cours de leurs négociations qu’elle n’avait aucune justification civile, du fait que le seul réacteur russe présent en Iran est alimenté par du combustible russe pour toute sa durée de vie, pourrait donner raison à ceux qui prétendent que la bombe iranienne serait disponible non pas dans cinq ans, mais peut-être plutôt dans deux. Et ceux qui ont le plus de raisons de craindre cette bombe pourraient en tirer des conclusions.
S’ils le font, à qui donc faudra-t-il attribuer la faute ? A ceux dont le pays est qualifié de «tumeur» au Moyen-Orient par l’Iran ou aux nations qui ont refusé d’assumer leurs responsabilités quand il était encore temps ?

* Philosophe, directeur de la prospective au Commissariat à l’énergie atomique, chercheur associé au Ceri, membre de l’Institut international d’études stratégiques de Londres, auteur de L’Iran, la bombe et la démission des nations (Autrement).

Forum du Nouvel Observateur 01/06/2006 avec Thérèse Delpech, (directrice des affaires stratégiques au Commissariat à l’énergie atomique, auteure de « L’Iran, la bombe et la démission des nations » (Autrement, 2006)

question de : alain

Question :   Bonjour

En 1993, il y avait quelques prototypes de missiles Nodong 1 (1300mk/1000kg) en Corée du nord
En 2000, il y a 100 missiles de ce type en Corée du nord, au Pakistan (Gauhri) et en Iran (Shahab 3)

En 1993, le Pakistan avait 12 bombes atomiques et aucun missile pour atteindre New Delhi.
En 2000, le Pakistan en a 50 avec les missiles Gauhri pour atteindre New Delhi.

En 1993, le Hezbollah a des rockets katioucha de 16 km de portée.
En 2000, le Hezbollah a 1000 rockets Fajr iraniennes de 45 à 75 km de portée qui peuvent atteindre Haifa.

Qui est responsable de la crise actuelle? Bush ou bien Clinton qui n’a rien fait de 1993 à 2000 pour arrêter cette course aux armements en Corée du nord au Pakistan et en Iran?
Réponse :   Bonjour. Je vais répondre en me concentrant sur l’Iran comme ceci avait été annoncé. Il est exact que les missiles Shehab 3 iraniens et les missiles No Dong nord coréens présentent de grandes similitudes (ainsi d’ailleurs que tous deux avec le missile Ghauri). C’est un des éléments intéressant du programme balistique iranien : la coopération avec Pyongyang est établie. On s’interroge aussi sur l’éventualité d’une coopération dans le secteur nucléaire, mais là, les données sont moins précises. Sur la responsabilité de la crise actuelle, en ce qui concerne l’Iran, on peut dire que les responsabilités sont très partagées mais qu’elles ne sont pas de même nature. La Chine et la Russie ont vendu à l’Iran des technologies proliférantes. Les Etats-Unis ont été obnubilés par la coopération russo-iranienne et ont sans doute négligé les apports chinois ou pakistanais. Les Européens étaient engagés dans un « dialogue critique » qui les a amenés à intervenir assez tard. Et l’AIEA n’a pas vu ce qui se passait en Iran depuis le milieu des années 1980. Il a fallu une conférence de presse de l’opposition iranienne en août 2002 pour que les investigations commencent sérieusement en Iran et confirment les révélations.

question de : XXX
Question :   J’ai une petite question toute bête a laquelle un précédent invité sur le forum de l’ »Obs » sur ce même sujet avait refusé de répondre, on se demande bien pourquoi: La France dispose-t-elle actuellement de moyens militaires permettant de répliquer a une frappe nucléaire iranienne contre des intérêts européens ? Autrement dit: peut-on frapper Téhéran par missile (avec un SNA ?) ?
Réponse :   La France a-t-elle les moyens de riposter à une frappe nucléaire sur son territoire? Naturellement oui. Avec un SNA? Non, car il s’agit là d’un sous marin d’attaque et non d’un lanceur d’engins. La France dispose aussi d’une composante aéroportée qui serait sans doute plus adaptée dans le cas qui est ici décrit. Ceci étant, d’une part l’arme nucléaire française est une arme de dissuasion et doit donc permettre essentiellement d’éviter une attaque de ce type et d’autre part on ne dispose d’aucune indication selon laquelle Téhéran aurait des intentions hostiles à l’égard de la France.
question de : Alceste
Question :   N’avons nous pas des armes tellement puissantes que nous sommes en mesure de dissuader les « petites » nations nucléaires de jamais nous attaquer ?

Quelles armes décisives avons-nous, en fait (bombes atomiques, à neutrons… ?) ?
Réponse :   Après la fin de la guerre froide, la France a progressivement adapté sa force de dissuasion, précisément pour conserver une dissuasion crédible à l’égard d’adversaires qui pourraient être très différents de l’URSS. C’est un des éléments des deux discours présidentiels de juin 2001 et de janvier 2006. Il s’agit d’affirmer que la France face à des puissances régionales susceptibles de menacer ses intérêts vitaux, n’en serait pas réduite à l’inaction ou à des niveaux de destruction tels qu’ils ne seraient pas crédibles. C’est ce qu’on appelle la dissuasion adaptée.
Nous avons environ 350 têtes nucléaires et deux composantes une sous marine et une aéroportée.
question de : Internaute
Question :   1/ Dans combien de temps l’Iran possèdera-t-il des armes nucléaires « opérationnelles » (ce qui implique l’adaptation de l’engin sur des vecteurs adéquats, la mise sur pied d’unités capables de les lancer, etc.)? Israël prétend que c’est dans les 3 ans qui viennent (ils sont alarmistes, mais on peut les comprendre car ils sont les premiers visés), les Etats-Unis parlent de 10 ans.

2/ Est-ce qu’à terme, l’Iran ne va pas se retrouver comme l’URSS dans son temps ? Une sorte de « paix armée » basée sur la dissuasion ne va-t-elle pas s’établir dans la région (elle existe bien entre l’Inde et le Pakistan) ?

