Albertin-Cahuzac: Le secret bancaire suisse verra-t-il ses 80 printemps ? (As by one single French socialist deputy Swiss bank secrecy entered into the world …)

5 mai, 2013
http://biblepic.com/55/28060.jpgCe projet a causé la désertion de 80 à 100 000 personnes de toutes conditions, qui ont emporté avec elles plus de trente millions de livres ; la mise à mal de nos arts et de nos manufactures. (…) Sire, la conversion des cœurs n’appartient qu’à Dieu … Vauban (1689)
Si vous voyez un banquier suisse sauter d’une fenêtre, sautez derrière lui, il y a sûrement de l’argent à gagner. Voltaire
Neutres dans les grandes révolutions des Etats qui les environnaient, les Suisses s’enrichirent des malheurs d’autrui et fondèrent une banque sur les calamités humaines. Chateaubriand
Qu’ils s’en aillent! Car nous sommes en France et non en Allemagne!” … Notre République est menacée d’une invasion de protestants car on choisit volontiers des ministres parmi eux., … qui défrancise le pays et risque de le transformer en une grande Suisse, qui, avant dix ans, serait morte d’hypocrisie et d’ennui. Zola (1881)
Dès que nous avons connu l’étendue du déficit, dès que nous avons vu que nous serions dans l’obligation de demander des sacrifices à toutes les catégories de la nation… nous avons pensé qu’il faudrait obtenir la répression de la fraude fiscale. Louis Germain-Martin (ministre des Finances)
Le peuple ne comprendrait pas que l’on n’épargnât qui que ce fût au moment où, en effet, il va falloir demander des sacrifices aux uns et aux autres. Edouard Herriot
Il y a des fraudeurs parce que les taxes sont trop lourdes. Charles Maurras
Monsieur Albertin’s modern-day counterpart is Gerard Ryle, an Irish-Australian journalist whose International Consortium of Investigative Journalists has been flogging information from a purloined hard-drive containing details of the mostly Caribbean accounts of 130,000 depositors from 170 countries. Among Mr. Ryle’s collaborators is the Guardian newspaper, last seen decrying invasions of privacy in Britain’s phone hacking scandal. Another collaborator is the Washington Post, which insisted on Sunday: « Among the 4,000 U.S. individuals listed in the records, at least 30 are American citizens accused in lawsuits or criminal cases of fraud, money laundering or other serious financial misconduct. » That’s a ratio of 0.75%. One wonders what percentage of account holders in domestic banks would have to be accused of something in a lawsuit to justify all account holders having their records ransacked by the media. Holman W. Jenkins Jr.
C’est la grande différence avec les États-Unis, où, au contraire, on parle beaucoup d’argent et où il n’est pas inhabituel qu’on vous demande dans la conversation combien vous gagnez. (…) Il y a trois raisons principales. La première tient à la culture paysanne. À une, deux, ou trois générations, nous sommes tous issus du monde paysan, où l’argent n’était pas à la banque, mais restait caché à la maison. On ne devait pas en parler, pour ne pas se le faire voler et ne pas attiser les convoitises. La seconde raison est la prégnance de la culture catholique, dans laquelle l’Église doit être tournée vers les pauvres. L’argent et la richesse ne doivent en aucun cas être la préoccupation première. Et puis, il existe une empreinte du marxisme sur toute une frange de la population de gauche. Il est resté, dans l’esprit des gens, l’idée que le profit, « ce n’est pas bien ». (…) Aux États-Unis, par exemple, il y a une obsession de l’argent beaucoup plus forte que chez nous, dans la mesure où les Américains doivent se préoccuper en permanence d’en trouver, non seulement pour vivre, mais aussi pour se soigner ou pour assurer les études de leurs enfants. Toutes choses qui sont accessibles gratuitement chez nous. (…) L’hypothèse qu’on peut devenir riche en travaillant beaucoup est rarement avancée. Janine Mossuz-Lavau
Quand il monte à la tribune de l’Assemblée nationale, ce 10 novembre 1932, le député socialiste Fabien Albertin ne sait pas qu’il va devenir l’un des maillons de la longue chaîne qui fera de la Suisse l’un des principaux paradis bancaires et fiscaux du monde. Son intervention, qui dénonce les bénéficiaires d’un vaste réseau d’évasion fiscale organisé par une banque helvétique, va en effet contribuer à la rédaction d’une nouvelle loi bancaire suisse, en 1934. Une loi qui donnera naissance à l’un des instruments essentiels à l’évasion fiscale et à la circulation de l’argent sale dans le monde: le secret bancaire. L’affaire commence à 16 h 10, le 26 octobre 1932 … Alternatives économiques
En révoquant (l’Edit de Nantes) en 1685, Louis XIV a provoqué la fuite de nombreux huguenots français (près de 300.000), affaiblissant ainsi l’économie française au profit de pays protestants qui les ont accueillis comme l’Angleterre, l’Allemagne, les Pays-Bas et bien évidemment la Suisse, pays neutre depuis 1516 suite à la défaite des troupes de la Confédération helvétique lors de la bataille de Marignan. Quasiment dès leur arrivée, les huguenots français exilés ont donné à nouvel élan à Genève en acceptant de financer la monarchie française malgré les persécutions qu’ils avaient subies. Ce comportement quasi schizophrène s’explique par une réciprocité d’intérêts, apparemment contradictoires. D’une part, la monarchie française avait un besoin insatiable de financement, alors même qu’elle venait de perdre une part importante de ses richesses en raison la fuite des huguenots. D’autre part, ces mêmes huguenots ne pouvaient rêver de placement plus sûr que la monarchie française aux capacités d’emprunt et de remboursement quasiment illimitées. Sébastien Vannerot
Il est à remarquer que c’est l’espionnage intensif exercé sur les avoirs juifs qui a forcé la Suisse, en 1934, à définir plus rigoureusement le secret bancaire […] et à rendre toute violation passible de sanctions pénales, et ce afin de protéger les persécutés. Sans exagérer, on peut affirmer que la détermination avec laquelle le secret bancaire a été défendu a sauvé la vie et la fortune de milliers de personnes. Bulletin du crédit suisse
À l’époque, le régime nazi avait décrété que tout citoyen allemand en possession d’avoirs financiers à l’étranger devait les déclarer. S’ils ne le faisaient pas, ils étaient passibles de la peine de mort. Les banquiers suisses seraient-ils de Bons Samaritains, ayant voté le secret bancaire pour protéger les juifs persécutés ? Pas si sûr, puisqu’ils ont utilisé ce même secret bancaire pour justifier la réticence qu’ils avaient à restituer aux survivants de l’Holocauste et à leurs héritiers les avoirs qu’ils détenaient dans leurs coffres depuis la guerre … Cyril Bernard
La Suisse est prête à avancer s’il y a un standard global ; si ce standard est appliqué par tous les pays, surtout les grands centres financiers internationaux comme Londres, New York, Dubaï ou Singapour et les centres offshore anglo-saxons (Jersey, Guernesey, îles Vierges britanniques… NDLR); et enfin si les bénéficiaires des trusts et autres véhicules financiers sont identifiés. (Mais) Nous n’avançons aucune date. Mario Tuor (porte-parole du secrétariat d’État suisse aux questions financières internationales)

De même que par un seul député socialiste français, le secret bancaire suisse est entré dans le monde …

Alors qu’avec l’Affaire du député et ministre socialiste Jérome Cahuzac un secret bancaire suisse déjà bien mal en point suite aux pressions du fisc américain pourrait bien ne pas voir ses 80 printemps

Comment ne pas repenser à ses origines il y a à peine 79 ans lorsque le député socialiste Fabien Albertin brandissait du haut de la tribune une liste de noms de sénateurs, anciens ministres, généraux, magistrats ou évêques ?

Et ce même si, de la révocation de l’Édit de Nantes à la Révolution française ou du Congrès de Vienne à la première guerre mondiale ou de la crise de 1929 à la Grande Dépression, il en a vu bien d’autres et remonte à bien plus loin …

Lui qui de la haine si française de l’argent de la fille aînée de l’Eglise, fit de si nombreux petits et n’hésita pas, suite à la 2e guerre mondiale, à revendiquer la protection des avoirs juifs… des mains mêmes de leurs survivants !

Banquiers suisses : un secret pas si bien gardé

Cyril Berard

Europa

02.05.2011

Le secret bancaire fait partie des «mythes» suisses présents dans l’inconscient collectif. Au début du XXe siècle, il donne naissance et inspiration aux paradis fiscaux. Un secret controversé, que le pays défend corps et âme, même s’il a fallu inventer une légende pour s’en légitimer.

Si vous voyez un banquier suisse sauter d’une fenêtre, sautez derrière lui, il y a sûrement de l’argent à gagner.» Voilà toute l’estime qu’avait Voltaire pour les banquiers suisses du temps de la Révolution française. Déjà, en cette fin de XVIIIe, les banquiers suisses offraient la possibilité aux aristocrates français d’effectuer des transactions confidentielles.

Ce n’est qu’un siècle plus tard que les comptes anonymes sont mis en place en Suisse. Un secret bancaire qui se base sur le devoir de discrétion entre contractants, couvert par le droit des obligations, et la protection de la sphère privée, couverte par le droit civil.Après la Première Guerre mondiale, l’économie européenne devient instable. Les impôts augmentent dans les grands pays européens et les contrôles de mouvement de capitaux s’intensifient. C’est dans ce contexte que la Suisse, pays stable et neutre, va devenir le refuge des grands capitaux français, allemands, italiens et autrichiens.

Consciente de sa position stratégique, la Suisse va alors opérer une stratégie de séduction pour attirer à elle les grands capitaux européens, et se spécialiser dans le «sauvetage» de capitaux en quête de refuge fiscal. Alain Vernay, journaliste au Figaro et auteur d’un ouvrage sur les paradis fiscaux, ironise de cette situation et compare les banquiers suisses à la Croix-Rouge : «La Suisse est l’infirmerie de l’argent malade : il vient y trouver les soins et le repos qui hâteront sa convalescence avant un nouveau départ»1.

Fraudeurs

Le secret bancaire est alors garanti par le droit civil, c’est-à-dire que les banquiers suisses devaient être discrets quant aux informations qu’ils possédaient sur leurs clients, car sur plainte de la partie lésée, ils pouvaient être poursuivis civilement, et contraints à payer des dommages et intérêts. Plusieurs affaires, au début des années 1930, vont faire prendre conscience à la Suisse du danger qu’elle encourt à ne pas bien protéger ses clients.

En 1932, le commissaire français Barthelet, sur bénéfice d’une dénonciation, démantèle un vaste réseau d’évasion fiscale. 2 000 noms sont mis à nu : ceux des fraudeurs français qui ouvrent des comptes en Suisse pour ne pas payer la taxe de 20% sur les revenus des placements à l’étranger. Et comme les comptes sont généralement ouverts de manière jointe, avec les noms de femmes et enfants, cela permet également d’échapper à l’impôt sur les successions. Le député socialiste Fabien Albertin estime alors à 4 milliards de francs le manque à gagner de l’État français (2,25 milliards d’euros actuels). Les noms de fraudeurs sont cités par le député devant l’Assemblée nationale. Des sénateurs, des anciens ministres, des généraux, magistrats, évêques, etc2.

La presse française donne une ampleur magistrale à l’évènement, des députés demandent qu’on organise des extraditions fiscales. L’affaire fait tâche d’huile dans toute l’Europe. Affolés, certains clients étrangers retirent leurs fonds des banques suisses. La presse helvétique s’inquiète alors de ces retraits massifs. L’affaire Albertin et les procès qui s’en suivent ne sont pas esseulés en Europe, des enquêteurs des finances et du fisc français et allemands commencent à empiéter sur le territoire helvétique.

Le président du Conseil français, Edouard Herriot, se lance dans une politique drastique de réduction des coûts budgétaires, et ne voit pas d’un bon œil la politique des banques suisses qui favorisent l’évasion fiscale. Ainsi, des perquisitions ont lieu dans des succursales de trois banques suisses à Paris, la banque commerciale de Bâle est contrainte à rembourser de grosses sommes, et la banque d’escompte de Genève doit mettre la clef sous la porte.

Et le secret bancaire fut

L’économie bancaire est en danger, il faut la protéger. C’est ainsi que naît l’idée d’un projet de loi sur le secret bancaire. Comme le dit le député français Albertin : « les capitaux de l’évasion fiscale sont à l’époque le profit principal, voire exclusif, des banques suisses. » Mais les banquiers suisses vont réagir : « Suite à des jugements spectaculaires, des voix se sont fait entendre revendiquant le renforcement et la protection pénale du secret bancaire. »

C’est ainsi que le 8 novembre 1934, la «loi fédérale sur les banques et les caisses d’épargne» est adoptée. L’article 47 marque un tournant dans l’histoire du secret bancaire puisqu’il le place sous la protection du droit pénal. C’est-à-dire qu’un employé de banque suisse qui livrerait des informations sur un de ses clients, y compris à son propre gouvernement, serait poursuivi pour «acte criminel». La sanction encourue alors ne serait plus un simple dommage et intérêt, mais une peine de prison et une lourde amende3. Cette loi, qui a ensuite inspiré d’autres territoires devenus des paradis fiscaux, est la première du genre de la période contemporaine. Elle offre une protection juridique complète, y compris contre le gouvernement suisse, aux étrangers qui viennent déposer leurs avoirs dans les banques helvétiques. Le secret bancaire est né.

L’article 47 constitue évidemment un attrait commercial redoutable. Selon l’historien Peter Hug, les fortunes gérées par les banques suisses auraient augmenté de 28% en trois ans suite à l’adoption de cette loi4. Oui mais voilà, les autres pays européens ne l’entendent pas tous de la même oreille. En effet, les capitaux qui fuient en Suisse ne sont plus assujettis aux impôts nationaux, ce qui constitue un manque à gagner considérable pour les États. L’Espagne va jusqu’à condamner à la prison tout ressortissant propriétaire d’une société en Suisse5. Les Etats-Unis exercent alors une grande pression sur l’État helvétique, mais sans succès. Plus tard, le Liechtenstein, les Bahamas, Montevideo et d’autres, copieront les fondements de cette loi, qui signa l’acte de naissance des paradis fiscaux6.

Pour la légende

Mais le secret bancaire, élaboré à des fins commerciales, est lourdement remis en cause dans les années 1960 par le Congrès américain, qui tient des auditions régulières sur l’évasion fiscale et le crime organisé. Pour justifier la législation sur le secret bancaire et redorer le blason suisse, un auteur anonyme publie, en 1966, un article dans le Bulletin du crédit suisse, intitulé À propos du secret bancaire suisse.

Il évoque le vote de la loi de 1934 en ces termes : « Il est à remarquer que c’est l’espionnage intensif exercé sur les avoirs juifs qui a forcé la Suisse, en 1934, à définir plus rigoureusement le secret bancaire […] et à rendre toute violation passible de sanctions pénales, et ce afin de protéger les persécutés. Sans exagérer, on peut affirmer que la détermination avec laquelle le secret bancaire a été défendu a sauvé la vie et la fortune de milliers de personnes. »7

À l’époque, le régime nazi avait décrété que tout citoyen allemand en possession d’avoirs financiers à l’étranger devait les déclarer. S’ils ne le faisaient pas, ils étaient passibles de la peine de mort. Les banquiers suisses seraient-ils de Bons Samaritains, ayant voté le secret bancaire pour protéger les juifs persécutés ? Pas si sûr, puisqu’ils ont utilisé ce même secret bancaire pour justifier la réticence qu’ils avaient à restituer aux survivants de l’Holocauste et à leurs héritiers les avoirs qu’ils détenaient dans leurs coffres depuis la guerre (8)…

Que fait l’Europe ?

Légitimée ou pas, l’évasion fiscale existe, et l’Union européenne entend bien lutter contre. Ainsi, en octobre 2008, la France et l’Allemagne ont invité 15 pays occidentaux à réfléchir ensemble sur les moyens de renforcer l’offensive contre les paradis fiscaux. Cette réunion a fait suite à une charge diplomatique du ministre allemand des Finances, Peer Steinbrück, qui avait, quelques semaines auparavant, sonné le clairon : « La Suisse mérite de figurer sur la liste noire des paradis fiscaux de l’OCDE, car elle propose des conditions de placement qui incitent certains contribuables allemands à pratiquer l’évasion fiscale. » Le Premier ministre français, François Fillon, prenait alors un ton plus diplomate en déclarant, lors d’une visite à Lucens, que « la Suisse n’est pas un paradis fiscal, elle n’est pas considérée comme telle par l’OCDE, elle n’est pas considérée comme telle par la France »9, voulant par là couper court à tout malentendu entre Berne et Paris.

Pour limiter la fraude et l’évasion fiscales sur le continent européen, l’UE a promulgué, en 2003, une directive sur la fiscalité de l’épargne (10). Cette directive, entrée en vigueur le 1er juillet 2005, instaure un échange automatique d’informations entre les administrations fiscales des vingt-sept sur les revenus de l’épargne perçus par des non-résidents. Elle ambitionne à terme la levée du secret bancaire. Mais les États membres qui l’ont longtemps pratiqué, comme le Luxembourg, la Belgique et l’Autriche, ont obtenu une dérogation. Ils se sont engagés, en contrepartie, à taxer les revenus des non-résidents, à hauteur de 15 % jusqu’en juin 2008 (puis de 20% de 2008 à 2010 et de 35% après 2010), et à reverser 75% de ces montants aux pays concernés. Les pays aux portes de l’UE offrant les mêmes services bancaires – Suisse, San-Marin, Monaco, Andorre et Liechtenstein – ont finalement accepté d’appliquer la même retenue dans des accords bilatéraux passés avec l’Union. Le secret bancaire existe, mais désormais il s’achète.

1. Alain Vernay, Les paradis fiscaux, Seuil, 1968.

2. Secret bancaire : une légende helvétique, par Christian Chavagneux, Alternatives économiques n°188, janvier 2001.

3. Art. 47 de la loi fédérale sur les banques et les caisses d’épargne. 50 000 francs suisses d’amende et 6 mois d’emprisonnement pour incitation volontaire, 30 000 francs sans emprisonnement si la personne a agi par négligence.

4. Les vraies origines du secret bancaire, Peter Hug, Le Temps, 27 avril 2000.

5. Les banques suisses, Fehrenbach, Seuil, 1966.

6. Rapport d’information, déposé en application de l’article 145 du Règlement par la mission d’information commune sur les obstacles au contrôle et à la repression de la délinquance financière et du blanchiment d’argent en Europe. Assemblée Nationale n°2311, 21 février 2001 .

7. Les paradis fiscaux, Christian Chavagneux, La Découverte, 2007.

8. La Suisse lave plus blanc, Jean Ziegler, Seuil, 1990.

9. Paradis fiscaux: la Suisse mérite d’être sur la «liste noire» selon Steinbrück .

10. Fiscalité de l’épargne: la Commission européenne propose des modifications pour mettre fin à l’évasion fiscale , 13 novembre 2008.

Fraude ou évasion ? ———————————————————————-

Toute la subtilité de la loi suisse sur le secret bancaire réside dans le flou juridique qui entoure l’évasion fiscale, qui se rapproche souvent de la fraude fiscale. Mais alors, quelle différence ? L’évasion fiscale consiste à éluder ou réduire l’impôt en déplaçant un patrimoine ou des capitaux d’un pays à un autre, et en ne déclarant pas les revenus qu’ils génèrent, utilisant légalement les failles d’un système fiscal ; la fraude réside en un détournement illégal d’un système fiscal pour ne pas contribuer aux charges publiques. Subtile nuance, qui prend tout son sens quand on sait que la Suisse ne considère pas la simple évasion fiscale comme un délit méritant la levée du secret bancaire.

La Suisse est-elle un paradis fiscal ? ———————————————————————-

Un rapport de l’OCDE de 1987 relatif à la fiscalité internationale précisait dès son introduction qu’« il n’existe pas de critère unique, clair et objectif permettant d’identifier un pays comme étant un paradis fiscal ». Pourtant plusieurs critères, à géométrie variable, nous permettent de définir les grandes caractéristiques des paradis fiscaux.

Selon Christian Chavagneux, auteur d’un ouvrage sur les paradis fiscaux7, il y aurait une dizaine de critères permettant de les définir :

1/ une taxation faible ou nulle pour les non-résidents,

2/ un secret bancaire renforcé,

3/ un secret professionnel étendu à différentes professions (avocats, comptables, employés, etc.),

4/ une procédure d’enregistrement relâchée (grande souplesse quant aux informations fournies à la banque par les contractants),

5/ une liberté totale des mouvements de capitaux internationaux,

6/ une rapidité d’exécution,

7/ le support d’un grand centre financier,

8/ une stabilité économique et politique,

9/ une bonne image de marque,

10/ un réseau d’accords bilatéraux.

La Suisse est «positive» à ces critères, pourtant, elle n’est pas reconnue par l’OCDE comme paradis fiscal, car c’est un territoire «coopératif», en ce sens qu’il fait preuve d’une relative transparence et de dialogue avec les instances internationales. Ainsi l’OCDE juge qu’«en ce qui concerne les échanges de renseignements en matière fiscale, [elle] invite les pays à adopter un système d’échanges de renseignements “à la demande”. Il s’agit du cas où les autorités compétentes d’un pays demandent à celles d’un autre pays des informations concernant une vérification fiscale spécifique, en général en application d’un accord bilatéral d’échange de renseignements entre les deux pays. L’un des éléments essentiels de ces échanges de renseignements est la mise en œuvre de garanties appropriées pour assurer une protection suffisante des droits des contribuables et de la confidentialité de leur situation fiscale ». Officiellement donc la Suisse n’est pas un paradis fiscal, même si elle en présente les principales caractéristiques.

Voir aussi:

Dans les banques suisses, le silence est d’or

Sacralisé en 1934, le secret bancaire a fait de la fédération helvétique un gigantesque coffre-fort (quasiment) inviolé depuis. Par ici les valises…

Olivier Milot

Télérama

Le 11/08/2012

Tout commence par une descente de police, le 27 octobre 1932, dans un appartement loué, Hôtel de la Trémoille, par l’une des plus grandes banques suisses de l’époque, la Ban­que commerciale de Bâle (BCB). Les inspecteurs sont loin de se douter alors des répercussions de leur perquisition. Rien de moins qu’un scandale national, une crispation des relations diplomatiques franco-suisses et le vote d’une loi bétonnant pour des décennies ce monument national helvète qu’est le secret bancaire.

Excusez du peu. Ce jour-là, les inspecteurs tombent, il est vrai, sur une mine : des listes contenant les numéros de compte et les noms d’un bon millier de Français qui ont placé une part de leur fortune de l’autre côté des Alpes, en omettant de le signaler au fisc. Fatale négligence.

Gotha mondain

Comme un air de déjà-vu, la France est alors confrontée à de sérieuses difficultés économiques. Contraint à une cure d’austérité, le gouvernement de centre gauche du radical Edouard Herriot tolère mal l’évasion fiscale et cherche un dérivatif au mécontentement de l’opinion publique : la chasse aux fraudeurs fera l’affaire.

La descente de nos pandores n’est donc pas tout à fait le fruit du hasard, même si la saisie des listes de la BCB relève, elle, de la pêche miraculeuse. « L’ampleur de la fraude était gigantesque, raconte l’historien suisse Sébastien Guex, environ 2 milliards d’actuels francs suisses [1,7 milliard d’euros, NDLR]. » Et, surtout, ces listes réunissent « le gotha mondain de l’époque. »

Un inventaire à la Prévert de la classe dirigeante : d’anciens ministres, trois sénateurs, un député, une douzaine de généraux, des patrons de journaux, de prestigieux capitaines d’industrie et même… deux évêques. Rapidement l’affaire s’ébruite. Le 10 novem­bre, à l’Assemblée nationale, le député socialiste Fabien Albertin révèle une dizaine de noms soigneusement sélectionnés.

Effet garanti. La presse s’enflamme. Le gouvernement, lui, s’active. Il gèle les avoirs de la BCB en France, place deux de ses dirigeants en détention, exige l’envoi d’inspecteurs au siège de la banque à Bâle et présente une demande d’entraide judiciaire au Conseil fédéral suisse. De l’autre côté des Alpes, la réplique est contrastée. Sans équivoque du côté des autorités, qui rejettent la demande d’entraide. Plus hésitante à la BCB, qui envisage un temps de satisfaire aux exigences des Français en échange du déblocage de ses avoirs et de la libération de ses dirigeants. L’épisode fait frémir l’establishment financier helvète et provoque une fuite des capitaux dans l’autre sens.

Quoi, l’accueillante Suisse, refuge discret des fortunes d’Europe, ne serait pas aussi sûre qu’imaginé ? Les épais murs des banques de Genève ou de Berne pas suffisants pour protéger les précieux dépôts de l’inquisition d’un gouvernement étranger ? Insupportable. La valeur du secret bancaire tient à son étanchéité, une seule fuite et c’est toute la confiance qui s’évapore.

Histoire du secret bancaire

Le gouvernement suisse se charge lui-même d’écrire l’épilogue de l’histoire. Le 8 novembre 1934, il fait adopter une loi sur les banques, dont l’article 47 verrouille à double tour le secret bancaire. Il est désormais pénalement interdit à une banque suisse de divulguer la moindre information concernant l’un de ses clients sous peine d’amende ou d’emprisonnement. Plus fort encore, en cas d’infraction, les poursuites sont automatiques, même si la partie lésée n’a pas porté plainte. Le message à la riche clientèle étrangère est clair : à l’avenir, le secret bancaire helvète sera aussi inviolable que ses coffres.

Si l’ancrage légal du secret bancaire et son bétonnage remontent à 1934, son existence est, elle, plus ancienne. Certains auteurs (1) la font même remonter au XVIIIe siècle. Il serait une conséquence directe de la révocation de l’édit de Nantes, en 1685. Par cet acte, Louis XIV provoque la fuite des protestants, dont une partie trouve refuge à Genève. Persécutés mais pragmatiques, les huguenots exilés acceptent de continuer à financer la dispendieuse monarchie française. Un comportement un rien schizophrène qui s’explique par une réciprocité d’intérêts.

D’un côté, le roi a d’insatiables besoins financiers, de l’autre, les huguenots fortunés peuvent difficilement imaginer client plus solvable du fait de sa capacité à honorer ses dettes. Mais pour être parfaite, cette communauté d’intérêts ne pouvait qu’être discrète. Il ne saurait être dit que le roi de France emprunte avec intérêt à d’hérétiques protestants qu’il a lui-même chassés. Cette discrétion aurait été formalisée par le Grand Conseil genevois en 1713 dans un texte qui stipule que les créanciers doivent « tenir un registre de leur clientèle et de leurs opérations, mais il leur est interdit de divulguer ces informations à quiconque autre que le client concerné, sauf accord exprès du conseil de la ville ».

Secret des affaires

Sébastien Guex, qui écrit actuellement une histoire du secret bancaire suisse, livre, lui, une tout autre genèse. « On ne peut pas exactement dater la création du secret bancaire. L’expression elle-même n’apparaît qu’à la toute fin du XIXe siècle, explique ce professeur d’histoire à l’université de Lausanne. Le secret bancaire est en fait une pratique non codifiée qui se développe en Europe avec la révolution industrielle au cours de la seconde moitié du XIXe siècle. A cette époque, les banques commencent à jouer un rôle important dans le financement des entreprises, dont elles connaissent souvent les moindres rouages pour s’assurer de leur solvabilité. Du fait de cette position dans la division du travail, secret des affaires et secret bancaire deviennent vite inséparables.

A cette dimension économique va bientôt s’en ajouter une autre : la dimension fiscale. Elle naît au tournant du XXe siècle quand les Etats européens commencent à imposer les couches aisées de la population sur leurs revenus et les successions. Parallèlement, ils se dotent de services fiscaux modernes pour s’assurer de la bonne rentrée de l’impôt. La question des rapports entre banques et fisc devient alors centrale car l’accès aux données bancaires s’impose comme le principal moyen de lutte contre la fraude fiscale. C’est ce qui va donner toute son explosivité au secret bancaire. »

D’autant que si, au début du XXe siècle, les taux d’imposition sont faibles, ils augmentent crescendo partout en Europe au lendemain de la Première Guerre mondiale. En France, le taux marginal d’imposition sur le revenu passe ainsi de 4 % en 1914 à 94 % en 1924 sous le gouvernement Poincaré.

A l’époque, la Suisse comprend vite tout le bénéfice qu’elle peut tirer de cette hausse de la fiscalité en Europe en attirant les capitaux étrangers cherchant à fuir un fisc très gourmand. Elle a pour elle de nombreux atouts : sa stabilité politique, sa neutralité, une fiscalité faible et, surtout, une pratique du secret bancaire déjà bien ancrée dans ses usages. Alors ses banques ne se gênent pas et draguent sans relâche la clientèle fortunée. Avec succès. Les capitaux étrangers affluent et la petite Suisse devient entre les deux guerres une place financière internationale de premier plan. Avec cette conséquence : plus le pays s’enrichit de la fraude fiscale, plus la défense du secret bancaire devient vitale. La loi de 1934 s’inscrit dans cette évolution.

Réputation ternie

L’infaillibilité du secret bancaire suisse aurait pu devenir aussi éternelle que celle du pape pour les catholiques sans les soubresauts de l’Histoire. En entraînant le monde dans une deuxième guerre mondiale et en exterminant 6 millions de Juifs, Hitler en décida autrement.

A la sortie de la guerre, la Suisse est plus riche que jamais mais comme elle a trop ostensiblement collaboré sur le plan économique avec l’Allemagne nazie, sa réputation internationale est ternie. Elle se retrouve sous la double pression des Américains, qui ont gelé ses avoirs aux Etats-Unis, et de l’ensemble des Alliés, qui exigent la livraison sans contrepartie des avoirs allemands détenus sur son territoire.

Inconfortable. D’autres auraient joué profil bas, pas elle. Sébastien Guex raconte qu’à peine débarqué aux Etats-Unis, en mars 1946, le chef de la délégation suisse chargée de négocier un accord global déclara sans rire : « C’est maintenant que nous entrons réellement en guerre. » On mène les combats qu’on peut… Ironie de l’Histoire, les Suisses vont pourtant réussir à gagner cette guerre en cédant sur l’accessoire pour mieux préserver l’essentiel : leur secret bancaire. Ils convainquent les Américains de débloquer leurs avoirs en échange de la rétrocession d’une partie des avoirs allemands déposés dans leurs banques. Surtout, ils obtiennent d’identifier eux-mêmes ces avoirs et de ne livrer aucun nom.

Dans une lettre annexée à cet accord, la Suisse s’engage également à examiner « avec sympathie » la question des comptes en déshérence des victimes juives des nazis que les héritiers tentent de récupérer. Une « sympathie » très limitée tant les banquiers suisses traînent des pieds pour retrouver ces fonds, certains n’hésitant pas, semble-t-il, à exiger desdits héritiers un impossible certificat de décès du titulaire du compte, mort à Auschwitz ou à Treblinka.

Cyniques ou inconscients (ou les deux), ils ne pensent qu’à gagner du temps dans l’espoir de ne pas perdre un argent qui ne leur appartient pas. On atteindra l’abject quand dans les années 1950 commence à se répandre l’idée que le secret bancaire n’a été instauré avant guerre que pour mieux protéger les Juifs de l’inquisition nazie. « Cette thèse est totalement erronée. C’est une réécriture de l’Histoire parfois encore utilisée aujour­d’hui, tant elle est utile au milieu bancaire », explique Sébastien Guex.

Peu d’entorses au règlement

La bombe à retardement des comptes en déshérence finira par exploser en 1995, lors du 50e anniversaire de la Shoah. Sous la pression des organisations juives, les Suisses devront renoncer par deux fois à leur précieux secret bancaire. Une première afin de permettre à une commission internationale (la commission Volcker) d’auditer une soixantaine de banques pour faire enfin toute la lumière sur ces comptes. Une seconde pour permettre à une commission d’historiens de clarifier le rôle de la Suisse pendant la Secon­de Guerre mondiale, en ayant accès à toutes les archives bancaires.

Publié en 1999, le rapport Volcker révélera que le nombre de comptes en déshérence s’élève à 53 886 pour un montant de l’ordre de 271 millions à 411 millions de francs suis­ses. En échange de l’abandon de toutes poursuites, les ban­ques helvétiques acceptent de payer 1,25 milliard de dollars pour solde de tout compte aux ayants droit. Le passif est épuré mais le passé fait toujours tache.

Sans l’arrogance de quelques banquiers, le secret bancaire aurait pu passer le XXe siècle sans encombre. Les banques suisses ont en effet longtemps profité de la passivité des gouvernements étrangers. Durant les décennies d’après-guerre, la forte croissance rendait la lutte contre la fraude fiscale moins nécessaire, sans compter que l’évasion fiscale était une pratique assez largement répandue dans les plus hautes sphères économiques et politiques.

Cette apathie n’empêche pas certains Etats de mener des attaques ponctuelles, mais elles restent isolées, en ordre dispersé et donc sans portée réelle. La crise financière de 2008 change radicalement la donne. De nombreux pays ont englouti des sommes astronomiques pour sauver leur système financier. Pour renflouer leurs caisses, les gouvernements décident de se lancer dans une chasse sans merci aux fraudeurs.

Face aux pressions conjuguées des Etats-Unis et des Etats membres de l’OCDE, la Suisse doit accepter d’importantes concessions qui reviennent à assouplir son secret bancaire sans toutefois le remettre en cause. Pourrait-il disparaître un jour ? Pas sûr, même si à l’intérieur du pays, la question n’est plus taboue. Et puis, la fin du se­cret bancaire serait-elle à ce point un drame pour la riche Suisse ? Un ancien parlementaire socialiste, l’économiste Rudolf Strahm, a estimé que sa disparition coûterait 1 à 2 % du produit intérieur brut (PIB) (2) . Serait-ce si insupportable pour un pays dont les banques gèrent, selon Sébastien Guex, « près de 30 % de la fortune privée mondiale, soit un pactole de l’ordre de 2 500 milliards d’euros qui privent les Etats d’où sont issus ces fonds de quelque 40 à 50 milliards de ressources fiscales ? »

Et en France ?

En France, le secret bancaire est relatif et s’apparente plutôt au secret professionnel. Pas question que votre banquier clame le montant de vos comptes à tous les vents, vous pourriez l’attaquer en justice. En revanche, il est tenu de lever ce « secret » à la demande de certaines administrations (le fisc, les douanes, la Banque de France…) ou de la justice dans le cadre d’une procédure pénale. Ces limitations sont justifiées par la lutte contre la fraude fiscale et le blanchiment de l’argent sale.

A lire

(1) Un article de Sébastien Vannerot « Les origines du secret bancaire suisse », sur le site du Cercle Alexis de Tocqueville.

(2) Dans « L’agonie du secret bancaire suisse », L’Economie politique, 2010/2, nº 46.

Voir également:

LES ORIGINES DU SECRET BANCAIRE SUISSE

Sébastien Vannerot (Vice – Président du Cercle Alexis de Tocqueville)

Cercle Alexis de Tocqueville

Jul. 24, 2009

La crise économique et financière actuelle a récemment mis en lumière, sans en expliquer ni l’histoire ni les fondements, la notion de secret bancaire, particulièrement le secret bancaire suisse. Le présent article tente d’en dresser sommairement l’histoire. Comme souvent, l’histoire se répète et nous verrons que ce sont justement ces mêmes crises financières et internationales qui ont conduit à ériger et à forger le secret bancaire suisse, tant contesté aujourd’hui.

La confédération helvétique est depuis fort longtemps – tant en raison de sa situation géographique que de son histoire – une place financière internationale reconnue pour sa compétence mais aussi pour sa discrétion. De toutes les influences, c’est l’histoire de France qui a le plus fortement contribué à la genèse du secret bancaire suisse, fruit de coïncidences de l’histoire.

Parallèlement à la montée en puissance des Lombards et des Templiers, le XVIème siècle voit naître la Réforme au cours de laquelle Jean Calvin légitime notamment l’esprit d’entreprise et le prêt à intérêts, ce dernier étant interdit par l’église catholique et le droit canon conformément à l’adage latin « Pecunia pecuniam non parit (1). Le droit canon et le Vatican n’ont définitivement reconnu l’usage et la licéité du prêt à intérêts respectivement qu’en 1830 et 1917…

A cette époque, Lyon était la première place financière européenne grâce notamment au privilège des « Quatre Foires Annuelles » (2), au transfert du comptoir des Médicis de Genève à Lyon ou encore au privilège royal du tissage des draps d’or et de soie.

La révocation de l’Édit de Nantes va tout bouleverser.

En révoquant celui-ci en 1685, Louis XIV a provoqué la fuite de nombreux huguenots français (près de 300.000), affaiblissant ainsi l’économie française au profit de pays protestants qui les ont accueillis comme l’Angleterre, l’Allemagne, les Pays-Bas et bien évidemment la Suisse, pays neutre depuis 1516 suite à la défaite des troupes de la Confédération helvétique lors de la bataille de Marignan.

Quasiment dès leur arrivée, les huguenots français exilés ont donné à nouvel élan à Genève en acceptant de financer la monarchie française malgré les persécutions qu’ils avaient subies. Ce comportement quasi schizophrène s’explique par une réciprocité d’intérêts, apparemment contradictoires.

D’une part, la monarchie française avait un besoin insatiable de financement, alors même qu’elle venait de perdre une part importante de ses richesses en raison la fuite des huguenots. D’autre part, ces mêmes huguenots ne pouvaient rêver de placement plus sûr que la monarchie française aux capacités d’emprunt et de remboursement quasiment illimitées.

Cette discrétion de fait a été formalisée en 1713 par l’adoption par le Grand Conseil Genevois du premier texte connu concernant le secret bancaire

La pérennité d’un tel arrangement entre le Roi de France et les huguenots n’était possible que sous le sceau impérieux d’une discrétion absolue. Ii était impossible au Roi de France de reconnaître qu’il empruntait avec intérêts à des hérétiques protestants qu’il venait de chasser hors de France et aux protestants de dévoiler un tel arrangement sans risquer de tout perdre.

Cette discrétion de fait a été formalisée en 1713 par l’adoption par le Grand Conseil Genevois du premier texte connu concernant le secret bancaire, lequel stipule que les banquiers doivent « tenir un registre un leur clientèle et de leur opérations, mais il leur est interdit de divulguer ces informations à quiconque autre que le client concerné, sauf accords exprès du Conseil de la Ville ».

Par la suite, les agitations politiques de la fin du XVIIIème siècle transformèrent définitivement la Suisse, et Genève en particulier, en un asile politique et financier pour ceux qui, notamment, fuyaient les conséquences de la Révolution Française. Il se dit même que Napoléon 1er fut un client assidu des banques suisses.

Le devoir de discrétion qui fut d’abord imposé pour la survie même de la place financière de Genève est très rapidement rentré dans les mœurs et est devenu, au fil des années, une marque de fabrique attirant de nombreux capitaux et ce, plus encore depuis la (nouvelle) neutralité perpétuelle imposée à la Suisse le 20 mars 1815 au Congrès de Vienne.

Jusqu’en 1934, le secret bancaire relevait de la sphère civile et était régi par le Code Civil suisse de 1907 pour la protection de la sphère privée et le Code des Obligations de 1911 pour le devoir de discrétion entre cocontractants.

Ces derniers offraient des garanties civiles qui, alors, étaient considérées comme suffisantes car interprétées de manière très extensive, et permettaient d’attribuer des dommages-intérêts aux victimes de banquiers fautifs.

La jurisprudence suisse a confirmé à plusieurs reprises la base légale du secret bancaire, d’abord en 1930 en indiquant que « la discrétion du banquier constitue une obligation contractuelle implicite », puis de manière plus précise en 1932 à l’occasion de l’affaire Charpiot v. Caisse d’Épargne de Bassecourt : « le secret de banque n’est pas autre chose que le droit que possède chaque client d’une banque d’exiger de la part de cette dernière la plus stricte discrétion sur les affaires qui lui sont confiées ; c’est également et inversement, le devoir qu’a la banque de garder le silence le plus complet sur ces affaires. Et pour le banquier en particulier, cette obligation est indépendante du rapport de droit existant entre lui et son client. Si aucun contrat n’est intervenu, la violation du secret constitue un acte illicite dans le sens des articles 41 et suivants du Code des Obligations ».

La sacralisation et la pénalisation de la violation du secret bancaire n’interviendra qu’en 1934 avec l’adoption le 8 novembre de la « Loi fédérale sur les banques et les caisses d’épargne ».

Ce renforcement du cadre légal du secret bancaire trouve son origine dans les nombreuses crises économiques et politiques qui ont secoué l’Europe au cours de la première partie du XXème siècle.

Tout d’abord, l’augmentation des assiettes et taux d’imposition dans un certain nombre de pays européens (dont notamment la France en 1901 avec l’augmentation de l’impôt sur les successions puis sur les hauts revenus) puis ensuite la première guerre mondiale ont provoqué un afflux massif de capitaux en Suisse, attirés par la stabilité économique, la neutralité politique, la stabilité de la monnaie et naturellement le secret bancaire qu’offrait la Suisse.

le secret de banque n’est pas autre chose que le droit que possède chaque client d’une banque d’exiger de la part de cette dernière la plus stricte discrétion sur les affaires qui lui sont confiées

Les pays concernés ne virent évidemment pas d’un bon œil cette évasion de leurs capitaux nationaux. Pour la France et la Belgique, ces capitaux manquaient à la reconstruction de la France, que ce soit sous forme d’investissements directs ou de manque à gagner en matière fiscale. Pire encore concernant les capitaux allemands que la France et la Belgique considéraient comme l’inexécution de l’obligation de réparation des dommages de guerre imposés à l’Allemagne par le traité de Versailles.

Puis virent la crise de 1929 et la Grande Dépression qui ont notamment engendré en 1931 la plus grande crise bancaire que la Suisse n’ait jamais connu et, dans le reste de l’Europe, la montée des fronts populaires d’un côté et du fascisme de l’autre, aboutissant dans les deux cas à une augmentation du besoin de financement des États et donc de la pression fiscale.

Les années trente ont également été le théâtre de faits divers marquants impliquant directement ou indirectement le secret bancaire suisse : la perquisition en 1932 des locaux parisiens de la Banque Commerciale de Bâle ou encore de la Banque d’Escompte Suisse et le scandale qui s’en est suivi, la condamnation à mort en 1934 de trois allemands en raison de l’interdiction faite aux ressortissants allemands de détenir des capitaux hors d’Allemagne, l’espionnage bancaire nazi en vue d’identifier et de rapatrier des actifs allemands déposés en Suisse.

D’autres facteurs endogènes ont également participé à l’adoption de la loi du 8 novembre 1934 en premier lieu desquels figurent un renversement de jurisprudence du Tribunal Fédéral sur un des cas de levée du secret bancaire en 1930 et la poussée des socialistes en Suisse dans les années 30, lesquels étaient favorables à la levée du secret bancaire notamment pour des raisons fiscales internes à la Confédération.

C’est donc la conjonction de facteurs exogènes (pressions française et allemande) mais aussi endogènes (conséquences de la crise bancaire de 1931 et risque de changement intempestif de législation en cas de changement de majorité politique) qui a poussé la Suisse a adopter le 8 novembre 1934 la « Loi fédérale sur les banques et les caisses d’épargne » qui organise le secteur bancaire en Suisse et qui, dans son article 47, consacre l’inviolabilité du secret bancaire, le faisant basculer de la sphère civile vers la sphère pénale, de l’intérêt privé vers l’intérêt public.

Contrairement à une idée largement répandue après-guerre, le secret bancaire suisse n’a pas été créé en vue de protéger les actifs juifs de la menace fasciste ou nazie (même si ce même texte a pu tout aussi bien servir que desservir des milliers de juifs qui ont déposés leurs avoirs en Suisse dans les années 30 et 40) mais pour défendre l’avenir du secteur financier suisse qui représentait la majorité du PIB du pays.

