Métro de Londres/150e: Le premier métro du monde fête 150 ans d’affiches (On its 150th birthday, the Tube presents its greatest posters)

11 avril, 2013

londres london metro undergroud affiche poster 01 720x587 150 ans daffiches du métro de Londres  histoire design bonus art

londres london metro undergroud affiche poster 02 431x700 150 ans daffiches du métro de Londres  histoire design bonus art

londres london metro undergroud affiche poster 03 476x700 150 ans daffiches du métro de Londres  histoire design bonus art

londres london metro undergroud affiche poster 04 425x700 150 ans daffiches du métro de Londres  histoire design bonus art

londres london metro undergroud affiche poster 05 499x700 150 ans daffiches du métro de Londres  histoire design bonus art Pour les amoureux du métro de Londres (et de ses célèbres affiches) …

Qui fête cette année son 150e anniversaire (9 janvier 1863 pour les premières stations) …

Quelques unes des véritables oeuvres d’art qu’expose actuellement le London Transport Museum (merci la boite verte) …

londres london metro undergroud affiche poster 06 436x700 150 ans daffiches du métro de Londres  histoire design bonus art

londres london metro undergroud affiche poster 07 428x700 150 ans daffiches du métro de Londres  histoire design bonus art

londres london metro undergroud affiche poster 08 440x700 150 ans daffiches du métro de Londres  histoire design bonus art

londres london metro undergroud affiche poster 09 452x700 150 ans daffiches du métro de Londres  histoire design bonus art

londres london metro undergroud affiche poster 10 499x700 150 ans daffiches du métro de Londres  histoire design bonus art

londres london metro undergroud affiche poster 11 472x700 150 ans daffiches du métro de Londres  histoire design bonus art

londres london metro undergroud affiche poster 12 720x514 150 ans daffiches du métro de Londres  histoire design bonus art

londres london metro undergroud affiche poster 13 475x700 150 ans daffiches du métro de Londres  histoire design bonus art

londres london metro undergroud affiche poster 14 441x700 150 ans daffiches du métro de Londres  histoire design bonus art

londres london metro undergroud affiche poster 15 500x700 150 ans daffiches du métro de Londres  histoire design bonus art

londres london metro undergroud affiche poster 16 476x700 150 ans daffiches du métro de Londres  histoire design bonus art

londres london metro undergroud affiche poster 18 435x700 150 ans daffiches du métro de Londres  histoire design bonus art

londres london metro undergroud affiche poster 19 500x700 150 ans daffiches du métro de Londres  histoire design bonus art

londres london metro undergroud affiche poster 20 500x700 150 ans daffiches du métro de Londres  histoire design bonus art

londres london metro undergroud affiche poster 21 427x700 150 ans daffiches du métro de Londres  histoire design bonus art

londres london metro undergroud affiche poster 22 433x700 150 ans daffiches du métro de Londres  histoire design bonus art

londres london metro undergroud affiche poster 23 459x700 150 ans daffiches du métro de Londres  histoire design bonus art

londres london metro undergroud affiche poster 24 720x456 150 ans daffiches du métro de Londres  histoire design bonus art

londres london metro undergroud affiche poster 25 432x700 150 ans daffiches du métro de Londres  histoire design bonus art

londres london metro undergroud affiche poster 26 434x700 150 ans daffiches du métro de Londres  histoire design bonus art

londres london metro undergroud affiche poster 27 423x700 150 ans daffiches du métro de Londres  histoire design bonus art

londres london metro undergroud affiche poster 28 420x700 150 ans daffiches du métro de Londres  histoire design bonus art

londres london metro undergroud affiche poster 29 431x700 150 ans daffiches du métro de Londres  histoire design bonus art

londres london metro undergroud affiche poster 30 428x700 150 ans daffiches du métro de Londres  histoire design bonus art

londres london metro undergroud affiche poster 31 425x700 150 ans daffiches du métro de Londres  histoire design bonus art

londres london metro undergroud affiche poster 32 425x700 150 ans daffiches du métro de Londres  histoire design bonus art

londres london metro undergroud affiche poster 33 438x700 150 ans daffiches du métro de Londres  histoire design bonus art

londres london metro undergroud affiche poster 34 437x700 150 ans daffiches du métro de Londres  histoire design bonus art

londres london metro undergroud affiche poster 35 423x700 150 ans daffiches du métro de Londres  histoire design bonus art

londres london metro undergroud affiche poster 36 431x700 150 ans daffiches du métro de Londres  histoire design bonus art

londres london metro undergroud affiche poster 37 441x700 150 ans daffiches du métro de Londres  histoire design bonus art

londres london metro undergroud affiche poster 38 432x700 150 ans daffiches du métro de Londres  histoire design bonus art

londres london metro undergroud affiche poster 39 430x700 150 ans daffiches du métro de Londres  histoire design bonus art

http://singletrackworld.com/blogs/files/2009/11/mg-tim-jones-planner.jpghttp://a1.img.mobypicture.com/0d14c273f20c30218b1236a0a94cc1dc_view.jpg animal-plan-metro-londres-1.gifVIDEO. À Londres, le premier métro du monde fête son 150e anniversaire

Stanislas Kraland

Le HuffPost

09/01/2013

Underground

HISTOIRE – Trop étroit, trop profond, trop peu régulier, pas assez ventilé, et pourtant… Si vous posez la question aux Londoniens ils défendront becs et ongles leur métro, cet « Underground » qui fête aujourd’hui son cent-cinquantième anniversaire.

Au même titre que la « Beeb » (la BBC), les bus à impériales, les cabines téléphoniques rouges ou la famille royale, le métro londonien fait partie des meubles. Les Anglais aiment bien les surnoms et de même qu’il y a Big Ben, dans la capitale britannique on ne prend pas le « métro » mais bien le « Tube », avec l’accent s’il-vous-plaît.

270 stations, plus de 400 kilomètres de voies, 11 lignes et 3,66 millions de trajets par jour en semaine, en dépit de ce pédigrée le « Tube » n’est peut-être plus aujourd’hui le premier métro du monde, mais il fut, et les britanniques en font leur fierté, le premier métro au monde.

Du témoignage du progrès scientifique et de la puissance de l’Empire, l’Underground s’est imposé comme un symbole de la Grande-Bretagne, une marque universellement reconnue et reconnaissable. Plus qu’un système de transport en commun, pour la ville de Londres, le « Tube », c’est presque un compagnon avec lequel la capitale a traversé l’histoire, main dans la main.

9 janvier 1863

Nous sommes le 9 janvier 1863 et Londres, la victorienne, grelotte. Il fait froid et en ce début d’année, les nouvelles ne sont d’ailleurs pas très bonnes.

De l’autre côté de l’Atlantique, dans les anciennes colonies, les Américains entrent dans la troisième année d’un conflit fratricide. Huit jours plus tôt, Abraham Lincoln a fait de l’abolition de l’esclavage dans les états du sud un but de guerre.

Les londoniens ont pourtant déjà l’esprit ailleurs, plus proche des rives de la Tamise. La veille, ils ont eu vent du terrible drame qui vient de frapper le village suisse de Bedretto où 29 personnes ont péri dans une avalanche deux jours plus tôt.

(suite de l’article après le diaporama)

Vidéos et photos : l’histoire de l’Underground en images:

« Mind the Gap » : le Tube a 150 ans

Locomotive à vapeur

Mais Londres vit déjà au rythme de la presse de sorte qu’une bonne nouvelle en chasse très rapidement une autre. C’est ainsi qu’en cette matinée de janvier, un train tracté par une locomotive à vapeur quitte la gare de Paddington en direction de la station de Farringdon. Pour la première fois de l’histoire, des passagers voyagent sous terre.

Alors que le physicien Anglais John Tyndall s’apprête à publier une théorie révolutionnaire sur l’effet de serre, l’ouverture dès le lendemain du premier métro du monde, fait figure de nouvelle victoire pour la science.

Dickens a cinquante ans, Jules Verne trente-cinq, et déjà 40.000 passagers s’engouffrent dans les rames pour traverser la ville en un temps qu’on dit record. Arriveront-ils sains et sauf à destination? On imagine qu’une légère appréhension les guette. C’est que, malgré l’éclairage au gaz, il fait tout de même sombre à plusieurs mètres sous terre.

Une marque

Peu à peu l’Underground se développe. Aux huit lignes originelles s’en ajoutent trois autres, mais aussi des trams. En 1890, exit la vapeur, l’Underground se modernise et passe à l’électricité. Mais il y a encore du progrès à faire, un obstacle à contourner.

Plusieurs entreprises se partagent la gestion des lignes, et cela n’est pas sans poser certains problèmes logistiques. Du reste, des économies importantes pourraient être réalisées. Les patrons du rail sous-terrain en sont bien conscients.

Nous sommes en 1900, la Grande-Bretagne s’engage dans un nouveau siècle, les transports londoniens voient le jour. L’Underground devient une marque.

Typo, logo et plan

Point de marque sans logo. Sa première mouture, adoptée en 1908 ne comporte d’ailleurs pas le cercle rouge qui le distingue aujourd’hui.

london underground logo

Il faudra attendre 1925 avant qu’il adopte la forme qui a survécu jusqu’à aujourd’hui affublant cartes postales, t-shirts, mugs et autres souvenirs que les touristes ramènent chez eux.

london underground logoMais d’où vient la force de ce logo? Pour certains ils seraient inspiré d’une cible sur laquelle tirait à l’arme à feu l’un des patrons de l’Underground. Pour d’autres, s’il ressemble aux panneaux de signalisation, c’est tout simplement pour répondre à la nécessité d’être vu.

Il en va de même du plan, qui a subi quelques atermoiements avant d’adopter la forme que nous lui connaissons aujourd’hui. Nous sommes en 1931, les transports londoniens font face à de graves difficultés financière et Henry C. Beck, ingénieur de son état, vient de se faire licencier.

Mais l’homme connaît bien le fonctionnement et les réseaux électriques de l’Underground. Il a alors une idée, remplacer le plan du métro fondée sur la géographie, par un plan dessiné d’après le schéma électrique du métro. Deux ans plus tard, 750.000 copies du plan seront imprimées et distribuées. Le plan Beck est encore en usage aujourd’hui.

Toute une histoire

Un logo, une typo, un plan, bref une identité visuelle très forte achèvent de faire du « Tube » un symbole. Et s’il est aussi indissociable de la Grande-Bretagne et de la ville de Londres, c’est aussi parce que le « Tube » a traversé 150 ans d’histoire avec les londoniens.

En 1941, alors que les bombardiers allemands lâchent leur bombe sur la capitale, c’est dans le métro que viennent se réfugier les londoniens par familles entières. Plus proche de nous, en 2005, le « Tube » fut à nouveau le témoin malheureux d’un nouveau drame, alors que plusieurs bombes explosent dans la capitale.

« Le Tube », c’est aussi un formidable monument que cet anniversaire est l’occasion de redécouvrir. En témoigne le blog 150 Great Things About The Underground (150 trucs chouettes dans le métro) où le blogueur Ian Jones recense photo à l’appui, tous les détails architecturaux du métro londonien. Un patrimoine que la régie des transports londoniens a, elle aussi, l’intention de valoriser à l’occasion de plusieurs événements qui s’étaleront jusqu’à la fin de l’année.

L’événement le plus marquant, ce sera sans doute la remise en service d’une vieille locomotive à vapeur sur la ligne historique du premier trajet du métro. Mind the gap!

 Voir aussi:

Londres : le plus vieux métro du monde a 150 ans

Guerric Poncet

Le Point

10/01/2013

EN IMAGES. Les Londoniens s’apprêtent à fêter l’anniversaire du premier métro. Retour sur son histoire et le lien privilégié de la ville à son « tube ».

Le 10 janvier 1863, une foule se masse devant la station de Paddington. Londres dévoile sa nouvelle invention, un train à vapeur qui circule dans les entrailles de la ville. Depuis les années 1830, le projet de construire un métro dans la capitale anglaise était fréquemment évoqué pour accompagner l’extension de la ville. Depuis la révolution industrielle, Londres ne cesse en effet de s’agrandir. Avec plus de 2,8 millions d’habitants en 1861, elle devient la ville la plus peuplée au monde. Une croissance qui se fait particulièrement ressentir sur la circulation dans le centre. Face à l’immensité du projet, le premier contrat n’est signé que tardivement. C’est la compagnie privée The Metropolitan Railways qui décroche l’accord en 1855.

Les constructions débutent en février 1860. Le travail est dantesque, il faut creuser dans les sous-sols de la ville pour permettre aux trains de circuler. De plus, les ingénieurs n’ont pas de carte précise des lieux, ce qui complique la tâche des employés qui mettent véritablement leur vie en jeu. Pourtant, les nouvelles technologies et les techniques en construction ferroviaire – le Royaume-Uni est la nation la plus pourvue en ligne de chemin de fer au XIXe siècle – permettent aux travaux de se finir en un temps record en mai 1862, tout en évitant les accidents catastrophiques.

Cher ticket

Si un convoi spécial a été mis en place le 9 janvier 1863 pour les directeurs et les actionnaires du projet, c’est le lendemain que la Metropolitan Railways ouvre officiellement ses portes. Alors que de nombreux hommes politiques doutent de l’intérêt d’un tel projet, les Londoniens donnent raison à la société de transport. Les places sont chères, les gens se bousculent dans les queues interminables de la toute flambant neuve station de métro de Bishop’s Road, nommée par la suite Paddington, pour circuler dans les profondeurs de Londres.

Seuls quelques voyageurs réussiront pourtant à décrocher le fameux ticket. Le voyage n’est pas bien long. La Metropolitan Line, qui dessert les deux seules stations de Bishop’s Road à Farringdon, ne couvre qu’à peine 3,5 miles pour une durée de 18 minutes. Ce n’est qu’un début. À long terme, l’objectif de la Metropolitan Railways est en effet de desservir les trois plus grandes gares de l’époque, King’s Cross, Euston et Paddington, vers la City, le quartier financier, au centre de Londres. Il s’agit d’amener des milliers de voyageurs britanniques ou étrangers dans la plus puissante place financière au monde. Le métro se révèle alors une invention décisive au développement de la ville.

Célébration

Le succès du « tube » montre au monde entier la suprématie du Royaume-Uni dans le domaine financier, industriel et surtout technologique. Les autres villes vont par la suite copier le moyen de transport londonien. Athènes en 1869, Istanbul en 1875 et Budapest en 1896. Paris n’entreprendra la construction de sa première ligne de métro qu’en 1900. Le succès est immense : 26 000 passagers effectuent alors le voyage quotidiennement entre les deux seules stations de Londres. Un chiffre qui motive d’autant plus la compagnie à ouvrir de nouvelles lignes, comme la District Line en 1868, puis la Circle Line en 1884.

Le métro londonien profite alors de l’essor technologique pour développer les premières lignes électriques au monde en 1890. Les romantiques trains à vapeur seront alors remplacés définitivement au début des années 1960 par le système électrique bien moins polluant. Tout au long du XXe siècle, le métro londonien ne cesse d’évoluer. Les lignes de métro se profilent, les stations se multiplient, les zones s’étendent à vue d’oeil jusqu’à titiller la banlieue londonienne.

Abri

Utilisé par plus de 3,5 millions de passagers en moyenne par jour, le métro de Londres compte aujourd’hui 408 km de ligne et 275 stations, ce qui en fait l’un des plus longs au monde avec celui de New York et de Shanghai. Plus qu’un simple moyen de transport, le « tube » représente une partie de la culture londonienne. Chaque station est décorée et agencée de façon singulière. Et il est aussi entré dans l’histoire et le coeur des Londoniens en servant d’abris pendant les bombardements allemands de la Seconde Guerre mondiale.

« Le métro londonien a joué un grand rôle dans le succès de notre ville, des premières lignes jusqu’au système d’aujourd’hui qui a permis une circulation fluide à des millions de personnes durant le jubilé de la reine et les Jeux olympiques de cet été, par exemple », se félicite le directeur de London Underground, Mike Brown.

Pour cette occasion, le musée du transport de Londres et l’organisme public local responsable des transports en commun de la ville, Transport for London, ont donc décidé de célébrer en grande pompe le 150e anniversaire du tube. Tout au long de l’année, le musée du transport de Londres propose de nombreuses expositions qui retraceront son évolution. Mais l’attraction principale se situe surtout autour de la remise en marche du dernier train à vapeur encore existant, le Metropolitan Railways Jubilee Carriage n° 353, qui date de 1898. Les 13 et 20 janvier prochains, les Londoniens pourront donc refaire le premier trajet du 10 janvier 1863 entre Paddington et Farrington, voyage légendaire dans l’histoire des transports.

Voir également:

Sept citations pour ne pas craquer dans le métro

Madeleine

16/07/2009

« L’enfer, c’est les autres », « Un trône n’est qu’un banc recouvert de velours » : les usagers du métro londonien peuvent désormais méditer sur quelques phrases qui leur sont soumises, entassés dans une rame ou sommeillant sur leur siège.

L’idée est née dans l’esprit de l’artiste Jeremy Deller, déprimé par les messages habituels du genre « Attention à la marche en descendant du train ». En mars dernier, le personnel du Tube a donc reçu des recueils de citations conçus par l’artiste, dont ils peuvent lire des extraits aux passagers de la Picadilly Line, une des lignes les plus fréquentées du réseau. Histoire de calmer les nerfs, et de briser la monotonie souterraine.

En ces temps de chaleur et de haute fréquentation touristique, et si la RATP suivait le mouvement ? Quelques suggestions :

A minuit et demi, l’attente du métro est estimée à 12 minutes sur le panneau lumineux. Oui, mais « Les temps sont courts à celui qui pense, et interminables à celui qui désire. » (Alain).

Le métro s’arrête en plein élan, l’arrêt se prolonge, puis les lumières s’éteignent dans la rame. Heureusement, « Il ne faut cesser de s’enfoncer dans sa nuit : c’est alors que brusquement la lumière se fait. » (Francis Ponge)

Un accordéoniste entre dans le wagon, entonne La Foule d’Edith Piaf, alors qu’on venait de choisir sa chanson préférée sur son mp3. Ne pas oublier que « Pour celui qui est très seul, le bruit est déjà une consolation. » (Nietzsche)

Escaliers, couloirs et affiches publicitaires se succèdent. Finalement, le changement se révèle deux fois plus long l’on qu’on l’avait calculé. Pas grave, puisque « En vérité, je ne voyage pas, moi, pour atteindre un endroit précis, mais pour marcher, par simple plaisir de voyager. » (R.L. Stevenson)

A 8h30 du matin un 12 août, la température atteint tranquillement les 32 degrés. La douche matinale semble déjà remonter à la semaine précédente. Mais comme selon Jean Cocteau, « l’oeuvre est une sueur », chaque goutte qui coule sous le T-shirt devient précieuse.

Lorsqu’à 10h07 vous appelez votre rendez-vous de 10 heures pour le prévenir que vous aurez du retard, car le métro n’avance plus: la phrase de Pascal, « On ne peut être en retard si on est dans l’infini » lui donnera de quoi patienter encore un bon quart d’heure.

Enfin, lors de la prochaine grève, coincé entre une femme qui râle et renifle, et un homme qui mâche son chewing-gum dans votre oreille, rappelez vous qu’ « Il n’y a, au fond, de réel que l’humanité. » (Auguste Comte)

D’autres idées ? Qu’aimeriez-vous qu’on vous murmure dans le métro?


Plagiat: L’université aussi ! (Who will watch the watchmen ?)

10 avril, 2013
A qui se fier ? Qui gardera les gardiens ? Philippe Bilger
Non, malheureusement pour moi. Mon éditeur ne me refuse rien. Il me faut deviner si le livre est mauvais ou non, parce qu’il ne me le dira pas. Frédéric Beigbeder
Il nous semble qu’il occulte en l’occurrence la dimension cosmique desdits phénomènes ; une dimension qui, selon le paradigme astrologique – et notre conviction – vient coiffer le social. En effet, le social est loin d’expliquer toutes les “crises… qui se produisent dans la société”. À preuve les actions totalement illogiques, non linéaires, non-logiques et inexplicables autrement que par le paramètre astral qui joue alors le rôle de paramètre éclairant et englobant coiffant le non-logique apparent. Dr. Elizabeth Tessier
C’est l’occasion pour moi de revenir sur deux idées fausses. [...] L’autre erreur est de m’accorder le rôle de corédacteur de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Stéphane Hessel
Démissionner sur une initiative personnelle (…) serait un acte d’orgueil alors je me dois d’agir aujourd’hui dans la plus grande humilité. Gilles Bernheim

Je n’ai rien à cacher aussi bien sur des choses anciennes que sur des choses à venir. Lorsqu’une faute a été commise, je le dis, et là-dessus c’est parfaitement acté. Et j’ajoute par ailleurs que lorsqu’un livre est imprimé, il y a parfois des étapes intermédiaires. Cela n’enlève rien à ma responsabilité. (…) Ce qui montre bien que ma démarche était soit suicidaire, soit parsemée d’un certain nombre d’erreur liées à la confiance mal donnée ou accordée à tel ou tel qui se servent de textes et qui ne donne ni la référence ni les guillemets. En toute situation j’assume et je suis pleinement responsable. (…) Mais ceci étant dans l’activité rabbinique qui est la mienne depuis prés de quatre ans et demi, je n’ai pas commis de fautes et l’histoire de l’agrégation, l’histoire des emprunts ou des plagiats. Ceux sont des faits importants, moralement graves. Mais je n’ai pas commis de fautes dans l’exercice de ma fonction dans l’attachement aux causes qui sont les miennes. Gilles Bernheim

Je me permettrais d’ajouter que lorsque je me suis présenté en 2008 à l’élection pour le Grand Rabbinat de France, l’information avait déjà circulé à l’époque. Je n’ai strictement rien dit et d’ailleurs vous observerez qu’au dos de tous mes écrits, jamais n’apparait l’expression : agrégé de philosophie. Que sur des notices, cela ait pu apparaître parce que les notices, elles, elles ne sont pas faites par l’auteur, par le sujet que je suis. Elles peuvent être faites par d’autres personnes qui s’appuient les uns sur certains réseaux d’informations, d’autres sur le net ou d’autres choses. Il y a des erreurs qui se véhiculent et qui finissent par devenir pour beaucoup des vérités. Pour ma part, je le regrette profondément. Gilles Bernheim
Cette affaire confirme que la pratique du plagiat est rarement ponctuelle – le fait malheureux d’un auteur qui a failli accidentellement -, mais bien une méthode d’écriture par procuration, parfaitement au point chez certains publiants – inutile de parler d’auteurs, et encore moins d’écrivains. Encore que ces types de livres soient quelquefois les plus lus, puisqu’ils sont plus des produits de promotion d’une personnalité ou d’une institution qu’un véritable travail intellectuel s’inscrivant dans une réflexion personnelle. Hélène Maurel-Indart
Même les trois pages de remerciements, très originaux, avaient été plagiées. Seul les noms des personnes remerciées avaient été changés! Jean-Noël Darde
Au mois de décembre, on a démasqué un cadre qui se prétendait diplômé de Polytechnique alors qu’il n’y avait jamais mis les pieds. Quand je l’ai rappelé, il m’a dit que nous étions les premiers à nous en rendre compte en vingt ans de carrière. Emmanuel Chomarat (président du directoire de Verifdiploma)
Comme le nuage de TcherNobel, le phénomène des faux diplômes s’arrêterait juste du bon côté de la frontière ? Ouf, nous voilà rassurés ! Mais, en insistant un peu, la plupart des recruteurs lâchent une petite anecdote sur un candidat affabulateur, voire faussaire. Ainsi, Florian Mantione, directeur du cabinet du même nom, n’oubliera pas ce cadre qui prétendait avoir fait Sup de Co Toulouse en 1972 : « Malheureusement pour lui, c’était justement mon école, ma promotion, et je ne l’avais jamais vu. » Pas de chance ! Pour l’instant, les menteurs sont plus nombreux que les faussaires. Mais, récemment, le patron de Verifdiploma a découvert que le diplôme de BTS d’un jeune candidat était un faux. Courrier cadres

Attention un « funeste secret de famille » peut en cacher un autre !

Plagiats de thèses massifs (jusqu’aux remerciments !), logiciels d’analyse automatique des textes dépassés par les traductions ou les reformulations, mode de financement des laboratoires de recherche  fondé sur le nombre de publications réalisées par les chercheurs,  universités et institutions de recherche en lutte de plus en plus féroce pour les financements et pour progresser dans les classements internationaux, absence d’instances internes aux établissements d’enseignement supérieur adaptées, chasseur de plagiats voyant ses cours et ses primes de recherche suspendues, plagiés qui ne prennent même pas la peine de déposer plainte  …

A l’heure où, affaire Cahuzac oblige et après le mensonge légal du mariage pour tous, nos dirigeants et députés rivalisent de candeur soudaine …

Et qu’après nombre de nos journalistes et gens de lettres et sans compter l’évident abus de faiblesse dont a été tout récemment victime notre grand Hessel national, c’est au tour d’un étrangement cryptomnésiaque et (déformation professionnelle?) casuistissime grand rabbin de France lui-même de se faire prendre (jusqu’au plagiat systématique, « trahi » selon la formule consacrée « par son assistant d’écriture« ,  et à l’usurpation de titre !) par le miroir aux alouettes médiatiques…

Pendant qu’en ces temps – internet oblige – d’industrialisation de la triche, les têtes tombent en Allemagne ou en Corée  …

Comment ne pas voir avec ce président d’université cité dans un article du Figaro évoquant déjà l’an dernier une institution et des chercheurs français paupérisés et sommés de « publier ou mourir » pour retrouver des financements et remonter des profondeurs des classements internationaux

Que le plagiat, pourtant devenu massif et sans parler des faux CV et diplômes (voire, au pays des madames Soleil docteurs en sociologie, des thèses fantaisistes), n’est pas près de « faire partie des objectifs de recherche » ?

Thèses, doctorats : le plagiat reste tabou à l’université

Quentin Blanc

Le Figaro

18/10/2012

La ministre allemande de l’Éducation vient d’être mise en cause dans une affaire de plagiat qui pourrait la pousser à démissionner. En France, la plupart des établissements préfèrent fermer les yeux dans de tels cas. Une situation jugée honteuse par certains universitaires.

Annette Schavan, ministre de l’Éducation allemande pourrait bien être obligée de démissionner dans les jours qui viennent. Elle aurait plagié de larges passages de sa thèse de doctorat. L’année dernière, déjà, le ministre de la défense et étoile montante du parti de Mme Merkel avait du quitter son poste suite à une révélation similaire.

En France, nos dirigeants passent avant tout par l’ENA ou les grandes écoles. Ils sont peu nombreux à avoir soutenu une thèse. Laissant le phénomène dans l’ombre des amphis. Pourtant «Le plagiat a pris de l’ampleur à l’université, s’offusque Michelle Bergadaà, spécialiste du sujet, mais il n’est pas pris au sérieux». Pour que ces fraudes ne restent pas impunies, des universitaires français ont décidé de dénoncer les cas, de sensibiliser leurs collègues, d’exposer sur des blogs les textes incriminés.

Des thèses plagiées à 99 %

Les «emprunts» sont souvent spectaculaires. «Les cas dont je parle et que je présente sur mon site sont des thèses qui sont entre 75 et 99 % plagiées» précise M. Jean-Noël Darde, maître de conférence à Paris 8 et auteur d’un blog consacré au sujet. Il cite «un cas où même les trois pages de remerciements, très originaux, avaient été plagiées. Seul les noms des personnes remerciées avaient été changés!»

Les moyens nouveaux de traquer ces abus se développent. Des logiciels comme Compilatio, par exemple, analysent automatiquement les textes à la recherche d’emprunts. Ils sont malheureusement faciles à tromper. Les traductions ou les reformulations lui échappent le plus souvent. Le cas de l’ex-ministre allemand de la Défense est un bon exemple. Des milliers d’internautes avaient du s’allier pour traquer tous les emprunts non sourcés dans sa thèse.

En France, les chasseurs de plagiaires sont encore peu nombreux. Il revient aux professeurs de se montrer vigilants. «Il n’y a rien de déshonorant à être abusé par un plagiaire. Ce qui l’est, c’est de ne pas réagir lorsque l’on s’en aperçoit» explique M. Darde. Et d’accuser: «Trop souvent, les autorités académiques ignorent les cas signalés». Elisabeth Sledziewski, philosophe à l’université de Rennes, parle même de «funestes secrets de famille».

«Les établissements se décrédibilisent aux yeux du public»

Le plus souvent, «il n’existe pas d’instances internes aux établissements d’enseignement supérieur adaptées à ces nouveaux enjeux» selon Mme Bergadaà. En conséquent, «les cas de plagiat doivent être traités par la justice civile. Ce qui implique qu’il y ait un dépôt de plainte réalisé par l’auteur plagié. C’est rarement le cas.» Elle estime que cette politique de l’autruche dessert les établissements d’enseignement supérieur: «Ils se décrédibilisent aux yeux du public et des étudiants car ils sèment le doute sur leur intégrité.» Dénoncer publiquement les cas avérés reste généralement la seule solution possible.

Mme Bergadaà, comme d’autres, pointe «le mode de financement des laboratoires de recherche qui est fondé sur le nombre de publications réalisées par les chercheurs. S’il faut publier beaucoup, et vite, eh bien, on hésitera moins à aller se servir discrètement dans les œuvres des autres.»

Or, aujourd’hui plus que jamais, nos universités se battent pour leurs financements et pour progresser dans les classements. Dans ce contexte, sont-elles vraiment prêtes à lutter contre ce problème? La question mérite d’être posée. Car en attendant, M. Darde a vu ses cours supprimés et sa prime de recherche suspendue par Paris 8. Bien qu’il se défende de tout laxisme, le président de l’établissement lui a adressé une lettre lui expliquant que le plagiat ne faisait pas partie des objectifs de recherche de l’université.

Voir aussi:

Un scandale « typisch deutsch »

Frédéric Lemaitre

07 février 2013

Annette Schavan et la chancelière Angela Merkel, le 13 décembre au Bundestag, à Berlin. Photo : Rainer Jensen/AP

Annette Schavan, ministre de l’éducation et de la recherche, est sans doute sur le départ. Lundi 4 février, l’université de Düsseldorf où elle a fait ses études de philosophie, lui a retiré son titre de docteur. Sa thèse, soutenue il y a plus de trente ans, contient trop de passages « empruntés à d’autres » sans qu’il y soit fait référence. Dans ce pays où le titre de docteur est un précieux sésame – que l’on ajoute à son état civil –, on ne plaisante pas avec le plagiat.

En 2011, le baron Karl-Theodor zu Guttenberg, alors ministre de la défense, que certains voyaient déjà chancelier, avait dû démissionner pour les mêmes raisons.

Pourtant, les deux cas ne sont pas tout à fait identiques. « K-T » comme l’appelaient les Allemands, avait carrément plagié 60% de sa thèse, rédigée à la va-vite quand il était déjà responsable politique dans le seul but d’être non seulement baron mais aussi docteur.

Le cas Schavan est plus compliqué. Cette célibataire de 57 ans, catholique pratiquante un brin austère, est une bosseuse reconnue et discrète. Le contraire du flamboyant « Baron de Googleberg », comme on a surnommé son ex-collègue. De plus, le plagiat est moins flagrant. D’ailleurs, le conseil de l’université n’a pas rendu son avis à l’unanimité. La communauté scientifique est divisée. Si l’opposition réclame la démission d’Annette Schavan, ce n’est pas l’hallali.

Reste qu’Annette Schavan est ministre de la recherche et qu’on la voit mal rester crédible à un tel poste.

Alors que la ministre est – opportunément – en voyage en Afrique du Sud et ne rentre que ce vendredi à Berlin, Angela Merkel, dont elle est une amie proche, lui a renouvelé sa « pleine confiance ». Les deux femmes devraient se rencontrer dès vendredi soir. Et Angela Merkel tranchera. A quelques mois de l’élection, la plupart des commentateurs parient sur la démission de la ministre. Malgré tout, celle-ci se défend. « Non pas pour mon titre mais pour mon intégrité », dit-elle. Elle a d’ores et déjà intenté un recours devant le tribunal administratif. Mais outre qu’il n’est pas très glorieux pour un ministre de la recherche de demander à des juges de contredire des scientifiques, aucun magistrat n’aurait, depuis les années 1960, donné raison à un plaignant dans ce cas de figure.

Voir également:

Comme Annette Shavan, peut-on perdre son doctorat en France ?

Michel Alberganti

Globule et téléscope

6/02/2013

Un doyen de faculté qui s’avance vers les caméras pour annoncer que le doctorat de philosophie de la ministre de l’éducation et de la recherche, Annette Schavan, est invalidé 33 ans après lui avoir été décerné… La scène s’est déroulée en Allemagne, le 5 février 2013, à l’université de Düsseldorf. Quelque chose me dit qu’elle est difficilement imaginable en France. Mais pourquoi, au fond ?

1°/ Le titre de “Doktor” jouit d’une grande notoriété outre-Rhin

Alors qu’en France, seuls les docteurs en médecine peuvent espérer voir leur titre accolé à leur nom, en Allemagne, Herr Doktor jouit d’une aura considérable quelle que soit la discipline. Le paradoxe de l’université française conduit ainsi son diplôme le plus prestigieux a n’être jamais mis en avant par ceux qui l’ont obtenu après, au moins, une dizaine d’années de laborieuses études. Ainsi, alors que je reçois chaque année environ 200 scientifiques dans Science Publique, l’émission que j’anime sur France Culture, très rares sont ceux qui se présentent comme docteurs alors que bon nombre le sont. Pourquoi ? Il semble que la filière du doctorat reste refermée sur l’université. La vocation d’un docteur est de devenir professeur et/ou directeur de recherche. Même s’ils entrent au CNRS, les docteurs ne sortent guère des murs de ces institutions.

En Allemagne, après leur thèse, la plupart des Doktor font leur carrière dans l’industrie. Leur visibilité n’a alors pas de commune mesure. Surtout dans un pays où l’industrie est également fortement valorisée.

En France, conscient de ce problème qui leur barre souvent la route vers des emplois dans les entreprises alors que l’université est saturée, les docteurs se sont réunis dans une association nationale des docteurs, l’ANDès dont l’objectif affiché est de “promouvoir les docteurs”. Étonnant paradoxe… Le titre le plus élevé a donc besoin de “promotion”. C’est pourtant justifié. Le docteur reste loin d’avoir la même cote, dans l’industrie, d’un polytechnicien ou d’un centralien. Résultat, le faible nombre de docteurs dans les entreprises est l’une des principales causes du retard français en matière de pourcentage du PIB consacré à la recherche.

2°/ Pas besoin d’être docteur pour être ministre de la recherche en France

En Allemagne, donc, on ne badine pas avec le doctorat. Et même, ou surtout, un ministre de la recherche ne saurait avoir usurpé son titre. En France, ce cas de figure a d’autant moins de chances de se produire que… les ministres de la recherche sont rarement docteurs. A partir d’Hubert Curien, docteur es sciences, ministre de la recherche jusqu’en 1993, on ne trouve guère que 3 docteurs sur ses 19 successeurs: Claude Allègre, docteur es sciences physiques, ministre de 1997 à 2000, Luc Ferry, docteur en science politique, ministre de 2002 à 2004 et Claudie Haigneré, docteur ès sciences, option neurosciences, ministre déléguée de 2002 à 2004.

Force est de constater que ces trois ministres n’ont pas laissé un souvenir impérissable. Lorsque Luc Ferry et Claudie Haigneré étaient aux commandes, l’un des plus forts mouvements de révolte des chercheurs s’est produit avec “Sauvons la recherche“, en 2003. Il a fallu un autre couple, beaucoup plus politique, François Fillon et François d’Aubert, pour rétablir l’ordre et redonner un peu d’espoir dans les laboratoires.

3°/ Pas besoin d’une thèse de valeur pour être docteur en France

C’est peut-être ce qui fait le plus mal à l’image de l’université française. Et c’est peut-être lié à la sous-valorisation du doctorat. Même s’ils peuvent paraître anecdotiques, trois exemples publics ont suffi pour jeter un discrédit tenace sur l’institution qui délivre les doctorats. Il s’agit du diplôme décerné à Elizabeth Teissier, docteur en sociologie en 2001 avec sa thèse intitulé “Situation épistémologique de l’astrologie à travers l’ambivalence fascination-rejet dans les sociétés postmodernes”. Ex mannequin et comédienne, Elizabeth Teissier est surtout astrologue depuis 1968. Elle avait, certes, obtenu un DEA en Lettres modernes… en 1963.

Les autres exemples de doctorats ayant défrayé la chronique sont, bien entendu, ceux des frères Bogdanoff en mathématiques appliquées et en physique théorique. Ces cas sont-ils des exceptions ou la partie émergée de l’iceberg ? C’est toute la question.

Mais la France aurait sans doute besoin d’une “affaire Schavan”. Pas forcément, d’ailleurs, concernant le doctorat, rare, d’un ministre de la recherche. Mais juste une reconnaissance d’erreur. Histoire de montrer que l’institution universitaire est capable de revenir sur la décision de l’un de ses directeurs de thèse et d’un jury. L’erreur étant humaine, son absence est d’autant plus suspecte. Lorsqu’un peu moins de 10 000 thèses sont soutenues chaque année en France (contre environ 15 000 en Allemagne), une faute devrait être pardonnée. Encore faudrait-il qu’elle soit avouée ou déclarée…

Voir encore:

Texte intégral de l’interview de Gilles Bernheim sur radio Shalom

Israel Infos

10.04.2013 – 30 Nisan 5773

Nous reproduisons ci dessous le texte intégral de l’entretien réalisé par Pierre Gandus sur radio Shalom, le 9 Avril 2013. Transcription : Franck Sebbah

[Gilles Bernheim] PIERRE GANDUS :

Le Grand Rabbin de France s’exprime ce soir et en direct sur Radio Shalom. Dans une tourmente médiatique concernant plusieurs faits qui vous sont reprochés et qui pour certains d’entre eux vous avez reconnu.

Ces révélations, Gilles Berheim, ont provoqué étonnement, stupeur voire même un sentiment de trahison quant on sait le temps et les difficultés qui ont été les vôtres et celle de votre équipe pour imprimer une nouvelle image au judaïsme français plus moderne, plus dynamique, plus en phase avec la société française.

Nous allons parler de cela en toute franchise car ce soir la communauté juive attend vos réponses qui comme mes confrères de la presse et toux ceux qui nous écoutent et qui ne sont ni juifs, ni journalistes.

Alors on va dans un premier temps être assez factuel.

Première affaire, suite à de nombreuses attaques de plagiat sur Internet concernant « Les 40 méditations juives » parus en 2011, vous déclarez le 20 mars que l’emprunt aurait été le fait du philosophe Jean-François Liottard et de son interlocutrice qui aurait eu entre les mains la photocopie manuscrite d’un cours tenu par vous alors que vous étiez aumônier des étudiants.

Devant l’afflux des révélations alors que vous vous trouviez en Israël pour la clôture de la fête juive de Pessah, vous avez changé de discours en reconnaissant le plagiat et l’utilisation d’un nègre et en demandant à votre éditeur de retirer l’ouvrage de la vente ainsi que de votre bibliographie. Vous précisez aussi que c’est la seule et unique fois où vous vous êtes livré à un tel arrangement. Pourquoi cette réponse en deux temps et pourquoi vous êtes- vous enferré dans ce mensonge ?

GILLES BERNHEIM :

Vous savez lorsqu’un fait comme celui-là, quand des faits comme ceux-là sont révélés brutalement sur la place publique, que vous ne vous y attendiez pas, que vous n’êtes pas du tout préparé à la réaction, vous mentez bêtement.

Quand je dis, vous mentez bêtement, vous vous défendez immédiatement sans réfléchir.

Et pour ma part, je regrette profondément aujourd’hui.

PIERRE GANDUS :

La Deuxième affaire concerne « Le souci des autres, fondements de la loi juive » paru en 2002 où ce sont plusieurs pages qui ont été empruntés à Jean-Loup Charvet dans son livre « L’éloquence des larmes » dont la révélation a pris corps aujourd’hui même.

Sur cette affaire que répondez-vous ?

GILLES BERNHEIM :

Très simplement.

Le livre « Le souci des autres » est un livre de cours que j’ai donnés en tant qu’aumônier des étudiants pendant de très nombreuses années au Centre Edmond Fleg devant des dizaines et des dizaines d’étudiants.

Ce qui veut dire quoi ?

Ce qui veut dire que beaucoup plus tard, il m’a été demandé d’en faire un livre.

Et que pour illustrer – pas illustrer au sens d’illustration – mais parfois pour rendre plus clairs, plus pédagogiques, plus compréhensibles des enseignements de Torah que j’avais retranscrits de mes cours, soit j’ai demandé à des personnes de me faire ce travail plus pédagogique avec donc des références littéraires ou autres (et même si d’autres ont commis des fautes, j’en suis le seul responsable puisque c’est moi qui l’ai demandé, que ceci soit parfaitement clair), soit, et cela a pu arriver à plusieurs reprises, lorsque je préparais les cours durant toutes ces années, c’est-à-dire depuis le début des années quatre-vingts où j’ai enseigné au Centre Edmond Fleg – et c’est ma faute mais c’est une réalité – à savoir que pour rendre plus fluides et plus accessibles des enseignements de Torah qui sont parfois d’une certaine exigence, d’une certaine rigueur, d’une certaine difficulté du langage, je me suis servi, je prenais des notes à la main, j’écrivais au crayon pour reprendre dans tel ou tel livre quelque chose qui me semblait très proche du raisonnement de tel ou tel maître de la tradition rabbinique.

Et la faute qui est la mienne et je le dis très clairement, c’est que je ne mettais pas de références au point que ces notes devenaient miennes.

Jusqu’au jour où j’en ai fait un livre avec, très certainement, des emprunts – ce que d’autres appelleront des plagiats – de textes qui convergent avec l’essentiel de l’enseignement des maîtres rabbiniques mais qui restent des emprunts et, cela, non seulement je le regrette profondément mais je sais que c’est une faute morale.

PIERRE GANDUS :

D’autant que vous auriez pu signaler la référence.

GILLES BERNHEIM :

Tout à fait.

PIERRE GANDUS :

Troisième affaire, le 21 décembre dernier dans son discours annuel à la Curie romaine, lors d’un discours très attendu, le Pape Benoit XVI avait cité votre plaquette contre « le mariage pour tous », publiée le 18 octobre dernier sous le titre : « Mariage homosexuel, homoparentalité et adoption, ce que l’on oublie souvent de dire. »

Un événement salué par la communauté juive et la presse dans le monde entier.

Là encore, on vous reproche d’avoir emprunté plusieurs pages de son livre à Joseph Marie Verlinde : « L’idéologie du Gender – Identité reçue ou choisie ? » publié en mars 2012.

Vous confirmez ou vous infirmez aussi cet emprunt ?

GILLES BERNHEIM :

Je confirme.

Je n’ai rien à cacher aussi bien sur des choses anciennes que sur des choses à venir.

Lorsqu’une faute a été commise, je le dis, et là-dessus c’est parfaitement acté. Et j’ajoute par ailleurs que lorsqu’un livre est imprimé, il y a parfois des étapes intermédiaires. Cela n’enlève rien à ma responsabilité.

Ce que j’entends par une étape, c’est que d’aucuns peuvent reprendre du texte et reprendre à leur compte et ensuite vous l’utilisez.

Il m’est arrivé, enseignant au Centre Edmond Fleg, de laisser des gens enregistrer et de retrouver des lignes ou des pages dans d’autres livres.

Parfois, en général légèrement remaniées et puis, je vais vous dire une chose, si vous imprimez une page telle quelle, c’est complètement imbécile.

Quelqu’un qui est complètement pervers et qui veut se servir du travail des autres, il n’imprime pas les choses telles quelles.

Il les réécrit à sa façon pour s’en inspirer. Ce qui montre bien que ma démarche était, soit suicidaire, soit parsemée d’un certain nombre d’erreurs liées à la confiance mal donnée ou accordée à tel ou tel qui se servent de textes et qui ne donnent ni la référence ni les guillemets.

En toute situation j’assume et je suis pleinement responsable.

PIERRE GANDUS :

Et entre les deux, entre l’attitude suicidaire et la confiance mal donnée. Vous choisissez quoi ?

GILLES BERNHEIM :

Je choisis d’abord la deuxième solution non pas parce qu’elle m’arrange mais parce qu’elle est réelle. Et aussi des textes en d’autres circonstances qu’il m’est arrivé de reprendre dans les conditions que j’ai évoquées tout à l’heure.

À savoir que pour construire quelque chose, je me suis servi de textes anciens sans mettre moi-même la référence sur mes notes. Jusqu’à faire comme si elles m’appartenaient.

PIERRE GANDUS :

Dernier point il concerne votre agrégation de philosophie.

La société des agrégés n’a pas de trace de votre agrégation.

« Soit il n’est pas agrégé, soit il s’agit d’une erreur de transcription », c’est ce qu’avance la présidente de cette société.

On a entendu plein de choses au sujet de cette agrégation sauf votre version.

GILLES BERNHEIM :

Ma version est très simple, non pas parce que l’affaire fut simple à ce moment-là.

Nous sommes près de 40 ans plus tard, disons 37 ans plus tard. Il s’est simplement passé une chose. Lorsque vous arrivez à un concours, cela peut arriver.

Et c’est ce qui m’est arrivé, alors que les choses étaient très largement bien engagées avec une réussite sinon certaine, en tout les cas probable ou très possible, de craquer.

Craquer non pas sur une note mais parce qu’un événement tragique arrive à un moment où l’on ne peut pas se permettre de subir dans sa vie intime des événements extérieurs au travail intellectuel. Cela s’est passé ainsi.

L’événement tragique et puis ensuite on entre dans le déni.

C’est-à-dire, le fait, non pas de proclamer partout, mais de laisser dire que l’on est agrégé, permet de mettre un pansement sur une blessure qui est très forte et de vivre longtemps avec.

Je me permettrais d’ajouter que lorsque je me suis présenté en 2008 à l’élection pour le Grand Rabbinat de France, l’information avait déjà circulé à l’époque.

Je n’ai strictement rien dit et d’ailleurs vous observerez qu’au dos de tous mes écrits, jamais n’apparait l’expression : agrégé de philosophie.

Que sur des notices, cela ait pu apparaître parce que les notices, elles, elles ne sont pas faites par l’auteur, par le sujet que je suis.

Elles peuvent être faites par d’autres personnes qui s’appuient les uns sur certains réseaux d’informations, d’autres sur le net ou d’autres choses.

Il y a des erreurs qui se véhiculent et qui finissent par devenir pour beaucoup des vérités.

Pour ma part, je le regrette profondément.

PIERRE GANDUS :

Donc vous nous dites ce soir que vous n’êtes pas agrégé de philosophie.

GILLES BERNHEIM :

Non

PIERRE GANDUS :

Jean-Noël Darde, spécialiste des plagiats, est à l’origine de toutes ces révélations.

Est-ce que vous le connaissez ?

Est-ce qu’il y a un contentieux entre vous et pourquoi ces révélations sortent maintenant alors que les livres cités ont été publiés plusieurs années auparavant ?

GILLES BERNHEIM :

Je ne connais pas cet homme du tout.

Et jusqu’à cette affaire, j’en ignorais l’existence.

Je n’ai strictement rien à dire sur une personne que je ne connais pas.

Quant à la deuxième question – à savoir pourquoi cette affaire sort maintenant – permettez-moi de ne pas y répondre.

Parce que l’heure n’est pas à l’explication de l’histoire, de l’interprétation.

L’heure est à une prise de conscience personnelle des erreurs que j’ai commises.

De manière à en tirer des leçons.

Parce que vous le savez, lorsque l’on a des responsabilités très lourdes, beaucoup de gens – si vous réussissez un temps soit peu dans ce que vous faites- vous perçoivent comme une espèce de héros. Comme quelqu’un qui aurait de très grandes capacités ou des grandes compétences et donc vous n’avez pas envie de les décevoir et de vous enfermer dans l’image que les autres peuvent avoir de vous et finalement que vous vous donnez à vous-même.

Et je pense qu’à l’instant présent, c’est non seulement l’humilité mais la remise en question qui s’impose à moi.

De manière à vérifier chaque jour, à ne pas commettre de fautes, d’erreurs.

De ne pas viser plus haut que ce que je suis capable de faire en terme d’efforts, de réussite. Autrement dit d’être pleinement homme et ne pas se vouloir plus qu’un homme au-dessus des autres. Et je me permettrais de rajouter ce qu’enseigne le Baal Chem Tov, à savoir que « l’homme est le bégaiement de D-ieu ». Il faut savoir parfois accepter de ne pouvoir bégayer et pas toujours parler parfaitement pour rien.

PIERRE GANDUS :

Vous parliez à l’instant de cette prise de conscience personnelle.

Je suppose que vous-même, vous vous posez des questions sur ce qui vous a poussé à agir ainsi.

Est-ce que vous avez un début de réponse ?

GILLES BERNHEIM :

Qu’est-ce qui pousse à agir ainsi ?

Vous savez ce que m’a rapporté l’histoire de l’agrégation ?

Je n’en ai jamais profité.

Je n‘ai jamais demandé un bénéfice, un profit, un poste, un avantage quelconque.

Que ce soit en termes de situation, que ce soit en termes d’argent, de représentation.

Là où j’ai été pour parler, pour enseigner, pour partager la Torah à l‘épreuve du monde, c’est-à-dire la pensée de la Torah à l’épreuve de la pensée occidentale, je l’ai fait oralement, sans notes, rarement avec des notes.

Ce qui nécessite une certaine compétence, un vrai travail de préparation, de réflexion, de clarté, de pédagogie.

Lorsque vous débattez avec de grands philosophes contemporains, avec ou sans titre d’agrégation, que vous débattez sans notes, vous n’existez que si vous êtes à la hauteur, si vous maitrisez votre savoir et ensuite c’est aux autres d’en juger.

De juger de la qualité de vos prestations.

Et vous savez depuis tant d’années, c’est-à-dire depuis 1978 où je suis rabbin, à Paris, en France, en Europe, en Israël et ailleurs, les débats publics ont été très nombreux. L’enseignement de la Torah, j’en parlais tout à l’heure, je l’ai pratiqué dans le cadre de l’aumônerie des étudiants puis de la Synagogue de la Victoire. Ces enseignements ont été multiples. Enseignement sans notes, dont des générations et des générations d’étudiants ont fait leur vie, se souviennent et ce sont eux qui peuvent en témoigner. Le livre en hébreu devant l’orateur et c’est tout.

Que vous dire d’autre ?

PIERRE GANDUS :

Internet où tout se dit sans limites s’est très vite emparé de cette affaire avec aussi bien des comités de soutien à votre encontre que des collectifs appelant à votre démission. Ce soir, que dites-vous à ceux qui nous écoutent ?

Allez-vous démissionner ou rester à votre poste ?

J’ajoute d’ailleurs que certains de ceux qui veulent votre démission vous ont menacé de nouvelles révélations si vous vous maintenez à votre poste.

GILLES BERNHEIM :

Permettez-moi de dire une chose très simple.

C’est que démissionner sur une initiative personnelle relèverait d’une désertion.

Que, par ailleurs, ce ne serait pas conforme à ce que j’ai toujours été dans la vie privée et dans la vie publique. À savoir un homme qui sait prendre ses responsabilités.

J’ajouterais également que ce serait un acte d’orgueil alors que je dois agir aujourd’hui dans la plus grande humilité.

Et puis permettez-moi de dire pour terminer que ce serait contraire à la collégialité qui préside à une telle décision.

Je crois que mon propos est très clair, je travaille, j’assume ma fonction pleinement. Les menaces sont évidemment toujours très brutales et ont pour finalité d’exercer une forme de violence, de casser la personne.

Je suis solide et, dans cette esprit de collégialité dont je viens de parler, j’assume chaque jour pleinement ma fonction de Grand Rabbin de France.

PIERRE GANDUS :

Donc vous ne démissionnez pas.

Est-ce que le Consistoire central vous soutient ?

GILLES BERNHEIM :

Le Consistoire central est un ensemble de personnes.

Il y a des gens qui me soutiennent, il y a des gens qui me soutiennent moyennement, il y a des gens qui s’opposent à moi, d’autres qui ne me soutiennent pas du tout.

Il y a un peu de tout si vous me permettez cette expression.

Vous savez, des gens qui vous soutiennent, des gens qui s’opposent à vous, cela a toujours existé. J’en ai vécu des situations d’opposition, voire de confrontations violentes.

Rappelez-vous en 2008, l’élection au poste de Grand Rabbin de France, rappelez-vous d’autres situations antérieures…

J’assume. Il n’y a que les gens qui ne s’engagent pas qui n’ont aucun ennemi, aucun adversaire et qui, quelque part, survivent à toutes les situations parce qu’ils sont passés entre les gouttes d’eau.

PIERRE GANDUS :

Je voudrais à présent aborder votre travail comme GRF, vous en en parliez à l’instant.

Avec votre équipe, je le disais au début de cette émission, vous avez imprimé une nouvelle image au judaïsme français.

Plus moderne, plus dynamique, plus en phase avec la situation française.

Vous avez été de tous les combats comme pour redonner un nouveau souffle au rabbinat français, réformer le séminaire israélite : rendre plus saine la filière de la cacherout en France ; se battre contre ceux qui voulaient interdire l’abattage rituel avec le Grand Rabbin Bruno Fison ; le dossier des circoncisions avec le Grand rabbin Moshe Lewine qui est aussi votre porte-parole ; celui des derniers devoirs dus aux morts avec le Grand Rabbin Claude Mamane.

Vous avez alerté les pouvoirs publics sur la résurgence de l’antisémitisme en France. Vous avez rendu visite à de très nombreuses communautés juives à travers toute la France.

Un travail de tous les jours avec une équipe qui est à vos côtés depuis quatre ans et, pour certains, depuis bien plus longtemps.

Qu’avez-vous envie de leur dire ce soir et que dites-vous aux juifs de France qui vous ont soutenus, qui ont cru en vous pour tout ce que je viens d’énoncer.

GILLES BERNHEIM :

Ce que je voudrais leur dire c’est qu’une épreuve, traverser une épreuve comme celle que je traverse, comme celle que ma famille, mes proches, mes collaborateurs et collaboratrices traversent doit rendre plus fort.

Être plus fort, tirer des leçons, ne pas commettre à nouveau les mêmes erreurs, afin d’aller de l’avant…

La Techouva n’existe qu’à condition que l’on sache ne pas répéter les mêmes fautes.

Et donc être plus exigeant, beaucoup plus vigilant après que ce que l’on n’était avant. C’est la première chose que je veux leur dire.

La deuxième chose, c’est au sujet de l’image que j’ai de la communauté, l’idée que je me fais du judaïsme en France – et je voudrais associer le Grand Rabin Haim Korsia qui n’a pas été mentionné tout à l’heure parmi mes collaborateurs et il y en a encore d’autres, qu’ils ne se vexent pas de ne pas être tous rappelés ce soir –, pour imprimer au judaïsme en France un souffle important.

Et quand je dis un souffle, une plus grande proximité entre les Juifs et les non Juifs. Une plus grande proximité entre toutes sortes de Juifs.

Ceux qui pratiquent et ceux qui ne pratiquent pas et ceux qui sont « tièdes ».

C’est à dire non pas un judaïsme de clans où il y aurait différents types de Juifs… mais sans lien entre eux.

C’est très difficile parce que cela exige du respect, parfois de la tolérance.

Beaucoup de patience, là où des gens veulent réussir très vite et valoriser leurs réseaux parce qu’ils ont leurs intérêts.

Et c’est vrai que ce travail doit être poursuivi.

C’est ce que je souhaiterais accomplir si la communauté m’accorde sa confiance et si l’histoire me permet de continuer comme je le souhaite, d’aller de l’avant.

Vous avez parlé de l’école rabbinique.

Il y a là un gros chantier qui a été confié au Grand rabbin Kauffman et je l’épaulerai autant que faire se peut avec la commission administrative de l’École rabbinique.

Avec l’amitié, le soutien et la confiance du président du Consistoire central.

Et puis le travail social, le travail interreligieux.

Vous avez parlé de la cacherout, vous avez parlé de la formation continue des rabbins.

Cette formation continue que nous donnons aux rabbins, c’est pour leur permettre de mieux affronter les problèmes des familles, les problèmes sociaux, les problèmes économiques.

Pour pouvoir apporter des réponses, orienter les gens.

Pour pouvoir être de vrais relais lorsque les problèmes se posent à eux dans la communauté. C’est là le travail qui a été accompli déjà depuis quelques années maintenant.

Dans les hôpitaux, avec l’aumônerie des hôpitaux, c’est extrêmement important parce que nous savons que c’est dans les moments de souffrance que les gens réfléchissent, ont besoin des autres, veulent aller de l’avant.

Parfois ils ont des choix cruciaux à faire.

Et l’aumônier des hôpitaux est là pour aider ceux qui sont en grande souffrance ainsi que leurs familles. Je n’ai fait que recenser quelques tâches importantes, il y en beaucoup d’autres.

Le travail dans les petites communautés, les voyages, les visites, les encouragements, les enseignements et surtout, surtout, surtout, dispenser un enseignement de Torah qui parle à toutes sortes de juifs.

Qui leur donne à penser.

Que ce soit dans un langage simple ou que ce soit dans un langage intellectuel mais une Torah qui élève, qui donne l’amour de l’autre. Une Torah qui n’exclut pas, une Torah qui relie.

Et c’est cette Torah que je continuerai à enseigner chaque jour, chaque semaine et, sans doute après l’épreuve que je traverse, une Torah que je veux enseigner encore beaucoup plus et plus encore l’étudier moi-même chaque jour.

PIERRE GANDUS :

Dernier question : comment avez-vous l’intention de renouer les fils de la confiance qui se sont établis entre vous et la communauté juive ?

Entre vous et les gens qui travaillent avec vous au quotidien ?

GILLES BERNHEIM :

Ce sont en fait deux questions.

D’une part avec la communauté, d’autre part avec ceux qui travaillent avec moi au quotidien, et cela c’est important de le dire.

Pour commencer, ceux qui travaillent avec moi au quotidien peuvent être déçus, peuvent avoir l’impression d’avoir été trompés ou d’avoir été trahis.

Il m’appartient de demander pardon à ceux que j’ai pu décevoir, de leur dire et qu’ils puissent l’entendre. C’est comme demander pardon à ses proches.

Parce que les proches souffrent dans cette épreuve. Les proches, ce sont les amis, la famille, et la famille représente, pardonnez-moi l’expression, la partie la plus intime.

Et puis vis à vis de la communauté, c’est un problème d’images.

Elle est à restaurer, à reconstruire.

Ceci étant, dans l’activité rabbinique qui est la mienne depuis près de quatre ans et demi, je n’ai pas commis de fautes et l’histoire de l’agrégation, l’histoire des emprunts ou des plagiats, ce sont des faits importants, moralement graves, mais je n’ai pas commis de fautes dans l’exercice de ma fonction, dans l’attachement aux causes qui sont les miennes.

Dans l’accomplissement des nombreuses obligations qui me sont conférées et cela m’aidera à retisser, à reconstruire une image de confiance, je l’espère, si D-ieu le veut, avec l’aide du Tout Puissant.

PIERRE GANDUS :

Gilles Bernheim, merci pour ce moment de franchise et de vérité sur Radio Shalom. C’est la fin de cette émission.

Bonne soirée.

Interview réalisée par Pierre Gandus

German Fascination With Degrees Claims Latest Victim: Education Minister

Nicholas Kulish and Chris Cottrel

The New York Times

February 9, 2013

BERLIN — For 32 years, the German education minister’s 351-page dissertation sat on a shelf at Heinrich Heine University in Düsseldorf gathering dust while its author pursued a successful political career that carried her to the highest circles of the German government.

The academic work was a time bomb, however, and it exploded last year when an anonymous blogger published a catalog of passages suspected of having been lifted from other publications without proper attribution.

The university revoked the doctorate of the minister, Prof. Dr. Annette Schavan, on Tuesday (she retains the title pending appeal), and on Saturday she was forced to resign her cabinet post. It was the second time a minister had resigned from the government of Chancellor Angela Merkel over plagiarism in less than two years.

