Irak: Shoot the messenger! (Alain Hertogue)

QuagmireTVJe pense que c’est à cause de l’unanimité, tout le monde était contre la guerre, les gens étaient contents de lire dans les journaux combien la guerre était mauvaise, comme le président français l’avait prédit.
Dans la phase du Saddamgrad Patrice Claude et Rémy Ourdan du Monde ont inventé des atrocités, produit des témoignages en phase avec ce qu’ils ne pouvaient voir.
Sur les fedayyin de Saddam, les gardes les plus brutaux du dictateur, ses SS, Ourdain a dit que les fedayyin n’ont pas combattu parce qu’ils étaient effrayés de la façon dont les GI’s tuaient tout le monde, dont un grand nombre de civils. Alain Hertoghe

A la veille du deuxième anniversaire du lancement de l’intervention alliée en Irak, nous continuons notre sorte de « journal de guerre rétrospectif » avec probablement le seul journaliste de langue française qui ait résisté à « l’extraordinaire atmosphère nationaliste en France à ce moment là », le journaliste belge (Monnerat était… suisse !) Alain Hertoghe, qui démontera dans un livre (« La Guerre à Outrances ») cette formidable machine à désinformer qu’était devenue alors la presse française, au prix d’ailleurs de son poste (sur le site internet de La Croix) !

Du fait du silence gêné (ou complice ?) du reste de la presse française (Libération mis à part), c’est sur un média américain, FrontPageMagazine, que nous avons dû aller chercher cet entretien – très complet – de lui de l’année dernière (dans sa version française mais l’original est aussi en ligne) où il tente d’expliquer cette « extraordinaire atmosphère »:

Extraits:

Je pense que la raison pour laquelle la presse n’a pas dit la vérité sur la guerre est due à l’extraordinaire atmosphère, qui n’était ni un complot, ni une conspiration, collective ou individuelle pour désinformer les lecteurs. Les journalistes n’ont pas conservé la distance professionnelle sur ce qui arrivait. Il y a une sorte de nostalgie pour le temps ou la France était un grand joueur sur la scène internationale.

Les médias ont spontanément réagi par le silence à la sortie de mon livre.

Entretien lui-même:

LES MENSONGES FRANÇAIS SUR L’IRAK
Propos recueuillis par Nidra Poller
FrontPageMagazine.com
le 19 Février 2004

Traduction: Claude Lamirand

Nidra Poller reçoit Alain Herthogue, auteur de la Guerre à Outrances/ Comment la presse nous a désinformée sur l’Irak/ War of Words : how the (French) press lied to us about Iraq.

Poller : Monsieur Herthogue bienvenue et merci de prendre le temps de nous donner votre point de vue sur un sujet qui a durement divisé la France et les Etats-Unis : la campagne militaire en Iraq. En espérant que nos lecteurs auront bientôt le plaisir de lire votre livre ne anglais, j’aimerais que vous nous fassiez une brève présentation de votre approche et la période qui est couverte par le livre.

AH : Mon livre relate des articles publiés dans 5 grands journaux français, Le Monde, La Croix, Le Figaro, Libération, Ouest France, durant les trois semaines allant du commencement de la guerre le 20 Mars à la chute de Bagdad le 19 Avril. J’ai étudié comment ces journaux avaient couvert la guerre et j’en ai conclu qu’ils ont désinformé leurs lecteurs. Je pense que la désinformation peut expliquer l’extraordinaire atmosphère nationaliste en France à ce moment là dans le droit fil de la crise diplomatique entre la France et l’Allemagne d’un coté et les Etats-Unis et la Grande-Bretagne de l’autre.

Les Français ont été unanimes sur trois points : Ils ont démonisé l’administration de Bush et de Blair, approuvé la ligne politique de Jacques Chirac et de Dominique de Villepin, et communié avec le mouvement pacifiste. Et les journalistes ont dit plus de choses qu’ils voulaient sur la guerre que ce que la guerre était réellement.

Deux ou trois jours après le commencement des opérations, quelques Américains furent capturés, blessés, ou tués pendant les combats, et cinq jours après la campagne de presse parlait déjà d’un gâchis ressemblant à celui du Vietnam. Ils disaient que les plans du Pentagone étaient mauvais, qu’il n’y avait pas assez de soldats, que les équipements militaires étaient trop sophistiqués pour ce type de campagne et que les Américains étaient bloqués à 80 kilomètres de Bagdad. Beaucoup disaient que ça prendrait des semaines et des mois, d’autres disaient qu’ils ne pourraient pas bouger vers Bagdad avant l’été. Bien entendu, ce qui arriva fut que les Américains atteignirent Bagdad le 2 ou 3 Avril. La presse française n’a pas expliqué ce qui est arrivé, ils commencèrent à annoncer que la bataille de Bagdad serait une nouvelle bataille de Stalingrad. Et bien sûr ils n’expliquèrent pas davantage. Après quelques petites opérations éclair dans la ville, le régime de Saddam Hussein est tombé. Les journalistes n’expliquèrent pas pourquoi ils avaient fait ces prophéties et ses annonces, et pourquoi c’est une autre issue qui est arrivée. Ils ont raconté le pire.

