Rwanda/20e: Levons le secret défense sur le rôle de la France (Will France ever come clean about its role in the Rwandan genocide ?)

6 avril, 2014
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Dans ces pays là, un génocide, ce n’est pas trop important. François Mitterrand
Un dramatique cortège de négligences, d’insouciances, d’incompétences, d’hésitations et d’erreurs, a créé les conditions d’une tragédie sans nom. Et donc j’assume ici devant vous la responsabilité de mon pays, des autorités politiques et militaires belges, et au nom de mon pays, au nom de mon peuple, je vous demande pardon pour ça. Guy Verhofstadt (premier ministre belge, 7 janvier 2000)
Ce qu’il s’est passé ici est une défaite pour l’humanité. Ce qu’il s’est passé ici a laissé une trace indélébile. (…) Ce qu’il s’est passé ici oblige la communauté internationale, dont la France, à réfléchir à ses erreurs qui l’ont empêchée de prévenir et d’arrêter ce crime épouvantable. Nicolas Sarkozy  (25 février 2010)
Il faut ouvrir les ventres de ces Tutsis que vous tuez pour qu’ils coulent et que les satellites ne les voient pas. Soldats français au Rwanda lors du génocide (cité par Andrew Wallis)
Nous livrons des munitions aux FAR en passant par Goma. Mais bien sûr nous le démentirons si vous me citez dans la presse. Philippe Jehanne (correspondant de la DGSE, à l’historien Gérard Prunier, en plein génocide rwandais, le 19 mai 1994)
On avait ordre de ne pas bouger, de ne rien faire, surtout pas bouger, rien faire. (…) Les gens nous parlaient d’une vallée, Bisesero, où il y aurait des Tutsis armés jusqu’aux dents. Un jour, on a désobéi (…) aux ordres de notre propre chef (…) le commandant Marin Gillier. Il nous avait interdit d’aller là-bas.» En allant à Bisesero, «on a découvert le pot aux roses : c’est une vallée où 10 000 victimes avaient été tuées. Il en restait 800 dans un état lamentable. Là on s’est rendu compte que c’était pas du tout les Tutsis qui tuaient les Hutus, c’étaient les Hutus qui tuaient les Tutsis, qui les massacraient carrément, tous les jours. Adjudant Thierry Prungnaud (ancien gendarme du GIGN, France Culture, le 22 avril 2005)
Monsieur,… la situation dans mon pays devient de plus en plus critique… Vu l’évolution actuelle du conflit, je vous confirme mon accord pour recruter, pour le gouvernement rwandais, 1000 hommes devant combattre aux côtés des Forces Armées Rwandaises. Augustin Bizimana (ministre de la Défense rwandais, lettre "au Capitaine Paul Barril", 27 avril 1994)
Ce que je sais, c’est qu’à l’époque, loin de prendre parti pour un camp contre l’autre, le gouvernement français a tout fait pour réconcilier le gouvernement du Président Habyarimana, légalement élu, et le leader du Front Patriotique Rwandais (FPR) , le colonel Kagamé qui, de l’Ouganda où il se trouvait en exil, se lançait dans la reconquête du territoire de son pays. C’est ce qu’on a appelé le processus d’Arusha, du nom de la ville de Tanzanie où se déroulaient les négociations. Ce processus, lancé dès 1992 , a abouti en août 1993 à une série d’accords qui actaient la réconciliation nationale, le départ des troupes françaises présentes au Rwanda, la mise en place d’une force des Nations Unies, la MINUAR, pour surveiller la bonne application de l’accord, et la création d’un gouvernement de transition consacrant la réintégration des exilés tutsis. Nous avons presque réussi à convaincre les parties de respecter cet accord. Nous avons retiré les forces françaises de l’opération Noroît qui étaient présentes sur le sol rwandais depuis octobre 1990 pour protéger les 600 ressortissants français du Rwanda (à l’exception de 24 coopérants militaires dans le cadre d’un détachement d’assistance technique). Une Assemblée nationale de transition s’est installée en mars 1994. Bref le processus de paix semblait bien engagé… jusqu’à l’attentat du 6 avril 1994 qui a évidemment ruiné les efforts de la diplomatie française. Ce que je sais aussi, c’est que loin de se taire sur ce qui s’est alors passé au Rwanda, le gouvernement français a, par ma voix, solennellement dénoncé le génocide dont des centaines de milliers de Tutsis étaient les victimes. Je l’ai dit le 15 mai 1994 à l’issue de la réunion du Conseil des Ministres de l’Union Européenne à Bruxelles, et de nouveau le 18 mai à l’Assemblée Nationale au cours de la séance des questions d’actualité. Ce que je sais, c’est que la communauté internationale a fait preuve d’une passivité, voire d’un « aveuglement » scandaleux. Malgré ce qui se passait sur le terrain et que l’on savait, malgré les appels de son Secrétaire général en exercice, Boutros Boutros-Ghali, qui réclamait l’envoi rapide de 5 000 Casques bleus, le Conseil de Sécurité a été incapable de prendre la moindre décision… sauf celle de ramener les effectifs de la MINUAR de 2548 à 270 hommes (21 avril 1994). Devant la carence de la communauté internationale et les obstacles mis par certaines grandes puissances aux demandes du Secrétaire général de l’ONU, la France a été la seule à avoir un sursaut de courage. J’ai longuement expliqué, à l’époque, l’initiative qui a abouti à l’opération Turquoise, c’est-à-dire à l’envoi d’une force internationale, principalement constituée de militaires français. Le gouvernement français a obtenu le feu vert du Conseil de Sécurité par la résolution  n°929 en date du 22 juin 1994. Le Secrétaire d’Etat américain, Warren Christopher, m’a fait personnellement part de son admiration pour cette initiative de la France. Ce que je sais enfin, c’est que l’opération Turquoise s’est exactement déroulée dans les conditions fixées par la résolution des Nations Unies. Elle a permis de sauver des centaines de milliers de vies. Je me souviens de l’accueil que réservaient à nos soldats les réfugiés qui fuyaient les combats opposant le FPR (Front Patriotique Rwandais du colonel Kagamé) et les FAR (Forces Armées Rwandaises). Turquoise a également protégé des dizaines de sites de regroupement de civils tutsis et permis  aux ONG d’accéder en toute sécurité à ces populations. Son mandat n’était en aucune manière de faire la guerre, mais de mener une opération humanitaire, nettement définie dans le temps et dans l’espace. Elle l’a remplie dans des conditions qui font honneur à l’armée française et à notre pays. Jusqu’à ce qu’enfin arrivent sur place les Casques bleus de la MINUAR II, fin août 1994. Tout cela, je l’ai déclaré en détail devant la mission parlementaire sur le génocide du Rwanda qu’a présidée en 1998 M. Paul Quilès. On peut se référer à ses conclusions,  ou , si l’on cherche un texte plus synthétique, à l’article que Paul Quilès a publié le 28 mars 2009 dans le Figaro, sous le titre « Rwanda: cessons de diaboliser la France ». Aujourd’hui, il est utile que la France et le Rwanda dissipent les malentendus et se réconcilient. Il reste nécessaire que les coupables de cet abominable génocide soient poursuivis, traduits en justice et châtiés, où qu’ils se trouvent. Mais il ne serait pas acceptable de ré-écrire une autre Histoire. Alain Juppé (2010)
Procéder à des opérations d’instruction, réaliser une assistance technique militaire en temps de paix ne pose pas de problèmes particuliers en termes de principes. Intervenir sur la base d’un accord de défense ou en vertu d’un engagement politique aux côtés d’un Etat auquel un autre Etat souhaite apporter son soutien dans le cas d’une agression extérieure, ne soulève pas non plus de questions d’ordre éthique. Il s’agit là d’un jeu classique d’alliances exprimant tel ou tel équilibre politique. Que l’agression ne puisse être véritablement caractérisée comme une agression extérieure, que le pays qui la subit soit lui-même auteur ou complice d’exactions graves sur ses propres populations en représailles aux offensives qui le menacent et la situation devient dès lors beaucoup plus complexe. Comment peut-on alors concevoir une aide et un engagement extérieurs qui ne soient pas perçus comme un engagement direct ? Autrement dit, la seule présence militaire française sur le terrain, prolongée après les dernières évacuations des ressortissants français à Ruhengeri fin janvier 1991, ne signifie-t-elle pas, lorsqu’elle devient aussi déterminante sur l’issue des combats, que la France s’est trouvée à la limite de l’engagement direct, même si elle n’a pas participé aux combats aux côtés des FAR, comme le firent pendant quelques jours, en octobre 1990, les forces armées zaïroises ? Paul Quilès (Rapport d’information, 1998)
Dès lors, deux questions se posent : quels sont les moyens de poursuivre le travail de vérité historique, qui ne saurait être la préoccupation de la seule France? Pourquoi la recherche de la vérité est-elle si difficile face à la manipulation? 1)- Depuis 1994, de nombreux travaux ont analysé par le détail le génocide du Rwanda : enquêtes, commissions parlementaires, rapports d’institutions internationales, travaux menés par des ONG et des chercheurs. Il devrait être possible –pourquoi pas sous l’égide de l’ONU- de soumettre l’ensemble de ces documents à l’examen d’une commission constituée de personnalités indépendantes à l’expertise reconnue. Ainsi pourrait être établie, à l’intention des gouvernements et des opinions, une analyse impartiale et incontestable, qui apporterait une contribution essentielle à la réconciliation et à la reconstruction dans la région des Grands Lacs. 2)- Tant qu’un tel travail n’aura pas été réalisé, la manipulation risque de se poursuivre, dans la mesure où elle prend sa source dans la convergence des intérêts : intérêts de ceux qui veulent écrire une histoire du génocide légitimant leur pouvoir ; intérêts de ceux qui aimeraient que leurs responsabilités soient oubliées ou édulcorées. – Parmi les premiers, se trouve le gouvernement rwandais, qui souhaite que soit minorée sa responsabilité dans la déstabilisation de la Région des Grands Lacs depuis son avènement au pouvoir, que ne soit jamais établie son éventuelle implication dans l’attentat contre l’avion d’Habyarimana -élément déclenchant du génocide-, que soit occultée la part de cynisme qui conduisit le FPR à privilégier parfois la logique de l’affrontement à celle de la paix. De ce point de vue, la diabolisation d’une puissance comme la France, dont la présence en Afrique est suffisamment entachée d’erreurs pour que sa condamnation apparaisse vraisemblable, constitue une aubaine dont le gouvernement rwandais use et abuse, sans aucune retenue. – Parmi les seconds, figurent ceux qui n’ont pas pris la mesure des évènements qui se produisaient au Rwanda en 1994 et qui par indifférence, par cynisme ou par intérêt, ont accepté que les Nations Unies retirent une grande partie de leurs forces présentes sur place (la MINUAR) au moment où se déclenchait le génocide, en prenant bien soin de ne jamais qualifier les massacres. Les Etats-Unis sont ici en première ligne, ce qui ne les empêche pas de bénéficier de l’amitié et de la compréhension du gouvernement rwandais. Il est vrai que l’un comme l’autre ne voient que des avantages à ce que la culpabilité de la communauté internationale soit incarnée par la seule France. Paul Quilès
Il est rigoureusement faux que la France ait aidé en quelque manière les auteurs du génocide à préparer leur forfait. Bien au contraire avant mars 1993 (date de prise de fonction du gouvernement Balladur) comme après cette date, notre pays a tout fait pour pousser à la réconciliation des deux camps. Il a efficacement oeuvré à la conclusion des accords d’Arusha qui posaient les bases de cette réconciliation et qui ont été salués positivement par M. Kagamé lui-même. Il est rigoureusement faux que la France n’ait pas dénoncé le déclenchement du génocide en le qualifiant en ces termes même. Mes déclarations publiques en font foi, en mai 1994, au conseil des ministres des affaires étrangères de l’Union Européenne comme à l’Assemblée Nationale. Quand aux accusations portées contre notre Armée, elles sont tout simplement honteuses. Nos soldats ont exécuté strictement la mission qui leur avait été assignée par le gouvernement, en application d’une résolution très précise du Conseil de sécurité des Nations Unies. Ils l’ont fait avec le courage et la discipline qui les caractérisent. Je me souviens de l’accueil enthousiaste que leur ont réservé les centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants qu’ils ont protégés. Sans doute subsiste-t-il encore des zones d’ombre sur cette période tragique. Malgré les investigations de l’ONU, de la justice française, de la justice espagnole, on ne sait toujours pas qui sont les auteurs de l’attentat contre l’avion qui transportait le Président Habyarimana et le Président du Burundi le 6 avril 1994 . C ‘est le lendemain de cet attentat qu’ont commencé les massacres de 800 000 Tutsi (et Hutu modérés). En connaître les auteurs serait de première importance pour comprendre l’enchaînement des faits. On peut espérer, comme la mission Quilès, que « la vérité fera peu à peu son chemin. C’est ainsi que le souvenir des victimes du génocide ne se confondra pas avec les intérêts de ceux qui prétendent parler en leur nom ». En attendant que vienne la vérité, on ne peut tolérer la véritable entreprise de falsification historique qui veut faire porter à la France la culpabilité du génocide. La communauté internationale a failli, c’est un fait. Elle a été incapable de prévenir et d’arrêter le génocide. Mais la communauté internationale, ce n’est pas la France seule. C’est le Conseil de sécurité des Nations Unies dont Kofi Annan qui dirigeait alors le Département des Opérations de Maintien de la Paix a décrit plus tard la paralysie. Il écrit: « Les Français ont poussé dès le début des négociations d’Arusha pour qu’une force de l’ONU soit déployée au Rwanda en soutien de l’accord de paix. Hormis côté français, il y avait au début peu d’appétence chez les membres permanents du Conseil de sécurité pour mandater une nouvelle force de maintien de la paix… » Plus loin, il ajoute: « Nous devons reconnaître que le monde a échoué face au mal. La communauté internationale et les Nations Unies n’ont pu mobiliser la volonté politique de l’affronter. » La « communauté internationale » , ce sont aussi les Etats-Unis, très influents dans la région et dont le Président Clinton lui-même a reconnu l’inaction. Ce sont aussi les pays européens dont certains avaient des responsabilités historiques dans la région. La France a été la seule puissance à agir. Il serait aujourd’hui intolérable que nous soyons désignés comme les principaux coupables. J’appelle le Président de la République et le gouvernement français à défendre sans ambiguïté l’honneur de la France, l’honneur de son Armée, l’honneur de ses diplomates. Alain Juppé (2013)
L’implication française est beaucoup plus terrible encore puisqu’elle a été un soutien logistique à l’armée d’Habyarimana. Il semble que même après le début du génocide, l’armée française – ou au moins une partie parce que ce n’est pas sûr que cela ait été décidé en haut lieu – ait continué à fournir des armes aux tueurs. (…) L’armée française a également installé la "zone turquoise". C’était une décision politique prise dans les bureaux de François Mitterrand. Cette zone a été instaurée dans la région ouest du pays pour permettre pendant deux mois, mi-juin jusqu’à mi-août, à la communauté hutue de s’échapper et donc de protéger en son sein – toute la communauté n’était pas meurtrière – des génocidaires qui s’y cachaient. Jean Hatzfeld
Les puissances occidentales aimeraient que le Rwanda soit un pays ordinaire, comme si rien ne s’était passé, ce qui présenterait l’avantage de faire oublier leurs propres responsabilités, mais c’est impossible. Prenez le cas de la France. Vingt ans après, le seul reproche admissible à ses yeux est celui de ne pas en avoir fait assez pour sauver des vies pendant le génocide. C’est un fait, mais cela masque l’essentiel : le rôle direct de la Belgique et de la France dans la préparation politique du génocide et la participation de cette dernière à son exécution même. Interrogez les rescapés du massacre de Bisesero en juin 1994 et ils vous diront ce que les soldats français de l’opération Turquoise y ont fait. Complices certes, à Bisesero comme dans toute la zone dite “humanitaire sûre”, mais aussi acteurs.  (…) Nous verrons ce qu’il adviendra de cette condamnation en appel. Pour le reste, je ne pense pas qu’il s’agisse là d?une évolution particulièrement positive. Pour un criminel condamné après vingt ans, combien la justice française en a-t-elle escamoté ? Nous ne sommes pas dupes de ce petit jeu. On nous présente cette sentence comme un geste, presque comme une faveur de la France à l?égard du Rwanda, alors que c?est le rôle de la France dans le génocide qu?il conviendrait d’examiner. Paul Kagamé
Si l’opération Turquoise a permis par endroits de sauver des vies, elle a ailleurs, comme à Bisesero, du 27 au 30 juin, laissé les tueurs finir librement leur besogne. Elle a créé un véritable sanctuaire, défendu militairement, dans lequel les responsables du génocide ne pouvaient être inquiétés, puis elle a organisé leur fuite vers le Zaïre. Continuez-vous à prétendre, M. Juppé, contre l’évidence des faits, que l’État français s’est opposé à la passivité de l’ONU devant le génocide des Tutsi ? Et que l’opération Turquoise n’était qu’une opération humanitaire, dont le but était de lutter contre ce génocide ? (…) Vingt ans après, alors que notre justice vient pour la première fois de juger, et de déclarer coupable de génocide, un Rwandais séjournant en France, n’est-il pas grandement temps d’oser regarder le passé en face ? Nous souhaitons que l’État qui nous représente ait la dignité de reconnaître ses erreurs. C’est la seule attitude qui puisse nous paraître respectable, aujourd’hui, devant la souffrance immense générée par le génocide des Tutsi. Le mandat que vous aviez à l’époque, les décisions que vous avez prises, la manière dont vous les avez défendues jusqu’à présent, font de vous un acteur majeur de la politique française au Rwanda. Les mensonges de ceux qui nous gouvernaient en 1994, concernant l’aide fournie à la réalisation du génocide des Tutsi, nous concernent au plus haut point. Votre discours, qui entre en contradiction avec les faits avérés, pourrait être qualifié de révisionniste. Il nous paraît inacceptable qu’un homme tenant des propos sur un génocide visant à tromper ses concitoyens puisse représenter la population bordelaise. C’est également notre dignité qui est en jeu ! Nous vous invitons donc, encore une fois, à répondre avec clarté et honnêteté aux questions que nous vous posons. Lettre ouverte à M. Juppé
La classe politique française n’est pas particulièrement connue pour sa capacité à admettre ses erreurs. Nos politiciens se sentent au dessus de toute repentance. La particularité réside aussi dans le fait que le génocide s’est produit en période de cohabitation entre le gouvernement d’Edouard Balladur et le président François Mitterrand. C’est donc un cas spécial où il n’existe pas de clivage gauche-droite. Pourtant sans le soutien de Paris au régime du président Juvénal Habyarimana, le génocide n’aurait jamais pu avoir lieu. La France a fourni un parapluie militaire en repoussant les offensives du Front Patriotique Rwandais. Sans cet appui, le régime de l’époque n’aurait jamais eu le temps de préparer la tentative d’extermination de la population Tutsi. D’un autre coté, les militaires français présents au Rwanda étaient hautement qualifiés, je ne vois pas comment ils n’auraient pas été au courant de ce qui se tramait. Pour moi la connivence est évidente, les Français savaient qu’il y avait un génocide en préparation. Jean-François Dupaquier (journaliste, écrivain et témoin expert au Tribunal Pénal International pour le Rwanda)
Je crois que l’aide militaire de la France est progressivement devenue plus active sous forme de conseils, d’assistance, d’instructions aux Forces armées rwandaises (FAR). Il y a eu, en effet, une sorte de cobelligérance. Quand l’armée française a participé à l’élaboration de plans de bataille. Elle a même envoyé des conseillers pour instruire les FAR au maniement de matériels sophistiqués. Est-ce qu’il y a eu même des engagements directs ? Un journaliste, correspondant de guerre d’un journal de l’est-africain, m’a dit avoir vu aux jumelles des blancs avec les FAR aux combats. Les militaires du FPR lui ont dit que c’étaient des Français, mais il n’a pas pu les approcher. L’imbrication de l’armée française avec l’armée rwandaise est incontestable. (…) Selon moi, un pays se grandit quand il reconnait ses erreurs et ses fautes. Je n’ai pas changé. Le rapport fait état de "fautes d’appréciations". Il y a des erreurs telles qu’il n’est pas impensable de les qualifier de fautes. C’était la première fois dans l’Histoire de la Ve république que le législatif contrôlait l’exécutif dans le domaine réservé de la défense ! Pierre Brana (co-rapporteur de la Mission d’information parlementaire sur le Rwanda)
Depuis 20 ans, les travaux de nombreux chercheurs, journalistes, juristes, organisations de la société civile et des rescapés et de leurs familles, ont démontré l’implication française dans le dernier génocide du XXe siècle. Des procédures judiciaires sont en cours, mettant potentiellement en cause des Français (enquête sur l’attentat contre l’avion du président rwandais, plaintes de rescapé-e-s tutsi contre des militaires français, plainte contre Paul Barril ex-gendarme de l’Elysée). Mais l’Etat français continue de nier son rôle et met un frein à la justice, en dissimulant un grand nombre de documents officiels, tels que les archives sur les opérations militaires françaises au Rwanda, ou les archives de l’Elysée non expurgées. Si les autorités politiques et militaires françaises n’avaient rien à se reprocher, comme elles ne cessent de l’affirmer, pourquoi refuseraient-elles de rendre publics ces documents ? Survie

En ce triste 20e anniversaire du début du dernier génocide du XXe siècle …

Dont, par l’indélicatesse du président rwandais, la France va se voir priver

Comment ne pas s’étonner du refus continué dudit gouvernement français …

D’ouvrir les archives qui pourraient enfin démontrer à la face du monde …

Qu’aucun de ses dirigeants politiques et militaires de l’époque n’ont aidé en quelque manière les génocidaires ?

Génocide des Tutsi au Rwanda : levons le secret défense sur le rôle de la France

2,739 signatures. Atteignons 3,000
Pourquoi c’est important

C’est maintenant ou jamais : avec le triste anniversaire approchant, François Hollande et Jean-Yves le Drian doivent briser la loi du silence et nous devons nous mobiliser pour obtenir la vérité.

En 1994, le génocide des Tutsi au Rwanda a fait entre 800 000 et 1 million de victimes, massacrées pour la seule raison qu’elles étaient tutsi ou opposées au génocide. Des dirigeants politiques et militaires français ont apporté leur soutien aux génocidaires avant, pendant et après le génocide.

20 ans après, toute la lumière doit être faite sur la politique de la France au Rwanda.

Depuis 20 ans, les travaux de nombreux chercheurs, journalistes, juristes, organisations de la société civile et des rescapés et de leurs familles, ont démontré l’implication française dans le dernier génocide du XXe siècle. Des procédures judiciaires sont en cours, mettant potentiellement en cause des Français (enquête sur l’attentat contre l’avion du président rwandais, plaintes de rescapé-e-s tutsi contre des militaires français, plainte contre Paul Barril ex-gendarme de l’Elysée).

Mais l’Etat français continue de nier son rôle et met un frein à la justice, en dissimulant un grand nombre de documents officiels, tels que les archives sur les opérations militaires françaises au Rwanda, ou les archives de l’Elysée non expurgées. Si les autorités politiques et militaires françaises n’avaient rien à se reprocher, comme elles ne cessent de l’affirmer, pourquoi refuseraient-elles de rendre publics ces documents ?

Considérant qu’il est urgent et indispensable de faire avancer la justice, et que les citoyen-ne-s français-e-s, les rescapé-e-s et les familles des victimes ont le droit de connaître toute la vérité, nous demandons pour le 20e anniversaire du génocide la déclassification et la publication de tous les documents se rapportant à l’action de la France au Rwanda de 1990 à 1994 dans ses volets diplomatiques, militaires, politiques, et financiers.

En savoir plus :

Le Monde

http://www.lemonde.fr/international/article/2010/07/30/des-documents-francais-sur-le-genocide-rwandais-ne-seront-pas-declassifies_1394124_3210.html

Le Nouvel Observateur

http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20140207.OBS5581/rwanda-une-barbouze-francaise-au-c-ur-du-genocide.html

Survie

http://survie.org/genocide

Voir aussi:

Rwanda : respect de la mémoire] Lettre ouverte à Alain Juppé

Communiqué de presse
avril 2014

Monsieur Alain Juppé,

Nous, habitants de Bordeaux, et citoyens attentifs au respect de la mémoire des victimes du génocide des Tutsi au Rwanda, constatons que depuis 20 ans vous tenez, concernant ce crime, un discours qui entre en contradiction avec la réalité des faits. Il suscite de graves interrogations sur votre rôle à l’époque, ainsi que sur celui de notre État, auxquelles nous vous invitons à répondre.

Vous étiez ministre des affaires étrangères d’avril 1993 à avril 1995. Au cours de cette période, au Rwanda, se mettait en place et se réalisait un génocide : en 1994, il y a 20 ans, plus de 800 000 personnes furent assassinées pour la seule raison que la mention Tutsi figurait sur leurs cartes d’identité. Les forces armées rwandaises (FAR) et les milices civiles réalisèrent les massacres. Ce crime, organisé et rapide, dura 3 mois !

L’État français, jusqu’en 1994, était particulièrement proche des autorités rwandaises. La présence militaire sur place est un des aspects les plus visibles de cette proximité : de 1990 à la fin du génocide, 3 opérations françaises se déployèrent au Rwanda, et il n’y eut que quelques mois au cours desquels notre armée ne fut pas présente en nombre sur le territoire de ce petit pays. Depuis 20 ans, des historiens, des écrivains, des journalistes, des associations, ainsi que des organisations internationales (1), accusent les autorités françaises d’avoir une responsabilité coupable dans la réalisation du génocide, ou d’avoir été complices de celui-ci.

Environ 10 ans après les faits, des responsables politiques français commencèrent à parler "d’erreur criminelle" (B. Kouchner), puis "d’aveuglement" (N. Sarkozy), pour qualifier les décisions prises par notre État à cette époque (2). Mais votre position est toute autre. Selon vous, la France n’a rien à se reprocher, bien au contraire. Vos arguments sont clairs, vous les développez par exemple sur votre blog, dans un article mis en ligne le 1er mars 2010.

Concernant les accusations dirigées contre vous, vous vous contentez de les balayer d’un revers de la main, au seul motif qu’elles ne seraient "évidemment qu’un tissu d’allégations mensongères". Mais lorsque vous exposez votre vision des événements, force est de constater que vous omettez et contredisez des faits avérés, afin de produire un discours dédouanant les dirigeants français de toute responsabilité.

Selon vous, M. Juppé, "le gouvernement français a tout fait pour réconcilier le gouvernement du président Habyarimana, légalement élu, et le leader du front patriotique rwandais (FPR)", "bref le processus de paix semblait bien engagé… jusqu’à l’attentat du 6 avril 1994 qui a évidemment ruiné les efforts de la diplomatie française.".

Vous offrez, en quelques phrases, un vernis démocratique au régime de Juvénal Habyarimana, arrivé en pouvoir en 1973 par un coup d’état, et vous légitimez ainsi l’aide que lui offraient les autorités françaises. Mais vous fermez les yeux sur tous les éléments qui montraient la préparation du génocide : le massacre des Bagogwe en 1991 ; celui des Tutsi dans le Bugesera, dans la région de Kibuye et dans le nord-ouest en 1992 et 1993 ; ainsi que les nombreux rapports, français (3) et internationaux, qui en attestent. Les plus notables, publiés en 1993, sont celui de 4 ONG (4), dont la FIDH, et celui de la commission des droits de l’Homme de l’ONU (5). Ils interrogent déjà sur la possibilité de qualifier ces massacres de génocide. Ils démontrent également qu’ils sont encadrés par les autorités administratives et l’armée rwandaise, à une époque où les forces militaires françaises collaborent étroitement avec celles-ci.

Devant la multitude de ces voyants rouges (6), n’aurait-il pas été de votre devoir de dénoncer les crimes du régime et d’appeler à suspendre notre coopération, plutôt que de les camoufler derrière le paravent des accords d’Arusha ?

Ce processus de paix, bien engagé selon vous, était pourtant qualifié par le président Habyarimana de "chiffon de papier" (7). Pouviez-vous réellement ignorer que l’État français enfreignait ses clauses, notamment en poursuivant les fournitures d’armes au régime raciste de Kigali bien après sa signature définitive (le 04 août 1993) : la Mission des Nations unies pour l’assistance au Rwanda (MINUAR) intercepta, sur l’aéroport de la capitale, une livraison en janvier 1994 (8) ; selon Edouard Balladur, la dernière autorisation d’exportation de matériel de guerre date du 6 avril (9) ? Enfin, et c’est beaucoup plus grave, Human Rights Watch révèle, après une enquête menée en 1995, qu’au moins 5 livraisons d’armes en provenance de la France et à destination des forces génocidaires ont eu lieu via l’aéroport de Goma, à la frontière zaïroise (10). Elles s’effectuèrent après le 17 mai, alors que plus personne ne pouvait ignorer qu’un génocide était en cours, et que l’ONU venait de décréter un embargo sur les armes.

Les témoignages qui étayent ces conclusions sont-ils tous, eux aussi, mensongers ? Vous admettiez pourtant, durant le génocide, ne pas connaître les décisions de l’Élysée concernant les ventes d’armes (11). N’est-ce pas plutôt ces dernières qui ruinèrent les efforts de la diplomatie française, si ces efforts ont existé ? Et l’État français ne doit-il pas se reprocher cette aide aux génocidaires ? Par ailleurs, vous écrivez : "loin de se taire sur tout ce qui s’est alors passé au Rwanda, le gouvernement français a, par ma voix, solennellement dénoncé le génocide dont des centaines de milliers de Tutsis étaient les victimes.". C’est vrai, vous avez dénoncé le génocide, et vous étiez le premier responsable politique français à le faire, à un moment où il devenait impossible de nier son existence, et où l’État devait corriger sa position. C’était le 16 mai 1994, cinq semaines après le début des massacres, alors que certains médias français employèrent le mot de génocide dès le 11 avril (12), et que l’ordre d’opération d’Amaryllis (13), daté du 8 avril, mentionnait que "les membres de la garde présidentielle ont mené […] l’arrestation et l’élimination des opposants et des Tutsis". Les autorités françaises savaient. Elles étaient les mieux placées pour connaître exactement ce qui se passait au Rwanda, bien avant le 16 mai.

Mais quand, devant l’évidence des faits, vous dénoncez les responsables des massacres, c’est pour mieux mentir sur leur chronologie en prétendant, le 18 mai à l’assemblée nationale, qu’ils sont la conséquence d’une nouvelle attaque du FPR (14). Or le FPR, en 1994, n’est intervenu qu’après le début du génocide (15), et il était la seule force sur place à mettre fin à celui-ci. Présenter les choses comme vous le faisiez, n’était-ce pas une manière de détourner les accusations qui visaient ses véritables auteurs ?