In an emotional news conference, Dr. Schavan said that she would sue to win back the doctorate, but in the meantime she would resign for the greater good. “First the country, then the party and then yourself,” she said.

Standing beside her, Dr. Merkel, who herself has a doctorate from the University of Leipzig, said that she accepted Dr. Schavan’s resignation “only with a very heavy heart,” but that politically there was no alternative.

Coming after Karl-Theodor zu Guttenberg was forced to step down as defense minister over plagiarism charges in 2011, Dr. Schavan’s déjà-vu scandal can only hurt Dr. Merkel ahead of September’s parliamentary election. But the two ministers are far from the only German officials to have recently had their postgraduate degrees revoked amid accusations of academic dishonesty, prompting national soul-searching about what the cases reveal about the German character.

Germans place a greater premium on doctorates than Americans do as marks of distinction and erudition. According to the Web site Research in Germany, about 25,000 Germans earn doctorates each year, the most in Europe and about twice the per capita rate of the United States.

Many Germans believe the scandals are rooted in their abiding respect, and even lust, for academic accolades, including the use of Prof. before Dr. and occasionally Dr. Dr. for those with two doctoral degrees. Prof. Dr. Volker Rieble, a law professor at Ludwig Maximilian University of Munich, calls this obsession “title arousal.”

“In other countries people aren’t as vain about their titles,” he said. “With this obsession for titles, of course, comes title envy.”

A surprising number of doctors of nonmedical subjects like literature and sociology put “Dr.” on their mailboxes and telephone-directory listings. The Web site of the German Parliament, the Bundestag, shows that 125 of 622 people elected to the current Parliament (including Dr. Schavan and Mr. Guttenberg) had doctorates when sworn in.

Dr. Merkel appointed Prof. Dr. Johanna Wanka, the state minister of science and culture in Lower Saxony, to take over Dr. Schavan’s position. Prof. Dr. Wanka got her doctorate in 1980, the same year as Dr. Schavan.

The finance minister, Wolfgang Schäuble, is a doctor of law. The vice chancellor, Philipp Rösler, is an ophthalmologist and thus the only one most Americans would call “doctor.”

For the plagiarism scalp hunters, the abundance of titles provides what in military circles is known as a target-rich environment, and digging up academic deception by politicians has become an unlikely political blood sport.

There is even a collaborative, wiki-style platform where people can anonymously inspect academic texts, known as VroniPlag.

Here in the homeland of schadenfreude, the zeal for unmasking academic frauds also reflects certain Teutonic traits, including a rigid adherence to principle and a know-it-all streak. “I just think that many Germans have a police gene in their genetic makeup,” Dr. Rieble said.

The University of Heidelberg revoked the doctorate of Silvana Koch-Mehrin, former vice president of the European Parliament and a leading member of Germany’s Free Democratic Party, in 2011, and she is still fighting the charges in court.

Another German member of the European Parliament, Jorgo Chatzimarkakis, saw his doctorate of philosophy revoked by the University of Bonn in 2011 after the VroniPlag Web site uncovered a number of dubious passages. Florian Graf, head of the Christian Democrats’ delegation in the Berlin city legislature, lost his Ph.D. last year after admitting to copying from other scholars’ works without properly crediting them.

In many countries, busy professionals with little interest in tenure-track positions at universities do not tend to bother writing dissertations. In Germany, academic titles provide an ego boost that lures even businesspeople to pursue them.

Prof. Dr. Debora Weber-Wulff, a plagiarism expert at the University of Applied Sciences in Berlin and an active participant in VroniPlag, suggested getting rid of superfluous doctoral titles outside of academia. “A doctor only has meaning at a university or in academia,” she told German television. “It has no business on political placards.”

But she is originally from Pennsylvania. Here the attitudes are deeply ingrained, and few think habits will change anytime soon. “It is a proof that you can handle academic stuff and that you can keep on task for quite a while,” Dr. Peter Richter, a correspondent in New York for the newspaper Süddeutsche Zeitung, said in an e-mail.

It can be a shock to Americans unfamiliar with the practice, as Dr. Richter has experienced in New York. “Here people instantly think that I’m a medicine man when they read my name,” he said.

Even within Germany the practice differs by region, he said, with those in the conservative south insisting on titles more than those in northern cities like Hamburg. There are other divides, with many members of the counterculture generation of 1968 rejecting titles, though many have come to enjoy them as they have grown older.

Dr. Schavan, 57, whose parliamentary district is in the southwestern state of Baden-Württemberg, was granted her doctorate in 1980; her dissertation was titled “Person and Conscience.” Despite that title, she was not shy about chastising Mr. Guttenberg, once an up-and-coming star from neighboring Bavaria, when his plagiarism scandal struck in 2011. One of her fellow cabinet member’s most prominent and outspoken critics, she told Süddeutsche Zeitung that she was “ashamed, and not just secretly,” about the charges against him.

The accusations against Dr. Schavan surfaced the following year on a bare-bones, anonymous Web site. The accusations were particularly significant for Dr. Schavan because she led the federal Ministry of Education and Research.

When Dr. Schavan’s doctorate was revoked, Dr. Merkel said through a spokesman that she had “complete trust” in her. While that may have sounded like a show of support, it was also exactly the same phrase she used for Mr. Guttenberg, right before he had to resign for plagiarizing passages of his dissertation.

Unlike Mr. Guttenberg, Dr. Schavan was widely known to be a friend and a confidante of Dr. Merkel’s, but few here expected that to save her job. The two women met privately on Friday evening to discuss the matter, announced at the chancellery building on a snowy Saturday afternoon. Dr. Merkel was unstinting in her praise for the departing minister but ultimately chose politics over personal ties.

“A health minister doesn’t need to be a medical doctor, but if he is one, then he can’t have committed malpractice,” Dr. Rieble said. “An education minister doesn’t need to have a Ph.D., but if he does, then his dissertation cannot be plagiarized.”

Victor Homola contributed reporting.

Voir par ailleurs:

The cheating epidemic at Britain’s universities

A cheating epidemic is sweeping universities with thousands of students caught plagiarising, trying to bribe lecturers and buying essays from the internet.

David Barrett

The Daily Telegraph

05 Mar 2011

A survey of more than 80 universities has revealed that academic misconduct is soaring at institutions across the country.

See the full list of cheating incidents at British universities

More than 17,000 incidents of cheating were recorded by universities in the 2009-10 academic year – up at least 50 per cent in four years.

But the true figure will be far higher because many were only able to provide details of the most serious cases and let lecturers deal with less serious offences.

Only a handful of students were expelled for their misdemeanours among those universities which disclosed how cheats were punished.

Most of the incidents were plagiarism in essays and other coursework, but others examples include:

* Three cases categorised as « impersonation » by Derby University and three at Coventry, along with 10 « uses of unauthorised technology »

* Kent University reported at least one case where a student attempted to « influence a teacher or examiner improperly ».

* At the University of East Anglia students submitted pieces of work which contained identical errors, while others completed reports which were « almost identical to that of another student », a spokesman said, while one was caught copying sections from the Wikipedia website.

* A student sitting an exam at the University of the West of Scotland was caught with notes stored in an MP3 player.

* A Bradford University undergraduate completed work at home, smuggled it into an examination then claimed it had been written during the test.

* The University of Central Lancashire, at Preston, reported students had been caught using a « listening and/or communications device » during examinations.

* Keele undergraduates sitting exams were found to have concealed notes in the lavatory, stored on a mobile telephone and written on tissues while two students were found guilty of « falsifying a mentor’s signature on practice assessment documents to gain academic benefit ».

Many institutions reported students buying coursework from internet-based essay-writing companies.

Dozens of websites offering the services are available on the web, providing bespoke essays for fees of £150 and upwards. Some offer « guaranteed first class honours » essays at extra cost and many « guarantee confidentiality and privacy » – hinting that the essays can be used to cheat.

In one website offering « creative, unique, original, credible » essays, a testimonial from a previous customer says: « I am very satisfied with my order because I got the expected result. »

There are even sites which offer express services, while many claim the work is written by people with postgraduate qualifications.

Nottingham Trent discovered examples of bespoke essays, and Newcastle reported three cases of essays being purchased from a third party.

Two students bought work at Salford and cases were also reported at East London University, Greenwich and London South Bank, which uncovered three incidents.

Professor Geoffrey Alderman, from the University of Buckingham, who is a long-standing critic of falling standards in higher education, said: « I think it is a pretty depressing picture.

« It is worrying that students now resort to cheating on such a widespread scale and that the punishments on the whole are not robust enough.

« In my book it should be ‘two strikes and you’re out’.

« Although universities are perhaps better than they were at detecting certain types of cheating, such as plagiarism, when I talk to colleagues across the sector there is a view that cheating has increased. »

Professor Alderman said the style of teaching and assessment now used at some institutions was partly to blame for the rise in academic dishonesty.

« There has been a move away from unseen written examinations and most university degree courses are now assessed through term papers, which makes it more tempting to commit plagiarism, » he said.

« I advocate a return to the situation where it is impossible to pass a degree unit without achieving a minimum score in an unseen written test. »

The survey exposed for the first time a huge leap in the number of incidents compared with just four years earlier, with a 53 per cent jump from 9,100 to 14,200 among the 70 institutions able to provide comparable data.

Cheating was reported widely among undergraduates but there were also significant numbers reported among postgraduates. For example, Loughborough reported 151 incidents last year of which 43 were committed by postgraduates.

Greenwich University had the largest number of incidents overall, with 916, compared with 540 in 2005-06, but this may indicate the south-east London institution is more successful at detecting cheating than other universities.

Sheffield Hallam had the second largest number with 801 last year, more than 500 of which were for plagiarism.

The institution had 35,400 students which means 2.3 per cent were caught cheating.

East London University said that among its 733 cases of cheating last year there were 612 of plagiarism, 50 of collusion, 49 of « importation » and three where students had bought work.

One student at Kingston falsified paperwork supporting their application for « mitigating circumstances », in a bid to win higher marks, and at the same institution 14 students were caught out when their mobile rang in the examination hall.

At Leicester, an undergraduate forged a medical certificate before taking an exam.

In 2005-06, Liverpool recorded two cases where a student was impersonating another examination candidate, and one candidate at London South Bank took an « annotated calculator » into the examination hall.

Few cheating students saw their academic careers brought to an end. Durham expelled four students last year for smuggling unauthorised material into exams or plagiarism, and one was expelled in 2005-06.

Goldsmith’s dismissed four students last year – undergraduates in history, politics, psychology and sociology.

Oxford reported 12 cases of academic misconduct, including plagiarism, last year and in two cases students were expelled, while others were marked down.

The university fined one student £100 for taking revision notes into an examination and imposed other fines for talking in an exam and taking mobile telephones into the examination hall.

Bournemouth University proved 53 cases of cheating last year but none of the students was expelled. Instead, most were marked down to nil marks for that piece of coursework or exam.

From Cardiff’s 301 cases of cheating last year, none was expelled but in one case a recommendation was made that the vice-chancellor should disqualify the student from further exams. The remainder of the offenders were reprimanded, marked down or sent on a « study skills » course.

Queen Mary reported one expulsion – for an exam offence and ghostwriting – last year out of 74 cases of cheating.

Voir enfin:

Comment devenir docteur en sociologie sans posséder le métier de sociologue ?1

Bernard Lahire

Revue européenne des sciences sociales

2002

Abstract

Peut-on devenir docteur en sociologie sans avoir acquis les compétences constitutives du métier de sociologue ? Une telle interrogation peut paraître provocatrice. Or, l’examen rigoureux et détaillé d’une thèse soutenue le 7 avril 2001 à l’université de Paris V, sous la direction de Michel Maffesoli (G. Elizabeth Hanselmann-Teissier, Situation épistémologique de l’astrologie à travers l’ambivalence fascination/rejet dans les sociétés postmoderne), conduit malheureusement à émettre une réponse positive à une question apparemment saugrenue. L’objectif premier de cet article est d’apporter les multiples preuves de l’absence de sociologie (de point de vue sociologique, de problématique, de rigueur conceptuelle, de dispositif de recherche débouchant sur la production de données empiriques…) dans la thèse en question. Mais le jugement sur ce cas précis fait apparaître, en conclusion, l’urgence qu’il y a à engager une réflexion collective sur les conditions d’entrée dans le métier de sociologue.

1Le samedi 7 avril 2001, Madame G. Elizabeth Hanselmann-Teissier (connue publiquement sous le nom d’Elizabeth Teissier) soutenait une thèse de sociologie (intitulée Situation épistémologique de l’astrologie à travers l’ambivalence ­fascination/rejet dans les sociétés postmodernes) à l’Université Paris V, sous la direction de Michel Maffesoli2. Les membres présents de son jury – il s’agissait, outre son directeur de thèse, de Serge Moscovici3, Françoise Bonardel4 et Patrick Tacussel5 (Gilbert Durand6 s’étant excusé de ne pouvoir être présent et Patrick Watier7 n’ayant pu se rendre à la soutenance en raison de grèves de train) – lui ont accordé la mention « Très honorable ». Cette mention est la plus haute qu’un candidat puisse recevoir et le fait qu’elle ne soit pas assortie des félicitations du jury n’ôte rien à l’appréciation très positive qu’elle manifeste (de nombreux universitaires rigoureux ne délivrant la mention « très honorable avec les félicitations » que dans les cas de thèses particulièrement remarquables). Deux professeurs avaient préalablement donné un avis favorable à la soutenance de cette thèse sur la base d’une lecture du document : Patrick Tacussel et Patrick Watier. Formellement, Madame Elizabeth Teissier est donc aujourd’hui docteur en sociologie de l’université de Paris V et peut – entre autres choses – prétendre, à ce titre, enseigner comme chargée de cours dans les universités, solliciter sa qualification afin de se présenter à des postes de maître de conférences ou déposer un dossier de candidature à un poste de chargée de recherche au CNRS.

8 Un tel travail de lecture demande beaucoup de temps et porte plus que l’ombre du doute sur les lec (…)

2Une lecture rigoureuse et précise de la thèse dans son entier (qui fait environ 900 pages8 si l’on inclut l’annexe intitulée « Quelques preuves irréfutables en faveur de l’influence planétaire », p. XII-XL) conduit à un jugement assez simple : la thèse d’E. Teissier n’est, à aucun moment ni en aucune manière, une thèse de sociologie. Il n’est pas même question d’un degré moindre de qualité (une « mauvaise » thèse de sociologie ou une thèse « moyenne »), mais d’une totale absence de point de vue sociologique, ainsi que d’hypothèses, de méthodes et de « données empiriques » de nature sociologique.

3Ce sont les différents éléments qui nous conduisent à ce jugement que nous voudrions expliciter au cours de cet article en faisant apparaître que la thèse 1) ne fait que développer un point de vue d’astrologue et 2) est dépourvue de tout ce qui caractérise un travail scientifique de nature sociologique (problématique, rigueur conceptuelle, dispositif de recherche débouchant sur la production de données empiriques…). Enfin, nous conclurons sur le fait que, s’il vaut la peine de faire l’analyse critique de cette thèse, c’est parce que celle-ci n’a rien d’anodin ou d’anecdotique et qu’elle remet gravement en cause la crédibilité scientifique de la sociologie et de tous les sociologues qui font leur métier et forment les étudiants avec toute la rigueur requise : si c’est bien la personnalité d’une astrologue connue des médias qui a été à l’origine de l’intérêt public porté à la soutenance, un tel événement pose au fond la question plus générale du fonctionnement collectif de notre discipline.

Un point de vue d’astrologue

9 C’est pour cela que nous ne pouvons pas suivre Jean Copans (« La sociologie, astrologie des scienc (…)

4Que l’astrologie (l’existence bien réelle d’astrologues), les modes d’usage et les usagers (à faible ou forte croyance) de l’astrologie constituent des faits sociaux sociologiquement étudiables, que l’on puisse rationnellement (et notamment sociologiquement ou ethnologiquement, mais aussi du point de vue d’une histoire des savoirs) étudier des faits scientifiquement perçus comme irrationnels, qu’aucun sociologue n’ait à décider du degré de dignité des objets sociologiquement étudiables (en ce sens l’astrologie comme fait social est tout aussi légitimement étudiable que les pratiques sportives, le système scolaire ou l’usage du portable), qu’un étudiant ou une étudiante en sociologie puisse prendre pour objet d’étude une réalité par rapport à laquelle il a été ou demeure impliqué (travailleur social menant une recherche sur le travail social, instituteur faisant une thèse de sociologie de l’éducation, sportif ou ancien sportif pratiquant la sociologie du sport…), ne fait à nos yeux aucun doute et si les critiques adressées à Michel Maffesoli et aux membres du jury étaient de cette nature, nul doute que nous nous rangerions sans difficulté aux côtés de ceux-ci. Tout est étudiable sociologiquement, aucun objet n’est a priori plus digne d’intérêt qu’un autre, aucun moralisme ni aucune hiérarchie ne doit s’imposer en matière de choix des objets9, seule la manière de les traiter doit compter.

10 Tout ce que nous mettons entre guillemets dans ce texte sont des extraits de la thèse. Les italiqu (…)

5Mais de quelle manière E. Teissier nous parle-t-elle d’astrologie tout au long de ses 900 pages ? Qu’est-ce qui oriente et structure son propos ? La réponse est assez simple, car il n’y a aucune ambiguïté possible sur ce point : le texte d’E. Teissier manifeste un point de vue d’astrologue qui défend sa « science des astres » du début jusqu’à la fin de son texte, sans repos. Et pour ne pas donner au lecteur le sentiment d’un parti-pris déformant, nous multiplierons les extraits tirés du texte de la thèse en indiquant entre parenthèses la référence des pages (afin de donner la possibilité de retourner aisément au texte)10.

Des commentaires astrologiques

6La première caractéristique notable de cette thèse est l’absence de distance vis-à-vis de l’astrologie. On y découvre de nombreux commentaires astrologiques sur des personnes, des événements, des époques. Par exemple, sous le titre « Application de la méthode astrologique : l’analyse du ciel natal d’André ­Malraux », les pages 120 à 131 de la thèse relèvent clairement d’une « analyse astrologique » de la destinée de l’écrivain et ancien ministre (« plutonien grand teint »). M. Weber est qualifié de « taureau pragmatique » (p. 38) et l’on « apprend » diversement que G. Simmel est « Poisson », que W. Dilthey est « Scorpion », que le psychologue C. G. Jung est « Lion » (p. 250), que l’ancien PDG d’Antenne 2, Marcel Jullian, est « Verseau », etc. À chaque fois l’auteur, nous gratifie d’une analyse mettant en correspondance le « ciel natal » de la personnalité et sa pensée :

« Par ailleurs, nous découvrîmes que, par exemple, les systèmes philosophiques et religieux étaient en correspondance avec leurs auteurs via leurs personnalités. [...] Autrement dit, qu’ils étaient hautement relatifs et ne pouvaient être qu’à l’image de leurs concepteurs, résultante d’un regard unique, celui de leur ciel natal. » (p. XI)

« L’astrologue n’est pas étonné de constater une amusante convergence entre ce côté ‘flottant’, mouvant, quelque peu imprécis ou fantasque et les Poissons, signe astrologique de Simmel; le signe par excellence, avec le cancer (autre signe d’eau) [...] de la mobilité adaptable, de la rêverie, du sens de l’illimité et du cosmique, d’une intuition fine et sensorielle. Signe double de surcroît, reflétant la dualité fondamentale de la philosophie simmelienne [...]. C’est à ses planètes en Verseau que Simmel doit son goût pour l’altérité, la communication, mais aussi son originalité, son amour du paradoxe et sa nature imprévisible. » (note 47, p. 34)

« Petit clin d’œil de l’astrologue : Dilthey, créateur d’une nouvelle théorie de la connaissance fondée sur la compréhension, né le 19 novembre 1833, était Scorpion et théologien de formation… » (note 91, p. 61)

« après avoir démontré par un exemple concret (l’analyse du ciel natal d’André Malraux) l’application pratique, venons-en à son histoire » (p. 132)

« Puisqu’il s’agit ici de rendre également compte d’une expérience personnelle… en effet, c’est à l’âge de 14 ans et demi (à la mi-temps du cycle de Saturne, planète de la réalisation de soi, surtout pour le Saturnien qu’est le Capricorne) qu’est né notre éveil pour l’astrologie. » (p. 288)

« Elle [l’astrologie] participe de cette mutation culturelle, scientifique, philosophique et morale de notre époque [...] au même titre que l’idée de solidarité et de fraternité libertaire incluses dans le symbolisme du Verseau. » (p. 509)

7E. Teissier est d’ailleurs très claire quant à la primauté de l’explication astrologique sur tout autre point de vue (dont le point de vue sociologique qu’elle est censée mettre en œuvre dans le cadre d’une thèse de sociologie) pour comprendre les faits sociaux. Critiquant une citation de Serge Moscovici qui évoque les causes sociales des crises, elle écrit : « il nous semble qu’il occulte en l’occurrence la dimension cosmique desdits phénomènes; une dimension qui, selon le paradigme astrologique – et notre conviction – vient coiffer le social. En effet, le social est loin d’expliquer toutes les ‘crises… qui se produisent dans la société’. À preuve les actions totalement illogiques, non linéaires, non-logiques et inexplicables autrement que par le paramètre astral qui joue alors le rôle de paramètre éclairant et englobant coiffant le non-logique apparent. » (p. 525). C’est l’astrologie qui explique les faits psychologiques, sociaux et historiques :

[Dans le cadre d’une partie intitulée « La cyclicité planétaire », p. 265-271] « Mais il va de soi que ce sont les mêmes astres avec leurs harmonies et leurs dissonances qui jouent sur les destins individuels. » (p. 268); « Jusqu’au jour où nous réalisons que le 2 décembre correspond à une position de Soleil de 9-10° en Sagittaire, qui se trouvait très impliquée dans le thème de Napoléon Bonaparte » (p. 269); « Le mystère s’éclaircit dès lors que l’on a recours au sésame astrologique : hasard exclu ! »; « Quant aux songes répétitifs, ils s’expliquent par l’angle que fait Neptune (rêves) avec ce même point en Scorpion (10 novembre). CQFD » (p. 270)

« Cette lettre et notre réponse, reproduites in extenso [...] sont aussi un exemple significatif du désarroi psychologique dans lequel peuvent nous plonger certaines dissonances planétaires » (p. 321)

« C’est ainsi que nous avons été en mesure de prévoir, entre autres, le krach boursier du 19 octobre 1987, ainsi que de nombreuses turbulences boursières exceptionnelles, souvent assimilées à des mini-krachs… » (p. 432)

« Signalons que, pour l’astrologue, cette période de convulsions sociologiques et philosophiques ne s’inscrit pas dans le hasard, mais se trouve reflétée par les grands cycles cosmiques. » (p. 830)

8Et c’est E. Teissier qui conclut elle-même son premier tome par un lapsus (sociologiquement compréhensible) ou un aveu, comme on voudra, consistant à parler de sa réflexion comme relevant d’un travail d’astrologue et non de sociologue : « Le travail de l’astrologue sera maintenant d’interpréter ces données, de tenter aussi de les expliquer. Et ce, ainsi que nous sommes convenus depuis notre étude, à travers l’outil de la compréhension. Rappelons-nous en quels termes Weber définit la sociologie dans Wirtschaft und Gesellschaft… » (p. 463)

9L’astrologie est à ce point structurante du propos que, bien souvent, la manière dont E. Teissier conçoit son rapport à la sociologie consiste à puiser dans les textes de sociologues des éléments qui lui « font penser » à ce que dit ou fait l’astrologie. Dans la sociologie, une astrologie sommeille :

[À propos de la notion astrologique d’interdépendance universelle] « Une notion qui, en sociologie, peut être rapprochée du Zusammenhang des Lebens (liaison du vécu au quotidien) de Dilthey, d’une cohérence de la vie où chaque élément est pris en compte et complète le donné social » (p. XIV)

« À noter que la typologie zodiacale rappelle la théorie wébérienne de l’idéal-type, dans la mesure où chaque signe correspond au prototype purement théorique d’une personnalité, en liaison avec le symbolisme du signe. » (p. 248)

« Plus concrètement, cette empathie, pierre angulaire de la consultation, oblige l’astrologue à se mettre à la place de son consultant, d’entrer en quelque sorte dans sa peau afin de comprendre son fonctionnement psychologique. On peut en l’occurrence transposer ici la parole de Weber, afférente à la démarche cognitive de l’observateur en sociologie. [...] En réalité, cette sympathie, cette empathie par rapport à l’expérience d’autrui, une des clefs de la sociologie compréhensive, est aussi le sésame de tout praticien, dont l’objet est la psyché humaine. L’idéal-type de l’astrologue devra, même si c’est difficile, satisfaire à ces conditions opérationnelles de la consultation en engageant la totalité de son être. » (p. 390)

Point de vue normatif et envolées prophétiques

11 M. Maffesoli, « Éloge de la connaissance ordinaire », Le Monde daté du 24 avril 2001.

10Le point de vue sociologique n’est pas un point de vue normatif porté sur le monde. Le sociologue n’a pas, dans son étude des faits sociaux, à dire le bien et le mal, à prendre partie ou à rejeter, à aimer ou à ne pas aimer, à faire l’éloge11 ou à condamner. En l’occurrence, une sociologie de tel ou tel aspect du « fait astrologique » ne doit en aucun cas se prononcer en faveur ou en défaveur de l’astrologie, dire si c’est une bonne ou une mauvaise chose. Or, Elizabeth Teissier demeure en permanence dans l’évaluation normative des situations, des personnes et des points de vue, prouvant qu’elle écrit en tant qu’astrologue et non en tant que sociologue des pratiques astrologiques. Ce jugement normatif se manifeste, comme nous le verrons tout au long de ce rapport de lecture, à différents niveaux :

12 Nous ne vérifierons pas ici la véracité des sentiments positifs à l’égard de l’astrologie que l’au (…)

1) Dans l’évaluation positive (défense) de l’astrologie. De ce point de vue, tous les moyens sont bons pour prouver l’intérêt de l’astrologie. E. Teissier se sert de façon générale de la légitimité des « grands » qui auraient accordé de l’intérêt pour l’astrologie12, quelle que soit la nature de leur « grandeur » (elle peut ainsi tout aussi bien citer Balzac, Goethe, Fellini, Thomas d’Aquin, Bacon, Newton, Kepler, Einstein, Jung, Laborit, le roi Juan Carlos d’Espagne ou l’ancien Président François Mitterrand) : politique, cinématographique, philosophique, littéraire et, bien sûr, scientifique.

2) Dans l’évaluation négative de la partie des astrologues jugés peu sérieux, mais aussi de la voyance et autres pratiques magiques. Si E. Teissier ne se prive pas d’être dans le jugement positif à l’égard de l’astrologie qu’elle qualifie de « sérieuse », elle n’hésite pas à porter un regard négatif sur les autres pratiques. En portant de telles appréciations, elle se comporte alors en astrologue en lutte pour le monopole de la définition de l’astrologie légitime, et nullement en sociologue :

« Qu’il s’agisse de la presse écrite, de la télévision, du minitel ou d’internet, les horoscopes foisonnent, noyés dans un contexte qui, la plupart du temps, n’est qu’une grossière caricature d’ésotérisme – voyance, cartomancie, tarots, numérologie et autres retours d’affection appartenant à l’univers magico-mystificateur de pratiques paranormales » (p. 4)

[Fustigeant ses confrères sur minitel] « rares sont les programmes vraiment sérieux – on peut les estimer à un nombre situé entre 50 et 100 – qui pratiquent une astrologie digne de ce nom. Les autres ? Des avatars plus ou moins ludiques, des cocktails habiles et mystificateurs qui usurpent le nom astrologie, leurs concepteurs nourrissant l’espoir que cela leur donnera une coloration peu ou prou scientifique » (p. 74)

« séparer le bon grain (les astrologues compétents) de l’ivraie (les exploiteurs opportunistes d’une crédulité générale latente) » (p. 294).

Critique de la « fast-astrology » d’une « pauvreté parfois consternante » (p. 305).

[Les rédacteurs en chef de magazines ou journaux acceptent de publier] « des prévisions bateau minimalistes et d’un niveau intellectuel souvent consternant » (p. 556)

3) Dans l’évaluation négative des scientifiques (astronomes notamment, mais pas seulement) qui ne veulent pas reconnaître la légitimité de la « science des astres » (cf. infra « L’astrologie victime d’un consensus socioculturel et de la domination de la ‘science officielle’ »).

4) Dans l’évaluation négative de nombres de journalistes ou de médias qui se moquent des astrologues et de l’astrologie (cf. infra « Les ‘données’ : anecdotes de la vie personnelle, médiatique et mondaine d’E. Teissier »).

13 Elle peut soutenir à d’autres moments que la vérité sort de la bouche du peuple, parce que – mythe (…)

5) Dans l’évaluation négative d’une partie du public usager des prédictions astrologiques. E. Teissier manifeste un souverain mépris, parfois teinté d’ironie ou d’une extrême condescendance, vis-à-vis d’une partie de son propre public13 :

[Dans les « appels à l’aide » du courrier, des lecteurs lancent de] « véritables cris d’alarme ou de désarroi jetés par des déprimés las de vivre et de se battre contre l’adversité » et certains « se lancent alors dans un historique englobant toute leur misérable existence et nous gratifient d’une épître interminable couvrant parfois une vingtaine de pages d’une petite écriture serrée et frileuse. » (p. 312)

[À propos d’une lectrice qui lui demande si elle croit aux envoûtements car elle pense que ses voisins marocains l’ont envoûtée et qui lui demande si elle connaît des « sorciers sérieux » qui pourraient l’aider] « Manifestement cette lectrice était affligée d’une confusion intellectuelle – sinon mentale – évidente. Car [...] elle assimilait la pratique astrologique à la magie et à la sorcellerie, auxquelles l’astrologie est totalement étrangère [...] » (p. 372)

[À propos d’un allemand qui lui envoie du courrier depuis 1981, « deux à trois lettres par semaine, parfois des petits paquets contenant des bibelots kitsch »] « Il a ainsi dépensé une véritable fortune en timbres depuis presque vingt ans qu’il s’adonne à cette déviance unilatérale, à ce monologue pervers. » (p. 377)

« Les couches les moins cultivées de la société, ouvriers et agriculteurs, sont peut-être les plus vulnérables à cette fascination globale et non discriminatoire. [...] pour peu qu’une idée soit séduisante et si possible étrange, les gens gobent sans discrimination ce qu’on leur sert, tant est profond le goût du merveilleux et mystérieux le besoin de renouer le dialogue avec l’ordre primordial, avec le cosmos. » (p. 470-471)

À propos de T. W. Adorno qui, dans un ouvrage critique sur l’astrologie, dit que celle-ci participe de l’acceptation par les dominés de l’ordre établi, E. Teissier écrit : « En l’occurrence, à quoi servirait de faire sentir à ces petites gens leur dépendance, de les appeler à la révolte ? Peut-être à les rendre plus malheureux encore qu’ils ne sont ? » (p. 582); et elle rajoute une page plus loin, sans s’apercevoir qu’elle semble parler d’elle-même : « Bref, le mépris et l’arrogance percent sans arrêt à travers ces textes, de même qu’un esprit dénué totalement de sérénité et d’objectivité. » (p. 583)

11Mais de même qu’il ne doit être ni dans l’éloge ni dans la détestation, le sociologue n’étudie que ce qui est et non ce qui sera. Or, E. Teissier annonce l’avenir à de nombreuses reprises, prophétisant ce qu’elle désire ou, comme on dit plus ordinairement, prenant ses désirs pour des réalités (à venir). Si l’astrologue critique la lecture de l’avenir dans le marc de café, elle n’hésite cependant pas elle-même à prédire l’avenir sur la base de ses simples intuitions personnelles :

« Mais notre regard se portera plus loin et tentera de se projeter sur une vision prospective, essayant de pressentir et de supputer, étant donné le contexte sociétal d’aujourd’hui, la probable évolution du phénomène bifide qui nous occupe : y aura-t-il fusion, intégration harmonieuse de cette conjonctionis oppositurum, dans une sorte de synthèse féconde, et alors quelle forme pourrait prendre cette dernière ? [...] En d’autres termes, dans quel sens ira, selon toute vraisemblance, cette mouvance sociale ? » (p. 9)

« Nous oserons même tenter une incursion imaginaire dans l’avenir, à la recherche, en quelque sorte, du temps futur et de l’évolution probable du phénomène socio-astrologique » (p. 69)

« Car la raison sèche, la raison ratiocinante a fait son temps. Voici venir l’âge d’une raison ouverte, d’une ‘raison plurielle’, réconciliée avec la passion et le vital en l’homme, sa libido – ou pulsion vitale – véhiculant à la fois sa sensibilité et son feu intérieur. » (p. 834)

« Mais les nouvelles énergies sont en marche, comme l’annonce Abellio, ‘l’incendie de la nouvelle science fera irruption dans le monde’ » (p. 850)

L’astrologie est une science, voire la plus grande des sciences

14 « [...] je n’ai lu nulle part dans sa thèse que l’astrologie était scientifique », A. Touraine, « (…)

15 Elle écrit par ailleurs : « D’autre part, la télépathie ne s’est elle pas imposée comme discipline (…)

12Contrairement à certains lecteurs pressés, et empressés de communiquer à la presse le résultat de leur précipitation, qui soutiennent que E. Teissier n’a jamais défendu l’idée que l’astrologie était une science14, une lecture exhaustive de la thèse fait apparaître très exactement le contraire. L’auteur parle diversement de la « science des astres » (à de très nombreuses reprises tout au long de la thèse) ou de « la science empirique des astres » (p. 258), de « la science par excellence de la caractérologie » (p. XI), de « la science par excellence de la personnalité » (p. 92 ou 815), de la « science de la qualité du temps » (p. 112), d’une « science empirique par définition » (p. 769) ou de « la reine des sciences » (p. 72)15. Parfois l’astrologie est considérée comme une science sociale parmi d’autres, parfois comme une « science de l’esprit » opposée aux « sciences de la nature » ou une « science humaine » (p. 98) opposée à l’astronomie comme « science de l’observation ».

« à défaut de pouvoir être classé dans les sciences exactes, s’agit-il d’un savoir à connotation scientifique – fût-ce par le biais des sciences humaines ? [...] Pour une large part, celle-ci, en tant que science empirique, est de l’ordre du vérifiable et échappe ipso facto à la notion de ‘croyance’. Car l’astrologie, en tant que système culturel cohérent, a pour ambition de déchiffrer le réel à l’aide d’un référentiel universel et permanent – l’alphabet céleste du système solaire – référentiel invariable et donc prévisible dans sa rigueur mathématico-astronomique » (p. 24-25)

« En effet, l’astrologie étant, au même titre que la psychologie, la sociologie ou la religion, une science de l’esprit [...] par opposition à une science de la nature (bien qu’elle englobe celle-ci dans son objet), il n’est pas question ici de faire appel à un positivisme rationaliste expérimental qui ne relèverait que du quantitatif » (p. 27)

« la problématique épistémologique soulevée par la nature des sciences sociales en général et par l’astrologie en particulier » (p. 48)

« Selon nous, on l’aura compris, l’astrologie est un système cohérent, mathématiquement rationnel (supra-rationnel, selon Fischler) et vérifiable d’un astrologue à l’autre, ayant pour soubassement les données astronomiques fournies par les observatoires, à l’encontre de pratiques occultes et plus ou moins gratuites. » (p. 579)

13Mais on trouve aussi, toujours dans l’ordre de la référence scientifique, des revendications de plus grande dignité et de supériorité. Non seulement l’astrologie est une science, mais c’est la plus haute des sciences :

« On peut dire en somme que sans être classable dans l’une ou l’autre de ces catégories de la connaissance, l’astrologie est une émanation partielle de chacune de ces disciplines qu’elle englobe en un système ambitieux. » (p. 22)

« Elle apparaît de ce fait comme peut-être la seule science objective de la subjectivité, avec ce qu’elle peut contenir d’hénaurme, au sens ubuesque du mot, et de dérangeant. » (p. 250)

« L’astrologie est la mathématique du tout(dans la Rome antique, les astrologues étaient d’ailleurs appelés les mathematici). Elle est holistiquement logique, au contraire d’une logique fragmentaire, linéairement rationnelle. » (p. 501)

« Que connaissaient-ils tous de cette science ? Car à nos yeux, c’en était une, une science humaine bien plus charpentée que beaucoup d’autres, qui étaient respectées, elles. D’où venait que la plus vérifiable était justement la plus tabou, la plus salie, la plus rejetée ? À croire que la vérité était maudite quelque part. » (p. 597-598)

14Il ne faut cependant pas attendre de l’auteur trop de cohérence au sujet de la scientificité de l’astrologie, car elle peut tout aussi bien soutenir à d’autres moments que ce savoir se situe entre le mythe et la science ou qu’il est finalement en lien avec la plupart des sciences humaines et sociales, la philosophie, la poésie, la religion et la mythologie. Cette variété des définitions hétérogènes participe de la volonté de mettre en évidence l’extraordinaire richesse et l’irréductible complexité de l’astrologie :

« S’appuyant sur un langage symbolique en congruence avec tous les niveaux de réalité de L’Etant, et ce aussi bien sur un plan collectif qu’individuel, elle participe avant tout des sciences qui étudient l’homme, comme la philosophie (en particulier la métaphysique, à travers la cosmogonie qu’elle implique), la psychologie, la médecine, la biologie; elle flirte avec la poésie; mais elle est partie prenante également des sciences qui étudient la société humaine et ses produits, comme l’histoire et les sciences politiques (à travers la théorie des cycles), les sciences sociales (à travers les modes, les mouvements collectifs et les mentalités), la prospective (via la prévision qu’elle permet). Et n’oublions pas la religion (en liaison avec son caractère originellement sacré, l’éthique et l’esthétique qu’elle sous-tend), ni, bien entendu la mythologie. » (p. 21).

« Nous verrons que l’astrologie se situe effectivement quelque part entre ces deux univers du mythe immémorial et de la pure scientificité… » (p. 210)

« L’astrologie qui se situe au carrefour de la philosophie métaphysique, de la religion et de la science, qui participe à la fois de l’image et du concept, se place également quelque part entre le sacré et le profane. » (p. 478)

15Ailleurs encore, l’astrologie est présentée comme étant presque à l’avant-garde du « Nouvel esprit scientifique » et participant d’une « épistémologie de la complexité ». Non seulement elle est une science, et l’une des plus grandes d’entre elles, mais en plus elle s’avère plus avancée que toutes les autres :

Le « système astrologique » est « orienté sur la loi hermétique des correspondances, sur l’idée de sympathie universelle, autrement dit sur la notion, essentielle pour le Nouvel Esprit scientifique, d’interdépendance universelle » (p. XIV)

« l’astrologie [...] non seulement ne serait pas en contradiction avec le paradigme du Nouvel esprit scientifique, mais serait au contraire depuis toujours en congruence totale avec ce dernier » (p. 752)

« On peut donc imaginer que la science n’admettra la validité de l’astrologie que lorsqu’elle aura elle-même changé de paradigme en se rangeant du côté du nouvel esprit scientifique et en acceptant de reconnaître la réalité de l’esprit. Car en dernier ressort, la science finira par atteindre ses propres limites en touchant les limites de la matière… » (p. 765)

« cette ‘crise de la science’ aboutit à une nouvelle Weltansschauung qui ne demande qu’à renaître, celle de la complexité (Morin). Tournant paradigmatique, donc, équivalent à un glissement d’une épistémologie vers une ontologie, cette épistémologie étant celle de la complexité (Morin) » (p. 843).

16Mais si l’astrologue est si en avance, c’est – nous explique l’auteur sans rire – qu’à la différence de l’astronome « qui a en général une approche purement physique et mécaniste de sa science » et qui « est hypnotisé par la petitesse des astres, leur éloignement, leur faible masse par rapport au soleil », lui, « en écoute la musique » (p. 98). La tristesse du savoir de celui qui « évalue le poids et la matière du disque, ses dimensions et sa température, suppute sa densité » (p. 98) est grande face à la joie de celui qui sait écouter « la musique des sphères, chère déjà à Plotin, avant qu’elle ne fasse rêver Kepler » (p. 98).

L’astrologie victime d’un consensus socioculturel

et de la domination de la « science officielle »

17Pourquoi, se demande E. Teissier, l’astrologie ne bénéficie-t-elle pas de la légitimité académique (universitaire) et scientifique (au CNRS) ? Sa réponse – formulée à maintes reprises dans le texte – est la suivante : l’astrologie (« la science des astres ») est victime d’un rapport de domination qui est parvenu à instaurer un véritable consensus socioculturel en sa défaveur. La science, souvent rebaptisée « science officielle », « pensée unique » ou « conformiste », opprime l’astrologie et fait croire au plus grand nombre qu’il s’agit d’une « fausse science » en cachant la réalité des choses (« conjuration du silence », p. 816). La « science officielle » est donc considérée comme une idéologie dominante, un « lieu totalitaire », un « impérialisme » ou un « terrorisme » face à cette « contre-culture » astrologique qui est maintenue dans un véritable « ghetto ». Pire encore, la science n’est qu’affaire de « mode » et de « convention » et ne parvient à maintenir sa domination que par un enseignement officiel qui dicte à tous ce qu’il est bon de penser :

« Plus ou moins consciemment, nous étions convaincue, à l’instar de toute personne fermée à l’astrologie a priori et par convention, que l’absence de tout enseignement officiel reléguait la science des astres dans les fausses sciences. » (p. IX)

« Presque aussi ahurissante était l’occultation de ce paramètre philosophique dans notre culture occidentale, le fait qu’à travers toutes nos études – jusqu’à vingt-quatre ans – jamais nous n’avions entendu parler d’astrologie. Mieux : on nous avait soigneusement caché – comme on continue de le faire – que les plus grands esprits – R. Bacon, St Thomas d’Aquin, Newton, Kepler, Balzac, Goethe, Einstein, Jung… avaient soit pratiqué, soit vénéré la science des astres. Pourquoi ce parti pris de mise au ban de la plus pérenne des connaissances humaines ? Nous prîmes alors conscience de la relativité du consensus intellectuel d’une époque, vouée aux modes, muselée par ses courants de pensée; nous nous apercevions que l’enseignement officiel était un colosse aux pieds d’argile » (p. X)

« un pays, une culture sont le reflet de leur enseignement académique qui dicte ce qu’il convient de penser, le bien penser. La doxa (l’opinion), véhiculée en particulier par les médias, tout en ayant la coloration du sens commun, reste néanmoins sous l’influence de la pensée conformiste qui lui sert de référence » (p. XII-XIII)

« cette allergie aux astres qui débouche sur l’ostracisme culturel face à une contre-culture provocatrice » (p. XIII)

« Les résultats de telles recherches pourraient changer l’actuel consensus socioculturel, entraînant un changement dans les mentalités, et ce notamment au sein d’une certaine intelligentsia que J.-M. Domenach appelle les gens du demi-savoir. » (p. XVI)

« croyance illicite, donc persécutée, ses partisans faisant éventuellement office de bouc émissaire. » (p. 24)

« un certain terrorisme desséché de la pensée scientifique officielle » (p. 25)

« du fait de sa ghettoïsation, le milieu astrologique peut s’inscrire parmi les minorités culturelles » (p. 32)

« lobby scientifique face à l’astrologie » (p. 52)

« rationalisme dominant, lequel se trouve également à la source de la suppression de l’enseignement officiel de l’astrologie » (p. 88)

« C’est seulement au XVIIème siècle que ces deux sciences bifurquent. La mode est désormais à l’astronomie, sœur matérialiste de l’astrologie. » (p. 94-95)

« Et, forte du consensus socio-culturel qui la soutient tel un socle confortable, elle [la science] se permet d’opérer des évaluations [...] et des appréciations [...] » (p. 736)

« La science apparaît comme un lieu totalitaire qu’il ne faut pas remettre en question, où la compétition et le mandarinat jouent un rôle essentiel pour nombre de scientifiques. » (p. 737)

18Les « préjugés » et les « clichés » sont ainsi du côté de la « science officielle ». Les rationalistes sont « agressifs », « dogmatiques », « attardés » et sont accusés de manque de curiosité pour ne pas vouloir s’intéresser à l’astrologie et, surtout, pour ne pas lui trouver de l’intérêt : « Aujourd’hui, l’obscurantisme, l’opposition aux Lumières n’est plus du côté que l’on croit. » (p. 816).

« la raison en tant que telle n’a-t-elle pas outrepassé ses prérogatives et trahi sa vocation de sereine souveraineté pour se scléroser, tel un vieillard tyrannique ? » (p. 7)

« dogme implicite et respecté de la pensée dominante d’une société, en l’occurrence de la nôtre » (p. 11)

« rationalistes agressifs et allergiques aux astres » (p. 42)

« C’est un truisme d’affirmer que les décideurs, les hommes d’affaires sont de grands pragmatistes : ils retiennent ce qui marche, et s’encombrent peu, si les faits le commandent, des préjugés inhibants des rationalistes purs et durs. » (p. 430)

« C’est bien là la problématique de l’astrologie face à la condamnation des rationalistes purs et durs : l’inadéquation du système rationaliste. Sous cet aspect, on peut sans doute se ranger du côté d’Abellio qui traitait ces derniers d’attardés. Lorsque les représentants de cette tendance se retrouvent dans les médias, ils se muent en robots de la pensée, en mercenaires du système rationaliste. » (p. 638)

« Comme on l’a vu dans Duel sur la cinq, le scientifique se retranche derrière ses phrases clés, des phrases à consonance magique, aussi paradoxal que cela puisse paraître pour un savant : ‘L’astrologie n’est pas scientifique’… Lorsque cet argument est ainsi récurrent, il fait figure à la fois de défense, d’attaque, de bouclier, à l’instar de l’encre projetée par la seiche. Visiblement on ne veut – on ne peut – accepter l’échange, la discussion, l’argumentation. On fait appel à ce qui ressemble à un véritable credo, celui de la science officielle. Derrière cette attitude on trouve bien évidemment de l’arrogance, du mépris, une condescendance de bon aloi, mais aussi beaucoup de peur; la peur d’être déstabilisé, la peur d’être confronté à un inconnu qu’on ne pourra ni intégrer ni gérer. D’où l’attitude iconoclaste du scientifique positiviste, qui se réfugie dans la déliance (à l’opposé de la reliance), dans un splendide isolement. » (p. 729)

« refus d’expérimenter que l’on constate presque universellement dans le domaine de la science officielle » (p. 756)

L’argument relativiste

19On voit bien qu’invoquant le consensus socio-culturel et la domination, E. Teissier avance les éléments clefs de la position la plus naïvement relativiste. Remplacez les enseignants de physique par des enseignants d’astrologie, appelez l’astrologie la « science des astres » et imposez la à tous ceux qui passent par l’institution scolaire et vous verrez que la théorie de la relativité ne vaut guère mieux que l’analyse astrologique du ciel natal. Tout est affaire de mode et d’imposition purement arbitraire. Tout est relatif.

« Nous ne pouvions accepter – ni même envisager – l’idée qu’une société entière, surtout en notre époque postmoderne – donc, pensions-nous, évoluée – pouvait avoir tort, qu’elle était, elle aussi, comme toutes celles qui ont précédé, essentiellement relative. » (p. IX)

« La valeur d’une discipline n’est-elle pas relative à ceux qui la jugent; or, ceux-ci peuvent-ils juger ex nihilo, dégagés de tout a priori, de toute influence, de toute détermination socioculturelle ? » (p. XVI)

20Il suffirait donc de changer les « critères scientifiques » et de conception de ce que l’on appelle une « preuve » pour faire passer l’astrologie de l’état de connaissance opprimée à l’état de véritable science :

« chaque fois, on voulut faire rentrer l’astrologie dans le moule des critères classiques de scientificité, et celui de Procuste était chaque fois trop petit, on s’en doute. » (p. 743)

« Tout le problème [...] réside dans l’acception qu’on peut donner du mot preuve, car ce que les astrologues allégueront sous ce nom sera dénié par les scientifiques hostiles à l’astrologie. » (p. XIV)

21Par ailleurs, si E. Teissier insiste à de nombreuses reprises sur l’absence d’enseignement de l’astrologie à l’université et sur l’absence de département de recherche astrologique au CNRS, c’est bien pour défendre la thèse de la valeur relative de la science actuelle et de l’enseignement tel qu’il est pratiqué. À partir d’un tel argument, fondé sur l’idée de vérité comme pur effet d’un rapport de force, on pourrait tout aussi bien dire qu’en enseignant officiellement l’« art de lire dans les lignes de la main » et en rebaptisant la chiromancie « science de la prédiction des destins individuels » on pourrait imposer un nouvel état de la pensée scientifique, ni plus ni moins valable que le précédent ou que le suivant :

« Un fait sociologique surtout nous interpellait : le vide pédagogique de l’astrologie dans les institutions officielles en notre époque. L’intelligentsia semble ignorer en général que cette discipline fut en réalité enseignée à la Sorbonne jusqu’en 1666 et en Allemagne jusqu’en 1821. » (p. XII)

« [Nous nous demanderons] quelles pourraient être les chances de réhabilitation officielle de l’astrologie liée à une situation épistémologique évolutive » (p. 69)

« L’absence de recherches officielles – pour lesquelles il faudrait des subventions de l’Etat –, le refus de prendre en considération le paradigme astrologique, ne serait-ce que pour le réfuter, par exemple au moyen d’un département d’études au CNRS, sont là des symptômes évidents de l’attitude volontairement partiale, omniprésente dans la science officielle. » (p. 762)

22E. Teissier émet donc des commentaires astrologiques, se livre à une défense de l’astrologie qui est, pour elle, la « reine des sciences » et adopte sans discontinuité le point de vue normatif de l’astrologue plutôt que le point de vue cognitif du sociologue étudiant l’astrologie. Est-ce que, malgré tout, ce point de vue d’astrologue et ce plaidoyer pour l’astrologie s’accompagnent d’une réflexion et d’un travail de recherche sociologiques ? L’objet de notre deuxième partie est de montrer qu’il n’en est rien.

Le mauvais traitement de la sociologie

23Il n’y a, dans le texte d’E. Teissier, aucune trace de problématique sociologique un tant soit peu élaborée, de données empiriques (scientifiquement construites) ou de méthodes de recherche dignes de ce nom. L’« hypothèse » floue annoncée (« à savoir cette ambivalence sociétale où prime cependant la fascination, ambivalence qui frise parfois le paradoxe et qui fait figure de schyzophrénie (sic) collective », p. 7) n’est d’ailleurs qu’une affirmation parmi d’autres qui ne débouche sur aucun dispositif de recherche en vue d’essayer de la valider (mais telle qu’elle est formulée, on a en effet du mal à savoir ce qui pourrait être validé ou invalidé).

24En revanche, on a affaire, comme nous allons le voir, à de nombreux usages douteux des références sociologiques, à des propos clairement a-sociologiques et anti-rationalistes exprimés dans un style d’écriture pompeux et creux, ainsi qu’à des « données » anecdotiques et narcissiques (E. Teissier à la télévision, E. Teissier et la presse écrite, E. Teissier et ses démêlés avec les scientifiques, E. Teissier et les hommes de pouvoir, Le courrier des lecteurs d’E. Teissier…) suivis de commentaires le plus souvent polémiques (règlements de compte ou récits des règlements de compte avec telle ou telle personnalité de la télévision, tel ou tel scientifique, etc.) ou d’une série de citations d’auteurs rarement en rapport avec les propos qui les précèdent et avec ceux qui les suivent.

Contresens et mauvais usages

25La thèse est truffée de références sociologiques souvent affligeantes pour leurs auteurs (Durkheim, Weber, Berger et Luckmann…) et se lance parfois dans des critiques qui montrent que les auteurs critiqués n’ont pas été compris. Il faudrait évidemment des dizaines de pages pour relever chaque erreur de lecture, chaque absurdité, chaque transformation des mots et des idées des auteurs cités et expliquer pourquoi ce qui est dit ne veut rien dire étant donné ce que les auteurs commentés voulaient asserter.

26Par exemple, le sociologue allemand Max Weber est particulièrement mal traité, systématiquement détourné dans le sens où l’auteur de la thèse a choisi de le faire témoigner. Weber, présenté comme le défenseur d’un « subjectivisme compréhensif » (p. 37) est ainsi inadéquatement invoqué à propos de l’« interactionnisme » :

[À propos des gens qui sont nés le même jour et qui se rendent compte qu’ils ont des points communs] : « On a ainsi des questions du genre : ‘Au fait, que vous est-il arrivé en 1978 ? N’avez-vous pas comme moi divorcé ?’ Et l’autre de rétorquer : ‘Tiens donc, c’est intéressant. C’est bien fin 1978 que mon couple a connu la crise la plus forte et il est vrai qu’avec ma femme nous avons songé à nous séparer…’ À n’en pas douter, ce genre de similitude crée des liens, dans la mesure où l’on se retrouve peu ou prou dans l’Autre et/ou que l’on s’y projette. À travers le dialogue qui s’instaure, on a affaire à un véritable interactionnisme qui, selon Weber, est ‘une activité [...] qui se rapporte au comportement d’autrui, par rapport auquel s’oriente son déroulement’ » (p. 405-406)

27La « sociologie compréhensive » est invoquée à tort et à travers. L’auteur écrit qu’elle va mettre en œuvre « la méthode de la compréhension » (p. VII) en interprétant vaguement la « sociologie compréhensive » comme une sociologie qui donnerait raison aux acteurs (et, en l’occurrence, aux astrologues). Ne pas rompre avec l’astrologie, lui (se) donner d’emblée raison et voir en quoi tout ce qu’on peut lui reprocher est de mauvaise foi : voilà ce qu’E. Teissier comprend du projet scientifique de la sociologie compréhensive appliquée à l’astrologie. Et l’on pourrait faire les mêmes remarques à propos des références à l’« interactionnisme symbolique » dont l’auteur semble à peu près ne connaître que le nom :

« À travers ce que l’on pourrait appeler une herméneutique de l’expérience, c’est la recherche de ce sens, aussi complexe qu’il se révèle, qui sera l’objet du second volet, où nous pratiquerons une sorte d’interactionnisme symbolique (selon l’École de Chicago). Recherche du sens sous-tendu par cette Lebenswelt de l’astrologie, par le donné social, à l’aube de ces temps nouveaux. » (p. 463)

28L’on voit aussi se développer les « talents » d’argumentation critique de l’auteur dans ce commentaire de Durkheim, où l’on saisit que l’idée de traiter les faits sociaux comme des choses est « abusive, et donc difficile à admettre parce qu’inadéquate » :

« Dans Les règles de la méthode sociologique, Durkheim affirme que ‘les faits sociaux sont des choses’. Encore qu’à coup sûr il faille compter la mouvance astrologique dans les faits sociaux, cette identification, qui consiste à chosifier ainsi un phénomène qui est de l’ordre de l’esprit et du vivant, nous paraît abusive, et donc difficile à admettre parce qu’inadéquate. » (p. 278)

29Et que faire, sinon rire, face au drolatique contre-sens sur la pensée de Michel Foucault concernant l’« intellectuel spécifique ». L’auteur de la thèse n’ayant de toute évidence pas lu Michel Foucault invoque la soi-disant critique des « intellos spécifiques » (sic) par un Michel Foucault qui justement défendait (en grande ­partie contre Sartre) la figure de l’« intellectuel spécifique » contre celle d’un « intellectuel universel » : « quoique puissent en dire les ‘intellos spécifiques’, hostiles au savoir transdisciplinaire, stigmatisés par Michel Foucault » (p. 860).

Des propos a-sociologiques et parfois anti-rationalistes

30On a déjà fait remarquer que l’auteur de la thèse privilégiait le point de vue astrologique sur l’explication sociologique. Mais souvent les explications apportées sont clairement a-sociologiques et trop floues ou trop générales pour être considérées comme de véritables explications. Qu’elle évoque l’« atavisme » ou les « dispositions humaines ataviques » (p. 62), « la part d’ombre » (p. 8) de chacun d’entre nous, la « reliance astrologique intemporelle inscrite au cœur de l’humanité » (p. 62), le « réflexe de l’homme, archaïque et intemporel, universel et omniprésent, qui le porte depuis la nuit des temps à voir une admirable homothétie entre la structure de l’univers et la sienne propre d’une part, la nature qui l’entoure d’autre part » (p. 200), l’« héritage génétique » et le « ciel de naissance » (p. 243), l’« Urgrund commun à toute l’humanité » (p. 253), « la permanence et la similitude de la nature humaine, à la fois sur le plan diachronique et synchronique » (p. 483), E. Teissier explique la fascination des uns et le rejet des autres par la nature humaine, les planètes ou une vague « intuition miraculeuse ». Ainsi, commentant les résultats d’un sondage effectué par le journal Le Monde, outre sa polémique avec le journal, E. Teissier se demande face à l’information selon laquelle les femmes seraient plus intéressées que les hommes par l’astrologie : « Faut-il y voir la conséquence d’un syncrétisme ontologique qui la porte à davantage de perméabilité spontanée à tout ce qui est de l’ordre de la Nature, sans la mettre en porte-à-faux avec une intuition qu’elle ne renie pas… » (p. 280). Les exemples de la sorte sont très nombreux :

« faut-il y voir [dans la fascination pour l’astrologie] un souvenir béni de la mémoire collective, une intuition miraculeuse du fil ténu qui le rattache au cosmos et à mère Nature, comme sa sauvegarde, en somme, en ce monde où une science mécaniste et une société déshumanisée voudraient le maintenir cloué au sol ? Plus concrètement, ce clivage sociétal est-il à rapprocher de catégories socioprofessionnelles particulières, de certaines classes d’âge, de la différence de sexe, ou faut-il le chercher dans l’individu lui-même, dans sa part d’ombre, quelle que soit sa place dans la société ? » (p. 8)

« une recherche des dispositions humaines ataviques et récurrentes pour cette reliance astrologique intemporelle inscrite, semble-t-il, au cœur de l’humanité. » (p. 62)

« on pourrait parler de données immédiates de la conscience collective pour qualifier ce réflexe de l’homme, archaïque et intemporel, universel et omniprésent, qui le porte depuis la nuit des temps à voir une admirable homothétie entre la structure de l’univers et la sienne propre d’une part, la nature qui l’entoure d’autre part » (p. 200)

« En somme, on pourrait comparer l’influence astrale à un vent (cosmique) qui soufflerait dans une certaine direction, induisant des climats et des événements probables, sans préjuger de la réaction de l’homme. Celle-ci étant fonction de sa personnalité propre, elle-même héritée à la fois génétiquement et par le ciel qui l’a vu naître » (p. 243)

« On est ici au cœur d’un anthropomorphisme intemporel, immémorial, atavique, qui participe de cet Urgrund commun à tout l’humanité. » (p. 253)

31Mais c’est plus généralement toute explication un tant soit peu rationnelle qui est explicitement rejetée par l’auteur. Devant la trop grande complexité des choses, il faudrait abandonner tout espoir de parvenir à en rendre véritablement raison et laisser parler l’intuition sensible et le langage des symboles. Il est vrai que l’auteur est bien aidée dans cette voie par les auteurs qu’elle ne cesse de citer et qui s’affirment assez nettement anti-rationalistes :

« une question primordiale apparaît être la suivante : faut-il voir dans l’approche astrologique une émanation de l’Absolu qui, bien qu’éloignée des religions révélées, serait une tentative humaine pour appréhender, à travers l’ordre cosmique conçu par un Dieu créateur, la manifestation d’une transcendance ? Ou bien doit-elle être considérée comme le code explicatif et immanent d’une influence astrale purement physique, phénomène à rapprocher des sciences de la nature ? Et dans ce cas, quelle serait la source ontogénétique de cette miraculeuse adéquation universelle, le primum mobile ? La réponse à cette question ontologique ne peut qu’être individuelle, car elle se place hors du domaine de la Raison pure, dans celui de l’indémontrable. » (p. 263)

[Citation de Michel Maffesoli] « il convient de dépasser, sans nostalgie aucune, toutes les idéologies se réclamant des prémisses rationalistes (Éloge de la raison sensible, p. 44) » (p. 643)

[Citation en exergue de Michel Maffesoli] « Le rationalisme classique (en sociologie) a fait son temps… » (p. 813)

Refus de toute objectivation

32On aura compris que tout ce qui pourrait permettre d’objectiver et de saisir même partiellement la réalité censée être étudiée est rejeté par l’auteur fascinée, séduite (« Simmel étant par ailleurs – et avant tout – un philosophe de la vie, au même titre que Schopenhauer, Bergson ou Nietzsche, cela également était fait pour nous séduire [...] », p. 50) par « la vie » dans toute sa complexité; complexité que les rationalistes, les sociologues positivistes, etc., s’acharnent à vouloir réduire et abîmer. La « méthode » qui convient à un objet aussi complexe et subtil est celle qui est « sensible à l’univers mystérieux, voire insondable, de l’âme humaine ». Cette « méthode » est indistinctement désignée par les termes de « méthode phénoménologique », d’« empathie » ou de « sociologie compréhensive » :

« Du fait que l’objectivité parfaite rêvée par la sociologie positiviste se cantonne dans un idéal par définition inaccessible, du fait surtout de la nature de notre sujet, essentiellement complexe, parfois contradictoire dans ses manifestations, un sujet ayant de surcroît pour objet et pour centre un univers subtil où convergent croyance, philosophie, tradition, sacré, affect fait de peur et de fascination, une méthode quantifiante et axée sur des analyses purement rationnelles passerait à côté de la vraie nature du problème. Une autre méthode s’avère donc nécessaire, sensible au monde vécu quotidien d’une part, à l’univers mystérieux, voire insondable, de l’âme humaine d’autre part. S’impose dès lors une méthode phénoménologique qui privilégie l’empathie et ayant pour atout le mérite d’une proximité de l’objet : la méthode dictée par la sociologie wébérienne, bâtie sur la compréhension, prend alors toute sa valeur. » (p. 34-35)

33La pensée de l’auteur fonctionne à la façon de la pensée mythique, sans crainte de la contradiction. Pour elle, le « quantitatif » s’oppose au « qualitatif » comme le « carré » s’oppose au « courbe », le « simple » au « complexe » (ou au « subtil »), l’« artificiel » au « naturel », etc. Si elle n’aime pas les méthodes quantitatives, c’est à cause de leur « caractère plaqué et artificiel » (p. 57); si elle n’apprécie pas les statistiques, c’est parce qu’elle sont trop « carrées et linéaires » (p. 295), etc.