La législation suisse en vigueur concernant le secret bancaire est demeurée quasiment inchangée depuis cette date, hormis une aggravation des peines encourues.

Le dispositif pénal en vigueur aujourd’hui est complet et cohérent avec l’histoire.

L’article 273 du Code Pénal suisse dispose que « Celui qui aura cherché à découvrir un secret de fabrication ou d’affaires pour le rendre accessible à un organisme officiel ou privé étranger, ou à une entreprise privée étrangère, ou à leurs agents, celui qui aura rendu accessible un secret de fabrication ou d’affaires à un organisme officiel ou privé étranger, ou à une entreprise privée étrangère, ou à leurs agents, sera puni d’une peine privative de liberté de trois ans au plus ou d’une peine pécuniaire ou, dans les cas graves, d’une peine privative de liberté d’un an au moins. En cas de peine privative de liberté, une peine pécuniaire peut également être prononcée. »

Dans le cadre du dispositif législatif suisse, cela signifie que même si le client autorise la banque à donner des informations, cette dernière ne peut – par la loi même – divulguer aucune information sur son client. Cette disposition a pour objectif de prévenir toute pression ou chantage comme celle de l’enlèvement Berthold Jacob en 1935.

Contrairement à une idée largement répandue après-guerre, le secret bancaire suisse n’a pas été créé en vue de protéger les actifs juifs de la menace fasciste ou nazie

Cette disposition a été introduite dans le Code Pénal suisse en 1937 suite à cette affaire.

L’article 271 du Code Pénal suisse dispose que « Celui qui, sans y être autorisé, aura procédé sur le territoire suisse pour un État étranger à des actes qui relèvent des pouvoirs publics, celui qui aura procédé à de tels actes pour un parti étranger ou une autre organisation de l’étranger , celui qui aura favorisé de tels actes, sera puni d’une peine privative de liberté de trois ans au plus ou d’une peine pécuniaire et, dans les cas graves, d’une peine privative de liberté d’un an au moins. Celui qui, en usant de violence, ruse ou menace, aura entraîné une personne à l’étranger pour la livrer à une autorité, à un parti ou à une autre organisation de l’étranger, ou pour mettre sa vie ou son intégrité corporelle en danger, sera puni d’une peine privative de liberté d’un an au moins. Celui qui aura préparé un tel enlèvement sera puni d’une peine privative de liberté ou d’une peine pécuniaire. »

Il est intéressant de noter que ces articles du Code Pénal suisse qui trouvent application concernant notamment le secret bancaire se situent dans le titre 13 du Code Pénal concernant les « Crimes ou délits contre l’état et la défense nationale ».

Enfin, l’article 47 de la loi fédérale sur les banques et les caisses d’épargne dispose ce qui suit : « Est puni d’une peine privative de liberté de trois ans au plus ou d’une peine pécuniaire celui qui, intentionnellement: en sa qualité d’organe, d’employé, de mandataire ou de liquidateur d’une banque, ou encore d’organe ou d’employé d’une société d’audit, révèle un secret à lui confié ou dont il a eu connaissance en raison de sa charge ou de son emploi; incite autrui à violer le secret professionnel. Si l’auteur agit par négligence, il est puni d’une amende de 250 000 francs au plus. En cas de récidive dans les cinq ans suivant une condamnation entrée en force, la peine pécuniaire est de 45 jours-amende au moins. La violation du secret professionnel demeure punissable alors même que la charge, l’emploi ou l’exercice de la profession a pris fin. Les dispositions de la législation fédérale et cantonale sur l’obligation de renseigner l’autorité et de témoigner en justice sont réservées. La poursuite et le jugement des infractions réprimées par la présente disposition incombent aux cantons. Les dispositions générales du code pénal sont applicables. »

Pour aller plus loin, je vous suggère de lire les excellents travaux de Sébastien Guex, disponibles notamment sur le site Persée.fr.

(1) Traduit en français par : « L’argent ne fait pas l’argent ».

(2) Au XVe siècle Lyon dispose par privilège royal, de la possibilité d’organiser quatre (4) foires franches annuelles. Les foires de Lyon ont été créées en 1419 par le Dauphin, futur Charles VII. Elles sont au nombre de deux (2) et durent six (6) jours. Elles sont portées au nombre de trois (3) en 1443 et à quatre (4) en 1463.

Voir encore:

Un scandale suisse à Paris en 1932

Joëlle Kuntz

Le Temps

14 mars 2009

Premier épisode d’une série sur l’histoire du secret bancaire, avec le professeur Sébastien Guex

Le secret bancaire suisse a provoqué des protestations étrangères dès sa généralisation dans les pratiques financières helvétiques au début du XXe siècle, au fur et à mesure que se développait dans les pays européens le principe de la redistribution par l’impôt sur le revenu et les successions. Les attaques américaines actuelles contre UBS ont plusieurs précédents. Le plus ressemblant est celui de la Banque commerciale de Bâle, prise en flagrant délit d’incitation à la fraude fiscale en 1932 à Paris. Sébastien Guex, professeur d’histoire à l’Université de Lausanne, en a retracé les épisodes dans un article de la revue Alternatives économiques (2007, No 33). La France était alors dans le rôle des Etats-d’Unis d’aujourd’ hui, en position de faire sauter le secret bancaire. Au final, elle ne l’a pas voulu. Elle a préféré faire sauter le gouvernement Herriot qui y avait touché. Une leçon pour Obama? Pour Sarkozy? Pour la banque suisse? Suivons le guide Guex dans l’affaire.

Le 27 octobre 1932, le Ministère des finances ordonne la perquisition des locaux discrets qu’occupe la Banque commerciale de Bâle (BCB) dans un hôtel parisien. Les trois occupants, deux directeurs et un employé, sont interrogés. Des documents sont saisis. Ils permettent d’identifier un millier de titulaires de comptes appartenant à la haute bourgeoisie française: des parlementaires, des évêques, des industriels, des propriétaires de journaux… Ils permettent surtout de dévoiler le mécanisme d’une fraude qui a commencé des années plus tôt: les banquiers suisses sont à Paris pour payer directement à leurs clients les intérêts et dividendes de leurs titres déposés à Bâle. La fortune qui échappe ainsi au fisc se situe entre 1 et 2 milliards de francs français de l’époque.

L’affaire est révélée en novembre par une interpellation à l’Assemblée du député socialiste Fabien Albertin. Des noms sont cités. Scandale. La Chambre demande alors «la vérité complète» au gouvernement présidé par le radical socialiste Edouard Herriot. Celui-ci réclame l’ouverture des registres bâlois aux inspecteurs du fisc français. Le 23 novembre, le Parquet livre à la presse une liste des 130 premiers inculpés dont les noms sont publiés dans plusieurs quotidiens.

L’indignation est générale mais contradictoire. Elle s’exprime selon le clivage classique sur ce thème: la gauche est indignée par la fraude, qui contrevient au principe d’égalité devant l’impôt. La droite est indignée par les méthodes «inquisitoriales» de l’Etat, elle justifie la fraude par le caractère «confiscatoire» de l’impôt. «Il y a des fraudeurs parce que les taxes sont trop lourdes», s’écrie Charles Maurras. Le vrai voleur, c’est donc l’Etat. On se croirait en 2009.

En amont de l’affaire: la crise économique. Herriot a été reconduit à la présidence du Conseil suite à la victoire de son parti aux élections de mai 1932. Il préconise le rééquilibrage du budget par la diminution des dépenses publiques. Les salariés, les agriculteurs, les petits commerçants, les anciens combattants protestent. En juillet, sa popularité est très entamée. Son parti lui-même est divisé. Il sait à l’automne son cabinet menacé par son projet de budget 1933 qui sera combattu par les socialistes et nombre de députés du centre. Ce pourquoi, affirme Sébastien Guex, il lance le député socialiste Albertin à l’assaut des fraudeurs. Il en escompte un milliard de francs pour le Trésor.

«Dès que nous avons connu l’étendue du déficit, explique le ministre des Finances devant la Chambre, dès que nous avons vu que nous serions dans l’obligation de demander des sacrifices à toutes les catégories de la nation… nous avons pensé qu’il faudrait obtenir la répression de la fraude fiscale.» Et Herriot d’ajouter: «Le peuple ne comprendrait pas que l’on n’épargnât qui que ce fût au moment où, en effet, il va falloir demander des sacrifices aux uns et aux autres.»

L’attaque contre la Banque commerciale de Bâle ne sauve pas le cabinet Herriot. Peut-être même, suggère l’historien, la précipite-t-elle en ajoutant le mécontentement de la droite à celui de la gauche.

Le gouvernement suivant enterre en tout cas l’affaire. Il a le souci de ne pas se priver du concours des banques et du marché financier suisses. Le pouvoir judiciaire s’adapte. La procédure est infirmée pour vice de forme. Seuls un petit nombre de fraudeurs seront condamnés à des amendes, entre 1935 et 1944. En 1948, les directeurs de la BCB-Paris se verront infliger des peines de prison avec sursis, puis amnistiés.

Voir aussi:

Histoire des Paradis Fiscaux

Paradis fiscal

Les Paradis Fiscaux sont indissociables du fonctionnement de l’économie mondiale. Comment sont-ils parvenus à occuper une place aussi importante ? Leur origine et leur développement s’effectueront durant deux grandes périodes de mondialisation économique, celle du XIX siècle et celle de la fin du XX siècle.

C’est au XIXe siècle que la séparation nette du monde en Etats-nations s’impose. Chaque pays crée ses propres lois et nous assistons au développement d’une mondialisation économique marquée par une forte mobilité des capitaux internationaux. La question qui se pose alors est de savoir comment les Etats vont affirmer leur souveraineté nationale au moment où des acteurs économiques privés se mettent à sauter allègrement les frontières ? Deux principes s’imposent alors : la souveraineté exclusive de chaque Etat sur son territoire et le soutien des pays industrialisés à leurs entreprises phares et à leur internationalisation.

La notion de gouvernance mondiale naît alors pour permettre de répondre au double objectif de soutenir la construction des Etats-nations et l’expansion internationale du capitalisme. Quatre solutions naissent alors progressivement :

Développer le droit national traitant des affaires économiques extérieures ainsi qu’un droit public international portant sur la façon de traiter les contrats signés dans des territoires étrangers hors de leur juridiction d’origine.

Prolifération des traités commerciaux bilatéraux dans le but d’harmoniser les législations traitant des investissements étrangers. Citons l’exemplaire traité franco-britannique dit Cobden-Chevalier signé en 1860.

Laisser les entreprises privées régler entre elles les problèmes pouvant surgir des implantations internationales des unes et des autres permettant la croissance de la lex mercatoria (loi des marchands).

La création d’une économie offshore, espace dans lequel les lois ne s’appliquent pas, évitant ainsi les conflits entre les lois nationales et les échanges de capitaux internationaux. La réconciliation entre la souveraineté de droit des Etats et de l’internationalisation du capital passe par la remise en cause de l’unité juridique Etat-nation.

L’émergence de l’offshore se développe dans le temps et passe par trois étapes :

Fin du XIXè siècle : les états américains comme le Delaware pour attirer des entreprises uniquement pour des motifs fiscaux en réponse à leurs contraintes budgétaires, ont bâti le premier pilier des paradis fiscaux.

Le Royaume-Uni dans les années 20 donne naissance au principe d’un enregistrement fictif des entreprises pour des raisons fiscales au niveau internationale et par le biais des juges britanniques.

La Suisse après la première mondiale attire massivement les capitaux français, allemands, italiens, et autrichiens et devient un place financière spécialisée dans le sauvetage des capitaux en quête de refuge fiscal. Les banquiers suisses proposant déjà l’anonymat des comptes bancaires sont conscient des avantages que représente leur place financière dans un contexte économique européen instable. La loi bancaire de 1934 dans son article 47 place le secret bancaire sous la protection du droit pénal. Ainsi, un employé d’une banque suisse livrant des informations concernant l’identité de ses client y compris à son propre gouvernement commet un acte criminel. Ainsi, une fois les frontières passée, les capitaux entraient dans un sanctuaire inviolable.

Pourquoi les autorités suisses ont ainsi renforcé le secret bancaire grâce à la loi bancaire de 1934 ?

Les banquiers suisses entretiennent le mythe selon lequel cette loi fut créée pour protéger les avoirs des juifs et des autres minorités persécutées par l’Allemagne nazie. Il en est finalement tout autrement et la France y joue un rôle déterminant…

La crise de 29 n’épargne pas le système financier helvétique qui connaît sa plus grave crise. Sur les huit « grandes banques », une a fait faillite, une a survécu grâce à une aide massive de l’Etat fédéral et d’autres ont du être réorganisées. Les autorités politiques suisses décident alors en janvier 1933 d’élaborer une nouvelle loi bancaire visant à un renforcement du contrôle des activités des établissements financiers.

Les banquiers du monde entier en général et suisses en particulier craignent alors deux choses : 1/ l’accroissement du pouvoir donné aux représentants publiques et 2/ la divulgation des informations de leurs clients aux autorités fiscales suisses ou étrangères. C’est pourquoi l’article 47 de la future loi bancaire se trouve dans le projet de loi de février 1933.

En France, Edouard Herriot arrive au pouvoir en 1932 et décide de s’attaquer aux déficits budgétaires, la fraude fiscale devient un enjeu national et le rôle de la suisse pour la faciliter inacceptable. L’affaire Albertin éclate…

Résumé de l’affaire Albertin : suite à une dénonciation et enquête menée par le commissaire Barthelet dans les locaux de la banque commerciale de Bâle à Paris, une liste de 2 000 noms est découverte : ceux de fraudeurs qui ont recours à la banque pour échapper au paiement de la taxe de 20% sur les plus-value de placement à l’étranger.

La presse s’empare de l’affaire mais le ministre de l’intérieur de l’époque, Camille Chautemps, refuse de la divulguer. Quant au ministre des finances, Louis Germain-Martin, celui-ci jure qu’il ne les connaît pas. Le député socialiste Fabien Albertin, ancien avocat de la cour d’appel de Paris, dispose d’une copie de cette fameuse liste et la rend publique : sénateurs, généraux, magistrats, évêques, propriétaires de grands journaux et des industriels y figurent. La banque d’escompte suisse et une banque genevoise sont également confondues et entraînées dans la tourmente.

Dans le cadre de cette enquête sans précédent, des poursuites judiciaires sont entamées et les avoirs des trois banques suisses bloqués. Les autorités françaises convoquent deux administrateurs de la banque commerciale de Bâle et leur demandent l’accès aux comptes de leurs clients au siège. Suite à leur refus, les deux administrateurs sont emprisonnés et feront deux mois de détention. La France demande alors aux autorités suisses l’entraide judiciaire qui est refusée par le gouvernement fédéral.

Les clients étrangers de ces trois banques suisses paniquent et demandent le remboursement de leurs avoirs. La banque d’escompte de Genève n’y survivra pas.

Les milieux financiers suisses savent que d’autres scandales sont possibles et cette affaire a eu pour conséquence de mettre en évidence un danger important : celui de la perte de confiance des clients étrangers à l’égard des institutions financières suisses qui peuvent donner accès à leurs registres face à des pressions d’un gouvernement étranger puissant. En faisant de la violation du secret bancaire un délit poursuivi d’office, en principe, par les autorités suisses, la loi de 1934 atténuait ce danger.

Plusieurs territoires comme Beyrouth, Tanger, les Bahamas, le Liechtenstein et Montevideo copient la loi suisse, devenue la référence. Dans le cadre des auditions du Congrès américain sur l’évasion fiscale et le crime organisé, le secret bancaire des banques helvétiques revient souvent et les banquiers suisses inventent en 1966 la légende de la protection des avoirs juifs. Ironie de l’histoire, les banques suisses ont longtemps utilisé le secret bancaire pour justifier la lenteur de la procédure de restitution des fonds aux survivants de l’holocauste et à leurs héritiers.

Après le moins-disant fiscal des avocats de New-York et la résidence fictive pour raison fiscale inventée involontairement par les juges londoniens, la loi bancaire suisse de 1934 rendant inviolable, sous peine de poursuites pénales, le secret bancaire, apporte la dernière pierre à l’édifice dans la construction des paradis fiscaux.

Voir de plus:

Secret bancaire, 1934 – 2015?

Yves Genier

L’Hebdo

05.05.13

L’agonie du secret bancaire ancienne formule, créé en 1934, a toutes les chances de s’achever en 2015. Dans moins de deux ans. Le délai donné par le Luxembourg il y a un mois a donc toutes ses chances de se réaliser en Suisse aussi, quoiqu’en disent les principales associations de banquiers.

C’est en tout cas ce qu’a laissé entendre la ministre des Finances Eveline Widmer-Schlumpf samedi lors du congrès de son parti, le minuscule BDP, répétant ce qu’elle avait esquissé en décembre dernier. Mais c’est aussi vers quoi convergent tous les indicateurs.

Il paraît certain que l’UE déterminera son mandat de négociation avec la Suisse le 23 mai prochain lors du prochain Sommet des ministres des Finances. De son côté, la ministre suisse des Finances se dit prête. La voie des discussions est donc dégagée et leur base sera claire: la reprise du modèle européen, sans autres discussions côté helvétique.

La principale objection suisse à une instauration de l’échange automatique, les paradis fiscaux offshore sous souveraineté britannique, est tombée. Jeudi, le chancelier de l’Echiquier britannique, George Osborne, a indiqué qu’une demi-douzaine de territoires britanniques d’Outre-mer (îles Caïmans, BVI, Jersey, etc.) étaient prêts à échanger des informations précises avec cinq grands pays européens. A noter, au passage, que les autres en sont exclu. Et que rien n’est fait pour améliorer l’application de l’obligation internationale sur l’identification de l’ayant-droit économique ultime des avoirs dans les banques, si mal appliquée en maints territoires à “common law” et aux Etats-Unis. Bonjour la transparence! Mais c’est un pas important.

Enfin, les grandes banques se sont converties à l’échange automatique, qu’elles appliquent, se préparent à appliquer ou réclament de leurs voeux pour garantir l’accès de leurs produits financiers au grand marché européen. UBS, Credit Suisse, Julius Bär, Pictet et Lombard Odier se débarrassent de leurs clients à problèmes dans le but d’en être débarrassés dans deux ans.

Bien sûr, les associations bancaires, ASB et banquiers privés, restent opposés à l’échange automatique et plaident encore pour le système “Rubik”. Leurs petits membres voient encore la fin du secret bancaire comme une menace et non pas comme une opportunité et s’accrochent encore aux branches du passé. tout ce qu’elles réussissent à faire, c’est de prolonger la belle confusion dont les banquiers ont abreuvé le public depuis quatre ans et qui a acculé la Suisse dans une impasse.

Voir de même:

La Suisse prête à lever le secret bancaire en 2015

Anne Cheyvialle

Le Figaro

23/04/2013

Berne accepte, sous conditions, d’appliquer l’échange automatique d’informations prôné par l’OCDE et le G20.

Un nouveau séisme se prépare sur les bords du lac Léman. À la suite du coup de force du week-end dernier au G20 de Washington, la Suisse serait prête à accepter le principe de l’échange automatique d’informations, à partir de 2015, d’après le quotidien suisse Le Temps, ce qui signerait l’arrêt de mort du secret bancaire pour les comptes de résidents étrangers en Suisse.

Une fois encore, c’est la pression internationale qui fait plier la Confédération. Berne est pris en étau entre les États-Unis, qui imposent l’échange automatique d’informations avec la Suisse ­depuis le 1er janvier 2013, et la récente volte-face du Luxembourg, prêt à lever le secret bancaire en 2015 dans le cadre de la directive ­épargne européenne. La volonté ­unanime, affichée au G20, à Washington, de faire de l’échange auto­matique d’informations fiscales un nouveau standard international, élaboré par l’OCDE, achève le tableau.

Fini, donc, le transfert laborieux et parcellaire des données bancaires sur demande dans le cadre des traités fiscaux actuels. Qui dit échange automatique d’informations dit règle de transparence comme c’est déjà le cas dans l’Union européenne, Autriche et Luxembourg mis à part.

La Suisse cherche toutefois à gagner du temps. Elle refuse d’être acculée, comme elle le fut en 2009, lorsqu’elle dut ouvrir une première brèche sur le secret bancaire après avoir été placée, pour la première fois de son histoire, sur une «liste noire» de paradis fiscaux.

Trusts anglo-saxons

Cette fois, Berne veut imposer des conditions à sa reddition. «La Suisse est prête à avancer s’il y a un standard global ; si ce standard est appliqué par tous les pays, surtout les grands centres financiers internationaux comme Londres, New York, Dubaï ou Singapour et les centres offshore anglo-saxons (Jersey, Guernesey, îles Vierges britanniques… NDLR); et enfin si les bénéficiaires des trusts et autres véhicules financiers sont identifiés », explique au Figaro Mario Tuor, porte-parole du secrétariat d’État suisse aux questions financières internationales. Mais Berne refuse de confirmer la date de 2015, avancée par la presse suisse. «Nous n’avançons aucune date», assure le porte-parole suisse.

Ce terme semble néanmoins crédible aux experts. «En 2015, tout le monde peut être au rendez-vous», estime Daniel Lebègue, président de Transparency International. «Le grand changement cette année, c’est la volonté unanime du G20, notamment de la Chine qui ne cherche plus à épargner Hongkong et Singapour: cette fois, la digue a vraiment cédé, le calendrier est en marche», assure-t-il.

Prochain rendez-vous, en juin, au sommet du G8, sous présidence du Royaume-Uni. Faisant fi des ­intérêts de la City, le premier ­ministre David Cameron a fixé comme priorité la lutte contre l’évasion fiscale. Puis ce sera le G20, en septembre, à Saint-Pétersbourg, en Russie. L’OCDE, cheville ou­vrière de l’échange automatique d’informations, mettra sur la table un nouveau standard international.

Afin d’accélérer le processus, l’Organisation internationale travaille à la mise en place d’une convention multilatérale. Les pays pourraient y adhérer directement sans passer par des renégociations bilatérales des traités. Ce qui pourrait se faire d’ici à 2015.

Bruxelles met la pression sur Berne dans la lutte contre l’évasion fiscale

L’Union européenne attend de la Suisse une réelle coopération pour lutter contre l’évasion fiscale, qui passe par un échange automatique «ambitieux», a précisé ce mardi le commissaire en charge de la fiscalité Algirdas Semeta. La première étape dans cette bataille est d’obtenir au prochain sommet européen, en mai, un mandat pour entamer les négociations avec les partenaires que sont la Suisse, Andorre, Monaco et le Liechtenstein. La partie est loin d’être gagnée car il faut l’unanimité. Le Luxembourg et surtout l’Autriche, qui reste arc-boutée contre l’échange automatique d’information, pourraient faire capoter l’initiative. «L’objectif, a complété Algirdas Semeta, est de parvenir à des accords ambitieux de partage d’informations couvrant de nombreux aspects.» Il s’agit notamment de s’attaquer aux sociétés écrans qui dissimulent le réel bénéficiaire. Et la coopération avec la Suisse doit couvrir les comptes «omnibus» ouverts par des ressortissants suisses pour des étrangers, en référence au compte caché de Jérôme Cahuzac à la banque Reyl.

Pour faire plier la Suisse, Bruxelles brandit la menace d’un accès plus restreint au marché européen. «La Suisse est au cœur de l’Europe et profite largement de son accès au marché unique. Il est évident qu’elle doit donner le même traitement aux pays européens que celui accordé aux autres pays, dont les États-Unis», argumente le commissaire à la fiscalité. L’accord (Fatca) entre la Suisse et les États-Unis est très exigeant.» Alors que Washington a repoussé l’échéance à janvier 2014 pour la mise en place de ces accords, le calendrier a été avancé à début 2013 pour la Suisse et le Luxembourg.

Voir enfin:

An Oldie—The ‘Offshore’ Witch Hunt

What public interest is served by invading the financial privacy of innocent citizens?

Holman W. Jenkins Jr.

The WSJ

April 9, 2013

Anyone collecting similarities between our times and the 1930s might pin a photo of Fabien Albertin to his bulletin board.

Monsieur Albertin, a French deputy, appeared on the floor of the National Assembly claiming to have received details of secret Swiss bank accounts held by French politicians, celebrities and industrialists. Not long after, the Swiss made a point of enacting a law to impose criminal penalties on bankers who betray client secrets. As Europe descended into chaos and war, the Swiss knew a business opportunity when they saw one.

Monsieur Albertin’s modern-day counterpart is Gerard Ryle, an Irish-Australian journalist whose International Consortium of Investigative Journalists has been flogging information from a purloined hard-drive containing details of the mostly Caribbean accounts of 130,000 depositors from 170 countries.

Among Mr. Ryle’s collaborators is the Guardian newspaper, last seen decrying invasions of privacy in Britain’s phone hacking scandal.

Another collaborator is the Washington Post, which insisted on Sunday: « Among the 4,000 U.S. individuals listed in the records, at least 30 are American citizens accused in lawsuits or criminal cases of fraud, money laundering or other serious financial misconduct. »

That’s a ratio of 0.75%. One wonders what percentage of account holders in domestic banks would have to be accused of something in a lawsuit to justify all account holders having their records ransacked by the media.

Mr. Ryle has said he’s still deciding whether to release his data generally. Let’s presume journalists are not interested in invading the financial privacy of innocent citizens. Oh wait. The Post describes the Cook Islands holdings of a Baltimore real-estate family, « a transfer they disclosed to the IRS. » Why is the family’s data fair game? Apparently only because they were once victimized by a swindler.

The Post’s logic: If you were ever mugged in an alley, the paper can publish your stolen bank records.

The implicit tone of all such reporting, of course, is that anyone who uses offshore accounts must be a criminal. But this cannot be sustained as an intellectual matter. « There’s nothing illegal per se about owning an entity in a tax haven, » Mr. Ryle himself has said.

« Many people use the offshore world for legitimate purposes, » the Post acknowledges.

One who appears cheerfully to have answered questions is author and Gulf Oil heir James Mellon, who tells Mr. Ryle he once used a « whole bunch » of offshore accounts for tax and liability reasons.

Another rationale also lurks behind the lines of stories based on the stolen records appearing in the media from Germany and Ireland to the Far East: Governments everywhere are hard-up for money. This gets causation nearly backwards. The paranoid rich are assumed to be too cheap and greedy to pay the taxes they are assumed to be dodging. In fact, many are obviously prepared to incur considerable cost to keep a pot of money somewhere they hope it will be safe. These fearful rich are in search of jurisdictional diversification, and willing to pay for it.

Why? Maybe because populist attacks on the wealthy, predatory government and sleazy lawsuits are not unknown in our world. It’s true criminals often use offshore accounts to hide their loot. Criminals also use onshore accounts and brown paper bags to hide their loot. But notice that the « investigative » method used by reporters here apparently consisted of Googling the names of account holders to see if they were linked to questionable activities. That is, those whom the media found an excuse to name could be named precisely because the existence of an overseas account hadn’t stopped them being prosecuted for crimes at home.

And what is the solution? To ban transactions across borders would be to restore the world to medieval poverty. To require all governments to adopt identical tax laws would be to lose an important incentive for governments to tax responsibly.

What should really disturb readers is the number of politicians and civil servants named in the secret files. One is the campaign finance chief of French President François Hollande, last seen canvassing for populist votes by promising confiscatory taxes on millionaires.

What should disturb readers is the number of governments now not trying to protect the rights of violated account holders, but trying to get their hands on Mr. Ryle’s data for tax-fishing purposes.

Mr. Ryle has said he obtained the secret cache in connection with his exposure of the Firepower fraud in Australia, involving investors and politicians who were bamboozled by promises of a magic pill to increase fuel mileage.

The scamster allegedly stashed some of his loot offshore. Surely, though, the larger lesson is that everyone in Australia should move their money offshore to get it away from politicians and regulators who can’t see through a scam as shopworn as the magic fuel-mileage pill.


Terrorisme: L’incroyable aveuglement occidental devant la véritable horreur de ce que peut produire l’effacement des cultures traditionnelles (Last bang before the whimper ? : Why Israeli-Palestinian peace is not for tomorrow)

3 mai, 2013
http://www.undergroundvoices.com/ApocalypseNOV2011.jpgTravaillons donc à bien penser : Voilà le principe de la morale. Blaise Pascal
C’est ainsi que finit le monde pas sur un boum mais sur un murmure. TS Eliot
C’est quand les phénomènes vont mourir qu’ils s’exaspèrent. René Girard
Le « bazar » qu’est Al-Qaida – on ne peut en effet plus y distinguer une quelconque structure hiérarchique – est composé d’un cercle mondial de personnes qui commettent des attentats tout simplement nihilistes, puisqu’on ne décèle plus aucun objectif définissable pour lesquels ces acteurs se battent. (…) Ces gens sont complètement détachés des conflits: il s’agit d’une secte ou du moins d’une entité qui a le bagage idéologique d’une secte. Ce qui est dangereux, c’est qu’Internet permet justement à ces fanatiques de se regrouper, de s’organiser et de s’auto-encourager. (…) Al-Qaida est devenue une sorte d’agrégat dans lequel les relations personnelles avec les cadres ne sont plus nécessaires: il s’agit d’une pure idéologie, une idée selon laquelle le monde doit être « nettoyé » des infidèles et qu’il est en guerre, même dans des régions comme Casablanca, Madrid, Paris ou Londres où les gens n’ont pas le sentiment de vivre dans une situation de conflit. Si l’on considère Mohammed Siddique Khan et son message vidéo, on n’a l’impression qu’il se trouvait dans un autre pays qui s’appellerait par hasard « Angleterre ». Le monde est en guerre, et il s’agit de continuer la lutte. Ces gens sont complètement détachés des conflits: il s’agit d’une secte ou du moins d’une entité qui a le bagage idéologique d’une secte. Ce qui est dangereux, c’est qu’Internet permet justement à ces fanatiques de se regrouper, de s’organiser et de s’auto-encourager. (…) Les kamikazes de Casablanca, par exemple, sont allés à pied pour rejoindre le lieu de leur attentat: ils n’avaient pas les moyens de payer un taxi. Comment s’imaginer alors qu’ils aient eu suffisamment d’argent pour entreprendre un voyage en Irak? Je crois qu’il s’agit d’une erreur d’affirmer que les attentats d’Al-Qaida soient liés à une notion de territoire. Même en Irak, on observe depuis environ une année des combats massifs entre la résistance sunnite et des militants qui se sont établis comme Al-Qaida, du fait que sur place, Al-Qaida a assassiné tellement de sheiks, de personnalités locales dans les cercles radicaux que même leurs alliés se sont retournés contre eux plutôt que de perpétrer des attentats sur les Américains.(…) L’attentat-suicide constitue l’ultima ratio de la lutte, mais peut perdre sa valeur s’il est utilisé de manière indiscriminée, comme ce fut le cas durant la guerre Iran-Irak où des centaines de milliers d’enfants ont été envoyés à la mort. Dans ce dernier cas, presque la moitié des familles des quartiers pauvres de Téhéran pourraient prétendre au titre de familles de martyrs. Mais cela crée des conflits puisqu’il n’y pas assez d’argent et qu’il est difficile d’honorer la mémoire de 50.000 personnes chaque année, alors que dans le cas du LTTE et du Hezbollah, il existe des reliquaires pour les martyrs dont on fête l’anniversaire et dont on se souvient. Mais cela ne peut fonctionner que si l’on sacrifie une trentaine de personnes en l’espace de 25 ans, comme dans le cas du Hezbollah. Ce qui se passe en Irak est lié à la désintégration générale d’Al-Qaida. (…) Dans le cas d’Al-Qaida et de sa façon arbitraire et indiscriminée de frapper, ceci aura probablement pour conséquence que l’attrait de l’attentat-suicide va diminuer. On a assisté à un phénomène similaire en Iran après les vagues de kamikazes durant le conflit avec l’Irak: il n’y a plus jamais eu de kamikazes iraniens du fait que la valeur du phénomène a été complètement dévaluée. On peut observer une baisse de l’attrait, mais dans une proportion moindre, dans la société palestienne, où l’on a assisté à d’énormes fluctuations que ce soit au niveau de l’approbation des attentats ou de leur nombre. Par exemple, après le début de la seconde Intifada, les attaques étaient presque quotidiennes, alors que maintenant où l’on assiste à une certaine lassitude, leur nombre a baissé de manière drastique. Dans le cas d’Al-Qaida, cette « réaction à retardement » fonctionne de manière ralentie puisqu’il ne s’agit pas d’un groupe militants limité, mais de ce qu’on pourrait qualifier de « crème de la crème » des ultra-radicaux de toutes les sociétés musulmanes.(…) Il y aura peut-être un problème avec ce qu’on appelle « Al-Qaida », du fait qu’elle opère comme une secte isolée et que malgré son manque de succès, elle trouvera toujours des gens pour se faire sauter, peut-être moins en Irak, mais en Allemagne ou dans des endroits où les mesures de sécurité sont beaucoup plus faibles et que l’on peut facilement se mélanger à des foules nombreuses. En principe, rien ne serait plus facile que de perpétrer un attentat-suicide en Allemagne où dans tous les endroits où il est possible de s’approcher d’une foule avec une camionnette remplie d’explosifs, ce qui est devenu impossible en Irak puisqu’il y a partout ces barrières de béton. (…) La fierté – qui est en fait également très ambivalente puisqu’il s’agit d’une fierté officielle, mais qu’au niveau privé les familles sont souvent accablées – que l’on retrouve dans les familles palestiniennes n’a pas été observé dans les familles irakiennes du fait que les familles ne sont souvent pas au courant et qu’une telle approbation publique n’existe pas en Irak. (…) C’est difficile à dire étant donné que la situation ressemble au jet d’un cocktail Molotov dans une mer de flammes, c’est-à-dire que les attentats-suicides ne constituent qu’une partie de la situation qui perturbe beaucoup la population. A cela s’ajoutent les nettoyages ethniques, c’est-à-dire qu’on assiste à de véritables chasses contre les sunnites, les chiites, les chrétiens. Les escadrons de la mort des groupes de confession sunnite et chiite font la chasse aux membres des autres confessions. Les enlèvements ont atteint un niveau tel que même de pauvres chauffeurs de taxi sont kidnappés, étant donné que tous les gens riches ont déjà été enlevés. Christoph Reuter (2007)
Dans les pays occidentaux, nous avons partout ce système d’allocations sociales qui est à peine utilisé par la population locale. D’un autre côté, il y a cette population immigrante dont les femmes ne peuvent être compétitives sur le marché du travail local. Pour les Danoises et les Allemandes, les allocations sont trop faibles pour être attractives. Pas pour les immigrants. Ce que l’on voit donc en Angleterre, en France, en Allemagne et aux Pays-Bas, ce sont des femmes issues de l’immigration qui complètent leur éventuel petit salaire par les deniers publics. Ce n’est pas un revenu extraordinaire, mais ça leur suffit. Et cela crée un genre de « carrière » réservé aux femmes, un modèle que leurs filles suivront. Mais les fils n’ont pas ce choix. Ils ont grandi dans les basses couches de la société, sans les compétences intellectuelles nécessaires pour améliorer leur position. Ce sont ces garçons qui mettent le feu à Paris, ou dans des quartiers de Brême. Certains d’entre eux parviennent jusqu’à l’université et deviennent des leaders pour les autres – pas des pauvres, mais de jeunes hommes de rang social peu élevé, qui croient être opprimés à cause de leur confession musulmane, alors qu’en réalité c’est le système social qui a créé cette classe de perdants. Gunnar Heinsohn
Le 17 février 2001, un cargo vétuste s’échouait volontairement sur les rochers côtiers, non loin de Saint-Raphaël. À son bord, un millier d’immigrants kurdes, dont près de la moitié étaient des enfants. « Cette pointe rocheuse faisait partie de mon paysage. Certes, ils n’étaient pas un million, ainsi que je les avais imaginés, à bord d’une armada hors d’âge, mais ils n’en avaient pas moins débarqué chez moi, en plein décor du Camp des saints, pour y jouer l’acte I. Le rapport radio de l’hélicoptère de la gendarmerie diffusé par l’AFP semble extrait, mot pour mot, des trois premiers paragraphes du livre. La presse souligna la coïncidence, laquelle apparut, à certains, et à moi, comme ne relevant pas du seul hasard. Jean Raspail
C’est sous la tutelle de Yasser Arafat, le véritable père du terrorisme du Moyen-Orient moderne, les Palestiniens ont appris l’éthique flexible qui permet à des hommes de massacrer des femmes et des enfants et d’appeler cela de la « résistance. » Avec ce type de morale, le respect islamique traditionnel pour le martyre istishhad converti en cri de guerre moderne, l’évolution d’un combattant palestinien armé d’une mitraillette et de grenades en terroriste-suicide homme puis femme semble, rétrospectivement, inévitable. Entendre des mères musulmanes palestiniennes raconter fièrement comment elles avaient envoyé des fils mourir comme terroristes-suicide et se réjouir à présent à l’idée d’envoyer plus de fils ou de filles mourir pour la cause, on réalise la véritable horreur de ce que peut produire l’effacement des cultures traditionnelles par la face cachée de la modernité occidentale. Reuel Marc Gerecht
La même force culturelle et spirituelle qui a joué un rôle si décisif dans la disparition du sacrifice humain est aujourd’hui en train de provoquer la disparition des rituels de sacrifice humain qui l’ont jadis remplacé. Tout cela semble être une bonne nouvelle, mais à condition que ceux qui comptaient sur ces ressources rituelles soient en mesure de les remplacer par des ressources religieuses durables d’un autre genre. Priver une société des ressources sacrificielles rudimentaires dont elle dépend sans lui proposer d’alternatives, c’est la plonger dans une crise qui la conduira presque certainement à la violence. Gil Bailie
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. Mais les tours détruites occupaient autant d’étrangers que d’Américains. Et par leur efficacité, par la sophistication des moyens employés, par la connaissance qu’ils avaient des Etats-Unis, par leurs conditions d’entraînement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains ? On est en plein mimétisme.Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxisme.  René Girard
Si les convertis jouent un rôle fondamental dans la stratégie islamiste, c’est parce qu’ils se trouvent justement à l’intersection de ces deux versants complémentaires de la stratégie de lutte contre l’Occident : certains deviennent des soldats du djihad, d’autres sont employés à des fonctions de da’wa. » (propagation de la foi) Paul Landau
Aucun nombre de bombes atomiques ne pourra endiguer le raz de marée constitué par les millions d’êtres humains qui partiront un jour de la partie méridionale et pauvre du monde, pour faire irruption dans les espaces relativement ouverts du riche hémisphère septentrional, en quête de survie. Boumediene (mars 1974)
Un jour, des millions d’hommes quitteront le sud pour aller dans le nord. Et ils n’iront pas là-bas en tant qu’amis. Parce qu’ils iront là-bas pour le conquérir. Et ils le conquerront avec leurs fils. Le ventre de nos femmes nous donnera la victoire. Houari Boumediene (ONU, 10.04.74)
Le jihad n’est pas exigé si l’ennemi est deux fois plus puissant que les musulmans. (…) Quel intérêt y a-t-il à détruire un des édifices de votre ennemi si celui-ci anéantit ensuite un de vos pays ? A quoi sert de tuer l’un des siens si, en retour, il élimine un millier des vôtres ? Saïd Imam Al-Sharif alias Dr. Fadl (ex-idéologue d’Al Qaeda)
Je ne crois guère au développement d’un terrorisme de masse. (…) Je ne pense donc pas, contrairement à certains, que nous verrons des actes terroristes entraînant des milliers de victimes. Pascal Boniface (mai 2001)
La liberté d’expression est dans tous les pays occidentaux d’ores et déjà limitée (…) en 2005, l’Eglise catholique de France a obtenu le retrait d’une publicité utilisant la Cène, mais remplaçant les apôtres par des femmes court vêtues. Cela relève exactement de la même démarche qu’entreprennent les associations musulmanes aujourd’hui. (…) Aucun grand journal ne publierait des caricatures se moquant des aveugles, des nains, des homosexuels ou des Tziganes, plus par peur du mauvais goût que de poursuites judiciaires. Mais le mauvais goût passe pour l’islam, parce que l’opinion publique est plus perméable à l’islamophobie (qui très souvent recouvre en fait un rejet de l’immigration). Olivier Roy
Four-in-ten Palestinian Muslims see suicide bombing as often or sometimes justified, while roughly half (49%) take the opposite view. In Egypt, about three-in-ten (29%) consider suicide bombing justified at least sometimes. Elsewhere in the region, fewer Muslims believe such violence is often or sometimes justified, including fewer than one-in-five in Jordan (15%) and about one-in-ten in Tunisia (12%), Morocco (9%) and Iraq (7%). In Afghanistan, a substantial minority of Muslims (39%) say that this form of violence against civilian targets is often or sometimes justifiable in defense of Islam. In Bangladesh, more than a quarter of Muslims (26%) take this view. Support for suicide bombing is lower in Pakistan (13%). Sondage Pew
Les attentats du 11 septembre 2001 constituent l’aboutissement extrême d’une orientation prise par la mouvance islamiste radicale depuis le milieu des années 1980, à l’époque où se rassemblaient en Afghanistan les combattants du jihad contre l’Armée rouge. Sous l’égide des États-Unis et des pétro-monarchies de la péninsule arabique, les activistes les plus déterminés venus d’Égypte, d’Algérie, d’Arabie Saoudite, du Pakistan, du Sud-est asiatique… et parfois des banlieues européennes avaient alors constitué des brigades internationales islamiques. […] Pour les États-Unis et les États musulmans conservateurs alliés à Washington, ce jihad en Afghanistan permettait du même coup de piéger l’Union soviétique […] et d’éviter que l’Iran révolutionnaire ne conquière l’hégémonie sur une mouvance islamiste alors en pleine expansion à travers le monde. Ces deux objectifs ont été atteints.[…] Le 11 septembre 2001, les États-Unis vont subir, pour une large part, le choc en retour du phénomène qu’ils ont contribué à engendrer dans les années 1980. La tuerie des milliersde civils du World Trade Center et du Pentagone est le prix payé, avec une décennie de décalage, pour le « zéro mort » américain du jihad contre l’Armée rouge. Gilles Kepel (2003)
Les groupes salafistes (…) ne sont pas très nombreux mais très déterminés. Surtout, dans un univers où les repères ont disparu, ils donnent une sorte de corset à la société, ce qui est rassurant quand vous êtes paumé. Ils font des pauvres et des laissés-pour-compte des héros. Cela crée, dans les situations de désarroi, un phénomène frappant qui ressemble à ce qu’on voit dans l’extrême-droite. Les salafistes arrivent à récupérer les frustrations sociales, et à les traduire dans l’exigence de l’application des normes les plus strictes. (…) Il y a eu trois phases dans les révolutions. La première : la chute des régimes. La deuxième : la conquête du pouvoir, la plupart par des partis islamistes. La troisième se déroule aujourd’hui : la mise en cause de ces partis islamistes pour leur incompétence et le caractère liberticide de certains. Ces partis sont aujourd’hui débordés à la fois par des éléments de la société civile laïque, dont des jeunes ont qui ont porté la révolution, et par des déshérités qui ont épousé le salafisme radical. Nous sommes dans une période d’incertitude totale. Mais c’est assez normal car ces révolutions n’ont que deux ans. (…) Au début, les monarchies du Golfe étaient très inquiètes. Car les mots d’ordre révolutionnaires – liberté, démocratie, justice sociale – pouvaient être prises comme une remise en cause de ce qu’elles sont. Le cauchemar des émirs c’était que des dizaines de millions d’Egyptiens et autres déferlent sur leurs puits de pétrole. Ils ont donc développé deux stratégies : les Saoudiens ont renforcé leur soutien aux salafistes, qui obéissent aux oulémas saoudiens, et les Qataris ont soutenu les Frères musulmans, y voyant des alliés pour construire leur hégémonie sur le monde arabe sunnite. (…) L’affrontement chiites-sunnites est le clivage principal qui sort des révolutions. Le Qatar a tenté de dévier l’énergie révolutionnaire dans la lutte contre l’Iran, le chiisme et ses alliés. C’est une façon de prendre en otage les aspirations révolutionnaires et démocratiques des peuples dans l’affrontement chiites-sunnites pour le contrôle du gaz et du pétrole du Golfe. ( la Syrie) est dans un état catastrophique. On en est à 100 000 morts, avec des perspectives épouvantables. Les salafistes y montent en puissance grâce à la manne financière des pays du Golfe, et parce que l’occident n’a pas aidé l’armée syrienne libre. (la révolution au Bahreïn) survenue après celle de Tunisie et d’Egypte, a été écrasée par l’Arabie saoudite dans l’indifférence totale du monde des consommateurs de pétrole, qui craignait qu’une révolution au Bahreïn mette le feu au Golfe et fasse grimper le prix du baril.. (le printemps arabe dans les banlieues françaises) a créé un espace plus fluide, décrispé de la citoyenneté. Il n’y a plus le bled et la dictature d’un côté, l’Europe et la démocratie de l’autre. Ça c’est l’aspect favorable. L’autre aspect, défavorable, c’est l’arrestation de ce djihadiste de Haute Savoie originaire d’Algérie arrêté au Mali et, plus largement, la fascination pour les terrains du djihad, que ce soit au Mali ou en Syrie. Des jeunes prennent des charters pour aller combattre. Pour ceux qui n’arrivent pas à s’insérer par le travail dans la société, c’est une manière de se construire une position héroïque. Mais leur retour en France sera très préoccupant. A cet égard, le cas de Mohamed Merah reste dans les mémoires. Gilles Kepel
L’attentat de Boston présente de troublantes similitudes avec la tuerie de Montauban et Toulouse en mars 2012. A une année de distance, deux opérations de « djihad du pauvre » ont été menées en Occident par des jeunes musulmans brusquement radicalisés issus de l’immigration. (…) Ces deux passages à l’acte illustrent en effet les préconisations du « troisième âge du djihad », théorisées par l’idéologue islamiste syrien Moustafa Sitt Mariam Al-Nassar – dit Abou Moussab Al-Souri – dans son volumineux opus Appel à la résistance islamique mondiale. Il fut mis en ligne à partir de 2005, lorsque l’auteur comprit que les opérations centralisées impulsées par Al-Qaida avaient failli, avec l’échec du djihad du « deuxième âge », à instaurer un « califat islamiste » en Irak – le « premier âge » se référait au djihad contre l’Armée rouge en Afghanistan dans la décennie 1980. (…) En septembre 2001, la stratégie de Ben Laden était en avance sur la doctrine militaire américaine : l’arsenal de la « guerre des étoiles » s’avéra futile contre les pirates de l’air de New York et de Washington. Dans la décennie qui suivit, l’Occident rattrapa son retard : la surveillance des transferts de fonds, la réorganisation du renseignement et des forces spéciales, les ravages causés par les drones parmi les imams et les fedayins de l’Irak au Yémen et à l’Afghanistan, portèrent des coups terribles au djihad « organisé » par le haut. L’exécution de Ben Laden, et plus encore le succès militaire français au Mali en 2013 contre une Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI), dont la logique avait été percée, le démontrèrent. C’est en alternative à cette défaite anticipée que Souri prôna une stratégie de djihad « par le bas », déstructuré, qu’il nomma nizam la tanzim (un système et non une organisation). A un terrorisme hâtif de destruction massive devenu impraticable, il oppose la multiplication d’actions quasi « spontanéistes » mises en oeuvre au long cours par des djihadistes autoradicalisés grâce aux sites de partage de vidéos – prolongés par quelques stages de formation in situ – incités à choisir eux-mêmes, dans leur proximité, une cible opportune. Peu ou mal identifiables par le renseignement – Merah comme Tsarnaev avaient été repérés et interrogés, mais leur dangerosité fut sous-estimée –, équipés d’explosifs ou d’armes de fortune, autofinancés par des larcins, ils ne pourront tuer des milliers d’ »impies » comme au 11-Septembre. Mais la répétition de ces actions spectaculaires, leur diffusion et leur glorification sur Internet, leur imprédictibilité, sèmeront à la longue, escompte Souri, la terreur au sein d’un ennemi démoralisé, qui multipliera les réactions « islamophobes », soudant en réaction, autour du djihad défensif, une communauté de croyants immigrés que rejoindront des convertis en nombre croissant. C’est alors, pense l’idéologue du « djihad 3G », qu’adviendra sous les meilleurs auspices l’affrontement qui détruira la civilisation occidentale sur son territoire même. Ce djihad de basse intensité, progressif, mécaniste et eschatologique, n’a guère été pris au sérieux par la communauté du renseignement, requinquée par les succès remportés contre Al-Qaida depuis la seconde moitié de la décennie écoulée. Les « terroristologues de plateau télévisé », généralement ignorants d’une idéologie qui suppose la connaissance de l’arabe et de la culture islamiste radicale, avaient traité en son temps Merah de « loup solitaire » pour masquer leur incompréhension du phénomène. Aux Etats-Unis, on affectionne l’expression stray dogs (chiens errants) pour désigner le passage à l’acte djihadiste depuis 2010 d’une demi-douzaine de résidents ou nationaux américains, qui « mordent où ils peuvent » dans la chair de la société américaine multiculturelle. Mais aucun n’avait, en s’attaquant à une grande communion civique comme le marathon de Boston, arrêtant le peuple américain dans sa course, suscité en contrepartie un traumatisme d’une telle ampleur symbolique – concrétisé par l’immobilisation de plus d’un million d’habitants consignés à domicile pour contempler à la télévision le spectacle hollywoodien de la traque d’un fugitif devenu l’ennemi intérieur par excellence. Ce qui nous frappe, dans les affaires Tsarnaev et Merah, c’est l’énorme retour sur investissement terroriste, le retentissement incommensurable avec les misérables moyens mis en oeuvre – comme si les élucubrations de Souri se traduisaient dans la réalité. Au départ, il y a la divagation sur la planète de destins familiaux ravagés. A Boston, une famille tchétchène anciennement exilée par les persécutions staliniennes au Kirghizistan, ballotée entre la décomposition de l’Homo sovieticus et l’identité nationale ; un père et une mère éduqués qui se projettent dans le rêve américain, où ils se dégradent en mécanicien auto et esthéticienne, avant de s’en revenir dépités au bercail. Un frère aîné, nommé, d’après le terrible empereur mongol, Tamerlan, qui rate une carrière de boxeur, perd ses repères, boit, court les filles, puis découvre une version rigoriste de l’islam, voile sa mère, se nourrit de sites djihadistes tant et si bien que les services russes en informent leurs collègues américains qui interrogent, puis laissent aller le suspect. Un séjour de presque six mois en 2012 dans le Caucase suscitant toutes les spéculations – y compris sur les manipulations ou les ratages du renseignement russe –, d’où il revient si radicalisé qu’il effraie les fidèles de sa mosquée de Boston. Gilles Kepel
Moustapha Sitt Mariam Nassar, plus connu sous le pseudonyme d’Abou Moussab Al-Souri (le Syrien), né à Alep en 1958, a été de tous les combats du djihad depuis qu’il a rejoint en 1976 les rangs de l’Avant-Garde combattante, la branche paramilitaire des Frères musulmans syriens. Etudiant en ingénierie, il assiste au massacre des Frères musulmans par le régime lors du soulèvement de Hama en 1982. Réfugié en France, il se familiarise avec la production tiers-mondiste. En 1985, il se fixe en Espagne, où il épouse une gauchiste athée qui se convertira à l’islam et lui donnera le précieux passeport européen facilitant ses déplacements. Rejoignant le front afghan sur fond de retraite de l’Armée rouge et proche de l’idéologue du djihad « du premier âge », le Palestinien Abdallah Azzam, assassiné en 1989 à Peshawar, il commence à coucher sur le papier ses réflexions en plein conflit civil afghan, puis revient dans son Andalousie en 1992 – où il soutient le djihad du Groupe islamique armé algérien, dont il se fera le relais depuis le « Londonistan » en Angleterre. Il y publie le journal ronéoté Al Ansar, qui exalte faits d’armes et autres massacres d’ »impies ». En 1996, après la victoire des talibans, il revient en Afghanistan, où il organise les rendez-vous de Ben Laden et des doctrinaires du « deuxième âge du djihad », dont Zawahiri, avec la presse internationale. Il est dubitatif envers les actions spectaculaires montées par Al-Qaida et commence à écrire un premier jet de son opus, Appel à la résistance islamique mondiale. Le déluge de feu qui s’abat sur Al-Qaida après le 11-Septembre, l’invasion de l’Afghanistan et la chute des talibans le renforcent dans ses convictions : errant au Pakistan, il achève son livre, rédigé au format d’un e-book, où les conseils de « manuel du djihad » sont téléchargés par les adeptes. Capturé en octobre 2005 à Quetta, il est remis aux Américains et, selon ses avocats, livré par ceux-ci aux Syriens autour de 2007 – à une époque où Bachar Al-Assad est en cour en Occident. Selon des sites islamistes « fiables », il est remis en liberté fin 2011, alors que la révolution syrienne a débuté et que le régime s’emploie à inoculer à celle-ci le virus djihadiste pour lui aliéner le soutien occidental. Gilles Kepel
Où l’on voit que l’éducation à la haine, financée en grande partie avec de l’argent européen (les manuels scolaires de l’AP, dégoulinant de la haine la plus sauvage, sont produits grace à des fonds européens, une bonne partie des médias audiovisuels également) a porté ses fruits : 40% des Palestiniens considèrent totalement ou parfois justifiés les attentats suicide visant une population civile. Seuls les Afghans font presque « aussi bien », avec 39%, le soutien à ce genre d’acte étant bien moindre dans les autres pays musulmans : 29% en Egypte, 15 en Jordanie ou Turquie, 3% en Bosnie et 1% en Azerbaïdjan. Résultat d’autant plus écoeurant que lesdits Palestiniens sont les mieux à même de savoir comment, en comparaison, les Israéliens font de leur mieux pour protéger les civils, entre les envois de tracts, SMS et coup de téléphone prévenant des actions militaires (exclusivité mondiale), les soins apportés même aux pires ordures terroristes, les aides humanitaires diverses… Il suffit de voir comment leurs enfants vont provoquer les soldats pour mesurer à quel point cela est un fait acquis pour cette population qui justifiera pour plus de sa moitié les attaques aveugles visant une population civile. En effet, les réponses possibles opposées étaient « ces attentats sont-ils rarement/jamais justifiés », couvrant donc encore des personnes trouvant des justifications à cette barbarie, et que selon PEW ces 2 réponses ne cumulent que 49% des suffrages. Ari Cohen