De plus, le 16 juin, dans une tribune accordée au journal Libération (16), vous parlez des "responsables de ces génocides" au Rwanda, au pluriel, laissant entendre qu’il y aurait eu un second génocide, commis par une autre partie que vous ne nommez pas. Cette thèse, que plus personne n’ose sérieusement soutenir aujourd’hui, permettait de dédouaner les responsables des tueries, en prétendant qu’ils ne faisaient que se défendre… Vous repreniez ainsi l’argument qu’employaient les génocidaires pour exterminer la population civile Tutsi. Quels éléments pouvaient être suffisants pour vous permettre d’évoquer un second génocide, alors que le rapport de l’ONU d’août 1993 (17) ne vous avait, lui, pas alerté ? Oseriez-vous encore, M. Juppé, laisser entendre qu’en 1994 plusieurs génocides étaient commis au Rwanda ?

Nous l’avons vu, les autorités françaises connaissaient la nature et l’ampleur des massacres, dès le commencement de ceux-ci (18). Pouviez-vous ignorer qu’un génocide était en cours lorsque vous receviez à Paris, le 27 avril, le ministre des affaires étrangères du gouvernement intérimaire rwandais, ainsi que l’idéologue extrémiste Jean-Bosco Barayagwiza ? Ce dernier est l’un des fondateurs de la RTLM, la radio appelant aux tueries, qui fut un outil fondamental du génocide (19). Il a été condamné à 32 ans de prison par le Tribunal Pénal International pour le Rwanda. La réception de ces personnes au Quai d’Orsay, mais aussi à l’Élysée et à Matignon, "rendait le génocide respectable", pour employer les mots de l’historienne Alison Des Forges (20). La Belgique et les USA leur avaient fermé leurs portes, la France fut le seul pays occidental à traiter avec eux.

Cette réception, M. Juppé, vous la taisez. Vous ne pouvez pas même la justifier par une condamnation verbale des responsabilités portées par vos hôtes. Celle-ci n’a pas existé… Vous écrivez enfin "Ce que je sais, c’est que la communauté internationale a fait preuve d’une passivité, voire d’un "aveuglement" scandaleux. […] le conseil de sécurité a été incapable de prendre la moindre décision… sauf celle de ramener les effectifs de la MINUAR de 2548 à 270 hommes (21 avril 1994)" ; "Devant la carence de la communauté internationale […], la France a été la seule à avoir un sursaut de courage. J’ai longuement expliqué, à l’époque, l’initiative qui a abouti à l’opération Turquoise".

Là encore, vous contredisez les faits. La France ne s’est nullement opposée à la passivité de la communauté internationale que vous dénoncez. Elle y a participé, en votant la résolution 912 du conseil de sécurité de l’ONU, réduisant l’effectif de la MINUAR à 270 hommes, le 21 avril 1994, 14 jours après le début du génocide. Vous avez vous même déclaré, lors du conseil des ministres restreint du 13 avril 1994, être favorable à la suspension de la MINUAR (21), à un moment où le pire pouvait encore être évité. Ce n’est que dans un second temps, au mois de juin, alors que le génocide touche à sa fin, que l’État français prend la décision d’intervenir. Ce n’est pas un moment anodin : Kigali menace de tomber aux mains du FPR, qui s’oppose militairement aux forces armées rwandaises et stoppe l’extermination des Tutsi.

Faut-il rappeler que l’opération Turquoise, qualifiée d’"humanitaire", était lourdement armée (22) et composée en grande partie de l’élite des forces spéciales (23) ? Et que la France a imposé unilatéralement, sans l’accord du conseil de sécurité, une "zone humanitaire sûre" dans laquelle les tueurs ne seront pas désarmés, les responsables ne seront pas arrêtés, et depuis laquelle la RTLM, qui appelait aux massacres, pourra continuer à émettre sans souffrir de tentative de brouillage ni de neutralisation (24) ?

Les forces françaises avaient pourtant le devoir d’interrompre le génocide et d’arrêter les coupables, notamment à partir du 28 juin, date de sa reconnaissance par l’ONU : la France est signataire de la Convention de 1948 pour la prévention et la répression du crime de génocide, et l’opération "humanitaire", placée dans le cadre du chapitre VII (25) de la charte de l’ONU, pouvait recourir à "tous les moyens nécessaires pour atteindre les objectifs humanitaires énoncés" (26). Mais les objectifs militaires sur place étaient tout autre, comme en témoignent des propos d’officiers (27), ainsi que l’ordre d’opération de Turquoise appelant à inciter les autorités locales à rétablir leur autorité (28). Il s’agit bien ici des autorités qui ordonnaient et organisaient le génocide !

Si l’opération Turquoise a permis par endroits de sauver des vies, elle a ailleurs, comme à Bisesero, du 27 au 30 juin, laissé les tueurs finir librement leur besogne (29). Elle a créé un véritable sanctuaire, défendu militairement, dans lequel les responsables du génocide ne pouvaient être inquiétés, puis elle a organisé leur fuite vers le Zaïre (30).

Continuez-vous à prétendre, M. Juppé, contre l’évidence des faits, que l’État français s’est opposé à la passivité de l’ONU devant le génocide des Tutsi ? Et que l’opération Turquoise n’était qu’une opération humanitaire, dont le but était de lutter contre ce génocide ?

Aux premiers jours du génocide, les extrémistes hutu se retrouvaient à l’ambassade de France. Les discussions devant aboutir à la formation du gouvernement génocidaire s’y tinrent en partie, avec la participation de l’ambassadeur J.-M. Marlaud, donc sous votre responsabilité directe (31). Durant la même période, tout près de l’ambassade, Madame Agathe Uwilingiyimana, première ministre dite hutu modérée, favorable aux accords de paix, se faisait assassiner, comme beaucoup des responsables politiques partageant ses opinions. Vous n’avez jamais eu un mot pour dénoncer ces assassinats ! Mais vous avez traité, comme nous l’avons vu, avec le gouvernement génocidaire, le reconnaissant de fait et lui offrant la caution de la France.

En 1998, lors de votre audition par la mission d’information parlementaire, vous avez évoqué ces faits par un euphémisme particulièrement surprenant, parlant du "départ des hutus modérés" (32). Plus qu’une maladresse, n’était-ce pas là, encore une fois, une manière de dédouaner les criminels avec qui vous traitiez, et de refaire le passé ?

Vingt ans après, alors que notre justice vient pour la première fois de juger, et de déclarer coupable de génocide, un Rwandais séjournant en France, n’est-il pas grandement temps d’oser regarder le passé en face ? Nous souhaitons que l’État qui nous représente ait la dignité de reconnaître ses erreurs. C’est la seule attitude qui puisse nous paraître respectable, aujourd’hui, devant la souffrance immense générée par le génocide des Tutsi.

Le mandat que vous aviez à l’époque, les décisions que vous avez prises, la manière dont vous les avez défendues jusqu’à présent, font de vous un acteur majeur de la politique française au Rwanda. Les mensonges de ceux qui nous gouvernaient en 1994, concernant l’aide fournie à la réalisation du génocide des Tutsi, nous concernent au plus haut point. Votre discours, qui entre en contradiction avec les faits avérés, pourrait être qualifié de révisionniste. Il nous paraît inacceptable qu’un homme tenant des propos sur un génocide visant à tromper ses concitoyens puisse représenter la population bordelaise. C’est également notre dignité qui est en jeu ! Nous vous invitons donc, encore une fois, à répondre avec clarté et honnêteté aux questions que nous vous posons.

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Signataires :

AUBRY Patrick, réalisateur, Pessac
BOURREAU Pierre, chercheur en informatique, Bordeaux
CATTIER Emmanuel, Commission d’Enquête Citoyenne pour la vérité sur l’implication française dans le génocide des Tutsi
CLARKE Bruce, plasticien
COURTOUX Sharon, membre fondateur de l’association Survie
DELTOMBE Thomas, éditeur et journaliste
DIA Thierno I., analyste de l’image, Bordeaux
DIOP Boubacar Boris, écrivain
FANON MENDES FRANCE Mireille, membre de la Fondation Frantz Fanon
GALABERT Jean-Luc, psychologue
GAUTHIER Alain, président du CPCR
GODARD Marie Odile, maître de conférences en psychologie à Amiens
GOUTEUX Bruno, journaliste et webmaster
GRANDCHAMP Simon, ingénieur, Bordeaux
GRENIER Etienne, avocat, Bordeaux
HANNA Gilbert, syndicaliste et journaliste à la clé des ondes, Bordeaux
KAYIMAHE Vénuste (rwandais et rescapé, écrivain, employé au Centre d’échanges culturels franco-rwandais à Kigali de 1975 à 2000)
LAINÉ Anne, cinéaste, présidente d’Appui Rwanda
DE LA PRADELLE Géraud, professeur émérite
LE COUR GRANDMAISON Olivier, universitaire
LEMOINE Benoît, président de Survie Gironde, Bordeaux
MABON Armelle, historienne
MESTRE Claire, médecin et anthropologue, Bordeaux
MOREL Jacques, auteur de La France au cœur du génocide des Tutsi
MUGICA Romain, psychologue, Gradignan
MUKANTABANA Adélaïde, Rwandaise et rescapée, Bègles
NDIAYE Abdourahmane, économiste, Bordeaux
NONORGUES Marie-Paule, avocate, Bordeaux
LES OGRES DE BARBACK, artistes
OUEDRAOGO Dragoss, anthropologue, cinéaste, réalisateur, Bordeaux
PETITDEMANGE Cécile, étudiante à Sciences Po Bordeaux
ROBERT Nicolas, infirmier, Bordeaux
DE SAINT-EXUPÉRY Patrick, auteur de L’inavouable, la France au Rwanda (Ed. des Arènes, 2004), Complices de l’inavouable, la France au Rwanda (Ed. des Arènes, 2009), La fantaisie des Dieux, Rwanda 94 (Récit graphique en bd, avec Hippolyte, Ed. des Arenes, 2014)
SITBON Michel, éditeur et journaliste
SOW Cheikh, militant d’éducation populaire et artiste, Bègles
TARRIT Fabrice, président de Survie
TOBNER Odile, ancienne présidente de Survie
TOULABOR Comi, directeur de recherche à Sciences Po Bordeaux
TRYO, artistes

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Notes :

1. Parmis lesquels : Marcel Kabanda, Jean-Pierre Chrétien, Alison Des Forges, Gérard Prunier, Catherine Coquery-Vidrovitch (historiens), Colette Braeckman, Patrick de Saint-Exupéry, Jean-François Dupaquier, Laure de Vulpian (journalistes), Boubacar Boris Diop, Jacques Morel (écrivains), FIDH, Human Rights Watch, Survie, etc.

2. Auparavant les USA, par les voix de B. Clinton et M. Albright, ont reconnu leurs erreurs et présenté des excuses, le secrétaire général de l’ONU Kofi Annan a exprimé ses regrets, le Premier ministre belge G. Verhofstadt a déclaré "au nom de mon pays et de mon peuple, je demande pardon".

3. Par exemple l’ambassadeur français à Kigali Georges Martres adresse, le 15 octobre 1990, au Quai d’Orsay un télégramme où il utilise les termes de "génocide" et d’"élimination totale des Tutsi" : " [la population rwandaise d'origine tutsi] compte encore sur une victoire militaire, grâce à l’appui en hommes et en moyens venus de la diaspora. Cette victoire militaire, même partielle, lui permettrait, d’échapper au génocide." En 1998, G. Martres déclare à la Mission d’Information Parlementaire : "Le génocide était prévisible dès cette époque [fin 1990]". L’attaché de défense à Kigali, le colonel R. Galinié, écrit dans un message envoyé à Paris le 24 octobre 1990 l’éventualité de "l’élimination physique à l’intérieur du pays des Tutsis, 500 000 à 700 000 personnes, par les Hutus, 7 millions d’individus…"

4. Rapport de la Commission internationale d’enquête sur les violations des Droits de l’homme au Rwanda depuis le 1er octobre 1990 ; (7-21 janvier 1993) réalisé par la Fédération Internationale des Droits de l’Homme (Paris), Africa Watch (une division de Human Rights Watch, New York), l’Union Inter-Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, (Ouagadougou), le Centre International des Droits de la Personne et du Développement Démocratique (Montréal). Mars 1993. Dans ses conclusions, la Commission aborde directement la question du génocide : "Les témoignages prouvent que l’on a tué un grand nombre de personnes pour la seule raison qu’elles étaient Tutsi. La question reste de savoir si la désignation du groupe ethnique "Tutsi" comme cible à détruire relève d’une véritable intention, au sens de la Convention, de détruire ce groupe ou une part de celui-ci "comme tel. [...] La Commission estime que, quoi qu’il en soit des qualifications juridiques, la réalité est tragiquement identique : de nombreux Tutsis, pour la seule raison qu’ils appartiennent à ce groupe, sont morts, disparus ou gravement blessés et mutilés ; ont été privés de leurs biens ; ont dû fuir leur lieu de vie et sont contraints de se cacher ; les survivants vivent dans la terreur." http://cec.rwanda.free.fr/documents/doc/RapportMars93/ComIntMars93.pdf J. Carbonare, l’un des membres de cette commission déclare le 28 janvier 1993 au journal de 20h de France 2 : "Ce qui nous a beaucoup frappé au Rwanda, c’est à la fois l’ampleur, la systématisation, l’organisation même, de ces massacres. […] Il y a un mécanisme qui se met en route […] On a parlé de purification ethnique, de génocide, de crimes contre l’humanité […] nous insistons beaucoup sur ces mots". Vidéo visible ici :

http://survie.org/genocide/il-y-a-vingt-ans/article/il-y-a-20-ans-le-genocide-des

5. Rapport présenté par M. Waly Bacre Ndiaye, rapporteur spécial, sur la mission qu’il a effectué au Rwanda du 8 au 17 avril 1993. Août 1993. Le Rapporteur Spécial de l’ONU soulève explicitement la question de savoir si les massacres peuvent être qualifiés de génocide : "Il ressort très clairement des cas de violences intercommunautaires portés à l’attention du Rapporteur spécial que les victimes des attaques, des Tutsi dans l’écrasante majorité des cas, ont été désignés comme cible uniquement à cause de leur appartenance ethnique, et pour aucune autre raison objective. On pourrait donc considérer que les alinéas a) et b) de l’article II [qui porte définition du génocide dans la convention de 1948] sont susceptibles de s’appliquer […]" http://survie.org/IMG/pdf/rapport-Bacre-Ndiaye-Rwanda-1993.pdf

6. Auxquels s’ajoutent : l’article de l’historien J.-P. Chrétien dénonçant en mars 1993 dans la revue Esprit "un dévoiement tragique vers un génocide", le fax du général R. Dallaire (MINUAR) du 11 janvier 1994, transmis le lendemain à l’ambassade de France, et démontrant la préparation des massacres.

7. Alison Des Forges, Aucun témoin ne doit survivre. Le génocide au Rwanda. Karthala, Human Rights Watch, Fédération internationale des Droits de l’homme, avril 1999.

8. La France a livré des armes dans la nuit du 21 au 22 janvier 1994 : "Un DC-8 français transportant un chargement d’armes comprenant 90 caisses de mortiers de 60 mm, fabriqués en Belgique mais provenant de France, atterrit en secret dans la nuit. La MINUAR découvrit ce chargement qui violait les termes des accords d’Arusha, et plaça les armes sous la garde conjointe de la MINUAR et de l’armée rwandaise." (Alison Des Forges, cf. note 7). La mission d’information parlementaire relève que "le dernier agrément délivré par la CIEEMG [Commission interministérielle d'étude des exportations de matériel de guerre, à laquelle participe le ministère des affaires étrangères] concernant des ventes de matériels de guerre au Rwanda remonte au 20 janvier 1994". Elle relève également 6 Autorisations d’Exportation de Matériels de Guerre en 1994, dont une de 50 mitrailleuses en date du 22 avril ! Ce sont 6 livraisons d’armes officielles en violation des accords de paix.

9. Edouard Balladur, L’opération Turquoise : courage et dignité, Le Figaro, 23 août 2004.

10. Rapport HRW, Rwanda/Zaire, Réarmement dans l’impunité. Le soutien international aux perpétrateurs du génocide rwandais, mai 1995 : "Certaines livraisons d’armes à Goma parmi les premières après le 17 mai étaient des envois du gouvernement français pour les FAR. " et plus loin : " le consul français [en réalité officiellement pro-consul] a signalé d’autres livraisons d’armes à l’aéroport de Goma pour les FAR de mai à juillet, provenant d’autres sources que le gouvernement français. ([...] Il a ajouté [...] qu’elles pourraient provenir de marchands d’armes français opérant à titre privé. Les ventes d’armes, même par des sociétés privées, doivent être autorisées par le gouvernement français.)"

11. Le 12 juin 1994, le président et la directrice des opérations de MSF, P. Biberson et B. Vasset, rencontrent A. Juppé et lui demandent : "On dit qu’il y a des livraisons d’armes au gouvernement rwandais ou au gouvernement intérimaire ou au gouvernement en fuite, est-ce qu’il est exact que la France continue des livraisons d’armes à Goma ?" A. Juppé répond : "Écoutez, tout ça c’est très confus, il y avait effectivement des accords de coopération ou de défense avec le gouvernement, il y a peut-être eu des reliquats, mais en ce qui concerne mes services, je peux vous dire que depuis fin mai il n’y a certainement plus aucune livraison d’armes au régime Habyarimana"" Mais en même temps, il dit en regardant de l’autre côté de la Seine, donc vers l’Élysée : "Mais ce qui peut se passer là-bas, moi je n’en sais rien." L. Binet, Génocide des Rwandais Tutsis, Médecins sans Frontières, 2003

12. Le 11 avril 1994 J.-P. Ceppi parle dans Libération du "génocide des Tutsis de Kigali" et M. Mukabamano, journaliste à RFI, déclare au Parisien : "C’est un véritable génocide" ; le 19 avril Human Rights Watch informe le président du Conseil de sécurité que les massacres en cours au Rwanda constituent "un génocide" ; le 24 avril L’ONG Oxfam parle de "génocide", etc.

13. Lors de l’opération Amaryllis du 9 au 14 avril, 1 464 militaires français du 1er, 3e, 8e RPIMa et du COS, évacuent exclusivement les ressortissants européens et des extrémistes Hutus. Les militaires ont reçu l’ordre de ne pas réagir aux massacres. L’historien Gérard Prunier écrit : "quelques Tutsi réussissent à embarquer à bord de camions en route pour l’aéroport : ils doivent descendre des véhicules au premier barrage de la milice et ils sont massacrés sous les yeux de soldats français ou belges qui, conformément aux ordres, ne réagissent pas.". Le rapport de la Mission d’information parlementaire française de 1998 conclus : "Il semble donc [...] que le traitement accordé à l’entourage de la famille Habyarimana ait été beaucoup plus favorable que celui réservé aux employés tutsis dans les postes de la représentation française – ambassade, centre culturel, Mission de coopération"

14. "Face à l’offensive du front patriotique rwandais, les troupes gouvernementales rwandaises se sont livrées à l’élimination systématique de la population tutsie, ce qui a entraîné la généralisation des massacres.". SECONDE SESSION ORDINAIRE DE 1993-1994 (4e SÉANCE) COMPTE RENDU INTÉGRAL, 2° séance du mercredi 18 mai 1994. JO de la République Française, débats parlementaires, assemblée nationale, 19 mai 1994.

15. Audition du Colonel Balis (MINUAR) : "Le 7 avril, vers 9 h 30 m et 11 h 30 m, j’ai pu convaincre le FPR de rester dans son cantonnement, mais une colonne du FPR est malgré tout sortie vers 16 h 30 m. Ils ont alors créé une zone de sécurité." Sénat de Belgique – commission des affaires étrangères : Commission d’enquête parlementaire concernant les événements du Rwanda 1-611/(7-15) 1997/1998. Sénat belge, 6 décembre 1997.

16. A. Juppé, "Point de vue" Intervenir au Rwanda, Libération, 16 juin 1994 : "La France n’aura aucune complaisance à l’égard des assassins ou de leurs commanditaires. La France, seul pays occidental représenté au niveau ministériel à la session extraordinaire de la Commission des droits de l’homme à Genève, exige que les responsables de ces génocides soient jugés".

17. Voir note 5.

18. Voir notes 6 et 13.

19. On pouvait y entendre, entre autres appels aux massacres : "bonjour, je suis un petit garçon de huit ans. Est-ce que je suis assez grand pour tuer un tutsi ? Réponse de l’animateur : comme c’est mignon ! Tout le monde peut le faire, tu sais." J.-P. Chrétien, Rwanda, les médias du génocide. Ed. Karthala, 2002.

20. Voir note 7.

21. A. Juppé : "Aux Nations-Unies, le Secrétaire général doit rendre demain son rapport. Trois solutions sont envisageables : le maintien de la MINUAR, sa suspension avec le maintien éventuel d’un contingent symbolique ou un retrait total. Les Belges sont favorables à une suspension et c’est aussi mon avis." Conseil restreint du 13 avril 1994. Document disponible ici :

http://www.francerwandagenocide.org/documents/ConseilRestreint13avril1994.pdf

22. Figurent sur la liste officielle déclarée à l’ONU : 8 avions Mirage, 12 automitrailleuses, 6 mortiers lourds. Auxquels s’ajoutent des avions Mirage IV-P, des hélicoptères de combat Gazelle, etc. G. Prunier, conseiller au ministère de la Défense en 1994, écrit : "la puissance de feu prévue par les forces françaises semble disproportionnée pour une mission humanitaire", Rwanda : le génocide. Dagorno, 1997.

23. Turquoise est composée notamment d’officiers et soldats : du Commandement des Opérations Spéciales (qui réunit des spécialistes de l’action et du renseignement sous l’autorité directe du chef d’état-major des armées), du 1er régiment de parachutistes d’infanterie de marine (forces spéciales), du GIGN et de L’EPIGN (Escadron parachutiste de la gendarmerie nationale), du 3e Régiment d’infanterie et de chars de marine (RICM), du 11e Régiment d’artillerie de marine), de la Légion étrangère, du 2e Régiment étranger d’infanterie, du commando de marine, de spécialistes des opérations en "zone hostile" du 13e Régiment de Dragons Parachutistes.

24. La résolution 925 du 8 juin du Conseil de sécurité exige : "que toutes les parties mettent fin immédiatement à toute incitation à la violence ou à la haine ethnique, en particulier par le biais des moyens d’information". On peut lire le 28 juin dans le rapport de la Commission des Droits de l’homme de l’ONU que "l’intention claire et non équivoque" de commettre le génocide "se trouve bien contenue dans les appels incessants au meurtre lancés par les médias, en particulier la RTLM". Le 1er Juillet, le représentant de la France à l’ONU parle de faire cesser ces émissions : "Je voudrais insister avant de conclure sur la responsabilité particulière des médias qui incitent à la haine ethnique et à la violence. La France demande instamment aux responsables des radios concernées, et en premier lieu à la Radio Mille Collines, de mettre fin à cette propagande criminelle. La France fera tout son possible pour obtenir la cessation de ces émissions." Mais selon le général R. Dallaire, la RTLM émet encore le 1er août en direction des camps.

25. Il est important de noter que le 20 juin le représentant de la France à l’ONU fait la demande explicite d’une intervention sous chapitre VII autorisant, contrairement à la MINUAR, l’usage de la force : "nos gouvernements souhaitent disposer, comme cadre juridique de leur intervention, d’une résolution placée sous le Chapitre VII de la Charte des Nations Unies". Lettre datée du 20 juin 1994, adressée au secrétaire général par le représentant permanent de la France auprès de l’organisation des nations unies. http://www.francerwandagenocide.org/documents/S1994-734.pdf

26. ONU, S/RES/929 (1994). http://www.francerwandagenocide.org/documents/94s929.pdf On peut lire également dans l’ordre d’opérations de Turquoise (voir note 28) "mettre fin aux massacres partout où cela sera possible, éventuellement en utilisant la force" ; "tout en étant en mesure d’intervenir à tout moment, éventuellement par la force, au profit de la population menacée" ; "marquer si nécessaire par l’usage de la force la volonté française de faire cesser les massacres et de protéger les populations" ; "la légitime défense élargie comporte l’emploi de la force dans les situations suivantes : – menaces sur nos forces, – menaces dans la mission de protection des personnes, soit contre nos forces, soit contre les populations protégées, – obstruction dans l’exécution de la mission de nos forces"

27. L’adjudant-chef du GIGN T. Prungnaud explique que "la mission, au départ, c’était d’intervenir sur des massacres soi-disant de Hutu qui seraient massacrés par des Tutsi" (voir note 29) ; le colonel D. Tauzin déclare dans The Guardian du 01 juillet 1994 : "Nous ne sommes pas en guerre avec le gouvernement du Rwanda ou ses forces armées. Ce sont des organisations légitimes." ; Le général R. Dallaire (MINUAR) déjeune le 30 juin avec des officiers français et rapporte ce qu’il a entendu : "Ils refusaient d’accepter l’existence d’un génocide et le fait que les dirigeants extrémistes, les responsables et certains de leurs anciens collègues fassent partie d’une même clique. Ils ne cachaient pas leur désir de combattre le FPR" R. Dallaire, J’ai serré la main du diable – La faillite de l’humanité au Rwanda. Libre expression, 2003.

28. "Affirmer auprès des autorités locales rwandaises, civiles et militaires, notre neutralité et notre détermination à faire cesser les massacres sur l’ensemble de la zone contrôlée par les forces armées rwandaises en les incitant à rétablir leur autorité". On peut y lire également que "plusieurs centaines de milliers de personnes d’ethnies hutue et tutsie ont été exterminées". Ordre d’opérations de Turquoise, 22 juin 1994. Document consultable à l’adresse :

http://jacques.morel67.pagesperso-orange.fr/a/turquoise-ordreop.pdf

29. P. de Saint-Exupéry, L’inavouable – La France au Rwanda. Les Arènes, 2004. L. de Vulpian et T. Prungnaud, Silence Turquoise. Don Quichotte, 2012.

30. Le mensuel de la Légion étrangère, Képi Blanc, d’octobre 1994 confirme que : "Battue sur le terrain, l’armée ruandaise se replie, en désordre, vers la "zone humanitaire sûre". L’E.M.T. [l'état-major tactique de l'opération Turquoise] provoque et organise l’évacuation du gouvernement de transition ruandais vers le
Zaïre. Le 17 juillet, le gouvernement ruandais passe au Zaïre.".

31. Auditions de l’ambassadeur Jean-Michel Marlaud par la Mission d’Information Parlementaire, Enquête sur la tragédie rwandaise 1990-1994 [140, Tome III, Auditions, Vol. 1, pp. 296-297].

32. Auditions d’Alain Juppé par la Mission d’Information Parlementaire, 21 avril 1998, Enquête sur la tragédie rwandaise 1990-1994 [140, Tome III, Auditions, vol. 1, p.91].

Voir également:

Génocide au Rwanda: Kagame accuse une nouvelle fois la France
AFP/Jeune Afrique
05/04/2014

Le président rwandais Paul Kagame accuse une nouvelle fois la France de "participation" à l’"exécution" du génocide de 1994, dans une interview à paraître dimanche dans l’hebdomadaire Jeune Afrique, à la veille des cérémonies marquant le 20e anniversaire des massacres.

Evoquant la question des responsabilités, le président rwandais dénonce le "rôle direct de la Belgique et de la France dans la préparation politique du génocide et la participation de cette dernière à son exécution même". Il accuse les soldats français de l’opération militaro-humanitaire Turquoise, déployée en juin 1994 sous mandat de l’ONU dans le sud du pays, d’avoir été "complices certes" mais aussi "acteurs" des massacres.

Ces accusations, maintes fois démenties par Paris, reprennent celles déjà formulées par Kigali à plusieurs reprises et notamment en août 2008 à l’occasion de la publication du rapport de la commission d’enquête rwandaise sur le rôle supposé de la France dans le génocide qui a fait, selon l’ONU, quelque 800. 000 morts, essentiellement tutsi, entre avril et juillet 1994.

Revenant dans Jeune Afrique sur "le cas de la France", Paul Kagame constate que "vingt ans après, le seul reproche admissible (aux) yeux (de la France) est celui de ne pas en avoir fait assez pour sauver des vies pendant le génocide". "C?est un fait, mais cela masque l?essentiel: le rôle direct de la Belgique (ancienne puissance coloniale) et de la France dans la préparation politique du génocide et la participation de cette dernière à son exécution même".

"Interrogez les rescapés du massacre de Bisesero en juin 1994 et ils vous diront ce que les soldats français de l?opération Turquoise y ont fait. Complices certes, à Bisesero comme dans toute la zone dite +humanitaire sûre+, mais aussi acteurs", accuse Paul Kagame.

En 2008, la commission d’enquête avait déjà évoqué l’affaire du village de Bisesero (ouest), où jusqu’à 50. 000 Tutsis avaient trouvé refuge, accusant l’armée française "d’avoir retardé sciemment de trois jours le sauvetage de près de 2. 000 survivants afin de laisser le temps aux tueurs de les achever".

Les déclarations de Paul Kagame, ancien chef de la rébellion tutsi à la tête du Rwanda depuis 1994, surviennent alors que les relations franco-rwandaises, rompues entre 2006 et 2009, semblaient s’être apaisées, surtout depuis la condamnation en mars dernier à 25 ans de prison du premier Rwandais jugé en France pour le génocide des Tutsi.

Condamné pour génocide et complicité de crimes contre l’humanité, Pascal Simbikangwa, ex-officier de la garde présidentielle, a nié toutes les charges pesant contre lui et a fait appel.

"Nous verrons ce qu?il adviendra de cette condamnation en appel", commente Paul Kagame dans Jeune Afrique. "Pour le reste, je ne pense pas qu?il s?agisse là d?une évolution particulièrement positive", déclare-t-il, alors que le Rwanda a pendant des années fustigé la France pour sa lenteur à poursuivre les génocidaires présumés.

"Pour un criminel condamné après vingt ans, combien la justice française en a-t-elle escamoté ?", s’interroge M. Kagamé. "Nous ne sommes pas dupes de ce petit jeu. On nous présente cette sentence comme un geste, presque comme une faveur de la France à l?égard du Rwanda, alors que c?est le rôle de la France dans le génocide qu?il conviendrait d?examiner", insiste-t-il.

La France doit être représentée lundi à Kigali aux commémorations marquant le 20ème anniversaire du génocide au Rwanda par la ministre de la Justice Christiane Taubira.

Voir encore:

RWANDA. "Un pays se grandit quand il reconnaît ses erreurs"
Christophe Boltanski
Le Nouvel Observateur
04-04-2014

Le rôle de la France dans le génocide rwandais reste à éclaircir. Interview de Pierre Brana, co-rapporteur de la Mission d’information parlementaire qui a travaillé sur le sujet

En 1998, le député socialiste Pierre Brana était co-rapporteur, avec Bernard Cazeneuve, de la Mission d’information parlementaire chargée d’examiner le rôle de la France au Rwanda. 20 ans après le génocide, il revient sur les zones d’ombres des relations entre les deux pays

Une commission d’enquête parlementaire aurait-elle permis d’aller plus loin dans la recherche de la vérité ?

