MLK Day: Attention, une Rosa Parks peut en cacher une autre (But Colvin was not the only casualty of this distortion. Parks was, too)

22 janvier, 2013
Il y a plus inconnu que le soldat inconnu: sa femme. Banderole féministe (août 1970)
Je suis fière de ce que j’ai fait. Je pense que ce que j’ai fait a été une étincelle et que cela a pris. Claudette Colvin
Je ne pouvais pas me lever ce jour-là. L’histoire m’a clouée sur mon siège. J’ai senti la main de Harriet Tubman sur une de mes épaules et celle de Sojourner Truth sur l’autre. Claudette Colvin
Ma famille et moi, on était originaires de King Hill, le faubourg le plus pauvre parmi les plus pauvres. On ne faisait pas partie des initiés, je veux dire par là qu’on n’était pas des Noirs de la classe moyenne pour lesquels il n’était sûrement pas question d’ériger en modèles des gens de notre milieu. Claudette Colvin (1995, 2005)
It would have been different if I hadn’t been pregnant, but if I had lived in a different place or been light-skinned, it would have made a difference, too. They would have come and seen my parents and found me someone to marry. (however)  They picked the right person. They needed someone who could bring together all the classes. They wouldn’t have followed me. They wanted someone who would shake hands and go to banquets. They wanted someone they could control, and they knew, as a teenager, they couldn’t control me. Claudette Colvin
“It’s an important reminder that crucial change is often ignited by very plain, unremarkable people who then disappear,” said David J. Garrow, a Pulitzer Prize-winning biographer of Dr. King. Even Mrs. Parks was forgotten for the better part of 20 years, only re-emerging as a world-famous figure in the early 1970s after magazine articles and attention in several children’s books. Brooks Barnes
En décembre 1955, soit neuf mois après l’arrestation de Claudette, une couturière de 42 ans du nom de Rosa Parks fut arrêtée pour avoir pris la même position dans un bus bondé de la même ville. Désormais préparés, en partie grâce à l’expérience vécue avec Claudette, les chefs de la communauté noire de Montgomery apportèrent leur soutien à Rosa Parks et organisèrent rapidement un boycott de tous les bus de la ville. Trente-cinq mille tracts furent distribués, demandant à la population noire de se déplacer à pied ou de se grouper à plusieurs en voiture jusqu’à ce que les autorités municipales changent la façon dont les passagers noirs étaient traités dans les bus publics. Les dirigeants noirs, notamment Martin Luther King, prirent leurs distances vis-à-vis de Claudette Colvin, préférant utiliser Rosa Parks seule, comme icône de la contestation contre les bus. Pourquoi ? Certains dirigeants de la communauté pensaient qu’une adolescente suffisamment rebelle pour résister aux forces de l’ordre qui la faisaient sortir manu militari d’un bus serait difficile à contrôler lors d’une manifestation soigneusement organisée. Claudette, quant à elle, estime qu’elle ne fut pas choisie car, contrairement à Rosa Parks, sa peau était noire, ses cheveux crépus et sa famille plus pauvre que les personnalités noires en ville. "Nous ne faisions pas partie du cercle fermé, déclara-t-elle plus tard. Les Noirs de la classe moyenne ne voulaient pas de nous comme modèle." Après des mois de boycott des bus et de refus de négociations des responsables municipaux, les dirigeants noirs décidèrent de poursuivre la ville de Montgomery devant le tribunal fédéral, arguant que les lois ségrégationnistes étaient une violation de la Constitution des États-Unis. Mais trouver des plaignants était difficile. Participer à une action en justice dénonçant ouvertement le système Jim Crow, c’était mettre sa vie en péril. À la fin, seulement quatre femmes acceptèrent de déposer plainte, dont Claudette Colvin, alors âgée de 16 ans. Philip Hoose
Pourquoi Claudette Colvin n’a-t-elle pas suscité les mêmes réactions que Rosa Parks ? Selon Claudette Colvin, différentes raisons expliquent cela. La première des raisons serait son âge : en effet, Claudette n’a que quinze ans quand les faits se déroulent et la NAACP (National Association for the Advancement of Colored People) préférerait un ou une adulte pour porter ce combat. Mais la raison qui a empêché Claudette Colvin d’accéder au statut d’icône a probablement à voir avec le fait que, peu de temps après son arrestation, elle tombe enceinte, devenant ainsi un symbole peu approprié pour la lutte. En effet, sa grossesse ne pouvait que scandaliser la pieuse communauté noire, empêcher une unité bien nécessaire pour relever ce combat et surtout donner aux partisans de la ségrégation une arme pour combattre les revendications des populations noires. C’est d’une personne sans reproche et au-delà de tout soupçon dont la NAACP avait besoin pour lutter contre cette ségrégation et mener son combat jusqu’à la Cour Suprême. Et de toute évidence, Claudette Colvin n’était pas la bonne personne. C’est à la suite de plusieurs événements similaires que Rosa Parks fut finalement choisie pour être le point de départ de la lutte pour la défense des droits de la population noire aux Etats-Unis. Parce que Rosa Parks, contrairement à Claudette Colvin, semblait irréprochable, elle pouvait porter le flambeau de ce combat et ainsi entrer dans l’histoire. Cyril Mondy
Ma mère m’a conseillé de garder le silence sur ce que j’avais fait. Elle m’a dit : ’Laisse Rosa passer au premier plan. Les blancs ne vont pas l’embêter : elle a la peau plus claire que la tienne et ils l’aiment bien’ (…) Je savais au fond de mon cœur qu’elle était (Rosa Parks) celle qu’il fallait. Claudette Colvin
Claudette a donné à chacun d’entre nous du courage moral. Si elle n’avait pas fait ce qu’elle a fait,  je ne suis pas sûr que nous aurions pu monter le soutien que nous avons montré à Mme Parks. Fred Gray (ancien avocat de Claudette Colvin)
But Colvin was not the only casualty of this distortion. Parks was, too. Her castng as the prim, ageing, guileless seamstress with her hair in a bun who just happened to be in the wrong place at the right time denied her track record of militancy and feminism. She appreciated, but never embraced, King’s strategy of nonviolent resistance, remains a keen supporter of Malcolm X and was constantly frustrated by sexism in the movement. "I had almost a life history of being rebellious against being mistreated against my colour," she said. But the very spirit and independence of mind that had inspired Parks to challenge segregation started to pose a threat to Montgomery’s black male hierarchy, which had started to believe, and then resent, their own spin. Nixon referred to her as a "lovely, stupid woman"; ministers would greet her at church functions, with irony, "Well, if it isn’t the superstar." Reverend Ralph Abernathy, who played a key role as King’s right-hand man throughout the civil rights years, referred to her as a "tool" of the movement. Those who are aware of these distortions in the civil rights story are few. Betty Shabbaz, the widow of Malcolm X, was one of them. In a letter published shortly before Shabbaz’s death, she wrote to Parks with both praise and perspective: "‘Standing up’ was not even being the first to protest that indignity. Fifteen-year-old Claudette Colvin was the first to be arrested in protest of bus segregation in Montgomery. "When ED Nixon and the Women’s Political Council of Montgomery recognised that you could be that hero, you met the challenge and changed our lives forever. It was not your tired feet, but your strength of character and resolve that inspired us." It is a letter Colvin knew nothing about. Colvin is not exactly bitter. But, as she recalls her teenage years after the arrest and the pregnancy, she hovers between resentment, sadness and bewilderment at the way she was treated. "They just dropped me. None of them spoke to me; they didn’t see if I was okay. They never came and discussed it with my parents. They just didn’t want to know me." She believes that, if her pregnancy had been the only issue, they would have found a way to overcome it. "It would have been different if I hadn’t been pregnant, but if I had lived in a different place or been light-skinned, it would have made a difference, too. They would have come and seen my parents and found me someone to marry." When the boycott was over and the African-American community had emerged victorious, King, Nixon and Parks appeared for the cameras. "It’s interesting that Claudette Colvin was not in the group, and rarely, if ever, rode a bus again in Montgomery," wrote Frank Sikora, an Alabama-based academic and author. After her arrest and late appearance in the court hearing, she was more or less forgotten. Later, she would tell a reporter that she would sometimes attend the rallies at the churches. "I would sit in the back and no one would even know I was there." The upshot was that Colvin was left in an incredibly vulnerable position. A poor, single, pregnant, black, teenage mother who had both taken on the white establishment and fallen foul of the black one. It is this that incenses Patton. "I respect my elders, but I don’t respect what they did to Colvin," she says. "For a while, there was a real distance between me and Mrs Parks over this. Colvin was a kid. She needed support." If that were not enough, the son, Raymond, to whom she would give birth in December, emerged light-skinned: "He came out looking kind of yellow, and then I was ostracised because I wouldn’t say who the father was and they thought it was a white man. He wasn’t." She became quiet and withdrawn. "I wasn’t with it at all. All I could do is cry." Gary Younge

Attention: une Rosa Parks peut en cacher une autre !

Trop jeune, trop pauvre, trop inculte, trop noire, trop immorale …

Au lendemain, coïncidence du calendrier (deuxième de l’histoire après celle de Clinton) dont l’Imposteur en chef a évidemment tiré le maximum, de la double célébration de l’Anniversaire de Martin Luther King et de l’inauguration de Barack Obama …

Où, 50 ans après et pendant que le discours même du King himself était interdit sur youtube, la seule femme à avoir obtenu (après s’être batttue pour l’obtenir)  l’autorisation de parler à la fameuse Marche de Washington d’août 1963 mais empêchée par les circonsatances, a pu enfin, grâce à l’Invocation qui lui a ét confiée, être enfin reconnue …

Qui se souvient de la première femme à avoir refusé de se lever (parmi d’autres) mais surtout à avoir plaidé non-coupable ?

Agée de seulement 15 ans mais très vite fille mère d’un enfant trop clair, Claudette Colvin fut, commme d’autres mais pour des raisons compréhensibles en ces années 50 du sud profond américain,  non retenue comme symbole du fameux boycott des bus (qui ne fut pas non plus le premier) de Montgomery …

Mais qui sait le mal qui sera fait à la fameuse Rosa Parks dont l’actif et la longue expérience de militante furent systématiquement gommés …

Réduite, dans l’hagiographie traditionnelle, à cette vielle dame trop fatiguée pour se lever …

Retour, avec le Guardian, sur ces oubliées de la lutte pour les droits civiques des noirs américains …

A savoir, comme Claudette Colvin, Myrlie Evers-Williams ou même Rosa Parks,  les femmes …

She would not be moved

Rosa Parks is a heroine to the US civil rights movement. Yet months before her arrest on a bus in Montgomery, Alabama, a 15-year-old girl was charged with the same ‘crime’. Why has Claudette Colvin been denied her place in history? Gary Younge investigates

Gary Younge

The Guardian

16 December 2000

This much we know. On Thursday, December 1, 1955, Rosa Parks, a 42-year-old black seamstress, boarded a bus in Montgomery, Alabama, after a hard day’s work, took a seat and headed for home. The bus went three stops before several white passengers got on. The driver, James Blake, turned around and ordered the black passengers to go to the back of the bus, so that the whites could take their places. "Move y’all, I want those two seats," he yelled.

The bus froze. Blake persisted. "Y’all better make it light on yourselves and let me have those seats," he said.

The three black passengers sitting alongside Parks rose reluctantly. Parks stayed put. Blake approached her. "Are you going to stand up?" he asked.

"No," said Parks.

"Well, I’m going to have you arrested," he replied.

"You may do that," said Parks, who is now 87 and lives in Detroit.

It was an exchange later credited with changing the racial landscape of America. Parks’s arrest sparked a chain reaction that started the bus boycott that launched the civil rights movement that transformed the apartheid of America’s southern states from a local idiosyncrasy to an international scandal. It was her individual courage that triggered the collective display of defiance that turned a previously unknown 26-year-old preacher, Martin Luther King, into a household name.

It was a journey not only into history but also mythology. "She was a victim of both the forces of history and the forces of destiny," said King, in a quote now displayed in the civil rights museum in Atlanta. "She had been tracked down by the zeitgeist – the spirit of the times." And, from there, the short distance to sanctity: they called her "Saint Rosa", "an angel walking", "a heaven-sent messenger". "She gave me the feeling that I was the Moses that God had sent to Pharaoh," said Fred Gray, the lawyer who went on to represent her.

But somewhere en route they mislaid the truth. Rosa Parks was neither a victim nor a saint, but a long-standing political activist and feminist. Moreover, she was not the first person to take a stand by keeping her seat and challenging the system. Nine months before Parks’s arrest, a 15-year-old girl, Claudette Colvin, was thrown off a bus in the same town and in almost identical circumstances.

Like Parks, she, too, pleaded not guilty to breaking the law. And, like Parks, the local black establishment started to rally support nationwide for her cause. But, unlike Parks, Colvin never made it into the civil rights hall of fame. Just as her case was beginning to catch the nation’s imagination, she became pregnant. To the exclusively male and predominantly middle-class, church-dominated, local black leadership in Montgomery, she was a fallen woman. She fell out of history altogether.

King Hill, Montgomery, is the sepia South. In this small, elevated patch of town, black people sit out on wooden porches and watch an impoverished world go by. Broken-down cars sit outside tumble-down houses. The pace of life is so slow and the mood so mellow that local residents look as if they have been wading through molasses in a half-hearted attempt to catch up with the past 50 years.

"Middle-class blacks looked down on King Hill," says Colvin today. "We had unpaved streets and outside toilets. We used to have a lot of juke joints up there, and maybe men would drink too much and get into a fight. It wasn’t a bad area, but it had a reputation." It is here, at 658 Dixie Drive, that Colvin, 61, was raised by a great aunt, who was a maid, and great uncle, who was a "yard boy", whom she grew up calling her parents.

Today, she sits in a diner in the Bronx, her pudding-basin haircut framing a soft face with a distant smile. Her voice is soft and high, almost shrill. The urban bustle surrounding her could not seem further away from King Hill. She now works as a nurses’ aide at an old people’s home in downtown Manhattan. She turns, watches, wipes, feeds and washes the elderly patients and offers them a gentle, consoling word when they become disoriented.

"I make up stories to convince them to stay in bed." Her rhythm is simple and lifestyle frugal. She works the night shift and sleeps "when the sleep falls on her" during the day. She shops with her workmates and watches action movies on video. Until recently, none of her workmates knew anything of her pioneering role in the civil rights movement.

But go to King Hill and mention her name, and the first thing they will tell you is that she was the first. They remember her as a confident, studious, young girl with a streak that was rebellious without being boisterous. "She was a bookworm," says Gloria Hardin, who went to school with Colvin and who still lives in King Hill. "Always studying and using long words."

"She was an A student, quiet, well-mannered, neat, clean, intelligent, pretty, and deeply religious," writes Jo Ann Robinson in her authoritative book, The Montgomery Bus Boycott And The Women Who Started It.

Colvin was also very dark-skinned, which put her at the bottom of the social pile within the black community – in the pigmentocracy of the South at the time, and even today, while whites discriminated against blacks on grounds of skin colour, the black community discriminated against each other in terms of skin shade. The lighter you were, it was generally thought, the better; the closer your skin tone was to caramel, the closer you were perceived to be to whatever power structure prevailed, and the more likely you were to attract suspicion from those of a darker hue.

From "high-yellas" to "coal-coloureds", it is a tension steeped not only in language but in the arts, from Harlem Renaissance novelist Nella Larsen’s book, Passing, to Spike Lee’s film, School Daze. "The light-skinned girls always thought they were better looking," says Colvin. "So did the teachers, too. That meant most of the dark complexion ones didn’t like themselves."

Not so Colvin. They had threatened to throw her out of the Booker T Washington school for wearing her hair in plaits. As well as the predictable teenage fantasy of "marrying a baseball player", she also had strong political convictions. When Ms Nesbitt, her 10th grade teacher, asked the class to write down what they wanted to be, she unfolded a piece of paper with Colvin’s handwriting on it that said: "President of the United States."

"I wanted to go north and liberate my people," explains Colvin. "They did think I was nutty and crazy."

One incident in particular preoccupied her at the time – the plight of her schoolmate, Jeremiah Reeves. Reeves was a teenage grocery delivery boy who was found having sex with a white woman. The woman alleged rape; Reeves insisted it was consensual. Either way, he had violated the South’s deeply ingrained taboo on interracial sex – Alabama only voted to legalise interracial marriage last month (the state held a referendum at the same time as the ballot for the US presidency), and then only by a 60-40 majority. "When I was in the ninth grade, all the police cars came to get Jeremiah," says Colvin. "They put him on death row." Four years later, they executed him.

It was this dark, clever, angry young woman who boarded the Highland Avenue bus on Friday, March 2, 1955, opposite Martin Luther King’s church on Dexter Avenue, Montgomery. Colvin took her seat near the emergency door next to one black girl; two others sat across the aisle from her. The law at the time designated seats for black passengers at the back and for whites at the front, but left the middle as a murky no man’s land. Black people were allowed to occupy those seats so long as white people didn’t need them. If one white person wanted to sit down there, then all the black people on that row were supposed to get up and either stand or move further to the back.

As more white passengers got on, the driver asked black people to give up their seats. The three other girls got up; Colvin stayed put. "If it had been for an old lady, I would have got up, but it wasn’t. I was sitting on the last seat that they said you could sit in. I didn’t get up, because I didn’t feel like I was breaking the law."

To complicate matters, a pregnant black woman, Mrs Hamilton, got on and sat next to Colvin. The driver caught a glimpse of them through his mirror. "He asked us both to get up. [Mrs Hamilton] said she was not going to get up and that she had paid her fare and that she didn’t feel like standing," recalls Colvin. "So I told him I was not going to get up, either. So he said, ‘If you are not going to get up, I will get a policeman.’"

The atmosphere on the bus became very tense. "We just sat there and waited for it all to happen," says Gloria Hardin, who was on the bus, too. "We didn’t know what was going to happen, but we knew something would happen."

Almost 50 years on, Colvin still talks about the incident with a mixture of shock and indignation – as though she still cannot believe that this could have happened to her. She says she expected some abuse from the driver, but nothing more. "I thought he would stop and shout and then drive on. That’s what they usually did."

But while the driver went to get a policeman, it was the white students who started to make noise. "You got to get up," they shouted. "She ain’t got to do nothing but stay black and die," retorted a black passenger.

The policeman arrived, displaying two of the characteristics for which white Southern men had become renowned: gentility and racism. He could not bring himself to chide Mrs Hamilton in her condition, but he could not allow her to stay where she was and flout the law as he understood it, either. So he turned on the black men sitting behind her. "If any of you are not gentlemen enough to give a lady a seat, you should be put in jail yourself," he said.

A sanitation worker, Mr Harris, got up, gave her his seat and got off the bus. That left Colvin. "Aren’t you going to get up?" asked the policeman.

"No," said Colvin.

He asked again.

"No, sir," she said.

"Oh God," wailed one black woman at the back. One white woman defended Colvin to the police; another said that, if she got away with this, "they will take over".

"I will take you off," said the policeman, then he kicked her. Two more kicks soon followed.

For all her bravado, Colvin was shocked by the extremity of what happened next. "It took on the form of harassment. I was very hurt, because I didn’t know that white people would act like that and I … I was crying," she says. The policeman grabbed her and took her to a patrolman’s car in which his colleagues were waiting. "What’s going on with these niggers?" asked one. Another cracked a joke about her bra size.

"I was really afraid, because you just didn’t know what white people might do at that time," says Colvin. In August that year, a 14-year-old boy called Emmet Till had said, "Bye, baby", to a woman at a store in nearby Mississippi, and was fished out of the nearby Tallahatchie river a few days later, dead with a bullet in his skull, his eye gouged out and one side of his forehead crushed. "I didn’t know if they were crazy, if they were going to take me to a Klan meeting. I started protecting my crotch. I was afraid they might rape me."

They took her to City Hall, where she was charged with misconduct, resisting arrest and violating the city segregation laws. The full enormity of what she had done was only just beginning to dawn on her. "I went bipolar. I knew what was happening, but I just kept trying to shut it out."

She concentrated her mind on things she had been learning at school. "I recited Edgar Allan Poe, Annabel Lee, the characters in Midsummer Night’s Dream, the Lord’s Prayer and the 23rd Psalm." Anything to detach herself from the horror of reality. Her pastor was called and came to pick her up. By the time she got home, her parents already knew. Everybody knew.

"The news travelled fast," wrote Robinson. "In a few hours, every Negro youngster on the streets discussed Colvin’s arrest. Telephones rang. Clubs called special meetings and discussed the event with some degree of alarm. Mothers expressed concern about permitting their children on the buses. Men instructed their wives to walk or to share rides in neighbour’s autos."

It was going to be a long night on Dixie Drive. "Nobody slept at home because we thought there would be some retaliation," says Colvin. An ad hoc committee headed by the most prominent local black activist, ED Nixon, was set up to discuss the possibility of making Colvin’s arrest a test case. They sent a delegation to see the commissioner, and after a few meetings they appeared to have reached an understanding that the harassment would stop and that Colvin would be allowed to clear her name.

When the trial was held, Colvin pleaded innocent but was found guilty and released on indefinite probation in her parents’ care. "She had remained calm all during the days of her waiting period and during the trial," wrote Robinson. "But when she was found guilty, her agonised sobs penetrated the atmosphere of the courthouse."

Nonetheless, the shock waves of her defiance had reverberated throughout Montgomery and beyond. Letters of support came from as far afield as Oregon and California. She still has one – a handwritten note from William Harris in Sacramento. It reads: "The wonderful thing which you have just done makes me feel like a craven coward. How encouraging it would be if more adults had your courage, self-respect and integrity. Respectfully and faithfully yours."

But even as she inspired awe throughout the country, elders within Montgomery’s black community began to doubt her suitability as a standard-bearer of the movement. "I told Mrs Parks, as I had told other leaders in Montgomery, that I thought the Claudette Colvin arrest was a good test case to end segregation on the buses," says Fred Gray, Parks’s lawyer. "However, the black leadership in Montgomery at the time thought that we should wait."

Some in Montgomery, particularly in King Hill, think the decision was informed by snobbery. "It was partly because of her colour and because she was from the working poor," says Gwen Patton, who has been involved in civil rights work in Montgomery since the early 60s. "She lived in a little shack. It was a case of ‘bourgey’ blacks looking down on the working-class blacks."

"They never thought much of us, so there was no way they were going to run with us," says Hardin. Others say it is because she was a foul-mouthed tearaway. "It bothered some that there was an unruly, tomboy quality to Colvin, including a propensity for curse words and immature outbursts," writes Douglas Brinkly, who recently completed a biography of Parks. But people in King Hill do not remember Colvin as that type of girl, and the accusation irritates Colvin to this day. "I never swore when I was young," she says. "Never."

Everyone, including Colvin, agreed that it was news of her pregnancy that ultimately persuaded the local black hierarchy to abandon her as a cause célèbre. For Colvin, the entire episode was traumatic: "Nowadays, you’d call it statutory rape, but back then it was just the kind of thing that happened," she says, describing the conditions under which she conceived. She refused to name the father or have anything to do with him. "When I told my mother I was pregnant, I thought she was going to have a heart attack. If I had told my father who did it, he would have killed him."

A personal tragedy for her was seen as a political liability by the town’s civil rights leaders. In his Pulitzer prize-winning account of the civil rights years, Parting The Waters, Taylor Branch wrote: "Even if Montgomery Negroes were willing to rally behind an unwed, pregnant teenager – which they were not – her circumstances would make her an extremely vulnerable standard bearer."

"If the white press got ahold of that information, they would have [had] a field day," said Rosa Parks. "They’d call her a bad girl, and her case wouldn’t have a chance."

Montgomery’s black establishment leaders decided they would have to wait for the right person. And that person, it transpired, would be Rosa Parks. "Mrs Parks was a married woman," said ED Nixon. "She was morally clean, and she had a fairly good academic training … If there was ever a person we would’ve been able to [use to] break the situation that existed on the Montgomery city line, Rosa L Parks was the woman to use … I probably would’ve examined a dozen more before I got there if Rosa Parks hadn’t come along before I found the right one."

‘Facts speak only when the historian calls on them," wrote the historian EH Carr in his landmark work, What Is History? "It is he who decides which facts to give the floor and in what order or context. It is the historian who has decided for his own reasons that Caesar’s crossing of that petty stream, the Rubicon, is a fact of history, whereas the crossing of the Rubicon by millions of other people before or since interests nobody at all."

Montgomery was not home to the first bus boycott any more than Colvin was the first person to challenge segregation. Two years earlier, in Baton Rouge, Louisiana, African-Americans launched an effective bus boycott after drivers refused to honour an integrated seating policy, which was settled in an unsatisfactory fudge. And, like the pregnant Mrs Hamilton, many African-Americans refused to tolerate the indignity of the South’s racist laws in silence.

Nor was Colvin the last to be passed over. In the nine months between her arrest and that of Parks, another young black woman, Mary Louise Smith, suffered a similar fate. Smith was arrested in October 1955, but was also not considered an appropriate candidate for a broader campaign – ED Nixon claimed that her father was a drunkard; Smith insists he was teetotal.

But there were two things about Colvin’s stand on that March day that made it significant. First, it came less than a year after the US supreme court had outlawed the "separate but equal" policy that had provided the legal basis for racial segregation – what had been custom and practice in the South for generations was now against federal law and could be challenged in the courts.

Second, she was the first person, in Montgomery at least, to take up the challenge. "She was not the first person to be arrested for violation of the bus seating ordinance," said J Mills Thornton, an author and academic. "But according to [the commissioner], she was the first person ever to enter a plea of not guilty to such a charge."

It is a rare, and poor, civil rights book that covers the Montgomery bus boycott and does not mention Claudette Colvin. But it is also a rare and excellent one that gives her more than a passing, dismissive mention. However, not one has bothered to interview her. Most Americans, even in Montgomery, have never heard of her. She has literally become a footnote in history.

For we like our history neat – an easy-to-follow, self-contained narrative with dates, characters and landmarks with which we can weave together otherwise unrelated events into one apparently seamless length of fabric held together by sequence and consequence. Complexity, with all its nuances and shaded realities, is a messy business. So we choose the facts to fit the narrative we want to hear.

While this does not happen by conspiracy, it is often facilitated by collusion. In this respect, the civil rights movement in Montgomery moved fast. Rosa Parks was thrown off the bus on a Thursday; by Friday, activists were distributing leaflets that highlighted her arrest as one of many, including those of Colvin and Mary Louise Smith: "Another Negro woman has been arrested and thrown in jail because she refused to get up out of her seat on the bus for a white person to sit down," they read. "It is the second time since the Claudette Colvin case that a Negro woman has been arrested for the same thing."

By Monday, the day the boycott began, Colvin had already been airbrushed from the official version of events. Meanwhile, Parks had been transformed from a politically-conscious activist to an upstanding, unfortunate Everywoman. "And since it had to happen, I’m happy it happened to a person like Mrs Parks," said Martin Luther King from the pulpit of the Holt Street Baptist Church.

"For nobody can doubt the boundless outreach of her integrity. Nobody can doubt the height of her character, nobody can doubt the depth of her Christian commitment and devotion to the teachings of Jesus." Though he didn’t say it, nobody was going to say that about the then heavily pregnant Colvin.

But Colvin was not the only casualty of this distortion. Parks was, too. Her casting as the prim, ageing, guileless seamstress with her hair in a bun who just happened to be in the wrong place at the right time denied her track record of militancy and feminism. She appreciated, but never embraced, King’s strategy of nonviolent resistance, remains a keen supporter of Malcolm X and was constantly frustrated by sexism in the movement. "I had almost a life history of being rebellious against being mistreated against my colour," she said.

But the very spirit and independence of mind that had inspired Parks to challenge segregation started to pose a threat to Montgomery’s black male hierarchy, which had started to believe, and then resent, their own spin. Nixon referred to her as a "lovely, stupid woman"; ministers would greet her at church functions, with irony, "Well, if it isn’t the superstar." Reverend Ralph Abernathy, who played a key role as King’s right-hand man throughout the civil rights years, referred to her as a "tool" of the movement.

Those who are aware of these distortions in the civil rights story are few. Betty Shabbaz, the widow of Malcolm X, was one of them. In a letter published shortly before Shabbaz’s death, she wrote to Parks with both praise and perspective: "‘Standing up’ was not even being the first to protest that indignity. Fifteen-year-old Claudette Colvin was the first to be arrested in protest of bus segregation in Montgomery.

"When ED Nixon and the Women’s Political Council of Montgomery recognised that you could be that hero, you met the challenge and changed our lives forever. It was not your tired feet, but your strength of character and resolve that inspired us." It is a letter Colvin knew nothing about.

Colvin is not exactly bitter. But, as she recalls her teenage years after the arrest and the pregnancy, she hovers between resentment, sadness and bewilderment at the way she was treated. "They just dropped me. None of them spoke to me; they didn’t see if I was okay. They never came and discussed it with my parents. They just didn’t want to know me."

She believes that, if her pregnancy had been the only issue, they would have found a way to overcome it. "It would have been different if I hadn’t been pregnant, but if I had lived in a different place or been light-skinned, it would have made a difference, too. They would have come and seen my parents and found me someone to marry."

When the boycott was over and the African-American community had emerged victorious, King, Nixon and Parks appeared for the cameras. "It’s interesting that Claudette Colvin was not in the group, and rarely, if ever, rode a bus again in Montgomery," wrote Frank Sikora, an Alabama-based academic and author. After her arrest and late appearance in the court hearing, she was more or less forgotten. Later, she would tell a reporter that she would sometimes attend the rallies at the churches. "I would sit in the back and no one would even know I was there."

The upshot was that Colvin was left in an incredibly vulnerable position. A poor, single, pregnant, black, teenage mother who had both taken on the white establishment and fallen foul of the black one. It is this that incenses Patton. "I respect my elders, but I don’t respect what they did to Colvin," she says. "For a while, there was a real distance between me and Mrs Parks over this. Colvin was a kid. She needed support."

If that were not enough, the son, Raymond, to whom she would give birth in December, emerged light-skinned: "He came out looking kind of yellow, and then I was ostracised because I wouldn’t say who the father was and they thought it was a white man. He wasn’t." She became quiet and withdrawn. "I wasn’t with it at all. All I could do is cry."

She would not be moved

Robinson recalls: "She needed encouragement, for since her conviction as a law violator her head was not held so high. She did not look people straight in the eye as before." She received a scholarship to the local, historically black university, Alabama State, even though the college authorities were none too keen on having a "troublemaker" on campus.

The tears kept coming. She dropped out. She could not find work in Montgomery because as soon as white people found out what she had done, they fired her. "I just couldn’t get a job. I’d change my name so that I could work in a restaurant, and they’d find out who I was and that was it. I ran out of identities." Even when she did get work, it was humiliating. "I had this baby of my own and yet I had to leave him with my mother so I could babysit for white people who hated me."

In the space of a few years, a confident A-grade student had passed through the eye of a political storm and emerged a bedraggled outcast. "It changed my life," she says. "I became aware of how the world is and how the white establishment plays black people against each other."

She believes, however, that they were right to choose someone such as Rosa Parks as a standard-bearer. "They picked the right person. They needed someone who could bring together all the classes. They wouldn’t have followed me. They wanted someone who would shake hands and go to banquets. They wanted someone they could control, and they knew, as a teenager, they couldn’t control me."

But she also believes that they were wrong not to support her in her time of need. "They weren’t there for me when I tried to make a comeback. I thought maybe they would help me get a degree, or talk to someone about getting me work. I thought they could get me together with Rosa Parks and we could go out together and talk to children."

Similarly, Patton believes that the pragmatic decision not to put Colvin in the spotlight at first was probably correct, but that it does not excuse a wilful negligence to acknowledge her contribution afterwards. "I have no problem with them not lifting up Colvin in 1955. I have a problem with them not lifting her up in 1970. Rosa Parks could have said many times [in the intervening years. ‘And there were others’."

Colvin’s life after Montgomery is a metaphor for postwar black America. As the struggle moved from civil rights to economic rights, Colvin followed the route of the great migration and went north to a low-paid job and urban deprivation. She left Montgomery for New York in 1958 to work as a live-in domestic and soon became accustomed to the differences and similarities between north and south.

While the power relationship of maid and madam was the same, she encountered less petty racism and institutionalised indignity in the north. In the south, a live-in domestic would never dream of washing her own clothes with those of her employers. So when she came down one day to find her employer’s laundry dumped on top of hers with a polite request to wash them at the same time, she was shocked. "That’s when I knew I was out of the South. That could just never have happened there."

At the start, she occasionally travelled back to Montgomery by bus with baby Raymond to see her parents and look for work in a place where her family could lend support, but no one would employ her. A year later, she fell pregnant again, and in 1960 gave birth to Randy. The pressure of making ends meet in the urban north with two infants and no family became too much.

In what was a common arrangement at the time, she left Raymond and Randy with her mother in Montgomery as she sought work in the north. Things got tough. A couple of times she even considered going into prostitution. "The only thing that kept me out of it was the other things that go with it. Stealing, drugging people. I figured that after the first time the physical thing wouldn’t matter so much, but I couldn’t get involved in all the other stuff."

At one and the same time, she had become both more independent and more vulnerable, and looking for some evidence for the gains of the civil rights era in her own life. "What we got from that time was what was on the books anyhow. Working-class people were the foot soldiers, but where are they now – they haven’t seen any progress. It was the middle classes who were able to take advantage of the laws."

Her two boys took wildly divergent paths. Like many African-American men, Raymond, the unborn child she was carrying during the heady days of 1955, joined the US army. Like all too many, he later became involved in drugs and died of an overdose in her apartment. Like many others, Randy emerged successful and moved back down south, to Atlanta, where he now works as an accountant. Colvin has five grandchildren.

Earlier this month, Troy State University opened a Rosa Parks museum in Montgomery to honour the small town’s place in civil rights history on its 45th anniversary. Roy White, who was responsible for much of what went into the museum, called Colvin to ask if she would appear in a video to tell her story. She refused. "They’ve already called it the Rosa Parks museum, so they’ve already made up their minds what the story is."

He suggested that maybe she would achieve some closure by participating. "What closure can there be for me?" she asks with exasperation. "There is no closure. This does not belong in a museum, because this struggle is not over. We still don’t have all that we should have. And, personally, there can be no closure. They took away my life. If they want closure, they should give it to my grandchildren."

Voir aussi:

Obama’s inauguration to provide landmark moment for civil rights titan

Myrlie Evers-Williams, 79, will deliver the invocation at Monday’s ceremony, placing the contribution of women firmly centre stage

Gary Younge

18 January 2013

The Guardian

Myrlie Evers-Williams will be the first women and layperson to deliver the invocation at a presidential inauguration. Photograph: Rogelio V Solis/AP

On the evening of 11 June 1963, Myrlie Evers-Williams lay in bed in Jackson, Mississippi, allowing her three small children stay up with her to watch President John F Kennedy deliver a landmark address on civil rights.

"If an American, because his skin is dark, cannot eat lunch in a restaurant open to the public," said the president. "If he cannot send his children to the best public school available; if he cannot vote for the public officials who will represent him; if, in short, he cannot enjoy the full and free life which all of us want, then who among us would be content to have the color of his skin changed and stand in his place? Who among us would then be content with the counsels of patience and delay?"

They were still up when her husband Medgar, field secretary for the Mississippi chapter of the National Association for the Advancement of Coloured People (NAACP), came home just after midnight from a meeting with activists in a local church. Lurking in the honeysuckle bushes across the road from his house was Byron De La Beckwith, a fertilizer salesman and Klansman from nearby Greenwood, with a high-powered hunting rifle. The sound of Medgar slamming the car door was followed quickly by gunfire. The children dived on to the floor just as they had been taught. Evers-Williams ran downstairs to find her husband slumped on the doorstep. The bullet went through his back and came out of his chest. He died in the early hours of 12 June.

The assassination, just as the civil rights movement was cresting, would place Evers-Williams in the national spotlight, the most prominent of what would become known – problematically – as a ‘civil rights widow’. She would be joined before the decade was out by Corretta Scott King and Betty Shabbazz, Malcolm X’s wife.

"We came to realise, in those last few days, last few months, that our time was short," she said later. "It was simply in the air. You knew that something was going to happen, and the logical person for it to happen to was Medgar."

The rifle was traced back to Beckwith, whose fingerprints were found on the rifle’s telescopic sight. Some witnesses reported seeing a man who looked like him in the area that night as well as a car that looked like his white Plymouth Valiant. Nonetheless, all-white juries twice failed to reach a verdict in 1964. During the second trial, Mississippi governor Ross Barnett interrupted the trial to shake hands with him while Myrlie was testifying. He would not be convicted until 1994, thanks in no small part to Evers-Williams’ meticulous collection of evidence.

On Monday, on Martin Luther King day, Evers-Williams, 79, will deliver the invocation at Barack Obama’s second inauguration, making her the first woman and layperson to do so. In a day pregnant with symbolism – the first black president being sworn in on a federal holiday day dedicated to the nation’s most revered black, historical figure – Obama will be using King’s bible to take the oath of office.

Asked if she ever imagined back in the dark days of segregation then that there might be one day be a black president, Evers-Williams told the Religious News Service: "Of course, we all knew, we hoped, we worked, we prayed that one day there would be a man or a woman of African American descent who would become the president of the United States of America.

"That has been a dream come true, but if we look at the politics leading up to particularly his second term, there were blocks that came during this time of getting people to register and to vote that are reminiscent of some of those actions that took place 50 years ago to keep people of my race and others away from the polls."

Half a century after Medgar’s death, Evers-Williams, who remarried in 1975, is comfortable still being closely associated with the memory of her first husband. "I have always wanted to see Medgar be recognised for what he did," she says. "Medgar’s remains are in Arlington Cemetery, only about four to five miles away from the spot where the inauguration will take place. It’s kind of a miracle for me that all of this is happening at this particular time."

But her inclusion in the ceremony sees her take centre stage again as a political figure in her own right. After Beckwith’s second trial, Evers-Williams moved to California, went to university and twice, unsuccessfully, ran for Congress. During the mid-1990s when the NAACP, the nation’s oldest civil rights organisation, was mired in scandal and economic difficulty, she became its chair and was instrumental in turning it around.

But as she takes to the podium on Monday, she will help restore to public memory the vital contributions that women made to the civil rights movement that were often denigrated within the movement at the time and have been omitted from the historical record since. Church-led and male dominated, the civil rights leadership often gave its female footsoldiers little or no credit for the essential work they did and the extraordinary sacrifices they made.

In Montgomery, Alabama, for example, the first woman to plead not guilty after she refused to sit at the back of the bus – 15-year-old Claudette Colvin – was dropped after she became pregnant. After Rosa Parks stepped up, and the bus boycott that would propel King to national attention was under way, she would be marginalised after she refused to simply be a benign figurehead. One of the leading local activists, AD Nixon, referred to her as a "lovely, stupid woman"; ministers greeted her at church functions with irony: "Well, if it isn’t the superstar." And one of King’s key aides, Reverend Ralph Abernathy referred to her as a "tool" of the movement.

During the march on Washington, where King delivered his "I have a dream" speech, no women were scheduled to speak and women leaders were not allowed to march alongside the men. Only after an uproar from some women activists was Evers-Williams, who’d lost her husband just 10 weeks earlier, included on the roster. She could not get there. "That was one thing that has haunted me over the years," she says. "Fifty years later, I receive an invitation to deliver the invocation."

Evers-Williams was set to speak alongside the Rev Louie Giglio, who pulled out from giving the benediction following an outcry over a homophobic sermon he gave in the 90s. Evers-Williams’ denominational affiliation can best be described as promiscuous. "I have been Baptist, I have been Methodist, I have been Presbyterian. I have attended all those churches depending on where I have lived my life."

Evers-Williams has been on the lecture circuit since Medgar’s assassination, but admits to being nervous about her participation in Monday’s ceremony. "To pray is nothing new. To pray in public is nothing new. But to pray in a setting where there will be thousands and thousands of people who will listen. I am asking for guidance. I am asking for direction and I am asking to, please God, help me stay within three minutes that I have been given."

Back in 1963 at the march on Washington, after much complaining from many quarters, the organisers hastily arranged a "tribute to women" in which the female civil rights leaders were asked to stand on stage and be applauded by the crowd. At the time, Parks turned to a fellow campaigner, Daisy Bates, and said "Our time will someday come."

Half a century later, Evers-Williams has finally arrived to take centre stage in the capital.

Voir encore:

Claudette Colvin, la première Afro-Américaine à refuser de céder son siège

Ambassade américaine de Paris

Phillip Hoose

21 février 2012

L’article ci-après fait partie de la revue « Portraits de femmes noires exemplaires ».

La guerre de Sécession mit fin à l’esclavage sans mettre fin aux préjugés raciaux. Dans les décennies qui suivirent, les Américains d’origine européenne promulguèrent des centaines de lois (pour la majorité dans le Sud) destinées à empêcher les Blancs et les Noirs de vivre, de travailler, voire de prendre les transports en commun, ensemble. Ils n’avaient même pas le droit d’être enterrés dans le même cimetière. Surnommées « Jim Crow », d’après le personnage d’une chanson interprétée par des Blancs grimés en Noirs, ces lois étaient souvent appliquées par la force.

L’un des premiers gestes réussis de contestation aux lois Jim Crow se produisit à Montgomery, dans l’Alabama : en mars 1955, une adolescente du nom de Claudette Colvin fut arrêtée pour avoir refusé de céder sa place à une Blanche dans un bus et, pour la première fois dans les annales de l’histoire de la ville, porta l’affaire en justice. Même si les chefs des mouvements noirs ne choisirent pas Claudette pour icône lors du boycott des bus de Montgomery qui allait suivre – optant neuf mois plus tard pour Rosa Parks, âgée de 42 ans – le procès fournit des informations tactiques et politiques qui allaient plus tard s’avérer utiles pour les organisateurs du boycott, dont le jeune pasteur Martin Luther King. L’important, c’est que Claudette Colvin contribua à l’heureuse conclusion du boycott – et de la ségrégation raciale dans les transports publics de l’État – par son courage devant les tribunaux dans le procès historique Browder contre Gayle.

L’après-midi du 2 mars 1955, Claudette Colvin, âgée de 15 ans, monta dans le bus de Highland Gardens, dans le centre-ville de Montgomery, et s’assit pour le long trajet urbain qui allait l’emmener chez elle. Elle connaissait bien le règlement en vigueur dans les bus – tout le monde le connaissait. Les dix premiers sièges étaient réservés aux Blancs. Les 26 autres sièges, derrière, étaient contrôlés par le conducteur du bus, qui regardait constamment dans le rétroviseur pour s’assurer que personne n’enfreignait la réglementation. Une fois que les dix premiers sièges réservés aux Blancs étaient pris, le conducteur ordonnait alors aux passagers noirs de céder leur place au milieu et à l’arrière du bus aux nouveaux passagers blancs.

Lorsque Claudette monta à bord du bus ce jour-là, il n’y avait pas encore de passagers blancs. La plupart étaient comme elle des élèves qui rentraient de l’école. Claudette se glissa sur un siège au milieu du bus près de la fenêtre. Trois de ses camarades prirent place dans la même rangée. Claudette se plongea dans ses pensées tandis que le bus commençait à se remplir. Bientôt, une dame blanche avança dans le couloir central et attendit devant elle de manière délibérée. Claudette sortit subitement de sa rêverie et se rendit compte qu’elle devait se lever et lui céder sa place.

Le conducteur jeta un coup d’œil dans le rétroviseur et ordonna aux jeunes Afro-Américaines de prendre des sièges plus à l’arrière. Les camarades de Claudette obéirent et partirent lentement vers l’arrière du bus. Mais Claudette ne dit pas un mot et ne se leva pas. « Hé, lève-toi ! » cria le conducteur. Claudette resta assise. Le conducteur ouvrit la porte automatique et héla au passage un policier des transports pour lui demander de monter à bord et d’appliquer la réglementation en vigueur. Mais le policier n’était pas autorisé à procéder à des arrestations. Une rue plus loin, le conducteur interpella deux policiers qui étaient assis dans leur voiture de service. Ils montèrent dans le bus et ordonnèrent à la jeune fille de se lever. Lorsqu’elle refusa, ils la saisirent par les poignets et la soulevèrent brutalement du siège, faisant voler ses livres de classe. Criant qu’elle avait le droit constitutionnel de s’asseoir où elle voulait, Claudette se força à ne pas lutter. « Je ne pouvais pas me lever ce jour-là, se souvint-elle, des années plus tard. L’histoire m’a clouée sur mon siège. J’ai senti la main de Harriet Tubman sur une de mes épaules et celle de Sojourner Truth sur l’autre. »

Les policiers menottèrent Claudette, la jetèrent dans une voiture de police et l’emmenèrent à la mairie, en l’injuriant tout au long du chemin. L’adolescente de 15 ans fut écrouée et incarcérée dans une cellule de la prison pour adultes. La porte en fer se referma sur elle bruyamment et fut verrouillée. Claudette se retrouva toute seule dans une petite pièce pourvue d’un lit de camp sans matelas et de W.-C. rouillés. Sa mère savait-elle où elle était ? Claudette tomba à genoux, en sanglotant et en priant.