Je pense que la raison pour laquelle la presse n’a pas dit la vérité sur la guerre est due à l’extraordinaire atmosphère, qui n’était ni un complot, ni une conspiration, collective ou individuelle pour désinformer les lecteurs. Les journalistes n’ont pas conservé la distance professionnelle sur ce qui arrivait. Ils étaient plus excités par les mauvaises nouvelles à propos de l’offensive que par les bonnes. Je pense qu’ils ont eux-memes été totalement surpris par le résultat, comme leurs lecteurs. Je vois trois raisons pour ça. La première est l’anti-américanisme extraordinaire en ce moment. Je pense que ceci est beaucoup du à la personnalité de George Bush et à son Administration. George Bush est le type d’Américain que les Français adorent haïr. Puis il y a une sorte de nostalgie pour le temps ou la France était un grand joueur sur la scène internationale. Jacques Chirac et Dominique de Villepin furent capable d’enflammer la nostalgie des Français. Il y a aussi une arabophilie dans le plus mauvais sens du terme. Arabophilie n’est pas un problème en lui même, mais ici, c’est dans un mauvais sens.

Il n’y a rien de nouveau, ce n’est pas juste l’Irak, mais c’est aussi l’histoire de France en Algérie. Il y a beaucoup de compassion pour le conflit israélo-palestinien, parfois plus pour les victimes palestiniennes que pour les israéliennes. Il y avait beaucoup de compassion pour le peuple irakien. C’était la seconde guerre, il y a eu un très long embargo. Je pense que les Français, comme toute puissance occidentale, ressentent un peu de culpabilité sur cet embargo finalement trop long, et qu’ils ne voulaient pas aller à Bagdad 12 ans après la première guerre pour résoudre le problème. Tous ces facteurs ont produit de la compassion pour le coté irakien. Je ne pense pas que quelqu’un en France est aimé Saddam Hussein, je pense que les gens sont clairs sur le fait de la dictature qu’il représentait, mais il aurait pu donner une bonne leçon à l’arrogance américaine et britannique. Je pense que les Français qui étaient contre la guerre depuis le début auraient été heureux de voir Bush et Blair prendre une leçon en Irak. Ce n’est pas qu’ils voulaient un second Vietnam mais je pense que c’est la raison pour laquelle il y a eu un dérapage médiatique.

Poller : Prendre de leçons, vous l’écrivez très bien dans ce livre ou vous défendez votre vision des choses. Il est parfaitement documenté, très clair , très rigoureux. Tout ce que vous dites est appuyé par des références dans la presse et je ne vois pas de quelle manière quelqu’un pourrait en contester la validité. Cette semaine le responsable de la BBC a prit les responsabilité de la dérive sur une question similaire et à démissionné. Jayson Blair a été viré du New York Times, après des aveux pour falsifications depuis depuis des années. Vous dites justement la vérité sur les journaux qui désinforment et vous avez été viré (Nb : Alain Hertogue fut l’assistant de l’éditeur en chef du site web de La Croix). Pouvez vous nous expliquer cela.

AH : La raison pour laquelle le management m’a viré est que j’aurai porté atteinte à la réputation du journal. Il y a une clause dans les conventions du journalisme français qui nous accorde la liberté d’expression sauf si nous portons atteinte à l’image de notre employeur. Cette clause ne dit pas que vous avez le droit de virer un journaliste, mais que vous avez la possibilité de le réprimander ou de le sanctionner. Ce qui est marrant à propos de mon cas c’est que le dommage à l’image du journal a été plus grave après qu’il m’ait viré que quand le livre est sorti. Les médias ont spontanément réagi par le silence à la sortie de mon livre. J’ai été invité à d’excellente émission de télévision et de radios, et il y a eu quelque lignes sur moi dans deux ou trois journaux, mais c’est tout. Pour un livre, ce fut très agressif de la part des 5 plus grands journaux français dont la mission est de couvrir les évènements importants, il n’y eu pas de réaction. Ils ne se défendent meme pas, ils ne critquent meme pas mon livre, ils ne disent rien.

Même dans mon journal, que je n’avais pas critiqué pour ce qu’il a écrit, mais simplement écrit pour publier sous mon nom, lequel est associé au journal. Je ne pense pas que la raison qu’ils donnent, atteinte à l’image du journal, est très sérieuse. Je pense que ce qui les a ennuyés tous est que je fasse usage de ma liberté d’expression parce que j’ai écrit quelque chose qui les a dérangé. J’aurais été heureux qu’une partie de mon livre soit fausse, que le choix des articles soit contestable ici ou là, mais non. J’assume la pertinence de mon livre, j’ai fais un travail professionnel, et ils ne peuvent pas critiquer ce que j’ai écrit, alors ils préfèrent se taire. Et ils m’ont viré. Je pense que c’est tuer le messager qui apporte de mauvaises nouvelles. Ils ne m’ont pas tué mais je pense qu’ils ont choisi de rendre le messager silencieux plutôt que discuter et débattre du contenu du message.

Poller : Si vous vous concentrez et que vous prenez des distances, n’ont-ils pas porté atteinte à l’image du journal par la façon dont ils ont couvert la guerre ?