3/ Dans cette affaire (comme dans d’autres), le nouveau président iranien n’est-il pas qu’un « pantin politique » manipulé par le Guide suprême de la révolution ?
Réponse :   Il est difficile de répondre à cette question avec précision, car on ne sait pas tout du programme iranien et on ne peut exclure des installations clandestines qui pourraient accélérer le processus. Disons que le délai le plus court pour produire la matière nécessaire à une arme avec les installations et les technologies connues est de deux ans : un an pour mettre en place 3.000 centrifugeuses, un an pour produire l’uranium enrichi en quantité suffisante. Les autres aspects de l’arme peuvent progresser dans la même période : explosifs, initiateurs neutroniques, moulage de l’uranium métal… Enfin, il faut un porteur : l’avion est le mode le plus rustique et les défenses aériennes sont telles que ce n’est pas celui qui est le plus sûr. Pour les missiles, le Shehab 3 peut porter une tête nucléaire. On ignore la nature exacte des progrès des Iraniens en matière de miniaturisation. En résumé, au plus court pour une arme : deux à trois ans. Les Etats Unis disent cinq à dix ans depuis déjà plusieurs années! Et personne ne sait vraiment quelles sont les données sur lesquelles ces chiffres reposent. Quand on donne une fourchette aussi large, c’est souvent soit qu’on ne connait pas de réponse précise, ou bien que l’on souhaite préserver une grande autonomie d’action en laissant entendre qu’on a le temps pour soi.
Les conditions de la dissuasion avec l’URSS étaient très différentes : d’une part, un partage du monde clair, que les armes nucléaires étaient censées garantir : le fameux « rideau de fer » qui était une réalité très désagréable mais du moins claire. D’autre part, le dialogue entre les deux blocs pendant la guerre froide a permis une certaine compréhension de l’adversaire des deux côtés qui a facilité la dissuasion. Dans le cas de l’Iran, c’est assez différent. On a affaire à un pays qui déclare ouvertement vouloir rayer de la carte Israël, qualifié de « tumeur », et dont les intentions sont d’autant moins bien connues qu’il ne reconnait même pas vouloir se doter de l’arme nucléaire. Dans ces conditions, la dissuasion serait très difficile. Il faut faire très attention à ceux qui prétendent que les armes nucléaires sont « nécessairement » stabilisantes. Au Moyen-Orient, plus il y aura de pays dotés de l’arme, plus la région sera ingouvernable  sur le plan stratégique. Car il faut bien voir que la bombe iranienne aurait des effets sur la politique de défense de l’Arabie Saoudite et sur celle de l’Egypte, voire de la Turquie. Comment gérer cette pluralité?
Le nouveau président iranien est loin d’être un « pantin », même s’il n’est pas l’autorité suprême. Quand il est arrivé au pouvoir, il avait un programme de politique intérieure. Aujourd’hui, il donne des interviews de sept pages dans un des grands magazines allemands (Le « Spiegel ») et il s’adresse à l’ensemble du monde arabe, y compris sunnite, avec ses discours incendiaires sur Israël. Certes, l’ayatollah Khamenei peut toujours le remercier, mais il n’y a aucun doute que sa politique de confrontation semble porter des fruits, puisque l’Iran ne paie aucun prix pour la reprise de ses activités de conversion ou d’enrichissement. En un sens, cet homme que personne ne connaissait autrement que comme maire de Téhéran en mai 2005 a été propulsé sur la scène internationale grâce à la tiédeur des réactions que ses actions ou ses propos outranciers ont suscités.

question de : Internaute
Question :   Madame,
Le projet américain de déployer un bouclier spatial au-dessus de l’Europe pour contrer une éventuelle attaque de missiles iraniens vous paraît-il proportionné à la menace, compte tenu du dispositif militaire américain déjà en place dans la région (Grèce, Turquie et bientôt Bulgarie)?
Réponse :   Certes, la question des défenses anti-missiles a beaucoup évolué depuis quinze ans. Cependant, le projet que vous évoquez est un projet à long terme, dont on ne sait pas encore s’il verra le jour! Le plus raisonnable est d’essayer d’arrêter le programme nucléaire iranien pendant qu’il en est encore temps.

question de : Yannick Comenge
Question :   Bonjour,
Certains milieux prétendent qu’une guerre serait inévitable pour la fin de l’année. D’autres considèrent que Rice et Bush sont les seuls à estimer que le conflit doit avoir lieu. N’y a t il pas au niveau diplomatique des raisons d’espérer un changement d’attitude de la part de l’Iran vis à vis du Nucléaire? Il paraitrait que l’Iran serait prêt à faire de nombreuses concessions, si on lui permet de produire une énergie nucléaire civile…
Etant donné la multiplication d’informations pointant cette volonté de calmer le jeu, la France ne peut elle pas servir avec l’Allemagne de médiateur pour permettre à cette puissance d’obtenir cette énergie non polluante? Enfin, au vue de l’offre faite par les Etats-Unis vis-à-vis de l’Inde, ne peut-on pas souligner la politique incohérente en matière de nucléaire… consistant à considérer l’Inde comme un pays digne de confiance (alors que des incidents sont fréquents avec le Pakistan)?
Réponse :   L’idée que le Pentagone a la maîtrise du dossier iranien est fausse. Il est essentiellement au Département d’Etat : Condoleeza Rice vient encore d’en témoigner en faisant ce matin 1er Juin une ouverture  spectaculaire envers Téhéran. Pour la première fois depuis 1979, Washington accepte l’idée de parler officiellement avec Téhéran. Les Etats-Unis ont surpris tout le monde et en vérité ils ne pouvaient pas aller plus loin. Certes, il y a la condition de la suspension des activités d’enrichissement, mais comme il s’agit là d’une demande expresse du Conseil de Sécurité dans son ensemble, Washington n’a de toute façon aucune latitude sur ce point.
Ceci ne veut naturellement pas dire que la diplomatie réussira car la balle est dans le camp iranien et la première réponse n’est pas encourageante. Mais l’Iran est à présent plus isolé après cette proposition américaine. On ne comprend vraiment pas pourquoi Téhéran refuse avec tant de vigueur d’interrompre des activités dont il dit qu’elles sont civiles, alors que le seul réacteur présent en Iran est alimenté par du combustible russe. C’est vraiment rechercher la confrontation. Personne n’empêche Téhéran d’avoir de l’électricité d’origine nucléaire. Simplement, compte tenu à la fois des dissimulations passées pendant dix-huit ans et des questions qui sont toujours en suspens pour l’ONU (origine de la contamination en uranium enrichi, centrifugeuses de seconde génération dont les plans ont été acquis auprès du réseau pakistanais d’AQ Khan, expériences sur le plutonium, moulage et usinage de l’uranium métal…), il est normal que la communauté internationale  s’assure que ceci ne se fera que dans des conditions de stricte non prolifération. C’est pourquoi le Directeur Général de l’AIEA a soutenu ouvertement l’ouverture américaine en précisant que l’Iran devait de son côté suspendre toutes ses activités d’enrichissement.
La France joue un rôle diplomatique important dans cette crise depuis plusieurs années avec la Grande-Bretagne et l’Allemagne. Mais depuis mars, il y a unité du Conseil de Sécurité pour faire pression sur l’Iran, même si aucune mesure coercitive n’a pour l’instant été décidée.
En ce qui concerne l’accord entre les Etats-Unis et l’Inde, nous ne sommes pas dans une position très confortable pour le critiquer car nous souhaitions conclure un accord de ce type depuis des années avec New Delhi, qui, contrairement à l’Iran, n’a pas signé le TNP et ne viole donc aucun traité. En outre, il n’a jamais menacé un voisin de le rayer de la carte, ce qui fait une différence appréciable avec Téhéran! Les « incidents » avec le Pakistan peuvent aller jusqu’à l’affrontement armé et être très dangereux, comme en 1999 et en 2002, mais ils demeurent jusqu’à présent de nature conventionnelle.