« Utilisant des matériaux aussi variés que parfois difficiles à appréhender parce qu’appartenant davantage à l’univers subtil du qualitatif qu’à celui, mesurable mais tellement moins riche, du quantitatif… » (p. 10)

« Il est néanmoins possible que certains esprits plutôt attachés aux chiffres, aux statistiques et aux faits bruts et simples (encore que l’existence de tels faits soit douteuse et carrément niée par Schutz) puissent trouver cette méthode trop libre, trop fluctuante (ondoyante, dirait Simmel… ou Montaigne !) et subjective, donc manquant de rigueur. » (p. 56)

34Mais si les statistiques sont trop grossières pour l’esprit subtil d’E. Teissier, elles peuvent aussi à l’occasion être utiles si on peut leur faire dire des choses positives sur l’astrologie. Par exemple, commentant un sondage sur l’astrologie publié dans Science et vie junior (p. 287-290), elle réagit au fait que les jeunes soient apparemment les plus intéressés par l’astrologie de la manière suivante : « on peut d’ailleurs se demander si cela ne traduit pas un lien avec le cosmos resté plus vivant – et pourquoi pas diraient les adeptes de la réincarnation, un résidu des vies antérieures ? » (p. 288). D’un seul coup d’un seul, les pauvres statistiques se transforment, tel le crapaud devenant prince charmant, en preuves irréfutables du sérieux et de la véridicité des analyses astrologiques :

« Car nonobstant nos réserves déjà annoncées plus haut, quant à la valeur des analyses quantitatives en général, il reste que des indications chiffrées sur les secteurs de populations adhérant à cette discipline – ou simplement intéressées par cette dernière à divers degrés – ne peuvent que s’avérer des plus précieuses. » (p. 81)

« il y a les statistiques qui sont favorables à l’astrologie d’une façon à la fois péremptoire et éclatante » (p. XV)

35Et l’auteur se lance parfois elle-même hardiment dans l’évaluation chiffrée, mais totalement intuitive, des faits sociaux : « je pense que ceux qui aujourd’hui en France, font profession d’astrologue et chez qui la spécialité ‘astrologie’ proprement dite constitue effectivement 90 % et plus de la pratique professionnelle, doivent être moins d’un millier. C’est plus une impression qu’un décompte minutieux, mais ce chiffre me paraît plausible. » (p. 302).

Un étrange discours de la méthode

36Le discours de la méthode chez E. Teissier est aussi précis que ses hypothèses et sa « problématique ». Tout d’abord, l’« objectivité » est selon elle un idéal parfaitement inatteignable (un paragraphe entier est consacré au thème de « L’utopie de l’objectivité », p. 28-31). Mais, comme à son habitude, peu hantée par le principe de non-contradiction, E. Teissier peut critiquer la prétention « positiviste » à l’« objectivité » et dire que les scientifiques manquent d’objectivité, ou encore affirmer qu’elle est elle-même animée par un « souci d’objectivité ». La question de la possibilité ou l’impossibilité d’une objectivité est donc beaucoup plus complexe que ce qu’un lecteur rationaliste peut modestement imaginer : son sort dépend de la phrase dans laquelle le mot « objectivité » s’insère. Et l’on comprendra que l’auteur revendique l’« objectivité » lorsqu’il s’agit pour elle de défendre l’astrologie :

« Du fait que l’objectivité parfaite rêvée par la sociologie positiviste se cantonne dans un idéal par définition inaccessible [...] » (p. 34)

« Si l’on veut faire œuvre de sociologue visant à une certaine objectivité, on ne peut donc reprocher à l’art royal des astres, d’être lui aussi, à l’instar de toute croyance, de toute idéologie ou de toute religion, peu ou prou tigrée – pour reprendre le joli titre durandien – de superstition, dans la mesure où cette dernière est omniprésente (et tellement relative au point de vue et à la culture de référence) dans la psyché humaine. » (p. 471)

« Les points que nous avons cru devoir mettre en relief sont relatifs à la fois à notre ­expérience et à notre sensibilité, donc à ce qui nous est proposé et que nous essayons de communiquer avec un souci d’objectivité. Mais qui peut prétendre à l’objectivité ? » (p. 534)

« Il est vrai que ce déchiffrage ne fut pas toujours aisé, dans la mesure où, étant impliquée nous-même, il nous fallait cependant faire preuve d’un maximum d’objectivité. » (p. 825)

37Pour E. Teissier tout est « méthode ». Par exemple, lorsqu’elle écrit : « D’où l’importance essentielle de la démarche méthodologique choisie, qui consistera à cerner les motivations et sources secrètes des attitudes et comportements sociaux. » (p. 20), on constate qu’une vague volonté de « cerner des motivations » équivaut pour elle à une « démarche méthodologique ». Lorsqu’elle écrit aussi que, dans sa thèse, « la méthode empirique paraît s’imposer » et qu’« elle sera (son) outil de référence » (p. 10), on voit que le mot « méthode », équivalent d’« outil de référence », est utilisé avec l’imprécision la plus grande : « la méthode empirique » semble s’opposer à d’autres « méthodes » (qui ne le sont pas), mais on ne sait pas de quelle méthode précisément il s’agit.

38Les termes « méthodes », « paramètres », « facteurs », « outils », etc., sont, en fait, utilisés de manière sémantiquement aléatoire, tant la fonction essentielle de ces usages lexicaux réside dans l’effet savant que l’auteur entend produire sur elle-même et sur le lecteur. Le fait que dans la première citation, E. Teissier dise que les « paramètres » dont elle parle (équivalent ici de « notions ») apparaîtront « ici où là, au hasard de cette étude », fait bien apparaître le caractère extrêmement rigoureux de la « démarche méthodologique » mise en œuvre…

« Et si les dieux me sont favorables, peut-être pourrons-nous apporter quelques modestes lumières sur l’univers astrologique d’aujourd’hui par rapport à cinq paramètres élémentaires qui, selon NISBET, caractérisent plus que tout autre la sociologie : communauté, autorité, statut, sacré, aliénation, toutes notions qui, ici où là, au hasard de cette étude, la marqueront d’une empreinte en filigrane » (p. 44)

Un grand paragraphe s’intitule « Les outils ou paramètres d’étude » (p. 60-86); « Si l’on vise l’efficacité d’une méthode, celle-ci doit impérativement s’instrumentaliser à travers des outils, ces auxiliaires de la connaissance. Ils nous permettront de prendre en compte les différentes couches de la population concernées par le phénomène astrologique » (p. 60); « Un dernier facteur sera effleuré (car trop important pour être traité en profondeur) avec les rapports de l’astrologie et du pouvoir » (p. 66); « Dans la liste des outils/miroirs de cette investigation… » (p. 83)

39En sachant tout cela, tout lecteur peut mesurer l’effet comique de la prétention toute verbaliste à la rigueur qu’affiche l’auteur de la thèse : « nous avons eu l’occasion de développer l’esprit de rigueurdont l’exigence nous habite depuis toujours. À cela s’ajoutait un souci de rationalité, de cohérence, mais cela à travers une forte curiosité intellectuelle au service d’une recherche de la vérité » (p. VIII). Visiblement, l’esprit ne parvient pas à guider les gestes.

Les « données » : anecdotes de la vie personnelle, médiatique et mondaine d’Élizabeth Teissier

40Si l’on entend par « données empiriques » des matériaux qui sont sélectionnés, recueillis et/ou produits en vue de l’interprétation la plus fondée possible de tel ou tel aspect du monde social, c’est-à-dire à des corpus de données dont les principes de constitution et de délimitation sont explicitement énoncés, on peut dire sans risque que la thèse d’E. Teissier ne contient strictement aucune donnée empirique. Si l’auteur avait une conception un tant soit peu empirique de la pratique de recherche en sociologie (rappelons qu’elle dit mettre en œuvre « la méthode empirique »), elle n’oserait par exemple pas écrire avec autant de légèreté et d’inconscience empirique qu’elle va suivre l’évolution de l’astrologie « à travers le temps et l’espace dans les sociétés les plus diverses, de la nuit des temps à nos jours » en annonçant explicitement qu’elle se livrera « à un rapide survol, aussi bien chronologique que géographique, diachronique que synchronique… » (p. 93). Mais pourquoi se donner la peine de mettre en place un véritable dispositif de recherche lorsque l’on pense que « la vitalité de l’astrologie aujourd’hui ne fait aucun doute » et que « pour preuve, il suffit d’ouvrir les yeux et les oreilles » (p. 792) ?

41De même, comment apporter une preuve de « l’intérêt de plus en plus marqué des médias pour l’astrologie » ? E. Teissier répond : « il n’y a pas une semaine où nous ne soyons pas sollicitée à participer, ici ou là, en France ou à l’étranger, à une émission de ce genre » (p. 274). En fait, E. Teissier enchaîne de manière aléatoire les anecdotes personnelles au gré de l’association de ses souvenirs : « Dans le contexte de l’être-ensemble, une autre histoire nous revient à l’esprit, où nous étions à la fois témoin et partie » (p. 412); « Une autre histoire exemplaire nous revient à l’esprit. » (p. 383), etc. Elle raconte ce qu’on lui a dit ou écrit et ce qu’elle a répondu. Ses commentaires, quand il y en a, se contentent de prolonger la polémique lorsqu’il y avait polémique (avec les journalistes, les animateurs de télévision, les scientifiques, etc.) et de souligner l’intérêt pour l’astrologie – malgré le consensus culturel en défaveur de l’astrologie et la ghéttoïsation de cette dernière – qu’illustrent certaines anecdotes. L’anecdote tirée « au hasard » (signe sans doute d’objectivité à ses yeux) fait toujours preuve :

« Nous pourrions allonger indéfiniment la liste de ces lettres qui sont autant de témoignages du puissant impact sociétal de l’astrologie aujourd’hui » (p. 345)

« Pour montrer que l’impact de l’astrologie n’a pas de frontières et s’exerce en priorité sur les jeunes intellectuels, mentionnons encore cette lettre qui nous parvint… » (p. 354)

« nous avons tenté de dresser un panel évocateur des diverses activités sociétales reflétant l’attraction des diverses couches de la société contemporaine pour l’astrologie… » (p. 462)

« Parmi les éléments qui tendraient à refléter la notion de fascination, on peut estimer que le simple fait que le président des Français ait fait appel à nous est en soi signifiant. » (p. 440)

« À travers ces quelques expériences exemplaires, choisies au hasard dans notre parcours, nous retrouverons des Leitmotive qui se répondent en contrepoint, manifestations quasi permanentes, voire endémiques du rejet socioculturel, du tabou de l’astrologie aujourd’hui. » (p. 544)

42Si elle fait également le compte rendu d’échanges de courriers avec certains lecteurs, pour « preuve » de l’ambivalence fascination/rejet vis-à-vis de l’astrologie (« C- Le courrier des lecteurs et téléspectateurs, baromètres de notre société », p. 311-386), il n’est aucunement question de constituer un corpus, ni même de faire une analyse sociologique, mais de donner à lire le courrier reçu, ainsi que les réponses envoyées (« Voici ce que nous avons répondu à ce lecteur :… », p. 319; « Voici la réponse que nous adressâmes à cette lectrice désorientée », p. 327). On n’a pas même d’évaluation précise des différents types de courriers qu’elle reçoit. Ainsi, à propos des lettres qu’elle range dans la rubrique « Les appels à l’aide », elle écrit de manière approximative : « Il s’agit certainement, quantitativement parlant, de la masse la plus importante de lettres reçues » (p. 312) ou encore que « Parmi les appels à l’aide, les lettres émanant de prisonniers ne sont pas rares » (p. 321).

43Et l’on va ainsi d’une anecdote à l’autre : E. Teissier en « face-à-face avec un astronome monolithique dans son agressivité » (p. 543), E. Teissier et Marcel ­Jullian, PDG d’Antenne 2 (p. 588-629) à propos de l’émission Astralement vôtre, E. Teissier et l’émission allemande Astrow-show entre 1981 et 1983 (p. 645 et suivantes), E. Teissier et l’émission Comme un lundi de Christophe Dechavanne du 8 janvier 1996 (p. 671-685), E. Teissier et l’émission Duel sur la cinq du 10 juin 1988 (p. 709-725), etc. Et à chaque fois, l’auteur émet des jugements péremptoires, polémique, formule des réponses agressives. Elle n’étudie donc pas les réactions à l’astrologie, elle la défend. Elle ne fait pas l’analyse des polémiques autour de l’astrologie, mais est dans la polémique, continuant dans cette thèse – comme sur les plateaux de télévision, sur les ondes radiophoniques ou dans la presse écrite – à batailler contre ceux qui considèrent que ce n’est pas une science.

16 Le lecteur aura noté au passage qu’une formation d’une durée de six mois permet d’acquérir « les f (…)

44Dans tous les cas, le narcissisme naïf est grand, bien que totalement dénié : « Bien que nous refusions dans ce travail de nous mettre en avant pour des raisons à la fois d’objectivité et d’une décence de bon aloi, on aura remarqué que nous fûmes à travers toute l’émission la seule astrologue à être prise à parti… » (p. 686). Non seulement les exemples pris par E. Teissier ne concernent qu’E. Teissier (alors même qu’elle aurait pu s’intéresser à d’autres collègues astrologues), mais les récits mettent toujours en avant la vie héroïque ou passionnante d’E. Teissier. C’est ainsi qu’elle raconte par exemple comment la rencontre de l’astrologie fut « le grand tournant de sa vie » : « Nous eûmes droit à notre nuit de Pascal – nuit boréale en réalité, car l’‘illumination’ dura quelque six mois, le temps d’apprendre les fondements cosmographiques et symboliques de l’art royal des astres16, suffisamment pour être éblouie des ‘convergences’ d’une part psychologiques, d’autre part événementielles avec notre caractère et notre vécu, ou ceux de notre entourage » (p. X). Ou encore, faisant le récit du contexte dans lequel elle a été contactée pour présenter l’émission allemande Astro-Show : « Lorsque, au tout début de 1981, à notre retour d’un voyage en Inde, nous trouvâmes trois messages consécutifs et quelque peu impatients de l’ARD (première chaîne télévisuelle allemande), nous fûmes plutôt surprise. Jusque-là en effet notre rayon d’action n’avait pas passé les limites du Rhin. » (p. 646).

45Le narcissisme rejoint l’indécence lorsque, après avoir donné à lire le courrier d’un lecteur, jeune maghrébin incarcéré aux Baumettes, elle écrit avec misérabilisme et condescendance et sans prendre conscience du ridicule : « Nous étions consciente à quel point le fait de dialoguer pouvait être important pour ce jeune homme visiblement égaré, tel un zombie, en ce bas monde. [...] Voici la teneur de notre réponse audit prisonnier : ‘Cher Eric, je ne trouve hélas le temps de répondre à votre lettre qu’au retour d’un séjour à l’étranger. Je vous envoie une analyse à titre tout à fait exceptionnel, et pour la somme purement symbolique d’un franc (vu votre situation actuelle). Votre thème me montre que votre futur florissant vous permettra de m’envoyer ce que bon vous semblera en temps venu. Sachez que vous devez ce cadeau d’une part à vos bonnes étoiles [...], d’autre part au fait que votre lettre m’a touchée, également du fait que j’ai deux filles, l’une Poisson, l’autre née en 1973, comme vous !… Je vous demande en revanche de bien vouloir en garder le secret, puisque l’ébruiter pourrait faire des jaloux [...]’ » (p. 323).

Une écriture boursouflée et creuse

46Le problème essentiel avec le style d’écriture que l’on trouve dans une thèse comme celle d’E. Teissier, réside dans le fait que l’on aura beau multiplier les « échantillons », répéter les citations en vue de prouver que l’on a affaire à une écriture jargonnante, peu rigoureuse, souvent incompréhensible, parfois proche de l’absurde, d’autres verront au contraire dans les mêmes extraits toutes les marques de la profondeur ou de l’intelligence du propos. Question d’habitude pourrait-on dire. S’il est habitué à un usage déréglé de la langue, le lecteur appréciera les acrobaties verbales ou les associations aléatoires d’idées un peu comme s’il était devant un grand poème pseudo-savant. Mais là réside exactement le problème : le sociologue n’est pas un poète. On peut apprécier les poèmes de René Char ou de Stéphane Mallarmé et ne pas accepter, en matière de sciences sociales, ceux qui s’acharnent à faire dans le creux et le vague en faisant passer le creux pour du profond et le vague pour du riche et du complexe. Devant un grand nombre de passages de cette thèse, nous pourrions émettre le jugement suivant : dans la mesure où nous croyons savoir ce que parler en sociologue veut dire, nous pouvons témoigner du fait que nous n’avons rien compris à ce qui a été dit. Mais qu’y aurait-il à comprendre lorsque rien n’a été vraiment dit ?

17 Sur les habitudes discursives et mentales voir B. Lahire, L’Invention de l’« illettrisme ». Rhétor (…)

47Que des sociologues en France aient contracté de mauvaises habitudes de parler et d’écrire, qu’ils tentent de les transmettre régulièrement à des centaines, voire à des milliers d’étudiants, cela constitue un fait social majeur. Cependant, on peut avoir acquis auprès de maîtres, prestigieux ou moins prestigieux, de telles mauvaises habitudes17, et vouloir néanmoins s’en débarrasser une fois qu’on en a pris conscience. Mais encore une fois ce que l’on peut appeler « mauvaise habitude de parler et d’écrire », à partir d’une conception un tant soit peu rationaliste de l’argumentation, est malheureusement perçue par beaucoup de ceux qui les mettent en œuvre comme un signe d’intelligence et de pensée originale et profonde. L’écriture et la parole déréglées peuvent ainsi se transmettre de génération en génération, sans que ceux qui transmettent ni ceux qui se les approprient ne sachent exactement de quoi ils parlent, dans l’obscurité de la relation enchantée de maîtres à élèves (ou disciples) où se constituent ordinairement de telles habitudes. Il suffit d’être fasciné, de trouver cela beau, profond, sensible, original, pour avoir envie de faire de même et paraître à son tour intelligent, original, sensible et profond. Le sens de tout cela peut très bien être totalement absent des mots qui s’écrivent et s’échangent et se situer exclusivement dans la relation fascinée au maître. Peu de signification discursive, beaucoup de signification sociale.

48Délire sémantique ou esbroufe verbale, plaisir des mots savants qui sonnent bien accolés les uns aux autres pour asserter des banalités sur un ton sérieux, enchaînements des citations d’auteurs aussi ésotériques les unes que les autres, la panoplie de l’écriture pseudo-savante et réellement floue est assez complète. Donnons-en quelques exemples en garantissant au lecteur que l’effet d’étrangeté n’est pas le produit d’une injuste décontextualisation :

« [...] à la recherche de cet infracassable noyau de nuit qui hante le cœur de l’homme depuis des temps immémoriaux ? » (p. 7)

[M. Maffesoli parle du « sentiment cosmique » qui « incline vers le vrai organique, le vivant, c’est-à-dire vers le naturalisme »] « Ce sentiment cosmique se trouvant de plus en plus impliqué comme trame de fond dans notre recherche, dont il constitue en quelque sorte le tissu, il allait de soi qu’il serve aussi de reliance et de sésame heuristique dans notre démarche, c’est-à-dire, dit concrètement,de fil rouge instrumental au service de notre projet de décrypter le donné social de ce que Dilthey appellerait la structure psychique que constitue l’astrologie. » (p. 49)

« Ainsi, comme lanterne magique pour nous guider à travers ces méandres heuristiques, nous utiliserons, comme accessoire à la raison objective et raisonnante la raison sensible maffésolienne ou l’intuition intellectuelle d’un R. Guenon, telle qu’elle est évoquée par F. Bonardel. » (p. 53)

« Au-delà de cette complexité qui ne doit pas être un mot refuge, nous cultivons l’espoir – l’utopie ? – qu’en fin d’analyse, ayant, même imparfaitement, décrypté les arcanes de notre problématique, nous pourrons adhérer pleinement à l’affirmation du sociologue lorsqu’il déclare que la complexité est ‘le défi à affronter, ce qui aide à le relever, et parfois même à le surmonter’ (E. Morin, Introduction à la pensée complexe) » (p. 68)

« En tout état de cause, on assiste ici à un triple trajet – ou trajectorialité, au sens durandien –, dans un va-et-vient simmélien qui s’inscrit en premier lieu entre le consultant et le système astrologique » (p. 76)

« Mais on trouve également un autre vecteur de cette trajectivité, à savoir celui entre ce même acteur social et la réelle présence (pour reprendre un expression chère à G. ­Steiner) du consulté, de l’astrologue en l’occurrence. En effet, il s’agit bien de la manifestation symbolique d’un présentéisme dépouillé de tout jugement moral, où seul intervient le laisser-être, à l’exclusion d’un aspect quelconque de contrainte, d’un devoir-être ». (p. 77)

« Ne doutons pas que c’est dans cette effervescence que se trouve la vérité sociétale. Et cette effervescence se focalise de plus en plus sur le monde des astres, nous l’avons, pensons-nous largement montré au cours de notre survol. On assiste en effet de plus en plus et dans tous les domaines du quotidien à une infiltration diffuse et effervescente de l’astral en nos sociétés postmodernes, en résonance, quelque part, à la coupure épistémologique, déjà évoquée, d’une postmodernité dont Maffesoli donne la définition suivante : ‘Sorte d’agglutination, à la fois disparate et tout à fait unie, d’éléments les plus divers’, impliquant un ‘style organique’, ce dernier se révélant ‘une bonne manière d’appréhender la raison interne d’une connaissance’ (Préface à Durkheim, Les Formes élémentaires de la vie religieuse, p. 90) » (p. 851)

« Tout au long de notre thèse, nous avons à l’instar de ce qui est la vocation et l’objectif du chercheur, tenté de déceler les prémices sous-jacents, les frémissements de ce qui est ‘en train de naître’ et qui se font sentir dans la réalité sociétale aujourd’hui. Cela en pratiquant ce que G. Durand appelle une ‘pensée concentrique’, c’est-à-dire une ‘pensée formant un système ouvert qui refuse de rester au centre mais qui va glaner ce qui se passe et se propage en périphérie à la recherche de l’humus sous-jacent’. Autrement dit, il s’agissait de suivre un processus de va-et-vient, en vases communiquants, tout en refusant de rester prisonnier d’une idée, d’aller à la rencontre de l’inconnu, de ce qui se vit dans le donné social, de ce qui émerge dans le champ expérimental du chercheur. De tout ce vécu, de cet observé, nous avons tenté de dégager la dynamique à travers une synergie de la pensée, en délaissant son contraire : la pensée unique, sous forme d’une doxa synonyme d’apparence. Nous avons ainsi pu faire état de ce maillage multiple, de ces innombrables passerelles qui s’effectuent entre échanges de savoirs, dans un désir commun de s’ouvrir à d’autres connaissances et de partager son intérêt, mais aussi à travers ces nouvelles technologies, longuement évoquées, où tout un chacun fait un pied-de-nez à cette pensée conformiste représentée par ceux qui détiennent un pseudo-savoir – un ‘demi-savoir’ selon J.-C. (sic) Domenach. Au fil de notre travail, nous avons pu mettre le doigt sur la confusion qui émerge par rapport à ces données, où sont mis à mal ceux qui croyaient détenir le savoir, cette pensée bien gardée, convenable, intellectuellement correcte, tout en montrant que son impérialisme peu à peu se désagrège – et ce en dépit d’un combat d’arrière-garde qui se voit voué à un échec à long terme. Comme nous avons montré, pensons-nous, l’inanité d’un intellectualisme desséché. ‘Le règne absolu de l’idée ne peut s’établir ni surtout se maintenir : car c’est la mort’ (in Le suicide de Durkheim cité par Maffesoli dans sa préface aux Formes élémentaires de la vie religieuse, p. 11). En paraphrasant K. Jaspers, on pourrait dire que ‘c’est dans la communication qu’on atteint le but de l’astrologie (la philosophie)’ (Introduction à la philosophie, p. 25), dans cet échange chaleureux (dionysiaque ?) entre esprits branchés sur des intérêts semblables, orientés en l’occurrence sur les arcanes célestes. » (p. 861)

Ce qui nuit réellement à la discipline 9« À Londres, s’il n’y a pas non plus de chaire d’astrologie à l’université, du moins peut-on obtenir un P.H.D. (doctorat) en astrologie si cette discipline est officiellement dépendante de la branche Psychologie; même biais possibles en France à condition de choisir un sujet de thèse limitrophe de la Sociologie, de la Philosophie ou de l’Histoire des religions et de se placer officiellement sous l’égide ces disciplines : on est obligé de camoufler, de tricher, de contourner les institutions qui sont manifestement en retard sur la réalité d’un consensus de plus en plus évident. » (p. 815-816). La vérité de la thèse d’E. Teissier est très clairement énoncée dans ces pages. Pour défendre la cause de l’astrologie, il faut avancer masqué : philosophie, histoire de religion ou sociologie peuvent être des entrées possibles pour l’astrologue. Mais si de telles stratégies de légitimation peuvent être imaginées, c’est que notre communauté scientifique les rend possibles. Et c’est cela qui pose fondamentalement problème au-delà du cas particulier de cette thèse. Que les choses soient claires : E. Teissier ne peut être tenue pour responsable de ce qui s’est passé à la Sorbonne et elle n’aurait pas même eu l’idée de frapper à la porte de notre discipline pour trouver un lieu de légitimation de ses propres intérêts d’astrologue, si celle-ci n’était pas le refuge d’enseignants-chercheurs dépourvus de rigueur et parfois très explicitement anti-rationalistes.

50Revenons à notre point de départ : des « collègues » (abondamment cités dans cette thèse) ont délivré un droit de soutenance à l’auteur de cette thèse, puis, avec d’autres, ont décidé de lui attribuer la mention « Très honorable ». Après lecture du compte rendu précédent, on comprend à quel point le sentiment de scandale du lecteur de la thèse est grand.

18 Lorsque l’on compte le nombre de thèses de doctorat soutenues par directeur de thèse, en France en (…)

19 M. Maffesoli, courriel daté du 23. 04. 01 adressé à de nombreux sociologues.

20 Et ce d’autant plus qu’on a contribué à banaliser sa présence au sein de la discipline dans des ma (…)

21 Lettre de M. Maffesoli adressée par courrier électronique le 23. 04. 01. Une autre variante se ret (…)

22 M. Maffesoli, courriel daté du 25. 04. 01 adressé à de nombreux sociologues.

23 On a pu lire ainsi dans la presse qu’« Elizabeth Teissier pourrait devenir le pion qu’on avance en (…)

51Évidemment, le directeur de la thèse, Michel Maffesoli, est Professeur de sociologie à l’université de Paris V et a même été promu à la première classe par le CNU, il publie régulièrement des ouvrages, préface des classiques de la sociologie, dirige une revue et fait soutenir des thèses à un rythme particulièrement élevé18, etc. Il soutient, avec l’aplomb cynique de celui qui sait pertinemment que la thèse ne sera pas lue intégralement par les étudiants ni même par les sociologues professionnels qui ont généralement d’autres tâches plus urgentes à faire, que la thèse d’E. Teissier est une thèse « sur l’astrologie » (à quelques « dérapages » près avoue-t-il19, en rajoutant de manière insultante pour tous les sociologues qui font leur travail d’évaluation des thèses sérieusement : « En toute honnêteté, lequel d’entre nous, directeur de thèse n’a pas laissé passer de tels ‘dérapages’ ? ») et non une « thèse d’astrologie ». Il peut donc utiliser l’argument du meurtre d’une école de pensée20 (« Il ne faudrait pas que cette thèse serve de prétexte à un nouveau règlement de compte contre une des diverses manières d’envisager la sociologie. »21) et dénoncer la « chasse à l’homme » qui est lancée contre lui : « Est ce que cette thèse n’est pas un simple prétexte pour marginaliser un courant sociologique, et disons le crûment, pour faire une chasse à l’homme, en la matière contre moi-même ? »22 Et c’est bien comme cela que certains collègues ont interprété les réactions négatives à cette soutenance de thèse et à l’attribution d’un titre de docteur en sociologie23. Or, il n’est bien sûr pas question de querelles d’écoles dans cette affaire, mais de rigueur scientifique (et même, plus largement, de rigueur intellectuelle) et de définition du métier de sociologue.

52Les véritables questions au fond que pose une telle « affaire » nous semblent être les suivantes : Comment parvenir à transformer collectivement les produits d’une histoire (académique et scientifique) mal faite (attributions abusives du titre de docteur en sociologie, recrutements universitaires peu rigoureux, revues scientifiques à faible contrôle scientifique…) ? Comment justifier, sans apparaître injuste et terroriste, l’affirmation selon laquelle Michel Maffesoli (entre autres) n’est pas sociologue et n’est pas en mesure de former les étudiants dont il dirige les travaux de recherche au métier de sociologue ? Ce sont ces questions que les sociologues doivent affronter. Sans prise de conscience collective de notre communauté scientifique, il n’y a aucune raison que ce genre de faits ne se renouvelle pas à l’avenir, avec moins de fracas, car tous les candidats n’auront pas l’honneur de la grande presse.

24 M. Maffesoli, courriel daté du 25. 04. 01, op. cit. Voir aussi sa réponse à l’article de Jean Bric (…)

25 M. Maffesoli a qualifié, de manière tout à fait insultante, l’« ennuyeux jargon » des sociologues (…)

26 J. Bouveresse, Le Philosophe chez les autophages, Paris, Minuit, « Critique », 1984, p. 114.

53« Mais se servir de cette thèse, pour régler des comptes, pour sonner l’hallali, ne me paraît pas sain et, en tout cas, risque de nuire à notre discipline, en général », écrit Michel Maffesoli24. Nous espérons avoir contribué ici à montrer que ce qui « nuit à notre discipline » et ce qui n’est « pas sain », c’est très précisément le genre de spectacle dont la Sorbonne a été le théâtre sous la responsabilité d’un jury en grande partie composé de sociologues. Personnage cynique25, fin stratège, maniant habilement l’art du renversement des situations, Michel Maffesoli voudrait nous faire croire que « les fautifs ne sont pas ceux qui commettent les fautes [...], mais ceux qui ont l’impudence de les dénoncer »26. Gageons que les diverses réactions saines à cette affaire malsaine puissent donner l’occasion d’une réflexion collective sur le métier de sociologue et sur les conditions d’entrée dans ce métier.

Top of page

Notes

1 Je tiens à remercier Stéphane Beaud et Christine Détrez pour la lecture des premières versions de ce texte, ainsi que Charles Soulié pour les données sur les thèses soutenues en sociologie entre 1989 et 1995 qu’il m’a communiqué.

2 Ce n’était pas la première fois que M. Maffesoli faisait soutenir une thèse en rapport avec l’astrologie. Ainsi, en 1989, S. Joubert a soutenu une thèse de doctorat intitulée Polythéisme des valeurs et sociologie : le cas de l’astrologie à l’Université de Paris V, sous sa direction. Le résumé de cette thèse manifeste un style d’écriture d’une aussi douteuse clarté que celui que l’on découvre dans la thèse d’Élizabeth Teissier : « Les figures polythéistes loin d’être les images obsolètes d’un passé primitif ou révolu, sont l’expression d’un agencement métaphorique dans lequel le face-à-face des dieux témoigne d’un éclatement des valeurs dont il s’agit de reconnaître toute la puissance heuristique. Le polythéisme des valeurs pousse la connaissance vers une épistémologie psycho-mythique qui semble aujourd’hui sensibiliser, tant les sciences exactes que les sciences humaines; en congruence avec cette mutation épistémologique émergent des indicateurs sociaux qui confirment la transformation paradigmatique à l’œuvre dans la post-modernité, telle l’astrologie dont le succès que l’on connaît tend à exacerber certaines valeurs comme la synthèse, le holisme, l’interdisciplinarité, la complexité, l’analogie, la synchronicité, etc… En toile de fond de cet engouement populaire se dessine plus ou moins nettement un certain nombre d’enjeux essentiels un peu comme si l’anodin servait à l’occasion de miroir reflétant à contre-jour les orientations que la post-modernitése donne à elle-même. » (Source : Docthese 1998/1). La thèse vient de paraître (L’homme d’aujourd’hui et les autres : fascination et rejet, Paris, Plon, 2001).

3 Directeur d’études à l’EHESS (psychologie sociale).

4 Professeur de philosophie à l’Université de Paris I.

5 Professeur de sociologie à l’Université de Montpellier III.

6 Professeur émérite à l’Université de Grenoble II, Fondateur du Centre de Recherche sur l’Imaginaire.

7 Professeur de sociologie à l’Université de Strasbourg II.

8 Un tel travail de lecture demande beaucoup de temps et porte plus que l’ombre du doute sur les lectures d’« un jour », comme celle d’Alain Touraine, qui affirme ainsi : « Je me suis présenté le premier et j’ai consacré la journée du 15 mai à sa lecture » (« De quoi Élizabeth Teissier est-elle coupable ? », Le Monde daté du 22 mai 2001).

9 C’est pour cela que nous ne pouvons pas suivre Jean Copans (« La sociologie, astrologie des sciences sociales ? », Le Monde daté du 30. 04. 01) lorsqu’il fait porter la critique sur les objets jugés trop futiles (« Les incivilités dans le 93 », « Mon portable, mon ordinateur et ma belle-fille », « L’interculturel entre la rue des Rosiers et le quartier de la Rose »).

10 Tout ce que nous mettons entre guillemets dans ce texte sont des extraits de la thèse. Les italiques sont des choix de soulignement de l’auteur de la thèse et les gras sont nos propres soulignements de lecteur.

11 M. Maffesoli, « Éloge de la connaissance ordinaire », Le Monde daté du 24 avril 2001.

12 Nous ne vérifierons pas ici la véracité des sentiments positifs à l’égard de l’astrologie que l’auteur prête à diverses personnalités.

13 Elle peut soutenir à d’autres moments que la vérité sort de la bouche du peuple, parce que – mythe du « bon peuple » oblige – celui-ci serait moins perverti par les institutions académiques, culturelles et médiatiques officielles : « Les gens simples, moins victimes d’a priori (il s’agit d’un terrain intellectuel en quelque sorte vierge) sont plus réceptifs, donc plus vrais par rapport à ce genre de constat, de reconnaissance. » (p. 483). Ou encore : « Il est certain que l’instinct populaire, très sûr parce que nourri de toute l’expérience humaine, cet ‘inconscient collectif’ cher au psychologue C. G. Jung, a depuis toujours l’intuition d’une action du ciel sur ce qui vit sur terre. » (p. XV).

14 « [...] je n’ai lu nulle part dans sa thèse que l’astrologie était scientifique », A. Touraine, « De quoi Élizabeth Teissier est-elle coupable ? », op. cit.

15 Elle écrit par ailleurs : « D’autre part, la télépathie ne s’est elle pas imposée comme discipline scientifique depuis les expériences de Rhine ? » (p. 281).

16 Le lecteur aura noté au passage qu’une formation d’une durée de six mois permet d’acquérir « les fondements cosmographiques et symboliques de l’art royal des astres ». L’effort n’est finalement pas si considérable que cela pour pouvoir « écouter la musique » des planètes.

17 Sur les habitudes discursives et mentales voir B. Lahire, L’Invention de l’« illettrisme ». Rhétorique publique, éthique et stigmates, Paris, Éditions la Découverte, Coll. « Textes à l’appui », 1999.

18 Lorsque l’on compte le nombre de thèses de doctorat soutenues par directeur de thèse, en France entre 1989 et 1995, on s’aperçoit que Michel Maffesoli arrive très largement en tête des directeurs de thèse avec 49 thèses (en 7 ans, soit en moyenne 7 thèses par an) soutenues, loin devant Louis-Vincent Thomas (33). Puis viennent Pierre Ansart (22), Jean Duvignaud (22), Pierre Fougeyrollas (19), Raymond Bourdon (17), Annie Kriegel (14), Alain Touraine (14), Jacques Lautmann (12), Robert Castel (11), Jean-Michel Berthelot (10) et Roger Establet (10).

19 M. Maffesoli, courriel daté du 23. 04. 01 adressé à de nombreux sociologues.

20 Et ce d’autant plus qu’on a contribué à banaliser sa présence au sein de la discipline dans des manuels universitaires « respectueux de la pluralité des écoles et des sensibilités », comme le mentionne la quatrième de couverture de l’ouvrage La Sociologie française contemporaine (sous la direction de J.-M. Berthelot, Paris, PUF, 2000); ouvrage qui comprend un chapitre, signé par Patrick Tacussel, intitulé « La sociologie interprétative. Un tournant postempiriste dans les sciences humaines en France », p. 117-125.

21 Lettre de M. Maffesoli adressée par courrier électronique le 23. 04. 01. Une autre variante se retrouve dans le texte accompagnant le courrier : « Une question de bon sens se pose, est-ce que, finalement, cette thèse non lue, n’est pas prétexte à règlement de compte contre un type de sociologie que je représente ? »

22 M. Maffesoli, courriel daté du 25. 04. 01 adressé à de nombreux sociologues.

23 On a pu lire ainsi dans la presse qu’« Elizabeth Teissier pourrait devenir le pion qu’on avance en surface pour régler des affaires plus souterraines, relevant des querelles de chapelle ou des jeux de pouvoir entre ‘grands’ de la sociologie » (O. Piriou, « Banalité d’Elizabeth Teissier », Le Monde daté du 30. 04. 01).

24 M. Maffesoli, courriel daté du 25. 04. 01, op. cit. Voir aussi sa réponse à l’article de Jean Bricmont et Diana Johnston (« Le monde diplomatique », août 2001) : « L’astrologie, la gauche et la science », in « Le monde diplomatique », 2 octobre 2001, p. 2.

25 M. Maffesoli a qualifié, de manière tout à fait insultante, l’« ennuyeux jargon » des sociologues d’« argot de proxénètes » dans la préface au livre de Alfred Schutz, Le Chercheur et le quotidien, Paris, Méridiens Klincksieck, 1987, p. I.

26 J. Bouveresse, Le Philosophe chez les autophages, Paris, Minuit, « Critique », 1984, p. 114.


Sexisme bienveillant: Einstein meurt mais son chili demeure (While Hawaii Hunk in chief lightens up on California attorney general’s decorative duties)

9 avril, 2013
http://roadtostarrdom.com/wp-content/uploads/2010/08/obama21.jpghttp://l2.yimg.com/bt/api/res/1.2/ApFpoeuixtLMUr9ihJmW9Q--/YXBwaWQ9eW5ld3M7cT04NTt3PTMxMA--/http://media.zenfs.com/en/blogs/thelookout/brill-obama-getty.jpghttp://newsbusters.org/sites/default/files/imagecache/main_375/main_photos/2013/April/2013-04-05-ABC-GMA-Obama_Harris.jpgJuste avant son décès en 1955 dans un hôpital américain du New Jersey, Albert Einstein aurait dit des mots en allemand selon l’infirmière qui était à son chevet. Celle-ci ne parlant pas allemand, on ne saura jamais ce dont il s’agissait. Se coucher moins bête
So, the internet just group-edited the NYT. That’s not something that used to happen. Adam Rothstein
He looks and he sounds like a million bucks. Kamala Harris (about Obama, campaign video, 2009)
Elle est brillante, engagée, stricte. Il se trouve aussi qu’elle est, de loin, la plus belle ministre de la Justice du pays. Obama (sur l’Attorney general de Californie d’origine jamaïcan-indienne Kamala Harris, 2013)
Croyez-moi, en tant que mère célibataire – je n’aurais pas dû dire « célibataire », mais vous savez, quand votre mari est président, vous vous sentez un peu célibataire parfois, même s’il est là.  Michelle Obama (Vermont CBS affiliate WCAX)
Quand le New York Times cède à la pression de Twitter. Samedi, le New York Times publie la nécro de la scientifique canadienne Yvonne Brill, disparue quelques jours plus tôt. Mais, le bœuf stroganoff semblant peut-être moins rébarbatif que la propulsion spatiale, l’hommage s’ouvre sur les talents culinaires et la dévotion maternelle de la chercheuse. Un choix sexiste qui déclenche la fureur de Twitter, comme le montre cette belle collection Storify. Et, face à la fronde…. le New York Times cède et change l’attaque de sa nécro ! Quel coup pour Twitter qui vient de, « collectivement jouer les « secrétaire de rédaction » du quotidien de la côte Est ! Marie-Catherine Beuth
She made a mean beef stroganoff, followed her husband from job to job and took eight years off from work to raise three children. “The world’s best mom,” her son Matthew said. But Yvonne Brill, who died on Wednesday at 88 in Princeton, N.J., was also a brilliant rocket scientist, who in the early 1970s invented a propulsion system to help keep communications satellites from slipping out of their orbits. The NYT (première version)
She was a brilliant rocket scientist who followed her husband from job to job and took eight years off from work to raise three children. “The world’s best mom,” her son Matthew said. Yvonne Brill, who died on Wednesday at 88 in Princeton, N.J., in the early 1970s invented a propulsion system to help keep communications satellites from slipping out of their orbits. The NYT (après révision)
He made sure he shopped for groceries every night on the way home from work, took the garbage out, and hand washed the antimacassars. But to his step daughters he was just Dad. ”He was always there for us,” said his step daughter and first cousin once removed Margo. Albert Einstein, who died on Tuesday, had another life at work, where he sometimes slipped away to peck at projects like showing that atoms really exist. His discovery of something called the photoelectric effect won him a coveted Nobel Prize. Jennie Dusheck

Attention: un sexisme peut en cacher un autre !

A l’heure où le Hawaii Hunk en chef se lâche devant ses amis démocrates pour louer les « devoirs décoratifs » de l’Attorney general de Californie …

Pendant qu’au lendemain de la mort de la spécialiste en propulsion spatiale d’origine canadienne Yvonne Bril,  le quotidien de référence américain réapprend  avec Twitter le dur et désormais périlleux métier des nécros ……

Et que le Pays des droits de l’homme (sic) tombe à son tour sous les coups de butoir de la protestantisation du monde …

Retour, avec une très éclairante parodie de la journaliste scientifique Jenny Dusheck  …

Qui, à l’heure où nombre de femmes rencontrent encore les pires diffcultés pour s’imposer dans les lieux de pouvoir et au-delà des évidentes dérives de certains auteurs féministes, à le mérite de montrer la façon insidieuse dont peut continuer à agir le sexisme dit bienveillant …

Family Man Who Invented Relativity and Made Great Chili Dies

Jennie Dusheck

April 1, 2013

In an obituary for veteran rocket scientist Yvonne Brill this weekend, the New York Times disastrously failed science writer Christie Aschwanden’s Finkbeiner test for profiling scientists.

She made a mean beef stroganoff, followed her husband from job to job and took eight years off from work to raise three children. “The world’s best mom,” her son Matthew said. —New York Times

______________________________

Family Man Who Invented Relativity Dies

He made sure he shopped for groceries every night on the way home from work, took the garbage out, and hand washed the antimacassars. But to his step daughters he was just Dad. ”He was always there for us,” said his step daughter and first cousin once removed Margo.

Albert Einstein, who died on Tuesday, had another life at work, where he sometimes slipped away to peck at projects like showing that atoms really exist. His discovery of something called the photoelectric effect won him a coveted Nobel Prize.

But his devotion to family (…) also won him notice. In 1950, Boys’ Life and Sears Roebuck awarded the former patent office employee their Leafblower SuperDad Award for his steady financial support of his ex-wife and schizophrenic son all through the long years of his happier second marriage to his cousin Elsa Einstein. Also noted by the prize committee was his success in finding a new job after losing his job in Germany in 1933.

Mr. Einstein—or Dad, as his step daughters and long-estranged sons called him—is believed to be the only person of Jewish descent to have developed the theory of special relativity. When Nazi propagandist Joseph Goebbels targeted Einstein’s work for book burnings, Mr. Einstein shrugged it off, writing, “… I must confess that the degree of their brutality and cowardice came as something of a surprise. But you can’t take these things too seriously, can you? You just have to be cheerful and not get upset when you get insulted.”

Mr. Einstein never got the medical degree his parents had hoped he’d get, but he picked up a teaching diploma in math and physics that allowed for some surprisingly competent work. “Nobody had the right degrees back then, so it didn’t matter,” he told the Times.

Voir aussi:

The Problem When Sexism Just Sounds So Darn Friendly…

Melanie Tannenbaum

April 2, 2013

Something can’t actually be sexist if it’s really, really nice, right?

I mean, if someone compliments me on my looks or my cooking, that’s not sexist. That’s awesome! I should be thrilled that I’m being noticed for something positive!

Yet there are many comments that, while seemingly complimentary, somehow still feel wrong. These comments may focus on an author’s appearance rather than the content of her writing, or mention how surprising it is that she’s a woman, being that her field is mostly filled with men. Even though these remarks can sometimes feel good to hear – and no one is denying that this type of comment can feel good, especially in the right context – they can also cause a feeling of unease, particularly when one is in the position of trying to draw attention towards her work rather than personal qualities like her gender or appearance.

In social psychology, these seemingly-positive-yet-still-somewhat-unsettling comments and behaviors have a name: Benevolent Sexism. Although it is tempting to brush this experience off as an overreaction to compliments or a misunderstanding of benign intent, benevolent sexism is both real and insidiously dangerous.

What Is Benevolent Sexism?

In 1996, Peter Glick and Susan Fiske wrote a paper on the concept of ambivalent sexism, noting that despite common beliefs, there are actually two different kinds of sexist attitudes and behavior. Hostile sexism is what most people think of when they picture “sexism” – angry, explicitly negative attitudes towards women. However, the authors note, there is also something called benevolent sexism:

We define benevolent sexism as a set of interrelated attitudes toward women that are sexist in terms of viewing women stereotypically and in restricted roles but that are subjectively positive in feeling tone (for the perceiver) and also tend to elicit behaviors typically categorized as prosocial (e.g., helping) or intimacy-seeking (e.g., self-disclosure) (Glick & Fiske, 1996, p. 491).

[Benevolent sexism is] a subjectively positive orientation of protection, idealization, and affection directed toward women that, like hostile sexism, serves to justify women’s subordinate status to men (Glick et al., 2000, p. 763).

Yes, there’s actually an official name for all of those comments and stereotypes that can somehow feel both nice and wrong at the same time, like the belief that women are “delicate flowers” who need to be protected by men, or the notion that women have the special gift of being “more kind and caring” than their male counterparts. It might sound like a compliment, but it still counts as sexism.

For a very recent example of how benevolent sexism might play out in our everyday lives, take a look at this satirical piece, which jokingly re-writes Albert Einstein’s obituary.

To quote:

He made sure he shopped for groceries every night on the way home from work, took the garbage out, and hand washed the antimacassars. But to his step daughters he was just Dad. ”He was always there for us,” said his step daughter and first cousin once removed Margo.

Albert Einstein, who died on Tuesday, had another life at work, where he sometimes slipped away to peck at projects like showing that atoms really exist. His discovery of something called the photoelectric effect won him a coveted Nobel Prize.

Looks weird, right? Kind of like something you would never actually see in print?

Yet the author of rocket scientist Yvonne Brill’s obituary didn’t hesitate before writing the following about her last week:

She made a mean beef stroganoff, followed her husband from job to job, and took eight years off from work to raise three children. “The world’s best mom,” her son Matthew said.

But Yvonne Brill, who died on Wednesday at 88 in Princeton, N.J., was also a brilliant rocket scientist, who in the early 1970s invented a propulsion system to help keep communications satellites from slipping out of their orbits.

In fact, Obituaries editor William McDonald still sees nothing wrong with it. In his words, he’s “surprised…[because] it never occurred to [him] that this would be read as sexist,” and if he had to re-write it again, he still “wouldn’t do anything differently.”

I want to make one thing perfectly clear. There’s not a problem with mentioning Brill’s family, friends, and loved ones. It’s not a problem to note how wonderfully Brill balanced her domestic and professional lives. Brill was a female scientist during a time when very few women could occupy that role in society, and that means something truly important.

But the problem here is really that if “Yvonne” were “Yvan,” the obit would have looked fundamentally different. If we’re talking up the importance of work-life balance and familial roles for women but we’re not also mentioning those things about men, that’s a problem. If a woman’s accomplishments must be accompanied by a reassurance that she really was “a good Mom,” but a man’s accomplishments are allowed to stand on their own, that’s a problem. And lest you think that I only care about women, let’s not act like this doesn’t have a real and dangerous impact on men, too. If a man spends years of his life as a doting father and caring husband, yet his strong devotion to his family is not considered an important fact for his obituary because he’s male…then yes, that’s also a big problem.

The fact that so many people don’t understand why it might be unnerving that the writer’s idea for a good story arc in Brill’s obituary was to lead with her role as a wife and mother, and then let the surprise that she was actually a really smart rocket scientist come in later as a shocking twist? That’s benevolent sexism.

Why is Benevolent Sexism a Problem?

Admittedly, this research begs an obvious question. If benevolently sexist comments seem like nothing more than compliments, why are they problematic? Is it really “sexism” if the content of the statements seems positive towards women?

After all, the obituary noted nothing more than how beloved Brill was as a wife and a mother. Why should anyone be upset by that? Sure, men wouldn’t be written about in the same way, but who cares? It’s so nice!

Well, for one thing, benevolently sexist statements aren’t all sunshine and butterflies. They often end up implying that women are weak, sensitive creatures that need to be “protected.” While this may seem positive to some, for others – especially women in male-dominated fields – it creates a damaging stereotype.

As Glick and Fiske themselves note in their seminal paper:

We do not consider benevolent sexism a good thing, for despite the positive feelings it may indicate for the perceiver, its underpinnings lie in traditional stereotyping and masculine dominance (e.g., the man as the provider and woman as his dependent), and its consequences are often damaging. Benevolent sexism is not necessarily experienced as benevolent by the recipient. For example, a man’s comment to a female coworker on how ‘cute’ she looks, however well-intentioned, may undermine her feelings of being taken seriously as a professional (Glick & Fiske, 1996, p. 491-492).

In a later paper, Glick and Fiske went on to determine the extent to which 15,000 men and women across 19 different countries endorse both hostile and benevolently sexist statements. First of all, they found that hostile and benevolent sexism tend to correlate highly across nations. So, it is not the case that people who endorse hostile sexism don’t tend to endorse benevolent sexism, whereas those who endorse benevolent sexism look nothing like the ”real” sexists. On the contrary, those who endorsed benevolent sexism were likely to admit that they also held explicit, hostile attitudes towards women (although one does not necessarily have to endorse these hostile attitudes in order to engage in benevolent sexism).

File:Chemical compound being drawn.jpgSecondly, they discovered that benevolent sexism was a significant predictor of nationwide gender inequality, independent of the effects of hostile sexism. In countries where the men were more likely to endorse benevolent sexism, even when controlling for hostile sexism, men also lived longer, were more educated, had higher literacy rates, made significantly more money, and actively participated in the political and economic spheres more than their female counterparts. The warm, fuzzy feelings surrounding benevolent sexism come at a cost, and that cost is often actual, objective gender equality.

The Insidious Nature of Benevolent Sexism

A recent paper by Julia Becker and Stephen Wright details even more of the insidious ways that benevolent sexism might be harmful for both women and social activism. In a series of experiments, women were exposed to statements that either illustrated hostile sexism (e.g. “Women are too easily offended”) or benevolent sexism (e.g. “Women have a way of caring that men are not capable of in the same way.”) The results are quite discouraging; when the women read statements illustrating benevolent sexism, they were less willing to engage in anti-sexist collective action, such as signing a petition, participating in a rally, or generally “acting against sexism.” Not only that, but this effect was partially mediated by the fact that women who were exposed to benevolent sexism were more likely to think that there are many advantages to being a woman and were also more likely to engage in system justification, a process by which people justify the status quo and believe that there are no longer problems facing disadvantaged groups (such as women) in modern day society. Furthermore, women who were exposed to hostile sexism actually displayed the opposite effect – they were more likely to intend to engage in collective action, and more willing to fight against sexism in their everyday lives.

How might this play out in a day-to-day context? Imagine that there’s an anti-female policy being brought to a vote, like a regulation that would make it easier for local businesses to fire pregnant women once they find out that they are expecting. If you are collecting signatures for a petition or trying to gather women to protest this policy and those women were recently exposed to a group of men making comments about the policy in question, it would be significantly easier to gain their support and vote down the policy if the men were commenting that pregnant women should be fired because they were dumb for getting pregnant in the first place. However, if they instead happened to mention that women are much more compassionate than men and make better stay-at-home parents as a result, these remarks might actually lead these women to be less likely to fight an objectively sexist policy.

“I Mean, Is Sexism Really Still A Problem In 2013?”

We often hear people claiming that sexism, racism, or other forms of discrimination that seem to be outdated are “no longer really a problem.” Some people legitimately believe this to be true, while others (particularly women and racial minorities) find it ridiculous that others could be so blind to the problems that still exist. So why does this disparity exist? Why is it so difficult for so many people to see that sexism and racism are still alive and thriving?

Maybe the answer lies right here, on the benevolent side of prejudice. While “old fashioned” forms of discrimination may have died down quite a bit (after all, it really isn’t quite as socially acceptable in most areas of the world to be as explicitly sexist and/or racist as people have been in the past), more “benevolent” forms of discrimination still very much exist, and they have their own sneaky ways of suppressing equality. Unaffected bystanders (or perpetrators) may construe benevolently sexist sentiments as harmless or even beneficial; in fact, as demonstrated by Becker and Wright, targets may even feel better about themselves after exposure to benevolently sexist statements. This could be, in some ways, even worse than explicit, hostile discrimination; because it hides under the guise of compliments, it’s easy to use benevolent sexism to demotivate people against collective action or convince people that there is no longer a need to fight for equality.

However, to those people who still may be tempted to argue that benevolent sexism is nothing more than an overreaction to well-intentioned compliments, let me pose this question: What happens when there is a predominant stereotype saying that women are better stay-at-home parents than men because they are inherently more caring, maternal, and compassionate? It seems nice enough, but how does this ideology affect the woman who wants to continue to work full time after having her first child and faces judgment from her colleagues who accuse her of neglecting her child? How does it affect the man who wants to stay at home with his newborn baby, only to discover that his company doesn’t offer paternity leave because they assume that women are the better candidates to be staying at home?

At the end of the day, “good intent” is not a panacea. Benevolent sexism may very well seem like harmless flattery to many people, but that doesn’t mean it isn’t insidiously dangerous.

To conclude, I’ll now ask you to think about recent events surrounding Elise Andrew, creator of the wildly popular I F–king Love Science Facebook page. When she shared her personal Twitter account with the page’s 4.4 million fans, many commented on the link because they were absolutely SHOCKED…about what? Why, of course, about the fact that she is female.

“I had no idea that IFLS had such a beautiful face!”

“holy hell, youre a HOTTIE!”

“you mean you’re a girl, AND you’re beautiful? wow, i just liked science a lil bit more today ^^”

“I thought that because of all the ways you were so proud to spout off “I f–king love science” in a difient swary manner against people who hated sware words being used that you was a dude.”

“you’re a girl!? I always imagined you as a guy; don’t know why; well, nice to see to how you look like i guess”

“What?!!? Gurlz don’t like science! LOL Totally thought you were a dude.”

“It’s not just being a girl that’s the surprise, but being a fit girl! (For any non-Brits, fit, in this context, means hot/bangable/shagtastic/attractive).”

Right. See, that’s the thing. Elise felt uncomfortable with this, as did many others out there who saw it — and rightfully so. Yet many people would call her (and others like her) oversensitive for feeling negatively about statements that appear to be compliments. Many thought that Elise should have been happy that others were calling her attractive, or pointing out that it’s idiosyncratic for her to be a female who loves science. What Elise (and many others) felt was the benevolently sexist side of things — the side that perpetuates a stereotype that women (especially attractive women) don’t “do” science, and that the most noteworthy thing to comment on about a female scientist is what she looks like.

Unfortunately, it’s very likely that no one walked away from this experience having learned anything. People who could tell that this was offensive were obviously willing to recognize it as such, but people who endorsed those statements just thought they were being nice. Because they weren’t calling her incompetent or unworthy, none of them were willing to recognize it as sexism, even when explicitly told that that’s what it was — even though, based on research, we know that this sort of behavior has actual, meaningful consequences for society and for gender equality.

That right there?

That’s the real problem with benevolent sexism.

This is a revamped version of a piece that I originally posted at the Scientific American Guest Blog in January 2012. I am re-posting it now because, unfortunately, current events indicate that there seems to be some need for people to get a quick refresher. You can read the original post by clicking the “From The Archives” icon at the top of the page.

Citations:

Becker, J., & Wright, S. (2011). Yet another dark side of chivalry: Benevolent sexism undermines and hostile sexism motivates collective action for social change. Journal of Personality and Social Psychology, 101 (1), 62-77 DOI: 10.1037/a0022615

Glick, P., & Fiske, S. (1996). The Ambivalent Sexism Inventory: Differentiating hostile and benevolent sexism. Journal of Personality and Social Psychology, 70 (3), 491-512 DOI: 10.1037//0022-3514.70.3.491

Glick, P., Fiske, S., Mladinic, A., Saiz, J., Abrams, D., Masser, B., Adetoun, B., Osagie, J., Akande, A., Alao, A., Annetje, B., Willemsen, T., Chipeta, K., Dardenne, B., Dijksterhuis, A., Wigboldus, D., Eckes, T., Six-Materna, I., Expósito, F., Moya, M., Foddy, M., Kim, H., Lameiras, M., Sotelo, M., Mucchi-Faina, A., Romani, M., Sakalli, N., Udegbe, B., Yamamoto, M., Ui, M., Ferreira, M., & López, W. (2000). Beyond prejudice as simple antipathy: Hostile and benevolent sexism across cultures. Journal of Personality and Social Psychology, 79 (5), 763-775 DOI: 10.1037//0022-3514.79.5.763

Image Credits:

Female Scientist Drawing Chemical Compound courtesy of Defense Advanced Research Projects Agency (DARPA), via Wikimedia Commons. Public domain image.