Des heures plus tard, sa mère et son pasteur obtinrent sa mise en liberté sous caution et la raccompagnèrent chez elle. Mais Claudette se trouvait dans une situation juridique très grave. Elle était accusée par la ville d’avoir troublé l’ordre public, violé la loi de ségrégation et « agressé » les policiers qui l’avaient sortie du bus. Dans le passé, d’autres passagers afro-américains avaient déjà été arrêtés pour avoir refusé de céder leur place à des Blancs, mais personne ne s’était défendu contre les accusations. Ils avaient payé une amende et étaient rentrés chez eux. Claudette agit différemment. Des fonds furent levés pour recruter un avocat avec l’appui de l’Association nationale pour le progrès des gens de couleur (NAACP) et des congrégations noires de la ville.

À l’audience, le président du tribunal rejeta les deux premiers chefs d’accusation mais garda celui de l’agression. Claudette fut mise en liberté surveillée sous la garde de ses parents. Son avocat fit appel, mais en vain. Aucun juge de la ville n’allait casser le jugement qui avait été prononcé contre elle.

Après le procès, Claudette retourna au lycée Booker Washington et s’efforça de finir son année scolaire. Au lieu de la traiter en héroïne, beaucoup de ses camarades de classe se moquèrent d’elle. Découragée, elle se mit à déprimer. « Parfois, j’avais le sentiment d’avoir fait quelque chose de mal… J’ai perdu beaucoup d’amis », devait-elle avouer plus tard.

En décembre 1955, soit neuf mois après l’arrestation de Claudette, une couturière de 42 ans du nom de Rosa Parks fut arrêtée pour avoir pris la même position dans un bus bondé de la même ville. Désormais préparés, en partie grâce à l’expérience vécue avec Claudette, les chefs de la communauté noire de Montgomery apportèrent leur soutien à Rosa Parks et organisèrent rapidement un boycott de tous les bus de la ville. Trente-cinq mille tracts furent distribués, demandant à la population noire de se déplacer à pied ou de se grouper à plusieurs en voiture jusqu’à ce que les autorités municipales changent la façon dont les passagers noirs étaient traités dans les bus publics.

Les dirigeants noirs, notamment Martin Luther King, prirent leurs distances vis-à-vis de Claudette Colvin, préférant utiliser Rosa Parks seule, comme icône de la contestation contre les bus. Pourquoi ? Certains dirigeants de la communauté pensaient qu’une adolescente suffisamment rebelle pour résister aux forces de l’ordre qui la faisaient sortir manu militari d’un bus serait difficile à contrôler lors d’une manifestation soigneusement organisée. Claudette, quant à elle, estime qu’elle ne fut pas choisie car, contrairement à Rosa Parks, sa peau était noire, ses cheveux crépus et sa famille plus pauvre que les personnalités noires en ville. « Nous ne faisions pas partie du cercle fermé, déclara-t-elle plus tard. Les Noirs de la classe moyenne ne voulaient pas de nous comme modèle. »

Après des mois de boycott des bus et de refus de négociations des responsables municipaux, les dirigeants noirs décidèrent de poursuivre la ville de Montgomery devant le tribunal fédéral, arguant que les lois ségrégationnistes étaient une violation de la Constitution des États-Unis. Mais trouver des plaignants était difficile. Participer à une action en justice dénonçant ouvertement le système Jim Crow, c’était mettre sa vie en péril. À la fin, seulement quatre femmes acceptèrent de déposer plainte, dont Claudette Colvin, alors âgée de 16 ans.

Lorsque la jeune fille fut appelée à témoigner au procès le 11 mai 1956, elle s’avança à la barre et s’assit, levant la main droite et lissant sa robe bleue. Elle jeta un regard aux trois juges blancs sur sa droite, à l’air réprobateur. L’avocat de la ville se mit immédiatement à l’attaque, s’efforçant de piéger la jeune fille afin de lui faire avouer que Martin Luther King avait manipulé les Noirs de Montgomery pour les inciter à boycotter les bus contre leur gré.

« Qui sont vos chefs ? » demanda-t-il.

« …Seulement nous, nous seules », répondit Claudette, d’une voix égale.

« Pourquoi avez-vous cessé de prendre le bus le 5 décembre ? » demanda l’avocat, se référant à la date du début du boycott.

Le regard acéré, Claudette répondit : « Parce qu’on nous traitait mal, de façon injuste et odieuse. »

L’un des avocats des autres plaignantes devait ensuite déclarer : « Si nous devions nommer un témoin vedette… ce serait Claudette Colvin. »

Plusieurs mois plus tard, après plus d’un an de boycott, les juges déclarèrent que les lois ségrégationnistes réglementant les bus de Montgomery dans l’Alabama étaient anticonstitutionnelles. La Cour suprême des États-Unis confirma cette décision, obligeant la municipalité à mettre un terme à la ségrégation dans les transports publics.

Deux ans après le procès, à l’âge de 18 ans, Claudette Colvin quitta Montgomery pour New York où elle travailla pendant cinquante ans comme aide-soignante dans une maison de retraite de Manhattan. À New York, elle ne parla jamais de son rôle historique de catalyseur du boycott des bus de Montgomery, sauf à une poignée de journalistes et d’historiens intéressés par le mouvement des droits civiques et qui, redécouvrant son histoire, lancèrent une enquête. Claudette, qui a maintenant 70 ans, est à la retraite et a cinq petits-enfants. Elle est fière d’avoir pu, à 15 ans, préparer la voie à la première grande victoire du mouvement des droits civiques aux États-Unis.

« Quand il s’agit de justice, déclare Claudette, il n’y a pas de moyen facile de l’obtenir. On ne peut pas l’édulcorer. Il faut prendre position et dire : « Ce n’est pas juste. » Et je l’ai fait. »

Phillip Hoose a remporté en 2009 le Prix national du livre dans la catégorie des jeunes lecteurs pour son livre intitulé Claudette Colvin : Twice Toward Justice. Il est l’auteur de nombreux livres, articles, essais et nouvelles, notamment The Race to Save the Lord God Bird, Hey, Little Ant (écrit avec sa fille Hannah) et We Were There Too ! Young People in U.S. History, ouvrage qui a également été finaliste du Prix national du livre. Diplômé de l’école de foresterie et des sciences environnementales de l’université Yale, Philippe Hoose travaille à l’association écologiste The Nature Conservancy depuis 1977. Il est également auteur-compositeur et musicien. Il habite à Portland, dans le Maine.

Cet article est extrait de la brochure Stories of African-American Achievement publiée par le bureau IIP du département d’État des États-Unis.

Voir également:

N’oublions pas Claudette Colvin, Rosa Parks et M Luther King JR

 Gérard Sarda

Avertissement :

J’avais écrit initialement une version à peine différente du texte qui suit, en décembre 1995. Jamais publié jusqu’ici, il a seulement été distribué à quelques amis et connaissances.

J’en ai modifié ci-après l’économie générale, quelques passages aussi, et l’ai allégé pour le publier en 2010 à la rubrique "en ligne" proposée par mon éditeur, l’Harmattan, dans son catalogue, en tant qu’auteur du livre " Le procès Konhu en Nouvelle Calédonie une nouvelle affaire Outreau ?". Je laisse tout ce qui a conservé selon moi son actualité, en particulier les éléments historiques nécessaires à sa compréhension.

J’en autorise la citation, partielle ou intégrale, avec mention d’origine bien sûr.

Plus de 55 ans après la décision de la Cour Suprême des Etats Unis, le racisme n’a pas disparu loin s’en faut, pas plus aux Etats Unis que dans bien d’autres endroits de la planète, alors même que pour la première fois dans l’histoire, un citoyen noir a accédé à la Maison Blanche. Ce fléau demande quelquefois une certaine circonspection pour être combattu, ce qui exige de ne jamais baisser la garde.

Mon texte de 1995, portait comme titre " Il y a 40 ans, C Colvin, R Parks et M L King, Jr, aux avant postes du combat pour les Droits civiques aux Etats unis". Il avait été gracieusement "tapé" chez elle par l’épatante Andrée Maugin qui déchiffrait les manuscrits comme personne et assurait alors le secrétariat général de l’IUFM de l’académie de Nantes.

En voici donc ma nouvelle version, actualisée et raccourcie.

Plus de cinq décennies se sont écoulées entre les actes de désobéissance civile de noirs américains et l’accession de Barak Obama à la présidence des Etats Unis.

Héritage de l’esclavage pourtant aboli après la guerre de sécession, l’abominable doctrine dite "de l’Egalité dans la séparation" avait eu, jusqu’en 1954, un caractère "officiel, légal, constitutionnel".

"Ma famille et moi, on était originaires de King Hill, le faubourg le plus pauvre parmi les plus pauvres. On ne faisait pas partie des initiés, je veux dire par là qu’on n’était pas des Noirs de la classe moyenne pour lesquels il n’était sûrement pas question d’ériger en modèles des gens de notre milieu". C’est ainsi que se présente, en 1995, la quadragénaire Claudette Colvin dans l’ interview qu’elle donne, le 29 novembre 2005 au quotidien "USA Today".

En 1954, elle est une illustre inconnue, une adolescente de 15 ans. Son institutrice, Géraldine Nesbitt, à qui elle rend hommage, encourageait ses élèves à "penser par elles-mêmes" indiquera-t-elle au journaliste. Le 2 mars 1955 dans l’après midi, alors qu’elle est assise, immobile, dans un bus, Robert Cleer, le chauffeur, lui demande de céder sa place et quitter sa rangée pour permettre à des lycéens blancs de s’installer. Elle refuse. Son attitude ne surprend pas vraiment celles de ses camarades qui connaissaient un peu son état d’esprit. Simplement, elle ne supporte plus de voir sa mère qui hait la situation terrible que subissent les gens de couleur, faire assaut de politesses à l’égard des blancs. Alors, sans plus de réflexion et d’un seul mouvement, elle refuse obstinément d’obéir.

Du jamais vu ! Son refus fige de stupéfaction tous les passagers, noirs et blancs. "Il faut que tu changes de place", insiste le chauffeur.

"L’école des blancs et l’école des gens de couleur, le restaurant pour blancs et le restaurant pour les gens de couleur…" ; ainsi vivaient les habitants de Mongomery et de bien d’autres villes et bourgs du sud des USA, séparés. Finalement, les bus avaient un bien maigre avantage: gens de couleur et blancs se partageaient les sièges, distingués par rangées. Les blancs occupaient les rangées de devant et les gens de couleur celles du fond. Il n’était pas question de voir un noir sur une même rangée qu’un blanc et pour faire face aux fluctuations d’effectifs, quelques rangées intermédiaires pouvaient être exceptionnellement attribuées à des passagers de couleur, à condition qu’ils cèdent leur place à des blancs à la demande! La plupart du temps, ni un voyageur blanc ni le chauffeur ne disait mot tant la règle en vigueur était intériorisée par ceux qui en souffraient. De toute façon, des panonceaux, déplacés de rangée en rangée par le chauffeur selon la situation, indiquaient clairement à chacun où s’installer. La pratique de la loi raciste applicable en Alabama était en la matière parfaitement codifiée.

Dans les années 90, un de mes collègues d’alors, Monsieur Stindel, se souvenait qu’à l’occasion d’un voyage qui, dans sa jeunesse, l’avait conduit dans le sud des Etats Unis, il s’était fait vertement rabrouer par le chauffeur et les passagers blancs d’un autobus car il avait eu l’extrême audace de céder sa place à une maman noire portant son bébé dans les bras. Humiliante dans les écoles, les restaurants ou les cinémas, la ségrégation raciale l’était davantage encore dans les bus où, paradoxalement, la "séparation" n’était pas totale.

Mais pour revenir à Claudette, adolescente rebelle, personne dans le bus, n’a compris son attitude. Ses camarades ne sont pas loin de penser qu’elle a un grain. Quant aux voyageurs noirs plus âgés, ils ressentent cette initiative comme une provocation plus susceptible de leur attirer des ennuis supplémentaires, comme par exemple des conditions d’accès plus sévères dans des bus, par ailleurs confortables et fiables, que de remettre en cause la séparation des races. Pour les blancs, pareil refus d’obtempérer constitue une gravissime infraction.

Un autre lycéen noir va pourtant faire entendre sa solidarité, en ces termes défaitistes: "la seule chose qui lui reste à faire c’est d’en finir avec sa vie de négresse". A peine a-t il poussé ce cri de désespoir que deux policiers se sont engouffrés dans le bus. Ils trainent Claudette hors du bus. Celle-ci se débat et hurle. Ils sont "assourdis par ses cris et ses vociférations" indiquent les archives de la police. Elle est emprisonnée sur le champ mais sortira vite, son père ayant réglé la caution demandée pour sa libération. Un procès suivra, et la NAACP (National association for the advancement of coloured people) décide de soutenir les Colvin.

Cette action isolée de désobéissance civile va donner des idées à d’autres. Et d’ailleurs, quand, en 1995, Claudette Colvin fait appel à ses souvenirs et à ce qu’elle ressentit à l’époque, elle fait part au journaliste d’ "USA To-day" d’une sorte d’amertume. Parlant de celles et ceux qui ont finalement repris son initiative en lui donnant une toute autre ampleur, elle déclare : "Le boycott c’était leur affaire", et brisant alors un long silence, elle ajoute : "ça serait bien si on se rappelait un peu aujourd’hui de l’action que nous avons menée. Ca me ferait plaisir si mes petits enfants réalisaient que leur grand-mère s’est battue pour quelque chose, il y a bien longtemps".

Si Claudette Colvin a ouvert la voie au boycott, celui ci n’a pris une forme organisée que 9 mois après son action d’éclat. Pour l’historien Louis E. Lomax, "ce qui était devenu possible neuf mois plus tard ne l’était pas neuf mois plus tôt"(dans "The negro revolt",a signet book, 1963).L’affaire fera quelques vagues, même si la SCLC, "Southern Christian leadership conference", sa section de Montgomery en particulier, saura en tirer des leçons. Des organisations de femmes noires implantées en Alabama prennent aussi bonne note de l’évènement.

Claudette finira par adhérer à la section locale de la NAACP mais pour autant, l’idée du boycott ne surgit pas tout de suite dans l’esprit de ses dirigeants, ou plutôt, l’idée fait son chemin mais est vite contestée: pour nombre d’ adhérents, cette "gaminerie", si elle était étendue, ne déboucherait que sur l’ interdiction infligée aux gens de couleur d’utiliser les bus.

Dans les locaux de la NAACP, Claudette va rencontrer une veuve élégante (sic), une mère de trois enfants qui travaille dans un grand magasin de vêtements. En 1955, cette quadragénaire est une responsable écoutée. Le premier décembre, 9 mois après Claudette, Rosa Parks que son statut social avait probablement fait échapper jusque là à la fréquentation des bus au profit d’un véhicule particulier, va se comporter exactement de la même manière que l’adolescente. Mais là, l’initiative a fait l’objet d’une préparation minutieuse, et c’est une sacrée différence.

Quand, le 5 décembre, Rosa Parks se voit condamnée à une amende de 14 dollars, 20 000 usagers de couleur vont réagir en refusant de monter dans les bus. Le boycott durera plus d’un an et le mot d’ordre ne sera levé que lorsque les lois prônant la ségrégation dans les transports en commun auront été déclarées non conformes à la Constitution américaine, dans le droit fil, du reste, de l’abandon auparavant, sur décision de la Cour suprême, de la doctrine de "l’égalité dans la séparation".

Claudette Colvin, dont j’espère avoir, à ma modeste échelle, rappelé le rôle initial, Rosa Parks à qui revient incontestablement la maternité du boycott des autobus de Montgomery, Martin Luther King Junior, porte parole emblématique de cette action collective majeure, ont ainsi fait tourner en avant la roue de l’histoire, avec l’appui également, de divers mouvements chrétiens, comme l’indique l’historien américain David Garrow dans son ouvrage, "Bearing the cross".

Leur œuvre a une portée universelle. Elle est hélas, loin d’être achevée.

Repris à Nouméa le 29 août 2010 d’un texte initialement écrit à Nantes en décembre 2005. Gérard Sarda

Voir encore:

Claudette Colvin, une Rosa Parks avant l’heure

La lutte pour les droits civiques et l’égalité entre Noirs et Blancs

Cyril Mondy

24 nov. 2009

Si Rosa Parks fut retenue par l’histoire, Claudette Colvin avant même Rosa Parks, refusa de céder sa place à un passager blanc dans la ville de Montgomery, Alabama.

Si nul n’ignore l’existence de Rosa Parks, ce petit bout de femme qui, le 1er décembre 1955, a refusé de céder sa place à un passager blanc dans un bus de la ville de Montgomery, en Alabama, entraînant l’intervention de la police et provoquant, dans les jours qui suivirent, la mise en place d’un boycott de la compagnie de bus par la population noire, combien savent qu’en réalité, avant Rosa Parks, d’autres avaient déjà affirmé leur rejet de cette discrimination, en refusant de se lever et de céder leur place?

En effet, avant Rosa Parks, plusieurs personnes dont Claudette Colvin firent un geste similaire. Pourtant ce nom là, l’histoire ne semble pas l’avoir retenu.

Claudette Colvin : l’histoire d’un refus

C’est le 2 mars 1955, soit 9 mois avant Rosa Parks, que Claudette Colvin, lycéenne de 15 ans, a été interpellée à Montgomery, menottée et expulsée du bus pour avoir refusé de se lever et de laisser son siège à un passager blanc.

Différentes raisons semblent avoir poussé Claudette Colvin à agir ainsi. Elle affirmait, en effet, qu’ayant payé son ticket de bus, elle avait tout autant le droit qu’un autre passager d’être assise. De plus, elle considérait qu’en lui demandant de céder sa place, on violait ses droits constitutionnels. Mais, lorsqu’elle se rappelle ce moment de sa vie, elle n’oublie pas de mentionner qu’à cette période-là, elle étudiait les leaders noirs (Harriet Tubman ou Sojourner Truth) à l’école. Et cela l’a probablement poussée à se rebeller contre l’autorité des blancs.

Claudette Colvin : une icône contestable ?

Pourtant, contrairement à Rosa Parks, cet acte ne fut pas l’étincelle qui déclencha un mouvement d’ampleur. Pourquoi Claudette Colvin n’a-t-elle pas suscité les mêmes réactions que Rosa Parks ?

Selon Claudette Colvin, différentes raisons expliquent cela. La première des raisons serait son âge : en effet, Claudette n’a que quinze ans quand les faits se déroulent et la NAACP (National Association for the Advancement of Colored People) préférerait un ou une adulte pour porter ce combat. Mais la raison qui a empêché Claudette Colvin d’accéder au statut d’icône a probablement à voir avec le fait que, peu de temps après son arrestation, elle tombe enceinte, devenant ainsi un symbole peu approprié pour la lutte. En effet, sa grossesse ne pouvait que scandaliser la pieuse communauté noire, empêcher une unité bien nécessaire pour relever ce combat et surtout donner aux partisans de la ségrégation une arme pour combattre les revendications des populations noires.

C’est d’une personne sans reproche et au-delà de tout soupçon dont la NAACP avait besoin pour lutter contre cette ségrégation et mener son combat jusqu’à la Cour Suprême. Et de toute évidence, Claudette Colvin n’était pas la bonne personne. C’est à la suite de plusieurs événements similaires que Rosa Parks fut finalement choisie pour être le point de départ de la lutte pour la défense des droits de la population noire aux Etats-Unis. Parce que Rosa Parks, contrairement à Claudette Colvin, semblait irréprochable, elle pouvait porter le flambeau de ce combat et ainsi entrer dans l’histoire.

Voir de plus:

Claudette Colvin, une rebelle non conventionnelle

Benjamin Delombre

Agoravox

21 décembre 2009

Claudette Colvin, une dame âgée de 70 ans aujourd’hui, témoigne sur la résistance à la ségrégation dans laquelle elle s’est engagée, huit mois avant que Rosa Parks ne soit arrêtée pour le même motif : refus de laisser sa place dans un bus à une personne de couleur blanche.

Le 2 mars 1955, Claudette Colvin, 15 ans, lycéenne de Montgomery dans l’Alabama, prend le bus comme chaque jour pour rentrer chez elle après sa journée de cours. Elle était assise deux rangs derrière la sortie de secours lorsque quatre hommes blancs montèrent dans le bus. Le chauffeur lui ordonna alors de se lever afin de laisser sa place aux derniers arrivants suivant les lois sur la ségrégation en vigueur. Mlle Colvin ne se déplaça cependant pas, continuant à fixer le dehors. La jeune fille fut alors évacuée de force du véhicule par deux policiers qui la mirent de fait en état d’arrestation.

Cet événement rappelle à nos mémoires le cas de Rosa Parks, l’activiste pour les droits civiques, qui, le 2 décembre 1955 refusa alors, elle aussi, de laisser sa place à une personne de couleur blanche et rentra dans les livres d’histoire du même coup. Simplement, ce qui permit à Mme Parks de figurer dans le classement des cent personnalités ayant le plus influencées le XXème siècle se déroula six mois après l’acte de rébellion de Claudette Colvin. Alors, pourquoi associons-nous aujourd’hui le nom de Rosa Parks et non celui de Mlle Colvin avec cet acte de rébellion pour l’égalité ?

Une jeune fille rebelle

En cette décennie 1950, l’Association Nationale pour le Progrès des Gens de Couleur (NAACP) devient un organe important de la lutte pour les droits civiques aux États-Unis, époque où les noirs ne sont pas égaux en droit aux blancs. Elle cherche alors une publicité qui pourrait mettre un peu plus en avant son combat. La mésaventure de Mlle Colvin tombe alors à point nommé pour l’organisation et ses leaders tel que Martin Luther King. A plus fortes raisons, le fait divers fait la une des journaux notamment lors du procès de la jeune fille de quinze ans. Le journaliste de l’Alabama Journal qui couvrait cette « violation de la ségrégation » rapporta que Mlle Colvin, « une lycéenne à lunettes d’apparence studieuse » avait accepté le verdict « avec autant de détachement que celui qu’elle avait manifesté » au cours de l’audience.

Mlle Colvin reçut alors des dizaines de lettres de soutien expédiées par le biais de Mme Rosa Parks, alors secrétaire du NAACP à Montgomery.

Cependant, ce fait divers finit par tomber dans l’oubli. En effet, les leaders du NAACP « craignaient de ne pas pouvoir gagner avec elle » explique Philip Hoose, auteur de Claudette Colvin : Twice toward justice. Il explique aussi qu’on la trouvait trop « bagarreuse » et « émotive ». Ces caractères qu’il paraît bien normal de rencontrer chez une adolescente de quinze ans confrontée aux tumultes d’une affaire judiciaire ne se retrouvent pas chez Mme Parks, considérée comme « impassible, calme et imperturbable » par son entourage. En plus de cela, Mlle Colvin tomba enceinte peu de temps après d’un homme marié. De ce fait, l’histoire de la lycéenne de Montgomery perdit encore un peu plus de sa superbe et risquait de choquer une population afro-américaine très pieuse.

Un autre événement comparable à celui-ci intervint avant que Rosa Parks ne refuse à son tour de laisser sa place dans un bus à une personne de couleur blanche. En effet, une autre adolescente de Montgomery, Mary Louise Smith, fut arrêtée après ne pas avoir satisfait aux demandes du chauffeur qui lui ordonnait de se lever de son siège en vertu de ces lois sur la ségrégation. Simplement, il se trouva qu’elle ne fut pas, elle non plus, retenue comme symbole de la lutte pour l’égalité suite à des rumeurs concernant un goût trop prononcé de son père pour l’alcool.

« Laisse Rosa passer au premier plan »

Une question se pose alors : Pourquoi Mlle Colvin n’a-t-elle jamais reparlé de son histoire ? Sans pour autant souhaiter détruire le mythe, elle aurait tout de même pu raconter cet événement pour obtenir un peu de reconnaissance, reconnaissance qu’elle mérite elle aussi. La réponse se trouve dans les paroles de sa mère juste après l’affaire. L’ancienne infirmière, elle a pris sa retraite en 2004, témoigne sans amertume, « Ma mère m’a conseillé de garder le silence sur ce que j’avais fait. Elle m’a dit :’Laisse Rosa passer au premier plan. Les blancs ne vont pas l’embêter : elle a la peau plus claire que la tienne et ils l’aiment bien’ ». Claudette Colvin ajoute « je savais au fond de mon cœur qu’elle était (Rosa Parks) celle qu’il fallait ». La jeune fille est devenue une femme et tout au long de sa vie, elle n’a dit mot de ce fait divers suivant ainsi les conseils de sa mère, par peur aussi de perdre son emploi, « Je n’allais pas prendre ce risque » confie-t-elle.

Toutefois, aujourd’hui, Claudette Colvin souhaite sortir un peu de l’anonymat qui entoure sa vie d’habitante du Bronx à New York, ville où elle réside depuis 1958. Ne craignant plus rien aujourd’hui, elle a envie d’associer, elle aussi, son nom aux luttes contre les discriminations. « Les jeunes croient que Rosa Parks a mis fin à la ségrégation en s’asseyant dans le bus, mais cela ne s’est pas du tout passé comme ça, explique celle qui marche aujourd’hui avec une canne. Peut-être que, si je raconte mon histoire, ce que j’ai eu peur de faire pendant longtemps, les jeunes comprendront mieux la genèse de la lutte pour les droits civiques. »

Derrière cette volonté, il n’y a point de rancœur vis-à-vis du NAACP ou de Rosa Parks qui mérite, peu importe le fait qu’elle ait été la première ou non a refusé de laisser sa place dans un bus, son statut d’actrice principale de la lutte contre les discriminations faites aux gens de couleur. Son engagement dans le NAACP en témoigne. Simplement, Mlle Colvin espère qu’on lui fasse une petite place aux côtés de Mme Parks et de M. Luther King, afin qu’on lui reconnaisse le mérite de s’être battu pour une vie meilleure.

Voir enfin:

From Footnote to Fame in Civil Rights History

Brooks Barnes

The New York Times

November 26, 2009

traduction partielle sur Courrier international

On that supercharged day in 1955, when Rosa Parks refused to give up her bus seat to a white passenger in Montgomery, Ala., she rode her way into history books, credited with helping to ignite the civil rights movement.

But there was another woman, named Claudette Colvin, who refused to be treated like a substandard citizen on one of those Montgomery buses — and she did it nine months before Mrs. Parks. The Rev. Dr. Martin Luther King Jr. made his political debut fighting her arrest. Moreover, she was the star witness in the legal case that eventually forced bus desegregation.

Yet instead of being celebrated, Ms. Colvin has lived unheralded in the Bronx for decades, initially cast off by black leaders who feared she was not the right face for their battle, according to a new book that has plucked her from obscurity.

Last week Phillip Hoose won the National Book Award for Young People’s Literature for “Claudette Colvin: Twice Toward Justice,” published by Farrar, Straus & Giroux. The honor sent the little-selling title shooting up 500 spots on Amazon.com’s sales list and immediately thrust Ms. Colvin, 70, back into the cultural conversation.

“Young people think Rosa Parks just sat down on a bus and ended segregation, but that wasn’t the case at all,” Ms. Colvin said in an animated interview at a diner near her apartment in the Parkchester section of the Bronx. “Maybe by telling my story — something I was afraid to do for a long time — kids will have a better understanding about what the civil rights movement was about.”

Ms. Colvin made her stand on March 2, 1955, and Mrs. Parks made hers on Dec. 1 that same year. Somehow, as Mrs. Parks became one of Time Magazine’s 100 most important people of the 20th century, and streets and schools were named after her, Ms. Colvin managed to let go of any bitterness. After Ms. Colvin was arrested, Mrs. Parks, a seasoned N.A.A.C.P. official, sometimes let her spend the night at her apartment. Ms. Colvin remembers her as a reserved but kindly woman who fixed her snacks of peanut butter on Ritz crackers.

“My mother told me to be quiet about what I did,” Ms. Colvin recalled. “She told me: ‘Let Rosa be the one. White people aren’t going to bother Rosa — her skin is lighter than yours and they like her.’ ”

Ms. Colvin said she came to terms with her “raw feelings” a long time ago. “I know in my heart that she was the right person,” she said of Mrs. Parks.

Ms. Colvin was riding the bus home from school when the driver demanded that she give up her seat for a middle-age white woman, even though three other seats in the row were empty, one beside Ms. Colvin and two across the aisle.

“If she sat down in the same row as me, it meant I was as good as her,” Ms. Colvin said.

Two police officers, one of them kicking her, dragged her backward off the bus and handcuffed her, according to the book. On the way to the police station, they took turns trying to guess her bra size.

At the time, the arrest was big news. Black leaders, among them Dr. King, jumped at the opportunity to use her case to fight segregation laws in court. “Negro Girl Found Guilty of Segregation Violation” was the headline in The Alabama Journal. The article said that Ms. Colvin, “a bespectacled, studious looking high school student,” accepted the ruling “with the same cool aloofness she had maintained” during the hearing.

As chronicled by Mr. Hoose, more than 100 letters of support arrived for Ms. Colvin — sent in care of Mrs. Rosa Parks, secretary of the Montgomery branch of the N.A.A.C.P.

But Ms. Colvin was ultimately passed over.

“They worried they couldn’t win with her,” Mr. Hoose said in an interview from his home in Portland, Me. “Words like ‘mouthy,’ ‘emotional’ and ‘feisty’ were used to describe her.”

Mrs. Parks, on the other hand, was considered “stolid, calm, unflappable,” he said. The final straw: Ms. Colvin became pregnant by a married man.

A second Montgomery teenager, Mary Louise Smith, was also arrested for refusing to give up her bus seat — after Ms. Colvin’s arrest but before Ms. Parks’s — and she was also deemed an unsuitable symbol for the movement partly because of rumors that her father had an alcohol problem.

Although Ms. Colvin quickly left Montgomery, she returned during the peak of the bus boycott that Mrs. Parks had subsequently sparked, and testified in federal court in Browder v. Gayle, the landmark case that effectively ended bus segregation.

“It’s an important reminder that crucial change is often ignited by very plain, unremarkable people who then disappear,” said David J. Garrow, a Pulitzer Prize-winning biographer of Dr. King.

Even Mrs. Parks was forgotten for the better part of 20 years, only re-emerging as a world-famous figure in the early 1970s after magazine articles and attention in several children’s books.

Ms. Colvin, who relies on a cane to steady herself, retired in 2004 after 35 years as a nurse’s aide at a Manhattan nursing home. She contributed to her own obscurity: after settling in New York, she never talked about how her arrest helped prompt the famous bus boycott.

“She continued to heed her mother’s advice, and worried that drawing attention to herself would result in the loss of her job. “I wasn’t going to take that chance,” she said.

So she settled into living an average life. She never married. The son she had in Montgomery died at age 37; a second son is an accountant in Atlanta. She watches television — “Who Wants to Be a Millionaire” is a favorite — and is a regular at the diner.

Ms. Colvin said she reads two newspapers every day to keep up on current events, chatting about recent Nobel Prize winners. She likes Chris Rock and Alicia Keys. Aretha Franklin could stand to lose a few pounds, but she wore a good hat to President Obama’s inauguration. Don’t get Ms. Colvin started on Sarah Palin.

She has fond memories of Dr. King. “He was just an average-looking fellow — it’s not like he was Kobe Bryant or anything,” she said, fluttering her eyelashes. “But when he opened his mouth he was like Charlton Heston playing Moses.”

Mr. Hoose said he stumbled across Ms. Colvin’s story while researching a previous book, “We Were There, Too! Young People in U.S. History.” Several sources told him to investigate what had almost become an urban myth: that a teenager had beaten Mrs. Parks to the punch in Montgomery.

He eventually tracked down Ms. Colvin, who has an unlisted telephone number. She refused to talk to Mr. Hoose for almost four years.

Mr. Hoose won over his reluctant subject over a long lunch at the diner. It was clear, he said, that she yearned to have her story told despite protests to the contrary. “It was easy to find the rebel girl inside of her,” he said.

One of her first questions: “Can you get it into schools?”


MLK Day: NO MLK TODAY (at least before 2038)

21 janvier, 2013

One has not only a legal but a moral responsibility to obey just laws. Conversely, one has a moral responsibility to disobey unjust laws. I would agree with St. Augustine that "an unjust law is no law at all. MLK
A year ago today, the internet went on strike and dealt the final knockout to censorship bills in the U.S. Congress, SOPA and PIPA. To celebrate, a bunch of the people have declared January 18th, ‘Internet Freedom Day.’ They’re asking people to help with a new holiday tradition of sharing one thing — on their blogs or social networks — that should never be censored. Doing that reminds us all that we can and will protect free speech on the web. For our part at Fight for the Future, as MLK Day is coming up, we realized that one thing that we all care about deeply that faces constant censorship is Dr. Martin Luther King Jr.’s historic ‘I Have a Dream’ speech. It’s hard to find something that is as important to watch and learn from, yet since it is copyrighted until 2038, Youtube and other sites censor unabridged versions of the speech. You’re supposed to wait 25 years to share it. To celebrate both Internet Freedom Day and MLK Day, we made a video containing the complete 17-minute ‘I Have a Dream’ speech… so people can share it on Facebook, Twitter, and their blogs. Doing just that is a small act of civil disobedience to celebrate the freedom that Dr. King fought for and make sure his words reach people around the globe this weekend. Dr. King said, ‘one has a moral responsibility to disobey unjust laws.’ Screenhugger
Typically, a speech broadcast to a large audience on radio and television (and considered instrumental in historic political changes and ranked as the most important speech in 20th century American history) would seem to be a prime candidate for the public domain. But the copyright dilemma began in December 1963, when King sued Mister Maestro, Inc., and Twentieth Century Fox Records Company to stop the unauthorized sale of records of the 17-minute oration. Then, in 1999, a judge in Estate of Martin Luther King, Jr., Inc. v. CBS, Inc. determined that the speech was a performance distributed to the news media and not the public, making it a “limited” as opposed to a “general” publication. That meant the speech, like other “performances” on CBS, was not in the public domain. That meant the King estate had the right to claim copyright and had standing to sue CBS, which had used a portion of the speech in a 1994 documentary, “The 20th Century with Mike Wallace.” (…) And yet, because CBS settled with the family out of court for an undisclosed sum, the law never fully considered the matter of the speech’s copyright. Today, the audio version of the speech can be hard to come by, and unabridged film footage of it has escaped the cultural memory banks of YouTube. The single unabridged video that had been floating around YouTube is now unplayable, thanks to a copyright claim by EMI.  Excerpts from the speech can still be used under “fair use,” of course, like in this analysis of King’s rhetoric and various remixes. (My favorite MLK remix is not of the “I have a dream” speech but of the ’I’ve been to the mountaintop’ speech. But no one knows what the limits of “fair use” are, at least not until they receive a letter from the King family’s lawyers. At the family’s Web site, videotapes and audiotapes of the speech can be purchased for $10 a piece. The family controls the copyright of the speech for 70 years after King’s death, in 2038. Alex Pasternak

Attention: un discours peut en cacher un autre!

Pendant que, profitant des moindres coincidences de calendrier (et la bible du King lui même, s’il vous plait!), l’Imposteur en chef nous refait son numéro au Capitole …

Interdiction (la famille King veille ! – du moins jusqu’en 2038) …

De revoir, en cette année du 50e anniversaire, le discours considéré aux Etats-Unis comme le plus important du 20e siècle …

FAUT PAS RÊVER – Interdiction de diffuser le discours « I have a dream » sur Internet

Big browser

21 janvier 2013

Le révérend Martin Luther King lors de son allocution sur les droits civiques à Washington, le 28 août 1963.

Hasard des dates, la cérémonie d’investiture de Barack Obama a lieu cette année le 21 janvier, jour de commémoration du Martin Luther King Day. Pour l’occasion, le président Obama va prêter serment sur la bible du célèbre combattant des droits civiques.

Mais comme le note le pure player Slate, il est un hommage que ses admirateurs ne pourront pas lui rendre : diffuser son discours I have a dream, prononcé le 28 août 1963 sur les marches du Lincoln Memorial, à Washington. En effet, les héritiers de Martin Luther King ont cédé en 2009 la gestion des biens du révérend à EMI Publishing, qui aujourd’hui contrôle le copyright de cette vidéo.

Tout a commencé vendredi 18 janvier, jour de célébration du Freedom Day, qui marquait le premier anniversaire du blackout de l’Internet américain, lorsque Wikipedia avait décidé d’interrompre son service pendant vingt-quatre heures pour protester contre les textes du Stop Online Piracy Act (SOPA) et du Protect-IP Act (PIPA), censés empêcher l’accès, le paiement et la publicité sur les sites fournissant du contenu "piraté".

A cette occasion, le groupe Fight for the Future a décidé de publier la vidéo du discours I have a dream sur Vimeo, incitant les internautes à la partager, dans "un petit acte de désobéissance civile". Ironie de l’histoire, la vidéo a été retirée du site le jour même. Comme le note le site Mashable, EMI Publishing avait déjà fait retirer plusieurs fois cette vidéo, notamment de Youtube. Mais elle est toujours accessible ici.

DÉSOBÉIR AUX LOIS INJUSTES

Interrogée par Mashable, Tiffiniy Cheng, l’une des codirectrices de Fight for the Future, a exprimé son indignation de constater que les jeunes ne peuvent pas partager un message sur la justice raciale en raison de lois sur le copyright qui le censurent.

Fight for the Future constate ainsi que si la controversée loi SOPA venait à être votée, des internautes pourraient être pénalisés pour avoir seulement téléchargé ou partagé ce discours et "des sites Internet entiers pourraient pu être fermés pour l’avoir mis en lien".

"La vidéo a un copyright, donc techniquement, ce que nous faisons est illégal, a admis Evan Green, la responsable de la communication du groupe, [mais] nous pensons que nous avons d’excellentes raisons d’en faire un ‘usage raisonnable’, puisqu’il s’agit d’un discours politique et que nous ne tirons aucun argent de sa diffusion."

Une morale que Martin Luther King n’aurait pu qu’approuver, puisqu’il écrivait dans Lettre de la prison de Birmingham : "Obéir aux lois n’est pas seulement un but légal, mais une responsabilité morale. Inversement, il est une responsabilité morale de désobéir aux lois injustes."

Voir aussi:

Obama sur les traces de Luther King

Stéphane Bussard

22 janvier 2013

Le président a prêté serment hier pour un second mandat. Il a appelé à l’action sur plusieurs dossiers délicats et incité les Américains à s’unir. Reportage au cœur d’une foule enthousiaste

Ils sont venus des quatre coins des Etats-Unis pour assister à l’investiture du président des Etats-Unis. Sous un soleil matinal chaleureux, puis froid et voilé, quelque 600 000 Américains se sont rassemblés sur le National Mall de Washington pour célébrer le second mandat du démocrate Barack Obama à la Maison-Blanche. Gwen Salley, Afro-Américaine de 53 ans, a l’esprit enjoué. Elle est venue de Charlotte, en Caroline du Nord, vendredi déjà pour profiter de la belle énergie de cet événement. «Ce soir, je vais aller à un bal. Avec des amis, nous avons profité de ce moment historique nous retrouver ensemble pendant quelques jours.»

Pour Gwen Salley, ce 21 janvier était particulier: jour de la seconde investiture du premier président noir de l’Histoire des Etats-Unis et jour (férié) de commémoration de la naissance du révérend Martin Luther King qui, voici 50 ans, marchait sur Washington pour prononcer son discours «I have a dream.» «J’avais 8 ans quand Martin Luther King est mort. J’en ai 53 et nous avons un président afro-américain. J’ai envie de dire à tous les petits Américains. Ici tout est possible.» Sa réélection fut-elle une surprise? «Non, relève Gwen Salley. Les Américains voient en Barack Obama un président qui agit au-delà des frontières de couleur, de religion, de sexe, une personne sincère qui veut le bien du pays. Il a d’ailleurs été réélu par toute l’Amérique, pas seulement par les Afro-Américains.»

Devant l’aile ouest du Capitole, peu avant la cérémonie, le Tout-Washington politique, tiré à quatre épingles, défile en bas des marches du Congrès. Quand Hillary et Bill Clinton se présentent, le National Mall s’enflamme. Quand la First Lady Michelle Obama apparaît, la foule l’ovationne. Président de l’organisation des festivités de l’investiture, le sénateur Charles Schumer a rappelé le sens de ce rituel qui prend place tous les quatre ans au cœur de Washington: une manière d’unir un peuple pour saluer les vertus de la démocratie américaine symbolisée par la statue de la Liberté trônant au sommet du Capitole, une sculpture de bronze coulée en partie par un ancien esclave.

Moins nombreuse, mais tout aussi enthousiaste, la foule a ovationné l’arrivée de Barack Obama. Pour sa seconde investiture, le 44e président des Etats-Unis a prêté serment sur deux Bibles, l’une d’Abraham Lincoln et l’autre de Martin Luther King, devant le président de la Cour suprême John Roberts. Au moment où le Congrès est plus impopulaire que jamais, Barack Obama a ponctué son allocution de «Nous, le peuple (des Etats-Unis)», reprenant à son compte le début du préambule de la Constitution. Dans un ton passionné et soulignant avec emphase un thème cher à Martin Luther King, la justice sociale, il a rappelé les vertus, mais aussi les devoirs de la démocratie américaine: «Une grande nation doit s’occuper des plus vulnérables et protéger son peuple des pires aléas de la vie.» Le discours du président était résolument progressiste, traçant le chemin qui devait encore être parcouru pour assurer aux femmes, aux homosexuels et aux immigrants les droits qui doivent leur revenir. Mais le locataire de la Maison-Blanche l’a aussi répété: «Nous ne succombons pas à la croyance que tous les maux de la société peuvent être résolus par l’Etat seul. L’esprit d’initiative et d’entreprise, le dur labeur et la responsabilité personnelle, voilà des constantes de notre caractère.»

Karen Kavahaugh, 30 ans, biologiste à la National Oceanic and Atmospheric Administration, à Washington, est forcément touchée par les questions liées au climat. Elle assistait lundi à sa seconde cérémonie d’investiture. Elle a été sensible au discours de Barack Obama. Ce dernier l’a souligné: «L’incapacité d’agir (contre le changement climatique) trahirait nos enfants et les générations futures.» Pour Karen, le président a fixé les bonnes priorités en insistant sur le développement de la science, des technologies et de l’éducation. «Il est aussi en passe de mettre fin à deux guerres. Ce n’est pas rien.»