A.H. : Ce fut mon premier argument : vous portez atteinte à l’image du journal si vous ne faites pas du sérieux, de l’honnête et de la pertinente information. Les lecteurs ne sont pas des imbéciles. Ils ont lu le journal. Je pense que c’est à cause de l’unanimité, tout le monde était contre la guerre, les gens étaient contents de lire dans les journaux combien la guerre était mauvaise, comme le président français l’avait prédit. Puis à la fin ils ont compris que l’histoire racontée était peut etre fausse : ce n’était pas le Vietnam, ce n’était pas Stalingrad, c’était la guerre éclair, en 3 semaines, c’est-à-dire le temps de la campagne allemande durant la guerre de Pologne en 1939. Je pense que beaucoup ont aimé la musique qu’ils entendaient mais que quelque chose n’allait pas et que ce n’était pas la vraie histoire. Je pense que la désinformation a fait plus de dommage aux journaux que j’ai pu en faire.

Poller : Y a-t-il eu un signe de l’opinion ou des journalistes disant que la couverture de la guerre n’était pas pertinente, ou ont-ils juste glissé dans la même attitude sur cette phase, depuis le 1er Mai jusqu’à aujourd’hui ?

A.H. : Je pense que l’histoire irakienne n’est pas terminée. Il y a eu une unanimité extraordinaire durant ces 3 semaines. Ca a changé mais je ne dis pas que l’attitude précédente ne persistera pas. Aujourd’hui il y a plus de diversité dans les journaux. J’ai été invité à un débat télévisé et beaucoup des présents disaient « il a raison, nous avons été désinformés. » Bien sûr les autres ont dit que c’était à cause des Américains. Mais j’ai reçu plusieurs lettres, et j’ai reçu des coups de téléphone de reporters. Je pense que c’est encore une minorité mais qu’il y a de plus en plus de personnes qui pensent que la guerre ne s’est pas passée comme elle a été racontée. Je n’ai pas de quoi faire un sondage, mais j’ai cette impression.

Poller : Nous savons que votre situation a suscité beaucoup d’articles en anglais. Vous avez été invité au O’Reilly Factor ! Pouvez vous nous tenir au courant des réactions ou de ce manque de réaction en France ? Essentiellement de la presse, des revues. De tout signes de soutiens des journalistes ?

AH : Ce que je vous ai dit des journaux c’était avant que je sois viré. Par la suite il y avait un magazine dépendant de l’AFP et dirigé par Daniel Schneidermann de Libération. Schneidermann lui-même fut viré par Le Monde à la fin de Septembre ou d’Octobre pour avoir écrit un livre critique sur son journal. A coté de ça, il y a plus de journaux étrangers intéressés pour l’histoire pour laquelle j’ai été viré parce que j’ai écrit un livre critiquant la façon dont la presse française a assuré la couverture de la guerre en Irak. Il y avait de nombreux articles et finalement Courrier International, un journal hebdomadaire à succès qui publie les articles de la presse étrangère, publia des articles à mon sujet. C’est intéressant parce que Courrier International appartient au conglomérat du Monde, et j’ai été particulièrement critique envers le Monde dans mon livre. Ils n’ont jamais réagi. Alors j’interprète ce Courrier International comme un signe de débat dans le groupe Le Monde.

Poller : La Croix ne fait elle pas partie de ce conglomérat ?

A.H. : Non. La Croix appartient à un autre groupe, Bayard Presse.

Poller : Et Le Monde n’a-t-il pas des racheté des parts dans Bayard ?

A.H. : Non, ils l’ont fait dans un autre groupe catholique, un concurrent de Bayard.

Poller : Malgré l’absence de commentaires, votre livre se vend-il bien ?

A.H : Il est heureux de voir qu’avant Noël nous recevions des commandes pour 5 à 10 livres par jours. Après l’article dans Libération, dans l’International Herald Tribune, le Times et d’autres, nous en étions à 80 exemplaires par jour. Mon éditeur pense faire une seconde édition. Mais encore une fois, ceci montre que mon licenciement a fait plus de dommages que le livre lui-même.

Poller : Je comprends que vous avez un agent américain qui voudrait sortir un tirage aux Etats-Unis. Avez-vous d’autres contacts à l’international en cours ?

A.H. : Pas que je sache.

Poller : Rentrons dans les détails de « War of Words » (La Guerre à Outrances). J’ai choisi quelques passages pour commencer. A propos des marches de la paix. Le public français, et aussi dans le monde, a donné une image très positive du mouvement pour la paix. Vous rapportez les aspects négatifs comme Hashomer Hazair, qui fut battu avec une barre de fer le 22 mars, un poète irakien battu, les drapeaux irakiens et palestiniens, les portraits de Saddam Hussein, l’appel au Jihad, les slogans anti-sémites, Maugen David et la bannière de la croix gammée. Sauf notable exception ceci n’a pas discrédité le mouvement pour la paix aux yeux des médias français et de l’opinion publique ?