Dernier boum, avant le murmure ?

A l’heure où, après le pathétique bricolage mortel (pardon: d’ « épisodes de violence sur le lieu de travail ») de Boston et d’Istres d’un terrorisme manifestement à bout de souffle,  nos « terroristologues de plateau télévisé » s’extasient devant « l’énorme retour sur investissement terroriste, le retentissement incommensurable avec les misérables moyens mis en oeuvre » du « jihad 3G du pauvre » …

Et qu’un sondage sur les pays musulmans confirme, en ces temps de perte de repères, tant la demande d’idéologies et d’hommes forts que l’inévitable discrédit que subit ledit jihad en dehors de certaines réserves d’indiens (Syrie, avant nos propres « banlieues », désormais comprise?) entretenues à grands frais par les contribuables européens ou les pétrodollars de monarchies du golfe toujours plus manipulatrices …

Comment ne pas voir l’incroyable aveuglement occidental devant  la « véritable horreur de ce que peut produire », dans lesdites réserves, « l’effacement des cultures traditionnelles par la face cachée de la modernité occidentale »?

Mais aussi la non moins formidable hypocrisie des appels des belles âmes et des faussaires à la Enderlin à imposer, à la seule véritable démocratie du Moyen-Orient, un dialogue avec ceux qui de toute évidence ne peuvent avoir aujourd’hui d’autre souhait que celui de son annihilation ?

Un nouveau sondage confirme que 40% des Palestiniens soutiennent les attentats suicides

Ari Cohen

JSSNews

2 mai 2013

Le dernier sondage du Pew Research Center, réalisé dans 21 pays, met une fois de plus en lumière la barbarie dans laquelle se complait la population palestinienne de Judée Samarie et de Gaza.

Pew Research Suicide Bombing

Le sondage portait sur différents points tel que les droits des femmes, l’application de la sharia, les attentats suicide…

Sans surprise particulière pour toute personne disposant d’informations valides sur la région, les « Palestiniens » (comprendre : ceux vivant en Judée Samarie et à Gaza) se situent en haut de classement sur de nombreux points :

application de la sharia comme législation unique (89%, seulement dépassés par l’Afghanistan (99%) et l’Irak (91%), la Jordanie arrivant bien plus bas à 71%, l’Egypte à 74, le Maroc à 83

la place de la femme dans la famille : 87% des Palestiniens considérant que la femme doit obéir à son mari (ils partagent sur ce point l’opinion de l’écrasante majorité du monde musulman, seul la Bosnie Herzébovine, l’Albanie et le Kosovo obtiennent sur cette question des scores inférieurs à 50% (respectivement 45, 40 et 34), l’Afghanistan montant à 84% et la Malaysie à 96 !), 33% considérant qu’elle n’a aucun droit au divorce (ils sont sur ce point vers le bas du tableau) et 45% considérant les « crimes d’honneur » comme

Les relations inter-confessionnelles : les Palestiniens répondant à 89%, et ce alors qu’ils comptent une minorité chrétienne en leur sein, que seul l’Islam accorde l’accès au paradis (1ers ex-aequo : Egypte et Jordanie, avec 96%), 42% affirmant cependant que l’Islam et le christianisme ont de nombreux points en commun (quand seuls 15% affirment connaitre « un peu » ou « beaucoup » le christianisme…). Notons également que seuls 80% d’entre eux (les chiffres montent jusqu’à 100% en Tunisie par exemple !) affirment n’avoir comme meilleurs amis que, ou pratiquement qu’exclusivement, des musulmans. Cela donne donc au bas mot 7% des sondés qui ont comme dans leur amitié proche des gens qu’ils considèrent voués à l’enfer… Notons également que Pew a décidé de ne pas aborder les relations avec les Juifs, seuls celles avec les chrétiens sont abordées dans le sondage, ainsi que dans une moindre mesure le bouddhisme.

démocratie / dictature : 55% des Palestiniens souhaitent vivre dans un régime démocratique contre 40% préférant être dirigé par un « puissant leader). Les pays sondés varient sur ce point entre l’extrème du Kyrgystan (32%/64%) et celui du Ghana (87%/12%), le Liban n’étant pas loin derrière (81%/19%). Les Palestiniens ne semblent visiblement pas réaliser l’incompatibilité entre la Sharia et la démocratie…

opinions sur les partis religieux : 29% des Palestiniens considèrent que les partis religieux sont pires que les autres. Ils sont sur ce point ceux qui rejettent le plus lesdits partis. Probablement l’effet Hamas. A l’inverse, la triste surprise vient de l’Egypte et surtout de la Tunisie où 55% de la population considèrent les partis religieux comme étant meilleurs, devançant même l’Afghanistan (54).

rejet de l’extrémisme religieux : les Palestiniens se retrouvent dans la moitié supérieure du tableau, avec des réponses amenant cependant des questions : 22% d’entre eux se déclarent concernés par l’existence d’extrémistes musulmans au sein de leur population, mais 9% d’entre eux répondre se sentir concernés uniquement par les extrémistes chrétiens (??????) et 30% par les deux. Réponses assez sidérantes quand on connait les chrétiens vivant dans ces régions, oscillant entre soumission servile voir zelée et fuite vers d’autres cieux plus cléments. Des pays comme l’Indonésie, l’Irak ou la Guinée Bissau présentent des résultats plus cohérents, avec une inquiétude face à l’extrémisme musulman touchant plus ou moins 50% de la population, mais l’inquiétude envers le supposé extrémisme chrétien d’une partie de la population se retrouve dans pratiquement tous les pays musulmans, y compris ceux n’ayant pour ainsi dire aucune population chrétienne.

soutien aux attentats suicide : où l’on voit que l’éducation à la haine, financée en grande partie avec de l’argent européen (les manuels scolaires de l’AP, dégoulinant de la haine la plus sauvage, sont produits grace à des fonds européens, une bonne partie des médias audiovisuels également) a porté ses fruits : 40% des Palestiniens considèrent totalement ou parfois justifiés les attentats suicide visant une population civile. Seuls les Afghans font presque « aussi bien », avec 39%, le soutien à ce genre d’acte étant bien moindre dans les autres pays musulmans : 29% en Egypte, 15 en Jordanie ou Turquie, 3% en Bosnie et 1% en Azerbaïdjan. Résultat d’autant plus écoeurant que lesdits Palestiniens sont les mieux à même de savoir comment, en comparaison, les Israéliens font de leur mieux pour protéger les civils, entre les envois de tracts, SMS et coup de téléphone prévenant des actions militaires (exclusivité mondiale), les soins apportés même aux pires ordures terroristes, les aides humanitaires diverses… Il suffit de voir comment leurs enfants vont provoquer les soldats pour mesurer à quel point cela est un fait acquis pour cette population qui justifiera pour plus de sa moitié les attaques aveugles visant une population civile. En effet, les réponses possibles opposées étaient « ces attentats sont-ils rarement/jamais justifiés », couvrant donc encore des personnes trouvant des justifications à cette barbarie, et que selon PEW ces 2 réponses ne cumulent que 49% des suffrages. Il est de plus assez facile de comprendre ce que peuvent penser les 11% qui ont refusé de répondre…

Faire la paix ? Mais avec qui ?

Voir également:

Une majorité de musulmans se déclare pour la charia

OLJ/AFP

| 01/05/2013

Étude Le sondage montre les différences d’interprétation, plus ou moins souples selon le pays.

Une majorité des musulmans dans le monde veulent que la charia, la loi islamique, devienne la loi de leur pays, tout en montrant des opinions disparates sur ce qu’elle recouvre, indiquait hier une étude de l’institut Pew. Cette vaste étude, réalisée de 2008 à 2012 auprès de 38 000 personnes dans 39 pays, porte sur le thème de « Religion, politique et société » dans la communauté musulmane, forte de 1,6 milliard d’individus, la deuxième religion au monde après la religion chrétienne. Une majorité des musulmans notamment en Asie, Afrique et Moyen-Orient, veulent ainsi l’établissement de la charia, avec toutefois des disparités géographiques – 8 % en Azerbaïdjan, mais 99 % en Afghanistan –, affirme Pew qui l’explique par l’histoire des pays et la séparation de l’Église et de l’État.

L’étude montre que l’application de la charia est surtout souhaitée dans la sphère privée, pour régler les affaires familiales ou foncières, par les musulmans habitant des pays où siègent déjà des cours religieuses de ce type. L’exécution de musulmans convertis à une autre religion ou les supplices des coups de fouet ou des mains coupées pour les voleurs recueillent néanmoins une minorité d’avis favorables, sauf pour une forte majorité en Afghanistan et Pakistan et un peu plus d’une personne sur deux au Moyen-Orient et Afrique du Nord. Ils sont aussi majoritaires à vouloir accorder la liberté religieuse aux autres religions. Ainsi au Pakistan, 84 % veulent voir la charia inscrite dans la loi du pays et 96 % estiment que la liberté des cultes est « une bonne chose ». La moitié des musulmans sont également préoccupés par l’extrémisme religieux dans leur pays, dont une majorité en Égypte, Tunisie ou Irak. De même, une majorité de femmes comme d’hommes estime que la femme doit obéir au mari, notamment en Irak, Maroc, Tunisie, Indonésie, Afghanistan et Malaisie, mais une majorité aussi estime qu’une femme doit pouvoir décider toute seule de porter ou non le voile. De fait, la plupart des musulmans ne ressentent pas de tensions entre leur religion et la vie moderne, préfèrent un régime démocratique, aiment la musique ou les films occidentaux même s’ils pensent que cette culture sape la moralité.

Également, une très forte majorité considère la prostitution, l’homosexualité, le suicide ou l’alcool immoraux mais le regard sur la polygamie diverge (4 % l’estiment moralement acceptable en Bosnie-Herzégovine, contre 87 % au Niger). Seuls l’Afghanistan et l’Irak excusent majoritairement les « crimes d’honneur ». La violence au nom de l’islam est largement rejetée mais approuvée par des minorités substantielles au Bangladesh, en Égypte, en Afghanistan et dans les territoires palestiniens. 81 % des musulmans américains estiment qu’elle n’est « jamais » justifiée, contre une moyenne médiane de 72 % dans le reste du monde, ajoute l’étude.

Voir encore:

Merah et Tsarnaev, même combat

Gilles Kepel (Politologue et spécialiste de l’islam, professeur à Sciences Po)

Le Monde

28.04.2013

Les auteurs des tueries de Toulouse et Boston incarnent le troisième âge du djihad, celui d’un terrorisme isolé et d’un échec de l’intégration en Occident.

L’attentat de Boston présente de troublantes similitudes avec la tuerie de Montauban et Toulouse en mars 2012. A une année de distance, deux opérations de « djihad du pauvre » ont été menées en Occident par des jeunes musulmans brusquement radicalisés issus de l’immigration.

Les rapports des Etats-Unis à la Tchétchénie ex-soviétique et ceux de la France à l’Algérie ex-coloniale diffèrent. Mais l’attentat à l’autocuiseur piégé qui a tué trois passants dont un enfant et blessé des dizaines de personnes, suivi du meurtre d’un policier, participe de la même logique que l’assassinat des militaires français ainsi que des petits élèves et du professeur de l’école juive Ozar-Hatorah.

Ces deux passages à l’acte illustrent en effet les préconisations du « troisième âge du djihad », théorisées par l’idéologue islamiste syrien Moustafa Sitt Mariam Al-Nassar – dit Abou Moussab Al-Souri – dans son volumineux opus Appel à la résistance islamique mondiale. Il fut mis en ligne à partir de 2005, lorsque l’auteur comprit que les opérations centralisées impulsées par Al-Qaida avaient failli, avec l’échec du djihad du « deuxième âge », à instaurer un « califat islamiste » en Irak – le « premier âge » se référait au djihad contre l’Armée rouge en Afghanistan dans la décennie 1980.

Lire aussi : Al-Souri, le cerveau du djihad des pauvres

En septembre 2001, la stratégie de Ben Laden était en avance sur la doctrine militaire américaine : l’arsenal de la « guerre des étoiles » s’avéra futile contre les pirates de l’air de New York et de Washington. Dans la décennie qui suivit, l’Occident rattrapa son retard : la surveillance des transferts de fonds, la réorganisation du renseignement et des forces spéciales, les ravages causés par les drones parmi les imams et les fedayins de l’Irak au Yémen et à l’Afghanistan, portèrent des coups terribles au djihad « organisé » par le haut.

DJIHAD « PAR LE BAS »

L’exécution de Ben Laden, et plus encore le succès militaire français au Mali en 2013 contre une Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI), dont la logique avait été percée, le démontrèrent. C’est en alternative à cette défaite anticipée que Souri prôna une stratégie de djihad « par le bas », déstructuré, qu’il nomma nizam la tanzim (un système et non une organisation).

A un terrorisme hâtif de destruction massive devenu impraticable, il oppose la multiplication d’actions quasi « spontanéistes » mises en oeuvre au long cours par des djihadistes autoradicalisés grâce aux sites de partage de vidéos – prolongés par quelques stages de formation in situ – incités à choisir eux-mêmes, dans leur proximité, une cible opportune.

Peu ou mal identifiables par le renseignement – Merah comme Tsarnaev avaient été repérés et interrogés, mais leur dangerosité fut sous-estimée –, équipés d’explosifs ou d’armes de fortune, autofinancés par des larcins, ils ne pourront tuer des milliers d' »impies » comme au 11-Septembre.

Mais la répétition de ces actions spectaculaires, leur diffusion et leur glorification sur Internet, leur imprédictibilité, sèmeront à la longue, escompte Souri, la terreur au sein d’un ennemi démoralisé, qui multipliera les réactions « islamophobes », soudant en réaction, autour du djihad défensif, une communauté de croyants immigrés que rejoindront des convertis en nombre croissant. C’est alors, pense l’idéologue du « djihad 3G », qu’adviendra sous les meilleurs auspices l’affrontement qui détruira la civilisation occidentale sur son territoire même.

PEU PRIS AU SÉRIEUX PAR LES RENSEIGNEMENTS

Ce djihad de basse intensité, progressif, mécaniste et eschatologique, n’a guère été pris au sérieux par la communauté du renseignement, requinquée par les succès remportés contre Al-Qaida depuis la seconde moitié de la décennie écoulée. Les « terroristologues de plateau télévisé », généralement ignorants d’une idéologie qui suppose la connaissance de l’arabe et de la culture islamiste radicale, avaient traité en son temps Merah de « loup solitaire » pour masquer leur incompréhension du phénomène.

Aux Etats-Unis, on affectionne l’expression stray dogs (chiens errants) pour désigner le passage à l’acte djihadiste depuis 2010 d’une demi-douzaine de résidents ou nationaux américains, qui « mordent où ils peuvent » dans la chair de la société américaine multiculturelle.

Mais aucun n’avait, en s’attaquant à une grande communion civique comme le marathon de Boston, arrêtant le peuple américain dans sa course, suscité en contrepartie un traumatisme d’une telle ampleur symbolique – concrétisé par l’immobilisation de plus d’un million d’habitants consignés à domicile pour contempler à la télévision le spectacle hollywoodien de la traque d’un fugitif devenu l’ennemi intérieur par excellence.

Ce qui nous frappe, dans les affaires Tsarnaev et Merah, c’est l’énorme retour sur investissement terroriste, le retentissement incommensurable avec les misérables moyens mis en oeuvre – comme si les élucubrations de Souri se traduisaient dans la réalité.

INTÉGRATION RATÉE

Or, ce qui s’est joué à Boston comme à Toulouse dépasse la seule logique du terrorisme : l’immense résonance de ces deux affaires provient du basculement effarant de destins individuels, chez des immigrés ou enfants d’immigrés que l’ingénierie sociale occidentale, par-delà la différence des modalités américaine ou française, avait vocation à intégrer.

Tout au contraire, ils se sont « désintégrés » par rapport aux sociétés d’accueil, au travers du rejet systématique de leurs valeurs au nom d’une norme islamiste exacerbée, exprimant par le paroxysme de la violence leur adhésion à une cybercommunauté imaginaire de djihadistes, héros fantasmatiques de la rédemption de l’humanité face aux kouffar (« impies ») occidentaux.

Les deux frères Tsarnaev, suspects de l’attentat de Boston.

Au départ, il y a la divagation sur la planète de destins familiaux ravagés. A Boston, une famille tchétchène anciennement exilée par les persécutions staliniennes au Kirghizistan, ballotée entre la décomposition de l’Homo sovieticus et l’identité nationale ; un père et une mère éduqués qui se projettent dans le rêve américain, où ils se dégradent en mécanicien auto et esthéticienne, avant de s’en revenir dépités au bercail.

Un frère aîné, nommé, d’après le terrible empereur mongol, Tamerlan, qui rate une carrière de boxeur, perd ses repères, boit, court les filles, puis découvre une version rigoriste de l’islam, voile sa mère, se nourrit de sites djihadistes tant et si bien que les services russes en informent leurs collègues américains qui interrogent, puis laissent aller le suspect. Un séjour de presque six mois en 2012 dans le Caucase suscitant toutes les spéculations – y compris sur les manipulations ou les ratages du renseignement russe –, d’où il revient si radicalisé qu’il effraie les fidèles de sa mosquée de Boston.

FRÈRE AÎNÉ DOMINATEUR

Le jeune frère, Dzhokhar (de l’arabe jawhar : joyau), carabin tout empreint des traits de l’enfance, loué pour sa douceur par ses camarades, se définit sur son profil Facebook par la triade « islam, carrière, argent ». C’est le visage d’ange, la beauté du diable de ce jeune homme au nom de bijou, si parfaitement américain en apparence et en esprit, qui suscite le plus insondable malaise.

Et même s’il incrimine sur son lit d’hôpital la domination de son aîné, le ressort du basculement dans le djihad va chercher plus loin que la simple adhésion aux thèses d’un Souri dont il ignore probablement tout : dans les tréfonds du malaise de la mondialisation, des traumatismes de l’immigration, qu’a su capter et mobiliser à son profit l’idéologie islamiste radicale.

Merah aussi avait un visage encore enfantin et un sourire charmeur ; et également un aîné dominateur, parti étudier le salafisme en Egypte, une mère et une soeur tombées sous l’emprise d’un islamisme rigoriste, une famille brisée, ballottée entre l’Algérie et la France, un père ayant refait sa vie au bled sans plus se préoccuper des siens, après avoir purgé une condamnation pour trafic de stupéfiants.

Mohamed retrouve en prison une identité en survalorisant un islam exalté qui l’absout des délits commis contre une société « impie » dont les lois sont ipso facto dévalorisées. Il ne parvient pas à construire une vie professionnelle, mais se gave de vidéos exaltant le martyre des croyants et l’exécution des infidèles, puis part au contact de groupes djihadistes au Moyen-Orient et en Afghanistan, et roule la police qui pense pouvoir le retourner.

Les croisements avec le destin de Tamerlan Tsarnaev sont frappants – même si le fils de prolétaire algérien était plus démuni que l’enfant choyé d’un couple de petits-bourgeois tchétchènes.

Et quel incroyable entrelacs de ces destins chaotiques avec la grande Histoire : le djihad de Mohamed Merah a lieu entre le 11 et le 22 mars 2012, cinquante ans après les accords d’Evian du 18 mars 1962, qui scellent l’indépendance d’une Algérie dont tant d’enfants iront s’installer dans le pays qu’ils combattirent pour s’en séparer. Quant à « Bijou » Tsarnaev, il vient d’être naturalisé américain, le 11 septembre 2012, onze ans après les attentats de New York et Washington, l’acte fondateur du djihad en terre d’Occident, dont il a joué une variation qui représente le plus pervers des défis pour la citoyenneté et l’intégration de nos sociétés.

Gilles Kepel (Politologue et spécialiste de l’islam, professeur à Sciences Po)

Voir aussi:

Al-Souri, le cerveau du djihad des pauvres

Gilles Kepel (Politologue et spécialiste de l’islam, professeur à Sciences Po)

Le Monde

28.04.2013

Moustapha Sitt Mariam Nassar, plus connu sous le pseudonyme d’Abou Moussab Al-Souri (le Syrien), né à Alep en 1958, a été de tous les combats du djihad depuis qu’il a rejoint en 1976 les rangs de l’Avant-Garde combattante, la branche paramilitaire des Frères musulmans syriens. Etudiant en ingénierie, il assiste au massacre des Frères musulmans par le régime lors du soulèvement de Hama en 1982.

Réfugié en France, il se familiarise avec la production tiers-mondiste. En 1985, il se fixe en Espagne, où il épouse une gauchiste athée qui se convertira à l’islam et lui donnera le précieux passeport européen facilitant ses déplacements. Rejoignant le front afghan sur fond de retraite de l’Armée rouge et proche de l’idéologue du djihad « du premier âge », le Palestinien Abdallah Azzam, assassiné en 1989 à Peshawar, il commence à coucher sur le papier ses réflexions en plein conflit civil afghan, puis revient dans son Andalousie en 1992 – où il soutient le djihad du Groupe islamique armé algérien, dont il se fera le relais depuis le « Londonistan » en Angleterre. Il y publie le journal ronéoté Al Ansar, qui exalte faits d’armes et autres massacres d' »impies ».

Lire aussi : Merah et Tsarnaev, même combat

En 1996, après la victoire des talibans, il revient en Afghanistan, où il organise les rendez-vous de Ben Laden et des doctrinaires du « deuxième âge du djihad », dont Zawahiri, avec la presse internationale. Il est dubitatif envers les actions spectaculaires montées par Al-Qaida et commence à écrire un premier jet de son opus, Appel à la résistance islamique mondiale. Le déluge de feu qui s’abat sur Al-Qaida après le 11-Septembre, l’invasion de l’Afghanistan et la chute des talibans le renforcent dans ses convictions : errant au Pakistan, il achève son livre, rédigé au format d’un e-book, où les conseils de « manuel du djihad » sont téléchargés par les adeptes.

Capturé en octobre 2005 à Quetta, il est remis aux Américains et, selon ses avocats, livré par ceux-ci aux Syriens autour de 2007 – à une époque où Bachar Al-Assad est en cour en Occident. Selon des sites islamistes « fiables », il est remis en liberté fin 2011, alors que la révolution syrienne a débuté et que le régime s’emploie à inoculer à celle-ci le virus djihadiste pour lui aliéner le soutien occidental. Des rumeurs invérifiables font état de son retour dans sa ville natale d’Alep, place forte de l’insurrection, où les milices djihadistes du Jabhat Al-Nousra ont pignon sur rue – sans que l’on puisse mesurer son rôle exact.

Gilles Kepel (Politologue et spécialiste de l’islam, professeur à Sciences Po)

Voir encore:

Révolutions arabes: «Nous sommes dans une période d’incertitude totale»

8 avril 2013

20 minutes

INTERVIEW – Gilles Kepel, professeur à Sciences-Po, publie «Passion arabe», récit de son périple sur les traces du Printemps arabe…

Gilles Kepel, professeur à Sciences-Po et grand connaisseur du monde arabe contemporain, publie Passion arabe (Ed. Gallimard), récit du périple qu’il a effectué pendant deux ans sur les traces du Printemps arabe. 20 Minutes l’a rencontré…

L’enthousiasme qui a accueilli l’éclosion du printemps arabe a laissé place à un discours pessimiste sur «l’hiver islamiste». Que vous inspire cette analyse?

Les deux discours étaient faux : l’enthousiasme naïf du début qui croyait qu’on pouvait faire l’impasse sur l’histoire des sociétés arabes, comme si elles se réduisaient à Facebook et Twitter, et le discours actuel sur l’hiver islamiste, le retour du terrorisme etc. Malgré tous leurs soubresauts, les révolutions ont créé quelque chose de décisif : les arabes se sont emparés de la liberté d’expression, que les régimes avaient confisquée après les indépendances. Quel que soit le devenir de ces révolutions, ils ne vont pas se la laisser reprendre. Cela a complètement modifié le logiciel politique, culturel et mental des sociétés arabes.

Quel regard portez-vous sur leur apprentissage de la démocratie?

La démocratisation est un test pour les gens qui veulent conquérir le pouvoir. La population ne s’en laisse plus conter. Les mouvements islamistes sont aujourd’hui confrontés à la gestion des affaires courantes et s’en sortent mal parce qu’ils ont fait passer l’idéologie avant le pragmatisme. Ils sont en outre en concurrence les uns avec les autres : les salafistes disent que les Frères musulmans sont pourris, et les Frères musulmans disent que salafistes sont des fanatiques. Les islamistes sont considérablement descendus de leur piédestal dans les populations du monde arabe. Les Frères musulmans, qui avaient l’aura des martyrs parce qu’ils avaient été violemment réprimés sous (l’ancien président égyptien) Moubarak, ont désormais davantage l’image de mauvais gestionnaires tentés par la dérive autoritaire que de martyrs.

Où sont passées la liberté et la démocratie pour lesquelles les populations se sont soulevées?

Les mots d’ordre des révolutions c’était : liberté, démocratie, justice sociale. La liberté a été conquise dans beaucoup de cas. La démocratie, plus ou moins. Mais la justice sociale, pas du tout, à cause de problèmes économiques, de la crise, la mauvaise gouvernance, l’absence d’investissements étrangers, la fuite des touristes… Il y a aujourd’hui un appauvrissement général. Du coup, on entend parfois dire que «Moubarak, Kadhafi et Ben Ali étaient des salauds, mais au moins à leur époque il y avait de l’ordre et du travail». Les groupes salafistes bénéficient de ce désenchantement.

Quelle influence ont-ils?

Ils ne sont pas très nombreux mais très déterminés. Surtout, dans un univers où les repères ont disparu, ils donnent une sorte de corset à la société, ce qui est rassurant quand vous êtes paumé. Ils font des pauvres et des laissés-pour-compte des héros. Cela crée, dans les situations de désarroi, un phénomène frappant qui ressemble à ce qu’on voit dans l’extrême-droite. Les salafistes arrivent à récupérer les frustrations sociales, et à les traduire dans l’exigence de l’application des normes les plus strictes.

Sommes-nous dans une spirale : pas de travail, plus de pauvreté, radicalisation?

Il y a eu trois phases dans les révolutions. La première : la chute des régimes. La deuxième : la conquête du pouvoir, la plupart par des partis islamistes. La troisième se déroule aujourd’hui : la mise en cause de ces partis islamistes pour leur incompétence et le caractère liberticide de certains. Ces partis sont aujourd’hui débordés à la fois par des éléments de la société civile laïque, dont des jeunes ont qui ont porté la révolution, et par des déshérités qui ont épousé le salafisme radical. Nous sommes dans une période d’incertitude totale. Mais c’est assez normal car ces révolutions n’ont que deux ans.

Quelle a été l’influence des pétromonarchies du Golfe dans les révolutions, en particulier le Qatar, dont l’influence est controversée en France?

Au début, les monarchies du Golfe étaient très inquiètes. Car les mots d’ordre révolutionnaires – liberté, démocratie, justice sociale – pouvaient être prises comme une remise en cause de ce qu’elles sont. Le cauchemar des émirs c’était que des dizaines de millions d’Egyptiens et autres déferlent sur leurs puits de pétrole. Ils ont donc développé deux stratégies : les Saoudiens ont renforcé leur soutien aux salafistes, qui obéissent aux oulémas saoudiens, et les Qataris ont soutenu les Frères musulmans, y voyant des alliés pour construire leur hégémonie sur le monde arabe sunnite.

C’est-à-dire?

L’affrontement chiites-sunnites est le clivage principal qui sort des révolutions. Le Qatar a tenté de dévier l’énergie révolutionnaire dans la lutte contre l’Iran, le chiisme et ses alliés. C’est une façon de prendre en otage les aspirations révolutionnaires et démocratiques des peuples dans l’affrontement chiites-sunnites pour le contrôle du gaz et du pétrole du Golfe.

Et la Syrie?

Le pays est dans un état catastrophique. On en est à 100 000 morts, avec des perspectives épouvantables. Les salafistes y montent en puissance grâce à la manne financière des pays du Golfe, et parce que l’occident n’a pas aidé l’armée syrienne libre.

Pourquoi la révolution au Bahreïn a-t-elle avorté?

Cette révolution, survenue après celle de Tunisie et d’Egypte, a été écrasée par l’Arabie saoudite dans l’indifférence totale du monde des consommateurs de pétrole, qui craignait qu’une révolution au Bahreïn mette le feu au Golfe et fasse grimper le prix du baril…

Vous avez travaillé sur la place de l’islam dans les banlieues françaises. Quel écho le printemps arabe a-t-il dans ces banlieues?

Ça a créé un espace plus fluide, décrispé de la citoyenneté. Il n’y a plus le bled et la dictature d’un côté, l’Europe et la démocratie de l’autre. Ça c’est l’aspect favorable. L’autre aspect, défavorable, c’est l’arrestation de ce djihadiste de Haute Savoie originaire d’Algérie arrêté au Mali et, plus largement, la fascination pour les terrains du djihad, que ce soit au Mali ou en Syrie. Des jeunes prennent des charters pour aller combattre. Pour ceux qui n’arrivent pas à s’insérer par le travail dans la société, c’est une manière de se construire une position héroïque. Mais leur retour en France sera très préoccupant. A cet égard, le cas de Mohamed Merah reste dans les mémoires.

Propos recueillis par Faustine Vincent

Voir par ailleurs:

Make No Mistake, It Was Jihad

Let’s hope the administration gets over its reluctance to recognize attacks on the U.S. for what they are.

Michael B. Mukasey

The WSJ

April 21, 2013

If your concern about the threat posed by the Tsarnaev brothers is limited to assuring that they will never be in a position to repeat their grisly acts, rest easy.

The elder, Tamerlan—apparently named for the 14th-century Muslim conqueror famous for building pyramids of his victims’ skulls to commemorate his triumphs over infidels—is dead. The younger, Dzhokhar, will stand trial when his wounds heal, in a proceeding where the most likely uncertainty will be the penalty. No doubt there will be some legal swordplay over his interrogation by the FBI’s High-Value Interrogation Group without receiving Miranda warnings. But the only downside for the government in that duel is that his statements may not be used against him at trial. This is not much of a risk when you consider the other available evidence, including photo images of him at the scene of the bombings and his own reported confession to the victim whose car he helped hijack during last week’s terror in Boston.

But if your concern is over the larger threat that inheres in who the Tsarnaev brothers were and are, what they did, and what they represent, then worry—a lot.

For starters, you can worry about how the High-Value Interrogation Group, or HIG, will do its work. That unit was finally put in place by the FBI after so-called underwear bomber Umar Farouk Abdulmutallab tried to blow up the airplane in which he was traveling as it flew over Detroit on Christmas Day in 2009 and was advised of his Miranda rights. The CIA interrogation program that might have handled the interview had by then been dismantled by President Obama.

At the behest of such Muslim Brotherhood-affiliated groups as the Council on American Islamic Relations and the Islamic Society of North America, and other self- proclaimed spokesmen for American Muslims, the FBI has bowdlerized its training materials to exclude references to militant Islamism. Does this delicacy infect the FBI’s interrogation group as well?

Will we see another performance like the Army’s after- action report following Maj. Nidal Hasan’s rampage at Fort Hood in November 2009, preceded by his shout « allahu akhbar »—a report that spoke nothing of militant Islam but referred to the incident as « workplace violence »? If tone is set at the top, recall that the Army chief of staff at the time said the most tragic result of Fort Hood would be if it interfered with the Army’s diversity program.

Presumably the investigation into the Boston terror attack will include inquiry into not only the immediate circumstances of the crimes but also who funded Tamerlan Tsarnaev’s months-long sojourn abroad in 2012 and his comfortable life style. Did he have a support network? What training did he, and perhaps his younger brother, receive in the use of weapons? Where did the elder of the two learn to make the suicide vest he reportedly wore? The investigation should include as well a deep dive into Tamerlan’s radicalization, the Islamist references in the brothers’ social media communications, and the jihadist websites they visited.

Will the investigation probe as well the FBI’s own questioning of Tamerlan two years ago at the behest of an unspecified foreign government, presumably Russia, over his involvement with jihadist websites and other activities? Tamerlan Tsarnaev is the fifth person since 9/11 who has participated in terror attacks after questioning by the FBI. He was preceded by Nidal Hasan; drone casualty Anwar al Awlaki; Abdulhakim Mujahid Muhammad (born Carlos Leon Bledsoe), who murdered an Army recruit in Little Rock in June 2009; and David Coleman Headley, who provided intelligence to the perpetrators of the Mumbai massacre in 2008. That doesn’t count Abdulmutallab, who was the subject of warnings to the CIA that he was a potential terrorist.

If the intelligence yielded by the FBI’s investigation is of value, will that value be compromised when this trial is held, as it almost certainly will be, in a civilian court? Dzhokhar Tsarnaev’s lawyers, as they have every right to do, will seek to discover that intelligence and use it to fashion a case in mitigation if nothing else, to show that his late brother was the dominant conspirator who had access to resources and people.

There is also cause for concern in that this was obviously a suicide operation—not in the direct way of a bomber who kills all his victims and himself at the same time by blowing himself up, but in the way of someone who conducts a spree, holding the stage for as long as possible, before he is cut down in a blaze of what he believes is glory. Here, think Mumbai.

Until now, it has been widely accepted in law-enforcement circles that such an attack in the U.S. was less likely because of the difficulty that organizers would have in marshaling the spiritual support to keep the would-be suicide focused on the task. That analysis went out the window when the Tsarnaevs followed up the bombing of the marathon by murdering a police officer in his car—an act certain to precipitate the violent confrontation that followed.