- J’aurais préféré une commission d’enquête, car les auditions ayant lieu sous serment, elles sont plus solennelles, à la hauteur de la gravité d’un événement pareil. Des députés firent valoir que des personnes étrangères risquaient de refuser de venir s’exprimer si c’était le cas. D’autres soulignèrent qu’une commission d’enquête est limitée à six mois alors que nos travaux ont duré neuf mois. Je ne suis pas sûr qu’une commission d’enquête, même si elle avait ma préférence, aurait permis d’aller plus loin.

Avez-vous pu interroger toutes les personnes souhaitées ?

- Oui, à une exception que je regrette : Paul Barril. Parce qu’au début, plusieurs membres de la mission estimaient que son audition n’apporterait pas grand-chose. Quand il a été finalement décidé de l’interroger, c’était trop tard.

En octobre 1990, la France intervient militairement au Rwanda. Cette opération baptisée Noroît a-t-elle une base légale ?

- Non. L’opération Noroît, du moins lors de son lancement, n’a pas de base juridique. Il existait bien le 1er octobre 1990, un accord d’assistance militaire qui datait de 1975, mais il recouvrait que l’organisation et l’instruction de la gendarmerie. Ce n’est que vingt-trois mois après que, se rendant compte de l’illégalité de la situation, les autorités françaises signent le 26 août 1992 un avenant remplaçant les termes de "gendarmerie rwandaise" par "Forces armées rwandaises". Parler d’opération "secrète" n’est pas excessif. Michel Rocard (alors premier ministre Ndlr) dit qu’elle n’a été discutée qu’en deux, trois minutes en conseil des ministres.

En allant combattre les rebelles tutsi du FPR (Front patriotique rwandais), les militaires français viennent défendre un régime contre une agression extérieure ou participer à une guerre civile ?

- Lors de la Mission, on nous avait présenté l’attaque du FPR comme une offensive "ougando-tutsi". Pour en savoir plus, je suis allé sur le terrain. En Ouganda, en septembre1998. J’ai rencontré différentes personnalités en activité lors de Noroît. Toutes m’ont dit que les descendants des réfugiés tutsis qui avaient fui le Rwanda, lors de la Révolution de 1959, voulaient revenir dans leur pays. D’autant qu’à partir de 1986, l’opposition ougandaise faisait campagne contre cette présence rwandaise et trouvait un incontestable écho auprès de la population locale. Des demandes ont été faites par les autorités ougandaises auprès du président rwandais, Juvénal Habyarimana, pour qu’il accepte leur retour. Il a répondu qu’il n’y avait "pas de place dans (son) pays pour les accueillir". C’est alors que les militaires tutsis quittent l’armée ougandaise, en emportant armes et matériel, et passent à l’attaque pour obtenir par la force ce qu’ils n’avaient pas pu obtenir par la négociation. C’est donc bien davantage d’une guerre civile qu’il s’agit que d’une agression extérieure.

Dans sa lutte contre le FPR, l’armée française a-t-elle, à certain moment, basculé dans la cobelligérance aux côtés des Forces armées rwandaises ? Sommes-nous certains qu’il n’y a pas eu, de sa part, d’engagement direct ?

- Je crois que l’aide militaire de la France est progressivement devenue plus active sous forme de conseils, d’assistance, d’instructions aux Forces armées rwandaises (FAR). Il y a eu, en effet, une sorte de cobelligérance. Quand l’armée française a participé à l’élaboration de plans de bataille. Elle a même envoyé des conseillers pour instruire les FAR au maniement de matériels sophistiqués. Est-ce qu’il y a eu même des engagements directs ? Un journaliste, correspondant de guerre d’un journal de l’est-africain, m’a dit avoir vu aux jumelles des blancs avec les FAR aux combats. Les militaires du FPR lui ont dit que c’étaient des Français, mais il n’a pas pu les approcher. L’imbrication de l’armée française avec l’armée rwandaise est incontestable.

Que savait la Mission d’information parlementaire sur l’opération Chimère de février-mars 1993 ? Son chef, le général Didier Tauzin, a expliqué dans un livre ("Je demande justice pour la France et ses soldats") qu’il a pris, de facto, la tête de l’état-major rwandais.

- Nous lui répondons indirectement dans notre rapport lorsque nous écrivons : "Comment la France a-t-elle pu en février-mars 93 en arriver à ce point d’engagement qui conduit certains militaires français à considérer qu’à travers la mission d’assistance opérationnelle qu’ils mènent, ils dirigent et commandent indirectement une armée, en l’occurrence celle d’un Etat étranger". C’est très clair !

Quelle part a joué dans l’engagement militaire français au Rwanda le complexe dit "de Fachoda", cette peur de perdre du terrain face à l’Afrique anglophone ?

- Le complexe de Fachoda a joué une part non négligeable si j’en crois la réaction des députés membres de la mission et celle de l’exécutif de l’époque. Il est vrai que le FPR parlait l’anglais suite à son long séjour en Ouganda anglophone. Et les Forces armées rwandaises parlaient le français. Ça a joué incontestablement. Les députés mettaient en avant la volonté des Américains d’étendre leur influence en Afrique. Mes entretiens au Pentagone m’ont fait relativiser cette théorie. Le Rwanda était un petit pays, dénué de toutes richesses, sans importance stratégique. Je ne crois pas que les Etats-Unis s’intéressaient au Rwanda. Mais ce complexe a joué sur le Président et sur beaucoup de militaires, de politiques aussi, tous imprégnés de l’Histoire de la France et de la Grande Bretagne en Afrique. Ce fil rouge était très fort.

Officiellement, la France s’engage militairement pour faciliter un accord de paix. En pratique, a-t-elle pesé de tout son poids pour permettre la conclusion puis l’application des accords dits d’Arusha ?

- Il y a eu plusieurs accords d’Arusha qui étaient des chiffons de papier pour Habyarimana. L’établissement de la paix nécessitait une acceptation en retour des réfugiés, la fin de la discrimination ethnique et la démocratisation. Le multipartisme n’a été instauré qu’en juin 1991, sous la pression. Les quotas ethniques (pas plus de 9% de Tutsi) existaient pour l’institution scolaire et l’accès aux emplois publics. Et le pouvoir réagissait peu aux massacres ethniques quand il ne les encourageait pas. Conformément aux principes énoncés par François Mitterrand dans son discours de La Baule, la France demandait la démocratisation du régime mais sans jamais y subordonner son aide militaire. Faute d’une telle mise en demeure, le pouvoir rwandais a louvoyé en laissant traîner les choses. Un exemple : la carte d’identité qui mentionnait l’appartenance ethnique de son possesseur. Un outil très dangereux dans un pays où des massacres ethniques ont été nombreux. On sait bien le rôle joué pendant le génocide par ces mentions, qui équivalaient à des sentences de mort. La France avait demandé la suppression de toute mention ethnique. Elle a même envisagé de financer l’opération. Habyarimana a d’abord semblé d’accord mais il n’a rien fait. Il n’y a eu aucun commencement d’application. Et la France n’a pas lancé d’ultimatum alors qu’on assistait à une dérive raciste et à la multiplication des appels aux meurtres. La France n’a pas pesé de tout son poids pour faciliter l’établissement de la paix. Pourquoi ? Cela fait partie des interrogations qui continuent de se poser.

Un génocide ou du moins des massacres de très grande ampleur étaient-ils prévisibles ?

- En 1992-93, il apparaissait nettement que le génocide était prévisible. Lors de son audition, Georges Martres, qui était ambassadeur de France à Kigali de 1989 à 1993, a déclaré que le génocide était "prévisible dès octobre 1993, sans pour autant qu’on puisse en imaginer l’ampleur". Il a, du reste, ajouté que le génocide constituait une hantise quotidienne pour les Tutsis. Ça nous a amené à écrire qu’avec "une telle clairvoyance qui n’apparait pas tout le temps dans les dépêches diplomatiques, on peut s’étonner de l’inaction des autorités françaises". Les médias qui prônaient des positions extrêmement racistes n’étaient pas empêchés par le pouvoir en place. Au contraire, ils étaient encouragés. Radio des Mille Collines appelait à l’extermination des Tutsis, des "cancrelats", comme elle disait, à une solution radicale, finale. Il y avait un climat extrêmement lourd, signe d’un orage que l’on voyait monter.

Comment expliquez-vous la différence d’appréciation de la situation entre la Direction des renseignements militaires (DRM) et la DGSE ?

- Je me souviens surtout du peu d’informations apportées par les services de renseignement. Tous les documents que nous leur avons demandés ont été déclassifiés. Nous n’avons pas essuyé de refus. Mais nous ont-ils tout donné ? Je l’ignore. La DRM s’est occupée du Rwanda de juin 1992 à décembre 1993, surtout. La DRM et la DGSE ont même indiqué que le 6 avril 1994, ils ne disposaient de personne sur place. Ce qui est curieux. Elles ont reconnu que si la coopération entre leurs services était bonne, la coordination faisait défaut. Et j’ai retrouvé dans le rapport le passage suivant que je cite : "S’agissant du renseignement qui n’a pas permis d’alerter à temps les responsables politiques des risques de dérive du régime rwandais, une politique adaptée aux nouvelles données du monde de l’après-guerre froide notamment en Afrique doit être défini. L’enjeu ne peut plus être d’appuyer des régimes favorables à nos intérêts quelques soient leurs pratiques intérieures. La pratique du renseignement doit évoluer en conséquence".

Après le début du génocide, 394 Rwandais ont été évacués de Kigali par les soldats français dans le cadre de l’opération Amaryllis. Qui étaient-ils ? Qui a pris la décision de les évacuer ?

- En pareil cas, la règle veut que l’ambassadeur de France établisse les listes et l’ordre de priorité des personnalités françaises et étrangères à évacuer. Bien entendu, en pratique, les choses sont beaucoup plus compliquées. Des décisions ponctuelles peuvent être prises sur le terrain. On en a cité certaines. Globalement, 1238 personnes ont été évacuées par la France dont 454 Français et 784 étrangers parmi lesquels 612 Africains dont 394 Rwandais. Pour ces Rwandais, il semble bien qu’il y ait eu deux poids deux mesures. Le traitement accordé à l’entourage de la famille Habyarimana est bien plus favorable qu’aux employés tutsis de la représentation française. Au fond, qu’on le veuille ou non, la France était alliée au pouvoir rwandais. Or les Tutsis de la représentation française, par le fait même de leur carte d’identité, étaient plus menacés que les autres. Ça fait partie des interrogations lourdes. Le général Christian Quesnot qui était le chef d’Etat-major du Président Mitterrand, d’avril 1991 à septembre 1995, a estimé lors de son audition que l’union des forces d’évacuation avec celles de la Mission des Nations unies, la Minuar, aurait permis d’arrêter le génocide dès son commencement. Pourquoi la France n’a-t-elle pas pesé immédiatement auprès de l’ONU pour réagir dans les plus brefs délais ? Pourquoi a-t-elle voté, le 21 avril 1994, en plein génocide, la résolution 912 qui décide de réduire drastiquement les effectifs de la Minuar ? On a fait comme les autres. Mais ce n’est pas une excuse. L’Onu va attendre deux mois avant d’admettre qu’un génocide est en train de se produire alors qu’il est connu dès ses débuts. Reconnaître des actes de génocide, comme le fait le conseil de sécurité dans sa résolution, le 8 juin 1994, entraîne l’obligation d’intervenir, d’après la chartre de l’ONU. Or on n’avait pas très envie d’intervenir.

La France a-t-elle livré des armes aux forces rwandaises durant le génocide en dépit de l’embargo onusien ?

- Cette question fait partie incontestablement des zones d’ombres. Sur ces accusations, on a eu des informations contradictoires sans pouvoir démêler le vrai du faux.

L’opération Turquoise lancée le 22 juin 1994 par la France répond-elle à une logique purement humanitaire ?

- Cette opération a eu des aspects incontestablement humanitaires : des civils ont été soignés, des secours ont été apportés, des vies sauvées. Mais pourquoi envoie-t-on des Français qui ont été précédemment en poste au Rwanda ? Certes, il peut être répondu qu’ils connaissent le terrain. Mais on mettait ces militaires dans une situation impossible : de compagnons d’arme des FAR, ils passent à un statut d’impartialité. Cela les amenait à traiter de la même manière leurs amis et leurs ennemis d’hier. On peut regretter que l’armée française dans cette zone ne procède pas au désarmement systématique des milices et des FAR alors que la résolution du conseil de sécurité avait autorisé la France à recourir "à tous les moyens". Pourquoi n’a-t-on pas, également, procédé à l’arrestation des membres du gouvernement génocidaire pour les garder et les remettre à la justice internationale en cours de création ? C’est plus que regrettable. Je sais bien que ces arrestations ne figuraient pas dans le mandat, mais on aurait pu le faire de façon conservatoire.

Le Premier ministre Edouard Balladur et le Président Mitterrand divergeaient-ils sur les objectifs de Turquoise ?

- Effectivement, il y avait deux options envisagées, comme l’a reconnu le Premier ministre : celle d’une interposition entre le FPR et les FAR. Ce qui impliquait une action de guerre. Et celle d’une intervention strictement humanitaire. On sait que c’est cette deuxième option qui a été choisie. En annexe du rapport, nous publions une lettre d’Edouard Balladur dans laquelle il précise : "Il n’était pas question (aux) yeux (du président Mitterrand) d’arrêter les auteurs du génocide et il n’était pas question aux miens de permettre à ceux-ci de se réfugier au Zaïre".

En 2010, Nicolas Sarkozy a admis que la France avait commis des "erreurs" au Rwanda. Faut-il aller plus loin à l’occasion de ce vingtième anniversaire ?

- J’ai une position bien connue qui m’a valu d’âpres accrochages avec mes collègues. Selon moi, un pays se grandit quand il reconnait ses erreurs et ses fautes. Je n’ai pas changé. Le rapport fait état de "fautes d’appréciations". Il y a des erreurs telles qu’il n’est pas impensable de les qualifier de fautes. C’était la première fois dans l’Histoire de la Ve république que le législatif contrôlait l’exécutif dans le domaine réservé de la défense ! Aller plus loin ? Bien sûr, les moyens parlementaires sont bien moindres que ceux d’un simple juge d’instruction. Je considère notre rapport comme une plateforme de données à partir desquelles les chercheurs et les journalistes d’investigation, et pourquoi pas les juges, pourront s’appuyer pour aller plus loin. Pour moi, c’est une base de départ, pas une base d’arrivée.

Propos recueillis par Christophe Boltanski – Le Nouvel Observateur

Voir également:

Rwanda: "Sans le soutien de Paris au Régime Habyarimana, le génocide n’aurait pas eu lieu"

Karim Ben Said
L’Express
05/04/2014

A l’occasion du 20ème anniversaire du génocide rwandais, Jean-François Dupaquier, journaliste, écrivain et témoin expert au Tribunal Pénal International pour le Rwanda revient sur l’éventuelle responsabilité de la France dans le drame. Un jugement sévère.

Pourquoi l’éventuelle responsabilité de la France avant le génocide reste-t-elle un sujet tabou dans la classe politique?

La classe politique française n’est pas particulièrement connue pour sa capacité à admettre ses erreurs. Nos politiciens se sentent au dessus de toute repentance. La particularité réside aussi dans le fait que le génocide s’est produit en période de cohabitation entre le gouvernement d’Edouard Balladur et le président François Mitterrand. C’est donc un cas spécial où il n’existe pas de clivage gauche-droite.

Pourtant sans le soutien de Paris au régime du président Juvénal Habyarimana, le génocide n’aurait jamais pu avoir lieu. La France a fourni un parapluie militaire en repoussant les offensives du Front Patriotique Rwandais. Sans cet appui, le régime de l’époque n’aurait jamais eu le temps de préparer la tentative d’extermination de la population Tutsi.

D’un autre coté, les militaires français présents au Rwanda étaient hautement qualifiés, je ne vois pas comment ils n’auraient pas été au courant de ce qui se tramait. Pour moi la connivence est évidente, les Français savaient qu’il y avait un génocide en préparation.

En accablant la France, Kigali ne cherche-t-il pas à se dédouaner d’une tragédie qui fut avant tout Rwandaise?

Aujourd’hui, Kigali ne cherche plus à accabler la France. Du coté rwandais, on cherche au contraire à tendre la main à la France. L’an dernier l’état-major de l’armée rwandaise a proposé à l’état-major de l’armée française de se rencontrer pour tourner définitivement la page au nom la fraternité d’armes, mais les Français ont refusé.

A Paris, les militaires considèrent toujours qu’ils ont subi une défaite au Rwanda et gardent une volonté de revanche, dommageable pour les relations franco-rwandaises.

La France refuse toujours de déclassifier les documents relatifs au Rwanda. Faut-il y voir un aveu de culpabilité?

Absolument. D’autant plus que les archives que la France refuse de dévoiler, portent sur la période charnière de l’histoire de la présence française au Rwanda.

Pour le peu qu’on en sache, ces documents sont absolument accablants. Les protagonistes cherchent à ce que ces archives ne soient pas dévoilées de leur vivant.

Que peuvent contenir ces documents?

Ce ne sont bien évidemment que des supputations, mais ces documents pourraient contenir la preuve que la France connaissait parfaitement la réalité de la guerre civile et a choisi d’y participer sérieusement, en comprenant que cela pouvait passer par l’extermination. Il faut comprendre qu’il n’y a pas de prescription lorsqu’il s’agit de génocide. De fait, plusieurs hauts responsables pourraient être condamnés.

L’association Survie accuse des dirigeants politiques et militaires français d’avoir apporté un soutien actif aux génocidaires. Ce jugement est-il excessif?

Je ne peux pas parler au nom de cette association à laquelle je n’appartiens pas, mais il existe des indices graves et concordants laissant supposer que des haut gradés, des politiciens et des mercenaires français, sont impliqués à un degré qu’il faudra déterminer, dans l’attentat du 6 avril 1994 contre le président Juvénal Habyarimana.

Le verdict du récent procès Pascal Simbikangwa est-il de nature à pacifier les relations franco-rwandaises?

C’est certainement un pas important, Pascal Simbikangwa faisait partie du cercle intermédiaire responsable du génocide. Cette condamnation intervient après 19 ans et rompt avec les anciens dysfonctionnements de la justice. La création du pôle génocide permet aux Rwandais d’entrevoir une lueur d’espoir. Toujours est-il que les principaux coupables du génocide sont toujours dans la nature.

Peut-on parler, s’agissant du pouvoir de Paul Kagamé, de dérive autocratique?

Qu’aurait-il pu faire en prenant en charge le pays en 1994 ? Un pays traumatisé, détruit ? C’est vrai qu’il tient le pays d’une main de fer, mais s’il ne l’avait pas fait, il y aurait eu une vengeance massive de la part des Tutsis vainqueurs. C’est un homme d’Etat exceptionnel mais certainement autoritaire.

Les Rwandais pourront-ils un jour tourner la page de la décennie 1990? Si oui, à quel prix?

L’idéologie de haine, qualifiée injustement d’ethnique, qui a conduit au génocide remonte aux années 1950. Depuis les années 1930 déjà, les cartes d’identités ethniques ont été imposées. Le génocide a profondément bouleversé les Rwandais. Aujourd’hui encore, les survivants vivent aux côtés de leurs voisins génocidaires, et cela rend les choses difficiles. Même si le régime actuel a pris plusieurs dispositions "anti-divisionnisme", il faudra probablement plusieurs générations pour passer d’une mémoire vive à une mémoire apaisée. Les Gacacas, tribunaux communautaires mis en place dans les provinces, ont été insuffisants. Les peines qui y ont été prononcées sont modestes et symboliques. Les Rwandais sont obligés de cohabiter mais la réconciliation véritable ne peut se faire que s’il y a des excuses sincères.

 Voir encore:

Les documents sur le génocide au Rwanda toujours classés "Secret défense"
Karim Ben Said
L’Express
28/03/2014

A quelques jours du vingtième anniversaire du déclenchement génocide rwandais dans lequel plus de 800000 Tutsi et Hutus modérés ont péri entre avril et juillet 1991, l’association Survie demande la levée du " secret défense " sur le rôle la France.

L’association Survie demande à Jean Yves le Drian tous les documents se rapportant à l’action de la France au Rwanda de 1990 à 1994.

L’association Survie demande à François Hollande et à Jean Yves le Drian, ministre de la Défense, de "déclassifier et de publier tous les documents se rapportant à l’action de la France au Rwanda de 1990 à 1994 dans ses volets diplomatiques, militaires, politiques et financiers".

Mathieu Lopes, vice-président de l’association, estime que ces documents sont cruciaux pour déterminer les responsabilités et faire avancer les dossiers juridiques en cours: "A titre d’exemple, les militaires français ont été les premiers à s’être rendus sur les lieux de l’attentat contre le président Juvénal Habyarimana et disposent d’un rapport, qui, jusqu’à ce jour n’a jamais été dévoilé", explique-t-il.
"Complicité de génocide"

L’association, qui affirme militer en particulier contre la "Françafrique" est partie civile dans une plainte contre X déposée pour "complicité de génocide et complicité de crime contre l’humanité". Elle est également à l’origine de l’ouverture, en juin 2013, d’une instruction à l’encontre du capitaine Paul Barril, ex-super gendarme de l’Elysée, soupçonné d’avoir joué un rôle trouble au Rwanda.

La Commission consultative du secret de la défense, saisie en juillet 2010 par le ministre de la Défense d’alors, Hervé Morin, suite à la demande de la juge d’instruction Florence Michon, a déjà donné un avis défavorable à une demande similaire.

Le 6 avril 1994, le président rwandais Juvénal Habyarimana est assassiné. S’en suit alors un massacre visant à exterminer la population Tutsi et perpétré par les fanatiques du "Hutu Power" par les Hutus. Depuis vingt ans, la France est accusée d’avoir soutenu le régime rwandais "avant, pendant et après" le génocide.

 Voir de même:

Juppé à nouveau questionné sur son rôle pendant le génocide rwandais

L’Express

04/04/2014
Un collectif de citoyens a demandé à l’ancien ministre des Affaires étrangères d’expliquer sa position sur le massacre de 1994 et l’opération Turquoise lancée à l’époque.

Quel était le "rôle politique" d’Alain Juppé pendant le génocide au Rwanda? Dans une lettre ouverte, un collectif de citoyens a interpellé le maire de Bordeaux sur cette question, à l’approche du 20e anniversaire du massacre.

Alain Juppé était ministre des Affaires étrangères à l’époque du génocide de 1994, stoppé par le Front patriotique rwandais (FPR aujourd’hui au pouvoir) de Paul Kagame. Les massacres avaient fait en 100 jours quelque 800 000 victimes selon l’ONU, principalement dans la minorité tutsi.

En reprenant le portefeuille en 2011, Alain Juppé avait dit n’avoir aucune intention "ni de serrer la main" de Paul Kagame ni de se rendre au Rwanda, tant qu’y circulerait un rapport accusant la France de complicité avec les génocidaires.

L’opération Turquoise mise en cause

"Oseriez-vous encore, M. Juppé, laisser entendre qu’en 1994 plusieurs génocides étaient commis au Rwanda? (…) Continuez-vous à prétendre contre l’évidence des faits, que l’État français s’est opposé à la passivité de l’ONU devant le génocide des Tutsi? Et que l’opération Turquoise n’était qu’une opération humanitaire, dont le but était de lutter contre ce génocide?", interrogent les signataires.

"J’ai été le premier responsable politique français à (dénoncer le génocide, ndlr) devant le Conseil des ministres de l’Union européenne d’abord puis à l’Assemblée nationale le 18 mai 1994", a déclaré ce vendredi Alain Juppé dans une réponse à cette lettre. Il a également souligné que la France avait de son côté lancé l’opération Turquoise "face à l’inaction internationale" et dénoncé "l’opération de falsification historique dont la France est régulièrement la cible depuis 20 ans".

 Voir aussi:

Rwanda, boulet moral pour Juppé
6 octobre 2011

Billets d’Afrique et d’ailleurs…
ThèmesRwandaComplicité de la France dans le génocide des Tutsi au RwandaAlain Juppé

Alain Juppé reprochant à Bernard-Henri Lévy, dans l’avion pré­ sidentiel de retour du voyage officiel en Libye : « Vous avez dit que j’étais complice des génocidaires du Rwanda. Alors, que sortant d’une réunion des ministres européens en 1994, j’avais déclaré que c’était un génocide » L’argument est court, très court pour sa défense.

Un argument déjà utilisé lors de son audition devant la mission d’information parlementaire de 1998, devant laquelle il avait expliqué avoir utilisé le mot de « génocide », le 15 mai 1994, à l’issue de la réunion à Bruxelles du Conseil des ministres de l’Union européenne.

Une déclaration qui intervenait dix jours après celle du Secrétaire général de l’Onu, Boutros Boutros Ghali et alors, qu’à cette date, la majeure partie du génocide avait déjà eu lieu. Prise de conscience tardive ? Bien que sûr que non puisque le gouvernement français avait été alerté de longue date sur le génocide qui se préparait et qu’il n’ignorait rien des massacres en cours depuis le 7 avril.

Pis, en plein génocide, le 27 avril 1994, Jérô­me Bicamumpaka, ministre des Affaires étrangères du gouvernement intérimaire qui est en train de commettre le génocide, et Jean-Bosco Barayagwiza, extrémiste de la Coalition pour la défense de la République (CDR), étaient reçus à Paris, et par l’Élysée et par Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères du gouvernement Balladur.

Le gouvernement français, par la voix de Juppé, attend donc le 15 mai pour qualifier l’extermination des Tutsi rwandais de génocide. Jusque-là, Paris feignait de ne voir au Rwanda, qu’une banale guerre civile. Mais il faut sûrement comprendre ce réveil tardif par les succès militaires de l’offensive du FPR de Paul Kagamé. Car parler enfin de « génocide » sur le plan diplomatique ouvrait la voie légale d’une intervention militaire de l’Onu.

Devant les difficultés à mettre sur pied une Minuar 2, c’est l’opération Tur­quoise menée par l’armée française qui la remplaça et débarqua au Rwanda, le 22 juin. Officiellement neutre, Turquoise a permis officieusement de couvrir la fuite de centaines de génocidaires vers le Zaïre dont le président Théodore Sindikubwabo et… Jérôme Bicamumpaka, reçu deux mois plus tôt par Juppé.

Et, alors que Kagamé était en visite officielle à Paris, Juppé, depuis Pékin, déclarait qu’il ne changerait pas ses « convictions » au sujet du génodice. « Je suis très décontracté (…) » ajoutait-il. Au regard de l’Histoire, il n’y pourtant pas de quoi.

Voir de même:

Rwanda: Paris boycotte les 20 ans du génocide
Le Figaro
05/04/2014

La France a décidé samedi d’annuler sa participation aux commémorations du 20e anniversaire du génocide rwandais, après une nouvelle charge du président Paul Kagame l’accusant d’avoir "participé" aux massacres qui ont fait 800.000 morts en 1994.

Cette décision marque un nouveau coup d’arrêt à la normalisation des relations entre les deux pays, empoisonnées par le soupçon malgré une réconciliation officielle en 2010. Au coeur du contentieux, la question du soutien de la France et de son armée au régime hutu rwandais, coupable du génocide contre la minorité tutsi.

Dans une interview à paraître dans l’hebdomadaire Jeune Afrique dimanche, veille des commémorations du 20e anniversaire, le président Kagame a dénoncé le "rôle direct" de la Belgique, ancienne puissance coloniale, et de la France "dans la préparation politique du génocide" et "la participation de cette dernière à son exécution même".

Il a également accusé les soldats français de l’opération militaro-humanitaire Turquoise, déployée en juin 1994 sous mandat de l’ONU dans le sud du pays, d’avoir été "complices certes" mais aussi "acteurs" des massacres qui se sont déroulés entre avril et juin 1994.

Pour Paris, qui a annulé le déplacement prévu lundi à Kigali de la ministre de la Justice Christiane Taubira, les déclarations du président Kagame "sont en contradiction avec le processus de dialogue et de réconciliation engagé depuis plusieurs années".
"La France regrette de ne pouvoir prendre part aux commémorations du 20e anniversaire du génocide car elle tient à s’incliner devant la mémoire des victimes et à s’associer au deuil des familles et du peuple rwandais", a souligné le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Romain Nadal.

Maintes fois démenties par Paris, les accusations du président Kagame, ancien chef de la rébellion tutsi à la tête du Rwanda depuis 1994, reprennent celles déjà formulées par Kigali à plusieurs reprises et notamment en août 2008 à l’occasion de la publication du rapport de la commission d’enquête rwandaise sur le rôle supposé de la France dans le génocide.

En janvier dernier, les militaires français nommément cités par Kigali, et notamment le général Jean-Claude Lafourcade, patron de l’opération Turquoise, avaient jugé que "leur honneur était sauf", considérant que le gouvernement rwandais avait été "incapable d’apporter la moindre preuve" de ses accusations "infondées, indignes et inacceptables".

Paris et Bruxelles comme "exutoires"

Les nouvelles déclarations de Paul Kagame surviennent alors que les relations franco-rwandaises, rompues entre 2006 et 2009, semblaient s’être apaisées, surtout depuis la condamnation en mars à 25 ans de prison de Pascal Simbikangwa, premier Rwandais jugé en France pour génocide.

Un procès dont Paul Kagame a également minimisé l’enjeu: "On nous présente cette sentence comme un geste, presque comme une faveur de la France à l’égard du Rwanda, alors que c’est le rôle de la France dans le génocide qu’il conviendrait d’examiner", a-t-il insisté.

Pour le sociologue André Guichaoua, spécialiste du Rwanda et témoin-expert auprès du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), le président Kagame, par ses propos, "se moque des avancées comme des usages diplomatiques".

M. Guichaoua relève par ailleurs que "les derniers mois ont été marqués par d’importants revers diplomatiques et politiques rwandais". "On peut se demander si la France et la Belgique, étonnamment associée à ces graves accusations en tant qu’ex-puissance tutélaire, ne servent pas d’exutoires à l’expression d’une animosité plus profonde du chef de l’État rwandais vis-à-vis de bien d’autres pays et institutions internationales qui n’hésitent plus à mettre en cause sa gouvernance autoritaire personnelle et ses interventions à l’extérieur du pays".

Cette nouvelle "sortie" de Paul Kagame survient en effet alors qu’"il est actuellement en position délicate vis-à-vis de ses alliés traditionnels (Etats-Unis, Afrique du sud…) en raison du +traitement+ de ses opposants", abonde Antoine Glaser, expert des relations franco-africaines et auteur de "AfricaFrance – Quand les dirigeants africains deviennent maîtres du jeu" (Fayard).

Après avoir bénéficié depuis le génocide d’une forme de "diplomatie dérogatoire en matière de démocratie et de droits de l’homme", selon les termes de M. Guichaoua, le président Kagame a été sévèrement critiqué ces derniers mois pour son rôle jugé déstabilisateur dans l’est de la République démocratique du Congo, et plus récemment pour son implication supposée dans l’élimination d’opposants en exil.