A.H. : Je pense que la raison en est simple : c’était passionnel, la passion de l’anti-guerre qui atteint chacun, y compris les médias. Les plus grandes manifestations anti-guerre se sont déroulées avant la guerre. Il y en a eu deux après que la guerre soit démarrée, celles ou les jeunes Juifs furent agressés et au cour de laquelle le poète fut battu. Ce fut rapporté par les journaux mais ce qui m’a surpris c’est qu’il n’y avait pas d’éditorial. Habituellement en France lorsqu’il y a une agression raciste vous avez droit aux gros titres, à des indignations, à de nombreux éditoriaux. Je pense que la raison en est le temps ou la presse trouva difficile de donner une mauvaise image du mouvement pacifiste à cause de cette forte unanimité anti-guerre, ils n’étaient pas réceptifs aux aspects négatifs du mouvement. C’était surprenant parce qu’il y avait une très forte mobilisation dans la presse et dans la rue lorsque Chirac fit face à l’extrême droite aux dernières élections présidentielles ; Le Pen est un raciste, il a fait d’atroces commentaires anti-sémites dans le passé et il est devenu plus prudent aujourd’hui. Je pense que s’il n’y a pas eu d’indignation sur ces incidents des marches de la paix, c’était parce qu’ils ne voulaient pas porter atteinte à l’unanimité. Mais je ne pense pas que c’est le meilleur moyen de donner une information honnête aux lecteurs.

Poller : Il ont fait la guerre plus horrible qu’elle n’est et le mouvement pour la paix plus beau qu’il n’est. Etes vous d’accord ?

A.H. : Oui

Poller : Il y a quelque chose d’horrible qui ressort des fantasmes de ces journalistes en dépit de leur parti pris pacifiste. Dans la phase de la guerre éclair ils se sont moqués de la stratégie du Pentagone en pensant qu’il sous-estimait les pertes civiles et conseillèrent le commandement militaire américain de faire des bombardements massifs. Selon l’optique du bourbier, ils prédisaient goulûment un bain de sang pour toutes les parties concernées. Dans la phase du Saddamgrad Patrice Claude et Rémy Ourdan du Monde ont inventé des atrocités, produit des témoignages en phase avec ce qu’ils ne pouvaient voir. Comment expliquez vous ce désir de mort et de sang, et d’horreur de la part des pacifistes ? Il y avait quelque chose de sacré dans cette atmosphère.

A.H. : Je pense qu’il y a deux phénomènes. Il y a les journalistes et les éditorialistes qui disent que la guerre va mal tourner, et il y a les commentaires anonymes du Pentagon et de la presse américaine. Cette tradition en France est plus concrète que dans la presse américaine, vous prenez ce qui vous convient. Des reportages de la presse américaine il ressort que les gens du Pentagone critiquent Donald Rumsfeld parce que sa guerre n’est pas assez difficile. Vous avez le puzzle de la situation où les gens sont contre la guerre parce que la guerre est terrible, particulièrement pour les civils irakiens, et où soudain il est dit que ce n’est pas le bon choix, le bon combat, qu’il n’y a pas assez de bombes et ils n’ont pas assez de puissance de feu au sol. Bien sûr, il y a une contradiction parce que beaucoup de civils auraient été blessés, mutilés et tués en Irak si les combat avait pris la « bonne voie ». Je pense ensuite que l’autre facteur tient d’une sorte de frustration. C’est la seule voie qui permet de comprendre les deux journalistes du Monde qui ont rapporté que le régime irakien a une stratégie terrifiante. Bagdad serait le Stalingrad des Américains. Puis c’est arrivé si vite. Bien sûr il y avait trop d’implications sur tous les côtés, mais pas tant pour une guerre urbaine, qui aurait été atroce.

La stratégie américaine de conduire des opérations éclair efficaces a fait tomber le régime. Je pense que les journalistes ont été très surpris de voir que toutes les explications sur la brutalité des GI’s laissaient croire qu’ils n’avaient aucun égard pour les civils. Le meilleur exemple c’est Rémy Ourdan qui a écrit sur les fedayyin de Saddam. C’était les gardes les plus brutaux du dictateurs, ils étaient ses SS. Ourdain a dit que les fedayyin n’ont pas combattu parce qu’ils étaient effrayés de la façon dont les GI’s tuaient tout le monde, dont un grand nombre de civils, mais les feddayyin ne voulaient pas se défendre et les Américains ne voulaient pas tuer les civils. Est-ce une farce ? Je pense qu’il est désolé d’avoir écrit ce genre d’article. Ecrire n’est pas un travail facile. Je pense que Rémy Ourdan, excellent journaliste, doit avoir honte. Je ne dis pas que son travail tient du même. Les gens peuvent faire des bêtises. Ce que je ne peux accepter n’est pas de ne rien dire à vos lecteurs sur ce point, d’accord, je l’ai écrit, c’était le feu de l’information, le feu de la passion. En tant que journaliste, nous ressentons ces choses aussi, ce n’est pas professionnel, aussi nous nous en excusons. Je pense que le principal problème fut leur décision de ne rien dire aux lecteurs sur le fait qu’ils les ont désinformés, et de ne pas s’excuser. C’est juste « Lis et tais toi ».

Poller : Il est normal de toute façon que l’intelligence humaine fasse des bêtises. Combien de fois avez-vous dit aux gens que vous vous étiez trompés, que vous aviez fait des bêtises ?