It has been apparent that with al Qaeda unable to mount elaborate attacks like the one it carried out on 9/11, other Islamists have stepped in with smaller and less intricate crimes, but crimes that are nonetheless meant to send a terrorist message. These include Faisal Shahzad, who failed to detonate a device in Times Square in 2010, and would-be subway bomber Najibullah Zazi and his confederates.

Is this, as former CIA Director Michael Hayden put it, the new normal?

There is also cause for concern in the president’s reluctance, soon after the Boston bombing, even to use the « t » word—terrorism—and in his vague musing on Friday about some unspecified agenda of the perpetrators, when by then there was no mystery: the agenda was jihad.

For five years we have heard, principally from those who wield executive power, of a claimed need to make fundamental changes in this country, to change the world’s—particularly the Muslim world’s—perception of us, to press « reset » buttons. We have heard not a word from those sources suggesting any need to understand and confront a totalitarian ideology that has existed since at least the founding of the Muslim Brotherhood in the 1920s.

The ideology has regarded the United States as its principal adversary since the late 1940s, when a Brotherhood principal, Sayid Qutb, visited this country and was aghast at what he saw as its decadence. The first World Trade Center bombing, in 1993, al Qaeda attacks on American embassies in Kenya and Tanzania in 1998, on the USS Cole in 2000, the 9/11 attacks, and those in the dozen years since—all were fueled by Islamist hatred for the U.S. and its values.

There are Muslim organizations in this country, such as the American Islamic Forum for Democracy, headed by Dr. Zuhdi Jasser, that speak out bravely against that totalitarian ideology. They receive no shout-out at presidential speeches; no outreach is extended to them.

One of the Tsarnaev brothers is dead; the other might as well be. But if that is the limit of our concern, there will be others.

Mr. Mukasey served as attorney general of the United States from 2007 to 2009 and as a U.S. district judge for the Southern District of New York from 1988 to 2006.

Voir de plus:

Defining ‘Rights’ in a Terror Case

Michael B. Mukasey

WSJ

May 1, 2013

The new arrests in Boston look like criminal cases. But why was the interrogation of the accused bomber handled like a criminal matter too?

By MICHAEL B. MUKASEY

The three suspects arrested Wednesday in the Boston Marathon bombing case appear to be considered accomplices after the fact. It is likely that they will be treated as common criminals rather than terrorists. Unfortunately, law-enforcement has approached the accused bomber Dzhokhar Tsarnaev that way as well.

A miasma of conflicting views about Mr. Tsarnaev’s legal status has engulfed the case. The rules and principles that should govern the relevant facts are pretty straightforward, but they alone do not explain the actual outcome thus far, which seems rooted instead in the Obama administration’s gauzy notions about what is required of law informed by morality.

At the time of Mr. Tsarnaev’s April 19 apprehension, no warrant had been issued for his arrest. The case law on warrantless arrests requires the initiation of the court process within 48 hours, with exceptions arguably not relevant here. The reason for the 48-hour requirement, as explained by the Supreme Court in County of Riverside v. McLaughlin (1991), is to prevent secret arrests unsupported by probable cause, as determined by what the law calls a neutral magistrate. Of course, Dzhokhar Tsarnaev’s arrest was not secret, and the facts surrounding it far surpassed the modest probable-cause standard. All that was missing was the finding by a neutral magistrate.

That gap was filled, when a criminal complaint was filed by federal prosecutors based on an affidavit that established probable cause, and the magistrate judge issued an arrest warrant. Using that warrant, the authorities—if they wished to indulge an exacting taste for formality—could have rearrested Mr. Tsarnaev. No more was required.

At that point his interrogation had already begun, but it was being conducted by the FBI-led High Value Interrogation Group, solely—or so it should have been—for the purpose of gathering intelligence. Recall that the HIG, as the interrogation group is known, wascreated to fill the void left after President Obama, on his second day in office, abolished the CIA’s then-classified interrogation program.

The president limited future use of interrogation techniques to those set forth in the Army Field Manual, a document long available on the Internet and actually used by terrorist groups to train their recruits to resist questioning. Mr. Obama also promised to create a team of specially trained law-enforcement officers and intelligence officials to question captured terrorists. That team had not yet been created when, almost a year later, Umar Farouk Abdulmutallab tried to blow up himself and his fellow passengers aboard an airplane over Detroit on Christmas Day 2009. The opportunity to question him extensively was lost when he stopped talking to the FBI after being advised of his Miranda right to silence.

Didn’t Dzhokhar Tsarnaev have the same right as Abdulmutallab, and weren’t officials legally required to inform him of it? Well, not quite. The right in question is not, strictly speaking, a right to remain silent. Rather, it is derived from the Fifth Amendment, which guarantees that a defendant in a criminal case may not be compelled to be a witness against himself. But if an interrogation is being conducted to gather information, not to build a criminal case, then no right to remain silent exists. Law enforcement already has a surfeit of evidence—including photographs and videos of him at the scene of the bombing. The HIG interrogators weren’t trying to help prosecutors construct their case.

Of course, Mr. Tsarnaev could have chosen not to talk to intelligence interrogators, or chosen to lie to them. But that is what he would have been exercising: a choice, not a right.

Wasn’t there a requirement that Mr. Tsarnaev be brought without delay before a judge? Again, not quite. The rule in question requires that defendants be taken to court without unnecessary delay—but the rule has been interpreted in one case from the judicial circuit that includes Massachusetts to permit even a hiatus of almost four months between arrest and court appearance when a defendant was in state custody during that period. The circuit court found that so long as the delay wasn’t used to obtain a confession, it was not unreasonable.

And what of the right to counsel? Didn’t Mr. Tsarnaev have the right to a lawyer, and to have that lawyer present during any questioning? Once more, not quite. Another amendment, the Sixth, guarantees the right to counsel in a criminal case, but it guarantees no more.

If Mr. Tsarnaev was being questioned by the HIG solely to gather intelligence, and no admission of his or lead from information he disclosed was to be used in his criminal case, then he was no more entitled to a lawyer in connection with such questioning unrelated to his criminal case than he was entitled to a lawyer to close a real-estate transaction. The HIG could have easily ensured that none of the fruits of its questioning could be used in the criminal case.

Ideally, such intelligence questioning would have continued for a long period, probably months, so that interrogators could try to substantiate the information they obtained, then double back and ask more questions based on what they found. Intelligence-gathering is an incremental process, at best.

Would the HIG have run any risks by continuing to question Mr. Tsarnaev outside the presence of a lawyer? Not really. Defense counsel could have filed a habeas corpus petition on his behalf challenging the circumstances of the detention and his continued questioning for intelligence purposes. If the ruling on such a petition, for some reason I cannot now fathom, went against the government, and that ruling were sustained for months all the way through a Supreme Court review, then—and only then—the HIG questioning would have had to stop. No right of Mr. Tsarnaev’s would have been compromised in the interim because, again, none of the fruits of the HIG questioning would be used in the criminal case.

Could all of this legal mumbo-jumbo have been avoided by labeling Mr. Tsarnaev an unlawful enemy combatant? No. As an American citizen, by law he could not be tried before a military commission, and labeling him an unlawful enemy combatant would have had no legal significance when it came to interrogating him.

There is one question about the Tsarnaev legal matter for which no answer readily appears: Why did the Justice Department order U.S. Marshals to bring a magistrate judge to Mr. Tsarnaev’s hospital room on April 22 to advise him of a right he did not have if he was being questioned for intelligence purposes, and to introduce him to a lawyer with no authority to advise him in connection with such questioning?

Why indeed. Regrettably, it appears that here we must fall back to the Obama administration’s frequently articulated concern, always presented in overarching moral terms, that America must prove to a constantly doubting world that the U.S. can follow the law even—especially—when it confers rights on unlovely folk like Dzhokhar Tsarnaev, and even if those rights don’t quite exist. Here, maybe it is time that our hectoring schoolmasters and schoolmarms consider a lesson taught by the philosopher Blaise Pascal: The first rule of morality is to think clearly.

Mr. Mukasey served as U.S. attorney general (2007-09) and as a U.S. district judge for the Southern District of New York (1988-2006).

Voir enfin:

The World’s Muslims: Religion, Politics and Society

POLL
Pewforum
April 30, 2013

Chapter 2: Religion and Politics

Muslims around the world express broad support for democracy and for people of other faiths being able to practice their religion freely. At the same time, many Muslims say religious leaders should influence political matters and see Islamic political parties as just as good or better than other political parties.

Many Muslims express concern about religious extremist groups operating in their country. On balance, more Muslims are concerned about Islamic than Christian extremist groups. And while the vast majority of Muslims in most countries say suicide bombing is rarely or never justified to defend Islam against its enemies, substantial minorities in a few countries consider such violence justifiable in at least some circumstances.

Democracy

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In 31 of the 37 countries where the question was asked at least half of Muslims believe a democratic government, rather than a leader with a strong hand, is best able to address their country’s problems.

Support for democracy tends to be highest among Muslims in sub-Saharan Africa and Southeast Asia. In 12 of the 16 countries surveyed in sub-Saharan Africa, roughly two-thirds or more prefer a democratic government, including nearly nine-in-ten (87%) in Ghana. Fewer, though still a majority, prefer democracy over a strong leader in Guinea Bissau (61%), Niger (57%) and Tanzania (57%). In Southeast Asia, more than six-in-ten Muslims in Malaysia (67%), Thailand (64%) and Indonesia (61%) also prefer democracy.

In the Middle East and North Africa, at least three-quarters of Muslims support democracy in Lebanon (81%) and Tunisia (75%). At least half in Egypt (55%), the Palestinian territories (55%) and Iraq (54%) do so as well.

Attitudes vary somewhat in the other regions surveyed. In South Asia, the percentage of Muslims who say a democratic government is better able to solve their country’s problems ranges from 70% in Bangladesh to 29% in Pakistan. In Central Asia, at least half of Muslims in Tajikistan (76%), Turkey (67%), Kazakhstan (52%) and Azerbaijan (51%) prefer democracy over a leader with a strong hand, while far fewer in Kyrgyzstan (32%) say the same.

In Southern and Eastern Europe, support for democracy is much higher among Muslims in Kosovo (76%) and Albania (69%) than in Bosnia-Herzegovina (47%) and Russia (35%), where a majority of Muslims favor a powerful leader.

Views about the better type of government differ little by frequency of prayer, age, gender or education level.

Religious Freedom

Muslims generally say they are very free to practice their religion. Most also believe non-Muslims in their country are very free to practice their faith. And among those who view non-Muslims as very free to practice their faith, the prevailing opinion is that this is a good thing.

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Muslims in Southeast Asia, South Asia and sub-Saharan Africa are particularly likely to say they are “very free” to practice their faith. Roughly seven-in-ten or more Muslims in each country surveyed in these regions hold this view.

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There is more variation in the Middle East-North Africa region, where Muslims in Iraq (48%) and Egypt (46%) are much less likely than Muslims in Lebanon (90%) and Morocco (88%) to believe they are able to practice Islam very freely. Muslims in Uzbekistan (39%) are the least likely among the Muslim populations surveyed to say they are very free to practice their faith.

In addition to freedom for themselves, most Muslims believe individuals from other religions are able to practice their faith openly. In 33 of the 38 countries where the question was asked at least half say people of other faiths are very free to practice their religion. (This question was not asked in Afghanistan.)

Muslims in Central Asia and the Middle East and North Africa are generally less likely to believe non-Muslims can practice their faith freely. Fewer than half in Kyrgyzstan (48%), Tajikistan (47%) and Uzbekistan (26%), for example, say others are able to practice their faith openly. Similarly, in the Middle East-North Africa region, fewer than four-in-ten Muslims in Iraq (37%) and Egypt (31%) believe non-Muslims are free to practice their religion.

In 15 of the countries surveyed, Muslims are significantly more likely to say they themselves are very free to practice their religion than to say the same about people of other faiths. The gaps are particularly wide in Jordan (-22 percentage points), Kyrgyzstan (-20), Turkey  (-20) and Egypt (-15).

Overall, Muslims broadly support the idea of religious freedom. Among Muslims who say people of different religions are very free to practice their faith, three-quarters or more in each country say this is a good thing.

Religious Leaders’ Role in Politics

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Compared with support for democracy and religious freedom, sharper regional differences emerge over the question of the role of religious leaders in politics. The prevailing view among Muslims in Southeast Asia, South Asia and the Middle East-North Africa region is that religious leaders should have at least some influence in political matters. By contrast, this is the minority view in most of the countries surveyed in Central Asia and Southern and Eastern Europe. With the notable exception of Afghanistan, fewer than half of Muslims in any country surveyed say religious leaders should have a large influence in politics.

Support for religious leaders having a say in political matters is particularly high in Southeast Asia. At least three-quarters of Muslims in Malaysia (82%) and Indonesia (75%) believe religious leaders should influence political matters, including substantial percentages who say they should play a large role (41% and 30%, respectively).

In South Asia, a large majority in Afghanistan (82%) and Bangladesh (69%) believe religious leaders ought to influence political matters, while 54% of Pakistani Muslims agree. Afghan Muslims are the most likely among the populations surveyed to say religious leaders should have a large influence on politics (53%), while roughly a quarter of Muslims in Pakistan (27%) and Bangladesh (25%) express this view.

In the Middle East-North Africa region, a majority of Muslims in most countries surveyed say religious leaders should play a role in politics. Support is highest among Muslims in Jordan (80%), Egypt (75%) and the Palestinian territories (72%). Roughly six-in-ten in Tunisia (58%) and Iraq (57%) agree. Lebanese Muslims are significantly less supportive; 37% think religious leaders should have at least some role in political matters, while 62% disagree. In each country in the region except Lebanon, about a quarter or more say religious leaders should have a large influence on politics, including 37% in Jordan.

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Muslims in Southern and Eastern Europe and Central Asia tend to be less supportive of a role for religious leaders in political matters. Only in Russia does a majority (58%) believe religious leaders should have at least some influence. Meanwhile, Muslims in Kyrgyzstan are divided over the issue (46% say religious leaders should have an influence on political matters, 51% disagree). In the other countries surveyed in these two regions, fewer than four-in-ten Muslims believe religious leaders should have a role in politics.

In some countries, Muslims who pray several times a day are more likely than those who pray less often to say religious leaders should influence political matters. The gap is particularly large in Lebanon, where 51% of Muslims who pray several times a day believe religious leaders should have at least some political influence, compared with 13% of those who pray less often.

Islamic Political Parties

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In most countries where the question was asked at least half of Muslims rate Islamic parties as better than, or about the same, as other political parties.

The percentage of Muslims who say Islamic parties are better than other political parties is highest in Egypt (55%), Tunisia (55%) and Afghanistan (54%), although at least four-in-ten share this view in Jordan (46%), Malaysia (43%) and Bangladesh (41%). By contrast, fewer than a quarter of Muslims view Islamic parties more favorably than other parties in the Palestinian territories (21%), Kosovo (16%), Bosnia-Herzegovina (12%), Azerbaijan (11%) and Kazakhstan (9%).

In all countries where the question was asked, substantial percentages of Muslims rate Islamic parties as the same as other political parties, including at least half in Indonesia (57%) and Lebanon (51%). Elsewhere, at least one-in-five rate Islamic and other political parties the same.

Relatively few Muslims consider Islamic parties to be worse than other political parties. Only in the Palestinian territories (29%), Azerbaijan (27%) and Turkey (26%) do more than a quarter subscribe to this view.

In many countries, favorable assessments of Islamic political parties track with support for religious leaders having an influence on politics. In Lebanon, for example, Muslims who say religious leaders should have at least some political influence are 53 percentage points more likely than those who disagree to say Islamic parties are better (63% vs. 10%). In 15 of the other countries surveyed, similar double-digit gaps emerge over the question of Islamic parties, with those who support a role for religious leaders in politics consistently more favorable toward Islamic political parties.

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Views on the role of religion in politics may not be the only factor affecting attitudes toward Islamic parties. Local political circumstances may also influence opinions on this question. Both Tunisia and Egypt, for example, experienced major political upheavals in 2011, with Islamic parties emerging as the dominant political blocs. At the time of the surveys in Tunisia and Egypt, Muslims who said they were satisfied with the direction of the country were significantly more likely than those who were dissatisfied to say Islamic political parties are better than other political parties (+24 percentage points in Tunisia and +11 in Egypt).20

Concern About Religious Extremism

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At least half of Muslims in 22 of the 36 countries where the question was asked say they are at least somewhat concerned about religious extremist groups in their country. In most countries, Muslims are much more worried about Islamic extremists than Christian extremists. Substantial proportions in some countries, including countries surveyed in the Middle East and North Africa, express concern about both Muslim and Christian extremist groups.

The survey finds widespread concern about religious extremism in Southeast Asia, South Asia and the Middle East-North Africa region. In nearly every country surveyed in these regions, at least half of Muslims say they are very concerned or somewhat concerned about extremist groups. In Indonesia, nearly eight-in-ten Muslims say they are worried about religious extremism (78%), including more than half (53%) who are worried about Islamic extremists. In Malaysia, too, a majority of Muslims (63%) are worried about extremist groups; however, more Malaysian Muslims express concerns about Christian than Muslim groups (31% vs. 8%). In the Middle East-North Africa region, on balance, Muslims are more concerned about Islamic than Christian extremist groups, but more than one-in-five in most countries surveyed in the region are worried about both Islamic and Christian groups.

At least half in nine of the 16 countries surveyed in sub-Saharan Africa also say they are concerned about religious extremism. And in most countries, Islamic extremism rather than Christian extremism is the principal worry. For example, in Guinea Bissau, more than half of Muslims (54%) say they are at least somewhat concerned about Islamic extremist groups; in Ghana 45% say the same, as do roughly a third of Muslims in Djibouti (36%), Chad (33%), Kenya (33%) and Niger (32%).

In Southern and Eastern Europe, worries about religious extremism are most widespread in Bosnia-Herzegovina, where more than six-in-ten (63%) are at least somewhat concerned about religious extremist groups, including 27% who are specifically concerned about Islamic extremists. A similar proportion of Muslims (30%) in Bosnia-Herzegovina are worried about both Muslim and Christian groups in the country. Fewer than half say they are very or somewhat concerned about religious extremist groups in Russia (46%), Kosovo (45%) and Albania (21%).

In Central Asia, the percentage of Muslims concerned about religious extremism ranges from roughly six-in-ten in Kazakhstan (63%) and Kyrgyzstan (62%) to fewer than one-in-ten in Azerbaijan (6%). In most of the countries surveyed in the region, worries about Islamic extremists are more common than are concerns about Christian extremists, although one-in-five in Kyrgyzstan are concerned about extremists of both faiths.

Suicide Bombing

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In most of the 21 countries where the question was asked few Muslims endorse suicide bombing and other forms of violence against civilian targets as a means of defending Islam against its enemies. But in a few countries, substantial minorities believe suicide bombing can be often justified or sometimes justified.

Muslims in some countries surveyed in South Asia and the Middle East-North Africa region are more likely than Muslims elsewhere to consider suicide bombing justified. Four-in-ten Palestinian Muslims see suicide bombing as often or sometimes justified, while roughly half (49%) take the opposite view. In Egypt, about three-in-ten (29%) consider suicide bombing justified at least sometimes. Elsewhere in the region, fewer Muslims believe such violence is often or sometimes justified, including fewer than one-in-five in Jordan (15%) and about one-in-ten in Tunisia (12%), Morocco (9%) and Iraq (7%).

In Afghanistan, a substantial minority of Muslims (39%) say that this form of violence against civilian targets is often or sometimes justifiable in defense of Islam. In Bangladesh, more than a quarter of Muslims (26%) take this view. Support for suicide bombing is lower in Pakistan (13%).

In the countries surveyed in Central Asia and Southern and Eastern Europe, fewer than one-in-six Muslims consider suicide bombing justified in Turkey (15%), Kosovo (11%) and Kyrgyzstan (10%). Elsewhere in these two regions, even fewer say this tactic can be justified.

In Southeast Asia, Malaysian Muslims are more likely than Indonesian Muslims to consider suicide bombing justifiable (18% vs. 7%).


Footnotes:

20 The survey in Egypt was conducted Nov. 14-Dec. 18, 2011. Parliamentary elections were held in November 2011 through January 2012, and the Islamist Freedom and Justice Party was declared the winner of a plurality of seats in January 2012. The survey in Tunisia was conducted Nov. 10-Dec. 7, 2011. The Islamist party Ennahda won a plurality of seats in the Constituent Assembly elections in October 2011, and the Constituent Assembly met for the first time in November 2011.


Tuerie d’Istres: Attention, une balade sauvage peut en cacher une autre (Badlands goes Allahu Akbar: Should the legless Bostonians have agitated more forcefully for federally mandated after-school assimilationist basketball programs ?)

1 mai, 2013
http://images.fan-de-cinema.com/affiches/drame/la_balade_sauvage,2.jpghttp://24.media.tumblr.com/tumblr_m30as9EuiT1r37q3oo1_500.jpghttp://jcdurbant.files.wordpress.com/2013/05/07ead-b15.jpg?w=450&h=253http://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/1/19/Starkweather.jpgL’acte surréaliste le plus simple consiste, revolvers au poing, à descendre dans la rue et à tirer, au hasard, tant qu’on peut dans la foule. Breton
Il faut avoir le courage de vouloir le mal et pour cela il faut commencer par rompre avec le comportement grossièrement humanitaire qui fait partie de l’héritage chrétien. (..) Nous sommes avec ceux qui tuent. Breton
Nouvelle réédition pour La Balade sauvage et nouvelle visibilité grâce à la palme remportée à Cannes par le dernier film de Terrence Malick (The Tree of Life). Le premier long-métrage du cinéaste, qui conte la balade meurtrière du couple formé par Holly (Sissy Spacek) et Kit (Martin Sheen) à travers les États-Unis, s’assure d’emblée une certaine carrière en salles. Depuis son âge d’or dans les années 1970, le road-movie a subi de nombreuses mutations. Revenir sur La Balade sauvage, c’est donc revenir au classicisme d’un genre, ce qui n’est pas sans constituer un certain paradoxe étant donné le souffle nouveau que ce film a représenté en son temps. Mais trente-cinq ans plus tard, on est en droit de se demander si La Balade sauvage a conservé toute sa modernité ou s’il ne pâtit pas du passage du temps. Quel écho de la révolte de la jeunesse américaine des années 1970 contre l’autorité (gouvernementale, parentale, etc.) aujourd’hui ? Si l’escapade insouciante de Holly et Kit comme réponse au carcan social paraît aujourd’hui un peu naïve et présente une idée de la liberté un peu vieillotte, mieux vaut y voir le premier maillon d’une œuvre à venir. Le premier long-métrage de Malick pose déjà la question qui hantera toute sa filmographie : comment créer un lieu de vie idéal au sein d’une terre hostile (déclinée dans The Tree of Life en situation hostile : la mort d’un enfant). Le titre original de l’œuvre vaut ainsi qu’on le rappelle : Badlands, ces mauvaises terres que l’on brûle au son d’un chœur religieux (faut-il passer par l’Enfer pour parvenir au Paradis ?) et qu’on brûlera à nouveau dans la plus belle séquence des Moissons du ciel, lors d’une apocalyptique attaque de sauterelles. Si le film de Malick constitue le modèle d’une tendance cinématographique qui émergera dans les années 1990 – les road-movies meurtriers –, ce film-source a ceci de spécifique qu’il se construit toujours dans la distance (particularité dont ses petits rejetons – de Sailor et Lula à Tueurs-nés en passant par True Romance, qui reprend presque littéralement la musique de La Balade sauvage – s’émanciperont pour proclamer un style kitch-hémoglobine). Le recul qu’il prend vis-à-vis de la violence passe essentiellement par le personnage incarné par Sissy Spacek (qui se trouve alors à l’orée d’une période de grands rôles : Carrie, Three Women, etc.), dont l’impassibilité désamorce toujours immédiatement l’agitation de Martin Sheen. On se trouve avec La Balade sauvage devant le portrait d’une jeunesse qui, malgré les cadavres qu’elle laisse sur son chemin, se démarque par sa grande innocence. La mort n’intervient jamais comme un drame mais comme une étape, un relais sur la route de Holly et Kit. Pas de drame, pas de coupable. La singularité de la démarche malickienne est de faire de ce fait-divers une ode à l’innocence plutôt qu’un trip sulfureux (comme s’attacheront à le faire David Lynch, Oliver Stone et Tony Scott), de dépasser l’anecdote, la chronique de départ pour dépeindre un état de fait plus global : la jeunesse, la liberté. Critikat (juin 2011)
Terrence Malick (…) sort d’un long cursus de philo à Harvard, suivi de reportages pour le New Yorker, et soudain le voilà « possédé » par le cinéma. La Balade sauvage, qui suit la piste d’un couple d’amoureux criminels façon Bonnie and Clyde, est un film où les idées fusent, tranchantes, lyriques, baroques. L’univers d’un cinéaste de génie – Palme d’or 2011 pour The Tree of life – s’y déploie avec une précision, une assurance et une liberté stupéfiantes. Tout de l’oeuvre à venir est déjà là : la voix off, pure et mélancolique, flotte depuis un au-delà étrange, surplombant les passions. Filmée avec grâce, la nature vibre, plane et palpite autour de jeunes héros dont les rêves s’abîment à toute vitesse. Télérama
Badlands was inspired by the short, bloody saga of Charles Starkweather who, at age nineteen, in January, 1958, with the apparent cooperation of his fourteen-year-old girlfriend, Caril Fugate, went off on a murder spree that resulted in ten victims. Starkweather was later executed in the electric chair and Miss Fugate given life imprisonment. Badlands inevitably invites comparisons with three other important American films, Arthur Penn’s Bonnie and Clyde and Fritz Lang’s Fury and You Only Live Once, but it has a very different vision of violence and death. Malick spends no great amount of time invoking Freud to explain the behavior of Kit and Holly, nor is there any Depression to be held ultimately responsible. Society is, if anything, benign. This is the haunting truth of Badlands, something that places it very much in the seventies in spite of its carefully re-created period detail. Kit and Holly are directionless creatures, technically literate but uneducated in any real sense, so desensitized that Kit (in Malick’s words at a news conference) can regard the gun with which he shoots people as a kind of magic wand that eliminates small nuisances. Kit and Holly are members of the television generation run amok. They are not ill-housed, ill-clothed, or ill-fed. If they are at all aware of their anger (and I’m not sure they are, since they see only boredom), it’s because of the difference between the way life is and the way it is presented on the small screen, with commercial breaks instead of lasting consequences. Badlands is narrated by Holly in the flat, nasal accents of the Middle West and in the syntax of a story in True Romances. « Little did I realize, » she tells us at the beginning of the film, « that what began in the alleys and by-ways of this small town would end in the badlands of Montana. » At the end, after half a dozen murders, she resolves never again to « tag around with the hell-bent type. » Kit and Holly share with Clyde and Bonnie a fascination with their own press coverage, with their overnight fame (« The whole world was looking for us, » says Holly, « for who knew where Kit would strike next? »), but a lack of passion differentiates them from the gaudy desperados of the thirties. Toward the end of their joyride, the bored Holly tells us she passed the time, as she sat in the front seat beside Kit, spelling out complete sentences with her tongue on the roof of her mouth. Malick tries not to romanticize his killers, and he is successful except for one sequence in which Kit and Holly hide out in a tree house as elaborate as anything the M-G-M art department ever designed for Tarzan and Jane. Sheen and Miss Spacek are splendid as the self-absorbed, cruel, possibly psychotic children of our time, as are the members of the supporting cast, including Warren Oates as Holly’s father. One may legitimately debate the validity of Malick’s vision, but not, I think, his immense talent. Badlands is a most important and exciting film. The NYT
Le scénario est inspiré d’une histoire vraie : en 1957, deux amants du Middle West effectuèrent une « balade sauvage » qui coûta la vie à onze personnes. Le jeune homme, Charles Starkweather, finit sur la chaise électrique, et sa compagne, Caril Ann Fugate, fut condamnée à la réclusion criminelle à perpétuité. Wikipedia
Charles Raymond Starkweather (24 novembre 1938 – 25 juin 1959) était un tueur à la chaîne américain qui a assassiné 11 personnes dans le Nebraska et dans le Wyoming lors d’un road trip avec sa copine adolescente, Caril Ann Fugate. Il devint une fascination nationale aux États-Unis, inspirant notamment les films « The Sadist », « La Balade sauvage » , « Starkweather », « Murder in the Heartland », « Fantômes contre Fantômes » et « Tueurs nés ». Il a également inspiré la chanson « Nebraska » de Bruce Springsteen, que Springsteen pensait initialement intituler « Starkweather ». Liza Ward, la petite-fille des victimes C. Lauer et Clara Ward, a écrit un roman, « Outside Valentine », basé sur les événements de la tuerie de Starkweather. (…) Stephen King fut fortement inspiré par les meurtres de Starkweather lorsqu’il était plus jeune, gardant un scrapbook d’eux1 et incorporant plusieurs avatars de Starkweather dans ses œuvres. Par exemple, il est dit que Starkweather était un collègue de classe de Randall Flagg dans « Le Fléau ». King a également affirmé lors d’une interview que son personnage The Kid, qui apparaît dans la version complète de « Le Fléau » se veut être une réincarnation de Charles Starkweather. Le cas Starkweather-Fugate a inspiré, entre autres, les films « La Balade sauvage » (1973, avec Martin Sheen et Sissy Spacek) et « Tueurs nés » (1994, avec Woody Harrelson et Juliette Lewis). Le téléfilm « Murder in the Heartland » (1993) est une description biographique de Starkweather avec Tim Roth dans le rôle principal, alors qu’en 1983, « Stark Raving Mad », un film avec Russell Fast et Marcie Severson, fournit une version fictionnelle des meurtres de Starkweather et Fugate. Le film « Fantômes contre Fantômes », de Peter Jackson, met en scène un couple meurtrier inspiré par Starkweather et Fugate. Après avoir commis leur 12ème meurtre, Bartlett (l’homme) annonce triomphalement : « Un de plus que Starkweather ! » (One more than Starkweather!). Wikipedia
Est-ce que l’industrie pense que les armes vont aider à vendre des tickets’ Je ne sais pas… Je crois que la question mérite d’être posée. Robert Redford
Le maire de New York, Michael Bloomberg, affirme que les frères Tsarnaev, suspects dans les attentats du marathon de Boston, prévoyaient déposer des bombes à Times Square. Ils voulaient se rendre à New York dans la soirée de jeudi (18 avril), mais la prise d’otage d’un automobiliste a mal tourné et leur plan a échoué. Dzhokhar, hospitalisé depuis son arrestation, aurait fait cette déclaration. Radio-Canada
Selon ses dires, il a déterré une kalachnikov achetée sur Internet avant de faire feu et de tuer deux voisins, âgés de 35 et 45 ans, dans leurs jardins. Il a ensuite arrêté une voiture et demandé à la conductrice de l’emmener à Paris. Devant son refus, il a fait feu sur le pare-brise du véhicule, blessant légèrement la femme à la main et à l’oreille. Puis il a arrêté une deuxième voiture conduite par un sexagénaire, qu’il a abattu d’une rafale d’arme automatique. Selon les enquêteurs, l’adolescent assure « n’être militant de rien », n’avoir aucune conviction politique ou religieuse et ne se revendique d’aucune idéologie ni d’aucun courant de pensée. Le Monde
La forte concentration d’établissements d’enseignement supérieur et de recherche explique le surnom de Boston, l’ « Athènes de l’Amérique ». L’agglomération compte une centaine d’institutions publiques ou privées qui concourent à sa réputation d’excellence depuis la période coloniale. Parmi elles, les 65 colleges et universités27 font de Boston une ville étudiante. Cependant, le Massachusetts Institute of Technology (MIT) et Harvard ne se trouvent pas dans les limites de la ville, mais sont installés à Cambridge, sur l’autre rive de la Charles River. Le Boston College fut créé en 1827 dans le South End avant de déménager à Chestnut Hill. L’université de Boston, fondée en 1869, est aujourd’hui la quatrième plus grande université du pays avec environ 30 000 étudiants et le second employeur de la ville28. L’université du Massachusetts est un établissement d’enseignement supérieur public situé dans le quartier de Dorchester. Le collège Emerson (3 700 étudiants) est situé non loin du Boston Common et propose des formations dans les arts et la communication. La Northeastern University dispose d’un grand campus sur l’avenue Huntington dans le quartier de Fenway. Le Wentworth Institute of Technology propose plusieurs formations de haut niveau en architecture ou en informatique par exemple. L’université Suffolk (4 600 étudiants) est une école de droit qui garde un campus sur Beacon Hill. Il existe bien d’autres établissements d’enseignement supérieur : le Simmons College (1899), l’Emmanuel College (1919), etc. Boston compte également de nombreux lieux de formation aux arts du spectacle, à la musique (New England Conservatory of Music, Boston Conservatory, Berklee College of Music). Wikipedia
The alleged involvement of two ethnic Chechen brothers in the deadly attack at the Boston Marathon last week should prompt Americans to reflect on whether we do an adequate job assimilating immigrants who arrive in the United States as children or teenagers ». Marcello Suarez-Orozco and Carola Suarez-Orozco (UCLA)
It was a blow the immigrant boxer could not withstand: after capturing his second consecutive title as the Golden Gloves heavyweight champion of New England in 2010, Tamerlan Anzorovich Tsarnaev, 23, was barred from the national Tournament of Champions because he was not a United States citizen. The cocksure fighter, a flamboyant dresser partial to white fur and snakeskin, had been looking forward to redeeming the loss he suffered the previous year in the first round, when the judges awarded his opponent the decision, drawing boos from spectators who considered Mr. Tsarnaev dominant. From one year to the next, though, the tournament rules had changed, disqualifying legal permanent residents — not only Mr. Tsarnaev, who was Soviet-born of Chechen and Dagestani heritage, but several other New England contenders, too. His aspirations frustrated, he dropped out of boxing competition entirely, and his life veered in a completely different direction. Mr. Tsarnaev portrayed his quitting as a reflection of the sport’s incompatibility with his growing devotion to Islam. But as dozens of interviews with friends, acquaintances and relatives from Cambridge, Mass., to Dagestan showed, that devotion, and the suspected radicalization that accompanied it, was a path he followed most avidly only after his more secular dreams were dashed in 2010 and he was left adrift. His trajectory eventually led the frustrated athlete and his loyal younger brother, Dzhokhar, to bomb one of the most famous athletic events in this country, killing three and wounding more than 200 at the Boston Marathon, the authorities say. They say it led Mr. Tsarnaev, his application for citizenship stalled, and his brother, a new citizen and a seemingly well-adjusted college student, to attack their American hometown on Patriots’ Day, April 15. The NYT
(…) that personal grievances of some sort must always somehow be responsible (…) is true by definition for individuals who carry out acts of violence for idiosyncratic personal motives, but it misses the point entirely when one is dealing with ideological extremists. It is the adoption of extremist political and religious ideologies that is the primary causal factor in precipitating acts of non-state terrorism. And it should be self-evident that those who formulate or adopt extremist ideologies must necessarily be disgruntled and alienated from the current social or political status quo, whether justifiably or not. Why? Because people who are happy or essentially satisfied with the status quo are neither going to create nor embrace radical worldviews that advocate attacking the existing system in order to establish what they believe will be a better, more just world. Thus there is no mystery at all about why the alleged Boston bombers committed their terrorist atrocity: like the perpetrators of the 9/11 attacks and thousands of other jihadist terrorist attacks throughout the world, they had embraced a radical Islamist ideology that enjoined them to wage armed jihad against the “infidel” enemies of Islam. It hardly matters why the Tsarnaev brothers became disgruntled or angry—people can become disgruntled and angry for a vast array of both legitimate and delusional reasons. What matters is that this underlying emotional attitude made them receptive to and ultimately caused them to embrace Islamist doctrines, which offered them an explicit, coherent, and theologically sanctioned justification for perpetrating violence. Yet that undeniable fact is consistently denied in cases of jihadist terrorism, both in the media and even by government officials. Perhaps the most egregious illustrative example is the case of Army Maj. Nidal Malik Hasan, whose jihadist terrorism at Fort Hood was foolishly ascribed to personal grievances in the U.S. military’s own investigative report. However, the evidence clearly indicates that Hasan had increasingly embraced radical Islamist doctrines, and that in the months before his attack he had extensive email contact with Anwar al-Awlaqi, the al Qaeda  operative who was linked to numerous jihadist plots, became a key figure in al Qaeda’s affiliate in the Arabian peninsula after leaving the United States, helped prepare the group’s English-language magazine Inspire, and was killed in a drone strike in 2011. Here one can observe a blatant double standard at work, since Islamist ideology, uniquely amongst extremist ideologies, is rarely if ever identified—much less highlighted—as the primary motivational factor behind terrorism committed by certain Muslims, even those who proudly proclaim their adherence to that ideology. In contrast, the media have no qualms about rightly emphasizing the role of white supremacist ideologies in precipitating acts of violence or terrorism by neo-Nazis, Klansmen, and certain right-wing militiamen; the impact of extremist interpretations of Christianity in fomenting anti-abortion violence; or the degree to which apocalyptic millennarian doctrines have generated violence by groups like Aum Shinrikyo. Nor do the media customarily refrain from noting the communist ideological agendas of left-wing terrorists, or the underlying beliefs fueling the violent actions of certain eco-radicals. Why, then, is the role of Islamist ideology so often downplayed or denied in connection with acts of jihadist terrorism? Those who are now claiming that the Boston bombers’ actions had nothing to do with their adoption of particular interpretations of Islam are seriously mistaken. And those who are foolishly endeavoring to portray the two Chechen Muslims as the innocent victims of covert manipulation or anti-Muslim prejudice—rather than as brutal victimizers—are either being disingenuous or living in a state of psychological denial, if not in a parallel mental universe. Jeffery M. Bale
But, if I follow correctly, these UCLA profs are arguing that, when some guys go all Allahu Akbar on you and blow up your marathon, that just shows that you lazy complacent Americans need to work even harder at « assimilating immigrants ». After all, Dzhokhar and Tamerlan were raised in Cambridge, Mass., a notorious swamp of redneck bigotry where the two young Chechens no doubt felt « alienated » and « excluded » at being surrounded by NPR-listening liberals cooing, « Oh, your family’s from Chechnya? That’s the one next to Slovakia, right? Would you like to come round for a play date and help Jeremiah finish his diversity quilt? » Assimilation is hell. (…) We’re collapsing our own skulls here” the parameters in which we allow ourselves to think about abortion, welfare, immigration, terrorism, Islam shrink remorselessly, not least at the congressional level. Maybe if we didn’t collapse the skulls of so many black babies in Philadelphia, we wouldn’t need to import so many excitable young Chechens. But that’s thinking outside the box, and the box is getting ever smaller, like a nice, cozy cocoon in which we’re always warm and safe. Mark Steyn

Attention: une balade sauvage peut en cacher une autre !

« Balade sauvage », « balade meurtrière », « souffle nouveau », « réponse au carcan social », « modernité », « révolte de la jeunesse contre l’autorité (gouvernementale, parentale, etc.) »,  « escapade insouciante », « naïve » « réponse au carcan social », « modèle » de « road-movies meurtriers », « film-source de Sailor et Lula à Tueurs-nés en passant par True Romance », « portrait d’une jeunesse qui, malgré les cadavres qu’elle laisse sur son chemin, se démarque par sa grande innocence », « mort jamais comme un drame mais comme une étape », « pas de drame, pas de coupable », « ode à l’innocence », « jeunesse », « liberté » …

Alors que la France s’interroge sur le début heureusement avorté de balade sauvage, qui (l’amour en plus, « ode à l’innocence »oblige) avait en son temps tant ému nos cinéphiles, du passionné d’armes et de jeux de guerre en ligne et admirateur de Mérah d’Istres …

Et qu’après l’autre balade sauvage avortée des apprentis et fils de jiahdistes de Boston, l’Amérique bien-pensante a repris son auto-flagellation sur le véritable enfer anti-immigrant qu’est devenu, sous la présidence du premier président non-blanc de l’histoire américaine, l’une des plus grandes concentrations mondiales de matière grise (centaine d’universités, 250 000 étudiants pour 620 000 habitants) …

Pendant que le même Robert Redford qui dit s’interroger sur les tomberaux de violence fournis quotidiennement par son industrie est en ville pour nous vendre sa dernière ode en date sur le bon vieux terrorisme Weathermen des amis de la Maison blanche

Comment ne pas voir, avec l’éditorialiste canadien Mark Steyn, le véritable décervellement qu’est en train de s’auto-administrer l’Occident pour tout ce qui touche, entre avortement, aide sociale, immmigration, terrorisme et islam, les dernières vaches sacrées en date de ses belles âmes ?

No Mystery About the ‘Why’ in Boston
Jeffery M. Bale
USNI News
April 26, 2013

Ever since the two alleged perpetrators of the Boston Marathon bombings were identified as Chechens living in America, the constant refrain in the media—as is almost always the case after terrorist attacks—has been to ask “why?” Apparently, many media pundits simply cannot comprehend how seemingly normal and relatively successful individuals could be motivated to carry out such actions.

Clearly, they have been misled into believing that one must be poor and disenfranchised or mentally disturbed to carry out acts of terrorism, despite a wealth of empirical evidence indicating that terrorists tend to be relatively well-educated, from higher socio-economic strata, and do not exhibit disproportionate levels of psychopathology. Still, the default assumption — at least in cases of jihadist terrorism — is that personal grievances of some sort must always somehow be responsible. That is true by definition for individuals who carry out acts of violence for idiosyncratic personal motives, but it misses the point entirely when one is dealing with ideological extremists.

It is the adoption of extremist political and religious ideologies that is the primary causal factor in precipitating acts of non-state terrorism. And it should be self-evident that those who formulate or adopt extremist ideologies must necessarily be disgruntled and alienated from the current social or political status quo, whether justifiably or not. Why? Because people who are happy or essentially satisfied with the status quo are neither going to create nor embrace radical worldviews that advocate attacking the existing system in order to establish what they believe will be a better, more just world.

Thus there is no mystery at all about why the alleged Boston bombers committed their terrorist atrocity: like the perpetrators of the 9/11 attacks and thousands of other jihadist terrorist attacks throughout the world, they had embraced a radical Islamist ideology that enjoined them to wage armed jihad against the “infidel” enemies of Islam. It hardly matters why the Tsarnaev brothers became disgruntled or angry—people can become disgruntled and angry for a vast array of both legitimate and delusional reasons. What matters is that this underlying emotional attitude made them receptive to and ultimately caused them to embrace Islamist doctrines, which offered them an explicit, coherent, and theologically sanctioned justification for perpetrating violence.

Yet that undeniable fact is consistently denied in cases of jihadist terrorism, both in the media and even by government officials. Perhaps the most egregious illustrative example is the case of Army Maj. Nidal Malik Hasan, whose jihadist terrorism at Fort Hood was foolishly ascribed to personal grievances in the U.S. military’s own investigative report. However, the evidence clearly indicates that Hasan had increasingly embraced radical Islamist doctrines, and that in the months before his attack he had extensive email contact with Anwar al-Awlaqi, the al Qaeda  operative who was linked to numerous jihadist plots, became a key figure in al Qaeda’s affiliate in the Arabian peninsula after leaving the United States, helped prepare the group’s English-language magazine Inspire, and was killed in a drone strike in 2011.

Here one can observe a blatant double standard at work, since Islamist ideology, uniquely amongst extremist ideologies, is rarely if ever identified—much less highlighted—as the primary motivational factor behind terrorism committed by certain Muslims, even those who proudly proclaim their adherence to that ideology. In contrast, the media have no qualms about rightly emphasizing the role of white supremacist ideologies in precipitating acts of violence or terrorism by neo-Nazis, Klansmen, and certain right-wing militiamen; the impact of extremist interpretations of Christianity in fomenting anti-abortion violence; or the degree to which apocalyptic millennarian doctrines have generated violence by groups like Aum Shinrikyo. Nor do the media customarily refrain from noting the communist ideological agendas of left-wing terrorists, or the underlying beliefs fueling the violent actions of certain eco-radicals. Why, then, is the role of Islamist ideology so often downplayed or denied in connection with acts of jihadist terrorism?

