Une nation ne se régénère que dans un bain de sang. Saint Just
L’arbre de la liberté doit être revivifié de temps en temps par le sang des patriotes et des tyrans. Jefferson
N’immolera-t-on pas à leurs mânes impatientes ces Galonné, ces Breteuil, ces Brienne, etc., dont le sang impur n’expiera jamais les larmes qu’ils nous ont fait verser…? 16 janvier 1790
En regrettant de n’avoir pu, auparavant, tremper leurs mains dans le sang impur des ennemis de la patrie … 6 mars 1792
Les Allemands s’en souviendront; leur sang impur fécondera peut-être cette terre ingrate qui en est abreuvée … 12 octobre 1792
Le sang impur des satellites d’un despote eût plutôt souillé l’éclat de vos armes, que d’ajouter à votre gloire … 21 novembre 1792
La nation française, toujours généreuse et magnanime, ne veut pas souiller son territoire du sang impur d’un roi … 7 janvier 1793
Le sang des patriotes se mêlera avec le sang impur des mauvais citoyens … 15 janvier 1793
Pourquoi le Tiers-Etat ne renverrait-il pas dans les forêts de Franconie toutes ces familles qui conservent la folle prétention d’être issues de la race des conquérants …? Abbé Sieyès
La Révolution (…) a affranchi les Gaulois de la conquête des Francs. Napoléon
Nous croyons être une nation, et nous sommes deux nations sur la même terre, deux nations ennemies dans leurs souvenirs, inconciliables dans leurs projets : l’une a autrefois conquis l’autre ; et ses desseins, ses vœux éternels sont le rajeunissement de cette vieille conquête énervée par le temps, par le courage des vaincus et par la raison humaine. (…) Tout ce qu’avait produit, dans l’ordre politique, la succession des événements arrivés en Gaule depuis la chute de l’empire romain, cessa d’exister par la révolution française. Augustin Thierry (1835)
On doit noter que le premier à prendre à son compte la coexistence en France de peuples différents, d’origines différentes, fut aussi le premier à élaborer une pensée raciale définie. Le comte de Boulainvilliers, noble français qui écrivit au début du XVIIIe siècle des oeuvres qui ne furent publiées qu’après sa mort, interprétait l’histoire de la France comme l’histoire de deux nations différentes dont l’une, d’origine germanique, avait conquis les premiers habitants, les « Gaulois », leur avait imposé sa loi, avait pris leurs terres et s’y était installée comme classe dirigeante, en « pairs » dont les droits suprêmes s’appuyaient sur le « droit de conquête » et sur la « nécessité » de l’obéissance toujours due au plus fort. Hannah Arendt (L’impérialisme)
Si les négriers sont glorifiés et si les racistes sont au Panthéon, ce n’est pas étonnant que les banlieues brûlent ! Claude Ribbe (Le Crime de Napoléon)
La traite n’avait pas pour but d’exterminer un peuple. (…) Le génocide juif et la traite négrière sont des processus différents. Olivier Pétré-Grenouilleau
La Révolution française fut-elle une guerre raciale ?
Entre une Taubira qui a fait voter sa loi sur l’esclavage comme crime contre l’humanité en 2001 (juste avant, accessoirement aux présidentielles de 2002, de faire perdre le chef de sa coalition Jospin pour nous amener Le Pen au 2e tour !) …
Un Bilé qui nous sort les noirs dans les camps nazis (jouant sur la confusion habituelle camps de prisonniers-camps d’extermination et accordant ainsi à nos Dieudonnés & co leur Shoah à eux !) …
Et maintenant un Ribbe qui nous fait le coup du Napoléon nazi (on n’est plus à 150 ans près !) …
On va finir, au rythme où les voitures brûlent, par… désespérer Billancourt!
Mais, plus sérieusement, s’il est bien sûr utile de faire sortir des travaux savants les derniers cadavres qui restent dans les placards de la République …
(il y a effectivement eu des noirs dans des camps de prisonniers allemands – dont le chanteur de gospel ivoiro-français de l’après-guerre John William pour sabotage et donc fait de résistance – qui ont donc droit à notre, il est vrai bien tardive, reconnaissance) …
Comme il est vrai et jusqu’à récemment connu des seuls spécialistes, qu’historiquement, le premier quasi-génocide de l’histoire moderne (dont on a discrètement évoqué le centenaire l’an dernier) …
Etait effectivement un camp colonial où, dans ce qui est aujourd’hui le Botswana, l’Armée coloniale allemande (un temps sous l’administration du père d’un certain… Goering!) a tenté d’écarter et d’exterminer, par l’association alors nouvelle de la déportation et du travail forcé, toute une population noire, les fameux Hereros.