A.H. : C’est ce que les journalistes demandent à toutes les institutions de notre société.

Poller. : Oui ils demandent à chacun d’être comptable, de se situer à un haut niveau de moralité. Ils critiquent leur gouvernement, ils critiquent les Etats-Unis.

A.H. : Il faut être capable de reconnaître ses erreurs et de présenter ses excuses. Mais ce n’est pas la tendance des médias, spécialement de ceux qui s’impriment en France. Et c’est l’une des raisons pour lesquelles j’ai écrit ce livre.

Poller. : J’aimerais vous poser une question. Pensez-vous que l’opposition des Français à la guerre était réellement basée sur des considérations de légalité ? Parce que si vous discutez avec tout ceux qui savent à propos des lois internationales, c’est vraiment difficile de dire ce qui est légal. Ou plutôt est elle motivée par la rivalité avec les Etats-Unis qui essaient de devenir des gaillards et qui nous fermeraient la route pour devenir les plus grands ?

A.H. : Je ne pense pas qu’ils pensent pouvoir prendre le leadership du pouvoir. Les Français ne sont pas en dehors de la réalité à ce point. Non, je pense que c’était un sincère sentiment que les administrations Bush et Blair agissaient comme elles l’entendaient, sans tenir compte de l’opinion des autres, et la France a expliqué que cette guerre est mauvaise pour le monde et pour le Moyen-Orient. Je pense aussi qu’ils pensent sincèrement que nous connaissons mieux les conséquences de la guerre. Je pense qu’ils pensaient vraiment que la France avait raison et que les Américains et les Anglais avaient totalement tort, et qu’ils étaient très dangereux pour tout le monde et qu’ils ignoraient les risques pour nous.

Poller : Si ce n’est pas de la rivalité, c’était l’idée qui a maturé et nous savons comme peuvent être les choses matures, ne sont elles pas justes ?

A.H. : Et la frustration. A une époque ou la France avait plus de pouvoir à l’échelle internationale nous aurions pu empêcher les Etats-Unis et la Grande-Bretagne de partir en tête. C’est aussi une frustration de ne pas pouvoir être assez forts pour se prévenir des initiatives catastrophiques.

Poller : Mais maintenant nous savons sur ce que Saddam Hussein faisait à son peuple, de quelle façon les Français réconcilient le sens et la conscience ? Prenons un exemple récent, la visite d’Etat du Président chinois cette semaine : la moitié de l’Assemblée Nationale est sortie pour protester contre la violation des Droits de l’Homme (SIC) en Chine. L’Irak est le pire exemple de torture depuis la Seconde Guerre Mondiale. Est-ce que le peuple français le sait, ont-ils été informés sur le genre de torture qui s’est pratiqué, le nombre de personnes qui ont été tués ?

A.H. : Ca a été rapporté.

Poller : Comment peuvent-ils se réconcilier avec ça ? Si la solution française, laquelle était de conserver les inspections, avait été suivie, il n’y aurait eu aucun moyen de faire partir Saddam Hussein.

A.H. : Je pense qu’il y a une mauvaise conscience sur le fait que notre ligne diplomatique aurait abandonné les Irakiens à leurs souffrances sous la dictature. Mais la réponse la plus facile est qu’il y a de nombreuses dictatures dans le monde et que beaucoup de gens en souffrent, il aurait été bien de libérer les Irakiens mais les conséquences pour la stabilité de la région et du monde auraient été terribles, aussi il est meilleur de ne rien faire. C’est la position simpliste de la France.

Poller : Mais dans le conflit israélo-arabe ils sont prêts à risquer la désalliance avec Israel parce qu’ils sentent que les Palestiniens souffrent. Nous n’entrerons pas dans les détails, mais comparé à l’argument de la souffrance des Irakiens. Que se passe t’il dans cette situation ? Est-ce que la presse française couvre les changements du monde arabe, la presse libre en Irak, les témoignages des gens qui apprécient leurs nouvelles libertés ?

A.H. : Je pense que l’opinion publique a du mal à comprendre la situation internationale. Les gens souffrent beaucoup en Amérique Centrale sous des régimes que sont totalement approuvés parce que les Etats-Unis défendent le monde libre contre le communisme. Mais la conséquence de cette politique est que des dizaines de milliers de personnes sont tuées ou mutilées. C’est une région qui souffre encore économiquement et socialement, c’est un champ de bataille de la confrontation est-ouest et je ne pense pas que la population américaine est curieuse de savoir ce qui s’y passe. Il y a toujours une minorité qui sait, mais la perception par l’opinion publique souffre de l’éloignement des pays et la frustration est difficile à traduire. Nous avons beaucoup de situations à l’ouest où les populations lointaines souffrent des décisions prises à l’ouest, et je ne pense pas que les gens sont toujours conscients de la situation et de ses raisons. Il est difficile de comprendre et d’informer le public sur les situations complexes dans des terres lointaines. La majorité des gens ne s’occupe que de sa propre vie, regarde la télévision, parfois lit un livre or quelques articles. Je suis certain que les Français n’ont jamais pensé qu’ils soutenaient une opinion qui signifiait que les Irakiens souffriraient davantage et ça c’est généreux. Je ne pense pas que c’était l’opinion française. Je ne pense pas que c’était ce que les journalistes pensaient.