Those who are now claiming that the Boston bombers’ actions had nothing to do with their adoption of particular interpretations of Islam are seriously mistaken. And those who are foolishly endeavoring to portray the two Chechen Muslims as the innocent victims of covert manipulation or anti-Muslim prejudice—rather than as brutal victimizers—are either being disingenuous or living in a state of psychological denial, if not in a parallel mental universe.

The main substantive questions still to be answered in the Boston Marathon bombing case are whether the two bombers were part of a larger local cell or had received any tangible logistical or operational assistance from an organized jihadist group or network abroad. But it is all too obvious why they committed the reprehensible acts of terrorism.

Voir aussi:

The Collapsing of the American Skull

The parameters in which we allow ourselves to think about vital issues shrink remorselessly.

Mark Steyn

National  Review online

April 26, 2013

One of the most ingenious and effective strategies of the Left on any number of topics is to frame the debate and co-opt the language so effectively that it becomes all but impossible even to discuss the subject honestly. Take the brothers Tsarnaev, the incendiary end of a Chechen family that in very short time has settled aunts, uncles, sisters, and more across the map of North America from Massachusetts to New Jersey to my own home town of Toronto. Maybe your town has a Tsarnaev, too: There seems to be no shortage of them, except, oddly, back in Chechnya. The Tsarnaevs mom, now relocated from Cambridge to Makhachkala in delightful Dagestan, told a press conference the other day that she regrets ever having gotten mixed up with those crazy Yanks: « I would prefer not to have lived in America », she said.

Not, I’m sure, as much as the Richard family would have preferred it. Eight-year-old Martin was killed; his sister lost a leg; and his mother suffered serious brain injuries. What did the Richards and some 200 other families do to deserve having a great big hole blown in their lives? Well, according to the New York Times, they and you bear collective responsibility. Writing on the op-ed page, Marcello Suarez-Orozco, dean of the UCLA Graduate School of Education and Information Studies, and Carola Suarez-Orozco, a professor at the same institution, began their ruminations thus:

« The alleged involvement of two ethnic Chechen brothers in the deadly attack at the Boston Marathon last week should prompt Americans to reflect on whether we do an adequate job assimilating immigrants who arrive in the United States as children or teenagers ».

Maybe. Alternatively, the above opening sentence should « prompt Americans to reflect » on whether whoever’s editing America’s newspaper of record these days ‘does an adequate job’ in choosing which pseudo-credentialed experts it farms out its principal analysis on terrorist atrocities to. But, if I follow correctly, these UCLA profs are arguing that, when some guys go all Allahu Akbar on you and blow up your marathon, that just shows that you lazy complacent Americans need to work even harder at « assimilating immigrants ». After all, Dzhokhar and Tamerlan were raised in Cambridge, Mass., a notorious swamp of redneck bigotry where the two young Chechens no doubt felt « alienated » and « excluded » at being surrounded by NPR-listening liberals cooing, « Oh, your family’s from Chechnya? That’s the one next to Slovakia, right? Would you like to come round for a play date and help Jeremiah finish his diversity quilt? » Assimilation is hell.

How hard would it be for Americans to be less inadequate when it comes to assimilating otherwise well-adjusted immigrant children? Let us turn once again to Mrs. Tsarnaev:

« They are going to kill him. I don’t care », she told reporters. « My oldest son is killed, so I don’t care. …  I don’t care if my youngest son is going to be killed today. … I don’t care if I am going to get killed, too and I will say Allahu Akbar! »

You can say it all you want, madam, but everyone knows that « Allahu Akbar » is Arabic for « Nothing to see here ». So, once you’ve cleared the streets of body parts, you inadequate Americans need to redouble your efforts.

There is a stupidity to this, but also a kind of decadence. Until the 1960s, it was assumed by all sovereign states that they had the right to choose which non-nationals were admitted within their borders. Now, to suggest such a thing risks the charge of « nativism » and to propose that, say, Swedes are easier to assimilate than Chechens is to invite cries of « Racist! » So, when the morgues and emergency rooms are piled high, the only discussion acceptable in polite society is to wonder whether those legless Bostonians should have agitated more forcefully for federally mandated after-school assimilationist basketball programs.

As Ma Tsarnaev’s effusions suggest, at the sharp end of Islamic imperialism, there’s a certain glorying in sacrifice. We’re more fatalistic about it: After Major Hasan gunned down 13 of his comrades and an unborn baby, General Casey, the Army’s chief of staff, assured us that it could have been a whole lot worse:

‘What happened at Fort Hood was a tragedy, but I believe it would be an even greater tragedy if our diversity becomes a casualty here ».

What happened at Boston was a « tragedy », but it would be an even greater tragedy if there were to be any honest discussion of immigration policy, or Islam, or anything else that matters.

Speaking of glorying in blood, in Philadelphia the Kermit Gosnell defense rested, without calling either the defendant or any witness to the stand. As I wrote last week, « Doctor » Gosnell is accused of cutting the spinal columns and suctioning out the brains of fully delivered babies. The blogger Pundette listed some questions she would have liked the « doctor » to be asked:

« Why did you chop off and preserve baby hands and feet and display them in jars? »

There seems to be no compelling medical reason for Gosnell’s extensive collection, but bottled baby feet certainly make a novelty paperweight or doorstop. « I think we already know the answer », wrote the Pundette. « He enjoyed it ».

Unlike the Boston bombings, even the New York Times op-ed team can’t figure out a line on this. Better to look away, and ignore the story. America is the abortion mill of the developed world. In Western Europe, the state is yet squeamish enough to insist that the act be confined to twelve weeks (France) or 13 (Italy), with mandatory counseling (Germany), or up to 18 if approved by a government « commission » (Norway). Granted, many of these « safeguards » are pro forma and honored in the breach, but that’s preferable to America where they’re honored in the breech and the distinction between abortion and infanticide depends on whether the ‘doctor’ gets to the baby’s skull before it’s cleared the cervix. The Washington Examiner’s Timothy Carney sat in on a conference call with Dr. Tracy Weitz of the University of California, San Francisco:

« When a procedure that usually involves the collapsing of the skull is done, it’s usually done when the fetus is still in the uterus, not when the fetus has been delivered. » So, in terms of thinking about the difference between the way abortion providers who do later abortions in the United States practice, and this particular practice, they are completely worlds apart ».

Technically, they’re only inches apart. So what’s the big deal? The skull is collapsed in order to make it easier to clear the cervix. Once a healthy baby is out on the table and you cut his spinal column, there’s no need to suck out his brains and cave in his skull. But Dr. Gosnell seems to have got a kick out of it, so why not?

You can understand why American progressivism would rather avert its gaze. Out there among the abortion absolutists, they’re happy to chit-chat about the acceptable parameters of the « collapsing of the skull », but the informed general-interest reader would rather it all stayed at the woozy, blurry « woman’s right to choose’ level.

We’re collapsing our own skulls here” the parameters in which we allow ourselves to think about abortion, welfare, immigration, terrorism, Islam shrink remorselessly, not least at the congressional level. Maybe if we didn’t collapse the skulls of so many black babies in Philadelphia, we wouldn’t need to import so many excitable young Chechens. But that’s thinking outside the box, and the box is getting ever smaller, like a nice, cozy cocoon in which we’re always warm and safe. Like ” what’s the word?” a womb.

Mark Steyn, a National Review columnist, is the author of After America: Get Ready for Armageddon.

Voir encore:

A Battered Dream, Then a Violent Path

Deborah Sontag, David M. Herszenhorn and Serge F. Kovaleski

The New York Times

April 27, 2013

BOSTON — It was a blow the immigrant boxer could not withstand: after capturing his second consecutive title as the Golden Gloves heavyweight champion of New England in 2010, Tamerlan Anzorovich Tsarnaev, 23, was barred from the national Tournament of Champions because he was not a United States citizen.

The cocksure fighter, a flamboyant dresser partial to white fur and snakeskin, had been looking forward to redeeming the loss he suffered the previous year in the first round, when the judges awarded his opponent the decision, drawing boos from spectators who considered Mr. Tsarnaev dominant.

From one year to the next, though, the tournament rules had changed, disqualifying legal permanent residents — not only Mr. Tsarnaev, who was Soviet-born of Chechen and Dagestani heritage, but several other New England contenders, too. His aspirations frustrated, he dropped out of boxing competition entirely, and his life veered in a completely different direction.

Mr. Tsarnaev portrayed his quitting as a reflection of the sport’s incompatibility with his growing devotion to Islam. But as dozens of interviews with friends, acquaintances and relatives from Cambridge, Mass., to Dagestan showed, that devotion, and the suspected radicalization that accompanied it, was a path he followed most avidly only after his more secular dreams were dashed in 2010 and he was left adrift.

His trajectory eventually led the frustrated athlete and his loyal younger brother, Dzhokhar, to bomb one of the most famous athletic events in this country, killing three and wounding more than 200 at the Boston Marathon, the authorities say. They say it led Mr. Tsarnaev, his application for citizenship stalled, and his brother, a new citizen and a seemingly well-adjusted college student, to attack their American hometown on Patriots’ Day, April 15.

Mr. Tsarnaev now lies in the state medical examiner’s office, his body riddled with bullets after a confrontation with the police four days after the bombings. He left behind an American-born wife who had converted to Islam, a 3-year-old daughter with curly hair, a 19-year-old brother charged with using a weapon of mass destruction, and a puzzle: Why did these two young men seemingly turn on the country that had granted them asylum?

Examining their lives for clues, the authorities have focused on Mr. Tsarnaev’s six-month trip to the Russian republics of Chechnya and Dagestan last year. But in Cambridge, sitting on the front steps of the ramshackle, brown-shingled house where the Tsarnaev family lived for a decade, their 79-year-old landlady urged a longer lens.

“He certainly wasn’t radicalized in Dagestan,” the landlady, Joanna Herlihy, said.

Ms. Herlihy, who speaks Russian and was friends with the Tsarnaevs, said she told law enforcement officials that his trip clearly merited scrutiny. But she said that Mr. Tsarnaev’s embrace of Islam had grown more intense before that.

As his religious identification grew fiercer, Mr. Tsarnaev seemed to abandon his once avid pursuit of the American dream. He dropped out of community college and lost interest not just in boxing but also in music; he used to play piano and violin, classical music and rap, and his e-mail address was a clue to how he once saw himself: The_Professor@real-hiphop.com. He worked only sporadically, sometimes as a pizza deliverer, and he grew first a close-cropped beard and then a flowing one.

He seemed isolated, too. Since his return from Dagestan, he, his wife and his child were the only Tsarnaevs living full time in the three-bedroom apartment on Ms. Herlihy’s third floor.

Mr. Tsarnaev’s two younger sisters had long since married and moved out; his parents, now separated, had returned to Dagestan, his mother soon after a felony arrest on shoplifting charges; and his brother had left for the University of Massachusetts at Dartmouth, returning home only on the occasional weekend, as he did recently after damaging his 1999 green Honda Civic by texting while driving.

“When Dzhokhar used to come home on Friday night from the dormitory, Tamerlan used to hug him and kiss him — hold him, like, because he was a big, big boy, Tamerlan,” their mother, Zubeidat, 45, said last week, adding that her older son had been “handsome like Hercules.”

Not long after he gave up his boxing career, Mr. Tsarnaev married Katherine Russell of Rhode Island in a brief Islamic ceremony at a Dorchester mosque in June 2010. She has declined to speak publicly since the attacks.

His wife primarily supported the family through her job as a home health aide, scraping together about $1,200 a month to pay the rent. While she worked, Mr. Tsarnaev looked after their daughter, Zahira, who was learning to ride the tricycle still parked beside the house, neighbors said. The family’s income was supplemented by public assistance and food stamps from September 2011 to November 2012, state officials said.

It was probably not the life that Anzor Tsarnaev had imagined for his oldest child, who, even as a boy, before he developed the broad-shouldered physique that his mother described as “a masterpiece,” dreamed of becoming a famous boxer.

But then the father’s life had not gone as planned, either. Once an official in the prosecutor’s office in Kyrgyzstan, he had been reduced to working as an unlicensed mechanic in the back lot of a rug store in Cambridge.

“He was out there in the snow and cold, freezing his hands to do this work on people’s cars,” said Chris Walter, owner of the store, Yayla Tribal Rug. “I did not charge him for the space because he was a poor, struggling guy with a good heart.”

Tamerlan Tsarnaev was born on Oct. 21, 1986, five years before the dissolution of the Soviet Union, in Kalmykia, a barren stretch of Russian territory by the Caspian Sea. A photograph of him as a baby shows a cherubic child wearing a knit cap with a pompom, perched on the lap of his unsmiling mother, who has spiky black bangs and an artful pile of hair. Strikingly, she did not cover her head then, as she does now; she began wearing a hijab only a few years ago, in the United States, prodded by her son just as she was prodding him, too, to deepen his faith.

When he was still little, his parents moved from Kalmykia to Kyrgyzstan, a former Soviet republic, where their other three children were born. They left there during the economic crisis of the late 1990s and spent a few brief months in Chechnya, then fled before the full-scale Russian military invasion in 1999. They sought shelter next in his mother’s native Dagestan.

In an interview there, Patimat Suleimanova, her sister-in-law, said the family had repeatedly been on the run from war and hardship in those days. “In search of peace, they kept moving,” she said.

Finally, Anzor Tsarnaev sought political asylum in the United States. He arrived first, with his younger son, in the spring of 2002. His older son, a young man of 16, followed with the rest of the family in July 2003.

Their neighborhood in Cambridge was run-down, with car repair lots where condominiums have since arisen. But the city has long been especially welcoming to immigrants and refugees; its high school has students from 75 countries.

The schools superintendent, Jeffrey Young, described Cambridge as “beyond tolerant.”

“How is it that someone could grow up in a place like this and end up in a place like that?” he said of the Tsarnaevs.

Unlike his little brother, who was well integrated into the community by the time he started high school, Mr. Tsarnaev was a genuine newcomer when he entered the Cambridge Rindge and Latin School, from which he graduated in 2006. Enrolled in the large English as a Second Language program, he made friends mostly with other international students, and his demeanor was reserved, one former classmate, Luis Vasquez, said.

“The view on him was that he was a boxer and you would not want to mess with him,” Mr. Vasquez, now 25 and a candidate for the Cambridge City Council, said. “He told me that he wanted to represent the U.S. in boxing. He wanted to do the Olympics and then turn pro.”

Jumping right into boxing after his arrival in the United States, he called attention to himself immediately in more ways than one. During registration for a tournament in Lowell, he sat down at a piano and lost himself for 20 minutes in a piece of classical music. The impromptu performance, so out of place in that world, finished to a burst of applause from surprised onlookers.

“He just walked over from the line and started playing like he was in the Boston Pops,” his trainer at the time, Gene McCarthy, 77, recalled.

Having trained in Dagestan, where sport fighting has an impassioned following, Mr. Tsarnaev boxed straight-legged like a European and not crouched, American-style. He also incorporated showy gymnastics into his training and fighting, walking on his hands, falling into splits, tumbling into corners. So as he started working out in Boston-area clubs — and winning novice tournament fights — he made an impression, although not an entirely positive one.

“For a big man, he was very agile,” said Tom Lee, president of the South Boston Boxing Club. “He moved like a gazelle and was strong like a horse. He was a big puncher. But he was an underachiever because he did not dedicate himself to the proper training regimen.”

In 2009, Mr. Tsarnaev won the New England Golden Gloves championship in the 201-pound division, which qualified him for the national tournament in Salt Lake City in May. Introducing what would become his signature style, he showed up overdressed, wearing a white silk scarf, black leather pants and mirrored sunglasses.

Stepping into the ring, as The Lowell Sun described it, Mr. Tsarnaev floored Lamar Fenner of Chicago with an explosive punch that required an eight-count from the referee, and then he seemed to control the rest of the fight.

Bob Russo, then the coach of the New England team, said: “We thought he won. The crowd thought he won. But he didn’t.”

Mr. Fenner’s mother, Marsha, said her son had called her the night of his “bout with the bomber,” thrilled to have defeated an opponent he described as unnervingly strong. Her son, who died of heart problems last year at 29, ended up coming in second in the tournament and turning professional, she said.

If Mr. Tsarnaev was chastened by the defeat, it did not temper his behavior. During a preliminary round of the New England Golden Gloves in 2010, in a breach of boxing etiquette, he entered the locker room to taunt not only the fighter he was about to face but also the fighter’s trainer. Wearing a cowboy hat and alligator-skin cowboy boots, he gave the two men a disdainful once-over and said: “You’re nothing. I’m taking you down.”

The trainer, Hector Torres, was furious and subsequently lodged a complaint, arguing that Mr. Tsarnaev should not be allowed to participate in the competition because he was not a citizen.

As it happened, Golden Gloves of America was just then changing its policy. It used to permit legal immigrants to compete in its national tournament three out of every four years, barring them only during Olympic qualifying years, James Beasley, the executive director, said. But it decided in 2010 that the policy was confusing and moved to end all participation by noncitizens in the Tournament of Champions.

So Mr. Tsarnaev, New England heavyweight champion for the second year in a row, was stymied. The immigrant champions in three other weight classes in New England were blocked from advancing, too, Mr. Russo said.

Mr. Tsarnaev was devastated. He was not getting any younger. And he was more than a year away from being even eligible to apply for American citizenship, and there appeared to be a potential obstacle in his path.

The previous summer, Mr. Tsarnaev had been arrested after a report of domestic violence.

His girlfriend at the time had called 911, “hysterically crying,” to say he had beaten her up, according to the Cambridge police report. Mr. Tsarnaev told the officers that he had slapped her face because she had been yelling at him about “another girl.”

Eventually, charges against him would be dismissed, the records show, so the episode would not have endangered his eventual citizenship application.

But his life was changing. He married. He had a child. And he largely withdrew from Cambridge social life, and from many of the friendships he had enjoyed. “He had liked to party,” said Elmirza Khozhugov, 26, his former brother-in-law, who lost touch with him in 2010. “But there was always the sense that he felt a little guilty that he was having too much fun, maybe.”

In 2011, the Russian security service cautioned the F.B.I., and later the C.I.A., that “since 2010” Mr. Tsarnaev had “changed drastically,” becoming “a follower of radical Islam.” The Russians said he was planning a trip to his homeland to connect with underground militant groups. An F.B.I. investigation turned up no ties to extremists, the bureau has said.

In early 2012, Mr. Tsarnaev left his wife and child for a six-month visit to Russia. His parents, speaking in Dagestan, portrayed it as an innocuous visit to reconnect with family and to replace his nearly expired passport from the Republic of Kyrgyzstan with a Russian one. His father said he had kept his son close by his side as they visited relatives, including in Chechnya, and renovated a storefront into a perfume shop.

But American officials say Mr. Tsarnaev arrived in Russia months before his father returned to Dagestan and so did not have the continuous tight supervision described by his father.

Also, Mr. Tsarnaev, with no apparent sense of urgency about his travel documents, waited months to apply for a Russian passport, and returned to the United States before the passport was ready for him.

After his return, Mr. Tsarnaev applied for American citizenship, a year after he was eligible to do so. But the F.B.I. investigation, though closed, had caused his application to be stalled. Underscoring how detached he had become, he no longer had any valid passport, or international travel document, and Cambridge, to which he had a hard time readapting, was now his de facto home more than ever.

He grew a five-inch beard, which he shaved off before the bombings, and interrupted prayers at his mosque on two occasions with outbursts denouncing the idea that Muslims should observe American secular holidays. He engaged neighbors in affable conversations about skiing one week and heated ones about American imperialism the next.

At a neighborhood pizzeria, wearing a head covering that matched his jacket, he explained to Albrecht Ammon, 18, that “the Koran is great and flawless, and the Bible is ripped off from the Koran, and the U.S. used the Bible as an excuse to invade different countries.”

“I asked him about radical Muslims that blow themselves up and say, ‘It’s for Allah,’ ” Mr. Ammon said. “And he said he wasn’t one of those Muslims.”

Deborah Sontag and Serge F. Kovaleski reported from Boston, and David M. Herszenhorn from Makhachkala, Russia. Reporting was contributed by Michael Schwirtz, John Eligon, Ian Lovett and Dina Kraft from Boston; Andrew Roth from Makhachkala; Richard A. Oppel Jr. and Julia Preston from New York; and Andrew E. Kramer from Moscow. Kitty Bennett and Sheelagh McNeill contributed research.

Voir également:

Coup d’essai d’un palmé

La Balade sauvage

réalisé par Terrence Malick

Julia Allouache

Critikat.com

14 juin 2011

critique du film La Balade sauvage, réalisé par Terrence Malick

Nouvelle réédition pour La Balade sauvage et nouvelle visibilité grâce à la palme remportée à Cannes par le dernier film de Terrence Malick (The Tree of Life). Le premier long-métrage du cinéaste, qui conte la balade meurtrière du couple formé par Holly (Sissy Spacek) et Kit (Martin Sheen) à travers les États-Unis, s’assure d’emblée une certaine carrière en salles.

Depuis son âge d’or dans les années 1970, le road-movie a subi de nombreuses mutations. Revenir sur La Balade sauvage, c’est donc revenir au classicisme d’un genre, ce qui n’est pas sans constituer un certain paradoxe étant donné le souffle nouveau que ce film a représenté en son temps. Mais trente-cinq ans plus tard, on est en droit de se demander si La Balade sauvage a conservé toute sa modernité ou s’il ne pâtit pas du passage du temps. Quel écho de la révolte de la jeunesse américaine des années 1970 contre l’autorité (gouvernementale, parentale, etc.) aujourd’hui ? Si l’escapade insouciante de Holly et Kit comme réponse au carcan social paraît aujourd’hui un peu naïve et présente une idée de la liberté un peu vieillotte, mieux vaut y voir le premier maillon d’une œuvre à venir. Le premier long-métrage de Malick pose déjà la question qui hantera toute sa filmographie : comment créer un lieu de vie idéal au sein d’une terre hostile (déclinée dans The Tree of Life en situation hostile : la mort d’un enfant). Le titre original de l’œuvre vaut ainsi qu’on le rappelle : Badlands, ces mauvaises terres que l’on brûle au son d’un chœur religieux (faut-il passer par l’Enfer pour parvenir au Paradis ?) et qu’on brûlera à nouveau dans la plus belle séquence des Moissons du ciel, lors d’une apocalyptique attaque de sauterelles.

Si le film de Malick constitue le modèle d’une tendance cinématographique qui émergera dans les années 1990 – les road-movies meurtriers –, ce film-source a ceci de spécifique qu’il se construit toujours dans la distance (particularité dont ses petits rejetons – de Sailor et Lula à Tueurs-nés en passant par True Romance, qui reprend presque littéralement la musique de La Balade sauvage – s’émanciperont pour proclamer un style kitch-hémoglobine). Le recul qu’il prend vis-à-vis de la violence passe essentiellement par le personnage incarné par Sissy Spacek (qui se trouve alors à l’orée d’une période de grands rôles : Carrie, Three Women, etc.), dont l’impassibilité désamorce toujours immédiatement l’agitation de Martin Sheen. On se trouve avec La Balade sauvage devant le portrait d’une jeunesse qui, malgré les cadavres qu’elle laisse sur son chemin, se démarque par sa grande innocence. La mort n’intervient jamais comme un drame mais comme une étape, un relais sur la route de Holly et Kit. Pas de drame, pas de coupable. La singularité de la démarche malickienne est de faire de ce fait-divers une ode à l’innocence plutôt qu’un trip sulfureux (comme s’attacheront à le faire David Lynch, Oliver Stone et Tony Scott), de dépasser l’anecdote, la chronique de départ pour dépeindre un état de fait plus global : la jeunesse, la liberté.

En résulte un film mat et flegmatique, auquel on peut toutefois reprocher de faire tendre la sobriété de son style vers une certaine banalité. Cet équilibre incertain entre la fine mise à distance du propos et le peu d’innovation du style rejoint le débat qui s’est construit autour de l’œuvre de Malick, entre génie et imposteur, et ce jusqu’à son dernier né The Tree of Life, qui alterne moments intimes prodigieux et envolées cosmiques grotesques. On touche là ce qui constitue peut-être la signature d’un réalisateur qui, même à travers cette inégalité qui lui est propre, prouve qu’il est un auteur.

Voir de plus:

5 raisons de (re)voir La balade sauvage de Terrence Malick

Thomas Baurez (Studio Ciné Live)

L’Express

08/06/2011

Alors que tout le monde parle de Terrence Malick et de son The Tree of Life, récemment palmé à Cannes, son premier long-métrage ressort judicieusement en salles. 38 ans déjà, et pas une ride!

5 raisons de (re)voir La balade sauvage de Terrence Malick

1 – Une leçon de road-movie

Ce n’est plus un secret pour personne. A partir de la fin des sixties, Hollywood opère sa mue et l’espace d’une grosse décennie va déborder d’indépendance. C’est dans ce contexte qu’explose réellement le road-movie sur grand écran, un genre synonyme d’espace, de liberté et de tragédie. Easy Rider de Dennis Hopper en 1969, Macadam à deux voies de Monte Hellman en 1971, L’épouvantail de Jerry Schatzberg en 1973 et donc cette Balade sauvageen 1974, premier long d’un étudiant de l’American Film Institute passé par Harvard et Oxford, Terrence Malick.

2 – Société, je vous hais !

Alors que le républicain Nixon s’apprête bientôt à faire ses valises à cause du Watergate et que le Vietnam brûle de ses derniers feux au napalm, la société nord-américaine est en crise. La jeunesse a besoin d’air. La balade sauvage, traduit cet état d’esprit. Nous suivons ici la fuite en avant du psychopathe Kit (Martin Sheen) et de la pure Holly (Sissy Spacek), jeunes et pas franchement innocents, pourchassés par une foule vengeresse.

3 -L’éternel combat entre l’Homme et la Nature

Dans les films de Terrence Malick, les hommes finissent toujours par saccager la nature qui les entoure. Les soldats de la Ligne rouge après avoir nagé dans le jardin d’Eden tombent sauvagement sur le champ de bataille, les amoureux des Moissons du ciel envoient en fumée des champs à perte de vue, le beau colon du Nouveau Monde, lui, souille malgré lui la belle indigène en l’arrachant à sa terre natale. Dans La balade sauvage, si la forêt sert de refuge pour le couple en fuite, elle sera finalement le lieu de leur perte.

4- Sheen-Spacek, un duo de rêve

Si le Nouvel Hollywood a vu l’émergence de jeunes cinéastes (Scorsese, de Palma, Spielberg…), de nouveaux visages se sont également imposés devant l’objectif. Faye Dunaway, Mia Farrow, Jack Nicholson, Al Pacino, de Niro… Sissy Spacek et Martin Sheen, le duo de cette Balade sauvage, s’imposent immédiatement. Elle, 25 ans, tout en tâche de rousseur, incarne pureté et innocence. Sissy sera bientôt Carrie pour de Palma et l’une des trois femmes de Robert Altman. Lui, 34 ans déjà, réincarnation de James Dean, porte beau le jean et le t-shirt blanc. Bientôt il connaîtra l’Apocalypse pour Coppola.

5 – Pénultième film avant la disparition

Aussitôt apparu, aussitôt disparu ! A l’instar, des protagonistes de La balade sauvage, Terrence Malick était condamné à disparaitre. Ainsi après Les moissons du ciel, tourné 4 ans plus tard, l’homme ne va plus donner de nouvelles pendant 20 longues années. Tel Martin Sheen levant les bras en l’air devant l’objectif, Malick sait qu’il faut parfois se rendre pour mieux frapper un grand coup. 38 ans séparent aujourd’hui La balade sauvage de The Tree of Life. Il est intéressant de voir le chemin parcouru.

Voir encore:

BADLANDS

Vincent Canby

The New York Times

October 15, 1973

The time is late summer at the end of the 1950’s and the place a small, placid town in South Dakota. The streets are lined with oak and maple trees in full leaf. The lawns are so neat, so close-cropped, they look crew-cut. Kit Carruthers (Martin Sheen) is twenty-five, a garbage collector who fancies his cowboy boots and his faint resemblance to James Dean. Holly Sargis (Sissy Spacek) is fifteen. Until she meets Kit, she hasn’t much interest in anything except her dog and her baton, which she practices twirling in her front yard.

In Terrence Malick’s cool, sometimes brilliant, always ferociously American film, Badlands, which marks Malick’s debut as a director, Kit and Holly take an all-American joyride across the upper Middle West, at the end of which more than half a dozen people have been shot to death by Kit, usually at point-blank range.

Badlands was presented twice at Alice Tully Hall Saturday night, the closing feature of the 11th New York Film Festival that began so auspiciously with François Truffaut’s Day for Night. In between there were a lot of other films, good and bad, but none as provocative as this first feature by Malick, a twenty-nine-year-old former Rhodes Scholar and philosophy student whose only other film credit is as the author of the screenplay for last year’s nicely idiosyncratic Pocket Money.

Badlands was inspired by the short, bloody saga of Charles Starkweather who, at age nineteen, in January, 1958, with the apparent cooperation of his fourteen-year-old girlfriend, Caril Fugate, went off on a murder spree that resulted in ten victims. Starkweather was later executed in the electric chair and Miss Fugate given life imprisonment.

Badlands inevitably invites comparisons with three other important American films, Arthur Penn’s Bonnie and Clyde and Fritz Lang’s Fury and You Only Live Once, but it has a very different vision of violence and death. Malick spends no great amount of time invoking Freud to explain the behavior of Kit and Holly, nor is there any Depression to be held ultimately responsible. Society is, if anything, benign.

This is the haunting truth of Badlands, something that places it very much in the seventies in spite of its carefully re-created period detail. Kit and Holly are directionless creatures, technically literate but uneducated in any real sense, so desensitized that Kit (in Malick’s words at a news conference) can regard the gun with which he shoots people as a kind of magic wand that eliminates small nuisances. Kit and Holly are members of the television generation run amok.

They are not ill-housed, ill-clothed, or ill-fed. If they are at all aware of their anger (and I’m not sure they are, since they see only boredom), it’s because of the difference between the way life is and the way it is presented on the small screen, with commercial breaks instead of lasting consequences.

Badlands is narrated by Holly in the flat, nasal accents of the Middle West and in the syntax of a story in True Romances. « Little did I realize, » she tells us at the beginning of the film, « that what began in the alleys and by-ways of this small town would end in the badlands of Montana. » At the end, after half a dozen murders, she resolves never again to « tag around with the hell-bent type. »

Kit and Holly share with Clyde and Bonnie a fascination with their own press coverage, with their overnight fame (« The whole world was looking for us, » says Holly, « for who knew where Kit would strike next? »), but a lack of passion differentiates them from the gaudy desperados of the thirties. Toward the end of their joyride, the bored Holly tells us she passed the time, as she sat in the front seat beside Kit, spelling out complete sentences with her tongue on the roof of her mouth.

Malick tries not to romanticize his killers, and he is successful except for one sequence in which Kit and Holly hide out in a tree house as elaborate as anything the M-G-M art department ever designed for Tarzan and Jane. Sheen and Miss Spacek are splendid as the self-absorbed, cruel, possibly psychotic children of our time, as are the members of the supporting cast, including Warren Oates as Holly’s father.

One may legitimately debate the validity of Malick’s vision, but not, I think, his immense talent. Badlands is a most important and exciting film.

BADLANDS (MOVIE)

Produced, written, and directed by Terrence Malick; cinematographers, Brian Probyn, Tak Fujimoto, and Stevan Larner; edited by Robert Estrin; music by George Tipton; art designer, Jack Fisk; released by Warner Brothers. Running time: 95 minutes.

With: Martin Sheen (Kit), Sissy Spacek (Holly), Warren Oates (Holly’s Father), Ramon Bieri (Cato), and Alan Vint (Deputy).

Voir enfin:

Riots Create Irrational Behavior

Apr. 30, 2013 — Participants of group riots have since the end of the 1960s been viewed as rational individuals driven by a sense of injustice. But in today’s world this is misleading, concludes sociologist and PhD Christian Borch in a newly published doctoral thesis, and he encourages the police to take the destructive behaviour of some participants into account when dealing with groups of rioters.

During the so-called ‘UK Riots’ in the summer of 2011, discontented young people set the streets of London alight and looted shopping centres. The initial strategy of the police which was to communicate with rioters soon failed. Instead they resorted to using batons and containment. Within a Danish context, the violent reactions to the clearance of ‘Ungdomshuset’ in 2007 show that a revolt can develop into serious criminal actions.

According to Christian Borch, these examples illustrate that group rioting are not solely based on righteous indignation and considered planning:

« The notion of the 1960s that social movements happened as a legitimate response to social injustice created the impression of riots as being rational. Crowds however do not have to be rational entities, » says Christian Borch.

In a new doctoral thesis « The Politics of Crowds: An Alternative History of Sociology » from University of Copenhagen, Christian Borch analyses the historical development of the concept of crowds in a sociological context.

« The riots in London demonstrate the existence of a lack of rational thought processes as the events had an entirely spontaneous and irrational character. People looted for the sake of looting, for many this was not necessarily born out of a sense of injustice, » says Christian Borch who has analysed the strategies of the Metropolitan police in connection with the London riots.

Danish riots attracted violent supporters

The riots surrounding the clerance of « Ungdomshuset » at Jagtvej 69 in Denmark illustrate that demonstrations are capable of creating a self-perpetuating sense of dynamics which accenture the irrational elements. Thus, setting cars alight and breaking windows became part of the rioting.

« During the Danish riots there existed on the one hand a sense of rationality within the young people’s protests, in so far as they were drive by a political motivated interest. However, other people who were normally not affiliated with ‘Ungdomshuset’ became a part of the conflict and participated in the riots without any shared purpose. They were having fun and the adrenalin kicked in, » says Christian Borch.

It is inner group dynamics which fuel pointless bahaviour.

« Riots can assume self-perpetuating dynamics which is not driven by rational motives. When individuals form a crowd they can become irrational and driven by emotion which occur as part of the rioting, » says Christian Borch.

Inspiration to police tactics

Thinking of crowds as rational entities has since 2000 affected the way in which the British police have handled riots. The UK Riots serve as an example of this. The police worked on the promise that they were dealing with rational individuals with sensible objectives which is why their plan of action was based on communication rather than containment. This however, did not work in practice.

« The interesting aspect of the London riots was to ascertain that it was pointless to address the crowds through a communication strategy. The rational way of regarding the crowds came to nothing whereas the traditional form of containment did. This shows that at certain times a successful solution is not to handle crowds based on dialogue-orientated efforts, » says Christian Borch.

In addition to the police, Christian Borch encourages town planners, sociologists and economists to apply a more critical approach when dealing with the concept of crowds.


Tuerie d’Istres: C’est l’imitation et les médias, imbécile ! (When monkey see monkey do meets have gun will travel)

27 avril, 2013
http://www.mondespersistants.com/images/screenshots/World_of_Warcraft-56977.jpgJe suis et demeure un combattant révolutionnaire. Et la Révolution aujourd’hui est, avant tout, islamique. Illich Ramirez Sanchez (dit Carlos)
Nous avons constaté que le sport était la religion moderne du monde occidental. Nous savions que les publics anglais et américain assis devant leur poste de télévision ne regarderaient pas un programme exposant le sort des Palestiniens s’il y avait une manifestation sportive sur une autre chaîne. Nous avons donc décidé de nous servir des Jeux olympiques, cérémonie la plus sacrée de cette religion, pour obliger le monde à faire attention à nous. Nous avons offert des sacrifices humains à vos dieux du sport et de la télévision et ils ont répondu à nos prières. Terroriste palestinien (Jeux olympiques de Munich, 1972)
Il s’est mis à tirer comme dans un jeu video. Enquêteurs
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. (…) Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxisme. René Girard
More ink equals more blood,  newspaper coverage of terrorist incidents leads directly to more attacks. It’s a macabre example of win-win in what economists call a « common-interest game. Both the media and terrorists benefit from terrorist incidents ». Terrorists get free publicity for themselves and their cause. The media, meanwhile, make money « as reports of terror attacks increase newspaper sales and the number of television viewers ». Bruno S. Frey (University of Zurich) et Dominic Rohner (Cambridge)
Les images violentes accroissent (…) la vulnérabilité des enfants à la violence des groupes dans la mesure où ceux qui les ont vues éprouvent de sensations, des émotions et des états du corps difficiles à maîtriser et donc angoissants, et qu’ils sont donc particulièrement tentés d’adopter les repères que leur propose leur groupe d’appartenance, voire le leader de ce groupe. Serge Tisseron
Ces meurtriers sont fascinés par des jeux vidéo violents. Ces jeux consommés à haute dose provoquent une désensibilisation par rapport à l’acte criminel. Dans certains jeux, pour franchir les différents niveaux, il faut parfois tuer un policier ou une femme enceinte. Celui qui joue est par définition acteur, il n’est pas passif. Certains jeux japonais, accessibles gratuitement en ligne, permettent d’incarner un violeur en série. Le joueur devient un participant actif et exprime ses fantasmes. Là, c’est le véritable danger. (…) Le tueur de masse avance toujours de faux prétextes religieux, politiques, ce qui semble être le cas ici. Cet homme s’est défini comme un fondamentaliste chrétien. Depuis la tragédie de Columbine aux Etats-Unis en 1999, le crime de masse est devenu un crime d’imitation. Les tueurs sont souvent habillés de noir, vêtus d’un treillis ou d’un costume de l’autorité. Ils postent de nombreux messages sur des forums Internet annonçant leurs actes. Le réseau Internet où ils se mettent en scène est l’occasion pour eux de laisser un testament numérique. Stéphane Bourgoin
Le tueur de masse, et c’est important, commet un crime d’imitation. On le voit dans le cas de Breivik puisqu’il pompe des centaines de pages du manifeste de Théodor Kaczynski, Unabomber. Il se contente à certains endroits de remplacer le marxisme par multiculturalisme ou par islamisme. Il copie, c’est frappant. Pourtant, idéologiquement, ils sont à l’opposé puisque Unabomber est un terroriste écologique. Autre imitation, pour sa bombe, il utilise exactement la même recette de fabrication que Timothy McVeigh dans l’attentat de l’immeuble fédéral d’Oklahoma City, en 1995. Il a trouvé la recette sur Internet, sur des sites suprématistes blancs et de survivalistes américains. (…)  J’estime à 10 % d’entre eux ceux qui manifestent des revendications idéologiques. Mais ce ne sont pas uniquement ces revendications idéologiques qui poussent Anders Breivik ou Timothy McVeigh à commettre de tels attentats meurtriers. C’est aussi une véritable haine de la société. Ils s’estiment victimes de la société parce qu’elle ne les a pas reconnus à leur juste valeur. Et ils souffrent de troubles psychologiques voire psychiatriques profond. Là, ce n’est pas le cas pour Breivik qui ne souffre pas de troubles psychiatriques, puisqu’une personne délirante et irresponsable n’est pas capable d’organiser des attentats d’une telle envergure et avec une telle minutie. (…)  Il a choisi deux cibles qui cristallisent, l’une et l’autre, ses haines. Des immeubles du gouvernement norvégien qu’il juge responsable de l’immigration massive en Norvège et sa haine des marxistes avec le rassemblement des jeunes du Parti travailliste, qu’il savait sur une île isolée, où il pourrait commettre un carnage sans être dérangé. (…) C’est un long processus. Il commence à écrire son manifeste en 2002. En 2007, il quitte le Parti du progrès, parti populiste d’extrême droite norvégien, et indique dans plusieurs forums que l’action politique et démocratique mène à une impasse et qu’il est temps de créer un choc et mener une révolution au sein de la société norvégienne. Sans parler ouvertement de son acte. En 2008, voire 2007, il pense déjà à commettre un tel attentat. Il a loué cette ferme voici deux ans, uniquement pour qu’elle lui serve de couverture. Nullement pour subvenir à ses besoins, mais pour lui permettre d’acheter des engrais chimiques sans attirer l’attention. On sait par son journal intime qu’il avait terminé de fabriquer les engins explosifs vers le mois de mai. Il a alors attendu le moment favorable, cette réunion des jeunes du Parti travailliste où devait se rendre, avant finalement d’annuler, le Premier ministre. (…) Le phénomène est amplifié par les nouvelles technologies, notamment Internet. Depuis Columbine, les tueurs laissent tous un testament numérique. On a retrouvé de nombreuses vidéos où ils se mettent en scène, apprennent à tirer. Où ils tiennent un journal de bord. Idem pour le massacre de Virginia Tech, qui a fait une trentaine de victimes en 2007. Idem avec les deux tueurs allemands dans deux écoles (Erfurt en 2002, Winnenden en 2009, ndlr). Idem pour le tueur finlandais de Kauhajoki en 2008, etc. Depuis le massacre de Colombine, c’est pareil pour tous les tueurs de masse : on laisse un testament en vidéo ou un long post sur un blog. C’est assez frappant. C’est un crime d’imitation. D’ailleurs, j’ajoute que les médias sont également un peu responsables de la prolifération de ce type d’acte criminel en raison de la place qu’ils accordent à ces criminels. Si, par exemple, les médias décidaient de ne jamais publier l’identité des auteurs ni leur texte ou leur vidéo, je pense qu’on verrait une réduction de ce type d’actes criminels. Ce que veulent ces individus, c’est passer à la postérité, or si on ne publie pas leur identité, la frustration sera extrême. La mégalomanie et le narcissisme d’un personnage comme Anders Breivik est éloquent ! Il voulait apparaître en uniforme lors d’un procès public, pour montrer au monde entier sa puissance. Ils savent ce qui va se passer après les meurtres et s’en délectent à l’avance, comme se délecte Anders Breivik à l’idée de son procès, qui devrait se tenir d’ici un an et demi. (…) Une agence de presse a quelque peu exagéré et déformé mes propos. Ce que j’ai exactement dit sur le profil-type du tueur de masse, c’est que sur les 113 cas en vingt ans, 108 s’adonnaient quotidiennement voire parfois des heures entières à des jeux vidéo violents. Mais j’ajoutais, bien sûr, que ce n’est pas le fait de jouer à des jeux vidéo violents qui fait qu’on devient un tueur de masse. Comme pour les tueurs en série, on retrouve la plupart du temps des cas de maltraitances physiques ou psychologiques et d’abandon parental, mais ce n’est parce qu’on est un enfant abandonné qui subit des maltraitances qu’on est un serial killer. Il y en aurait malheureusement des milliers. J’ajoutais aussi que pour un adolescent qui souffre de troubles psychiatriques ou psychologiques, le fait de s’adonner de manière frénétique à des jeux vidéo violents pouvait le mener à une désensibilisation à la violence. Stéphane Bourgoin
On est dans le crime d’imitation. Ces tueurs savent qu’ils vont avoir une importante résonance médiatique. (…) On peut imaginer qu’ils s’estimaient persécutés et avaient des comptes à régler avec la société. En tuant des personnes qu’ils ne connaissaient pas, ils plongeaient dans un monde virtuel. Comme dans un jeu vidéo … Stéphane Bourgoin

Attention: un tueur peut en cacher beaucoup d’autres !

Au lendemain d’un nouvel épisode de fusillade meurtrière encore inexpliqué cette fois sur notre propre Côte d’azur …

Comment ne pas deviner, avec l’écrivain spécialisé Stéphane Bourgoin, cette forte dimension mimétique de la chose y compris d’ailleurs chez les pros de naguère à la Carlos?

Mais aussi hélas cette vague de tueurs de masse qui vient ou est en fait déjà (potentiellement) là

Qui, entre ressentiment personnel, recherche de visibilité médiatique, entrainement/conditionnement quotidien et massif à la tuerie en ligne et accessibilité en ligne des matériels et modes d’emplois, n’attendent que l’occasion propice pour passer à l’acte?