Yvonne Brill with President Barack Obama courtesy of Ryan K Morris/National Science & Technology Medals Foundation.

Melanie TannenbaumAbout the Author: Melanie Tannenbaum is a doctoral candidate in social psychology at the University of Illinois at Urbana-Champaign, where she received an M.A. in social psychology in 2011. Her research focuses on the science of persuasion & motivation regarding political, health-related, and environmental behavior. You can add her on Twitter or visit her personal webpage. Follow on Twitter @melanietbaum.

Voir également:

Einstein meurt, mais son cerveau demeure

18 avril 1955

● Proposé par Bénédicte Prot le 5 août 2010

Le considérable savant Albert Einstein est mort aujourd’hui d’une rupture d’anévrisme à Princeton, dans le New Jersey. Il avait 76 ans.

Parmi les multiples inventions et théories de ce génie juif pacifiste qui a traversé plusieurs pays et plusieurs pages de l’Histoire, celle qui a bouleversé la pensée à jamais est sa théorie de la relativité, d’abord restreinte puis générale, mais c’est son explication de l’effet photoélectrique (par la découverte que la lumière n’est pas une onde mais une particule) qui lui a valu le Prix Nobel en 1921.

L’autopsie d’Einstein révèlera une hypertrophie de l’hémisphère gauche du cerveau. En dépit des vœux du savant, qui avait souhaité être entièrement incinéré dans la plus grande discrétion, le docteur Thomas Harvey conservera ses yeux et son cerveau jusqu’à ce qu’un journaliste ne vienne le dénicher (en 1978), après quoi les médecins supputeront tout et son contraire pour trouver des causes physiques à l’intelligence hors du commun d’Einstein, qui s’il l’avait su, aurait sans doute de nouveau souligné le contraste entre ce que les gens imaginent de ses capacités et la réalité.

Voir encore:

A 5-Step Guide on How Not to Be a Sexist Politician

04/08/2013

Barack Obama has apologized for calling Kamala Harris « by far the best-looking attorney general in the country. » This was AFTER he had already praised her as « tough, » « fair, » « brilliant » and « dedicated. »

Political commentator Joan Walsh said the comment made her stomach turn.

Ms. Walsh must have a delicate stomach. Kamala Harris, who once said Obama « looked like a million bucks » is not complaining about his compliment. This is a storm in a very small teacup. Obama and Kamala Harris go back a long time. He was at an event where he was good-humoredly talking not just about Harris’ looks but also how baseball great Jackie Robinson’s widow looked « gorgeous » at 90. And face it, Harris, like Obama, is a very good-looking politician and cameras love both of them. Obama’s compliment was NOT sexism and it’s important to acknowledge that. The Indian newspaper the Telegraph bemoans in an editorial « This mix of political correctness and fantastical over-interpretation » which leads to a tendency « to miss the spirit of a certain manner of putting things because of misplaced earnestness about matters pertaining to gender, sexuality and race. »

This isn’t just political correctness run amok. It perpetuates every unfair stereotype of feminists as dour and humourless, trigger-happy about screaming « sexism » at the slightest opportunity.

That’s not to say sexism cannot come dressed up in a compliment. This just wasn’t one of those moments, but here are five simple commandments on how to avoid the sexism trap when you are a male politician who feels the need to charm a woman in public.

Thou shalt not call her « sweetie ». Obama has, as one headline quipped, « an executive sweet » problem. In 2008, a female reporter from Detroit asked him a question about auto-workers. « Hold on one second there, sweetie, » he replied. She was clearly not amused, especially when he didn’t even answer the question. « This sweetie never did get an answer to the question, » she said later. He also told a fan at a campaign stop, « Sweetie, if I start with a picture, I will never get out of here. » Obama habitually calls Michelle « sweetie » which itself is slightly sickeningly sweet PDA. But that’s between the president and his wife. General rule of thumb: The only person always allowed to say sweetie in public is a bored older waitress with a dyed bouffant at an all-night American diner who says, « And do you want coffee or orange juice with that, sweetie? »

Thou shalt not leap to her looks. This one seems very tricky for politicos to understand. It’s one thing to tell your female friend, « Oh you are looking lovely tonight, » at a social event. It’s another thing to say the same to a colleague or, worse, a complete stranger who is just trying to do her job. When a journalist asks a question, she is expecting an answer, not a compliment about her wardrobe, her looks or her hairdo. Indian politician Sharad Yadav was once asked by a woman which state was doing better, Madhya Pradesh or Bihar. Yadav, trying to smartly duck the question, said, « Whole country is good. » Then unable to stop himself, he added, « Even you are very beautiful. » No wonder the man waxes eloquently in Parliament about the romance of stalking while his colleague complains about « painted and dented ladies. »

Thou shalt not gush over her cooking first. Douglas Martin of the New York Times landed himself in hot water by leading his obituary of rocket scientist Yvonne Brill with the words, « She made a mean beef stroganoff, followed her husband from job to job and took eight years off from her work to raise three children. ‘The world’s best mom,’ her son Matthew said. » Brill was also the only woman doing rocket science in the 1940s and that was the reason why she even merited a New York Times obituary. Martin thought he was building up the drama, but he just needed to have asked himself if he would have ever begun the obit of a male nuclear scientist thus: « He grilled the perfect steak, always remembered his wife’s birthday and made it a point to go to his son’s football games. » It’s not rocket science.

Thou shalt not use ma-behen like a salt and pepper shaker. Narendra Modi, the chief minister of the state of Gujarat who wants to be India’s next prime minister, lays on the ma-behen (mother-sister) thick when he talks about women, though he also once disparaged a cabinet minister’s Rs 50 crore girlfriend. Talking to the businesswomen at a business summit, Modi even asked them to bless him because they were all mothers out there. During the rape debate, we heard over and over again from politicians oozing sincerity about how women were our mothers and sisters. « I find it offensive, because as citizens of this country or any other country, we are entitled to fundamental human rights that have bloody nothing to do with whether I am your sister or your mother or anybody, » retorted Mallika Dutt, the executive director of the NGO Breakthrough at that time. Not to mention the fact, she pointed out, that « the home is often the most unsafe space for women. »

Thou shalt not put women in binders. Mitt Romney, trying hard to put forth his pro-women credentials, put his foot in his mouth in the presidential debates by touting how as governor of Massachusetts he had « binders full of women. » Poor Romney wanted to show off his outreach to women’s groups but all he ended up doing was launch a thousand mocking Internet memes. Romney obviously meant to show off his interest in gender parity but as the Shortcuts blog on the Guardian pointed out, « He managed to conjure an image confirming every feminist’s worst fears about a Romney presidency; that he views women’s rights in the workplace as so much business admin, to be punched and filed and popped on a shelf. »

By the way, in that same speech where he praised Kamala Harris’ looks, Obama also singled out Asian-American congressman Mike Honda for a little friendly ribbing.

First of all, somebody who works tirelessly on behalf of California every day, but also works on behalf of working people and makes sure that we’ve got a more inclusive America — a good friend of mine, somebody who you guys should be very proud of, Congressman Mike Honda is here. Where is Mike? (Applause.) He is around here somewhere. There he is. Yes, I mean, he’s not like a real tall guy, but he’s a great guy.

Now that is the president of the United States literally looking down on an Asian American man. At least he was complimenting Kamala Harris. Poor Honda just got the short end of the stick. Where is the Society of Height-Challenged Asian Men and Friends when you need them?

Voir enfin:

Etats-Unis : les réseaux sociaux étendent leur pouvoir

Marie-Catherine Beuth

3 avril 2013

C’était une intéressante semaine pour les médias sociaux aux Etats-Unis. Par trois fois, ils ont prouvé que leurs pouvoirs ne cessent de grandir et que leur adoption massive n’a pas fini de changer la société. La preuve par 3.

Pièce à conviction nr. 1 : quand le New York Times cède à la pression de Twitter. Samedi, le New York Times publie la nécro de la scientifique canadienne Yvonne Brill, disparue quelques jours plus tôt. Mais, le bœuf stroganoff semblant peut-être moins rébarbatif que la propulsion spatiale, l’hommage s’ouvre sur les talents culinaires et la dévotion maternelle de la chercheuse. Un choix sexiste qui déclenche la fureur de Twitter, comme le montre cette belle collection Storify. Et, face à la fronde…. le New York Times cède et change l’attaque de sa nécro ! Quel coup pour Twitter qui vient de, « collectivement jouer les « secrétaire de rédaction » du quotidien de la côte Est !

Pièce à conviction nr. 2 : quand Instagram devient l’outil de travail des pros. Et où il est encore question du New York Times. Les lecteurs de son édition dominicale y ont vu s’étaler une photo d’un joueur de baseball prise sur Instagram. Mieux : elle a été prise et éditée par un photographe du journal et non un amateur ou « journaliste-citoyen ». Ce n’est pas la première fois que la presse puise dans Instagram, mais c’est la première fois qu’une des photos du réseau social de photo s’étale ainsi en Une d’un grand média. C’est un tournant qui rappelle l’irruption de vidéo YouTube sur les écrans de télé et qui pourrait être bientôt amplifiée avec l’essor de Vine.

Pièce à conviction nr. 3 : quand même l’autorité des marchés financiers donne sa bénédiction. C’est peut-être l’ultime preuve que, pour les institutions américaines, désormais, les médias sociaux « c’est du sérieux ». La SEC, l’autorité américaine des marchés financiers, vient en effet de donner son feu vert à la diffusion d’informations financières sur les réseaux sociaux. L’enjeu était de garantir un accès équitable des investisseurs à l’information financière. Un sujet qui avait été soulevé après que le patron de Netflix ait annoncé que son site avait franchi le cap du milliard d’heures visionnées… sur Facebook.

Alors, quelles frontières reste-t-il à conquérir pour prouver que les réseaux sociaux ont décidément infiltré tous les étages de notre société ?


Affaire Cahuzac: Cachez cette religion que je ne saurai voir ! (No morality, please, we’re French)

7 avril, 2013

Religion in Western European Countries (circa 1870)

Country                          Percent            Percent  Percent                           Protestant       Catholic
Protestant Countries
Denmark                               99                  1
Sweden                                 99                  1
Norway                                  99                 1
Finland                                  98                 2
Britain                                   91                 8.5
Germany                               62                 36.5
Netherlands                           61                 38
Switzerland                           58                 41
Catholic Countries
Ireland                                  12                  88
France                                    4                   95
Austria                                    2                  91
Italy                                       1                   97
Spain                                      1                   97
Portugal                                  1                   97
Belgium                                  1                   95
Source: Delacroix and Nielsen (2001)
Timeline of Women’s Suffrage Granted, by Country
  • 1893 New Zealand
  • 1902 Australia1
  • 1906 Finland
  • 1913 Norway
  • 1915 Denmark
  • 1917 Canada2
  • 1918 Austria, Germany, Poland, Russia
  • 1919 Netherlands
  • 1920 United States
  • 1921 Sweden
  • 1928 Britain, Ireland
  • 1931 Spain
  • 1944 France
  • 1945 Italy
  • 1947 Argentina, Japan, Mexico, Pakistan
  • 1949 China
  • 1950 India
  • 1954 Colombia
  • 1957 Malaysia, Zimbabwe
  • 1962 Algeria
  • 1963 Iran, Morocco
  • 1964 Libya
  • 1967 Ecuador
  • 1971 Switzerland
  • 1972 Bangladesh
  • 1974 Jordan
  • 1976 Portugal
  • 1989 Namibia
  • 1990 Western Samoa
  • 1993 Kazakhstan, Moldova
  • 1994 South Africa
  • 2005 Kuwait
  • 2006 United Arab Emirates
  • 2011 Saudi Arabia3
NOTE: One country does not allow their people, male or female, to vote: Brunei.
1. Australian women, with the exception of aboriginal women, won the vote in 1902. Aborigines, male and female, did not have the right to vote until 1962.
2. Canadian women, with the exception of Canadian Indian women, won the vote in 1917. Canadian Indians, male and female, did not win the vote until 1960. Source: The New York Times, May 22, 2005.
3. Women in Saudi Arabia will not be eligible to vote until 2015.
Luther rend nécessaire ce que Gutenberg a rendu possible : en plaçant l’Écriture au centre de l’eschatologie chrétienne, la Réforme fait d’une invention technique une obligation spirituelle. François Furet et Jacques Ozouf
Ce projet a causé la désertion de 80 à 100 000 personnes de toutes conditions, qui ont emporté avec elles plus de trente millions de livres ; la mise à mal de nos arts et de nos manufactures. (…) Sire, la conversion des cœurs n’appartient qu’à Dieu … Vauban (« Mémoire pour le rappel des Huguenots », 1689)
Qu’ils s’en aillent! Car nous sommes en France et non en Allemagne! … Notre République est menacée d’une invasion de protestants car on choisit volontiers des ministres parmi eux., … qui défrancise le pays et risque de le transformer en une grande Suisse, qui, avant dix ans, serait morte d’hypocrisie et d’ennui. Zola (Le Figaro, le 17/5/1881)
After the Reformation, Protestant regions arose from the backwaters of Europe to displace the Catholic countries as the economic powerhouses. By 1700 prior to the full-fledged industrial revolution–Protestant countries had overtaken the Catholic world in terms of income. A strong Protestant-Catholic income gap became well established over the next 250 years. There were no signs of convergence until the 1960s. This is not, however, a simple vindication of the “Protestant ethic” thesis. … A number of alternative hypotheses … might account for the economic dominance of Protestant Europe. They include (1) secularization – freeing the economy from religious controls; (2) the growth of education (and the Protestant emphasis on literacy – ability to read the bible); (3) the dismal consequences of the Catholic Counter-Reformation; (4) the importance of the Atlantic (slave) trade in creating an autonomous business class that would demand modernizing institutional reforms.  (…) The Reformation was a crucial cultural moment in the development of capitalism … The Reformation made literacy a central part of religious devotion. In the Catholic Church, the clergy interpreted (channeled?) the word of God for believers. The bible was thought to be too complex to be understood by the common folk. (Indeed, even much of the clergy did not have direct access to the bible.) Protestantism, in contrast, spread the notion of a “priesthood of all believers”. All Christians should study the bible, connecting with their religion in a much more personal and private way. This is a tall order when only a tiny fraction of the population is literate, and the bible is written in Latin. Protestants worked hard on both these fronts, translating the bible into the vernacular (the languages that people actually spoke), and evangelizing for mass education. Rather suddenly, and for completely non-economic reasons, the medieval reign of ignorance was rejected, in its place were demands for investment in human capital.  Scotland is a great example of this. A founding principle of the Scottish Reformation (1560) was free education for the poor. Perhaps the world’s first local school tax was established in 1633 (strengthened in 1646). In this environment grew the Scottish En lightenment: David Hume, Francis Hutcheson, Adam Ferguson, and the godfather of modern economics, Adam Smith. By this time, Scottish scholarship stood so far above that of other nations that Voltaire wrote, “we look to Scotland for all our ideas of civilization”. An attractive feature of this thinking about Protestantism is its amenability to quantitative empirical testing. Did Protestant countries invest more heavily in education? … at least in 1830, Protestant countries had much higher primary school enrollment: 17% in Germany, 15% in the US, 9% in the UK, 7% in France, and only about 3% or 4% in Italy and Spain … While Protestant countries were aspiring to the ideal of a “priesthood of all believers”–nurturing a social norm of literacy and personal scholarship, Catholic Europe reacted viciously to the Reformation and devoted a hundred or so years to the brutal containment and control of “thought, knowledge, and belief”. The emphasis here is not so much on literacy per se. In Landes’ view, the Reformation did not simply give a “boost to literacy,” but more importantly “spawned dissidents and heresies, and promoted the skepticism and refusal of authority that is at the heart of the scientific endeavor”. While Protestants were translating the bible and agitating for public education, the Counter-Reformation (the Inquisition) was burning books, burning heretics, and imprisoning scientists. The Catholic reaction to the Reformation – in large part driven by the Spanish Empire – was to terrorize the principle of free thought. Though in many ways the birthplace of modern science, “Mediterranean Europe as a whole missed the train of the so-called scientific revolution” (Landes 1998:180). In a climate of fear and repression, the intellectual and scientific center of Europe shifted northward.  Perhaps the Reformation, rather than creating a new “spirit of capitalism,” simply led to the relocation capitalist activity. Without any religious strife, the industrial revolution might well have taken root wherever medieval capitalism was strongest (Italy, Belgium, Spain, etc). The religious wars and Counter-Reformation “convulsed” the centers of old medieval capitalism, leading to a mass migration of capital and entrepreneurial skill. Perhaps the most promising lead for historical research is to study the patterns of capital mobility and migration following the Reformation. Splitting Europe into two religious worlds produced striking dynamics that I believe go far beyond Weber’s thesis. The Protestant world, it seems, nurtured a contentious spirit of heresy and critical thought, popular literacy, and a laissez faire business morality; Catholism burned books, imprisoned scientists, stifled thought, and demanded stringent orthodoxy. All of this condemned the old prosperous regions of Europe to become the periphery (the “Olive Belt”). The backward regions that revolted from Rome became the destination for capitalist migration, and here, the institutions of modern capitalism gradually took shape. Finally, it no doubt helped that at around the same time, the center of commerce and trade shifted from the Mediterranean to the Atlantic, adding a new “opportunity of geography” to the Protestant regions.  Cristobal Young
Pour ses promoteurs, il existe dans la France de la Troisième République un  » complot protestant « , mené par des étrangers de l’intérieur. Ce  » péril  » menace l’identité française et cherche sournoisement à  » dénationaliser  » le pays. Leurs accusations veulent prendre appui sur l’actualité : la guerre de 1870, la création de l’école laïque, les rivalités coloniales, l’affaire Dreyfus, la séparation des églises et de l’État. Derrière ces événements se profilerait un  » parti protestant  » qui œuvrerait en faveur de l’Angleterre et de l’Allemagne. Mais, à coté de l’actualité, la vision de l’histoire constitue également un enjeu et les antiprotestants, en lutte contre l’interprétation universitaire de leur époque, tentent une révision de la compréhension d’événements historiques comme la Saint-Barthélemy et la Révocation de l’Édit de Nantes. Ils accusent les protestants d’intolérance et érigent des statues à Michel Servet, victime de Calvin au XVIe siècle. La réaction protestante à ces attaques se marque non seulement par une riposte juridique, mais aussi par une auto-analyse plus critique que dans le passé. Cet axe se termine par une réflexion plus large sur la condition minoritaire en France et la manière dont la situation faite aux minorités est révélatrice du degré de démocratie de la société française. (…) L’antisémitisme de cette époque concentre deux traditions hostiles aux juifs : l’une, religieuse, qui les accuse de  » déicide « , l’autre, économique, qui les accuse de  » spéculation financière « . La conjonction de ces deux traditions engendre des thèses raciales sur une lutte éternelle entre l’  » aryen  » et le  » sémite « , alors que les accusations raciales antiprotestantes, quand elles existent, n’atteignent pas ce degré d’intensité. L’anticléricalisme est l’envers du cléricalisme : deux camps de force égale se trouvent en rivalité politico-religieuse et leurs arguments dérivent souvent dans des stéréotypes où la haine n’est pas absente. La haine anticléricale se développe lors de la lutte contre les congrégations. Mais, à partir de 1905, la séparation des églises et de l’État constitue un  » pacte laïque  » et permet un dépassement de l’anticléricalisme. (…) Paradoxalement, plus le groupe visé est faible, plus la haine à son encontre est forte. À ce titre, l’antiprotestantisme apparaît comme une haine intermédiaire entre l’anticléricalisme et l’antisémitisme. Mais, partout, à l’origine des haines, se trouve une vision conspirationniste de l’histoire : les pouvoirs établis et les idées qui triomphent sont le résultat de  » menées occultes « , d’ « obscurs complots ». Jean Bauberot
Une bonne partie de ce que nous observons dans les relations entre la France et les Etats-Unis est le produit d’une structure de relations que l’on doit penser comme la confrontation entre deux impérialismes de l’universel. (…) La France est une sorte d’idéologie réalisée: être français, c’est se sentir en droit d’universaliser son intérêt particulier, cet intérêt particulier qui a pour particularité d’être universel. Et doublement en quelque sorte: universel en matière de politique, avec le modèle pur de la révolution universelle, universel en matière de culture, avec le modèle de chic (de Paris). On comprend que, bien que son monopole de l’universel soit fortement contesté, en particulier par les Etats-Unis, la France reste l’arbitre des élégances en matière de radical chic, comme on dit outre-Atlantique ; elle continue à donner le spectacle des jeux de l’universel, et, en particulier, de cet art de la transgression qui fait les avant-gardes politiques et/ou artistiques, de cette manière (qui se sent inimitable) de se sentir toujours au-delà, et au-delà du delà, de jouer avec virtuosité de tous les registres, difficile à accorder, de l’avant-gardisme politique et de l’avant-gardisme culturel (…) C’est dire que nombre des choses qui s’écrivent ou se disent, à propos de la France ou des USA ou de leurs rapports, sont le produit de l’affrontement entre deux impérialismes, entre un impérialisme en ascension et un impérialisme en déclin, et doivent sans doute beaucoup à des sentiments de revanche ou de ressentiment, sans qu’il soit exclu qu’une partie des réactions que l’on serait porté à classer dans l’antiaméricanisme du ressentiment puissent et doivent être comprises comme des stratégies de résistance légitime à des formes nouvelles d’impérialisme… (…) En fait, on ne peut attendre un progrès vers une culture réellement universelle – c’est-à-dire une culture faite de multiples traditions culturelles unifiées par la reconnaissance qu’elles s’accordent mutuellement – que des luttes entre les impérialismes de l’universel. Ces impérialismes, à travers les hommages plus ou moins hypocrites qu’ils doivent rendre à l’universel pour s’imposer, tendent à le faire avancer et, à tout le moins, à le constituer en recours susceptible d’être invoqué contre les impérialismes mêmes qui s’en réclament. Pierre Bourdieu
Si les responsables politiques (de tous bords) pensent que leurs discours alarmistes sur la mondialisation et leurs incessantes critiques contre «l’inhumanité» du «modèle» anglo-saxon ne sont que d’inoffensives stratégies électorales destinées à gagner quelques voix, ils devraient y réfléchir à deux fois. (…) On récolte ce qu’on a semé : deux décennies de rhétorique antimondialisation et antiétranger se payent par une paralysie politique et psychologique de la France, consciente de l’urgente nécessité des réformes, mais incapable de les mettre en oeuvre. De nombreux pays européens plus solidaires que la France possèdent des marchés du travail plus libres, mais le petit pas tenté dans cette direction par la France (le CPE) soulève immanquablement l’opposition générale. (…) Si le grand public n’est pas prêt aux réformes, les responsables politiques ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes : aux Pays-Bas, les réformes ont commencé il y a vingt ans. Au Canada et en Suède, elles ont commencé il y a quinze ans et ont été menées à terme en six petites années. Le Canada et la Suède se portent bien mieux aujourd’hui qu’il y a quinze ans. Pendant ce temps, le tissu social français continue à se dégrader. (…) Les Canadiens se sont livrés à une analyse de l’hyperétatisme au cours des années 80 et 90. Les Français se sont déchaînés contre le «capitalisme sauvage» mais la droite n’a jamais dénoncé «l’étatisme sauvage», avec ses épais fourrés de réglementations tueuses d’emplois et ses prédateurs anticapitalistes, les «intellectuels». (…) La France a besoin d’un (ou d’une) dirigeant (e) centriste capable de faire la paix avec le capitalisme et la mondialisation tout en défendant les meilleurs composants de l’Etat-providence. Canadiens et Suédois ont compris que capitalisme et démocratie sociale (ou du moins stabilité sociale) avancent ensemble, ou tombent ensemble. Qui, en France, adresse ce genre de message au grand public ? Timothy Smith
J’ai acheté deux Toblerone, des couches et des cigarettes. Mona Sahlin
Des textes produits dans le plus grand secret, délibérément obscurs et édictant des mesures à effet retard, pareil à des virus informatiques, préparent l’avènement d’une sorte de gouvernement mondial invisible au service des puissances économiques dominantes …. Pierre Bourdieu
Les grandes firmes multinationales et leurs conseils d’administrations internationaux, les grandes organisations internationales, OMC, FMI et Banque mondiale aux multiples subdivisions désignées par des sigles et des acronymes compliqués et souvent imprononçables, et toutes les réalités correspondantes, commissions et comités de technocrates non élus, peu connus du grand public, bref, tout ce gouvernement mondial qui s’est en quelques années institué et dont le pouvoir s’exerce sur les gouvernements nationaux eux-mêmes, est une instance inaperçue et inconnue du plus grand nombre. Cette sorte de Big Brother invisible, qui s’est doté de fichiers interconnectés sur toutes les institutions économiques et culturelles, est déjà là, agissant, efficient, décidant de ce que nous pourrons manger ou ne pas manger, lire ou ne pas lire, voir ou ne pas voir à la télévision et au cinéma, et ainsi de suite (…). A travers la maîtrise quasi absolue qu’ils détiennent sur les nouveaux instruments de communication, les nouveaux maîtres du monde tendent à concentrer tous les pouvoirs, économiques, culturels et symboliques, et ils sont ainsi en mesure d’imposer très largement une vision du monde conforme à leurs intérêts. Pierre Bourdieu
Mais ne faut-il pas aujourd’hui plutôt parler d’anglo-américain que d’anglais, dans la mesure où la force propulsive de cette langue a surtout pour moteurs Washington, Hollywood, le Pentagone, Coca-Cola, Microsoft et Apple ? A la différence de la colonisation britannique, qui visait essentiellement les esprits des élites « indigènes », l’américanisation, s’appuyant sur des marchés financiers et industriels devenus planétaires — ceux du divertissement en premier lieu —, et la volonté des Etats-Unis de sauvegarder à tout prix leur hégémonie géostratégique ont pour cible les esprits des masses, et cela en utilisant la même langue, d’ailleurs de plus en plus éloignée de l’anglais standard. (…) Et elles bénéficient en général de l’appui d’autres « élites », notamment de celles de pays développés — dont certains furent autrefois des colonisateurs ! —, et qui, ne craignant pas l’excès de zèle, font assaut de génuflexions et de marques de servitude volontaire. L’anglo-américain, dans les faits, est devenu un vecteur de la mondialisation néolibérale. D’où sa promotion par ses « chiens de garde ». Bernard Cassen (Le Monde diplomatique)
Mon véritable adversaire n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c’est le monde de la finance. (…) Le rêve français, c’est le creuset qui permet à toutes les couleurs de peau d’être à égalité de droits et de devoirs. Le rêve français, c’est l’affirmation des valeurs universelles qui vont bien au-delà des frontières, qui vont bien au-delà de la Nation. Ce n’est pas un espace limité, mais qui est proclamé à tous, à la face du monde. Le rêve français, c’est notre histoire, c’est notre projet ! Le rêve français, c’est une force, c’est le projet que je vous propose, parce qu’il nous ressemble, parce qu’il nous rassemble ! François Hollande
Je trouve ça assez minable. C’est une grande star, tout le monde l’aime comme artiste, mais se mettre juste de l’autre côté de la frontière, il y a quelque chose d’assez minable, tout ça pour ne pas payer d’impôt. Jean-Marc Ayrault
Le fond de l’affaire est le suivant, qu’a fait le Français dans la réunion ? Il s’est pris pour un petit intelligent, économique, vachement responsable, qu’a fait des études à l’Ena, qui sait comment on doit organiser la rectification des comptes d’une nation, gna gna gnagna gna gna gna… Ben va dans une administration, tu représentes pas le peuple français quand tu fais ça ! Il faut dire : « Non, pas question. Je refuse. Je ne suis pas d’accord. » Pourquoi ? Pas en se disant « les Grecs, je sais pas quoi », mais en se disant « mais demain c’est moi ». Comment le même homme demain à la même table si on lui dit « mais M. Moscovici vous n’avez pas fait ci, vous n’avez pas fait ça, vous avez accepté telles dépenses sociales et tout… » Comment il va pouvoir dire « non » vu qu’il a déjà dit « oui » pour les Chypriotes ? Donc il se met dans leurs mains. Donc c’est un comportement irresponsable. Ou plus exactement c’est un comportement de quelqu’un qui ne pense plus en français… qui pense dans la langue de la finance internationale. Voilà.  Jean-Luc Mélenchon
Car la consigne (« Qu’ils s’en aillent tous ») ne visera pas seulement ce président, roi des accointances, et ses ministres, ce conseil d’administration gouvernemental de la clique du Fouquet’s ! Elle concernera toute l’oligarchie bénéficiaire du gâchis actuel. « Qu’ils s’en aillent tous ! » : les patrons hors de prix, les sorciers du fric qui transforment tout ce qui est humain en marchandise, les émigrés fiscaux, les financiers dont les exigences cancérisent les entreprises. Qu’ils s’en aillent aussi, les griots du prétendu « déclin de la France » avec leurs salles refrains qui injectent le poison de la résignation. Et pendant que j’y suis, « Qu’ils s’en aillent tous » aussi ces antihéros du sport, gorgés d’argent, planqués du fisc, blindés d’ingratitude. Du balai ! Ouste ! De l’air ! Jean-Luc Mélenchon
A Monsieur le Président de la République, au Premier Ministre, à mes anciens collègues du gouvernement, je demande pardon du dommage que je leur ai causé. A mes collègues parlementaires, à mes électeurs, aux Françaises et aux Français j’exprime mes sincères et plus profonds regrets. Je pense aussi à mes collaborateurs, à mes amis et à ma famille que j’ai tant déçus. J’ai mené une lutte intérieure taraudante pour tenter de résoudre le conflit entre le devoir de vérité auquel j’ai manqué et le souci de remplir les missions qui m’ont été confiées et notamment la dernière que je n’ai pu mener à bien. J’ai été pris dans une spirale du mensonge et m’y suis fourvoyé. Je suis dévasté par le remords.  Jérome Cahuzac
Il l’a dit en français mais il l’a pensé en anglais. Quand Jérôme Cahuzac a demandé pardon, on a cru entendre Bill Clinton ou Lance Amstrong … Eric Zemmour
Jadis, Léon Blum subissait ce genre de critiques. Quelle tristesse d’en être revenu là (…)  Un ministre « qui ne pense pas français » est-il autre chose qu’un traitre à sa patrie ? Que mérite-t-il sinon 12 balles dans la peau ?  Jean-Michel Aphatie
Impossible d’expliquer comment le Parti de gauche en est arrivé là. Ce qui est clair désormais, c’est que la teinte dominante du parti de gauche est une teinte nationaliste, défendue avec une violence qui peut aller jusqu’à l’insulte. Jean-Michel Aphatie
Qui a dit: »quelqu’un qui ne pense pas français,qui pense finance internationale »?pas Gringoire contre Blum,Mélenchon contre Moscovici. Beurk David Assouline
Comme toujours les crises sont révélatrices. Celle de l’euro montre qu’entre le PG et le FN, il n’y a plus grand-chose. Jean Quatremer
Donc une polémique pour rien. Toutes mes excuses à @JLMelenchon et ma hargne à l’AFP qui a planté beaucoup de monde. Jean Quatremer
C’est plus qu’une dérive ou une surenchère (…) Jean-Luc Mélenchon « est en train, par détestation de la sociale démocratie, par détestation du Parti socialiste, de franchir certaines bornes. Pierre Moscovici
M. Woerth est en quelque sorte la victime expiatoire d’un système qui n’arrive pas à se réformer. (…) Il n’y a pas en France beaucoup de règles sur le sujet, parce que le concept lui-même est mal compris ou accepté par la classe politique. C’est un concept d’origine anglo-saxonne. Les Britanniques et les Scandinaves ont l’habitude de rendre officielles, publiques, les situations de conflit d’intérêts (…) Un autre conflit d’intérêts classique est le « pantouflage », lorsqu’un agent public part dans le privé pour exercer des fonctions dans un domaine où il a exercé des responsabilités, en usant là aussi du pouvoir d’influence acquis. C’est alors un conflit d’intérêts différé. L’autre chose importante, c’est ce que les Américains appellent les « whistle-blowers », les lanceurs d’alerte. Ce sont des particuliers, les médias, l’opinion publique… Qu’on s’inquiète de ces affaires est le signe de la vitalité d’une démocratie. Il ne faut pas que le système immunitaire s’affaiblisse ! Yves Mény
Qui peut croire que cette cascade d’affaires déversant leur trop plein de boue sur notre vie politique restera sans conséquences ? (…) le chantier de la République exemplaire n’a pas été engagé avec assez de vigueur par François Hollande, et nous voilà rattrapés par la question de la collusion entre les milieux d’affaires et la classe politique engoncés jusqu’au cou dans l’eau saumâtre des affaires. (…) Comme, dans le même temps on demande au peuple de se serrer la ceinture, et que ce sont les mêmes qui font assaut d’orthodoxie budgétaire et se retrouvent pris la main dans le pot de confiture, comment s’étonner que les Françaises et les Français n’accordent plus aucune confiance, ni aucun crédit à la parole des politiques ? (…) J’en appelle donc solennellement au président de la République. Je demande un plan d’urgence contre les affaires, une opération mains propres à la française. Eva Joly

Et si c’était Mélenchon et Zemmour qui avaient raison?

A l’heure où, menacée d’être emportée par le séisme de l’affaire Cahuzac mais une vingtaine d’années après la Scandinavie, le Canada ou l’Allemagne (voir l’Italie ou plus récemment le Royaume-Uni), la France semble se diriger vers un début de réforme de l’Etat voire vers sa propre « opération mains propres »  …

Pendant qu’outre-atlantique et à présent au Japon, les inventeurs puritains de Playboy imposent leurs « breastaurants »

Comment ne pas voir….

Derrière le populisme national-républicain d’un Mélenchon à gauche retrouvant les accents de Grégoire contre les juifs (ou de Zola 50 ans plus tôt contre les protestants ?) pour vomir le capitalisme international apatride …

Ou celui d’un Zemmour à droite fustigeant, pour défendre les frasques d’un DSK ou enfoncer un peu plus les demandes de pardon d’un Cahuzac, le puritanisme anglosaxon …

Voire le réformisme social-démocrate honteux d’un Hollande vitupérant la finance et les riches ou d’un Ayraut dénonçant le « minable » Depardieu …

La preuve que l‘éthique dite protestante est effectivement toujours largement une langue étrangère au pays de Colbert?

Qui ne voit le contentieux toujours non réglé entre le tabou encore bien vivant d’une France catholique qui a gardé toute sa méfiance vis à vis de l’argent, du travail ou de ses élites économiques et financières

Et une certaine exigence éthique d’un monde protestant (anglo-saxon ou nordique) …

Où, du fait notamment d’une universalisation plus précoce de l’alphabtisation pour raisons religieuses (tout fidèle, homme ou femme, se devant de lire la Bible pour lui ou elle-même), les femmes se voient accorder bien plus tôt l’émancipation politique …

Mais où les responsables politiques peuvent aussi se voir arrêtés pour des notes de frais frauduleuses …

Voire contraints de se retirer pour une affaire de couches-culottes et de Toblerone payés avec une carte de crédit professionnelle  ou critiqués pour s’être garé sur une place pour handicapés ?

Éric Zemmour : «Quand Jérôme Cahuzac a demandé pardon, on a cru entendre Bill Clinton ou Lance Amstrong»

Eric Martin

Nouvelles de France

5 avr, 2013

Le Zemmour du vendredi. « Il l’a dit en français mais il l’a pensé en anglais. Quand Jérôme Cahuzac a demandé pardon, on a cru entendre Bill Clinton ou Lance Amstrong ou les innombrables candidats à la présidentielle américaine pris la main dans le sac d’un banal adultère venu à la télé avec femme et enfant faire acte public de contrition. On croyait voir Dominique Strauss-Kahn aussi… Les mots sont les mêmes, les manières, les postures. Les communicants n’ont aucune originalité, ne se renouvellent pas, se copient les uns les autres, ressassant tous le même modèle made in USA. Mais ils ne sont pas les seuls. Quand les médias titrent sur les mensonges du ministre, on retrouve la thématique puritaine d’outre-Atlantique. Les Européens, les Latins en particulier, nous avaient habitué à une plus grande subtilité héritée de la Renaissance italienne qui tentait d’évaluer l’homme d’État utile au pays bien que corrompu (Mazarin, Danton…) du vertueux dangereux (Robespierre ou Savonarole). Désormais, une député propose une loi établissant un délit de parjure, avec serment sur la Bible pendant qu’elle y est ! Quand Mélenchon a accusé Moscovici de ne plus penser en français mais dans la langue de la finance internationale, les socialistes ont cru habile de lui accrocher le gros lot infamant de l’antisémitisme. Ils ont un siècle de retard, quand les mêmes socialistes ânonnent leurs éléments de langage sur la faute d’un homme seul, quand Jean-Louis Borloo, parle ici, à RTL, avec drôlerie, des Toblerone qu’on planquait en revenant de Suisse, ils ont, eux, cinquante ans de retard. La nostalgie n’est plus ce qu’elle était… »

Voir également:

Mélenchon n’est pas antisémite, mais Moscovici n’est pas un salopard

Orfraies, perroquets et autres noms d’oiseaux

Régis de Castelnau

Causeur

29 Mars 2013

Jean Quatremer, Jean-Michel Apathie et Harlem Désir, superbe trio d’intelligence française, ont lancé au moment du congrès du parti de gauche un buzz accusant Jean-Luc Mélenchon d’être antisémite. Déclenchant immédiatement les surenchères, les références aux « années noires », les rappels à Doriot, à Déat. Premier arrivé au point Godwin !

Cela s’est dégonflé rapidement, heureusement. L’utilisation systématique de la qualification d’ « antisémite » commence à être très usée, et nombreux sont ceux qui craignent qu’elle soit désormais très contre-productive. Voir à ce propos la sortie de Pierre Bergé sur « l’humus antisémite » dont seraient issus les opposants au mariage gay. Cela me rappelle le petit conte de mon enfance sur l’enfant qui criait au loup.

Donc, bien évidemment, Jean-Luc Mélenchon n’est pas antisémite. Il est probablement plein d’autres choses. Certains le traitent de « Petit Timonier », d’autres de successeur de Kim Il-sung ou de réincarnation de Staline. Tout ceci étant probablement usurpé. Pour ma part, j’ai du mal à le voir autrement que le trotskiste (et lambertiste en plus !) qu’il fut. Maxime Gremetz, dans sa rustique jovialité, va jusqu’à considérer qu’il est socialiste [1] !

Mais ce qui est intéressant, c’est l’attitude politique qui est la sienne depuis l’élection de François Hollande. Ce que Libération, mieux inspiré que d’habitude a appelé « la lutte des clashs ». L’absence de ligne politique lisible, le soutien de béton armé aux initiatives sociétales du PS, la contradiction entre l’appel à la Raison et l’adoption des coquecigrues écolos, l’impossibilité de mordre au-delà du périmètre classique du gauchisme, tout cela doit être masqué par une surenchère de vitupérations.

Quelles sont les phrases récentes qui ont donné lieu à polémique ? « petit intelligent qui a fait l’ENA, qui a le comportement irresponsable de quelqu’un qui ne pense plus en français, qui pense dans la langue de la finance internationale »

Et puis la contribution d’un porte-flingue qui a dénoncé : « les 17 salopards de l’Europe. Dans ces 17 salopards, il y a un Français, il a un nom, il a une adresse, il s’appelle Pierre Moscovici et il est membre du Parti Socialiste »1 [2].

Tout est déplaisant dans ces sorties démagogiques. Pas antisémite, mais déplaisant.

D’abord, l’attaque ad hominem, est un exercice qui, s’il n’est pas manié avec beaucoup de circonspection, peut vite se retourner contre l’auteur. Ensuite, l’utilisation de la vieille ficelle démagogique anti-ENA. C’est déshonorant d’avoir fait l’ENA ? Non, c’est une chance que beaucoup tentent au travers d’un concours difficile et sélectif. Il faut peut-être rappeler que c’est une école qui a été créée par Michel Debré en 1946 pour mettre fin au système de cooptation dans la haute fonction publique d’État qui avait donné les résultats que l’on connaît avec l’effondrement de l’administration en 1940. Il y a eu bien évidemment des effets pervers, formatage, esprit de corps. Comme dans toutes les grandes écoles. Mais que l’on conserve car elles sont un des éléments de la méritocratie républicaine.

Enfin, la dénonciation de Pierre Moscovici comme représentant d’un européisme anti-France. C’est tout simplement un contresens. À mon avis, il n’y a pas de doute que Pierre Moscovici pense, de bonne foi, servir l’intérêt de son pays. Et je crois même qu’il est patriote. En tout cas je lui en fais le crédit.

Le problème n’est pas là, il appartient à une élite (au sens des fonctions occupées) qui a une vision de l’avenir de la France comme étant celle d’une puissance de troisième ordre, en déclin, qui doit, pour conserver une petite place, se plier aux exigences des dominants que sont le capitalisme financier, les États-Unis et surtout en Europe, l’Allemagne.

Commence à émerger un parallèle terrible, avec la situation de la France en 1940. Dans les années 1930, les élites ont failli par faiblesse, par lâcheté, avant d’accepter la défaite et à chercher les accommodements avec l’occupant. Nous avons aujourd’hui, comme à l’époque, ceux qui nous disent que nous l’avons mérité, que nous avons vécu au-dessus de nos moyens (l’esprit de jouissance n’est-ce pas ?), que nous devons accepter l’austérité, la destruction de notre système de santé, le délitement de notre enseignement, la mise à bas de notre système de retraite, l’abandon de nos programmes de recherche. Par la mise en place d’un système d’austérité imbécile qui, sous prétexte de diminuer les dépenses pour rembourser la dette, va déboucher sur le tarissement des recettes, et par conséquent plus d’austérité, ad infinitum. Seule, l’Allemagne, à la place où elle est aujourd’hui, en profitera. Obtenant par l’économie ce qu’elle n’a pu gagner par les armes. Avec une fois de plus la complaisance des élites et des couches moyennes. Emmanuel Todd disait, en forme de provocation, validant le parallèle entre les élites de la France de 1940 et celles d’aujourd’hui, qu’il fallait un choc pour qu’elles s’effondrent et disparaissent. Pour être remplacées par de nouvelles comme cela s’est passé après la seconde guerre mondiale.

Nous verrons, mais ce qui est sûr c’est qu’il existe aujourd’hui comme hier, dans les élites françaises un courant de résignation et d’accommodement. Rappelons quand même, que le 10 juillet 1940, à Vichy, la majorité du groupe socialiste au Parlement vota les pleins pouvoirs à Pétain et l’abolition de la République. Non pas parce qu’ils croyaient à la « Révolution nationale », mais par peur. Et par volonté de se soumettre. Le Parti socialiste qui a très souvent capitulé dans son histoire, a une vraie culture de la soumission. La capitulation n’est pas la trahison, mais elle peut y mener.

Rappelons à ceux, hommes politiques, journalistes, hauts fonctionnaires, qui nous demandent de nous résigner, qui nous disent qu’il n’y a pas d’alternative, qu’on peut mal aimer et défendre son pays. Et de leur dire que c’est peut-être le moment de relire L’étrange défaite de Marc Bloch.

Le 18 juin 1941, pour le premier anniversaire de l’Appel, Charles De Gaulle fit un discours au Caire qui commençait par ces mots : « Le 17 juin 1940 disparaissait à Bordeaux le dernier gouvernement régulier de la France. L’équipe mixte du défaitisme et de la trahison s’emparait du pouvoir dans un pronunciamento de panique. Une clique de politiciens tarés, d’affairistes sans honneur, de fonctionnaires arrivistes et de mauvais généraux se ruait à l’usurpation en même temps qu’à la servitude. Un vieillard de quatre-vingt-quatre ans, triste enveloppe d’une gloire passée, était hissé sur le pavois de la défaite pour endosser la capitulation et tromper le peuple stupéfait. »

La perfection. L’Histoire écrite en quatre phrases. Rien à ajouter. Rien à retrancher.

Aujourd’hui, les politiciens tarés, les affairistes sans honneur, et les fonctionnaires arrivistes, nous en avons notre part. Les mauvais généraux ? Nous n’allons peut-être pas tarder à les connaître.

La presse annonce qu’est présenté au Conseil de Défense un plan d’économies drastiques (30 régiments supprimés, arrêt de la plupart des programmes techniques de l’armement et la vente (!) ou la « mise sous cocon » du porte-avions Charles De Gaulle.) Dans un éditorial étonnamment sévère, le journal Le Monde du 26 mars s’indigne de ces propositions [3].

La dissuasion nucléaire ne perd rien pour attendre.

« En un mot, la France changerait de rang. Au moment où la Grande-Bretagne choisit, hélas, le même chemin, la France renoncerait à appartenir au club des puissances militaires qui comptent encore et placerait de facto sa sécurité sous le parapluie américain. C’est absurde stratégiquement ».

Alors, Jean-Luc Mélenchon, voilà un sujet qui concerne très directement l’intérêt national. C’est peut-être l’occasion de montrer, au-delà des effets de tribune, que vous êtes un homme politique conséquent…

Un petit préalable. Le mot d’ordre du congrès du Parti de Gauche du week-end dernier était : « on lâche rien ! ». Et bien désolé, lorsque l’on reproche à quelqu’un de « ne plus penser en français », la moindre des choses est de soi-même s’exprimer correctement dans cette langue. La suppression volontaire de la négation, ça fait peuple ? Le Parti Communiste Français (le vrai) ne se serait jamais permis cette facilité. Il veillait au contraire à la syntaxe de son expression officielle. Probablement par respect pour les gens auxquels il s’adressait. ↩ [4]

[1] jusqu’à considérer qu’il est socialiste: http://www.dailymotion.com/video/xgqbun_melenchon-fermera-sa-gueule-maxime-gremetz_news

[2] 1: #fn-21849-1

[3] s’indigne de ces propositions: http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/03/26/armee-amputee-france-declassee_3147929_3232.html

[4] ↩: #fnref-21849-1

 Voir encore:

Matamores

Eric Decout

Libération

25 mars 2013

La politique est histoire de mots. Les bons et les vifs qui font des petites phrases grotesques ou ciselées. Des saillies parfois drôles et souvent plus efficaces qu’une longue tirade. Ce sont ces mots qui viennent pimenter et animer le débat public, comme ce «capitaine de pédalo» dont Mélenchon affubla Hollande lors de la dernière campagne présidentielle.

Et puis, il y a les mots qui discriminent, insultent et dont le but, comme un usage abusif de la force, ne semble être que la destruction de l’opposant. C’est ainsi qu’Henri Guaino accuse le juge Gentil de «salir la France», martelant son injure comme un boxeur frappe son adversaire. C’est encore François Delapierre qualifiant de «salopards» les 17 membres de l’Eurogroupe, et son mentor Mélenchon usant d’arguments ambigus pour fustiger Moscovici.

Ces violences verbales, qui ont fait florès ces derniers jours, pourraient se justifier par une liberté de ton et la volonté de briser des convenances. Mais elles traduisent surtout la vacuité des discours de leurs auteurs. Le propos de Guaino, qui ne connaît rien au dossier secret du juge d’instruction, est vide et les propositions de Delapierre pour régler la crise chypriote sonnent creux. Cette poignée de matamores de la politique, en rabaissant le débat public, prend le risque de faire prospérer le populisme et l’extrême droite.

Voir aussi:

L’intégralité du discours de Hollande au Bourget

Le Nouvel Observateur

22-01-2012

Retrouvez le discours prononcé au Bourget ce 22 janvier par le candidat socialiste.

Nouvel Observateur

Mes chers amis, vous qui êtes ici, vous qui me regardez de loin, de plus loin même, je suis venu vous parler de la France, et donc de la République. Je suis venu vous parler de la France qui souffre, mais aussi de la France qui espère. Je suis venu vous parler de la France d’aujourd’hui – une page est en train de s’effacer – et de la France de demain – nous sommes en train de l’écrire. Je suis venu vous parler de la France que nous allons construire le 6 mai. Je le fais ici en Seine-Saint-Denis, ce département aux multiples couleurs, le plus jeune de France, qui accumule tant de difficultés, et qui en même temps recèle tant d’atouts.

Chacune, chacun, ici, plus loin, en métropole, en Outre-mer a son histoire, ses racines, son parcours, ses préférences, sa singularité. Mais nous appartenons à la même Nation, avec ses valeurs, ses principes, sa culture, sa langue, ses institutions et nous aspirons donc au même avenir. L’enjeu de cette campagne qui commence, n’allez pas le chercher dans un affrontement partisan. L’enjeu de cette campagne va bien au-delà de nous, de la Gauche. L’enjeu de cette campagne, à trois mois du premier tour, c’est la France. C’est la France, toujours.

Devant vous rassemblés, foule nombreuse, des milliers, je ressens une profonde émotion, celle d’exprimer votre conviction, votre volonté, votre espérance. Je mesure la fierté d’avoir été désigné par des primaires citoyennes comme candidat à l’élection présidentielle. J’ai conscience de la tâche qui est la mienne : incarner le changement, faire gagner la Gauche et redonner confiance à la France.

Nous sommes ici, mes chers amis, pour changer le destin de notre pays. Je suis prêt à assumer cette responsabilité et donc à vous dire quelle est ma conception de la présidence de la République, et ce qui justifie que je me présente aujourd’hui. Quelle est la plus grande mission que de présider la République française ?

Présider la République, c’est se dévouer à l’intérêt général, dont toute décision doit procéder. C’est éprouver la France par sa raison et dans son cœur. C’est prolonger l’histoire de notre pays, qui vient de loin, avant la République, avec la République, et qui a souvent, si souvent éclairé l’histoire du monde. C’est se situer à cette hauteur. C’est s’en montrer digne, partout, en tout lieu et dans tous les actes qu’exige la fonction présidentielle.

Présider la République, c’est préserver l’Etat, sa neutralité, son intégrité, face aux puissances d’argent, face aux clientèles, face au communautarisme. Présider la République, c’est être viscéralement attaché à la laïcité, car c’est une valeur qui libère et qui protège. Et c’est pourquoi j’inscrirai la loi de 1905, celle qui sépare les Eglises de l’Etat, dans la Constitution.

Présider la République, c’est refuser que tout procède d’un seul homme, d’un seul raisonnement, d’un seul parti, qui risque d’ailleurs de devenir un clan. Présider la République, c’est élargir les droits du Parlement. C’est reconnaître les collectivités locales dans leur liberté. C’est engager un nouvel acte de la décentralisation. C’est promouvoir les partenaires sociaux. C’est reconnaître leur rôle dans la Constitution. C’est faire participer les citoyens aux grands débats qui les concernent, et le premier sera l’avenir de l’énergie en France.

Présider la République, c’est choisir les femmes, les hommes qui gouverneront la France en respectant leurs compétences, et d’abord celles du Premier ministre. Présider la République, c’est accepter de partager le pouvoir de nomination aux plus hautes fonctions. C’est aussi ne pas nommer le président ou les présidents des chaînes ou des radios du service public audiovisuel et laisser cette mission à une autorité indépendante.

Présider la République, c’est démocratiser les institutions. Et j’introduirai le non-cumul des mandats pour les Parlementaires, une part de proportionnelle à l’Assemblée nationale, la parité dans l’exercice des responsabilités et le droit de vote des étrangers aux élections locales, sans rien craindre pour notre citoyenneté, pour la cohésion du pays, en mettant de côté les peurs, les frilosités et les conservatismes.

Présider la République, c’est faire respecter les lois pour tous, partout, sans faveur pour les proches, sans faiblesse pour les puissants, en garantissant l’indépendance de la justice, en écartant toute intervention du pouvoir sur les affaires, en préservant la liberté de la presse, en protégeant ses sources d’information, en n’utilisant pas le renseignement ou la police à des fins personnelles ou politiques. Présider la République, c’est être impitoyable à l’égard de la corruption. Et malheur aux élus qui y succomberont ! Présider la République, c’est rassembler, c’est réconcilier, c’est unir, sans jamais rien perdre de la direction à suivre. C’est écarter la stigmatisation, la division, la suspicion, les oppositions entre Français, ceux qui seraient là depuis toujours, ceux qui seraient là depuis moins longtemps.

Présider la République, c’est élever et ne jamais abaisser. Présider la République, c’est être ferme, ferme y compris à l’égard de l’immigration clandestine et de ceux qui l’exploitent. Mais c’est traiter dignement les étrangers en situation régulière et ceux qui ont vocation à l’être sur la base de critères objectifs. C’est accueillir les étudiants étrangers qui veulent apprendre dans notre pays pour enrichir le leur et qui font rayonner la France. Et aucune circulaire ne doit empêcher de circuler les étudiants, les savants, les artistes qui viennent ici pour donner le meilleur d’eux-mêmes.

Présider la République, c’est porter les valeurs de la France dans le monde. C’est considérer les autres peuples pour qu’ils nous estiment en retour. C’est s’abstenir de faire la leçon, y compris sur leur place dans l’histoire. C’est ne jamais transiger avec les fondements du génie français, qui sont l’esprit de liberté, la défense des droits de l’homme, l’attachement à la diversité culturelle et à la francophonie, la belle langue de France parlée par d’autres que des Français. Présider la République, c’est ne pas inviter les dictateurs en grand appareil à Paris. Présider la République, c’est utiliser notre siège au Conseil de sécurité des Nations-Unies pour acter le départ de ceux qui écrasent leur peuple, comme Bachar el-Assad en Syrie. C’est inlassablement contribuer à la paix au Proche-Orient.

Mais Présider la République, c’est savoir aussi prendre des décisions difficiles, pas simplement à la suite d’un drame. Je pense à nos morts en Afghanistan, auxquels je veux rendre hommage ici, avec émotion, avec dignité, avec respect, comme aux blessés qui souffrent dans leur chair. Je pense à leurs familles dans la peine. Je les ai écoutées. Je pense à leurs proches qui s’interrogent. Ces hommes assassinés faisaient leur devoir. Leur sacrifice suscite le respect de la Nation toute entière. Mais il faut aussi avoir la lucidité d’affirmer, au-delà du dévouement des hommes là-bas pour leur pays, que notre mission est terminée. Elle avait été engagée il y a plus de dix ans par Lionel Jospin et Jacques Chirac dans un but précis, qui était de répondre à l’attaque terroriste sur les Etats-Unis. Je l’avais pleinement approuvée. Et bien aujourd’hui, cette mission est achevée. Il est donc temps de décider le retrait qui s’impose, et je l’ai décidé de longue date. J’en assumerai donc, si les Français m’en donnent mandat, toute la responsabilité. J’en préviendrai nos alliés et je ferai en sorte que ce retrait se fasse en bon ordre, sans en aucune façon menacer la vie de nos soldats.

Présider la République enfin, c’est donner le meilleur de soi-même, sans jamais attendre en retour récompense ni même reconnaissance. C’est être ambitieux pour son pays et humble pour soi-même. C’est se donner pleinement, entièrement à la cause que l’on a choisie, la seule cause qui vaille : servir la France. Présider la République, c’est mettre toute la puissance de l’Etat au service des citoyens. C’est donner l’exemple, y compris dans son comportement et pour sa propre rémunération. Et je ne dis pas cela par facilité ou par commodité ou pour plaire, mais tout simplement parce que ce doit être un principe. Je réduirai de 30 % les indemnités du Président et des membres du gouvernement, tout simplement pour donner l’exemple au moment où, précisément, des efforts sont demandés à nos concitoyens.

Présider la République, c’est à cette fonction que je me suis préparé. J’en sais la grandeur, la dureté. Je veux le faire en étant digne de votre confiance et en restant fidèle à moi-même. Tout dans ma vie m’a préparé à cette échéance : mes engagements, mes responsabilités, mes réussites, mes épreuves. J’ai toujours suivi la ligne que je m’étais fixée.

Je suis socialiste. La Gauche, je ne l’ai pas reçue en héritage. Il m’a fallu décider lucidement d’aller vers elle. J’ai grandi en Normandie dans une famille plutôt conservatrice. Mais cette famille m’a donné la liberté de choisir, par son éducation. Je remercie mes parents. Mon père, parce qu’il avait des idées contraires aux miennes et qu’il m’a aidé à affirmer mes convictions. Ma mère, parce qu’elle avait l’âme généreuse et qu’elle m’a transmis ce qu’il est de plus beau : l’ambition d’être utile.

La Gauche, je l’ai choisie, je l’ai aimée, je l’ai rêvée avec François Mitterrand dans la conquête. La Gauche, je l’ai défendue fermement dans ses réalisations : celles de 1981, celles de 1988. La Gauche, je l’ai servie comme élu de la République, comme député. La Gauche, je l’ai dirigée avec Lionel Jospin, quand nous gouvernions ensemble le pays avec honneur et j’en revendique les avancées. Aujourd’hui, c’est moi qui vous représente. C’est moi qui porte votre espoir. C’est moi qui porte l’obligation de gagner. C’est moi qui vais dans ce combat vous conduire à la victoire, celle que vous attendez depuis trop longtemps, dix ans déjà. Dix ans qu’une droite s’est installée au pouvoir et qu’elle a défait ce que nous avons construit.

Chers amis, laissez-moi vous en dire davantage. Je suis un élu de la France rurale où les agriculteurs démontrent l’excellence de leur travail sans en recevoir le revenu qu’ils méritent. Je suis de ce Limousin, de cette Corrèze où j’ai tant appris. J’ai été maire de Tulle, une ville petite par la taille, à peine 17 000 habitants, mais grande par l’histoire. Tulle a été une cité de la Résistance. Elle a souffert le martyre : 99 pendus, 200 déportés le 9 juin 1944, emportés par la barbarie nazie. Chaque année, ce 9 juin, un cortège s’ébranle dans les rues de ma ville pour rappeler la mémoire des suppliciés. Une guirlande est accrochée au balcon, là où un corps sans vie se balançait lentement. J’ai leur nom dans la tête. Ce sont mes héros. Je ne les oublierai jamais. Ils me font avancer. Ils me rappellent à chaque moment la belle leçon d’humanité de ceux qui ont sacrifié leur vie, leur vie pour notre liberté. Ces résistants n’ont pas eu de célébrité, pas de récompense, pas de médaille. Ils ne cherchaient rien, ils ne demandaient pas des bonus ou des stocks-options pour leurs actions. Ils étaient des hommes, des femmes fiers. Ce n’était pas l’ambition ou la cupidité qui les animaient. Ceux-là ont sauvé notre honneur parce qu’ils croyaient d’abord dans les valeurs de la France. Et bien c’est leur lutte qui m’éclaire aujourd’hui.

Je suis président d’un Conseil général, celui de la Corrèze. Un département célèbre pour ses personnalités politiques, mais qui est exigeant. Celui qui réussit à obtenir son soutien a au moins des qualités de cœur, même s’il n’a pas toujours raison. Rien ne m’a été donné. Ce que j’ai arraché, je l’ai conquis et je l’ai fait fructifier. J’ai déclaré ma candidature à l’élection présidentielle il y a presque un an. J’ai réussi à convaincre les électeurs des primaires citoyennes, quand bien peu imaginaient mon succès à l’origine. J’ai veillé, au lendemain de cette consultation, à rassembler tous ceux qui s’y étaient présentés, et je les salue avec affection, comme je salue Martine Aubry qui nous a permis de nous retrouver tous ensemble, et Jean-Michel Baylet qui nous apporte aussi les Radicaux de gauche.

Chers amis, si j’en suis là, c’est le fruit de cette obstination. Le hasard n’y est pour rien. C’est un aboutissement. Vous me connaissez, certains, depuis longtemps, trente ans. C’est un bail qui récompense, pour les uns et pour les autres, une fidélité et une ténacité. C’est vrai que je ne m’exhibe pas, je reste moi-même, c’est ma force. Ce que vous voyez ici, c’est ce que je suis. Je veux conquérir le pouvoir, mais je ne suis pas un vorace, je veux simplement le mettre au service des Français. Le pouvoir, j’en sais la nécessité, l’utilité, et j’en connais les dérives. Je suis placide avec ces choses, j’ai fait de l’engagement ma vie entière. J’ai sacrifié beaucoup. J’ai donné, j’ai reçu du temps, du travail, des coups, mais j’ai une cohérence, je m’y tiens, je suis constant dans mes choix. Je n’ai pas besoin de changer en permanence pour être moi-même. J’ai conscience que l’Etat, pour être efficace, appelle une direction sûre à sa tête, mais qu’il n’y a pas de réussite possible si celui qui est à la tête du pays, précisément, n’associe pas les autres, ne mobilise pas les intelligences, ne gagne pas le meilleur de ce qu’il y a dans chacun d’entre nous, ne fait pas entendre la voix du rassemblement, de la réconciliation et de l’apaisement. Je n’aime pas les honneurs, les protocoles et les palais. Je revendique une simplicité qui n’est pas une retenue, mais la marque de l’authentique autorité.