Par ailleurs, estime M. Glaser, Paul Kagame, qui avait adressé une invitation personnelle à son homologue français François Hollande, n’était "sans doute pas très heureux que le chef de l’Etat français se fasse représenter par sa ministre de la Justice".

Voir enfin:

L’honneur de la France
Alain Juppé
5 avril 2014

Je connais trop les exigences de la « realpolitik » pour ne pas comprendre la prudence de la ligne diplomatique que suit la France depuis plusieurs années dans sa relation avec le Rwanda. Ce pays joue un rôle économique et politique important dans la région des Grands Lacs et en Afrique en général. Nous avons eu raison de choisir la voie de la réconciliation avec ses dirigeants.

Mais pas à n’importe quel prix! Pas au prix de la falsification de l’histoire qui ne cesse de se propager à l’encontre de la France, de ses dirigeants politiques, de ses diplomates et de son Armée.

En écrivant cela je ne pense pas au récent libelle publié à Bordeaux et dont je suis la cible unique, comme si, à la date des faits, il n’y avait pas eu un Président de la République, et , successivement, deux Premiers Ministres, deux Ministres des Affaires Etrangères et deux Ministres de la Défense. Je m’attendais à ce que la « Juppémania » ambiante déclenche les coups bas.

Mais ce n’est plus de cela qu’il s’agit désormais. C’est d’une inacceptable mise en cause de la France par le Président du Rwanda, qui dans un article à paraître dimanche dans Jeune Afrique accuse notre pays d’avoir organisé et encouragé le génocide, d’en avoir été complice et même acteur.

Ces accusations, on le sait, sont totalement infondées. La mission parlementaire présidée en 1998 par Paul Quilès et dont le rapporteur était Bernard Cazeneuve, actuel ministre de l’Intérieur, a apporté un éclairage rigoureux sur les événements. M.Quilès en résumait ainsi le contenu dans un article publié le 11 septembre 2009 dans « International et défense »: « Cessons de diaboliser la France ».

Il est rigoureusement faux que la France ait aidé en quelque manière les auteurs du génocide à préparer leur forfait. Bien au contraire avant mars 1993 (date de prise de fonction du gouvernement Balladur) comme après cette date, notre pays a tout fait pour pousser à la réconciliation des deux camps. Il a efficacement oeuvré à la conclusion des accords d’Arusha qui posaient les bases de cette réconciliation et qui ont été salués positivement par M. Kagamé lui-même.

Il est rigoureusement faux que la France n’ait pas dénoncé le déclenchement du génocide en le qualifiant en ces termes même. Mes déclarations publiques en font foi, en mai 1994, au conseil des ministres des affaires étrangères de l’Union Européenne comme à l’Assemblée Nationale.

Quand aux accusations portées contre notre Armée, elles sont tout simplement honteuses. Nos soldats ont exécuté strictement la mission qui leur avait été assignée par le gouvernement, en application d’une résolution très précise du Conseil de sécurité des Nations Unies. Ils l’ont fait avec le courage et la discipline qui les caractérisent. Je me souviens de l’accueil enthousiaste que leur ont réservé les centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants qu’ils ont protégés.

Sans doute subsiste-t-il encore des zones d’ombre sur cette période tragique. Malgré les investigations de l’ONU, de la justice française, de la justice espagnole, on ne sait toujours pas qui sont les auteurs de l’attentat contre l’avion qui transportait le Président Habyarimana et le Président du Burundi le 6 avril 1994 . C ‘est le lendemain de cet attentat qu’ont commencé les massacres de 800 000 Tutsi (et Hutu modérés). En connaître les auteurs serait de première importance pour comprendre l’enchaînement des faits. On peut espérer, comme la mission Quilès, que « la vérité fera peu à peu son chemin. C’est ainsi que le souvenir des victimes du génocide ne se confondra pas avec les intérêts de ceux qui prétendent parler en leur nom ».

En attendant que vienne la vérité, on ne peut tolérer la véritable entreprise de falsification historique qui veut faire porter à la France la culpabilité du génocide.

La communauté internationale a failli, c’est un fait. Elle a été incapable de prévenir et d’arrêter le génocide. Mais la communauté internationale, ce n’est pas la France seule. C’est le Conseil de sécurité des Nations Unies dont Kofi Annan qui dirigeait alors le Département des Opérations de Maintien de la Paix a décrit plus tard la paralysie. Il écrit: « Les Français ont poussé dès le début des négociations d’Arusha pour qu’une force de l’ONU soit déployée au Rwanda en soutien de l’accord de paix. Hormis côté français, il y avait au début peu d’appétence chez les membres permanents du Conseil de sécurité pour mandater une nouvelle force de maintien de la paix… » Plus loin, il ajoute: « Nous devons reconnaître que le monde a échoué face au mal. La communauté internationale et les Nations Unies n’ont pu mobiliser la volonté politique de l’affronter. » La « communauté internationale » , ce sont aussi les Etats-Unis, très influents dans la région et dont le Président Clinton lui-même a reconnu l’inaction. Ce sont aussi les pays européens dont certains avaient des responsabilités historiques dans la région. La France a été la seule puissance à agir.

Il serait aujourd’hui intolérable que nous soyons désignés comme les principaux coupables. J’appelle le Président de la République et le gouvernement français à défendre sans ambiguïté l’honneur de la France, l’honneur de son Armée, l’honneur de ses diplomates.

Voir enfin:

1. La présence française à la limite de l’engagement direct

RAPPORT D’INFORMATION
MISSION D’INFORMATION(1) DE LA COMMISSION DE LA DÉFENSE NATIONALE ET DES FORCES ARMÉES ET DE LA COMMISSION DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES, sur les opérations militaires menées par la France, d’autres pays et l’ONU au Rwanda entre 1990 et 1994.

Président
M. Paul QUILÈS,
Rapporteurs
MM. Pierre BRANA et Bernard CAZENEUVE
Députés

a) L’engagement sur le terrain

Procéder à des opérations d’instruction, réaliser une assistance technique militaire en temps de paix ne pose pas de problèmes particuliers en termes de principes. Intervenir sur la base d’un accord de défense ou en vertu d’un engagement politique aux côtés d’un Etat auquel un autre Etat souhaite apporter son soutien dans le cas d’une agression extérieure, ne soulève pas non plus de questions d’ordre éthique. Il s’agit là d’un jeu classique d’alliances exprimant tel ou tel équilibre politique.

Que l’agression ne puisse être véritablement caractérisée comme une agression extérieure, que le pays qui la subit soit lui-même auteur ou complice d’exactions graves sur ses propres populations en représailles aux offensives qui le menacent et la situation devient dès lors beaucoup plus complexe. Comment peut-on alors concevoir une aide et un engagement extérieurs qui ne soient pas perçus comme un engagement direct ? Autrement dit, la seule présence militaire française sur le terrain, prolongée après les dernières évacuations des ressortissants français à Ruhengeri fin janvier 1991, ne signifie-t-elle pas, lorsqu’elle devient aussi déterminante sur l’issue des combats, que la France s’est trouvée à la limite de l’engagement direct, même si elle n’a pas participé aux combats aux côtés des FAR, comme le firent pendant quelques jours, en octobre 1990, les forces armées zaïroises ?

L’activité des instructeurs et formateurs du DAMI Panda a constitué une source de polémique portant principalement sur le degré d’engagement personnel des instructeurs aux côtés des personnels rwandais en formation. Le Général Jean Varret, ancien chef de la MMC, a fait état devant la Mission des possibles divergences d’interprétation des consignes par les personnels du DAMI Panda.

Il a précisé à la Mission qu’il s’était déplacé en mai 1992 au Rwanda et que des rumeurs existaient en France sur le comportement du DAMI Panda. Il a fait remarquer que “ sur place, il se trouvera toujours des hommes pour se vanter d’actions qu’ils auraient aimé réaliser mais qu’ils n’ont en réalité pas faites ”. La Mission a par ailleurs reçu des informations selon lesquelles les militaires français étaient très fortement impliqués sur le terrain, qu’ils se disaient que l’ennemi, venu d’Ouganda, menaçait les ressortissants français et que, dans un tel contexte, étant donné la faible compétence de l’armée rwandaise, il n’est pas absurde de penser que certains aient pu aider à régler les tirs de certaines armes d’artillerie comme les mortiers.

Le Général Jean Varret a confirmé à la Mission que “ des instructeurs-pilotes se trouvaient à bord d’hélicoptères Gazelle envoyés sur place aux côtés des Rwandais et qu’ils n’avaient pas été engagés. Ils n’étaient présents que pour faire de l’instruction de pilotage et de tir. ” Il a également affirmé que “ les troupes françaises n’avaient pas arrêté l’offensive du FPR en octobre 1990 ”.

En réponse aux nombreuses questions des membres de la Mission portant sur un éventuel engagement des personnels du DAMI Panda auprès des FAR dans la guerre que celles-ci menaient contre le FPR, les responsables du DAMI, interrogés par la Mission, ont précisé qu’il n’entrait pas dans les missions du DAMI Panda de participer à des actions armées.

Le Lieutenant-Colonel Jean-Jacques Maurin a fait remarquer qu’en près de trois ans et demi de présence française au Rwanda, entre 3 500 et 4 000 soldats français s’y sont succédé et que pas une seule perte n’a été enregistrée à l’exception des personnels français de l’avion présidentiel, des deux coopérants assassinés le 8 avril et d’un adjudant-chef du 8ème RPIMA qui, à l’issue d’un cross de cohésion de sa compagnie autour de l’hôtel Méridien à Kigali, a été victime d’une crise cardiaque.

Les propos du Colonel Didier Tauzin, qui a lui aussi commandé le DAMI Panda, permettent de mieux comprendre la confusion possible sur le rôle des hommes du détachement. Il a précisé que, dans la mesure où l’armée rwandaise était, au départ, dans une position défensive, la situation sur le théâtre imposait une proximité des instructeurs. Il a ainsi indiqué que, très souvent, en offensive, les troupes se répartissent dans la profondeur, c’est-à-dire qu’un bataillon motorisé de 800 hommes se répartit éventuellement sur une quinzaine de kilomètres, mais qu’en défensive, l’armée se doit d’être soudée et la profondeur du dispositif est forcément réduite. Il a analysé que, si la logistique est assez loin derrière, à un ou deux kilomètres maximum selon le terrain, les troupes elles-mêmes opèrent sur cinq cents mètres. En conséquence, selon lui, même si l’instruction se déroule à l’arrière, elle se situe inévitablement à proximité du front.

Il a souligné que sur le terrain, il n’y avait jamais plus de cinquante hommes, éparpillés dans les montagnes, avec une forte végétation sur 250 kilomètres de front et que, quand les artilleurs faisaient de l’instruction, ils n’étaient pas au pied de la pièce en train de tirer, mais se trouvaient à l’arrière. Il a également indiqué qu’éventuellement, si l’artilleur local était “ perdu dans ses comptes ”, ceux-ci l’aidaient, mais pour se retirer ensuite à l’arrière, et fait valoir qu’il était hors de question de procéder autrement, compte tenu des consignes données par le chef d’état-major des armées.

Enfin, s’agissant d’une éventuelle acquisition du renseignement par des commandos de recherche et d’action en profondeur français (CRAP), le Général Jean Rannou, ancien Chef du Cabinet militaire du ministère de la Défense, a regretté que l’on assimile en permanence ce que font les gens à l’idée que l’on a de ce qu’ils font et a précisé que si les DAMI se trouvaient effectivement près de la frontière nord, aucun ordre d’intervention n’y a jamais été donné, car cela ne correspondait pas au rôle des troupes françaises.

Si les missions du DAMI Panda sont clairement délimitées par les directives de l’état-major, force est de constater qu’un doute peut peser sur leurs modalités d’exécution. Certes, l’absence de victime dans les rangs du DAMI conforte le principe du non-engagement des militaires français aux côtés des FAR. En effet, alors que le conflit entre les FAR et le FPR a fait de très nombreuses victimes dans l’armée rwandaise, un engagement physique des éléments français aux côtés du FAR se serait inévitablement traduit par quelques pertes ou blessures dans les rangs du personnel du DAMI.

Par ailleurs, l’une des missions du DAMI était l’acquisition du renseignement et l’on constate que parmi l’ensemble des messages militaires envoyés par l’attaché de Défense à l’état-major des armées dressant un panorama de la situation militaire sur le terrain, aucun ne porte trace de renseignements ayant une qualification d’origine et de degré de certitude permettant de l’attribuer à une observation directe de militaires français dans la zone de combat.

Toutefois, la Mission ne peut totalement écarter l’idée qu’un instructeur français aurait pu, pour des raisons diverses, apporter ponctuellement un concours plus effectif lors de l’aide au maniement d’une pièce de mortier ou dans une autre situation, malgré les consignes diffusées par l’état-major des armées, tant il paraît difficile, en situation critique, de déterminer la limite exacte au delà de laquelle l’instruction et la formation pourraient être assimilées à un engagement réel. Cette ambiguïté apparaît consubstantielle à la notion d’assistance opérationnelle en temps de crise ou de guerre.

Si la France n’est pas allée aux combats, elle est toutefois intervenue sur le terrain de façon extrêmement proche des FAR. Elle a, de façon continue, participé à l’élaboration des plans de bataille, dispensé des conseils à l’état-major et aux commandements de secteurs, proposant des restructurations et des nouvelles tactiques. Elle a envoyé sur place des conseillers pour instruire les FAR aux maniement d’armes perfectionnées. Elle a enseigné les techniques de piégeage et de minage, suggérant pour cela les emplacements les plus appropriés.

Cette présence auprès des FAR s’est-elle doublée d’une participation des militaires français à des opérations de police et de maintien de l’ordre ? Les militaires français ont-il procédé à des vérifications d’identité ?

b) Les contrôles d’identité

La présence de militaires français du détachement Noroît devait satisfaire au double objectif contradictoire d’être à la fois discrète et visible. D’après les ordres d’opération, il convient d’adopter une attitude discrète, de limiter les déplacements au strict nécessaire, de n’accorder aucun entretien à la presse sans autorisation du Chef d’état-major des Armées.

Mais, en même temps, la simple présence des soldats de Noroît s’est révélée dissuasive et sécurisante. De la vient que les autorités rwandaises aient souhaité leur maintien, parce que les militaires français, en tenue française à la différence des personnels coopérants de la MAM, étaient visibles à Kigali et dans un rayon d’une dizaine de kilomètres autour de la capitale. Les entrées et les sorties de la ville étaient soumises à des contrôles effectués à des “ barrières ” par la Gendarmerie rwandaise. Les militaires français ont-ils procédé à de telles opérations ? De nombreuses critiques ont été faites à ce sujet. Devant la Mission, M. Jean-Hervé Bradol s’est déclaré “ particulièrement choqué par la part que prenaient les militaires français à certaines fonctions de police dans le pays, notamment le contrôle routier à la sortie nord de Kigali ” précisant que, soit les militaires français restaient postés dans leur guérite en observant les militaires rwandais, soit ils examinaient eux-mêmes les papiers, comme il en fut témoin en juin-juillet 1993.

Sur le contrôle direct opéré par les militaires français, le Général Dominique Delort s’est exprimé devant la Mission. Il a indiqué que les deux axes principaux Byumba-Kigali au nord et Ruhengeri-Kigali à l’ouest étaient particulièrement fréquentés et qu’il était difficile de positionner des unités au nord de la ville sans avoir des renseignements sur ces grands axes menant à la capitale.

Il a précisé qu’il avait alors décidé d’installer sur chacun de ces axes, à quelques kilomètres de l’entrée de la ville, deux points de contrôle, tenus par des soldats français les trente-six premières heures, avant que soient obtenus du Chef d’état-major des FAR les gendarmes rwandais pour assurer eux-mêmes le contrôle.

Sur la réalité du contrôle, les dires de M. Jean-Hervé Bradol sont bien confirmés ; en revanche, il semble qu’il ait commis une erreur de date, puisque le Général Dominique Delort, alors Colonel, a été désigné commandant des opérations en février-mars 1993, soit quelques mois plus tôt. Sous son commandement, plusieurs ordres d’opérations ont été établis. L’ordre de conduite n° 5, daté du 12 février 1993 prévoit, en cas de rupture du cessez-le-feu, de “ jeter un dispositif d’observation sur les axes nord… et de reconnaître les positions d’arrêt dans cette zone, dans un rayon de 5 km, en vue d’une éventuelle action d’arrêt ultérieure ”. La 4ème compagnie Noroît doit notamment à cet effet surveiller les débouchés des axes : Ruhengeri/Kigali et Gitarama/Kigali à l’ouest ; Byumba/Kigali au nord ; les points de passage obligé sur l’axe Muhazi/Kigali, et se trouver en mesure d’interdire ces débouchés sur préavis d’une heure.

La mise en place du dispositif de surveillance prévu par l’ordre de conduite est extrêmement précise :

— position d’observation du volume du groupe :

— point OSCAR – secteur ouest : à hauteur virage piste Murehe ;

— point CHARLIE – secteur centre : mouvement de terrain ;

— point ECHO – secteur est : carrefour pistes :

— de nuit, resserrement du dispositif au plus près des axes (volume : 1 binôme en sonnette) ;

— relève des postes toutes les 72 heures.

· Quant à l’ordre de conduite n° 7 du 20 février 1993, il prévoit, pour parer à toute tentative d’infiltration du FPR ou tout risque d’arrivée en masse de populations sur la capitale, qui menacent de compromettre la sécurité dans Kigali, donc la sécurité des ressortissants français, la mise en place, le 20 février à 16 heures, d’un dispositif de contrôle, destiné à :

“ — empêcher tout élément FPR de franchir :

- à l’ouest, le débouché des axes Ruhengeri/Kigali et Gitarama/Kigali,

- au nord, le débouché de l’axe Byumba/Kigali à hauteur de la sucrerie ;

— Pour cela, renseigner en avant et à l’est du dispositif par le DAMI, en liaison avec FAR,

- premier temps : mettre en place immédiatement un dispositif d’arrêt de compagnie sur les débouchés cités,

- deuxième temps : renforcer la défense de l’aéroport et du dispositif de protection des ressortissants ”.

· L’ordre d’opération n° 3 du 2 mars 1993 indique que le renseignement s’étend jusqu’à 10 km de la capitale et qu’il convient de surveiller les accès nord et ouest en faisant un effort du nord-ouest au nord-est, et d’être en mesure de les interdire temporairement.

Puis il est précisé : “ pour conserver toute liberté d’action dans la ville :

— en permanence maintenir un dispositif de contrôle dans la zone d’intérêt, sous forme de patrouille et de check-points en liaison avec la Gendarmerie rwandaise ;

— sur ordre, être en mesure de basculer sur un dispositif d’arrêt temporaire, tout en déclenchant le plan d’évacuation ”.

Ces instructions sont ensuite explicitées à l’attention de chacune des compagnies présentes sur le terrain, qui doit être en mesure :
pour le 2/8 RPIMA – de surveiller dans un rayon de 10 km entre Gihogwe et pont de la briqueterie inclus ;
- d’interdire les axes Ruhengeri/Kigali et axe Gitarama/Kigali.
pour le CEA/21 RIMA – de surveiller dans un rayon de 10 km entre Gihogwe exclu et la ligne Kabubu et Nouba inclus ;
- d’interdire l’axe Byumba à la hauteur de la sucrerie.
pour la SML 2/68e RA

(section de mortiers lourds)
- de surveiller sous forme de patrouilles la zone d’intérêt entre Nouba exclus et Rusoro inclus – effort à l’est ;
- sur ordre, d’appuyer l’action d’arrêt des unités à l’extérieur.

· Les règles de comportement sur les “ check-points ” prévoient :

— un dispositif limité au volume d’une équipe ;

— une action limitée au soutien de la Gendarmerie rwandaise chargée des opérations de contrôle ;

— la remise de tout suspect, armement ou document saisis à la disposition de la Gendarmerie rwandaise.

Vis-à-vis de la presse et du GOMN, il est précisé :

— aucune interview – accès des positions interdit ;

— laisser effectuer des prises de vues sans les faciliter ;

— orienter tout journaliste vers l’ambassade de France.

Il ressort de l’ensemble de ces éléments que les forces françaises ont, entre février et mars 1993, mis en place, sur ordre de l’état-major des armées, un dispositif de surveillance des accès de Kigali très développé, prêt à se transformer éventuellement en interdiction d’accès dans de très brefs délais, afin d’assurer l’évacuation des ressortissants français, mais aussi de prévenir les infiltration du FPR.

Cette surveillance active, sous forme de patrouille et de “ check-points ”, même si elle s’effectue en liaison avec la Gendarmerie rwandaise, conduit incontestablement à pratiquer des contrôles sur les personnes. Si les règles de comportement aux “ check-points ” font référence à la “ remise de tout suspect, armement ou documents saisis à la disposition de la Gendarmerie rwandaise ”, on voit mal comment une telle procédure peut avoir lieu si préalablement il n’y a pas eu une opération de contrôle d’identité ou de fouille.

Comment, dans ces conditions, définir “ l’action limitée au soutien de la Gendarmerie rwandaise chargée des opérations de contrôle ” si ce n’est sous la forme d’une coopération ? Comment expliquer enfin les consignes interdisant l’accès des positions à la presse et au GOMN, sinon par l’existence d’un engagement des forces françaises dans des opérations de police qui sont, par principe, du ressort des autorités nationales et qu’il était préférable de ne pas mettre en évidence ?

c) L’interrogation des prisonniers

De nombreuses affirmations et rumeurs ont circulé à ce sujet, notamment dans la presse.

Au cours de son audition, le Colonel Bernard Cussac a souhaité faire le point sur cette question et a déclaré qu’il avait été le seul et unique militaire français à avoir rencontré des prisonniers militaires. Il a indiqué qu’il avait voulu ainsi, en les rencontrant, non seulement montrer aux militaires rwandais que les prisonniers militaires étaient susceptibles de fournir des renseignements intéressants pour mieux conduire les opérations militaires futures, mais surtout faire œuvre humanitaire en offrant à ces derniers un sauf-conduit pour la vie.

Dans un message qu’il adresse le 31 juillet 1991 (n° 202) à ses supérieurs hiérarchiques ainsi qu’au cabinet du Ministre de la Défense et au ministère de la Coopération, le Colonel Bernard Cussac précise qu’il était accompagné du Lieutenant-Colonel Gilles Chollet, commandant le DAMI, ce qui contredit légèrement sa déclaration devant la Mission. Il fait ensuite état, dans ce message, du déroulement de l’entretien par les officiers rwandais et indique qu’il demande au commandant rwandais de faire soigner le prisonnier, le Lieutenant Aroni Bagambana.

La Mission a par ailleurs eu communication d’une liste d’une vingtaine de prisonniers entendus par les FAR établie à la date du 12 août 1991.

Ce document montre à la fois la jeunesse des soldats du FPR, certains d’entre eux ayant seulement 14 ou 16 ans, la plupart autour d’une vingtaine d’années, mais aussi le manque d’expérience de ces combattants qui, pour la moitié d’entre eux, à peine engagés au FPR se retrouvent quelques jours plus tard capturés par les FAR, alors que l’autre moitié faisait partie de la NRA.

A propos d’interrogatoires musclés de prisonniers du FPR, auxquels les militaires français auraient assisté, Mme Alison Des Forges a, lors de son audition, indiqué que M. James Gasana avait fait état de la présence d’agents français au centre de documentation, endroit bien connu pour être le lieu de torture de la Gendarmerie et de la police rwandaise. Surpris par une telle affirmation, le Président de la Mission a demandé des vérifications à la suite desquelles Mme Alison Des Forges a reconnu dans un courrier adressé à la Mission qu’elle s’était trompée.

2. Les livraisons d’armes

Cette question a fait l’objet de nombreuses affirmations, souvent imprécises, parfois inexactes. La Mission n’entend pas sur ce problème épuiser la réalité du sujet et notamment elle ne prétend pas, s’agissant du trafic d’armes, élucider tous les cas évoqués à travers différents articles ou ouvrages, de marchés parallèles ou de livraisons effectuées au moment des massacres, en avril 1994, ou après la déclaration d’embargo des Nations Unies le 17 mai 1994.

Sur la base des informations qu’elle a pu obtenir, la Mission a cherché d’abord à faire précisément le point sur les livraisons d’armes de la France au Rwanda réalisées dans un cadre légal entre 1990 et le 8 avril 1994, date à laquelle toute exportation a été suspendue. Ce travail qui n’avait pu être entrepris jusqu’à présent, faute d’éléments disponibles, lui a paru nécessaire, car il permet, en complément des différents développements qui viennent d’être présentés, de mieux comprendre la dimension de l’engagement de la France au Rwanda.

a) Les procédures applicables à l’exportation de matériels de guerre

L’exportation des matériels de guerre s’effectue en deux étapes. Il est tout d’abord nécessaire d’obtenir de la commission interministérielle pour l’étude des exportations de matériel de guerre (CIEEMG) un agrément préalable qui peut être délivré, soit pour les prospections de marchés, soit pour les négociations de contrats, soit pour les ventes d’armement. L’obtention de l’agrément “ vente ” de la CIEEMG ne vaut pas pour autant autorisation d’exportation. L’industriel qui a signé un contrat de vente d’équipements, d’armes ou de munitions doit ensuite obtenir, pour les exporter, une autorisation d’exportation des matériels de guerre (AEMG) auprès de la délégation générale pour l’armement du ministère de la Défense.

Après avis favorable du ministère de la Défense et du ministère des Affaires étrangères, l’AEMG est accordée par le SGDN, service directement rattaché au Premier Ministre. L’autorisation est valable un an ; elle est revêtue d’un numéro de douane. L’AEMG est exigée à l’appui de la déclaration d’exportation, lors du passage en douane ; elle est ensuite imputée en quantité et en valeur lors de chaque opération, car un contrat bénéficiaire d’une AEMG peut être exécuté en plusieurs livraisons.

Une attestation de passage en douane (APD), transmise par les services des douanes à la direction de la protection et de la sécurité du ministère de la Défense, permet de contrôler l’utilisation des AEMG et de s’assurer des livraisons effectives.

Cette procédure à deux niveaux s’applique aussi bien pour les contrats de vente commerciaux que pour les cessions directes de matériels de guerre.

Les cessions directes peuvent être réalisées à titre onéreux ou à titre gratuit. Elles consistent, à partir d’une demande d’un Etat étranger, à prélever sur les stocks des armées les matériels souhaités. A la différence des contrats commerciaux, il ne s’agit pas d’armes neuves. Les cessions à titre gratuit doivent être autorisées expressément par le Ministre de la Défense, les cessions à titre onéreux ne nécessitent pas une telle autorisation. En cas de cession directe, la procédure est plus rapide, puisque les deux étapes de l’obtention de l’agrément de la CIEEMG et de la délivrance de l’AEMG se confondent. Dans les faits, bien souvent les cessions directes s’effectuent sans qu’il y ait une AEMG ni même délivrance d’une régularisation postérieure de la procédure. Le Rwanda n’a pas échappé à cette pratique.

b) La livraison d’armes au Rwanda par la France
de 1990 à 1994

LES AGRÉMENTS DÉLIVRÉS PAR LA CIEEMG

Valeur en millions de francs
50 19 116 191 48 122 44 1
Source : ministère de la Défense

L’année 1994 n’est pas significative, puisque le dernier agrément délivré par la CIEEMG concernant des ventes de matériels de guerre au Rwanda remonte au 20 janvier 1994.

(1) Les autorisations d’exportation de matériels de guerre (AEMG)

· Les AEMG au Rwanda, de 1990 à 1994, ont porté principalement sur les matériels suivants :
Armes

· Exprimées en valeur, les AEMG représentent sur la période du 1er janvier 1990 au 6 avril 1994, date de la dernière AEMG, un total d’environ 137 millions de francs ainsi répartis :

(2) Les cessions directes

· Les cessions directes de matériels de guerre au Rwanda, de 1990 à 1994, ont concerné principalement les matériels suivants :

Les cessions directes onéreuses ont porté essentiellement sur l’achat de munitions -cartouches de 90mm à obus explosif, obus explosifs de mortiers de 120mm- de matériels et vêtements -tentes, parkas, parachutes…- et de pièces de rechange pour hélicoptères Alouette II. Les cessions directes à titre gratuit ont concerné, outre des matériels similaires à ceux décrits ci-dessus, des radars Rasura, des mitrailleuses, des canons de 105mm, c’est-à-dire des matériels plus importants et plus coûteux.

Dans l’ensemble, ces cessions directes, à titre gratuit comme à titre onéreux, n’ont que très rarement fait l’objet d’une AEMG et ont été réalisées directement.

Parmi les opérations de cessions directes bénéficiant d’une AEMG, on trouve l’exportation de 6 radars Rasura, de 50 mitrailleuses de 12,7 mm, de pièces de rechange pour Alouette II, de cartouches à obus explosifs de 90 mm. Soit 5 opérations sur 36 au total.

31 cessions directes d’armes et munitions au Rwanda ont donc été réalisées sans respect des procédures, mais cette situation, qui n’est pas propre au Rwanda, ne peut donc être retenue comme illustrative d’une quelconque spécificité. Il y a cependant là une question de principe, qui méritait d’être soulignée.

· En valeur, les cessions directes représentent un total d’environ 42 millions de francs ainsi répartis.

Les pics que constituent les années 1992 et 1993 montrent que les cessions directes d’armements prélevés sur les stocks de l’armée se sont réalisées à une période où se déroulaient sur le terrain des affrontements violents (offensives de Byumba en 1992 et de Ruhengeri en 1993) et où se tenaient en parallèle les négociations d’Arusha.

c) La politique de la France de 1990 à 1994

La France a livré des armes au Rwanda mais elle n’a pas répondu systématiquement à ses demandes. Quelques heures après l’offensive du 1er octobre 1990, le Président Juvénal Habyarimana demande assistance à la France et souhaite notamment que lui soit fourni un appui aérien. Le Général Jean Varret, entendu par la Mission, a déclaré que cette demande du Président rwandais d’un appui-feu Jaguar “ lui était apparue hors de propos ” et a indiqué lui avoir répondu que “ ce n’était pas là le but de l’action de la France ”, mais que “ cette demande avait néanmoins été transmise à Paris ”.

Cet appui-feu ne sera pas accordé au Rwanda, au grand regret du Président Juvénal Habyarimana, qui a insisté à plusieurs reprises, n’hésitant pas à forcer le trait en allant jusqu’à dire, le 6 octobre, que son armée devait faire face à “ des masses d’assaillants … dont beaucoup sont drogués ”, puis le 7 octobre “ que la phase diplomatique est dépassée et que si les avions français n’interviennent pas sous 24 ou 36 heures, Kigali ne pourra pas tenir ”.

La transformation des graves incidents survenus dans Kigali dans la nuit du 4 au 5 octobre à l’instigation de Tutsis ou de sympathisants de la cause FPR, en attaque de la capitale par des éléments du FPR venus de l’extérieur, participe incontestablement du même désir d’obtenir de la France cet appui-feu aérien “ aussi rapide que discret et efficace ”.