question de : Internaute
Question :   Le nucléaire iranien ne sera t-il pas a long terme la cause d’un troisième conflit mondial ou d’une seconde guerre froide? Merci de répondre.
Réponse :   Bonjour. Ceci me paraît bien heureusement une vision un peu extrême. Mais l’Iran pose, c’est vrai, des problèmes régionaux et internationaux  sérieux. L’essentiel à mon sens est de préserver l’unité des grandes puissances sur ce dossier et d’isoler Téhéran. C’est ce qui se passe aujourd’hui, mais il n’est pas sûr que ceci perdure.

question de : Internaute
Question :   Que pensez-vous: vaut-il mieux que l’Iran ait l’arme nucléaire, ou qu’il soit attaqué militairement par les Etats-Unis? On sera bien obligé d’avoir l’un ou l’autre. Existe-t-il vraiment une solution adaptée pour que les Etats les plus dangereux ne puissent vraiment avoir la bombe un jour ou l’autre?
Réponse :   Je pense qu’il vaut mieux que l’Iran n’ait pas l’arme nucléaire et c’est l’objectif poursuivi par tout le monde aujourd’hui. Aucun pays ne souhaite voir apparaître une nouvelle puissance nucléaire sur la carte, surtout au Moyen-Orient, où la situation stratégique est déjà assez compliquée. C’est précisément pour éviter ce choix que les Etats-Unis viennent de faire aujourd’hui même une offre de dialogue à Téhéran. Si le système multilatéral prend ses responsabilités, on pourra éviter cette alternative peu attrayante.
L’histoire passée montre que la prolifération évolue plus lentement que beaucoup le craignent. Mais aujourd’hui, l’Iran et la Corée du nord peuvent entraîner une cascade de proliférateurs derrière eux : Arabie Saoudite, Egypte, Turquie, Japon…

question de : Internaute
Question :   Est ce que nous allons vers une offensive millitaire?
Réponse :   Aujourd’hui, l’heure est à la diplomatie. Mais celle-ci doit recevoir un écho à Téhéran. Sinon, toutes les options sont ouvertes. La première étape serait celle de sanctions. Si Téhéran prend cette voie, ce ne sera pas l’intérêt de l’Iran, mais c’est un choix possible.

question de : Internaute
Question :   Reculade des Etats-Unis que cette proposition « conditionnelle » de dialogue? Prochaine étape? Peut-être un signe à interpréter: Condolezza Rice « avec » ou « sans » voile… si elle rencontre les Iraniens. Quelle victoire ce serait pour les ayatollahs…
Réponse :   Il ne s’agit pas d’une reculade mais d’une réponse positive à une demande des Européens, des Russes, des Chinois, de l’AIEA, et d’une partie importante de l’opinion américaine.

question de : Internaute
Question :   Question simple mais qui résume tout: à quel prix l’Iran fixe-t-il son renoncement au nucléaire ? (quelles concessions les Occidentaux devront-ils faire?)
Réponse :   L’offre qui sera proposée aux Iraniens porte sur les volets économique, technologique, énergétique et politique. C’est une proposition beaucoup plus ambitieuse que celle d’août 2005, qui est en outre confortée par un soutien à présent très fort de Washington avec la nouvelle annonce du Département d’Etat. Naturellement, cette offre généreuse, surtout dans les conditions actuelles où l’Iran tourne le dos aux demandes du Conseil de Sécurité, est assortie de sanctions si elle n’est pas saisie et si la suspension des opérations liées à l’enrichissement n’est toujours pas acceptée. On ne peut donc guère parler de concessions.

question de : Internaute
Question :   Bonjour,
Au lieu de s’enfermer dans une confrontation Iran-Occident, ne devrait-on pas chercher à faire de l’Iran un partenaire des Etats-Unis? C’est le seul Etat de la région ayant les capacités de tenir un rôle de stabilisateur régional; les Américains ont besoin de l’Iran pour ne pas tout perdre en Irak; de plus l’interdépendance économique (nous avons besoin du pétrole, l’Iran a besoin de le vendre) fait que, rationnellement, l’intérêt de tous est le dialogue.
Qu’en pensez-vous?
Réponse :   C’est précisément ce que la proposition de dialogue du Département d’Etat pourrait permettre. Encore faudra-t-il que l’ayatollah Khamenei et le président Ahmadinejad  saisissent l’occasion.

question de : Internaute
Question :   Est-ce que la crise actuelle avec l’Iran, sans oublier l’intervention aventureuse en Irak, les progrès militaires de la Corée du Nord, la rébellion de certains Etats d’Amérique du sud contre l’influence des Etats-Unis… ne sont pas les indices que l’hégémonie américaine vacille sérieusement?
Réponse :   La crise avec l’Iran est une crise internationale, pas une crise avec les Etats-Unis. Mais ceux-ci ont en leur possession des clefs importantes qu’ils peuvent mettre dans la balance.
Sur la question de la puissance, l’ère asymétrique a changé les données du problème, car de petits pays, voire des groupes d’individus peuvent constituer des menaces jusqu’alors réservées aux Etats.

question de : Internaute
Question :   Le président iranien a déclaré qu’Israël devait être rayé de la carte… Dans combien de temps passera-t-il à l’acte?
Réponse :   Cette déclaration aurait dû entrainer une réaction beaucoup plus vigoureuse des capitales : on ne devrait pas tolérer qu’un Etat puisse s’exprimer en des termes aussi scandaleux. L’objectif était sans doute de se faire des alliés dans les populations du monde arabe qui sont les plus hostiles à Israël. En Iran même, à l’exception du cœur idéologique du régime, personne ne s’exprime en ces termes.

question de : Internaute
Question :   Bonjour, n’est-il pas utopique d’espérer interdire indéfiniment la technologie nucléaire à un pays comme l’Iran, à qui le pétrole donne des moyens considérables et où la population est éduquée? Bombarder le pays en 2006 reporterait le problème de 10 ans, peut-être, mais après? Accéder à la technologie nucléaire deviendra sans cesse plus facile! L’enjeu n’est-il pas plutôt de faire évoluer le régime, pour qu’il ne représente plus une menace?
Réponse :   Puisque vous évoquez le pétrole et le gaz, il faut souligner que l’Iran ayant des réserves de pétrole de 133 milliards de barils et des réserves de gaz de 27.000 milliards de mètres cubes (deuxième rang après la Russie), beaucoup ne comprennent pas pourquoi il a d’urgence besoin de nucléaire au point de risquer une crise internationale majeure. C’est à mon sens une question d’autant plus pertinente que la Russie lui a vendu un réacteur et lui assure le combustible associé pour sa durée de vie. Où est donc la justification de ce programme d’enrichissement?