Et s’il semble effectivement étrange que le rétablissement « musclé » de l’esclavage sous l’Empire ne soit pas enseigné dans les livres d’histoire de nos enfants …
Il est quand même dommage que cela soit laissé à des recherches dont la subtilité a souvent peu à envier à celle d’un… Dieudonné!
Il n’est bien sûr pas question ici de défendre le « génial stratège d’Austerlitz », premier « boucher européen » avant Hitler et Staline et grand héros du sieur Villepin (il a quand même bien dû faire, avec les Révolutionnaires qui l’ont précédé, un petit million et demi de victimes ?) …
Mais c’est sûr que, comme disait l’historien Pétré-Grenouilleau (et qui lui vaut son actuelle assignation en justice par un « Collectif Antillais, Guyanais, Réunionnais ») …
On saisit mal la logique qui pousserait l’esclavagiste à… gazer son outil de travail!
Pour autant, faut-il verser dans l’excès inverse et chanter le « comportement exemplaire » de la France …
Comme un Pierre Péan tout récemment pour le Rwanda (Noires fureurs, blancs menteurs) où, on le sait maintenant grâce à lui, c’est les… Toutsis qui ont génocidé les Houtous?
Faut-il, même s’il est naturellement important de rappeler les exactions de la soldatesque d’un Kagamé (au Rwanda mais peut-être surtout après au… Congo !) …
Et les dérives de la dictature des bons sentiments chez de nombreux droits-de-l’hommistes, aller jusqu’à absoudre les Houtous et défendre à toute force les erreurs manifestes de la Françafrique et du clan Mitterrand?
Pourtant, il est des cas où, s’ils ne sont pas sans risque (notamment celui de juger le passé à l’aune de la sensibilité d’aujourd’hui) …
Le « brassage des siècles » et la méthode comparatiste peuvent aussi avoir leurs vertus …
Comme le montrait un an après le génocide rwandais le chercheur français Dominique Franche dans un article particulièrement éclairant des Temps Modernes (« Généalogie du génocide rwandais », mai/juin 1995) …
Et que nous reprenions dans un petit texte de 98 …
QU’UN SANG IMPUR…!
La révolution française était-elle une guerre ethnique?
JC Durbant
Aller Simple
Avril 1998
Heureux qui saisira tes nourrissons pour les broyer sur le roc!
La Bible (Ps. 137:9)
Une nation ne se régénère que sur un monceau de cadavres.
Saint-Just
La passivité de la communauté internationale
Quatre ans déjà depuis l’incroyable déchaînement de violence qui a ravagé le Rwanda au printemps 94 et la communauté internationale ne semble toujours pas avoir emergé de l’état de stupeur qui avait été le sien à l’époque. Et ce ne sont ni le piteux mea culpa de M. Clinton lors de son escale-éclair à l’aéroport de Kigali au début du mois, ni la création plus que tardive d’une “mission d’information” par la France, qui feront oublier les yeux fermés de la communauté internationale au moment du drame. La vérité, c’est que, traumatisés par leur amère expérience somalienne de 93 (30 soldats tués) ou très sérieusement compromis par 20 ans de coopération et de soutien pour le moins inconsidérés d’un régime qui se révélera génocidaire1, ni les uns ni les autres n’ont respecté les engagements pris après la seconde guerre mondiale contre les crimes de génocide. Bien plus, les deux pays useront de toute leur influence pour retarder le plus possible la résolution des Nations-Unies en ce sens, et ce malgré les informations précises de leurs services secrets sur place au moins trois mois avant les événements.
Quant aux spécialistes, c’est d’une autre forme de paralysie qu’ils semblent avoir été pris, tétanisés qu’ils sont autour de leur interminable débat pour ou contre les explications traditionnelles de la tragédie (“fatalité du tribalisme africain”, “retour à des querelles ancestrales”, “férocité inhérente à ces sociétés”).