Pour son second mandat, Gwen Salley formule un vœu: que le président soit capable de réduire le fossé séparant républicains et démocrates au Congrès. «Nous, les Américains qui travaillons, nous devons finir notre tâche avant de prendre des vacances. Les membres du Congrès devraient en faire de même.» Et Gwen de conclure: «De son premier mandat, je relèverai un point: la réforme de la santé. Il aurait pu faire mille autres choses. Mais il a mené à bien une réforme qui profite à tous. Je suis fière de lui.»

http://www.africa.upenn.edu/Articles_Gen/Letter_Birmingham.html

http://www.huffingtonpost.com/alex-pasternack/i-have-a-dream-copyright_b_944784.html

http://screenhugger.org/2013/01/18/fight-for-the-future-asks-users-to-share-mlks-i-have-a-dream-speech-for-internet-freedom/

http://www.digitaltrends.com/web/martin-luther-king-i-have-a-dream-censorship-internet-freedom-day/


Cryptomnésie: Empreintes dans le sable (On the shoulders of giants: The mind works in mysterious ways indeed)

20 janvier, 2013

Jeremiah carrying St Luke on his shoulders; Isaiah carrying St Matthew; the Virgin and Child; Ezekiel carrying St John; and Daniel carrying St Mark (Chartres Cathedral)

God moves in a mysterious way, His wonders to perform; He plants his footsteps in the sea, And rides upon the storm. William Cowper (1779)
Lives of great men all remind us we can make our lives sublime, and, departing, leave behind us footprints on the sands of time. Longfellow (“A Psalm of Life")
Bernard de Chartres avait l’habitude de dire que nous sommes comme des nains sur les épaules de géants, afin que nous puissions voir plus qu’eux et les choses plus éloignées, pas en vertu d’une netteté de la vue de notre part, ou d’une distinction physique, mais parce que nous sommes portés haut et soulevé vers le haut par leur taille gigantesque. John de Salisbury (1159)
Si j’ai vu plus loin que les autres, c’est parce que j’ai été porté par des épaules de géants. Isaac Newton (1676)
Byron’s tragedy, Manfred, was to me a wonderful phenomenon, and one that closely touched me. This singular intellectual poet has taken my Faustus to himself, and extracted from it the strangest nourishment for his hypochondriac humour. He has made use of the impelling principles in his own way, for his own purposes, so that no one of them remains the same; and it is particularly on this account that I cannot enough admire his genius. Goethe (1820)
I am now upon a painful chapter. No doubt the parrot once belonged to Robinson Crusoe. No doubt the skeleton is conveyed from Poe. I think little of these, they are trifles and details; and no man can hope to have a monopoly of skeletons or make a corner in talking birds. The stockade, I am told, is from Masterman Ready. It may be, I care not a jot. These useful writers had fulfilled the poet’s saying: departing, they had left behind them Footprints on the sands of time, Footprints which perhaps another — and I was the other! It is my debt to Washington Irving that exercises my conscience, and justly so, for I believe plagiarism was rarely carried farther. I chanced to pick up the Tales of a Traveller some years ago with a view to an anthology of prose narrative, and the book flew up and struck me: Billy Bones, his chest, the company in the parlour, the whole inner spirit, and a good deal of the material detail of my first chapters — all were there, all were the property of Washington Irving. But I had no guess of it then as I sat writing by the fireside, in what seemed the spring-tides of a somewhat pedestrian inspiration; nor yet day by day, after lunch, as I read aloud my morning’s work to the family. It seemed to me original as sin; it seemed to belong to me like my right eye … Stevenson
Our unconsciousness (…) swarms with strange intruders. Jung
An author may be writing steadily to a preconceived plan, working out an argument or developing the line of a story, when he suddenly runs off at a tangent. Perhaps a fresh idea has occurred to him, or a different image, or a whole new sub-plot. If you ask him what prompted the digression, he will not be able to tell you. He may not even have noticed the change, though he has now produced material that is entirely fresh and apparently unknown to him before. Yet it can sometimes be shown convincingly that what he has written bears a striking similarity to the work of another author — a work that he believes he has never seen. (…) The ability to reach a rich vein of such material [of the unconscious] and to translate it effectively into philosophy, literature, music or scientific discovery is one of the hallmarks of what is commonly called genius. (…) We can find clear proof of this fact in the history of science itself. For example, the French mathematician Poincaré and the chemist Kekulé owed important scientific discoveries (as they themselves admit) to sudden pictorial ‘revelations’ from the unconscious. The so-called ‘mystical’ experience of the French philosopher Descartes involved a similar sudden revelation in which he saw in a flash the ‘order of all sciences.’ The British author Robert Louis Stevenson had spent years looking for a story that would fit his ‘strong sense of man’s double being,’ when the plot of Dr. Jekyll and Mr. Hyde was suddenly revealed to him in a dream. Jung
One of the most disheartening experiences of old age is discovering that a point you just made—so significant, so beautifully expressed—was made by you in something you published long ago. B. F. Skinner
"I had bought that book in my youth, skimmed through it, realized that it was exceptionally soiled, and put it somewhere and forgot it. But by a sort of internal camera I had photographed those pages, and for decades the image of those poisonous leaves lay in the most remote part of my soul, as in a grave, until the moment it emerged again (I do not know for what reason) and I believed I had invented it. Umberto Eco
“Though He were a Son, yet learned He obedience by the things which He suffered.” Hebrews 5:8. Were you ever in a new trouble, one which was so strange that you felt that a similar trial had never happened to you and, moreover, you dreamt that such a temptation had never assailed anybody else? I should not wonder if that was the thought of your troubled heart. And did you ever walk out upon that lonely desert island upon which you were wrecked and say, “I am alone—alone—ALONE—nobody was ever here before me”? And did you suddenly pull up short as you noticed, in the sand, the footprints of a man? I remember right well passing through that experience—and when I looked, lo, it was not merely the footprints of a man that I saw, but I thought I knew whose feet had left those imprints. They were the marks of One who had been crucified, for there was the print of the nails. So I thought to myself, “If He has been here, it is no longer a desert island. As His blessed feet once trod this wilderness-way, it blossoms now like the rose and it becomes to my troubled spirit as a very garden of the Lord!” My objective, in this discourse, will be to try to point out the footprints of Jesus in the sands of sorrow so that others of the children of God may have their hearts lifted up within them while they observe that “though He were a Son, yet learned He,” as well as the rest of us who are in the Lord’s family, “obedience by the things which He suffered.” I. I ask your attention, first of all, to that which, I doubt not, you would have observed in the text without any help from me, namely, that OUR REDEEMER’S SONSHIP DID NOT EXEMPT HIM FROM SUFFERING. C. H. Spurgeon ( The Education of sons of God, June 10, 1880)
One night I dreamed I was walking along the beach with the Lord. Many scenes from my life flashed across the sky. In each scene I noticed footprints in the sand. Sometimes there were two sets of footprints, other times there were one set of footprints. This bothered me because I noticed that during the low periods of my life, when I was suffering from anguish, sorrow or defeat, I could see only one set of footprints. So I said to the Lord, "You promised me Lord, that if I followed you, you would walk with me always. But I have noticed that during the most trying periods of my life there have only been one set of footprints in the sand. Why, when I needed you most, you have not been there for me?" The Lord replied, "The times when you have seen only one set of footprints, is when I carried you." Anonymous ("Footprints in the Sand")
We’ve lost “our memory for things learnt, read, experienced, or heard. Andrew Keen (The Cult of the Amateur, 2007)
In a case of cryptomnesia well known to psychologists, when Wilhelm Fliess first proposed to Freud a theory of initial bisexuality in explaining neuroses, the father of psychoanalysis rejected the idea – only to write approvingly about the concept in the early 1900s. Freud later confessed that, when he hit on the theory, he mistakenly considered it a sound "new" idea, forgetting that it was Fliess’s. Freud even wrote about his inadvertent act in his book, The Psychopathology of Everyday Life. Conrad McCallum
In false recognition "people misattribute a feeling of familiarity to a novel event, whereas in cryptomnesia, people misattribute novelty to something that should be familiar. Daniel Schacter

Qui n’a pas un jour ou l’autre croisé une personnalité dans la rue et eu envie de la saluer comme une vieille connaissance?

En ces temps hypermédiatiques où, bombardés en continu par télé, radio, internet ou cinéma, on a souvent l’impression de mieux connaitre les visages de nos vedettes que ceux de nos proches …

Et où, dans les domaines notamment de la musique, se mutliplient les poursuites judiciaires pour plagiat

Retour, avec The Star, sur l’une des branches les moins connues de la psychologie baptisée cryptomnésie par l’un des fondateurs de l’école psychologique suisse mais aussi, via son disciple Jung, de la psychanalyse Théodore Flournoy

Qui, à partir de ses recherches sur une médium de son époque, avait repéré la forte incidence dans son psychisme de "souvenirs latents qui ressortent, parfois grandement défigurés par une œuvre subliminale de l’imagination ou du raisonnement, comme cela arrive si souvent dans nos rêves ordinaires" …

Et qui expliqueraient, bien plus fréquents qu’on ne le croit, ces sortes de déjà vu inversés que sont le plagiat ou même l’auto-plagiat involontaire …

MEMORY’S MIND GAMES

Plagiarism shocker: Blame your brain

Conrad McCallum

The Star

September 18, 2007

It’s early yet for the warnings to be considered threats, but they are nonetheless serious: plagiarists will face consequences.

With a new school term now truly underway, students are looking at looming deadlines and those who turn in papers and reports not of their own creation face visits to the dean, suspension and, in some cases, expulsion. Even scarier, perhaps, are studies showing how easy it is to inadvertently steal other’s ideas.

"It’s inherently difficult for people to identify the sources of their ideas, so I think we’re inevitably vulnerable to phenomena such as inadvertent plagiarism," says Steve Lindsay, a professor of psychology at the University of Victoria.

Psychologist Tobi Lubinsky suspects that while the phenomenon is reviled, it’s also "more common than we’re aware of."

Many people have committed, or have been victims of, unconscious plagiarism. It’s done unknowingly – that is, until your chanteuse girlfriend says you took her bon mots.It happens when we mistake memories of another person’s notions as new ideas of our own.

Swiss psychologist Theodore Flournoy, a mentor of Carl Jung, dubbed the phenomenon "cryptomnesia" back in 1900, but it’s been the subject of empirical studies for only about the past 15 years.

George Harrison, in his post-Beatles solo career, was at the centre of a landmark plagiarism case. Soon after his song "My Sweet Lord" topped the charts, its similarities to The Chiffons’ hit "He’s So Fine" became obvious, prompting a lengthy copyright battle. In 1976, a U.S. court ruled against Harrison, although it accepted the possibility he had plagiarized unconsciously.

Daniel Schacter, a Harvard-based memory expert, has called cryptomnesia a kind of "mirror image" of phenomena such as false recognition, the cause of eyewitness misidentifications.

In false recognition "people misattribute a feeling of familiarity to a novel event, whereas in cryptomnesia, people misattribute novelty to something that should be familiar," Schacter wrote in his seminal 2001 book, The Seven Sins of Memory: How the Mind Forgets and Remembers.

Psychologists say the confusion arises because we have to use perceptual and temporal cues to identify sources. Recalling last week’s staff meeting, for example, you recollect that a bad idea came from Lana by virtue of a temporal cue: it came after Beth’s presentation.

Reading is especially prone to memory glitches, because it involves "abstracting away meaning" from concrete cues – things like the colour and position of text – that aren’t very memorable, adds Lindsay, the author of a chapter on source monitoring in a forthcoming textbook, Cognitive Psychology of Memory.

York University’s Lubinsky, who just completed her PhD dissertation on source memory in adults who are at a transition stage between normal aging and Alzheimer’s disease, says people make fewer source memory errors when they have less to remember, and also when told to remember sources.

When it comes to creative problem solving, Piotr Winkielman, a psychology professor at the University of California at San Diego, says, "In order to come up with a creative and novel idea, you have to have articulated elements of the process, and that’s what gives you the sense of authorship," he explains.

But the feeling can be misplaced. A British study last year found that when someone elaborates on another’s idea, they’re more likely to mistake it for their own idea.

Lindsay says that’s an important finding because it suggests the process that a person uses to follow the argument of someone else "has a lot of overlap with the work that that person would do if they were generating the idea on their own."

Something similar may have happened to Sigmund Freud. In a case of cryptomnesia well known to psychologists, when Wilhelm Fliess first proposed to Freud a theory of initial bisexuality in explaining neuroses, the father of psychoanalysis rejected the idea – only to write approvingly about the concept in the early 1900s.

Freud later confessed that, when he hit on the theory, he mistakenly considered it a sound "new" idea, forgetting that it was Fliess’s. Freud even wrote about his inadvertent act in his book, The Psychopathology of Everyday Life.

Another intriguing aspect of the way we stumble onto ideas is the mental and physical effort involved, according to some researchers who see the two as closely related experiences.

Assistant psychology professor Jesse Preston, a Canadian at the Universtiy of Illlinois, recently extended this idea and reasoned brain effort followed by its release could create the impression that a mental task is complete.

She and a colleague tested the theory by having people solve anagrams in pairs as they expended effort on incidental tasks such as squeezing a hand grip, or working harder to read the anagrams when the experimenters displayed them in a difficult-to-read font.

The results, published in the Journal of Personality and Social Psychology last April, showed that increased effort while thinking about a problem – and reduced effort coinciding with a solution – increased plagiarism, with people claiming credit for their partners’ answers more often. In other words, the change in physical effort was akin to having a flash of insight.

How worried should we be? Preston suggests people are "generally pretty good" at identifying which thoughts they authored; cryptomnesia reportedly occurs between 3 to 9 per cent of the time in labstudies.

She’s quick to add, however, that if even five out of every 100 ideas are plagiarized, that’s "still probably too often for your liking if someone else is taking your idea and not giving you credit for it."

Voir aussi:

Enter Sandman

Who wrote “Footprints”?

Rachel Aviv

Poetry foundation

I. The pencil had a life of its own

A few years ago Burrell Webb, a retired landscape artist living in Oregon, discovered that a poem he wrote and never copyrighted had become one of the most widely circulated verses in the English language. He says he composed the lines in 1958, after leaving the navy and being dumped by his girlfriend. “I was stressed, distressed, and single,” he says. “When I received those divine words, I broke up the lines and made a kind of poem out of it.” The finished product, which he published anonymously in a local newspaper—he felt it was God’s work, not his—tells the story of a man who has a dream that he and God are walking along the beach. When the man asks why sometimes there is one set of footprints and other times there are two, the Lord says he has been carrying him through his struggles.

Forty years later, Webb was alarmed when his son informed him that the poem was on napkins, calendars, posters, gift cards, and teacups. Usually “Footprints” was signed “Author Unknown,” but other times the credit was given to Mary Stevenson, Margaret Fishback Powers, or Carolyn Joyce Carty, who have all registered copyrights for the poem. (Registration does not require proof of originality.) The three versions differ mostly in tense, word order, and line breaks. With no way to prove that the work was actually his, Webb paid $400 to take a polygraph test. Now he routinely sends the results (“No deception indicated”) to those who question his claim.

Although several people have suggested to Webb, as consolation, that God gave the idea to multiple authors in order to more efficiently spread His Word, Webb is unsettled by the idea that “the Lord would be the author of confusion.” However the verse came into being, its message has reached all over the world. “Footprints” is the kind of poem we all seem to know without remembering when or where we first saw it. We’ve read it dozens of times, never paying attention. The verse is dislocated from context, so familiar and predictable that the boundary between writing and reading seems to disappear.

Yet the authors who claim to have composed "Footprints" have memories of the precise moment when they dreamed up these lines. Mary Stevenson, a former showgirl and nurse, said she composed the verse in 1936, following the death of her mother and brother. According to Gail Giorgio’s 1995 biography Footprints in the Sand: The Life Story of Mary Stevenson, Author of the Immortal Poem, Stevenson was inspired by a cat’s footprints in the snow and scrawled out twenty lines, as if the "pencil had a life of its own." She was so pleased with her work that she handed out the poem heedlessly, jotting it down for anyone she met without thinking to sign her name. (Early in the book her father tells her, “Poetry’s nice to read, but essentially it’s just rambling words on a piece of paper.”)

Powers, a Baptist children’s evangelist, was more savvy about licensing the verse—she sold it to HarperCollins Canada in 1993—and she describes “Footprints” as the culmination of a life of religious devotion. In her memoir, Footprints: The True Story behind the Poem That Inspired Millions, she enthusiastically recounts all the tragedies she endured while never losing her belief in the Lord. In the course of 100 pages, she gets struck by lightning, develops spinal meningitis, gets hit by a truck, and has a near-death experience with a bumblebee. Her daughter gets crushed by a motorcycle and later slips down a 68-foot waterfall while her husband, watching, has a heart attack. In the hospital room a nurse pulls out “a little piece I have here in my pocket” and recites “Footprints” to ease the family’s pain. When she casually mentions what a shame it is that no one knows the poem’s author, Powers’ husband croaks from his bed, “It’s my wife.”

Far from dead, Powers currently travels around the world giving sermons about the power of faith. She has licensed the poem to nearly 30 companies, including Hallmark Cards and Lenox Gifts. Her lawyer, John A. Hughes, a self-described atheist, won’t say how much Powers has earned from her publications, except to guess that “Footprints” might be the “best-remunerated poem in history.” When pressed, he compares its success to that of “The Star-Spangled Banner.” He has written more than 100 companies, requesting that they replace “Author Unknown” with his client’s name. “I am completely satisfied factually that Margaret is telling the truth,” he says. He acknowledges that “Footprints” is not entirely consistent with Powers’ other poems, which are composed of rhyming couplets, but he’s confident it’s within her range. (To prove that “Footprints” couldn’t be written by Stevenson, he contemplated hiring Donald Foster, the forensic literary analyst who studied the letters of the Unabomber.)

"Footprints" is far less of a stylistic aberration for Powers than it is for Mary Stevenson, who wrote sporadically, or Carolyn Joyce Carty, who struggles with punctuation and spelling. Carty is the most hostile of the contenders and she frequently issues error-ridden cease-and-desist letters to those who post the poem online. (She signs her e-mails “World Renowned Poet.”)

Carty wrote “Footprints” in 1963, when she was six. She says she based the idea on a poem written by her great-great-aunt, a Sunday school teacher. More than 20 years later, she copyrighted the verse as part of an 11-page document of stream-of-consciousness prose (“the gift, who are you, where have you come from, where are you going! I am a writers inkhorn that stands beside the sea”), which concluded with the text of “Footprints.” She declined to be interviewed but characterized her writing style in an e-mail: “I like common denominators in subjects, I always look for the common bond when trying to create a universal message.”

In describing her literary taste, Carty also articulates the intangible draw of “Footprints.” The poem reads as if it were written by consensus. Light, peppy, and moderately Christian, “Footprints” succinctly dramatizes an idea that will never be original: When we think we’re alone, we’re not. God is here. The footprints metaphor is so ubiquitous that perhaps the authors absorbed the message at some point without realizing it, then later sat down and wrote it out again, seeking to appeal to the largest number of people.

II. Do I know you?

In “Cryptomnesia” (1905), a paper about accidental plagiarism, Carl Jung argues that it’s impossible to know for certain which ideas are one’s own. “Our unconsciousness . . . swarms with strange intruders,” he writes. He accuses Nietzsche of unwittingly copying another’s work, and urges all writers to sift through their memories and locate the origin of every idea before putting it to paper: “Ask each thought: Do I know you, or are you new?”

In the realm of Christian poetry, the process of distinguishing which ideas are original is significantly harder—the same body of collective epiphanies has been passed down for years. When artists open themselves up to the inspiration of the Lord, it’s not surprising that sometimes they produce sentences that sound as if they’ve been uttered before. The first line of “Footprints,” which varies slightly among versions, seems to announce the authors’ access to the collective unconscious: “I had a dream,” “One night a man had a dream,” “One night I dreamed a dream.”

One of the earliest articulations of the poem’s premise—the idea that God reveals his presence through marks in the sand—comes from an 1880 sermon by Charles Haddon Spurgeon, a noted Baptist preacher.

And did you ever walk out upon that lonely desert island upon which you were wrecked, and say, “I am alone, — alone, — alone, — nobody was ever here before me”? And did you suddenly pull up short as you noticed, in the sand, the footprints of a man? I remember right well passing through that experience; and when I looked, lo! it was not merely the footprints of a man that I saw, but I thought I knew whose feet had left those imprints; they were the marks of One who had been crucified, for there was the print of the nails. So I thought to myself, “If he has been here, it is a desert island no longer.”

Spurgeon’s formulation, more nuanced than the Footprints poem, rehearses the same fear of being “alone, — alone, —alone,” and then happily resolves it.

In other uses of the metaphor, the footprints image speaks to man’s omnipresence, not God’s. This seemingly banal metaphor has become a truism in secular writing as well. In an 1894 essay about composing his first book, Robert Louis Stevenson (whom Mary Stevenson, coincidentally, claims as a relative, and whom Carty cites as an influence) refers to footprints in the sand when acknowledging how hard it is to avoid borrowing from previously published work. After admitting adopting characters from Washington Irving (“But I had no guess of it then as I sat writing by the fireside”), as well as “trifles and details” from Daniel Defoe and Edgar Allan Poe, he invokes the footprints image. It’s as if he already associates the phrase with authorial confusion:

I am now upon a painful chapter. No doubt the parrot once belonged to Robinson Crusoe. No doubt the skeleton is conveyed from Poe. . . . These useful writers had fulfilled the poet’s saying: departing, they had left behind them Footprints on the sands of time, Footprints which perhaps another—and I was the other!

The “poet’s saying,” which Stevenson refers to, is Henry Wadsworth Longfellow’s “A Psalm of Life”: “Lives of great men all remind us / We can make our lives sublime, / And, departing, leave behind us / Footprints on the sands of time.” It’s fitting that in defending himself against plagiarism, Stevenson deploys a quote that has spawned so many interpretations. “Footprints on the sands of time” is a perfect image for cliché: terrain trod over and retraced, flattened with overuse.

But those claiming to have written “Footprints” argue that the image came to them as suddenly and surprisingly as a new gift. Burrell Webb rejects the notion that he somehow inherited an existing metaphor. It’s far more likely, he says, that people are trying to profit from his work. “I’ve never heard of the fellow [Spurgeon], so he couldn’t have possibly inspired me,” Webb says. “That allegorical poem was strictly a prayer relationship with myself and the Lord when I was feeling bad and crying for help and whining a little bit, which everybody goes through.”

Although nearly all of these authors claim they wrote the poem in longhand, dictated by God, the controversy didn’t surface until everyone began putting their versions online. There are hundreds of “Footprints”-inspired Web sites. One has a soundtrack of waves lapping against the shore; another features lines of the poem jiggling to the beat of Christmas songs. In Andrew Keen’s 2007 book The Cult of the Amateur, he writes that the Internet has induced a state of communal amnesia; we’ve lost “our memory for things learnt, read, experienced, or heard.” Perhaps the "Footprints" writers are living a version of this peculiar situation. There’s not only an abundance of amateur authors, but they’ve all written the exact same thing.

Along with Webb, Carty, Stevenson, and Powers, at least a dozen other people have claimed, less rigorously, to have penned this poem. None of their accounts are particularly convincing, yet they all seem to genuinely believe they wrote the poem. They describe the words coming out effortlessly, even uncontrollably, as if they were finally articulating something they’d always known.

Originally Published: March 19, 2008


Genèse: Souviens-toi que tu as été esclave (Looking back at the other liberation that the Sabbath celebrates)

18 janvier, 2013
Qui supprimé le joug imposé aux dieux ses ennemis, qui a créé l’humanité pour les libérer, le miséricordieux qui a le pouvoir de donner la vie ! Enuma Elish (mythe de la création babylonienne)
Observe le jour du repos, pour le sanctifier, comme l’Éternel, ton Dieu, te l’a ordonné. Tu travailleras six jours, et tu feras tout ton ouvrage. Mais le septième jour est le jour du repos de l’Éternel, ton Dieu: tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton boeuf, ni ton âne, ni aucune de tes bêtes, ni l’étranger qui est dans tes portes, afin que ton serviteur et ta servante se reposent comme toi. Tu te souviendras que tu as été esclave au pays d’Égypte, et que l’Éternel, ton Dieu, t’en a fait sortir à main forte et à bras étendu: c’est pourquoi l’Éternel, ton Dieu, t’a ordonné d’observer le jour du repos. Deutéronome 5: 12-15
Ainsi furent achevés les cieux et la terre, et toute leur armée. Dieu acheva au septième jour son oeuvre, qu’il avait faite: et il se reposa au septième jour de toute son oeuvre, qu’il avait faite. Dieu bénit le septième jour, et il le sanctifia, parce qu’en ce jour il se reposa de toute son oeuvre qu’il avait créée en la faisant. Genèse 2: 1-3
Le sabbat a été fait pour l’homme, et non l’homme pour le sabbat. Jesus (Mark 2: 27)
C’est là un des grands problèmes de la décolonisation. Les dominés se réapproprient le discours du colonisateur pour le retourner contre lui, construire leur propre identité et légitimer leur combat. Pour affirmer leur unité, ils se définissent par référence à l’élément le plus simple : la couleur de la peau, ou la négritude chère à Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor. Ce faisant, ils ne sortent pas du système et s’enferment dans le piège d’une identité que j’appelle "chromatique". (…) Les nationalistes ont récupéré cette identité et l’ont inversée pour démontrer que l’Afrique a une civilisation et une histoire, la négritude. Mais l’acceptation de cette définition chromatique a empêché de voir que les Africains forment des groupes aux intérêts très variés, plus ou moins accommodants avec le pouvoir colonial. Jusqu’à aujourd’hui cette vision raciale produit des effets pervers : quand un bourreau est africain et noir, on a du mal à le traduire en justice pour peu que les juges soient blancs, alors que ce serait l’intérêt des victimes qui peuvent être noires. (…) La vision "chromatique" de l’Afrique aboutit à une vision fausse de l’esclavage. La traite ne se limitait pas à la vente de Noirs à des Blancs dans des ports africains. Elle englobe la manière dont les esclaves étaient "produits" à l’intérieur du continent et acheminés sur la côte. Ce système atlantique était une organisation globale, qui mettait en relation, dans un partenariat asymétrique mais intéressé, les compagnies européennes avec des élites africaines. Celles-ci utilisaient la traite pour redéfinir les rapports de pouvoir sur le continent. (…) Dans n’importe quelle ville africaine, je suis frappé par la coexistence entre le grand nombre de 4 × 4 de luxe, et l’usage d’un moyen de transport qui remonte au néolithique, la tête des femmes. Cela signifie que les élites, au prix d’une violence extrême exercée sur les populations, s’emparent des ressources du pays, les exportent, et dépensent les recettes ainsi dégagées en achetant à l’étranger des biens d’une totale inutilité sociale autre que symbolique de leur capacité de violence. Ils ruinent les pays en pompant la force de travail des corps subalternes qui sont réduits à la misère. La réponse de la partie la plus dynamique de ces populations, c’est la fuite, les pirogues vers l’Europe. (…) A l’époque, des compagnies européennes apportaient en Afrique des biens tout aussi inutiles et destructeurs, comme la verroterie, l’alcool et les armes. Elles les remettaient aux élites qui organisaient la chasse aux esclaves. Déjà, le pillage permettait aux élites d’accéder aux biens de consommation importés. Aujourd’hui, le système s’est perfectionné puisque les esclaves se livrent eux-mêmes : ce sont les émigrés. (…) Si vous voulez comprendre le système de la traite négrière, observez le comportement actuel des élites africaines. Pourquoi nos systèmes de santé et d’éducation sont-ils aussi vétustes ? Parce que les élites ne s’y soignent pas et n’y éduquent pas leurs enfants, ils préfèrent les pays du Nord. Leur système de prédation ruine les campagnes et contraint les populations à s’exiler. Au point qu’aujourd’hui, si vous mettez un bateau dans n’importe quel port africain et proclamez que vous cherchez des esclaves pour l’Europe, le bateau va se remplir immédiatement. Certes, ce système fonctionne au bénéfice des multinationales, mais il n’existerait pas sans des élites africaines. A l’époque de la traite négrière, l’alcool et les fusils achetés aux Européens leur permettaient de se maintenir au pouvoir. Désormais ce sont les 4 × 4 et les kalachnikovs. (…) A l’époque de la guerre froide, les leaders africains jouaient déjà l’Occident contre le communisme pour obtenir le maximum. Aujourd’hui, ils peuvent miser sur la Chine, l’Inde, l’Iran, contre l’ancienne puissance coloniale, mais ils conservent leur culture de prédation. Pour les peuples africains, cela ne change rien. Tant que nos élites se contenteront de multiplier leurs partenaires pour leur livrer les matières premières et non développer la production, elles reproduiront le système qui a mis l’Afrique à genoux. (…) On était parti de l’idée que la toute-puissance de l’Etat appuyée sur un parti unique allait assurer le développement. On allait rattraper l’Europe en 2000 ! Par référence à la toute-puissance de l’Etat colonial, on a fétichisé l’Etat. Cela s’est avéré totalement inefficace parce que le groupe qui s’est emparé de l’Etat s’est servi de son pouvoir pour accumuler des richesses en étouffant l’initiative privée. Dès la fin des années 1970, le système a capoté. Les anciennes métropoles ont délégué le soutien financier au FMI et à la Banque mondiale qui ont disqualifié les Etats et promis le développement par le marché. Cela a produit des catastrophes encore plus graves que l’Etat. (…) On a "ONGisé" les sociétés pour suppléer les services publics. Ces organisations ont structuré la société civile, mais elles ont été récupérées par les élites. Les groupes qui détournaient l’argent de l’Etat accaparent désormais les ressources des ONG pour financer d’inutiles colloques ainsi que des flottes de 4 × 4, symboles de la néocolonisation de l’Afrique et agents actifs de détérioration de son environnement. (…) Certains intellectuels contestent radicalement le fonctionnement des Etats, mais c’est pour mieux négocier leur place. Du jour au lendemain, ils se retrouvent ministres du pouvoir qu’ils vilipendaient la veille. L’idée selon laquelle on accède aux ressources non par le travail mais par la simple posture politique est profondément ancrée. (…) L’Afrique est le seul continent où la majorité de la population n’a pas envie de rester. Cette situation est liée au choix des élites africaines qui, au moment de la traite, ont détruit l’artisanat et la métallurgie, préférant acheter le fer venu d’Europe, soumettre et vendre ceux qui auraient pu assurer la production. Ce mépris des productions locales reste flagrant. Quand le président sénégalais Abdoulaye Wade reçoit le khalife des mourides, il lui offre non pas des chaussures fabriquées au Sénégal, mais un tableau fabriqué en Iran, son chef du protocole insistant devant les caméras sur ce point. (…) Nous avons toutes les ressources pour nous en sortir. Allez dans n’importe quel marché à 5 heures du matin, vous verrez des centaines de femmes qui suent sang et eau pour nourrir leur famille. Nous n’avons rien à apprendre du point de vue du courage physique. Notre problème, c’est ce groupe qui a militarisé les sociétés africaines à partir de la traite atlantique en connivence avec les compagnies européennes pour insuffler cette culture de prédation. Ibrahima Thioub (université Cheikh Anta Diop de Dakar)
L’Enuma Elish est un mythe babylonien ou mésopotamien de la création racontant la lutte entre le chaos et l’ordre cosmique. Il s’agit essentiellement d’un mythe du cycle des saisons. Il est nommé d’après ses premiers mots et était récité le quatrième jour du festival du nouvel an de la Babylone antique. L’histoire de base existe sous des formes diverses dans la région. Cette version est écrite en akkadien, un vieux dialecte Babylonien et présente Marduk, la divinité protectrice de la ville de Babylone. Une version antérieure similaire en sumérien ancienne a pour héros Anu, Enil et Ninurta, ce qui suggère que cette version fut adaptée pour justifier les pratiques religieuses dans le culte de Marduk à Babylone. Cette version a été écrite dans le courant du XIIe siècle avant J.-C. dans l’écriture cunéiforme sur sept tablettes d’argile. Ils ont été trouvés au milieu du XIXe siècle dans les ruines du Palais d’Ashurbanipal à Ninive. George Smith a publié ces textes en 1876 comme la « Genèse chaldéenne ». En raison de nombreuses similitudes avec le récit de la Genèse, certains historiens ont conclu que le récit de la Genèse était simplement une réécriture de l’histoire babylonienne. Par réaction, beaucoup de ceux qui voulaient conserver le caractère unique de la Bible ont prétendu soit qu’il y n’avait aucun parallèle réél entre ces récits ou que les récits de la Genèse avaient été écrits en premier, et que le mythe babylonien avait emprunté au récit biblique. Cependant, il y a simplement trop de similitudes pour nier toute relation entre ces récits. Il existe également des différences importantes qui ne doivent pas être ignorées. Pourtant, il y a peu de doute que les versions sumériennes de l’histoire ont précédé le récit biblique de plusieurs centaines d’années. Au lieu d’opter pour les deux extrêmes de la dépendance totale ou d’aucun contact quel qu’il soit, il est préférable de voir les récits de la Genèse comme la libre utilisation des métaphores et du symbolisme d’un ensemble culturel commun pour affirmer leur propre théologie au sujet de Dieu. Dennis Bratcher
Le mythe de création babylonien, Enuma Elish, décrit une grande bataille entre les dieux, principalement entre Mardouk, le champion des dieux et Tiamat, l’océan primitif ou le « profond ». Parfois Tiamat est dépeint comme un grand serpent, le dragon du chaos ou le dragon de la mer. Mardouk surmonta ses forces et Tiamat et brisa son corps en deux parties pour faire le ciel, les étoiles, le soleil et la lune de la moitié et la terre de l’autre. Du sang du mari battu de Tiamat Kingu, un des dieux moindre, Ea (Enki) créa ensuite l’humanité pour être les serviteurs des dieux afin qu’ils n’aient plus jamais à travailler à nouveau.
Enfin, Kingu a été mis en évidence et tué, et de son sang, Marduk a formé des êtres humains pour servir lui et ses alliés afin qu’ils n’aient plus jamais à travailler. Après tout cela, la famille construit une belle maison dans lequel Marduk pourrait se détendre. Ils appelèrent l’endroit de Babylone, et reposant de Marduk et ses amis, manger et boire, alors que tout le monde chante les louanges de la grand libérateur Marduk par récitation 50 noms qui lui donna un hommage.
Les Israélites emprunté le langage culturel de Canaan, parce que cette langue était le meilleur, peut-être le seul, moyen à leur disposition dans leur contexte culturel pour formuler des observations sur le monde physique et les liens de Dieu à ce monde. Il n’y a pas d’autres catégories de pensée pour décrire ce que nous appelons les processus « naturels ». En fait, il n’y a aucun mot équivalent dans la langue hébraïque pour ce que nous entendons par « nature ». Les Israélites ne pouvaient pas parler de la « nature » comme un ensemble de forces naturelles. Il ne pouvaient parler que de Dieu. Pourtant, ils diffèrent radicalement des Cananéens et des cultures environnantes en refusant de considérer comme synonymes Dieu et le monde physique. Ils n’utilisaient pas les mythes pour articuler leur compréhension de Dieu. Ils n’avaient qu’un niveau historique et donc se séparèrent de l’Antiquité. Mais les Israélites n’ont pas quitté leur culture. Ils ne firent pas de percées radicales dans l’observation du monde physique. Si on les laissait au langage du mythe que de parler du monde physique, même quand ils l’ont compris en termes de création de Dieu. Ils utilisaient, non pas le contenu et les hypothèses du mythe lui-même, mais le langage du mythe pour témoigner de la relation de Dieu au monde physique comme créateur et libérateur. Dennis Bratcher
Les mythes parlent de quelque chose sur le plan cosmique, en essayant de décrire les forces invisibles qui façonnent l’existence humaine. Cependant, la Bible n’est pas directement mythologique, parce que la prémisse fondamentale de l’écriture, découlant de l’expérience d’Israël de Dieu est que Dieu se révèle dans l’histoire. Il n’est pas « là-bas » à un certain niveau cosmique, mais se révèle ici où nous vivons comme des êtres humains. En contraste frappant avec la mythologie des Cananéens, Israël a commencé à développer une vue très incarnée de Dieu très tôt dans son histoire. Cela ne signifie pas qu’Israël ait abandonné rapidement tous les vestiges du polythéisme ou la vision du monde mythologique qui lui est associée. Il faudra aux Israélites près de 800 ans de lutte acharnée pour tracer clairement ce nouveau chemin d’accès entre les nations. Pourtant, ce qui était souvent la voix de la minorité en Israël compris, c’est que Dieu avait choisi d’entrer en relation avec l’humanité dans l’arène où nous vivons. Israël savait ce qu’il savait au sujet de Dieu non pas parce qu’il avait projeté ses idées "là-bas" quelque part, ou spéculé sur ce que Dieu était, ou ce qu’il pourrait être, ou devrait être, ou ce dont ils avaient besoin qu’il soit. Ils savaient quelque chose au sujet de Dieu, car à un moment donné dans l’histoire humaine, un groupe de personnes se trouvait au bord de la mer des roseaux avait vu Dieu à l’œuvre. Et en tant que chrétiens, nous savons ce que nous savons au sujet de Dieu, non pas parce que nous sommes devenus plus sophistiqués dans nos spéculations ou notre enquête scientifique que les Israélites, mais parce qu’à un autre moment, un autre groupe de personnes se trouvait sous une croix et sur une tombe à l’extérieur de Jérusalem et a vu Dieu à l’œuvre dans l’histoire humaine.
Ce fait sépare non seulement l’écriture des mythes de l’antiquité en lui donnant une base solide dans l’histoire humaine, il souligne également deux aspects de la compréhension de la Bible et de ces récits de la Genèse, qui sont cruciales. Tout d’abord, les préoccupations des Israélites qui ont écrit ce matériau avaient à voir avec comment ils venaient à réconcilier avec cette compréhension radicalement nouvelle de la déité, et comment cela pourrait être vécu dans le monde dans lequel ils vivaient. Les gens qui ont écrit L’Ecriture, qui ont signalé et réfléchi sur les choses qu’ils avaient vues et entendues, cette personne ou une collectivité qui a écrit la Genèse, qu’ont-ils essayé de communiquer ? Qu’est-ce qu’ils essayaient de dire ? Quelles préoccupations se trouvaient  derrière les confessions de foi qu’ils faisaient au sujet de Dieu ? Ils étaient les plus susceptibles de ne pas essayer de nous parler de l’évolution, ou d’attaquer la science ou d’enterrer des codes secrets dans le texte au sujet de la troisième guerre mondiale ! Ce qu’ils devaient dire était quelque chose qui dirait aux gens que Ba’al n’est pas Dieu ! Que Baal ne fait pas pleuvoir. Que Baal ne contrôle pas le monde. Ils avaient besoin de déplacer les gens au-delà de la superstition et de la magie comme façon de comprendre la Déité. Ils avaient besoin d’affirmer le Dieu qu’ils avaient rencontrées dans l’Exode de telle sorte que les gens adorent et servent au lieu de fréquenter les temples de Ba’al et d’essayer de manipuler le monde par la magie.
Le seul arrière-plan qu’ils avaient pour ce faire au niveau de la communication était la culture dans laquelle ils vivaient. Donc ils ne vont pas nous donner des explications scientifiques sur ce qui fait pleuvoir qui répondrait à nos esprits du XXIe siècle. Ils n’avaient que deux choix. Si quelqu’un demandait à un Israélite de l’ancien Testament, « ce qui fait pleuvoir? », ils auraient dit soit "Ba’al fait pleuvoir" soit "Dieu fait pleuvoir." Il n’y n’avait tout simplement aucun autre moyen de le dire ! Pourtant, quand ils commencent à décrire comment Dieu fait pleuvoir, ils décrivent un Dieu monté sur un nuage de tonnerre du désert, c’est-à-dire qu’ils diraient si ils étaient Cananéens adorer Ba’al. Ils nous raconteraient du pareil au même, sauf que c’est Dieu dont ils parlent plutôt que de Ba’al. Ces perspectives culturelles sont le seul cadre de référence qu’ils ont ; ils ne peuvent pas décrire le monde ou Dieu en termes de nos perspectives modernes, afin qu’ils utilisent le seul langage et symboles et métaphores, qu’ils doivent témoigner de cette foi radicalement nouvelle en un Dieu créateur unique. Dans quelle autre culture pourraient-ils écrire à part la leur ? Si nous ne leur permettons pas dans le texte biblique, alors nous devons faire d’autres hypothèses au sujet de l’Ecriture qui nous dépasse immédiatement le texte et son propre univers. La prise en charge doit alors être, sous une forme quelconque, qu’ils n’écrivent vraiment pas beaucoup le cas échéant de la Bible et au lieu de cela, Dieu a écrit ou leur a dit ce qu’il fallait écrire. Pourtant, après avoir examiné attentivement le texte, avec toutes les particularités de la langue hébraïque, avec toutes les métaphores qui ont des parallèles dans le monde culturel antique, avec tous les problèmes qui sont bien enracinés dans les problèmes de l’antiquité, je pense que c’est une erreur de faire de telles suppositions. Peut-être que le texte dit plus là dans leur culture que nous ne l’imaginions, si nous l’écoutons attentivement. Dennis Bratcher

Attention: une libération peut en cacher une autre !

En cette nouvelle journée de Sabbat qui commence …

Pendant qu’à tous les étages continuent les dérives victimaires

Où la Bible célèbre la libération, par l’Eternel notre Dieu, du peuple hébreu de l’esclavage d’Egypte …

Comment ne pas voir, avec  Dennis Bratcher, cette autre libération rappelée par la Genèse …

Celle du Dieu créateur qui nous délivrait du dieu esclavagiste babylonien Mardouk …

Qui lui prétendait libérer les dieux en asservissant les hommes ?

Genesis Bible Study

Lesson One: Listening to the Text

Dennis Bratcher

Introduction

In this series of studies in Genesis, we will begin with some preliminary considerations about how we view Scripture and how we go about reading and studying the Bible as Scripture. Of course, this involves a lot of issues that move outside the Genesis narratives. But they are issues that directly impact how we understand these particular passages. There are a lot of issues that could be covered. However, rather than trying to cover all the ranges of possibility for interpretation and try to define what is or isn’t right or wrong with all of the possible perspectives, this study instead will concentrate on one particular way of hearing the biblical text. It is not presented as the only way, nor even the best way, but only as one method by which we can hear the biblical message perhaps in new ways.

The Problem of Modern Thinking

In this first lesson I would like to focus on some principals or ways of thinking related to how we read and interpret Scripture. I think we need to do this before we move into actually working with the Genesis passages, because how we come to Scripture and the way we think about Scripture as we come to it, affects how we can hear it and what we get out of it.

Particularly the first three or four chapters of Genesis have tended to be battle grounds for all kinds of speculation, some good and some bad, some helpful and some extremely divisive in the community of Faith. The goal here is to move beyond the debates and the battles and hear anew these passages as the living and active word of God for the Community of Faith. By allowing the debates and controversies to dominate, and to stake out certain positions ahead of time and then come at the text through those positions simply guarantees that we will end up discussing things about the text yet never really get to the message of the text itself. We end up talking all around the text about what it should be, what it ought to be or, what we think it is and never really get to the point of hearing what the text itself is actually saying. I simply think that it is time for us to hear what the text itself says in relation to the Community of Faith that is bearing witness to us about its encounter and journey with God. That, I think, is what it means for the Bible to be Scripture for the Christian community today.

[The following comments refer to the graphic Three Triads of Biblical Interpretation. It might be helpful to print off that graphic or have it cached in the browser for quick reference in the following discussion.]

What we tend to do as we casually read Scripture is to approach the Bible as if it were a sequentially written historical account that is simply recounting events for us to follow through history. On the accompanying graphic, The Three Triads of Biblical Interpretation, this is illustrated in the far left hand column, in assuming that we read the Bible on that level of the history, the event, the individual stories. From this perspective, when we read Scripture we think we are accessing the Bible, entering into the biblical message, on that level of the historical event. We than move from historical event over to application to our lives (on the chart the "down" arrows on the right side that lead to "Application for Spiritual Living Today"). We tend to think that the historical event relates directly to how we apply it to our lives: so as this happened to a certain individual, so it works that same way in our lives today.

Dealing With the Actual Shape of the Biblical Text

I think there is a serious problem with how we come to Scripture in this way of thinking, and I would like to suggest a different way of approaching Scripture. A much easier way to talk about this and illustrate it is to begin in the New Testament, since the difficulties with this assumption are much easier to demonstrate from the Gospel accounts where we have parallel accounts of the same events. Often we approach the Gospel narratives with these same assumptions, that we are reading a sequential historical account that is simply telling us in a matter of fact way what happened, what Jesus said and did. This is reinforced if we happen to be using a "red letter" edition of the New Testament. When we read those narratives and we see the words of Jesus in red, it is easy to assume that we are reading the actual words that Jesus spoke, especially since they are in quotation marks in our English Bible (none of the three languages in which the Bible was originally written, Hebrew, Aramaic, or Greek have quotations marks; those are added by translators to conform to English usage, and are sometimes solely at the discretion of the translator where they are placed).

So, we read the text with the mental assumption that these are the very words of Jesus. This assumes that we are entering the Gospel accounts through the left side of the chart, through the level of historical event. In terms of simply reading the story as a historical narrative that superficial level of reading presents little difficulty.

However, when we move to study of the text for its theological message it raises serious problems. There are many places in the New Testament Gospels where we read the red letters, and then turn to a parallel passage in one of the other Gospels and find something different in some way. For example, we can read something in Mark’s Gospel and find notes in the margin directing us to the other Gospels where a parallel account is recorded. Yet when we turn to the parallel, for example to Luke, we find that there are differences. Sometimes there will be differences of single words, sometimes there will be differences in whole sentences, sometimes it will be in a totally different historical context, or sometimes the event will be in different setting or location.

Take for instance, in Luke, the return of Jesus to his hometown synagogue in Nazareth (Lk 4:16-30). If we compare that event in Luke with the versions of Matthew (13:54-58) and Mark (6:1-6), there are significant differences in how the incident is reported and what is recorded that Jesus said (John does not tell us about this incident, which raises the same question from a different perspective; that is, why did John omit this incident?). For example, Luke tells us about the passage Jesus read from the Isaiah scroll, a feature omitted in both other accounts. Also, the comment that Jesus made about being accepted in his home town is very different in Luke than in Matthew and Mark. In fact, even the words differ between Matthew and Mark.