question de : Internaute
Question :   N’y a t il pas un certain manque de logique à condamner l’Iran sans prendre la peine de considérer le danger de la prolifération nucléaire en Israel, au Pakistan et en Inde?
Réponse :   Les trois pays dont vous parlez n’ont pas violé de traité puisqu’ils ne se sont jamais engagés en signant le TNP. L’Iran a signé ce traité, a bénéficié des avantages associés et a trompé la confiance internationale en dissimulant ses activités aux inspecteurs de l’AIEA pendant dix-huit ans! Ceci étant, il y a maintenant un certain temps que l’on cherche à réunir les conditions d’une zone exempte d’armes nucléaires au Moyen Orient. Il est sûr qu’un programme militaire iranien ne facilite pas les progrès en ce sens.

question de : Internaute
Question :   L’Iran ne cédera pas au chantage occidental, c’est certain. Les Musulmans, cette fois, ne se tairont pas devant une nouvelle agression américaine, ne craignez-vous pas un embrasement dans les pays occidentaux en cas de frappes américaines?
Réponse :   Loin d’avoir affaire à un quelconque « chantage », l’Iran a la chance après avoir dit qu’il se « moquait » des requêtes du Conseil de Sécurité, de pouvoir examiner une offre de grande envergure. Le choix le plus raisonnable, surtout pour sa population, qui demande un meilleur niveau de vie, serait bien évidemment de saisir cette occasion. Elle ne se représentera sans doute pas.

question de : Internaute
Question :   Azadeh Kian-Thiébaut était invitée sur ce site il y a quelques jours. A la question de savoir si l’Iran souhaitait, au-delà du nucléaire civil, se doter du nucléaire militaire, elle a répondu:
« Non. D’autant que, contrairement à certains pays qui ont déjà la bombe, l’Iran déclare ne pas chercher à se doter de l’arme atomique et la déclare contraire à l’islam. Les dirigeants souhaitent maitriser la technologie nucléaire et atteindre le seuil leur permettant de franchir le pas. Mais pour le moment, ils en seraient encore loin. Et la surveillance internationale (les inspections de l’AIEA) est le moyen le plus efficace de les en empêcher. »
Etes-vous de son avis?
Réponse :   Je ne sais si la bombe est ou non contraire à l’islam, mais je sais pour les avoir lus attentivement que les rapports de l’AIEA sont accablants pour l’Iran, surtout depuis que l’on a appris l’acquisition auprès du réseau AQ Khan des technologies d’usinage et de moulage de l’uranium métal, qui ne peuvent avoir que des applications militaires. Aux internautes de consulter ces rapports sur le site de l’AIEA afin de se faire une idée par eux-mêmes.

question de : Internaute
Question :   L’Iran n’a-t-il pas le droit, comme n’importe quel pays, d’utiliser le nucléaire civil?
Réponse :   Ce droit ne lui a jamais été dénié et figure même dans la déclaration du Conseil de Sécurité. L’Iran, même après les violations de ses engagements internationaux, a conservé la possibilité d’utiliser le réacteur de Boucheir avec une alimentation en combustibles russes. Il ne faut pas confondre le droit au nucléaire civil et le droit aux technologies du cycle du combustible. Regardez, par exemple, la Corée du sud, qui a une dizaine de réacteurs et pas d’enrichissement ou de retraitement sur son sol.

question de : Internaute
Question :   L’Iran est sous embargo depuis 1984… qui cherche la confrontation, si ce n’est les Etats-Unis?
Réponse :   L’embargo des Etats-Unis est lié à la prise d’otages américains en 1979, dont la responsabilité incombe naturellement à Téhéran. La crise actuelle n’a rien à voir avec cet embargo. Le programme nucléaire iranien a redémarré au milieu de la guerre avec l’Iran en 1985. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles les motivations iraniennes sont suspectes : à cette époque, il n’y avait aucun réacteur, mais en revanche il y avait une guerre et même une utilisation d’armes chimiques par Saddam Hussein depuis 1983. C’est dans ces conditions que l’Iran a décidé de reprendre  ses recherches nucléaires. La confrontation n’est pas avec Washington mais avec la communauté internationale, que représente notamment le Conseil de Sécurité.

question de : Internaute
Question :   Bonjour madame,
Vous êtes connue pour vos mensonges déversés pendant la campagne contre l’Irak sur le nucléaire caché, etc. Et maintenant, rebelote sur l’Iran, vous travaillez pour le sionisme. Je vous pose la question: est-ce que vous êtes vous-même sioniste ?
Réponse :   Vos accusations sont insultantes et infondées. J’y réponds tout de même en rappelant que sur l’Irak, j’ai toujours indiqué que les nombreuses questions non résolues par l’ONU ne signifiaient pas nécessairement que des armes prohibées étaient encore présentes en Irak : consultez l’audition à la Commission des Affaires étrangères et de la Défense de l’Assemblée du 19 Mars 2003 : deux dernières lignes de l’audition.
J’ajoute que sur l’Iran, il y a suffisamment de rapports de l’AIEA pour illustrer les violations de Téhéran et la déclaration présidentielle du Conseil de Sécurité n’a pas écrite par des sionistes!

question de : Internaute
Question :   1. L’Iran peut-il vraiment acquérir l’arme nucléaire tout seul, sans l’aide de forces extérieures ?
2. La déclaration de Rice hier (31 mai) apparait comme un aveu de faiblesse des Occidentaux, ces derniers ont-ils envisagé toutes les solutions pour le règlement de cette question ?
3. Si l’Iran est aujourd’hui si avancé qu’on le dit, peut-il diffuser sa technologie militaire vers d’autres pays qui seraient tentés par la même aventure? Lesquels, selon vous?
Merci.
Merci au Nouvel Obs.
Réponse :   L’Iran a déjà bénéficié de beaucoup d’aide extérieure pour ses programmes nucléaire et balistique, notamment de la Chine, de la Russie, du réseau AQ Khan, et de la Corée du nord. Aujourd’hui, on ne peut exclure la présence sur le sol iranien d’experts étrangers car des rapports circulent régulièrement sur ce sujet. Mais je n’en ai personnellement pas de preuve et il me semble que pour l’essentiel, l’Iran a acquis une certaine autonomie, même si elle a encore peut-être des progrès à faire sur les centrifugeuses ou l’UF6.
La déclaration de Condoleeza Rice montre surtout que les Etats-Unis veulent tout tenter pour éviter de choisir entre une arme nucléaire iranienne et une opération militaire qui serait difficile à conduire avec l’accord du Congrès.
L’Iran a en effet menacé de faire des transferts de ce type, notamment au Soudan.

question de : Internaute
Question :   Bonjour,
L’Iran est-il selon vous un régime totalitaire? Comment le qualifieriez-vous?
Réponse :   L’Iran est assurément un pays autoritaire et l’élection de Mahmoud Ahmadinejad a fermé la parenthèse réformiste (où en tout état de cause la réalité du pouvoir demeurait entre les mains des organes de sécurité). Les mesures prises dans les universités, contre certaines minorités religieuses comme les Bahais, ou contre des avocats célèbres pour leur défense des droits de l’homme montrent que les libertés régressent.