Prendre au sérieux notre incompréhension
Pourtant, avant de se résigner à l’incompréhension ambiante (ou à l’indifférence, fille de la première), il faut donner sa chance à une perspective – souvent refusée par les divers spécialistes2 – qui seule prend au sérieux cette incompréhension3 où nous sommes. Il s’agit tout simplement de la comparaison avec notre propre histoire qui a le mérite de nous faire toucher du doigt ce qui nous rend ces situations aussi étrangères. A savoir, pour une bonne part, le fait qu’elles font référence à des notions – la race, le sang – qui nous sont de moins en moins familières ou en tout cas ne subsistent guère plus chez nous qu’à l’état de vestiges un peu honteux.
La guerre des deux races: Gaulois contre Francs
Qui se souvient en effet que le “sang impur” de notre hymne national se réfère à celui des ennemis de la Révolution, c’est-à-dire à celui des aristocrates émigrés et de leurs alliés étrangers? Qui se rappelle de l’ironique suggestion de l’abbé Sieyés à la veille de la Révolution: “Pourquoi le Tiers-Etat ne renverrait-il pas dans les forêts de Franconie toutes ces familles qui conservent la folle prétention d’être issues de la race des conquérants …?”. Qui se souvient encore que jusqu’à la Révolution de 1848, l’opposition entre nobles et roturiers restera interprétée comme la guerre de deux races: la franque contre la gauloise ? (“La Révolution (…) a affranchi les Gaulois de la conquête des Francs”, écrira Napoléon dans ses mémoires de l’île d’Elbe). Vercingétorix contre Clovis! (on n’est plus à un anachronisme, ni à 500 ans près…). Mais on imagine la confusion de la génération des futurs Danton ou Robespierre s’ils avaient dû réciter sur les bancs des écoles des Frères – l’instruction publique était, on le sait, à la charge de l’Eglise – le credo républicain de Jules Ferry, “Nos ancêtres les Gaulois …”, dans un pays qui avait choisi de s’appeler “France”!
Toujours est-il que le mythe de l’origine franque de la noblesse, dont celle-ci s’était auparavant si abondamment servie, allait effectivement se retourner contre elle, la Révolution apparaissant alors comme la revanche de la race des Gaulois, roturiers fils de Gaulois, contre les nobles, descendants des conquérants francs, qui les avaient asservis pendant si longtemps. Mais ce qu’on oublie souvent, c’est que ces distinctions qui aujourd’hui nous semblent incompréhensibles, étaient prises très au sérieux à l’époque et surtout qu’elles avaient des effets bien réels sur les comportements des populations et peut-être même sur leurs caractéristiques physiques. Ainsi on sait que les nobles avaient tendance à être plus grands que la moyenne, probablement grâce à une alimentation plus riche mais aussi certainement par un processus d’auto-sélection (se mariant entre eux et avec les femmes les plus convoitées). De même, leur relative oisiveté leur assurait une peau plus blanche et des mains plus fines, contrairement aux roturiers voués eux aux travaux les plus durs dans les champs. Ainsi se trouvaient objectivement et subjectivement validées -“naturalisées” en quelque sorte – de simples différences de mode de vie et de reproduction.
Il était une fois deux groupes en présence…
Comparaison n’est pas raison, direz-vous. Pourtant, les ressemblances sont plus que frappantes. Imaginez, à quelques milliers de kilomètres et à un siècle de distance, deux groupes en présence. D’un côté, les Toutsis, minoritaires (peut-être 10% de la population totale) que les premiers colons européens semblent avoir très tôt associés à une aristocratie ou à une noblesse. Il est vrai qu’au centre du pays une partie d’entre eux sont organisés en royaume avec un système plus ou moins étendu de lignées royales (et sur lesquelles il est donc commode de s’appuyer pour contrôler le pays). Ils sont certes loin de former une catégorie homogène, mais ils concentrent souvent entre leurs mains à la fois le pouvoir économique (sous la forme de très grands troupeaux) et le pouvoir politique (selon leur proximité aux lignées royales).