And it is interesting to note the very different placement of this event in the story line of the Gospels. Matthew and Mark both place this event well into the Galilean ministry of Jesus after he had performed many specific public acts. He had raised the dead (Jairus’ daughter), had healed the lepers, had cast out demons particularly around the area of Capernaum, and then had returned to Nazareth. Yet in Luke’s Gospel, Jesus’ return to his hometown is the first public thing that he does after his baptism. Luke knows of other activities of Jesus, but he clearly wants us to see his return to Nazareth at the beginning of his ministry. In Luke, Jesus first returned to Nazareth and was driven away from his hometown, and then he expanded his ministry into the area around Capernaum by casting out the demons and raising Jairus’ daughter. It is obvious with a little careful reading that not only are the words of Jesus different in Luke, the chronology is also very different.

Significance and Importance for Faith

What this tells us is that we are not really listening to the kind of history that we might think we are by only a superficial reading. It is not that this is something less than history, in the sense that it is based on the real life activity of Jesus. But it is not the kind of matter-of-fact reporting of details that we would expect in a carefully constructed, scientifically investigated, data-based reporting of historical fact. Obviously, something very different is going on in these writings, and it is a serious mistake to think that we are simply reading the same kind of history book that we would write to report the data of event.

What I would like to suggest is that we take these features of the biblical text seriously and direct our attention to what the biblical text itself actually does in telling these stories, rather than trying to impose on the biblical text our ideas of what it ought to be in terms of modern history writing. Here is the observation that will underlie this study: what we have access to in Scripture is not directly historical event, but the testimony of the community of faith to the ongoing significance and importance for Faith of that event. It is that significance and importance for Faith that the biblical witness is communicating, not just the historical details and data.

When we pick up this book, this Bible, we need to realize that it is a piece of literature, it is a writing. It is the written testimony of the community of faith as that community has already interpreted the significance and importance of the biblical events. In other words, we do not have direct access to the left column of history and event; we only have access through the middle column of literature and author and community as they bear witness of things they have seen and heard (1 John 1:1-4). The middle column suggests that what we have in Scripture is not directly the historical event but someone telling us about the historical event. What we have in the Bible is testimony in the form of literature. The access that we have to Scripture is on the level of literature, of reading what people, what the community of Faith, are telling us.

That still has connection to history. One of our primary faith affirmations as Christians, along with Jews, is that God has revealed himself in history. That means the Bible is not mythological, like the myths of the Greeks, Romans, and Canaanites that simply personified the processes of nature into gods and then told stories about those gods as if they actually existed someplace in the cosmos. The Bible is anchored solidly in human history, which is simply another way to say that we believe God revealed himself directly in human history. He doesn’t operate on some cosmic abstract level like the gods of the Canaanites or Romans, but he really meets people where they are. So that historical level is valid and important. We believe that Jesus walked in a physical body, in a physical place, at a physical time in human history; that’s why we talk about the Incarnation. God incarnated himself and revealed himself in history. It is not a myth or a story about the gods that helps explain why the physical world works the way it does.

Scripture as Testimony

Yet, what we have in scripture is a community of faith’s testimony to that history, not the history itself. For example, John’s Gospel, as well as the First Johannine epistle (referenced above, 1 John 1:1-4), clearly tells us that the author is selecting certain events and writing about the things that he has seen and heard. That is testimony. But it is testimony aimed at a specific purpose, and that purpose will shape how the story will be told, what is included or excluded, even to how events are remembered, arranged, and connected together, even to how the words of Jesus are remembered and told (since contrary to modern thinking, in the ancient world exact words were not recorded, but the intent or the message was remembered).

At the end of John’s Gospel he tells us: "There are also many other things that Jesus did; if every one of them were written down, I suppose that the whole world could not contain the books that would be written." (Jn 21:25). And he had already told us earlier in the book: "Now Jesus did many other signs in the presence of his disciples, which are not written in this book. But these are written that you might come to believe [or "go on believing"] that Jesus is the Messiah, the Son of God, and that through believing you might have life in his name." (Jn 20:30-31). He is selective and he represents a community of faith that is choosing certain aspects of history and interpreting them to instruct us in the faith. The focus is not on duplicating the exact events that happened in all their details, or even in getting the chronology of events all sorted out or making sure that the exact words of Jesus were repeated. The intent was to bear witness to who Jesus was and to call people to faith based on their acceptance of that witness. The writing serves that purpose, not the interests of our modern curiosity for historical data or details.

So, our access to Scripture is on the level of literature, which means we are really entering at the center column of the chart. As we read and study the biblical text, we are listening to literature written by an author who represents a community of faith. We are listening to the testimony of a community. That has several implications.

The biblical text is not direct reporting of history, it’s not just facts. Sometimes people make the comparison that history is like football scores because there is no interpretation of football scores. They are just data. But any sports fan will quickly tell you that the score does not always tell you the story of the game. In fact, the score may not at all reflect what went on in the game itself, or even the significance of the game.

What we are listening to in Scripture, at least in terms of the Gospels, is a community of faith picking and choosing events based on how that community of faith understood their significance, and what that community wanted or needed to say in relation to its own location in history. They knew the significance because they knew the end of the story. When we start reading in Luke, for example, the account of Mary at the birth of Jesus, we need to realize that Luke knows the end of the story when he tells us about those events. He is not writing it as it unfolds but he knows about the crucifixion and the resurrection. In fact, if Luke wrote the book of Acts as most scholars believe he did, he also knows about Pentecost and the origin of the church. Luke is actually writing somewhere around the year AD 80, or about 60 years after the crucifixion.

What Luke tells us about the birth of Jesus is shaped and guided by what he knows came later. So when he tells us that the Holy Spirit came to Mary, or the Holy Spirit came on Jesus at his baptism, or that Jesus was led by the Spirit into the wilderness, or that Jesus returned from Nazareth in the power of the Spirit (features which the other Gospels omit!), we know that Luke is telling us those things from the perspective of the work of the Spirit at Pentecost and in the early church. He wants us to know the story from the perspective of God’s total work in the Incarnation, something that Mary or Elizabeth could not possibly have known at the time from their perspective. And he is emphasizing aspects of that significance that none of the other Gospel writers do. That means that we are not really listening to Mary and Elizabeth, but we are listening to Luke interpret those events from far the other side of the resurrection for his own purposes in the community of which he is a part. That is a crucial observation in understanding how to read biblical literature for its theological message!

The third (right hand) column on the chart simply says that the bottom line of what we are doing is theology. The reason we are studying Scripture is so we can learn something about God. We enter the biblical text on the level of literature as we listen to the community of Faith interpret and bear witness of the historical revelation of God. Yet, the purpose of listening to their testimony is to understand what they tell us about God, about ourselves, and our relationship with God so we can apply it today in our lives. We can understand, not just how God worked with them at a certain point in the past, but how he works with us now so we will know how to live, the application for spiritual guidance today.

The Implications of a Literary Approach

Now, it will be helpful for us to consider some of the implications of looking at Scripture through the lens of testimonial literature rather than trying to find historical details. Several observations will help us as we work thorough Genesis. One observation that we are not used to making as we look through the lens of historical reporting is that things are not always exactly as they appear on the surface in Scripture; it does not always just mean what it says!

This is one advantage of thinking literature as we read Scripture, because that lets us be sensitive to such literary features as sarcasm, irony, word plays, and narrative technique. It raises questions such as how an author in a community uses literature to communicate. That raises other issues, such as taking seriously the kind of literature with which we are dealing as a tool for helping us understand it. For example if we read Gulliver’s Travels and think we are reading a history of England, we are going to conclude some strange things about English history and never really hear what the author wants us to hear. Or if we pick up C. S. Lewis and read the Chronicles of Narnia or his space trilogy and think we are reading history on the one hand, or simply children’s fantasy on the other, we will have badly misunderstood the writing. Both assumptions will cause us to miss the beautifully true allegory of the Christian faith.

As a side observation at this point, we need to realize that there are two different levels of how we can read Scripture: exegetical study and devotional reading (See the article Devotional and Exegetical Reading of Scripture). Many people read scripture devotionally from a particular life situation as a means of communion with God. That is often reflected in statements like "God gave me this verse," or "This passage has always meant a lot to me." It is not that those insights or valuing of the biblical stories are wrong; it’s just that the "meanings" may not at all be related to the text itself because they are meanings imposed onto the text from a particular need and a particular life situation. And those "meanings" will most often differ widely from person to person even on the same verse since they are not really based on an understanding of the text itself.

Part of the reason we develop methods and techniques for exegetical study is to develop a common ground and common ways of reading the text. Hopefully, that will allow us to hear what the author is saying without going in all different directions or imposing our own needs and meaning onto the biblical text. That will not always happen, since we all work with certain assumptions and all come at the biblical text from a certain life situation that shapes what we ask and how we hear the answer, but hopefully in exegesis there is a little more common ground. I don’t think we can, in most places in Scripture, simply pick up the text and read it and understand the depth of its message. That does not say that we cannot understand Scripture or that it can’t impact our lives and change us. But it does suggest that to probe the depths of the truth of Scripture, and for it to become the living and active word of God, we will have to put out some effort to hear the testimony beyond our preconceived ideas and what we already think it means.

Theology as Story: The Role of Narrative

Since many of the guidelines we will be using in this study are covered in the article Guidelines for Interpreting Biblical Narrative, I won’t take the time to repeat them here. I will simply make a few additional observations and then address questions on the discussion forum that might arise from it.

Almost all the passages that we study in Genesis will be narrative, or will occur in a narrative context (e.g., genealogies). I have used the terms "story" and "narrative" interchangeably simply to designate a particular type of literature. "Story" does not suggest that it is false of fiction, only that it is narrative as opposed to prayer or prophecy or other types of literature.

Even by identifying this type of literature as narrative gives us some parameters for interpretation. Most narrative, especially narrative from the world of the Ancient Near East, intends to do something other than describe how things really are or "what really happened." Our scientific methodology tends to use descriptions to try to duplicate external reality. For example, if I were to ask someone to describe something or if I would ask someone to describe another person, we would try to describe the external "reality" of the other person in terms of physical appearance, such as how many feet and inches tall they are, what color of hair they have, etc. We would use physical descriptors to try to describe them in time and space and physical reality. It would probably take us a little while to get around to describing them in terms of more abstract qualities, who they are as persons beyond external appearance such as personality, likes and dislikes, etc., the qualities of the person.

What I am suggesting here is that the Bible is primarily concerned with qualitative description, and only rarely if ever directly concerned with physical appearance except as a function of that quality. -1- For example, Saul is described as being head and shoulders above all the rest of the people (1 Sam 9:2). We translate that into our way of thinking as a reference to how tall he was, and would probably start trying to figure out how many feet and inches (or meters) that would be. But in the narrative thought world of the Old Testament, his height was not a matter of appearance, and therefore physical description, but was a way metaphorically and in a narrative context to say something about the quality of the person; that is, they only told us this bit of detail as a metaphorical way to describe him as a leader (more obvious in 1 Sam 10:23-24).

Likewise, David is described as having a ruddy complexion which doesn’t just describe the color of his hair or complexion but tells us he is a very young, analogous to our expressions "red-faced kid" or "wet behind the ears." This feature is evident in several ways in biblical narrative, even showing up in the Hebrew language itself. In Hebrew there are no single words for color as simple abstractions; color words are words that relate to objects in life that exhibit that color, and when those terms are applied as descriptors in narrative, they become metaphors for aspects of objects that go beyond pigmentation.

For example, to say gray in Hebrew we would use a word that would also mean "old." Or, to put it the other way, to say "old" we could use a word that means "gray" (e.g., Gen 42:38, Deut 32:25, etc.). The same is true of other colors: green for freshness, newness or youth (Gen 1:30, Jud 16:7. etc.), blood for red which is then used to refer to violence, etc. This simply suggests a different way of thinking, a different approach to reality. All of those descriptors we read about in the Old Testament are not just physical descriptors, they are quality descriptors. They are not trying to draw for us a picture of the external world, but they are trying to involve us in understanding what it is like on an experiential level. Biblical narratives are not trying to duplicate external reality, they are trying to share experience and then call us to respond to that experience.

Features of Narrative: Two Horizons

Narratives have particular features that can be used to identify them as narrative. The type of literature, the genre of literature called narrative, can usually be identified by three major features: a setting, characters, and a plot or the flow of the story that moves from stasis (or equilibrium) to conflict to resolution (climax and dénouement) to anticlimax or restored stability. Sometimes even recognizing these features of a narrative is important in understanding the message of the story.

The setting includes the historical, cultural, and social context of the narrative, and sometimes will even include aspects like geographical location that are factors in the narrative. One of the most difficult aspects of setting with which readers of Scripture must come to terms in understanding biblical narrative is that there are always two different historical contexts at work in the story. First, the setting of the narrative itself must be taken seriously as the immediate context of the story. It does not matter whether the context is improbable or illogical, because the setting of the story itself tells us how the story is to be heard. Some passages may require an attempt to find out more, if possible, about the historical setting in order to understand the narrative, but it must be kept in mind that the historical setting is just that: a setting. The truth or message of the passages does not lie in the historical setting.

The second setting of the narrative is the setting of the narrator telling us the story. He is situated in his own historical, cultural, and social context, and we need constantly to be aware of the "voice" of the narrator in the story. We will miss much of the significance and message of the story if we forget the role of the narrator, or forget that often the events or narrative being presented is being recounted by an author, a community, sometimes hundreds of years after the events themselves are presented as occurring.

This is easy to see in much of the historical material of Samuel, Kings, and Chronicles, which are obviously telling Israel’s history from the perspective of the Babylonian exile. We have already observed the same features at work in the Gospel narratives, in which the Gospel writers are recounting the narratives about Jesus 60, 80 or 100 years after he lived. That means we have two historical settings and two political realities with which to deal. For example, it is fairly obvious in John’s gospel that they are hearing and telling the events about Jesus’ life in the context of various severe persecutions in the church under which they were suffering toward the end of the first century. They are applying the Gospel message to the needs of that community at that time, and understanding that second context helps us understand the biblical text in John.

These two time references of the setting of the story and the setting of the narrator are sometimes called the two horizons of the text. It is a wise and skilled reader of Scripture who is constantly aware of both horizons. There is also a third time frame that we must consider in interpreting biblical texts. That is the time frame of the reader, us, as we bring yet another horizon or perspective to the text. Sensitivity to these different time frames of the text will not guarantee a correct interpretation, but neglecting them will almost insure an inadequate if not wrong interpretation.

As we will see, cultural setting will also play a very large role in some texts, as in the first chapters of Genesis. That cultural setting is not obvious directly in the text, but when we become sensitive to the cultural context in which the Israelites lived who are telling us this story, the features of the text that seem obscure take on new clarity. How we hear certain kinds of words and metaphors comes from a cultural background, and we have to realize that the cultural background of the biblical text is not ours, and that it is simply assumed and not explained in the biblical text.

At this point, we will have to put forth some effort to understand the world of the ancient Israelites. Sometimes it is hard for us to realize that the Bible, particularly the Old Testament, is an oriental book. We live in a Western culture. The thought world of Oriental culture is radically different from the thought world of Western culture, particularly when we recall that there is a period of three thousand years between us and that culture. We have to keep reminding ourselves that this is not our world, and this is not our culture. Again, this does not mean that we can’t understand Scripture; it simply means we are going to have to put out some effort to understand the cultural background. They were writing from within their culture for that time. They were not writing three thousand years in the future for our time and our culture. That’s why they are not writing about evolution in Genesis 1; that’s 3,000 years in their future. They were not concerned with evolution in Genesis 1. They were not concerned with our problems nor were they trying to answer the questions we would ask.

The next question is, with what were they concerned? What were the issues facing that community? The answers to this crucial question will begin to emerge as we work thorough the Bible study. The clues to those concerns are in the biblical text that we will be studying, if we continue to remind ourselves that the authors of this text were Israelites who lived 3,000 years ago! They lived in a radically different world than the one with which we are familiar. Yet, they encountered God in ways that allowed them to understand him and bear witness to us of that understanding, an understanding that we still affirm as true after 3,000 years! It is that truth that we seek to hear anew in this Bible study.

Notes

1. "One of the most interesting features encountered in the reading of the Old Testament is the almost complete absence of visual descriptions of person or objects. In reading the description of the Garden in Eden, we search in vain for a pictorial view. In the description of Noah’s ark we completely fail to form a mental picture of what the ark looked like based on the biblical description. And even the more intricately detailed description of the building of the tabernacle and its furnishings fails adequately to describe the Tabernacle visually." Dennis Bratcher, "Hebrew Thought Forms," Unpublished Master’s Thesis, 1977.

Voir aussi:

Genesis Bible Study

Lesson Two: The Cultural Context of Israel

Dennis Bratcher

Historical and Cultural Background

There are two major hurdles that often prevent us from hearing the stories in Genesis. First, we tend to think that Israel emerged in a vacuum, fully formed and totally mature, nearly Christian, in their religious thinking. There are a lot of other factors that go into us making this assumption, such as ideas about the nature of Scripture forged in the 19th century (AD!), but the effect is that we have a hard time seeing Scripture against the cultural and historical background of the people who wrote it. Second, partly because of some of those same factors, we tend to assume that the Bible is directly addressing our concerns. We tend to spiritualize the text into addressing our questions without first asking what questions the text itself is actually addressing.

Both of these hurdles will take some effort to surmount, especially in these first chapters of Genesis, which are overlaid with centuries of interpretations and which have become battlegrounds for all sorts of religious wars. In addition to the guidelines expressed earlier, the goal here is to look at the biblical text in terms of: 1) the cultural and historical background of ancient Israel, especially as it shapes concerns and affects communication, and 2) the concerns with which that biblical community is dealing in the text, seen against the cultural and historical background and expressed in how the text tells its story. (See Guidelines for Interpreting Biblical Narratives). Two further principles will also guide this analysis: 3) the text is primarily theology, telling us about God, humanity, and their relationship; and 4) the text itself and its background are the primary object of analysis, with the guideline "stick to the text" intended to exclude interpretations imported from systematic theology or doctrinal assertions.

The Cultural Setting of the Ancient World

Let me begin by telling a story about a man named Apsu. Apsu was an old, gray haired man married to Tiamat. They had lots of children and grandchildren and even some great-grandchildren who all lived around him. Apsu needed his rest and liked to take long afternoon naps. One day he stormed to his wife complaining that the younger children were so boisterous day and night that he could never get enough rest. Tiamat had noticed the rowdiness of the kids as well, but she was a little taken aback at Apsu’s solution. He had decided that to silence the kids so he could get some rest that he would simply kill all the noisemakers and be done with it.

But before he could carry out his plan, one of his great-grandsons, Ea, found out about it. Catching Tiamat away from the house, Ea used his magical powers to cast a spell over Apsu. When he was asleep under the spell, Ea stole the symbols of Apsu’s position over the household, and killed him as he slept. Ea then settled into Apsu’s house and intended to take control of the family.

When Tiamat returned home and discovered that Ea had killed her husband she was enraged. She began assembling some of the children who supported her and prepared to do battle with Ea to take vengeance on him and his family for their treachery. She took a new husband, Kingu, and appointed him as commander of the army she was assembling. She also enlisted the aid of all the dragons and sea monsters, snakes and wild animals to help her fight Ea.

In the meantime Ea found out about the planned attack from Tiamat and her followers. He was understandably depressed that all the children seemed to be following Tiamat and that he found himself outnumbered. He sought out the counsel of his remaining allies, who agreed that Tiamat must be stopped, but none were able to face her. Finally, his advisors suggested that Ea consult his son Marduk, who was greatly respected in the family, to see what he would do. After being told of the problem, Marduk was scornful that a mere woman would come against Ea with weapons. He agreed to do battle with Tiamat, but only if he would be elevated to the head of the family. Ea and the children agreed and gave him great power, so Marduk took charge of the campaign.

He sent word challenging Tiamat who accepted in a fit of rage. The battle was fierce, but Marduk unleashed a magic wind that partially disabled her, and then with a well placed arrow, Marduk killed Tiamat. He immediately enslaved all her followers, including her husband Kingu. After tying up the lifeless body of Tiamat, he smashed her head with a mace, and then severed strategic arteries so that her blood ran all over the ground. Then he split her body in half. With one half Marduk formed the sky and with the other half he made the earth, with boundaries and guardians to keep each in its place. He continued making the stars and the sun and moon to establish seasons, months, and years. The children were all assigned roles in making certain that the boundaries were observed and his instructions carried out.

Finally, Kingu was brought out and killed and from his blood Marduk formed human beings to serve him and his allies so that they would never again have to work. After all of this, the family built a fine house in which Marduk could relax. They named the place Babylon, and Marduk and his friends rested, eating and drinking, while everyone sang the praises of the great deliverer Marduk by reciting 50 names that gave him homage.

Now, in case you have not already figured it out, this is the Babylonian (or Sumerian) myth of creation known as the Enuma Elish ("when on high," from the first words of the poem). It occurs in two different forms, but the basic elements are the same. The seven tablets of this poem were discovered in the ruins of ancient Nineveh in the vast library of the Assyrian king Asshurbanapal (7th century BC). However, these texts were based on earlier Sumerian versions of the poem from as early as 2,000-1,700 BC, the time of Abraham and Hammurabi of Babylon (read the full text of the Enuma Elish).

Israel Among the Nations

This is the cultural background out of which the Israelites came. Basic elements of this Babylonian myth and the world view that underlay it became the Ba’al myth in Palestine and surrounding areas. And of course, Ba’al worship supported by the Ba’al myth was the arch rival of worship of God among the Israelites. In our world of scientific investigation and the millennia-old worship of a single deity, we sometimes dismiss myths as simply false without realizing how incredibly important they were to ancient peoples. Myths were ways to describe how the physical world exists and what makes it operate, or to express complex social relationships.

The Enuma Elish is far more than a fanciful story. It is actually a carefully crafted story about the cycle of seasons, an attempt by ancient people to give some coherence and order to a world that they did not really understand in terms of cause and effect. The myth of Marduk is a cosmology, a story told to describe what they observed about the physical world. Marduk represents Springtime and the fertility of the land that Spring brings. Marduk is a god who brings Springtime when crops grow and when livestock give birth. Especially in Canaanite forms of the story where Ba’al is the hero (in Assyria Marduk was replaced by Asshur, the patron deity of Assyria), he is the Spring rain that brings life and newness into the land after the dry season. As such, Marduk represents the stability and security of a world that is safe and stable. Both Marduk and Ba’al are fertility gods that promise newness and continuing life.

Tiamat represents winter, or in Canaanite forms of the myth the dry season, and the barrenness and threat that winter brings. She was also personified as the primeval ocean, the deep, the unordered forces of chaos that threaten to engulf the order and stability of the world. In this role, she was also portrayed as a great Dragon or Serpent of the Deep. Her companions are the uncontrolled waters of Flood, River, and Sea.

To ancient people, it was a real threat that spring and the spring rains might not come. That represented a threat to the very existence of humanity. The battle between Marduk and Tiamat was a way to express the cycles of seasons, the struggle between chaos and order that the people experienced as they waited for the renewal of Spring. That battle was an annual event, incorporated into the worship rituals of Near Eastern culture. Marduk had to kill Tiamat every Springtime or Winter would continue to rule. There would be no rain, crops would not grow, grass for the livestock would not sprout, nothing would survive. That battle was played out every spring in the great worship festivals in the Temple of Marduk in Babylon. Marduk had to be alive and be crowned king so that rain would come. The concern in the myth was not so much with the creation, as it was with the defeat of Tiamat and the reign of Marduk.

As noted, in Palestine this became the myth of Ba’al who was also the god of rain and the god of Springtime. In Palestine there must be rain at a certain time of year to make crops grow. Ba’al as the god of rain (called "Rider of the Clouds" in some texts; cf. Psa. 68:4) was personified as a thunder storm sweeping in from the desert, bringing rain, and making life possible in that part of the world. The worship of Ba’al in Palestine involved imitative magic in the form of ritual prostitution and other fertility rituals. The idea was that Ba’al needed to be sexually aroused so that the rains would come, the crops would grow, and the people survive. (There are other OT connections to this cultural background, such as the agricultural images used for women producing offspring; they are either fruitful or barren.)

In this mythical way of conceptualizing the world, Tiamat and the various images of uncontrolled water or dragons or sea monsters associated with her, represented disorder or chaos in the world. Marduk (or Ba’al or Ashur) in this mythology was the one who brought stability and order to the world, and guaranteed human existence. The role of human beings was to be sure the gods were happy and had what they needed so they would do the things necessary to ensure humanity’s continued existence. Yet, the gods had no direct relation to human existence since they were simply the personified forces of what we would call nature. Human existence was more the "fallout" from the activity of the gods, which further underscored the need to be sure the gods were happy and content.

Israel’s New Path

There is much more to the mythological cultural background of the ancient world, but perhaps this brief overview will provide a context to begin examining the Genesis narratives. (For more information see Speaking the Language of Canaan and links there). Myths speak about something on a cosmic level, trying to describe the unseen forces that shape human existence. However, the Bible is not directly mythological because the basic premise of Scripture arising from Israel’s experience of God is that God has revealed himself in history. He is not "out there" on some cosmic level, but has revealed himself here where we live as human beings.

In stark contrast to the mythology of the Canaanites, Israel began developing a very incarnational view of God very early in its history. That did not mean that Israel quickly abandoned all the vestiges of polytheism or the mythological world view associated with it. It would take Israelites nearly 800 years of fierce struggle to chart clearly that new path among the nations. Yet, what was often the minority voice in Israel understood that God had chosen to enter into relationship with humanity in the arena where we live. Israel knew what she knew about God not because they projected their ideas out "there" somewhere, or speculated about what God was, or what he might be, or ought to be, or what they needed him to be. They knew something about God because at one point in time in human history a group of people stood on the banks of the Reed Sea and watched God at work. And we as Christians know what we know about God, not because we have become more sophisticated in our speculation or our scientific inquiry than the Israelites were, but because at another point in time another group of people stood beneath a cross and at a tomb outside of Jerusalem and saw God at work in human history.

That fact not only separates Scripture from the myths of the ancient world in giving it a solid basis in human history, it also points to two aspects of understanding the Bible, and these Genesis narratives, that are crucial. First, the concerns of the Israelites who wrote this material had to do with how they were coming to terms with this radically new understanding of deity, and how that would be lived out in the world in which they lived. The people who wrote Scripture, who reported and reflected about things they had seen and heard, this person or community who wrote Genesis, what were they trying to communicate? What is it they were trying to say? What concerns lay behind the faith confessions they were making about God? They were most likely not trying to tell us about evolution, or attacking science, or burying secret codes in the text about World War III! What they needed to say was something that would tell people that Ba’al is not God! That Ba’al does not make it rain. That Ba’al does not control the world. They needed to move people beyond superstition and magic as the way to understand deity. They needed to affirm the God whom they had encountered in the Exodus in such a way that people would worship and serve him instead of frequenting the Ba’al temples and trying to manipulate the world by magic.

The only background they had to do that on the level of communication was the culture in which they lived. So they are not going to give us some scientific explanation about what makes it rain that would satisfy our 21st century minds. They only had two choices. If someone would ask an Israelite in the Old Testament, "What makes it rain?", they would either say "Ba’al makes it rain" or they would say "God makes it rain." There was simply no other way to say it! Yet, when they start describing how God makes it rain, they described God riding in on a thunder cloud from the desert, which is what they would say if they were Canaanites worshipping Ba’al. They would tell us the same thing the same way, except that it is God they are talking about rather than Ba’al. Those cultural perspectives are the only frame of reference they have; they cannot describe the world or God in terms of our modern perspectives, so they use the only language and symbols and metaphors they have to confess this radically new faith in a single Creator God. What other culture could they write in except their own?

If we do not allow this in the biblical text, then we must make other assumptions about Scripture that immediately move us beyond the text and its own world. The assumption must then be, in some form, that they didn’t really write much if any of the Bible and instead God wrote it or told them what to write. Yet, after looking closely at the text, with all the idiosyncrasies of the Hebrew language, with all the metaphors that have parallels in the ancient cultural world, with all the concerns that are thoroughly rooted in the problems of the ancient world, I think it is a mistake to make such assumptions. Maybe the text says more there in their culture than we have imagined, if we listen to it carefully.

Second, this material was not written as it happened, but was written long after anything described here, to address the perspective and concerns of the people who were writing it (this is the principle of the "two horizons" mentioned in last week’s lesson). If we are not deliberate in our thinking, we sometimes assume that there were scribes sitting over in the corner of the Garden of Eden writing this all down (or, as mentioned above, that God simply told people what to write). Yet, this was likely written long after the Israelites had encountered God at the Reed Sea, probably around the time of David near 1000 BC, with the final form of the stories as we have them in Genesis dating to the period after the exile (c. 500 BC).

After the Israelites had encountered God in the Exodus and at Sinai, after they had spent years struggling in the wilderness, after they had entered the land and been confronted with the Canaanites and their fertility religion, after centuries of struggling to come to terms with the nature of this God who was not at all like the mythical gods of the people in the land, they looked back and wondered how they had come to that place.

They had learned things about God over some 800 years of history because God had revealed himself to them through that history. If God was God and not Pharaoh; if God was the kind of God who could hear the cry of oppressed slaves, bring plagues upon Egypt, part the waters of the Reed Sea, give manna in the desert, bring water out of a rock, knock down the walls of Jericho, help them defeat the Canaanites and settle in the land promised to Abraham hundreds of years earlier; if he is that kind of God, what is rain to him? It was only a short step to conceptualize God as Sovereign Creator, and to conclude that Ba’al was nothing but a stick of wood! Yet there were people who found the appeal of Ba’al worship overwhelming, and the faithful worshippers of God needed to express a profound faith in God that decisively rejected Ba’al as a competing deity. It is this purpose that the opening chapters of Genesis serve. And in some ways, that message may have more relevance for our modern world than we sometimes imagine!


Manif pour tous: Quelle condescendance de nos élites et bobos parisiens? (Ordinary France’s last desperate stand against Parisian bobo decadent chic?)

15 janvier, 2013
Il y avait dans une ville un juge qui ne craignait point Dieu et qui n’avait d’égard pour personne. Il y avait aussi dans cette ville une veuve qui venait lui dire: Fais-moi justice de ma partie adverse. Pendant longtemps il refusa. Mais ensuite il dit en lui-même: Quoique je ne craigne point Dieu et que je n’aie d’égard pour personne, néanmoins, parce que cette veuve m’importune, je lui ferai justice, afin qu’elle ne vienne pas sans cesse me rompre la tête. Le Seigneur ajouta: Entendez ce que dit le juge inique. Et Dieu ne fera-t-il pas justice à ses élus, qui crient à lui jour et nuit, et tardera-t-il à leur égard? Je vous le dis, il leur fera promptement justice. Mais, quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre? Jésus (Luc 18: 1-9)
Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
Le mariage semblait voué à disparaître il y a trois décennies ; le voilà au centre de la politique française, avec le projet de légalisation du «mariage pour tous» par la France. (…) Les médias français dénoncent à l’envi une société archaïque et discriminatoire. La révolte gronde dans les cafés et les salons parisiens… Sommes-nous à la veille de Mai-68 ? Non, en 2012, mais ceux qui contestent l’ordre établi sont les mêmes, en un peu plus grisonnants. Dénoncent-ils la catastrophe climatique ? L’incurie des dirigeants européens face à l’explosion de la misère et des inégalités ?… Non, l’affaire est beaucoup plus grave. Elle concerne le droit des homosexuels à se marier devant le maire. Ceux qui ironisaient, il y a quarante ans, sur le mariage «petit-bourgeois» plaident aujourd’hui en faveur de son extension aux homosexuels. Il s’agit de remédier à la souffrance de quelques couples qui ne supportent pas de ne pas «graver leur nom au bas d’un parchemin» (Brassens). Regrettons qu’il n’y ait plus un Molière pour les traiter comme il convient. Hérodote
Dites à un écologiste que vous voulez manger des fraises en hiver, il vous objectera, avec raison, que votre demande n’est pas raisonnable, que vous devez respecter les lois de la nature et que l’homme se condamne en ne les respectant pas. Parlez-lui de semences transgéniques, il vous expliquera tous les dangers de ces manipulations génétiques des espèces végétales. Mais dites-lui que vous voulez avoir un enfant avec une personne du même sexe que vous, il ne trouvera rien à redire: c’est naturel! Gérard Horny
Le projet tel qu’il est conçu est profondément mal pensé et c’est en cela qu’il est dangereux. En effet, l’objectif n’est pas l’union de gens du même sexe, ni de la reconnaissance sociale de l’homosexualité, ni même de laïcité comme ce fut évoqué un temps mais plutôt de créer une nouvelle structure filiation entre un enfant et deux hommes ou deux femmes qui composent le foyer dans lequel il sera élevé. La question essentielle qui n’est jamais posé dans ce débat est de savoir si la société est prête à voir son système de filiation généalogique, pour l’instant complètement sexué et cela depuis toujours, être remplacé par un filiation totalement artificielle basée sur les volontés individuelles.Or le débat dans la manière dont il est abordé ne peut pas prendre en compte cette problématique puisque tous les arguments tournent autour de l’homosexualité et l’homophobie qui sont en fait des questions réglées puisque l’homosexualité est légale et l’homophobie condamnée. Ce que l’on ne sait pas c’est si le fait d’élever des enfants au sein d’une filiation absolument pas crédible pour l’enfant, qui sera tout à fait conscient qu’il n’est pas issu biologiquement de deux femmes ou de deux hommes, posera des problèmes identitaires ou pas. Il faudrait peut-être se poser cette question avant de légiférer. Pour faire un parallèle, il suffit de se rappeler de l’insémination artificielle à propos de laquelle on a allègrement cru que l’on pouvait priver un enfant de ses origines. Conclusion, la situation actuelle nous montre bien qu’il existe de nombreux contentieux d’enfants qui réclament de savoir qui sont les êtres dont ils sont les descendants et je ne vois pas au nom de quoi nous leur refusons ce droit. Le sens que doivent prendre les lois est celui du bien-être des enfants et de la simplification de leur rapport à leurs parents, non pas de tout compliquer et de créer des silences. Il suffit de se pencher sur la structure du projet pour comprendre qu’il n’aborde pas les bonnes questions. Sur les vingt pages qui constituent le projet de loi, une seule est consacrée au mariage, les trois suivantes sont consacrées à l’adoption et tout le reste à la neutralisation des termes sexués. Est-il vraiment cohérent de faire disparaitre les termes de « père » et de « mère » pour ne laisser la place qu’aux « parents », de supprimer le « mari » et la « femme » pour n’avoir plus que des époux. Nous sommes là au cœur d’une question complexe qui mérite une réflexion juridique, sociale et idéologique profonde et non pas simplement de d’agir vite sans réfléchir pour satisfaire à des questions politiciennes. Apporter une réponse simpliste à une question complexe n’est jamais une bonne solution. Il ne s’agit pas simplement de savoir si un couple homosexuel peut convoler ou pas. Jean-René Binet
La société ne se construit pas sur l’accord précaire d’individus libres et éclairés : sans être économiste ni juriste, on peut prévoir que la dérégulation du mariage et de l’adoption fragilisera l’une des dernières institutions qui résistent un tant soit peu à l’individualisme triomphant. Sur ce point comme sur bien d’autres, la gauche française fait la part belle à l’idéologie libérale, beaucoup plus présentable médiatiquement lorsqu’elle se drape dans le langage des droits de l’homme et du progressisme sociétal. J’ajouterai que la mutation du mariage en « mariage pour tous » ainsi que la transformation du père et de la mère en « parent 1 » et « parent 2 » sur les livrets de famille écrivent un chapitre supplémentaire de la guerre contre le sens. Pour les sociaux-libéraux qui nous gouvernent – mais on pourrait en dire autant de leurs devanciers libéraux-conservateurs, adeptes de la dérégulation à la carte – il n’y a plus ni homme, ni femme, ni citoyens. À l’ère de la politique managériale et de la théorie des genres, nous ne sommes plus que des administrés et des machines désirantes avides de reconnaissance légale : mes ancêtres ont souffert, je dois donc disposer du statut légal de victime, ma sexualité ne me permet pas d’attendre un enfant par les voies naturelles, la loi et la science doivent donc pallier à cette insuffisance ! Cette inflation des désirs, qui doivent urgemment être traduits en loi, dissout le bien commun, donc la démocratie, dans la concurrence des volontés individuelles. Je serai curieux de savoir ce qu’un Rousseau, théoricien de la volonté générale et du contrat social, dont on connaît le peu d’appétence pour ses propres enfants, penserait de la dérive actuelle. Quant à la stratégie du gouvernement qui consiste à masquer son impuissance économique et sociale derrière le paravent sociétal, celle-ci est si manifeste qu’il n’est pas nécessaire de s’y attarder. Je remarquerai simplement que les principaux hiérarques du PS ne se donnent même plus la peine de croire à la lutte des classes ou à la possibilité de « changer la vie » hors des mairies et des registres d’état civil. De ce point de vue, l’imposture sémantique du « mariage pour tous » est paradoxalement salutaire ! Daoud Boughezala
Vous, président de la République, qui n’êtes même pas marié à votre âge, ayez le courage de vos opinions ! Ces chaînes conjugales que vous avez toujours refusées pour vous-même – malgré de belles occasions ! -, ne les étendez pas arbitrairement aux catégories de la population jusqu’alors préservées par la loi. En tant qu’homme de progrès, allez jusqu’au bout de votre logique émancipatrice en abolissant pour tous cette institution contraignante et hors d’âge ! Basile de Koch
Cependant, du strict point de vue d’Hermogène, on peut se demander pourquoi s’arrêter subitement au « tous » ? Loin de nous l’idée de vociférer avec les intégristes de tout poil et d’assimiler ce « mariage pour tous » à d’éventuelles perversions criminelles, comme l’inceste et la pédophilie. D’abord parce qu’à vicieux, vicieux et demi et qu’il nous semble apercevoir autant de vices chez les Femen que de vertus absentes chez les séides de Civitas qui les coursent, trouvant peut-être quelque plaisir infâme à poursuivre des femmes nues… Mais le « mariage pour tous » est encore par trop réactionnaire ! Marier un père et sa fille, ou un père et son fils, c’est encore unir deux êtres humains, c’est toujours limiter, donc exclure. Or, à l’orée des progrès de la cybernétique et du clonage, quand des poupées gonflables remplacent esthétiquement la femme de base, le « mariage pour tous » apparaît déjà comme un concept daté. Ne réservons pas le monopole des droits à l’humain, sous prétexte de ce vieux préjugé chrétien qui nous intime que lui seul aurait une âme, et étendons donc la justice aux inanimés. Aussi nous espérons que lors de la prochaine campagne présidentielle, François Hollande trouvera l’audace nécessaire pour inscrire à son programme un mariage plus égalitaire et plus révolutionnaire que le mariage pour tous : le « mariage pour tout ». J’aurai ainsi le loisir d’épouser mon ordinateur avec lequel je passe beaucoup de temps sans oser m’avouer ce que je ressens pour lui pendant que le joyeux président de Civitas pourra s’unir à une tente… Rémi Lélian
Hollande peut choisir de passer en force, ce qu’il fera certainement si le nombre estimé des manifestants est inférieur à 500 000. Mais l’image de la présence massive dans la rue de cette France modérée, des villes moyennes et petites faisant entendre sa voix dans une capitale dominée par les élites et les bobos devrait le faire réfléchir. Mieux vaut une promesse électorale mise au placard qu’un divorce avec cette petite France des familles qui n’aime pas être bousculée dans le peu de certitudes qui lui reste. Luc Rosenzweig (ancien journaliste du Monde)
Des centaines de milliers de personnes ont donc marché pour rien, sinon le plaisir de constater qu’on est loin d’être le seul de son avis. L’analyse socio-politique de ce mouvement incite en effet les responsables socialistes à ne pas s’affoler : l’immense majorité de ceux qui étaient au Champ de mars n’ont pas voté et ne voteront pas à gauche dans un avenir prévisible. Une manif de 200 000 personnes composée, mettons de 2/3 de gens de droite et d’un 1/3 de gens de gauche affichés comme tels dans un défilé aurait été beaucoup plus préoccupante pour le pouvoir. De plus, la majorité des gens, selon les sondages, estiment qu’on parle trop de ce sujet au regard des autres problèmes auxquels notre pays doit faire face. Il sera donc difficile aux anti-mariage gay de maintenir la pression en dépit de l’incontestable réussite, en termes quantitatifs et qualitatifs, de la manifestation. Alors que les journalistes de la presse favorable au projet de loi (c’est-à-dire la quasi-totalité des grands médias) étaient à l’affût du moindre dérapage homophobe, il n’ont eu à se mettre sous la dent qu’un misérable point Godwin lâché par l’un des porte-parole, homosexuel, du mouvement. La loi sera donc adoptée, et vraisemblablement maintenue en cas d’alternance, comme cela a été le cas en Espagne. Dans quelques mois ou dans quelques années, on se sera aperçu que cette loi n’aura pas ébranlé les fondements anthropologiques de notre société, et que la seule modification notable sera celle de la couverture, par les magazines people, des aventures sexuelles et conjugales des stars du show bizz et du sport ayant fait usage de cette nouvelle loi. Un exemple est là pour démontrer cette capacité de résistance des sociétés aux lubies législatives des « progressistes » autoproclamés : celle de la loi sur les noms de famille du 18 juin 2003, permettant de choisir, pour la famille et les enfants d’un couple le nom du père ou de la mère ou encore les deux noms accolés des géniteurs. L’usage a montré que dans 99% des cas le nom du père restait celui de l’unité familiale, et que cela n’est pas près de changer. Et demain, même la mairie du IVème arrondissement de la capitale continuera à unir presqu’exclusivement des hommes et des femmes, pendant que les gays alentours feront bien autre chose que de penser popote et layettes. Luc Rosenzweig
La France catholico-conservatrice avait pris possession de la rue. Elle existe cette part de France, elle est capable de se mobiliser — la preuve est fournie — dès lors qu’elle considère l’une de ses valeurs essentielles — la famille traditionnelle en l’occasion — remise en cause par le Président de la République, son gouvernement et la gauche. Le plus marquant ? Elle n’éprouve pas le moindre doute, cette part de France ; aucun argument d’aucune sorte, aucune réflexion, aucune analyse divergente ou dissidente n’entame sa conviction sur l’organisation de la famille et du mariage ou sa perception, trop souvent diabolisée, de l’homosexualité. Bien sûr elle dérange, cette France-là ! Elle dérange d’ailleurs jusqu’aux responsables politiques de droite qui, pour la plupart d’entre eux, ont choisi depuis bien longtemps de parier sur la « modernité ». Elle dérange, répétons-le, mais il n’y a pas d’autre choix que d’en tenir compte ; non pas de lui céder, mais d’être capable de l’écouter, de s’évertuer à un travail pédagogique envers cette France-là, même si elle est refermée sur elle même. Ce travail pédagogique, même Francois Hollande et les siens y sont contraints.(…) Évoquons enfin l’homophobie. Il n’y eut apparemment pas de dérapage homophobe tout au long de cet immense cortège. Tant mieux, c’était une exigence et une marque de respect minimum. Et pourtant… C’est bien la question de l’homosexualité, plus précisément encore le malaise envers l’homosexualité, qui viennent de ressurgir plein pot. Convenons-en : c’est navrant. Marianne

Quelle condescendance de nos élites et bobos parisiens …

Les mêmes qui "ironisaient, il y a quarante ans, sur le mariage «petit-bourgeois» et plaident aujourd’hui en faveur de son extension aux homosexuels" …

Les rigolos comme hélas les plus lucides, faisant mine d’ignorer les millions qui, de nombre de psys à ceux qui n’ont pu trouver le temps ou le courage de joindre l’acte à la parole, n’en pensent pas moins …

Pour cette France des villes moyennes et petites qui a réussi,  on ne sait trop comment, à conserver le peu de modération qui nous reste …

Et qui contrainte de monter à Paris et descendre dans la rue sans, en ces temps où l’homophobie n’a jamais été autant condamnée et au grand regret apparemment de  nos journaleux avides de croustillant et de sensations fortes, dérapages homophobes …

Se verra, selon toute probabilité et après les dernières autorités morales (les églises et les psys), balayée elle aussi dans quelques semaines par la démagogie ambiante des apprentis-sorciers et maitres de la navigation à vue et du doigt mouillé qui, des deux côtés de l’Atlantique, nous servent actuellement de dirigeants …

Quelle rue ? Quelle France ?