Je vais vous confier mon secret, ce secret que j’ai gardé depuis longtemps mais que vous avez sans doute découvert : j’aime les gens, quand d’autres sont fascinés par l’argent. Je prends chaque regard comme une attente, chaque visage comme une curiosité, chaque poignée de main comme une rencontre, chaque sourire comme une chance.

Je connais l’Etat pour en être issu et pour l’avoir servi de multiples façons. Certains me reprochent de n’avoir jamais été ministre. Quand je vois ceux qui le sont aujourd’hui, cela me rassure ! Ce sont les mêmes qui reprochaient en son temps à François Mitterrand de l’avoir été onze fois ! Et dois-je rappeler, en gardant la comparaison, que Georges Clémenceau ne devint ministre et président du Conseil qu’à 65 ans ? Mais je n’attendrai pas jusque-là, je vous le promets ! Je sais aussi que l’Histoire peut être tragique, que rien n’est jamais acquis, que tout ce que l’on croit irréversible, inaltérable, inattaquable peut être à tout moment atteint en son cœur. La crise, le fanatisme, le terrorisme, sans oublier les catastrophes naturelles : nous ne sommes jamais en paix. Le cours de l’Humanité n’est pas tranquille. Il connaît d’inexplicables assèchements, et parfois d’impensables débordements. L’homme d’Etat doit se préparer à tout, c’est-à-dire au pire, et toujours rester vigilant, poursuivre inlassablement le combat qui est le sien pour le progrès, pour la dignité humaine, pour la démocratie, ne pas se laisser détourner pas les mouvements d’humeur, par les modes, par les contournements de l’Histoire, tenir son cap. Je suis un optimiste de la volonté. Je crois que le meilleur est possible, qu’un peuple réuni autour d’un projet commun construit sa propre histoire. Je suis convaincu que les Français attendent aujourd’hui une direction forte, un rassemblement sur l’essentiel, et surtout de la part de celui qui doit les conduire, une considération, un apaisement, un respect, une confiance.

La confiance est un mot qui ne figure pas dans les lois ou dans les règlements, qui ne coûte rien mais qui peut rapporter beaucoup. Elle commande beaucoup de choses. Elle ne résout rien par elle-même, mais elle autorise tout si on sait la saisir. Et c’est pourquoi je veux redonner confiance aux Français.

Deux grandes dates ont marqué ma vie politique, l’une violente, le 21 avril 2002, une blessure que je porte encore sur moi, j’en ai la trace, ce soir terrible ou l’extrême droite, faute de vigilance et de lucidité face à la menace, face à la dispersion, met la Gauche hors-jeu et permet à la Droite de s’installer pour dix ans. J’en ai tiré toutes les leçons. Moi, je ne laisserai pas faire, je ne laisserai pas les ouvriers, les employés, aller vers une famille politique qui n’a jamais rien fait pour servir les intérêts de ces classes-là. Je ne laisserai pas un parti caricaturer les problèmes sans jamais apporter la moindre solution crédible. Je ne laisserai pas une formation politique se présenter comme la voix du peuple alors qu’elle veut simplement se servir de lui. Je ne laisserai pas s’éloigner au nom de la France des citoyens, nos amis, qui peuvent penser que l’ennemi est ici, qu’il a une couleur et une religion, ce qui serait contraire aux principes mêmes de notre République. Je ne laisserai pas utiliser la colère et la détresse pour mettre en cause la République, la construction européenne et les droits de l’homme. Je ne laisserai pas une formation politique réclamer le rétablissement de la peine de mort. Je me battrai, je me battrai jusqu’à mon dernier souffle pour conjurer ce risque et pour éviter que l’élection présidentielle soit tronquée. Parce que ce qu’attendent une grande majorité de nos concitoyens, c’est finalement le choix entre la Gauche et le Droite, c’est-à-dire le choix le plus clair pour permettre à notre pays de faire véritablement la décision.

L’autre date qui reste gravée dans ma mémoire est plus heureuse, c’est le 10 mai 1981. J’avais 26 ans. Je sais ce qu’elle a représenté pour tous ceux qui avaient attenu pendant des décennies, si longtemps donc, ce moment, l’alternance enfin, le bonheur de la victoire. Il y a eu bien sûr d’autres succès pour la Gauche : 1988, 1997, mais ils ne pouvaient pas avoir la même portée. Et pour autant, je ne veux pas verser dans la nostalgie. L’épopée de la Gauche ne peut pas se réduire à des moments exceptionnels : 1936, 1981. Moi, je veux installer la Gauche dans la durée, et si je suis candidat, c’est pour renouer le fil, pour poursuivre la marche, pour mettre en accord la Gauche avec la France. Je veux, amis ici et au-delà, voir votre bonheur le 6 mai, la joie, je veux voir la joie de la conquête, l’enthousiasme de l’audace, et en même temps les débordements de la liberté. Je veux gagner avec vous le droit de présider la France.

Je connais bien notre pays, je l’ai parcouru, sillonné tant de fois, sans jamais me lasser de le découvrir. Je connais ses villes qui changent, qui créent, qui entreprennent, ses espaces façonnés par le travail patient de nos agriculteurs, son espace maritime travaillé par les pêcheurs, ses lieux de production où l’intelligence des salariés se conjugue avec la compétence des ingénieurs. Je n’ignore rien non plus de nos villages où le silence s’est fait et où la vie s’est retirée, je n’ignore rien de ces quartiers de relégation où se mêlent la colère, le désespoir et malgré tout le talent et la volonté de réussir. C’est cette France que je veux avec vous servir.

Comme vous, je connais la gravité de l’heure que nous vivons. Une crise financière déstabilise les Etats, des dettes publiques énormes donnent aux marchés tous les droits. L’Europe se révèle incapable de protéger sa monnaie de la spéculation. Notre propre pays est confronté à un chômage record et s’enfonce dans la récession autant que dans l’austérité. Le doute s’est installé. Je le mesure chaque jour. Il se charge en défiance envers l’Europe et même envers la démocratie. Il se transforme en indignation devant l’injustice d’un système, l’impuissance d’une politique, l’indécence des nantis. Il dégénère en violence privée, familiale, sociale, urbaine, avec cette terrible idée qui s’est installée, qui se diffuse dans notre conscience collective : la marche vers le progrès se serait arrêtée, nos enfants seraient condamnés à vivre moins bien que nous. Eh bien, c’est contre cette idée-là que je me bats. Voilà pourquoi je suis candidat à l’élection présidentielle. Je veux redonner confiance aux Français dans leur vie : la France a traversé dans son histoire bien des épreuves, bien des crises, des guerres, des révolutions, elle les a toujours surmontées, toujours en refusant l’abaissement, la résiliation, le repli, jamais en succombant au conformisme, à la peur, à la loi du plus fort, mais en restant fidèle aux valeurs de la République, en allant puiser en elle-même le courage pour accomplir les efforts, pour défendre son modèle social, pour garder sa fierté en redressant la tête, en regardant lucidement le défi à affronter, en débattant librement et en faisant les choix qui s’imposent.

Il n’y a jamais, je dis bien jamais, une seule politique possible, quelle que soit la gravité de la situation. L’Histoire n’est pas l’addition de fatalités successives, elle nous enseigne qu’il y a toujours plusieurs chemins. La voie que je vous propose, c’est le redressement dans la justice, c’est l’espérance dans la promesse républicaine.

Mais avant d’évoquer mon projet, je vais vous confier une chose. Dans cette bataille qui s’engage, je vais vous dire qui est mon adversaire, mon véritable adversaire. Il n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera donc pas élu, et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c’est le monde de la finance. Sous nos yeux, en vingt ans, la finance a pris le contrôle de l’économie, de la société et même de nos vies. Désormais, il est possible en une fraction de seconde de déplacer des sommes d’argent vertigineuses, de menacer des Etats.

Cette emprise est devenue un empire. Et la crise qui sévit depuis le 15 septembre 2008, loin de l’affaiblir, l’a encore renforcée. Face à elle, à cette finance, les promesses de régulation, les incantations du « plus jamais ça » sont restées lettre morte. Les G20 se sont succédés sans résultat tangible. En Europe, 16 sommets de la dernière chance ont été convoqués pour reporter au suivant la résolution définitive du problème. Les banques, sauvées par les Etats, mangent désormais la main qui les a nourries. Les agences de notation, décriées à juste raison pour n’avoir rien vu de la crise des subprimes, décident du sort des dettes souveraines des principaux pays, justifiant ainsi des plans de rigueur de plus en plus douloureux. Quant aux fonds spéculatifs, loin d’avoir disparu, ils sont encore les vecteurs de la déstabilisation qui nous vise. Ainsi, la finance s’est affranchie de toute règle, de toute morale, de tout contrôle.

Disant cela, je ne montre pour autant aucune indulgence sur le quinquennat qui arrive à son terme. Mais là n’est déjà plus la question. Les jugements sont faits. Commencé dans la virevolte, ce quinquennat finit dans la tourmente. Plombé par des cadeaux fiscaux destinés aux plus fortunés, il s’achève par des hausses de prélèvements imposées à tous les Français. Inauguré par une promesse de retour au plein emploi, il se termine par un chômage record. Et que dire des déficits, de la dette, de la désindustrialisation, de la démolition des services publics, notamment de l’école ?

Un seul mot résume cette présidence : la dégradation. Tout s’est dégradé. Je ne parle pas d’une note. Je ne parle même pas des comptes publics. Je parle des conditions de vie, des comportements, tout simplement de la situation du pays. A l’injustice dans les choix, l’incohérence des décisions se sont ajoutés l’accaparement du pouvoir et la connivence avec les puissants, avec ce paradoxe ultime que la volonté d’omnipotence débouche sur un aveu d’impuissance. Voilà pourquoi le changement n’est pas seulement celui d’un président, d’un gouvernement ou d’une majorité. Il faut aller bien plus loin : c’est un changement de politique, de perspective, de dimension qu’il faut offrir à notre pays le 22 avril et le 6 mai.

Si la finance est l’adversaire, alors il faut l’affronter avec nos moyens et d’abord chez nous, sans faiblesse mais sans irréalisme, en pensant que ce sera un long combat, une dure épreuve mais que nous devrons montrer nos armes. Maîtriser la finance commencera ici par le vote d’une loi sur les banques qui les obligera à séparer leurs activités de crédit de leurs opérations spéculatives. Aucune banque française ne pourra avoir de présence dans les paradis fiscaux.

Les produits financiers toxiques, c’est-à-dire sans lien avec les nécessités de l’économie réelle seront purement et simplement interdits. Les stocks options seront supprimées. Et les bonus encadrés Enfin, je proposerai une taxe sur toutes les transactions financières, non pas le rétablissement de l’impôt de bourse, ce qui va être fait et qui a été supprimé il y a quelques mois – c’est vous dire la cohérence ! Non, je proposerai une véritable taxe sur les transactions financières, avec ceux en Europe qui voudront la mettre en œuvre avec nous. Je proposerai aussi, si l’on veut éviter d’être jugés par des agences de notation dont nous contestons la légitimité, de mettre en place au niveau européen une agence publique de notation.

L’autre point par rapport à la finance est européen. La zone euro se défait sous nos yeux. La France doit retrouver l’ambition de changer l’orientation de l’Europe. Elle imposera de savoir convaincre et entraîner nos partenaires. On me demande souvent : « mais comment allez vous faire pour faire venir vos alliés dans cette Europe, sur les positions que vous défendez, puisque le Président sortant n’y est pas arrivé » ? Mais ce qui va changer, c’est le vote des Français, qui sera notre levier pour convaincre. Les destins de l’Europe et de la France sont liés, la grandeur de la France ne peut pas être séparée de la force de l’Europe. Nous avons besoin d’Europe, elle doit nous aider à sortir de la crise mais pas imposer une austérité sans fin qui peut nous entraîner dans la spirale de la dépression. Les disciplines sont nécessaires, des engagements, devront être pris pour le désendettement et être respectés. Mais c’est la croissance qui nous permettra d’y parvenir le plus sûrement. C’est pourquoi je proposerai à nos partenaires un pacte de responsabilité, de gouvernance et de croissance. Je renégocierai le traité européen issu de l’accord du 9 décembre pour lui apporter la dimension qui lui manque, c’est-à-dire la coordination des politiques économiques, des projets industriels, la relance de grands travaux dans le domaine de l’énergie et puis les instruments pour dominer la spéculation, un fonds européen qui puisse avoir les moyens d’agir sur les marchés avec l’intervention de la Banque centrale européenne qui devrait être, finalement, au service de la lutte contre la spéculation. J’agirai en faveur de la création d’euro-obligations afin de mutualiser une partie des dettes souveraines, de financer les grands projets. Je défendrai, parce que c’est le sens du projet européen, une démocratie qui associera les parlements nationaux et européens aux décisions qui devraient concerner les Etats. Je proposerai une nouvelle politique commerciale en Europe qui fera obstacle à la concurrence déloyale, qui fixera des règles strictes en matière sociale, en matière environnementale, de réciprocité. Une contribution écologique sera installée aux frontières de l’Europe pour venir compléter ce dispositif. Je continuerai à agir pour une parité juste de l’euro vis-à-vis du dollar américain. Je n’accepterai pas que la monnaie chinoise soit encore inconvertible alors que cette première puissance commerciale finit par être excédentaire sans que sa monnaie, jamais, ne soit réévaluée.

L’Europe a bien des défauts, je les connais. Mais en même temps elle est notre bien commun. Défendons-la, elle en a besoin, elle le mérite ! Ce qui manque à l’Europe, c’est du mouvement – et c’est un Européen de cœur qui le dit – mais pas dans n’importe quelle Europe : le mouvement vers une Europe de croissance, vers une Europe de solidarité, vers une Europe de protection. C’est la vocation de l’a France que de la construire avec l’Allemagne et avec les pays qui voudront nous accompagner.

Aucun des grands défis de l’Europe ne peut se résoudre sans le pacte d’amitié, dans l’égalité, que Français et Allemands ont noué au lendemain de la guerre. Je proposerai donc à nos amis allemands une nouvelle relation de vérité et d’égalité. De leur côté, ils devront faire preuve de solidarité. L’Allemagne ne restera pas forte dans une Europe faible. Elle ne restera pas riche dans une Europe appauvrie, voilà la vérité. Je sais que beaucoup en Allemagne le comprennent. Mais du nôtre, nous devons faire aussi des efforts, efforts de compétitivité, de justice fiscale. Voilà le pacte qu’il va falloir nouer et ouvrir un nouveau cycle en Europe, celui d’une coopération économique, industrielle, énergétique entre nos deux pays. Voilà pourquoi, en janvier 2013 – c’est tout proche, ce sera quelques mois après le rendez-vous du 6 mai –, si les Français m’en donnent mandat, je proposerai à la chancelière d’Allemagne l’élaboration d’un nouveau traité franco-allemand, traité de l’Elysée un demi-siècle après l’acte fondateur de De Gaulle et d’Adenauer qui engagea une dynamique pour nos deux pays.

Chers amis, je veux redonner confiance à la France dans l’Europe. Je veux maintenant vous dire ce que je veux pour le redressement de notre pays. Ce qui est en cause n’est plus la souveraineté d’hier, quand notre territoire était menacé. Ce qui est en cause, c’est la souveraineté de la République face aux marchés et à la mondialisation. Voilà pourquoi je veux redresser la France, la redresser financièrement, la redresser économiquement, la redresser industriellement. Notre pays a abandonné depuis trop longtemps son industrie, aveuglé par la chimère d’une économie sans usine, sans machine, comme si l’immatériel pouvait remplacer le travail de l’ouvrier, du contremaître, de l’ingénieur et de son savoir-faire. La réindustrialisation de la France sera ma priorité. Je créerai une banque publique d’investissement qui, en complément des fonds régionaux, accompagnera le développement des entreprises stratégiques. Je favoriserai la production en France en orientant les financements et les allégements fiscaux vers les entreprises qui investissent sur notre territoire, qui y localisent leurs activités, qui y mettent leurs emplois et qui sont en plus offensives à l’exportation. Je mobiliserai l’épargne des Français en créant un livret d’épargne dont le produit sera entièrement dédié au financement des PME et des entreprises innovantes.

J’exigerai des entreprises qui se délocalisent qu’elles remboursent immédiatement les aides publiques reçues. Je donnerai priorité aux PME : ce sont elles qui embauchent, ce sont elles qui doivent être aidées avant tout, c’est pour elles que nous élargirons le crédit impôt recherche, que nous abaisserons l’impôt sur les sociétés, que nous créerons une agence pour les PME. Je soutiendrai l’économie numérique en organisant avec les collectivités locales et les industriels la couverture intégrale de la France en très haut débit d’ici 10 ans.

Le retour de la croissance passe aussi par la transition énergétique. Je me suis engagé à ce que la part du nucléaire dans la production d’électricité soit réduite de 75 % à 50 % d’ici 2025. Nous avons besoin d’une industrie nucléaire forte, inventant les technologies, les progrès de demain, mais nous avons besoin aussi d’énergies renouvelables, nous avons besoin aussi d’un plan d’économies d’énergie parce que ce sont ces trois actions – le nucléaire, les énergies renouvelables et les économies d’énergie – qui nous permettront d’avoir une perspective industrielle. Les économies d’énergie, nous les mettrons en œuvre par un plan de grands travaux : un million de logements neufs et anciens bénéficieront d’une isolation thermique de qualité. Nous créerons des dizaines de milliers d’emplois en améliorant en plus le pouvoir d’achat des ménages, par rapport à leurs frais de chauffage. Enfin, il n’y aura pas de retour à la croissance, pas d’industrie forte sans un effort de recherche et d’innovation. C’est tout notre avenir de nation industrielle qui se joue là. J’ai confiance dans la science, dans le progrès, dans la recherche, dans la capacité des inventeurs à nous donner les produits de demain sans avoir pour autant la crainte pour notre environnement. Parce que la recherche est aussi au service de l’écologie et de l’environnement.

Redresser l’économie, redresser l’industrie, mais aussi redresser les finances. Le niveau de la dette publique n’a jamais été aussi élevé. La dette publique a doublé depuis 2002. 10 ans de droite auront coûté aussi cher que tous les gouvernements réunis de la Ve République. Je n’ai ici pas compté tous les présidents qui se sont succédé mais, quels que soient leurs mérites ou leurs défauts, aucun n’avait été capable de mettre la dette publique à ce niveau-là. Il a fallu attendre 2002 pour avoir cette dérive. Pour maîtriser la dette, je rétablirai l’équilibre budgétaire en fin du mandat qui me sera confié. Pour atteindre cet objectif, je reviendrai sur les cadeaux fiscaux et les multiples niches fiscales accordées depuis une décennie aux ménages les plus aisés et aux plus grosses entreprises. Cette réforme permettra de dégager près de 30 milliards de recettes supplémentaires. Mais dans le même temps, les dépenses de l’Etat seront maîtrisées. Toute nouvelle dépense sera financée par des économies, le nombre total de fonctionnaires n’augmentera pas, mais il sera mis fin à la règle aveugle du non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite.

Ce redressement, mes amis, est indispensable. Mais il ne sera possible que dans la justice. Chaque nation a une âme. L’âme de la France, c’est l’égalité. C’est pour l’égalité que la France a fait sa révolution et a aboli les privilèges dans la nuit du 4 août 1789. C’est pour l’égalité que le peuple s’est soulevé en juin 1848. C’est pour l’égalité que la IIIe République a instauré l’école obligatoire et l’impôt citoyen sur le revenu. C’est pour l’égalité que le Front populaire a œuvré en 1936. C’est pour l’égalité que le gouvernement du général de Gaulle a institué la sécurité sociale en 1945. C’est pour l’égalité que François Mitterrand a été élu en 1981. C’est pour l’égalité que nous avons fait, avec Lionel Jospin, la couverture maladie universelle et l’allocation personnelle à l’autonomie. C’est pour l’égalité que nous aurons aussi à combattre et à proposer aux Français le changement.

L’égalité, c’est ce qui a permis à un enfant orphelin de père élevé par une mère pauvre, sourde et illettrée, de devenir prix Nobel de littérature. Il s’appelait Albert Camus et, après avoir reçu son prix, il écrivit en ces termes à son vieil instituteur : « ma première pensée, après ma mère, a été pour vous. Sans vous, sans cette main affectueuse que vous avez tendue au petit enfant pauvre que j’étais, sans votre enseignement, sans votre exemple, rien de tout cela ne me serait arrivé. » C’est pour l’égalité que nous devons agir parce que, depuis 10 ans, l’égalité recule partout. Partout, des privilèges apparaissent à mesure qu’une nouvelle aristocratie – j’emploie le mot à dessein – arrogante et cupide s’installe et prospère. 1 % des Français privilégiés se séparent du reste de la société. Ils vivent à côté de nous mais ils ne vivent déjà plus avec nous. Parfois, ils ne vivent même pas chez nous. Une véritable sécession sociale a vu le jour ces dernières années : des quartiers relégués, abandonnés et de l’autre des quartiers protégés, sécurisés pour que nul ne vienne déranger. Je serai le Président de la fin des privilèges parce que je ne peux pas admettre que, pendant ce temps-là, pendant que certains s’enrichissent sans limite, la précarité s’étende, la pauvreté s’aggrave et 8 millions de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté, dont beaucoup trop d’enfants.

Qu’on m’entende bien, l’égalité, ce n’est pas l’égalitarisme, c’est la justice. L’égalité, ce n’est pas l’assistanat, c’est la solidarité. Les Français n’ont rien à craindre de l’égalité, rien à craindre de la justice, rien à craindre de la redistribution. Les Français doivent savoir que, s’ils m’élisent, je ne poserai comme président qu’une seule question : avant tout effort supplémentaire, avant toute réforme, avant toute décision, avant toute loi, avant tout décret, je ne me poserai qu’une seule question : est-ce que ce que l’on me propose est juste ? Si c’est juste, je le prends, si ce n’est pas juste, je l’écarte. Seule la justice doit guider notre action.

C’est pourquoi j’engagerai avec le Parlement la réforme fiscale dont notre pays a besoin. C’est pour la justice que je reviendrai sur les allègements de l’impôt sur la fortune, c’est pour la justice que je veux que les revenus du capital soient taxés comme ceux du travail. Qui peut trouver normal qu’on gagne plus d’argent en dormant qu’en travaillant ? C’est pour la justice que je veux fusionner, après les avoir rapprochés, l’impôt sur le revenu et la contribution sociale généralisée, dans le cadre d’un prélèvement progressif sur le revenu. C’est pour la justice que je porterai la tranche supérieure à 45 % de l’impôt sur le revenu pour ceux qui touchent plus de 150 000 euros. Et on ne me fera pas croire qu’avec 150 000 euros, ce sont les classes moyennes qui seront concernées ! C’est pour la justice que je veux que nul ne puisse tirer avantage de niches fiscales au-delà d’une somme de 10 000 euros de diminution d’impôts par an.

Je sais que le combat sera rude, qu’on cherchera à faire peur, qu’on inquiètera… Si demain nous sommes en responsabilité, ceux à qui l’on prendra feront davantage entendre leur voix que ceux à qui l’on donnera. Je sais qu’il n’y aura pas de manifestation pour nous soutenir. C’est rare, c’est exceptionnel. Mais il peut y en avoir pour nous contester. Je sais que certains chercheront à nous faire peur et à effrayer les classes moyennes alors qu’elles ne trouveront qu’avantage dans la réforme que nous présenterons, prétendre que les grandes fortunes quitteront notre territoire. Mais est-ce que le bouclier fiscal a fait revenir les grandes fortunes en France ? Non ! Est-ce que le bouclier fiscal les a enrichies plus encore ? Oui ! Est-ce que les impôts de la plupart des Français ont baissé ? Non, ils ont augmenté ! Est-ce que ceux des plus favorisés ont diminué depuis 5 ans ? Oui ! Est-ce que la TVA n’est pas plus inquiétante dès lors qu’elle concernera tous les Français, mille fois oui, elle est plus inquiétante que ce que nous proposons !

Ce n’est pas seulement la réforme fiscale. L’égalité doit concerner tous les domaines de la vie en société. L’égalité doit commencer à faire partir à la retraite ceux qui ont commencé à travailler tôt, exercé les métiers les plus pénibles. Et c’est pourquoi, tout en ayant le souci de maîtriser les comptes et en ouvrant une négociation sur la réforme des retraites indispensable — puisque celle qui a été votée est non seulement injuste mais pas financée -, eh bien sans attendre l’ouverture de cette négociation, tous ceux qui ont 60 ans et qui auront cotisé 41 années retrouveront le droit à partir à la retraite à taux plein. La négociation, elle, portera sur la pénibilité, les décotes, le montant des pensions, l’âge légal, l’évolution des recettes, indispensable, et la pérennité de notre système par répartition.

L’égalité, c’est aussi le meilleur accès pour tous au logement. Nous manquons de logements en France. Ils atteignent des prix insupportables, et pas simplement dans les grandes villes. Il faut donc plus de logements. C’est pourquoi je prendrai une décision : l’Etat montrera l’exemple, il mettra immédiatement à la disposition des collectivités locales tous ses terrains disponibles pour leur permettre de construire de nouveaux logements dans un délai de cinq ans. Plus de logements, plus de logements sociaux, et c’est pourquoi le Livret A — qui sert à collecter une épargne précieuse pour le logement social-, eh bien le livret A verra son plafond doubler, afin que tous les Français, par leur épargne, puissent financer le logement social.

Il faut plus de logements, plus de logements sociaux, et des logements moins chers. Je sais que cela prendra du temps, mais pour éviter les abus, j’encadrerai les loyers là où les prix sont manifestement excessifs. Il faut des villes plus équilibrées. Et je multiplierai par cinq les sanctions qui pèsent sur les communes qui bafouent la loi de solidarité urbaine.

L’égalité, l’égalité toujours, l’égalité pour la santé ! Nos professions de santé sont d’une qualité remarquable. J’en fais à chaque fois l’expérience. Leur métier est l’un des plus difficiles qui soient. Sans elles, le système se serait déjà effondré et, en même temps, trop de Français doivent renoncer à se soigner, pour des raisons financières ou pour des raisons de domicile. Les dépassements d’honoraires seront donc encadrés. Nous combattrons les déserts médicaux. Et par un nouveau système de tarification, qui fera la part entre l’activité et le service public, l’hôpital public sera conforté dans ses tâches et dans ses missions. Et je prends l’engagement que personne, je dis bien personne dans notre pays, ne soit à plus d’une demi-heure de transport d’un lieu de traitement des urgences médicales.

L’égalité, l’égalité encore, c’est le même accès pour tous à l’eau, au chauffage, à l’électricité. Il n’est pas, quand même, normal qu’une famille modeste paie l’eau au même prix, quand elle boit cette eau, que ceux qui la déversent sans compter ! Je créerai donc un tarif progressif de l’eau, comme du gaz et de l’électricité, qui garantira, au moins pour un certain volume, un prix stable et juste.

L’égalité, c’est le même salaire quand on a les mêmes compétences et les mêmes responsabilités. Comment la France, comment la République peut-elle accepter que les femmes soient moins bien payées que les hommes ? Les exonérations de cotisations sociales aux entreprises qui ne respectent pas cette règle seront purement et simplement supprimées.

L’égalité, toujours l’égalité, c’est aider les territoires qui en ont le plus besoin et notamment, et je parle ici en Seine Saint-Denis, nos banlieues. Cela veut dire qu’il faudra cesser d’aider de la même façon le quartier difficile d’une ville riche et le quartier difficile d’une ville qui n’a que des quartiers difficiles. Je compte sur tous les élus locaux pour m’accompagner dans ce mouvement. Il n’est pas nécessaire d’être de gauche pour être sensible à la terrible injustice que représente pour des millions de Français la vie dans des immeubles indignes ou dans des cités dégradées.

L’égalité, l’égalité c’est aussi la sécurité pour tous. Vivre dans la peur est insupportable ! L’insécurité est une injustice sociale intolérable. Elle touche les plus modestes, les plus âgés, les plus jeunes, les plus fragiles. La sécurité est un droit et je le ferai respecter en créant des zones de sécurité prioritaires là où il y a les taux de délinquance les plus élevés, en mettant des postes supplémentaires, 1 000 chaque année, dans la Justice, dans la Police, dans la Gendarmerie, en rapprochant les Forces de l’ordre des citoyens. Et je lutterai contre tous les trafics, toutes les mafias. Pas plus que je n’accepte la délinquance financière, la fraude fiscale, pas plus je ne tolère qu’un petit caïd avec sa bande mette une cité en coupe réglée et fasse vivre à ses habitants un enfer. Tous ceux-là, les délinquants financiers, les fraudeurs, les petits caïds, je les avertis : ceux qui ont pu croire que la loi ne les concernait pas, le prochain président les prévient, la République, oui, la République vous rattrapera !

L’égalité, l’égalité toujours, l’égalité ce sont les mêmes droits pour tous, quels que soient son sexe et son orientation, c’est le droit de pouvoir se marier, d’adopter, pour les couples qui en décident ainsi. C’est le droit, pour les personnes handicapées, de vivre la vie la plus normale possible. Et je veillerai à ce que chaque loi comprenne un volet handicap.

L’égalité, c’est aussi l’accès à ce qui est le plus précieux, y compris quand on n’a plus rien, l’émancipation, l’enrichissement, la culture. La culture, Baudelaire l’évoquait : « le meilleur témoignage que nous puissions donner de notre dignité, c’est la culture ». Et là encore, nous devons agir. L’éducation artistique sera généralisée, l’aménagement culturel de la France sera une priorité. Il intégrera les territoires oubliés, les zones abandonnées, les quartiers dégradés de nos grandes villes. Et c’est pourquoi nous ouvrirons, là encore, une nouvelle étape de la décentralisation culturelle.

Quant à la loi Hadopi, inapplicable, elle sera remplacée – remplacée je dis bien, car il faut un cadre pour fixer les droits de chacun – par une grande loi signant l’acte 2 de l’exception culturelle, qui défendra à la fois les droits des créateurs, parce que nous avons besoin de créateurs et de production, et un accès aux œuvres par Internet. Nous ne devons pas opposer les créateurs et leurs publics. Le public et les créateurs sont dans le même mouvement pour l’émancipation, pour la découverte, pour la qualité, pour l’exception culturelle française.

Chers amis, je veux citer Pierre Mendès France, qui nous disait que « la vérité doit forcément guider nos pas ». Je vous dois donc la vérité. Je connais les contraintes financières, l’ampleur de nos déficits, la gravité de notre dette, la faiblesse de la croissance en 2012, la lourdeur de l’héritage qui nous sera légué. Je ne promettrai donc que ce que je suis capable de tenir. Je dois maîtriser sans rien renoncer les choses et d’abord le temps.

Le quinquennat s’ouvrira donc sur des réformes de structure, celles qui constitueront un redressement dans la justice, le redressement économique, la réforme fiscale, le pacte éducatif, la décentralisation. Nous traiterons aussi les urgences, l’emploi, et notamment l’emploi des jeunes, le logement, la santé. Mais c’est ensuite que nous pourrons redistribuer ce que nous aurons créé, ce que nous aurons fabriqué, ce que nous aurons engagé, ce que le pays aura pu, par son redressement, favoriser. Voilà les temps qui doivent être proposés.

Mais je ne perdrai pas un seul instant, pas un seul instant, du mandat qui me sera confié.

Sur le plan international, avec le sommet de l’Otan prévu à la fin du mois de mai 2012, nous engagerons le retrait de nos troupes d’Afghanistan. Sur le plan européen, si les Français m’en donnent mandat, mon premier déplacement sera pour rencontrer la Chancelière d’Allemagne et pour lui dire que nous devons ensemble changer l’orientation de l’Europe vers la croissance et dans le lancement de grands travaux.

Ici dans notre pays, sans même attendre le renouvellement de l’Assemblée nationale, j’engagerai, avec les nouveaux ministres et le nouveau gouvernement, les premières mesures contre la finance et pour la réforme bancaire. Pas un instant, nous ne resterons inactifs. Le quinquennat ne sera pas une volte-face, un zigzag, une contradiction. D’ores et déjà, nous savons où nous voulons aller. Nous connaissons les temps, les périodes, les rythmes. Nous avons fixé aux Français l’objectif, mais également les moyens. Nous savons que nous avons des moyens limités, mais que nous avons la volonté ! C’est cette démarche qui convaincra. Et ce n’est pas en improvisant en fin de mandat des mesures politiques, économiques, sociales qui ont tant manqué depuis cinq ans, que les Français pourront être sérieusement convaincus que le changement se fera, pour les cinq ans qui viennent, de ce côté-là.

Je veux vous parler, pour terminer, de notre avenir. L’idée républicaine, c’est une promesse. Une belle promesse, qui est celle de vivre mieux de génération en génération. La promesse républicaine, c’est que chaque génération vivra mieux que la précédente. Et aujourd’hui, cette promesse est trahie. Notre jeunesse est sacrifiée, abandonnée, reléguée. Chômage, précarité, dévalorisation des diplômes, désespérance, perte d’autonomie, accès au logement difficile. Sans compter ce que nous lui laissons, à cette jeunesse, un environnement dégradé, des retraites non financées, une dette considérable. Et pourtant, la jeunesse c’est notre chance ! Comment peut-on accepter que cette chance devienne une charge ? J’ai beaucoup réfléchi, depuis plusieurs mois même, à ce que pouvait être l’enjeu de l’élection présidentielle, au-delà de la crise, du redressement à accomplir, de la justice à réaliser. J’en suis arrivé à cette conclusion simple : c’est pour la jeunesse de notre pays que je veux présider la France. Je veux redonner confiance à la jeunesse ! Et c’est la raison pour laquelle je veux faire de l’éducation une grande cause nationale. J’ai proposé de créer 60 000 postes supplémentaires dans l’éducation, pas seulement de professeurs, mais de surveillants, d’infirmières, d’assistantes sociales, de tous ceux qui contribuent à l’accueil, à l’accompagnement, à la réussite des jeunes. On me dit « c’est trop ». Non, je dis « ce n’est peut-être pas assez » ! C’est terrible de mener une bataille contre l’échec scolaire, qui fait chaque année plus de 150 000 victimes, 150 000 qui sortent sans diplôme, sans qualification, de l’école. La priorité ira aux écoles maternelles et primaires parce que c’est là que beaucoup se joue et que les premiers retards se précisent. Les rythmes scolaires qui n’ont aucun équivalent en Europe seront revus. Au collège et au lycée, les élèves les plus en difficulté bénéficieront d’un accompagnement personnalisé, pour qu’à la fin du quinquennat, je dis bien à la fin du quinquennat, le nombre de jeunes qui sortent sans qualification du système scolaire soit divisé par deux. Aucun jeune, aucun jeune de 16 à 18 ans – et je sais ce qu’est la déscolarisation dans beaucoup de nos villes et dans beaucoup de familles -, aucun jeune de 16 à 18 ans ne restera sans solution de formation, d’emploi ou même de service civique. Personne ne sera laissé là, de côté, abandonné, oublié ! C’est pour notre jeunesse que nous devons faire de l’emploi une priorité et créer progressivement 150 000 emplois d’avenir réservés aux jeunes, en particulier ceux issus des quartiers difficiles.

C’est pour les jeunes mais aussi les seniors que j’ai porté cette belle idée du contrat de génération, pour permettre l’embauche de jeunes en contrat à durée indéterminée dès lors qu’ils sont accompagnés par un salarié plus expérimenté, qui lui-même est maintenu dans l’emploi jusqu’à son départ à la retraite. C’est la réconciliation des âges, c’est la solidarité entre les générations ! Partout où je vais dans les usines, deux sortes de travailleurs viennent me voir. Les plus anciens, qui me posent une seule question : quand est-ce que nous allons partir ? Et les plus jeunes, qui me posent une seule question : quand est-ce que nous allons pouvoir entrer ? Et je leur dis « mais si vous les seniors, vous accompagnez les jeunes, vous leur donnez votre savoir-faire, votre expérience, votre compétence, est-ce que ce n’est pas finalement la plus belle mission qui peut vous être confiée avant d’attendre le départ à la retraite ? Et vous, les jeunes, si vous entrez enfin dans l’emploi avec un contrat à durée indéterminée, vous pouvez retrouver l’autonomie que vous attendez depuis si longtemps ». Je pense aussi aux jeunes qui sont étudiants et dont les familles sont modestes. Ceux-là recevront aussi une allocation d’études sous conditions de ressources pour leur permettre d’avoir l’autonomie.

C’est cela, le projet : faire tout pour que la jeunesse réussisse, non pas pour elle-même, non pas parce qu’elle serait une catégorie, non pas parce que je voudrais la flatter, mais parce que c’est ce qui permet à ceux qui sont parents, grands-parents, de retrouver eux-mêmes espoir dans l’avenir, fierté dans la réussite, de se dire « mais qu’allons-nous laisser, laisser après nous, quelle société voulons-nous transmettre à nos enfants, à nos petits-enfants ? ». Une société du chômage, de la précarité, de l’angoisse, de la dislocation ou, au contraire, une société où les chances soient attribuées, où les conditions de réussite soient posées et où l’on se dise : je vais bientôt partir, que ce soit à la retraite ou pour le grand voyage, je vais bientôt partir mais au moins, je sais que ce qui a été transmis sera finalement, pour la génération qui arrive, la réussite possible que je n’ai même pas eue pour moi-même.

Et moi, moi qui suis devant vous candidat à l’élection présidentielle, si je reçois le mandat du pays d’être le prochain président, je ne veux être jugé que sur un seul objectif : est-ce qu’au terme du mandat qui me sera, si les Français le veulent, confié, est-ce que les jeunes vivront mieux en 2017 qu’en 2012 ? Je demande à être évalué sur ce seul engagement, sur cette seule vérité, sur cette seule promesse ! Changer leur vie serait pour moi la plus grande des fiertés. Ce n’est pas un engagement à la légère que je prends. C’est pour mobiliser toute la Nation par rapport à cet enjeu.

Chers amis, j’ai parlé du Rêve français. Oui, le beau rêve, le rêve que tout au long des siècles, depuis la Révolution française, les citoyens ont caressé, ont porté. Ce rêve de vivre mieux, ce rêve de laisser un monde meilleur, ce rêve du progrès, ce rêve de pouvoir franchir à chaque fois les étapes de l’humanité, ce rêve ne nous appartient pas qu’en propre, mais il se trouve que c’est nous, la France, qui avons inventé la République. C’est nous qui avons porté cet idéal qu’une société, si elle s’organisait, si elle se donnait les moyens, si elle faisait de l’égalité, de la liberté et de la fraternité son mode de vie, pouvait être l’émancipation pour chacun.

C’est ce rêve-là que j’ai voulu de nouveau ré-enchanter – et aussitôt, la Droite s’est gaussée. Comment, comment serait-il possible de parler de rêve en cette période ? C’est vrai, ce n’est pas un rêve que nous vivons… Comment serait-il possible de parler de rêve au moment où la crise condamnerait toute ambition ? Ce serait une chimère. Mais moi, je ne vous appelle pas à mettre votre tête dans les étoiles. Je vous appelle à retrouver le récit républicain, celui qui nous a fait avancer pendant des décennies, le récit de la Révolution française, de ces hommes, de ces femmes aussi, qui ont voulu avancer dans une histoire inconnue qui s’ouvrait sous leur yeux, qui était l’histoire de l’égalité humaine.

Oui, ce récit républicain qui s’est poursuivi avec les républiques, avec la IIIe République, avec, aussi, la Libération, le Conseil national de la résistance, ce rêve, ce récit républicain que mai 68 a aussi, d’une certaine façon, fait ressurgir ! Et puis, mai 1981 et tant d’autres étapes. C’est cela, le récit de la République. Il n’appartient pas qu’à la Gauche. Tous ceux qui se sont succédé pendant des décennies à la tête du pays ont porté le récit républicain. A chaque fois, et quels que fussent les reproches que nos prédécesseurs aient pu leur adresser, c’était, finalement, leur ambition aussi, faire avancer la France. Alors le rêve, surtout, portons-le !

Et je me permettrai de citer Shakespeare, qui rappelait cette loi pourtant universelle : « ils ont échoué parce qu’ils n’ont pas commencé par le rêve ». Eh bien nous réussirons parce que nous commencerons par évoquer le rêve ! Le rêve français, c’est la confiance dans la démocratie, la démocratie qui sera plus forte que les marchés, plus forte que l’argent, plus forte que les croyances, plus forte que les religions ! Le rêve français, c’est l’achèvement de la promesse républicaine autour de l’école, de la laïcité, de la dignité humaine, de l’intérêt général.

Le rêve français, c’est le creuset qui permet à toutes les couleurs de peau d’être à égalité de droits et de devoirs. Le rêve français, c’est l’affirmation des valeurs universelles qui vont bien au-delà des frontières, qui vont bien au-delà de la Nation. Ce n’est pas un espace limité, mais qui est proclamé à tous, à la face du monde. Le rêve français, c’est notre histoire, c’est notre projet ! Le rêve français, c’est une force, c’est le projet que je vous propose, parce qu’il nous ressemble, parce qu’il nous rassemble !

Je veux, je veux que nous allions ensemble vers la France de demain ! Une France du travail, du mérite, de l’effort, de l’initiative, de l’entreprise, où le droit de chacun s’appuiera sur l’égalité de tous. Une France de la justice, où l’argent sera remis à sa place, qui est celle d’un serviteur et non d’un maître. Une France de la solidarité, où aucun des enfants de la Nation ne sera laissé de côté. Une France du civisme, où chacun demandera non pas ce que la République peut faire pour lui, mais ce que lui, peut faire pour la République ! Une France de la diversité où chacun apportera sa différence, mais dans l’unité de la République, où les Outre-mers nous ouvrent à tous les horizons du monde et où les enfants d’immigrés doivent être fiers, fiers d’entre Français, Français, parce que c’est le plus beau nom qu’on puisse donner à un citoyen du monde, à une France de l’exemple, où le pays se retrouve dans ce qui l’élève, dans ce qui le réunit, le dépasse, une France de la confiance où toutes les forces qui la constituent se mobilisent pour l’avenir !

La France, la France n’est pas un problème. La France est la solution !

Voilà le choix, chers amis, voilà le choix qui vous attend. Toujours le même, toujours celui, depuis que la démocratie existe, entre la peur et l’espoir, entre la résignation et le sursaut, entre l’agitation et le changement. Eh bien le changement, le changement, c’est maintenant ! Le redressement, c’est maintenant ! La justice, c’est maintenant ! L’espérance, c’est maintenant ! La République c’est maintenant !

Mobilisons-nous, rassemblons-nous et dans trois mois, dans trois mois, nous ferons gagner la Gauche, avancer la France et nous réussirons le changement ! Le changement, j’y suis prêt !

Vive la République ! Et vive la France !

Voir par ailleurs:

Pas de chocolat pour les ministres suédois…

Guy Belloy

Mediapart

3 juillet 2012

« J’ai acheté deux Toblerone, des couches et des cigarettes » admet Mona Sahlin lors d’une conférence de presse restée célèbre.

A l’heure où le Premier Ministre vient de revendiquer le sérieux et la responsabilité budgétaires, la justice fiscale, et où il appelle à l’effort national, visionner ce reportage de France 2 tourné en 2011 est édifiant.

On y voit G.Carlssonn, ministre suédoise de la coopération internationale, arpenter très simplement, sans gardes du corps, les rues de la capitale pour rejoindre sa salle de conférence meublée « Ikea ».

Elle dispose de dix collaborateurs au total quand un simple secrétaire d’Etat en France bénéficie au minimum de 30 personnes.

Dans ce pays où 1% du PIB est consacré à l’aide internationale (bien plus qu’en France ou d’autres pays d’Europe), on ne badine pas avec l’argent public.

Les déplacements des ministres qui prennent l’avion se font en classe économique sauf lorsque la durée du vol est supérieure à 3h30 auquel cas, la classe « affaires » est autorisée.

A l’hôtel une chambre standard est allouée.

Inconcevable de voyager en jet privé ou de dormir dans des palaces comme en France.

La modestie est de mise sinon, au moindre faux pas, les « tabloïds » ne rateront pas leurs cibles.

Des journalistes, comme Karin Eriksson, sont spécialisés dans le contrôle des notes de frais des ministres, notes qui sont publiques et consultables par n’importe quel citoyen.

La transparence est totale. Karin vient de consulter la note d’hôtel d’un ministre : 85€ pour la nuit, ce qu’elle juge « raisonnable ». Son travail consiste surtout à vérifier qu’il n’y a pas eu de dépenses personnelles payées par le ministère.

La facture est salée pour les ministres contrevenants.

En 1995 Mona Sahlin, Vice-Ministre d’État fut contrainte de retirer sa candidature à la présidence du parti social-démocrate, en raison de « l’affaire Toblerone », le journal du soir Expressen révélant qu’elle avait utilisé en 1990 et 1991, alors qu’elle était ministre du travail, sa carte bancaire professionnelle pour des achats privés, et ce à plusieurs reprises. Le journal révèla qu’elle avait acheté des articles, loué une voiture pour un usage privé, et également retiré certaines sommes d’argent pour un total de 53 174 couronnes (environ 5000 €).

Parmi les articles achetés, on y trouvait deux barres chocolatées Toblerone, ce qui a donné le nom à l’affaire.

Il ne faut dès lors pas s’étonner que la Suède soit le 3e pays le moins corrompu au monde…

Allemagne : les réformes Hartz ont dix ans

Romaric Godin

La tribune

16/08/2012

Voici dix ans, Peter Hartz proposait à Gerhard Schröder une série de réformes qui ont changé l’Allemagne et pourraient changer l’Europe.

Le 16 août 2002, l’ancien chef du personnel de Volkswagen, Peter Hartz, remettait au chancelier fédéral d’alors, le social-démocrate Gerhard Schröder, un rapport sur « la remise à plat en profondeur de l’Etat social » allemand. C’était il y a dix ans et c’était le coup d’envoi d’une série de réformes législatives, connues sous le nom des « lois Hartz » qui durèrent jusqu’en 2005 et changèrent profondément l’Allemagne.

Référence européenne

La presse allemande de ce jeudi honore en grande pompe les dix ans de cette réforme. En contraste avec la réception médiatique de l’événement à l’époque où ce rapport et les réformes furent reçus avec beaucoup de scepticisme. Avec la crise européenne, ces réformes, et « l’Agenda 2010 » qui les accompagnèrent sont devenus la référence pour la réforme des pays « du sud ». L’Union européenne fait de ses grands éléments sa ligne de directrice pour « le redressement de la compétitivité ».

« Homme malade » de l’Europe

Rappelons rapidement le contexte et le contenu de ses lois. Au début des années 2000, l’Allemagne apparaît comme « l’homme malade de l’Europe », pur reprendre la formule du président de l’Ifo Hans-Werner Sinn : le coût exorbitant de la réunification menée sans compter par Helmut Kohl qui avait notamment accordé un taux de change à l’ostmark bien trop favorable, a érodé la compétitivité allemande. Certes, les performances des entreprises industrielles à l’étranger demeurent solides, mais pas assez pour créer des emplois. Le chômage ne cesse de croître, notamment en ex-RDA. En 2005, il atteindra 5 millions de personnes. Le marché intérieur a été ruiné par la politique de « mark fort » de la Bundesbank après la réunification et l’Etat qui s’est beaucoup endetté (le déficit public dépasse alors de façon chronique les 3 % du PIB) ne peut plus prendre le relais. L’économie allemande ne croît plus.

« Troisième voie »

Le chancelier social-démocrate arrivé en 1998 au pouvoir a rompu en 1999 avec le projet keynésien du SPD en renvoyant Oskar Lafontaine, son ministre des Finances. Au début des années 2000, il est persuadé que seules des mesures plus « libérales » peuvent redynamiser le pays. Position qu’il théorise avec Tony Blair comme une nouvelle « troisième voie », au grand dam de Lionel Jospin, le premier ministre français d’alors. En septembre 2002, Gerhard Schröder remporte les élections fédérales contre le conservateur bavarois Edmund Stoiber d’un cheveu : sa majorité est de trois voix au Bundestag. Il décide d’emblée de lancer ses réformes qui devront marquer son second mandat. Ce sera la série de lois Hartz, dont la plus célèbre, la loi Hartz IV, réforme l’assurance-chômage.

Libéralisation mesurée

Ces réformes libéralisent le marché du travail allemand, permettant aux employeurs de payer des salaires de 400 euros mensuels aux salariés ou de 1 euro par jour aux chômeurs de longue durée. Gerhard Schröder ne se lance pas dans une flexibilité à la scandinave ou à la britannique : les salariés restent « protégés » dans leur contrat par la loi. En revanche, le travail partiel est favorisé et le temps de travail flexibilisé. Le point d’orgue de cette réforme, c’est donc la loi « Hartz IV ». Elle réduit de deux à un an le temps d’indemnisation du chômage, quelque soit la durée de cotisation. Ensuite, tout le monde passe dans la catégorie « indemnisation chômage II » (Arbeitlosengeld II) où l’on bénéficie de certaines protections : un loyer et le chauffage sont payés par la commune et une indemnisation forfaitaire qui est aujourd’hui de 374 euros par adulte et par mois est versée. Mais en retour, le bénéficiaire, qui sera désormais en Allemagne appelé « Hartz IV », doit se soumettre à un contrôle permanent : sur son train de vie et ses recherches d’emplois. Avant de toucher son indemnisation, il doit utiliser la majeure partie de ses économies pour son propre entretien. Il doit accepter les emplois que lui propose l’agence du travail, même payé 1 euro de l’heure (mais il continue à toucher une partie de son indemnisation).

La peur du déclassement

Très vite, devenir « Hartz IV » a été la hantise des Allemands, une sorte de déclassement social insupportable. Le nombre de bénéficiaire est en chute libre depuis 2005 : de 4,9 millions à 2,85 millions aujourd’hui. Du coup, ces réformes ont effectivement dynamisé le marché du travail, mais principalement l’emploi précaire qui a pris un essor immense outre-Rhin. L’effet économique et social de ces réformes a été considérable : la façon d’aborder le travail en a été totalement changé et les entreprises actives sur le marché allemand ont bénéficié d’une baisse de leurs coûts de personnel. Une baisse surtout sensible dans le secteur des services, mais qui a été la base de l’amélioration de la compétitivité des entreprises industrielles qui, à partir de 2005, ont porté la croissance allemande.

Ne pas idéaliser Hartz

Si l’efficacité de ces lois est démontrée, il ne faudrait pas les idéaliser et reprendre la formule un peu simpliste des « efforts » faits par les uns et non par les autres. Leur effet a été bénéfique, mais c’est surtout la croissance mondiale qui, à partir de 2005, a porté l’économie allemande. Les produits allemands ont été demandés, certes parce que leur prix n’a pas explosé, mais aussi parce qu’ils répondaient à la demande, notamment de biens d’équipement en Asie et parce qu’ils bénéficiaient des investissement de Recherche et Développement des entreprises. La demande des ménages allemandes, elle, est restée atone jusqu’en 2011 et peine encore à soutenir la croissance du pays. Quant à l’amélioration des comptes publics, elle ne revient guère à Gerhard Schröder qui, en 2005, a négocié avec Jacques Chirac la suspension des sanctions prévues dans le traité de Maastricht, ouvrant la voie à la crise actuelle. Bref, l’ex-chancelier, par ailleurs très lié aux intérêts économiques russes, cultive surtout sa propre légende aujourd’hui et tente de profiter d’un succès économique allemand très partiellement de son fait.

Impact sur la vie politique

Reste que la marque des lois Hartz se fait donc toujours sentir outre-Rhin. Son impact sur la vie politique allemande est encore considérable. Le SPD a dû faire face à une forte opposition lors du vote de ses réformes. On se souvient des « manifestations du lundi » de Leipzig qui regroupaient des milliers de personnes dans les rues de la ville saxonne. Mais surtout, la gauche du SPD et une partie des militants syndicaux ont créé un mouvement pour contrer la politique du chancelier, le WASG. Ce dernier, soutenu par Oskar Lafontaine, s’allia avec les ex-communistes de l’ex-RDA du PDS et en septembre 2005, ils obtinrent 8,7 % des voix, privant le SPD et Gerhard Schröder de la victoire. Le SPD qui, en 2009, atteint son plus bas score de l’après-guerre, à 23 %, près de 19 points de moins qu’en 1998, ne s’est en fait jamais vraiment remis des réformes Hartz dont l’héritage le déchire encore aujourd’hui. Les électeurs de gauche le délaissent désormais comme trop centriste et préfère Die Linke (issue de la fusion WASG-SPD), les Verts (qui n’ont pas été touchés par une réforme qu’ils ont soutenu) ou le nouveau parti des Pirates. Quant aux électeurs centristes, ils se contentent fort bien de la figure consensuelle d’Angela Merkel. Gerhard Schröder restera aussi comme le fossoyeur des ambitions du SPD.

Critiques et réformes de la réforme

Les critiques des conséquences de ces réformes reviennent du reste régulièrement sur le devant de la scène en Allemagne : les faibles salaires, la pauvreté infantile, l’augmentation des inégalités au sein de la société. Si les quatre grands partis du pays (CDU/CSU, SPD, FDP et Verts) ne veulent pas ouvertement revenir sur ses réformes, les politiques ont déjà enclenché la marché arrière. Des salaires minimums sont, depuis 2009, étendus régulièrement à de nombreuses branches pour éviter les excès. La CDU a même récemment reconnu l’importance d’un salaire minimum pour toutes les branches ainsi que pour le travail temporaire. La cour de Karlsruhe a obligé le gouvernement à réévaluer le montant de l’indemnisation pour les enfants. Mais il n’en est pas moins certain que l’un des moteurs du marché du travail allemand aujourd’hui, c’est que personne outre-Rhin, ne veut devenir ou redevenir « Hartz IV ».

Voir aussi:

Why politicians are making morality fashionable again

From David Gauke railing against cash payments for plumbers, to the prime minister criticising Jimmy Carr’s tax affairs, politicians and public figures can’t stop moralising. After decades of self-interest, ethics are suddenly a talking point again

Julian Baggini

The Guardian

24 July 2012

David Gauke … resetting our moral compasses or deflecting attention from bankers?

Not so long ago, it seemed that « morality » was a dirty word, or rather a word whose function was to make sex look dirty. Its primary associations were with groups such as the the Moral Majority in America, which seemed obsessed by the horrors of homosexuality, teen sex, unmarried couples and working mothers. In Britain, the archetypal image of a moral crusader was Mary Whitehouse, a Disgusted of Tunbridge Wells for the nation.

Now, however, it seems morality has been taken back from the moralisers and has once again become the high ground from where public figures look to command. On Monday Treasury Minister David Gauke said it was « morally wrong » to pay tradesmen in cash to avoid tax, following in the footsteps of his party’s leader, David Cameron, who called Jimmy Carr’s tax avoidance « morally wrong ». Cameron made his remarks having himself been recently tainted by the charge of immorality by Cardinal Keith O’Brien, who said it was « not moral » to ignore victims of recent financial disasters « while the rich can go sailing along in their own sweet way ».

Over recent weeks, we have heard the Labour MP Margaret Hodge tell the House of Commons Public Accounts Committee that the BBC allowed tax arrangements which were not « morally right » and political activist Peter Tatchell claiming that the International Olympic Committee had « abdicated its moral responsibilities » by not agreeing to a minute’s silence for the 40th anniversary of the murders of Israeli athletes in the Munich Olympics. We have seen François Hollande set up a cross-party government committee to look into putting more morality into French politics, read Anthony Seldon, Wellington College’s Head, bemoan the lack of a « moral compass » in British public schools, and heard leading American public philosopher Michael Sandel continue to decry the moral limits of markets.

If you had fallen asleep, Rip Van Winkle-like, a decade or so ago, all this talk of morality might well strike you as, well, wrong. Inspired by respect for diversity, fear of « cultural imperialism » and a kind of democratic relativism, for some time it was considered arrogant to judge the morality of others. Who are you to say what’s right and wrong? Isn’t that just your opinion?

What has changed is that it has finally been accepted that we can’t function without values. (Indeed, the very project of avoiding moral judgments itself rests on the firm belief that they are wrong.) But the suppression of morality-talk has served another very good purpose: the language itself is being used differently, as if it needed time in retreat in order to purge itself of its puritanical associations. It left the stage muttering about people shagging each other and strode back on later lamenting how the privileged are screwing the masses. Look at how the uses of moral language have been pressed into service in recent weeks and you’ll find that they do not concern mere private behaviour but the point at which individual actions have consequences for wider society. Morality has recovered its political dimension.

So why is this happening now? There are several possible reasons. One is that moral shoulder-shrugging is much easier when times are good. « Each to his own » is an attractive philosophy when you own plenty and fully expect to get even more. Similarly, it’s less distasteful to see people getting filthy rich if you’re getting more comfortable too. But when the economy came crashing down, the scales fell from our eyes and we saw more clearly that society’s spoils are not being fairly shared, and that many of the rich are simply high-rollers gambling with our cash. The only reasonable response to this is a moral one. The only language that is up to the job is moral language.

However, even before the crash, the ground was being prepared for the return of morality. As far back as the 1970s, the sociologist Ronald Inglehart suggested that as material wealth increased and people became more economically secure, their attentions would turn to their non-material needs, such as for autonomy and self-expression. He saw us entering a period of post-consumerist disillusion, where we look for things that are meaningful, not just fun, expensive or fashionable.

Inglehart possibly underestimated the extent to which people would continue to lust after ever more unnecessary consumer goods, and the ingenuity of capitalism to encourage them to do so, but there was clearly some truth in his hypothesis. There is widespread dissatisfaction with rising material prosperity as a goal in itself and a yearning for something more.

Hence the boom years created their own moral unease, a discomfort with our material comfort. Among the « something mores » people looked for were experiences rather than objects, and various vague forms of spirituality. Few were explicitly looking for a greater sense of moral purpose, but once people start looking for the deeper, more serious things in life, eventually they are going to have to grapple with the distinction between what is good and true and what is corrupt and false. At that point, morality enters the picture.

We have also needed to revert to moral ways of talking to do justice to the major global issues facing us. There are many examples of this. Take poverty and disease in the developing world. When I was growing up, the main lens through which to see these issues was charity. Helping others was good, but it was voluntary and individual. But as decades of aid failed to end poverty and eradicate disease, it became increasingly obvious that there were structural issues at work, that debt and trade restrictions were core parts of the problem. There was no other way to describe this than injustice. The morality of global inequality stopped being purely a matter of the individual charitable donor and her conscience and entered public discourse with a political dimension.

Or take the environment. There has always been a moral aspect to green thinking, but for years, in perception at least, it was based around rather nebulous and dubious ideas such as respect for nature as a thing valuable in itself. When people thought of greens they thought of Friends of the Earth, with its suggestion that the object of concern was the big rock we live on, not the people who inhabit it.

Over the past decade or so, however, green politics has been based more on tangible harms to real people, present and future; from the poor who will bear the brunt of rising oceans, to our generation’s children, who may have to cope with food scarcity and a harsher climate. And once again, if you want to articulate what is wrong with all this, only moral language is up to the task.