Merci pour toutes vos question et au revoir à tous.
Thérèse Delpech

Prendre l’Iran au sérieux
Métro
19-4-2006

Alors que les cinq membres du Conseil de sécurité de l’ONU et l’Allemagne étaient réunis hier soir pour discuter du nucléaire iranien, Thérèse Delpech* revient sur ce dossier.

Interview
w Quel crédit accorder aux menaces réciproques entre les Etats-Unis et l’Iran ?

ww Les Etats-Unis sont toujours engagés, avec les Européens et le Conseil de sécurité, dans la phase diplomatique. Mais leur politique est de ne jamais écarter l’option militaire ; c’est un élément de dissuasion. Il faut le prendre au sérieux. Du côté iranien, il y a beaucoup d’intox mais Téhéran n’hésite pas à reconnaître publiquement qu’il pourrait utiliser le terrorisme.

w Détient-on la preuve que l’Iran cherche à se doter de l’arme nucléaire ?

ww On détient un faisceau d’indices convergents, sans lesquels le dossier ne serait pas au Conseil de sécurité. Parmi ceux-ci, dix-huit ans de dissimulation d’activités liées à l’enrichissement de l’uranium et à la séparation du plutonium, les deux voies d’acquisition de l’arme, mais aussi des liens avec le réseau pakistanais d’A.Q. Khan, qui a proposé ses services à plusieurs pays depuis le milieu des années 1980, et le développement de technologies qui n’ont aucun intérêt civil, comme l’enrichissement par laser.

w Pourquoi la communauté internationale se montre-t-elle si passive ?

ww Il y a accord sur les ambitions iraniennes. Il y a accord sur les risques que ces ambitions feraient courir à la région et au régime de non- prolifération. Il n’y a pas accord sur la réponse à donner.

w Quels scénarios sont possibles pour l’avenir ?

ww Si l’on veut une issue diplomatique, il faut adopter rapidement des sanctions graduées qui fassent réfléchir l’ayatollah Khamenei sur la politique de confrontation qui a été adoptée. Contrairement à ce que l’on prétend, l’Iran pourrait difficilement résister à un véritable isolement international avec 250 000 jeunes qui arrivent chaque année sur le marché du travail. En particulier, Téhéran a beaucoup plus besoin de vendre son pétrole que le monde extérieur de l’acheter.

w L’Iran ne peut-il tout simplement suivre l’exemple nord-coréen et se retirer du Traité de non-prolifération ?

ww Ce n’est pas la voie choisie pour l’instant, mais cette option demeure. Elle aurait le mérite de clarifier la situation et de bien montrer que c’est l’arme nucléaire qui est visée par les autorités.

w Y a-t-il une autre raison légale d’interdire à l’Iran de se doter de l’arme nucléaire ?

ww Le TNP est le seul instrument juridique international dans ce domaine.

w Israël est-il en danger ?

ww Les déclarations outrancières du président iranien, répétées à l’envi, donnent une idée de la position du régime actuel envers Israël. C’est un langage que ne tiendrait aucun dirigeant arabe. Je ne vois aucune raison de ne pas prendre Mahmoud Ahmadinejad au sérieux quand il prétend qu’Israël est une « tumeur » qui doit être « rayée de la carte ».

w Quelle est la position des pays arabes et sur quels appuis pourrait éventuellement compter l’Iran ?

ww Les pays arabes sont inquiets, particulièrement dans le Golfe, car les ambitions nucléaires iraniennes sont vues comme un moyen de s’assurer la domination de la région au XXI e siècle. Les appuis de l’Iran sont surtout de nature passive, par des pays comme la Russie et la Chine, qui jouent la montre et qui s’opposent à la seule stratégie qui puisse éviter l’usage de la force, c’est-à-dire les sanctions.

w La population iranienne soutient-elle ses dirigeants ?

ww Elle les soutient pour un programme nucléaire pacifique, par pour une arme nucléaire. C’est une des raisons pour lesquelles Téhéran parle toujours d’un programme civil. Et comme la priorité de la population est d’avoir un niveau de vie plus élevé, il n’est pas du tout certain qu’elle accepterait aisément les conséquences économiques de l’isolement que Mahmoud Ahmadinejad est en train de créer.

Propos recueillis par

Claire Cousin

‘ *Thérèse Delpech, chercheur au Ceri, est l’auteur de L’Iran, la bombe et la démission des nations , éd. Autrement, 135 p., 15 e .

Thérèse Delpech : « L’Onu n’a aucune chance d’impressionner l’Iran »
Libération
01.04.2006

Thérèse Delpech est Directrice des Affaires Stratégiques au Commissariat à l’Energie Atomique depuis 1997. Elle a été, entre 1995 et 1997, conseiller auprès du Premier Ministre (affaires politico-militaires) et, entre 1987 et 1995, directeur adjoint des Affaires internationales (Questions stratégiques et de défense, non-prolifération) au Commissariat à l’Energie atomique. Thérèse Delpech a publié en octobre : L’Ensauvagement. Le retour de la barbarie au XXIe siècle (Grasset), Prix Femina de l’Essai en 2005.. Elle publie la semaine prochaine « l’Iran, la bombe et la démission des nations » (Autrement).

Le Conseil de Sécurité de l’Onu a donné jeudi à l’Iran un nouveau délai de 30 jours pour suspendre ses activités d’enrichissement d’uranium tout en se gardant bien de brandir la menace de sanctions. Qu’en pensez-vous ?