Contrairement à ce qui se passe dans de nombreuses autres régions d’Afrique, ils partagent avec l’autre groupe langue, culture, religion et même le territoire (autrement dit, ils ne possèdent aucune des distinctions qui font normalement les ethnies). Mais, c’est vrai, ils semblent plus grands, élancés, le port altier, le teint un peu plus clair, les traits plus fins.4 Les colons ont alors vite fait de leur attribuer une origine mythique. Ils seront donc des “Hamites” – dans le langage mythico-biblique de l’époque – c’est-à-dire descendus par Cham, le fils maudit de Noé, de l’Ethiopie ou de l’Egypte, ayant asservi et régnant sur l’autre groupe.
L’autre groupe (on ne parlera pas de la toute petite minorité des Twas, méprisés par tous et apparemment descendants de pygmées), c’est les Houtous, que les mêmes Européens semblent avoir voués au rôle de roturiers car ils sont plutôt agriculteurs et surtout sous la dépendance des premiers (sauf au Nord où certains d’entre eux ont préservé des sortes de micro-royautés). Mais ces catégories ne sont pas parfaitement étanches et de temps en temps des fils de “roturiers” houtous riches peuvent épouser des femmes toutsies, et leurs descendants intégrer “l’aristocratie” tousie; inversement, il peut aussi arriver à des “nobles” toutsis appauvris de se retrouver déclassés au rang de “roturiers” houtous.
Une Révolution sous les tropiques
Un jour, les premiers colons (allemands) perdent une guerre dans la lointaine Europe, alors d’autres (plutôt belges, accompagnés de nombreux missionnaires) viennent prendre leur place. A un moment, le roi toutsi se montre un peu récalcitrant, alors on le dépose et le remplace par un fils plus docile qui, nouveau Clovis, se convertit et entraine tout son peuple dans le christianisme. On crée des écoles pour “le peuple” qui aboutissent à la création d’une deuxième élite, houtoue, concurrente de la première.
Puis, vient le temps des indépendances et le roi toutsi semble perdre patience, alors on va encourager la formation d’un parti houtou, plus conciliant car n’ayant rien à gagner au maintien du statu quo. L’indépendance voit la victoire du groupe majoritaire, les houtous, et – surprise ! – ces derniers interprètent celle-ci comme une nouvelle Révolution du “Tiers-Etat” houtou sur les “aristocrates” toutsis, cette race d’ ”envahisseurs » qui feraient mieux de s’en retourner dans leur maudite Ethiopie, etc. Les massacres vont alors commencer et se répéter à intervalles réguliers sur une trentaine d’années – comme l’Europe l’avait découvent auparavant, rien de tel que des pogroms périodiques (il faudrait parler ici d’”anti-hamitisme”) pour renforcer le pouvoir d”un régime défaillant! Surtout qu’à chaque fois, se renforce un peu plus “la menace extérieure” des réfugiés et émigrés toutsis dans les pays voisins, qui peu à peu s’organisent, s’arment et tentent à plusieurs reprises de reprendre le contrôle de “leur” pays.5 Heureusement, les alliés belges et français veillent et ils sont repoussés.
La “solution finale” plutôt que le partage du pouvoir
Jusqu’à ce fatidique printemps 94 où, soutenus par certains pays voisins comme l’Ouganda, les envahisseurs semblent sur le point de parvenir à leurs fins (plus grave encore, certains Houtous modérés envisageraient même de partager le pouvoir avec eux !) mais les extrémistes houtous ont tout prévu et, profitant de l’assassinat “providentiel” du président et du départ des casques bleus et diplomates occidentaux, vont pouvoir enfin appliquer leur version de la “solution finale”.
On avait d’ailleurs eu amplement le temps de “répéter” pendant toutes ces années et la sophistication administrative du pays léguée par les Européens va considérablement faciliter les choses (la mention ethnique, notamment, sur les cartes d’identité), sans compter l’entraînement généreusement fourni par les anciens colons, belges donc mais surtout français. Encadrée par des milices bien rodées et maintenue dans un climat de terreur permanente (entretenu par une radio déchaînée et facilité, il est vrai, par le fait que les troupes toutsies sont effectivement aux portes du pays), une bonne partie de la population va ainsi se mettre au “travail”, selon le terme utilisé alors.
On connaît le résultat: peut-être 10% de la population massacrée en quelques mois (soit quelque 850 000 Toutsis et opposants houtous pour une population originelle de huit millions (qu’on imagine l’équivalent de six millions de morts pour un pays comme la France ou peut-être la population totale de la Californie pour un pays comme les EU!)