Much as the return of morality is to be welcomed, it does carry with it certain risks. One is that when governments find themselves unable to control the economy and run public services, they look to present themselves as guardians of other things: if your vote cannot halt economic decline, perhaps you can be persuaded to use it to prevent moral decline instead. It is perhaps no coincidence that the longer the coalition has been in power but apparently incapable of turning the economy around, the more moral rhetoric we have seen coming from it. Much as we might complain that politicians are not just there to increase national wealth, the idea that their main role is to protect our moral virtue might seem even scarier. As the Labour MP Austin Mitchell said about the kind of low-level, cash-in-hand tax avoidance condemned by Gauke: « There would have to be large-scale surveillance to stop it. You can’t control people’s morals like this and it is best not to try. »

This also points to the danger of skewing moral priorities. Mitchell said that Gauke was « unnecessarily moralistic » and focusing on « petty stuff » rather than massive tax avoidance. That does not necessarily mean that Gauke was wrong to say tax evasion is immoral, merely that in a world of much bigger sins, it is not so immoral as to be a major priority. And there is always a risk that governments, or even lobby groups, can create a kind of moral panic about an issue which is not critical, but which diverts our attention away from more serious wrongs. Cynics might think that trying to turn the spotlight on builders and plumbers is using just this kind of tactic to take the heat off financiers and politicians.

The most fundamental problem with morality’s return, however, is that society still lacks a sense of where it comes from and who is qualified to make claims for it. Not coincidentally, the decline of morality in the latter part of the 20th century paralleled the decline of respect for the authority of the church, as we stopped looking up to clerics as moral authorities. Now that we find ourselves compelled to talk about morality again, it does not seem clear to whom we should turn for guidance. Public reaction to recent pronouncements by politicians suggests that we are deeply sceptical about their claims to speak for what is moral. « Can’t quite believe I am reading about a politician saying the words ‘morally wrong’ out loud, » is typical of the online responses to Gauke’s comments. Scientists are sometimes treated as though they are qualified to pronounce on the morality of what they do, but their expertise is not ethical and in any case, there is now as much suspicion of the horrors science and technology might unleash as there is respect for the white lab coat.

One reason why we are not sure about where to find moral wisdom is that there is no clear, shared understanding of what exactly morality is. The idea that it is a set of rules prescribed by an authority, usually religious, has been understandably rejected. What should take its place is the idea that morality concerns the ways in which our social interactions affect the welfare of others. If what I choose to do is not in my own best interests, that may be imprudent but it is not morally wrong. But if what I do makes life worse for others, merely for my own gain or for no good reason at all, that is immoral.

It may sound obvious but, in one important respect, it radically changes how morality has often been understood. Morality becomes essentially social, not personal. And because it is social, that means the only way to deal with it is socially. So we shouldn’t be looking for new moral authorities to replace the church. Rather, we should see public moral issues as requiring a negotiation between all of us. That conversation does not value every voice equally, but for final decisions to stick, they have to reflect a kind of social consensus.

However, if radio phone-ins, online comments and tweets sent to television programmes are anything to go by, we are nowhere near ready and able to raise public discourse to the level required for this. And so the danger is that we will either fall back on the old authorities or allow new moral leaders to emerge who may well base their pronouncements on little more than populist sentiment. Angry mobs are most dangerous when manipulative rabble-rousers make them feel that every drop of their indignation is righteous. We have remembered that a proper sense of morality is essential, but we also need to be mindful that a misguided one can be deadly.

Voir encore:

Political Morality?

While Machiavelli was most famous for The Prince, his practical, if somewhat cynical guide to power, he also was a poet, playwright and an original exponent of political science.

Andrew Curry

The Washington Post

January 13, 1999

The name Niccolo di Bernardo Machiavelli evokes the essence of immorality. To label someone a Machiavellian is to accuse him of putting convenience and success ahead of principle. This unsavory reputation grew from one work in 1513, The Prince, a little handbook packed with advice on how to get power and keep it. Remarkably apt in the current climate of political scandal, it remains avidly read.

As a statesman and writer caught up in the vicious intrigues of Renaissance Italy, Machiavelli was a participant in power politics and a shrewd analyst of the way power worked. The Prince became one of the most discussed works of the era, exciting some and shocking others — as it does even now — with its raw portrayal of power.

Even Tupac Shakur, the late rap superstar, drew on Machiavelli’s reputation, releasing his last album under the pseudonym « Makaveli. »

The Prince « became a symbol of a way of acting in politics that’s commonly understood to be amoral, if not immoral, » says Bruce Douglass, a professor of government at Georgetown University. « That’s probably an incorrect characterization. If you look carefully at the work, it’s more that Machiavelli is proposing practices that would be immoral in ordinary life.

« However, as many people know — perhaps most people know — political life and the affairs of nations require something which is a bit different. What Machiavelli does in The Prince is give expression to that in a somewhat graphic and unqualified way. »

Indeed, Machiavelli’s image has undergone a makeover in the last few decades. The work for which he is chiefly remembered now is more widely recognized as only one chapter in the story of a poet, playwright, adventurer, military leader, statesman and pioneering political scientist who rose from obscurity to the heights of governmental celebrity, only to fall into ruinous shame.

Born on May 3, 1469, just outside Florence, Machiavelli was in a perfect position to observe some of the most tumultuous times Italy had known since the fall of the Roman Empire. Italy then was not a united nation but a conglomerate of independent city-states, of which Florence was among the most prominent.

Machiavelli came from a distinguished family with a long history of government service. Niccolo was the oldest son of one of the clan’s poorest members — his father Bernardo was born illegitimate and incurred so many unpaid debts that he was barred from public office. Though little is known about Niccolo’s early life, it is clear that he received a solid, if not first-rate, education in law and the classics, and he joined the powerful lawyers guild as a young man.

Since 1434, the Medici family, Italy’s richest and most powerful clan, had dominated the Florentine political scene. By the time of Lorenzo the Magnificent, who became head of the family in 1469, the Medicis’ influence had spread throughout the country via alliances and strategic marriages.

Their power was consolidated after 1478 when a failed attempt on Lorenzo’s life by members of an opposing faction — supported by the pope — sparked a bloody pro-Medici riot. The clash ended with the lynching of the Medicis’ most prominent opponents and rivals, who were hung from the walls of the Palazzo not three blocks from 9-year-old Niccolo’s home.

But such control was not to last. Lorenzo died in 1492. His son Piero took power and quickly lost it as the French conqueror Charles VIII swept through Italy. Piero bought Florence’s safety by giving away most of its territories, a decision so resented in Florence that he was forced to flee.

With the Medicis gone, the ascetic monk Fra Girolamo Savonarola whipped Florence into a God-fearing, anti-Medici frenzy for four years. In what Machiavelli later would analyze as an inevitable backlash, Savonarola was excommunicated, hanged and burned in 1498. Florence’s government shifted again, finally opening the way for Machiavelli to step into the spotlight.

At age 30, he was named secretary to the Florentine governing council, a distinguished position he held for almost 14 years. He was essentially Florence’s top bureaucrat, carrying out council orders, representing Florence on diplomatic missions and organizing a militia. He gained experience and respect as a statesman and became a close and trusted adviser to the heads of the republic.

The job took Machiavelli on diplomatic missions throughout and beyond Italy. He traveled to France three times, meeting with King Louis XII and went to Rome to meet with Pope Julius II, Holy Roman Emperor Maximilian I and, perhaps most importantly, the infamous Italian warlord Cesare Borgia, who was to become one of Machiavelli’s models of a ruthless prince.

But at the height of Machiavelli’s career, the Medici family returned to power, overthrowing the elected Florentine government in 1512 and eliminating potential troublemakers. Less than two months later, Machiavelli lost his position. Things soon became worse.

A list of supposed anti-Medici conspirators drafted by two young Florentines included Machiavelli’s name. Sought by the authorities, he surrendered and was imprisoned in the dungeons of the Bargello, Florence’s prison, and tortured. Most likely, his interrogators used the strappado, tying Machiavelli’s hands behind his back and hoisting him off the ground to hang by his wrists and wrenched arms.

After 22 days, he was released, still proclaiming innocence. There was no evidence that he had been involved in a plot.

Suspected of treason and granted only limited freedom, Machiavelli retreated to a small villa he owned outside of Florence. Relatives and friends, afraid to be associated with him or in political trouble themselves, pushed him away. « Everything, » he wrote in a letter to a close friend, « was totally wrecked. »

Desperate, he decided to write a book to gain the Medicis’ favor, and he completed this peace offering in just a few months in 1513.

The Prince emerged from his experience in prison and the ruin that his life had become. Alone, under virtual house arrest, he lost faith in human nature and decided that man could always be counted on to be weak and self-interested.

« One can generally say this about men: that they are ungrateful, fickle, simulators and deceivers, avoiders of danger, greedy for gain; and while you work for their good they are completely yours, offering you their blood, their property, their lives and their sons . . . when danger is far away; but when it comes nearer to you they turn away, » Machiavelli wrote in The Prince.

For him, man’s weak nature was a constant as unchanging as the bright sun that rose above his beloved Tuscan hills. A strong prince who understood and accepted that could gain power and do good. To the thinkers of the Renaissance, full of faith in humanity and the power of the human mind, this view was shocking.

The lessons drawn by Machiavelli were even more scandalous to his contemporaries. « It is much safer to be feared than loved when one of the two must be lacking, » he wrote.

« Men are less hesitant about harming someone who makes himself loved than one who makes himself feared because love is held together by a chain of obligation which, since men are a sorry lot, is broken on every occasion in which their own self-interest is concerned; but fear is held together by a dread of punishment which will never abandon you. »

Consequently, « A wise ruler . . . cannot and should not keep his word when such an observance of faith would be to his disadvantage and when the reasons which made him promise are removed. And if men were all good, this rule would not be good; but since men are a sorry lot and will not keep their promises to you, you likewise need not keep your promises to them.

« A prince must not worry about the reproach of his cruelty when it is a matter of keeping his subjects united and loyal; for with a very few examples of cruelty, he will be more compassionate than those who, out of excessive mercy, permit disorders to continue, from which arise murders and plundering; for those usually harm the community at large, while the execution that come from The Prince harm one individual in particular. »

Scholars today are quick to note that these maxims make up only part of Machiavelli’s philosophy and were not intended as ethical pronouncements but as practical and realistic advice.

« I think Machiavelli says nothing that he disbelieved, but [The Prince] isn’t a full statement of his beliefs, » Douglass says. « It’s a very sober, realistic, even cynical book, but it’s all in the genre of advice.

« He’s saying to the intended audience for the work, ‘Here’s what you need to do to get and keep power.’ If I tell you there are a lot of hard things you need to do to get power, I don’t think that’s negative, it’s just realistic. It’s pretty hard-boiled. »

To Machiavelli’s contemporaries, however, such statements were outrageous.

Francesco Giucciardini, a Florentine historian and Machiavelli’s friend, published criticisms of Machiavelli’s two most basic premises: that men were by nature bad and that the ancients were suitable models for modern leaders.

Later, Machiavelli was translated into the French by Innocent Gentillet, who was often called the anti-Machiavel and who wrote in 1576 that Machiavelli invented « totally wicked maxims and built upon them a science not political but tyrannical. »

Machiavelli first dedicated The Prince to Giuliano de’Medici, son of Lorenzo the Magnificent and brother of the new head of the Medici family, Giovanni de’Medici, who became Pope Leo X in 1513.

Giuliano was the Medicis’ choice to rule Florence but died before he could do so and before Machiavelli could present the book. Machiavelli kept it for several years, revising and altering it. Finally, he decided to dedicate it to Giuliano’s cousin Lorenzo de’Medici, grandson of Lorenzo the Magnificent, hoping that the young ruler would be pleased.

« Accept this little book, then, I beg your Magnificence, in the spirit in which I send it; for if you consider it and read it with attention, you will discern in it my surpassing desire that you come to greatness, » Machiavelli wrote in 1517. « And if from the summit of your lofty station, your Magnificence ever turns your eyes to these low places, you will perceive how long I continue to bear the burden of Fortune’s great and steady malice. »

No one knows whether Machiavelli gave Lorenzo de’Medici his work. One story, possibly apocryphal, says Machiavelli appeared at court to present his book while another visitor was presenting Lorenzo with two hunting dogs. The 20-year-old prince was said to be far more interested in the hounds.

Whatever happened, the effort failed. Machiavelli’s book was ignored, and he again withdrew to his villa and immersed himself in writings of ancient historians and philosophers. He wrote three comic plays, several works of fiction, a history of Florence in verse and several long poems on lighthearted topics.

Machiavelli’s comedies are among the first Italian dramas to combine realistic characters and the classical structure familiar today and often are seen as the best Italian dramas of the Renaissance. They were spectacular successes, winning competitions and letters of praise from his friends.

His more lasting legacy, however, are his biographies and political analysis, including Discourses on the First Ten Books of Livy, also written in 1513. This presented the most powerful statement of his philosophy that the lessons of the past could be gathered and applied to Italy in his day.

In the form of a critical commentary on the work of Roman historian Titus Livius (59 B.C.-17 A.D.), Discourses set out to turn successes and mistakes of past politicians into valuable lessons, bolstered with Machiavelli’s experiences on diplomatic missions to some of the most important kings, princes and warlords of his time.

One of the most important themes of Discourses was republicanism, the philosophy that later would inspire America’s Founding Fathers and that shaped the government of Florence before the Medicis’ return to power.

Machiavelli’s republicanism owed much to the model of ancient Rome. He believed that a state should be ruled by its own citizens or their elected representatives, free from external authority and the tyranny of hereditary monarchs or rulers.

« There are implicit in that ideal things that people commonly affirm and embrace today, like the rule of law, civic mindedness, patriotism, the willingness to sacrifice for one’s country, » Douglass says. « Those are the kinds of things Machiavelli believed in, and he was very much a devotee of republican ideas of the Romans as the remedy to the defects of current Italian politics. »

Unlike The Prince, Discourses was intended as a strictly private document and was circulated only among Machiavelli’s close friends. It often came dangerously close to treason, advocating independence and self-rule at a time when the Medicis were trying to extend their family’s influence over Italy’s city-states. Had authorities known that Machiavelli favored a government of the people, he might have found himself in jail again.

He also took on the Roman Catholic Church, castigating corrupt priests whose abuses had disillusioned many believers.

« We Italians owe this first debt to the church and to the priests — we have become irreligious and wicked; but we owe them an even greater debt still, which is the second reason for our ruin: that the church has kept, and still keeps, this land of ours divided, » Machiavelli wrote in a chapter unflinchingly titled « How Much Importance Must Be Granted to Religion, and How Italy, Without Religion, Thanks to the Roman Church, Has Been Ruined. »

It was a response to secular tendencies in the church and the increasingly close relationship between the clergy and politics, most notably when the head of the powerful Medici family became pope, something that many intellectuals resented.

From the Vatican in Rome, the pope controlled a three-pronged empire: the spiritual guidance of every soul in western Europe, a significant amount of political power in the form of papal states and land throughout Italy and Europe, and the church’s colossal financial holdings. As the clergy’s power grew, many people began to look at priesthood as less a spiritual calling than a comfortable and even lucrative career.

With Discourses, Machiavelli conceived a new discipline — political science.

« Machiavelli was original most of all in his claim that statecraft could be erected into a science, » Herbert Butterfield, a Cambridge University professor, wrote in 1962. « [He] distinguished himself by claiming that, in the study of history, one could discover not only the causes but also the cure of the ills of his time. »

Machiavelli died of a stomach ailment in 1527 at age 58. Fittingly, it was the same year that the Medicis again were expelled from Florence. His friends published much of his work in 1532, prompting immediate reaction. In 1557, The Prince became one of the first books placed on the Roman Catholic Church’s Index of Prohibited Books.

Machiavelli’s infamy soon spread abroad. In France, his legacy was seen in the St. Bartholomew’s Day massacre of Aug. 24, 1572. Catherine de’Medici, great-granddaughter of Lorenzo the Magnificent and widow of King Henry II of France, was thought to have ordered the execution of all Protestant, or Huguenot, religious leaders in Paris in an attempt to suppress dissent.

Allegedly with her approval, Catholic mobs butchered more than 3,000 Hu-guenots in one day, and the violence spread throughout France. Machiavelli’s ideas were blamed for inspiring the violence.

In England, Machiavelli’s reputation preceded the first English translation of The Prince in 1640. Seventy years earlier, « Machiavel » had been used as a slur, and the name is mentioned in the works of Elizabethan dramatists Christopher Marlowe, Ben Jonson and William Shakespeare, usually to conjure images of cunning and deceit.

Others, however, saw in Machiavelli not a lover of tyranny but a teller of truths. Francis Bacon (1561-1626), often considered the father of the scientific method and one of the most influential forerunners of the Enlightenment, wrote: « We are much beholden to Machiavel and others that write what men do and not what they ought to do. »

In the 20th century, on occasions when politics and international relations become less a battle between right and wrong than a search for effectiveness, Machiavelli’s advice is prized.

« The minute you enter public life, life gets more complicated, » Douglass says. « If you’re thinking, even with the best of motives, of getting and keeping power, well, sometimes getting and keeping power requires compromises with the ideals that you would like to follow.

« Maybe sometimes it’s necessary to tell a half truth, a lie to maintain power, and maybe that power is important for a larger purpose. Now, I know that’s standard Realpolitik reasoning, but it doesn’t make it any less true to call a spade a spade. »

Andrew Curry is a news aide at The Washington Post.


Religion: Nous sommes automate autant qu’esprit (Monkey see monkey do: looking back at the tebowing craze)

6 avril, 2013
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/2/2a/Tim_Tebow_Tebowing.jpghttp://www.francetvinfo.fr/image/74mypmdv7-4811/908/624/182263.jpghttp://www.francetvinfo.fr/image/74mypmdm4-99da/908/624/182233.jpgLa skieuse américaine Lindsey Vonn imite Tim Tebow après sa victoire lors du Super G de Beaver Creek, dans le Colorado, le 7 décembre 2011. Les fans de tebowing dans tous les endroits possibles et imaginables. Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle. Jean 3: 16
Lorsque vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites, qui aiment à prier debout dans les synagogues et aux coins des rues, pour être vus des hommes. Je vous le dis en vérité, ils reçoivent leur récompense. Mais quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme ta porte, et prie ton Père qui est là dans le lieu secret; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. Jésus (Mathhieu 6: 5-6)
It’s hard to be a saint in the city. Bruce Springsteen
Cette affaire confirme que la pratique du plagiat est rarement ponctuelle – le fait malheureux d’un auteur qui a failli accidentellement -, mais bien une méthode d’écriture par procuration, parfaitement au point chez certains publiants – inutile de parler d’auteurs, et encore moins d’écrivains. Encore que ces types de livres soient quelquefois les plus lus, puisqu’ils sont plus des produits de promotion d’une personnalité ou d’une institution qu’un véritable travail intellectuel s’inscrivant dans une réflexion personnelle. Hélène Maurel-Indart
 Je viens de prendre connaissance de la polémique qui s’est développée à propos du plagiat présumé d’un texte de JF Lyotard commis par Gilles Bernheim. Etant le dernier survivant des personnes interviewées par Elisabeth Weber dans « Questions au judaïsme », je peux témoigner des méthodes de travail d’Elisabeth Weber. Elle procédait à un long entretien enregistré au magnétophone. On revenait, parfois, sur des sujets abordés au début de la conversation, ce qui donnait un produit brut, je suppose, assez décousu. Quelques semaines plus tard, EW vous adressait une mise en forme de votre entretien, qui en ce qui me concerne était réalisée de manière remarquable, donnant à ces échanges décousus une cohérence parfaite. Je ne peux imaginer que JF Lyotard, que j’ai bien connu, ait débité devant Elisabeth un texte appris par coeur d’un cours délivré en 1980 par GB… Cela me navre d’autant plus que ceux qui connaissent mes interventions publiques actuelles peuvent constater que sur nombre de sujets (mariage gay, Israël) je suis en parfait accord avec les prises de position du Grand Rabbin… Luc Rosenweig
On ne commande bien à la nature qu’en y obéissant. Bacon
Nul ne peut être formé à la vertu contre les leçons de la multitude. Platon
Ayant considéré combien un même homme, avec son même esprit, étant nourri dès son enfance entre des Français ou des Allemands, devient différent de ce qu’il serait s’il avait toujours vécu avec des Chinois ou des cannibales. Descartes
Nous sommes automates dans les trois quarts de nos actions. Leibniz
L’homme n’est ni ange, ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête. Pascal
Qu’est‑ce que nos principes naturels, sinon nos principes accoutumés ? Et dans les enfants, ceux qu’ils ont reçus de la coutume de leurs pères, comme la chasse dans les animaux ? Une différente coutume en donnera d’autres principes naturels. Cela se voit par expérience. Pascal
C’est la coutume…. qui fait tant de chrétiens ; c’est elle qui fait les Turcs, les païens, les métiers, les soldats. Pascal
C’est être superstitieux de mettre son espérance dans les formalités, mais c’est être superbe de ne vouloir s’y soumettre. (…) Il faut que l’extérieur soit joint à l’intérieur pour obtenir de Dieu; c’est-à-dire que l’on se mette à genoux, prie des lèvres, etc., afin que l’homme orgueilleux qui n’a voulu se soumettre à Dieu soit maintenant soumis à la créature. Attendre de cet extérieur le secours est être superstitieux; ne vouloir pas le joindre à l’intérieur est être superbe. (…) Les autres religions, comme les païennes, sont plus populaires, car elles sont en extérieur, mais elles ne sont pas pour les gens habiles. Une religion purement intellectuelle serait plus proportionnée aux habiles, mais elle ne servirait pas au peuple. La seule religion chrétienne est proportionnée à tous, étant mêlée d’extérieur et d’intérieur. Elle élève le peuple à l’intérieur, et abaisse les superbes à l’extérieur, et n’est pas parfaite sans les deux, car il faut que le peuple entende l’esprit de la lettre et que les habiles soumettent leur esprit à la lettre. (…) Car il ne faut pas se méconnaître, nous sommes automate autant qu’esprit. Et de là vient que l’instrument par lequel la persuasion se fait n’est pas la seule démonstration. Combien y a(-t-) il peu de choses démontrées? Les preuves ne convainquent que l’esprit, la coutume fait nos preuves les plus fortes et les plus rues. Elle incline l’automate qui entraîne l’esprit sans qu’il y pense. Qui a démontré qu’il sera demain jour et que nous mourrons, et qu’y a(-t-)il de plus cru? C’est donc la coutume qui nous en persuade. C’est elle qui fait tant de chrétiens, c’est elle qui fait les Turcs, les païens, les métiers, les soldats, etc. Il y a la foi reçue dans le baptême de plus aux chrétiens qu’aux païens. Enfin il faut avoir recours à elle quand une fois l’esprit a vu où est la vérité afin de nous abreuver et nous teindre de cette créance qui nous échappe à toute heure, car d’en avoir toujours les preuves présentes c’est trop d’affaire. Il faut acquérir une créance plus facile qui est celle de l’habitude qui sans violence, sans art, sans argument nous fait croire les choses et incline toutes nos puissances à cette croyance, en sorte que notre âme y tombe naturellement. Quand on ne croit que par la force de la conviction et que l’automate est incliné à croire le contraire ce n’est pas assez. Il faut donc faire croire nos deux pièces, l’esprit par les raisons qu’il suffit d’avoir vues une fois en sa vie et l’automate par la coutume, et en ne lui permettant pas de s’incliner au contraire. Inclina cor meum deus. La raison agit avec lenteur et avec tant de vues sur tant de principes, lesquels il faut qu’ils soient toujours présents, qu’à toute heure elle s’assoupit ou s’égare manque d’avoir tous ses principes présents. Le sentiment n’agit pas ainsi; il agit en un instant et toujours est prêt à agir. Il faut donc mettre notre foi dans le sentiment, autrement elle sera toujours vacillante. Blaise Pascal
On ne peut pas observer les Dix commandments si on vit au sein d’une société qui ne les respecte pas. Un soldat doit porter l’uniforme et vivre à la caserne. Celui qui veut servir Dieu doit arborer les insignes de Dieu et s’écarter de ceux qui ne se soucient que d’eux-mêmes. La barbe, les papillottes, le châle de prière, les franges rituelles – tout cela fait partie de l’uniforme d’un juif. Ce sont les signes extérieurs de son appartenance au monde de Dieu, pas aux bas-fonds. Herz Dovid Grein (ombres sur l’Hudson, Isaac Bashevis Singer, 1957)
Les neurones miroirs sont des neurones qui s’activent, non seulement lorsqu’un individu exécute lui-même une action, mais aussi lorsqu’il regarde un congénère exécuter la même action. On peut dire en quelque sorte que les neurones dans le cerveau de celui/celle qui observe imitent les neurones de la personne observée; de là le qualitatif ‘miroir’ (mirror neurons). C’est un groupe de neurologues italiens, sous la direction de Giacomo Rizzolati (1996), qui a fait cette découverte sur des macaques. Les chercheurs ont remarqué – par hasard – que des neurones (dans la zone F5 du cortex prémoteur) qui étaient activés quand un singe effectuait un mouvement avec but précis (par exemple: saisir un objet) étaient aussi activés quand le même singe observait simplement ce mouvement chez un autre singe ou chez le chercheur, qui donnait l’exemple. Il existe donc dans le cerveau des primates un lien direct entre action et observation. Cette découverte s’est faite d’abord chez des singes, mais l’existence et l’importance des neurones miroirs pour les humains a été confirmée (1). Dans une recherche toute récente supervisé par Hugo Théoret (Université de Montréal), Shirley Fecteau a montré que le mécanisme des neurones miroirs est actif dans le cerveau immature des petits enfants et que les réseaux de neurones miroirs continuent de se développer dans les stades ultérieurs de l’enfance. Il faut ajouter ici que les savants s’accordent pour dire que ces réseaux sont non seulement plus développés chez les adultes (comparé aux enfants), mais qu’ils sont considérablement plus évolués chez les hommes en général comparé aux autres primates. Simon De Keukelaere
Ce n’est pas de la chance. La chance ne fait pas gagner six matchs de suite. C’est une faveur. Une faveur de Dieu.  Wayne Hanson (Pasteur,  Castle Rock, Colorado)
Ce geste, répété à tous les matchs, est devenu le « Tebowing ». Le Global Language Monitor, une compagnie qui liste, entre autres, les nouveaux mots les plus à la mode, a officiellement sanctionné l’arrivée du « Tebowing » dans la langue anglaise. Une arrivée aussi rapide qu' »Obamania » en 2007. Les détracteurs de Tim Tebow font remarquer qu’aujourd’hui, plus personne ne parle d’ « Obamania », et que le « Tebowing » ne fera pas long feu. () Avant de prier sur le terrain, Tim Tebow se peignait sous les yeux des passages de la Bible. Une pratique finalement interdite, qu’on a appelé la « Tebow Rule ».  Il est ensuite passé à la prière sur le terrain, fin 2010. Ce geste a fait de Tim Tebow un sex-symbol. Les supportrices se lâchent, car on ne lui connaît pas de petite amie. C’est d’ailleurs l’une des recherches les plus fréquentes sur les sites sportifs américains. Ces fans ne sont pas les seules à chercher à profiter de la popularité de Tebow. Depuis que le phénomène a commencé, le prix des billets pour les matchs des Broncos a augmenté de 50 % ! Ce geste, devenu célèbre aux Etats-Unis, a inspiré d’autres sportifs. Ces vainqueurs d’une épreuve de Nascar (course de stock-cars) en Floride ont imité Tim Tebow, le 18 novembre dernier. Ce sont ses adversaires qui ont commencé à parodier Tebow. Ainsi, Stephen Tulloch, des Detroit Lions, a imité son geste sur le terrain, après avoir plaqué le joueur de Denver. Une star de la NBA, Dwight Howard, un joueur de baseball qui faisait du tourisme en Europe, Dexter Fowler, un partenaire de Tebow à Denver, et un joueur de golf américain ont tous publié des photos d’eux faisant le « Tebowing » sur leur compte Twitter. La skieuse américaine Lindsey Vonn a elle aussi « tebowé » après sa victoire lors du Super G de Beaver Creek, le 7 décembre dernier. Au point que les médias américains lui ont demandé s’il y avait quelque chose entre Tebow et elle… Ce que Vonn a démenti : « si je fais le ‘Tebowing’, ça ne veut pas dire que je suis avec lui. J’admire juste ce qu’il fait. » Le « Tebowing » n’est pas réservé qu’aux champions. Le site tebowing.com recense les photos des internautes faisant le « Tebowing » dans les endroits les plus improbables (à Disneyland, au Machu Pichu, sur leur lit d’hôpital, sous la Tour Eiffel…). Ils ont même dégotté des photos de chien et de gorilles en train de tebower ! Francetvinfo
Ces victoires in extremis, ainsi que sa personnalité particulière, entraînent une véritable vague médiatique autour de Tebow, appelée Tebow mania, qui se manifeste notamment par une importante présence sur les réseaux sociaux et d’information américains, ou encore par l’explosion des ventes de maillots à son nom. Tim Tebow devient alors un phénomène de société aux Etats-Unis. À cela s’attache la pratique du tebowing, soit de l’imitation de la posture particulière qu’il prend, à demi-agenouillé et la tête sur un bras, pour célébrer l’inscription d’un touchdown. Wikipedia
Brady, 34, is living an American male fantasy, a Faustian swirl of physical prowess, sexual aura, weekly heroics and fame. He’s so cool that he can wear Uggs and get away with it. But when the Patriots meet the Denver Broncos in a divisional playoff game at Gillette Stadium, Brady will not be the most riveting athlete on the field; he won’t even be the most riveting quarterback. That honor will belong to a young Bronco named Tim Tebow. (…) Tebow, 24, is the quarterback question mark; he’d rather run than throw another wobbly pass that wouldn’t make a Pop Warner football highlight reel. He is an unmarried, self-declared virgin with no supermodel on his arm. He is a devout Christian who thanks his Lord and Savior so often that a recent “Saturday Night Live” skit had Jesus telling him: enough already. Yet, somehow, this N.F.L. sophomore — who has been Denver’s starting quarterback for all of 12 games — has upended cynical assumptions about professional athletics to become more than an unlikely playoff contender and the country’s favorite active athlete, as declared by a recent poll by ESPN. Tim Tebow is now a cultural touchstone. (…)  Some fans are wearing Broncos jerseys with Tebow’s number and Jesus’ name. Around the world, people are “tebowing” — kneeling in prayer, with head resting on one hand, oblivious to surroundings, just as Tebow does after victories. Still, when a wedding party tebows in Las Vegas, or a couple tebows on Abbey Road in London, or two scuba divers tebow underwater in Belize, it can be hard to tell whether they are celebrating or mocking him for his virtuous ways. What, exactly, is it about Tim Tebow that so fascinates and provokes us? Why do some people project onto him the best of this country (humility, tenacity, plain old decency) — and the worst (sanctimoniousness, overexposure, political intolerance)? Part of the answer may lie in the way he seems oblivious to the throaty roars that envelop him on and off the field, as though Tebow is always tebowing, whether kneeling or standing up. It seems a stretch to interpret his calm indifference as a particularly arrogant strain of piety. More likely, it is his way of saying that none of this — the rah-rah football Sunday, followed by the weeklong football Kremlinology — is what truly matters. (…) Legions of pundits, writers and insomniac callers to late-night radio have analyzed the subject. But maybe no investigation or deep sociological inquiry is required. Maybe the key to the Tebow phenomenon is just this: He wins games. What’s more, Tebow tends to win in the closing minutes, against considerable odds and amid the persistent doubts about his ability by the football establishment. He often can seem like a regular guy suddenly thrust into the middle of a professional football game, only to win by summoning a superhuman will that we all wish we had. Finally, and it cannot be denied, Tebow’s very public conviction about his faith resonates (Isn’t he a model for how to live?), intrigues (How can he be so certain?) or annoys (Can’t he keep it in the church pew?). If he were not in the playoffs, perhaps we would not care as much. But since he is, his extraordinary athleticism and proven heroics — including two college championships and a Heisman Trophy — are routinely forgotten in favor of a more mystical possibility. (…) In 2009, a reporter at a news conference asked Tebow whether he was “saving” himself for marriage. When the virile young college hero answered yes, many in the room were so dumbstruck that he jokingly wondered whether he had just stunned the reporters into silence. (Of course, a Playboy playmate and others were soon volunteering to free him of his virginity.) (…) While some athletes swan around at “gentlemen’s clubs,” he plays flashlight tag with his family. While some athletes dedicate themselves to video games in their free time, he visits hospitals and prisons, and goes to the Philippines in the off-season as part of a ministry to help orphans. Those who distrust this kind of faith-based outreach, perhaps because they detect a conservative political agenda behind it all, found an aha moment during the 2010 Super Bowl. In a 30-second commercial paid for by Focus on the Family, an evangelical Christian nonprofit organization, Tebow and his mother told the story of his birth — a “miracle baby” — and her choice not to have an abortion. There was no tebowing that week in the halls of Planned Parenthood. (…) Decent people who are proud of their faith, do good things and succeed in life tend to irritate some of us; they remind us of our private failures, so, naturally, we hope they stumble. Spectacularly. Face-first into the mud. And those who dislike Tebow were rewarded when the Broncos lost the final three games of the regular season. In living rooms around the country, some people were gleefully channeling Billy Crystal’s parody of Edward G. Robinson in “The Ten Commandments”: “Where’s your Messiah now, Moses?” The NYT

Monkey see, monkey do ?

En relisant l’histoire du joueur de football américain le plus médiatisé de la saison 2012-2013 qui, après les véritables « miracles » réalisés sur le terrain des Broncos de Denver et un peu à l’instar du prodige taiwanais-américain Jeremy Lin des New York Knicks, a vécu un véritable chemin de croix quand les résultats n’ont plus suivi dans l’enfer du banc des Jets de New York avant la probable relégation cette année à une équipe bien moins prestigieuse …

Mais qui, au faite de sa gloire l’an dernier et entre ses références bibliques collées sous les yeux  ou ses naïves confessions de virginité, avait suscité une véritable mania – avec site dédié sur l’internet et nouvelle entrée dans le dictionnaire – avec sa pratique de l’agenouillement après chaque touchdown …

Comment ne pas repenser, en ces temps étranges, où, hypermédiatisation oblige, l’hypermimétisme (des neurones miroirs aux bâtiments qui tombent malades et du plagiat à la cryptomnésie !) se lie à la plus grande revendication d’originalité et d’individualisme …

Et où jusqu’au Grand rabbin de France lui-même semble avoir succombé aux miroirs au alouettes médiatiques …

Pendant qu’un Robert Redford qui pose la question de la responsabilité de Hollywood dans la violence qui s’abat régulièrement sur les écoles de son pays nous sort à présent un film à la gloire des terroristes des années 70 dits Weathermen

Aux fameuses Pensées de Pascal sur les gestes de la foi?

A savoir, comme le rappelle si bien Simone Manon contre l’angélisme et le diktat actuels de la spontanéité et de l’authenticité …

Cet ensemble d’attitudes corporelles et de mouvements du corps, cette gymnastique et cette musique faites d’automatismes et d’habitudes collectives de penser, d’agir et de sentir …

Qui conditionnent les dispositions de l’âme et constituent en quelque sorte les conditions matérielles et sociales de possibilité de toute croyance religieuse véritable?

Le « Tebowing », ce geste qui est en train de faire le tour du monde

Francetvinfo

14/12/2011

C’est l’histoire d’une prière, celle du quarterback américain Tim Tebow. Lors d’un match où son équipe était mal embarquée, Tebow renverse le cours de la partie, et permet à son équipe de l’emporter. Après avoir marqué, il pose un genou à terre et prie. Un geste qu’il repète désormais avant chaque match, et qui porte bonheur à son équipe : les Broncos de Denver ont enchaîné six victoires. Ce geste est devenu un phénomène de société.

1/10 Tim Tebow prie, parfois avant le match, parfois dans les dernières secondes, parfois après avoir marqué. Son équipe des Broncos de Denver (Colorado) vient d’enchaîner une série de six victoires consécutives, et paraît bien partie pour disputer les phases finales du championnat, la NFL.

2/10 D’après le pasteur Wayne Hanson, qui prêche dans l’église fréquentée par la famille Tebow, à Castle Rock, près de Denver, tout est lié. « Ce n’est pas de la chance. La chance ne fait pas gagner six matchs de suite. C’est une faveur. Une faveur de Dieu », témoigne-t-il dans la presse américaine.

3/10 Ce geste, répété à tous les matchs, est devenu le « Tebowing ». Le Global Language Monitor, une compagnie qui liste, entre autres, les nouveaux mots les plus à la mode, a officiellement sanctionné l’arrivée du « Tebowing » dans la langue anglaise. Une arrivée aussi rapide qu' »Obamania » en 2007. Les détracteurs de Tim Tebow font remarquer qu’aujourd’hui, plus personne ne parle d’ « Obamania », et que le « Tebowing » ne fera pas long feu.

Avant de prier sur le terrain, Tim Tebow se peignait sous les yeux des passages de la Bible. Une pratique finalement interdite, qu’on a appelle la Tebow Rule.

4/10 Avant de prier sur le terrain, Tim Tebow se peignait sous les yeux des passages de la Bible. Une pratique finalement interdite, qu’on a appelé la « Tebow Rule ». Il est ensuite passé à la prière sur le terrain, fin 2010.

Les fans (de plus en plus nombreuses) de Tim Tebow, le 11 décembre 2011, lors d’un match entre les Denvers Broncos et les Chicago Bears.

5/10 Ce geste a fait de Tim Tebow un sex-symbol. Les supportrices se lâchent, car on ne lui connaît pas de petite amie. C’est d’ailleurs l’une des recherches les plus fréquentes sur les sites sportifs américains. Ces fans ne sont pas les seules à chercher à profiter de la popularité de Tebow. Depuis que le phénomène a commencé, le prix des billets pour les matchs des Broncos a augmenté de 50 % !

Les vainqueurs d’une course de Nascar en train d’imiter Tim Tebow, le 18 novembre 2011 à Homestead, en Floride.

6/10 Ce geste, devenu célèbre aux Etats-Unis, a inspiré d’autres sportifs. Ces vainqueurs d’une épreuve de Nascar (course de stock-cars) en Floride ont imité Tim Tebow, le 18 novembre dernier.

Ce sont ses adversaires qui ont commencé à parodier Tebow. Ainsi, Stephen Tulloch des Detroit Lions après un plaquage sur le joueur de Denver, à son geste!

7/10 Ce sont ses adversaires qui ont commencé à parodier Tebow. Ainsi, Stephen Tulloch, des Detroit Lions, a imité son geste sur le terrain, après avoir plaqué le joueur de Denver.

Une star de la NBA, Dwayne Howard, et un joueur de baseball qui faisait du tourisme en Europe, Dexter Fowler, ont publié sur leur compte Twitter, des photos de tebowing dans des lieux publics.

La skieuse américaine Lindsey Vonn imite Tim Tebow après sa victoire lors du Super G de Beaver Creek, dans le Colorado, le 7 décembre 2011.

9/10 La skieuse américaine Lindsey Vonn a elle aussi « tebowé » après sa victoire lors du Super G de Beaver Creek, le 7 décembre dernier. Au point que les médias américains lui ont demandé s’il y avait quelque chose entre Tebow et elle… Ce que Vonn a démenti : « si je fais le ‘Tebowing’, ça ne veut pas dire que je suis avec lui. J’admire juste ce qu’il fait. » DOUG PENSINGER / AFP

Les fans de tebowing dans tous les endroits possibles et imaginables

10/10 Le « Tebowing » n’est pas réservé qu’aux champions. Le site tebowing.com recense les photos des internautes faisant le « Tebowing » dans les endroits les plus improbables (à Disneyland, au Machu Pichu, sur leur lit d’hôpital, sous la Tour Eiffel…). Ils ont même dégotté des photos de chien et de gorilles en train de tebower !

Voir aussi:

He’s a Quarterback, He’s a Winner, He’s a TV Draw, He’s a Verb

Dan Barry

The NYT

January 13, 2012

On Saturday night in Massachusetts, a Jim Thorpe-Fabio hybrid in a New England Patriots uniform will emerge from the Foxborough shadows with all the confidence granted by good looks, athletic gifts and the home-field advantage: Tom Brady, the quarterback ideal. A three-time Super Bowl champion. Married to a world-famous model. So laserlike in his throws that he could hit the 11 bus in Boston, 30 miles away — in the numbers.

No question. Brady, 34, is living an American male fantasy, a Faustian swirl of physical prowess, sexual aura, weekly heroics and fame. He’s so cool that he can wear Uggs and get away with it.

But when the Patriots meet the Denver Broncos in a divisional playoff game at Gillette Stadium, Brady will not be the most riveting athlete on the field; he won’t even be the most riveting quarterback. That honor will belong to a young Bronco named Tim Tebow. Perhaps you’ve heard of him.

Tebow, 24, is the quarterback question mark; he’d rather run than throw another wobbly pass that wouldn’t make a Pop Warner football highlight reel. He is an unmarried, self-declared virgin with no supermodel on his arm. He is a devout Christian who thanks his Lord and Savior so often that a recent “Saturday Night Live” skit had Jesus telling him: enough already.

Yet, somehow, this N.F.L. sophomore — who has been Denver’s starting quarterback for all of 12 games — has upended cynical assumptions about professional athletics to become more than an unlikely playoff contender and the country’s favorite active athlete, as declared by a recent poll by ESPN. Tim Tebow is now a cultural touchstone.

ESPN’s “SportsCenter” dedicated an hourlong program to Tebow on Thursday, triggering a case of nationwide Twitter hyperventilation. Some fans are wearing Broncos jerseys with Tebow’s number and Jesus’ name. Around the world, people are “tebowing” — kneeling in prayer, with head resting on one hand, oblivious to surroundings, just as Tebow does after victories.

Still, when a wedding party tebows in Las Vegas, or a couple tebows on Abbey Road in London, or two scuba divers tebow underwater in Belize, it can be hard to tell whether they are celebrating or mocking him for his virtuous ways.

What, exactly, is it about Tim Tebow that so fascinates and provokes us? Why do some people project onto him the best of this country (humility, tenacity, plain old decency) — and the worst (sanctimoniousness, overexposure, political intolerance)?

Part of the answer may lie in the way he seems oblivious to the throaty roars that envelop him on and off the field, as though Tebow is always tebowing, whether kneeling or standing up. It seems a stretch to interpret his calm indifference as a particularly arrogant strain of piety. More likely, it is his way of saying that none of this — the rah-rah football Sunday, followed by the weeklong football Kremlinology — is what truly matters.

Tebow may not think that Tebow is what matters, but much of the country apparently does. Why?

Legions of pundits, writers and insomniac callers to late-night radio have analyzed the subject. But maybe no investigation or deep sociological inquiry is required. Maybe the key to the Tebow phenomenon is just this: He wins games.

What’s more, Tebow tends to win in the closing minutes, against considerable odds and amid the persistent doubts about his ability by the football establishment. He often can seem like a regular guy suddenly thrust into the middle of a professional football game, only to win by summoning a superhuman will that we all wish we had.

Finally, and it cannot be denied, Tebow’s very public conviction about his faith resonates (Isn’t he a model for how to live?), intrigues (How can he be so certain?) or annoys (Can’t he keep it in the church pew?). If he were not in the playoffs, perhaps we would not care as much. But since he is, his extraordinary athleticism and proven heroics — including two college championships and a Heisman Trophy — are routinely forgotten in favor of a more mystical possibility.

To date, there’s no hard evidence of any divine intervention. Instead, the Tebow effect conforms to a more familiar narrative: that of fans seeing what they want to see — hero or villain, the genuine article or another fraud — in a person who plays sports for a living.

Tebow’s background reads like a movie script rejected for being too improbable. The son of Christian Baptist missionaries. Born in the Philippines after his mother rejected recommendations to end the life-threatening pregnancy with an abortion. Home-schooled in Florida. On to a public high school to play football. On to the University of Florida, where he placed Biblical citations — John 3:16 or Philippians 4:13 — on black bands beneath his eyes.

In 2009, a reporter at a news conference asked Tebow whether he was “saving” himself for marriage. When the virile young college hero answered yes, many in the room were so dumbstruck that he jokingly wondered whether he had just stunned the reporters into silence. (Of course, a Playboy playmate and others were soon volunteering to free him of his virginity.)

By the time Tebow was selected in the first round of the N.F.L. draft in 2010, older fans could be forgiven for recalling a story from 1985 about Sidd Finch, a rookie pitcher who supposedly showed up at a Mets training camp throwing 168-mile-an-hour fastballs. He had grown up in an English orphanage, studied yoga in Tibet, played the French horn, and was entirely fictional — part of an April Fool’s Day hoax perpetrated by George Plimpton and Sports Illustrated.

But the Tebow story was true — almost too good to be true. While some athletes swan around at “gentlemen’s clubs,” he plays flashlight tag with his family. While some athletes dedicate themselves to video games in their free time, he visits hospitals and prisons, and goes to the Philippines in the off-season as part of a ministry to help orphans.

Those who distrust this kind of faith-based outreach, perhaps because they detect a conservative political agenda behind it all, found an aha moment during the 2010 Super Bowl. In a 30-second commercial paid for by Focus on the Family, an evangelical Christian nonprofit organization, Tebow and his mother told the story of his birth — a “miracle baby” — and her choice not to have an abortion. There was no tebowing that week in the halls of Planned Parenthood.

Last season, in his rookie year with the Broncos, Tebow mostly played a backup role. One can only imagine how his imperfect throwing motion and preference for bulling through the defensive line ached the teeth of John Elway, the legendary Broncos quarterback — the pass-perfect Tom Brady of his day — who this year became the team’s executive vice president for football operations.

Tebow began this season on the bench as well. But when the Broncos fell to 1-3, and were in the midst of losing a fourth game against the San Diego Chargers, the much-maligned backup stepped in to start a gripping comeback. The Broncos lost the game, but Tebow won the right to start at quarterback.

This epithet-averse quarterback led the Broncos to victories in seven of their next eight games, often in last-minute, unorthodox ways. Against the Kansas City Chiefs, for example, he threw the ball only eight times and connected only twice — although one was for a 56-yard touchdown in the fourth quarter. And against the Chicago Bears, he somehow led his team to a 13-10 victory in overtime — after the Broncos had trailed, 10-0, with less than three minutes to play in regulation.

Decent people who are proud of their faith, do good things and succeed in life tend to irritate some of us; they remind us of our private failures, so, naturally, we hope they stumble. Spectacularly. Face-first into the mud. And those who dislike Tebow were rewarded when the Broncos lost the final three games of the regular season. In living rooms around the country, some people were gleefully channeling Billy Crystal’s parody of Edward G. Robinson in “The Ten Commandments”:

“Where’s your Messiah now, Moses?”

But the Broncos backed into the playoffs.

Then, on Sunday, in the first seconds of overtime against the favored Pittsburgh Steelers, Tebow threw a pinpoint, Brady-like pass for a winning touchdown to extend his team’s improbable season. In a game that was the highest-rated television show since last year’s Super Bowl, Tebow threw for 316 yards. Add John and a colon, and it becomes one of the Biblical citations he used to paint on his face.

Holy Vince Lombardi!

The Broncos’ season may very well end in Foxborough on Saturday night, at the hands of an ideal quarterback who throws rockets from the pocket. But at least Tim Tebow has made more than a few people think about life beyond the gridiron.

And New England fans might take note of this. The other day, Luke Ravenstahl, the mayor of losing Pittsburgh, made good on a friendly bet. He put on a Broncos jersey, knelt down in his city’s Roberto Clemente Memorial Park — and tebowed.

Voir aussi:

Lire de la joie au lieu de la colère sur les visages permettrait d’être moins agressif

Le HuffPost

11/04/2013

BIEN-ÊTRE – La façon dont vous percevez les émotions de ceux qui vous entourent pourrait bien avoir un impact réel sur votre propre état d’esprit, d’après une étude britannique.

Publiée dans la revue Psychological Science, cette recherche démontre que le fait d’entraîner des personnes à voir dans les expressions faciales de la joie là où elles lisent habituellement de la colère pourrait les aider à se sentir moins agressives et moins énervées.

« Les résultats apportent des preuves non négligeables que notre analyse des émotions joue un rôle déterminant par rapport à notre colère et qu’elle peut entretenir notre comportement agressif », affirme l’un des chercheurs Marcus Munafo, professeur d’université. « Cela pourrait potentiellement faire naître de nouveaux traitements comportementaux dans le futur ».

Conditionnement

Les chercheurs de l’université de Bristol, au Royaume–Uni, ont mené leur étude sur des volontaires en bonne santé et des adolescents connus soit pour leurs risques élevés de commettre un crime ou d’adopter une attitude agressive.

Au début de l’étude, les chercheurs ont demandé aux premiers volontaires de classer une série d’expressions faciales comme étant « joyeuses » ou « en colère ». Ils leur ont ensuite affirmé que certains des visages qu’ils avaient classés comme « en colère » étaient en fait heureux.

« Conditionnés » de cette façon, les volontaires adultes ont commencé à voir des visages heureux au lieu de les reconnaître comme en colère et ont ensuite déclaré se sentir moins agressifs et moins énervés.

Le sourire, remède anti-stress

Les chercheurs ont obtenu les mêmes résultats quand ils ont mené l’expérience sur les adolescents (âgés de 11 à 16 ans). Les jeunes volontaires auraient même eu moins d’incidents liés à leur agressivité dans les semaines qui ont suivi l’expérience.

Une découverte dans la même veine que les conclusions d’une étude — publiée l’année dernière dans le même journal — qui démontrait que les expressions faciales joyeuses, et plus particulièrement un véritable sourire, pouvait réduire le stress en diminuant le rythme cardiaque après un évènement crispant.

Voir encore:

PASCAL ET LA MACHINE

Pierre Macherey

SZ

09/11/2005

Pascal a manifesté un intérêt pour la machine et les conditions de son emploi dans deux occasions bien précises au moins : d’une part, lorsqu’il a conçu et contrôlé la construction de la toute première machine à calculer, la « Pascaline » ; et d’autre part, lorsque dans les fragments de son Apologie de la religion chrétienne, il fait allusion à un énigmatique « discours de la Machine », dont le propos est résumé par la surprenante formule : « Cela vous abêtira ! », qui avait affolé les messieurs de Port-Royal au point de les amener à la censurer dans leur édition des Pensées. Dans les deux cas, est impliqué un certain rapport de la machine à l’esprit humain : la Pascaline supplée et soulage l’intelligence dans l’une de ses opérations caractéristiques, en effectuant à sa place, et sans risque d’erreurs, des calculs (addition, soustraction, multiplication et division, pour autant que toutes ces opérations soient ramenées à des additions), calculs dont la longueur et la complexité la découragent, ce qui a parfois conduit à appliquer à ce type de mécanisme la désignation de « machine pensante », et à voir avec elle émerger, pour la première fois, le problème de l’« intelligence artificielle » ; d’autre part, le recours à la « machine », c’est-à-dire dans ce cas précis au corps conçu, comme le fait Descartes, sur le modèle d’une horloge dont les mouvements sont fixés par la seule disposition de ses organes, mécanisme qui permet d’orienter l’esprit réticent, ou tout simplement indifférent, vers les vérités de la foi, exploite la possibilité que la machine, non plus secoure ou supplée l’esprit défaillant en se substituant à lui dans l’accomplissement de certaines de ses tâches, mais l’incline, donc exerce sur lui une décisive influence dont les résultats sont destinés à être consolidés et fixés par l’habitude de manière à devenir pour lui, selon une thématique qui revient à maintes reprises chez Pascal, une « seconde nature ».

Ces deux formes d’interférences de la machine avec le fonctionnement de l’esprit, telles qu’elles peuvent être restituées à travers l’emploi des deux verbes « secourir » et « incliner », ont retenu l’intérêt de Pascal à des époques et dans des contextes bien différents : il a eu pour la première fois l’idée de la machine à calculer vers sa dix-huitième année, donc bien avant sa conversion, et dans une perspective strictement utilitaire et mondaine, tout d’abord en vue d’aider son père, alors Commissaire aux Aides dans la province de Normandie, dans le calcul administratif de l’impôt, travail fastidieux dans lequel il s’était personnellement investi en s’aidant de sa culture mathématique, puis dans l’espoir de réaliser une fructueuse opération publicitaire et financière en commercialisant son invention ; alors que le discours sur la « Machine », qui redouble la signification du terme d’une dimension métaphorique signalée par la majuscule dont l’inscription du terme est alors ornée, prend place dans le dispositif de persuasion que, plus tard, alors qu’il était dans un tout autre état d’esprit, il a tenté d’élaborer en vue de convaincre le destinataire de l’Apologie de la nécessité de se soumettre aux règles d’une vie chrétienne au lieu de s’abandonner aux vaines tentations du monde et de compromettre ainsi ses chances de salut. En simplifiant à l’extrême, on pourrait encore dire que la conception et la construction de la machine à calculer, soumises à une exigence de stricte exactitude, et excluant toute incertitude, obéissent aux rigides rigueurs de l’esprit de géométrie, alors que le discours sur la Machine, qui exploite, en vue d’en tirer parti, les contradictions de la nature humaine, épouse les méandres de l’esprit de finesse qui commande le raisonnement du pari.

Il reste cependant que, à travers la distance qui les sépare, ces deux traitements de la problématique de la machine, dans lesquels la question traditionnelle de l’union de l’âme et du corps est impliquée sous des biais singuliers, se prêtent à être rapprochés et confrontés l’un à l’autre : tous deux soulèvent la question de la nature et des limites de l’action spirituelle qu’est susceptible d’exercer la machine, dans les deux cas de l’automate matériel qu’est la machine à calculer destinée à secourir l’intelligence, et de la machine animée qu’est censé être le corps humain, dont les mouvements sont capables d’incliner l’esprit dans un sens ou dans un autre, thème qui se tient à l’arrière plan de toute la réflexion que Pascal consacre par ailleurs au problème de l’imagination. Secourir et incliner, est-ce la même chose ? Ces deux interventions sont-elles de même nature ? Et en quoi éclairent-elles le rapport que l’esprit entretient avec un dispositif matériel relevant d’un autre ordre que le sien, que ce dispositif soit celui de la machine artificielle ou celui du corps naturel ?

A rebours de l’ordre chronologique, commençons par examiner les passages de l’Apologie dans lesquels Pascal mentionne son projet d’un « discours de la machine » :

« Ordre – Une lettre d’exhortation à un ami pour le porter à chercher. Et il répondra : mais à quoi me sert de chercher, rien ne paraît. Et lui répondre : ne désespérez pas. Et il répondrait qu’il serait heureux de trouver quelque lumière. Mais selon cette religion même quand il croirait ainsi cela ne lui servirait de rien. Et qu’ainsi il aime autant ne point chercher. Et à cela lui répondre : La Machine. » (Lafuma 5/Brunschvicg 247)

« Lettre qui marque l’utilité des preuves. Par la Machine – La foi est différente de la preuve. L’une est humaine et l’autre est un don de Dieu. Justus ex fide vivit. C’est de cette foi que Dieu lui-même met dans le cœur, dont la preuve est souvent l’instrument, fides ex auditu, mais cette foi est dans le cœur, et fait dire non scio mais credo. » (7/248)

« Ordre – Après la lettre qu’on doit chercher Dieu, faire la lettre d’ôter les obstacles qui est le discours de la Machine, de préparer la Machine, de chercher par raison. » (11/246)

Ces fragments développent un même thème, que résume la formule « La foi est différente de la preuve » : on ne va pas à Dieu, au vrai Dieu, en suivant seulement le chemin du raisonnement pur, contrairement à ce que se figurent ceux qui confondent le Dieu dont parlent les philosophes et le Dieu que révèle l’Ecriture Sainte ; la religion véritable, celle qui mérite qu’on lui sacrifie tout, est celle qui, avant de parler à l’esprit, parle au cœur, ce qui ne peut se faire sans le secours de la grâce. Mais alors, ceci reconnu, la voie du salut paraît d’emblée bloquée, son ouverture étant dépendante d’une élection miraculeuse, qui ne relève pas d’une initiative humaine. De là un désespoir, une angoisse, dont l’unique remède paraît être le divertissement, qui a pour fonction essentielle de détourner d’y penser : le dilemme étant, semble-t-il, indépassable, on s’occupe d’autre chose pour remédier au vide ainsi installé, et par là même on évacue la nécessité d’adopter une règle de vie conforme aux exigences de la foi, seule capable de restituer à l’homme une partie de sa grandeur première dont il s’est par sa faute éloigné, sans se rendre compte qu’en procédant de cette façon on comble le vide par du vide, c’est-à-dire qu’on creuse encore un peu plus l’abîme intérieur qu’aucune affaire humaine n’est en mesure de supprimer ; et ainsi on s’engage dans le cycle infernal qui éloigne toujours un peu plus de Dieu et rend de plus en plus misérable. Comment se sortir de là ? En « préparant la Machine », solution de dernière chance qui, si elle n’est pas en mesure de résoudre définitivement le problème, ouvre néanmoins la possibilité de rompre l’inéluctabilité du cycle qui vient d’être évoqué, en « ôtant les obstacles » et en relançant la recherche du salut dans une nouvelle direction, ce qu’elle effectue en lui fournissant un instrument relativement sûr, la Machine, dont il serait suicidaire, dans la situation extrême où on se trouve, de ne pas exploiter les potentialités.

La Machine, qu’est-ce à dire ? Dans les passages qui l’évoquent, cette référence présente un caractère quelque peu magique, qui l’enrobe dans un voile de mystère. Ce mystère est partiellement levé dans le cadre de la réflexion menée par Pascal autour de la thématique du pari, qui donne un début de consistance au discours de la Machine :

« Infini. Rien…

Je le confesse, je l’avoue, mais encore n’y a-t-il point moyen de voir le dessous du jeu ? oui l’Ecriture et le reste, etc. Oui, mais j’ai les mains liées et la bouche muette, on me force à parier, et je ne suis pas en liberté, on ne me relâche pas et je suis fait d’une telle sorte que je ne puis croire. Que voulez-vous donc que je fasse ? – Il est vrai, mais apprenez au moins que votre impuissance à croire vient de vos passions. Puisque la raison vous y porte et que néanmoins vous ne le pouvez, travaillez donc non pas à vous convaincre par l’augmentation des preuves de Dieu, mais par la diminution de vos passions. Vous voulez aller à la foi et vous n’en savez pas le chemin. Vous voulez vous guérir de l’infidélité et vous en demandez les remèdes, apprenez de ceux qui ont été liés comme vous et qui parient maintenant tout leur bien. Ce sont gens qui savent ce chemin que vous voudriez suivre et guérir d’un mal dont vous voulez guérir ; suivez la manière par où ils ont commencé. C’est en faisant tout comme s’ils croyaient, en prenant de l’eau bénite, en faisant dire des messes, etc. Naturellement même cela vous fera croire et vous abêtira. Mais c’est ce que je crains – Et pourquoi ? Qu’avez-vous à perdre ? mais pour vous montrer que cela y mène, c’est que cela diminue les passions qui sont vos grands obstacles, etc.

Fin de ce discours

Or quel mal vous arrivera-t-il en prenant ce parti ?

…..

Je vous dis que vous y gagnerez en cette vie.

…..

O ce discours me transporte, me ravit, etc. Si ce discours vous plaît et vous semble fort, sachez qu’il est fait par un homme qui s’est mis à genou auparavant et après, pour prier cet être infini et sans parties, auquel il soumet tout le sien, de se soumettre aussi le vôtre pour votre propre bien et pour sa gloire, et qu’ainsi la force s’accorde avec cette bassesse… » (418/233)

La Machine, c’est donc le corps : la main qui prend l’eau bénite et fait le signe de la croix, le genou qui se plie devant l’autel, les lèvres qui marmonnent machinalement, sans les comprendre, les paroles du rituel, et aussi, bien que Pascal n’y fasse pas ici explicitement allusion, le torse flagellé qui subit la mortification de la « discipline », toute une anatomie en mouvement qui, sans nécessiter une intervention directe de l’esprit, mime les postures de la soumission, et, misant sur l’habitude et sa répétitivité, prépare ceux qui en sont empêchés par leur condition humaine trop humaine à croire réellement, en les aidant à surmonter les obstacles qui les empêchent de croire. Etant définitivement impossible de « voir le dessous du jeu », il n’y a en effet pas d’autre issue, lorsqu’on se trouve au rouet de la misère et de la grandeur, que d’imiter « ceux qui font comme s’ils croyaient »: une fois reconnu que « qui fait l’ange fait la bête », il est permis d’espérer, en retournant la fatalité indiquée par cette formule, que qui fait la bête parvienne à devenir ange, autant que sa condition le lui permet, en faisant son salut.

