CPE: On récolte ce qu’on a semé

Antimcdonalds_demoBove1 Bov2_2Certains considèrent l’entreprise privée comme un tigre prédateur à abattre. D’autres y voient une vache à lait. Trop peu la voient comme un cheval sain, tirant un robuste chariot. Churchill

Au moment où nombre d’étudiants, politicards, partis, profs et parents d’élèves nous refont le coup de la nostalgie de 68 et où, effrayé par son propre début d’audace, un gouvernement de capitulards préventifs semble prêt à lâcher une nouvelle fois (via la – grosse – ficelle, comme pour tout récemment le feu texte la colonisation, de la censure éventuelle du Conseil constitutionnel ?), enfin un papier un peu sensé sur le CPE!

Dans le Figaro d’hier et par un prof d’histoire canadien, Timothy B. Smith, et tout récent auteur de “La France injuste : pourquoi le modèle social français ne fonctionne plus”.

Morceaux choisis:

Si les responsables politiques (de tous bords) pensent que leurs discours alarmistes sur la mondialisation et leurs incessantes critiques contre «l’inhumanité» du «modèle» anglo-saxon ne sont que d’inoffensives stratégies électorales destinées à gagner quelques voix, ils devraient y réfléchir à deux fois.

On récolte ce qu’on a semé : deux décennies de rhétorique antimondialisation et antiétranger se payent par une paralysie politique et psychologique de la France, consciente de l’urgente nécessité des réformes, mais incapable de les mettre en oeuvre. De nombreux pays européens plus solidaires que la France possèdent des marchés du travail plus libres, mais le petit pas tenté dans cette direction par la France (le CPE) soulève immanquablement l’opposition générale.

Si le grand public n’est pas prêt aux réformes, les responsables politiques ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes : aux Pays-Bas, les réformes ont commencé il y a vingt ans. Au Canada et en Suède, elles ont commencé il y a quinze ans et ont été menées à terme en six petites années. Le Canada et la Suède se portent bien mieux aujourd’hui qu’il y a quinze ans. Pendant ce temps, le tissu social français continue à se dégrader.

Les Canadiens se sont livrés à une analyse de l’hyperétatisme au cours des années 80 et 90. Les Français se sont déchaînés contre le «capitalisme sauvage» mais la droite n’a jamais dénoncé «l’étatisme sauvage», avec ses épais fourrés de réglementations tueuses d’emplois et ses prédateurs anticapitalistes, les «intellectuels».

La France a besoin d’un (ou d’une) dirigeant (e) centriste capable de faire la paix avec le capitalisme et la mondialisation tout en défendant les meilleurs composants de l’Etat-providence. Canadiens et Suédois ont compris que capitalisme et démocratie sociale (ou du moins stabilité sociale) avancent ensemble, ou tombent ensemble. Qui, en France, adresse ce genre de message au grand public ?

Le rejet du CPE s’abrite derrière une version pervertie de la « solidarité »
« L’idée qu’un peu plus d’insécurité de l’emploi pourrait entraîner plus de créations d’emplois est tout bonnement inacceptable »
Timothy B. Smith*
Le Figaro
14 mars 2006

Le premier ministre Dominique de Villepin a déclaré que le CPE est l’initiative la plus «sociale» jamais prise dans le but de réduire le chômage des jeunes. Il a raison mais cela ne signifie pas grand-chose. Il est bon de rappeler que la jeunesse française n’avait pas besoin de lois ou de programmes spécifiques pour trouver du travail il y a trente ans : l’époque était au plein-emploi.

Mais personne n’ose entreprendre les actions politiques nécessaires au retour du plein-emploi, jugées «antisolidaires». D’où l’invention du CPE. Et pourquoi les rues se remplissent-elles de jeunes manifestants opposés au CPE ? Parce que, comme la plupart des réformes précédentes, le CPE a été introduit en absence de toute justification intellectuelle et parce qu’il semble viser un groupe particulier tout en épargnant la majorité.

Depuis plus de vingt ans, la gauche prêche que la solution au chômage des jeunes réside dans un renforcement perpétuel de la réglementation et de l’étatisme. La droite n’a pas réussi à combattre ces idées. Il est remarquable que la cinquième économie du monde, maison mère de multinationales qui prospèrent sur la scène mondiale, s’avère incapable de croire que le marché peut régler le problème du chômage structurel de masse. Le CPE devrait être accueilli favorablement dans la mesure où il représente un pas dans cette direction. Alors pourquoi toutes ces manifestations hostiles ?