Marianne

14 Janvier 201

Le chiffre exact n’a aucune importance. Qu’il y ait eu hier dans les rues de Paris, 400 000 manifestants contre le mariage gay (chiffre de la police) ou 800 000 marcheurs (estimation des organisateurs), cela ne change rien à l’affaire. La manifestation fut incontestablement impressionnante. À ce titre, trois réflexions ou remarques.

1. Il suffisait d’observer les manifestants, de les écouter, de les interroger — ce à quoi je me suis astreint — pour se convaincre que la France catholico-conservatrice avait pris possession de la rue. Elle existe cette part de France, elle est capable de se mobiliser — la preuve est fournie — dès lors qu’elle considère l’une de ses valeurs essentielles — la famille traditionnelle en l’occasion — remise en cause par le Président de la République, son gouvernement et la gauche.

Le plus marquant ? Elle n’éprouve pas le moindre doute, cette part de France ; aucun argument d’aucune sorte, aucune réflexion, aucune analyse divergente ou dissidente n’entame sa conviction sur l’organisation de la famille et du mariage ou sa perception, trop souvent diabolisée, de l’homosexualité.

Bien sûr elle dérange, cette France-là ! Elle dérange d’ailleurs jusqu’aux responsables politiques de droite qui, pour la plupart d’entre eux, ont choisi depuis bien longtemps de parier sur la « modernité ».

Elle dérange, répétons-le, mais il n’y a pas d’autre choix que d’en tenir compte ; non pas de lui céder, mais d’être capable de l’écouter, de s’évertuer à un travail pédagogique envers cette France-là, même si elle est refermée sur elle même. Ce travail pédagogique, même Francois Hollande et les siens y sont contraints.

2. L’exigence d’un referendum portée par quelques responsables politiques UMP, notamment Nathalie Kocziusko-Morizet et Laurent Wauquiez, n’est évidemment qu’un piège grossier. Il est parfois utile, même à droite, d’avoir (un peu) de mémoire. Imaginons qu’en 1974, le président Valery Giscard d’Estaing, le premier ministre Jacques Chirac et le ministre de la Santé Simone Veil aient décidé de soumettre à referendum la loi sur l’interruption volontaire de grossesse. C’eut été une folie, la certitude d’une longue bataille culturelle, philosophique, historique d’une violence inouïe. Prés de quatre décennies plus tard, même cause, même effet. Il va de soi que le pouvoir politique, quel qu’il soit, doit avoir le courage de proposer, de défendre et surtout de faire passer un texte de loi, celui-là en l’occurrence.

3. Évoquons enfin l’homophobie. Il n’y eut apparemment pas de dérapage homophobe tout au long de cet immense cortège. Tant mieux, c’était une exigence et une marque de respect minimum. Et pourtant…

C’est bien la question de l’homosexualité, plus précisément encore le malaise envers l’homosexualité, qui viennent de ressurgir plein pot. Convenons-en : c’est navrant.

Voir aussi:

Mariage homosexuel : simple évolution des moeurs ou changement civilisationnel profond ?

Ce dimanche à partir de 13 heures a lieu la "Manifestation pour tous", qui rassemble dans les rues de Paris les opposants au mariage homosexuel, qui divise la société française. Le débat parlementaire qui débutera le 29 janvier marquera-t-il le début d’une nouvelle ère sociétale ?

Les temps changent

13 janvier 2013

Atlantico : Malgré une désaffection des Français pour le mariage, le débat sur le mariage gay a mis en évidence l’importance qu’ils attachent à cette institution. Que représente-il sur le plan social et juridique ?

Eric Fassin : Certes, le mariage n’est plus ce qu’il a été, du fait de la banalisation de la sexualité préconjugale mais aussi des naissances hors-mariage (plus d’un enfant sur deux). Il n’empêche : le mariage entraîne des droits et des devoirs ; et il continue de fonctionner comme une norme, dans la mesure où il engage l’État.

Or, que signifie la fermeture du mariage aux couples de même sexe ? C’est le principe symbolique qui institue la hiérarchie des sexualités, soit l’idée que l’hétérosexualité, c’est mieux, et l’homosexualité, c’est moins bien. Autrement dit, l’hétérosexisme d’État légitime l’homophobie ordinaire. Reste qu’en France, les résistances à l’égalité des droits portent moins sur la conjugalité que sur les enfants – adoption et PMA: aux Etats-Unis, la sacralisation porte sur le mariage ; en France, sur la filiation. Tout se passe comme si on voulait la soustraire aux logiques démocratiques.

Jean-René Binet : Le mariage est aujourd’hui, et l’a toujours été, un acte fondateur d’une famille, d’une filiation et d’obligations réciproques entre les époux. Il met en place les conditions essentielles visant à assurer la possibilité d’un accueil favorable pour les enfants : fidélité respective, cohabitation, entraide, assistance mais aussi une certaine cohésion du patrimoine. Tout est articulé autour de la meilleure manière d’élever les enfants car c’est bien cela la véritable fonction du mariage depuis sa création. La plus vieille institution humaine du monde n’a pas pour but de donner le droit d’avoir des enfants comme on a souvent tendance à le penser mais sert à les éduquer sur la durée et dans la stabilité. Les enfants humains ont besoin de cette logique à la différence du monde animal dans lequel l’apprentissage est court et peut être assuré par le groupe ou la tribu. S’il y a un tel engouement de la part des français dans le débat sur le mariage pour tous, c’est justement parce qu’ils sentent bien que ce qui se cache derrière ce problème va bien plus loin que ce simple questions de mariage, d’amour et de sexualité. La véritable problématique est la structure de la filiation et de la transmission au sein de notre société.

Daoud Boughezala : Il est légitime de se poser cette question à l’heure où un mariage sur trois se conclut par un divorce – voire un sur deux dans l’agglomération parisienne – et que les « unions libres » et les familles monoparentales fleurissent. Je pense que les débats sur le « mariage pour tous » ont révélé la puissance symbolique d’une institution que l’on jugeait désuète. En fait, la force du mariage réside moins dans sa pérennité – qui peut aujourd’hui être certain de se marier pour la vie ?- que dans ses bases anthropologiques.

Rappelons que le mariage est l’union d’un homme et d’une femme, indépendamment de leurs pratiques sexuelles (depuis l’Antiquité, des homosexuels se marient) dans le but de procréer. Si tous les mariages ne donnent pas naissance à des enfants, tant s’en faut, l’infécondité reste une cause de résiliation reconnue par le Code civil. C’est dire si le mariage est consubstantiellement lié à la parentalité : d’ailleurs, le projet de loi du gouvernement entend généraliser le mariage ET l’adoption. Tout en dénaturalisant ces deux notions : sous couvert d’égalité, on voudrait faire du mariage et de l’enfant des droits-créances, disponibles à tout un chacun.

Or, la société ne se construit pas sur l’accord précaire d’individus libres et éclairés : sans être économiste ni juriste, on peut prévoir que la dérégulation du mariage et de l’adoption fragilisera l’une des dernières institutions qui résistent un tant soit peu à l’individualisme triomphant. Sur ce point comme sur bien d’autres, la gauche française fait la part belle à l’idéologie libérale, beaucoup plus présentable médiatiquement lorsqu’elle se drape dans le langage des droits de l’homme et du progressisme sociétal.

J’ajouterai que la mutation du mariage en « mariage pour tous » ainsi que la transformation du père et de la mère en « parent 1 » et « parent 2 » sur les livrets de famille écrivent un chapitre supplémentaire de la guerre contre le sens. Pour les sociaux-libéraux qui nous gouvernent – mais on pourrait en dire autant de leurs devanciers libéraux-conservateurs, adeptes de la dérégulation à la carte – il n’y a plus ni homme, ni femme, ni citoyens. À l’ère de la politique managériale et de la théorie des genres, nous ne sommes plus que des administrés et des machines désirantes avides de reconnaissance légale : mes ancêtres ont souffert, je dois donc disposer du statut légal de victime, ma sexualité ne me permet pas d’attendre un enfant par les voies naturelles, la loi et la science doivent donc pallier à cette insuffisance ! Cette inflation des désirs, qui doivent urgemment être traduits en loi, dissout le bien commun, donc la démocratie, dans la concurrence des volontés individuelles. Je serai curieux de savoir ce qu’un Rousseau, théoricien de la volonté générale et du contrat social, dont on connaît le peu d’appétence pour ses propres enfants, penserait de la dérive actuelle.

Quant à la stratégie du gouvernement qui consiste à masquer son impuissance économique et sociale derrière le paravent sociétal, celle-ci est si manifeste qu’il n’est pas nécessaire de s’y attarder. Je remarquerai simplement que les principaux hiérarques du PS ne se donnent même plus la peine de croire à la lutte des classes ou à la possibilité de « changer la vie » hors des mairies et des registres d’état civil. De ce point de vue, l’imposture sémantique du « mariage pour tous » est paradoxalement salutaire !

La société française a-t-elle connu dans son histoire des changements d’une telle ampleur ou est-ce le premier (loi de 1905, instauration du code civil napoléonien ou autres )? Va-t-elle au contraire l’absorber sans difficulté ?

Daoud Boughezala : Avec un zeste de cynisme, je dirais que cette réforme ne fait qu’entériner des évolutions sociétales fort préoccupantes : l’éclatement de la famille, la dislocation des liens communautaires, la perte de la transmission du capital culturel au profit des seuls capitaux sociaux et économiques – le patrimoine et le réseau, aisément monnayables sur le marché de l’emploi-, l’abandon de l’éducation parentale au nom de l’enfant-roi et de la soi-disant expertise des thérapeutes spécialisés, etc. Comme ne le cessent de le répéter ses défenseurs, ce texte de loi accompagne le mouvement de la société, et c’est bien le problème ! Je ne suis pas Cassandre ou Jérémie pour savoir comment la société intégrera ces changements, dont on ne connaît d’ailleurs pas la limite : on nous promet d’élargir la Procréation Médicalement Assistée dans un second projet de loi, ce qui poserait de sérieuses questions bioéthiques sur lesquels nous reviendrons.

À quelques encablures de la France, un petit pays a généralisé le mariage, l’adoption et même la Gestation pour Autrui depuis de nombreuses années. La Belgique annonce peut-être le futur de la France, une société d’individus atomisés où tout est dérégulé, des flux migratoires à l’institution familiale. Malgré tous les outils légaux mis à leur disposition, les homosexuels belges ne sont pas plus heureux qu’ailleurs. Ils subissent le poids du chômage, de l’exclusion et de la pauvreté sans que les PMA, GPA et autres mariages universels – qu’ils boudent allègrement- ne les consolent.

À la différence du code napoléonien ou de la loi de 1905, je crois que le projet actuel, s’il est adopté, ne sera pas prescriptif. Le politique n’a plus cette capacité d’entraînement, il se contente d’enregistrer ou d’accélérer les mutations sociétales de ce qui était la nation France. Mais le pessimisme de la raison ne doit pas empêcher l’optimisme de la volonté ! Il est heureux qu’une grande partie des Français refuse la mise au pas du mariage et de la famille, au point de peut-être faire plier le gouvernement.

Eric Fassin : Les conservateurs sont un peu comme les millénaristes qui annoncent la fin du monde – sauf qu’ils l’annoncent à répétition, comme avant la loi Naquet de 1884 sur le divorce. Sans remonter si loin, rappelons-nous les batailles sur la contraception en 1967 ou l’avortement en 1975. En 1999, pour le Pacs, on nous annonçait la fin du monde. Or, c’était seulement la fin d’un monde.

Qui demande encore l’abolition du Pacs ? Aucun des onze États dans le monde qui ont ouvert le mariage n’a fait marche arrière. Parions que, quand la droite retrouvera le pouvoir, elle ne reviendra pas sur cette réforme. La société se polarise aujourd’hui dans le feu de la controverse politique : dans les sondages, l’écart est maximal entre électeurs de droite et de gauche. Mais une fois la loi adoptée, le clivage s’estompera.

Jean-René Binet : Pour être honnête, il est complexe de savoir si cette « révolution sociétale » comme l’a qualifiée la garde des sceaux, va pouvoir être absorbée ou pas. Le fait est que la société française a connu d’autres grands changements sur le plan juridique et idéologique et elle s’en est toujours relevée et nous en sommes la preuve. La question pourtant n’est pas de savoir si la France va pouvoir s’adapter ou pas, elle est de savoir si cette loi va améliorer la vie des Français ou la complexifier. Quand le législateur réfléchit à une réforme aussi profonde que celle du mariage pour tous, il doit le faire sur la base certaine d’une amélioration des conditions de vie, du progrès, or ce n’est pas le cas dans le cas dans le projet proposé par le gouvernement socialiste. Celui s’appuie en réalité sur des arguments indigents et peu étoffés et non pas sur la volonté d’un véritable progrès.

L’instauration du mariage pour tous tel qu’il est proposé par le gouvernement socialiste implique-t-il des risques pour la famille au sens juridique et social telle que nous la percevons ? Quelles sont les dérives possibles (Marchandisation des enfants, perte de la filiation et du suivi généalogique, déstructuration sociale) ?

Daoud Boughezala : Sans père ni mère ni repères, il est certain que la construction subjective de l’enfant ne part pas sur les meilleures bases. Le pédiatre Aldo Naouri évoque une « expérimentation sur le vivant », c’est ce que nous nous apprêtons à réaliser aux dépens de nos enfants. On me rétorquera à raison qu’il vaut mieux être élevé par un couple d’homosexuel(le)s aimants que par les époux Dutroux ou Fourniret. Je n’en doute pas ! Mais, comme le mariage, les notions de père et de mère structurent le futur adulte, y compris lorsque l’un des deux référents est absent. Bernard Poignant, le maire socialiste de Quimper, a courageusement décrit le désarroi qui était le sien lorsqu’il avait dû se construire en l’absence de son père disparu.

Au-delà du mariage et de l’adoption, si un second texte venait à élargir le recours à la Procréation Médicalement Assistée, nous entrerions dans un nouveau régime familial et bioéthique. Précisons que 50 000 enfants naissent chaque année en France grâce aux méthodes de la PMA, principalement par insémination artificielle et fécondation in vitro. Bruno Le Roux, chef du groupe PS à l’Assemblée, n’entend donc pas légaliser pas la PMA mais en déréguler l’accès afin de permettre à un nombre croissant d’individus de « générer » artificiellement des enfants.. Aujourd’hui, l’utilisation de la PMA est soumise à de strictes contraintes légales (constat médical d’une infertilité, que les demandeurs soient en âge de procréer, etc.). Encore une fois, l’enfant n’est ni un droit opposable, ni un bien échangeable ou monnayable !

C’est ce que stipulent les lois bioéthiques (1994, 2004, 2011) en s’appuyant sur les principes d’indisponibilité du corps et des personnes et de non-marchandisation. Ces principes ont connu des fortunes diverses à travers les jurisprudences successives mais n’en demeurent pas moins des bornes éthiques fondamentales. En jouant avec la PMA et a fortiori la Gestation Pour Autrui, que l’entrepreneur du luxe Pierre Bergé nous presse d’adopter, nous bousculerions les frontières de la bioéthique. La GPA constituerait le stade suprême de la désinstitutionalisation : la mère porteuse réduite à son ventre pouvant légitimement revendiquer la maternité de l’enfant, au même titre que la donneuse d’ovule… Je vous laisse imaginer les possibles conflits entre les différents « parents » d’un enfant tourneboulé par les conditions filandreuses de sa naissance.

Vous parliez de « marchandisation ». C’est un enjeu essentiel à l’heure où l’on voudrait faire naître les enfants dans des éprouvettes suivant des critères physiques choisis sur catalogue. Un marché mondial de l’enfant existe hélas déjà dans le domaine de l’adoption, il serait désastreux de l’élargir par les moyens de la médecine et de l’eugénique. A ceux qui en doutent encore, je recommande la lecture du Meilleur des Mondes d’Aldous Huxley. Est-ce vraiment l’avenir que nous aimerions léguer à nos enfants ?

Jean-René Binet : Le projet tel qu’il est conçu est profondément mal pensé et c’est en cela qu’il est dangereux. En effet, l’objectif n’est pas l’union de gens du même sexe, ni de la reconnaissance sociale de l’homosexualité, ni même de laïcité comme ce fut évoqué un temps mais plutôt de créer une nouvelle structure filiation entre un enfant et deux hommes ou deux femmes qui composent le foyer dans lequel il sera élevé. La question essentielle qui n’est jamais posé dans ce débat est de savoir si la société est prête à voir son système de filiation généalogique, pour l’instant complètement sexué et cela depuis toujours, être remplacé par un filiation totalement artificielle basée sur les volontés individuelles.

Or le débat dans la manière dont il est abordé ne peut pas prendre en compte cette problématique puisque tous les arguments tournent autour de l’homosexualité et l’homophobie qui sont en fait des questions réglées puisque l’homosexualité est légale et l’homophobie condamnée. Ce que l’on ne sait pas c’est si le fait d’élever des enfants au sein d’une filiation absolument pas crédible pour l’enfant, qui sera tout à fait conscient qu’il n’est pas issu biologiquement de deux femmes ou de deux hommes, posera des problèmes identitaires ou pas. Il faudrait peut-être se poser cette question avant de légiférer. Pour faire un parallèle, il suffit de se rappeler de l’insémination artificielle à propos de laquelle on a allègrement cru que l’on pouvait priver un enfant de ses origines. Conclusion, la situation actuelle nous montre bien qu’il existe de nombreux contentieux d’enfants qui réclament de savoir qui sont les êtres dont ils sont les descendants et je ne vois pas au nom de quoi nous leur refusons ce droit. Le sens que doivent prendre les lois est celui du bien-être des enfants et de la simplification de leur rapport à leurs parents, non pas de tout compliquer et de créer des silences. Il suffit de se pencher sur la structure du projet pour comprendre qu’il n’aborde pas les bonnes questions. Sur les vingt pages qui constituent le projet de loi, une seule est consacrée au mariage, les trois suivantes sont consacrées à l’adoption et tout le reste à la neutralisation des termes sexués. Est-il vraiment cohérent de faire disparaitre les termes de « père » et de « mère » pour ne laisser la place qu’aux « parents », de supprimer le « mari » et la « femme » pour n’avoir plus que des époux. Nous sommes là au cœur d’une question complexe qui mérite une réflexion juridique, sociale et idéologique profonde et non pas simplement de d’agir vite sans réfléchir pour satisfaire à des questions politiciennes. Apporter une réponse simpliste à une question complexe n’est jamais une bonne solution. Il ne s’agit pas simplement de savoir si un couple homosexuel peut convoler ou pas.

Eric Fassin : Pourquoi les risques de marchandisation seraient-ils plus grands, en matière d’adoption ou de PMA, si les parents sont de même sexe ? Ce qui est frappant, dans le débat actuel, c’est que les inquiétudes prétendument anthropologiques s’accompagnent d’un grand ethnocentrisme : il suffit d’aller chez nos voisins belges ou espagnols pour voir qu’il ne se passe rien de tel. Le monde sera structuré autrement, et non déstructuré… Les normes changent, elles ne disparaissent pas pour autant !

Voir également:

À quoi sert le mariage ?

Hérodote

Novembre 2012

Le mariage semblait voué à disparaître il y a trois décennies ; le voilà au centre de la politique française, avec le projet de légalisation du «mariage pour tous» par la France

Pour en finir avec un enjeu symbolique quelque peu ridicule, Joseph Savès émet le souhait que la loi laïque ne reconnaisse plus que des «unions civiles» et abandonne le mot même de «mariage». Celui-ci ne devrait plus désigner qu’un rituel religieux et sans contenu juridique…

Les médias français dénoncent à l’envi une société archaïque et discriminatoire. La révolte gronde dans les cafés et les salons parisiens… Sommes-nous à la veille de Mai-68 ? Non, en 2012, mais ceux qui contestent l’ordre établi sont les mêmes, en un peu plus grisonnants.

Dénoncent-ils la catastrophe climatique ? L’incurie des dirigeants européens face à l’explosion de la misère et des inégalités ?… Non, l’affaire est beaucoup plus grave. Elle concerne le droit des homosexuels à se marier devant le maire.

Ceux qui ironisaient, il y a quarante ans, sur le mariage «petit-bourgeois» plaident aujourd’hui en faveur de son extension aux homosexuels. Il s’agit de remédier à la souffrance de quelques couples qui ne supportent pas de ne pas «graver leur nom au bas d’un parchemin» (Brassens). Regrettons qu’il n’y ait plus un Molière pour les traiter comme il convient.

Mais l’affaire n’est pas seulement risible. Ainsi qu’en conviennent historiens et anthropologues de tous bords, «on ne trouve pas, dans l’histoire, d’union homosexuelle et homoparentale institutionnalisée» (*).

N’est-il pas dangereux, dans ces conditions, de jouer les apprentis-sorciers avec une institution, la famille, qui a traversé les millénaires et les civilisations? Rappelons simplement que le mariage n’a pas été établi pour consacrer l’amour de deux êtres (on n’a pas besoin d’une reconnaissance sociale pour s’aimer et vivre ensemble) mais pour assurer une protection juridique aux enfants appelés à naître de cette union et garantir leur droit à hériter.

D’autres l’ont fait, pourquoi pas nous ?

On se rassure en se disant que d’autres pays, et non des moindres, ont franchi le pas et officialisé le mariage entre personnes du même sexe : le Canada, la Norvège, la Suède, plusieurs États des États-Unis et même la ville de Mexico, l’Argentine et l’Espagne catholiques.

De fait, les États à l’écoute des homosexuels («gay-friendly») sont circonscrits aux populations européennes : l’Europe occidentale elle-même, l’Amérique du Nord, l’Autralie et la Nouvelle-Zélande ainsi que les pays du cône sud-américain (Argentine, Uruguay, Brésil). Seule exception : l’Afrique du Sud, encore fortement influencée par le droit anglo-saxon. Au total, moins d’un milliard de personnes soit 15% de la population mondiale.

Face à ce bloc «progressiste» (mais en décroissance démographique), on trouve la quasi-totalité des pays d’Afrique noire et des pays majoritairement musulmans, plus ou moins hostiles à l’homosexualité. Huit d’entre eux punissent de mort l’homosexualité : l’Arabie séoudite, l’Afghanistan, l’Iran, la Mauritanie, le Nigeria, la Somalie, le Soudan et le Quatar, «ami» de la France. Les autres pays, comme la Turquie, l’Inde, la Russie ou le Japon, évitent généralement d’aborder le sujet de l’homosexualité sur la place publique.

Ganymède et l’Aigle (Chastworth House, Londres)

Homo philie, homo phobie

L’homosexualité est aussi vieille que l’humanité et ses pratiquants, quoique minoritaires et souvent victimes de violences et d’exclusion, ont toujours participé à la vie sociale. L’anthropologue Maurice Godelier évoque des sociétés primitives qui inscrivent la cohabitation homosexuelle parmi les rites de passage de l’enfance à l’âge adulte…

Autres temps, autres moeurs : à l’image de Zeus, qui s’était transformé en aigle pour séduire le jeune Ganymède, les notables grecs et romains n’avaient pas de honte à partager la couche d’un garçon pourvu qu’il fut impubère. Mais cette forme de pédophilie a été plus tard condamnée, de même que les relations entre adultes du même sexe, sous l’effet du puritanisme stoïcien (et païen).

Au Moyen Âge, la «sodomie» (ainsi qualifiait-on l’homosexualité avant que le mot ne soit inventé en 1869) est inscrite parmi les péchés graves. Elle est parfois sanctionnée, le plus souvent tolérée, selon que domine dans l’Église le courant rigoriste ou le courant optimiste, ainsi que le rappelle l’historien Michel Rouche, dans un passionnant livre d’entretiens avec le journaliste Benoît de Sagazan : Petite histoire du couple et de la sexualité (CLD, 2008).

Il Doppio ritratto, par Giorgione (vers 1502), VeniseAu XVIIe siècle, les «libertins» de la cour de Louis XIV attestent de l’influence que pouvaient avoir les homosexuels au pied du trône. Plus près de nous, le juriste Cambacérès, l’académicien Julien Green, les philosophes Roland Barthes et Michel Foucault et le Prix Nobel André Gide… montrent qu’elle n’était pas un obstacle à l’ascension sociale et aux honneurs publics.

Si l’Église officielle qualifie encore de péché l’onanisme et la sodomie, on ne saurait comparer cette condamnation morale aux sanctions pénales qui frappent les homosexuels dans tous les pays musulmans comme dans la plupart des pays d’Afrique noire et d’Asie.

On a fait beaucoup de cas de la loi française de 1942, abrogée en 1982, établissant à 21 ans au lieu de 15 la majorité en matière de relations homosexuelles. Avouons qu’on a connu pire en matière de persécution.

Une régression intellectuelle

Le romancier Benoît Duteurtre écrit dans Le Nouvel Observateur (20 septembre 21012) : «L’aspiration des militants homosexuels à la famille et au mariage est une formidable régression intellectuelle par rapport aux enjeux de la libération sexuelle. Après avoir revendiqué la liberté absolue, on en est à vouloir parodier le mariage, ce vieux rituel d’inspiration religieuse auquel les hétérosexuels eux-mêmes ne croient plus guère, vu qu’ils s’empressent généralement de divorcer !»

Le romancier juge «amusant de voir certains militants s’exciter contre l’Église, qui devrait, à son tour, accepter le mariage gay – comme s’il fallait à tout prix obtenir la reconnaissance du clergé qui ne fait pourtant que jouer son rôle de force morale archaïque».

Pour lui, «la modernité, c’est évidemment le pacs, qui laisse de côté tout cet héritage et qu’on pourrait fort bien se contenter d’améliorer. Mais les groupes de pression, engagés dans la surenchère, semblent confondre l’égalité et le pastiche. Beaucoup d’homos se contrefichent du mariage comme de l’adoption, mais il est vrai que cette soif de normalité enchante certaines personnes qui ont l’impression de les voir rentrer dans le rang».

Communautarisme

Les organisations homosexuelles sont en flèche dans le développement du communautarisme en Occident et c’est là un phénomène nouveau. Le philosophe Roland Barthes l’avait entrevu dans les années 1970. Homosexuel épanoui et discret, il s’inquiétait déjà à cette époque d’un activisme qui pouvait porter atteinte à son intimité et à sa liberté.

Si l’on met à part une petite minorité d’individus exclusivement orientés vers les personnes de leur sexe, l’homosexualité était jusqu’à ces dernières décennies une pratique occasionnelle qui se conjuguait avec des relations hétérosexuelles plus conventionnelles. Elle est devenue aujourd’hui un critère d’appartenance et chacun est sommé de se définir comme homo ou hétéro.

En 1973, dans Les valseuses de Bertrand Blier, les héros pratiquaient sans complexe une sexualité débridée tant homo qu’hétérosexuelle. En 2000, dans la comédie de Francis Veber Le placard, le héros devait choisir son camp. Entre ces deux dates s’est imposé le principe d’enfermement communautaire. Aujourd’hui, signe des temps, Hollywood multiplie les comédies sur les jeunes gens qui seraient tentés de franchir la nouvelle barrière invisible (*).

L’«outing» par lequel les activistes homosexuels dénoncent quiconque voudrait protéger son jardin secret nous renvoie aux pratiques inquisitoriales ou, au mieux, à une forme inédite de «puritanisme inversé» qui impose à chacun d’afficher son statut. Militants homosexuels et vedettes du showbiz conjuguent leurs efforts pour abattre le mur opaque et bienfaisant qui séparait naguère sentiments privés et vie publique.

Ainsi s’avancent des lendemains radieux où chacun sera sommé de se justifier de ses penchants sexuels, de ses pensées et de ses sentiments ainsi que de choisir sa «communauté», face à un Big Brother omniprésent et omnipotent.

Libertarisme

Derrière le «mariage pour tous» et son corollaire, le droit d’avoir des enfants à tout prix (gestation par autrui ou adoption sur le marché international), l’idée se profile que la Loi n’aurait plus pour objet de protéger les faibles (enfants, pauvres…) contre les abus des puissants mais devrait se mettre au service de ces derniers pour lever les ultimes obstacles à leurs désirs.

Pourquoi pas ? dès lors que l’accomplissement de ces désirs ne lèse personne, argumente tel philosophe.

Plus réservé, le psycho-sociologue Jean-Claude Liaudet voit dans ce chamboulement une ruse du néolibéralisme pour intégrer à la société marchande des domaines qui lui échappent encore (*). Il annonce des lendemains radieux où les pauvres du tiers monde et du quart monde seront invités, au nom de la Liberté, à faire commerce de leurs organes, de leur sperme, de leurs ovules et de leurs bébés pour la plus grande satisfaction des bourgeois occidentaux.

Joseph Savès

Le mariage pour quoi faire?

Le terme «mariage» recouvre trois significations très différentes. C’est d’abord un contrat civil entre un homme et une femme, qui assure à l’épouse et aux enfants à naître une protection juridique et des garanties en matière de succession. C’est aussi un engagement religieux, sans effet juridique ou civil, qui tient aux convictions de chacun. C’est enfin un moment festif qui permet à un couple d’exprimer leur amour devant leurs parents et leurs amis.

Les deux dernières significations ne concernent en rien le législateur et, au moment où les organisations homosexuelles réclament le droit au mariage civil, on peut se demander à quoi sert encore celui-ci. Au terme d’un processus législatif qui a aligné les droits des enfants «naturels» sur ceux des enfants légitimes, le mariage civil n’apporte plus guère de droits particuliers. C’est si vrai que de plus en plus de couples élèvent leurs enfants sans se soucier de passer devant le maire.

À défaut d’abolir le mariage civil, le législateur pourrait changer son nom pour celui d’«union civile» et laisser le mot mariage au vocabulaire religieux. L’«union civile» se présenterait dès lors comme un pacte civil de solidarité – pacs – amélioré, ouvert à tous les couples, avec quelques aménagements fiscaux concernant la pension de réversion et l’héritage ainsi que l’adoption.

Mais avant toute chose, il importerait d’abroger l’article 433-21 du code pénal par lequel l’État français interdit aux prêtres, pasteurs et rabbins de marier un couple qui n’est pas au préalable passé devant le maire. Ainsi continueront de s’unir civilement ceux qui le veulent, les autres faisant de leur union une affaire purement privée.

Archaïque, l’article 433-21 remonte à la volonté du Premier Consul Napoléon Bonaparte d’enlever l’état civil au clergé. Son abrogation serait conforme au principe de laïcité et à la loi de séparation des Églises et de l’État. On ne voit pas bien en effet pourquoi l’État laïc se préoccupe de conventions d’ordre privé comme le mariage religieux dès lors qu’elles n’ont aucune implication civile ou juridique.

Voir enfin:

French families march against gay marriage

Adam Sage, Paris

The Australian

January 15, 2013

PARIS was submerged by demonstrators of an unusual kind yesterday as hundreds of thousands of conservative, middle-class people protested against President Francois Hollande’s plan to authorise gay marriage.

In place of the trade unionists who regularly march through the capital were ordinary families, often from the Roman Catholic provinces, proclaiming their opposition to what they describe as an attack on family values.

Organisers said there were 800,000 protesters but police put the figure at 340,000. The truth was somewhere in between, according to seasoned observers, but there was no disputing that this was one of the biggest demonstrations in Paris in recent years and the most significant challenge to Mr Hollande since his arrival in power in May.

The Socialist leader who had promised to unite the French is being accused of driving a wedge between modern urban communities at ease with homosexuality and traditionalists bewildered at the pace of social change.

Opinion polls show that 52 per cent of voters approve the proposal to legalise same-sex marriages but a similar proportion oppose a plan to allow gay couples to adopt children, included in the bill that is due to go before parliament on January 29.

Demonstrators arrived in 900 coaches and seven trains from across France, many prodded into action by their priests. They converged on the Champs de Mars, by the Eiffel Tower, which was a sea of pink and blue flags, the colours of the anti-gay marriage movement.

Their figurehead was Virginie Merle, 50, a Catholic comic who uses the stage name Frigide Barjot (which translates roughly as Frigid Nutter).

She said that the plan would signal an end to traditional French life with the words "father" and "mother" replaced by "parent A" and "parent B" in the family law code. "If fathers and mothers disappear from our law books, what is going to be the effect on our psychology?" she said. "Francois Hollande must listen to us and suspend this bill."

Many protesters said their main argument was not so much with the legalisation of gay marriage as with the authorisation for homosexuals to adopt.

Vincent Marci, 28, from Bordeaux, said: "Children need a father and a mother to be properly brought up. That is what nature wanted. Why change it?" The government said there would be no U-turns despite the protest. Mr Hollande appears to be ready to back down over a proposal to make infertility treatment available to lesbian couples but Marisol Touraine, the Social Affairs Minister, said that he would press on with gay marriage.

The role of the Catholic Church was the focus of controversy. Bishops did not organise the protest but it was clear that they had been pulling the strings behind the scenes. Cardinal Philippe Barbarin, the Archbishop of Lyon, said: "Parliament has decided to change the meaning of the word ‘marriage’. For the people, it is a very violent thing to do."


Mariage pour tous: Le gouvernement joue aux apprentis sorciers (No sex differences please, we’re liberals)