Faire la bête, feindre les gestes extérieurs de la croyance à défaut de l’éprouver effectivement et de s’en voir octroyer les bénéfices, c’est bien ce que prescrit la terrible phrase, effacée de l’édition des pensées de 1670 et restituée seulement au dix-neuvième siècle par Victor Cousin à partir de la lecture des manuscrits, cette phrase dont le sens qui fait scandale a été souvent débattu : « Naturellement même cela vous fera croire et vous abêtira ». Dans un article sur « Le sens du terme « abêtir » chez Blaise Pascal » repris dans le recueil Les idées et les lettres (éd. Vrin, 1932, p. 262-274), E. Gilson a montré de façon convaincante que « s’abêtir » n’a pas seulement ici la signification allégorique : conduisez-vous comme des fous de Dieu en faisant les idiots ou les simples d’esprit, donc en vous abaissant devant sa puissance à l’égard de laquelle vous n’êtes vous-mêmes que comme un point dans l’infini, mais doit être pris à la lettre et veut dire : modelez vos comportements sur ceux des bêtes ou des animaux. Alors, la référence à la machine prend tout son sens, avec à l’arrière-plan, la conception cartésienne du corps organisé comme une machine, dont l’une des conséquences est l’étonnante théorie des animaux-machines, qui était prise très au sérieux dans les milieux port-royalistes, et que Pascal semble ainsi s’être lui-même appropriée en vue d’en faire une pièce de son projet apologétique. S’abêtir, c’est donc adopter, de son plein consentement et en connaissance de cause, des comportements purement machinaux, dans lesquels l’esprit n’est en rien engagé, ce que font naturellement les bêtes qui agissent par instinct. De là le paradoxe de la position pascalienne, qui revient à dire : renoncez en raison et en conscience à ce qui est en vous un témoignage irrécusable de votre grandeur, votre raison et votre conscience, et comportez-vous comme des bêtes privées de raison et de conscience, dans l’espoir (c’est ici qu’intervient le pari) de rejoindre la vérité en suivant ce chemin détourné, donc en vous éloignant, ou en feignant de le faire, pour mieux vous rapprocher, par une ruse stratégique qui pourrait faire penser, dans un contexte « dialectique », à une sorte de travail du négatif. C’est de cette manière que se comportent ceux qui font comme s’ils croyaient, et qui, faute d’arriver à soumettre leur esprit, se résignent à plier d’abord leur corps, en vue que celui-ci incline l’esprit dans le bon sens, en brisant petit à petit ses résistances, dont la cause principale réside dans les passions.

Comment le corps parvient-il à exercer cette fonction d’entraînement ? Précisément parce qu’il est constitué sur le modèle d’une machine, c’est-à-dire d’une combinaison ou d’une association d’éléments matériels que leur rigide ajustement contraint à exister comme un seul corps, structuré de manière à reproduire à l’identique de mêmes mouvements, suivant une nécessité dont il ne peut par lui-même s’écarter parce qu’elle est inscrite dans sa constitution ou dans sa « fabrique », et lui est consubstantielle : c’est en ce sens qu’il doit être considéré comme un automate, dont le fonctionnement ne dépend d’aucune volonté, sinon de celle de son constructeur, qui, dans le cas de cette machine naturelle qu’est le corps animal ou humain, n’est autre que Dieu qui l’a créée, en en effectuant le montage et en lui insufflant la capacité de se mouvoir par elle-même, capacité dont le principe réside, selon Descartes, dans la chaleur du cœur, c’est-à-dire dans une cause qui est elle-même mécanique. La machine, qui est sans volonté propre, peut donc servir d’antidote aux errements de la volonté, dont les passions constituent l’exemple par excellence : elle remplit à leur égard un rôle de régulateur ; elle en contient à l’avance les agitations, auxquelles elle oppose le retour ordonné et monotone de ses mouvements mécaniques, réglés comme sur une horloge. En pliant systématiquement le genou à heure fixe, sans même avoir à y penser, en psalmodiant des lèvres des prières dont on ne cherche pas à pénétrer le sens, en versant machinalement l’obole destinée à faire dire des messes, on s’habitue progressivement à se conduire de façon soumise, en aveugle, de même qu’est censé le faire le corps lorsqu’il est livré à lui-même, comme c’est le cas des animaux qui, étant entièrement constitués comme des machines, sont par là même libérés du jeu aliénant des passions. Du même coup, on brise la volonté, et les risques de dérapage qui lui sont inéluctablement associés.

L’assimilation du corps à une machine vient de Descartes, qui développe cette idée dans de nombreux textes, comme la cinquième partie du Discours de la méthode, le Traité de l’homme, et la Description du corps humain. Le début du Traité de l’homme dit précisément ceci :

«Je suppose que le corps n’est autre chose qu’une statue ou une machine de terre que Dieu forme tout exprès pour la rendre la plus semblable à nous qu’il est possible. En sorte que non seulement il lui donne au-dehors la couleur et la figure de tous nos membres, mais aussi qu’il met au-dedans toutes les pièces qui sont requises pour faire qu’elle marche, qu’elle mange, qu’elle respire et enfin qu’elle imite toutes celles de nos fonctions qui peuvent être imaginées procéder de la matière et ne dépendre que de la disposition des organes. »

Lorsqu’il commente ce passage dans son texte sur « Machine et organisme » (La connaissance de la vie, 2e éd. Vrin, 1965), Canguilhem souligne le caractère éminemment paradoxal de la thèse qui y est développée. Que dit en effet Descartes ? Qu’il se représente par hypothèse le corps sur le modèle d’une machine qui serait fabriquée de manière à reproduire ou à imiter, non seulement de l’extérieur comme le ferait une sculpture, mais aussi de l’intérieur, quoi ?, le corps, qui est ainsi fait à l’image d’une machine faite elle-même à sa propre ressemblance.

On est ici plongé dans un espace de réflexion où il n’y a plus que des images et des images d’images qui se reflètent spéculairement à l’infini, espace dont l’élément organisateur est fourni par le concept d’imitation, qui paraît ouvrir la perspective d’un univers en toc, où tout ne serait que faux-semblant : si la nature imite l’art, c’est parce que l’art imite lui-même la nature, sans que, comme dans l’histoire de l’œuf et de la poule, il soit possible de déterminer laquelle des deux composantes de ce cycle en constitue le terme initial. Ceci veut dire que la relation d’imitation ne passe pas seulement entre la nature et l’art, mais pénètre intimement la constitution propre de l’un et de l’autre. C’est facile à comprendre dans le cas du mécanisme artificiel, qui est monté de façon à s’imiter lui-même, en répétant indéfiniment le programme assigné à son fonctionnement, ce dont les comportements instinctifs des animaux constituent une réalisation exemplaire :

« Le bec du perroquet qu’il essuie, quoiqu’il soit net. » (107/343)

Les bêtes, c’est le cas de le dire, sont bêtes ; elles font des choses sans raison, de même qu’un automate reproduit toujours les mêmes mouvements, en l’absence de tout projet qui lui soit personnel et que, l’ayant élaboré, il puisse modifier :

« Si un animal faisait par esprit ce qu’il fait par instinct, et s’il parlait par esprit ce qu’il parle par instinct pour la chasse et pour avertir ses camarades que la proie est trouvée ou perdue, il parlerait bien aussi pour des choses où il a plus d’affection, comme pour dire : rongez cette corde qui me blesse et où je ne puis atteindre. » (105/342)

Cette image de la corde à laquelle l’animal est attaché et qu’il tire désespérément sans parvenir à s’en libérer fournit une représentation saisissante de la servitude qui donne sa loi à tout le monde corporel, astreint à des « cordes de nécessité », c’est-à-dire à des rapports de pure force, auxquels il ne peut de lui-même penser à se soustraire, ce qu’est au contraire en mesure de concevoir, et de souhaiter, le plus infime roseau pensant, qui, si on peut dire, ne pense même qu’à ça, ce qui, du fond de sa faiblesse, le distingue définitivement d’un simple mécanisme matériel. C’est pourquoi la nature tout entière, vue sous ses aspects matériels, est assimilable à une immense Machine, dont les lois de fonctionnement, fixées une fois pour toutes, ne sont pas susceptibles d’être renégociées : elle est condamnée à s’imiter sans fin, comme les aiguilles de la montre qui, entraînées par des rouages compliqués, refont avec une régularité inexorable le tour du même cadran, comme mues par un instinct aveugle.

Ce point est acquis, sans discussion possible, et c’est pourquoi, selon Pascal, il n’y a pas lieu d’ergoter sans fin à propos du rapport de proximité qui unit étroitement la nature et la machine, et d’en faire toute une histoire, comme si cela donnait le dernier mot des choses, car le dernier mot est justement qu’il n’y a pas, sauf pour Dieu, de dernier mot :

« Descartes. Il faut dire en gros : cela se fait par figure et mouvement. Car cela est vrai, mais de dire quelles et composer la machine, cela est ridicule. Car cela est inutile et incertain et pénible. Et quand cela serait vrai, nous n’estimons pas néanmoins que toute la philosophie vaille une heure de peine. » (84/79)

Que veut dire au juste Pascal lorsqu’il déclare que l’effort en vue de « composer la machine », outre le fait d’être pénible et au fond inutile, est « incertain » ? La machine n’est-elle pas au contraire réglée avec un maximum d’exactitude, au quart de poil comme on dit familièrement, ce qui est la condition pour qu’elle fonctionne correctement, ses boulons une fois bien serrés ? Comment parler alors à son propos d’incertitude ? Soulever cette interrogation, c’est commencer à comprendre que la nature, si elle est effectivement faite comme un machine, n’est cependant pas tout à fait une machine comme les autres, et ceci parce qu’elle est entraînée dans le vertige de la double infinité, qui propulse sa connaissance sans cesse vers l’avant en ouvrant devant elle de nouveaux abîmes d’inconnaissabilité. L’un des premiers sans doute, Pascal a eu l’idée d’une historicité constitutive de la science, comme en témoigne ce qui reste de sa Préface au Traité du vide : mais il s’est représenté le progrès de la connaissance, qui consiste dans le fait de mieux maîtriser, par la voie de l’explication, certains rouages de la grande Machine, ainsi qu’ il y avait lui-même contribué par ses travaux sur la mécanique des fluides, comme une sorte de fuite désespérée vers l’avant, qui n’a certainement rien de triomphal, chaque acquis de ce développement ayant pour corrélat, et pour prix, la position de problèmes supplémentaires, qui sont encore des motifs d’incertitude et de trouble, voire d’angoisse existentielle, thème on le sait central à la réflexion de Pascal, et qui permet de comprendre comment son activité de savant s’articule à ses préoccupations d’apologiste de la religion chrétienne auxquelles elle n’est nullement antinomique comme on l’a cru trop souvent.

Mais alors, comment faire confiance au corps, s’il n’est qu’une toute petite machine finie mue par la seule disposition de ses organes qui jouent sans raison dans le milieu infini que constitue la très grande machine de l’univers infini, donc en pleine incertitude ? La réponse à cela est que l’existence humaine se déroule entièrement sous l’horizon du corps, qui témoigne de sa condition, qu’elle n’a de cesse d’oublier, et qu’il est urgent de lui rappeler :

« Il est dangereux de trop faire voir à l’homme combien il est égal aux bêtes, sans lui montrer sa grandeur. Et il encore dangereux de lui faire voir sa grandeur sans sa bassesse. Il est encore plus dangereux de lui laisser ignorer l’un et l’autre, mais il est très avantageux de lui représenter l’un et l’autre. Il ne faut pas que l’homme croie qu’il est égal aux bêtes ni aux anges, ni qu’il ignore l’un et l’autre, mais qu’il sache l’un et l’autre. » (121/418)

Pascal rejoue ici la thématique traditionnelle de l’union de l’âme et du corps, telle qu’elle est à la base de la conception cartésienne de l’homo duplex, mais en la croisant avec la thématique apologétique des deux natures, qui rend compte du fait que l’homme est à la fois grand et misérable, grand tout en étant misérable, grand jusque dans sa misère pour autant que celle-ci témoigne a contrario de sa condition initiale, telle qu’elle était avant que sa nature n’ait été, par sa faute, corrompue. Et ainsi,

« ce qui est nature aux animaux nous l’appelons misère en l’homme par où nous reconnaissons que sa nature étant aujourd’hui pareille à celle des animaux il est déchu d’une meilleure nature qui lui était propre autrefois » (117/409)

Ce qui, dans les bêtes, est l’expression d’une nature immuable, vouée inexorablement à se répéter à l’identique, est en l’homme le produit d’un changement : quelque chose a été perdu, qu’il faudrait retrouver, mais qu’on ne sait comment ni de quel côté chercher, ce qui explique que tous les désirs humains, à la clé desquels se trouve la nostalgie de la félicité perdue, se retournent inévitablement contre eux-mêmes, et enfoncent toujours un peu plus les hommes dans leur misère, qui coïncide avec leur rêve de grandeur. Animaux, les hommes ne le sont que parce qu’ils le sont devenus : c’est la raison pour laquelle ils ne supportent pas leur condition, et se lancent dans de folles agitations qui les détournent d’y penser, en les incitant à pratiquer le divertissement. S’étant, par orgueil, voulu trop grand, l’homme s’est rendu misérable, et a été rejeté au rang des bêtes, tout en conservant en lui le principe qui le distingue des bêtes, cette étincelle de grandeur dont il ne sait plus bien quoi faire, ce qui fait de lui, au sens propre du terme, un monstre, comme une machine déréglée, qui serait devenue folle :

« Inconstance. On croit toucher des orgues ordinaires en touchant l’homme. Ce sont des orgues à la vérité, mais bizarres, changeantes, variables. (Ceux qui ne savent toucher que les ordinaires) ne seraient pas d’accord sur celles-là. Il faut savoir où sont les touches. » (55/111)

C’est pourquoi, existant avec un corps qui brime ses élans mais sans lequel il ne pourrait continuer à être, l’homme est si mal dans ce corps, dont il subit les contraintes contre son gré. Mais, s’il y réfléchissait, il s’apercevrait que ces contraintes, qui le rendent malheureux, présentent un côté positif, qui, convenablement exploité, ce qui nécessite qu’il apprenne à jouer convenablement de l’instrument désaccordé qui est à sa disposition, le mettrait sur la voie du salut :

« Car il ne faut pas se méconnaître, nous sommes automate autant qu’esprit. Et de là vient que l’instrument par lequel la persuasion se fait n’est pas la seule démonstration. Combien y a-t-il peu de choses démontrées ? Les preuves ne convainquent que l’esprit, la coutume fait nos pensées les plus fortes et les plus crues. Elle incline l’automate qui entraîne l’esprit sans qu’il y pense… Enfin il faut avoir recours à elle une fois que l’esprit a vu où est la vérité afin de nous abreuver et de nous teindre de cette créance qui nous échappe à toutes heures, car d’en avoir toujours les preuves présentes c’est trop d’affaire. Il faut acquérir une créance plus facile qui est celle de l’habitude qui sans violence, sans art, sans argument nous fait croire les choses et incline toutes nos puissances à cette croyance, en sorte que notre âme y tombe naturellement. Quand on ne croit que par la force de la conviction et que l’automate est incliné à croire le contraire ce n’est pas assez. Il faut donc faire croire nos deux pièces, l’esprit par les raisons qu ’il suffit d’avoir vues une fois en sa vie, et en ne lui permettant pas de s’incliner au contraire. Inclina cor meum deus… » (821/252)

Ce texte est une suite de variations sur le terme « incliner », qui exprime le mieux le rapport très particulier que l’être humain entretient avec la machine à laquelle il est attaché, et qui fait qu’étant, pour une part, un automate, comme les animaux, il n’est cependant pas automate tout à fait de la même façon. Le terme « incliner », qui suggère la représentation d’une courbure ou d’un changement d’orientation, – c’est le sens de la formule des Psaumes sur laquelle s’achève la précédente citation -, est inapproprié s’agissant des animaux, dont les comportements sont une fois pour toutes réglés et réglementés, sans qu’ils puissent s’écarter de la voie droite qui leur est imposée et arriver à se courber ou à prendre, comme on dit, la tangente, en rompant ou en relâchant les cordes qui les tiennent attachés. L’homme, être de divertissement, ce qui est le concept de base de l’anthropologie pascalienne, est au contraire voué à la diversion, ce qui fait à la fois, inextricablement, sa grandeur et sa misère. Ployable en tout sens, comme un roseau, il dispose, jusque dans la relation qu’il entretient avec sa propre machine corporelle, d’une mobilité, d’une plasticité, qui constitue, en même temps qu’une faiblesse, une richesse à exploiter. Chez Pascal, le thème l’inconstance est foncièrement ambigu : au départ, il indique que l’homme est constitutionnellement voué au changement, ce qui est sa croix ; mais il suggère aussi, en même temps que sa disposition au changement qui rend son existence incertaine, sa capacité de cultiver à son profit cette mobilité, et à terme, si on peut dire, de changer le changement, de devenir autre tout en restant le même, ce qui est définitivement exclu dans le cas des animaux.

Quelle forme devra prendre cette action sur le changement ou ce devenir du changement dans le changement ? Celle d’une maîtrise de l’esprit sur le corps, qui lui permette d’en conduire les mouvements à son gré ? Si cette option était retenue, l’issue de l’opération serait inévitablement l’échec : il faut que l’esprit se résigne à admettre qu’il ne peut sortir que vaincu d’un affrontement dont la base serait le rapport de forces, ce qui l’entraînerait sur un autre terrain que celui où ses armes, qui relèvent d’un tout autre ordre, sont efficaces. C’est pourquoi ne reste comme issue à l’esprit, qui témoigne de la grandeur de l’homme, mais est aussi la cause de sa misère, que la ruse : il faut qu’il se démette de ses ambitions propres, tout au moins provisoirement, et qu’il abandonne à la Machine, c’est-à-dire en l’espèce à la coutume qui, par le biais de l’habitude, incorpore ses allures dans le corps, la responsabilité de l’incliner et de l’entraîner dans le bon sens. Confier au seul esprit le soin d’approcher la vérité, c’est se condamner à ne jamais pouvoir s’approprier celle-ci de manière suivie, mais à n’en arracher que d’impalpables éclats, aussitôt dissipés ou échappés. Il faut donc se soumettre en conscience à la loi du corps, à laquelle il n’est de toutes façons pas possible de se soustraire :

« Il faut que l’extérieur soit joint à l’intérieur pour obtenir Dieu ; c’est-à-dire que l’on se mette à genoux, prie des lèvres, etc., afin que l’homme orgueilleux qui n’a pas voulu se soumettre à Dieu soit maintenant soumis à la créature. Attendre de cet extérieur le secours est être superstitieux ; ne vouloir pas le joindre à l’intérieur est être superbe. » (944/250)

Joindre l’extérieur à l’intérieur, « faire croire nos deux pièces », de manière à limiter les excès de leurs fonctionnements respectifs, excès inévitables s’ils étaient assurés isolément, c’est la seule tactique sur la réussite de laquelle il est raisonnable de parier, tout en sachant que ce pari est incapable d’apporter une absolue certitude, un succès garanti, car le salut ne relève en dernière instance que de la grâce de Dieu, c’est-à-dire d’une décision qui ne dépend et ne peut être connue que de lui, puisqu’il est seul à voir les dessous du jeu.

On comprend alors le cheminement tortueux par lequel Pascal est amené à reconnaître la nécessité d’une influence du corps sur l’esprit, et le profit pouvant être tiré de cette influence qui n’est pas fatalement pernicieuse. C’est que, à son point de vue, la singularité de l’homme tient au fait qu’en celui-ci esprit et corps, inextricablement mêlés, ne peuvent jamais être complètement séparés, au contraire de ce que s’était figuré Descartes lorsqu’il avait prescrit à l’intelligence d’oublier provisoirement, durant le temps de la méditation, qu’elle était un esprit uni à un corps, et de se refermer complètement sur son intérieur, en coupant tout rapport avec ce qui lui est extérieur, et en particulier avec les données de la sensibilité. De là la nécessité pour l’esprit, jusque dans ses opérations les plus abstraites qui relèvent de la spéculation pure, de ne jamais oublier qu’il est condamné à l’ambiguïté, du fait qu’il subsiste et agit toujours dans la proximité du corps, ce qui, lui ôtant à jamais la perspective de n’exister que sous sa propre loi, et de décider par lui-même de ce qu’il veut et de ce qu’il peut, lui offre en même temps un espoir, fort mince à la vérité, d’échapper à sa propre errance, en se plaçant à l’écoute et à l’école de la machine corporelle, de manière à en faire, en le détournant de sa destination immédiate, un instrument manipulable en vue de son propre perfectionnement.

Pascal a-t-il été préparé aux considérations autour du thème de la Machine qui figurent dans les Pensées par les tentatives auxquelles il s’était consacré antérieurement, et sans doute dans un tout autre état d’esprit, en vue de la conception et de la fabrication de sa « machine arithmétique », qui a retenu l’attention de nombre de ses contemporains éminents, qu’il s’agisse de savants comme Mersenne, Roberval, Descartes et Huygens, plus tard Leibniz, ou de grands personnages comme le Chancelier Séguier, le Prince de Condé et la reine Christine de Suède, entre autres ? Y a-t-il un lien entre son travail sur l’objet on ne peut plus matériel et tangible qu’est la « Pascaline », dont quelques exemplaires sont aujourd’hui encore conservés dans des collections et dans des musées, et l’application ultérieure de la métaphore mécanique au problème théorique et pratique que pose l’union de l’âme et du corps ? Il est raisonnable de se le demander, ce qui conduit à examiner les conditions propres à ce travail, qui l’a occupé durant plusieurs années, à partir de 1640, moment où son père Etienne Pascal, nommé commissaire de l’impôt en Haute-Normandie par le chancelier Séguier auprès duquel il avait été auparavant en disgrâce, s’installe à Rouen avec ses enfants, et dont l’ultime témoignage est, en 1652, alors que Pascal, après la mort de son père, est installé à Paris, l’envoi à la reine Christine d’un exemplaire de cette machine accompagné d’une lettre dans laquelle est préfigurée la théorie des ordres (ordre de la chair, ordre de l’esprit, ordre de la charité) qui tiendra une place importante dans la doctrine ébauchée par les Pensées.

Dans la « Vie de monsieur Pascal par Madame Périer sa sœur », l’invention de la machine à calculer est ainsi présentée :

« Ce fut en ce temps-là (en 1642-1643) et à l’âge de dix-neuf ans qu’il inventa cette machine d’arithmétique, par laquelle non seulement on fait toutes sortes d’opérations sans plume et sans jetons, mais on les fait même sans savoir aucune règle d’arithmétique et avec une sûreté infaillible. Cet ouvrage a été considéré comme une chose nouvelle de la nature, d’avoir réduit en machine une science qui réside tout entière dans l’esprit, et d’avoir trouvé les moyens d’y faire toutes les opérations avec une entière certitude sans avoir besoin de raisonnement. Ce travail le fatigua beaucoup, non pas pour la pensée ni pour les mouvements qu’il trouva sans peine, mais pour faire comprendre aux ouvriers toutes ces choses, de sorte qu’il fut deux ans à la mettre dans la perfection où elle est présentement. »

Pascal a donc eu à résoudre deux problèmes de nature assez différente. D’une part il s’est demandé, sans doute sur une suggestion de son père qu’il secondait dans ces tâches, comment parvenir à mécaniser des opérations comptables telles qu’elles se faisaient auparavant, assistées par des jeux d’écriture et par des manipulations de jetons, avec tous les risques d’erreur que cela impliquait, dont les conséquences pouvaient être fort graves puisqu’il s’agissait, durant une période où l’administration des finances publiques connaissait une extension considérable, de répartir l’impôt dans une Province qui, au moment où les Pascal s’y installèrent, venait d’être agitée par des troubles liés précisément à cette question ; ce problème était donc lui-même à l’articulation du théorique et du politique, comme le souligne justement C. Meurillon dans une étude sur « Le Chancelier, les nu-pieds et la machine » :

« L’argent des tailles est transmué par Pascal en un médium entre un en deçà scientifique constitué par les bases arithmétiques de la machine et un au-delà politique et éthique, concrétisé dans les implications de la répartition de l’impôt. L’additionneuse fournit en effet le moyen par lequel un impôt pesant peut, par la grâce d’un calcul juste sur une base équitable, favoriser la pacification d’une province. Dans le traitement de l’argent, se rejoignent ainsi une exigence arithmétique de justesse et une exigence morale de justice : il faut que les calculs soient doublement justes. » (in Les Pascal à Rouen, Publications de l’Université de Rouen, 2001, p. 100)

D’autre part, il s’est personnellement impliqué dans la fabrication de la machine dont il avait eu l’idée, tâche qui mettait en jeu des compétences techniques et nécessitait l’assistance d’artisans ou d’ouvriers exercés dans le maniement de la lime et du marteau ; lorsque, en 1645, étant venu à bout des difficultés que comportait ce travail, il a envoyé au chancelier Séguier qui s’était intéressé à son projet et lui avait accordé un Privilège extraordinaire lui assurant l’exclusivité, non seulement pour le prototype qu’il avait mis au point mais pour toute entreprise en vue de mécaniser le calcul, un exemplaire de l’instrument qu’il était parvenu à réaliser (celui-ci est actuellement conservé au Musée du CNAM), il a assorti cet envoi d’une Lettre dédicatoire et d’un « Avis nécessaire à ceux qui auront curiosité de voir la machine d’arithmétique et de s’en servir », véritable prospectus publicitaire de lancement de son invention en vue de sa commercialisation, dans lequel il donne lui-même de précieuses indications sur les difficultés qu’il a eu à surmonter avant de parvenir à la réalisation finale de son projet :

« La forme de l’instrument, en l’état où il est à présent, n’est pas le premier effet de l’imagination que j’ai eue sur ce sujet. J’avais commencé l’exécution de mon projet par une machine très différente de celle-ci en sa matière et en sa forme, laquelle (bien qu’en état de satisfaire à plusieurs) ne me donna pas pourtant la satisfaction entière ; ce qui fit qu’en la corrigeant peu à peu j’en fis insensiblement une seconde, en laquelle rencontrant encore des inconvénients que je ne pus souffrir, pour y apporter remède, j’en composai une troisième qui va par ressorts et qui est très simple en sa construction. C’est celle de laquelle je me suis servi plusieurs fois, au vu et au su d’une infinité de personnes, et qui est encore en état de servir autant que jamais ; et toutefois, en la perfectionnant toujours, je trouvai des raisons de la changer et enfin, reconnaissant dans toutes où de la difficulté d’agir ou de la rudesse aux mouvements, ou de la disposition à se corrompre trop facilement par le temps ou par le transport, j’ai pris la patience de faire jusqu’à cinquante modèles, tous différents, les uns en bois, les autres d’ivoire et d’ébène, et les autres de cuivre, avant d’être venu à l’accomplissement de la machine que maintenant je fais paraître. »

Pascal a donc eu, outre le projet général de mécaniser les calculs qui appelait des solutions appropriées, le souci de réaliser un instrument pratique, de maniement aisé pour ses utilisateurs, se prêtant à être transporté, répondant donc, comme il l’explique dans le texte de l’Avis nécessaire, à des exigences de simplicité, de facilité, de commodité et de solidité, et il n’a pas ménagé sa peine et son temps pour parvenir à un résultat satisfaisant à cet égard. Dans les faits, son entreprise, qui l’a rendu aussitôt célèbre, n’a cependant connu qu’un demi-succès, en raison du coût élevé de fabrication de l’objet, qui en a limité la diffusion, et l’a condamné à être surtout conservé et contemplé, comme un objet d’art et non comme un objet d’usage, dans des cabinets de curiosité, au lieu d’être, comme Pascal l’avait prévu, employé efficacement par des commerçants ou des administrateurs en vue du service on ne peut plus concret auquel il l’avait destiné.

De ceci se dégage une première conséquence : Pascal n’a pas eu seulement, en savant, l’idée théorique d’une machine fonctionnant, si on peut dire, dans l’abstrait, ou sur le papier, comme les machines volantes dessinées par Léonard de Vinci ; mais, en même temps qu’il poursuivait le travail de réflexion nécessaire à la mise au point et au perfectionnement d’une telle idée, il s’est préoccupé, en véritable ingénieur et entrepreneur, de sa réalisation concrète, qui répondait à des objectifs pratiques bien précis, ce qui l’a conduit, comme il l’explique longuement dans l’Avis nécessaire, à affronter des difficultés qui n’avaient rien de théorique, comme celles liées à la collaboration avec des hommes de l’art ignorants des problèmes généraux de l’arithmétique, et plus concrètement encore celles liées aux risques de contrefaçons qui, en la dénaturant, portaient atteinte à la qualité de son invention. La machine qui est le résultat de ses efforts n’a rien d’idéal, mais elle est incarnée dans un corps matériel dont tous les organes ont été fabriqués et ajustés avec le plus grand soin, au prix de toute une suite de rectifications : et si, aujourd’hui encore, elle éveille intérêt et admiration, c’est précisément à ce titre, en tant qu’idée qui, au terme d’un processus d’élaboration difficultueux, a fini par prendre corps grâce aux efforts personnels de son concepteur et inventeur.

En même temps, cette machine, qui calcule toute seule, en traitant, donc en transformant de l’information au lieu de simplement restituer celle-ci à l’identique, comme le faisaient par exemple les mécanismes d’horlogerie précédemment connus, reproduit certaines opérations mentales, en les projetant en extériorité, comme le faisait d’ailleurs déjà pour une part la main qui inscrit des calculs ou qui dispose des jetons, de manière, c’est cela qui est neuf, à ce que ces opérations, entièrement exécutées par les organes de la machine, c’est-à-dire essentiellement un ensemble de roues à griffes s’entraînant les unes les autres, se fassent de manière automatique, sans requérir l’intervention de l’attention ou de la mémoire de l’opérateur, et donc sans risque d’erreur, infailliblement. Les principales erreurs dans les calculs comptables compliqués dont Pascal avait eu à s’occuper lorsqu’il travaillait aux côtés de son père avaient leur cause dans le problème posé par la retenue : et le dispositif le plus ingénieux que comportait la Pascaline, le sautoir, dont l’action était réglée par l’entraînement de la pesanteur, qui permettait de relier entre eux par une transmission en cascade les mouvements des différentes roues des unités, des dizaines, des centaines, etc., permettait justement de résoudre cette difficulté. C’est par là que la machine peut être présentée comme un « secours » pour l’esprit à la place duquel elle travaille.

Faut-il en conclure que des fonctions mentales mettant en jeu la réflexion et le jugement ont été purement et simplement transférées à des mécanismes qui se meuvent d’après des lois purement matérielles ? Il semble bien que les contemporains de Pascal aient vu les choses ainsi, comme en témoigne le passage de la vie de Pascal par sa sœur Gilberte précédemment cité. C’est aussi dans cet esprit qu’un étonnant passage du prologue de l’Entretien avec Monsieur de Saci, rédigé après la mort de Pascal par Fontaine, relate l’invention de la machine à calculer :

« On sait qu’il semblait animer le cuivre et donner de l’esprit à l’airain. Il faisait que de petites roues sans raison, où étaient sur chacune les dix premiers chiffres, rendaient raison au personnes les plus raisonnables, et il faisait en quelque sorte parler les machines muettes, pour résoudre en jouant les difficultés des nombres qui arrêtaient les plus savants : ce qui lui coûta tant d’application et d’effort d’esprit que, pour monter cette machine au point où tout le monde l’admirait, et que j’ai vue de mes yeux, il en eut lui-même la tête démontée pendant plus de trois ans. »

Le curieux jeu de mots sur lequel s’achève ce passage fait penser à une sorte de conte fantastique à la Hoffmann, dont le héros, un inventeur inspiré et quelque peu dément, se livrerait à un échange démoniaque, et démonterait son propre cerveau pour en faire passer intégralement la constitution dans les mécanismes de sa machine qui en seraient la reproduction ou la projection. Plus sérieusement, le texte de Fontaine signale la particularité de la Pascaline qui a le plus étonné sur le moment : à savoir qu’elle permettait de compter à ceux mêmes qui ne savaient point compter, donnant ainsi de la science à des ignorants, sous la seule condition cependant qu’ils apprennent à s’en servir.

Car la machine à calculer n’est pas en réalité un automate au sens propre du terme : elle requiert au minimum l’intervention d’un opérateur qui sache en manipuler les commandes, pour y injecter les données du problème à résoudre en tournant à l’aide d’un stylet les roues de l’inscripteur, dont les mouvements, communiqués par une série d’engrenages à l’intérieur de l’appareil, c’est-à-dire dans sa partie non visible sur laquelle l’utilisateur ne peut intervenir, finissent par entraîner les tambours du viseur où se lisent les résultats de l’opération, addition ou soustraction suivant la manière dont a été placée la règle glissante qui fait apparaître sous forme de série croissante ou décroissante les chiffres inscrits sur les tambours. Il faut donc bien faire la distinction entre ce qui se passe au dehors, sur la face supérieure du boîtier de la machine qui est la partie de celle-ci à laquelle son utilisateur a directement accès, et qui en constitue en quelque sorte le tableau de bord, et ce qui se passe au dedans, sous le capot, dans le ventre de l’appareil où, par leur logique propre telle qu’elle a été initiée par le constructeur, jouent ses rouages internes. Et il faut donc aussi distinguer deux types de compétences : celle dont relève l’emploi ou le maniement de la machine, et celle qui suppose la connaissance de son fonctionnement, ces deux compétences étant en principe indépendantes l’une de l’autre, l’une étant réservée à l’utilisateur et l’autre à l’inventeur. A cet égard, le texte de l’Avis nécessaire présente une particularité qui mérite de retenir l’attention : Pascal commence par s’y excuser de ne pas exposer « selon la méthode des géomètres » le détail de son invention, c’est-à-dire de ne pas « représenter par figures les dimensions, la disposition et le rapport de toutes les pièces et comment chacune doit être placée pour composer l’instrument et mettre son mouvement en sa perfection », ce qui serait, dit-il, fastidieux ; et, de fait, c’est seulement dans un texte bien postérieur (daté de 1659, l’année précédant la mort de Pascal), resté d’ailleurs sur le moment confidentiel, une lettre de Belair à Huygens, que seront pour la première fois dévoilés à l’aide de schémas détaillés les mécanismes internes de la Pascaline, qui ne seront véritablement exposés au regard de tous que dans le cinquième volume de planches de l’Encyclopédie publié près d’un siècle plus tard.

On ne s’étonne pas que Pascal ait cherché à tenir caché le secret de son invention, ce qui était la condition pour qu’il conserve l’exclusivité de sa diffusion telle qu’elle lui avait été garantie par le Privilège consenti par le chancelier Séguier. Mais, du même coup, l’objet qu’il lançait dans le commerce y apparaissait paré d’une auréole de mystère, sous la forme d’une boîte fermée en bois, à l’intérieur de laquelle se passaient des choses, des déplacements de roues mécaniques, qui échappaient à une vue claire au double sens de la perception et de la compréhension, ceci étant d’ailleurs la condition pour que ces déplacements, placés hors d’atteinte de celui qui manipule l’appareil, produisent infailliblement le résultat escompté en effectuant par eux-mêmes des calculs dans lesquels l’esprit n’avait plus à intervenir. Ceci peut faire penser au dispositif de la « boîte noire » tel qu’il se retrouve dans les artéfacts intelligents ou censés intelligents que l’on construit aujourd’hui : une chose est de prendre connaissance des résultats de leur fonctionnement, qui peuvent se lire à la sortie de la boîte, une autre est de prendre connaissance du cheminement mécanique complexe accompli à l’intérieur de la boîte qui a rendu possible l’obtention de ces résultats. Et c’est pourquoi on peut raisonnablement se demander si, les effets du fonctionnement de ces machines pouvant être tenus pour équivalents à l’arrivée à ceux que produirait un travail de l’esprit, ils sont obtenus de la même manière que celle dont l’esprit procède, ce qui constitue le problème de fond posé par l’intelligence artificielle, problème que posait déjà, sous une forme évidemment beaucoup plus simple, la machine de Pascal : celle-ci fait à la place de l’esprit certaines opérations, mais elle les fait sans penser, sans esprit, ce qui est la condition pour qu’elle les fasse de façon infailliblement juste ; autrement dit, c’est précisément parce qu’elle ne pense pas, mais se contente de faire tourner ses roues, que la machine ne risque pas de se tromper. Nous commençons alors à mieux comprendre ce qui, aux yeux de Pascal, distingue l’esprit d’une machine : à savoir que le premier, précisément, est faillible, alors que la seconde ne l’est pas, sous réserve bien sûr qu’elle fonctionne correctement, qu’on sache s’en servir et qu’elle ne tombe pas en panne, conditions bien connues de ceux qui, aujourd’hui, essaient tant bien que mal de se servir d’un ordinateur dont ils sont le plus souvent incapables de maîtriser en totalité le fonctionnement, fonctionnement dont, par ailleurs, ils ignorent généralement le principe.

Et c’est ici que nous retrouvons un thème fondamental de l’apologétique des Pensées, à savoir celui de la faillibilité constitutive de l’esprit humain, qui place celui-ci au rouet de la misère et de la grandeur, contradiction qui le crucifie et à laquelle il lui est impossible d’échapper. On sait que Pascal a placé la question du salut sous la caution d’un pari, qui est en premier lieu un calcul, un calcul pour lequel il est vital de ne pas se tromper. Mais il est clair que ce calcul, dont les enjeux sont existentiels, échappe aux capacités d’une machine, parce que seul peut l’effectuer un esprit qui a pris conscience de la nécessité dans laquelle il se trouve de travailler pour l’incertain, et a su en tirer toutes les conséquences : ce calcul tire sa valeur salvatrice du fait que son résultat ne peut être obtenu infailliblement, mais requiert qu’on y engage sa vie entière, en prenant le risque de tout perdre. Il y a donc dans l’esprit que la Machine « incline » quelque chose qui le sépare définitivement de la machine qui « secourt » l’esprit : au premier fait constitutionnellement défaut, du moins lorsqu’il a été démis de sa première condition, l’exactitude dont la seconde est dotée artificiellement par l’ingéniosité de son constructeur, qui en a mis au point le dispositif de telle manière qu’il ne puisse effectuer d’autres opérations que celles pour lesquelles, sans possibilité d’écart, il a été programmé. Cette faillibilité propre à l’esprit est celle du jugement, c’est-à-dire, selon la définition qu’en donne Descartes, de l’instance dont dépend la coordination des activités de l’entendement et de la volonté. La machine peut donner l’impression qu’elle ressemble à un entendement, dont elle effectue à sa place certaines opérations ; mais il est exclu qu’elle puisse s’apparenter à la volonté : la machine qui calcule intelligemment le fait justement parce qu’elle obéit à des impulsions involontaires dont la maîtrise lui échappe complètement, ce qui, répétons le, est la condition de l’exactitude de son fonctionnement.

Dans le texte des Pensées ne se trouve qu’un seul fragment qui fasse allusion explicitement à l’invention de la Pascaline :

« La machine d’arithmétique fait des effets qui approchent plus de la pensée que tout ce que font les animaux ; mais elle ne fait rien qui puisse faire dire qu’elle a de la volonté comme les animaux. » (761/340)

Ce passage est déroutant parce qu’il remet apparemment en cause la théorie des animaux-machines sur laquelle reposait la doctrine de l’abêtissement telle que nous l’avons précédemment reconstituée. C’est sans doute parce que Pascal, si, pour des raisons de commodité, il reprend à son compte cette théorie qui a intéressé ses amis de Port-Royal et obtenu leur créance, ne le fait qu’en maintenant personnellement à son égard une « pensée de derrière », qui affecte son adhésion d’une certaine dose de relativité, sur fond de méfiance : dans son esprit, elle ne peut être moins inutile, incommode et incertaine que tous les autres aspects du mécanisme cartésien, avec sa vaine prétention à expliquer la Nature en totalité, et à percer définitivement le mystère des deux infinis, ce dont l’esprit humain est bien incapable. Qu’est-ce qui justifie que les animaux, tout en étant peut-être fabriqués comme des machines, ce qui est d’ailleurs aussi le cas du corps humain, ne soient pas néanmoins tout à fait des machines? C’est qu’on peut, à tort ou à raison, imputer certains de leurs comportements à l’initiative d’une volonté, qui en grève la rectitude d’une certaine marge d’incertitude et de faillibilité, comme c’est le cas du corps humain qui n’agit qu’accompagné par l’esprit, ce qui justifie qu’on ne puisse jamais lui faire tout à fait confiance, de même que l’esprit ne fonctionne de son côté que dans la proximité du corps, ce qui, parallèlement, justifie qu’on ne puisse jamais non plus lui faire tout à fait confiance. Jamais l’esprit uni au corps n’aura la force, la puissance, de la machine, force et puissance purement matérielles qui sont d’ailleurs spécialisées dans l’accomplissement de certaines fonctions, à l’exclusion d’autres : mais, comme nous l’avons vu, il peut aussi retourner sa faiblesse, son impuissance, en force, pour autant qu’il sache exploiter l’union qui le lie au corps d’une manière qui satisfasse ses intérêts profonds, en manipulant le corps comme il le ferait d’une machine, qui lui sert à contenir le jeu des passions. Toute l’astuce du raisonnement qui est ici à l’œuvre se trouve dans l’emploi du « comme » : le corps, n’étant pas une machine comme les autre, est comme une machine, sans en être une, tout en l’étant, sans l’être. Et une machine comme la machine arithmétique est de son côté, non comme un corps, mais comme un esprit, puisqu’elle produit les mêmes effets que l’esprit qui calcule, dont elle imite le fonctionnement, sans cependant fonctionner, du moins tout à fait, de la même façon, ce qui laisse à l’esprit toute liberté à l’égard de ce fonctionnement qu’il manipule comme il le ferait d’un instrument à sa main : si la machine est comme l’esprit, ou, inversement, si l’esprit est comme la machine, c’est que la machine n’est pas l’esprit et l’esprit n’est pas la machine, le « comme » creusant entre eux une distance impossible à supprimer complètement.

Pour conclure, proposons, à titre de contre-exemple, quelques rapides remarques au sujet de la notion d’automate spirituel telle qu’elle se retrouve chez Spinoza et chez Leibniz, qui, elle aussi, exploite la métaphore de la machine en vue de faire comprendre la nature et le mode de fonctionnement de l’esprit. Que signifie-t-elle au juste ? Que l’esprit agit entièrement d’après ses propres lois, en enchaînant ses productions, les idées, selon des mécanismes expressifs ou causaux, sans que puissent interférer avec ces enchaînements des incitations ou des impulsions relevant d’un autre ordre : l’esprit lui-même est partie prenante à ces enchaînements à l’intérieur desquels sa place est déterminée, de telle manière qu’il ne peut s’en extraire, pour autant qu’il est, selon Spinoza, soumis à un principe de raison nécessaire, et, selon Leibniz, à un principe de raison suffisante, qui, en même temps qu’ils lient entre elles ses opérations, le lient lui-même à ses opérations. De ce point de vue, il peut être considéré comme étant à sa manière infaillible : selon Spinoza, toutes les idées sont vraies en Dieu, même les fausses ; et selon Leibniz, l’harmonie préétablie coordonne entre elles les opérations de tous les esprits comme s’il s’agissait de mouvements d’horloges bien accordées et strictement remontées à la même heure. La position défendue par Pascal va complètement à l’opposé : à son point de vue, la pensée, qui est comme une montre déréglée, n’a pas d’ordre propre, et elle est essentiellement faillible ; et c’est pourquoi elle entretient avec la machine et ses mécanismes des rapports de connivence associant proximité et distance, rapports équivoques, qui tirent précisément leur éventuelle efficacité de leur caractère équivoque. L’esprit, dans sa seconde condition postérieure à la chute, est définitivement compromis avec le corps : et c’est dans ce contexte, en tenant compte des conditions restreignantes qui le caractérisent, qu’il peut espérer tirer quelque perfectionnement de l’utilisation de machines, qui régulent, en partie du moins, et sans garantie, son fonctionnement.


Affaire Cahuzac: Attention, un séisme peut en cacher un autre ! (From butterfly effect to perfect storm: Will the French government be the first collateral victim of OffshoreLeaks?)

4 avril, 2013
http://img2.imagesbn.com/p/9780393337013_p0_v1_s260x420.JPGWhat $40 will buy Fascinating story in The West Australian on Saturday that unfortunately isn’t posted on the internet. It tells the tale of a Perth internet cafe owner Henk Beugelaar who purchased a job-lot of items at the Firepower liquidation sale. One of the items was a computer that, when fired up, spat out about 9,000 emails and documents – a small glimpse of the early history of Firepower in Perth. The newspaper devoted three pages to the saga, emphasising the continuing interest in Australia’s most spectacular fraud. Gerard Ryle
I find it funny to see how the media describes me as a happy hippy. I spend 3 months investigating the firepower server computer and have now placed it on the internet.I did a hardcopy printout for the AU government and now he is busted because of my work. I am not an egotist but don’t like to be taken for an idiot.The download is at http://www.mininova.org/tor/3158221 No offence meant. Henk Beugelaar
La cascade de révélations qui se déverse actuellement dans la presse mondiale, et notamment en France sur l’ancien trésorier de campagne de François Hollande, Jean-Jacques Augier, est partie d’un disque dur truffé de données reçu il y a plus de 18 mois par Gerard Ryle alors qu’il était journaliste d’investigation en Australie où il venait de boucler une enquête sur une vaste fraude financière. « Ces données étaient quasiment impossibles à lire. Elles faisaient planter mon ordinateur à répétition. Il y avait beaucoup de noms de personnes de partout dans le monde mais qui ne me disaient rien », raconte-t-il à l’AFP. Gerard Ryle ne dit pas à quel moment précis il a reçu ce mystérieux et précieux envoi. Son instinct lui dit qu’il s’agit de quelque chose de « gros ». Le hasard va lui permettre d’en avoir le coeur net. Après avoir reçu ce colis, Gerard Ryle quitte son pays d’origine et émigre à Washington à l’automne 2011 pour prendre la tête du Consortium des journalistes indépendants (ICIJ), une organisation non-gouvernementale fondée en 1997 pour coordonner le travail des reporters sur la corruption. « J’ai toujours eu en tête de demander de l’aide à des reporters à travers le monde. C’était l’instrument idéal », souligne-t-il. Sur le modèle de Wikileaks, qui avait publié des câbles diplomatiques, Gerard Ryle va faire appel à un réseau de grands journaux à travers le monde (The Guardian, Le Monde, The Washington Post…) pour l’aider à recouper les informations, à en évaluer l’intérêt pour le grand public et coordonner quinze mois d’enquête. « Il ne suffisait pas de s’asseoir et d’écrire un article. Les dossiers sont incroyablement complexes et il fallait avoir le contexte. On se demandait tout le temps: est-ce qu’il y a une histoire ? », poursuit-il, ajoutant que certaines investigations, au Japon notamment, n’ont pas abouti. Challenges

Effet papillon ou tempête du siècle ?

2,5 millions de fichiers, plus de 120.000 sociétés et trust offshore (îles Vierges britanniques, Caïmans, îles Cook, Samoa, Singapour), gangsters et oligarques, politiciens et simples particuliers, entre 1.000 et 1.600 milliards de dollars annuels (pour un total du PIB des Etats-Unis et du Japon réunis), 170 pays (entre Australie, Indonésie, Amérique du nord, Europe, Chypre, Russie, Azerbaïdjan, Kazakhstan, Thaïlande, Philippines, Birmanie, Zimbabwe et Iran), centaine de Français potentiellment impliqués, sur près de 30 années, 160 fois WikiLeaks, 86 journalistes de 46 pays, 15 mois de dépouillement …

Au lendemain du véritable séisme qui vient d’atteindre le gouvernement Hollande et la gauche en général (l’improbable conjonction, que nous évoquions hier et que les anglo-saxons nomment « tempête parfaite » – fonctionnaire sanctionné-élu battu-femme bafouée-site d’information attendant son rainbow warrior) …

Suivi – incroyable hasard du calendrier ! – aujourd’hui même par le début de publication, par un consortium international de grands journaux, d’une montagne de documents dite Offshore leaks (2, 5 millions de fichiers, plus de 160 fois plus importante que la fuite Wikileaks d’il y a trois ans) révélant les secrets de plus de 120.000 sociétés et trust offshore aynt permis la fraude fiscale à grande échelle de centaines de politiciens, escrocs et très grosses fortunes à travers le monde dont l’ancien trésorier de la campagne Hollande …

Retour, sur l’homme qui a lancé l’affaire il y a six ans, le journaliste australien Gerard Ryle enquêtant alors sur l’escroquerie massive dite du Firepower, du nom d’une pilule miracle censée, selon son initiateur un certain Tim Johnston, à la fois réduire et purifier la consommation d’essence mais qui en fait couvrait une opération massive de détournement et blanchiment d’argent …

Mais aussi sur le propriétaire d’un café internet de Perth, un certain Henk Beugelaar, qui eut l’idée de racheter un lot de matériel de la société mise en liquidation judiciaire dont, pour 40 malheureux dollars australiens (à peine plus de 30 euros), un ordinateur qui avait gardé en mémoire quelque 9 000 emails et documents qu’il fera passer à la justice de son pays et à la presse australienne ..

Suscitant ainsi indirectement, via l’envoi quelques années plus tard à Gerard Ryle d’une mine d’informations confidentielles par d’anciens salariés de deux entreprises de services financiers offshore, l’actuel raz de marée …

Qui, hélas pour l’équipe socialiste actuellement au pouvoir en France et à l’instar du battement d’ailes du papillon déclenchant une tornade de l’effet du même nom, pourrait se révéler encore bien plus dévastatrice …

Qu’est-ce que l’opération « Offshore Leaks »?

Challenges

04-04-2013

Menée par l’International consortium of investigative journalists (ICIJ) et 36 médias internationaux, cette investigation a ouvert une brèche dans le secret des paradis fiscaux.

2,5 millions de fichiers secrets et 48 pays concernés: la vaste enquête journalistique qui a donné naissance à une sorte de « WikiLeaks » des paradis fiscaux n’aurait jamais vu le jour sans une petite ONG de Washington (ICIJ) et l’envoi d’un mystérieux courrier par la poste.

La cascade de révélations qui se déverse actuellement dans la presse mondiale, et notamment en France sur l’ancien trésorier de campagne de François Hollande, Jean-Jacques Augier, est partie d’un disque dur truffé de données reçu il y a plus de 18 mois par Gerard Ryle alors qu’il était journaliste d’investigation en Australie où il venait de boucler une enquête sur une vaste fraude financière.

« Ces données étaient quasiment impossibles à lire. Elles faisaient planter mon ordinateur à répétition. Il y avait beaucoup de noms de personnes de partout dans le monde mais qui ne me disaient rien », raconte-t-il à l’AFP.

Gerard Ryle ne dit pas à quel moment précis il a reçu ce mystérieux et précieux envoi. Son instinct lui dit qu’il s’agit de quelque chose de « gros ».

Sur le modèle de Wikileaks

Le hasard va lui permettre d’en avoir le coeur net. Après avoir reçu ce colis, Gerard Ryle quitte son pays d’origine et émigre à Washington à l’automne 2011 pour prendre la tête du Consortium des journalistes indépendants (ICIJ), une organisation non-gouvernementale fondée en 1997 pour coordonner le travail des reporters sur la corruption.

« J’ai toujours eu en tête de demander de l’aide à des reporters à travers le monde. C’était l’instrument idéal », souligne-t-il.

Sur le modèle de Wikileaks, qui avait publié des câbles diplomatiques, Gerard Ryle va faire appel à un réseau de grands journaux à travers le monde (The Guardian, Le Monde, The Washington Post…) pour l’aider à recouper les informations, à en évaluer l’intérêt pour le grand public et coordonner quinze mois d’enquête.

« Il ne suffisait pas de s’asseoir et d’écrire un article. Les dossiers sont incroyablement complexes et il fallait avoir le contexte. On se demandait tout le temps: est-ce qu’il y a une histoire ? », poursuit-il, ajoutant que certaines investigations, au Japon notamment, n’ont pas abouti.

L’appel à la presse étrangère se fait autant par vocation que par nécessité. L’ICIJ ne compte que trois salariés permanents qui ne sont pas en mesure de traiter une masse d’informations qui serait, selon l’ONG, « 160 fois » plus vaste que celle collectée par Wikileaks.

Un vaste réseau de journaliste dans le monde

L’ICIJ a également bénéficié de l’aide cruciale d’une société australienne qui leur a fourni gratuitement un logiciel de lecture et de décryptage de données complexes.

« Je les ai contactés et je leur dit: +ne me demandez pas pourquoi j’en ai besoin mais acceptez-vous de me le donner ?+ », se souvient Gerard Ryle, soulignant que l’ICIJ n’avait « absolument pas les moyens » de se payer un tel logiciel.

En professionnel averti, Gerard Ryle savait aussi qu’il y avait un autre obstacle à franchir: faire travailler ensemble des journalistes d’investigation. « Ce n’est pas quelque chose que nous faisons traditionnellement. Nous préférons travailler chacun de son côté et garder nos secrets ».

Il en est aujourd’hui convaincu: l’enquête n’a de valeur que parce qu’elle associe « un vaste réseau » de journalistes dans le monde.

A présent, le patron de l’ICIJ assure que d’autres révélations « sont à venir » mais récuse tout rôle de procureur et affirme ne pas se soucier de savoir si des enquêtes pénales et fiscales sont lancées.

« Notre travail est d’informer le public sur des faits qu’il ne connaît pas. Ce qu’en font les gens et les autorités après ne regarde qu’eux ».

(Avec AFP)

Voir aussi:

Offshore Leaks: voici l’enquête internationale

Une mémoire tampon de 2,5 millions de fichiers a trahi les secrets de plus de 120.000 sociétés et trust offshore (à l’étranger), révélant au grand jour des arrangements cachés de politiciens, d’escrocs et de très grosses fortunes à travers le monde. Ces fichiers obtenus par l’International Consortium of Investigative Journalists (ICIJ). Les enregistrements mettent à nu les noms derrière les entreprises clandestines et les trusts privées dans les îles Vierges britanniques, les îles Cook et d’autres refuges offshore.

Parmi ceux-ci, des dentistes et médecins américains, des bourgeois grecs ainsi que des familles et associés de despotes de longues dates, des escrocs de Wall Street, des milliardaires d’Europe de l’Est, des dirigeants d’entreprises russes, des marchands d’armes internationaux, une société écran dirigée par un homme de paille que l’Union européenne a étiqueté comme l’un des rouages de l’élaboration du programme de développement nucléaire de l’Iran.

Les fuites fournissent faits et chiffres – des transactions en espèces, des dates d’incorporation (assimilation?), des liens entre entreprises et particuliers – qui illustrent à quel point le secret financier offshore s’est largement propagé dans le monde entier. Qui permet aux riches et aux longs bras d’éluder les impôts et d’alimenter la corruption et les maux économiques dans de nombreux pays, riches et pauvres. Les documents détaillent les avoirs offshore d’entreprises et de particuliers dans plus de 170 pays et territoires.

Ce trésor de données représente la plus grande réserve d’informations confidentielles sur le système offshore jamais obtenue par un organe de presse. La taille totale des fichiers, mesurée en gigaoctets, est plus de 160 fois plus importante que la fuite du département d’État des États-Unis interceptée par Wikileaks en 2010.

Pour analyser ces documents, les 86 journalistes de 46 pays ont utilisé des outils high-tech de traitement de données et investigué en profondeur pour passer au crible emails, livres de comptes et autres fichiers couvrant près de trente années.

Gangsters et oligarques

La vaste flux d’argent offshore – légal et illégal, personnes physiques et morales – peut perturber des économies et monter des nations les unes contres les autres. La persistance de la crise financière européenne a été alimentée par une catastrophe fiscale grecque et exacerbée par la fraude fiscale offshore et par une grave crise bancaire dans le minuscule paradis fiscal de Chypre, où les actifs des banques locales ont été gonflés par des vagues de liquidités en provenance de Russie. La Stolen Asset Recovery Initiative, un programme de la Banque mondiale et de l’Organisation des Nations Unies, a estimé que les flux transfrontaliers des recettes mondiales des crimes financiers totalisaient un montant annuel estimé entre 1.000 et 1.600 milliards de dollars.

Les clients offshore identifiés dans les documents :

- Des particuliers et des sociétés liés à l’affaire Magnitski en Russie, un scandale de fraude fiscale qui a égratigné les relations américano-russes. Il en avait résulté l’interdiction pour les Américains d’adopter des orphelins russes.

- Un magnat de l’entreprise qui a gagné des milliards de dollars en contrats en plein boom de la construction du Président azerbaïdjanais Ilham Aliyev, alors même qu’il officiait en tant que directeur des sociétés offshore détenues par des filles du président.

- Des milliardaires indonésiens ayant des liens avec l’ancien dictateur Suharto, qui a enrichi un cercle d’élites au cours de ses décennies au pouvoir.

Les documents fournissent également de possibles nouveaux indices sur des crimes et pistes financières non-résolus ou abandonnés.

Après avoir appris que l’ICIJ avait identifié la fille aînée de l’ancien dictateur Ferdinand Marcos, Maria Imelda Marcos Manotoc, en tant que bénéficiaire d’un trust des Îles Vierges Britanniques, les responsables philippins n’ont pas caché leur impatience de savoir si les actifs du trust faisaient partie des 5 milliards de dollars (estimation) que son père a amassés par la corruption. Manotoc, un gouverneur de province aux Philippines a refusé de répondre à une série de questions sur ledit trust.

D’autres noms de haut niveau ont été identifiés dans les données offshore. Ils comprennent l’épouse du Premier vice-Premier ministre russe, Igor Chouvalov, et deux cadres supérieurs chez Gazprom, le plus gros extracteur de gaz naturel au monde, propriété du Gouvernement russe. Les fichiers récupérés montrent que la femme de Chouvalov et les responsables de Gazprom ont tous les trois des participations dans des sociétés sur les Îles Vierges britanniques.

L’essor de l’offshore

L’anonymat du monde offshore rend les flux d’argent difficiles à tracer. Une étude réalisée par James S. Henry, ancien économiste en chef au sein de McKinsey & Company, estime que les personnes riches ont entre 21.000 et 32.000 milliards de dollars en patrimoine financier privé niché dans les paradis offshore – à peu près l’équivalent des économies américaine et japonaise additionnées.

Même si l’économie mondiale a trébuché, le monde offshore a continué de croître, a déclaré Henry, qui est un membre du conseil du Tax Justice Network, un groupe international de recherche et d’influence critique à l’égards des paradis fiscaux. Ses recherches montrent, par exemple, que les actifs gérés par les 50 plus grandes “banques privées” du monde – qui utilisent souvent des paradis fiscaux pour servir leurs clients à “valeur nette élevée » – sont passés de 5.400 milliards de dollars en 2005 à plus de 12.000 milliards de dollars en 2010.

Les défenseurs de l’offshore répliquent que la plupart des clients offshore sont engagés dans des opérations légales. Les centres offshore, disent-ils, permettent aux entreprises et aux particuliers de diversifier leurs investissements, forger des alliances commerciales à travers les frontières nationales et faire des affaires dans les zones favorables à l’entrepreneuriat qui ne s’embarrassent pas des règles et des lourdes formalités administratives du monde onshore.

Une grande partie du rapport de l’ICIJ a mis l’accent sur les travaux de deux sociétés offshore, l’une, Portcullis TrustNet, basée à Singapour et l’autre, Commonwealth Trust Limited (CTL), sur les Îles vierges britaniques. Celles-ci auraient aidé des dizaines de milliers de personnes à créer des sociétés et trusts offshore ainsi que des comptes en banque difficiles à tracer. Les organismes de régulation des Îles Vierges britanniques ont révélé que CTL a violé à plusieurs reprises les lois anti-blanchiment entre 2003 et 2008 en omettant de vérifier et d’enregistrer les identités et l’antécédents de ses clients. «Cette entreprise a connu des problèmes de blanchiment d’argent systémique au sein de son organisation», a déclaré l’année dernière un responsable de la Commission des Services financiers des Îles vierges britanniques.