Poller : Je voudrais dire que la politique en Amérique du Sud et en Amérique centrale a toujours été un sujet de controverses aux Etats-Unis, nos relations avec ces pays ont toujours été discutées aux Etats-Unis. Revenons a votre livre, quand vous écrivez dans le journal, et je dois dire encore que c’est une excellente sélection, il est choquant de voir le vocabulaire qui fut utilisé contre les Etats-Unis, des mots comme guerre éclair, occupation, resistance, des images qui viennent de l’intimité pour identifier les Etats-Unis à l’Allemagne nazie. Comprenez vous ce que ça peut vouloir dire du côté américain, particulièrement maintenant, quand des Américains sont tués et blessés en Irak ? Comprenez vous pour les Américains ressentent que la France est l’ennemi alors que les Français pensent que c’était juste un petit différend ?

A.H. : C’est l’après-guerre. Je veux rester concentré sur la période que j’ai étudié. Je suis d’accord pour dire que dans la presse américaine, aussi, ils parlent d’occupation. Je suppose que lorsqu’un pays étranger est sur le terrain et exerce ses prérogatives, c’est de l’occupation. Maintenant elle peut être négative ou positive, les gens peuvent l’admettre pour un temps. Quand vous parlez de resistance, ça dépend ? Si vous prenez juste les mots, si les gens font des actes terroristes et que nous pouvons avoir une définion des actes terroristes, il y a terrorisme. Mais lorsque les gens attaquent les soldats américains ce n’est pas du terrorisme, c’est du combat, et ils résistent parfois. Peut-être y a-t-il de mauvaises personnes, mais il y a résistance. Peut-être que les Américains sont de bons gars, mais ces gens résistent. Je suis d’accord avec vous pour dire que parfois les moyens sont malicieux mais je ne pense pas que les mots le soient. Par exemple, la résistance française était faite d’actes terroristes. L’idée de De Gaulle était de terroriser les nazis. Et parfois ils firent des actes de resistance.

Poller : Mais vous savez que dans l’histoire américaine « occupation » n’a pas la même signification que l’Occupation et la Résistance en français. Mais je ne veux pas insister sur ce point. Nous arrivons à la fin de l’entretien, et nous pourrions jeter un regard vers l’avenir ? Vous avez couvert les élections présidentielles américaines de 2000, je serais curieux de savoir si vous avez des plans pour couvrir celles de 2004.

A.H. : Pas en ce moment.

Poller : Mais vous aimeriez ?

A.H. : Oui.

Poller : Avez-vous des commentaire à faire sur les primaires démocrates ? Les avez-vous suivies ?

A.H. : Non, je n’ai aucun commentaire à faire. Je suis la campagne, mais je n’ai pas de commentaires. Le seul commentaire que je pourrais faire est que la démocratie est vivante et dynamique aux Etats-Unis.

Poller : Lors d’un entretien avec Dennis Boyles (Le 9 Janvier 2004 sur http://www.nationalreview.com )

vous avez dit que vous vous demandiez si il y a de la place pour quelqu’un comme vous dans le journalisme français. Qu’en est il aujourd’hui ? Et, aussi, pensez vous qu’il y a une place en France pour une nouvelle sorte de journalisme, un nouveau type de presse ?

A.H. : Je ne sais pas répondre à la seconde partie mais je sais qu’aujourd’hui il y a une place pour quelqu’un comme moi. Je suis en négociation et j’étudie les contrats avant de les signer.

Poller : Le fait est que vous avez le courage de faire ce travail en perdant une situation stable mais que sans doute vous trouvez une situation plus dynamique pour vous et qui devrait aider la presse française à progresser sur le chemin ouvert par votre livre.

A.H. : C’est dynamique. J’ai une proposition pour faire mon travail dans un média important et je pense que c’est une bonne nouvelle pour les journalistes. Cela veut dire que parfois nous pouvons avoir de l’audace et prendre le risque de critiquer les personnes qui ne l’acceptent pas en réalité et que nous avons encore un avenir professionnel. C’est une bonne nouvelle.

Poller : C’est le mot de la fin pour terminer cet entretien sur de bonnes nouvelles.

Note: il nous faut aussi mentionner une excellente critique du livre de Alain Hertogue par Ludovic Monnerat, qui le présente ainsi :

« L’auteur a étudié les éditions du 20 mars au 10 avril 2003 de 5 quotidiens français majeurs, à savoir Le Monde, Le Figaro, Libération, La Croix et Ouest-France, en les comparant si nécessaire avec des dépêches d’agences ou des articles de quotidiens anglophones. »

« sur 2746 titres publiés par les 5 quotidiens retenus, seuls 356 ont donné une image favorable de l’opération militaire déclenchée » …

(Alain Hertoghe, La guerre à outrances, Calmann-Lévy, 2003, Ludovic Monnerat, Checkpoint, 21 décembre 2003)

Echantillon de la prose de Rémy Ourdan (Le Monde):

Ils tirent sur tout ce qui bouge, sur tout ce qui est suspect. C’est «Feu à volonté !». Ils adorent tirer au canon de 25 mm sur les portraits de Saddam. Ils n’ont pas de discipline de feu. L’initiative est laissée aux soldats, à des gamins de vingt ans. C’est pour cette raison qu’ils tirent aussi sur des civils. Une armée européenne ne se comporterait pas ainsi. D’ailleurs, en Irak, l’armée britannique tue nettement moins de civils, en maîtrisant mieux ses soldats.