Il apparaît également que la France, tout en procédant à des livraisons d’armes ou de munitions, en aurait conditionné l’utilisation à des moments stratégiques dans l’évolution du conflit. Telle est notamment l’analyse faite par M. James Gasana, ancien Ministre rwandais de la Défense, devant la Mission. Selon lui, la France considérait que le Gouvernement rwandais ne pourrait concevoir la nécessité d’une négociation politique avec le FPR que si ce dernier prenait possession d’une partie du territoire.

M. James Gasana a déclaré que la France avait pour cela permis au FPR en mai 1992 de conquérir une partie de la commune de Muyumba, les commandes passées à la France n’ayant pas été livrées à temps. Sur cette affaire, un télégramme diplomatique, daté du 12 mars 1992, de l’ambassade de France à Kigali indique que le Général Jean Varret, lors de son audience avec le Président Juvénal Habyarimana, a rappelé les efforts faits par la France pour répondre à des demandes de munitions dont la fourniture avait été retardée pour des raisons strictement administratives et techniques. M. James Gasana a également précisé “ qu’en juin 1992, alors que les forces rwandaises venaient d’acquérir des obusiers français de 105 mm, la France leur en a refusé l’utilisation alors que les FAR étaient en mesure de reprendre le contrôle des hauteurs des communes du Kiyombe et Kivuye. La perte de ces hauteurs dont le FPR conservera le contrôle sera un des facteurs déterminants de la suite de la guerre. L’autorisation d’agir ne sera donnée que lorsque, après avoir décidé d’acheter des obusiers 125 mm à l’Egypte, les instructeurs égyptiens arriveront à Kigali ”.

M. James Gasana a par ailleurs souligné que les prix des armes légères françaises étaient supérieurs à ceux pratiqués par la concurrence. La législation rwandaise sur les marchés publics adoptée en 1992 exigeant au moins trois offres par lot de commande, la France ne figurait pas parmi les plus gros fournisseurs.

Compte tenu des informations dont la Mission a disposé, il est certain que l’Afrique du Sud figure en bonne place parmi les fournisseurs du Rwanda en armement et met par la même occasion le Rwanda en situation de violation de la convention 558 du 13 décembre 1984 qui déclare l’embargo à l’encontre de l’Afrique du Sud, avec laquelle théoriquement il est interdit de commercer.

En revanche, il paraît plus difficile de souscrire à l’analyse de M. James Gasana, estimant qu’en 1992, la France aurait volontairement et indirectement laissé le FPR progresser territorialement dans la mesure où la France a apporté régulièrement au Rwanda de 1990 à 1994 un soutien en matériel, armements et munitions. Le fait que certaines demandes comme l’appui-feu aérien aient été refusées ne contredit pas cet état de fait mais signifie simplement que, compte tenu du dimensionnement de l’armée rwandaise, une telle demande a semblé inappropriée.

L’étude des AEMG de 1990 à 1994, confrontée aux informations fournies par la Direction générale des douanes sur la même période, permet de dire que l’ensemble des matériels de guerre dont l’exportation a été autorisée ont été effectivement livrés au Rwanda.

Ainsi, deux postes de tir pour missile Milan fournis par Euromissile ont bénéficié d’une AEMG le 29 mai 1990 et sont passés en douane le 4 juillet 1990.

En 1991, l’Office général de l’air reçoit pour des rechanges d’hélicoptères Gazelle, Alouette et Ecureuil une autorisation d’exportation le 18 décembre 1991 qui seront exportés le 8 avril 1992, d’après les statistiques douanières.

En 1992, Eurocopter reçoit une autorisation d’exportation datée du 27 janvier portant sur trois hélicoptères Gazelle SA 342 avec des capabilités d’armement (parties fixes et mobiles pour canon-lance roquettes et canon axial) et des pièces de rechanges. Le marché représentant environ 42 millions de francs s’effectuera en plusieurs fois entre le 22 avril et le 6 novembre 1992. Les trois hélicoptères Gazelle ont été exportés aux dates suivantes : 22 avril 1992, 1er juillet 1992, 9 octobre 1992.

Ce marché correspond à une commande passée par le Gouvernement rwandais le 20 avril 1991 qui à l’époque souhaitait donner la priorité en matière d’armement aux hélicoptères de combat. Il faut rappeler à ce sujet qu’un hélicoptère Gazelle avait été abattu en octobre 1990 par le FPR.

La France a d’autre part assuré le suivi de cette livraison puisque plusieurs AEMG ultérieures concernent des pièces de rechange de ces hélicoptères Gazelle qui seront notamment exportées en 1993 par l’Office général de l’air ou la société Eurocopter.

Outre les matériels conventionnels classiques, la France a également livré au Rwanda via la société Thomson-CSF de nombreux équipements de cryptophonie avec accessoire et maintenance, plusieurs centaines d’émetteurs-récepteurs, dont certains portatifs, ainsi que quatre postes téléphoniques numériques de haute sécurité TRC 7700 exportés le 4 mai 1992 d’après les statistiques douanières.

Les livraisons d’armes et de matériel vont se poursuivre après l’offensive sur Byumba menée en juin 1992 et la conclusion d’un accord de cessez-le -feu signé en juillet 1992 à Arusha, constituant le point de départ des négociations du même nom. L’ouverture des négociations d’Arusha que la France soutient activement sur un plan diplomatique, ne constitue pas aux yeux du ministère des Affaires étrangères un élément nouveau susceptible de modifier l’environnement contractuel des commandes d’armes et de munitions passées par le Rwanda.

Ainsi le 12 août 1992, le Quai d’Orsay considère-t-il que les termes de l’accord d’Arusha ne sont pas de nature à remettre en cause la cession de 2 000 obus de 105 mm, de 20 mitrailleuses de 12,7 mm et de 32 400 cartouches.

Les autorités françaises ont par ailleurs tenu à ce que les forces armées rwandaises soient toujours régulièrement approvisionnées en munitions lors des différentes offensives sérieuses menées par le FPR.

Ainsi en février 1993, alors que le détachement Noroît vient d’être renforcé d’une compagnie des EFAO en raison de l’aggravation de la situation sur le terrain, l’état-major des armées rappelle à l’attaché de défense qu’il lui revient de “ faire en sorte que l’armée rwandaise ne se trouve pas en rupture de stocks de munitions sensibles… et que les livraisons aux FAR de matériels militaires s’effectuent dans la plus grande discrétion ”.

De fait, dans la chronologie qu’il établit dans son rapport de fin de mission, le Colonel Philippe Tracqui, commandant le détachement Noroît pour la période allant du 8 février 1993 au 21 mars 1993, note “ vendredi 12 février 1993 : poser d’un DC8 avec 50 mitrailleuses 12,7 mm plus 100 000 cartouches pour les FAR. Mercredi 17 février 1993 : poser d’un Boeing 747 avec déchargement discret par les FAR d’obus de 105 mm et de roquettes de 68 mm (Alat) ”.

Les livraisons d’armes et de munitions, jointes à l’opération d’assistance opérationnelle menée quelques jours plus tard à partir du 23 février par le Lieutenant-Colonel Didier Tauzin, permettront aux FAR de redresser spectaculairement la situation en une quinzaine de jours face au FPR.

La France n’est pas la seule à fournir des armes aux FAR. L’Afrique du Sud, l’Egypte, la Russie ou Israël comptent aussi parmi les fournisseurs du Rwanda. D’après les relevés établis par les militaires français présents au Rwanda -commandant des opérations ou attaché de défense- des livraisons de matériels de guerre ont été régulièrement effectuées par ces pays dès l’offensive d’octobre 1990.

Le 4 décembre 1990, le Ministre de la Défense rwandais commande à l’Egypte trois Gazelle roquettes ainsi que des munitions et à l’URSS du matériel d’artillerie sol-sol et sol-air.

Le 15 juillet 1991, le chargé d’affaires russe indique à l’attaché de défense français que le Rwanda a passé commande à titre onéreux à son pays de 50 mortiers, 6 obusiers, 30 mitrailleuses et de missiles SA 16 dont le nombre n’est pas précisé, ainsi que des munitions correspondant à ces armements. Le chargé d’affaires russe indique que la commande est prête à livrer sous réserve de la confirmation du Rwanda qui devra alors verser une provision.

En avril et mai 1992, plusieurs rotations d’appareils en provenance d’Afrique du Sud ou d’Egypte livrent aux FAR des munitions, essentiellement des cartouches et des obus.

Début novembre 1992, l’attaché de défense recense l’arrivée de 7 avions cargo sud-africains qui livrent à nouveau des mortiers, des mitrailleurs, des fusils, grenades… et indique que c’est dans un cadre défensif que ces achats ont été réalisés, car dans l’hypothèse d’une reprise du conflit sur l’ensemble du front, les stocks permettent aux FAR de tenir au mieux quinze jours. Il relève également des livraisons de munitions par Israël à cette même période.

La presse a par ailleurs fait état d’une violation par la France de l’embargo posé par elle le 8 avril et par l’ONU le 17 mai. Il est ainsi reproché à la SOFREMAS, société française d’exploitation de matériels et systèmes d’armement contrôlé par l’Etat d’avoir rompu l’embargo en procédant à des livraisons via Goma au Zaïre. De même, la société Luchaire, dépendant à 100 % de Giat Industries, aurait également procédé par ce biais à des livraisons.

Dans son rapport de mai 1995, Human Rights Watch indique avoir appris du personnel de l’aéroport et d’un homme d’affaires local que cinq convois étaient arrivés à Goma en mai et juin 1994 contenant de l’armement et des munitions venant de France et destinés aux FAR.

Sur ces différents points, la Mission n’a pas pu recueillir à ce jour d’éléments probants, en dépit des demandes qu’elle a formulées pour obtenir, notamment de l’association Human Rights Watch, copie des documents ou bordereaux relatifs à la SOFREMAS et trouvés au Zaïre dans un bus abandonné près de Goma.

En revanche, sur la livraison d’armes effectuée par l’Egypte en 1992 et qui aurait reçu la caution bancaire du Crédit Lyonnais, son Président Jean Peyrelevade a adressé au Président de la Mission les précisions suivantes “ les recherches auxquelles nous nous sommes livrés font apparaître que l’ambassade d’Egypte auprès du Royaume-Uni disposait d’un compte à notre agence de Londres, de même que les forces armées égyptiennes auprès de notre agence du Caire. Mais ni dans une agence, ni dans l’autre, il n’a été identifié aucune implication par voie de garantie ou de crédit documentaire dans l’exécution du contrat sur lequel vous m’interrogez ”.

L’élément de preuve sur lequel s’appuie l’association Human Rights Watch pour déceler la présence de la France derrière l’Egypte n’est que la reproduction d’un contrat sans en-tête et non signé qui vise effectivement trois parties, le Gouvernement rwandais dit “ l’acheteur ”, le Gouvernement égyptien dit “ le fournisseur ” et la caution bancaire dite “ la banque ” qui reste non identifiée, puisque la version anglaise laisse même apparaître un blanc à côté du nom de la banque. Dans ces conditions, il est apparu difficile à la Mission de tirer de ces quelques éléments des conclusions définitives.

De façon générale, qu’il y ait eu du trafic d’armes incontrôlé, cela est plus que probable si l’on se réfère par exemple aux transactions menées par la société Dyl-Invest. Comme l’a fait remarquer M. Ahmedou Ould-Abdallah à la Mission, l’Afrique est aujourd’hui remplie d’armes venues du trafic et, selon lui, il est illusoire de prétendre pouvoir un jour arriver à contrôler et sanctionner ces flux illicites.

En revanche, la violation de l’embargo et les exportations illégales d’armements, qui auraient été connues des autorités françaises et qu’elles auraient laissé se produire n’ont pas été démontrées.

On sait au contraire que les fournisseurs ayant “ pignon sur rue ” se sont, pour certains, posé des questions quant à la nécessité, avant même le prononcé de l’embargo par la France, de poursuivre certaines livraisons. Ainsi la Mission a-t-elle eu connaissance du fait que la société Thomson-Brandt s’est interrogée sur le bien fondé de la livraison de 2 000 obus supplémentaires au Rwanda en février 1994.

La question a enfin été soulevée de la livraison éventuelle, après la décision d’embargo, de pièces de rechange pour des hélicoptères Alouette II.

D’après les documents actuellement en sa possession, la Mission juge que cette exportation s’est faite avant l’embargo, même si cette cession onéreuse a connu une procédure compliquée.


Cherchez l’erreur: Seuls neuf monuments du 11 septembre hors EU pour plus de 90 nations touchées et zéro au Moyen-orient hors Israël (Only nine 9/11 memorials outside of US and zero in the Middle east outside of Israel)

5 avril, 2014
9/11 Living Memorial Plaza (Ramot, Jerusalem, Israel)
911 debris (Caen, France)
911 Monument (Copenhagen, Denmark)911 monument, Irelandhttp://web.archive.org/web/20060928073137im_/http://www.omnidecor.net/media/news/news_memoriaeluce.jpg NZ911 Pentagon memorial (Patch Barracks, Stuttgart/Vaihingen)Si le monde vous hait, sachez qu’il m’a haï avant vous. (…) S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi. Jésus (Jean 15: 18, 20)
Voici, je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. Soyez donc prudents comme les serpents, et simples comme les colombes … Vous serez haïs de tous, à cause de mon nom … Le disciple n’est pas plus que le maître, ni le serviteur plus que son seigneur. Il suffit au disciple d’être traité comme son maître, et au serviteur comme son seigneur. S’ils ont appelé le maître de la maison Béelzébul, à combien plus forte raison appelleront-ils ainsi les gens de sa maison! Ne les craignez donc point; car il n’y a rien de caché qui ne doive être découvert, ni de secret qui ne doive être connu. Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le en plein jour; et ce qui vous est dit à l’oreille, prêchez-le sur les toits. Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et qui ne peuvent tuer l’âme … Jésus (Matthieu 10: 16-28)
Tout pays du monde a un ou plusieurs événements à déplorer dont son peuple demeure à jamais marqué. Toute famille vit aussi des tragédies ou la perte d’êtres chers qui laissent sur elle des marques permanentes. Pourtant, l’Histoire a rarement vu une série d’évènements et de tragédies d’une telle ampleur être vécue simultanément par des personnes du monde entier et se dérouler sous leurs yeux. La plupart d’entre nous nous souviendrons toujours du lieu où nous étions lorsque nous avons d’abord été informés des attentats terroristes du 11 septembre puis que nous en avons été les témoins. Ronald K. Noble (Interpol, 2009)
As we approach the 10th anniversary of the murder of thousands of citizens from more than 90 countries, I keep asking myself whether we are finally safe from the global terror threat. Since those shocking attacks of 9/11, the death of Osama bin Laden, the elimination of terrorist training camps in Afghanistan and the concentrated international pressure on Al Qaeda have reshaped the nature of the threat confronting us. We’ve seen terror attempts foiled by a combination of heightened security and awareness, improved intelligence gathering, robust enforcement by police and prosecutors, quick actions by an observant public and sheer luck: the “Detroit Christmas plot,” the “shoe bomber,” the Times Square bomber. Yet we’ve also seen appalling carnage in Bali, Casablanca, Kampala, London, Madrid, Moscow and Mumbai and throughout Afghanistan, Iraq and Pakistan. Tragically, this list is far from exhaustive. In my official visits to 150 countries, I have witnessed first-hand the transformation from the post-9/11 single-minded focus by governments and law enforcement on Al Qaeda and foreign-born terrorists, to today’s concerns about foreign criminals generally, and cybercrime and security more specifically. The question as we look forward, therefore, is how can we protect our countries from Al Qaeda’s remaining elements and from other emerging serious criminal threats on the horizon? What has become clear to me is that unprecedented levels of physical and virtual mobility are both shaping and threatening our security landscape. With more people traveling by air than ever before — one billion international air arrivals last year with national and international air passenger figures estimated to reach around three billion by 2014 — I see the systematic screening of the passports and names of those crossing our borders as a top priority. Citizens now submitted to stringent physical security checks in airports worldwide would be incredulous to learn that 10 years after 9/11, authorities today still allow one-out-of-two international airline passengers to cross their borders without checking whether they are carrying stolen or lost travel documents. Yet all the evidence shows us that terrorists exploit travel to the fullest, often attempting to conceal their identity and their past by using aliases and fraudulent travel documents. This global failure to properly screen travelers remains a clear security gap, all the more deplorable when the information and technology are readily available. Currently, less than a quarter of countries perform systematic passport checks against Interpol’s database, with details of 30 million stolen or lost travel documents. This failure puts lives at risk. But preventing dangerous individuals from crossing borders at airports is only half the challenge. At a time when global migration is reaching record levels — there were an estimated 214 million migrants in 2010 — I see a need for migrants to be provided biometric e-identity documents that can be quickly verified against Interpol’s databases by any country, anytime and anywhere. Verification prior to the issuance of a work or residence permit would facilitate the efficient movement of migrants while enhancing the security of countries. Virtual mobility also throws up its own security challenges. In 2000, less than 400 million individuals were connected to the Internet; an estimated 2.5 billion people will be able to access the net by 2015. Extensive use of the Internet and freely accessible email accounts allowed Khalid Shaikh Mohammed, the principal architect of 9/11, to communicate quickly and effectively with co-conspirators. A decade later, we see the same power targeting new generations to radicalize and spawn “lone wolf” terrorists. The trial in Germany of a young man who blamed online jihadist propaganda for the double murder he committed is just one recent example. I believe that the Internet has replaced Afghanistan as the terrorist training ground, and this should concern us the most. Ronald K. Noble (Interpol, 2011)
More than 90 countries lost citizens in the attacks on the World Trade Center, the Pentagon and in Shanksville, Pennsylvania, where a hijacked jet crashed into a field. In all, nearly 3,000 people were killed, including 60 police officers and 343 firefighters who responded to the scene in New York City. US State department
Excluding the 19 perpetrators, 373 foreign nationals representing more than 12% of the total number of deaths perished in the attacks, the majority being British, Indian, and Dominican. Wikipedia
Officially named Le Mémorial de Caen, un musée pour la paix – "The Caen Memorial, a Museum for Peace," the Caen Memorial is regarded as the best World War II museum in France. With over 6,000,000 visitors since it opened, it is the second most visited site in Normandy after Mont-St-Michel. Established in 1988, the Caen Memorial focuses on the events leading up to and after D-Day (Jour J). Visitors walk through an excellent five-part presentation: the lead-up to World War II; the Battle of Normandy; two powerful video presentations; the Cold War; and the ongoing movement for peace. The last section includes a Gallery of Nobel Peace Prizes, celebrating such figures as Andrei Sakharov, Elie Wiesel and Desmond Tutu. The museum also includes exhibits on other failures and triumphs of peace, such as September 11 and the fall of the Berlin Wall. The Caen Memorial is the only place outside of the U.S. (as of 2004) that displays remnants of the 9/11 attacks. Mémorial de Caen
The 9/11 Living Memorial Plaza is a cenotaph located on a hill in Arazim Valley of Ramot, northern site of East Jerusalem. The plaza, built on 5 acres (2.0 ha), is to remember and honor the victims of the 9/11 attacks. The cenotaph measures 30 feet and is made of granite, bronze and aluminum. It takes the form of an American flag, waving and transforming into a flame at the tip. A piece of melted metal from the ruins of the Twin Towers forms part of the base on which the monument rests. A glass pane over the metal facilitates viewing. The names of the victims, including five Israeli citizens, are embedded on the metal plate and placed on the circular wall. The monument is strategically located within view of Jerusalem’s main cemetery, Har HaMenuchot. The folded part of the flag is reminiscent of the collapse of the towers in a cloud of dust. The flag morphs into a six-meter high memorial flame representative of a torch. It is the only monument outside of the United States which lists the names of the nearly 3,000 victims of the 9/11 attacks. The cenotaph was designed by award-winning artist Eliezer Weishoff. It was commissioned by the Jewish National Fund (JNF/KKL) at a cost of ₪ 10 million ($2 million). The inauguration ceremony was held on 12 November 2009 with representation from the US Ambassador to Israel, James B. Cunningham, members of the Israeli Cabinet and legislature, family of victims and others. Mémorial du 11 septembre de Jérusalem

Afrique du sud, Allemagne, Argentine, Australie, Bangladesh, Belgique, Bermudes, Biélorussie, Brésil, Canada, Chili, Chine, Colombie, Congo, Corée du sud, Côte d’ivoire, R. Dominicaine, Equateur, Espagne, Ethiopie, France, Ghana, Guyane, Haïti, Hong Kong, Honduras, Inde, Indonésie, Irlande, Israël, Italie, Jamaïque, Japon, Jordanie, Liban, Lituanie, Malaisie, Mexique, Moldavie, Nouvelle Zélande, Nigeria, Ouzbekistan, Pays-Bas, Pakistan, Paraguay, Pérou, Philippines, Pologne, Portugal, Roumanie, Royaume-Uni, Russie, Salvador, Suède, Suisse, Taïwan, Trinidad et Tobago, Ukraine, Venezuela, Yougoslavie …

Alors que le monde s’apprête à commémorer le 20e anniversaire du plus grand génocide d’après-45 …

Où le Monde libre est resté largement indifférent …

Et où hélas le pays autoproclamé des droits de l’homme a même eu sa part toujours impunie et sera, significativement, représenté à Kigali par une maitresse-menteuse

Pendant qu’aux Etats-Unis mêmes un Prédateur-en-chef en panne de popularité propose un dernier nettoyage de printemps des fonds de tiroir de son prédécesseur via le rapport du Sénat sur les méthodes d’interrogatoire musclées de la CIA post-11-Septembre …

Retour sur le plus grand massacre international de l’histoire récente …

Qui fera, quasiment en direct pour des millions de téléspectateurs sur la planète entière, près de 3 000 victimes et touchera plus de 90 nations de par le monde …

Mais qui, étrangement si l’on en croit le site 9/11 memorials (hélas pas à jour), ne verra la création, hors Etats-Unis, que de neuf monuments dans le monde (dont un seul en France à Caen) …

Dont aucun – surprise ! – au Moyen-Orient hors Israël !

Le Secrétaire Général d’INTERPOL revient sur « l’autre crise mondiale » à l’occasion de l’anniversaire de l’attentat à la bombe de 1993 contre le World Trade Center

Ronald K. Noble

Interpol

26 février 2009

Cette Lettre ouverte du Secrétaire Général Ronald K. Noble a été publiée à 12 h 18, heure de New York, soit exactement l’heure à laquelle un camion piégé a explosé devant le World Trade Center le 26 février 1993.

LYON (France) – Alors que les dirigeants du monde entier se débattent toujours contre la pire crise financière que nous connaissions depuis sept décennies, je voudrais attirer l’attention sur une autre crise mondiale qui, dans un certain sens, a commencé à cette même date, il y a 16 ans : le premier attentat terroriste contre le World Trade Center perpétré par Al-Qaïda.

Aussi choquant qu’il ait pu être, cet attentat a été perçu par une bonne partie de l’opinion internationale comme un acte isolé – aussi marquant par ce en quoi il avait échoué que par son bilan – et non comme le premier signe avant-coureur d’une menace qui changerait pour toujours la face de la sécurité mondiale.

Le 11-Septembre, avec la mort de milliers d’Américains et de citoyens de 91 autres pays, l’insouciance devait céder la place à une prise de conscience mondiale de la menace que constituait Al- Qaida. Cet attentat a galvanisé INTERPOL et ses 187 pays membres.

Pourtant, les mesures de sécurité mises en place après l’attentat terroriste de 1993 n’ont pas empêché les attaques contre la même cible 102 mois plus tard. Et 90 mois seulement se sont écoulés depuis le 11-Septembre.

De nombreux autres attentats ont eu lieu en Afrique, en Asie et en Europe, et le nombre inquiétant de catastrophes évitées de peu depuis laisse à penser qu’en Amérique aussi, « la marge de sécurité se réduit au lieu d’augmenter » comme l’a sobrement indiqué la Commission fédérale des États-Unis sur la prévention de la prolifération des armes de destruction massive et du terrorisme dans son rapport publié en décembre dernier. La Commission a conclu que lors du prochain attentat – et certains éléments portent à croire qu’il y en aura un autre – Al-Qaïda pourrait choisir l’arme nucléaire ou biologique.

En 1993 comme le 11-Septembre, il était manifeste que le principal maillon faible en matière de sécurité était le bastion afghan d’Al-Qaïda, où les terroristes étaient entraînés. Les États-Unis et ses alliés ont donc lancé leur « guerre contre la terreur » d’abord en Afghanistan, puis en Iraq puis de nouveau en Afghanistan.

Le réel danger que représente actuellement Al-Qaïda en dehors de l’Iraq et de l’Afghanistan demeure un danger face auquel les armées sont mal équipées et que les gouvernements ont été lents à mesurer, quels que soient la force, le courage et l’ampleur de leur sacrifice. C’est pourquoi nous devons employer la même quantité de ressources, la même attention et la même énergie que celles consacrées aux armées à donner les moyens d’agir à la communauté policière internationale.

Et il faut le faire dès à présent. Lorsqu’un conflit classique s’achève, les troupes rentrent chez elles, et commence alors le long processus de la reconstruction. Il en va tout autrement avec les terroristes internationaux liés à Al-Qaïda. Ce qui les motive ne s’effacera pas avec la signature d’un cessez-le-feu ou d’un traité de paix. Ils dirigeront sur d’autres cibles leur haine et leur désir de tuer des innocents.

La plus grosse difficulté en matière de sécurité à laquelle nous soyons confrontés aujourd’hui est la mobilité des terroristes. C’est aussi celle à laquelle il est le plus facile de remédier, par un mélange de volonté gouvernementale au niveau national et de coopération policière multilatérale par l’intermédiaire d’INTERPOL.

À l’heure actuelle, plus de 800 millions de voyageurs internationaux franchissent les frontières sans que leur passeport fasse l’objet de vérifications dans la base de données mondiale d’INTERPOL, qui contient près de 10 millions d’enregistrements sur des passeports déclarés volés ou perdus, et cela bien que le cerveau du premier attentat contre le World Trade Center soit entré aux États-Unis en utilisant un passeport iraquien volé.

INTERPOL a suivi 14 affaires différentes de migration clandestine d’Iraquiens voyageant avec de faux passeports au cours des deux dernières années. Au total, 74 passeports de dix pays européens ont été utilisés, dont seulement 24 avaient été enregistrés dans la base de données d’INTERPOL sur les documents de voyage volés ou perdus, la seule de ce type qui existe au monde. Les ressortissants iraquiens ont été arrêtés aux frontières de trois pays différents.

Dans l’une de ces affaires, le même Iraquien a été intercepté à trois reprises sur une période de trois mois, à chaque fois en possession d’un passeport volé différent d’un pays européen. Même si rien ne prouve que les personnes arrêtées se déplaçaient pour commettre des actes de terreur, il est très facile d’imaginer que les membres d’une cellule terroriste puissent recourir aux mêmes filières pour entrer dans des pays à des fins bien plus sinistres qu’une demande d’asile.

Il convient également de prendre en compte les autres points noirs importants de la sécurité mondiale :

Aujourd’hui, des terroristes sont régulièrement poursuivis et condamnés sans que leurs empreintes digitales soient prises et diffusées au niveau international, et cela bien que la comparaison d’empreintes soit le principal moyen d’établir leur véritable identité.

Aujourd’hui, des terroristes présentant des liens avec Al-Qaïda s’évadent de prison sans que les pays soient alertés ou que des mandats d’arrêt internationaux soient délivrés, et cela bien que nombre de ces évadés tentent de frapper encore. Sur au moins 13 hommes d’Al-Qaïda qui se sont échappés d’une prison au Yémen en février 2006, six ont participé par la suite à des attentats terroristes de grande ampleur.

Aujourd’hui, n’importe quel terroriste peut ouvrir un compte dans une banque étrangère en présentant un passeport frauduleux sans que la banque soit en mesure de vérifier s’il a été déclaré volé, et cela bien que nous sachions que « suivre la piste de l’argent » est une méthode efficace pour mettre au jour les réseaux terroristes internationaux.

Aujourd’hui, un terroriste pris en train d’essayer d’entrer dans un pays au moyen d’un passeport volé ou frauduleux est simplement renvoyé par avion à son point de départ ou autorisé à poursuivre son voyage.

Si nous ajoutons à cela la dévastation que pourrait causer un attentat terroriste à l’arme nucléaire ou biologique dans les cinq prochaines années, comme l’a prédit la Commission sur la prévention de la prolifération des armes de destruction massive et du terrorisme, il nous faut bien conclure que l’heure n’est plus à l’insouciance.

Ce mois-ci, une vidéo a commencé à circuler dans laquelle le professeur koweïtien Abdallah Nafisi exprime ouvertement son espoir de voir les partisans d’Al-Qaïda mener à bien des attaques biologiques sur tout le territoire des États-Unis ou faire exploser une centrale nucléaire dans ce pays et ôter la vie à quelque 300 000 innocents.

Si certes la perspective des pertes en vies humaines et des destructions que causerait un nouvel attentat devrait suffire à elle seule à justifier que l’on s’intéresse de nouveau à ce que peut faire la police pour empêcher Al-Qaïda de commettre de tels actes, nous ne devons pas oublier pour autant les conséquences certaines et catastrophiques qui s’ensuivraient inévitablement sur l’économie.

Le coût des attentats du 11-Septembre a été colossal mais l’économie mondiale, à cette époque, était forte ; une récidive aujourd’hui, avec une économie mondiale qui chancèle, pourrait être désastreuse.

Aussi, à l’heure où toute l’attention est centrée sur la crise économique mondiale, j’encouragerais nos dirigeants à ne pas oublier ce qui a permis le premier attentat contre le World Trade Center et à écouter plutôt les conseils de la Commission sur la prévention de la prolifération des armes de destruction massive et du terrorisme : « Si la communauté internationale n’agit pas de façon résolue et de toute urgence, il est plus que probable qu’une arme de destruction massive sera utilisée pour commettre un attentat terroriste quelque part dans le monde d’ici la fin de 2013 ».

Il est temps d’unir nos forces et de redéployer nos ressources afin d’aider à colmater les brèches dans le dispositif de sécurité et à empêcher les futurs attentats terroristes du type de celui que le professeur Abdallah Nafisi a prédit et en comparaison desquels, selon lui, les attentats du 11-Septembre et par conséquent celui de 1993 contre le World Trade Center ne seraient rien.

Voilà quelle est l’autre crise mondiale que nous sommes bien trop nombreux à continuer d’ignorer.

Voir aussi:

Preventing the Next 9/11

Ronald K. Noble

International Herald Tribune

05 septembre 2011

As we approach the 10th anniversary of the murder of thousands of citizens from more than 90 countries, I keep asking myself whether we are finally safe from the global terror threat.

Since those shocking attacks of 9/11, the death of Osama bin Laden, the elimination of terrorist training camps in Afghanistan and the concentrated international pressure on Al Qaeda have reshaped the nature of the threat confronting us.