Les documents montrent, par exemple, que CTL a mis sur pied 31 entreprises en 2006 et 2007 pour un individu identifié par la suite par le tribunal britannique comme un homme de paille pour Mukhtar Ablyazov, un magnat de la banque kazakhe accusé d’avoir volé 5 milliards de dollars de l’une des plus anciennes banques de Russie. Ablyazov dément avoir commis le moindre acte répréhensible.

L’examen des documents de TrustNet a également permis d’identifier 30 clients américains accusés de fraude, de blanchiment d’argent, ou de tout autre faute financière grave dans des procès ou des affaires criminelles. Ils comprennent les ex-titans de Wall Street Paul Bilzerian, un “raider” d’entreprise reconnu coupable de fraude fiscale et de violation de valeurs mobilières en 1989, et Raj Rajaratnam, un gestionnaire de fonds de couverture milliardaire envoyé en prison en 2011 à l’issue de l’un des plus grands scandales de délits d’initiés de l’histoire américaine. TrustNet a refusé de répondre à une série de questions à ce sujet.

“Guichet unique”

Les clients offshore sont servis par une industrie d’intermédiaires grassement rétribués. Des comptables, des avocats et des banques qui leur procurent un abri et leur montent des structures financières et des actifs aléatoires en leur nom.

Des documents obtenus par l’ICIJ montrent comment deux premières banques suisses, UBS et Clariden, ont travaillé avec TrustNet à fournir à leurs clients des sociétés secrètes et blindées dans les Îles Vierges britanniques et d’autres centres offshore. Clariden, détenue par le Credit Suisse, aurait requis de tels niveaux de confidentialité pour certains clients qu’un responsable chez TrustNet a décrit la demande de la banque comme le «Saint Graal» des entités offshore – une entreprise tellement anonyme que la police et les régulateurs tomberaient sur un “mur blanc” s’ils essayaient de découvrir les identités des propriétaires (actionnaires).

Un porte-parole d’UBS a déclaré que la banque applique «les plus hautes normes internationales» pour lutter contre le blanchiment d’argent et que TrustNet « est l’un des 800 fournisseurs de services à l’échelle mondiale avec qui les clients UBS choisissent de travailler pour subvenir à leurs besoins de richesses et de planification de la relève. Ces fournisseurs de services sont également utilisés par les clients d’autres banques. »

TrustNet se décrit comme un «guichet unique» – son personnel comprend des avocats, des comptables et autres experts qui peuvent façonner des “packages” secrets pour s’adapter aux besoins et aux valeurs nettes de ses clients. Ces forfaits peuvent être simples et pas chers, comme une société à affrétée dans les îles Vierges britanniques. Ou ils peuvent prendre la forme de structures complexes qui tissent de multiples couches de trusts, des sociétés, des fondations, des produits d’assurance et ces fameux administrateurs et actionnaires “nominés”.

Quand ils créent des entreprises pour leurs clients, les entreprises de services offshore nomment souvent de faux administrateurs et actionnaires – des procurations qui font office de “stands-in” lorsque les véritables propriétaires d’entreprises ne veulent pas que leur identité soit connue. Grâce à la prolifération d’administrateurs et d’actionnaires de paille, les traqueurs de blanchiment d’argent et autres crimes financiers se retrouvent souvent dans des impasses quand ils essayent de découvrir qui se trouve réellement derrière les sociétés offshore.

Une analyse menée de concert par l’ICIJ, la BBC et le Guardian a identifié un groupe de 28 administrateurs de paille qui ont servi en tant que représentants sur le papier de plus de 21.000 entreprises entre elles. Ces administrateurs représentant 4.000 entreprises chacun.

Parmi les hommes de paille identifiés dans les documents obtenus par l’ICIJ figure un agent britannique qui a servi en tant qu’administrateur pour une société basée aux Îles vierges britanniques, Tamalaris Consolidated Limited. Organisation que l’Union européenne a étiqueté comme une société écran de la Compagnie de Navigation de la République islamique d’Iran. L’UE, l’ONU et les Etats-Unis ont accusé l’IRISL d’aider l’Iran à l’élaboration de son programme nucléaire.

Article rédigé par Gerard Ryle, Marina Walker Guevara, Michael Hudson, Nicky Hager, Duncan Campbell and Stefan Candea.

Ont également contribué à l’enquête : Mar Cabra, Kimberley Porteous, Frederic Zalac, Alex Shprintsen, Prangtip Daorueng, Roel Landingin, Francois Pilet, Emilia Díaz-Struck, Roman Shleynov, Harry Karanikas, Sebastian Mondial et Emily Menkes.

Traduit de l’anglais par Olivier Croughs.

« Offshore Leaks » : une enquête choc aux multiples ressorts

Constance Jamet

Le Figaro

04/04/2013

Une trentaine de médias publient les résultats d’une longue enquête collaborative sur les sociétés offshore et leurs riches clients. Parmi les noms mentionnés dans les données figure celui du trésorier de campagne de François Hollande.

Après WikiLeaks, Vatileaks, Offshore Leaks sera-t-il le nouveau scandale mondial en vue? Une trentaine de médias étrangers et Le Monde pour la France publient jeudi matin les résultats d’une longue enquête collaborative sur les sociétés offshore et les paradis fiscaux. Plus de 2,5 millions de documents ont été analysés, expliquent le journal suisse Le Matin et le Guardian , deux des titres impliqués dans l’enquête. Mises à disposition par le consortium journalistique d’investigation américain ICIJ, les données exploitées sont issues de deux sociétés spécialisées dans les domiciliations offshore: Commonwealth Trust Limited, à Tortola, dans les îles Vierges britanniques et Portcullis Trustnet, basée à Singapour.

«Ces fuites, qui ont le potentiel de causer un choc sismique, montrent à quel point la finance offshore s’est répandue dans le monde», explique le Guardian. Les données – contrats, photocopies de passeport, feuilles de calcul, livres de comptes – concernent environ 122 000 entités, liées à plus de 130 000 personnes dans 140 pays, précise Le Matin. Le Guardian souligne la diversité des utilisateurs d’investisseurs offshore. Dans cette liste de noms, «on trouve des dentistes américains, des proches de despotes, des villageois de la classe moyenne grecque, des escrocs de Wall Street, des milliardaires indonésiens et d’Europe de l’Est, des dirigeants russes, des marchands d’armes et une société présentée comme la tête de pont du programme nucléaire iranien», énumèrele Guardian. «Le fait que des milliers de gens ordinaires apparaissent dans ces fichiers indique que les sociétés offshore ne sont pas uniquement le repaire de malfrats ou de politiciens voulant dissimuler de l’argent. Des anonymes adoptent ce système car ils ne se sentent pas à l’abri dans les institutions bancaires de leur propre pays», insiste la directrice adjointe de l’ICIJ.

Un disque dur de 260 gigaoctets

Le Guardian a mis en exergue quelques personnalités mentionnées dans ces documents. On y trouve l’ancien ministre des Finances de Mongolie, le président d’Azerbaïdjan et sa famille, l’épouse du premier ministre adjoint russe Igor Chouvalov, l’époux d’une sénatrice canadienne, la collectionneuse d’art espagnole la baronne Carmen Thyssen-Bornemisza. Côté français, 130 individus seraient concernés mais le nom qui fait le plus de bruit est celui de Jean-Jacques Augier. Le trésorier de la campagne présidentielle de François Hollande, qui a racheté le magazine Têtu, est actionnaire de deux sociétés offshore dans les îles Caïmans, via son holding financier Eurane, affirment Le Monde et le Guardian. «J’ai investi dans cette société par l’intermédiaire de la filiale d’Eurane en Chine. L’investissement dans International Bookstores apparaît au bilan de cette filiale. Rien n’est illégal», a déclaré l’intéressé au Monde. Jean-Jacques Augier souligne ne détenir «ni compte bancaire personnel ouvert aux Caïmans ni investissement personnel direct dans ce territoire». Les rares personnalités citées dans le Guardian et qui ont accepté de s’expliquer, comme la baronne Carmen Thyssen-Bornemisza, assurent, elles aussi, de la légalité de leurs investissements.

Les coulisses de cette enquête internationale qui a réuni 86 journalistes et 35 publications sont aussi fascinantes que ses conclusions. Tout a commencé, il y a quinze mois, avec l’envoi anonyme d’un paquet en Australie. Son destinataire est le journaliste Gerard Ryle, qui sort d’une investigation de trois ans sur le scandale du Firepower. À la réception du disque dur, Gerard Ryle s’en va trouver le consortium ICIJ pour bénéficier de son expertise en matière de collaboration internationale. Mais contrairement à WikiLeaks, les données ne sont ni organisées, ni classées, un programmeur a donc construit une base de données pour permettre aux reporters de télécharger et de chercher les documents et mis en place un forum pour faciliter la communication. Le disque dur d’Offshore Leaks contient 260 gigaoctets de fichiers, soit un volume 160 fois plus important que les câbles diplomatiques américains publiés par WikiLeaks en 2010. De quoi distiller des révélations sur toute une année.

Voir encore:

Firepower: the most spectacular fraud in Australian history

Gerard Ryle

Investigative journalist

The book originated from a newspaper article I wrote for The Sydney Morning Herald in January 2007, raising questions about the validity of a mysterious fuel technology company called Firepower that had suddenly become the biggest sporting sponsor in the country.

Firepower reacted by taking out four lawsuits – two against my newspaper and two against me personally. We fought the lawsuits in the courts for more than 18 months before Firepower’s own lawyers moved to have the company placed into liquidation because of unpaid bills.

But initially everyone from the Australian Prime Minister, John Howard, to the various professional bodies that run sport in Australia, as well as the corporate watchdog, the Australian Securities and Investment Commission, were all seemingly content to adopt the myth that Firepower was a business miracle.

By then, millions of shares in Firepower had been sold to about 1300 enthusiastic investors, including high-profile sports personalities, diplomats, doctors, accountants, and senior media figures.

It took more than 60 newspaper articles over a two-year period to demolish the fairytale, exposing a wobbly financial pyramid and revealing the company’s main product – a fuel pill said to cut fuel consumption and reduce emissions – was little more than the same white tar fumigant used in mothballs.

The story had tentacles that spread around the world; from the Federal Government, to the KGB; from high-flying Australian diplomats, to international arms dealers; from convicted drug dealers, to the Australian Trade Commission.

The full implications are set to send quakes through the business, political and sporting worlds for years to come. The immediate ramifications however saw Federal Court charges brought against those selling the shares.

Firepower caused havoc in each of the sporting teams the company sponsored. It led to the death of the Sydney Kings – the most successful basketball franchise in the country – and it threw the future of the entire National Basketball League into question. Firepower contributed to unrest in the private ownership of the iconic South Sydney Rabbitohs, between Hollywood star Russell Crowe and the businessman Peter Holmes a Court.

The Western Force Super-14 club was fined $150,000 (since reduced) after revelations about secret payments by Firepower to high-profile Wallaby players, and it too faces both an exodus of star players and a financial crisis now that the Firepower dream is dead.

There were many other inquiries along the way … by the tax office, the Department of Foreign Affairs, the West Australian Department of Consumer and Employment Protection, hearings in the Industrial Relations Commission and two separate actions by liquidators.

My stories were eventually followed up nationally and internationally, including by Four Corners and by every major television and newspaper outlet in the country. They led to a worldwide manhunt for Firepower founder Tim Johnston, with the international media dubbing him ‘The Most Wanted Man in Australia’.

The book explains in detail the rise and fall of Tim Johnston, the man behind Firepower. It traces the history of his life through numerous previous frauds and it provides the context that allowed him to pull it off. It portrays a man of many contradictions, not least his preference for studying the Bible while flying first-class on his way to negotiate what turned out to be imaginary multi-million dollar deals.

The book raises serious questions about the corporate regulatory system in Australia – one that allowed Johnston to sell nearly $100 million worth of shares in a British Virgin Islands entity without so much as a prospectus.

It asks why Firepower benefited from such enthusiastic government support, getting huge taxpayer grants, when some of the Firepower-related entities the Federal Government helped promote never even existed. They were simply made up.

Voir encore:

Pop goes the pill prince

Firepower was a $100 million fraud on investors too eager for profits and too distracted to demand proper answers to the right questions, writes Gerard Ryle.

Business day

May 2, 2009

Tim Johnston needed a distraction. In Australia, none comes bigger than sport, a national obsession. Where else would athletes regularly nudge aside doctors, scientists and humanitarians to the nation’s highest honours?

Johnston’s friend Peter O’Meara had a sporting team. O’Meara was chief executive of the Western Force, a Perth-based franchise in the world’s best rugby union competition, which pitted against each other the finest players from Australia, New Zealand and South Africa. But O’Meara’s team was the league’s worst. Could O’Meara get Johnston the big distraction he wanted?

It was 2006 and by then Johnston had moved from poverty to plenty with barely a hitch in his stride. Already people were tipping him for greatness. Just as Thomas Edison had revolutionised the world with the invention of the light bulb, many believed Johnston was about to radically affect the biggest emergency facing mankind – the global energy crisis. Some of Australia’s brightest business leaders figured him to be the new Bill Gates, the founder of the world’s biggest company, Microsoft. Johnston was surely about to enjoy the same commercial success. Like Edison, his product also fitted neatly into the palm of one hand. It was a little brown pill about the size of a 5 cent piece.

Johnston was 50 and given to hyperbole. He had been asked by the then prime minister, John Howard, to advise the country on the pressing issue of climate change. The British prime minister, Tony Blair, was a silent investor in his various schemes. Both houses of the Russian parliament had ordered his technology to be adopted in every farm, factory and furnace. The contracts were worth millions. Perhaps billions.

It was difficult to know where untruths began and ended with Johnston. His world was filled with unexpected surprise. John Howard invited him to dinner at the Lodge, the prime ministerial residence in Canberra.

They dined with Julie Bishop, the minister for science, and they discoursed on the issue of Johnston’s great invention. The prime minister invited him back to dine again. And Johnston, who liked to study the Bible, gave thanks to his God for the meals. His favourite topic of conversation – outside his yearning to save the planet – was his professed desire for honesty and integrity.

The contradiction was not always immediately apparent.

Johnston began his marketing career as a shampoo salesman. His clean-cut image served him well when he moved to other things. Like selling bacteria that ate cow dung, or cures for medical ailments, or paint that was so light that aircraft manufacturers were animated about its fuel-saving possibilities.

And it was here, in the area of fuel saving, that he finally hit it big. Not with the paint, but with the little brown pill.

It was easy to see the attraction. By the time Johnston truly arrived on the scene in Australia, the public had breached another oil consumption record. The number of cars and trucks nearly matched the Australian population, and consumed 36 billion litres of petrol and diesel a year.

Johnston’s little brown pill promised to cut this $29 billion annual bill by 20 per cent in one easy stroke. Moreover, he claimed the pill would effectively eliminate all poisonous emissions from vehicles.

The excitement over his invention allowed Johnston to collect money from all corners of the globe. The message was clear: invest in Firepower or lose out on the chance of a lifetime. The pill, he said, would make everyone extremely wealthy. By the time Johnston finished, investors had handed over more than $100 million.

Johnston surrounded himself with substantial people. His business partners included Gordon Hill, a former West Australian police minister.

There was Warren Anderson, one of the country’s better known property developers, and Grigory Luchansky, a Russian oligarch who regularly featured in newspaper stories around the world. Both the former governor-general Michael Jeffery and the then Queensland premier, Peter Beattie, turned up for Firepower-sponsored events.

Bill Moss, the former Macquarie Bank director, was scheduled to be the chairman of Firepower and Firepower’s chief executive officer was John Finnin, one of Australia’s most senior public servants. Johnston told everyone they were going to be rich when he listed his company in London. Even in those heady days, Firepower appeared too good to be true. So good in fact that rumours sprang up that it was really a money-laundering front for the Russian mafia, or a product of the KGB or the CIA. The reasons were never quite clear. Nobody seemed to care as long as the money flowed.

And flow it did, while few took the time to learn what Firepower was really about, or to look into Johnston’s colourful history.

Johnston spent much of 2006 on board first-class flights and on private jets. He spent long hours explaining the deals he was signing up. World leaders – prime ministers and presidents – begged for his help. They wanted to improve their refineries, their factories and their methods of food production. His technology, he indicated, also had military applications. That made it a danger to powerful interests – not least the big oil companies. Johnston came to feel the panic, the rush of doubt, well before the end of 2006. Various strands of his story grew contradictory. The portrait he had built up remained unconvincing. Despite the millions of words that were poured into explaining the gulf between science and science fiction, the two remained unreconciled. In short, Johnston needed a distraction. He needed something to draw attention from the fundamental questions – the scientific proof, the stock market listing. Johnston found it in sport.

Johnston conceived his plan for the big distraction over Sunday afternoon drinks at his friend Peter O’Meara’s comfortable pad in the Perth beachside suburb of Cottesloe, not far from the $16 million mansion Johnston had recently occupied. He began by luring the best rugby players in the land, including Matt Giteau and Drew Mitchell, the stars of the Australian national team. Johnston was soon the most powerful person in West Australian rugby.

But Johnston had mammoth ambitions. As his boasts grew, so did the distraction. He began to build the biggest sporting sponsorship portfolio Australia had seen. The Firepower name was soon brashly displayed across the country, in boxing rings, on horse tracks, on racing cars, on motorbikes, even on surfboards. He began sponsoring the Sydney Kings, Australia’s best-known basketball team, and ended up buying the franchise.

Johnston’s brash style often clashed with the culturally conservative, but many people were drawn to his fervour and his money. He was good at identifying weaknesses in others. He was good at understanding rules and laws and the ways they could be broken. He was good at making sure people who might have spoken up couldn’t, because they were compromised.

Those who probably should have known better often left their good sense behind when they signed on for the camaraderie, the dollars, and the excitement. And like a children’s party, people didn’t doubt the integrity of the magician.

At the height of his popularity, in September 2006, a 4200-tonne navy guided missile frigate was handed over at taxpayers’ expense for a gala sponsorship function soon after Defence Force chiefs became Firepower investors. HMAS Sydney was moored at the navy’s base at Garden Island, with views over the Opera House, when it was used for the official launch of the Sydney Kings basketball season. By then, the Chief of Defence Force, Air Chief Marshal Angus Houston, the Deputy Chief of Navy, Rear Admiral Davyd Thomas, a former senior naval officer, Commodore Kevin Taylor, and the former air force chief, Air Marshal Errol McCormack, were all on board the dream as investors, though none was involved in the decision to hand over the ship.

Johnston’s attentions were not confined to Australia. His sporting heroes were scattered across the world, from New Zealand to Tonga to Russia. He had his people draw up plans to sponsor Chelsea soccer club in the English Premier League and formula one motor racing. He was funding a Welsh rugby team.

All things seemed possible. Johnston began socialising with Russell Crowe, the Oscar-winning Hollywood actor, and Peter Holmes a Court, one of Australia’s best-known businessmen. The two men owned the South Sydney Rabbitohs rugby league team. Firepower had just become a major sponsor, its millions helping revive South’s on-field struggle.

Investors came from all walks of life – and included doctors, accountants, media figures and public servants. They came from the airy elite of international diplomacy, like the Australian high commissioner to Pakistan, Zorica McCarthy. They even came from the centre of Johnston’s own big distraction – the world of sport.

A group of Australian rules footballers decided Firepower was the next big thing. Leading the investment scramble was Mark Ricciuto, captain of the Adelaide Crows, and Wayne Carey, the former all-Australian captain. Carey told current and former players it was a great way to increase their money tenfold. Most Adelaide Crows signed up, including coaches. And Johnston drew up plans to share profits from the sale of his pills with the Crows Foundation, the club’s charitable arm.

A former player and Firepower investor hosted an Adelaide radio show on the Triple-M network. Players and former players began a game, competing on air to see how many times they could name Firepower during interviews. Adelaide’s newspaper wrote about it in the social pages. The private comedy became public. And everyone was laughing at Johnston’s distraction.

But the real joke was on them.

This is an edited extract from Gerard Ryle’s Firepower, published by Allen and Unwin from Monday, $35.

Voir enfin:

Rise of a man with a magic mystery pill

Gerard Ryle

The Sydney Morning Herald

January 8, 2007

FOR A man determined to remain a mystery, Tim Johnston makes some contradictory moves.

Over a series of remarkable weeks in November, the chairman of the little-known Perth-based fuel technology company Firepower was revealed as the main sponsor of the South Sydney Rabbitohs.

The reported $3 million deal was unveiled by the Rabbitohs’ part-owner Russell Crowe – on Jay Leno’s American Tonight show. The ink had barely dried on that when Firepower said it would also be throwing its financial clout behind the Sydney Kings basketball team, which changed its name to the Firepower Sydney Kings. Days later, Johnston bought the Kings.

In three smooth steps, Johnston had thrust deep into the Australian sporting scene. He went from zero to hero in a world that rarely asks too many questions as long as you have the answer when they throw out the challenge that matters most. It’s the Jerry Maguire test: « Show me the money! »

And therein lies the real mystery of Tim Johnston and Firepower. Just how does the company make its money, and are its eye-popping business deals all that they appear? Firepower has been the beneficiary of enthusiastic Federal Government support in its push overseas, but there are questions over how much Australian agencies know about the company they support and the products it promotes. And those products – bits of fuel-technology wizardry, including a pill to improve vehicle efficiency and reduce pollution – may be the biggest Firepower mystery of all. Have they been properly tested, do they work, how many are sold, and who is using them?

The answers are obscure in a story whose ripples reach as far as the arms trade in Romania and a multi-level marketing scheme based in New Zealand, and features links to a Russian who won a multimillion-dollar legal suit against The Times in London over claims he was involved in one of the world’s biggest money-laundering scandals.

It embraces the Prime Minister, John Howard; the Queensland Premier, Peter Beattie; and a former West Australian police minister, Gordon Hill. It also involves several Federal Government-funded trade missions, where some of the companies that have represented Australia are unknown to the corporate regulator.

Those familiar with Firepower’s range of products swear with the zeal of an Amway salesman that they are the best thing since sliced bread. « Look out the window in Sydney and see the haze out there, » urges Michael Powe, who distributes the products in Tasmania. « If everybody used Firepower you would probably would be able to reduce that by 50 per cent. »

One of the products is a pill about the size of a five cent piece that you put in your fuel tank every time you fill up.

The pills cost $1.50 and anonymous testimony on the back of the product – from « Joseph and Julie in Fiji » – claims that they not only reduce pollutants, but make fuel 12 per cent more efficient.

The pills are claimed to be on sale in more than 50 countries. Press clippings state that Firepower’s pollution reducing/fuel extending products – four are in liquid form – are used by heavy industry, in power generation, by railways and by the armed forces of Australia, New Zealand, Russia, Thailand and Indonesia.

Rumours abound – that the company has a joint venture with Shell, and that it is already in the pocket of Macquarie Bank.

On its website, Firepower says it is working in a technical capacity with General Motors Holden. Mr Johnston says it is about to list on the London Stock Exchange.

Prominent on the Firepower website is a picture of Mr Howard and the Pakistani Prime Minister, Shaukat Aziz at the signing of a memorandum of understanding in November 2005 between Firepower and a Pakistani company over a reported $US35 million facility to be built in Karachi.

The deal is one of many, collectively worth hundreds of millions of dollars, which the company says it has signed. Many are centred in Russia and other parts of the former Soviet bloc.

In June, Firepower and the Queensland Government – in that order – were sponsors of Australia Week in Moscow, an annual fair organised by the Australian Trade Commission (Austrade).

« The only thing wrong with Firepower is that they’re not in Queensland, » Peter Beattie told The Bulletin at the time.

The magazine reported that Mr Beattie, who attended the show, was trying to woo Firepower away from Perth after the company said it had ended the week with joint venture deals worth $400 million.

« Firepower Group is a wonderful example of the innovative thinking and advanced technology that Australian companies produce, » said Gregory Klumov, Austrade’s senior trade commissioner in Moscow.

From the extent of Firepower’s sporting patronage, its public statements and press coverage, you might expect to find a $1 billion company. Aside from the Rabbitohs and the Kings, the company is involved in V8 Supercar racing, and is a patron of the Western Force rugby team, the Tongan national rugby team, the Porsche Carrera Cup and the Australian Superbike Championship.

But scratch the surface and it soon becomes clear that Firepower products are sold domestically in only a few dozen motorcycle outlets and truck stops in Western Australia and Darwin, and a marine supply shop in Hobart.

There is no joint venture with Shell, nor a technical agreement with General Motors Holden, nor any association with Macquarie Bank, according to representatives of those companies. And neither the Australian nor the New Zealand military has any record of having purchased Firepower products.

The Australian Securities and Investments Commission has no record of a company called Firepower Group Pty Ltd, the company presented by the taxpayer-funded Austrade as an export success story in Russia.

Nor does the commission have any records of a company that represented Australia in another Austrade investment mission to Malaysia in August last year – Firepower International Pty Ltd. The commission does not even have records of the company that appears on the Firepower website – Firepower Technology Ltd.

The business listed in the phone book – Firepower Operations Pty Ltd – is a $1 company, first registered in December 2004. It is owned by Firepower Holdings Group Ltd, a company with an address in the British Virgin Islands.

Mr Johnston offers little explanation. « I don’t know you. You say you are from The Sydney Morning Herald but I don’t know, » he states, after demanding questions in writing. The questions are never answered. Meetings never take place. Conference calls never eventuate.

The latter offer comes at the end of weeks of trying to get information on the company, weeks that included the following exchange with a company spokesman:

What sort of sales did you have last year in Australia?

« No comment on that. »

What about overseas?

« No comment. »

Is there any reason?

« It is basically the way that it operates. »

How does the company sell its product?

« Again, no comment. We have to leave it at that. I can’t divulge any more … On the website, that’s the information that is released to the public. »

Before another question can be answered, the spokesman hangs up.

Some of the wilder rumours share the features of a John Le Carre novel, taking in organisations such as the former Russian spy agency, the KGB, and the American space agency, NASA.

Take Firepower’s joint venture partner in Russia, who was revealed at the Moscow trade show. He is Grigory Luchansky, a dual Russian-Israeli citizen who was the subject of a Time magazine investigation in 1996.

At the time, Luchansky was the head of a Vienna-based company called Nordex. According to other reports, Nordex was created in 1989 as a source of hard currency for the KGB.

Luchansky has reportedly been the subject of intense scrutiny by Interpol, Britain’s MI6 and Israeli law enforcement. He has at times been banned from entering Canada and once was denied entry to Britain and the US.

Apart from spending some years in a gulag early in his life, he has never been prosecuted. He rejects the charges made by Time. Luchansky successfully sued The Times when it later reported that the CIA had described Nordex as an organisation associated with Russian criminal activity.

He was photographed at a White House fund-raising dinner with then-president Bill Clinton in October 1993, but the claims did not stop. The Times repeated allegations that Nordex may have been involved in the smuggling of nuclear material.

The newspaper also accused Luchansky of being linked to one of the world’s biggest money-laundering investigations – an alleged plot to launder $US7 billion in Russian organised crime proceeds through the Bank of New York.

Luchansky has repeatedly denied all of the accusations levelled against him, and the Herald is not suggesting he or anyone involved in Firepower is guilty of committing any offence.

In refusing an appeal by The Times, the English courts held that the newspaper had no prospect of proving the laundering claim, and that it did not attempt to prove the other accusations.

The shadowy threat of Russian organised crime raised its head in relation to Tim Johnston last year when he allegedly received death threats after Firepower signed a multimillion deal with the country’s largest coal producer, Kuzbassrazrezugol.

The Australian embassy in Moscow took the threat so seriously it organised four bodyguards from Russia’s special forces unit to accompany Mr Johnston during the trade show. The bodyguards were paid by Firepower, an Austrade spokesman said.

« The threat came from Kuzbass, in Siberia, where we reduced fuel consumption [at Kuzbassrazrezugol] by 40 per cent, » Mr Johnston told the Herald at the time.

« We’ve been selling a lot there, and the people who had been supplying [the mining company] with diesel fuel weren’t happy. I didn’t get a Christmas card. They said: ‘Tim Johnston, you keep out of Russia, or else’. »

The link between Luchansky and Firepower appears to have been known to Austrade. And it seems clear Austrade has been an integral part of Mr Johnston’s recent success.

Deals cut in Russia, Kazakhstan, Malaysia and Romania with the help of Austrade have allowed his company to be portrayed as a multimillion-dollar exporter of fuel technology.

Those deals helped Mr Johnston parlay his small business of the late 1990s into a player on the international scene, with offices in Australia, Germany, Romania and Russia.

What also seems certain is that Austrade did not check whether all the companies that attended its trade missions or sponsored its trade fairs, according to the names that appeared in press releases, were registered in Australia.

« It concerns me, » said an Austrade spokesman when the Herald produced the evidence that some were not.

« The Firepower Group is not a company, as you quite clearly [point out] … They exist as an Australian business, they don’t exist as a registered company. »

He added: « We are not assisting the company that is registered in the Virgin Islands. What we are assisting is an Australian business that operates out of Perth, which is public knowledge and which is on the internet. »

One of the deals set up through Austrade was to have a Firepower product – a machine that cleans fuel systems – manufactured in Romania under an arrangement with a British arms dealer, BAE Systems.

The Herald understands that BAE Systems assisted in the manufacture of the machines to satisfy what is known as an « offset agreement » with the Romanian Government. Offset agreements are common practice in large international arms deals. They require a supplier to direct some benefits – usually work or technology – back to the purchaser as a condition of the sale.

While the Herald does not suggest that the deal involving Firepower’s products was anything other than a normal business transaction, allegations concerning some of BAE Systems’ dealings in Romania and four other countries are being investigated by the Serious Fraud Office in Britain. The company did not respond to a Herald request for comment.

One of the people pictured in Pakistan with John Howard in November 2005 is Don Klick, who was described in the photo caption as Firepower’s president for international business. Mr Klick also represented the apparently non-existent Firepower International Pty Ltd during the Austrade mission to Malaysia.

The Herald understands Mr Klick is an American Vietnam War veteran who once worked with the giant US military contractor Dyncorp.

Other people associated with Firepower include Mr Hill, a former police minister in the former West Australian Labor government of Brian Burke. Until February this year he was the only other director, with Mr Johnston, of Firepower Operations Pty Ltd, the company listed in the phone book.

The Herald understands Mr Hill was recruited to help get the company a listing on the Alternative Investment Market in London, which is part of the London Stock Exchange. It was something Mr Johnston boasted to The Bulletin would happen in October. The listing has yet to go ahead.

Mr Hill declined to comment on his directorship with Firepower other than to say he was no longer involved with the company. Nor would he comment on an action being taken in the West Australian Supreme Court by the wife of another former Firepower executive, Trevor Nairn.

Lawyers representing Rhonda Nairn and Mr Hill first appeared in court in October, where it was alleged that the value of 12.5 million shares in the company held by Mrs Nairn was lost as part of the restructuring of the Firepower group of companies in 2004 and 2005. The action is believed to have since been settled after shares were issued in the Virgin Islands holding company.

Mr Nairn, who also declined to comment on the case or on his involvement in Firepower, is a Perth accountant.

Mr Nairn and Mr Johnston were directors of a number of companies that preceded Firepower, such as TLC Engine Care System Pty Ltd and TPS Group Pty Ltd. These companies were registered in 2000 and 1999 respectively.

They were small companies. And back then, according to those familiar with the businesses, Mr Johnston was living in a rented house in Perth – just another struggling small businessman with a good idea.

Today, he lists his residence as a $9 million mansion in Perth, bought in April last year by the property tycoon Warren Anderson. Mr Anderson’s involvement, if any, with Firepower is unclear. A spokesman said Mr Anderson preferred not speak to the media.


Fiscalité française: Plus injuste que moi, tu meurs ! (France: Welcome to the Robin Hood in reverse state !)

4 avril, 2013
http://25.media.tumblr.com/818d225f26d5a5062303d5e2bc246ce5/tumblr_mk1fq1wWZS1rqokrzo1_1280.gifLa France a beaucoup bénéficié des réformes des années 80 faites au nom de l’Europe, mais personne ne les a assumées. Imaginez-vous Ronald Reagan ou Margaret Thatcher refuser d’endosser les bénéfices de leur politique ? La classe politique française, elle, a peur de dire ce qu’elle fait. Mais, encore une fois, si la France s’est beaucoup enrichie depuis trente ans, contrairement à ce que l’on croit, la redistribution sous forme d’emplois n’a pas eu lieu. Savez-vous que les personnes âgées de plus de 59 ans, âge moyen de la retraite, consomment 70 % des dépenses sociales, y compris les soins de santé ? Au Canada, les gens de plus de 65 ans consomment seulement 50 % des dépenses sociales. Pourquoi ne pas remettre en cause cette situation atypique ? Parce que les retraités votent et pèsent d’un poids déterminant. Les jeunes eux-mêmes défendent ce système, car ils espèrent en bénéficier, ce qui ne sera pas le cas : le système est devenu intenable. Timothy Smith
Trop de gens présentent un faux choix au peuple français: la réforme nous mènera, forcément, vers une société plus inégale. Ce genre d’arguments profite en réalité aux insiders, ceux qui ont un bon emploi aujourd’hui et qui craignent le changement. A mon avis, la forme principale d’inégalité, c’est le chômage de masse, et, sans un processus de réforme, la France restera un pays inégalitaire, en crise permanente. Timothy Smith
Il existe en France un mécanisme beaucoup plus injuste (…)  le système dit de « quotient familial » de l’impôt sur le revenu. (…) Cette redistribution à l’envers atténue le caractère déjà peu progressif du système fiscal français. Au total, la perte de recettes pour le budget de l’État est estimée entre 10 et 13 milliards par an. (…) Comment donner une explication à une telle injustice ? L’argument des défenseurs du quotient est simple : ce mécanisme sert à assurer l’égalité de traitement entre familles de niveau de vie semblable avec et sans enfant. Rien d’autre. L’article 13 de la Déclaration des droits de l’homme stipule en effet que la « contribution commune » doit être « également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés ». Que l’on comprenne bien ce que sous-entend un tel raisonnement : si l’égalité de traitement est assurée par le quotient en proportion des revenus, cela veut dire, que la capacité contributive des ménages est réduite à la venue de chaque enfant, proportionnellement au revenu des parents. Un enfant de riches entraîne plus de dépenses qu’un enfant de pauvres. C’est la seule justification valable du quotient familial. Dans la pratique, les défenseurs du quotient familial ont raison : le loyer d’un studio dans le 7e arrondissement de Paris est plus élevé que celui d’une chambre en cité universitaire. Un enfant de riche coûte effectivement plus cher à ses parents, en études, en loyers, en vacances, en activités diverses, etc…, qu’un enfant de pauvre. Doit-on, au nom de l’égalité entre familles de même niveau de vie donner plus aux riches qu’aux pauvres ? La République n’a pas à reconnaître cette réalité : tous les enfants sont égaux à ses yeux. En Europe, seule la France raisonne de cette façon. C’est donc d’un montant fixe que doivent être réajustées les facultés contributives, considérant que chaque enfant coûte autant, même si c’est faux dans la réalité. Louis Maurin

Attention: une injustice peut en cacher une autre!

A l’heure, où crise et explosion des déficits obligent, les Socialistes actuellement au pouvoir se décident enfin entre deux attrape-gogos à la mariage pour tous à évoquer les réformes qu’ils avaient tant combattues dans l’opposition …

Tout en s’obstinant à imposer à une infime fraction des plus riches, sans parler d’une législation toujours plus tatillonne, des taux d’impôt confiscatoires qui tendent à pousser au crime (jusqu’aux plus exotiques paradis fiscaux à présent !) une part de plus en grande (comme en Italie ?) de la population, leurs propres cadres  ou ministres (voire médias « amis » ?) compris …

Retour, avec Louis Maurin, sur la vraie injustice d’un des systèmes fiscaux déjà les moins progressifs du monde

A savoir, au-delà d’un système d’allocations kafkaïen, la véritable redistribution à l’envers du quotient familial …

Qui non seulement coûte un dizaine de milliards à l’Etat chaque année …

Mais réussit l’exploit de redistribuer aux 10% les plus riches… quelque 800 fois plus qu’aux 10% les plus pauvres !

Il faut supprimer le quotient familial

Louis Maurin

Directeur de l’Observatoire des inégalités. Auteur de « Déchiffrer la société française », éditions La découverte, 2009

Inégalités

le 19 mars 2013

Plutôt que réduire les allocations, il faudrait mieux supprimer le système injuste de quotient familial de l’impôt sur le revenu. Le point de vue de Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités.

L’objectif premier de la politique familiale n’est pas de redistribuer entre riches et pauvres mais entre ceux qui n’ont pas d’enfants et ceux qui en ont. La mise sous condition de ressources de l’ensemble des prestations familiales pour une partie des plus aisés – souvent évoquée – est une erreur. Elle conduira, à plus ou moins longue échéance, à la remise en cause de l’ensemble de la protection sociale le jour où les riches et les bien-portants préféreront payer pour leurs enfants plutôt que pour ceux des pauvres et leurs malades. La France souffre aujourd’hui déjà d’un déficit de politiques universelles.

Les allocations familiales, pour une grande part, ne dépendent pas du revenu : il existe en France un mécanisme beaucoup plus injuste, qui aide davantage les familles riches que les familles pauvres ! La véritable injustice fiscale française, réside dans le système dit de « quotient familial » de l’impôt sur le revenu [1]. Celui-ci réduit le montant de l’impôt à payer par les familles en fonction de leur nombre d’enfants et proportionnellement à leurs revenus !

Cette redistribution à l’envers atténue le caractère déjà peu progressif du système fiscal français. Au total, la perte de recettes pour le budget de l’État est estimée entre 10 et 13 milliards par an. Certes, le gouvernement en a réduit légèrement la portée en diminuant de 2 300 à 2 000 euros la baisse maximale d’impôt que permet chaque demi-part à partir des revenus de 2012. Mais la mesure reste prudente : elle ne concerne que 2,5 % des foyers fiscaux, s’applique par exemple à partir de 77 000 euros pour un couple avec deux enfants. Il faut donc aller bien au-delà.

Évidence qu’il faut rappeler, les familles non imposables, la moitié des foyers, ne voient pas la couleur du quotient. Pour les autres, d’après des calculs réalisés par le ministère du budget, l’avantage procuré est en moyenne de 490 euros annuels pour les 10 % des ménages les plus pauvres et de 3 800 euros pour les 10 % les plus riches (ces données ont été calculées avant les mesures prises en 2012). En fait, jusque 1 500 euros de revenus mensuels, le quotient n’apporte aucun avantage, quel que soit le type de famille…

Comment donner une explication à une telle injustice ? L’argument des défenseurs du quotient est simple : ce mécanisme sert à assurer l’égalité de traitement entre familles de niveau de vie semblable avec et sans enfant. Rien d’autre. L’article 13 de la Déclaration des droits de l’homme stipule en effet que la « contribution commune » doit être « également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés ». Que l’on comprenne bien ce que sous-entend un tel raisonnement : si l’égalité de traitement est assurée par le quotient en proportion des revenus, cela veut dire, que la capacité contributive des ménages est réduite à la venue de chaque enfant, proportionnellement au revenu des parents. Un enfant de riches entraîne plus de dépenses qu’un enfant de pauvres. C’est la seule justification valable du quotient familial.

Dans la pratique, les défenseurs du quotient familial ont raison : le loyer d’un studio dans le 7e arrondissement de Paris est plus élevé que celui d’une chambre en cité universitaire. Un enfant de riche coûte effectivement plus cher à ses parents, en études, en loyers, en vacances, en activités diverses, etc…, qu’un enfant de pauvre. Doit-on, au nom de l’égalité entre familles de même niveau de vie donner plus aux riches qu’aux pauvres ? La République n’a pas à reconnaître cette réalité : tous les enfants sont égaux à ses yeux. En Europe, seule la France raisonne de cette façon. C’est donc d’un montant fixe que doivent être réajustées les facultés contributives, considérant que chaque enfant coûte autant, même si c’est faux dans la réalité.

Si l’on admet la nécessité d’une politique familiale, quelles pourraient être les grandes lignes d’une réforme permettant une redistribution plus juste ? Les enjeux de la réforme sont importants, car des familles aisées y perdront quelques milliers d’euros au profit des catégories populaires et moyennes. Il faut donc supprimer progressivement le quotient. Par une mesure simple : l’abaissement graduel sur cinq ou dix ans, du plafond de revenus au-dessous duquel le quotient s’applique. En parallèle, on pourrait augmenter les allocations familiales du montant des recettes fiscales ainsi obtenues. D’un montant égal pour chaque enfant, elles seraient versées dès le premier, et viendraient remplacer toutes les anciennes aides. Au passage, c’est une évolution semblable à la réforme du supplément familial de traitement que perçoivent les fonctionnaires qui devait être mise en place le 1er janvier 2012 [2] et qui a été repoussée. Ce supplément, en grande partie proportionnel au salaire devait être rendu forfaitaire, assurant ainsi une plus grande justice.

Sur les bases actuelles, le montant des nouvelles allocations familiales atteindrait autour de 600 euros par an par enfant selon le ministère du budget lui-même ! Le niveau global des allocations familiales serait doublé, ce qui aurait un effet très net de relance de l’activité, le quotient familial d’aujourd’hui servant surtout à alimenter l’épargne des couches aisées. Une grande majorité des familles des catégories populaires et moyennes y gagneraient. En particulier les jeunes couples des classes moyennes au moment de la venue de leur premier enfant.

La peur des associations familiales, même progressistes, devant un tel chamboulement, est légitime : la manne budgétaire ainsi débloquée servirait-elle vraiment à la politique familiale ? Réticence légitime, par ces temps de restrictions budgétaires… C’est donc un engagement précis que devrait prendre la collectivité, en réaffirmant, à l’occasion, la nécessité d’une solidarité entre ceux qui ont des enfants et ceux qui n’en ont pas. Au-delà du « coût » de l’enfant, bien réel, le « petit d’homme » est une trop grande richesse pour que la collectivité ne le favorise pas un peu.

(Cet article est une version actualisée d’un point de vue publié par Le Monde, le 1 juillet… 1997.)

[1] Confondu malheureusement par beaucoup avec le système de quotient utilisé notamment par les collectivités locales pour certains services (activités de loisir, cantines, etc.) pour tenir compte des revenus des familles

[2] http://www.fonction-publique.gouv.fr/fonction-publique-370

Voir aussi:

Allocations en France : un système kafkaïen

Pour qui veut bénéficier des allocations auquel il a droit, un véritable parcours du combattant kafkaïen.

Francis Richard.

Contrepoints

02/04/2013

France, un État providence si généreux et complexe qu’il faut des guides pour bénéficier de tout

En France l’État nounou s’occupe des Français, de la naissance jusqu’à la mort. Ils sont pour lui de bons et loyaux petits esclaves, à condition d’être pauvres, c’est-à-dire, dans la plupart des cas, de gagner moins de 46 014 € par an (année de référence 2011) pour un couple avec 1 enfant, soit 3 834,50 € par mois…

Le Particulier qui, comme son sous-titre l’indique, donne « toute l’information juridique et pratique pour agir », publie un supplément en mars 2013, qui est un guide sur les Aides et allocations. Il ne tient évidemment pas compte de l’intervention télévisée du 28 mars dernier de François II, président normal, qui a annoncé que les allocations familiales seraient bientôt dégressives en fonction du revenu.

Dans son édito, la rédactrice en chef, Bénédicte Dubreuil écrit : « On se croit souvent bien renseigné sur les diverses prestations existantes, or il n’en est rien. Un rapport du Comité national d’évaluation du revenu de solidarité active (RSA), paru en décembre 2011, est ainsi arrivé à cette conclusion inattendue : des bénéficiaires potentiels d’aides ignorent qu’ils y ont droit ou abandonnent les démarches face aux lourdeurs de l’administration ! »

On ne sait pas s’il faut le regretter ou non. Si tous les ayants-droits de l’État nounou connaissaient leurs « droits », le modèle social français, déjà en faillite implicite, serait précipité plus vite dans la faillite explicite. Ce qui aurait au moins l’avantage d’ouvrir les yeux des Français qui refusent de voir la réalité en face, à commencer par le 1er d’entre eux, Monsieur 75% (75% ne représentant pas la taxation des hauts revenus, mais bientôt le pourcentage des mécontents).

À lire ce guide de 122 pages, il y a de quoi être confondu par le nombre des aides et allocations personnelles et la complexité des conditions d’obtention. C’est véritablement kafkaïen que de vouloir en bénéficier. Cela demande à la fois temps et persévérance. C’est quasi un métier.

Dans cet article limitons-nous aux enfants et au logement qui dépendent de la branche famille de la sécurité sociale et qui représentent les 70 premières pages du guide du Particulier.

Pour élever ses enfants, il n’y a pas moins de 11 aides et allocations :

Prime à la naissance ou à l’adoption : 912,12 € (elle est double si vous adoptez et elle est sous condition de ressources, les fameux 46 014 € annuels pour un couple avec 1 enfant)

Allocation de base : 182,43 € par mois pendant 3 ans (sous condition de ressources, voir allocation précédente)

Complément de libre choix du mode de garde pour les enfants de moins de 6 ans (CLCG) : montants variables (dégressifs en fonction du revenu et fonction de la garde choisie)

Complément de libre choix d’activité (CLCA) : au maximum 566,01 € par mois (sans condition de ressources, mais fonction de la cessation ou du taux de réduction de l’activité et dépendant de la perception ou non de l’allocation de base)

(Ces quatre premières allocations constituent la Paje : Prestation d’accueil du jeune enfant)

Complément optionnel de libre choix d’activité (COLCA) : au maximum 809,42 € (si au moins 2 enfants à charge, en cas de cessation d’activité pendant 1 an à l’arrivée d’un nouvel enfant, dépendant de la perception ou non de l’allocation de base)

Allocations familiales (AF) : à partir de 2 enfants de moins de 20 ans (sans condition de ressources jusqu’ici, fonction de l’âge des enfants et de leur nombre)

Complément familial (CF) : à partir de 3 enfants de plus de 3 ans (sous condition de ressources, voir prime à la naissance)

Allocation de soutien familial (ASF) : à partir de 89,34 € par mois et par enfant pour le parent ou la personne qui assume seul la charge effective et permanente d’1 enfant privé de l’aide de l’un ou de ses deux parents (sans condition de ressources)

Allocation journalière de présence parentale (AJPP) : 42,20 € par jour pour un couple, 50,14 € pour une personne seule pour un enfant gravement malade (sans condition de ressources, mais sous condition de ressources en cas de complément pour frais)

Allocation de rentrée scolaire (ARS) : 876,52 € pour les enfants de 6 à 18 ans (sous condition de ressources, différente de celle de la prime de naissance)

Allocation d’éducation de l’enfant handicapé (AEEH) : 127,68 € par mois et par enfant handicapé de moins de 20 ans (sans condition de ressources, mais compléments possibles)

Ce qui est réjouissant pour le chasseur d’allocations, c’est qu’elles ne sont pas toutes cumulables… Pour le savoir il faut se référer à un tableau complexe, à double entrée.

En matière de logement il y a 3 aides et allocations:

Aide personnalisée au logement (APL) : pour alléger le loyer ou les échéances de remboursement (dépendante de la famille, des ressources et de la localisation du logement)

Allocation de logement familiale (ALF) : pour ceux qui n’ont pas « droit à » l’APL (sous condition de ressources, mais pour tout type de logement)

Allocation de logement sociale : pour ceux qui n’ont pas « droit à » l’APL, ni à l’ALF (sous condition de ressources et pour la seule résidence principale)

Ces 14 aides et allocations qui relèvent de la branche famille de la sécurité sociale française montrent que celle-ci n’a rien à voir avec un système d’assurances, mais tout à voir avec un système bureaucratique de redistribution… En 2011, il y avait 11,4 millions d’allocataires de la branche famille et 38,8 milliards d’euros de prestations leur ont été versés, soit près de 2% du PIB… La Paje représente 37% de ce gâteau, les AF 48%, le logement 12% et les enfants handicapés 2%.

Le solde de cette branche de la sécurité sociale, qui correspond à 17% des dépenses du régime général, est négatif, comme les autres : – 0,3 milliard en 2008, – 1,9 en 2009, – 2,7 en 2010 et -2,6 en 2011. Les recettes proviennent à 65,3% des cotisations – les salariés seront heureux d’apprendre, s’ils ne le savent pas, que 5,4% de leur salaire brut sont soustraits de leur salaire complet (salaire brut + charges dites employeur) à cette fin –, à 17,8% de la CSG (qui représente aussi 35,6% des recettes de la branche maladie) et à 14,9% d’impôts et taxes (sic). Autant dire que les chiffres des différentes branches de la sécurité sociale française sont manipulables indéfiniment, mais que le résultat est globalement négatif : -17,4 milliards d’euros en 2011…

Cet aperçu de la caisse unique de sécurité sociale française via sa branche famille montre que ce système est compliqué, qu’il est égalisateur par le bas, qu’il consacre la solidarité forcée (c’est-à-dire le vol), qu’il est inefficace et qu’il est ruineux. Avis aux amateurs et partisans en Suisse de la caisse unique…

Voir également:

Fonction publique | Liberticides & Co | Politique

Le pays aux 400 000 normes où la responsabilité est la moins partagée

Contrepoints

29/03/2013

Les normes qui s’accumulent, qui sont autant d’obstacles sur le chemin de la liberté et de la prospérité, ne remplaceront jamais le bon sens.

Baptiste Créteur.

Les normes et règlements sont, avec le chômage, un des seuls domaines en croissance en ces temps difficiles. Proximité avec le pouvoir oblige, ce sont les élus qui auront le privilège de s’attaquer en premier lieu à ce monticule informe et indigeste. Deux élus locaux, Alain Lambert et Jean-Claude Boulard, ont remis à Jean-Marc Ayrault un rapport sur « la lutte contre l’inflation normative » qui devrait être suivi de décisions annoncées en comité interministériel pour la modernisation de l’action publique le 2 avril.

Le témoignage de Michel Thérond, maire d’Albaret-Sainte-Marie permet de prendre la mesure des normes auxquelles sont confrontées les collectivités territoriales. De l’obligation d’agents communaux spécialement formés pour changer une ampoule à des dispositifs destinés à des handicapés absents du village en passant par une règle l’empêchant d’ouvrir un établissement susceptible d’accueillir les personnes âgées de sa commune, le récit de son quotidien permet de prendre l’ampleur de l’enchevêtrement de textes auquel il est confronté. Y sont aussi confrontés les commerçants du village, mais pas seulement.

La complexité des normes, qui contraint les maires à être régulièrement en infraction faute de pouvoir se payer les services de spécialistes, est vécue par une grande partie des Français et a des conséquences sur tous. Le code du travail se complexifie et fait de chaque embauche un pari risqué ; la fiscalité est assez subtile pour permettre le développement de professions spécialisées dans la conformité et le contournement de la réglementation ; le droit français, par exemple en matière de laïcité et de service public, offre à deux cours la possibilité de rendre des jugements opposés. En plus d’être imprévisibles, les évolutions réglementaires vont systématiquement dans le sens d’une complexité accrue.

Cette intervention de l’État dans tous les domaines de la vie des citoyens, du berceau à la tombe, relève d’une logique constructiviste, selon laquelle les comportements doivent être décidés par la loi. Leur ridicule saute aux yeux dans les petites communes, où doivent être prévues des configurations jamais rencontrées et aux probabilités proches d’une sortie rapide et prochaine de crise, mais leur illégitimité est plus rarement évoquée.

C’est pourtant la question fondamentale qui devrait précéder toute intervention étatique. Est-ce réellement à l’État de définir ce que peut et ne peut pas contenir un contrat de travail auquel employeur et salarié consentiront librement ? Est-ce réellement à l’État de définir qui peut se marier, avec qui, et à quelle fin ? Est-ce réellement à l’État de décider s’il est possible ou non de fumer dans un lieu donné ?

En soumettant les citoyens à un nombre croissant de règles, l’État leur ôte le sentiment qu’ils ont une quelconque part de responsabilité dans les décisions qu’ils prennent. Alors même qu’il s’endette depuis 40 ans sans être capable de dégager un excédent budgétaire ne serait-ce qu’une fois sur la période – i.e. sans même se demander s’il a une quelconque capacité de remboursement – l’État impose aux organismes de crédit d’ajouter certaines mentions qui semblent pourtant relever du bon sens indiquant aux souscripteurs qu’un crédit les engage et doit être remboursé, et sauve quand même de la situation dans laquelle ils se sont jetés comme des grands ceux qui n’auraient pas pris les précautions nécessaires et seraient surendettés. Il est vrai que les parlementaires qui votent le budget ne s’engagent pas personnellement et n’engagent que les citoyens français ; c’est sans doute pour cela qu’ils ont souhaité tendre la main à aussi irresponsable qu’eux.

Devant une telle avalanche, les maires ruraux se sentent souvent bien seuls… «Les services d’un ­avocat sont souvent prohibitifs pour de petites communes, souligne Me Jean-Louis Thiériot, spécialisé dans les petites collectivités lo­cales, lui-même maire de Beauvoir (200 habitants), en Seine-et-Marne. Résultat : elles font l’impasse sur cette dépense et sont souvent condamnées… Je connais pas mal de maires qui n’en peuvent plus et ne se représenteront pas en 2014. Le grand principe à réinventer, c’est le bon sens.»

Le bon sens semble toujours présent chez ceux qui dénoncent cette avalanche de normes – qui s’ajoute à une avalanche de taxes – déclenchée par un État-nounou qui nourrit les recueils de loi en même temps qu’il cherche à nourrir les citoyens – avec le succès qu’on sait. Mais il est à craindre que les citoyens aient aujourd’hui perdu bon sens et sens des responsabilités, habitués qu’ils sont à être tenus par la main. Comment expliquer sinon qu’ils votent encore pour des candidats ne faisant pas de la dépense publique leur unique thème de campagne ?

Voir enfin:

Édito

L’égalitarisme sexuel ultime est en marche

1/04/2013

Je l’avais déjà noté précédemment, mais décidément, le sexe travaille nos élites. Bien sûr, la question du mariage homosexuel bondit immédiatement à l’esprit. Mais ce n’est, en réalité, que l’élément le plus visible d’une série de principes philosophiques que l' »élite » au pouvoir entend clairement imposer à tous, comme l’actualité nous le rappelle.

L’un de ces principes est que, par exemple, l’accès au sexe doit être égal pour tous et toutes. Ce n’est pas encore un droit de l’Homme, pardon un droit de la Femme et de l’Homme, mais il semble évident qu’à partir du moment où certains souffrent de ne pouvoir, justement, y avoir accès, le socialisme appliqué et nos gouvernants vont tout faire pour corriger cet enquiquinant empêchement.

Comme d’habitude, il s’agira dans un premier temps de présenter tout ceci comme une nécessité pour une population défavorisée. L’intérêt de cet angle est que toute personne qui trouverait ça grotesque, inapproprié, choquant ou que sais-je sera placé dans les rétrogrades, les réactionnaires ou les conservateurs (mélanges possibles, proportions au choix). Et cela permet aussi d’utiliser les problèmes, les souffrances ou les pulsions de certains afin de faire avancer l’agenda égalitariste. En plus, c’est assez simple : pour faire pleurer dans les chaumières, on peut toujours dégoter une veuve, une orpheline, ou un paralytique. Bingo, ce sera un paralytique !

Et voilà le Conseil Général de l’Essonne qui tente donc, à pas de loup, histoire de ne pas effaroucher la ménagère, de lancer le débat sur les assistants sexuels. En substance, le conseil tente d’engager une réflexion « sur la vie affective et sexuelle des personnes en situation de handicap » avec à la clef la création d’un statut « d’assistant sexuel ».

Bien sûr, l’idée même qu’une forme subtile de prostitution d’État soit mise en place a déclenché quelques remous. C’est dommage, il y aurait certainement plein de choses à dire à ce sujet (et pas seulement, comme je le proposais déjà en 2006, en créant une Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations Sexuelles et pour l’Égalité des Chances Sexuelles). Et bien sûr, on comprend que cette tentative du Conseil Général n’est pas vaine même si l’idée est repoussée : elle est maintenant plantée dans l’esprit des Français et relayée, régulièrement, petit-à-petit, par des médias avides d’idées nouvelles. Un jour, elle sera acceptée.

Aurélie Filippetti CCCPUn autre principe en cours d’installation dans la société française est celui de la parité dans toutes les strates de la société : dans les entreprises, dans les administrations, aux élections, bref, partout. Dernier avatar en date des velléités d’une représentation parfaite des hommes et des femmes absolument partout, les déclarations de la Ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, laissent peu de place à toute interprétation un peu indulgente : oui, on va absolument tout faire pour que les hommes et les femmes soient représentés avec une égalité mesurée par interférométrie-laser s’il le faut. Ça va être carré de chez carré. Pas un texte, pas une couette, pas un pantalon, pas un zizi qui dépasse. Même dans les arts !

Là encore, la manœuvre est tellement grosse que même les journaux délicieusement à gauche s’interrogent sur le bien-fondé de la démarche : à quand la parité dans les chœurs, chez les ténors et les basses, par exemple ? Non ?

On regrette que la réaction ait été plus molle concernant les dernières sorties de l’inénarrable Najat Vallaud-Belkacem, maintenant abonnée à mes chroniques tant elle s’obstine compulsivement à vouloir raboter ces kikis qui la narguent ouvertement. Mais à la quasi-folie de la porte-parlote du gouvernement répond en réalité l’aliénation mentale déjà bien installée de certaine administration qui a trouvé, dans sa ministre de tutelle, une alliée de choix pour une invraisemblable bataille.

Je voudrais exagérer que je n’y arriverais pas : on est bien, ici, dans des cas pathologiques graves, tant le bon sens semble avoir fui des pages de ce rapport, par exemple, qui entend montrer que les crèches sont des lieux abominables de discrimination sexuelle. Tout comme le relate, avec le calme froid d’un journalisme au sens critique livré en dose homéopathique, l’article de Libération, on y parle ainsi de la « dictature du rose » et de la nécessité d' »agir dès le plus jeune âge pour éviter un gâchis de talent et d’inventivité » ; mais zut de zut, avant la maternelle, « 63% des enfants « échappent » à l’influence d’une action publique ». Comme c’est dommage : une part encore énorme de la socialisation des bambins ne dépend pas des fous dangereux qui ont pondu ces monstruosités sponsorisées par un contribuable décidément trop généreux de son argent.

Au passage, il est troublant de comprendre que les parents qui, devant de telles âneries corrosives, choisiront de ne surtout pas inscrire leurs moutards dans les usines à dégenrer dès le plus jeune âge, seront ceux qui en auront les moyens financiers. Autrement dit : les classes populaires vont encore une fois trinquer pour les essais psychologiques et sociétaux de ces furieux baltringues. Encore une fois, comme l’a d’ailleurs souligné Drieu Godefridi dans son dernier livre, les fumeuses théories du genre constituent l’une des voies royales pour la destruction lente et voulue du droit.

égalité de genre

En fait, tout comme une taxation, d’entrée de jeu, de plus 50% de votre travail pour asseoir le bien-être d’une minorité de la population et tout comme une avalanche d’impôts, du jour au lendemain, provoqueraient une révolution, tenter de passer en force dans la société en essayant d’introduire l’égalitarisme sexuel ultime, le dégenrage enragé ou une parité totalitaire et à tous les étages ne marcherait pas.

En revanche, en procédant par petites touches successives, un coup-ci, un coup-là, on est passé d’un pays dans lequel on retenait, bon an mal an, un petit quart des salaires français pour faire marcher ses institutions et sa redistribution sociale à un État obèse qui ponctionne plus de la moitié de tous les revenus, taxe à tous les étages et ne distribue plus avec efficacité que la misère et le chômage. Pour l’égalitarisme ultime, celui qui permettra de gommer enfin la différence entre les hommes et les femmes, entre les Blancs et les Noirs, entre les petits et les grands, entre les intelligents et les imbéciles, entre les doués et les maladroits, il faudra donc procéder de la même façon : par petites touches successives et déterminées.

La cavalerie égalitariste est en marche. Qu’elle avance sans bruit n’enlève rien à son pouvoir de destruction.


Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 315 autres abonnés

%d blogueurs aiment cette page :