Caricatures: La caricature, c’est les djihadistes (After the doctors without borders, the terrorists!)

Momo9Momo10L’image qui a mis le feu aux poudres représente Mahomet coiffé d’un turban en forme de bombe. (…) lien diffamatoire entre le Prophète et le terrorisme. Sans doute. Mais ce lien, ce ne sont pas les caricaturistes danois qui l’ont établi, ce sont les jihadistes. Pourquoi n’y a-t-il jamais eu de manifestation dans le monde arabo-musulman contre les attentats sanglants de New York, de Madrid, de Mombasa, de Bali et d’ailleurs ? Alain Finkielkraut

Attention: un sans-frontiérisme peut en cacher un autre!

Finkielkraut, encore une fois, va droit à l’essentiel.

S’il y a blasphème dans l’histoire, c’est d’abord celui des djihadistes.

Ceux qui, au nom d’Allah, commettent les pires atrocités.

Et… ceux qui laissent faire !

Fanatiques sans frontières
Alain Finkielkraut
Libération
09 février 2006

La communication immédiate a vaincu l’espace et le temps. L’intervalle entre le proche et le lointain s’est résorbé. Il y a quelques années encore, ce phénomène nous mettait en joie. Nous nous enchantions de notre morale devenue ubiquitaire. Nous voyions avec émotion la technique se mettre au service de l’éthique. La concordance entre le cosmopolitisme de la téléprésence et l’exigence cosmopolitique tenait, pour nous, du miracle : au moment même où la reconnaissance du semblable en tout homme nous enjoignait de dénoncer le droit souverain des tyrans à massacrer leurs minorités ou leurs opposants à l’abri de leurs frontières, l’image indiscrètement démocratique perçait les plus épaisses murailles. Et cette abolition des distances nous paraissait conduire tout naturellement au rapprochement des peuples.

Nous voici maintenant confrontés à la planétarisation de la haine. Un convive inattendu s’est invité au banquet du sans-frontiérisme : après les médecins, les pharmaciens, les infirmiers, les avocats et les reporters, le temps est venu des fanatiques sans frontières.

Dans la société civile mondiale que nous appelions de nos voeux, l’ingérence inhumanitaire se fait de plus en plus péremptoire et stridente.

Une infime minorité de ceux qui, du Pakistan à l’Algérie, protestent contre les dessins parus dans le quotidien de Copenhague Jyllands-Posten _ saurait situer le Danemark sur une carte de géographie. Mais qu’importe la géographie ! A l’âge de l’Internet, tout le monde est partout, nous sommes tous des anges. Et c’est l’horreur.

Quels sont les premiers responsables de cette crise ? «Les dessinateurs et les journalistes qui n’ont pas su tempérer l’exercice de la liberté d’expression par le respect des croyances» , disent maintenant la plupart des chefs de gouvernement occidentaux et, avec eux, nombre d’intellectuels. Ces sages oublient que le respect des croyances et la liberté d’expression sont les deux faces d’une même médaille.

Ceux qui combattent la liberté d’expression au nom du respect de leur croyance, méprisent les croyances des autres et le font très ostensiblement savoir.

Les journaux de Téhéran, de Damas ou du Caire regorgent de caricatures vengeresses guignolisant sans vergogne les juifs orthodoxes et diabolisant le Talmud. C’est le douloureux renoncement des convictions à leur absolutisme qui fonde simultanément la liberté d’expression et le respect des croyances. Et c’est à ce renoncement que les élites et les masses islamistes opposent leur sainte colère.

L’image qui a mis le feu aux poudres représente Mahomet coiffé d’un turban en forme de bombe. Image injurieuse, nous dit-on. Lien blessant, lien offensant, lien diffamatoire entre le Prophète et le terrorisme. Sans doute. Mais ce lien, ce ne sont pas les caricaturistes danois qui l’ont établi, ce sont les jihadistes.

Pourquoi n’y a-t-il jamais eu de manifestation dans le monde arabo-musulman contre les attentats sanglants de New York, de Madrid, de Monbassa, de Bali et d’ailleurs ?

De surcroît, les images des foules furieuses et vociférantes qui saccagent les ambassades scandinaves sont infiniment plus obscènes, infiniment plus caricaturales que les croquis venus de Scandinavie.

Les croyants qui s’estiment outragés et calomniés par une telle représentation de Mahomet répondent en disant : «Kill those who insult islam !» Et ceux qui insultent l’islam, à leurs yeux, ce ne sont pas seulement les auteurs des dessins incriminés, ce sont les gouvernements des pays où ces dessins ont été publiés et les ressortissants de ces pays eux-mêmes.

Cette indifférenciation, c’est l’esprit de la terreur. On tue des innocents parce qu’il n’y a pas d’innocents, il n’y a même pas d’individus, il n’y a que des spécimens. L’anonymat règne : chacun est assigné à son appartenance, chacun est une cible.

Ben Laden n’était-il qu’un hors-d’oeuvre ? Ajoutées au bellicisme nucléaire de l’Iran et au succès électoral des Frères musulmans aujourd’hui en Palestine et demain, sans doute, en Egypte, ces manifestations délirantes nous contraignent de poser la question. Il ne suffit pas, pour vivre dans un monde pacifique, ni même d’ailleurs pour avoir la paix, d’abjurer tout esprit de conquête, de confesser ses crimes et de proclamer urbi et orbi qu’on n’a pas d’ennemis. La preuve : nous faisons ardemment tout cela et force est de reconnaître que, malgré nos efforts, nous avons des ennemis déterminés et redoutables.

Mais attention : ce «nous», ce n’est pas seulement «nous, les Français», «nous, les Européens», ni même «nous, les Occidentaux». Il faut y englober également les musulmans traditionalistes modérés, les musulmans laïques, les femmes musulmanes émancipées ou qui aspirent à l’être, les chrétiens vivant en terre d’islam.

Thomas Mann avait coutume de dire que Hitler n’était pas tombé comme un météore sur le sol germanique et que l’Allemagne, par conséquent, ne pouvait se tenir quitte du nazisme. Mais il ajoutait que l’Allemagne, c’était aussi lui. Eh bien, plutôt que de chercher à amadouer les fanatiques par de pieuses paroles déshonorantes sur l’Autre et les égards qui lui sont dus, il nous incombe d’affirmer notre solidarité sans faille avec tous les Thomas Mann du monde musulman.

http://www.liberation.fr/page.php?Article=357882

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