We’ve seen terror attempts foiled by a combination of heightened security and awareness, improved intelligence gathering, robust enforcement by police and prosecutors, quick actions by an observant public and sheer luck: the “Detroit Christmas plot,” the “shoe bomber,” the Times Square bomber.

Yet we’ve also seen appalling carnage in Bali, Casablanca, Kampala, London, Madrid, Moscow and Mumbai and throughout Afghanistan, Iraq and Pakistan. Tragically, this list is far from exhaustive.

In my official visits to 150 countries, I have witnessed first-hand the transformation from the post-9/11 single-minded focus by governments and law enforcement on Al Qaeda and foreign-born terrorists, to today’s concerns about foreign criminals generally, and cybercrime and security more specifically.

The question as we look forward, therefore, is how can we protect our countries from Al Qaeda’s remaining elements and from other emerging serious criminal threats on the horizon?

What has become clear to me is that unprecedented levels of physical and virtual mobility are both shaping and threatening our security landscape. With more people traveling by air than ever before — one billion international air arrivals last year with national and international air passenger figures estimated to reach around three billion by 2014 — I see the systematic screening of the passports and names of those crossing our borders as a top priority.

Citizens now submitted to stringent physical security checks in airports worldwide would be incredulous to learn that 10 years after 9/11, authorities today still allow one-out-of-two international airline passengers to cross their borders without checking whether they are carrying stolen or lost travel documents.

Yet all the evidence shows us that terrorists exploit travel to the fullest, often attempting to conceal their identity and their past by using aliases and fraudulent travel documents.

This global failure to properly screen travelers remains a clear security gap, all the more deplorable when the information and technology are readily available. Currently, less than a quarter of countries perform systematic passport checks against Interpol’s database, with details of 30 million stolen or lost travel documents. This failure puts lives at risk.

But preventing dangerous individuals from crossing borders at airports is only half the challenge. At a time when global migration is reaching record levels — there were an estimated 214 million migrants in 2010 — I see a need for migrants to be provided biometric e-identity documents that can be quickly verified against Interpol’s databases by any country, anytime and anywhere. Verification prior to the issuance of a work or residence permit would facilitate the efficient movement of migrants while enhancing the security of countries.

Virtual mobility also throws up its own security challenges. In 2000, less than 400 million individuals were connected to the Internet; an estimated 2.5 billion people will be able to access the net by 2015.

Extensive use of the Internet and freely accessible email accounts allowed Khalid Shaikh Mohammed, the principal architect of 9/11, to communicate quickly and effectively with co-conspirators.

A decade later, we see the same power targeting new generations to radicalize and spawn “lone wolf” terrorists. The trial in Germany of a young man who blamed online jihadist propaganda for the double murder he committed is just one recent example.

I believe that the Internet has replaced Afghanistan as the terrorist training ground, and this should concern us the most.

Cyberspace can be both a means for, and a target of terrorism and crime, undermining the critical infrastructure of governments and businesses. Yet until now there has been no meaningful effort to prepare countries to tackle this global threat in the future.

This is why Interpol’s 188 member countries unanimously approved the creation in Singapore of a global complex to better prepare the world to fight cybercrime and enhance cybersecurity.

So as we honor the memories of those who perished 10 years ago, it is time to ask ourselves if we have done all that we can to prevent another 9/11 or other serious attack. A great deal has been done to make us all safer, but far too little to make sure that we are safe from the global terror and criminal threat.

If we act today, in 10 years’ time, we may not just be catching up after the latest attack, we may have prevented it.

Ronald K. Noble is Secretary General of INTERPOL.


Délinquance numérique: Ne cliquez pas si vous aimez Jésus (There shall arise false Christs: How your love for Jesus can help scammers)

2 avril, 2014
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/2/29/Luca_signorelli%2C_cappella_di_san_brizio%2C_predica_e_punizione_dell%27anticristo_01.jpg/800px-Luca_signorelli%2C_cappella_di_san_brizio%2C_predica_e_punizione_dell%27anticristo_01.jpgIl s’élèvera de faux Christs et de faux prophètes; ils feront de grands prodiges et des miracles, au point de séduire, s’il était possible, même les élus. Voici, je vous l’ai annoncé d’avance. Si donc on vous dit: Voici, il est dans le désert, n’y allez pas; voici, il est dans les chambres, ne le croyez pas. Jésus (Matthew 24: 24)
Que dirait-on si, dans un pays qui n’est pas la France, le principal adversaire du pouvoir en place, sur la base de soupçons que rien n’est venu étayer, était durant des mois surveillé, géolocalisé, espionné jusque dans les conversations qu’il entretient avec son propre avocat? On fustigerait fermement la dérive policière de ce triste régime, et l’on aurait raison. Que dirait-on si, dans une République moins «exemplaire» que celle dont Mme Taubira se veut la virulente égérie, le gouvernement, pris en flagrant délit de tentative d’élimination d’un rival politique, ne trouvait à opposer à l’évidence de ses turpitudes qu’un lamentable brouet de contradictions et de contrevérités? On dénoncerait hautement un scandale d’État, et l’on aurait raison. Mais nous sommes en France, et Mme Taubira peut «les yeux dans les yeux» mentir éhontément en direct à ses concitoyens et plaider deux jours plus tard le simple «malentendu». Nous sommes en France, et M. Valls peut prétendre, sans déclencher un ouragan de rires, qu’il a appris dans le journal - lui, l’homme censément le mieux informé de France - ce que ses subordonnés mobilisés par dizaines pour les écoutes et les perquisitions savaient pour certains depuis des mois! Nous sommes en France, et M. Hollande jurera ses grands dieux, comme dans l’affaire Cahuzac, qu’évidemment il ne savait rien, mais rien de rien, de ce que savaient ses ministres et le premier d’entre eux… sans doute parce que, comme le dit Mme Taubira, on n’aura pas voulu «l’importuner» avec une affaire d’aussi piètre importance. Alexis Brezet
If it sounds too good to be true, don’t click on it. If it’s something that’s obviously geared toward tugging on the heartstrings, check it out first. Tim Senft
Facebook will NOT donate money to any cause based on the number of likes or shares that a photo receives. Several photos of injured or sick children and animals are circulating on Facebook claiming that Facebook will donate a certain amount of money for each like or share the photo receives. Please do not share these photos with your friends. So many people have the mentality of, “What if it’s real.” Although they have good intentions, they probably don’t realize that spreading these photos can be painful to the parents and families of the children exploited by these hoaxes. Many of the children have passed, and imagine how devastating it would be for the parent to see the likeness of their child being misused in this way. Facecrooks
Often, Facebook pages are created with the sole purpose of spreading viral content that will get lots of likes and shares. Once the page creators have piled up hundreds of thousands of likes and shares, they’ll strip the page and promote something else, like products that they get a commission for selling. Or, they may turn around and sell the page through black-market websites to someone who does the same. It’s a way to trick Facebook’s algorithm, which is designed to give more value to popular pages than the ones, like scams and spam, that pop up overnight. "The more likes and shares and comments and that sort of thing you have, the more likely it is to be seen by other people," Senft said. "If they’re looking to sell the page in a black-hat forum somewhere, that’s what the value of the page is." Sometimes, the threat is more direct. The "new" page may be used to spread malware — software that attacks the user’s computer — or for phishing, the act of trying to gather credit card numbers, passwords or other personal information through links to phony giveaways or contests. Simply liking a post, or the page itself, can’t spread a virus or phish a user. But malicious Facebook apps can, as can external links that page owners may choose to share to their followers. If the page owner has access to Facebook’s developer tools, they can collect data on the people who like the page. Personal information like gender, location and age can be used to target more personalized attacks. The kind of posts used run a gamut from cute to tasteless, from manipulative to misleading. (…) "It’s anything that’s going to kind of tug at the heartstrings: the sick kids, the animal abuse, acting like it’s some kind of pet shelter," Senft said. "That’s the bad part with the scammers. They hit people where they’re vulnerable, play on their emotions." CNN
Célébrité à la réputation sulfureuse, sexe, scènes insolites… Les ingrédients pour fabriquer un article "prêt à partager" ne sont pas particulièrement originaux. Avec son titre aguicheur et sa photo suggestive, "Mon ex a posté; 21 photos de moi nue sur Facebook" a été particulièrement partagé sur le réseau social lors du week-end du 30 mars 2014. La pratique n’est pas récente. Au printemps 2011, le site PCInpact faisait état de la circulation ultra-rapide d’une vidéo frauduleuse appelée "Une femme complètement bourrée lors d’un jeu TV", hébergée par le bien nommé cdrole.fr (qui a fermé depuis). Aux Etats-Unis, des vidéos comme "Oh mon Dieu, je déteste Rihanna maintenant que j’ai vu cela" ou "EXCLU : la preuve que Lady Gaga est un homme" ont connu un relatif succès en mars 2012, rapporte ZDNet.com (en anglais). Que se passe-t-il si je clique dessus ? Dans tous les cas, vous n’aurez pas accès immédiatement à la vidéo croustillante que vous mourez d’envie de voir. Pour "Mon ex a posté 21 photos de moi nue sur Facebook", un avertissement ressemblant à un message de Facebook vous demandera de fermer deux fenêtres avant d’arriver enfin sur l’article. Pour, semble-t-il, prouver que vous êtes âgé de plus de 13 ans. Le problème, c’est que le bouton "Fermer" – le seul sur lequel il est possible de cliquer – ne ferme pas vraiment la fenêtre. En inspectant le code HTML de zzub.fr (ci-dessous), qui héberge l’article, on s’aperçoit qu’il s’agit d’un bouton "J’aime" déguisé. Il vous fera "liker" à votre insu des pages Facebook comme "Les pires montages", "Humour adulte +18" ou encore "Les photos prises au bon moment". Les pages en question raflent ainsi des centaines de milliers de fans sans que vous ne le remarquiez. Créée vendredi 28 mars, la page intitulée "Humour adulte +18" a ainsi accumulé en un peu plus d’un week-end près de 220 000 "J’aime", soit autant que celle de francetv info en deux ans et demi d’existence. Le tout sans avoir publié le moindre contenu D’autres sites frauduleux utilisent cette méthode, appelée "clickjacking", pour placer un bouton "J’aime" invisible sur le bouton "Play" d’une vidéo racoleuse, comme le notait en mars 2011 le blog MyCommunityManager.fr. Mais quel est l’intérêt de me faire "aimer" ces pages ? Gagner de l’argent. "Une fois que les créateurs de la page auront amassé des centaines de milliers de ‘J’aime’ et de partages, ils pourront la renommer et l’utiliser pour faire de la publicité, par exemple pour des produits sur lesquels ils toucheront une commission", explique CNN.com (en anglais). "Ils pourront aussi se débarrasser de la page en question en la revendant à quelqu’un d’autre", bien que cette méthode soit strictement interdite par Facebook, poursuit le site américain. D’autres arnaqueurs peuvent avoir des intentions encore plus malveillantes, ajoute CNN. Ils peuvent utiliser la page pour faire la promotion d’un site de "phishing". Les victimes sont alors redirigées vers une contrefaçon d’un site connu, comme celui d’une banque. Les internautes sont ensuite invités à remplir un formulaire, qui permettra aux escrocs de mettre la main sur les coordonnées bancaires de leurs victimes. Vincent Matalon

Au lendemain d’un 1er avril qui a eu comme d’habitude son lot de canulars et fausses nouvelles …

Et à l’heure où avec le dernier jeu de chaises musicales de son gouvernement, la France de Valls et Taubira repart comme si de rien n’était pour un nouveau tour de mensonges

Retour, avec le site spécialisé des fraudes numériques Facecrooks et Vincent Matalon, sur certaines des techniques des arnaqueurs numériques telles que le likefarming (pêche au j’aime) ou click jacking (détournement de clic) …

A qui votre amour immodéré de la chose ou de Jésus (comme vos instincts de bon samaritain ou de saint-bernard) peuvent rapporter gros …

"Mon ex a posté 21 photos de moi nue sur Facebook", ou comment repérer un article sur lequel il ne faut pas cliquer
Des articles aux titres aguicheurs circulent régulièrement sur le réseau social. Ces contenus viraux visent à faire "aimer" des pages à l’insu des utilisateurs.

Vincent Matalon

FranceTV info

01/04/2014

"Nabilla : son incroyable transformation physique !", "PHOTO. Rihanna choque tout le web en se mettant entièrement nue sur un rappeur, regardez !" Il y a de fortes chances que l’un de vos amis Facebook ait partagé un de ces articles durant le week-end du dimanche 30 mars.

Vous avez peut-être vous-même essayé de cliquer dessus. Qui pourrait vous le reprocher ? Le titre était mystérieux, l’image accrocheuse… Pourtant, derrière ces articles qui circulent à vitesse grand V sur Facebook se cachent souvent des arnaques qui peuvent rapporter gros à leurs auteurs. Francetv info vous explique comment.

A quoi ressemblent les articles frauduleux ?

Tous ces contenus ont pour point commun d’être hébergés par des sites dont personne n’a entendu parler, et d’avoir un titre et une photo racoleurs au possible, afin d’inciter le petit démon qui sommeille en vous à cliquer dessus, "juste pour voir". Célébrité à la réputation sulfureuse, sexe, scènes insolites… Les ingrédients pour fabriquer un article "prêt à partager" ne sont pas particulièrement originaux.

L’article suivant, hébergé par un site appelé zzub.fr, a ainsi été particulièrement partagé samedi et dimanche.

Avec son titre aguicheur et sa photo suggestive, "Mon ex a posté; 21 photos de moi nue sur Facebook" a été particulièrement partagé sur le réseau social lors du week-end du 30 mars 2014.
La pratique n’est pas récente. Au printemps 2011, le site PCInpact faisait état de la circulation ultra-rapide d’une vidéo frauduleuse appelée "Une femme complètement bourrée lors d’un jeu TV", hébergée par le bien nommé cdrole.fr (qui a fermé depuis).

Aux Etats-Unis, des vidéos comme "Oh mon Dieu, je déteste Rihanna maintenant que j’ai vu cela" ou "EXCLU : la preuve que Lady Gaga est un homme" ont connu un relatif succès en mars 2012, rapporte ZDNet.com (en anglais).
Que se passe-t-il si je clique dessus ?

Dans tous les cas, vous n’aurez pas accès immédiatement à la vidéo croustillante que vous mourez d’envie de voir. Pour "Mon ex a posté 21 photos de moi nue sur Facebook", un avertissement ressemblant à un message de Facebook vous demandera de fermer deux fenêtres avant d’arriver enfin sur l’article. Pour, semble-t-il, prouver que vous êtes âgé de plus de 13 ans.

Le problème, c’est que le bouton "Fermer" – le seul sur lequel il est possible de cliquer – ne ferme pas vraiment la fenêtre. En inspectant le code HTML de zzub.fr (ci-dessous), qui héberge l’article, on s’aperçoit qu’il s’agit d’un bouton "J’aime" déguisé. Il vous fera "liker" à votre insu des pages Facebook comme "Les pires montages", "Humour adulte +18" ou encore "Les photos prises au bon moment".

Les pages en question raflent ainsi des centaines de milliers de fans sans que vous ne le remarquiez. Créée vendredi 28 mars, la page intitulée "Humour adulte +18" a ainsi accumulé en un peu plus d’un week-end près de 220 000 "J’aime", soit autant que celle de francetv info en deux ans et demi d’existence. Le tout sans avoir publié le moindre contenu

D’autres sites frauduleux utilisent cette méthode, appelée "clickjacking", pour placer un bouton "J’aime" invisible sur le bouton "Play" d’une vidéo racoleuse, comme le notait en mars 2011 le blog MyCommunityManager.fr.

Mais quel est l’intérêt de me faire "aimer" ces pages ?

Gagner de l’argent. "Une fois que les créateurs de la page auront amassé des centaines de milliers de ‘J’aime’ et de partages, ils pourront la renommer et l’utiliser pour faire de la publicité, par exemple pour des produits sur lesquels ils toucheront une commission", explique CNN.com (en anglais). "Ils pourront aussi se débarrasser de la page en question en la revendant à quelqu’un d’autre", bien que cette méthode soit strictement interdite par Facebook, poursuit le site américain.

D’autres arnaqueurs peuvent avoir des intentions encore plus malveillantes, ajoute CNN. Ils peuvent utiliser la page pour faire la promotion d’un site de "phishing". Les victimes sont alors redirigées vers une contrefaçon d’un site connu, comme celui d’une banque. Les internautes sont ensuite invités à remplir un formulaire, qui permettra aux escrocs de mettre la main sur les coordonnées bancaires de leurs victimes.

Que puis-je faire si j’ai cliqué sur un de ces articles ?

Pas de panique. Rendez-vous vite sur Facebook pour inspecter les pages que vous avez récemment "aimées". Pour cela, allez sur votre profil, puis cliquez sur "historique personnel". C’est ici :

Dans la colonne de gauche, cliquez ensuite sur "Mentions J’aime", puis sur "Pages et intérêts". Vous pourrez ainsi passer en revue les différentes pages que vous avez aimées au fil de votre activité sur Facebook.

Une fois que vous avez identifié une page à laquelle vous êtes abonné à votre insu, ne cliquez pas immédiatement sur le petit crayon et "Je n’aime plus". Passez d’abord votre souris dessus, et signalez-la à Facebook. L’équipe de modération du réseau social pourra ainsi la supprimer si de nombreuses alertes lui parviennent.
En signalant une page frauduleuse Facebook, le réseau social pourra la supprimer. En signalant une page frauduleuse à Facebook, le réseau social pourra la supprimer.


Voir aussi:

On Facebook, clicking ‘like’ can help scammers
Doug Gross
CNN
January 22, 2014

(CNN) — It’s an image that tugs at the heartstrings. A smiling 7-year-old girl poses in her cheerleading uniform, circled by a ring of pompons, her bald head a telltale sign of her chemotherapy treatments.

The photo hit Facebook last year and popped up all over with messages of support. "Like" to show this little girl you care. "Share" to tell her she’s beautiful. Pray for her to beat cancer.

But here’s the truth. The photo was nearly six years old. And neither the girl, nor her parents — who never posted it to Facebook — had any idea it was being used that way.

Welcome to the world of Facebook "like farming."

Those waves of saccharin-sweet posts that sometimes fill your news feed may seem harmless. But all too often, they’re being used for nefarious purposes. At best, a complete stranger may be using the photos to stroke their own ego. At worst, experts say, scammers and spammers are using Facebook, often against the site’s rules, to make some easy cash.

And they’re wiling to play on the good intentions of Facebook users to do it.

"The average user doesn’t know any better," said Tim Senft, founder of Facecrooks.com, a website that monitors scams and other illegal or unethical behavior on Facebook. "I think their common sense tells them it’s not true, but in the back of their minds, they think ‘What if it is true? What does it hurt if I press like?’ or whatever."

What does it hurt?

"I was first shocked," said Amanda Rieth of Northampton, Pennsylvania, whose daughter was the subject of that photo. "And then infuriated."
Facebook royalty talks surveillance
Facebook to start video ads
Mother learns of son’s death on Facebook
How Facebook makes money

After being notified by a friend who recognized the girl in a Facebook post, Rieth tracked the image back to a link she’d posted to her Photobucket account in a community forum in 2009, two years after it was taken.

Her daughter, who was diagnosed with Stage IV neuroblastoma in early 2007, has been featured in local news segments for her fundraising efforts to fight cancer through Alex’s Lemonade Stand. But her mom said she was always part of the decision and was happy to help publicize the fight.

"This? This was entirely different and entirely out of our control," Rieth said. "That’s the most gut-wrenching part: the total lack of control."

Hurting the people featured in the posts, and their families, isn’t the only risk of sharing such content. Sometimes, a single click can help people who are up to no good.

Often, Senft said, Facebook pages are created with the sole purpose of spreading viral content that will get lots of likes and shares.

Once the page creators have piled up hundreds of thousands of likes and shares, they’ll strip the page and promote something else, like products that they get a commission for selling. Or, they may turn around and sell the page through black-market websites to someone who does the same.

It’s a way to trick Facebook’s algorithm, which is designed to give more value to popular pages than the ones, like scams and spam, that pop up overnight.

"The more likes and shares and comments and that sort of thing you have, the more likely it is to be seen by other people," Senft said. "If they’re looking to sell the page in a black-hat forum somewhere, that’s what the value of the page is."

It gets worse

Sometimes, the threat is more direct.

The "new" page may be used to spread malware — software that attacks the user’s computer — or for phishing, the act of trying to gather credit card numbers, passwords or other personal information through links to phony giveaways or contests.

Simply liking a post, or the page itself, can’t spread a virus or phish a user. But malicious Facebook apps can, as can external links that page owners may choose to share to their followers.

If the page owner has access to Facebook’s developer tools, they can collect data on the people who like the page. Personal information like gender, location and age can be used to target more personalized attacks.

The kind of posts used run a gamut from cute to tasteless, from manipulative to misleading.

Rieth said she still finds her daughter’s photo on Facebook from time to time, even though Facebook eventually deleted the original after she and others reported it.

On the most recent page she found, the picture appears in a feed alongside posts such as "Who loves French fries? Like & share if you do" and multiple images encouraging people to like and share if they love Jesus.

There’s an image of a premature baby, pictures of military troops cuddling puppies and an image of a young boy pouring water on a man’s cigarette with the text "Sorry papa … I need you."

"It’s anything that’s going to kind of tug at the heartstrings: the sick kids, the animal abuse, acting like it’s some kind of pet shelter," Senft said. "That’s the bad part with the scammers. They hit people where they’re vulnerable, play on their emotions."

What to do

Because of Facebook’s sheer size, he said it sometimes takes lots of reports for the site to delete an offensive or misleading image, or shut down the page it came from. The best approach, Senft said, is to think before sharing.

"If it sounds too good to be true, don’t click on it," he said. "If it’s something that’s obviously geared toward tugging on the heartstrings, check it out first."

Facebook said it continues to work to make sure high-quality content surfaces for users and low-quality posts don’t. That includes trying to diminish the reach of posts that appear to be "like farming" attempts.

"People have told us they associate requests to like or share a post with lower quality content, and receiving that type of feedback helps us adjust our systems to get better at showing more high quality posts," a Facebook spokesperson said via e-mail.

"If you see a post that’s low quality and seems to be focused only on gaining traffic, hover over the top-right corner of the post and click the arrow to report it."

Facebook uses "automated and manual methods to swiftly remove links and pages that violate our policies," the spokesperson said. "We’re always making improvements to our detection and blocking systems to stay ahead of threats."

‘Truly angry’

Today, Rieth’s daughter is 13 — an eighth-grader who has shown no signs of her cancer since September 2007.

But her mom compares that cheerleading photo to the mythical hydra, a monster with many heads that sprouts two more each time one is cut off. Based just on the images she’s found and reported, the photo has been liked and shared on Facebook hundreds of thousands of times.

A search Monday also found it popping up on Pinterest, as well as one site where it was wrongly used alongside a 2010 article about actor Jackie Chan helping a girl with leukemia find a bone-marrow donor.

"What makes me truly angry, though, is knowing that they’re using it as an insidious way to make money," Rieth said. "That’s not what her survival is about to us."

For this article, CNN sent a Facebook message to the owner of the last page where Rieth found the photo.

When asked whether he planned to sell his page, the owner replied with two words:

"How much?"

Voir également:

Facebook Like-Farming Scams

Hoaxslayer

Overview
An increasing number of bogus Pages appearing on Facebook are designed to do nothing more than artificially increase their popularity by tricking users into "liking" them. This tactic has come to be known as "like-farming". The goal of these unscrupulous like-farmers is to increase the value of Facebook Pages so that they can be sold on the black market to other scammers and/or used to market dubious products and services and distribute further scams. The more likes a Page has, the more resale and marketing value it commands.

How like-farming works
Here’s how a typical like-farming scam operates. The scammers first create a new Facebook Page geared to a certain product or service such as smartphones, gaming consoles, beauty products, or theme parks. The Page may state or imply that it is an official Page endorsed by a company such as Samsung, Apple, Sony or Disneyland and include stolen graphics that depict the targeted company’s products.
Like Farming Page

The Page then begins posting messages claiming that it will be giving away free products to selected users:
Like Farming Bogus Giveaway

But, nobody actually wins anything. Ever. The prizes do not even exist. The promised prizes are just the bait used to entice users into liking the page and sharing the promotional posts. By getting people to click the like button as well as spam out the bogus promotions by sharing them with their friends, these fake Pages can accumulate many thousands of likes, often within just a few hours.

Generally, a few days after the initial posting, when the first liking frenzy has died down, the scammers operating the Page will post a second – equally bogus – promotion thereby initiating a whole new round of like-harvesting. The scammers will continue posting new promotions every few days until they have gained enough likes to suit their needs.

What scammers gain out of creating like-farming Pages
When they have accumulated a large number of likes – perhaps 100,000 or more – the scammers can then sell the Page to unscrupulous marketers. These marketers can then re-purpose the Page to suit their needs and use its large "like" base to blast out spam messages promoting their products or services. Selling Facebook Pages is clearly against Facebook’s Terms of Service. Nevertheless, there is a thriving underground market for established Facebook Pages and the more likes the Page has the more that it can potentially be sold for. There are even marketplace websites and forums set up specifically to buy and sell Facebook Pages. The marketplace for Pages is quite volatile and there are significant variations in listed prices. But, a Page with 100,000 Likes can sell for $1000 or more. Often, prices are calculated on a "$ per K" basis, i.e., the seller might set a base price of – for example – $2 per thousand likes.

Like-farmers might have dozens of scam promotion Pages operating at the same time. Thus, they can make significant amounts of money out of their farming activities.

In some cases, like-farmers might rebrand the pages themselves and use them to promote products or launch further scam campaigns.

How to tell a like-farming scam from a genuine promotion or giveaway
Companies and organizations may operate legitimate Facebook driven promotions in which users receive a chance to win a prize in exchange for liking, sharing or otherwise participating. So, how can you tell if a promotion you come across on Facebook is genuine? Here’s a rundown:

Do the math!

Bogus promotions typically offer hundreds or even thousands of expensive prizes. If real, such promotions would cost very significant sums of money for the promoting company. In reality, it is vastly unlikely that any organization would give away many thousands of dollars worth of products for nothing more than a few Facebook Page "Likes". Do some quick calculations. For example, suppose that the Page is claiming that it will give iPad’s to 2500 randomly chosen participants. That would work out to be several hundred thousand dollars in value for nothing more tangible than a few thousand Page likes. Such promotions are simply not economically viable.

Genuine promotions will typically offer participants a CHANCE to win a prize. They do NOT claim that several thousand participants will each receive an expensive prize. In genuine promotions, the number of prizes is likely to be limited to just a few.

Absurdity
The fake pages often make ridiculous assertions such as the claim that they are giving away the products because they are "unsealed". It is of course nonsensical to suggest that any company would simply give away hundreds of thousands of dollars worth of products just because their packaging had been opened. The Pages often make other illogical claims that can be red flags for more astute observers. For example, the Page discussed above bills itself as a Samsung Galaxy promotion, but claims to be giving away products created by arch-rival Apple. The chances of that happening in real life are virtually nil. Some use very poor grammar and spelling in their posts, which is unlikely to occur on a genuine company Facebook Page. One recent like-farming Page supposedly offering free Disneyland tickets even misspelled "Disney" in its page address.

Terms and Conditions?

These bogus promotions are generally very vague about what company or organization is actually offering the prizes, what the promotion is hoping to achieve, how long the promotion will run, how winners will be chosen and how they will be notified. No conditions of entry are specified. Contact details for the entity running the supposed promotion are not made available. No legal terms are outlined.

On the other hand, genuine promotions are likely to include easily accessible terms and conditions of entry, set clear limits for the duration and giveaway values of the prizes, and make it clear what entity is responsible for the promotion.

Newly Created Pages

Scrolling down to the bottom of many like-farming Pages reveals that they were only created a few days or weeks earlier. Big brands offering promotions are likely to have older and very well established Facebook Pages that work hand in glove with the company’s official websites. Often, promotions aired on a company’s Facebook Page will also be mentioned on its main website as well as its other social media streams.

Do not give the unethical people who create these pages any satisfaction. Do not like their bogus Pages. Do not share their lies. And make sure that your Facebook friends are aware of how these scams operate so that they won’t get caught out either.

Sermon and Deeds of the Antichrist (Luca Signorelli, Fresco Chapel of San Brizio, Duomo, Orvieto, 1499-1502)

Voir enfin:
Le premier avril : rigolade certifiée depuis 1564 (?)
Jean-Christophe Piot

FranceTVinfo

1 avril 2014

Vérifiez bien votre dos aujourd’hui : il y a des chances que tôt ou tard vienne y pendouiller un poisson de papier plus ou moins convaincant, attaché là par un collègue ou un de vos proches particulièrement fier de son coup. Et ça fait quelques siècles que ça dure, sans que personne ne soit franchement fichu de savoir d’où est partie l’habitude de se payer la fiole de ses contemporains. Retour arrière sur différentes pistes, toutes authentiques. Ou non.

Passion, poissons et tribunaux

La première explication de l’origine du poisson d’avril est religieuse, comme souvent : il s’agirait d’une référence à la Passion du Christ et au sort de Jésus de Nazareth, baladé d’un tribunal à l’autre en Palestine, de Caïphe à Ponce Pilate et réciproquement, au début du mois d’avril. La scène, mainte fois reprise et racontée, faisait partie des grands archétypes des spectacles mis en scène par l’Eglise pour raconter la vie du Christ au peuple, en particulier dans le cadre des Mystères, ces représentations théâtrales des moments de la vie du Christ. Quelques farceurs impies se seraient au fil des décennies amusés à transposer l’histoire dans leur quotidien et à promener les naïfs d’un lieu à l’autre pour un motif quelconque. Le temps aidant, le mot Passion aurait glissé vers celui de poisson. Moui. L’explication, classique au 19e siècle, me semble à titre personnel légèrement tirée par les cheveux.