13 janvier, 2013
La différence entre un homme politique et un homme d’Etat, c’est que l’homme politique pense à la prochaine élection et que l’homme d’Etat pense à la prochaine génération. James Freeman Clarke
François Hollande va répétant que 2013 sera l’année de la "lutte contre le chômage" : une expression particulièrement absurde qui laisse croire que l’on peut réduire le chômage par le discours tout en créant les conditions objectives de son aggravation. A ce seuil d’absurdité, on s’interroge : le gouvernement est-il incompétent ou prisonnier de sa base syndicale ou prépare-t-il les esprits à un revirement stratégique ? Le risque, avant même d’obtenir une réponse à ce mystère, est celui de la révolte. Le taux de chômage qui sera atteint en 2013 n’a pas de précédent historique et la société française n’est pas solidaire comme elle peut l’être en Espagne : quatre millions de chômeurs constituent donc une masse critique susceptible de descendre dans la rue pour renverser pas seulement le gouvernement mais, plus encore, la démocratie dévoyée par ce gouvernement-là. Chaque jour, l’imprévisible devient, en France, plus probable. Guy Sorman
C’est le sens de l’histoire (…) Pour la première fois en Occident, des hommes et des femmes homosexuels prétendent se passer de l’acte sexuel pour fonder une famille. Ils transgressent un ordre procréatif qui a reposé, depuis 2000 ans (???), sur le principe de la différence sexuelle. Evelyne Roudinesco
Le désir d’enfant n’est pas moins fort chez un homosexuel que chez un hétérosexuel. De ce fait, l’homosexuel doit avoir les mêmes droits qu’un hétérosexuel, par rapport à cela […], un homosexuel doit pouvoir se marier s’il le veut et avoir le droit d’avoir des enfants s’il le désire. Eric Dubreuil
On est dans une société où l’enfant est au centre de tout. Or l’enfant ne sera ni bien ni mal. Simplement l’enfant aura son histoire et il fera quelque chose avec cela. Nous-mêmes n’est-ce pas à partir de ce qui a déconné dans notre histoire que nous grandissons et que nous devenons plus costauds ? Le risque est de vouloir rendre les choses trop parfaites pour l’enfant. Renonçons à cette perfection et misons sur le fait que les enfants pourront se construire à partir de leur histoire. Dans les merdes qu’ils auront vécues, ils sauront puiser les choses les meilleures qu’ils auront plus tard !  Travailleuse sociale
Ce dont un enfant a besoin, c’est d’amour, que ce soit deux hommes, deux femmes, un homme, peut importe.  Interviewée
Comme dans les familles hétéro recomposées, un des problèmes majeurs concernant les familles monoparentales est le statut du compagnon ou de la compagne. Qui l’enfant doit-il appeler “papa” ou “maman” ? Chaque famille trouve sa solution. L’enfant reconstruit, plus ou moins symboliquement, sa généalogie.  Anne Cadoret (ethnologue et chercheuse au CNRS)
Les demandes d’égalité en matière de mariage ont pris le devant sur le pouvoir d’imaginer des nouvelles libertés conjugales pour tous. Pour les militants homosexuels, un tel choix a impliqué de tenir pour plus important le principe de «reconnaissance» de leur orientation sexuelle que celui de leur bonheur privé. Cette préférence a eu de quoi flatter l’orgueil des hétérosexuels qui, las de vivre mariés, ont soudain trouvé que leur forme de vie était enviable et donc désirable. Comme si finalement le mariage gay avait eu comme origine des raisons de pur prestige, d’orgueil, d’image et non pas la quête plus pratique des meilleures formes d’organisation de la vie privée. Ou, pour reprendre une expression très usitée aux temps du débat sur le pacs, comme si le mariage gay était plus important d’un point de vue symbolique que réel et pratique. (…) lors de la révolution des mœurs, au lieu d’abolir le mariage – symbole même de l’impossibilité de contracter dans le domaine conjugal -, on l’a démocratisé. On a ainsi oublié que le pire déficit démocratique de cette institution était moins le contenu des règles qu’il instaurait que le fait d’occuper une position de monopole normatif. Car c’était- et c’est toujours – soit le mariage – et le pacs depuis quelques années -, soit le néant juridique. Comme si, en faisant ainsi, l’Etat continuait à s’immiscer d’une manière autoritaire dans la vie privée, en mettant des obstacles à l’imagination des individus pour s’associer et vivre avec les autres dans les termes qu’ils souhaitent. Or, si la liberté contractuelle régnait dans ce domaine, la conjugalité pourrait être ouverte à plus de deux personnes. L’ensemble des droits et des devoirs des partenaires : économiques, sexuels, procréatifs, familiaux, personnels pourraient être l’objet de négociations libres. Des dispositions spécifiques régleraient la dissolution, l’entrée ou la sortie des nouveaux membres dans ces espèces d’associations. Certes, il y aurait des contrats standard pour les conformistes et on laisserait tranquilles ceux qui ne souhaitent en signer aucun. Au lieu d’exercer un pouvoir symbolique de nous reconnaître – tel un père exigeant – mariés, homosexuels, divorcés, l’Etat serait une officine d’enregistrement et de résolution des conflits qui résulteraient des termes des contrats qui gouverneraient nos associations. On pourrait alors affirmer que l’on vit dans des Etats qui respectent la vie privée au lieu de rabaisser cette expression à l’interdiction de dévoiler publiquement les potins des uns et des autres. Marcela Yacub
Un contrat universel rendrait possible des unions dans lesquelles chacun des contractants serait à égalité avec chacun des autres. Le "trouple" ou "ménage à trois" serait l’une des possibilités ; un tel contrat serait une alternative au divorce et une solution à de nombreux drames. Les militants homosexuels, qui se prétendent "LGBT" (lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres), réclament au nom de l’égalité une institution matrimoniale excluant de fait les bisexuels, ou du moins les obligeant à renoncer, pour un contrat censé être "pour la vie", à l’une des deux inclinations de leur sexualité, donc à cesser d’être bi pour devenir soit homo, soit hétéro, à moins d’être infidèle, mais alors pourquoi se marier ? Le mariage monogame est donc "biphobe", et ceux qui le réclament, et ne réclament que cela, le sont aussi, en dépit de leurs tours de passe-passe rhétoriques. Un contrat universel à trois ou quatre constituerait un cadre idéal pour ce qu’on appelle l’"homoparentalité". Combien de combinaisons de gays et de lesbiennes rendues possibles par la poésie des petites annonces se heurtent au bout de quelques années à la prose des contingences, et aboutissent à l’aliénation soit du père biologique réduit à l’état de donneur de sperme, soit de la maman, prêteuse de ventre ? Enfin, la crise aidant, nous serons sans doute contraints de partager des logements à plusieurs, inconnus, amis, famille ou amants. Grâce au contrat universel, des mini-communautés, des familles élargies, des cohabitations d’immigrés tentant d’échapper à la rapacité de marchands de sommeil pourraient acquérir ensemble un lieu de vie et créer une union pérenne. Il me semble inéquitable que des paires de personnes bénéficient de déductions d’impôt et d’avantages divers sous le seul prétexte qu’elles sont soit mariées, soit pacsées, au détriment des célibataires. Ne serait-il pas temps de clarifier les choix divers de vie commune par un contrat universel, qui mette tout à plat et n’accorde des avantages aux uns – au détriment des autres – que pour des raisons incontestables ? Accueillir les enfants, ou avoir une "personne à charge" me semble une raison légitime de bénéficier de droits, plutôt que simplement vivre en couple, ce qui constitue déjà un avantage en soi par rapport aux célibataires, qui ne peuvent mutualiser aucune dépense quotidienne. Au lieu de s’enferrer dans la voie sans issue du mariage, je propose de prendre le temps de réfléchir à un contrat universel qui nous entraîne vers une société plus libre, plus égalitaire, plus fraternelle. Lionel Labosse
Ce qui s’annonce est le sursaut vital d’une France oubliée qui entend rappeler que la démocratie ne peut être confisquée par des minorités, des chapelles, des groupes de pression, au profit d’une politique clientéliste ayant perdu le sens de l’intérêt général. S’il est exact que le mariage gay était dans les propositions du président élu, ses répercussions sur la filiation humaine (avec la procréation médicalement assistée et la gestation pour autrui) bouleversent à l’évidence les fondements de la civilisation et de l’existence humaine. (…) Protesteront, dimanche, ceux qui refusent de suivre plus avant un progressisme impensé et potentiellement déstructurant pour des enfants sans racines, ni filiations naturelles, puisque nés de bricolages génétiques, voire de la commercialisation du corps de femmes porteuses. Ce meilleur des mondes, défendu par des "humanistes" ayant perdu le contact avec les gens, est une régression contre laquelle il est légitime de résister. Ivan Rioufol
Le gouvernement s’est engagé à s’appuyer sur la jeunesse pour changer les mentalités, notamment par le biais d’une éducation au respect de la diversité des orientations sexuelles. Vincent Peillon (Lettre aux recteurs, Ministre de l’Education, 04.01.13)
Dans sa lettre du 4 janvier adressée aux recteurs, Vincent Peillon affirme sa volonté de révolutionner la société en se servant de l’école : "le gouvernement s’est engagé à s’appuyer sur la jeunesse pour changer les mentalités, notamment par le biais d’une éducation au respect de la diversité des orientations sexuelles", affirme-t-il en début de lettre. On remarque les termes : "s’appuyer sur la jeunesse" pour "changer les mentalités". Qui ? Le gouvernement. En réalité, c’est donc lui qui choisit les orientations politiques et morales qui doivent prévaloir dans la société. Ce n’est plus la famille, l’école et la société adulte qui éduquent la jeunesse. Contrairement à la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948, c’est donc désormais l’État en France qui se pose en seul détenteur de la vérité. On assiste à une dérive théocratique de l’État républicain actuel. Et cette jeunesse, qui, par définition, ne possède pas encore les repères lui permettant de poser des choix par elle-même, il la mobilise dans le sens qu’il juge bon, selon le schéma de la révolution culturelle. La position de Vincent Peillon est vraiment choquante. Lorsqu’il s’appuie sur la jeunesse comme moteur révolutionnaire, renouant avec l’esprit de 1968, le gouvernement sort à l’évidence de son rôle : il instrumentalise la jeunesse à des fins politiques, pour changer les représentations sexuelles et morales dominantes. Ce faisant, il change les règles du jeu au sein de l’École publique en abandonnant ostensiblement l’exigence de neutralité. L’État sort également de son devoir de neutralité et de respect des droits éducatifs familiaux et de l’intimité des enfants lorsque le ministre demande aux recteurs de renforcer les campagnes d’information sur la ligne azur. Ainsi, contrairement à ce qui est affiché, il ne s’agit plus de lutter contre des stigmatisations homophobes en tant que telles, il s’agit bien plutôt d’inciter activement les jeunes en recherche d’identité (comme le sont par construction tous les adolescents) à explorer pour eux-mêmes la voie de l’homosexualité ou de la transsexualité. De même, lorsque le ministre encourage les recteurs à faire intervenir davantage les associations de lutte contre l’homophobie, il encourage en pratique l’ingérence dans l’enceinte de l’école d’associations partisanes engagées dans la banalisation et la promotion des orientations sexuelles minoritaires, si l’on se réfère à la liste des associations agréées par l’Éducation nationale pour intervenir sur ces thématiques dans les établissements. Il favorise donc des prises de paroles unilatérales auprès des jeunes, sur un sujet qui n’a pas encore été tranché par le législateur. (…) Durant la période soviétique, comme durant d’autres périodes totalitaires, il était habituel de se servir des enfants pour démasquer et sanctionner les opinions dissidentes des parents. C’était l’époque de la délation par ses propres enfants. Revenir à de telles pratiques inhumaines et profondément immorales serait une grave régression de l’État de droit. Non content enfin de mettre au pas les écoles publiques, le gouvernement entend aussi museler les écoles privées en bafouant clairement leur caractère propre. Il est évident que les écoles dont le projet éducatif et l’identité sont fondés sur la foi seront opposées à la légalisation du mariage homosexuel. Leur demander d’être neutres sur ce sujet n’a aucun sens, si ce n’est celui de leur faire renier purement et simplement leur vocation spécifique. Anne Coffinier
Le projet tel qu’il est conçu est profondément mal pensé et c’est en cela qu’il est dangereux. En effet, l’objectif n’est pas l’union de gens du même sexe, ni de la reconnaissance sociale de l’homosexualité, ni même de laïcité comme ce fut évoqué un temps mais plutôt de créer une nouvelle structure filiation entre un enfant et deux hommes ou deux femmes qui composent le foyer dans lequel il sera élevé. La question essentielle qui n’est jamais posé dans ce débat est de savoir si la société est prête à voir son système de filiation généalogique, pour l’instant complètement sexué et cela depuis toujours, être remplacé par un filiation totalement artificielle basée sur les volontés individuelles.Or le débat dans la manière dont il est abordé ne peut pas prendre en compte cette problématique puisque tous les arguments tournent autour de l’homosexualité et l’homophobie qui sont en fait des questions réglées puisque l’homosexualité est légale et l’homophobie condamnée. Ce que l’on ne sait pas c’est si le fait d’élever des enfants au sein d’une filiation absolument pas crédible pour l’enfant, qui sera tout à fait conscient qu’il n’est pas issu biologiquement de deux femmes ou de deux hommes, posera des problèmes identitaires ou pas. Il faudrait peut-être se poser cette question avant de légiférer. Pour faire un parallèle, il suffit de se rappeler de l’insémination artificielle à propos de laquelle on a allègrement cru que l’on pouvait priver un enfant de ses origines. Conclusion, la situation actuelle nous montre bien qu’il existe de nombreux contentieux d’enfants qui réclament de savoir qui sont les êtres dont ils sont les descendants et je ne vois pas au nom de quoi nous leur refusons ce droit. Le sens que doivent prendre les lois est celui du bien-être des enfants et de la simplification de leur rapport à leurs parents, non pas de tout compliquer et de créer des silences. Il suffit de se pencher sur la structure du projet pour comprendre qu’il n’aborde pas les bonnes questions. Sur les vingt pages qui constituent le projet de loi, une seule est consacrée au mariage, les trois suivantes sont consacrées à l’adoption et tout le reste à la neutralisation des termes sexués. Est-il vraiment cohérent de faire disparaitre les termes de « père » et de « mère » pour ne laisser la place qu’aux « parents », de supprimer le « mari » et la « femme » pour n’avoir plus que des époux. Nous sommes là au cœur d’une question complexe qui mérite une réflexion juridique, sociale et idéologique profonde et non pas simplement de d’agir vite sans réfléchir pour satisfaire à des questions politiciennes. Apporter une réponse simpliste à une question complexe n’est jamais une bonne solution. Il ne s’agit pas simplement de savoir si un couple homosexuel peut convoler ou pas. Jean-René Binet
Remettre en cause la différence des sexes reviendrait ainsi à faire vivre l’enfant dans un monde où " tout " serait possible : que les hommes soient des " papas " et aussi des " mamans ", les femmes des " mamans " et aussi des " papas ". Un monde comme celui de la toute-puissance magique où chacun, armé de sa baguette magique, pourrait abolir les limites. Dans la préface qu’elle a écrite pour le livre d’Eric Dubreuil, la psychanalyste Geneviève Delaisi de Parseval, tenante de l’adoption, écrit ainsi : " Dans les familles homoparentales, l’enfant devrait en ce sens pouvoir fantasmer de façon positive sur le coparent, l’autre personne qui a participé à sa naissance, comme un personnage “en plus” à la manière d’un “oncle d’Amérique” ou d’une “bonne fée Morgane”. " Le coparent ("mère porteuse" grâce auquel un homme peut devenir "mère" de l’enfant de son compagnon ou "père donneur de sperme" grâce auquel une femme peut devenir "père" de l’enfant de sa compagne) est donc clairement situé comme la fée de la toute-puissance. Etrange déclaration quand on sait à quel point la toute-puissance est invalidante pour les enfants et à quel point elle les empêche d’accéder à une " vraie puissance ". Pourquoi se fatiguerait-on à écouter la maîtresse et à apprendre à lire dans un monde où les baguettes magiques existent ? Il est donc clair que si, en permettant son adoption par un couple homosexuel, on faisait de l’enfant l’otage du fantasme de ses "adoptants", si on le mettait en position d’être la preuve vivante que le "tout" dont ils rêvent est possible, on hypothéquerait sa construction et ce, d’autant plus que ce fantasme du "tout" serait, dans le cadre d’une procédure, ratifié par la loi. Claude Halmos
Si la différence des sexes est essentielle à l’enfant en tant que repère symbolique, elle ne peut cependant remplir totalement sa fonction si elle reste un repère abstrait. Pour servir au développement de l’enfant, la différence des sexes doit en effet s’incarner, prendre corps… dans des corps. L’enfant ne se construit pas par rapport à des entités abstraites – homme, femme, masculin, féminin – et il ne se construit pas non plus en référence à n’importe quel autre. Il se construit, par rapport à ces deux premiers " autres " que sont ses parents par rapport à leur conscient, leur inconscient, leur corps. Dès les premières heures de sa vie, il ressent avec sa tête et avec son corps ce que ressentent les têtes et les corps de ses parents et tout ce qui circule entre eux (désir, rejet, tendresse, violence…). Devenu adulte, il retrouve parfois, sur le divan de l’analyste, cette mémoire enfouie à la fois dans son inconscient et dans son corps, pour découvrir qu’elle a modelé son rapport aux autres, au monde et surtout à la sexualité. Cette dimension de la construction de l’être humain, dans un " nouage " entre le corps et le psychisme, les tenants de l’adoption la nient parce qu’ils oublient le corps. L’univers qu’ils décrivent est un univers de " fonctions " abstraites et parfaitement désincarnées. Point n’est besoin, selon eux, d’un corps sexué de femme pour " faire " la mère ou d’un corps sexué d’homme pour " faire " le père : " On oublie toujours que les hommes peuvent se comporter en véritables femmes (éducatrices) et les femmes en hommes (gestionnaires) ", déclare dans “l’Evénement”, François Dagognet, philosophe et professeur à Paris III. Et d’ajouter : " Ne nous arrêtons pas à la première apparence. La transsexualité devrait ici nous ouvrir les yeux et nous éveiller à des définitions plus souples. " Notons au passage cette notion de " souplesse " que l’on retrouve, quasiment élevée au rang de concept tout au long des écrits des partisans de l’adoption, mais remarquons surtout que l’argument de François Dagognet est des plus curieux. Il invoque en effet l’exemple des transsexuels pour justifier que n’importe qui puisse indifféremment " faire " l’homme ou la femme alors même que le transsexuel, par sa souffrance, dit exactement le contraire. Il (ou elle) atteste en effet dans la douleur de la nécessité que l’identité sexuelle " dans la tête " soit identique à celle que l’anatomie a inscrite dans le corps. Face à ces fonctions parentales réduites à des rôles sans corps, les tenants de l’adoption posent un enfant qui construirait son identité sexuelle lui aussi abstraitement, " par la tête " et sans passer par le corps. Pour devenir homme ou femme, il suffirait, à les entendre, de rencontrer des hommes et des femmes et d’imiter ces " modèles ". Claude Halmos
Aucune famille hétérosexuelle n’est idéale et l’hétérosexualité des parents n’a jamais été, en tant que telle, une garantie de bien-être pour les enfants. Il s’agit seulement que les enfants adoptés aient les mêmes chances (et les mêmes malchances) que ceux qui sont élevés par leurs parents biologiques. Le " droit à l’indifférence " que réclament, à juste titre, les homosexuels n’a de sens que s’il n’est pas entendu comme un " droit à l’indifférenciation ". Claude Halmos
Le mariage pour tous, une lutte démocratique contre la discrimination et les inégalités ? Il s’agit plutôt d’annuler la différence des sexes dans les livrets de famille et dans le code civil. La naissance de tous les enfants s’en trouvera bouleversée. En lieu et place du mariage, c’est la question de l’enfant qui est posée, la suppression de sa naissance sexuée à la base de la filiation. Toutes les filiations du monde reposent sur la pensée de la naissance à partir d’un couple sexué permettant à l’enfant d’accréditer une origine raisonnable quel que soit son mode de procréation (naturelle, adoptive, procréatique). Au nom de quelle " modernité " le priverait-on de la moitié de sa construction identitaire, le projetterait-on dans une origine impossible car impensable – une imposture – ? Tous les enfants du monde ont droit aux différences parentales sexuées, leur conférant ainsi une origine psychique fondatrice de leur individualité. Collectif
La vie prive parfois un enfant de père ou de mère par accident, mais ce n’est pas à la loi d’organiser cette privation. Cela transforme les enfants en champ d’expérience car il n’existe pas d’études sérieuses sur le devenir des enfants des familles homoparentales. (…) Il serait plus pertinent d’accorder des droits d’ “ éducateurs” aux personnes qui les élèvent que de les reconnaître comme parents. Jean-Pierre Winter
 Nul ne doute des capacités pédagogiques et de l’amour que des homosexuels sont à même de mettre au service d’enfants dont ils auraient la charge, ni ne prétend que les familles dites « traditionnelles » seraient a priori plus compétentes pour éduquer des enfants. Mais il s’agit de réfléchir au fait qu’élever un enfant ne suffit pas à l’inscrire dans une parenté. L’enjeu est celui des lois de la filiation pour tous. Comme psychanalystes nous ne sommes que trop avertis des conséquences anxiogènes à long terme des bricolages généalogiques commis au nom de la protection d’intérêts narcissiques, religieux, économiques ou autres. Jusqu’à présent ces manipulations, souvent secrètes, pouvaient être entendues comme des accidents historiques, des conséquences de troubles psychologiques, des effets d’aliénation, etc. Mais voilà que l’« accident » devrait devenir la loi. Voilà que François Hollande veut organiser légalement des arrangements qui priveraient a priori certains enfants de leur père ou de leur mère. Et il nous faudrait croire, simplement parce qu’on nous l’affirme, que cela serait sans effets préjudiciables alors que nous pouvons constater jour après jour la souffrance et l’angoisse de ceux que la vie s’est chargée de confronter à de tels manques. Certains, à droite comme à gauche, semblent convaincus qu’un enfant se portera bien du moment qu’il est aimé. Le grand mot amour est lâché ! Cet argument est dangereux. Il est culpabilisant pour tous les parents qui ont chéri leur enfant et qui néanmoins l’ont vu dériver et s’acharner contre eux dans la colère ou la haine. Au reste, qui peut dire avec certitude la différence entre amour et allégation d’amour ? (…) Il nous faudra du temps pour constater empiriquement ce que nous savons déjà. Mais dans l’intervalle combien d’enfants auront été l’objet d’une véritable emprise purement expérimentale ? Il faudra plusieurs générations pour apprécier les conséquences de telles modifications dans le système de la filiation surtout si par voie de conséquence logique on en vient, comme en Argentine récemment, à effacer purement et simplement la différence des sexes en laissant à chacun le droit de déclarer le genre qui lui sied par simple déclaration. Pour ma part, si je ne vois pas de véritables objections à ce que des enfants soient adoptés par des couples quels qu’ils soient à condition qu’ils se sachent issus d’un homme et d’une femme, même abandonniques, j’ai les plus grands doutes sur les effets des procréations faisant appel à des tiers voués à disparaître de l’histoire d’un sujet d’emblée dépossédé d’une moitié de sa filiation avec le consentement de la loi. Il y aurait lieu avant de légiférer à la hache de signifier clairement que « l’humanité est sexuée et que c’est ainsi qu’elle se reproduit », comme le disait la sociologue Irène Théry en 1998, se demandant pourquoi nous en venions à nier ce fait. Jean-Pierre Winter
Les enfants ou adolescents qui vivent dans des familles homoparentales ont parfois des problèmes de comportements, des difficultés à l’école, mais pas plus que les autres. Ils trouvent autour d’eux des adultes – grand-père ou grand-mère, oncle ou tante – qui occuperont une place privilégiée pour leur identification au féminin ou au masculin. Serge Hefez
L’enfant n’a pas seulement besoin de se retrouver dans la famille, il y a besoin de s’y retrouver, de comprendre pourquoi il y est. Christian Flavigny
En réalité, le projet de loi favorise les parents, pas l’enfant. Il est fondé sur un discours d’adulte, selon lequel l’enfant pourra comprendre plus tard sa véritable origine, quand il sera plus grand. Or ce niveau d’explication n’est pas accessible lorsqu’il construit sa filiation. Il doit distinguer clairement qu’il n’a pas deux pères ni deux mères. (…) En faisant disparaître la notion de père et de mère du code civil, on brouille la différenciation des sexes. Or, c’est une distinction capitale, car elle établit le principe d’interdiction de l’inceste. Le père dit à sa fille : "tu es ma petite princesse, mais pas ma femme". Avec ce projet de loi, le gouvernement dilue ce principe fondateur et régulateur de la famille. En cela, il joue aux apprentis sorciers. Christian Flavigny

Enfants à deux pères ou deux mères, ménages à trois, sexe à la carte

Cachez ces différences que je ne saurai voir !

Comment ne pas voir, en cette journée où atterrés par la démagogie et l’incompétence du pouvoir actuel nombre de Français vont devoir descendre dans la rue pendant que triomphe aux Etats-Unis le traitement du jihadisme par le déni, la totale déconnection de la réalité des apprentis-sorciers qui nous servent de dirigeants ?

Qui sont prêts, au nom d’un droit à la différence toujours plus abstrait, à les abolir toutes …

Ce qui donne, dans le domaine concret de la lutte contre un chômage qui explose, la multiplication des déclarations incantatoires "tout en créant les conditions objectives de son aggravation"

Ou, dans des domaines aussi fondamentaux que la filiation et de l’adoption, l’organisation et l’extension à toute la société par la loi de la privation accidentelle de père ou de mère que pouvaient avoir certains de nos enfants ?

Mariage gay: "Le projet de loi favorise les parents, pas l’enfant"

Propos recueillis par Marion Guérin

L’Express

17/11/2012

Ce samedi après-midi, les opposants au mariage gay se mobilisent aux quatre coins de la France contre le projet de loi. Le pédopsychiatre Christian Flavigny, auteur de Je veux un papa ET une maman, revient sur les raisons de son rejet du mariage homosexuel.

En quoi, selon vous, ce projet de loi va-t-il déstabiliser l’enfant dans sa quête de filiation?

L’enfant né dans un couple homosexuel sait que sa situation est inconcevable, qu’il n’est pas né de l’union de deux personnes du même sexe. Or, avec ce projet de loi, on brouille ses repères, sa filiation. On lui explique qu’être né avec deux femmes ou deux hommes, c’est pareil. La notion de père et de mère disparaît au profit de la notion de parent. C’est effectivement la même chose d’un point de vue superficiel – nourrir l’enfant, l’emmener à l’école… Mais pas au niveau de la formation psychique de la vie. L’union homosexuelle fait entrave à la venue de l’enfant. Même si les conjoints du même sexe s’aiment, leur union affective ne peut pas porter le désir d’enfanter. Et cela, l’enfant le comprend.

Quelle est la différence avec les couples stériles?

Dans le cas d’un couple stérile, le désir d’enfanter est non réalisable. Les homosexuels, eux, parce qu’ils sont du même sexe, ne peuvent pas enfanter. Leur désir n’est donc pas "crédible", au sens où il ne correspond à rien de possible. L’entrave survient au niveau du désir. C’est la différence entre impossible et non réalisable. On ne peut pas définir le conjoint homosexuel comme deuxième parent. La fécondation est portée par un désir féminin et un désir masculin. Dans le cas d’un couple homosexuel, l’enfant doit surmonter le fait que, pour lui, ça n’a pas été le cas. Je ne dis pas que c’est irréalisable; mais ce n’est pas idéal.

Vous pensez aussi que l’enfant risque de se sentir coupable…

Dans toutes les situations familiales atypiques, l’enfant a tendance à culpabiliser. Quand il manque un parent, sa première réaction consiste à se demander si c’est de sa faute. Il faut alors restaurer l’estime qu’il a de lui-même. Là, seuls les grands-parents peuvent jouer un rôle de relai, car ils reprennent à leur compte les deux figures fondatrices: le père et la mère. En réalité, le projet de loi favorise les parents, pas l’enfant. Il est fondé sur un discours d’adulte, selon lequel l’enfant pourra comprendre plus tard sa véritable origine, quand il sera plus grand. Or ce niveau d’explication n’est pas accessible lorsqu’il construit sa filiation. Il doit distinguer clairement qu’il n’a pas deux pères ni deux mères.

En quoi, selon vous, le mariage gay risque-t-il de déboucher sur l’inceste?

En faisant disparaître la notion de père et de mère du code civil, on brouille la différenciation des sexes. Or, c’est une distinction capitale, car elle établit le principe d’interdiction de l’inceste. Le père dit à sa fille : "tu es ma petite princesse, mais pas ma femme". Avec ce projet de loi, le gouvernement dilue ce principe fondateur et régulateur de la famille. En cela, il joue aux apprentis sorciers.

La remise en question du modèle social et traditionnel de la famille est-elle aussi un problème?

La famille évolue et change dans sa modalité, c’est une réalité. Il y a de plus en plus de divorces, de familles monoparentales. Cela ne pose pas de problème, à condition de ne pas oublier les principes de la construction de l’enfant. Ce que fait ce projet de loi.

Voir aussi:

Je veux papa et maman

Marie-Laeticia Bonavita

Le Figaro

15 déc. 2012

Bibliothèque des essais

Je veux papa et maman

«Père-et-mère» congédiés par la loi CHRISTIAN FLAVIGNY, SALVATORE,

Et l’enfant dans tout cela ? Cette question, soulevée par le projet de loi sur le « mariage pour tous », est le fil conducteur de l’ouvrage du pédopsychiatre Christian Flavigny, qui dirige le département psychanalyse de l’enfant et de l’adolescent à l’hôpital de la Salpêtrière. Cette question fut, sans nul doute, au coeur de son exposé, lors de son audition par les parlementaires sur le sujet. « L’enfant n’a pas seulement besoin de se retrouver dans la famille, il y a besoin de s’y retrouver, de comprendre pourquoi il y est » , explique l’auteur. Certes, l’amour est un ingrédient de la vie familiale, quelle qu’elle soit, qui profite à l’enfant, mais il n’est pas suffisant pour grandir. La « colonne vertébrale psychique » indispensable à cette fin, c’est la filiation. Elle seule rend cohérente sa venue auprès de ses parents, elle seule l’établit comme leur enfant. La base de l’identité, c’est la filiation. Celle-ci structure, au demeurant, l’interdit de l’inceste. La signification en latin du mot « parent » – pareo – renvoie à l’« enfantement » – partum parere – qui implique la différence des sexes au sens du masculin et de féminin. « Tout enfant sait que l’homme et la femme se rendent père et mère depuis leur incomplétude sexuelle » , écrit l’auteur. Et si l’enfant adopté n’est pas le fruit de l’union corporelle de ses parents, il lui importe de se sentir le fruit de leur désir partagé d’enfanter. De fait, dans le cas d’un couple homosexuel, l’enfant doit surmonter le fait que, pour lui, le scénario de sa conception n’est pas plausible. Et de se demander pourquoi il n’a pas mérité d’avoir « mon-père-et-ma-mère ». Au moment où le débat autour du projet de loi sur « le mariage pour tous » est relancé par une possible ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de lesbiennes, l’ouvrage a le mérite de rappeler que la procréation nous fait, non pas créateurs (ce qui relèverait de l’orgueil de la toute-puissance) mais procréateurs, relayant le devenir humain. Compacte et directe, la démonstration de Christian Flavigny est convaincante : le projet de loi défendu par le gouvernement actuel favorise peut-être les parents, mais pas l’enfant.

Voir également:

Adoption par les homos : les psys mettent en garde

Agnès Leclair

Le Figaro

02/10/2012

En France, de 40.000 enfants, selon l’Ined, à plus de 300.000 selon les associations de parents gays et lesbiens seraient élevés par des parents de même sexe.

Le projet d’ouverture de l’adoption aux couples homosexuels fait réagir de nombreux médecins, qui redoutent de lourds bouleversements pour les enfants.

Tuer le père, un « meurtre » banal dans les cabinets psys. Sur le plan légal, c’est une autre affaire. Dans le cadre du projet de loi sur l’ouverture du mariage et de l’adoption par les couples de même sexe, nombre de psychanalystes et pédopsychiatres frémissent à l’idée de voir disparaître les « pères » et « mères » du Code civil. Gommer deux figures centrales de l’inconscient au profit du terme asexué de « parent », c’en est trop pour les freudiens.

Quelle place pour le complexe d’Œdipe dans un monde avec deux mamans ou deux papas ? Écœurés de s’entendre répliquer que seul l’amour importe, ils comptent dans leurs rangs de féroces opposants à la promesse 31 de François Hollande. Après tout, pourquoi s’émouvoir d’un simple glissement sémantique ? Et pourquoi ne pas reconnaître une existence à des familles déjà constituées autour de deux personnes du même sexe, qui s’élèveraient à près de 40.000 enfants, selon l’Ined, ou plus de 300.000, selon les associations de parents gays et lesbiens ?

« La question est de savoir si la loi peut dire qu’un enfant est issu de deux pères et de deux mères. Ce serait une révolution anthropologique. Pas seulement pour les enfants élevés par des couples homos, mais pour tous les enfants », résume le pédopsychiatre et psychiatre Christian Flavigny. « Dire à un enfant qu’il est né de la relation amoureuse de deux adultes du même sexe, c’est introduire un faux dans sa filiation. Plaquer un mensonge sur son origine », s’inquiète ce responsable du département de psychanalyse de l’enfant de la Salpêtrière. « Aujourd’hui, c’est différent. Aucune loi n’assène aux enfants des familles homoparentales que leur situation est banale, alors qu’ils savent très bien qu’elle ne l’est pas. »

La théorie des genres

Dans son cabinet, ce dernier reçoit, entre autres, des familles homoparentales et recomposées. « Aujourd’hui, je demande assez rapidement à parler en tête à tête avec le père ou la mère de l’enfant, sans le tiers qui partage sa vie. Avec la nouvelle loi, je me vois difficilement demander à deux hommes “qui est le papa” ou à deux femmes “qui est la maman”… Comment faire la différence si tous deux considèrent avoir ce rôle ? » s’interroge-t-il. Tout enfant sait qu’il est né de l’union d’un homme et d’une femme, qu’elle soit fugace ou pérenne, naturelle ou médicalement assistée, martèlent les spécialistes de la psyché.

« Qu’on ne vienne pas me dire que c’est un ­schéma traditionnel ou ringard ! » s’agace le psychanalyste Jean-Pierre Winter, qui remet malicieusement le maître viennois en scène dans l’actualité : « Freud avait dit que celui qui débarrasserait l’humanité de la sexualité serait considéré comme un héros. Tous les bricolages généalogiques sont sources de perturbation, reprend-il. L’enfant devra démêler une question difficile. Celle d’être le produit du désir de deux personnes qui ne peuvent pas engendrer. Dans cette situation, comment arrivera-t-il à définir qui il est ? »

Pour se structurer, un enfant a besoin de la différence des sexes, reprennent en chœur les pédopsychiatres. « La reconnaissance dans la loi de deux parents du même sexe reviendrait à dire qu’elle n’existe pas ou qu’elle ne compte pas. Au nom de la théorie des genres, nous sommes en train de faire disparaître les hommes et les femmes », pointe Pierre Lévy-Soussan, pédopsychiatre à la tête d’une consultation spécialisée dans la filiation et la parentalité.

« L’homme n’est pas une mère comme les autres », défend ce spécialiste de l’adoption. « Les interactions avec la mère sont radicalement différentes de celles avec le père », plaide-t-il. « Les mères recherchent plutôt le bien-être de l’enfant, son confort, échangent de longs regards avec lui. Les pères sont dans un rapport plus stimulant, avec des jeux plus physiques comme soulever le bébé en l’air », acquiesce Maurice Berger, chef de service en psychiatrie de l’enfant au CHU de Saint-Étienne.

C’est vers 3 ou 4 ans qu’un tout-petit commence à se rendre compte que deux personnes du même sexe ne peuvent pas concevoir ensemble, selon ce dernier. « L’enfant se retrouvera alors face à une énigme sexuelle. C’est pourquoi ceux que j’ai reçus étaient en général agités. Dans l’incapacité de relier conception de la sexualité et tendresse parentale, ils ne trouvaient pas de solution dans leur fonctionnement psychique. » Maurice Berger se rappelle d’une petite fille de 8 ans, élevée par sa mère et la compagne de ­celle-ci. Elle avait dessiné pour le docteur une reine entourée de plusieurs bambins. « Elle m’avait ensuite expliqué que ces enfants avaient été fabriqués par la sœur de la reine avec une potion magique », rapporte-t-il.

« Un statut d’objet de consommation »

S’il y a eu effacement du père ou de la mère, « l’enfant devient SDF, “sans domicile filiatif”, “enfant de personne”, relève Pierre Lévy-Soussan. Comme lorsque l’adoption se passe mal. Il ne cessera de questionner les adultes qui l’entourent, y compris au travers d’attaques ou d’agressions verbales. Certains souffrent de problèmes d’identification sexuelle, d’autres ont du mal avec leur image narcissique. »

Peu de pédopsychiatres, cependant, se risquent à généraliser les troubles des enfants qu’ils ont suivis à tous ceux qui grandissent avec deux pères ou deux mères. Ils sont de plus en plus nombreux à consulter, avance tout de même Maurice Berger. « L’enfant souffre aujourd’hui d’un statut d’objet de consommation. Autoriser l’adoption à des couples dont la sexualité n’est pas destinée à la procréation accentuerait ce statut », craint pour sa part le pédiatre Aldo Naouri. Les enfants élevés dans les familles homoparentales ne vont pas forcément mal, nuancent nombre de professionnels. « Si on ne cherche pas à leur faire croire qu’ils ont deux pères ou deux mères, ils seront moins perdus », tranche Pierre Lévy-Soussan.

« Aujourd’hui, ils peuvent accepter la complexité de la vie affective de leur père ou de leur mère. Malheureusement, le projet de loi risque de brouiller les cartes », se désespère Christian Flavigny. « On nous dit que les enfants élevés par des couples homosexuels ne vont pas plus mal que les autres. Mais sur la base de quelles études, de quels chiffres ? » s’insurge, plus que sceptique, Jean-Pierre Winter. De plus, ces études ne font pas la différence entre des enfants issus d’une procréation médicalement assistée, adoptés, nés par mère porteuse… Des situations pourtant différentes. »

En 2011, le Dr Guillaume Fond, de l’Inserm et du service de psychiatrie adulte du CHU de Montpellier, a publié un travail de recherche comparatif sur toutes les données actuelles sur l’homoparentalité et le développement de l’enfant. Un véritable exercice d’équilibriste dans ce contexte enflammé. « À ce jour, aucune étude n’a pu démontrer que l’homoparentalité était un facteur de risque. Mais aucune étude n’a pu faire de comparaison avec un “groupe contrôle” suffisamment important », a-t-il conclu. Brandies comme des étendards par les « pro » et les « anti », on reproche à ces études d’être conduites par des chercheurs particulièrement impliqués dans la question.

Il semble actuellement difficile de faire autrement. « En France, les études qui seraient nécessaires ne sont pas vraiment possibles, car l’Insee n’a pas le droit de répertorier des familles de ce type. Elles sont enregistrées comme “monoparentales”. Leur recrutement passe donc forcément par les associations LGBT (Lesbiennes, gays, bi et trans). Les études étrangères sont soit réalisées en lien avec la communauté homosexuelle soit financées par des organisations religieuses radicalisées. C’est un sujet qui n’est pas neutre », explique Guillaume Fond, qui regrette le manque de sérénité autour de ces recherches. Quant aux pédo­psychiatres qui participent au débat, ils sont en général psychanalystes, rappelle ce chercheur. « S’ils se fondent sur la théorie freudienne, ils peuvent difficilement accepter d’autres modèles que celui de la famille nucléaire », estime-t-il.

Pragmatiques et théoriciens

De l’autre côté de l’échiquier, les pédopsychiatres ­favorables à ce projet de loi considèrent pour leur part la famille comme une entité sociale. Une cellule à la géométrie plus variable. Plutôt que de revisiter Sophocle, ils préfèrent se concentrer sur l’éducation. « Il y a deux écoles, les pragmatiques et les théoriciens, expose Serge Hefez. À mon avis, mieux vaut partir d’une pratique ­clinique que se fonder sur des idées freudiennes de la fin du XIXe. Les enfants ou adolescents qui vivent dans des familles homoparentales ont parfois des problèmes de comportements, des difficultés à l’école, mais pas plus que les autres. Ils trouvent autour d’eux des adultes – grand-père ou grand-mère, oncle ou tante – qui occuperont une place privilégiée pour leur identification au féminin ou au masculin. Aujourd’hui, la famille a changé. Pourquoi la loi ne pourrait pas s’adapter ? »

Au final, le rôle éducatif du compagnon ou de la compagne homosexuel auprès de l’enfant est finalement rarement remis en cause par les pédopsychiatres d’un bord ou de l’autre. « L’éducation est la surface de la vie familiale. Nourrir l’enfant, l’emmener à l’école est à la portée de tout adulte bienveillant. La filiation est la véritable fondation de la famille, le régulateur qui porte les interdits du meurtre et de l’inceste », insiste Christian Flavigny.

La question, pour nombre de professionnels, n’est d’ailleurs pas de savoir si les homos font de bons parents, mais quelle est l’évolution des enfants. Pour en mesurer les effets, il faudrait attendre « deux ou trois générations », note Jean-Pierre Winter. Aujourd’hui, ils s’adaptent pour garder l’estime et l’amour des adultes qui les entourent. Ce sera plus intéressant de voir ce qui se passe quand ils auront l’âge de faire eux-mêmes des enfants. » Un « timing » qui ne cadre pas vraiment avec celui du projet de loi.

Touche pas à "père-et-mère"

Collectif

Le Monde

08.11.2012

Le mariage pour tous, une lutte démocratique contre la discrimination et les inégalités ? Il s’agit plutôt d’annuler la différence des sexes dans les livrets de famille et dans le code civil. La naissance de tous les enfants s’en trouvera bouleversée. En lieu et place du mariage, c’est la question de l’enfant qui est posée, la suppression de sa naissance sexuée à la base de la filiation.

Toutes les filiations du monde reposent sur la pensée de la naissance à partir d’un couple sexué permettant à l’enfant d’accréditer une origine raisonnable quel que soit son mode de procréation (naturelle, adoptive, procréatique). Au nom de quelle " modernité " le priverait-on de la moitié de sa construction identitaire, le projetterait-on dans une origine impossible car impensable – une imposture – ? Tous les enfants du monde ont droit aux différences parentales sexuées, leur conférant ainsi une origine psychique fondatrice de leur individualité.

Accueillir la diversité des familles n’est pas une raison pour saper les bases mêmes de toute famille. Aucune loi ne pourrait nous affranchir de la logique des conditions sexuées de notre naissance.

Chantal Delsol (philosophe, membre de l’Institut), Pierre Lévy-Soussan (psychiatre, psychanalyste), Sophie Marinopoulos (psychologue, psychanalyste), Christian Flavigny (pédopsychiatre, psychanalyste), Maurice Berger (chef de service de pédopsychiatrie), Jean-François Mattéi (philosophe), François Olivennes (gynécologue), Claire Squires (psychiatre, psychanalyste), Jean-Pierre Winter (psychanalyste), Michel Schneider (haut-fonctionnaire, psychanalyste), Claire Laporte (psychologue, psychanalyste), Maya Garboua (psychanalyste), Michel Grimbert (psychanalyste), Laure Gomel (psychologue en CECOS), Philippe d’Iribarne (sociologue), Pierre Delvolvé (juriste, membre de l’Institut) Suzanne Rameix (philosophe), Vanina Fonseca (psychologue en maternité), Sonia Gourgeault (psychologue en maternité), et Sylvia Metra (sage-femme en maternité).

Collectif

HOMOPARENTALITÉ : INTIMIDATION ET ÉTUDES DOUTEUSES

Maurice Berger

Le Figaro

3 octobre 2012

TRIBUNE – Maurice Berger [1], chef de service en psychiatrie de l’enfant au CHU de Saint-Étienne appelle le gouvernement à vérifier le sérieux des études sur les enfants élevés par des parents homosexuels.

Il existe deux moyens d’empêcher un groupe social de penser sur un sujet important : l’intimidation et le pseudo-scientifique.

L’intimidation, tout d’abord. En janvier 2012, je suis invité, en tant que pédopsychiatre et professeur associé de psychologie de l’enfant, aux états généraux du droit de la famille organisés par le Conseil national des barreaux, pour parler de l’homoparentalité. À peine débutais-je mon exposé qu’un homme, opposé à mes propos, se lève et assène ses arguments en faveur de l’homoparentalité d’une voix forte et ininterrompue afin de m’empêcher de parler. Plusieurs minutes pénibles s’écoulent avant que les 60 avocats présents interviennent spontanément pour ordonner à cet homme de se taire en soulignant l’intérêt qu’ils portent à une parole « libre ». Dix minutes plus tard, la même scène se répète, avec la même réaction du public.

Ensuite, le lobby homo­parental s’appuie sur des études qui, dans leur quasi-totalité, ne sont que pseudo-scientifiques. L’intoxication est suffisamment bien faite pour que tout le monde soit convaincu que ces études prouvent que les enfants élevés par les parents homosexuels vont bien. Pourtant, il suffit de se donner la peine de vérifier la nature des travaux cités pour comprendre leurs faiblesses méthodologiques et leur biais de recrutement des groupes étudiés. La thèse de médecine de Nadaud donnée en exemple par Martine Gross, présidente d’honneur de l’association homosexuelle mixte APGL, consiste à demander à des couples homosexuels si les enfants qu’ils élevaient allaient bien. Devinez la réponse : évidemment positive. Il est difficile d’imaginer moins d’objectivité.

Une autre publication aussi mise en exergue, d’une professeur de psychologie londonienne, compare les enfants élevés par 24 couples homosexuels à ceux élevés par 24 couples hétérosexuels. Il apparaît que dans le groupe homoparental, 6 enfants sur 24 débutent leur vie sexuelle par des relations homosexuelles et zéro dans l’autre groupe. Conclusion de l’auteur : il n’y a pas de différence significative.

Le travail de Vecho et Schneider en 2005 est aussi instructif. Les auteurs montrent que, sur 311 publications, la plus grande partie n’est pas sérieuse. Certaines ont un aspect clairement militant et ne se fondent que sur la parole des « parents ». 25 % de ces études ne précisent pas la discipline dans laquelle elles s’inscrivent (psychiatrie, philosophie, sociologie…). 9 sur 10 n’étudient que l’homosexualité féminine, dont on extrapole les résultats sur l’homosexualité masculine. Sur les 35 restantes, considérées comme les plus valables, 22 ne précisent pas le mode de filiation (union homosexuelle antérieure ou insémination artificielle avec donneur, IAD). Seulement 20 ont un groupe de comparaison, mais seulement 12 sont correctement appareillées. Sur les 12 restantes, seule la moitié renseigne sur l’existence ou non d’un divorce, ce qui ne permet pas de différencier les effets sur l’enfant du divorce ou de l’homoparentalité.

Le lobby homoparental utilise une méthode simple, le bluff. Il sait perti­nemment qu’aucun homme politique et qu’aucun journaliste ne prendra le temps de lire les études citées. La raison commanderait qu’avant tout vote d’une loi dans ce domaine le gouvernement demande qu’un groupe de travail composé de spécialistes du psychisme ayant préalablement publié dans des revues internationales étudie les principales publications portant sur ce sujet et, en fonction de leur validité, énonce les véritables conclusions que l’on peut en tirer. Dans le même temps, ce groupe ou un autre de même qualité, serait chargé de réunir les publications et les observations réalisées par les cliniciens et les thérapeutes concernant les enfants élevés par les couples homoparentaux pour tenter d’avoir accès à leur vécu intime.

La vraie audace de la part du gouvernement n’est pas de soutenir un tel projet de loi, non, ce serait de ne pas avoir peur d’aller vérifier ce qu’il en est réellement, de donner une place au savoir face à l’intimidation et aux études biaisées, et de décider dans un climat plus apaisé. Pourquoi le lobby homoparental ne demande-t-il pas que cette démarche soit entreprise, s’il n’y a rien à cacher ?

Voir de plus:

L’adoption par des couples homosexuels : et l’enfant dans tout ça?

Dans le débat sur l’adoption, à l’occasion du Pacs, on oublie la construction psychique de l’enfant. Arguments de la psychanalyste Claude Halmos.

Claude Halmos

La possibilité d’adoption d’enfants par des couples homosexuels est une question sur laquelle un psychanalyste travaillant avec des enfants ne peut se taire. Mais l’aborder implique qu’il précise sa position sur un certain nombre de points.

Les récents débats sur le Pacs ont montré en effet que l’on était loin d’en avoir fini avec la haine et le rejet de la différence. A longueur de colonnes, les homophobes de toutes tendances ont une fois de plus entonné le credo de la "normalité" et rejeté l’homosexualité du côté de la pathologie. Il n’est pas dans mes intentions d’apporter de l’eau à ce moulin-là.

Pour une psychanalyste, l’idée de " normalité " appliquée à la sexualité n’a aucun sens. Il y a en effet au départ, chez chaque être, une bisexualité psychique, c’est-à-dire la possibilité de pencher du côté du masculin ou du féminin quel que soit son sexe anatomique. Et le chemin qu’il prend dépend toujours de ce qu’il vit : de ses parents, de ses rencontres, des paroles qui lui sont (ou non) dites, etc. Aucun chemin n’est donc plus " normal " qu’un autre. Freud fut sur cette question on ne peut plus clair (in Trois essais sur la théorie sexuelle, Gallimard, 1989.). Partant de là, je considère que la reconnaissance, par la société, du couple homosexuel est normale et juste. Je déplore même, comme d’autres avant moi, que, par absence de courage politique, on ne l’ait pas, dans le cadre du Pacs, posée plus clairement comme telle.

Cette reconnaissance implique-t-elle qu’un couple homosexuel soit " la même chose " qu’un couple hétérosexuel ? A l’évidence, non. Beaucoup cependant opèrent ce glissement et, réclamant le " droit à l’indifférence " – entendu en fait comme droit à l’indifférenciation (sexuelle) –, demandent que les couples homosexuels aient le droit " comme les couples hétérosexuels " d’adopter des enfants. Cela me semble une erreur grave.

Pour le combat pour le droit à la différence car le droit à l’adoption – s’il était accordé – reviendrait à annuler l’avancée que représente la reconnaissance du couple homosexuel. Il ferait de cette reconnaissance une reconnaissance, non de la différence, mais du " même ". Le reniement de la différence serait donc posé comme le prix à payer pour la reconnaissance sociale.

Pour les enfants qui ont besoin de parents de sexe différent pour se construire, et je vais essayer de l’expliquer en précisant que je parlerai du droit à l’adoption et non du cas des parents " devenus homosexuels " qui continuent – après un divorce par exemple – à élever leurs enfants.

Un enfant absent du débat

Le problème essentiel que pose l’adoption n’est pas, comme on voudrait nous le faire croire, de savoir si un homme ou une femme homosexuels sont " capables " d’élever un enfant. Ils le sont à l’évidence ni plus ni moins que n’importe qui. Il est que l’adoption est, pour un enfant que ses géniteurs n’ont pu élever, la possibilité d’avoir des parents équivalents à ses parents biologiques. Permettre son adoption par un couple homosexuel reviendrait donc à lui dire :

- que ces parents adoptifs (homosexuels) peuvent être l’équivalent de ses " parents de naissance " (forcément hétérosexuels).

- donc, que la différence des sexes n’existe pas. En tout cas, pas en tant que différence susceptible… de faire différence, qu’elle ne " compte pas ", qu’elle n’est – pour reprendre un mot de sinistre mémoire – qu’un " détail " de la vie.

En quoi serait-ce grave de faire vivre cet enfant (et, avec lui, tous les autres) dans un monde où la différence des sexes serait conçue comme accessoire ? On ne peut le comprendre que si l’on se situe du point de vue de l’enfant. Or, il faut le constater, l’une des caractéristiques de ce débat est que l’enfant en tant que personne, en tant que " sujet " en est absent. On parle d’un enfant-objet. En atteste le livre-phare de la revendication pour le droit à l’adoption, Des parents du même sexe (Odile Jacob, 1998) d’Eric Dubreuil. Par exemple, on y lit (p. 80) : " Le désir d’enfant n’est pas moins fort chez un homosexuel que chez un hétérosexuel. De ce fait, l’homosexuel doit avoir les mêmes droits qu’un hétérosexuel, par rapport à cela […], un homosexuel doit pouvoir se marier s’il le veut et avoir le droit d’avoir des enfants s’il le désire. "

Le propos a le mérite d’être clair : quiconque veut "l’enfant" a droit à "l’enfant". Il est donc exclu dans cette perspective que l’on se demande à quoi l’enfant, lui, pourrait avoir droit, de quoi il pourrait avoir besoin. Et cette désinvolture confine parfois au cynisme. Une interviewée d’Eric Dubreuil, dont on nous précise – sans doute pour avoir une caution du côté du "savoir" – qu’elle exerce la profession de "travailleur social", déclare ainsi (p. 48) : "On est dans une société où l’enfant est au centre de tout. Or l’enfant ne sera ni bien ni mal. Simplement l’enfant aura son histoire et il fera quelque chose avec cela. Nous-mêmes n’est-ce pas à partir de ce qui a déconné dans notre histoire que nous grandissons et que nous devenons plus costauds ? Le risque est de vouloir rendre les choses trop parfaites pour l’enfant. Renonçons à cette perfection et misons sur le fait que les enfants pourront se construire à partir de leur histoire. Dans les merdes qu’ils auront vécues, ils sauront puiser les choses les meilleures qu’ils auront plus tard !"

Quid de la construction psychique ?

A vrai dire, l’idée qu’il y aurait une construction psychique de l’enfant – donc des conditions nécessaires à cette construction – semble ne venir à personne. L’enfant dont on nous parle est un enfant préfreudien. Un enfant d’avant la découverte de l’inconscient, d’avant la psychanalyse, d’avant que l’on ait été "y voir" ou plutôt "y entendre de l’intérieur" pour comprendre comment se construit l’adulte à travers le "petit d’homme".

- Faisant fi d’un siècle de recherches, d’interrogations et de découvertes, les tenants de l’adoption s’appuient sur un discours lénifiant sur " l’amour ", conçu comme l’alfa et l’oméga de ce dont un enfant aurait besoin. (Alors même que l’on sait que l’on peut détruire un enfant en " l’aimant ", simplement parce qu’à l’instar, par exemple, des mères que l’on dit " abusives " on l’aime d’un amour qui l’emprisonne.) Ecoutons encore un interviewé d’Eric Dubreuil : " Ce dont un enfant a besoin, c’est d’amour, que ce soit deux hommes, deux femmes, un homme, peut importe. "

- Quand ils n’invoquent pas l’amour, les tenants de l’adoption s’appuient sur des déclarations qui frappent par leur manque de rigueur. Et l’on reste stupéfait devant le " flou artistique conceptuel " qui entoure les déclarations de gens dont on ne peut par ailleurs nier les compétences. Dans un article (publié dans “la Croix” du 8-9/11/1998), Françoise Héritier rappelait que la différence des sexes permet de penser. C’est sans doute du côté de son annulation qu’il faut chercher l’origine du florilège d’approximations théoriques auquel on assiste. On s’étonne, ainsi, de lire (dans l’Evénement du jeudi du 18-24/6/1998), sous la plume d’Anne Cadoret, ethnologue et chercheuse au CNRS : " Comme dans les familles hétéro recomposées, un des problèmes majeurs concernant les familles monoparentales est le statut du compagnon ou de la compagne. Qui l’enfant doit-il appeler “papa” ou “maman” ? Chaque famille trouve sa solution. L’enfant reconstruit, plus ou moins symboliquement, sa généalogie. "

Qui dira jamais ce que peut être pour un enfant une reconstruction "plus ou moins symbolique" de sa généalogie ? Et comment peut-on sérieusement mettre sur le même plan les difficultés d’un enfant qui, dans une famille "recomposée", ne sait pas s’il doit appeler "papa" le nouveau compagnon de sa mère, ou "maman" la nouvelle compagne de son père, et les problèmes de celui qui, face à un couple homosexuel, ne sait pas quelle femme il doit appeler " papa " ou quel homme il doit appeler " maman " ?