Le Conseil de Sécurité a reçu le dossier iranien au début du mois de février. Il était alors entendu avec la Russie et la Chine qu’il n’y aurait aucune « action » avant le mois de mars, et la remise de son rapport par Mohamed El Baradei, directeur général de l’AIEA. Or, trois semaines se sont écoulées entre la remise de ce rapport et la déclaration – très faible – du Conseil de Sécurité de jeudi. Une déclaration qui n’a d’ailleurs aucun pouvoir juridique contraignant et aucune chance d’impressionner Téhéran. La seule stratégie qui puisse donner des résultats serait celle de sanctions graduées qui fassent réfléchir le régime de Téhéran sur la politique de confrontation très dure qui a été adoptée depuis l’arrivée au pouvoir de Mahmoud Ahmadinejad.

Sur le strict plan du droit international, l’Iran est-il vraiment en infraction avec le Traité de non-prolifération ?

Depuis que l’on a appris à l’automne 2005 – ce que l’Iran a d’ailleurs reconnu – que les techniques d’usinage et de moulage de l’uranium en hémisphères avaient été acquises par Téhéran auprès du réseau pakistanais d’A.Q. Khan, il y a bien une violation de l’article 2 du Traité de non-prolifération (TNP). Cette violation aurait pu autoriser une saisine directe du Conseil de sécurité sans même passer par l’AIEA.

Auparavant, les violations de l’Iran telles qu’elles avaient été constatées par le Conseil des Gouverneurs de l’agence de Vienne étaient des violations de l’accord de garantie passé par Téhéran avec l’AIEA. Il s’agissait essentiellement de la « non déclaration » d’importations, d’activités et de sites que l’Iran était tenu par cet accord de déclarer à l’agence internationale de Vienne. Il s’agissait aussi de mensonges patents, comme dans le cas des centrifugeuses.

Croyez-vous, comme certains experts, que l’Iran puisse avoir la bombe nucléaire «dès la fin 2008, au moment de l’élection présidentielle américaine » ?

Si l’on considère que la quantité d’uranium très enrichi nécessaire pour une arme (25 kilos selon l’AIEA) peut être produite en un an par une installation de 3000 centrifugeuses, il est évident que l’annonce récente de l’assemblage d’un premier module de 164 machines à Natanz, à un rythme beaucoup plus rapide que prévu, va bien dans le sens de ceux qui prétendent que l’Iran pourrait avoir une arme dans deux et non dans cinq ans. D’où la préoccupation face au rythme très lent du processus diplomatique actuel, qui intervient après l’échec de deux (ans de) négociations avec les Européens. Les Iraniens prétendent que ces discussions leur ont essentiellement permis gagné du temps.

Interview Par Jean-Dominique MERCHET de Libération

Voir aussi:

Au Moyen-Orient, la Russie se sent pousser des ailes diplomatiques
Laure Mandeville
Figaro
12 mai 2006

Dans les chancelleries diplomatiques occidentales, on parle beaucoup du «retour» de la Russie sur la scène du monde, et notamment dans ce Moyen-Orient compliqué dont elle s’était éclipsée depuis l’effondrement de l’ex-URSS, y laissant le champ libre aux ambitions américaines.

Le rôle particulier que s’est arrogé Moscou ces derniers mois dans la négociation avec l’Iran, se présentant comme le médiateur incontournable de la crise du nucléaire iranien, et freinant activement la mise en place de sanctions internationales, a illustré l’importance et l’ambiguïté du facteur russe.

De même, le tapis rouge déroulé sous les pieds d’une délégation du Hamas reçue en grande pompe au Kremlin – au moment où l’Occident faisait de la reconnaissance de l’Etat d’Israël une condition sine qua non de l’établissement de relations avec l’organisation islamiste palestinienne – a rappelé la capacité de nuisance de Moscou au souvenir de nos diplomates.

Comme à la bonne époque soviétique, la Russie ne s’est pas non plus privée de poursuivre ses livraisons d’armes à Damas, au moment où Européens et Américains travaillaient à un retrait de l’armée syrienne du Liban. Cette cascade d’initiatives à contre-courant des options occidentales, indique que la Russie se sent pousser des ailes diplomatiques au Moyen-Orient. Et qu’elle entend les agiter sans complexes pour ressusciter le fantôme de son ancienne politique arabe. Quitte à brûler les ponts qu’elle commençait à construire sur le front de la lutte antiterroriste avec son nouveau partenaire israélien.

Vu le contexte général russe, ce réveil n’a rien de surprenant. Sur tous les fronts extérieurs, le Kremlin, bien décidé à faire oublier l’humiliation de l’effondrement de 1991 puis celle, plus récente, des révolutions démocratiques en chaîne qui ont réduit son influence en ex-URSS au profit de l’Otan et de l’UE, s’emploie à reprendre l’offensive, en brandissant partout l’argument pétrolier et gazier, et la formidable manne financière et diplomatique qu’il lui confère. Nous sommes forts et nous pesons lourd, répète à l’envi une direction russe grisée par son gaz et son or noir à 75 dollars le baril. C’est le message que Vladimir Poutine a de nouveau martelé hier dans son discours à la nation, présentant la Russie comme un contrepoids à la voracité «du camarade loup» américain.

Si ce souci obsessionnel de Moscou de réaffirmer son rôle de grande puissance responsable s’accompagnait d’une vision claire des buts stratégiques poursuivis, personne n’y trouverait sans doute à redire (même si on peut légitimement se demander si la Russie, pays dont le PIB atteint à peine celui des Pays-Bas, n’aurait pas intérêt pour quelque temps à se consacrer à la remise en ordre du jardin russe avant de renaître à la diplomatie mondiale).

Mais curieusement, il reste difficile de lire les vraies intentions russes derrière ce retour de flamme moyen-oriental. La Russie sait-elle elle-même où elle va, quand elle joue les pompiers pyromanes en Iran, où elle a été depuis des années le principal partenaire de la construction du programme nucléaire civil iranien ? Ou a-t-elle décidé de mettre en sourdine ses craintes d’une contagion islamiste pour de juteux contrats ?

«La réalité, dit Thérèse Delpech, chercheur au Commissariat pour l’énergie atomique (*), c’est que la Russie est engluée dans ses contradictions. Elle veut le beurre et l’argent du beurre.» Le «beurre», poursuit l’expert, consiste à maintenir sa respectabilité internationale en tant que pays dépositaire du traité de non-prolifération nucléaire et à assurer la paix au Caucase. L’«argent du beurre» provient, en revanche, des multiples contrats nucléaires et commerciaux qui lient la Russie à l’Iran, et la poussent à accepter de repousser les limites de l’acceptable, en matière d’enrichissement. Jusqu’où ?