Tout est construction
Naturellement, ce type de reconstitution et les filiations qu’elle fait apparaître peuvent sembler un peu forcées. Mais, contrairement aux disputes sans fin des spécialistes pour savoir si la guerre civile du Rwanda était ou non d’origine ethnique ou tribale, elles ont le mérite de faire apercevoir un certain nombre d’évidences. Tout d’abord, qu’il est futile de vouloir rendre responsables en bloc (ce qui n’empêche pas les responsabilités individuelles) les églises et leurs écoles, la même école (comme à Linz en Autriche, pour prendre un exemple plus près de nous) pouvant produire, on le sait, le plus grand “ boucher” (Hitler) aussi bien que le plus grand philosophe (Wittgenstein). Mais surtout, qu’un pouvoir bien décidé (de préférence totalitaire) peut (pourvu qu’on lui en donne le temps et les conditions tant soit peu critiques – surpopulation, extrême pénurie foncière, analphabétisme), faire de toute situation, même formellement non-tribale au départ, une situation tribale et préparer au génocide sa population, à force de propagande, manipulations raciste de l’histoire, incitations à la haine raciale, accoutumance aux massacres par une longue tradition d’impunité, installation de la peur de l’autre, etc.
Autrement dit, que tout est “construction”6 dans les sociétés humaines (l’Histoire comme toute forme de catégorisation des populations) et que les moins ”scientifiques” de celles-ci (la race, le sang) peuvent produire les effets les plus réels et les plus dévastateurs, à côté desquels les querelles savantes apparaissent souvent bien dérisoires.7
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Notes:
1) Par peur de voir “tomber la région dans le giron américain” (en fait, les EU ne soutiennent pas directement les rebelles toutsis mais plutôt l’Ouganda, dernier bastion contre l’expansionnisme islamiste soudanais), la France n’interrompra pas immédiatement ses livraisons d’armes au régime houtou et profitera même de ses opérations humanitaires pour évacuer discrètement certains dignitaires dont plusieurs artisans du génocide.
2) L’exception étant Dominique Franche, dont le lumineux article des Temps modernes (« Généalogie du génocide rwandais », mai/juin 1995) nous a largement inspiré ici.
3) Prendre au sérieux notre incompréhension, c’est aussi se demander ce qui fait notre étonnement devant des pratiques autrefois courantes aux EU (lynchages) ou dans nos campagnes (magie, sorcellerie, accusations systématiques de “mauvais oeil” ou d’empoisonnement, rumeurs “folles”), mais toujours actuelles dans certaines parties du monde – cf. la représentation des Toutsis lors du génocide comme “des diables venus d’un autre monde, avec des queues, des cornes, des sabots, des oreilles pointues et des yeux rouges qui brillent dans le noir”.
4) Une bonne et impressionnante illustration de cette représentation dans l’imaginaire occidental de l’époque est la très photogénique version des “Mines du Roi Salomon” de 1950, avec Stewart Granger et Deborah Kerr, où les chefs toutsis (crédités au générique et sans doute interprétés par des Tousis réfugiés au Kenya) apparaissent sous la forme de géants de légende (plus de 2 m de haut et une incroyable longilignité !).
5) Naturellement, trente ans plus tard, c’est surtout des enfants de ces premiers réfugiés qu’il s’agit ici, d’où d’ailleurs leur nostalgie quasi “sioniste” du retour (on pense à la célèbre chanson de Bob Marley tirée du psaume 137 de la Bible: “By the rivers of Babylon … we remember Zion …”).
6) Ou “reconstruction” à partir de différences objectives (sexe, pigmentation, forme du corps, etc.) plus ou moins valorisées.
7) Comme si un massacre “scientifiquement fondé” acquérait par là même on ne sait quel surcroît de justification! – cf. le temps qu’il a fallu à une certaine intelligentsia, plutôt parisienne, pour reconnaître l’étendue des “dégâts” provoqués par les terreurs successives de l’histoire récente: française (et ses 250 000 Vendéens, 1 sur 4!), bolchévique et staliniste, puis maoïste et khmère rouge, sans oublier la plus oubliée de toutes, celle de l’Indonésie en octobre 1965 (où s’appuyant sur les masses musulmanes fanatisées, le general Souharto – toujours en place aujourd’hui – se débarrassa à bon compte d’un demi-million de ses adversaires communistes !).