Permis de pêche

La deuxième explication renvoie à la pêche : en avril, celle-ci était généralement interdite par les autorités, soucieuses de laisser truites, carpes et brochets se reproduire tranquillement au début du printemps. Autrement dit, les amateurs de poisson pouvaient s’attendre à patienter un bon bout de temps avant d’y goûter à nouveau. Parvenir à offrir ou à vendre un (faux) poisson aux plus crédules, en plein mois d’avril, serait alors devenu un grand classique de la farce. L’expression « manger du poisson d’avril », synonyme de croire naïvement à n’importe quoi, a bel et bien existé.
Perdus dans le calendrier

La piste la plus crédible, cela dit, touche à une question de calendrier : j’avais déjà raconté ici-même la manière dont le 1er janvier finit par s’imposer partout en France comme date du Nouvel An, après quelques siècles de flottements variés. Un peu partout dans le pays, cette dernière commençait plutôt autour du 1er avril (le nom même du mois pourrait venir du latin aperire, ouvrir) date donc des étrennes, ces petits cadeaux en famille et entre amis. En août 1564, Charles IX finit par trancher et annonça que le Nouvel An serait fixé une bonne fois pour toutes au premier janvier. Sauf qu’il y a loin d’un décret royal aux coutumes populaires et que longtemps encore, bien des gens gardèrent l’habitude de s’offrir des cadeaux le 1er avril. Petit à petit pourtant, leur nombre diminua et leur habitude fut progressivement tournée en ridicule par quelques farceurs qui se firent un plaisir de leur offrir de faux présents ou des messages trompeurs.
Cartes postales et mystérieux prétendants

Avec le temps, les poissons d’avril se répandirent : canulars, fausses nouvelles, courriers mystérieux… Le début du 20e siècle en fit même une industrie, le poisson d’avril devenant un grand classique des cartes postales échangées entre amoureux ou prétendants, chacun envoyant à sa chacune une carte postale "anonyme", agrémentée d’un petit poème parfaitement cucul en général. La preuve.

carte-poisson-avril-amour

"Me reconnaissez-vous ?

Je n’oserais le croire

Si votre coeur jaloux

N’avait tant de mémoire."

Bonus vidéo et arbres à spaghettis

Finissons sur un beau cadeau : ce très joli reportage du 1er avril 1957, dû à la vénérable BBC qu’on n’imaginait pas aussi potache.

C’est en anglais, mais disons que ce beau documentaire de 3 minutes raconte qu’en raison d’un hiver clément, les fermiers suisses profitent joyeusement d’une récolte abondante de spaghettis, cueillis directement sur l’arbre. Aux téléspectateurs (nombreux) qui appelèrent ensuite, avides d’apprendre comment faire pousser leurs propres arbres à nouilles, la BBC répondit par la voix de ses standardistes dûment formées qu’il « suffisait de mettre un brin de spaghetti dans une boite de sauce tomate et d’espérer que ça prenne. »

Manifestement, ça a pris.


Hagiographie: On ne peut comprendre la gauche si on ne comprend pas qu’elle est une religion (God is great and Chavez is his new prophet)

31 mars, 2014
http://www.sfsustudentcenter.com/about/muralimages/Cesar%20Chavez%20Mural.png
https://fbcdn-sphotos-h-a.akamaihd.net/hphotos-ak-frc1/t1.0-9/p235x350/1978752_4105162284442_314659912_n.jpg
http://www.docspopuli.org/images/07_0821_120.jpg
http://blog.preservationnation.org/wp-content/uploads/2012/10/blog_photo_121009_POTUS-speech.jpg
http://www.defense.gov/news/Sep2002/200209262a_hr.jpg
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/e/e7/Cesar_Chavez_2014_film.jpg
You cannot understand the Left if you do not understand that leftism is a religion. Dennis Prager
On Cesar Chavez Day, we celebrate one of America’s greatest champions for social justice. Raised into the life of a migrant farm worker, he toiled alongside men, women, and children who performed daily, backbreaking labor for meager pay and in deplorable conditions. They were exposed to dangerous pesticides and denied the most basic protections, including minimum wages, health care, and access to drinking water. Cesar Chavez devoted his life to correcting these injustices, to reminding us that every job has dignity, every life has value, and everyone — no matter who you are, what you look like, or where you come from — should have the chance to get ahead. After returning from naval service during World War II, Cesar Chavez fought for freedom in American agricultural fields. Alongside Dolores Huerta, he founded the United Farm Workers, and through decades of tireless organizing, even in the face of intractable opposition, he grew a movement to advance "La Causa" across the country. In 1966, he led a march that began in Delano, California, with a handful of activists and ended in Sacramento with a crowd 10,000 strong. A grape boycott eventually drew 17 million supporters nationwide, forcing growers to accept some of the first farm worker contracts in history. A generation of organizers rose to carry that legacy forward. The values Cesar Chavez lived by guide us still. As we push to fix a broken immigration system, protect the right to unionize, advance social justice for young men of color, and build ladders of opportunity for every American to climb, we recall his resilience through setbacks, his refusal to scale back his dreams. When we organize against income inequality and fight to raise the minimum wage — because no one who works full time should have to live in poverty — we draw strength from his vision and example. Throughout his lifelong struggle, Cesar Chavez never forgot who he was fighting for. "What [the growers] don’t know," he said, "is that it’s not bananas or grapes or lettuce. It’s people." Today, let us honor Cesar Chavez and those who marched with him by meeting our obligations to one another. I encourage Americans to make this a national day of service and education by speaking out, organizing, and participating in service projects to improve lives in their communities. Let us remember that when we lift each other up, when we speak with one voice, we have the power to build a better world. NOW, THEREFORE, I, BARACK OBAMA, President of the United States of America, by virtue of the authority vested in me by the Constitution and the laws of the United States, do hereby proclaim March 31, 2014, as Cesar Chavez Day. I call upon all Americans to observe this day with appropriate service, community, and education programs to honor Cesar Chavez’s enduring legacy. IN WITNESS WHEREOF, I have hereunto set my hand this twenty-eighth day of March, in the year of our Lord two thousand fourteen, and of the Independence of the United States of America the two hundred and thirty-eighth. Barack Obama
His face is on a U.S. postage stamp. Countless statues, murals, libraries, schools, parks and streets are named after him — he even has his own national monument. He was on the cover of Time magazine in 1969. A naval ship was named after him. The man even has his own Google Doodle and Apple ad. Yet his footprint in American history is widely unknown and that’s exactly the reason why actor-turned-director Diego Luna decided to produce a movie about his life. CNN
Sorel, for whom religion was important, drew a comparison between the Christian and the socialist revolutionary. The Christian’s life is transformed because he accepts the myth that Christ will one day return and usher in the end of time; the revolutionary socialist’s life is transformed because he accepts the myth that one day socialism will triumph, and justice for all will prevail. What mattered for Sorel, in both cases, is not the scientific truth or falsity of the myth believed in, but what believing in the myth does to the lives of those who have accepted it, and who refuse to be daunted by the repeated failure of their apocalyptic expectations. How many times have Christians in the last two thousand years been convinced that the Second Coming was at hand, only to be bitterly disappointed — yet none of these disappointments was ever enough to keep them from holding on to their great myth. So, too, Sorel argued, the myth of socialism will continue to have power, despite the various failures of socialist experiments, so long as there are revolutionaries who are unwilling to relinquish their great myth. That is why he rejected scientific socialism — if it was merely science, it lacked the power of a religion to change individual’s lives. Thus for Sorel there was “an…analogy between religion and the revolutionary Socialism which aims at the apprenticeship, preparation, and even the reconstruction of the individual — a gigantic task. Lee Harris

En cette Journée César Chavez tout récemment proclamée par Notre Grand Timonier Obama …

Lancée, comme il se doit, par ses images saintes made in Hollywood

Bienvenue au dernier saint de nos amis de la gauche américaine !

The Left’s Misplaced Concern
The Left craves power not money, and that makes it much more frightening.
Dennis Prager
National review on line
May 22, 2012

You cannot understand the Left if you do not understand that leftism is a religion. It is not God-based (some left-wing Christians’ and Jews’ claims notwithstanding), but otherwise it has every characteristic of a religion. The most blatant of those characteristics is dogma. People who believe in leftism have as many dogmas as the most fundamentalist Christian.

One of them is material equality as the preeminent moral goal. Another is the villainy of corporations. The bigger the corporation, the greater the villainy. Thus, instead of the devil, the Left has Big Pharma, Big Tobacco, Big Oil, the “military-industrial complex,” and the like. Meanwhile, Big Labor, Big Trial Lawyers, and — of course — Big Government are left-wing angels.

And why is that? Why, to be specific, does the Left fear big corporations but not big government?

The answer is dogma — a belief system that transcends reason. No rational person can deny that big governments have caused almost all the great evils of the last century, arguably the bloodiest in history. Who killed the 20 to 30 million Soviet citizens in the Gulag Archipelago — big government or big business? Hint: There were no private businesses in the Soviet Union. Who deliberately caused 75 million Chinese to starve to death — big government or big business? Hint: See previous hint. Did Coca-Cola kill 5 million Ukrainians? Did Big Oil slaughter a quarter of the Cambodian population? Would there have been a Holocaust without the huge Nazi state?

Whatever bad things big corporations have done is dwarfed by the monstrous crimes — the mass enslavement of people, the deprivation of the most basic human rights, not to mention the mass murder and torture and genocide — committed by big governments.

How can anyone who thinks rationally believe that big corporations rather than big governments pose the greatest threat to humanity? The answer is that it takes a mind distorted by leftist dogma. If there is another explanation, I do not know what it is.

Religious Christians and Jews also have some irrational beliefs, but their irrationality is overwhelmingly confined to theological matters; and these theological irrationalities have no deleterious impact on religious Jews’ and Christians’ ability to see the world rationally and morally. Few religious Jews or Christians believe that big corporations are in any way analogous to big government in terms of evil done. And the few who do are leftists.

That the Left demonizes Big Pharma, for instance, is an example of this dogmatism. America’s pharmaceutical companies have saved millions of lives, including millions of leftists’ lives. And I do not doubt that in order to increase profits they have not always played by the rules. But to demonize big pharmaceutical companies while lionizing big government, big labor unions, and big tort-law firms is to stand morality on its head.

There is yet another reason to fear big government far more than big corporations. ExxonMobil has no police force, no IRS, no ability to arrest you, no ability to shut you up, and certainly no ability to kill you. ExxonMobil can’t knock on your door in the middle of the night and legally take you away. Apple Computer cannot take your money away without your consent, and it runs no prisons. The government does all of these things.

Of course, the Left will respond that government also does good and that corporations and capitalists are, by their very nature, “greedy.”

To which the rational response is that, of course, government also does good. But so do the vast majority of corporations, private citizens, church groups, and myriad voluntary associations. On the other hand, only big government can do anything approaching the monstrous evils of the last century.

As for greed: Between hunger for money and hunger for power, the latter is incomparably more frightening. It is noteworthy that none of the twentieth century’s monsters — Lenin, Hitler, Stalin, Mao — were preoccupied with material gain. They loved power much more than money.

And that is why the Left is much more frightening than the Right. It craves power.

— Dennis Prager, a nationally syndicated columnist and radio talk-show host, is author of Still the Best Hope: Why the World Needs American Values to Triumph. He may be contacted through his website, dennisprager.com.

Voir aussi:

The iconic UFW

Another myth. I opened my Easter Sunday Google browser and did not find a Christian icon on the page, but instead a (badly done) romantic rendition of a youthful Cesar Chavez, apparently our age’s version of a politically correct divinity.

Yet I wondered whether the midlevel Googilites who post these politically hip images knew all that much about Chavez. I grant in this age that they saw no reason to emphasize Christianity on its most holy day. But there is, after all, Miriam Pawel’s 2010 biography of Chavez still readily accessible[10], and a new essay about him in The Atlantic[11] — both written by sympathetic authors who nonetheless are not quite the usual garden-variety hagiographers. To suggest something other than sainthood is heresy in these parts, as I have discovered since the publication of Mexifornia a decade ago.

I grew up in the cauldron of farm-labor disputes. Small farms like ours largely escaped the violence, because there were five of us kids to do the work in summer and after school, and our friends welcomed the chance to buck boxes or help out propping trees or thinning plums. Hired help was rare and a matter of a few days of hiring 20 or so locals for the fall raisin harvest. But the epic table grape fights were not far away in Parlier, Reedley, and down the 99 in Delano. I offer a few impressions, some of them politically incorrect.

First, give Chavez his due. Farmworkers today are more akin to supposedly non-skilled (actually there is a skill required to pruning and picking) labor elsewhere, with roughly the same protective regulations as the food worker or landscaper. That was not true in 1965. Conservatives will argue that the market corrected the abuse (e.g., competition for ever scarcer workers) and ensured overtime, accessible toilets, and the end to hand-held hoes; liberals will credit Chavez — or fear of Chavez.

But that said, Chavez was not quite the icon we see in the grainy videos walking the vineyards withRobert Kennedy[12]. Perhaps confrontation was inevitable, but the labor organizing around here was hardly non-violent. Secondary boycotts were illegal, but that did not stop picketers from yelling and cursing as you exited the local Safeway with a bag of Emperor grapes. There were the constant union fights with bigger family growers (the 500 acre and above sort), as often demonstrators rushed into fields to mix it up with so-called scabs. Teamsters fought the UAW. The latter often worked with the immigration service to hunt down and deport illegals. The former bused in toughs to crack heads. After-hours UFW vandalism, as in the slashed tire and chain-sawed tree mode, was common.

The politics were explicable by one common theme: Cesar Chavez disliked small farmers and labor contractors[13], and preferred agribusiness and the idea of a huge union. Otherwise, there were simply too many incongruities in an agrarian checkerboard landscape for him to handle — as if the UAW would have had to deal with an auto industry scattered among thousands of small family-owned factories.

For Chavez, the ideal was a vast, simple us/them, 24/7 fight, albeit beneath an angelic veneer of Catholic suffering. In contrast, small farmers were not rich and hardly cut-out caricatures of grasping exploitation. Too many were unapologetic Armenians, Japanese (cf. the Nisei Farmers League), Portuguese, and Mexican-Americans to guarantee the necessary white/brown binary. Many had their own histories of racism, from the Armenian genocide to the Japanese internment, and had no white guilt of the Kennedy sort. I cannot imagine a tougher adversary than a Japanese, Armenian, or Punjabi farmer, perched on his own tractor or irrigating his 60 acres — entirely self-created, entirely unapologetic about his achievement, entirely committed to the idea that no one is going to threaten his existence.

The local labor contractors were not villains, but mostly residents who employed their relatives and knew well the 40-acre and 100-acre farmers they served. When there were slow times on the farm, I picked peaches for two summers for a Selma labor contractor, whose kids I went to school with. He was hardly a sellout. The crusty, hard-bitten small farmers (“don’t bruise that fruit,” “you missed three peaches up there on that limb,” “you stopped before it was quite noon”) who monitored personally the orchards we picked looked no different from the men on ladders.

In contrast, Chavez preferred the south and west Central Valley of huge corporate agribusiness. Rich and powerful, these great captains had the ability by fiat to institute labor agreements across hundreds of thousands of acres of farmland. Chavez’s organizing forte was at home in a Tulare, Delano, Shafter, Mendota or Tranquility, not a Reedley, Kingsburg or Selma. In those days, the former were mostly pyramidal societies of a few corporate kingpins with an underclass of agricultural laborers, the latter were mixed societies in which Mexican-Americans were already ascendant and starting to join the broader middle class of Armenians, Japanese, and Punjabis.

Chavez was to be a Walter Reuther or George Meany, a make-or-breaker who sat across from a land baron, cut a deal for his vast following, and then assumed national stature as he doled out union patronage and quid-pro-quo political endorsements. In that vision, as a 1950s labor magnate Chavez largely failed — but not because agribusiness did not cave in to him. Indeed, it saw the UFW and Chavez as the simple cost of doing business, a tolerable write-off necessary to making all the bad press, vandalism, and violence go away.

Instead, the UFW imploded by its own insider and familial favoritism, corruption, and, to be frank, lunatic paranoia. The millions of dollars Chavez deducted for pension funds often vanished. Legions of relatives (for a vestigial experience of the inner sanctum, I suggest a visit to the national shrine southeast of Bakersfield) staffed the union administration. There were daily rumors of financial malfeasance, mostly in the sense of farmworkers belatedly discovering that their union deductions did not lead to promised healthcare or pensions.

Most hagiographies ignore Chavez’s eerie alliance with the unhinged Synanon bunch. In these parts, they had opened a foothill retreat of some sort above Woodlake, not far from here. (I visited the ramshackle Badger enclave once with my mother [I suppose as her informal "security,"], who was invited as a superior court judge to be introduced to their new anti-drug program in their hopes that county officials might save millions of dollars by sentencing supposedly non-violent heroin addicts to Synanon recovery treatments. Needless to say, she smiled, met the creepy “group,” looked around the place, and we left rather quickly, and that was that.)

I don’t think that the Google headliners remember that Charles Dederich[14] (of rattlesnake-in-the-mailbox and “Don’t mess with us. You can get killed, dead” fame) was a sort of model for Chavez, who tried to introduce the wacko-bird Synanon Game to his own UFW hierarchy. No matter, deification of Chavez is now de rigeur; the young generation who idolizes him has almost no knowledge of the man, his life, or his beliefs. It is enough that Bobby Kennedy used to fly into these parts, walk for a few well-filmed hours, and fly out.

When I went to UC Santa Cruz in September of 1971, I remember as a fool picking a box of Thompson seedless grapes from our farm to take along, and soon being met by a dorm delegation of rich kids from Pacific Palisades and Palos Verdes (a favorite magnet area for Santa Cruz in those days) who ordered me not to eat my own grapes on my own campus in my own room. Soon I had about four good friends who not only enjoyed them, but enjoyed eating them in front of those who did not (to the extent I remember these student moralists, and can collate old faces with names in the annual alumni news, most are now high-ups and executives in the entertainment industry). Victor Davis Hanson

Voir encore:

The study of history demands nuanced thinking

Miriam Pawel

Austin American-Statesman
7-17-09

[Pawel is the author of the forthcoming book 'The Union of Their Dreams — Power, Hope and Struggle in Cesar Chavez's Farm Worker Movement.']

Cesar Chavez was not a saint. He was, at times, a stubborn authoritarian bully, a fanatical control freak, a wily fighter who manufactured enemies and scapegoats, a mystical vegetarian who healed with his hands, and a union president who wanted his members to value sacrifice above higher wages.

He was also a brilliant, inspirational leader who changed thousands of lives as he built the first successful union for farmworkers, a consummate strategist singularly committed to his vision of helping the poor — a vision that even those close to him sometimes misunderstood.

That one man embodies such complexity and contradictions should be a key lesson underlying any history curriculum: Students should learn to think in shades of gray, to see heroes as real people, and to reject the dogma of black and white.

That sort of nuanced thinking appears largely absent from the debate over whether Cesar Chavez should be taught in Texas schools. Two of the six reviewers appointed to assess Texas’ social studies curriculum recently deemed Chavez an inappropriate role model whose contributions and stature have been overstated. Their critiques suggested he should be excised, not glorified. Their opponents pounced on the comments in an ongoing ideological and political dispute that clearly is far more sweeping than Chavez’s proper place in the classroom.

But the debate over Chavez and how his story is taught exemplifies the dangers of oversimplification and the absence of critical thinking.

His supporters are at fault as well as his detractors. For years, they have mythologized Chavez and fiercely fended off efforts to portray him in less than purely heroic terms. The hagiography only detracts from his very real, remarkable accomplishments. In an era when Mexican Americans were regarded as good for nothing more than the most back-breaking labor, Chavez mobilized public support and forced agribusiness to recognize the rights of farmworkers. His movement brought farmworkers dignity and self-respect, as well as better wages and working conditions. In California, he pushed through what remains today the most pro-labor law in the country, the only one granting farmworkers the right to organize and petition for union elections.

Chavez’s legacy can be seen in the work of a generation of activists and community organizers who joined the farmworker crusade during the 1960s and ’70s, a movement that transformed their lives. They, in turn, have gone on to effect change across the country, most recently playing key roles in the Obama presidential campaign.

The decline of the union Chavez founded and the ultimate failure of the United Farm Workers to achieve lasting change in the fields of California — much less expand into a national union — is part of the Chavez legacy, too. Chavez himself played a role in that precipitous decline, and students of history should not follow his example and blame the failures solely on outside forces and scapegoats.

Chavez, an avid reader of history, preserved an extraordinary record of his own movement: For years, he ordered that all documents, tapes and pictures be sent to the Walter P. Reuther Library at Wayne State University in Detroit, the nation’s preeminent labor archive. Chavez told people he wanted the history of his movement to be saved and studied — warts and all.

Those lessons should be taught in classrooms everywhere. – See more at: http://hnn.us/article/107517#sthash.NSesFPOF.dpuf

Voir encore:

Amid Chants of ‘¡Huelga!,’ an Embodiment of Hope
Hero Worship Abounds in ‘Cesar Chavez’

A. O. Scott

The NYT

MARCH 27, 2014

“Cesar Chavez,” directed by Diego Luna, is a well-cast, well-intentioned movie that falls into the trap that often awaits film biographies of brave and widely admired individuals. The movie is so intent on reminding viewers of its subject’s heroism that it struggles to make him an interesting, three-dimensional person, and it tells his story as a series of dramatic bullet points, punctuated by black-and-white footage, some real, some simulated, of historical events.

In spite of these shortcomings, Mr. Luna’s reconstruction of the emergence of the United Farm Workers organization in the 1960s unfolds with unusual urgency and timeliness. After a rushed beginning — in which we see Chavez (Michael Peña) arguing in a Los Angeles office and moving his family to Delano, a central California town, before we fully grasp his motives — we settle in for a long, sometimes violent struggle between the workers and the growers. Attempted strikes are met with intimidation and brutality, from the local sheriff and hired goons, and Chavez and his allies (notably Dolores Huerta, played by Rosario Dawson) come up with new tactics, including a public fast, a march from Delano to Sacramento and a consumer boycott of grapes.

As is customary in movies like this, we see the toll that the hero’s commitment takes on his family life. His wife, Helen (America Ferrera), is a steadfast ally, but there is tension between Chavez and his oldest son, Fernando (the only one of the couple’s eight children with more than an incidental presence on screen). Fernando (Eli Vargas) endures racist bullying at school and suffers from his father’s frequent absences. Their scenes together are more functional than heartfelt, fulfilling the requirement of allowing the audience a glimpse at the private life of a public figure.

We also venture into the household of one of Chavez’s main antagonists, a landowner named Bogdonovich, played with sly, dry understatement by John Malkovich. He is determined to break the incipient union, and the fight between the two men and their organizations becomes a national political issue. Senator Robert F. Kennedy (Jack Holmes) takes the side of the workers, while the interests of the growers are publicly defended by Ronald Reagan, shown in an archival video clip describing the grape boycott as immoral, and Richard Nixon. Parts of “Cesar Chavez” are as rousing as an old folk song, with chants of “¡Huelga!” and “¡Sí, se puede!” ringing through the theater. Although it ends, as such works usually do, on a note of triumph, the film, whose screenplay is by Keir Pearson and Timothy J. Sexton, does not present history as a closed book. Movies about men and women who fought for social change — “Mandela: Long Walk to Freedom” is a recent example — treat them less as the radicals they were than as embodiments of hope, reconciliation and consensus.

Though Cesar Chavez, who died in 1993, has been honored and celebrated, the problems he addressed have hardly faded away. The rights of immigrants and the wages and working conditions of those who pick, process and transport food are still live and contentious political issues.

And if you read between the lines of Mr. Luna’s earnest, clumsy film, you find not just a history lesson but an argument. The success of the farm workers depended on the strength of labor unions, both in the United States and overseas, and the existence of political parties able to draw on that power. What the film struggles to depict, committed as it is to the conventions of hagiography, is the long and complex work of organizing people to defend their own interests. You are invited to admire what Cesar Chavez did, but it may be more vital to understand how he did it.

“Cesar Chavez” is rated PG-13 (Parents strongly cautioned). Strong language and scenes of bloody class struggle.

Voir encore:

The Madness of Cesar Chavez
A new biography of the icon shows that saints should be judged guilty until proved innocent.
Caitlin Flanagan
The Atlantic
Jun 13 2011,

Once a year, in the San Joaquin Valley in Central California, something spectacular happens. It lasts only a couple of weeks, and it’s hard to catch, because the timing depends on so many variables. But if you’re patient, and if you check the weather reports from Fresno and Tulare counties obsessively during the late winter and early spring, and if you are also willing, on very little notice, to drop everything and make the unglamorous drive up (or down) to that part of the state, you will see something unforgettable. During a couple of otherworldly weeks, the tens of thousands of fruit trees planted there burst into blossom, and your eye can see nothing, on either side of those rutted farm roads, but clouds of pink and white and yellow. Harvest time is months away, the brutal summer heat is still unimaginable, and in those cool, deserted orchards, you find only the buzzing of bees, the perfumed air, and the endless canopy of color.

I have spent the past year thinking a lot about the San Joaquin Valley, because I have been trying to come to terms with the life and legacy of Cesar Chavez, whose United Farm Workers movement—born in a hard little valley town called Delano—played a large role in my California childhood. I spent the year trying, with increasing frustration, to square my vision of him, and of his movement, with one writer’s thorough and unflinching reassessment of them. Beginning five years ago, with a series of shocking articles in the Los Angeles Times, and culminating now in one of the most important recent books on California history, Miriam Pawel has undertaken a thankless task: telling a complicated and in many ways shattering truth. That her book has been so quietly received is not owing to a waning interest in the remarkable man at its center. Streets and schools and libraries are still being named for Chavez in California; his long-ago rallying cry of “Sí, se puede” remains so evocative of ideas about justice and the collective power of the downtrodden that Barack Obama adopted it for his presidential campaign. No, the silence greeting the first book to come to terms with Chavez’s legacy arises from the human tendency to be stubborn and romantic and (if the case requires it) willfully ignorant in defending the heroes we’ve chosen for ourselves. That silence also attests to the way Chavez touched those of us who had any involvement with him, because the full legacy has to include his singular and almost mystical way of eliciting not just fealty but a kind of awe. Something cultlike always clung to the Chavez operation, and so while I was pained to learn in Pawel’s book of Chavez’s enthrallment with an actual cult—with all the attendant paranoia and madness—that development makes sense.

In the face of Pawel’s book, I felt compelled to visit the places where Chavez lived and worked, although it’s hard to tempt anyone to join you on a road trip to somewhere as bereft of tourist attractions as the San Joaquin Valley. But one night in late February, I got a break: someone who’d just driven down from Fresno told me that the trees were almost in bloom, and that was all I needed. I took my 13-year-old son, Conor, out of school for a couple of days so we could drive up the 99 and have a look. I was thinking of some things I wanted to show him, and some I wanted to see for myself. It would be “experiential learning”; it would be a sentimental journey. At times it would be a covert operation.

One Saturday night, when I was 9 or 10 years old, my parents left the dishes in the sink and dashed out the driveway for their weekend treat: movie night. But not half an hour later—just enough time for the round trip from our house in the Berkeley Hills to the United Artists theater down on Shattuck—they were right back home again, my mother hanging up her coat with a sigh, and my father slamming himself angrily into a chair in front of The Bob Newhart Show.

What happened?

“Strike,” he said bitterly.

One of the absolute rules of our household, so essential to our identity that it was never even explained in words, was that a picket line didn’t mean “maybe.” A picket line meant “closed.” This rule wasn’t a point of honor or a means of forging solidarity with the common man, someone my father hoped to encounter only in literature. It came from a way of understanding the world, from the fierce belief that the world was divided between workers and owners. The latter group was always, always trying to exploit the former, which—however improbably, given my professor father’s position in life—was who we were.

In the history of human enterprise, there can have been no more benevolent employer than the University of California in the 1960s and ’70s, yet to hear my father and his English-department pals talk about the place, you would have thought they were working at the Triangle shirtwaist factory. Not buying a movie ticket if the ushers were striking meant that if the shit really came down, and the regents tried to make full professors teach Middlemarch seminars over summer vacation, the ushers would be there for you. As a child, I burned brightly with the justice of these concepts, and while other children were watching Speed Racer or learning Chinese jump rope, I spent a lot of my free time working for the United Farm Workers.

Everything about the UFW and its struggle was right-sized for a girl: it involved fruits and vegetables, it concerned the most elementary concepts of right and wrong, it was something you could do with your mom, and most of your organizing could be conducted just outside the grocery store, which meant you could always duck inside for a Tootsie Pop. The cement apron outside a grocery store, where one is often accosted—in a manner both winsome and bullying—by teams of Brownies pressing their cookies on you, was once my barricade and my bully pulpit.

Of course, it had all started with Mom. Somewhere along the way, she had met Cesar Chavez, or at least attended a rally where he had spoken, and that was it. Like almost everyone else who ever encountered him, she was spellbound. “This wonderful, wonderful man,” she would call him, and off we went to collect clothes for the farmworkers’ children, and to sell red-and-black UFW buttons and collect signatures. It was our thing: we loved each other, we loved doing little projects, we had oceans of free time (has anyone in the history of the world had more free time than mid-century housewives and their children?), and we were both constitutionally suited to causes that required grudge-holding and troublemaking and making things better for people in need. Most of all, though, we loved Cesar.

In those heady, early days of the United Farm Workers, in the time of the great five-year grape strike that started in 1965, no reporter, not even the most ironic among them, failed to remark upon, if not come under, Chavez’s sway. “The Messianic quality about him,” observed John Gregory Dunne in his brilliant 1967 book, Delano, “is suggested by his voice, which is mesmerizing—soft, perfectly modulated, pleasantly accented.” Peter Matthiessen’s book-length profile of Chavez, which consumed two issues of The New Yorker in the summer of 1969, reported: “He is the least boastful man I have ever met.” Yet within this self-conscious and mannered presentation of inarticulate deference was an ability to shape both a romantic vision and a strategic plan. Never since then has so great a gift been used for so small a cause. In six months, he took a distinctly regional movement and blasted it into national, and then international, fame.

The ranchers underestimated Chavez,” a stunned local observer of the historic Delano grape strike told Dunne; “they thought he was just another dumb Mex.” Such a sentiment fueled opinions of Chavez, not just among the valley’s grape growers—hardworking men, none of them rich by any means—but among many of his most powerful admirers, although they spoke in very different terms. Chavez’s followers—among them mainline Protestants, socially conscious Jews, Berkeley kids, white radicals who were increasingly rootless as the civil-rights movement transformed into the black-power movement—saw him as a profoundly good man. But they also understood him as a kind of idiot savant, a noble peasant who had risen from the agony of stoop labor and was mysteriously instilled with the principles and tactics of union organizing. In fact he’d been a passionate and tireless student of labor relations for a decade before founding the UFW, handpicked to organize Mexican Americans for the Community Service Organization, a local outfit under the auspices of no less a personage than Saul Alinsky, who knew Chavez well and would advise him during the grape strike. From Alinsky, and from Fred Ross, the CSO founder, Chavez learned the essential tactic of organizing: the person-by-person, block-by-block building of a coalition, no matter how long it took, sitting with one worker at a time, hour after hour, until the tide of solidarity is so high, no employer can defeat it.

Chavez, like all the great ’60s figures, was a man of immense personal style. For a hundred reasons—some cynical, some not—he and Robert Kennedy were drawn to each other. The Kennedy name had immense appeal to the workers Chavez was trying to cultivate; countless Mexican households displayed photographs of JFK, whose assassination they understood as a Catholic martyrdom rather than an act of political gun violence. In turn, Chavez’s cause offered Robert Kennedy a chance to stand with oppressed workers in a way that would not immediately inflame his family’s core constituency, among them working-class Irish Americans who felt no enchantment with the civil-rights causes that RFK increasingly embraced. The Hispanic situation was different. At the time of the grape strike, Mexican American immigration was not on anyone’s political radar. The overwhelming majority of California’s population was white, and the idea that Mexican workers would compete for anyone’s good job was unheard-of. The San Joaquin Valley farms—and the worker exploitation they had historically engendered—were associated more closely with the mistreatment of white Okies during the Great Depression than with the plight of any immigrant population.