Le danger du “Tout est possible”

Si l’on revient à l’enfant et à sa problématique (telle que révélée à ceux dont le travail est d’écouter leur souffrance psychique), on peut dire deux choses : d’abord qu’un enfant se construit et que, comme pour toute architecture, il y a des règles à respecter si l’on veut qu’il " tienne debout ". Ensuite, que la différence des sexes est un élément essentiel de sa construction. Elle est pour lui un repère symbolique majeur et ce, pour deux raisons.

Parce qu’elle est (avec la compréhension de sa place dans sa généalogie et celle de l’interdit de l’inceste) ce qui lui permet de construire son identité.

Nanti de ces éléments il peut " conjuguer " sa vie à la fois :

- au présent : " Je suis un garçon " ou " Je suis une fille " ;

- au passé : "Je suis le descendant (ou la descendante) de tels hommes (ou de telles femmes) de mes lignées paternelle et maternelle" ;

- et au futur : " Plus tard je serai… un homme comme mon père, mon grand-père…, une femme comme ma mère… "

Sachant qui il est et d’où il vient, l’enfant peut savoir où il va : on constate ainsi souvent, en consultation, que le seul énoncé des divers éléments de leur identité permet à bien des enfants de " se réveiller " et de " démarrer

La différence des sexes est aussi l’une des premières limites que l’enfant rencontre.

Essentielle et incontournable – car elle est inscrite dans le corps –, elle est aussi difficile à accepter pour les garçons que pour les filles, mais devient souvent, de ce fait, le modèle de toutes les autres limites : si je suis un garçon, je ne peux pas être une fille. Si je suis une fille, je ne peux pas être un garçon. Donc je ne peux pas être " tout ". Donc je ne peux pas avoir " tout ".

Remettre en cause la différence des sexes reviendrait ainsi à faire vivre l’enfant dans un monde où " tout " serait possible : que les hommes soient des " papas " et aussi des " mamans ", les femmes des " mamans " et aussi des " papas ". Un monde comme celui de la toute-puissance magique où chacun, armé de sa baguette magique, pourrait abolir les limites. Dans la préface qu’elle a écrite pour le livre d’Eric Dubreuil, la psychanalyste Geneviève Delaisi de Parseval, tenante de l’adoption, écrit ainsi : " Dans les familles homoparentales, l’enfant devrait en ce sens pouvoir fantasmer de façon positive sur le coparent, l’autre personne qui a participé à sa naissance, comme un personnage “en plus” à la manière d’un “oncle d’Amérique” ou d’une “bonne fée Morgane”. "

Le coparent ("mère porteuse" grâce auquel un homme peut devenir "mère" de l’enfant de son compagnon ou "père donneur de sperme" grâce auquel une femme peut devenir "père" de l’enfant de sa compagne) est donc clairement situé comme la fée de la toute-puissance. Etrange déclaration quand on sait à quel point la toute-puissance est invalidante pour les enfants et à quel point elle les empêche d’accéder à une " vraie puissance ". Pourquoi se fatiguerait-on à écouter la maîtresse et à apprendre à lire dans un monde où les baguettes magiques existent ?

Il est donc clair que si, en permettant son adoption par un couple homosexuel, on faisait de l’enfant l’otage du fantasme de ses "adoptants", si on le mettait en position d’être la preuve vivante que le "tout" dont ils rêvent est possible, on hypothéquerait sa construction et ce, d’autant plus que ce fantasme du "tout" serait, dans le cadre d’une procédure, ratifié par la loi. La notion de " loi " en effet n’est pas étrangère aux enfants, loin s’en faut. La loi, la décision de justice, la parole d’un juge représentent toujours pour eux une sorte d’instance de référence et, de ce fait, ils les utilisent souvent comme un point d’appui symbolique.

C’est manifeste dans les divorces, par exemple, où le renvoi de l’enfant à la parole du magistrat qui a fixé les modalités de sa garde, le calendrier des visites, etc. (" Ce n’est pas toi qui décides et pas tes parents non plus, c’est le juge qui a dit que… ") lui permet souvent de retrouver sa place et de vivre ce qu’il a à vivre avec chacun de ses géniteurs sans avoir l’impression de trahir l’autre.

Le corps, ce grand oublié

Si la différence des sexes est essentielle à l’enfant en tant que repère symbolique, elle ne peut cependant remplir totalement sa fonction si elle reste un repère abstrait. Pour servir au développement de l’enfant, la différence des sexes doit en effet s’incarner, prendre corps… dans des corps. L’enfant ne se construit pas par rapport à des entités abstraites – homme, femme, masculin, féminin – et il ne se construit pas non plus en référence à n’importe quel autre. Il se construit, par rapport à ces deux premiers " autres " que sont ses parents par rapport à leur conscient, leur inconscient, leur corps. Dès les premières heures de sa vie, il ressent avec sa tête et avec son corps ce que ressentent les têtes et les corps de ses parents et tout ce qui circule entre eux (désir, rejet, tendresse, violence…). Devenu adulte, il retrouve parfois, sur le divan de l’analyste, cette mémoire enfouie à la fois dans son inconscient et dans son corps, pour découvrir qu’elle a modelé son rapport aux autres, au monde et surtout à la sexualité.

Cette dimension de la construction de l’être humain, dans un " nouage " entre le corps et le psychisme, les tenants de l’adoption la nient parce qu’ils oublient le corps. L’univers qu’ils décrivent est un univers de " fonctions " abstraites et parfaitement désincarnées. Point n’est besoin, selon eux, d’un corps sexué de femme pour " faire " la mère ou d’un corps sexué d’homme pour " faire " le père : " On oublie toujours que les hommes peuvent se comporter en véritables femmes (éducatrices) et les femmes en hommes (gestionnaires) ", déclare dans “l’Evénement”, François Dagognet, philosophe et professeur à Paris III. Et d’ajouter : " Ne nous arrêtons pas à la première apparence. La transsexualité devrait ici nous ouvrir les yeux et nous éveiller à des définitions plus souples. "

Notons au passage cette notion de " souplesse " que l’on retrouve, quasiment élevée au rang de concept tout au long des écrits des partisans de l’adoption, mais remarquons surtout que l’argument de François Dagognet est des plus curieux. Il invoque en effet l’exemple des transsexuels pour justifier que n’importe qui puisse indifféremment " faire " l’homme ou la femme alors même que le transsexuel, par sa souffrance, dit exactement le contraire. Il (ou elle) atteste en effet dans la douleur de la nécessité que l’identité sexuelle " dans la tête " soit identique à celle que l’anatomie a inscrite dans le corps.

Face à ces fonctions parentales réduites à des rôles sans corps, les tenants de l’adoption posent un enfant qui construirait son identité sexuelle lui aussi abstraitement, " par la tête " et sans passer par le corps. Pour devenir homme ou femme, il suffirait, à les entendre, de rencontrer des hommes et des femmes et d’imiter ces " modèles ".

Grâce à la différence des sexes, du désir circule

L’enfant a besoin d’un père et d’une mère qui soient un homme et une femme. Il s’agit que la mère accepte d’être femme et mère et pas homme et père et qu’à l’inverse l’homme reconnaisse qu’il ne peut être femme et mère. Il s’agit que chacun soit posé dans sa différence et que du désir circule à cause de cette différence. En quoi est-ce important pour l’enfant ? Sans prétendre être exhaustif, on peut citer quelques étapes essentielles.

La différence sexuelle, si elle est reconnue et acceptée par les parents, permet à chacun de trouver sa place :

- La mère, en effet, doit accepter l’idée que cet enfant, qu’elle a "fabriqué" dans son ventre, elle ne l’a pas "fait" seule. Qu’il est aussi l’enfant de l’homme dont elle a eu besoin pour le " faire " et que, donc, il n’est pas son " objet ".

- Parallèlement, le père doit supporter de ne pas avoir porté cet enfant et de ne pas l’avoir mis au monde. Il doit renoncer à " faire la mère " et trouver – ce qui n’est pas simple – sa place de père : une place de tiers entre l’enfant et sa mère.

- Ce n’est en effet que si son père et sa mère sont ainsi situés que l’enfant pourra avoir une place à part entière et, s’appuyant sur son père, se détacher de sa mère et grandir.

Notons d’ailleurs que, même quand la mère ne " reconnaît " pas la place du père, le fait que celui-ci soit d’un autre sexe qu’elle constitue pour l’enfant un " extérieur " auquel il peut se référer : il existe autre chose que sa mère

La différence des sexes intervient au moment du maternage du nourrisson, cette période des premiers mois où se construisent les fondations de l’humain et le sentiment de sécurité qu’il aura (ou n’aura pas) sa vie entière.

- Quiconque travaille avec des nourrissons sait que l’enfant a besoin à ce moment-là qu’une femme s’occupe de lui parce que cette période de sa vie prolonge, dans une quasi fusion (illusoire mais essentielle) entre la mère, " suffisamment bonne ", comme disait Winnicot, et son bébé quelque chose de la vie intra-utérine et que seule une femme (soit parce qu’elle a porté cet enfant soit parce que, mère adoptive, elle s’identifie à celle qui l’a porté) peut sentir ce dont il a besoin.

- Mais il est essentiel aussi pour le nourrisson qu’il sente qu’il n’est pas "tout" pour le désir de cette femme et qu’elle désire "ailleurs" (le père)

La différence des sexes permet au père de prendre sa place de " porteur de la loi ".

Pour qu’il puisse en effet prendre cette place, il faut que la mère accepte qu’il intervienne en tiers entre l’enfant et elle (et qu’elle le dise à l’enfant). Mais, pour que " l’opération réussisse ", il faut que ce " tiers " ne soit pas un simple " troisième " qui, par sa seule présence physique, signifierait à l’enfant qu’il n’est pas seul avec sa mère. Il faut que le père soit reconnu par la mère comme ayant " quelque chose " (une place, un pouvoir, un sexe…) qu’elle n’a pas et qu’elle accepte de ne pas avoir. C’est parce qu’il est porteur d’une différence que le père est situé comme " autre ", et donc " tiers ", entre la mère et l’enfant. Et c’est l’acceptation par la mère de cette différence qui permet à l’enfant d’accepter que lui non plus n’est pas tout puissant et qu’il est donc soumis aux limites, aux règles, à la loi

La différence des sexes permet enfin à l’enfant de construire son identité sexuelle. Pour ce faire, il s’identifie au parent du même sexe que lui à deux niveaux :

- En se sentant " homme " ou " femme " comme son père ou sa mère se sentent " homme " ou " femme ". C’est difficile pour une petite fille de se sentir heureuse d’être une fille si sa mère est malheureuse d’être une femme.

- Et en " découvrant " l’autre sexe au travers de ce qu’il sent du désir de son parent du même sexe pour cet autre sexe. Aimer les femmes ne sera pas facile pour un garçon si son père n’aime ni sa mère ni les autres femmes. Devenir un homme " comme son père " ne sera pas aisé pour lui si la mère méprise cet homme et les hommes en général ou si – inconsciemment – elle se prend elle-même pour un homme. De plus, l’enfant a besoin que le parent du même sexe que lui l’accompagne et le soutienne dans le chemin vers son identité : pour ne pas avoir peur des femmes, un garçon a besoin d’un " compagnonnage viril " avec un père qui le rassure.

Les corps sexués de ces parents et le désir qui circule entre eux sont donc indispensables pour qu’un enfant puisse se construire. C’est encore plus important pour les enfants adoptés qui ont besoin de reconstruire leur origine et de comprendre de quel désir ils sont nés.

Aucune famille hétérosexuelle n’est idéale et l’hétérosexualité des parents n’a jamais été, en tant que telle, une garantie de bien-être pour les enfants. Il s’agit seulement que les enfants adoptés aient les mêmes chances (et les mêmes malchances) que ceux qui sont élevés par leurs parents biologiques. Le " droit à l’indifférence " que réclament, à juste titre, les homosexuels n’a de sens que s’il n’est pas entendu comme un " droit à l’indifférenciation ".

Que dit vraiment le Pacs ?

L’adoption du Pacte civil de solidarité, qui devrait entrer en vigueur en l’an 2000, constitue bel et bien une révolution juridique et morale. Il marque une certaine reconnaissance symbolique de l’homosexualité et du couple homosexuel. Cependant, être " pacsés " ne donnera pas aux homosexuels le droit de fonder une famille au sens classique du terme. Pour le droit français en effet, c’est l’enfant qui crée la famille. Or le Pacs n’apporte nullement aux couples homosexuels la possibilité d’en adopter ou de recourir à l’insémination. Si une personne homosexuelle souhaite adopter un enfant, elle est autorisée à le faire, en tant que célibataire. Et en dissimulant soigneusement son homosexualité.

En France, l’insémination est exclusivement réservée aux couples hétérosexuels ayant des problèmes de fertilité. En revanche, une personne homosexuelle pourra la demander en Belgique. Mais en aucun cas le couple homosexuel ayant décidé d’avoir un enfant, par l’adoption ou la science, ne pourra se prévaloir du Pacs pour réclamer une reconnaissance et des droits similaires à ceux des parents hétérosexuels.

Parents : Quand ils deviennent homosexuels

Certains ont profité du débat sur l’adoption pour remettre en cause le droit des parents "devenus homosexuels" à rester (après un divorce, par exemple) les parents de leurs enfants. Je ne partage pas leur point de vue. Je me suis toujours battue – et me battrai encore – pour que ces parents gardent tous leurs droits. Voir l’un de ses parents " devenir homosexuel " est une situation qui pose à l’enfant des questions sur la différence des sexes mais, contrairement à l’adoption, elle ne le remet pas fondamentalement en cause. Si les choses sont parlées clairement à l’enfant, il peut continuer à avoir une vision claire du désir hétérosexuel dont il est issu et, gardant un ancrage dans ce type de désir par le biais du couple – réel ou potentiel – de ses parents qui n’est pas homosexuel, il peut continuer à se construire.

Quant à la façon dont il considérera son parent homosexuel, elle dépend de ce que pensent ce dernier, l’autre parent, l’entourage, et de ce qu’ils en disent. Si le parent homosexuel assume son choix et si l’autre le respecte, l’enfant continuera à être fier de ce parent (et de lui-même). La seule chose que l’on ne pourra lui éviter, c’est d’avoir, un jour, à affronter l’intolérance de notre société. De cela aussi on peut parler à un enfant et lui apprendre à se battre.

Voir encore:

Il s’agit de réfléchir au fait qu’élever un enfant 
ne suffit pas à l’inscrire dans une parenté

Jean-Pierre Winter, psychanalyste

L’Humanité

25 août 2012

J’aimerais être convaincu que la promesse de François Hollande est le fruit d’une réflexion approfondie et qu’il ne s’agit pas d’une simple adaptation à l’air du temps ! J’aurais aimé que François Hollande tienne compte des débats qui ont eu lieu lors de la révision des lois de bioéthique. Quelques arguments ont été alors avancés qui n’étaient pas seulement inspirés par une morale caduque ou des dogmes religieux. Cela étant, son embarras sur ces questions se trahit dans sa prise de position – que je partage – contre la grossesse pour autrui, qui aurait pour conséquence une inégalité de fait entre les couples lesbiens et les couples d’hommes !

Encore une fois, nul ne doute des capacités pédagogiques et de l’amour que des homosexuels sont à même de mettre au service d’enfants dont ils auraient la charge, ni ne prétend que les familles dites « traditionnelles » seraient a priori plus compétentes pour éduquer des enfants. Mais il s’agit de réfléchir au fait qu’élever un enfant ne suffit pas à l’inscrire dans une parenté. L’enjeu est celui des lois de la filiation pour tous.

Comme psychanalystes nous ne sommes que trop avertis des conséquences anxiogènes à long terme des bricolages généalogiques commis au nom de la protection d’intérêts narcissiques, religieux, économiques ou autres. Jusqu’à présent ces manipulations, souvent secrètes, pouvaient être entendues comme des accidents historiques, des conséquences de troubles psychologiques, des effets d’aliénation, etc. Mais voilà que l’« accident » devrait devenir la loi.

Voilà que François Hollande veut organiser légalement des arrangements qui priveraient a priori certains enfants de leur père ou de leur mère. Et il nous faudrait croire, simplement parce qu’on nous l’affirme, que cela serait sans effets préjudiciables alors que nous pouvons constater jour après jour la souffrance et l’angoisse de ceux que la vie s’est chargée de confronter à de tels manques.

Certains, à droite comme à gauche, semblent convaincus qu’un enfant se portera bien du moment qu’il est aimé. Le grand mot amour est lâché ! Cet argument est dangereux. Il est culpabilisant pour tous les parents qui ont chéri leur enfant et qui néanmoins l’ont vu dériver et s’acharner contre eux dans la colère ou la haine. Au reste, qui peut dire avec certitude la différence entre amour et allégation d’amour ? Qu’on ne nous dise pas, sans rire, que nombre d’études américaines, canadiennes, finnoises ou autres démontrent que les enfants élevés avec des parents du même sexe vont, aujourd’hui, aussi bien que les autres. Jamais citées, au demeurant, elles ne sont pas plus pertinentes que la présence de cellules de crise psychologique lors de la moindre catastrophe car la psychanalyse nous a appris que les effets d’un trauma ne sont déchiffrables qu’après son refoulement, et donc dans l’après-coup.

Il nous faudra du temps pour constater empiriquement ce que nous savons déjà. Mais dans l’intervalle combien d’enfants auront été l’objet d’une véritable emprise purement expérimentale ? Il faudra plusieurs générations pour apprécier les conséquences de telles modifications dans le système de la filiation surtout si par voie de conséquence logique on en vient, comme en Argentine récemment, à effacer purement et simplement la différence des sexes en laissant à chacun le droit de déclarer le genre qui lui sied par simple déclaration.

Pour ma part, si je ne vois pas de véritables objections à ce que des enfants soient adoptés par des couples quels qu’ils soient à condition qu’ils se sachent issus d’un homme et d’une femme, même abandonniques, j’ai les plus grands doutes sur les effets des procréations faisant appel à des tiers voués à disparaître de l’histoire d’un sujet d’emblée dépossédé d’une moitié de sa filiation avec le consentement de la loi. Il y aurait lieu avant de légiférer à la hache de signifier clairement que « l’humanité est sexuée et que c’est ainsi qu’elle se reproduit », comme le disait la sociologue Irène Théry en 1998, se demandant pourquoi nous en venions à nier ce fait.

Voir par ailleurs:

Homoparentalité : une femme peut-elle remplacer un père ?

Le 15/04/2009

De plus en plus d’enfants sont élevés par deux femmes homosexuelles. Quelle place tient alors la compagne de la mère ? Nous avons posé la question au psychanalyste Pierre Lévy-Soussan *. Participez à notre discussion sur l’homoparentalité :> Forum de Elle.fr

Dans un couple de femmes homosexuelles, quel va être le rôle de la compagne de la mère ? Celui d’un père ?

Il faut d’abord savoir dans quelle situation se trouve l’enfant du point de vue de sa filiation : son père est-il absent de son existence ? S’il y a eu effacement du père, si la mère évite la question du père, autrement dit évite de parler de la rencontre avec l’autre sexe, l’enfant, lui, ne cessera de poser cette question, souvent au travers de conduites agressives… Il est indispensable que l’enfant ne soit pas dans la confusion par rapport à son origine : il faut qu’il sache qu’il n’est pas possible d’être issu d’une fusion de deux personnes du même sexe, il ne peut pas être né de deux mamans, au risque de ne plus savoir ce qu’est une mère ou un père. Ce type de problématique où l’autre est écarté (situation que l’on retrouve aussi dans les cas de célibat) risque de mettre l’enfant dans une situation psychique difficile avec, par exemple, des problèmes d’identification.

La compagne de la mère pourra-t-elle faire office de tiers séparateur ?

Pourquoi pas ! Dès l’instant où la question de la filiation n’est pas éludée, les enjeux éducatifs peuvent se partager entre la mère et sa compagne. L’amie de la mère peut être ce tiers qui sépare la mère de l’enfant. Sauf que ce n’est pas pareil d’avoir un tiers du même sexe que la mère ou un tiers de l’autre sexe. Ce n’est pas la même chose d’affronter la différence des sexes au sein de l’intimité de la famille ou dans le cadre de la société.

Qu’est-ce que cela change pour l’enfant ?

Du point de vue psychique, l’enfant aura forcément à porter une problématique non résolue par la mère, à savoir l’évitement de la rencontre avec l’autre sexe quant à son origine filiative. D’un point de vue éducatif, on sait que les comportements sont sexués : celui d’une mère avec son enfant n’est pas celui d’un père. Une femme est plus dans l’apprentissage, un homme sera plus moteur, mettra plus son bébé en danger. Avez-vous déjà vu une mère lancer son bébé en l’air ? Cela dit, il est très difficile d’évaluer les conséquences pour l’enfant, parce que celui-ci a des facilités adaptatives exceptionnelles. Le fait qu’un enfant soit mis dans une situation particulière (divorce, recomposition familiale ou homoparentalité…) a forcément un coût psychique pour lui, cela l’oblige à mettre en place des mécanismes de compensation. Ce n’est pas pour rien que, en général, ces enfants-là sont plus matures que les autres.

Interview d’Elisabeth Weissman

* Auteur de « Eloge du secret » (Hachette Littératures).

QUEL EST LE RÔLE PATERNEL ?

Selon Geneviève Delaisi de Parseval *, « On attend du père qu’il joue le rôle de tiers séparateur, qu’il s’interpose entre la mère et l’enfant, afin que cette mère ait en face d’elle quelqu’un qui lui dise : “Ce bébé est sorti de ton ventre, mais ne le confonds pas avec toi, c’est un autre.” Cette fonction séparatrice, défusionnelle, peut être exercée par une autre personne que le père, par une co-mère. C’est un cliché de croire que pour autant toute figure masculine ou paternelle est effacée. Il y a toujours, dans l’entourage des couples d’homosexuelles, des présences masculines, un grand-père, un oncle, un parrain. »

* Psychanalyste et auteure de « La Part du père » (éd. Points Seuil).

Á LIRE

PEUT-ON MESURER SCIENTIFIQUEMENT LES INCIDENCES PSYCHIQUES ET ÉDUCATIVES D’UN COUPLE HOMOSEXUEL SUR LES ENFANTS ? ON POURRA LIRE, À CE PROPOS, LA PRÉFACE CONTRADICTOIRE, ÉCRITE PAR PIERRE LÈVY-SOUSSAN ET OLIVIER TARRAGANO, DE L’OUVRAGE « GRANDIR DANS UNE FAMILLE LESBIENNE », DE FIONA L. TASKER ET SUSAN GOLOMBOK (ÊD. ESF).

Voir de plus:

Un "contrat universel" à plusieurs plutôt qu’un mariage à deux, fût-il gay

Lionel Labosse, enseignant et écrivain

Le Monde

18.05.2012

Avec l’élection de François Hollande, l’ouverture du mariage aux personnes de même sexe semble imminente. Je propose, au lieu d’ouvrir le mariage, de le supprimer, ou plutôt de le confondre avec le pacs en un contrat universel ouvert à davantage de possibilités, mais qui ne transforme pas les célibataires en pigeons de la farce.

Contrairement à ce qu’avancent les partisans du "mariage gay", le pacs n’est pas un "sous-mariage", mais plutôt un "surmariage", c’est pourquoi mieux vaudrait aligner le mariage sur le pacs que le contraire, tout en conservant ses avantages, bien sûr. La preuve ? Son incroyable succès chez les hétérosexuels, au point que le pacs devrait bientôt dépasser le nombre de mariages. Et encore, si, à défaut de ce contrat universel, l’on obtenait deux réformes minimes, cela accélérerait le processus. La première de ces réformes serait le droit d’assortir le pacs d’un mariage religieux ; la seconde serait de ne pas obliger les couples binationaux à se marier pour espérer la naturalisation.

Mariage ou pacs, le total des couples constitués est en augmentation. Les ennemis que furent naguère les prêtres de toutes religions et les militants homosexuels s’accordent dans l’apologie de la fidélité, assortie d’une prophylaxie maximale en matière sexuelle, VIH oblige. Dans le même ordre d’idée, le maintien des prostitué(e)s dans la précarité s’accommode bien de la promotion du "mariage gay". De plus en plus marginalisés, les célibataires, hétéros ou homos, sont d’autant plus matraqués par le fisc, qu’il faut compenser les droits coûteux octroyés à de plus en plus de couples.

Souvenez-vous : avant 1981, l’homosexualité était impensable. Puis François Mitterrand vint, et l’homosexuel cessa d’être un paria. L’intelligentsia se choisit alors un autre impensable : le "polygame". Ce n’est pourtant pas la polygamie que permettrait ce contrat universel, mais le "polyamour", qu’il soit sexuel ou non.

Mais n’y a-t-il pas un abîme entre condamner la polygamie sexiste et cantonner au nombre de deux les unions légales ? Un contrat universel rendrait possible des unions dans lesquelles chacun des contractants serait à égalité avec chacun des autres. Le "trouple" ou "ménage à trois" serait l’une des possibilités ; un tel contrat serait une alternative au divorce et une solution à de nombreux drames. Les militants homosexuels, qui se prétendent "LGBT" (lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres), réclament au nom de l’égalité une institution matrimoniale excluant de fait les bisexuels, ou du moins les obligeant à renoncer, pour un contrat censé être "pour la vie", à l’une des deux inclinations de leur sexualité, donc à cesser d’être bi pour devenir soit homo, soit hétéro, à moins d’être infidèle, mais alors pourquoi se marier ?

Le mariage monogame est donc "biphobe", et ceux qui le réclament, et ne réclament que cela, le sont aussi, en dépit de leurs tours de passe-passe rhétoriques. Un contrat universel à trois ou quatre constituerait un cadre idéal pour ce qu’on appelle l’"homoparentalité".

Créer une union pérenne

Combien de combinaisons de gays et de lesbiennes rendues possibles par la poésie des petites annonces se heurtent au bout de quelques années à la prose des contingences, et aboutissent à l’aliénation soit du père biologique réduit à l’état de donneur de sperme, soit de la maman, prêteuse de ventre ? Enfin, la crise aidant, nous serons sans doute contraints de partager des logements à plusieurs, inconnus, amis, famille ou amants.

Grâce au contrat universel, des mini-communautés, des familles élargies, des cohabitations d’immigrés tentant d’échapper à la rapacité de marchands de sommeil pourraient acquérir ensemble un lieu de vie et créer une union pérenne. Il me semble inéquitable que des paires de personnes bénéficient de déductions d’impôt et d’avantages divers sous le seul prétexte qu’elles sont soit mariées, soit pacsées, au détriment des célibataires. Ne serait-il pas temps de clarifier les choix divers de vie commune par un contrat universel, qui mette tout à plat et n’accorde des avantages aux uns – au détriment des autres – que pour des raisons incontestables ?

Accueillir les enfants, ou avoir une "personne à charge" me semble une raison légitime de bénéficier de droits, plutôt que simplement vivre en couple, ce qui constitue déjà un avantage en soi par rapport aux célibataires, qui ne peuvent mutualiser aucune dépense quotidienne. Au lieu de s’enferrer dans la voie sans issue du mariage, je propose de prendre le temps de réfléchir à un contrat universel qui nous entraîne vers une société plus libre, plus égalitaire, plus fraternelle.

Lionel Labosse a publié "Le Contrat universel : au-delà du "mariage gay", (éd. A poil, 174 p., 18 euros)

Après le couple, le trouple !

Timidement mais sûrement, les gays lancent une nouvelle révolution amoureuse : le couple à trois, avec concessions et passions démultipliées. Un modèle à suivre pour les hétéros ? Enquête.

Par Florence Trédez

Elle

23/03/2012

Jamais deux sans trois

Le trouple serait-il l’avenir du couple ? Rien de tel qu’un ménage à trois pour pimenter une existence conjugale terne lorsque l’amour est passé à la machine et que les sentiments ont perdu leur couleur d’origine, pensez-vous ? Pourtant, le trouple dont il est question ici, néologisme formé à partir des mots « couple » et « trio », s’observe depuis peu chez certains homosexuels, de sexe féminin parfois, de sexe masculin le plus souvent, et tient lieu de véritable mode de vie. « J’ai déjà eu plusieurs trouples dans mon cabinet, constate Stéphane Clerget, psychiatre et pédopsychiatre, auteur de “Comment devient-on homo ou hétéro” (éd. JC Lattès). C’est un phénomène assez récent et qui est peut-être annonciateur, qui sait ?, de nouveaux comportements, les homosexuels étant souvent prescripteurs. C’est un équilibre qui s’établit en totale rupture avec le modèle traditionnel du couple. »

Pour trouver un trouple autour de soi, il n’est bizarrement nul besoin de faire résonner le tam-tam pendant des jours. Deux ou trois coups de fil à des amis gays suffisent. On nous parle d’Américains qui vivraient « comme ça », d’un trio de filles à Lyon, d’un ménage à trois à Bordeaux. Le magazine « Têtu » a récemment consacré plusieurs pages au sujet « trouple ». Et puis, au cours d’une soirée raclette, Frédéric, 35 ans, un charmant convive, chef de projet dans une banque, caresse tendrement le bras de Laurent, 36 ans, professeur des écoles. Quelques minutes après, c’est au tour de Bart, 35 ans, expert-comptable, de prendre la main de Frédéric. « Oui, nous sommes un trouple », affirment-ils fièrement, sur un ton un peu provoc. Plus tard, ils confieront : « La première fois qu’on a avoué à nos amis que nous vivions en ménage à trois, on a eu l’impression de faire un deuxième coming out. »

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Du mariage au ménage à trois?

Par Julie Saulnier

12/09/2012

Alors que Christiane Taubira a détaillé les contours du projet de loi sur le mariage gay, quid d’une union matrimoniale entre trois personnes, le "trouple"?

Alors que Christiane Taubira a détaillé les contours du projet de loi sur le mariage gay, quid d’une union matrimoniale entre trois personnes, le "trouple"?

Comme l’a réaffirmé ce mardi la garde des Sceaux Christiane Taubira dans un entretien à La Croix, le mariage et l’adoption sont en passe d’être ouverts aux couples de même sexe. Si le sujet divise, un autre, en marge, pourrait poindre: l’ouverture de la conjugalité à plus de deux personnes. L’union de trois personnes est-elle légale et envisageable en France?

L’idée, loufoque, a déjà été concrétisée outre-Atlantique. Une notaire de Tupa, ville universitaire située à 430 km de São Paulo, au Brésil, s’est octroyé le droit d’unir par "les liens sacrés du mariage" trois personnes. Il y a trois mois, la représentante a officialisé le mariage d’un homme et de deux femmes. Une première mondiale qui a suscité un tollé chez les religieux. Selon la notaire, rien dans la loi brésilienne n’interdisait cette union: "C’est quelque chose de nouveau, mais je ne l’aurais pas fait si la loi l’interdisait explicitement." Quid de la France?

Polygamie

L’article 144 du Code civil stipule que "l’homme et la femme ne peuvent contracter mariage avant dix-huit ans révolus". Aucune ambiguïté, donc. Pour se marier, il faut être deux et seulement deux: un "homme" et une "femme". Me Audrey du Roselle, spécialiste du droit de la famille français, confirme qu’en "l’état actuel des textes, il n’est pas envisageable de célébrer un mariage entre trois personnes".

Pis, précise le conseil, les mariés pourraient être taxés de polygamie. Selon l’article 433-20 du Code pénal, une personne mariée à plusieurs individus en même temps encourt 45 000 € d’amende et jusqu’à un an de prison ferme. Les maires tentés d’unir plus de deux personnes, malgré les textes en vigueur, s’exposent eux aussi à des sanctions. Le même article précise en effet "qu’est puni des mêmes peines l’officier public ayant célébré ce mariage en connaissant l’existence du précédent".

Contrat universel

Ménage à trois rime-t-il nécessairement avec polygamie? "N’y a-t-il pas un abîme entre condamner la polygamie sexiste et cantonner au nombre de deux les unions légales?" s’interroge Lionel Labosse, enseignant et écrivain, dans les colonnes du Monde. Et de conclure: "Un contrat universel rendrait possible des unions dans lesquelles chacun des contractants serait à égalité avec chacun des autres."

Les lois Pasqua de 1993

Si le droit français n’a jamais autorisé le mariage d’un homme avec plusieurs femmes, un arrêt du Conseil d’Etat permettait avant 1993 le regroupement familial pour les ménages polygames. Les lois Pasqua de 1993 ont mis fin à cette jurisprudence: pour être en règle, les épouses secondaires doivent donc divorcer et quitter le foyer.

Pour Marcela Iacub, auteure de Une Société de violeurs, la problématique d’ouvrir le mariage aux couples de même sexe s’est faite au détriment d’une réflexion plus globale sur la conjugalité. "Les demandes d’égalité en matière de mariage ont pris le devant sur le pouvoir d’imaginer des nouvelles libertés conjugales pour tous", détaille la juriste dans Libération.

Connue pour ses prises de position iconoclastes, elle poursuit: "pourquoi dans une société démocratique ne devrait-on pas laisser les personnes organiser leur vie privée par le biais de contrats au lieu de les obliger à entrer dans des institutions standards comme le mariage et le pacs?"

Voir encore:

Le mariage gay à la noce

18 mai 2012

MARCELA IACUB

Selon Gilles Bon-Maury, président d’Homosexualités et Socialisme, «la vie est belle» depuis l’élection présidentielle, parce que François Hollande a promis qu’il ouvrirait le mariage aux couples gays (Libération du 11 mai). Mais il est difficile de partager cet enthousiasme. Non pas parce que cette mesure serait absurde, injuste ou dangereuse, comme certaines personnes le prétendent encore, mais parce qu’elle est, au contraire, la moindre des choses. L’enthousiasme est un état d’esprit que l’on devrait réserver à des transformations importantes, surprenantes et révolutionnaires. Les réformes que l’on peut classer comme étant la moindre des choses devraient être saluées avec circonspection, comme si elles étaient un dû, au lieu de tenir celui qui les a promises comme une espèce de libérateur.

Mais il y a des raisons encore plus profondes qui devraient tempérer l’enthousiasme de Gilles Bon-Maury. Je ne fais pas allusion à cette théorie, mille fois rabâchée depuis les années 90, selon laquelle les homosexuels devraient faire preuve de subversion et ne pas revendiquer le droit au mariage. Car, pour être subversifs, il faut qu’ils aient la possibilité de refuser l’ordre établi et donc le droit de se marier. En revanche, ce qui semble plus problématique c’est que notre société n’ait pas essayé de revoir les formes d’organisation de la conjugalité lorsque ces revendications ont été articulées.

En effet, les demandes d’égalité en matière de mariage ont pris le devant sur le pouvoir d’imaginer des nouvelles libertés conjugales pour tous. Pour les militants homosexuels, un tel choix a impliqué de tenir pour plus important le principe de «reconnaissance» de leur orientation sexuelle que celui de leur bonheur privé. Cette préférence a eu de quoi flatter l’orgueil des hétérosexuels qui, las de vivre mariés, ont soudain trouvé que leur forme de vie était enviable et donc désirable. Comme si finalement le mariage gay avait eu comme origine des raisons de pur prestige, d’orgueil, d’image et non pas la quête plus pratique des meilleures formes d’organisation de la vie privée. Ou, pour reprendre une expression très usitée aux temps du débat sur le pacs, comme si le mariage gay était plus important d’un point de vue symbolique que réel et pratique.

Certes, on ne cesse de compter les avantages dont bénéficient les personnes mariées au regard de celles qui sont pacsées. Mais ces petits calculs semblent l’arbre qui cache la forêt. Pis encore. On pourrait même avancer que ces petits calculs sont précisément ce qui rend la revendication du mariage gay si misérable. En effet, pourquoi dans une société démocratique ne devrait-on pas laisser les personnes organiser leur vie privée par le biais des contrats au lieu de les obliger à entrer dans des institutions standards comme le mariage et le pacs ?

Jusqu’à la révolution des mœurs des années 70, le fait que le mariage ait été la seule institution susceptible de donner un cadre juridique à la vie conjugale avait un sens politique fort. Il organisait d’une manière autoritaire et inégalitaire la vie privée au sein d’une société démocratique. Il était un îlot voué à gouverner les familles selon des principes contraires à ceux de l’organisation politique dans laquelle l’égalité et la liberté étaient la règle. Or, lors de la révolution des mœurs, au lieu d’abolir le mariage – symbole même de l’impossibilité de contracter dans le domaine conjugal -, on l’a démocratisé. On a ainsi oublié que le pire déficit démocratique de cette institution était moins le contenu des règles qu’il instaurait que le fait d’occuper une position de monopole normatif. Car c’était- et c’est toujours – soit le mariage – et le pacs depuis quelques années -, soit le néant juridique. Comme si, en faisant ainsi, l’Etat continuait à s’immiscer d’une manière autoritaire dans la vie privée, en mettant des obstacles à l’imagination des individus pour s’associer et vivre avec les autres dans les termes qu’ils souhaitent. Or, si la liberté contractuelle régnait dans ce domaine, la conjugalité pourrait être ouverte à plus de deux personnes.

L’ensemble des droits et des devoirs des partenaires : économiques, sexuels, procréatifs, familiaux, personnels pourraient être l’objet de négociations libres. Des dispositions spécifiques régleraient la dissolution, l’entrée ou la sortie des nouveaux membres dans ces espèces d’associations. Certes, il y aurait des contrats standard pour les conformistes et on laisserait tranquilles ceux qui ne souhaitent en signer aucun. Au lieu d’exercer un pouvoir symbolique de nous reconnaître – tel un père exigeant – mariés, homosexuels, divorcés, l’Etat serait une officine d’enregistrement et de résolution des conflits qui résulteraient des termes des contrats qui gouverneraient nos associations. On pourrait alors affirmer que l’on vit dans des Etats qui respectent la vie privée au lieu de rabaisser cette expression à l’interdiction de dévoiler publiquement les potins des uns et des autres.

Et c’est seulement alors que l’on pourrait déclarer «la vie est belle» au lendemain de l’élection d’un président qui aurait fait une telle promesse.

Voir aussi:

Mariage : l’argumentaire du diocèse de Bayonne

Le Salon Beige

16 octobre 2012

Le diocèse de Bayonne a mis en ligne un argumentaire sur la dénaturation du mariage et l’adoption d’enfants par des homosexuels (pdf, 5 pages). Cet argumentaire entend réfuter les arguments par lesquels l’actuel gouvernement et le lobby qui prétend parler au nom de tous les homosexuels, justifie « l’ouverture » du mariage et de l’adoption aux personnes de même sexe. Extrait :

"Un certain nombre d’études démontrent cependant que les enfants qui sont élevés par des couples homosexuels ne sont pas moins heureux ni moins épanouis que ceux qui sont élevés par des couples hétérosexuels

ALes études que l’Inter-LGBT (Lesbiennes, Gays, Bi et Trans) ou l’APGL (Association des Parents et futurs parents Gays et Lesbiennes) mettent en avant et auxquelles la presse et les medias se réfèrent constamment, n’ont pour la plupart, aucun caractère scientifique. Les universitaires (tels que Xavier Lacroix, philosophe, théologien et membre du Comité Consultatif National d’Ethique) qui se sont penchés sur la question, ont en effet constaté que les échantillons sur lesquels reposent la quasi-totalité de ces études, sont beaucoup trop limités pour avoir la moindre signification, que seuls les « parents » (et non les enfants concernés) ont souvent été interrogés et que les « parents » en question n’ont pas été sélectionnés sur des critères objectifs, mais recrutés au sein d’associations qui militent en faveur de l’homoparentalité… «L’intoxication est suffisamment bien faite pour que tout le monde soit convaincu que ces études prouvent que les enfants élevés par les parents homosexuels vont bien, mais il suffit de se donner la peine de vérifier la nature des travaux cités pour comprendre leurs faiblesses méthodologiques» écrit d’ailleurs Maurice Berger, professeur de psychopathologie de l’enfant, chef du service de psychiatrie de l’enfant au CHU de Saint-Etienne, et membre de plusieurs commissions interministérielles pour la protection de l’enfance (« Le Figaro » du 3 octobre 2012). [...]

La reconnaissance légale de l’adoption par les couples homosexuels et de l’homoparentalité, permettrait malgré tout d’assurer les droits et les intérêts des centaines de milliers d’enfants qui sont élevés par des couples homosexuels en France

Cette « argumentation » repose sur une erreur et une confusion. Une erreur : le chiffre de « 300.000 enfants élevés par des couples homosexuels », fréquemment avancé par certaines associations militantes, ne repose sur aucun fondement. L’INED (Institut National d’Etudes Démographiques), qui est un organisme officiel, indique que cette situation concerne de 24.000 à 40.000 enfants, soit environ 0,2% du total de 15 millions d’enfants qui vivent en France. Une confusion : les enfants élevés par un couple homosexuel ne sont victimes d’aucun vide juridique. Leur situation est en effet analogue à celle des enfants qui grandissent au sein d’une famille recomposée. Leurs intérêts sont donc garantis par la loi du 4 mars 2002 qui permet à un tiers (le conjoint ou le compagnon du père ou de la mère) de participer à l’exercice de l’autorité parentale pour les actes de la vie courante (garde de l’enfant, sorties d’école, etc.) sans qu’aucun des deux parents ne perde ses prérogatives.

Il est absurde et hypocrite d’invoquer le prétendu droit des enfants à être élevés par un père et une mère à l’encontre des couples homosexuels, alors que la loi française permet depuis de nombreuses années l’adoption par des personnes célibataires

Discutable dans son principe, l’adoption par un célibataire demeure extrêmement marginale en France. Et comme le souligne la juriste Françoise Dekeuwer-Defossez, spécialiste du droit de la famille, « l’adoption par un célibataire a été permise en 1966 dans un contexte où les enfants adoptables étaient plus nombreux que les couples d’adoptants », ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Parfois, l’adoption par un célibataire peut néanmoins permettre qu’un enfant soit adopté par un oncle, une tante ou un autre membre célibataire de sa famille. Dans ce cas, c’est bel et bien l’intérêt de l’enfant et non le désir égoïste d’un adulte. L’adoption par des célibataires ne consacre aucun « droit à l’enfant », contrairement à ce qui se produirait si l’adoption par les couples homosexuels était légalement reconnue. [...]"

Voir aussi:

Le comportement de l’enfant corrélé à l’investissement paternel

Sylvie Kerviel (avec AFP)

Le Monde

20.07.2012

Un bébé pouponné par son père a davantage de chances de grandir sereinement qu’un nourrisson peu porté par lui. Tel est le résultat d’une étude réalisée par des chercheurs de l’université d’Oxford et publiée par la revue Journal of Child Psychology and Psychiatry.

La présence du père durant les deux premières années d’un enfant semble favoriser sa socialisation future.

Selon cette étude, publiée le 19 juillet, des interactions positives père-bébé dès l’âge de 3 mois permettent de réduire les problèmes de comportement du nourrisson à l’âge d’un an, et par la suite. Cette étude a également montré que l’impact du père était plus important chez les bébés garçons que chez les filles."Nous avons découvert que les enfants avec qui les pères avaient davantage de contacts avaient de meilleurs résultats, avec par la suite moins de problèmes de comportement. A l’inverse, les troubles étaient plus nombreux lorsque les pères étaient plus distants, perdus dans leurs pensées ou avaient moins de contacts", explique le Dr Paul Ramchandani, qui a dirigé l’étude.

Les chercheurs ont suivi 192 familles, recrutées dans deux maternités britanniques, qui ont été rencontrées à deux reprises– l’une lorsque le bébé avait 3 mois et la seconde au moment où l’enfant atteignait l’âge d’un an.

UNE MEILLEURE SOCIALISATION DE L’ENFANT

Le Dr Ramchandani précise que d’autres facteurs peuvent cependant intervenir pour expliquer un comportement perturbé. Le désengagement du père pourrait ainsi être le résultat d’une mauvaise relation de couple avec la mère ou refléter un manque général de supervision ou de soins, auquel l’enfant réagirait par un comportement agité.

D’autres études ont déjà montré l’influence sur le développement du bébé d’un investissement paternel. On a ainsi observé que les enfants dont le père était très présent avaient un meilleur quotient de coordination vision-préhension, utilisaient mieux leurs jambes et leurs bras pour résoudre des problèmes concrets.

Le psychologue Jean Le Camus, auteur de Comment être père aujourd’hui (éditions Odile Jacob), note ainsi que les pères encouragent plus et gratifient moins que les mères, en ayant moins tendance à intervenir pour résoudre les difficultés à la place de l’enfant. La présence du père durant les deux premières années semble sociabiliser davantage l’enfant. Il sera plus confiant et plus entreprenant en présence d’une personne étrangère.

