Economie: La baumolisation d’une France de fonctionnaires et d’intermittents du spectacle

IntermittentsPersonne n’aspirerait à la culture si l’on savait à quel point le nombre d’hommes vraiment cultivés est finalement et ne peut être qu’incroyablement petit; et cependant ce petit nombre n’est possible que si une grande masse, déterminée au fond contre sa nature et uniquement par des illusions séduisantes, s’adonne à la culture; on ne devrait donc rien trahir publiquement de cette ridicule disproportion entre le nombre des hommes vraiment cultivés et l’énorme appareil de la culture; le vrai secret de la culture est là: des hommes innombrables luttent pour acquérir la culture, travaillent pour la culture, apparemment dans leur propre intérêt, mais au fond seulement pour permettre l’existence du petit nombre. Nietzsche (Réflexions sur l’avenir de nos établissements d’enseignement, 1869)
On considère le chef d’entreprise comme un loup à abattre, ou une vache à traire. Peu voient en lui le cheval qui tire le char. Churchill

Devant l’impression de carnaval permanent que donne de plus en plus la vie politique française (on ne sait plus si le spectacle est dans la rue ou si la vie politique elle-même devient un spectacle de rue?), comment ne pas penser à la loi de Baumol ?

En effet, avec un secteur public envahissant et toujours plus coûteux car refusant tout effort de rationalisaton, la France n’est-elle pas, à l’instar des spectacles vivants étudiés en 1965 par l’économiste américain William Baumol, irrémédiablement condamnée à la « maladie des coûts »?

Ou, osons le néologisme, à une sorte de « baumolisation » généralisée (qui rime d’ailleurs étrangement avec… »formolisation »)?

Et en continuant à refuser toute réforme, les travailleurs francais ne privent-ils pas les victimes de la désindustrialisation des emplois de service qui, bien que peu rémunérés du fait de leur lent accroissement de productivité, sont souvent leur seule porte de sortie ?

Pire encore de leur point de vue, ne se condamnent-ils pas aussi eux-mêmes à terme (fonctionnaires compris) à voir leur statut se rapprocher de plus en plus de celui des…intermittents du spectacle?

Voir la définition qu’en donne Wikiepedia:

« Selon la loi de Baumol, le bien culturel spectacle se développe dans un « secteur archaïque » caractérisé par la stagnation de l’innovation technologique. Dès lors, les gains de productivité sont quasi-inexistants (« productivity lag »). Le facteur travail prédomine alors et reste incompressible (on ne peut par exemple retirer les ténors dans un opéra). De plus, les salaires de l’industrie du spectacle ont tendance à s’aligner sur les autres secteurs. Les coûts de production s’élèvent dans les mêmes proportions. Les recettes quant à elles croissent moins rapidement (« earnings gap »), engendrant des tensions inflationnistes. Cette caractéristique est connue sous le nom de « maladie des coûts » (« Cost disease »).

L’endiguement de cette dynamique est difficile car les économies d’échelle y sont difficiles à réaliser. En effet, le nombre de représentations est limité. Le prix de la place de spectacle est fixé avant le lancement. La fréquentation (demande) est inélastique à la marge, la qualité étant prépondérante dans une fourchette de prix raisonnable dans le choix. L’unique marge de manœuvre reste l’augmentation qualitative.

Le public recherche toujours des spectacles plus audacieux, donc coûteux. Les prix des billets sont toujours de plus en plus élevés, ne permettant pas de séduire de nouveaux clients et risquant dans le pire des cas d’essouffler la demande existante. Les producteurs du marché spectacle vivant sont alors confrontés à un manque chronique de liquidités (fonds propres).

Pour les pouvoirs publics se pose un dilemme: soit ils financent des spectacles toujours plus coûteux, soit ils laissent de nombreux acteurs sortir du marché en paupérisant l’offre. Baumol conclut au besoin de financements externes, mécénat, fonds publics, prélevés auprès des secteurs modernes. » Loi de Baumol

Voir aussi cet autre topo d’un blog intéressant mais qui, oubliant l’apport de certaines nouvelles technologies telles que l’informatique ou tout simplement la réoganisation des services (eg. l’exemple bien connu de la collecte de l’impôt qui coûte huit fois plus cher en France) ou la prévention (notamment pour la santé), voire la privatisation partielle ou l’importation de main d’oeuvre moins regardante sur les salaires (en attendant que leurs pays d’origine se dévloppent aussi), a l’air de se résigner à l’irrémédiable augmentation des couts du secteur public et à l’apparente impossibilité de les réduire:

« ‘il faut aujourd’hui toujours 5 personnes pour jouer un quintette à cordes, et toujours le même temps. Il faut toujours autant d’acteurs pour jouer une pièce de théâtre classique, et les représentations durent aussi longtemps qu’au moment ou les pièces ont été écrites. »

« il faut toujours autant de temps pour enseigner à une classe d’élèves qu’à l’époque de Jules Ferry. Le seul moyen de réduire les coûts par élève d’un système éducatif est en pratique de réduire la qualité du service (par exemple en augmentant le nombre d’élèves par classe). Le problème est le même en matière médicale. On peut espérer limiter la hausse du coût des médicaments ou des traitements par le progrès technique : mais une consultation chez le médecin prend toujours le même temps; pour accroître la productivité d’un médecin, il faut qu’il consacre moins de temps à chaque patient ou qu’il en traite plusieurs en même temps. Et l’essentiel des soins hospitaliers (personnel médical, hébergement) ne peuvent être réduits qu’en réduisant la qualité du service. C’est cela, la maladie des coûts : sans que l’on puisse en imputer la responsabilité à qui que ce soit, certains services intensifs en main d’oeuvre vont toujours coûter plus cher pour un service identique, sous l’effet du progrès technique dans les autres secteurs d’activité. »

« le problème, c’est que la majorité des services de l’Etat est constituée d’activités très intensives en main d’oeuvre et dans lesquelles les gains de productivité sont faibles par nature. On a déjà cité l’exemple de l’enseignement et du système de santé : mais le problème se pose de la même façon pour les services de police, de justice, l’enseignement supérieur, et une bonne part des activités des armées. Dans tous ces secteurs, sans qu’il soit possible d’y faire quoi que ce soit, il est soit nécessaire d’augmenter les prix (sous forme de hausse des prélèvements obligatoires) soit nécessaire de diminuer la qualité des services fournis pour suivre la hausse de la productivité du reste de l’économie. » Le blog d’Econoclaste

Un commentaire pour Economie: La baumolisation d’une France de fonctionnaires et d’intermittents du spectacle

  1. jcdurbant dit :

    LE VRAI SECRET DE LA CULTURE

    Personne n’aspirerait à la culture si l’on savait à quel point le nombre des hommes cultivés est finalement et ne peut être qu’incroyablement petit; et cependant ce petit nombre vraiment cultivé n’est possible que si une grande masse, déterminée au fond contre sa nature et uniquement par des illusions séduisantes, s’adonne à la culture; on ne devrait rien trahir publiquement de cette ridicule disproportion entre le nombre d’hommes vraiment cultivés et l’énorme appareil de la culture; le vrai secret de la culture est là: des hommes innombrables luttent pour acquérir la culture, travaillent pour la culture, apparemment dans leur propre intérêt, mais au fond seulement pour permettre l’existence du petit nombre.

    Nietsche (Sur l’avenir de nos établissements d’enseignement)

    L’établissement disposait d’un contrat avec les taxis G7 jusqu’en 2014, puis avec les Taxis Bleus. Entre 2011 et 2014, «le montant des dépenses annuelles est en augmentation et d’un niveau élevé, légèrement inférieur à 100.000 euros en 2013 et 2014», fait remarquer le rapport. Le recours aux taxis était pourtant limité à une dizaine de bénéficiaires parmi les directeurs. Plus grave, selon le rapport: l’un d’entre eux bénéficiait au même moment d’un véhicule avec chauffeur…Consciente des dérives, la direction a alerté ses collaborateurs dès 2014. «Depuis 2015, les relevés détaillés des courses sont fournis par la société prestataire, par bénéficiaire, et ils sont systématiquement contrôlés avant paiement», se défend dans un courrier l’actuel directeur général de l’établissement, Stéphane Lissner.

    La Cour des comptes remarquait que quatre dirigeants (le directeur général, le directeur adjoint, la directrice de la danse et le directeur des ressources humaines), disposaient d’un véhicule de fonction sur la période étudiée. Dans les deux derniers cas, il s’agissait même de clauses figurant dans leurs contrats de travail. Depuis 2014, ce n’est plus le cas. Enfin presque. Pour une raison indéterminée, seul Benjamin Millepied, a continué à en bénéficier jusqu’à son départ en février 2016. Il disposait également d’un chauffeur …

    http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2016/09/15/20002-20160915ARTFIG00110-taxis-reception-renovation-la-gestion-de-l-opera-de-paris-epinglee.php

    https://jcdurbant.wordpress.com/2010/02/13/education-bienvenue-au-meilleur-des-mondes-ou-billancourt-finance-neuilly-we-must-not-drive-neuilly-to-despair/

    https://jcdurbant.wordpress.com/2006/05/05/cpe-derriere-letrangete-francaise-ce-dualisme-qui-ne-passe-pas/

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