Les «jusqu’au-boutistes» de l’optimisme – plus nombreux en France qu’aux Etats-Unis – espèrent toujours que la Russie éclaircira sa position sur l’Iran au Conseil de sécurité, le moment venu. Les relations entre Téhéran et Moscou ont toujours été complexes, soulignent-ils. Si la Russie considère les Iraniens comme des partenaires de premier plan – les contrats d’armes et de fournitures nucléaires s’y chiffrent en milliards de dollars –, elle continue aussi de considérer ces voisins du Sud comme une menace potentielle. «C’est pour cela qu’en cas de sanctions, la Russie critiquera les Occidentaux mais les laissera agir. Il lui faut juste rester dans l’ambiguïté pour préserver ses intérêts en Iran, où elle affronte la très sérieuse concurrence de la Chine», prédit le politicien libéral Vladimir Ryjkov.

A l’inverse, les pessimistes sont convaincus que les interventions intempestives de Moscou ne feront que brouiller le jeu et diviser les Occidentaux, sans apporter aucune solution satisfaisante, ni sur l’Iran, ni sur le Hamas. Ainsi de Gary Kasparov, persuadé que «Moscou, les yeux rivés sur le court terme et l’enrichissement de sa nouvelle caste dirigeante, souffle sur les braises du Moyen-Orient, pour faire monter le prix du baril de pétrole». «La Russie a quitté l’orbite libérale», note pour sa part le néoconservateur Robert Kagan, persuadé qu’elle ne renoncera pas à ses alliances avec des pays comme la Syrie ou l’Iran, parce qu’elle a elle-même rompu «son pacte» avec l’Occident. Accepter des sanctions contre ces pays, note Kagan, reviendrait à accepter, un jour, de répondre de ses propres dérives autoritaires.

(1) Auteur de L’Iran, la bombe et la démission des nations (Autrement, Ceri, 2006).

Critique
L’Iran et son réseau
LE MONDE
10.05.06

L’Iran n’a que faire des avertissements de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et le dit. L’Iran se moque du Conseil de sécurité de l’ONU et le fait savoir. L’Iran est décidé à poursuivre ses activités d’enrichissement de l’uranium en violation de ses engagements passés ; il est déterminé à maîtriser le cycle du combustible nucléaire, etc. Autant proclamer ouvertement à la face du monde son intention de se doter de l’arme atomique ! Provocation, sentiment d’impunité ?

Il faut remonter aux origines du projet nucléaire iranien, comme le fait ici Thérèse Delpech. Cela commence au début des années 1970, avec un programme de recherche mis en oeuvre grâce à différents soutiens : Israël, les Etats-Unis, la France, notamment. Ce programme est abandonné peu après la révolution islamique en 1979. Il est repris en 1985 au beau milieu de la guerre Iran-Irak, quand les troupes de Saddam Hussein utilisent massivement l’arme chimique sans que personne n’y trouve rien à redire – pas plus les Etats-Unis que l’Europe ou l’Union soviétique. Les mollahs font la même analyse que le chah, qu’ils ont renversé six ans plus tôt : situé non loin de deux puissances nucléaires régionales, Israël et le Pakistan, seul face à l’Irak qui n’hésite pas à recourir aux armes de destruction massive, l’Iran doit disposer de l’arme suprême.

Dans cette course à l’atome militaire, la République islamique va bénéficier de très nombreuses complicités. Aussi a-t-elle du mal à imaginer que les puissances qui n’ont eu de cesse de l’aider – directement ou indirectement – vont aujourd’hui se retourner contre elle. Experte auprès des Nations unies, enquêtrice pugnace et téméraire, Thérèse Delpech lève le voile sur le réseau de collaborations qui ont permis à Téhéran d’être au seuil du nucléaire militaire. Premiers complices, les Chinois, les Nord-Coréens, les Pakistanais, les Russes : ils ont fourni certains des éléments-clés sur le parcours complexe qui conduit un pays à disposer d’un plan complet d’arme nucléaire. Il y a d’autres complices de moindre qualité. Plus important, des liens de dépendance se sont créés. Grande consommatrice de pétrole, la Chine est devenue l’un des principaux partenaires économiques de l’Iran ; l’Inde de 2006 n’est pas moins intéressée par les hydrocarbures perses ; le complexe militaro-industriel russe est dopé aux achats d’armes iraniens, etc.

Au-delà des complicités et des intérêts des uns, l’auteur, Prix Femina 2005 pour son essai L’Ensauvagement (Grasset), pointe la passivité des autres : les Etats-Unis empêtrés en Irak, les Européens bernés par les mollahs et même l’AIEA, trop lente à transférer le dossier iranien au Conseil de sécurité de l’ONU.

Au bout de cette chaîne d’irresponsabilités, fort bien retracée, il y a l’émergence – prochaine – d’une nouvelle puissance nucléaire au Proche-Orient. Et la crise qui s’ensuit.
L’IRAN, LA BOMBE ET LA DÉMISSION DES NATIONS de Thérèse Delpech. CERI Autrement, 134 pages, 15 €.

Alain Frachon

Iran : des sanctions plutôt que des frappes
Alain Hertoghe (Carte de presse)
Agoravox
19 mai 2006

Cet article a été rédigé par un reporter d’AgoraVox, le journal média citoyen qui vous donne la parole.

Le forcené de Téhéran a balayé ironiquement la nouvelle offre européenne sur le nucléaire iranien, et cela avant même qu’elle ne lui soit concrètement présentée. Le président Mahmoud Ahmadinejad confirme, dans un langage de tyranneau, toutes les craintes que son élection a fait naître sur la direction prise par le régime des mollahs.

La situation a ainsi le mérite d’être claire : l’Iran, qui prépare sa bombe atomique depuis vingt ans, a pris la décision stratégique de l’avoir coûte que coûte et en dépit de toutes les mesures incitatives qui lui ont été ou lui sont offertes, hier par la Russie, avant-hier et aujourd’hui par l’Allemagne, la France et la Grande-Bretagne. Seules des sanctions fermes et graduées du Conseil de sécurité de l’ONU pourront donc éviter à terme une action militaire américaine ou israélienne pour écarter la menace iranienne.

Puissent les partisans du multilatéralisme et les adversaires de l’option militaire prendre conscience de l’urgente nécessité de sanctions, avant qu’il ne soit trop tard pour pouvoir rappeler les bombardiers et les missiles de croisière. Car, à ce stade, le régime iranien fait la même erreur de calcul que Saddam Hussein avant la Guerre d’Irak : refuser d’appliquer de manière transparente le droit international et compter exclusivement, pour passer en force, sur les divergences entre les Etats-Unis d’un côté, les Européens au milieu, la Russie et la Chine de l’autre côté. Voire parier sur l’absence de volonté américaine d’agir militairement.

Les membres du Conseil de sécurité ne partagent certes pas le même diagnostic sur la manière de ramener les Iraniens à la raison. Mais, actuellement, plus aucune chancellerie n’a de doute réel sur la finalité du programme d’enrichissement d’uranium du régime des mollahs.