D’où la double contrainte inextricable du phénomène: si on n’en parle pas, on risque de passer à côté de quelque chose de peut-être bien plus grave (voir les frères Tsarnaev) et si on en parle, on fait le jeu du tueur en question et de ses futurs imitateurs toujours prêts à raccrocher leur wagon de ressentiment personnel à tout mouvement de haine du moment à forte valeur ajoutée médiatique …

Fusillade d’Istres : le profil psy et guerrier d’un individu nommé Rose

La Provence

26 avril 2013

Le tueur se nommerait Karl Rose, son profil Facebook donne quelques indications sur sa personnalité

Il s’appelle Karl Rose. Il a 19 ans. Il est né à Istres, habite Istres et lors de sa dernière comparution en justice, il se disait « ouvrier ». Pour l’heure, il était hier encore sans profession, précise-t-on de source proche de l’enquête.

Il est connu des services de police pour port d’armes prohibées, au moins à deux reprises, ce qui témoigne à tout le moins d’un certain goût pour elles. Jusqu’aux faits qui l’ont traîné hier à la Une des gazettes, il était aussi connu pour escroquerie et falsification de documents. Il est manifestement sujet à des problèmes psychiatriques, a prétendu répondre aux « préceptes » d’al-Qaïda.

Un individu dans son univers

Quand il a été interpellé, il a fait état aussitôt d’une « connaissance » qui s’apprêterait à agir à sa manière, dans une gare, en région parisienne… Cet homme a été arrêté plus tard dans la soirée. Pour le reste, le profil Facebook de Karl Rose est aussi éloquent que crypté.

Il y dit travailler à « braqueur de fourgon ». Il aime aussi les arts martiaux, la musculation et l’informatique. Toujours selon son profil Facebook, il étudie à « Paris Tramway Ligne 3″. Comprenne qui pourra. « La TV dirige la nation », peut-on entendre, en anglais, sur la seule chanson présente sur son profil en ligne.

Un individu manifestement dans son univers, qui, au chapitre des livres, affiche : « Le judaïsme est une escroquerie de 4 000 ans », semble faire de l’affaire Mérah un « complot » et s’autodécerne la « médaille d’honneur » du « combattant de guerre » sur un jeu vidéo qui permet, au moins virtuellement, de tuer plus facilement son prochain que de l’aimer.

Les 3 questions à Stéphane Bourgoin auteur du livre « 99 ans de serial killer » (Edition Ring)

1. La Provence a jusqu’ici été épargnée par les tueurs de masse. L’hyper médiatisation de l’affaire Merah et des attentats de Boston a-t-elle pu favoriser le passage à l’acte ?

Stéphane Bourgoin : Oui, on est dans le crime d’imitation. Ces tueurs savent qu’ils vont avoir une importante résonance médiatique.

2. Ont-ils un profil psychologique similaire ?

S.B : Ils sont souvent très jeunes et fascinés par les armes à feu. Si eux agissent sur la voie publique, les plus vieux passent généralement à l’acte sur leur lieu de travail. Dans la plupart des cas, ce sont des paranoïaques qui ont pu avoir des antécédents psychiatriques ou souffrent de troubles psychologiques.

3. Généralement, ces tueurs se suicident ou se font abattre. À Istres, il s’est rendu sans problème…

S.B : 70 % de ces tueurs ne survivent pas, c’est vrai. Mais ce n’était pas le cas du tueur d’Aurora ou de Anders Breivik en Norvège. On peut imaginer qu’ils s’estimaient persécutés et avaient des comptes à régler avec la société. En tuant des personnes qu’ils ne connaissaient pas, ils plongeaient dans un monde virtuel. Comme dans un jeu vidéo.

Denis Trossero et Frédéric Cheutin, propos recueillis par Laetitia Sariroglou

Voir aussi:

Norvège : «Ces tueurs veulent laisser une trace dans l’histoire»

Stéphane Bourgoin

Le Parisien

24.07.2011

STÉPHANE BOURGOIN spécialiste des tueurs de masse*. Ecrivain, Stéphane Bourgoin, 58 ans, est surtout un spécialiste reconnu des tueurs de masse et tueurs en série.

Peut-on considérer le suspect arrêté comme un tueur de masse?

STÉPHANE BOURGOIN. Il appartient à l’évidence à la catégorie des tueurs de masse. Il s’agit souvent d’hommes solitaires souffrant de troubles suicidaires.

Ce sont des désespérés extravertis et très narcissiques. Ils ont un désir de toute-puissance et sont souvent fascinés par les armes à feu et aussi l’autorité. Ils aiment incarner des militaires ou des policiers.

Quels sont leurs autres traits communs?

Ils ont peu de relations sociales, voire pas du tout. Leur univers amoureux est réduit à néant. Mais, surtout, ils veulent tous laisser une trace dans l’histoire pour qu’on se souvienne d’eux. Ils tuent pour qu’on ne les oublie pas. A la différence des tueurs en série, qui, eux, sont des psychopathes responsables de leurs actes qui font tout pour échapper à la police, les tueurs de masse cherchent à revendiquer leurs actes. Ils vont à la rencontre des enquêteurs, ils font face et cherchent même à se faire tuer par les policiers.

Les jeux vidéo ont-t-ils une influence dans leur passage à l’acte?

Là aussi, c’est un trait dominant chez ces meurtriers. Ils sont fascinés par des jeux vidéo violents comme World of Warcraft. Ces jeux consommés à haute dose provoquent une désensibilisation par rapport à l’acte criminel. Dans d’autres jeux, pour franchir les différents niveaux, il faut parfois tuer un policier ou une femme enceinte. Celui qui joue est par définition acteur, il n’est pas passif. Certains jeux japonais, accessibles gratuitement en ligne, permettent d’incarner un violeur en série. Le joueur devient un participant actif et exprime ses fantasmes. Là, c’est le véritable danger.

Comment analyser ce qui vient de se passer en Norvège?

Le tueur de masse avance toujours de faux prétextes religieux, politiques, ce qui semble être le cas ici. Cet homme s’est défini comme un fondamentaliste chrétien. Depuis la tragédie de Columbine aux Etats-Unis en 1999, le crime de masse est devenu un crime d’imitation. Les tueurs sont souvent habillés de noir, vêtus d’un treillis ou d’un costume de l’autorité. Ils postent de nombreux messages sur des forums Internet annonçant leurs actes. Le réseau Internet où ils se mettent en scène est l’occasion pour eux de laisser un testament numérique.

Il vient de publier « Enquête mondiale sur les tueurs en série » aux Editions Grasset.

Voir encore:

Profil de tueur

Dorothée Duchemin

Citazine

28 juill. 2011

Anders Breivik, principal suspect de la tuerie survenue en Norvège le 22 juillet dernier, possède-t-il le profil typique d’un tueur de masse ? Qui sont ces criminels ? Stéphane Bourgoin, spécialiste des tueurs en série et tueurs de masse, répond à Citazine.

Peut-on parler d’un profil-type du tueur de masse ?

Le profil d’un tueur de masse, auquel répond tout à fait Anders Breivik, est quelqu’un qui tue un grand nombre de personnes en un laps de temps très court. Peu lui importe l’âge, le sexe ou l’ethnie des victimes, contrairement au tueur en série qui tue sur des années et ne cherche pas à se faire prendre. Alors que le tueur de masse, dans 75 % des cas, va chercher soit à se suicider, soit à être abattu par les forces de l’ordre après avoir commis son acte.

Cette personne est généralement isolée de la société, marginalisée. Elle a peu d’amis, pas de relation sentimentale, est passionnée d’armes à feu et est fascinée par la chasse ainsi que par toutes formes d’autorité. Elle s’adonne à des jeux vidéo violents, est marquée par une lourde tendance suicidaire mais ne se suicidera pas seule dans son coin. Elle veut marquer l’histoire et laisser une marque indélébile en se suicidant et en emportant le plus de victimes avec elle.

Alors, puisqu’il ne s’est pas suicidé, Andres Breivik fait-il figure d’exception ?

Un gros pourcentage d’entre eux, entre 25 et 30 %, ne se suicident pas au moment où ils commettent leurs actes. Andres Breivik l’annonce, dans la partie du journal intime, à la fin de son manifeste. Il n’avait pas l’intention de se suicider et veut témoigner à son procès.

Un code, depuis Columbine

Anders Breivik est âgé de 32 ans. N’est-il pas bien plus vieux que la majorité des tueurs de masse ?

Il y a eu des tueurs de masse bien plus âgés qu’Anders Breivik. Cela n’a rien à voir avec l’âge. Les tueries de masse ont existé avant Columbine (Tuerie du lycée de Columbine, en 1999, perpétrée par Eric Harris et Dylan Klebold, ndlr). Mais depuis, un code et une imitation s’installent. Un code vestimentaire : les tueurs sont revêtus de noir, de treillis militaire ou uniforme de police. Avec ces vêtements, ils expriment le désir de toute puissance et la fascination des armes à feu. Ils s’imaginent être des héros dans une réalité virtuelle. Alors qu’ils savent que dans la réalité, ils sont des types qui n’ont jamais rien concrétisé dans leur existence. Le tueur de masse, et c’est important, commet un crime d’imitation. On le voit dans le cas de Breivik puisqu’il pompe des centaines de pages du manifeste de Théodor Kaczynski, Unabomber. Il se contente à certains endroits de remplacer le marxisme par multiculturalisme ou par islamisme. Il copie, c’est frappant. Pourtant, idéologiquement, ils sont à l’opposé puisque Unabomber est un terroriste écologique. Autre imitation, pour sa bombe, il utilise exactement la même recette de fabrication que Timothy McVeigh dans l’attentat de l’immeuble fédéral d’Oklahoma City, en 1995. Il a trouvé la recette sur Internet, sur des sites suprématistes blancs et de survivalistes américains.

Il se nourrit ça et là des tueries de masse de ses prédécesseurs.

Oui, tout à fait.

La majorité des ces tueurs agit-elle par revendications idéologiques ?

Non. Un certain nombre d’entre eux en ont, mais ils sont assez rares. J’estime à 10 % d’entre eux ceux qui manifestent des revendications idéologiques. Mais ce ne sont pas uniquement ces revendications idéologiques qui poussent Anders Breivik ou Timothy McVeigh à commettre de tels attentats meurtriers. C’est aussi une véritable haine de la société. Ils s’estiment victimes de la société parce qu’elle ne les a pas reconnus à leur juste valeur. Et ils souffrent de troubles psychologiques voire psychiatriques profond. Là, ce n’est pas le cas pour Breivik qui ne souffre pas de troubles psychiatriques, puisqu’une personne délirante et irresponsable n’est pas capable d’organiser des attentats d’une telle envergure et avec une telle minutie.

Deux lieux, deux armes

N’est-ce pas étonnant d’agir avec une bombe puis une arme à feu ?

Oui, c’est assez rare. En règle général, le crime se déroule en un lieu unique pour les tueurs de masse. Là, c’est un cas assez inhabituel. Il a choisi deux cibles qui cristallisent, l’une et l’autre, ses haines. Des immeubles du gouvernement norvégien qu’il juge responsable de l’immigration massive en Norvège et sa haine des marxistes avec le rassemblement des jeunes du Parti travailliste, qu’il savait sur une île isolée, où il pourrait commettre un carnage sans être dérangé.

Peut-il ressentir de la pitié, de la compassion et des remords ?

Absolument pas. Au moment où il commet son acte, on voit qu’il rit sur certaines images en abattant ses victimes. Il est à ce moment dans une transe et agit comme un robot. Lors de ses interrogatoires, il insiste sur le fait qu’il a effectivement commis « des actes cruels mais nécessaires » et plaide non coupable car il ne se sent pas responsable de ce qu’il a commis. Il n’éprouvera jamais de remords.

Est-il arrivé à commettre de tels actes après un long processus qui s’est mis en place petit à petit ou s’agit-il d’un déclic soudain ?

C’est un long processus. Il commence à écrire son manifeste en 2002. En 2007, il quitte le Parti du progrès, parti populiste d’extrême droite norvégien, et indique dans plusieurs forums que l’action politique et démocratique mène à une impasse et qu’il est temps de créer un choc et mener une révolution au sein de la société norvégienne. Sans parler ouvertement de son acte. En 2008, voire 2007, il pense déjà à commettre un tel attentat.

Il a loué cette ferme voici deux ans, uniquement pour qu’elle lui serve de couverture. Nullement pour subvenir à ses besoins, mais pour lui permettre d’acheter des engrais chimiques sans attirer l’attention. On sait par son journal intime qu’il avait terminé de fabriquer les engins explosifs vers le mois de mai. Il a alors attendu le moment favorable, cette réunion des jeunes du Parti travailliste où devait se rendre, avant finalement d’annuler, le Premier ministre.

Un phénomène contemporain ?

Pensez-vous que les meurtres de masse sont des phénomènes de notre époque ?

Tout à fait. Le phénomène est amplifié par les nouvelles technologies, notamment Internet. Depuis Columbine, les tueurs laissent tous un testament numérique. On a retrouvé de nombreuses vidéos où ils se mettent en scène, apprennent à tirer. Où ils tiennent un journal de bord. Idem pour le massacre de Virginia Tech, qui a fait une trentaine de victimes en 2007. Idem avec les deux tueurs allemands dans deux écoles (Erfurt en 2002, Winnenden en 2009, ndlr). Idem pour le tueur finlandais de Kauhajoki en 2008, etc.

Depuis le massacre de Colombine, c’est pareil pour tous les tueurs de masse : on laisse un testament en vidéo ou un long post sur un blog. C’est assez frappant. C’est un crime d’imitation. D’ailleurs, j’ajoute que les médias sont également un peu responsables de la prolifération de ce type d’acte criminel en raison de la place qu’ils accordent à ces criminels. Si, par exemple, les médias décidaient de ne jamais publier l’identité des auteurs ni leur texte ou leur vidéo, je pense qu’on verrait une réduction de ce type d’actes criminels. Ce que veulent ces individus, c’est passer à la postérité, or si on ne publie pas leur identité, la frustration sera extrême. La mégalomanie et le narcissisme d’un personnage comme Anders Breivik est éloquent ! Il voulait apparaître en uniforme lors d’un procès public, pour montrer au monde entier sa puissance.

Ils savent ce qui va se passer après les meurtres et s’en délectent à l’avance, comme se délecte Anders Breivik à l’idée de son procès, qui devrait se tenir d’ici un an et demi.

Ne peut-on pas y avoir une délectation d’ordre sexuel ?

Si, sans doute. J’ai interrogé quelques tueurs de masse survivants qui m’ont dit que quand ils abattaient leurs victimes, ils agissaient comme des sortes de robots et qu’ils en ressentaient une poussée d’adrénaline mais aussi une jouissance immense. Donc, on peut penser que ces meurtres peuvent avoir une connotation sexuelle. De toute façon, c’est un désir de toute puissance. Celle-ci peut s’obtenir par le sexe ou d’autres moyens.

De la même façon, les tueurs en série ne sont pas intéressés par le sexe en lui-même mais par l’envie d’humilier, de dominer leurs victimes.

Et pourquoi seuls des hommes sont-ils concernés ?

Sur 113 cas en vingt ans, il n’y a que deux femmes. Parce que les femmes ne sont pas fascinées par les armes à feu, ne vont pas ou peu s’adonner à des jeux vidéo violents, ne vont pas s’amuser à se déguiser en policier ou en soldat. Et il y a aussi fort peu de femmes tueuses en série.

Je me permets de revenir sur les jeux vidéo. La polémique rejaillit, comme à chaque fois en pareil cas, autour de la responsabilité des jeux vidéo. J’ai cru comprendre que vous les jugiez responsables ?

Une agence de presse a quelque peu exagéré et déformé mes propos. Ce que j’ai exactement dit sur le profil-type du tueur de masse, c’est que sur les 113 cas en vingt ans, 108 s’adonnaient quotidiennement voire parfois des heures entières à des jeux vidéo violents. Mais j’ajoutais, bien sûr, que ce n’est pas le fait de jouer à des jeux vidéo violents qui fait qu’on devient un tueur de masse.

Comme pour les tueurs en série, on retrouve la plupart du temps des cas de maltraitances physiques ou psychologiques et d’abandon parental, mais ce n’est parce qu’on est un enfant abandonné qui subit des maltraitances qu’on est un serial killer. Il y en aurait malheureusement des milliers. J’ajoutais aussi que pour un adolescent qui souffre de troubles psychiatriques ou psychologiques, le fait de s’adonner de manière frénétique à des jeux vidéo violents pouvait le mener à une désensibilisation à la violence. C’est exactement ce que j’ai dit.

> Stéphane Bourgoin est analyste au Centre international de sciences criminelles et pénales. Auteur de nombreux ouvrages sur les tueurs, il vient de publier aux éditions Grasset Serial Killers, enquête mondiale sur les tueurs en série. Il est également libraire et tient la librairie Au 3ème oeil.


Attentats de Boston: C’est l’islam, imbécile ! (Have Koran, will kill: Muslims of the world, unite!)

24 avril, 2013
http://jcdurbant.files.wordpress.com/2013/04/3df0c-death252520to252520america.jpg?w=450&h=237http://www.weeklystandard.com/sites/all/files/images/bh-2013-04-24-E-A001.preview.jpgL’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. (…) Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxisme. René Girard
While it is critical that we don’t jump to conclusions by associating religious affiliation with militancy, there is no doubt that embracing an ideology of Islam that promotes extremism and violence has been a motivator for terrorism, from assassinated al-Qaeda leader Osama bin Laden to Army Major Nidal Hasan. Did such an ideology influence the Tsarnaev brothers? Who or what compelled them to violence? What role does Muslim culture play in this type of radicalization? Rather than worrying about being politically correct, we have to be comfortable asking these difficult questions. And the collectivist-minded Muslim community needs to learn an important lesson from Tsarni: It’s time to acknowledge the dishonor of terrorism within our communities, not to deny it because of shame. As we negotiate critical issues of ethnicity, religious ideology and identity as potential motivators for conflict, we have to establish basic facts. (…) The bombing suspects, « put a shame on the entire Chechnyan ethnicity,” he said. (…) To me, the answer lies inside a culture shift where we honestly acknowledge the radicalization problems within our communities … Asra Q. Nomani
Nous ne savons pas si Hitler est sur le point de fonder un nouvel islam. Il est d’ores et déjà sur la voie; il ressemble à Mahomet. L’émotion en Allemagne est islamique, guerrière et islamique. Ils sont tous ivres d’un dieu farouche. Jung (1939)
Notre lutte est une lutte à mort. Ernesto Guevara (décembre 1964)
Il faut mener la guerre jusqu’où l’ennemi la mène: chez lui, dans ses lieux d’amusement; il faut la faire totalement. Ernesto Guevara (avril 1967)
Kidnapper des personnages célèbres pour leurs activités artistiques, sportives ou autres et qui n’ont pas exprimé d’opinions politiques peut vraisemblablement constituer une forme de propagande favorable aux révolutionnaires. ( …) Les médias modernes, par le simple fait qu’ils publient ce que font les révolutionnaires, sont d’importants instruments de propagande. La guerre des nerfs, ou guerre psychologique, est une technique de combat reposant sur l’emploi direct ou indirect des médias de masse. (…) Les attaques de banques, les embuscades, les désertions et les détournements d’armes, l’aide à l’évasion de prisonniers, les exécutions, les enlèvements, les sabotages, les actes terroristes et la guerre des nerfs sont des exemples. Les détournements d’avions en vol, les attaques et les prises de navires et de trains par les guérilleros peuvent également ne viser qu’à des effets de propagande. Carlos Marighela (Minimanuel de guerilla urbaine, 1969)
Je suis et demeure un combattant révolutionnaire. Et la Révolution aujourd’hui est, avant tout, islamique. Illich Ramirez Sanchez (dit Carlos, 2004)
Nous avons constaté que le sport était la religion moderne du monde occidental. Nous savions que les publics anglais et américain assis devant leur poste de télévision ne regarderaient pas un programme exposant le sort des Palestiniens s’il y avait une manifestation sportive sur une autre chaîne. Nous avons donc décidé de nous servir des Jeux olympiques, cérémonie la plus sacrée de cette religion, pour obliger le monde à faire attention à nous. Nous avons offert des sacrifices humains à vos dieux du sport et de la télévision et ils ont répondu à nos prières. Terroriste palestinien (Jeux olympiques de Munich, 1972)
Comme au bon vieux temps de la Terreur, quand les gens venaient assister aux exécutions à la guillotine sur la place publique. Maintenant, c’est par médias interposés que la mort fait vibrer les émotions (…) Les médias filment la mort comme les réalisateurs de X filment les ébats sexuels. Bernard Dugué
Il est malheureux que le Moyen-Orient ait rencontré pour la première fois la modernité occidentale à travers les échos de la Révolution française. Progressistes, égalitaristes et opposés à l’Eglise, Robespierre et les jacobins étaient des héros à même d’inspirer les radicaux arabes. Les modèles ultérieurs — Italie mussolinienne, Allemagne nazie, Union soviétique — furent encore plus désastreux. Ce qui rend l’entreprise terroriste des islamistes aussi dangereuse, ce n’est pas tant la haine religieuse qu’ils puisent dans des textes anciens — souvent au prix de distorsions grossières —, mais la synthèse qu’ils font entre fanatisme religieux et idéologie moderne. Ian Buruma et Avishai Margalit
Hors de la Première guerre mondiale est venue une série de révoltes contre la civilisation libérale. Ces révoltes accusaient la civilisation libérale d’être non seulement hypocrite ou en faillite, mais d’être en fait la grande source du mal ou de la souffrance dans le monde. (…) [Avec] une fascination pathologique pour la mort de masse [qui] était elle-même le fait principal de la Première guerre mondiale, dans laquelle 9 ou 10 millions de personnes ont été tués sur une base industrielle. Et chacun des nouveaux mouvements s’est mis à reproduire cet événement au nom de leur opposition utopique aux complexités et aux incertitudes de la civilisation libérale. Les noms de ces mouvements ont changé comme les traits qu’ils ont manifestés – l’un s’est appelé bolchévisme, et un autre s’est appelé fascisme, un autre s’est appelé nazisme. (…) De même que les progressistes européens et américains doutaient des menaces de Hitler et de Staline, les Occidentaux éclairés sont aujourd’hui en danger de manquer l’urgence des idéologies violentes issues du monde musulman. Paul Berman
Comme jadis avec le communisme, l’Occident se retrouve sous surveillance idéologique. L’islam se présente, à l’image du défunt communisme, comme une alternative au monde occidental. À l’instar du communisme d’autrefois, l’islam, pour conquérir les esprits, joue sur une corde sensible. Il se targue d’une légitimité qui trouble la conscience occidentale, attentive à autrui : être la voix des pauvres de la planète. Hier, la voix des pauvres prétendait venir de Moscou, aujourd’hui elle viendrait de La Mecque ! (…) Aujourd’hui à nouveau, des intellectuels incarnent cet oeil du Coran, comme ils incarnaient l’oeil de Moscou hier. Ils excommunient pour islamophobie, comme hier pour anticommunisme. À l’identique de feu le communisme, l’islam tient la générosité, l’ouverture d’esprit, la tolérance, la douceur, la liberté de la femme et des moeurs, les valeurs démocratiques, pour des marques de décadence. Ce sont des faiblesses qu’il veut exploiter au moyen «d’idiots utiles», les bonnes consciences imbues de bons sentiments, afin d’imposer l’ordre coranique au monde occidental lui-même. Robert Redeker
Des millions de Faisal Shahzad sont déstabilisés par un monde moderne qu’ils ne peuvent ni maîtriser ni rejeter. (…) Le jeune homme qui avait fait tous ses efforts pour acquérir la meilleure éducation que pouvait lui offrir l’Amérique avant de succomber à l’appel du jihad a fait place au plus atteint des schizophrènes. Les villes surpeuplées de l’Islam – de Karachi et Casablanca au Caire – et ces villes d’Europe et d’Amérique du Nord où la diaspora islamique est maintenant présente en force ont des multitudes incalculables d’hommes comme Faisal Shahzad. C’est une longue guerre crépusculaire, la lutte contre l’Islamisme radical. Nul vœu pieu, nulle stratégie de « gain des coeurs et des esprits », nulle grande campagne d’information n’en viendront facilement à bout. L’Amérique ne peut apaiser cette fureur accumulée. Ces hommes de nulle part – Shahzad Faisal, Malik Nidal Hasan, l’émir renégat né en Amérique Anwar Awlaki qui se terre actuellement au Yémen et ceux qui leur ressemblent – sont une race de combattants particulièrement dangereux dans ce nouveau genre de guerre. La modernité les attire et les ébranle à la fois. L’Amérique est tout en même temps l’objet de leurs rêves et le bouc émissaire sur lequel ils projettent leurs malignités les plus profondes. Fouad Ajami
Le problème de fond, c’est qu’aujourd’hui, en sus de cette crise d’identité des minorités hybrides, il existe une crise d’identité plus générale de l’Europe et des États-Unis. Une forme d’anxiété profonde face à l’afflux d’immigrants. En Amérique, un pays qui s’est bâti sur l’immigration, le sentiment général à l’égard des immigrés est en train de changer, se rapprochant de ce qu’il est en Europe. Depuis le 11 Septembre, les musulmans américains deviennent une minorité qui fait peur. Cette peur est le résultat de notre ère globalisée. Dans les pays musulmans, la peur de l’hybride croît également. De la même manière que l’Europe et l’Amérique se sentent physiquement menacées par une invasion musulmane, les populations conservatrices du Pakistan se sentent, elles, menacées par l’invasion du mode de pensée et de vie américain et européen. C’est la raison pour laquelle, l’an dernier, 3 000 personnes ont été tuées par les terroristes en terre pakistanaise. N’oublions jamais que la vraie bataille entre l’islam radical et le reste du monde se déroule là-bas. Mohsin Hamid
Humanity makes the gravest of errors and risks losing its account of morals, if it makes America its example. Sayyid Qutb
This is the very spirit in which the crowds visit the art museums, passing rapidly through the halls and the exhibits in a way that does not suggest any enjoyment or love of these works [of art]. In just the same way they go (individually and in groups) to get a rapid view of natural spectacles. Passing by places and spectacles at the cars’ top speed, they collect conversational material and also comply with the natural American inclination toward collection and enumeration. At the beginning of my stay in America, I would hear that one of them had visited X cities and countries and sights and spectacles and had gone X miles in his tourist journeys and knew X friends, so that I was astonished at this capacity for producing such things and wished that I were capable of any of it! Then I discovered afterward how all these marvels took place… One of them drives his car on a journey, alone or with his family or friends. He races it at top speed, taking it through cities and over distances, passing by sights and spectacles, while recording in his notebook the names and the mileage… Then he returns, and see! he has seen all of it, and he has the right to converse about it! As for friends, it is enough that one be invited to get-acquainted parties. There he encounters their faces for the first time, and the host acquaints him with the attendees one by one (men as well as women), and he asks whoever of them wish to do so to write down their names and addresses, and so they in turn do with him. After some time, his notebook is full of names and addresses. And see! he has a great number of friends (men and women), and perhaps he is even victorious in the competition undertaken in pursuit of this goal. How great, how strange are the competitions here! Thus your knowledge and your culture are often measured by how much you have read and watched and heard. It is the same as the way that your material riches are calculated by the quantity and amount of the cash and real property that you own: without any distinctions!
The only art in which the Americans are proficient—although there are other [peoples] who still surpass them in it as far as artistry goes—is the art of the cinema. This is natural and logical given the phenomenon that makes the American unique: the height of industrial proficiency combined with primitiveness of artistic feelings. In the cinema this phenomenon is very much manifest. By its nature, the cinematic art does not rise to the loftiest regions of the arts—music, drawing, sculpture, and poetry—nor for that matter to the [level of the] art of the theater, although in the cinema the possibilities for artistic craft and the possibilities of production are much greater. And in terms of originality, the art of production in the cinema has gotten only as far as the farthest point reached by the art of photography. Moreover, some distance remains between it and (for example) the art of the theater, just as some distance remains too between depiction by photography and depiction by a [painter’s] brush. In the latter is expressed genius of feelings; in the former, expertise of craft. The cinema is the popular art of the multitudes, so it is the art in which one finds expertise, proficiency, magnification, and approximation. By its nature it relies more on expertise than on the artistic spirit… in it the American genius can exercise creativity… yet despite this, English, French, Russian, and German film all remain superior to American film, although they are inferior to it in craft and expertise. In the great majority of American films, one sees manifestly primitive subjects and primitive excitement; this is true of police/crime films and cowboy films. As for high, skillful films, such as “Gone with the Wind,” “Wuthering Heights,” “The Song of Bernadette,” and such, they are few in comparison with what America produces. Such American film as does reach Egypt or the Arab countries does not resemble this family, since the majority of it comes from among the superior, rare American films. And those people who visit the regions of the land in America are those who reach that tiny family of valuable films. Sayyid Qutb
The core problem with the United States, for Qutb, was not something Americans did, but simply what America was—“the New World…is spellbinding.” It was more than a land of pleasures without limit. In America, unlike in Egypt, dreams could come true. Qutb understood the danger this posed: America’s dazzle had the power to blind people to the real zenith of civilization, which for Qutb began with Muhammad in the seventh century and reached its apex in the Middle Ages, carried triumphantly by Muslim armies. David Von Drehle
Qutb (…)  judges Americans on a range of social and moral characteristics—including their sexual mores, their political history, and their attitudes towards religion, sports, art, and death—and generally finds them wanting. Most striking about the article is Qutb’s adherence to a standard of “human values” rather than specifically “Islamic values.” Qutb never elaborates this standard explicitly, but in general his theme seems to be that human beings should strive to attain high-minded, civilized, and spiritual values rather than bestial, primitive, and sensual ones. American society, in Qutb’s view, tends toward the latter. Daniel Burns
Ils ont tué des gens parce que l’Islam leur donne l’autorisation théologique d’utiliser la violence contre les infidèles dont l’existence menace l’hégémonie islamique légitimée par Allah. (…) Le manque d’éducation et d’opportunité économique existe dans le monde entier, mais les chrétiens africains et les animistes ou les hindous indiens, et les Bouddhistes ne commettent pas d’actes terroristes n’importe où et à la même fréquence que les musulmans. Beaucoup de personnes dans le monde vivent sous des dictateurs oppressifs qui violent régulièrement les droits de l’homme, et ils ne se tournent pas pour autant vers le terrorisme contre les étrangers, en réponse. Les Tibétains n’enfilent pas des gilets pour kamikazes et ne bombardent pas des marathoniens. Il y a des millions et des millions de pauvres partout dans le monde, ils ne tuent pas aveuglément des gens innocents dans les pays éloignés de leur domicile. Bruce Thornton

Alors qu’au lendemain de l’attentat aveugle et purement anti-civils de Boston suivi ou précédé, de la France à l’Espagne et au Canada, par plusieurs autres tentatives déjouées (dont une, signe encourageant, avec l’aide d’un imam) …

Comment ne pas voir, avec le chroniqueur américain Bruce Thornton, l’incroyable aveuglement de nos belles âmes devant l’évidence …

De ce nouveau ciment de toutes les violences (plus de 20.000 depuis le 11 Septembre) qu’est devenu, remplaçant le marxisme d’hier, l’islam ?

Et, depuis le voyage en Amérique d’un de leurs premièrs théoriciens, l’Egyptien  Sayyid Qutb dans les années 50, de cette haine pure et simple, tout en profitant de ses largesses, de la civilisation occidentale incarnée par l’Amérique ?

llusions sur la raison pour laquelle des frères musulmans tuent

Bruce Thornton

Middle East and Terrorism

Adapté en français par Hanna Lévy

israel-chronique-en-ligne.over-blog.com

21 Avril 2013

Malgré les vœux fervents des médias progressistes et du fantaisiste David Sirota, qui espérait que le coupable soit un « homme blanc », il s’avère que les terroristes qui ont bombardé le Marathon de Boston, n’étaient pas blancs, ni le Tea Party, ni des frondeurs amers haïssant les impôts, mais des Musulmans tchéchènes. Quelle surprise ! Comme disent les Français. Nous allons maintenant, commencer à entendre toutes les interprétations de justification pour leur acte, dont peu exposeront l’évidence : Ils ont tué des gens parce que l’Islam leur donne l’autorisation théologique d’utiliser la violence contre les infidèles dont l’existence menace l’hégémonie islamique légitimée par Allah.

Bien sûr, pour les matérialistes laïques et les experts de gauche, dont les esprits sont pourvus d’idées, de clichés banals, tels que le fait de dire, que c’est un discours de haine islamophobe. Que seul le christianisme et le judaïsme mènent à la violence, aux croisades et au sionisme. Que l’Islam est « la religion de paix et de tolérance », qui a créé la Renaissance et a traité les Juifs et les Chrétiens avec bonté. Que si les Musulmans agissent avec violence – plus de 20.000 attaques violentes depuis le 11 Septembre – c’est parce qu’ils doivent avoir été provoqué par le mauvais comportement de l’Occident : le colonialisme, l’impérialisme, l’avidité pour le pétrole, le soutien à Israël, le non-respect de l’Islam et de Mohammed, la guerre contre le terrorisme qui a diabolisé les Musulmans. Ou, parce que les terroristes sont créés par les inégalités et les coûts du capitalisme mondial, qui ne donnent que peu de possibilités éducatives ou économiques aux jeunes gens musulmans, créant chez eux frustration et désespoir, ce qui les poussent à se tourner vers un schisme déformé de l’Islam en soulagement. Ou, parce qu’ils sont les produits de régimes politiques oppressifs qui limitent leur liberté, violent leurs droits de l’homme et étouffent leurs aspirations.

Nous avons entendu toutes ces explications venant de gauche comme de droite depuis plus d’une décennie. Ce que nous n’avons pas vu, c’est la preuve que cela soit réellement le cas. L’histoire ne fournit aucune preuve que les prétendus péchés de la politique étrangère américaine prédominent sur les avantages tangibles démontrables de nos actions aux Musulmans. L’Amérique n’a jamais eu de colonie dans les terres musulmanes, et en effet,  après la Seconde Guerre mondiale, a résisté aux tentatives françaises et britanniques de réaffirmer leur autorité sur leurs anciennes colonies, plus manifestement dans la crise de Suez de 1956. Depuis lors, les États-Unis ont armé les Afghans et les ont aidé à chasser les Soviétiques, ils ont sauvé le Koweït et l’Arabie Saoudite des griffes du sadique psychopathe Saddam Hussein, ils ont bombardé les Serbes chrétiens pour sauver les Kosovars et les Bosniaques musulmans, ils ont libéré les Chiites irakiens des mains de Saddam Hussein, ils ont libéré les Afghans de la brutalité des Talibans, ils ont versé des milliards de dollars d’aide à des régimes terroristes palestiniens, ils ont utilisé leurs avions pour aidé les Musulmans en Libye afin de les libérer du psychotique Kadhafi, et ils ont soutenu la parole et les inventions des djihadistes, des Frères musulmans d’Égypte, antisémites et haïssant l’Amérique, afin que les Musulmans puissent jouir de la « liberté et la démocratie ».

Et ce n’est pas tout ! Nous avons sans cesse manifesté notre respect pour la merveilleuse foi islamique, nous avons censuré nos communications officielles et nos programmes de formation pour supprimer toute référence au djihadisme ou à la théologie islamique qui justifie la guerre sainte, nous avons parlé avec pudeur des attaques djihadistes comme pour les meurtres de Fort Hood « violence en milieu du travail », nous avons invité de modestes Imams à prier à la Maison Blanche, nous avons rempli nos écoles avec des programmes faisant l’éloge de l’Islam et de ses contributions à la civilisation, nous avons sermonné et poursuivi des auteurs ou dessinateurs qui exerçaient leur droit au premier amendement, critiquer l’Islam, nous avons abandonné le « profilage » en tant que technique permettant d’identifier d’éventuels terroristes tentant de monter dans un avion ou entrer dans le pays, nous avons employé comme conseillers auprès du FBI, du Pentagone et de la CIA, des Musulmans apologistes, qui recyclent des mensonges éhontés et déforment les faits – nous avons fait tout ceci pour cette libération musulmane, pour eux, pour leur foi, et ils ne nous aiment toujours pas, ils veulent toujours nous tuer !

Cette déconnexion entre notre prétendu mauvais comportement et les motivations des djihadistes est particulièrement évidente dans le cas des terroristes de Boston. Si les Musulmans tchéchènes ont quelque chose à reprocher à quelqu’un, c’est aux Russes. Quand le terrorisme djihadiste est devenu un problème en Tchéchènie, il n’y a eu ni « cœurs, ni esprits » pour des campagnes de sensibilisation, aucune sollicitude, aucune aide de l’étranger, aucune excuse pour ses péchés passés, aucun respect scrupuleux des lois de la guerre, des conventions de Genève ou des droits de l’homme, aucun tribunal d’Imam pour donner un aperçu de la magnificence de l’Islam. Les Russes ont employé la torture, l’assassinat, les représailles collectives, et pour finir ont encerclé Grozny avec l’artillerie et l’ont laissé en ruines. Au cours des deux guerres de Tchétchénie, les Russes ont tué environ 150.000 personnes. En fait, la Russie a tué des Musulmans depuis le 18ème siècle et ont occupé des terres musulmanes en Asie centrale pendant 80 ans sous l’Union soviétique. Alors, dites-moi, M. le Sénateur Rand Paul ou M. le Secrétaire à la Défense Chuck Hagel, si notre mauvaise conduite de politique étrangère explique la haine djihadiste, comment se fait-il que deux siècles de violence russe contre les Musulmans soient ignorés, que tout notre sang et notre argent dépensé pour libérer et aider les Musulmans n’aient aucune importance ?

Les autres justifications de la violence musulmane ne sont pas plus convaincantes. Le manque d’éducation et d’opportunité économique existe dans le monde entier, mais les chrétiens africains et les animistes ou les Hindous indiens, et les Bouddhistes ne commettent pas d’actes terroristes n’importe où et à la même fréquence que les Musulmans. Beaucoup de personnes dans le monde vivent sous des dictateurs oppressifs qui violent régulièrement les droits de l’homme, et ils ne se tournent pas pour autant vers le terrorisme contre les étrangers, en réponse. Les Tibétains n’enfilent pas des gilets pour kamikazes et ne bombardent pas des marathoniens. Il y a des millions et des millions de pauvres partout dans le monde, ils ne tuent pas aveuglément des gens innocents dans les pays éloignés de leur domicile. Chaque excuse à la violence musulmane s’effondre sous le poids de ces faits. Pendant ce temps, la cause commune à tous ces tueurs – riches ou pauvres, instruits ou pas, politiquement opprimés ou non – est l’Islam, et préventivement le rejet de l’explication de la violence.

Cet « aveuglement volontaire », comme l’appelle Andy McCarthy, est devenu dangereux. Il reflète l’arrogance du matérialisme laïc, qui a écarté la religion comme un simple choix de style de vie, d’habitude bénin – à moins que vous ne parliez d’un criminel armé, d’un raciste, d’un misogyne, d’un chrétien évangélique homophobe ou raciste, de l’accaparement de terres par des Juifs sionistes. Non, il s’agit d’un traumatisme psychologique causé par la mondialisation ou l’islamophobie ou des insultes insensibles à Mohammed ou l’oppression des Palestiniens par Israël ou quoique ce soit d’autre que les passages dans le Coran, les hadiths et 14 siècles de jurisprudence islamique et de théologie, qui clairement et systématiquement définissent la doctrine du djihad violent contre les infidèles.

Attendez-vous donc, dans les prochaines semaines au même retour de flamme du vieux commentaire sur la politique étrangère ou à un soupçon d’analyses psychologiques personnelles ou des commentaires sur les péchés d’Israël et les guerres de Bush ou des commentaires sur l’intolérance et la xénophobie américaine ou sur notre besoin de « tendre la main » et  de « s’engager » et de « respecter » et de « comprendre » les fanatiques qui ne veulent pas de notre aide, de notre tolérance ou de notre respect, mais nos morts. En bref, il faut s’attendre à ce que les djihadistes pensent que nous sommes faibles et corrompus et que nous méritons donc de mourir.

Voir aussi:

Muslims have a problem. Uncle Ruslan may have the answer.

Asra Nomani

Washington post

April 23

In Reef flip flops, blue jeans and a Calvin Klein polo shirt, Ruslan Tsarni, an uncle of the alleged Boston Marathon bombers, strode down the driveway of his Federalist-style home last week in Montgomery Village, Md., an upper middle-class Washington, D.C. suburb, past a ground cover of purple wisteria blooming in his front yard and pink tulips across the street.

In the next few minutes, the uncle to Dzhokhar Tsarnaev, 19, and Tamerlan Tsarnaev, 26, the alleged Boston Marathon bombers, accomplished something that 11 years of post-9/11 press releases, news conferences and soundbites by too many American Muslim leaders has failed to do on the issue of radicalization and terrorism: with raw, unfettered emotion, he owned up to the problem within.

Instead of being silenced by what they did, he openly said that his nephews had brought “shame” on the family with their actions. This is the same kind of “shame off,” as one admirer later called it, that protesters to the gang rape in India have to win: Are we shamed into silence? Or do we confront the serious issues that shame us?

Hands clasped tightly in front of him, Uncle Ruslan faced off against a pack of about 30 journalists, cameras pointing at him, microphones stuck in front of him, questions about his nephews thrown at him:

“When was the last time you saw them?” He answered: December 2005. Another journalist asked: “What do you think provoked this?” “Umm, being losers! Hatred to those who were able to settle themselves!” he shouted. “These are the only reasons I can imagine. Anything else to do with religion, to do with Islam, is a fraud, is a fake.”

As an American Muslim who has watched the radicalization of Muslims from Louisville, Ky., to Chatanooga, Tenn., to Chechnya, the ancestral ethnicity of the alleged bombers, over the last three decades, I had one question on my mind.

I asked softly: “Is your family Muslim?”

The uncle didn’t hear me well: “Huh?”

I repeated my question: “Is your family Muslim?”

The question was one other journalists later admitted to me that they wondered but didn’t dare ask, the proverbial elephant in the room, only at that moment, on a cul-de-sac with manicured lawns, playground sets and helicopters and Canadian geese overhead. In Washington, D.C., leaders of national American Muslim organizations filled a room at the National Press Club and issued their flat, blanket rebuttals: Islam doesn’t sanction violence, and it doesn’t allow terrorism. When the New York Post made the mistake of writing that a Saudi witness was actually a suspect, bloggers and others took advantage of the opportunity to chortle over the mistake as just one more horrible example of stereotyping.

While it is critical that we don’t jump to conclusions by associating religious affiliation with militancy, there is no doubt that embracing an ideology of Islam that promotes extremism and violence has been a motivator for terrorism, from assassinated al-Qaeda leader Osama bin Laden to Army Major Nidal Hasan.

Did such an ideology influence the Tsarnaev brothers? Who or what compelled them to violence? What role does Muslim culture play in this type of radicalization?

Rather than worrying about being politically correct, we have to be comfortable asking these difficult questions. And the collectivist-minded Muslim community needs to learn an important lesson from Tsarni: It’s time to acknowledge the dishonor of terrorism within our communities, not to deny it because of shame. As we negotiate critical issues of ethnicity, religious ideology and identity as potential motivators for conflict, we have to establish basic facts.

So when I asked about his faith, Tsarni heard me. And he did something remarkable. He didn’t flinch.

“We are Muslims,” he answered clearly and steely-eyed. “We are Chechnyans. We are ethnic Chechnyans.”

Had the boys gotten radicalized, I wondered. The stories of so many—from Richard Reid, the “shoebomber,” to Faisal Shahzad, the alleged Time Square bomber–have included radicalization. The Boston area mosques haven’t been immune. “Do you think that they got radicalized in the mosques in that area?” I asked.

What I heard I couldn’t believe, I’ve become so used to the tactics of deflection. He looked me straight in the eye, and he said, “…most likely somebody radicalized them. But it’s not my brother, who just moved back to Russia, who spent his life bringing bread to their table, fixing cars, fixing cars.”

What happened when this Muslim American looked us in the eye and admitted the problem?