Entre Mahmudiyah et Bagdad, j’ai vu au moins cinq véhicules et une moto civils détruits, avec tous les passagers morts, poursuit Yves Debay. Il ne faut pas exagérer, ce n’est pas une chevauchée sanglante, mais ils ne prennent pas de gants. Au sud de Mahmudiyah, à Latifiyah, un chef de tourelle a lâché une rafale dans la fenêtre ouverte d’une maison… Ils ont deux problèmes. Ils se vengent encore du 11 septembre, et il n’y a aucune sanction quand un soldat tue des civils. Leur but n’est pas de tuer des civils, mais ils ont un comportement de cow-boys. Ils tirent même sur les vaches !… J’ai l’impression que c’est aussi une manière de masquer leur peur. Ils ont très peur. Et ça empire à chaque fois qu’ils ont des pertes.

L’armée américaine prend d’assaut le centre de Bagdad Reportage
Pour pénétrer dans la ville, les blindés appliquent la méthode de la « colonne infernale »
Rémy Ourdan
Le Monde
Le 08.04.03

« Ce n’est pas une chevauchée sanglante, mais ils ne prennent pas de gants »

La guerre fait rage au coeur de Bagdad. Les raids aériens sont incessants, et les tirs d’artillerie de plus en plus fréquents. L’armée américaine a débarqué, lundi 7 avril à l’aube, dans le centre de la capitale irakienne, s’emparant du palais de la République, le principal palais présidentiel de Saddam Hussein.

La bataille a été intense. A 300 mètres de distance, il était impossible de distinguer les combats, le palais ayant été très vite recouvert de la fumée des explosions et des incendies. Mais l’ampleur des tirs de tanks, de canons et de mitrailleuses indique un assaut déterminé. La résistance des forces irakiennes n’a guère duré plus d’une heure.

La ville, secouée par les explosions, s’est repliée sur elle-même, craintive. Les combattants irakiens ont les visages inquiets. Les habitants se terrent dans les maisons. Les avions américains survolent la capitale toutes les dix minutes. Les Bagdadis sentent que, cette fois, la bataille a embrasé leur ville.

Le pouvoir irakien continue d’appeler à la « résistance », sans trop de succès. L’armée est presque invisible, et la population ne brandit pas le fusil. Aux carrefours de Bagdad, mis à part les hommes de la Garde républicaine, l’unité d’élite de l’armée, il y a surtout les troupes paramilitaires les plus fidèles au président : les fedayins de Saddam, l’Armée d’Al-Qods (Armée de Jérusalem), la milice du parti Baas. Si ces combattants peuvent sans aucun doute causer des soucis à l’assaillant, il n’y a pas de mouvement populaire de guérilla.

Une équipée dévastatrice

Bagdad attend de voir quelle stratégie va adopter l’armée américaine lors de l’assaut final contre la ville entière. Une première incursion dans les quartiers sud d’Al-Dorah et de Yarmouk, samedi, avait été extrêmement meurtrière. Après trois heures de bataille, on pouvait voir des dizaines de carcasses calcinées de blindés, de canons, de jeeps. La colonne américaine a, pour sa part, perdu un char Abrams. On évoque, de sources hospitalières, des centaines de morts, des milliers de blessés, principalement militaires, et aussi civils.

Venus de la route de Mahmoudiyah, au sud, les soldats américains avaient traversé Al-Dorah et Yarmouk afin de rejoindre l’aéroport international Saddam, et sans doute avec l’intention de tester une première fois la défense irakienne. Leur équipée fut dévastatrice. Yves Debay, le correspondant de guerre du magazine Raids, spécialisé dans les affaires militaires, a traversé lui aussi ces quartiers, par hasard, venant du désert, à ce moment-là. Il avait par ailleurs déjà vu, dans des villes du sud irakien, l’armée américaine employer cette méthode qu’il appelle « la colonne infernale ».

« Les Américains font des colonnes de quarante à cinquante blindés. A l’avant, des chars M1 Abrams, puis des transports de troupes Bradley ou Amtrack, puis des Miclick du génie, puis des Hummer avec des porte-voix. Ils roulent avec deux chars de front, occupant toute la largeur de la route. Ils tirent sur tout ce qui bouge, sur tout ce qui est suspect. C’est «Feu à volonté !». Ils adorent tirer au canon de 25 mm sur les portraits de Saddam. Ils n’ont pas de discipline de feu. L’initiative est laissée aux soldats, à des gamins de vingt ans. C’est pour cette raison qu’ils tirent aussi sur des civils. Une armée européenne ne se comporterait pas ainsi. D’ailleurs, en Irak, l’armée britannique tue nettement moins de civils, en maîtrisant mieux ses soldats. »