Pour le pédiatre Philippe Grandsenne, auteur de Bébé dis-moi qui tu es (éditions Marabout), le père, du fait de sa position extérieure au couple mère-bébé, fait la transition entre famille et société.

Sylvie Kerviel (avec AFP)

Source : "Do early father–infant interactions predict the onset of externalising behaviours in young children ? Findings from a longitudinal cohort study", Journal of Psychology and Psychiatry, le 19 juillet 2012

Voir également:

«Les mères font des fils, les femmes font des hommes»

Pascale Senk

Le Figaro

09/10/2011

Maryse Vaillant, psychologue clinicienne, a publié Les Hommes, L’amour, la Fidélité et plus récemment, Être mère, mission impossible? (Ed. Albin Michel).

LE FIGARO. -Vous parlez dans vos écrits de la difficulté d’élever un garçon. Pensez-vous que les mères sont en partie responsables du syndrome du «bon garçon» relevé chez les hommes d’aujourd’hui?

MARYSE VAILLANT. – Oui, en grande partie. Le premier mouvement d’une mère est toujours plus facile vers la fille, sa semblable. Alors qu’avec le garçon, elle est freinée dans son élan par de nombreuses différences comportementales, émotionnelles. Mais cette mère peut aussi s’attacher énormément à la plus visible de ces différences, celle qui se voit physiquement, et de manière inconsciente, transformer son fils en homme de la maison. Or les hommes qui ont été mis en position de puissance phallique au foyer par leur mère deviennent soit falots, soit machos. Dans les deux cas, l’identité masculine est défaillante. Les machos sont des coqs de bruyère qui ne savent que dominer et agresser avec leur virilité ; les falots, ceux qu’on appelle les «gentils garçons» de nos jours, sont des chapons un peu dodus intérieurement. Très tendres, ils inhibent en réalité leurs pulsions et n’osent pas utiliser ni montrer leurs poussées de testostérone.

Qu’est-ce qui dans l’histoire des mères explique une telle évolution?

Jusqu’au début de notre siècle, les femmes ont vu en leurs garçons de beaux coqs de bruyère, à qui elles remettaient tous les pouvoirs, notamment sur leurs sœurs. Ces femmes vénéraient la virilité de leurs fils. Puis, à partir des années 1970, quand la contraception a libéré les jeunes filles de la fatalité de la maternité, les mères ont été fascinées par la féminité de leurs filles, et se sont moins intéressées à leurs fils. Résultat, ça a été le «grand vrac» du côté des garçons. Les mères ont pensé que les pères pourraient s’occuper des fils, or les pères étaient totalement pris par leur travail (aujourd’hui, avec la crise, ils le sont encore plus). Elles n’ont pas initié leurs garçons aux tâches domestiques, les ont élevés sans contraintes mais ne leur ont rien donné à se mettre sous la dent quand leur virilité venait les titiller.

Comment faudrait-il élever un garçon pour que sa masculinité s’épanouisse?

Déjà, il faut être deux pour élever un enfant: quelle que soit la situation, la mère doit laisser de la place au père et même elle doit lui demander de s’occuper de son fils. Aussi, elle évitera de faire de son fils le confident ou le complément affectif qui lui manque dans sa vie amoureuse. Heureusement, les garçons ont toujours une bande de copains. Ceux-ci sont leurs alliés les plus précieux pour le corps à corps avec d’autres hommes dont ils ont tant besoin: la pratique du rugby par exemple est selon moi hautement formatrice en matière de masculinité.

Et comment aimer ces «bons garçons» devenus hommes?

En ne se comportant pas en mère avec eux ! Les mères font des fils, les femmes font des hommes. Celles-ci peuvent ainsi encourager leurs conjoints à réaliser les rêves de leur adolescence par exemple: faire de l’escalade, se remettre au foot… Elles peuvent aussi construire une vraie démocratie avec ces hommes qu’elles doivent reconnaître comme responsables du bien commun qu’est leur couple. Elles éviteront, comme des mères intrusives, de leur demander sans cesse des comptes. Elles comprendront, enfin, que si la virilité est caricaturale, la masculinité est une dimension plus complexe et fragile qu’il n’y paraît trop souvent.

Voir encore:

Aldo Naouri contre la tyrannie des mères

Le Point

08/09/2011

Explosif. Dans un livre (publié chez Odile Jacob), le pédiatre dresse un portrait noir de la famille. La faute aux mères.

Le père ? " Un porte-sperme réduit au statut de colifichet". Les enfants ? " Hissés au sommet de la pyramide familiale, ils ont été l’objet d’un véritable culte, jalousement préservés de la moindre frustration." Leur sont " octroyés tous les droits, sans que leur ait été imposé le moindre devoir". Aldo Naouri, le célèbre pédiatre, broie du gris très très foncé. La famille est foutue. Les mères ont pris le pouvoir. Ivres de leurs enfants, elles se sont débarrassées des empêcheurs d’y goûter pleinement, les pères. Pour parvenir à accomplir totalement cette démission masculine, les femmes ont obtenu le soutien de toute la société. Autorité parentale conjointe, congé de paternité, partage des tâches, tout ce dispositif législatif moderne serait une aberration nuisible, émasculant plus encore les pères, gonflant d’orgueil ces femmes, " auxquelles la permanente disponibilité sexuelle n’assigne aucune limite". Résultat, selon l’auteur : " Nos sociétés occidentales ont retiré leur soutien à l’instance paternelle pour voir le patriarcat annihilé avec l’installation d’une forme de matriarcat dégoulinant d’amour qui a obéré plus qu’on ne l’imagine la maturation des enfants." Vous l’aurez compris, le charmant réactionnaire n’a pas choisi de ménager ses lecteurs, ni de s’attacher les bienveillances des critiques. On oublie presque que Naouri promet de nous parler des "belles-mères, beaux-pères, brus et gendres". Oh, il le fait pourtant, juste assez pour clamer ainsi qu’il est urgent de redonner une place au père.

"Je veux sortir les femmes du gouffre de la maternité"

Le Point : On se demande, en lisant votre livre, s’il vous est arrivé de rencontrer de bonnes mères ?

Aldo Naouri : Bien sûr que j’en ai rencontré. Ces mères "bonnes suffisamment" – pour reprendre en la formulant correctement l’expression fameuse de Winnicott – étaient des femmes qui avaient conscience que leur enfant n’était pas leur possession, qu’elles n’en avaient pas la jouissance. Elles avaient conscience de l’avoir fait avec son père et qu’il était destiné à devenir lui-même, à distance de ses parents. J’ajouterai que ces mères étaient elles-mêmes les filles de mères qui avaient su ne pas les envahir pleinement.

A vous lire, "le patriarcat est annihilé, le matriarcat dégoulinant d’amour règne désormais". Expliquez-nous.

Le patriarcat a instauré le pouvoir du père en lui conférant une place prévalente au sein de la famille. Mais tout institutionnalisé qu’il ait été, ce pouvoir s’est toujours heurté à la puissance intrinsèque, naturelle et individuelle de toute mère. Le conflit qui a résulté de ces dispositions a été le garant de l’homéostasie qui est la condition par excellence de la vie. Or, sous prétexte d’introduire de la démocratie dans la cellule familiale, on a retiré au père tout soutien social. Son pouvoir a disparu et il a été invité à être une mère de substitution.

Où avez-vous vu que le père a été appelé à devenir une mère bis ?

Je l’ai vu tout au long de ma carrière, chez les "nouveaux pères", les "papas poules", et jusque dans la manière dont a évolué le Code de la famille, par exemple. Ses prérogatives de chef de famille ont été rognées les unes après les autres. On lui a supprimé la dernière qui lui restait et qui le laissait être chef pour la résidence de la famille en 1972. On a installé la coparentalité. Qui est une véritable injustice. Car l’ultime et très anodine prérogative qui lui restait compensait l’avantage énorme que la gestation permet à la mère d’avoir dans la relation à ses enfants. On l’a alors invité à "rattraper ses neufs mois de retard dans l’amour" en donnant le biberon, en changeant les couches, et en finissant par lui accorder un "congé de paternité" qui est une aberration totale. Ce n’est pas ainsi que se fabrique un père.

Et comment donc ?

"Si vous voulez être un bon père votre vie entière, faites en sorte que votre vie entière la mère de vos enfants soit amoureuse de vous, ce n’est pas plus difficile que cela." C’est ce que je réponds aux hommes qui me posent la question. Là on est père. Car le père n’est pas celui qui agit sur l’enfant, mais celui qui agit sur la mère pour lui rappeler qu’elle est femme, pour l’extraire du gouffre de la maternité dans lequel elle risque de longtemps se complaire. En formulant les choses ainsi, je n’attente pas le moins du monde à la dignité des femmes. Je ne suis pas le misogyne pour lequel on me fait passer. Je suis tout le contraire. Je trouve en effet regrettable, pour elles comme pour leurs enfants, que les femmes se laissent prendre au piège de la maternité au point d’en oublier leur féminité.

Vous êtes furieusement réactionnaire…

Quand je parlais aux mères de mes patients, qui me reprochaient de tout leur mettre sur le dos, je leur disais ceci : ce n’est pas de ma faute si c’est vous qui conduisez la voiture. Qu’a-t-on fait en vous flattant, en vous donnant toutes ces prérogatives ? On vous a dit de conduire à votre seule guise. Et, au motif de vous faciliter la tâche, on a bâillonné au ruban adhésif le pilote assis à votre côté, le père de vos enfants. Voilà pourquoi vous êtes dans cet état. Faites en sorte qu’au moins le type à côté de vous retrouve l’usage de sa parole… Ne m’apportez pas le symptôme de vos enfants. Cet enfant ne réclame rien d’autre que les conditions de l’homéostasie. Le père et la mère lui sont nécessaires. Je ne dis pas qu’il faille laisser aux pères toutes les initiatives. Si on livre un enfant au pouvoir singulier du père, on le rend fou. Les dégâts sont les mêmes si on le laisse livré à la seule puissance de la mère. Avec cette nuance : l’interposition de la mère est naturelle et quasi automatique, celle du père doit être agréée par la mère, et ce n’est pas si simple.

Comment les rôles devraient-ils se répartir entre les parents ?

Le père s’est historiquement fabriqué lorsque, fonctionnant sur son seul intérêt, il a délibérément ignoré son enfant pour ne s’intéresser qu’à l’objet sexuel qu’était sa femme. Ce faisant, il a indirectement écarté l’enfant et la mère en mettant de la distance entre eux. La mère n’était plus toute pour son enfant. C’est ainsi que les choses se sont passées dans l’histoire de l’espèce, c’est ainsi qu’elles sont attendues dans la psyché, dans l’équilibre des forces. C’est ainsi qu’elles devraient se passer et qu’elles ne se passent plus.

En constatant l’absence de père, vous dénoncez la perte de l’autorité, de la verticalité.

Oui. On investit désormais le seul plaisir et, avec lui, l’instant et le court terme. On vit dans les dimensions féminines du temps. Tout dans la famille est mis au même niveau, et il n’y a plus de hiérarchisation, cela est ressenti dramatiquement par les enfants, même devenus grands.

Nos enfants ont des grands-parents, très présents. C’est bien du vertical cela, non ?

Pas toujours. Parce que, dans la mesure où ils s’ennuient, ces grands-parents essaient souvent de devenir à nouveau parents… de leurs petits- enfants, bien sûr ! Ils devaient se borner à se rendre disponibles pour leurs enfants lorsque ceux-ci leur demandent de l’aide, les respecter et cesser de les infantiliser.

Vous n’avez pas peur d’écrire que le mariage devrait durer ?

Je l’assume totalement. Depuis 1954, je vis avec mon épouse et lorsqu’on demande à celle-ci comment il se fait que nous n’ayons pas divorcé, elle répond que nous avons déjà divorcé deux cents fois. Et cela est vrai. Parce que, tout comme elle, je ne fais pas de la vie un accident dans le règne de la mort. Je fais de la mort une ponctuation dans le règne de la vie. Si bien que, quelles que soient les difficultés rencontrées dans ma vie conjugale, je me dois de les dépasser. Je prétends que ce que je construis dans ma génération portera ses fruits dans les générations suivantes. Si je dis en revanche qu’il n’y a que ma jouissance, mon plaisir qui comptent, parce que la mort borne mon existence, qu’il n’y a que moi qui existe, alors je suis dans l’instant, dans le féminin. Je consomme sans penser à ma responsabilité face aux générations suivantes. Ma défense du mariage et de sa durabilité n’est rien de moins à cet égard qu’une option écologique. Mais, de nos jours, cette vision des choses est extrêmement difficile à faire passer.

Et lorsqu’on ne s’aime plus ?

On dit le plus souvent que l’amour s’éteint parce que notre environnement privilégie la vision adolescente de l’amour et qu’on en est intoxiqué. Cette vision, certes exaltante, est indispensable à l’adolescence afin que, répondant à l’attractivité de son partenaire, on accepte de quitter le giron parental et surtout maternel. Une fois ses parents quittés, l’amour change complètement de nature et de composition. Il ne cesse pas pour autant. Rechercher à nouveau cet amour adolescent, c’est céder au désir de revenir au giron parental et à sa mère. Ce qui, aujourd’hui, est devenu de plus en plus courant.

Revenons au propos central de votre livre. Votre description des relations entre brus et belles-mères n’est franchement pas joyeuse…

Je vous l’accorde. Mais c’est universel. J’ai retrouvé dans toutes les langues la tension qui caractérise la relation réciproque qu’entretiennent brus et belles-mères. C’est absolument stupéfiant, le pire étant selon moi l’idéogramme chinois qui, pour nommer la bru, dit "celle qui balaie". Pourquoi cette tension ? On imagine que c’est parce qu’entre ces deux femmes il y a un homme, l’époux et le fils, objet dont elles se disputent l’amour. Mais cette explication ne saurait suffire. Car entre gendre et beau-père il y a aussi une femme, et ça ne pose pas de problème. De fait, c’est qu’au moment où elle devient belle-mère de bru une femme change complètement. Elle qui était jusque-là dans la puissance, rétive à l’ordre du pouvoir, va se mettre à vouloir soutenir le pouvoir et à combattre la puissance. Elle change et trahit sa condition de femme, telle que la nature l’a mise en place. La belle-mère de bru devient une femme qui adhère à la culture. Et je rappelle que culture ne signifie pas ici une accumulation de savoirs, mais bel et bien la loi de l’espèce, ce mur de soutènement de tout ce qui découle comme loi et comme ordre dans l’univers. La belle-mère de bru comprend qu’elle doit soutenir son fils. Elle sait, par expérience personnelle, ce que sa bru peut faire et produire comme méfaits sur le pouvoir de son fils. Seulement pour que cette belle-mère ait une place dans la famille, il faudrait que le père en ait une, mais il n’en a plus.

Vous savez que ce que vous dites là, ce que vous venez de publier, fera hurler ?

Tous mes livres ont fait hurler. Rendez-moi justice, dans ce livre je prends nettement le parti des femmes dans leur lutte contre l’inégalité. Ce que je regrette dans cette histoire, c’est qu’on a cru pouvoir éradiquer les inégalités en effaçant la différence des sexes. Ce qui a amené les hommes à baisser les bras, à flancher et à démissionner sous la poussée de deux forces : les forces dites progressistes et le néolibéralisme. Les conséquences sont là.

Qui défendez-vous, alors ?

Je défends l’enfant. Je tiens ce discours radical, violent, téméraire parce que j’ai derrière moi une expérience de clinicien, des centaines et des centaines de cas où j’ai pu constater que, dès lors qu’on restaure la dualité père/mère, pouvoir/puissance, on sort l’enfant de ces états de souffrance.

Qui était votre mère ?

Une femme fantastique, extraordinaire. Je lui consacrerai un jour un livre.

Comment vous a-t-elle élevé ?

Oh ! Ma mère a été veuve à 34 ans. Elle était enceinte de sept mois, elle m’attendait, j’étais son dixième enfant. Je suis un fils posthume. Je ne pense cependant pas que quelqu’un ait eu dans l’existence plus de père que moi.

Comment existait-il, votre père mort ?

Il était là tout le temps. Non pas parce que ma mère n’arrêtait pas d’en parler. C’était son attitude, tout ce qui la gardait à l’abri du désir de flatter ou de combler. Bien que très tendre, elle était avare de louanges et elle ne cessait pas de rappeler chacun à ses devoirs avant de lui reconnaître le moindre droit. Elle n’a jamais fait d’aucun de nous, ni même de nous tous, sa raison de vivre. Tout le contraire de ce qui se passe aujourd’hui.

Émilie Lanez

" Naouri constate que la société est devenue sans tabou, donc sans limite. " Ali Magoudi *

Avec " Les belles-mères… ", Aldo Naouri nous entraîne dans un texte dont il a le secret. A l’aide de cas cliniques rigoureusement agencés et de commentaires acérés, il provoque chez son lectorat une levée partielle de refoulement, cette dernière permettant à l’auteur de distiller certaines vérités autrement irrecevables. Fort de ses quarante ans de clinique, l’auteur est formel : le matriarcat est de retour, livrant l’enfant à la puissance aliénante de la mère. Cette interprétation ne porte pas sur les seuls individus, mais sur tout le corps social. Ce qui, même si elle est partagée par beaucoup, la rendra difficilement recevable. Naouri constate que la société est devenue sans tabou, donc sans limite. Que, pour " accélérer la lutte légitime contre les inégalités de droit, on a prétendu effacer deux différences indispensables au bon fonctionnement du psychisme : la différence générationnelle et la différence sexuelle ". Naouri a- t-il raison ou se fourvoie-t-il dans la nostalgie du bon vieux temps ? Une chose est sûre. Pendant des millénaires, l’autorité s’est fondée sur un ordre patriarcal favorisant l’autoritarisme. Et le bébé a été jeté avec l’eau du bain. Au point qu’il n’est pas rare d’entendre : " La frustration fabrique des frustrés. " Sur quoi se fonde l’autorité ? Sur quoi se base la possibilité de dire non ? Toutes les nuances de la pensée, toutes les libertés chèrement acquises en démocratie n’y pourront rien. Les limites que la loi impose à chacun s’appuient sur l’arbitraire. Resterait à inventer un ordre patriarcal où l’arbitraire (celui du signe), vecteur de liberté, serait débarrassé de l’autoritarisme.

Voir enfin:

POUR L’HOMOPARENTALITÉ

Luc Ferry

Le Figaro

19/09/2012

La chronique de Luc Ferry

je ne puis être hostile à l’adoption d’un enfant par deux parents homosexuels

Je sais que je vais choquer ou pire, décevoir certains lecteurs, mais je voudrais leur dire ici en vertu de quels arguments je ne puis être hostile à l’adoption d’un enfant par deux parents homosexuels. Après mûre réflexion, je suis convaincu – et je vais dire pourquoi – qu’il faut inverser l’opinion commune selon laquelle le mariage serait à la rigueur acceptable « entre adultes consentants », tandis que l’adoption, parce qu’elle engage un tiers qui n’a rien demandé (l’enfant adopté), devrait être interdite. C’est presque le contraire qui est vrai si l’on y réfléchit au fond. Il faut bien, en effet, avoir conscience qu’en France, aujourd’hui, l’adoption d’un enfant par une personne célibataire – donc, le cas échéant, par une personne homosexuelle – est tout à fait licite. Le problème n’est donc nullement de savoir si l’adoption est accessible aux homosexuels – elle l’est d’ores et déjà de façon parfaitement légale – mais si elle l’est à leur couple, couple au sein duquel des enfants adoptés vivent déjà de toute façon.

ma réponse est oui, cent fois oui

Ma réponse est oui, cent fois oui, car en cas de décès du parent « officiel », ou même seulement de séparation, le « deuxième parent » n’a aucun droit. Il faut ajouter, si l’on veut considérer la situation dans sa globalité, que nombre de femmes vivant ensemble ont, en dehors de cette première possibilité qu’est l’adoption, recouru à des inséminations artificielles avec donneur (aisées à pratiquer chez nos voisins belges ou britanniques) pour donner naissance à des enfants qui viennent donc s’ajouter à ceux qui ont été adoptés. De sorte qu’au total, ce sont entre 40.000 et 200.000 enfants qui vivent aujourd’hui dans une situation à haut risque. Car, j’y insiste, en cas de disparition du parent légal, le deuxième parent n’a aucun statut juridique ce qui peut conduire à de véritables catastrophes humaines. C’est donc ce problème qui doit être réglé d’une façon ou d’une autre en toute priorité – ce qui conduit à reconsidérer la question de l’homoparentalité en des termes très différents de ceux auxquels on est généralement habitué dans le débat public.

admettre le sexe et refuser l’amour, paradoxal pour des milieux conservateurs

Car, pour agir dans l’intérêt bien compris des enfants, il est à l’évidence souhaitable d’autoriser leur adoption par les deux parents, tandis qu’à la limite le mariage pourrait être remplacé par une autre institution qui viserait à améliorer le pacs. Cela dit, il ne suffit pas de le modifier sur le seul plan financier – de régler les problèmes de fiscalité ou de pension de réversion, par exemple –, mais il faut surtout faire en sorte que ces milliers d’enfants vivant dans des couples homosexuels et notamment ceux qui n’ont pas d’autres parents connus dans un couple précédent soient protégés contre les accidents de la vie. Le mariage est donc la solution la plus simple. J’ajoute qu’interdire le mariage aux homosexuels, mais accepter l’homosexualité hors mariage, c’est admettre le sexe et refuser l’amour – ce qui est assez paradoxal pour des milieux conservateurs.

transmission de l’amour, de la loi et de la culture

Plaider pour le mariage homosexuel, c’est vouloir réconcilier les deux. Allons plus loin. Si l’éducation réside, non dans la filiation, mais dans la transmission de l’amour, de la loi et de la culture, on voit mal au nom de quoi on pourrait prétendre que des homosexuels en sont incapables. Contrairement à une opinion reçue mais fausse, les études dont nous disposons montrent que les choses ne se passent pas plus mal pour leurs enfants qu’avec les hétéros. Tous les parents, quels qu’ils soient, peuvent connaître des difficultés. Pour autant, personne ne songe à leur faire passer un permis de procréer, même lorsqu’ils sont manifestement alcooliques ou déséquilibrés.

élargir l’horizon, première exigence de la loi républicaine

Il faut enfin noter que nous ne sommes pas dans une conversation privée où il serait question d’affirmer haut et fort, au nom de son éthique ou de sa religion, son avis personnel. Nous avons tous des opinions, c’est l’évidence, mais il s’agit d’abord et avant tout d’élargir l’horizon, de se mettre à la place des autres, de saisir tous les points de vue, car c’est bien là la première exigence de la loi républicaine. Par essence elle vaut pour tous, et pas seulement pour moi. Dans cette perspective, il est un principe que nous devons considérer comme sacré : nous n’avons aucun droit d’interdire quoi que ce soit à autrui sans qu’il y ait une bonne raison pour le faire, c’est-à-dire une raison qui ne vaille pas simplement pour moi, à titre d’option personnelle, confessionnelle par exemple, mais qui puisse et doive valoir aussi pour tous. Cela dit pour ouvrir le débat sur ses véritables bases.

Voir encore:

Comment Hollande perd la France

Guy Sorman

10 janvier 2013

L’Espagne et la France offrent actuellement deux leçons d’économie contradictoires qui devraient s’inscrire l’une et l’autre dans les annales de cette science. Du côté espagnol, nous constatons un effort réel et clair pour restaurer les conditions de la compétitivité des entreprises. Si le gouvernement espagnol persiste, et si le peuple espagnol ne perd pas patience, l’économie espagnole devrait à terme retrouver la croissance et l’emploi. En France, c’est l’inverse qui se produit. Bien que les conditions de départ fussent bien meilleures que celles de l’Espagne, avec une dette publique moins élevée, des taux d’intérêt plus bas et une gamme d’entreprises de niveau mondial, la politique économique de François Hollande plonge le pays dans la récession et le chômage. Ce destin dramatique n’était pas nécessaire, il n’est pas l’héritage de Nicolas Sarkozy mais le témoignage d’une incompréhension totale chez les dirigeants socialistes français, des principes élémentaires de l’économie réelle.

Quand Hollande fut élu, en mai 2012, certains ont cru à droite comme à gauche (dont moi-même, je l’avoue) que Hollande serait comme on le disait à l’époque le Schroeder français : celui qui, parce que de gauche, mènerait à bien les modernisations nécessaires comme la flexibilité du marché du travail et la réduction des dépenses publiques. Hélas ! Les socialistes français sont restés socialistes, du modèle le plus archaïque qui soit. Ainsi le gouvernement s’oppose-t-il systématiquement à toute fermeture d’entreprise et à tout licenciement, interdisant de fait les innovations et les reclassements de l’investissement comme des salariés. Des entreprises dans le secteur sidérurgique et automobile sont aujourd’hui contraintes de travailler à perte et de produire des pièces détachées qui ne trouveront jamais de débouchés. Comme à la grande époque de la planification soviétique. Pour persuader des entrepreneurs de persévérer, le gouvernement d’un côté menace de nationaliser, et par ailleurs promet des subventions qui seront alimentées par un Fonds d’aide à l’industrie : ce Fonds sera financé par une augmentation de l’impôt sur la consommation. On débat beaucoup en France de l’impôt à 75% sur les revenus supérieurs à un million d’euros par an, mais celui-ci ne concernera que quelques milliers de contribuables à condition qu’ils n’aient pas encore fui vers la Belgique. On parle moins de l’augmentation à 45% du taux marginal qui affectera cette année les cadres et professions libérales et du 1% de TVA supplémentaire qui affecte les pauvres plus que les riches car les pauvres consomment plus, relativement à leurs revenus. Les socialistes, sous couvert de justice sociale et de maintien de l’emploi dans les métiers archaïques, organisent donc l’appauvrissement généralisé des consommateurs, la congélation de l’industrie et l’exil des entrepreneurs. Et contrairement à l’Espagne, à l’Italie et à la Grèce, le gouvernement français n’a pour l’instant engagé aucune restriction des dépenses publiques. Question de culture sans doute : les socialistes savent augmenter les impôts mais ignorent comment réduire les dépenses de l’Etat, en grande partie parce que les syndicats de la fonction publique constituent le socle de leur électorat. En conséquence, il ne se crée plus aucun emploi privé en France et même les jeunes diplômés se trouvent au chômage : la spirale récessive est engagée comme conséquence mécanique de choix politiques. Il n’empêche que François Hollande va répétant que 2013 sera l’année de la "lutte contre le chômage" : une expression particulièrement absurde qui laisse croire que l’on peut réduire le chômage par le discours tout en créant les conditions objectives de son aggravation.

A ce seuil d’absurdité, on s’interroge : le gouvernement est-il incompétent ou prisonnier de sa base syndicale ou prépare-t-il les esprits à un revirement stratégique ? Le risque, avant même d’obtenir une réponse à ce mystère, est celui de la révolte. Le taux de chômage qui sera atteint en 2013 n’a pas de précédent historique et la société française n’est pas solidaire comme elle peut l’être en Espagne : quatre millions de chômeurs constituent donc une masse critique susceptible de descendre dans la rue pour renverser pas seulement le gouvernement mais, plus encore, la démocratie dévoyée par ce gouvernement-là. Chaque jour, l’imprévisible devient, en France, plus probable.

Voir enfin:

Le débat sur le mariage homosexuel à l’école : une bien curieuse conception de la neutralité

Vincent Peillon a adressé une lettre aux recteurs le 4 janvier dernier dans laquelle il affirme sa volonté de révolutionner la société en se servant de l’école. "S’appuyer sur la jeunesse" pour "changer les mentalités". Qui ? Le gouvernement.

Anne Coffinier

Les Echos

11/01/2013

Dans sa lettre du 4 janvier adressée aux recteurs, Vincent Peillon affirme sa volonté de révolutionner la société en se servant de l’école : "le gouvernement s’est engagé à s’appuyer sur la jeunesse pour changer les mentalités, notamment par le biais d’une éducation au respect de la diversité des orientations sexuelles", affirme-t-il en début de lettre. On remarque les termes : "s’appuyer sur la jeunesse" pour "changer les mentalités". Qui ? Le gouvernement.

En réalité, c’est donc lui qui choisit les orientations politiques et morales qui doivent prévaloir dans la société. Ce n’est plus la famille, l’école et la société adulte qui éduquent la jeunesse. Contrairement à la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948, c’est donc désormais l’État en France qui se pose en seul détenteur de la vérité. On assiste à une dérive théocratique de l’État républicain actuel. Et cette jeunesse, qui, par définition, ne possède pas encore les repères lui permettant de poser des choix par elle-même, il la mobilise dans le sens qu’il juge bon, selon le schéma de la révolution culturelle.

La position de Vincent Peillon est vraiment choquante. Lorsqu’il s’appuie sur la jeunesse comme moteur révolutionnaire, renouant avec l’esprit de 1968, le gouvernement sort à l’évidence de son rôle : il instrumentalise la jeunesse à des fins politiques, pour changer les représentations sexuelles et morales dominantes. Ce faisant, il change les règles du jeu au sein de l’École publique en abandonnant ostensiblement l’exigence de neutralité.

L’État sort également de son devoir de neutralité et de respect des droits éducatifs familiaux et de l’intimité des enfants lorsque le ministre demande aux recteurs de renforcer les campagnes d’information sur la ligne azur. Ainsi, contrairement à ce qui est affiché, il ne s’agit plus de lutter contre des stigmatisations homophobes en tant que telles, il s’agit bien plutôt d’inciter activement les jeunes en recherche d’identité (comme le sont par construction tous les adolescents) à explorer pour eux-mêmes la voie de l’homosexualité ou de la transsexualité.

De même, lorsque le ministre encourage les recteurs à faire intervenir davantage les associations de lutte contre l’homophobie, il encourage en pratique l’ingérence dans l’enceinte de l’école d’associations partisanes engagées dans la banalisation et la promotion des orientations sexuelles minoritaires, si l’on se réfère à la liste des associations agréées par l’Éducation nationale pour intervenir sur ces thématiques dans les établissements. Il favorise donc des prises de paroles unilatérales auprès des jeunes, sur un sujet qui n’a pas encore été tranché par le législateur.

Tout cela relève-t-il vraiment du rôle de l’État ? Est-ce davantage le rôle de l’école ? Est-ce judicieux si l’on veut que les familles aient une relation confiante et paisible envers l’institution scolaire ? Si l’État se donne pour mission de promouvoir l’homosexualité, il prend la grave responsabilité de discriminer frontalement les familles attachées au modèle familial qui est celui que vit la grande majorité des Français, et de heurter les convictions de tous ceux, juifs, chrétiens, musulmans et bien d’autres, qui jugent que ce modèle est la seule référence conforme à la réalité naturelle et par là au bien de l’enfant.

Une telle politique de l’État alimentera infailliblement le communautarisme déjà à l’œuvre dans la société. Si l’État n’est pas neutre, s’il se sert de son pouvoir pour promouvoir au sein des services publics des options philosophiques, morales, sexuelles, religieuses particulières et nettement minoritaires, il conduira mécaniquement un nombre croissant de familles à déserter les services publics. Lorsque l’État refuse la neutralité, il prend la responsabilité d’alimenter une balkanisation politique, religieuse et morale de la société lourde de conséquences.

L’école, publique comme privée, doit se recentrer sur sa mission propre et se garder de vouloir traiter à chaud les sujets polémiques. En histoire comme dans les autres domaines de la connaissance, l’école ne doit pas se précipiter dans l’ultraactualité, au risque de manquer de rigueur, de recul critique, de discernement. Il ne convient pas davantage que l’école conduise les jeunes – inconsciemment ou pas – à se prononcer publiquement sur leurs choix et opinions personnelles sur des sujets touchant aux convictions intimes (religion, politique, sexualité, etc.).

Ces prises de position n’ont pas de fonction éducative ; elles peuvent en revanche conduire les jeunes à révéler les opinions familiales, s’exposer eux-mêmes au jugement de leurs camarades ou de leurs professeurs, au mépris de leur droit à l’intimité et de leur liberté d’opinion, de conscience et de religion. À quoi bon voter dans l’isoloir si l’école trouve le moyen par le biais de vos enfants de connaître vos opinions politiques ?

Durant la période soviétique, comme durant d’autres périodes totalitaires, il était habituel de se servir des enfants pour démasquer et sanctionner les opinions dissidentes des parents. C’était l’époque de la délation par ses propres enfants. Revenir à de telles pratiques inhumaines et profondément immorales serait une grave régression de l’État de droit.

Non content enfin de mettre au pas les écoles publiques, le gouvernement entend aussi museler les écoles privées en bafouant clairement leur caractère propre. Il est évident que les écoles dont le projet éducatif et l’identité sont fondés sur la foi seront opposées à la légalisation du mariage homosexuel. Leur demander d’être neutres sur ce sujet n’a aucun sens, si ce n’est celui de leur faire renier purement et simplement leur vocation spécifique.

"Le caractère propre de ses établissements ne saurait leur permettre de déroger au strict respect de tous les individus et de leurs convictions", affirme le ministre. La formulation dialectique est habile, car qui peut s’opposer au respect des individus et de leurs convictions ? Mais elle est doublement défectueuse. Philosophiquement, car elle passe par pertes et profits la différence fondamentale qui existe entre la critique d’une position politique ou morale et celle d’une personne. On respecte les personnes, on débat librement des idées. S’il fallait respecter toutes les opinions sans discuter, cela voudrait dire qu’il serait interdit d’étudier le fond des problèmes.

Mais bien entendu, la réalité est autre : il s’agit de réprimer les vues différentes de l’idéologie officielle. S’il est interdit de penser et de débattre sur un sujet comme le supposé mariage de deux personnes d’un même sexe, cela veut dire que pour ne pas se faire traiter d’homophobe on est contraint de fait d’accepter le mariage homosexuel. Que reste-t-il alors de la liberté de penser.

Politiquement en outre la formulation est défectueuse. Les établissements catholiques respectent les convictions de leurs élèves, mais sont catholiques, c’est leur raison d’être, protégée par toutes les déclarations et instruments juridiques relatifs aux Droits de l’Homme.

En revanche l’Éducation nationale, du moins telle que la voient nos dirigeants, impose sous couvert d’égalité et de lutte contre les discriminations la promotion active de l’homosexualité, présentée comme un des rares comportements humains échappant par nature à tout débat. Où est la neutralité du service public d’Éducation ? Où est le respect des convictions de citoyens ?


Affaire Schwarzbard: La LICRA doit-elle sa fondation à une erreur judiciaire orchestrée par le Komintern? (Looking back on LICRA’s Dreyfus affair)

13 janvier, 2013
Yuschenko at 's Petliura's Paris grave (2005)Comment une telle manifestation peut-elle avoir lieu en plein cœur de Paris, qui plus est sous l’Arc de triomphe, notre Arc de triomphe ? Nous sommes tout simplement en train d’assister à un viol de la mémoire, à un déni d’histoire, à un second assassinat, posthume celui-là, des victimes juives. Communiqué de la LICRA (le 26 mai 2006)
Le procès de l’assassin de Simon Petlioura qui se déroulait à Paris, a été instrumentalisé par les autorités soviétiques, par l’intermédiaire du Komintern, pour compromettre l’idée de l’indépendance ukrainienne en remettant sur l’un de ses artisans la responsabilité des persécutions des Juifs, tandis qu’elles avaient pour seule cause la politique officielle d’antisémitisme, partie intégrante de la l’idéologie de l’Empire russe. Dans les années 1920, d’aucuns en ont profité pour contrecarrer la renaissance de l’Ukraine indépendante et qui semblent en user aujourd’hui pour empêcher le retour de l’Ukraine à la démocratie et à l’Europe. Yuriy Sergeyev (Ambassadeur d’Ukraine en France, lettre à Patrick Gaubert, président de la LICRA)
S’il se produit des cas de brigandage dans l’Armée rouge, il est indispensable de les imputer aux petluristes. L’Ukraine doit être soviétique et Petlura effacé de la mémoire pour toujours. Léon Trotski
Le verdict du procès, qui a saisi l’Europe entière, a été considéré par les juifs comme établissant la preuve des horreurs commises contre leur co-religionaires en Ukraine sous la dictature de Simon Petlura; l’opinion de gauche s’est réjouie, mais les conservateurs ont vu la justice bafouée et le décorum de la justice française gravement altéré. Time (le 7 novembre 1927)

La LICRA a-t-elle été fondée sur une erreur judiciaire orchestrée par le Komintern?

Suite à la diffusion sur France 2 la semaine dernière d’un docu-film sur l’Affaire Grynszpan, le jeune juif dont l’assassinat d’un diplomate allemand à Paris avait servi de prétexte à Hitler pour sa "Nuit de cristal" de novembre 1938 …

Retour sur une autre affaire, impliquant aussi un jeune juif (ukrainien cette fois) ayant assassiné en plein Paris un résident étranger, qui douze ans plus tôt avait aussi défrayé la chronique française et internationale (hommage télévisuel compris en 1958 dans la célèbre série "En Votre Ame et Conscience") et même été à l’origine de la création de la "Ligue contre les pogroms" (rebaptisée plus tard LICA puis LICRA) dont les avocats (notamment Henry Torrès) devaient défendre… Grynszpan!

A savoir l’Affaire Schwarzbard, qui vit l’acquittement, sous les acclamations du public, du juif ukrainien Samuel Schwarzbard, qui avait assassiné en plein Quartier latin et pour venger sa famille décimée par les pogroms dont il le rendait responsable, l’indépendantiste ukrainien et représentant du gouvernement ukrainien en exil à Paris Simon Petlura.

Mais qui, comme le confirme (énième illustration des relations encore très conflictuelles entre la communauté juive et l’Ukraine) cette protestation de la LICRA à l’occasion (après la visite du président ukrainien Yuschenko lui-même sur sa tombe à Montparnasse l’année précédente) de la commémoration à Paris il y a un an et demi, avec dépôt de gerbe sur la Tombe du soldat inconnu sous l’Arc de triomphe en son nom, du 80e anniversaire de sa mort, se trouve être (ayant déjà donné son nom à une librairie ukrainienne à Paris rue de… Palestine!) un véritable héros dans son pays.

De fait, les historiens semblent toujours divisés sur la réalité des griefs reprochés à Petlura, dont le gouvernement apparemment confiné à un convoi ferroviaire semblait bien peu en contrôle de la véritable anarchie qui régnait dans une Ukraine alors déchirée par la guerre civile ("Russes rouges", "blancs", seigneurs de la guerre).

Mais aussi avec une apparemment longue tradition de pogroms et une réelle hostilité contre des autorités bolchéviques, notamment la sinistre police secrète Cheka où, soucieux de récupérer les haines locales à son avantage, Dzerzhinskyi avait placé nombre de juifs (dont le tristement célèbre "Lazar de fer" Lazar Kaganovich, l’un des artisans de la grande famine orchestrée de 1933, dite "Holomodor", qui fit plusieurs millions de victimes).

Histoire qui se répétera d’ailleurs en bonne partie quelque 20 ans plus tard avec l’invasion des Nazis (3 ans !) qui, tout en en massacrant des millions (avec quelque 11 millions de victimes et comme les Polonais avec qui ils partageaient les plus fortes concentrations de juifs d’Europe mais aussi de "justes", les Ukrainiens paieront, plus que toute autre population, un lourd tribut à la guerre) sauront utiliser eux aussi à leur avantage, le plus souvent contraints et forçés, l’hostilité d’un certain nombre d’Ukrainiens (ou, le terme "ukrainien" étant souvent utilisé d’une manière générique pour toutes sortes de populations, souvent de nationaux allemands Volksdeutch, mais aussi de Baltes, Polonais, Russes, Byélorusses ou même de… juifs !) pour leur campagne d’extermination par balles des juifs ou dans leurs camps (à l’instar du sinistre Ivan Demjanjuk, débusqué par le célèbre chasseur de criminels nazis, lui aussi d’origine ukrainienne Simon Wiesenthal).

Sans compter, comme le rappelle certains historiens mais aussi l’ancien directeur de la CIA Allen Dulles ou l’ambassadeur ukrainien lui-même, la forte probabilité que Schwarzbard était lui-même agent du KGB en service commandé d’un gouvernement soviétique (et de sa formidable machine de propagande du Komintern – le célèbre avocat d’anarchistes et futur mentor de Robert Badinter Henry Torrès n’était-il pas lui-même, comme le fondateur de la LICA, le journaliste Bernard Lecache et son ami Souvarine qui en plus étaient d’origine juive ukrainienne, proche du PCF – lui-même alors, on le sait, très étroitement controlé et financé par Moscou?) ayant tout intérêt à délégitimer le représentant du gouvernement en exil d’un Etat dont il préparait l’annexion …

Top News
France
Guysen international
2006-05-26

Le 23 mai, la LICRA (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme) "s’est indignée des manifestations en Ukraine et à Paris liées au 80e anniversaire de la mort de Simon Petlioura (1879-1926), général en chef de l’armée ukrainienne considéré comme un héros dans son pays".

La LICRA a expliqué : "Cet homme est responsable de pogroms organisés en Ukraine sous le régime des tsars, pogroms qui ont fait des centaines de milliers de victimes juives.

Réfugié à Paris en 1924, Simon Petlioura est abattu par un jeune étudiant juif rescapé de ces pogroms en 1926. La médiatisation du procès qui s’en est suivi en 1927 est à l’origine de la création de la Ligue contre les pogroms qui deviendra plus tard la LICA. La Ligue obtint l’acquittement de Samuel Schwarzbard.

Aussi la LICRA a dénoncé avec la plus grande vigueur le révisionnisme du gouvernement ukrainien et s’étonne qu’en France on ait pu autoriser un dépôt de gerbe sur la tombe du soldat inconnu à la mémoire de cet assassin, le jeudi 25 mai, par différentes organisations ukrainiennes en France, la Bibliothèque, summum du révisionnisme historique, qui porte le nom de Simon Petlioura.

La LICRA attendait, du "Comité de la Flamme", association loi de 1901 qui organise les cérémonies du ravivage de la flamme, l’annulation pure et simple de ce dépôt de gerbe. Par ailleurs, la LICRA a demandé à Philippe Douste-Blazy, Ministre des Affaires étrangères, d’exprimer l’indignation de la France auprès des représentants ukrainiens à Paris à l’heure où un vent mauvais négationniste souffle à l’est de l’Europe".

Le 25 mai à 17 h 30, malgré les protestations de la LICRA, "ni le Ministère des Affaires étrangères, ni la Présidence de la République n’ont empêché le déroulement à l’Arc de Triomphe d’une cérémonie à la mémoire de l’assassin antisémite Petlioura, responsable de pogroms qui firent des milliers de morts en Ukraine. Les militants de la LICRA et leur président Patrick Gaubert, qui entendaient manifester leur réprobation, ont été refoulés fermement par la police de la République ! "

Le 26 mai, la LICRA s’est indignée : "C’est un jour de honte pour la République et son gouvernement. C’est la mémoire des Juifs ukrainiens assassinés par Petlioura et ses spadassins qui est ainsi insultée. Il est absolument intolérable que, par sa passivité, la France cautionne ainsi la politique révisionniste de l’Ukraine".

La LICRA demande "au gouvernement français qu’une protestation officielle soit déposée auprès de l’Ambassade d’Ukraine à Paris, puis que les dispositions soient prises afin que ce scandale ne se répète pas à l’avenir et enfin que des excuses soient faites à la mémoire des Juifs ukrainiens à nouveau symboliquement assassinés par les thuriféraires de Petlioura.

Ceux qui ont permis qu’un symbole de la nation française, le tombeau du soldat inconnu à l’Arc de Triomphe, soit profané par les thuriféraires de l’assassin ukrainien antisémite Petlioura ont infligé un camouflet à la justice française qui, en 1927, acquitta Schwartzbard.

La LICRA attend du gouvernement français des éclaircissements qui s’imposent et que réparation soit apportée à la mémoire offensée des victimes de Petlioura".

Voir aussi :

Rate of Antisemitic War Criminality 1939-1945
(Per 10,000 of population)
Balts 20
Austrians 10
Russians & Byelorussians 8
Germans 6
Poles 4
Ukrainians 3
Western European .5

Voir enfin, sur son blog, les extraits du livre de la membre, semble-t-il, du mouvement d’extrême-droite "Alsace d’abord" et présidente de l’association "Défendons Notre Identité" Anne Kling ("La France LICRAtisée", 2007) que je n’ai pas lu et dont je ne partage pas les formulations souvent tendancieuses mais qui a néanmoins le mérite de rappeler (notamment dans les 6 premiers chapitres) d’une façon accessible bienque passablement orientée un certain nombre de faits historiques souvent peu connus du grand public.


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