Tsarni became “Uncle Ruslan” to millions of Americans watching him on TV and later online, winning their respect, first, with apologies and then, with his hands clenched, fierce indignation, outrage and anger over the suspected role of his nephews as the Boston Marathon bombers. And there was his color too: Still using AOL when most don’t even know it still exits, scolding Dzhokhar to turn himself in.

The uncle stunned seasoned reporters, some of them veterans of the trials in Guantanamo Bay and the wars in Iraq and Afghanistan, with his straight talk. First, he expressed his condolences to the victims of the Boston Marathon bombings and, then, declared loud and clear that his nephews brought “shame” on his family and the people of Chechnya, the family’s ethnicity: “Yes, of course, we’re ashamed. We’re ashamed. They’re children of my brother, who had little influence of them!” Later on Dzhokhar: “He put a shame on the entire Chechnyan ethnicity!” According to public records, Uncle Ruslan shared the same last name as his nephews but shortened it .

With close-cropped hair, a strong jawline and fit physique, the attorney became an accidental spokesman, instilling confidence as a truth-teller.

Admirers have created memes, or images, of his face, contorted in rage, revealing just how effective he has been in instilling confidence.

One meme headline: “Uncle Ruslan. Mosque Board Chairman 2013.”

His effectiveness reveals that the best crisis management doesn’t require intellectual gymnastic but just plain, honest talk: We have a problem. We know it. And we want to do right. Another “Uncle Ruslan” meme reads, “If you can believe it I have had no media training.” Yet another, “First time public speaking. Nailed it.”

“Uncle Ruslan” proved that folks can handle nuance. “It was wild, dramatic, angry, over-the-top,” wrote Washington Post blogger Alexandra Petri. She added: “People like Uncle Ruslan remind us that it’s the apples, not the barrel.”

She concluded: “Thank you. This was a moment we all needed.”

In this family lies the dichotomy of cross-cultural communication patterns confronting Muslim communities, just like other traditional societies. Many parts of Muslim society hold to traditional cultures which are shame-based; people “save face” to hide “shameful” acts. That’s what we heard from the brothers’ parents and aunt, Patemat Sulemanova.

While her brother said the nephews had shamed their family, Sulemanova, in Canada, told reporters she didn’t believe her nephews were involved in the bombings: “Convince me,” she said.

In Russia, Zubeidat Tsarnaev said her older son got involved in “religious politics” five years ago, but she refused to believe her sons were involved in the bombings, saying the FBI had visited her years earlier, troubled about Tamerlan’s activities, but that the FBI was in “the control” her older son’s activities. “He never told me he would be on the side of jihad,” she said. Typical of the failure of this posture of denial and conspiracy theories, a CNN reporter called it “a rant.”

Also in Russia, the alleged bombers’ father, Anzor Tsarnaev, called his brother “a great attorney,” but said he couldn’t believe his sons were involved. “I’m always telling them study, study, study,” he said. “Someone framed them.”

But back in America, Uncle Ruslan was winning in the court of public opinion.

And it was stunning to see how he acknowledged the shame openly but didn’t allow it to silence his criticism.

The bombing suspects, « put a shame on the entire Chechnyan ethnicity,” he said.

Earlier, Tsarni had told the Associated Press: “When I was speaking to the older one, he started all this religious talk, ‘Insh’allah’ and all that, and I asked him, ‘Where is all that coming from?’” Insh’allah is the Arabic phrase that means “God willing.”

What Tsarni is admitting is something true but politically incorrect to talk about: the increasing use of these phrases of religiosity are code inside the community for someone who is becoming hardcore. It doesn’t mean that they’re becoming violent or criminal, but it’s a red flag. In 2004, when I spoke about women’s rights at mosques at the Islamic Society of North America conference in Chicago, a young Muslim man stood at the microphone during the Q&A and scolded me for not saying an honorific, “Peace be upon him,” whenever I mentioned the name of the prophet Muhammad. He later sent me an electronic death threat I turned over to the FBI. It’s a game of trying to out-Muslim a Muslim.

Instead of playing that game, Uncle Ruslan did something remarkable. He put his hands together as if in prayer, and he showed humility, not defensive arrogance, saying he’d prostrate himself before the victims of the Boston bombings.

Ameen, as “amen” is said in Arabic and Muslim culture, to Uncle Ruslan. I believe it’s time for us American Muslims to take collective responsibility, rather than issue collective denial. That’s the attitude that cultivates confidence and fosters safety—for all.

With his passions expressed, Uncle Ruslan begged his goodbyes. Journalists remained in formation on the street outside the house, one eating a quick Subway sandwich on the lawn outside, another dragging a wicker chair from a neighbor’s garbage, before a cop reprimanded him. Suddenly, Tsarni emerged. Coming down the stairs onto the driveway he turned to walk toward the end of the cul-de-sac. Reporters and camera crews hustled to catch up. He pleaded with them: “What are you expecting from me? I’m just going to my neighbors to apologize to them for the discomfort my family has caused them.”

Rather than waiting for an invitation to RSVP to a superfluous “interfaith” dinner, Uncle Ruslan did something simple but crucial: He extended an invitation, was a good neighbor and took responsibility for the trouble that emerged in his front yard. In short, he owned up.

Surely, the Tsaernev family story is complicated, and there is nobody without flaw.

But Uncle Ruslan showed us where to begin.

With reporters still camped out , he emerged from his neighbor’s porch, his arm around the older music teacher who lived there, leading her warmly into his house. Hundreds of miles away, Boston Police drew close to bringing his nephew into custody, leaving Uncle Ruslan, the rest of Tsaernev family and our Muslim communities to do some real soul-searching about how we lost these boys to the ideology of terrorism.

To me, the answer lies inside a culture shift where we honestly acknowledge the radicalization problems within our communities—so that no Uncle Ruslan has to step outside his home, confessing to something gone very, very wrong.

Asra Q. Nomani, a former Wall Street Journal reporter, is a mother and the author of “Standing Alone: A Muslim Woman’s Struggle for the Soul of Islam.”

Voir également:

A Lesson In Hate

How an Egyptian student came to study 1950s America and left determined to wage holy war

David Von Drehle

Smithsonian magazine

February 2006,

Before Sayyid Qutb became a leading theorist of violent jihad, he was a little-known Egyptian writer sojourning in the United States, where he attended a small teachers college on the Great Plains. Greeley, Colorado, circa 1950 was the last place one might think to look for signs of American decadence. Its wide streets were dotted with churches, and there wasn’t a bar in the whole temperate town. But the courtly Qutb (COO-tub) saw things that others did not. He seethed at the brutishness of the people around him: the way they salted their watermelon and drank their tea unsweetened and watered their lawns. He found the muscular football players appalling and despaired of finding a barber who could give a proper haircut. As for the music: “The American’s enjoyment of jazz does not fully begin until he couples it with singing like crude screaming,” Qutb wrote when he returned to Egypt. “It is this music that the savage bushmen created to satisfy their primitive desires.”

Such grumbling by an unhappy crank would be almost comical but for one fact: a direct line of influence runs from Sayyid Qutb to Osama bin Laden, and to bin Laden’s Egyptian partner in terror, Ayman al-Zawahiri. From them, the line continues to another quietly seething Egyptian sojourning in the United States—the 9/11 hijacker Mohammed Atta. Qutb’s gripes about America require serious attention because they cast light on a question that has been nagging since the fall of the World Trade Center: Why do they hate us?

Born in 1906 in the northern Egyptian village of Musha and raised in a devout Muslim home, Qutb memorized the Koran as a boy. Later he moved to Cairo and found work as a teacher and writer. His novels made no great impression, but he earned a reputation as an astute literary critic. Qutb was among the first champions of Naguib Mahfouz, a young, modern novelist who, in 1988, would win the Nobel Prize in Literature. As Qutb matured, his mind took on a more political cast. Even by the standards of Egypt, those were chaotic, corrupt times: World War I had completed the destruction of the Ottoman Empire, and the Western powers were creating, with absolute colonial confidence, new maps and governments for the Middle East. For a proud man like Sayyid Qutb, the humiliation of his country at the hands of secular leaders and Western puppets was galling. His writing drew unfavorable attention from the Egyptian government, and by 1948, Mahfouz has said, Qutb’s friends in the Ministry of Education were sufficiently worried about his situation that they contrived to send him abroad to the safety of the United States.

Some biographical sketches suggest that Qutb arrived with a benign view of America, but if that’s true it didn’t last long. During a short stay in Washington, D.C., he witnessed the commotion surrounding an elevator accident and was stunned to hear other onlookers making a joke of the victim’s appearance. From this and a few offhand remarks in other settings, Qutb concluded that Americans suffered from “a drought of sentimental sympathy” and that “Americans intentionally deride what people in the Old World hold sacred.”

This became the lens through which Qutb read nearly every American encounter—a clash of New World versus Old. Qutb easily satisfied the requirements at the graduate school of the Colorado State College of Education (now known as the University of Northern Colorado) and devoted the rest of his time to his true interest—the American soul, if such a thing existed. “This great America: What is its worth in the scale of human values?” Qutb wondered. “And what does it add to the moral account of humanity?” His answer: nothing.

Still, Qutb’s contempt for America was not as simple as some people might now imagine. He did not recoil from political freedom and democracy, as, say, President Bush might expect from a jihadi theorist, nor did he complain about shades of imperial ambition in American foreign policy, as writers on the left might suppose. Regarding the excesses of American culture—vulgarity, materialism and promiscuity—Qutb expressed shock, but it rang a bit hollow. “The American girl is well acquainted with her body’s seductive capacity,” he wrote. “She knows seductiveness lies in the round breasts, the full buttocks, and in the shapely thighs, sleek legs and she shows all this and does not hide it.” These curvy jezebels pursued boys with “wide, strapping chest[s]” and “ox muscles,” Qutb added with disgust. Yet no matter how lascivious his adjectives, the fastidious, unmarried Egyptian could not convincingly portray the church dances and Look magazines he encountered in sleepy Greeley as constituting a genuine sexual “jungle.”

The core problem with the United States, for Qutb, was not something Americans did, but simply what America was—“the New World…is spellbinding.” It was more than a land of pleasures without limit. In America, unlike in Egypt, dreams could come true. Qutb understood the danger this posed: America’s dazzle had the power to blind people to the real zenith of civilization, which for Qutb began with Muhammad in the seventh century and reached its apex in the Middle Ages, carried triumphantly by Muslim armies.

Qutb rejected the idea that “new” was also “improved.” The Enlightenment, the Industrial Age—modernity itself—were not progress. “The true value of every civilization…lies not in the tools man has invented or in how much power he wields,” Qutb wrote. “The value of civilizations lay in what universal truths and worldviews they have attained.” The modern obsession with science and invention was a moral regression to the primitive condition of the first toolmakers. Qutb’s America was bursting with raw energy and appetite, but utterly without higher virtues. In his eyes, its “interminable, incalculable expanses of virgin land” were settled by “groups of adventurers and groups of criminals” who lacked the time and reflection required for a civilized life. Qutb’s Americans “faced the uncharted forests, the tortuous mountain mazes, the fields of ice, the thundering hurricanes, and the beasts, serpents and vermin of the forest” in a struggle that left them numb to “faith in religion, faith in art and faith in spiritual values altogether.”

This portrait likely would have surprised the people of mid-century Greeley, had they somehow become aware of the unspoken opinions of their somewhat frosty neighbor. Theirs was a friendly town best known for the unpretentious college and for the cattle feedlots sprawling pungently on its outskirts. The founding of Greeley in the 1870s involved no ice fields, hurricanes or serpents. Instead, it began with a simple newspaper column written by Nathan Meeker, agricultural editor of the New York Tribune. On December 14, 1869, Meeker appealed to literate readers of high moral character to join him in building a utopian community by the South Platte River near the foot of the Rocky Mountains. More than 3,000 readers applied; from this list Meeker selected the 700 best qualified to realize his vision of a sober, godly, cooperative community. The town was dubbed Greeley in honor of Meeker’s boss at the Tribune, the quixotic publisher Horace Greeley, who died within weeks of his failed run for president in 1872, just as the project was gathering steam.

Poet and journalist Sara Lippincott was an early visitor to the frontier outpost, and later wrote about it under her pen name, Grace Greenwood. “You’ll die of dullness in less than five hours,” another traveler had warned her about Greeley. “There is nothing there but irrigation. Your host will invite you out to see him irrigate his potato-patch…there is not a billiard-saloon in the whole camp, nor a drink of whiskey to be had for love or money.” None of that made any difference to Qutb, who saw only what he already believed, and wrote not facts, but his own truth, in his 1951 essay, “The America I Have Seen.”

Sayyid Qutb cut short his stay in America and returned to Egypt in 1951 after the assassination of Hassan al-Banna, founder of the nationalist, religious and militant movement known as the Muslim Brotherhood. Over the next decade and a half, often writing from prison, Qutb refined a violent political theology from the raw anti-modernism of his American interlude. Virtually the entire modern world, Qutb theorized, is jahiliyya, that barbarous state that existed before Muhammad. Only the strict, unchanging law of the prophet can redeem this uncivilized condition. Nearly a millennium of history became, to the radicalized Qutb, an offense wrought by the violence of jahili “Crusaders” and the supposed perfidy of the Jews. And Muslim leaders allied with the West were no better than the Crusaders themselves. Therefore, Qutb called all true Muslims to jihad, or Holy War, against jahiliyya—which is to say, against modernity, which America so powerfully represents.

This philosophy led to Qutb’s execution in 1966. Proud to the end, he refused to accept the secular Egyptian leader Gamal Abdel Nasser’s offer of mercy in exchange for Qutb’s repudiation of his jihad. Nasser may have silenced a critic, but the martyrdom of Sayyid Qutb accelerated his movement. The same year the philosopher was hanged, according to journalist Lawrence Wright, the teenage al-Zawahiri formed his first violent cell, dedicated to the overthrow of the Egyptian government and the creation of an Islamist state. Meanwhile, Qutb’s brother Muhammad went into exile in Saudi Arabia, where he taught at King Abdul Aziz University. One of his students, an heir to the country’s largest construction fortune, was Osama bin Laden.

Others have taken Qutb’s ideas in less apocalyptic directions, so that M.A. Muqtedar Khan of the Brookings Institution can rank him alongside the Ayatollah Khomeini of Iran as “one of the major architects and ‘strategists’ of contemporary Islamic revival.” But the last paragraphs of Qutb’s American memoir suggest just how far outside normal discourse his mind was wont to stray. After noting the stupidity of his Greeley neighbors, who failed to understand his dry and cutting jokes, Qutb writes: “In summary, anything that requires a touch of elegance is not for the American, even haircuts! For there was not one instance in which I had a haircut there when I did not return home to even with my own hands what the barber had wrought.” This culminating example of inescapable barbarism led directly to his conclusion. “Humanity makes the gravest of errors and risks losing its account of morals, if it makes America its example.”

Turning a haircut into a matter of grave moral significance is the work of a fanatic. That’s the light ultimately cast by Qutb’s American experience on the question of why his disciples might hate us. Hating America for its haircuts cannot be distinguished from hating for no sane reason at all.

Voir encore:

Said Qutb on the Arts in America

Daniel Burns, Translator

November 18, 2009

Current Trends in Islamist Ideology vol. 9

Translator’s note[1]

The Egyptian Said Qutb was one of the leading intellectual lights of 20th Century Islamic radicalism when he was executed in 1966 for his involvement with the illegal Muslim Brotherhood. He is best known for his lengthy Quranic commentary In the Shade of the Qur’an and his book Milestones, in which he makes the case that allegedly Muslim regimes like that of Egypt should be understood as jahiliy (pagan) and therefore the proper target of military jihad.

Years before writing these radical works, Qutb spent two years studying in America (1948-1950). Upon his return to Egypt, he published the three-part article “The America That I Have Seen: In the Scale of Human Values” in the Egyptian journal Al-Risala (Vol. 19 [1951]; no. 957, 959, 961; pp. 1245-7, 1301-6, 1357-1360). A translation of this article appears in the anthology America in an Arab Mirror (New York: St. Martin’s Press, 2000), but that translation is missing a considerable block of text for no reason that I can see. Here I have translated the section of the article’s third part that contains that missing block. All but the first three and the last three paragraphs below are therefore appearing in English for the first time.

The article as a whole contains Qutb’s observations on American life and chiefly on how American citizens rank “in the scale of human values.” He judges Americans on a range of social and moral characteristics—including their sexual mores, their political history, and their attitudes towards religion, sports, art, and death—and generally finds them wanting. Most striking about the article is Qutb’s adherence to a standard of “human values” rather than specifically “Islamic values.” Qutb never elaborates this standard explicitly, but in general his theme seems to be that human beings should strive to attain high-minded, civilized, and spiritual values rather than bestial, primitive, and sensual ones. American society, in Qutb’s view, tends toward the latter.

Wherever possible, I have translated a single Arabic word with a single English word. Words in [square brackets] are my additions or clarifications. I have used Qutb’s punctuation as a guideline but have not been able to reproduce it fully in English; in particular, I have used parentheses, long dashes, sentence breaks, and other means to translate the versatile Arabic particle wa. I have however retained the author’s strange use of quotation marks and ellipses.

Said Qutb: On the Arts in America

The American is primitive in his artistic taste, both in what he enjoys as art and in his own artistic works.

“Jazz” music is his music of choice. This is that music that the Negroes invented to satisfy their primitive inclinations, as well as their desire to be noisy on the one hand and to excite bestial tendencies on the other. The American’s intoxication in “jazz” music does not reach its full completion until the music is accompanied by singing that is just as coarse and obnoxious as the music itself. Meanwhile, the noise of the instruments and the voices mounts, and it rings in the ears to an unbearable degree… The agitation of the multitude[2] increases, and the voices of approval mount, and their palms ring out in vehement, continuous applause that all but deafens the ears.

But despite this, the American multitude attends the opera, listens to symphonies, crowds together for the “ballet,” and watches “classic” plays—so much so that you will hardly find an empty seat. It will happen sometimes that you do not find a place unless you reserve your seat days beforehand, and that at the high price of the fares for these performances.

This phenomenon misled me at first; I even rejoiced at it, down to the depths of my soul. For I had been feeling constantly “begrudging” at the fact that this people, which produces marvels in the world of industry and of science and of research, should have no store of the other human values. I had also been terribly afraid on behalf of humanity that its leadership will pass into the hands of this people that is altogether poor in those values.

Therefore I rejoiced when I saw this phenomenon. For the public that takes an interest in refined art is not to be despaired of no matter what its faults may be, and when this window on its feelings has been opened, there is great hope that many other rays may diffuse from it.

The importance of this phenomenon pushed me to investigate everything about it, in different surroundings and in numerous cities. But when I tracked the expressions on faces, and conversed with a great many of the men and women[3] who visit these places (those I knew and those I did not know), all this revealed to me—with regret—how wide a chasm still separates the spirit of such humane art from the spirit of the Americans. Indeed, their feelings about it[4] are even concealed in all but rare cases; they only look at the matter from a purely social angle. For the cultured American must of necessity see these sorts [of shows] and go to these places in case there should be a conversation about them in any group of people taking part in conversation together. For it is a matter of the greatest shame in America that anyone should fail to take part in the conversation—especially in the case of young women, since what is demanded of them is that they should always find subjects for conversation. So if young women visit these places, they add new subjects to the perpetual American subjects [of conversation], i.e., ball games, names of films and of actors and actresses, cases of divorce and marriage, markings and prices of cars…

This is the very spirit in which the crowds visit the art museums, passing rapidly through the halls and the exhibits in a way that does not suggest any enjoyment or love of these works [of art]. In just the same way they go (individually and in groups) to get a rapid view of natural spectacles. Passing by places and spectacles at the cars’ top speed, they collect conversational material and also comply with the natural American inclination toward collection and enumeration.

At the beginning of my stay in America, I would hear that one of them had visited X cities and countries and sights and spectacles and had gone X miles in his tourist journeys and knew X friends, so that I was astonished at this capacity for producing such things and wished that I were capable of any of it! Then I discovered afterward how all these marvels took place… One of them drives his car on a journey, alone or with his family or friends. He races it at top speed, taking it through cities and over distances, passing by sights and spectacles, while recording in his notebook the names and the mileage… Then he returns, and see! he has seen all of it, and he has the right to converse about it! As for friends, it is enough that one be invited to get-acquainted parties. There he encounters their faces for the first time, and the host acquaints him with the attendees one by one (men as well as women)[5], and he asks whoever of them wish to do so to write down their names and addresses, and so they in turn do with him. After some time, his notebook is full of names and addresses. And see! he has a great number of friends (men and women)[6], and perhaps he is even victorious in the competition undertaken in pursuit of this goal. How great, how strange are the competitions here!

Thus your knowledge and your culture[7] are often measured by how much you have read and watched and heard. It is the same as the way that your material riches are calculated by the quantity and amount of the cash and real property that you own: without any distinctions!

And this is not the mentality of the multitudes only, but it is also very much the mentality of the thinkers and the researchers. For it had occurred to the thinkers in America that it was not right that their country should be the richest country in the world, and their people the greatest people on earth in terms of industrial civilization and scientific civilization, while they should have no artistic wealth like that of poorer peoples such as the Italians and the Germans.

They have money—and money works wonders—so it was only a matter of years before they had museums of drawing and sculpture more magnificent and larger than those other peoples’. These museums have accumulated for themselves works of art from everywhere and have filled up with the rare and the costly among these works, which they[8] have not been stingy about buying with money. These are all foreign works save a few, since American works are primitive and plain to the point of being laughable next to those splendid worldly treasures.

Likewise, [it was only a matter of years before] they had some performing orchestras and some dance troupes of the “ballet,” most of which [demonstrate] expertise and proficiency. And most of the conductors of these orchestras and the directors of these troupes [demonstrate] genius and originality…and all of them[9] save a few are foreigners.

Thus there emerged[10] precise enumerations that indicate what America possesses in the way of great artistic riches, purchased by money. But there remained one little matter: Does the American soul have any share in these riches? Does she even have mere artistic enjoyment of this costly human inheritance!

It occurred to me to examine these points in the art museums just as I examined them at the opera houses and such.

I went for the tenth time to the museum of art in San Francisco and made one of the picture halls of French art the subject of my examination. I distributed my attention over all the pictures inside it, but I concentrated on one outstanding picture named “Fox in the Chicken House.”[11] There are no words that could relate to the reader the beauty of this ingenious picture, in which the artist depicted several profound, complex feelings in a painting where there is no human face to make it easy for the artist to depict those feelings… A fox is in the chicken house, the sky is suffocatingly dark, and the fox has just attacked a chicken, a nesting mother, who appears in distress and exhausted in the claws of the wild beast baring his teeth; her little ones are terrified and the eggs remaining beneath her are scattered; her fellow hens meanwhile are scattered throughout the space of the painting, and the rooster—the man of the house—stands helpless, at a loss to find any salvation for his spouse in distress, although he is her guardian! As for the other hens, one is anxious and taken by surprise, another is despairing and disgusted that there should be all this atrocity in life, while a third is at a loss, asking: “How did this happen?” And the entire sky and the colors in this ingenious painting depict that which words cannot grasp.

I took a rest on one of the seats that the halls do provide with singular[12] courtesy for those visitors who are tired of looking and of walking around to rest on, and I rested, inspecting the features and expressions [of faces] and listening to the remarks and comments.

Four full hours passed over me in my seat, during which 109 persons passed by me, singles and couples and groups, of whom the majority were among the [many] young women and young men[13] who make appointments to spend some time in the museum’s garden and then in the museum itself, since it is proper for the social young woman to share in conversation and to find subjects for conversation.

On [the faces of] how many of these 109 did it appear that they were feeling anything of what they were seeing? Only one lingered for about two minutes in front of the picture I had selected, and he lingered in the whole hall for about five minutes…then he flew off.

I repeated the experiment in the other halls of the museum, and then repeated it in other museums in several cities. Again I arrived at the point where [I could say that], out of the great mass of visitors comprised in my enumerations, only a rare minority comprehended anything of these tremendous artistic riches that the dollar has gathered from all the places on earth; all that remained for the dollar to do was to create artistic sensation, but apparently that does not respond to the dollar’s charms!

The only art in which the Americans are proficient—although there are other [peoples] who still surpass them in it as far as artistry goes—is the art of the cinema. This is natural and logical given the phenomenon that makes the American unique: the height of industrial proficiency combined with primitiveness of artistic feelings. In the cinema this phenomenon is very much manifest.

By its nature, the cinematic art does not rise to the loftiest regions of the arts—music, drawing, sculpture, and poetry—nor for that matter to the [level of the] art of the theater, although in the cinema the possibilities for artistic craft[14] and the possibilities of production are much greater. And in terms of originality, the art of production in the cinema has gotten only as far as the farthest point reached by the art of photography. Moreover, some distance remains between it and (for example) the art of the theater, just as some distance remains too between depiction by photography and depiction by a [painter’s] brush. In the latter is expressed genius of feelings; in the former, expertise of craft.

The cinema is the popular art of the multitudes, so it is the art in which one finds expertise, proficiency, magnification, and approximation. By its nature it relies more on expertise than on the artistic spirit… in it the American genius[15] can exercise creativity… yet despite this, English, French, Russian, and German film all remain superior to American film, although they are inferior to it in craft and expertise.

In the great majority of American films, one sees manifestly primitive subjects and primitive excitement; this is true of police/crime films and cowboy films. As for high, skillful films, such as “Gone with the Wind,” “Wuthering Heights,” “The Song of Bernadette,” and such, they are few in comparison with what America produces. Such American film as does reach Egypt or the Arab countries does not resemble this family, since the majority of it comes from among the superior, rare American films.[16] And those people who visit the regions of the land in America are those who reach that tiny family of valuable films.

There is another art in which the Americans are skillful, because in it there is more of expertise in craft and production than there is of high, genuine art… It is the art of depicting natural spectacles in color as if [the depictions] were photographic, true and exact[17]. This can be seen in the museums of land and water animals, since these animals or their embalmed bodies are displayed [there] in the likeness of their natural habitats, just as if they were real. The artist’s brush is skillful in depicting these habitats in cooperation with the spectacle’s artistic design; it reaches the point of creativity.

This translation of Qutb’s article appeared in Volume 9 of Current Trends in Islamist Ideology published by Hudson Institute.

Keywords: Qutb, Muslim Brotherhood, American Arts, jahiliy

Notes

[1] I am grateful to the Ernest Fortin Memorial Foundation for a summer grant that allowed me to work on this translation, to Michael Montalbano for his relentless editing, and to Prof. Martha Bayles, Prof. Nasser Behnegar, Dr. Hillel Fradkin, Prof. Dennis Hale, Prof. James Nolan, and Zander Baron for reading drafts.

[2] The word consistently translated “multitude” (jamhour) appears a few times in this passage and has political connotations: it is the root of the Arabic word for “republic.” It means something like hoi polloi.

[3] Here and elsewhere Qutb uses two forms, a masculine and a feminine, where Arabic grammar only requires one (since the masculine is taken to include both sexes). Literally this passage says “a great many [m.] and a great many [f.] of those who visit these places.” Qutb seems to want to emphasize that both sexes are included, perhaps because he finds this immodest or perhaps because his audience would not otherwise know whether the social events being described were single-sex.

[4] The nearest possible antecedent is “spirit,” but the earlier “this phenomenon” seems likelier. The gender of the pronoun makes it impossible that it could be “art”.

[5] Literally “one by one and one (f.) by one (f.).” See note 3.

[6] Literally “male-friends and female-friends,” or “friends and female friends.” See note 3.

[7] In the sense of “the state of being cultured,” not “cultural identity.”

[8] The gender of the pronoun means that it most likely refers to, not “museums,” but the antecedent from earlier in the paragraph: “Americans,” or possibly “the thinkers in America.”

[9] Since the entire paragraph is one sentence in Arabic, it is not clear whether this word refers only to the conductors and directors or to the performing groups’ members as a whole.

[10] This is a bit obscure, but Qutb seems to mean that these enumerations became easily available in the course of his own investigations.

[11] Jean-Baptiste Huet’s Fox in the Chicken Yard (1766) meets most of Qutb’s description. I can only see two “other hens,” though.

[12] The ambiguity is present in Arabic as in English: this may be a backhanded compliment.

[13] Literally “female-youths and male-youths,” or “female-youths and youths.” See note 3.

[14] The word is a recurrent theme in the entire article and has been translated “industry” or (as an adjective) “industrial.” From here on it will be translated “craft.”

[15] This phrase does not refer to particular American people that we would call “geniuses,” but to something more abstract, like the previous “artistic spirit.”

[16] The antecedents are hard to follow in this sentence, but the sense seems to me to require: “Such American film as does reach us in Egypt or the Arab countries does not resemble the (generally low-quality) family of American films as a whole, since the majority of what does reach us consists in those high-quality films that make up only a tiny minority of the whole family.”

[17] Qutb seems to mean this as something of a compliment, but on the other hand, that meaning would seem to be at odds with his disparagement of photography three paragraphs earlier.

Voir enfin:

Column One: Moral relativism and jihad

Caroline B. Glick

The Jerusalem Post

11/04/2013

It is the dominance of moral relativism in liberal institutions like the New York Times that make even the most apologetic expose of the Muslim Brotherhood a major event.

Two events happened on Wednesday which should send a shiver down the spine of everyone concerned about the future of the American Jewish community. But to understand their importance it is important to consider the context in which they occurred.

On January 13, The New York Times reported on a series of virulently anti-Jewish comments Egyptian President Mohamed Morsi made in speeches given in 2010. Among other things, Morsi said, “We must never forget, brothers, to nurse our children and our grandchildren on hatred for them: for Zionists, for Jews.” He said that Egyptian children “must feed on hatred; hatred must continue. The hatred must go on for God and as a form of worshiping him.”

In another speech, he called Jews “bloodsuckers,” and “the descendants of apes and pigs.”

Two weeks after the Times ran the story, the Obama administration sent four F-16 fighter jets to Egypt as part of a military aid package announced in December 2012 entailing the provision of 20 F-16s and 200 M1-A1 Abrams tanks.

The Anti-Defamation League, AIPAC, the Jewish Council for Public Affairs and other prominent American Jewish groups did not oppose the weapons transfer.

With the American Jewish leadership silent on the issue, Israel found its national security championed by Sen. Rand Paul. He attached an amendment to a budget bill that would bar the US from transferring the advanced weapons platforms to Egypt.

Paul explained, “Egypt is currently governed by a religious zealot… who said recently that Jews were bloodsuckers and descendants of apes and pigs. This doesn’t sound like the kind of stable personality we [sh]ould be sending our most sophisticated weapons to.”

Paul’s amendment was overwhelmingly defeated, due in large part to the silence of the American Jewish leadership.

The Times noted that Morsi’s castigation of Jews as “apes and pigs” was “a slur for Jews that is familiar across the Muslim world.”

Significantly the Times failed to note that the reason it is familiar is because it comes from both the Koran and the hadith. The scripturally based denigration of Jews as apes and pigs is legion among leading clerics of both Sunni and Shi’ite Islam.

It was not a coincidence that the Times failed to mention why Morsi’s castigation of Jews as apes and pigs was so familiar to Muslim audiences.

The Islamic sources of Muslim Brotherhood Jew hatred, and indeed, hatred of Jews by Islamic leaders from both the Sunni and Shi’ite worlds, is largely overlooked by the liberal ideological camp. And the overwhelming majority of the American Jewish leadership is associated with the liberal ideological camp.

If the Times acknowledged that the Jew hatred espoused by Morsi and his colleagues in the Muslim Brotherhood, as well as by their Shi’ite colleagues in the Iranian regime and Hezbollah is based on the Koran, they would have to acknowledge that Islamic Jew hatred and other bigotry is not necessarily antithetical to mainstream Islamic teaching. And that is something that the Times, like its fellow liberal institutions, is not capable of acknowledging.

They are incapable of acknowledging this possibility because considering it would implicitly require a critical study of jihadist doctrine. And a critical study of jihadist doctrine would show that the doctrine of jihad, or Islamic holy war, subscribed to by the Muslim Brotherhood and its affiliates, as well as by the Iranian regime and Hezbollah and their affiliates, is widely supported, violent, bigoted, evil and dangerous to the free world.

And that isn’t even the biggest problem with studying the doctrine of jihad. The biggest problem is that a critical study of the doctrine of jihad would force liberal institutions like the New York Times and the institutional leadership of the American Jewish community alike to abandon the reigning dogma of the liberal ideological camp – moral relativism.

Moral relativism is based on a refusal to call evil evil and a concomitant willingness to denigrate truth if truth requires you to notice evil.

Since pointing out the reality of the danger the jihadist doctrines propagated by the likes of the Muslim Brotherhood involves the implicit demand that people make distinctions between good and evil and side with good against evil, moral relativists – that is most liberals – cannot contend with jihad.

This is why the American Jewish leadership refused to join Rand Paul and his conservative Republican colleagues in the Senate and demand an immediate cessation of US military aid to the Muslim Brotherhood-controlled Egyptian military even after the evidence of the Brotherhood’s genocidal Jew hatred was splashed across the front page of the Times.

It is the dominance of moral relativism in liberal institutions like the New York Times that make even the most apologetic expose of the Muslim Brotherhood a major event. And it is the dominance of liberal orthodoxies in the mainstream Jewish community that makes it all but impossible for Jewish leaders to speak up against the Muslim Brotherhood, despite the manifest danger its genocidal hatred of Jews poses not only for Israel, but for Jews everywhere.

It is bad enough that liberal Jewish leaders won’t speak out against the Koranic-inspired evil that characterizes the ideology of the Muslim Brotherhood. What is worse is what their own morally relative blindness causes them to do.

On Wednesday, we saw two distressing examples of the consequences of this self-imposed embrace of ideological fantasies.

First, on Wednesday, Yeshiva University’s Cardozo Law School’s Journal of Conflict Resolution gave its annual International Advocate of Peace Award to former president Jimmy Carter.

Carter’s long record of anti-Israel, and indeed anti-Semitic, actions and behavior made the decision to bestow him with the honor an affront not only to the cause of peace, but to the cause of Jewish legal rights. As an advocate of Hamas and a man who castigates Israel as an illegal “apartheid” state, Carter has a long record of outspoken opposition to both Jewish human rights and to viable peace between Israel and its neighbors.

For outsiders, the Orthodox Jewish university’s law school’s law journal’s decision to honor Carter was shocking, but as it works out, the Cardozo Journal of Conflict Resolution confers its prize almost exclusively on people active in pressuring Israel to make concessions to Palestinian terrorists who reject Israel’s right to exist. Past winners include Dennis Ross, Bill Clinton, Richard Holbrooke, George Mitchell, John Wallach and Seeds of Peace and, perhaps most astoundingly, the outspoken Jew hater Archbishop Desmond Tutu.

In other words, Carter wasn’t chosen for the honor despite his anti-Israel record. He was selected because of his anti-Israel record.

In a similar fashion, New York’s 92nd Street Y invited virulent Israel hater Roger Waters to perform a concert on April 30. Given Waters’s outspoken opposition to Israel, his call for total economic and cultural warfare against the Jewish state and his leading role in the BDS movement, it is not possible that the 92nd Street Y was unaware of his radical, anti-Semitic sentiments.

And so, the only reasonable explanation for his invitation to perform at the Jewish institution is that the Y wanted to invite this openly anti- Semitic musician to perform. A public outcry by pro-Israel activists forced the Y to cancel his performance.

The day that Carter was embraced by the Orthodox Jewish establishment, Jewish author and activist Pamela Geller was silenced. Geller is the nightmare of the liberal Jewish establishment.

She is a beautiful and articulate speaker and writer who has risen to prominence in the US for her steadfast commitment to exposing the deadly pathologies of Jew hatred, misogyny and other prejudices inherent to jihadist ideology.

Geller’s website, Atlas Shrugs, is a clearinghouse for information on Islamic persecution of women, Christians and apostates and hatred of Jews. She also showcases the documented ties between mainstream American Islamic groups and the Muslim Brotherhood.

An indefatigable defender of Israel, Geller recently ran a highly controversial, and successful ad campaign in the New York and San Francisco public transportation systems in response to an anti-Israel ad campaign. Her billboards read, “In any war between the civilized man and the savage, support the civilized man. Support Israel, Defeat Jihad.”

Geller was scheduled to speak on April 13 at the Great Neck Synagogue in Great Neck, New York. The topic of her talk was “The Imposition of Shari’a in America.”

Last month, after learning of her talk, a consortium of Islamic and leftist activists in Nassau County led by Habeed Ahmed from the Islamic Center of Long Island launched a pressure campaign to coerce the synagogue into cancelling her speech. Members of the group telephoned the synagogue and castigated Geller as a bigot, and likened her to the Nazis in the 1930s.

In short order liberal rabbis Michael White and Jerome Davidson took over the opposition to Geller and launched a media campaign attacking her as a bigot and demanding that the Great Neck Synagogue cancel her speech.

Rejecting the distinction Geller makes between jihadists and their victims – Muslim and non- Muslim alike, White and Davidson claimed that she opposes all Muslims and so her speech must be canceled. By hosting her, they intoned, the Great Neck Synagogue would be guilty of propagating hate speech. Liberal Christian and Jewish activists and their Muslim associates threatened to protest the speech.

On Wednesday the synagogue caved in to their massive pressure. Citing “security concerns” the synagogue board released a statement saying that while “these important issues must be discussed, the synagogue is unable to bear the burden” of the pressure campaign surrounding Geller’s planned speech. Her event was canceled.

Surveys of the American Jewish community taken in recent years by the American Jewish Committee demonstrate that the vast majority of American Jews are deeply supportive of Israel, and their views tend toward the Right side of the political spectrum in issues related to Israel, the Palestinians and the wider Islamic conflict with the Jewish state.

On the other hand, the AJC’s surveys show that for the vast majority of American Jews, Israel is not a voting issue. This state of affairs was reflected by a comment that Yeshiva University student Ben Winter made to the media regarding the absence of student protest against Carter on Wednesday. In Winter’s words, “While many students at YU feel strongly about their Zionism, few have the courage to publicly express their opinions.”

The danger exposed by the cancellation of Geller’s speech and the conferral of honors on the likes of Carter and Waters by mainstream Jewish institutions is daunting. If moral relativism remains the dominant dogma of the American Jewish establishment, the already weakly defended, but still strongly rooted, support for Israel among the rank and file of the American Jewish community will dissipate.