« Entre Mahmudiyah et Bagdad, j’ai vu au moins cinq véhicules et une moto civils détruits, avec tous les passagers morts, poursuit Yves Debay. Il ne faut pas exagérer, ce n’est pas une chevauchée sanglante, mais ils ne prennent pas de gants. Au sud de Mahmudiyah, à Latifiyah, un chef de tourelle a lâché une rafale dans la fenêtre ouverte d’une maison… Ils ont deux problèmes. Ils se vengent encore du 11 septembre, et il n’y a aucune sanction quand un soldat tue des civils. Leur but n’est pas de tuer des civils, mais ils ont un comportement de cow-boys. Ils tirent même sur les vaches !… J’ai l’impression que c’est aussi une manière de masquer leur peur. Ils ont très peur. Et ça empire à chaque fois qu’ils ont des pertes. »

Détruit par l’aviation

Le pouvoir irakien a, de son côté, été très fier d’exhiber le char Abrams immobilisé et calciné à hauteur de Sayadiya. « Nous l’avons détruit au RPG 7 [lance-roquettes] », raconte un combattant. C’est très peu probable, car le blindé américain résiste à ces roquettes antichar. Sur le flanc droit de la tourelle, un trou indique pourtant l’arrivée d’une roquette ou d’un missile. Les versions divergent. Un habitant du quartier évoque une panne du char, suivie de la fuite de ses occupants vers un autre blindé de la colonne, puis de l’assaut irakien. Des combattants affirment que les soldats américains ont brûlé vifs, mais aucun reste humain n’est visible. La seule certitude, établie par un cratère béant sur le côté gauche de la route, juste à côté de l’Abrams, est que l’aviation américaine a achevé elle-même la destruction du char.

Contrairement à l’incursion à Al-Dorah et Yarmouk, qui a été suivie d’un départ de la colonne de chars vers l’aéroport, personne n’imagine que l’armée américaine ne va pas maintenir ses positions dans le centre de Bagdad. La bannière étoilée flotte sur le palais de Saddam Hussein. La ville sait désormais que l’armée des Etats-Unis peut atteindre aisément le centre de Bagdad sans lutter des jours ou des semaines dans les faubourgs, et attend de voir se multiplier ces raids d’une efficacité redoutable.

Voir aussi:

Bagdad, qui était résolue à attendre la fin du conflit sans défendre ni combattre le pouvoir irakien, à attendre le dénouement à la maison, a été frappée, durant trois semaines, par l’ampleur des ravages au sein de la population civile. De multiples erreurs de bombardements aériens avaient déjà causé la mort de centaines de personnes, mais ce qui a le plus choqué les Bagdadis est l’attitude des soldats américains, le fait qu’ils aient la gâchette facile, voire frénétique.

Des centaines d’autres civils sont en effet morts en moins d’une semaine d’offensive terrestre contre la capitale, souvent délibérément visés, sans aucune raison. Nul, qu’il soit favorable ou non à l’intervention militaire américaine en Irak, ne s’attendait à ce que les hommes jaillissant du désert pulvérisent ainsi à la mitrailleuse et au canon tant de véhicules civils, de piétons, jusqu’à des femmes et des enfants sortant acheter des légumes au coin de la rue.

La politique consistant à forcer les Bagdadis à ne jamais sortir lors du passage d’une colonne blindée n’a pas été comprise. Les tirs de sommation n’ont pas été entendus. « Pourquoi serais-je une cible puisque je ne suis pas un danger ? » ont dû penser tous ces morts, avant d’être tués. « Pourquoi des soldats si puissants et si assurés de la victoire s’en prennent-ils à des gens désarmés ? » s’interroge toujours la ville.

Tandis que l’unité 3/4 marines suit son chemin, les habitants restent craintifs. Beaucoup demeurent reclus dans les foyers, tirant parfois un rideau, risquant de temps à autre un oeil à la fenêtre. Certains descendent à la rencontre des conquérants. A chaque carrefour, une centaine de personnes manifestent leur joie. Un portrait de Saddam Hussein est décroché d’une façade et déchiré. Bagdad hésite à célébrer la fin de la guerre. Entre les agents et les indicateurs des Moukhabarats, les services secrets du pouvoir baasiste, qui rôdent toujours dans les parages, et ces soldats qui ont tendance à prendre la moindre ombre pour un dangereux terroriste, Bagdad se sent encore prise au piège. Bagdad a peur.

9 avril 2003, le jour où le lieutenant colonel Brian P. Mc Coy et ses marines ont pris Bagdad
Rémy Ourdan
Le Monde
Le 11.04.03

Voir enfin:

Un fedayin se cache peut-être parmi une famille, ou peut-être pas, et c’est tout le monde, sans attendre, sans certitude, qui est criblé de balles.

BAGDAD APRÈS LA GUERRE
Rémy Ourdan
Le Monde
20.04.03

Et Patrice Claude:

Mais l’heure n’est pas à la bonne foi, elle est au combat et aux tueries.

Sous les bombardements, Mouthama entonne les prières pour Saddam
Patrice Claude
Le Monde
Le 30.03.03

20 Responses to Irak: Shoot the messenger! (Alain Hertogue)

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