Sans doute en partie parce que la France ne s’est jamais livrée à une analyse des choix politiques faits à la fin des années 70 et au début des années 80 sous des gouvernements de gauche comme de droite. A cette époque, le droit du travail français «humanisait» le marché au bénéfice des travailleurs existants et au détriment des candidats au travail. Les dirigeants français ont cessé de croire au marché et décidé que seul l’Etat pouvait résoudre le problème du chômage.

Pis encore, de plus en plus de gens ont commencé à voir le monde en noir et blanc : puisque le marché est uniformément inhumain, les responsables politiques, dans leur grande sagesse, doivent le domestiquer. L’Etat, à l’inverse, est intrinsèquement bon et sage, et donc par définition instrument de la «solidarité». Il n’existe aucune nuance de gris, et aucune place pour le paradoxe. L’idée qu’un peu plus d’insécurité de l’emploi pourrait entraîner plus de créations d’emplois est tout bonnement inacceptable.

Les opposants au CPE considèrent une mesure conçue pour créer des emplois comme une menace contre leur «modèle social» parce qu’ils se sont persuadés, d’une manière ou d’une autre, qu’un «modèle» qui tolère des niveaux élevés de pauvreté et de chômage est toujours «social». Depuis vingt ans, la droite laisse se développer ce type de réflexion fallacieuse. Si les resposables politiques (de tous bords) pensent que leurs discours alarmistes sur la mondialisation et leurs incessantes critiques contre «l’inhumanité» du «modèle» anglo-saxon ne sont que d’inoffensives stratégies électorales destinées à gagner quelques voix, ils devraient y réfléchir à deux fois.

On récolte ce qu’on a semé : nous constatons aujourd’hui que deux décennies de rhétorique antimondialisation et antiétranger se payent par une paralysie politique et psychologique de la France, consciente de l’urgente nécessité des réformes, mais incapable de les mettre en oeuvre. De nombreux pays européens plus solidaires que la France possèdent des marchés du travail plus libres, mais le petit pas tenté dans cette direction par la France (le CPE) soulève immanquablement l’opposition générale. Rappelez-vous que ses dirigeants politiques se sont récemment plaints des «menaces» contre le droit du travail français représentées par la directive Bolkestein.

Ils devraient se réjouir de cette «menace». Le droit du travail français est à l’origine d’un quart de siècle de chômage de masse. Pourquoi, dans ce cas, se lamenter quand il est menacé ? Le CPE est nécessaire précisément parce que le gouvernement actuel n’a aucune envie de proposer de véritables réformes qui impliqueraient un renversement complet des lois qui rendent l’embauche et le licenciement des travailleurs, ainsi que la création d’entreprises, extrêmement coûteux en temps et en argent.

Si le grand public n’est pas prêt aux réformes, les responsables politiques ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes : aux Pays-Bas, les réformes ont commencé il y a vingt ans. Au Canada et en Suède, elles ont commencé il y a quinze ans et ont été menées à terme en six petites années. Le Canada et la Suède se portent bien mieux aujourd’hui qu’il y a quinze ans. Pendant ce temps, le tissu social français continue à se dégrader.

Les Canadiens se sont livrés à une analyse de l’hyperétatisme au cours des années 80 et 90. Les Français se sont déchaînés contre le «capitalisme sauvage» mais la droite n’a jamais dénoncé «l’étatisme sauvage», avec ses épais fourrés de réglementations tueuses d’emplois et ses prédateurs anticapitalistes, les «intellectuels». L’Etat, une fois de plus, passe pour la seule et unique solution. Les jeunes Français ont d’excellentes raisons de s’opposer au CPE : pourquoi devraient-ils être les seuls à supporter une augmentation de la «précarité» ?

Si l’Etat finance les retraites anticipées et protège le troisième âge de l’insécurité, pourquoi ne peut-il faire la même chose pour eux ? Si 25% de la population active (les fonctionnaires) bénéficie de la sécurité de l’emploi à vie, et si la plupart des travailleurs âgés du secteur privé ont la sécurité de l’emploi, pourquoi pas tout le monde ?