L’histoire de la bombe iranienne, les tenants et aboutissants de la crise actuelle, ainsi que les motivations de chaque acteur face à celle-ci sont très pédagogiquement expliqués en 140 pages, dans le livre L’Iran, la bombe et la démission des nations (Ceri/Autrement, avril 2006), par Thérèse Delpech, directeur des affaires stratégiques au Commissariat de l’énergie atomique (CEA) et chercheur associé au Centre d’études et de recherches internationales (Ceri).

Que veut l’Iran ? Malgré tous les discours de Téhéran sur le caractère pacifique du programme nucléaire, la réponse à cette question est simple. L’Iran veut la bombe, avertit en conclusion de son ouvrage cette spécialiste de la géostratégie nucléaire. Il est en vérité difficile, sauf à attendre un essai nucléaire du type de ceux qui ont été faits par l’Inde et le Pakistan en 1998, de disposer d’un nombre plus important d’indices d’un programme nucléaire militaire que dans le cas iranien […] L’Iran pourrait être beaucoup plus proche de la production d’une arme qu’on ne le pense souvent. Après avoir surestimé les capacités irakiennes, on sous-estime peut-être celles de l’Iran.

Dès l’introduction de son livre très factuel, Thérèse Delpech souligne que si la preuve de l’impuissance des nations est faite, chacun devra reconnaître ses responsabilités : les Européens qui ont toujours agi trop peu et trop tard, les Américains qui n’ont pas défini de politique claire à l’égard de l’Iran, les Russes qui ont constamment favorisé la carte de l’ambiguïté, et les Chinois qui se sont cachés derrière les Russes.

La chercheuse estime que l’option militaire n’a pas la faveur de Washington en raison de la capacité de nuisance des Iraniens en Afghanistan, en Irak, voisins de l’Iran, ainsi qu’en Israël et au Liban. Mais elle rappelle que la crédibilité de la dissuasion des Etats-Unis serait en cause si l’Iran continuait son programme en toute impunité. Par ailleurs, les alliés de l’Amérique ne peuvent ignorer que la portée des missiles iraniens, qui ne cesse de croître, leur permet d’ores et déjà d’atteindre le territoire européen. Ni oublier les liens de Téhéran avec des organisations terroristes. Vu de Tel Aviv, l’Iran est même devenu une menace susceptible de mettre en cause l’existence de l’Etat d’Israël.

Aux yeux de l’administration américaine, une arme nucléaire iranienne pourrait avoir un coût bien supérieur encore à celui d’une opération militaire en remettant en cause toute la politique américaine du Grand Moyen-Orient. Notamment parce que l’Arabie saoudite et l’Egypte, rivaux sunnites de l’Iran chiite, ne tarderaient pas à suivre son exemple nucléaire. Les Etats-Unis et Israël pourraient donc arriver à la conclusion que le point de non-retour approche et que l’avenir ne peut être sacrifié au présent…

Les négociations n’ont pour l’instant profité qu’aux mollahs. La fenêtre d’opportunité pour user de sanctions ne sera pas éternelle…

Un commentaire pour Iran: De l’Iran, de la bombe et de la démission des nations (Thérèse Delpech: I see no reason why we shouldn’t take Iran seriously)

  1. jcdurbant dit :

    « Les faiblesses des sociétés occidentales contre leurs adversaires ne sont ni militaires, ni policières, ni judiciaires, mais intellectuelles et morales. La force spécifique qui vient de la conviction est dans l’autre camp. (…) (Ces adversaires) posent aux sociétés qui sont victimes des attentats-suicides des questions cruciales : quelles idées méritent encore que nos sociétés post-héroïques prennent des risques pour les défendre ? »

    Thérèse Delpech

    « Post-héroïques ». C’est Edward Luttwak qui avait ainsi qualifié nos sociétés occidentales ; européennes, en particulier. Les épouvantables guerres du XX° siècle nous ont vaccinés contre la tentation récurrente de courir aux armes, de décréter la mobilisation générale. Si nous avons perdu l’antique vertu de nos ancêtres Républicains, avec leur proclamation en forme de menace – « la liberté ou la mort », c’est que nous souffrons d’un « déficit de la volonté ».

    Thérèse Delpech

    «La passivité qui accompagne la montée de la violence est plus inquiétante encore que la violence montante. Car elle rend sa victoire possible. Celle-ci bénéficie de l’inaction. » Dans les années 30, face aux provocations de l’Allemagne nazie, nous avons aussi fait preuve de faiblesse. Chaque époque voit s’affronter des puissances montantes, désireuses de modifier le statu quo et d’autres, qui subissent ces initiatives, en tentant de maintenir l’ordre ancien. Hitler voulait mettre en pièces le Traité de Versailles, nous tenter de le préserver.

    Aujourd’hui, l’Europe est devenue la puissance la plus conservatrice de l’époque. Les idées neuves ne naissent plus chez elle. « La pensée européenne est surtout réactive. L’Europe n’a rien à dire. »

    Thérèse Delpech

    « La négation des catastrophes a, dans le monde occidental, une longue tradition. Il n’a pour ainsi dire rien vu venir : ni la révolution russe, ni la révolution chinoise, ni les deux guerres mondiales, ni l’extermination des juifs, ni la révolution culturelle chinoise, ni la tragédie cambodgienne, ni la chute des cent étages du World Trade Center. »

    Thérèse Delpech

    « La faiblesse est un appel aux barbares. »
    Aleksander Wat.

    Nous éprouvons les plus grandes difficultés à nommer nos ennemis. Voyez le temps que nous avons mis à désigner l’islamisme radical. Persuadés d’être entrés dans une ère post-conflictuelle, désireux de ne plus avoir que des concurrents ou des partenaires, nous vivons dans le déni. Nous proclamons naïvement notre désir illimité de paix face à des assassins qui considèrent notre pacifisme non comme une preuve de bonne volonté, mais comme le symptôme de notre faiblesse, de notre lâcheté et une promesse de reddition prochaine.

    Cet aveuglement redouble chez ceux qui se tiennent sur la ligne de front. Pendant la guerre froide, les Allemands étaient, de tous les Européens, ceux qui niaient le plus la réalité de l’affrontement entre les blocs.

    Thérèse Delpech avait prévu jusqu’à notre retard à prendre conscience des mutations alors entamées, et qui donnent aujourd’hui Daech. Alors que le pseudo « Etat islamique » était encore loin d’accéder à l’existence, elle analysait le « cycle de cruauté gratuite », qui hante aujourd’hui l’internet, et le décrivait comme « crime-spectacle ». Relire L’ensauvagement. Parce que nous y sommes.

    Brice Couturier

    http://www.franceculture.fr/emission-les-idees-claires-l-ensauvagement-c-est-maintenant-2015-12-16

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