Littérature: La théorie des jeux redécouvre la plus complète science de la nature humaine (Game theory vindicated by Jane Austen)

24 avril, 2013
http://media.onsugar.com/files/upl0/4/41251/03_2008/Northanger-Abbey.jpgLe monde n’est qu’un reflet de ce qui se passe en amour. Proust
J’étais incapable  de voir ce dont le désir n’avait pas été éveillé en moi par quelque lecture. Proust
Ce sont les femmes qui sont amusées par les rêveries des romanciers stupides, qui, sachant peu de choses de la nature humaine, concoctent des contes rassis et décrivent des scènes factices, le tout préservés dans un jargon sentimental, qui tendent également à corrompre le goût et à détourner le coeur de ses tâches quotidiennes. Incapables de saisir quelque chose de grand, est-il étonnant qu’elles trouvent la lecture de l’histoire, une tâche très sèche et les dissertations adressées à la compréhension horriblement fastidieuses et presque inintelligibles ? Mary Wollstonecraft
Silly Novels by Lady Novelists are a genus with many species, determined by the particular quality of silliness that predominates in them-the frothy, the prosy, the pious, or the pedantic. But it is a mixture of all these-a composite order of feminine fatuity-that produces the largest class of such novels, which we shall distinguish as the mind-and-millinery species. The standard apology for women who become writers without any special qualification is that society shuts them out from other spheres of occupation … ‘In all labour there is profit'; but ladies’s silly novels, we imagine, are less the result of labour than of busy idleness. George Eliot (Mary Ann Evans)
Le romancier qui révèle le désir de l’élite sociale est presque toujours prophétique. Il décrit des structures intersubjectives qui vont se banaliser peu à peu. René Girard
Elle est sans nul doute le plus grand écrivain femme que nous ayions. Elle est la plus grande pour la raison suivante : elle ne cherche pas à écrire comme un homme alors que toutes les autres femmes le font. C’est pour cela que je ne les lis pas. Richard Dalloway (The Voyage Out, Virginia Woolf, 1915)
En plusieurs occasions, les héros de Jane Austen prennent la défense des romans. C’est particulièrement évident dans Northanger Abbey, par la voix de Catherine Morland et de Henry Tilney, et dans le long développement, souvent commenté, de la fin du chapitre V (Jane Austen y utilise à peu près les mêmes termes qu’utilise plus tard Margaret Oliphant). Les romans connaissent alors une grande vogue, en particulier auprès des femmes, dont l’éducation a considérablement progressé au cours du XVIIIe siècle. D’ailleurs, ce sont elles qui se trouvent à l’origine de cette évolution, puisqu’on estime qu’entre 1692 et la fin du XVIIIe siècle, la majorité des romans est écrite par des auteurs féminins. Mais la culture masculine, qu’incarnent à la fin du XVIIIe siècle Swift ou Pope, voit d’un mauvais œil l’intrusion de female wits (« de femmes d’esprit ») dans la littérature; d’ailleurs, un jeu de mots facile permet de salir ces auteurs en assimilant les « femmes publiées » aux « femmes publiques », c’est-à-dire aux prostituées (female publication = public woman). Ce n’est que très progressivement, tout à la fin du XVIIIe siècle, que la réputation du roman commence à s’améliorer, avec Clara Reeves et son ouvrage The Progress of Romance (1785) tout d’abord, puis avec Joanna Baillie et William Godwin, précisément à l’époque où Jane Austen écrit Northanger Abbey (1797-1798). Aussi, la défense des romans constitue-t-elle du même coup chez Jane Austen un plaidoyer en faveur des romancières, d’autant plus nécessaire que certaines d’entre elles dénigrent elles-mêmes le genre : ainsi Maria Edgeworth, lorsqu’elle présente Belinda, préfère l’appeler un « conte moral » (moral tale) plutôt qu’un « roman » (novel), considérant que « tant de sottise, d’erreur et de vice parsèment des livres catalogués sous cette [dernière] appellation, que j’espère que le choix de retenir [la première] qualification sera attribué à une intention louable et non au pinaillage ». Margaret Oliphant qui, après Jane Austen, prend en 1882 la défense du roman féminin face à la « noble poésie » des hommes.Car le roman, à son époque, n’a pas l’aura de la poésie, genre noble par excellence. Aussi, Margaret Oliphant, essayiste, historienne et mère de cinq enfantsN 10, note-t-elle en 1882 que, si la culture britannique célèbre les hommes pour être à l’origine du flux de noble poésie au tournant du XVIIIe et du XIXe siècle, « elle néglige l’émergence soudaine, à la même époque, d’une forme purement féminine du génie littéraire » (negligent of the sudden development of purely feminine genius at the same great era). Au cours du chapitre V, l’amitié de plus en plus forte qui lie Catherine Morland et son amie Isabella Thorpe se traduit, dit la voix narratrice, par le fait qu’elles s’enferment ensemble pour lire des romans. Et elle ajoute, dans un plaidoyer pro domo où la romancière intervient à la première personne : « Je ne ferai pas mienne cette habitude bien peu généreuse et bien peu politique si fréquente chez les romancières, de rabaisser par leurs critiques méprisantes les réalisations mêmes auxquelles elles ont elles-mêmes contribué ». Dans cette défense des romans où elle prend elle-même position, Jane Austen veille à ne citer que ceux qu’elle tient en plus haute estime, Cecilia, et Camilla, de Fanny Burney, ou encore Belinda de Maria Edgeworth. Mais Ann Radcliffe n’est pas admise dans ce panthéon. Wikipedia
It’s no surprise that Catherine is an ardent novel reader, and no compliment to the form that the shallow Isabella is. But Austen, a realistic novelist, is not going to say that young women such as Catherine and Isabella don’t read novels—they consume them—or that they find them « insipid. » Nor will Austen have the two young women on a rainy morning reading David Hume’s History of England, Pope’s Essay on Man, or Addison’s Spectator. That would be unrealistic of Austen and disloyal to the broad appeal of novels, far greater than that of any other genre. Yet not all readers are equal, nor all novelists, nor are all novels of the same type no less quality. Austen’s point is that the novel is not to be judged negatively by its huge and broad popularity. There are silly, young women who thrive on sentimental romances and Gothic fiction, some of it by silly novelists. That does not condemn the genre as a whole. Intelligent, talented, and morally serious women and men also read as well as write novels of all sorts. The first target of Austen’s chastisement are those novelists who disparage their own art by describing heroines who disdain novels. Our « foes, » she maintains, are almost as numerous as our readers. Though there was surely « trash, » the works of Defoe, Richardson, Fielding, Sterne, Smollett, Goldsmith, the clever Frances (Fanny) Burney (the Cecilia and Camilla mentioned here, to whom we can add Evelina), Edgeworth (Belinda), Scott, and Austen herself, to take the best-known, were perceived as lustrous by many except the most stiff-necked and pharisaical sermonizers, such as the buffoonish Reverend Collins in Past and Present. There were many histories of England, including those by the David Hume and Catherine Macaulay, and Austen wrote a youthful parody of Goldsmith’s History. But a question implicit in the contention between fiction and history is whether fiction is less true than history? The claim can be made that some fiction, such as Scott’s Waverley Novels, is the closest we can come to « history, » and some of the novels of Defoe (including A Journal of the Plague Year), Richardson, Fielding, Burney, and Austen ARE history—they are the history of fictitious characters in real conditions of which we’d have at best a paltry, sketchy understanding without the « fiction. » Fiction and history are not mutually exclusive. In any case, what writers choose to invent or painters to paint in a given time is itself germane to the history of the time. Behind Austen’s defense of fiction is also a matter of gender. Whether or not the writer was a woman, the reading of fiction was associated more with women, whose minds, it was thought, were unequal to the task of reading philosophy, history, political science, and economics. Hence the embarrassed « Miss » who quickly puts away her novel for fear of proving that she was even more fatuous than her sex was judged to be. Mary Wollstonecraft’s Vindication is particularly severe on novels and their readers. BookDoors
Austen was very deliberately trying to lay philosophical groundwork for a new theory of strategic action, sometimes charting territory that today’s theoreticians have themselves failed to reach. First among her as yet unequaled concepts is “cluelessness,” which in Mr. Chwe’s analysis isn’t just tween-friendly slang but an analytic concept worthy of consideration alongside game-theoretic chestnuts like “zero-sum,” “risk dominance” and “prisoner’s dilemma.” Most game theory (…) treats players as equally “rational” parties sitting across a chessboard. But many situations (…) involve parties with unequal levels of strategic thinking. Sometimes a party may simply lack ability. But sometimes a powerful party faced with a weaker one may not realize it even needs to think strategically. Take the scene in “Pride and Prejudice” where Lady Catherine de Bourgh demands that Elizabeth Bennet promise not to marry Mr. Darcy. Elizabeth refuses to promise, and Lady Catherine repeats this to Mr. Darcy as an example of her insolence — not realizing that she is helping Elizabeth indirectly signal to Mr. Darcy that she is still interested. It’s a classic case of cluelessness, which is distinct from garden-variety stupidity. “Lady Catherine doesn’t even think that Elizabeth” — her social inferior — “could be manipulating her,” he said. (Ditto for Mr. Darcy: gender differences can also “cause cluelessness … Michael Chwe
Je ne parle pas assez bien pour être incompréhensible. Catherine Morland (Northanger abbey)
Oui, des romans ; car je ne donne pas dans cette mesquine et maladroite habitude, qu’ont les auteurs de romans, de déprécier, par leur blâme, toute une catégorie d’oeuvres dont ils ont eux-mêmes accru le nombre : se joignant à leurs ennemis pour décerner les plus rogues épithètes à ces oeuvres-là et n’en permettant presque jamais la lecture à leur héroïne qui, si elle ouvre par hasard un roman, ne fera certainement que le feuilleter, et avec dégoût. Las ! si l’héroïne d’un roman n’est pas patronnée par l’héroïne d’un autre roman, de qui pourra-t-elle attendre protection et égards ? Laissons aux rédacteurs de revues le soin d’incriminer toute effusion d’imagination et de déplorer, sur un mode marmiteux, les riens qui font maintenant gémir les presses. Ne désertons pas notre propre cause. Nous sommes une caste fort décriée. Par vanité, ignorance ou mode, nos ennemis sont presque aussi nombreux que nos lecteurs ; et, tandis que les prestiges du 900e abréviateur de l’« Histoire d’Angleterre » ou ceux du monsieur qui réunit et publie douze vers de Milton, de Pope, de Prior, avec un morceau du Spectateur et un chapitre de Sterne, sont exaltés par mille plumes, il semble qu’il y ait un souci presque général de contester l’importance et de sous-évaluer le travail du romancier, bref, mépriser des oeuvres qui ne se recommandent que par de l’invention, de l’esprit et du goût. « Je ne suis pas un liseur de roman ; un coup d’oeil à peine aux romans ; ne vous imaginez pas que je lise souvent des romans ; ce n’est vraiment pas mal pour un roman. » Tel est le jargon en usage. « Et que lisez-vous, Miss *** ? – Oh ! ce n’est qu’un roman ! » réplique la jeune personne, en laissant tomber son livre avec une indifférence affectée ou quelque honte. « Ce n’est que Cécile, ou Camille, ou Bélinde » : c’est seulement une oeuvre dans laquelle les plus belles facultés de l’esprit sont prodiguées et qui offre au monde, en un langage de choix, la plus complète science de la nature humaine, la plus heureuse image de ses variétés, les plus vives effusions d’esprit et d’humour. Mais, qu’elle eût été aux prises avec un volume du Spectateur, combien orgueilleusement elle eût produit le livre, et proclamé son titre ! quoiqu’il soit peu probable qu’une jeune personne de goût puisse ne pas être rebutée par le sujet et le style de cette volumineuse publication où sont colligés surtout des anecdotes improbables, des traits de caractère extravagants, des thèmes de conversation qui ne concernent plus âme qui vive, le tout en un langage dont la fréquente grossièreté est peu faite pour donner une idée flatteuse du temps qui la supporta. Jane Austen (Nothanger abbey)
Ce n’est pas faire preuve d’esprit que de ne pas se plaire à la lecture d’un bon roman. Henry
Ce monsieur (…) aurait lassé ma patience s’il était resté avec vous une demi-minute de plus. Nous avons fait un contrat d’amabilité réciproque pour un soir, et l’amabilité de chacun de nous appartient à l’autre tout ce temps-là. Personne ne peut forcer l’attention de l’un sans attenter aux droits de l’autre. Je considère la contredanse comme l’emblème du mariage. Là et là, miss Morland, la fidélité et l’affection sont les devoirs principaux ; et les gens qui ne sont disposés ni à danser ni à se marier n’ont rien à faire avec les danseuses ou les femmes de leurs voisins. (…) Vous en conviendrez : dans les deux cas, l’homme a la faculté de choisir, la femme, seulement celle de refuser ; dans les deux cas, il y a entre l’homme et la femme un engagement formé pour l’avantage de chacun ; une fois cet engagement conclu et jusqu’à sa dissolution, ils appartiennent exclusivement l’un à l’autre : c’est le devoir de chacun de ne donner à son partenaire nul motif de regretter n’avoir pas disposé autrement de soi ; c’est l’intérêt de chacun de ne pas s’attarder complaisamment aux perfections des étrangers et de ne pas s’imaginer qu’avec eux la vie eût été plus belle. (…) Dans le mariage, l’homme est supposé subvenir aux besoins de la femme, la femme rendre la maison agréable à son mari. Il ravitaille et elle sourit. Dans la danse, ces obligations sont exactement inverses : à lui, incombent les gracieusetés et les complaisances, tandis qu’elle fournit l’éventail et l’eau de lavande. C’était, j’imagine, la différence de devoirs qui vous paraissait rendre impossible une comparaison. Henry
Mais la conduite du général ne restait pas moins inexplicable pour elle. Qu’il aimât fort la bonne chère, elle l’avait remarqué sans le secours de personne. Mais pourquoi disait-il une chose alors qu’il en pensait une autre ?… À ce compte on ne pouvait jamais se comprendre. Catherine
En ce moment critique, toute femme peut sentir pour mon héroïne, car toute femme a connu ces agitations. Toutes ont été ou, du moins, ont cru être exposées à la poursuite d’un insupportable fâcheux ; toutes ont été anxieuses des attentions de quelqu’un à qui elles désiraient plaire. Jane Austen
Seul un homme peut savoir combien un homme est indifférent aux charmes d’une robe neuve. Ce serait mortifier mainte et mainte dames que leur apprendre – mais entendraient-elles ? – combien peu le coeur d’un homme est sensible à ce qu’il y aura de coûteux ou de neuf dans leur attirail, combien il est aveugle à la texture d’un tissu, ce coeur, et combien il est incapable d’opter à bon escient entre le jaconas, la batiste, le nansouk et l’organdi, même brodé au tambour. Une femme est belle pour sa seule satisfaction. Nul homme ne l’en admirera plus, nulle femme ne l’en aimera mieux. Henry
L’histoire (…) J’en ai lu un peu, par devoir ; mais je n’y vois rien qui ne m’irrite ou ne m’ennuie : des querelles de papes et de rois, des guerres ou des pestes à chaque page, des hommes qui ne valent pas grand’chose, et presque pas de femmes, – c’est très fastidieux ; et parfois je me dis qu’il est surprenant que ce soit si ennuyeux, car une grande partie de tout cela doit être imaginé de toutes pièces. Les paroles mises dans la bouche des héros, leurs pensées, leurs projets, oui, tout cela doit être de pure invention, et ce qui me plaît le plus dans les autres livres, c’est précisément l’invention. Catherine
Si je vous comprends bien, vous aviez conçu des soupçons si atroces que je trouve à peine des mots pour… Chère, chère miss Morland, qu’aviez-vous donc en tête ? À quelle époque et dans quel pays croyez-vous donc vivre ? Songez que nous sommes des Anglais, que nous sommes des chrétiens. Consultez votre raison, votre expérience personnelle. Notre éducation nous prépare-t-elle à de telles atrocités ? Ne seraient-elles pas connues bientôt, en ce pays de routes et de gazettes ? Et les lois resteraient-elles inertes ? Henry

Attention: une science peut en cacher une autre !

En ces temps où, entre l’Affaire Cahuzac et la navigation à vue quotidienne, l’actuel gouvernement d’un maitre es manipulations politiques (ie. le mariage, à défaut du travail, pour tous) est en train de pousser au rang d’art le plus pur amateurisme

Pendant que piégés par la simple évocation de noms de groupes inexistants, nos jeunes festivaliers de Coachella montrent que la peur de reconnaitre son ignorance et de ne pas en être a encore de beaux jours devant elle …

Commment ne pas se réjouir de la (re)découverte par le spécialiste de la théorie des jeux de UCLA Michael Chweh (Jane Austen: game theorist, 2013)…

De la remarquable « science de la nature humaine » de l’auteur d’ « histoires d’amour à dentelles » Jane Austen ?

Et comment ne pas vouloir relire certains des passages les plus perceptifs de la première et relativement moins connue de ses oeuvres …

Publiée posthumement mais qui, à l’instar du « manifeste négatif » de George Eliot 50 ans plus tard (Silly novels by lady novelists) …

Faisait la parodie des romans gothiques alors en vogue, à savoir Northanger abbey  ?

Game Theory: Jane Austen Had It First

Jenifer Schuessler

The New York Times

April 22, 2013

It’s not every day that someone stumbles upon a major new strategic thinker during family movie night. But that’s what happened to Michael Chwe, an associate professor of political science at the University of California, Los Angeles, when he sat down with his children some eight years ago to watch “Clueless,” the 1995 romantic comedy based on Jane Austen’s “Emma.”

Mr. Chwe (pronounced CHEH), the author of papers like “Farsighted Coalitional Stability” and “Anonymous Procedures for Condorcet’s Model: Robustness, Nonmonotonicity and Optimality,” had never cracked “Emma” or “Pride and Prejudice.” But on screen, he saw glimmers of a strategic intelligence that would make Henry Kissinger blush.

“This movie was all about manipulation,” Mr. Chwe, a practitioner of the hard-nosed science of game theory, said recently by telephone. “I had always been taught that game theory was a mathematical thing. But when you think about it, people have been thinking about strategic action for a long time.”

Mr. Chwe set to doing his English homework, and now his assignment is in. “Jane Austen, Game Theorist,” just published by Princeton University Press, is more than the larky scholarly equivalent of “Pride and Prejudice and Zombies.” In 230 diagram-heavy pages, Mr. Chwe argues that Austen isn’t merely fodder for game-theoretical analysis, but an unacknowledged founder of the discipline itself: a kind of Empire-waisted version of the mathematician and cold war thinker John von Neumann, ruthlessly breaking down the stratagems of 18th-century social warfare.

Or, as Mr. Chwe puts it in the book, “Anyone interested in human behavior should read Austen because her research program has results.”

Modern game theory is generally dated to 1944, with the publication of von Neumann’s “Theory of Games and Economic Behavior,” which imagined human interactions as a series of moves and countermoves aimed at maximizing “payoff.” Since then the discipline has thrived, often dominating political science, economics and biology departments with densely mathematical analyses of phenomena as diverse as nuclear brinkmanship, the fate of protest movements, stock trading and predator behavior.

But a century and a half earlier, Mr. Chwe argues, Austen was very deliberately trying to lay philosophical groundwork for a new theory of strategic action, sometimes charting territory that today’s theoreticians have themselves failed to reach.

First among her as yet unequaled concepts is “cluelessness,” which in Mr. Chwe’s analysis isn’t just tween-friendly slang but an analytic concept worthy of consideration alongside game-theoretic chestnuts like “zero-sum,” “risk dominance” and “prisoner’s dilemma.”

Most game theory, he noted, treats players as equally “rational” parties sitting across a chessboard. But many situations, Mr. Chwe points out, involve parties with unequal levels of strategic thinking. Sometimes a party may simply lack ability. But sometimes a powerful party faced with a weaker one may not realize it even needs to think strategically.

Take the scene in “Pride and Prejudice” where Lady Catherine de Bourgh demands that Elizabeth Bennet promise not to marry Mr. Darcy. Elizabeth refuses to promise, and Lady Catherine repeats this to Mr. Darcy as an example of her insolence — not realizing that she is helping Elizabeth indirectly signal to Mr. Darcy that she is still interested.

It’s a classic case of cluelessness, which is distinct from garden-variety stupidity, Mr. Chwe argues. “Lady Catherine doesn’t even think that Elizabeth” — her social inferior — “could be manipulating her,” he said. (Ditto for Mr. Darcy: gender differences can also “cause cluelessness,” he noted, though Austen was generally more tolerant of the male variety.)

The phenomenon is hardly limited to Austen’s fictional rural society. In a chapter called “Real-World Cluelessness,” Mr. Chwe argues that the moralistic American reaction to the 2004 killing and mutilation of four private security guards working with the American military in Falluja — L. Paul Bremer III, leader of the American occupation of Iraq, later compared the killers to “human jackals”— obscured a strategic truth: that striking back at the city as a whole would only be counterproductive.

“Calling your enemy an animal might improve your bargaining position or deaden your moral qualms, but at the expense of not being able to think about your enemy strategically,” Mr. Chwe writes.

The darker side of Austen is hardly unknown to literary scholars. “Regulated Hatred,” a classic 1940 paper by the psychologist D. W. Harding, argued that her novels explored containment strategies against the “eruption of fear and hatred into the relationships of everyday social life.”

But Mr. Chwe, who identifies some 50 “strategic manipulations” in Austen (in addition to a chapter on the sophisticated “folk game theory” insights in traditional African tales), is more interested in exploring the softer side of game theory. Game theory, he argues, isn’t just part of “hegemonic cold war discourse,” but what the political scientist James Scott called a subversive “weapon of the weak.”

Such analysis may not go over well with military types, to say nothing of literary scholars, many of whom see books like Mr. Chwe’s or “Graphing Jane Austen,” an anthology of Darwinian literary criticism published last year, as examples of ham-handed scientific imperialism.

“These ostensibly interdisciplinary efforts are sometimes seen as attempts to validate the humanities by attaching them to more empirical disciplines,” said Jonathan Kramnick, a professor of English at Johns Hopkins and the author of the 2011 essay “Against Literary Darwinism,” who has not read Mr. Chwe’s book. “But for some, myself included, literary studies doesn’t need to attach itself to any other discipline.” Even some humanists who admire Mr. Chwe’s work suggest that when it comes to appreciating Austen, social scientists may be the clueless ones. Austen scholars “will not be surprised at all to see the depths of her grasp of strategic thinking and the way she anticipated a 20th-century field of inquiry,” Laura J. Rosenthal, a specialist in 18th-century British literature at the University of Maryland, said via e-mail.

As for Mr. Chwe, he said he was happy if he could spread Janeism among the game-playing wonks. And which Austen character would he want leading America in a nuclear showdown?

Easy, he said with a laugh: “I would want Austen herself.”

Voir aussi:

Political Scientist Realizes Jane Austen Knew Something About Human Relationships

Adelle Waldman

April 23, 2013

Slate.com

Readers of Jane Austen had reason to rejoice this morning. According to an article in today’s New York Times, we haven’t just been wasting our time on frivolous little stories. Austen, it seems, has something to tell us. And not only us English majors. Mathematicians. Game theorists. Serious thinkers. Even Henry Kissinger.

That’s all according to a new book called Jane Austen, Game Theorist, by Michael Chwe, an associate professor of political science at UCLA. According to the Times piece, Chwe watched the movie Clueless, an adaptation of Austen’s Emma, and realized that Austen had some insight into human behavior. So he went back and read her novels, which he hadn’t done before, and they led him to conclude that she is a little-heralded forerunner of game theory. “When you think about it,” Chwe told the Times reporter, “people have been thinking about strategic action for a long time.” Yes, when you think about it, they have.

Good for Chwe for looking beyond statistical models and academic papers for insight—that he was inspired by a movie suggests the kind of active and wide-ranging curiosity that we can all find admirable. His book sounds charming, and the fact that he is capable of seeing the sophistication of Austen’s mind—and the unsentimental sweep of her analysis into human behavior and psychology—is to his credit. Certainly some less discerning minds—male and female, from math majors to MFA students—have not been able to see past the petticoats and romantic storylines.

But Jane Austen doesn’t need vindication from social science. Or math. Let alone from Henry Kissinger. And these kinds of arguments often flatten both art and science, reducing the insights of each to simple platitudes.

Take Jonah Lehrer’s first book, Proust was a Neuroscientist, in which he argued that great artists anticipated later scientific discoveries about the human brain or human psychology. Forget, for a moment, subsequent criticisms of Lehrer. Just read Jonathon Keats’ devastating review in Salon, which examined Lehrer’s argument that George Eliot’s Middlemarch anticipated a process called neurogenesis because over the course of the novel characters change dramatically. “Setting aside the fact that Eliot hardly needed to anticipate neurogenesis (or even neuroplasticity) to conjure characters changed by circumstances,” Keats wrote, “the essential question arises: What is the good of saddling Eliot with neuroscience? Lehrer’s reductionist reading of Middlemarch strips it of any interest as literature, and denies the value to be found in any work that doesn’t operate as an exemplar of neurogenesis, such as fatalistic Oedipus Rex.”

I don’t want to judge Chwe’s explication of Austen without having read it. It seems perfectly plausible to me that people who are interested in manipulation and persuasion in the real world could tease out useful lessons from a writer as shrewd as Austen. But what we shouldn’t do is treat Austen’s supposed utility—to serious experts!—as a validation of her art.

Of course the tendency to implicitly deprecate fiction in favor of “harder” writing is nothing new. “There seems,” Austen wrote in Northanger Abbey, “a general wish of decrying the capacity and undervaluing the labor of the novelist, and of slighting performances which have only genius, wit and taste to recommend them.” Now those are prescient words.

Voir encore:

Yes, novels

Category: Writing & Reading | Type: Discussion | Title: Northanger Abbey (in Context) | Author: Jane Austen | Ch: Chapter 5

This passage has an edgy personal note to it, for Austen, in an uncommon departure, uses the first-person singular.

It’s no surprise that Catherine is an ardent novel reader, and no compliment to the form that the shallow Isabella is. But Austen, a realistic novelist, is not going to say that young women such as Catherine and Isabella don’t read novels—they consume them—or that they find them « insipid. » Nor will Austen have the two young women on a rainy morning reading David Hume’s History of England, Pope’s Essay on Man, or Addison’s Spectator. That would be unrealistic of Austen and disloyal to the broad appeal of novels, far greater than that of any other genre.

Yet not all readers are equal, nor all novelists, nor are all novels of the same type no less quality. Austen’s point is that the novel is not to be judged negatively by its huge and broad popularity. There are silly, young women who thrive on sentimental romances and Gothic fiction, some of it by silly novelists. That does not condemn the genre as a whole. Intelligent, talented, and morally serious women and men also read as well as write novels of all sorts.

The first target of Austen’s chastisement are those novelists who disparage their own art by describing heroines who disdain novels. Our « foes, » she maintains, are almost as numerous as our readers. Though there was surely « trash, » the works of Defoe, Richardson, Fielding, Sterne, Smollett, Goldsmith, the clever Frances (Fanny) Burney (the Cecilia and Camilla mentioned here, to whom we can add Evelina), Edgeworth (Belinda), Scott, and Austen herself, to take the best-known, were perceived as lustrous by many except the most stiff-necked and pharisaical sermonizers, such as the buffoonish Reverend Collins in Past and Present.

There were many histories of England, including those by the David Hume and Catherine Macaulay, and Austen wrote a youthful parody of Goldsmith’s History. But a question implicit in the contention between fiction and history is whether fiction is less true than history? The claim can be made that some fiction, such as Scott’s Waverley Novels, is the closest we can come to « history, » and some of the novels of Defoe (including A Journal of the Plague Year), Richardson, Fielding, Burney, and Austen ARE history—they are the history of fictitious characters in real conditions of which we’d have at best a paltry, sketchy understanding without the « fiction. » Fiction and history are not mutually exclusive. In any case, what writers choose to invent or painters to paint in a given time is itself germane to the history of the time.

Behind Austen’s defense of fiction is also a matter of gender. Whether or not the writer was a woman, the reading of fiction was associated more with women, whose minds, it was thought, were unequal to the task of reading philosophy, history, political science, and economics. Hence the embarrassed « Miss » who quickly puts away her novel for fear of proving that she was even more fatuous than her sex was judged to be. Mary Wollstonecraft’s Vindication is particularly severe on novels and their readers: « These are the women who are amused by the reveries of the stupid novelists, who, knowing little of human nature, work up stale tales, and describe meretricious scenes, all retained in a sentimental jargon, which equally tend to corrupt the taste, and draw the heart aside from its daily duties. » She then contrasts novels and histories: « Unable to grasp anything great, is it surprising that they find the reading of history a very dry task, and disquisitions addressed to the understanding intolerably tedious, and almost unintelligible? » Histories « exercise the understanding and regulate the imagination » (Chapter 13, section ii). All that she will allow is that reading novels is preferable to reading nothing at all.

Wollstonecraft’s views reflect an understandable prejudice against a genre that debased women readers by entertaining them with affirmations and reinforcements of the society’s institutionalized view of women. But her view of women novelists and women readers is, even a generation before Austen, is parochial.

The great Victorian novelist George Eliot (Marian Evans) has a relevant essay titled « Silly Novels by Lady Novelists » (1856).

Voir enfin:

Qui a peur de Jane Austen ? Mœurs et féminisme à l’ère austenienne

Simples « romans de la vie domestique » pour certains, manifestation d’une critique féministe avant-gardiste pour d’autres, les œuvres de Jane Austen, devenus des classiques incontournables de la littérature anglaise, n’ont pas fini de faire parler d’eux. Au-delà des histoires d’amour à dentelles, qu’il y a-t-il de si remarquable dans les écrits de la vieille fille écrivain ?

Arte

Oriane Hurard

 02/07/12

Une peinture de la vie quotidienne

Le tourbillon de sœurs émoustillées à l’annonce d’un nouveau jeune homme dans le voisinage, les danses endiablées du bal des voisins… On pourrait se contenter de comparer les romans de Jane Austen aux Quatre filles du Dr March ou au Marc Levy du XVIIIe siècle. On aurait tort.

À l’instar de Bruegel ou de Veermer en peinture, Jane Austen écrit sur ce qu’elle connaît le mieux : la vie quotidienne de la petite bourgeoisie à la campagne. Reine du détail, elle manie comme personne l’art de la description des rapports entre sœurs, amis ou futurs amants, et excelle dans l’art de la description des « petits riens » qui font toute la vivacité d’un récit – à la manière d’une Julie Andrews chantant « Un morceau de sucre » ou “My Favorite things.

Dans l’ensemble de son œuvre, Jane Austen s’amuse à décliner ce que doit être une jeune fille parfaite au sein de la gentry, la bonne société georgienne : ne pas dépenser plus que son revenu (« not to live beyond one’s income »), être aimable avec ses inférieurs, avoir un comportement honorable.

Être une jeune femme accomplie est une exigence pour pouvoir trouver un mari. Ces “accomplishments sont d’ailleurs décrits lors d’une scène culte de Pride & Prejudice : la maîtrise de la musique, du chant, du dessin, de la danse, des langues étrangères (dans l’ordre : française, allemand, italien) sont requis ; liste à laquelle Mr Darcy ajoute « la culture de l’esprit par la lecture ».

Par cette précision, Jane Austen amène une nuance de taille : ses héroïnes (Emma, Elizabeth Bennett, Marianne Dashwood) sont en effet toujours vives, ironiques et pleines d’esprit (”wit girl”). Alors que leurs sœurs sont, au choix, écervelées ou romantiquement passives, celles-ci ont le goût de la lecture et de la répartie, provoquant immanquablement le courroux chez leurs prétendants avant, évidemment, de filer le parfait amour at the end.

L’ironie, considérée par l’auteur comme plus subtile que la critique, est une des clés d’analyse tardive de toute l’œuvre austenienne – une fois passée l’idéalisation familiale et élitiste de la “good quiet Aunt Jane.

«C’est une vérité reconnue, qu’un jeune homme qui a de la fortune doit chercher à se marier. »

L’incipit bien connu de Pride & Prejudice reflète précisément la critique sociale, plus restrictive et subtile que véritablement subversive, contenue dans chacun des romans de Jane, et qui reflète aussi ce qu’a pu être la dureté de sa vie – quoi que sa famille ait pu écrire.

Ainsi, dans plusieurs de ces romans (et en particulier dans le début de Raison et sentiments) est décrite – et critiquée – la loi de l’entail, ou l’héritage à l’anglaise. L’entail, aboli seulement en 1925, est le système régissant les transmissions de biens immobiliers de manière à ce que les propriétés ne puissent être divisées ou vendues. Les héritiers in tail, éligibles à cette transmission, étaient définis par des critères bien précis qui, dans la majeure partie des cas, favorisaient l’ainé des héritiers mâles – qu’il s’agisse du fils, d’un neveu ou même d’un lointain cousin. Dans Orgueil et préjugés, mais aussi dans Persuasion, un autre de ses romans, les héroïnes austeniennes en font ainsi les frais. Le père de famille disparu, elles n’ont plus aucun droit et deviennent occupantes d’une propriété qui ne leur appartient plus – quand bien même elles y ont vécu toute leur vie.

“I do think it is the hardest thing in the world that your estate should be entailed away from your own children” (« Je suis persuadée que la pire chose au monde est que vos enfants soient dépossédés de vos biens »)(Mrs Bennet, Orgueil et préjugés, Chapitre 13)

On comprend mieux alors l’empressement, si souvent tourné en dérision, de Mrs Bennet à vouloir marier ses cinq filles coûte que coûte, histoire d’amour en jeu ou non. Au-delà des histoires d’amour et de place dans la société, c’est bien de la question concrète de l’argent et de l’autonomie financière dont traite Austen dans tous ses romans.

Que ses héroïnes soient sans le sou (Raison et sentiments) ou fortunées (Emma), la question n’est jamais ignorée ou passée sous silence. Chaque prétendant, chaque famille est jugée à l’aune de sa rente ou de ses revenus. Au début d’Orgueil et préjugés, lorsque les sœurs Bennett aperçoivent Fitzwiliam Darcy pour la première fois, ce n’est pas sa beauté ou sa prestance qui est commentée en premier, mais bien sa fortune : « 10 000 livres », chuchotent-elles sur son passage. Soit assez pour disposer d’un attelage et de son personnel, d’une maison dans la capitale et « de la moitié du Devonshire ».

Tout le paradoxe austenien se situe là : défendre  et favoriser le mariage d’amour tout en faisant de l’argent une donnée omniprésente, dans la bouche de tous ses personnages.

Militante, Jane Austen ?

La condition féminine dépeinte et critiquée par Austen a poussé certains à la désigner comme le premier auteur féministe, voire lesbien, de l’époque moderne – au risque d’une analyse anachronique de l’œuvre : le terme feminism” n’étant apparu qu’en 1851 dans l’Oxford English Dictionnary.

Sans entrer dans des querelles linguistiques, il est indéniable que les personnages féminins d’Austen, à défaut d’être féministes, proposent des caractères forts, passionnés, sans concession, comme autant d’exemples que l’auteur aimerait faire suivre aux générations suivantes de jeunes filles anglaises. Elizabeth Bennett refuse ainsi catégoriquement le mariage d’argent qui tirerait toute sa famille de l’embarras pour mieux suivre les inclinaisons de son cœur.

Tandis qu’encore aujourd’hui, on a tendance à minorer l’œuvre austenienne en la réduisant à ses adaptations costumées, certains grands penseurs ne se sont pas trompés quant à la finesse de son écriture. Ainsi, l’écrivain féministe Virginia Woolf fut l’une des plus grandes admiratrices d’Austen. Rédigeant des essais à son sujet, s’inspirant d’elle pour Nuit et jour et Une chambre à soi, on peut même dire qu’elle fut, en quelque sorte, habitée par la vieille fille écrivain, près d’un siècle après la disparition de celle-ci.

« She is incomparably the greatest female writer we possess. She is the greatest and for this reason: she does not attempt to write like a man. Every other woman does; on that account, I don’t read ‘em. » (« Elle est sans nul doute le plus grand écrivain femme que nous ayions. Elle est la plus grande pour la raison suivante : elle ne cherche pas à écrire comme un homme alors que toutes les autres femmes le font. C’est pour cela que je ne les lis pas. ») (Richard Dalloway dans The Voyage Out, premier roman de Virginia Woolf, 1915).

“Deceived in friendship and betrayed in love” (« Trompée en amitié et trahie en amour »)

Orgueil et préjugés : au-delà de l’allitération (Pride and Prejudice en VO), ces deux mots qualifient parfaitement la manière dont l’auteur voyait et dépeignait sa classe : supposément “gentle”, la gentry anglaise n’était faite que de traditions, de rancœurs et d’hypocrisie généralisée.

Évidemment, les romans de Jane Austen et leurs adaptations continuent à se classer dans la catégorie des « comédies romantiques », se terminant tous par le sacro-saint mariage d’amour.

Il faut néanmoins considérer les conditions de vie de la romancière lors de la dernière partie de sa vie : après la mort de son père, elle et sa sœur ne finirent pas comme Marianne et Elinor (Raison et sentiments) en épousant de riches gentlemen. Vieilles filles et considérées comme telles par l’ensemble de la société, dépendantes de l’aide financière de leur frère, elles avaient de ce fait une vie sociale extrêmement réduite.

On peut donc lire les romans de Jane Austen comme une peinture extrêmement minutieuse, parfois critique de la vie quotidienne de la gentry, en gardant toujours à l’esprit que les histoires d’amour qui y sont relatées sont sans doute celles qu’a sublimées et fantasmées l’auteur toute sa vie.


Société: Attention, une pruderie peut en cacher une autre ! (A nation of promiscuous prudes)

22 avril, 2013
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Nous venons de passer la semaine de Boston, et j’ai des sentiments profonds pour ce qui arrive quand il faut faire face à la violence, quand quelque chose qui arrive soudainement et vous perdez des gens qui sont proches et chers.  Elle affecte la communauté; elle affecte le pays. Mais à l’avenir, vous le savez, nous devons trouver le meilleur moyen de rassembler les gens et annuler ces tensions et annuler ces stéréotypes tout en essayant de faire la paix. John Kerry (Ankara)
Il n’est jamais utile de faire des équivalences morales et de confondre les terroristes et leurs victimes. Comme nos amis américains en ont fait une nouvelle fois la cruelle expérience la semaine dernière, la seule façon de traiter les maux du terrorisme est de mener une guerre implacable contre ses auteurs où qu’ils se trouvent. Dany Danon (ministre adjoint israélien de la défense)
Should we not all be meditating on W.H. Auden’s haunting line: « Those to whom evil is done/do evil in return »? The American global domination project is bound to generate all kinds of resistance in the post- colonial world. In some respects, the United States has been fortunate not to experience worse blowbacks, and these may yet happen, especially if there is no disposition to rethink US relations to others in the world, starting with the Middle East. . . . Aside from the tensions of the moment, self-scrutiny and mid-course reflections on America’s global role is long overdue. Such a process is crucial both for the sake of the country’s own future security and also in consideration of the wellbeing of others. Such adjustments will eventually come about either as a result of a voluntary process of self-reflection or through the force of unpleasant events. How and when this process of reassessment occurs remains a mystery. Until it does, America’s military prowess and the abiding confidence of its leaders in hard power diplomacy makes the United States a menace to the world and to itself. . . . The signature irony is that the more American decline is met by a politics of denial, the more rapid and steep will be the decline, and the more abrupt and risky will be the necessary shrinking of the global leadership role so long played by the United States. We should be asking ourselves at this moment, « How many canaries will have to die before we awaken from our geopolitical fantasy of global domination? Richard Falk (special rapporteur of the United Nations Human Rights Council and professor emeritus at Princeton)
La radicalisation de Tamerlan Tsarnaev s’est faite contre les Etats-Unis. Il avait sans doute 14 ou 15 ans quand il est arrivé en Amérique, son frère 6 ou 7 ans. Leur socialisation a eu lieu dans ce pays. On a à faire à une construction de l’imaginaire. Se mêlent sans doute dans leur tête les images des dégâts commis par les Américains en Irak ou en Afghanistan. A quoi s’ajoute la discrimination dont ils ont pu se sentir victimes en tant que musulmans. Depuis le 11-Septembre, le climat dans le pays est très hostile vis-à-vis de l’Islam. Il y a une islamophobie religieuse très virulente de la part de protestants zélés qui décrivent le prophète Mohamed comme l’antéchrist. (…) La radicalisation de Tamerlan Tsarnaev s’est faite contre les Etats-Unis. Il avait sans doute 14 ou 15 ans quand il est arrivé en Amérique, son frère 6 ou 7 ans. Leur socialisation a eu lieu dans ce pays. On a à faire à une construction de l’imaginaire. Se mêlent sans doute dans leur tête les images des dégâts commis par les Américains en Irak ou en Afghanistan. A quoi s’ajoute la discrimination dont ils ont pu se sentir victimes en tant que musulmans. Depuis le 11-Septembre, le climat dans le pays est très hostile vis-à-vis de l’Islam. Il y a une islamophobie religieuse très virulente de la part de protestants zélés qui décrivent le prophète Mohamed comme l’antéchrist.  (…) Il est quasiment impossible de parer à ce genre de dérive sans l’aide des communautés dont sont issus ces individus  C’est très compliqué. Le renforcement de la traque des réseaux islamistes par les services de renseignement occidentaux font que des actions terroristes d’envergure comme le 11 septembre ou les attentats de Madrid et de Londres sont désormais peu probables. Ce succès a entraîné une mutation des modes d’actions des groupes djihadistes: les passages à l’acte sont désormais le fait de très petits groupes ou d’individus, comme on l’a vu dans le cas de Mohamed Merah.  On a le même genre de phénomène en Europe: des jeunes qui se radicalisent se réclament d’Al Qaïda, mais les liens avec l’organisation sont ténus. Ils ont certes pu établir des contacts avec des groupes djihadistes structurés, via Internet où à l’occasion de voyages, mais la décision du passage à l’acte se fait de façon autonome. Ce qui laisse les autorités très démunies. Le FBI avait enquêté sur Tamerlan Tsarnaev mais n’avait rien trouvé de concret qui aurait permis d’agir contre lui. On ne peut rien contre ce genre d’agissement sans remettre en cause les principes démocratiques, notamment celui de la présomption d’innocence. Farhad Khosrokhavar
Certains utiliseront cette menace comme un argument contre l’immigration, mais cela serait punir tout le monde pour les péchés de quelques uns. La menace radicale intérieure est vraiment un argument à la vigilance, notamment au sein de communautés enclines à produire des terroristes. Autrement dit, surveiller les groupes d’étudiants étrangers aux États-Unis, certaines communautés d’immigrants qui ont produit des jihadistes et, oui, même les mosquées et d’autres lieux musulmans. L’important est d’être assez familier avec ces communautés, pour connaître et être suffisamment en confance avec leurs dirigeants de sorte que ces hommes et ces femmes alertent les forces de l’ordre lorsque que l’un de leurs membres semble s’être radicalisé. Cela offense certains défenseurs des libertés civiles et l’Associated Press qui s’en sont pris à la police de New York pour la pratique dans une série d’histoires en 2011. Dans le sillage de Boston, cela semble particulièrement peu judicieux. Les policiers de New York disent qu’ils ont poursuivi leur surveillance, en vertu de garanties juridiques appropriées, et nous espérons qu’ils continueront. Le gouvernement américain surveille des groupes extrémistes de droite, parce que nous savons qu’ils sont dangereux. La police ne devrait pas s’abstenir de faire la même chose pour les groupes musulmans ou immigrés simplement parce que cela serait jugé moins politiquement correct. Comme le montrent les événements de la semaine à Boston, ne pas le faire serait bien trop coûteux. Le Wall Street Journal

Attention, une pruderie peut en cacher une autre !

Dépennalisation du cannabis et diabolisation du tabac, apologie du sexe et déconciation de la galanterie (pardon: du « sexisme bienveillant »), cours de fac sur la masturbation ou la prostitution et poursuites judiciaires pour harcèlement sexuel, accès de la contraception aux moins de 16 ans protégées par ailleurs par le délit de détournement de minieures,  observations sur les vêtements provocateurs  souvent considérés comme plus graves que le port desdits vêtements, critiques de spectacles d’une Madonna à demi-nue qualifiés de plus grossières que les scènes  simulées de celle-ci de cruxifixion ou de copulation, défense du mariage traditionnel par une Miss America condamnées presque aussi vivement que les amours tarifées d’un parlementaire   …

A l’heure où, face à l’évidence d’une énième tuerie jihadiste, nos belles âmes comme nos médias rivalisent d’étonnement devant les « mobiles » prétendument incompréhensibles d’une telle violence …

Pendant qu’un secrétaire d’Etat américain compare les terroristes du Mavi Marmara aux victimes de Boston …

Et qu’un président français qui a toujours refusé le mariage pour lui-même veut l’imposer à tous …

De même que le même ministre de l’éducation qui prônait la dépennalisation du cannabis nous ressort à présent les cours de morale de grand-papa …

Retour, avec l’historien militaire américain Victor Davis Hanson, sur ces temps étranges de relativisme et de schizophrénie morale …

Où, hypercorrection politique oblige, la pruderie langagière la plus extrême cotoie le dévoiement moral le plus grave …

Postmodern Prudes

Victor Davis Hanson

In the age of relativism, popular morality hasn’t so much disappeared as become schizophrenic.

More than 500 people were murdered in Chicago last year. Yet Chicago mayor Rahm Emanuel still found time to berate the fast-food franchise Chick-fil-A for not sharing “Chicago values” — apparently, because its founder does not approve of gay marriage.

Two states have legalized marijuana, with more to come. Yet social taboos against tobacco smoking make it nearly impossible to light up a cigarette in public places. Marijuana, like alcohol, causes far greater short-term impairment than does nicotine. But legal cigarette smoking is now seen as a corporate-sponsored, uncool, and dirty habit that leads to long-term health costs for society at large — in a way homegrown, hip, and mostly illegal pot smoking apparently does not.

Graphic language, nudity, and sex are now commonplace in movies and on cable television. At the same time, there is now almost no tolerance for casual and slangy banter in the media or the workplace. A boss who calls an employee “honey” might face accusations of fostering a hostile work environment, yet a television producer whose program shows an 18-year-old having sex does not. Many colleges offer courses on lurid themes from masturbation to prostitution, even as campus sexual-harassment suits over hurtful language are at an all-time high.

A federal judge in New York recently ruled that the so-called morning-after birth-control pill must be made available to all “women” regardless of age or parental consent, and without a prescription. The judge determined that it was unfair for those under 16 to be denied access to such emergency contraceptives. But if vast numbers of girls younger than 16 need after-sex options to prevent unwanted pregnancies, why isn’t there a flood of statutory-rape charges being lodged against older teenagers for having consensual relations with younger girls?

Our schizophrenic morality also affects the military. When America was a far more traditional society, few seemed to care that General Dwight Eisenhower carried on an unusual relationship at the front in Normandy with his young female chauffeur, Kay Summersby. As the Third Army chased the Germans across France, General George S. Patton was not discreet about his female liaisons. Contrast that live-and-let-live attitude of a supposedly uptight society with our own hip culture’s tabloid interest in General David Petraeus’s career-ending affair with Paula Broadwell, or in the private e-mails of General John Allen.

What explains these contradictions in our wide-open but prudish society? Decades after the rise of feminism, popular culture still seems confused by it. If women should be able to approach sexuality like men, does it follow that commentary about sex should follow the same gender-neutral rules? Yet wearing provocative or inappropriate clothing is often considered less offensive than remarking upon it. Calling a near-nude Madonna onstage a “hussy” or “tart” would be considered crude in a way that her mock crucifixion and simulated sex acts are not.

Criminal sexual activity is sometimes not as professionally injurious as politically incorrect thoughts about sex and gender. Former New York governor Eliot Spitzer — found to have hired prostitutes on a number of occasions during his time in office — was given a CNN news show despite the scandal. But when former Miss California Carrie Prejean was asked in the Miss USA pageant whether she endorsed gay marriage, she said no — and thereby earned nearly as much popular condemnation for her candid defense of traditional marriage as Spitzer had for his purchased affairs.

Critics were outraged that talk-show host Rush Limbaugh grossly insulted birth-control activist Sandra Fluke. Amid the attention, Fluke was canonized for her position that federal health-care plans should pay for the contraceptive costs of all women. Yet in comparison to Fluke’s well-publicized victimhood, there has been a veritable news blackout for the trial of the macabre Dr. Kermit Gosnell, charged with killing and mutilating in gruesome fashion seven babies during a long career of conducting sometimes illegal late-term abortions. Had Gosnell’s aborted victims been canines instead of humans — compare the minimal coverage of the Gosnell trial with the widespread media condemnation of dog-killing quarterback Michael Vick — perhaps the doctor’s mayhem likewise would have been front-page news outside of Philadelphia.

Modern society also resorts to empty, symbolic moral action when it cannot deal with real problems. So-called assault weapons account for less than 1 percent of gun deaths in America. But the country whips itself into a frenzy to ban them, apparently to prove that at least it can do something, instead of wading into polarized racial and class controversies by going after illegal urban handguns, the real source of the nation’s high gun-related body count.

Not since the late-19th-century juxtaposition of the Wild West with the Victorian East has popular morality been so unbridled and yet so uptight. In short, we have become a nation of promiscuous prudes.

NRO contributor Victor Davis Hanson is a senior fellow at the Hoover Institution. His The Savior Generals will appear in the spring from Bloomsbury Books.


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