Si le CPE est appliqué, il contribuera certainement à réduire le chômage des jeunes. Mais le gouvernement ne tirera aucun bénéfice politique d’une réforme qu’il n’a pas réussi à justifier d’un point de vue intellectuel. Pour beaucoup (la majorité) des politiques français, le capitalisme est un plaisir défendu que l’on savoure mieux en privé. Assez curieusement, l’âge d’or du plein-emploi en France y était aussi l’âge d’or du capitalisme.

La France a besoin d’un (ou d’une) dirigeant (e) centriste capable de faire la paix avec le capitalisme et la mondialisation tout en défendant les meilleurs composants de l’Etat-providence. Canadiens et Suédois ont compris que capitalisme et démocratie sociale (ou du moins stabilité sociale) avancent ensemble, ou tombent ensemble. Qui, en France, adresse ce genre de message au grand public ?

* Professeur d’histoire à Queen’s University (Canada). Auteur de La France injuste : pourquoi le modèle social français ne fonctionne plus (Editions Autrement, 2006, 22 euros). Traduction de Geneviève Brzustowski.

5 Responses to CPE: On récolte ce qu’on a semé

  1. […] Si les responsables politiques (de tous bords) pensent que leurs discours alarmistes sur la mondialisation et leurs incessantes critiques contre «l’inhumanité» du «modèle» anglo-saxon ne sont que d’inoffensives stratégies électorales destinées à gagner quelques voix, ils devraient y réfléchir à deux fois. (…) On récolte ce qu’on a semé : deux décennies de rhétorique antimondialisation et antiétranger se payent par une paralysie politique et psychologique de la France, consciente de l’urgente nécessité des réformes, mais incapable de les mettre en oeuvre. De nombreux pays européens plus solidaires que la France possèdent des marchés du travail plus libres, mais le petit pas tenté dans cette direction par la France (le CPE) soulève immanquablement l’opposition générale. (…) Si le grand public n’est pas prêt aux réformes, les responsables politiques ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes : aux Pays-Bas, les réformes ont commencé il y a vingt ans. Au Canada et en Suède, elles ont commencé il y a quinze ans et ont été menées à terme en six petites années. Le Canada et la Suède se portent bien mieux aujourd’hui qu’il y a quinze ans. Pendant ce temps, le tissu social français continue à se dégrader. (…) Les Canadiens se sont livrés à une analyse de l’hyperétatisme au cours des années 80 et 90. Les Français se sont déchaînés contre le «capitalisme sauvage» mais la droite n’a jamais dénoncé «l’étatisme sauvage», avec ses épais fourrés de réglementations tueuses d’emplois et ses prédateurs anticapitalistes, les «intellectuels». (…) La France a besoin d’un (ou d’une) dirigeant (e) centriste capable de faire la paix avec le capitalisme et la mondialisation tout en défendant les meilleurs composants de l’Etat-providence. Canadiens et Suédois ont compris que capitalisme et démocratie sociale (ou du moins stabilité sociale) avancent ensemble, ou tombent ensemble. Qui, en France, adresse ce genre de message au grand public ? Timothy Smith […]

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  2. […] Si les responsables politiques (de tous bords) pensent que leurs discours alarmistes sur la mondialisation et leurs incessantes critiques contre «l’inhumanité» du «modèle» anglo-saxon ne sont que d’inoffensives stratégies électorales destinées à gagner quelques voix, ils devraient y réfléchir à deux fois. (…) On récolte ce qu’on a semé : deux décennies de rhétorique antimondialisation et antiétranger se payent par une paralysie politique et psychologique de la France, consciente de l’urgente nécessité des réformes, mais incapable de les mettre en oeuvre. De nombreux pays européens plus solidaires que la France possèdent des marchés du travail plus libres, mais le petit pas tenté dans cette direction par la France (le CPE) soulève immanquablement l’opposition générale. (…) Si le grand public n’est pas prêt aux réformes, les responsables politiques ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes : aux Pays-Bas, les réformes ont commencé il y a vingt ans. Au Canada et en Suède, elles ont commencé il y a quinze ans et ont été menées à terme en six petites années. Le Canada et la Suède se portent bien mieux aujourd’hui qu’il y a quinze ans. Pendant ce temps, le tissu social français continue à se dégrader. (…) Les Canadiens se sont livrés à une analyse de l’hyperétatisme au cours des années 80 et 90. Les Français se sont déchaînés contre le «capitalisme sauvage» mais la droite n’a jamais dénoncé «l’étatisme sauvage», avec ses épais fourrés de réglementations tueuses d’emplois et ses prédateurs anticapitalistes, les «intellectuels». (…) La France a besoin d’un (ou d’une) dirigeant (e) centriste capable de faire la paix avec le capitalisme et la mondialisation tout en défendant les meilleurs composants de l’Etat-providence. Canadiens et Suédois ont compris que capitalisme et démocratie sociale (ou du moins stabilité sociale) avancent ensemble, ou tombent ensemble. Qui, en France, adresse ce genre de message au grand public ? Timothy Smith […]

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  3. […] Si les responsables politiques (de tous bords) pensent que leurs discours alarmistes sur la mondialisation et leurs incessantes critiques contre «l’inhumanité» du «modèle» anglo-saxon ne sont que d’inoffensives stratégies électorales destinées à gagner quelques voix, ils devraient y réfléchir à deux fois. (…) On récolte ce qu’on a semé : deux décennies de rhétorique antimondialisation et antiétranger se payent par une paralysie politique et psychologique de la France, consciente de l’urgente nécessité des réformes, mais incapable de les mettre en oeuvre. De nombreux pays européens plus solidaires que la France possèdent des marchés du travail plus libres, mais le petit pas tenté dans cette direction par la France (le CPE) soulève immanquablement l’opposition générale. (…) Si le grand public n’est pas prêt aux réformes, les responsables politiques ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes : aux Pays-Bas, les réformes ont commencé il y a vingt ans. Au Canada et en Suède, elles ont commencé il y a quinze ans et ont été menées à terme en six petites années. Le Canada et la Suède se portent bien mieux aujourd’hui qu’il y a quinze ans. Pendant ce temps, le tissu social français continue à se dégrader. (…) Les Canadiens se sont livrés à une analyse de l’hyperétatisme au cours des années 80 et 90. Les Français se sont déchaînés contre le «capitalisme sauvage» mais la droite n’a jamais dénoncé «l’étatisme sauvage», avec ses épais fourrés de réglementations tueuses d’emplois et ses prédateurs anticapitalistes, les «intellectuels». (…) La France a besoin d’un (ou d’une) dirigeant (e) centriste capable de faire la paix avec le capitalisme et la mondialisation tout en défendant les meilleurs composants de l’Etat-providence. Canadiens et Suédois ont compris que capitalisme et démocratie sociale (ou du moins stabilité sociale) avancent ensemble, ou tombent ensemble. Qui, en France, adresse ce genre de message au grand public ? Timothy Smith […]

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  4. […] Si les responsables politiques (de tous bords) pensent que leurs discours alarmistes sur la mondialisation et leurs incessantes critiques contre «l’inhumanité» du «modèle» anglo-saxon ne sont que d’inoffensives stratégies électorales destinées à gagner quelques voix, ils devraient y réfléchir à deux fois. (…) On récolte ce qu’on a semé : deux décennies de rhétorique antimondialisation et antiétranger se payent par une paralysie politique et psychologique de la France, consciente de l’urgente nécessité des réformes, mais incapable de les mettre en oeuvre. De nombreux pays européens plus solidaires que la France possèdent des marchés du travail plus libres, mais le petit pas tenté dans cette direction par la France (le CPE) soulève immanquablement l’opposition générale. (…) Si le grand public n’est pas prêt aux réformes, les responsables politiques ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes : aux Pays-Bas, les réformes ont commencé il y a vingt ans. Au Canada et en Suède, elles ont commencé il y a quinze ans et ont été menées à terme en six petites années. Le Canada et la Suède se portent bien mieux aujourd’hui qu’il y a quinze ans. Pendant ce temps, le tissu social français continue à se dégrader. (…) Les Canadiens se sont livrés à une analyse de l’hyperétatisme au cours des années 80 et 90. Les Français se sont déchaînés contre le «capitalisme sauvage» mais la droite n’a jamais dénoncé «l’étatisme sauvage», avec ses épais fourrés de réglementations tueuses d’emplois et ses prédateurs anticapitalistes, les «intellectuels». (…) La France a besoin d’un (ou d’une) dirigeant (e) centriste capable de faire la paix avec le capitalisme et la mondialisation tout en défendant les meilleurs composants de l’Etat-providence. Canadiens et Suédois ont compris que capitalisme et démocratie sociale (ou du moins stabilité sociale) avancent ensemble, ou tombent ensemble. Qui, en France, adresse ce genre de message au grand public ? Timothy Smith […]

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