Kennedy—his mind, like Chavez’s, always on the political promise of a great photograph—flew up to Delano in March 1968, when Chavez broke his 25-day fast, which he had undertaken not as a hunger strike, but as penance for some incidents of UFW violence. In a Mass held outside the union gas station where Chavez had fasted, the two were photographed, sitting next to Chavez’s wife and his mantilla-wearing mother, taking Communion together (“Senator, this is probably the most ridiculous request I ever made in my life,” said a desperate cameraman who’d missed the shot; “but would you mind giving him a piece of bread?”). Three months later, RFK was shot in Los Angeles, and a second hagiographic photograph was taken of the leader with a Mexican American. A young busboy named Juan Romero cradled the dying senator in his arms, his white kitchen jacket and dark, pleading eyes lending the picture an urgency at once tragic and political: The Third of May recast in a hotel kitchen. The United Farm Workers began to seem like Kennedy’s great unfinished business. The family firm might have preferred that grieving for Bobby take the form of reconsidering Teddy’s political possibilities, but in fact much of it was channeled, instead, into boycotting grapes.

That historic grape boycott eventually ended with a rousing success: three-year union contracts binding the Delano growers and the farmworkers. After that, the movement drifted out of my life and consciousness, as it did—I now realize—for millions of other people. I remember clearly the night my mother remarked (in a guarded way) to my father that the union had now switched its boycott from grapes to … lettuce. “Lettuce?” he squawked, and then burst out in mean laughter. I got the joke. What was Chavez going to do now, boycott each of California’s agricultural products, one at a time for five years each? We’d be way into the 21st century by the time they got around to zucchini. And besides, things were changing—in the world, in Berkeley, and (in particular, I thought) at the Flanagans’. Things that had appeared revolutionary and appealing in the ’60s were becoming weird or ugly in the ’70s. People began turning inward. My father, stalwart Vietnam War protester and tear-gasee, turned his concern to writing an endless historical novel about 18th-century Ireland. My mother stopped worrying so much about the liberation of other people and cut herself into the deal: she left her card table outside the Berkeley Co-op and went back to work. I too found other pursuits. Sitting in my room with the cat and listening over and over to Carly Simon’s No Secrets album—while staring with Talmudic concentration at its braless cover picture—was at least as absorbing as shaking the Huelga can and fretting about Mexican children’s vaccination schedules had once been. Everyone sort of moved on.

I didn’t really give any thought to the UFW again until the night of my mother’s death. At the end of that terrible day, when my sister and I returned from the hospital to our parents’ house, we looked through the papers on my mother’s kitchen desk, and there among the envelopes from the many, many charities she supported (she sent each an immediate albeit very small check) was one bearing a logo I hadn’t seen in years: the familiar black-and-red Huelga eagle. I smiled and took it home with me. I wrote a letter to the UFW, telling about my mom and enclosing a check, and suddenly I was back.

Re-upping with the 21st-century United Farm Workers was fantastic. The scope of my efforts was so much larger than before (they encouraged me to e-blast their regular updates to everyone in my address book, which of course I did) and the work so, so much less arduous—no sitting around in parking lots haranguing people about grapes. I never got off my keister. Plus, every time a new UFW e-mail arrived—the logo blinking, in a very new-millennium way, “Donate now!”—and I saw the pictures of farmworkers doing stoop labor in the fields, and the stirring photographs of Cesar Chavez, I felt close to my lost mother and connected to her: here I am, Mom, still doing our bit for the union.

And then one morning a few years later, I stepped out onto the front porch in my bathrobe, picked up the Los Angeles Times, and saw a headline: “Farmworkers Reap Little as Union Strays From Its Roots.” It was the first article in a four-part series by a Times reporter named Miriam Pawel, and from the opening paragraph, I was horrified.

I learned that while the UFW brand still carried a lot of weight in people’s minds—enough to have built a pension plan of $100 million in assets but with only a few thousand retirees who qualified—the union had very few contracts with California growers, the organization was rife with Chavez nepotism, and the many UFW-funded business ventures even included an apartment complex in California built with non-union labor. I took this news personally. I felt ashamed that I had forwarded so many e-mails to so many friends, all in the service, somehow, of keeping my mother’s memory and good works alive, and all to the ultimate benefit—as it turned out—not of the workers in the fields (whose lives were in some ways worse than they had been in the ’60s), but rather of a large, shadowy, and now morally questionable organization. But at least, I told myself, none of this has in any way impugned Cesar himself: he’d been dead more than a decade before the series was published. His own legacy was unblighted.

Or so it seemed, until my editor sent me a copy of The Union of Their Dreams, Pawel’s exhaustively researched, by turns sympathetic and deeply shocking, investigation of Chavez and his movement, and in particular of eight of the people who worked most closely with him. Through her in-depth interviews with these figures—among them a prominent attorney who led the UFW legal department, a minister who was one of Chavez’s closest advisers, and a young farmworker who had dedicated his life to the cause—Pawel describes the reality of the movement, not just during the well-studied and victorious period that made it famous, but during its long, painful transformation to what it is today. Her story of one man and his movement is a story of how the ’60s became the ’70s.

To understand Chavez, you have to understand that he was grafting together two life philosophies that were, at best, an idiosyncratic pairing. One was grounded in union-organizing techniques that go back to the Wobblies; the other emanated directly from the mystical Roman Catholicism that flourishes in Mexico and Central America and that Chavez ardently followed. He didn’t conduct “hunger strikes”; he fasted penitentially. He didn’t lead “protest marches”; he organized peregrinations in which his followers—some crawling on their knees—arrayed themselves behind the crucifix and effigies of the Virgin of Guadalupe. His desire was not to lift workers into the middle class, but to bind them to one another in the decency of sacrificial poverty. He envisioned the little patch of dirt in Delano—the “Forty Acres” that the UFW had acquired in 1966 and that is now a National Historic Landmark—as a place where workers could build shrines, pray, and rest in the shade of the saplings they had tended together while singing. Like most ’60s radicals—of whatever stripe—he vastly overestimated the appeal of hard times and simple living; he was not the only Californian of the time to promote the idea of a Poor People’s Union, but as everyone from the Symbionese Liberation Army to the Black Panthers would discover, nobody actually wants to be poor. With this Christ-like and infinitely suffering approach to some worldly matters, Chavez also practiced the take-no-prisoners, balls-out tactics of a Chicago organizer. One of his strategies during the lettuce strike was causing deportations: he would alert the immigration authorities to the presence of undocumented (and therefore scab) workers and get them sent back to Mexico. As the ’70s wore on, all of this—the fevered Catholicism and the brutal union tactics—coalesced into a gospel with fewer and fewer believers. He moved his central command from the Forty Acres, where he was in constant contact with workers and their families—and thus with the realities and needs of their lives—and took up residence in a weird new headquarters.

Located in the remote foothills of the Tehachapi Mountains, the compound Chavez would call La Paz centered on a moldering and abandoned tuberculosis hospital and its equally ravaged outbuildings. In the best tradition of charismatic leaders left alone with their handpicked top command, he became unhinged. This little-known turn of events provides the compelling final third of Pawel’s book. She describes how Chavez, the master spellbinder, himself fell under the spell of a sinister cult leader, Charles Dederich, the founder of Synanon, which began as a tough-love drug-treatment program and became—in Pawel’s gentle locution—“an alternative lifestyle community.” Chavez visited Dederich’s compound in the Sierras (where women routinely had their heads shaved as a sign of obedience) and was impressed. Pawel writes:

Chavez envied Synanon’s efficient operation. The cars all ran, the campus was immaculate, the organization never struggled for money.

He was also taken with a Synanon practice called “The Game,” in which people were put in the center of a small arena and accused of disloyalty and incompetence while a crowd watched their humiliation. Chavez brought the Game back to La Paz and began to use it on his followers, among them some of the UFW’s most dedicated volunteers. In a vast purge, he exiled or fired many of them, leaving wounds that remain tender to this day. He began to hold the actual farmworkers in contempt: “Every time we look at them,” he said during a tape-recorded meeting at La Paz, “they want more money. Like pigs, you know. Here we’re slaving, and we’re starving and the goddamn workers don’t give a shit about anything.”

Chavez seemed to have gone around the bend. He decided to start a new religious order. He flew to Manila during martial law in 1977 and was officially hosted by Ferdinand Marcos, whose regime he praised, to the horror and loud indignation of human-rights advocates around the world.

By the time of Chavez’s death, the powerful tide of union contracts for California farmworkers, which the grape strike had seemed to augur, had slowed to the merest trickle. As a young man, Chavez had set out to secure decent wages and working conditions for California’s migrant workers; anyone taking a car trip through the “Salad Bowl of the World” can see that for the most part, these workers have neither.

For decades, Chavez has been almost an abstraction, a collection of gestures and images (the halting speech, the plaid shirt, the eagerness to perform penance for the smallest transgressions) suggesting more an icon than a human being. Here in California, Chavez has reached civic sainthood. Indeed, you can trace a good many of the giants among the state’s shifting pantheon by looking at the history of one of my former elementary schools. When Berkeley became the first city in the United States to integrate its school system without a court order, my white friends and I were bused to an institution in the heart of the black ghetto called Columbus School. In the fullness of time, its name was changed to Rosa Parks School; the irony of busing white kids to a school named for Rosa Parks never seemed fully unintentional to me. Now this school has a strong YouTube presence for the videos of its Cesar Chavez Day play, an annual event in which bilingual first-graders dressed as Mexican farmworkers carry Sí, Se Puede signs and sing “De Colores.” The implication is that just as Columbus and Parks made their mark on America, so did Chavez make his lasting mark on California.

In fact, no one could be more irrelevant to the California of today, and particularly to its poor, Hispanic immigrant population, than Chavez. He linked improvement of workers’ lives to a limitation on the bottomless labor pool, but today, low-wage, marginalized, and exploited workers from Mexico and Central America number not in the tens of thousands, as in the ’60s, but in the millions. Globalization is the epitome of capitalism, and nowhere is it more alive than in California. When I was a child in the ’60s, professional-class families did not have a variety of Hispanic workers—maids, nannies, gardeners—toiling in and around their households. Most faculty wives in Berkeley had a once-a-week “cleaning lady,” but those women were blacks, not Latinas. A few of the posher families had gardeners, but those men were Japanese, and they were employed for their expertise in cultivating California plants, not for their willingness to “mow, blow, and go.”

Growing up here when I did meant believing your state was the most blessed place in the world. We were certain—both those who lived in the Republican, Beach Boys paradises of Southern California and those who lived in the liberal enclaves of Berkeley and Santa Monica—that our state would always be able to take care of its citizens. The working class would be transformed (by dint of the aerospace industry and the sunny climate) into the most comfortable middle class in the world, with backyard swimming pools and self-starting barbecue grills for everyone. The poor would be taken care of, too, whether that meant boycotting grapes, or opening libraries until every rough neighborhood had books (and Reading Lady volunteers) for everyone.

But all of that is gone now.

The state is broken, bankrupt, mean. The schools are a misery, and the once-famous parks are so crowded on weekends that you might as well not go, unless you arrive at first light to stake your claim. The vision of civic improvement has given way to self-service and consumer indulgence. Where the mighty Berkeley Co-op once stood on Shattuck and Cedar—where I once rattled the can for Chavez, as shoppers (each one a part owner) went in to buy no-frills, honestly purveyed, and often unappealing food—is now a specialty market of the Whole Foods variety, with an endless olive bar and a hundred cheeses.

When I took my boy up the state to visit Cesar’s old haunts, we drove into the Tehachapi Mountains to see the compound at La Paz, now home to the controversial National Farm Workers Service Center, which sits on a war chest of millions of dollars. The place was largely deserted and very spooky. In Delano, the famous Forty Acres, site of the cooperative gas station and of Chavez’s 25-day fast, was bleak and unvisited. We found a crust of old snow on Chavez’s grave in Keene, and a cold wind in Delano. We spent the night in Fresno, and my hopes even for the Blossom Trail were low. But we followed the 99 down to Fowler, tacked east toward Sanger, and then, without warning, there we were.

“Stop the car,” Conor said, and although I am usually loath to walk a farmer’s land without permission, we had to step out into that cloud of pale color. We found ourselves in an Arthur Rackham illustration: the boughs bending over our heads were heavy with white blossoms, the ground was covered in moss that was in places deep green and in others brown, like worn velvet. I kept turning back to make sure the car was still in sight, but then I gave up my last hesitation and we pushed deeper and deeper into the orchard, until all we could see were the trees. At 65 degrees, the air felt chilly enough for a couple of Californians to keep their sweaters on. In harvest season, the temperature will climb to over 100 degrees many days, and the rubbed velvet of the spring will have given way to a choking dust. Almost none of the workers breathing it will have a union contract, few will be here legally, and the deals they strike with growers will hinge on only one factor: how many other desperate people need work. California agriculture has always had a dark side. But—whether you’re eating a ripe piece of fruit in your kitchen or standing in a fairy-tale field of blossoms on a cool spring morning—forgetting about all of that is so blessedly easy. Chavez shunned nothing more fervently than the easy way; and nothing makes me feel further away from the passions and certainty of my youth than my eagerness, now, to take it.
Caitlin Flanagan’s book Girl Land will be published in January 2012.

Voir enfin:

Why the ‘Cesar Chavez’ biopic matters now
Cindy Y. Rodriguez
CNN
March 28, 2014

New York (CNN) — Cesar Chavez is something of a national icon.

His face is on a U.S. postage stamp. Countless statues, murals, libraries, schools, parks and streets are named after him — he even has his own national monument. He was on the cover of Time magazine in 1969. A naval ship was named after him. The man even has his own Google Doodle and Apple ad.

Yet his footprint in American history is widely unknown and that’s exactly the reason why actor-turned-director Diego Luna decided to produce a movie about his life.

"I was really surprised that there wasn’t already a film out about Chavez’s life, so that’s why I spent the past four years making this and hope the country will join me in celebrating his life and work," Diego Luna said during Tuesday’s screening of "Cesar Chavez: An American Hero" in New York. The movie opens nationwide on Friday.

After seeing farm workers harvesting the country’s food unable to afford feeding their own families — let alone the deplorable working conditions they faced — Chavez decided to act.

He and Dolores Huerta co-founded what’s now known as the United Farm Workers. They became the first to successfully organize farm workers while being completely committed to nonviolence.

Without Chavez, California’s farm workers wouldn’t have fair wages, lunch breaks and access to toilets or clean water in the fields. Not to mention public awareness about the dangers of pesticides to farm workers and helping outlaw the short-handled hoe. Despite widespread knowledge of its dangers, this tool damaged farm workers’ backs.

His civil rights activism has been compared to that of Martin Luther King Jr. and Mahatma Gandhi.

Difficult conditions in America’s fields

But as the film successfully highlights Chavez’s accomplishments, viewers will also be confronted with an uncomfortable truth about who picks their food and under what conditions.

Unfortunately, Chavez’s successes don’t cross state lines.

States such as New York, where farm workers face long hours without any overtime pay or a day of rest, are of concern for human rights activist Kerry Kennedy, president of the Robert F. Kennedy Center for Justice and Human Rights.

The Kennedys have been supporters of the UFW since Sen. Robert Kennedy broke bread with Chavez during the last day of his fast against violence in 1968.

"New York is 37 years behind California. Farm workers here can be fired if they tried collective bargaining," Kennedy said after the "Cesar Chavez" screening. "We need a Cesar Chavez."

California is still the only state where farm workers have the right to organize.

Kennedy is urging the passing of the Farmworkers Fair Labor Practices Act, which would give farm workers the right to one day of rest each week, time-and-a-half pay for work past an eight-hour day, as well as unemployment, workers’ compensation and disability insurance.

It’s not just New York. Farm workers across the country face hardship. In Michigan’s blueberry fields, there’s a great deal of child labor, Rodriguez said.

"Because they’re paid by piece-rate, it puts a lot of stress on all family members to chip in. Plus, families work under one Social Security number because about 80% of the farm worker population is undocumented," Rodriguez added.

That’s why the UFW and major grower associations worked closely with the Senate’s immigration reform bill to include special provisions that would give farm workers legal status if they continued to work in agriculture.

"Farm workers shouldn’t struggle so much to feed their own families, and we can be part of that change," Luna said.

A national holiday in honor Chavez?

To help facilitate that change, Luna and the film’s cast — Michael Peña as Chavez, America Ferrera as his wife, Helen, and Rosario Dawson as labor leader Dolores Huerta — have been trekking all over the country promoting the film and a petition to make Chavez’s birthday on March 31 a national holiday.

"We aren’t pushing Cesar Chavez Day just to give people a day off. It’s to give people a ‘day on’ because we have a responsibility to provide service to our communities," United Farm Workers president Arturo Rodriguez told CNN.

In 2008, President Barack Obama showed his support for the national holiday and even borrowed the United Farm Workers famous chant "Si Se Puede!’ — coined by Dolores Huerta — during his first presidential campaign.

Obama endorsed it again in 2012, when he created a national monument to honor Chavez, but the resolution still has to be passed by Congress to be recognized as a national holiday.

Right now, Cesar Chavez Day is recognized only in California, Texas and Colorado.
Political activist Dolores Huerta Political activist Dolores Huerta

Huerta, 83, is still going strong in her activism and has also helped promote the film. She said she wishes the film could have included more history, but she knows it’s impossible.

"There were so many important lessons in the film. All the sacrifices Cesar and his wife, Helen, had to make and the obstacles we had to face against the police and judges. We even had people that were killed in the movement but we were still able to organize," Huerta said.

Actor Tony Plana, who attending the New York screening, knew the late Chavez and credited him with the launch of his acting career. Plana, known for his role as the father on ABC’s "Ugly Betty" TV series, said his first acting gig was in the UFW’s theatrical troupe educating and helping raising farm workers’ awareness about their work conditions.

"I’ve waited more than 35 years for this film to be made, and I can’t tell you how honored I am to finally see it happen," Plana told CNN.

It’s not that there wasn’t interest in making the biopic before: Hollywood studios and directors have approached the Chavez family in the past, but the family kept turning them down, mainly for two reasons.

"Well, first Cesar didn’t want to spend the time making the film because there was so much work to do, and he was hesitant on being singled out because there were so many others that contributed to the UFW’s success," said Rodriguez.

It wasn’t until Luna came around and asked the Chavez family how they felt the movie should be made that the green light was given. But when it came time to getting the funding to produce the film, Hollywood was not willing.

"Hopefully this film will send a message to Hollywood that our [Latino] stories need to be portrayed in cinema," Luna added.

"Latinos go to the movies more than anyone else, but we’re the least represented on screen. It doesn’t make any sense," Dawson told CNN.

In 2012, Hispanics represented 18% of the movie-going population but accounted for 25% of all movies seen, according to Nielsen National Research Group.

"I hope young people use the power of social media to help spread the word about social change," Dawson said.

"There is power in being a consumer and boycotting. If we want more as a community, we need to speak up."


Contes de fées: Cachez cette violence que je ne saurai voir (Looking back at the disturbing origins of fairy tales)

30 mars, 2014
  Locust plague"Jews caused the disease by poisoning the wells"
Cupid and Psyche (Giuseppe Maria Crespi)
Titania with donkey-faced Bottom (Midsummer's night dream, Johann Heinrich Füssli)
Pig King (Crane)
Pig  King (Anne Anderson)

Beauty and the Beast

Petrus Gonsalvus, by anonymoushttp://www.jcbourdais.net/journal/images_journal/fontana/anton1.jpg
Qu’est-ce qui est plus nuisible qu’aucun vice ? La compassion active pour tous les ratés et les faibles — le christianisme… Nietzsche
Le christianisme entend venir à bout des fauves : sa méthode consiste à les rendre malades — l’affaiblissement est la recette chrétienne de l’ apprivoisement, de la "civilisation". Nietzsche
Le christianisme, c’est le mensonge dangereux d’un univers sans victime. Nietzsche
Les contes ont été relégués à la chambre d’enfants comme on relègue à la salle de jeux les meubles médiocres ou démodés, principalement du fait que les adultes n’en veulent pas et qu’il leur est égal qu’ils soient maltraités. JRR Tolkien
Peut-on imaginer personnage littéraire plus désagréable que le Dieu de l’Ancien Testament? Jaloux et en étant fier; obsédé de l’autorité, mesquin, injuste et impitoyable; vengeur et sanguinaire tenant de l’épuration ethnique; tyrannique, misogyne, homophobe, raciste, infanticide, génocidaire, fillicide, pestilentiel, mégalomane, sadomasochiste et capricieusement diabolique. Richard Dawkins
Dans certains des Psaumes l’esprit de haine nous frappe au visage comme la chaleur d’une fournaise. Dans d’autres cas, le même esprit cesse d’être effrayant mais c’est pour devenir (aux yeux de l’homme moderne) presque comique par sa naïveté. (…) Si nous excusons les poètes des Psaumes sous prétexte qu’ils n’étaient pas chrétiens, nous devrions pouvoir montrer que les auteurs païens expriment le même genre de choses et pire encore (….) Je peux trouver en eux de la lascivité, une bonne dose d’insensibilité brutale, une froide cruauté qui va de soi pour eux, mais certainement pas cette fureur ou cette profusion de haine…. La première impression que l’on en retire est que les Juifs étaient bien plus vindicatifs et acerbes que les païens. CS Lewis 
Il y a une quantité incroyable de violence dans des pièces telles que Médée ou les Bacchantes, dans la tradition dionysiaque dans son ensemble qui est centrée sur le lynchage. L’Iliade n’est rien d’autre qu’une chaîne d’actes de vengeance ; mais ce que C. S. Lewis et Nietzsche disent sur cette question est sans doute vrai si le problème est défini de la façon qu’ils le définissent il, à savoir en termes non pas de pure quantité de violence exposée mais de l’intensité de la rancoeur ou du ressentiment. (…) Même si les Bacchantes d’Euripide ne sont pas loin de prendre la défense de la victime, en fin de compte elles ne le font pas. Le lynchage du roi Penthée de la propre main de sa mère et de ses sœurs est horrible certes, mais pas mauvais; il est justifié. Le  roi Penthée est coupable de s’immiscer dans les rituels religieux des Bacchantes, coupable de s’opposer au dieu Dionysos lui-même. René Girard
On dit que les Psaumes de la Bible sont violents, mais qui s’exprime dans les psaumes, sinon les victimes des violences des mythes : “Les taureaux de Balaam m’encerclent et vont me lyncher”? Les Psaumes sont comme une fourrure magnifique de l’extérieur, mais qui, une fois retournée, laisse découvrir une peau sanglante. Ils sont typiques de la violence qui pèse sur l’homme et du recours que celui-ci trouve dans son Dieu. René Girard
De nombreux commentateurs veulent aujourd’hui montrer que, loin d’être non violente, la Bible est vraiment pleine de violence. En un sens, ils ont raison. La représentation de la violence dans la Bible est énorme et plus vive, plus évocatrice, que dans la mythologie même grecque. (…) Il est une chose que j’apprécie dans le refus contemporain de cautionner la violence biblique, quelque chose de rafraîchissant et de stimulant, une capacité d’indignation qui, à quelques exceptions près, manque dans la recherche et l’exégèse religieuse classiques. (…) Une fois que nous nous rendons compte que nous avons à faire au même phénomène social dans la Bible que la mythologie, à savoir la foule hystérique qui ne se calmera pas tant qu’elle n’aura pas lynché une victime, nous ne pouvons manquer de prendre conscience du fait de la grande singularité biblique, même de son caractère unique. (…) Dans la mythologie, la violence collective est toujours représentée à partir du point de vue de l’agresseur et donc on n’entend jamais les victimes elles-mêmes. On ne les entend jamais se lamenter sur leur triste sort et maudire leurs persécuteurs comme ils le font dans les Psaumes. Tout est raconté du point de vue des bourreaux. (…) Pas étonnant que les mythes grecs, les épopées grecques et les tragédies grecques sont toutes sereines, harmonieuses et non perturbées. (…) Pour moi, les Psaumes racontent la même histoire de base que les mythes mais retournée, pour ainsi dire. (…) Les Psaumes d’exécration ou de malédiction sont les premiers textes dans l’histoire qui permettent aux victimes, à jamais réduites au silence dans la mythologie, d’avoir une voix qui leur soit propre. (…) Ces victimes ressentent exactement la même chose que Job. Il faut décrire le livre de Job, je crois, comme un psaume considérablement élargi de malédiction. Si Job était un mythe, nous aurions seulement le point de vue des amis. (…) La critique actuelle de la violence dans la Bible ne soupçonne pas que la violence représentée dans la Bible peut être aussi dans les évènements derrière la mythologie, bien qu’invisible parce qu’elle est non représentée. La Bible est le premier texte à représenter la victimisation du point de vue de la victime, et c’est cette représentation qui est responsable, en fin de compte, de notre propre sensibilité supérieure à la violence. Ce n’est pas le fait de notre intelligence supérieure ou de notre sensibilité. Le fait qu’aujourd’hui nous pouvons passer jugement sur ces textes pour leur violence est un mystère. Personne d’autre n’a jamais fait cela dans le passé. C’est pour des raisons bibliques, paradoxalement, que nous critiquons la Bible. (…) Alors que dans le mythe, nous apprenons le lynchage de la bouche des persécuteurs qui soutiennent qu’ils ont bien fait de lyncher leurs victimes, dans la Bible nous entendons la voix des victimes elles-mêmes qui ne voient nullement le lynchage comme une chose agréable et nous disent en des mots extrêmement violents, des mots qui reflètent une réalité violente qui est aussi à l’origine de la mythologie, mais qui restant invisible, déforme notre compréhension générale de la littérature païenne et de la mythologie. René Girard
Ceux qui considèrent l’hébraïsme et le christianisme comme des religions du bouc émissaire parce qu’elles le rendent visible font comme s’ils punissaient l’ambassadeur en raison du message qu’il apporte. René Girard
Aujourd’hui on repère les boucs émissaires dans l’Angleterre victorienne et on ne les repère plus dans les sociétés archaïques. C’est défendu. René Girard
Au XIXe siècle, les spécialistes de religion comparée insistaient beaucoup sur les similitudes spectaculaires entre la Bible et les mythes du monde entier. Et ils conclurent trop vite que la Bible était un recueil de mythes identiques à tous les autres. Etant des "positivistes" et percevant un peu partout une plus ou moins grande ressemblance entre les données qu’ils étudiaient, ils ne notèrent aucune différence réelle entre la Bible et le reste. Un seul penseur a perçu cette différence cruciale : il s’agit de Friedrich Nietzsche. Dans la pensée de Nietzsche, du moins dans sa phase tardive, la dichotomie entre maîtres et esclaves doit d’abord se comprendre comme une opposition entre, d’un côté, les religions mythiques, qui expriment le point de vue des persécuteurs et considèrent toutes les victimes comme sacrifiables, et d’autre part la Bible et surtout les Evangiles, qui « calomnient » et sapent à la base les religions du premier groupe – et, en réalité, toutes les autres religions, car les Evangiles dénoncent l’injustice qu’il y a, dans tous les cas de figure, à sacrifier une victime innocente. (…) Il convient de voir dans les Ecritures judéo-chrétiennes la première révélation complète du pouvoir structurant de la victimisation dans les religions païennes ; quant au problème de la valeur anthropologique de ces Ecritures, il peut et doit être étudié comme un problème purement scientifique, la question étant de savoir si, oui ou non, les mythes deviennent intelligibles, comme je le crois, dès lors qu’on les interprète comme les traces plus ou moins lointaines d’épisodes de persécution mal compris. (…) Et pourtant, y a-t-il quelque chose qui soit plus naturel aux chercheurs que de traiter des textes similaires de façon similaire, ne serait-ce que pour voir ce que cela donne ? Un tabou inaperçu pèse sur ce type d’étude comparative. Les tabous les plus forts sont toujours invisibles. Comme tous les tabous puissants, celui-ci est antireligieux, c’est-à-dire, au fond, de nature religieuse. A partir de la Renaissance, les intellectuels modernes ont remplacé les Ecritures judéo-chrétiennes par les cultures anciennes. Puis, l’humanisme de Rousseau et de ses successeurs a glorifié à l’excès les cultures primitives et s’est également détourné de la Bible. Si la lecture que je propose est acceptée, notre vieux système de valeurs universitaires, fondé sur l’élévation des cultures non bibliques aux dépens de la Bible, va devenir indéfendable. Il deviendra clair que le véritable travail de démythification marche avec la mythologie, mais pas avec la Bible, car la Bible elle-même fait déjà ce travail. La Bible en est même l’inventeur : elle a été la première à remplacer la structure victimaire de la mythologie par un thème de victimisation qui révèle le mensonge de la mythologie. René Girard
Biblical reenactments are theatrical and very violent. Parents need to know that The Bible contains lots of violent and bloody scenes, including beatings, drownings, and the murdering of infants and adults. It also features a very lengthy and graphic reenactment of a crucifixion. Adultery is discussed; and men are often shown shirtless and in loin cloths and occasionally women are shown undressed (but no real nudity). Wine is sometimes consumed during religious ceremonies and over meals. All of this is offered in context, but it may be too intense for younger and/or sensitive viewers. Common sense media
From the Egyptian standpoint the departure of the Hebrews from Egypt was actually a justifiable expulsion. The main sources are the writings of Manetho and Apion, which are summarized and refuted in Josephus’s work Against Apion . . . Manetho was an Egyptian priest in Heliopolis. Apion was an Egyptian who wrote in Greek and played a prominent role in Egyptian cultural and political life. His account of the Exodus was used in an attack on the claims and rights of Alexandrian Jews . . . [T]he Hellenistic-Egyptian version of the Exodus may be summarized as follows: The Egyptians faced a major crisis precipitated by a group of people suffering from various diseases. For fear the disease would spread or something worse would happen, this motley lot was assembled and expelled from the country. Under the leadership of a certain Moses, these people were dispatched; they constituted themselves then as a religious and national unity. They finally settled in Jerusalem and became the ancestors of the Jews. James G. Williams
René Girard has changed the way that I interpret violence in the Bible, and, indirectly, in movies. Girard calls the Bible a “text in travail.” In other words, the Bible is a text that struggles with its own violence. Part of that struggle is its mere reflection of human violence, but where the Bible is unique in human history is that it challenges its own violence. While many stories in the Bible merely reflect human violence, other stories in the Bible reveal that violence will only lead to our own destruction and that God never demands violence. Girard writes that the Bible’s travail against its own violence and against a violent view of God “is not a chronologically progressive process, but a struggle that advances and retreats. I see the Gospels as the climactic achievement of that trend”. Girard claims that the Sermon on the Mount is one of those major advancements in the Bible, because in it Jesus “shows us a God who is alien to all violence and who wishes in consequence to see humanity abandon violence”, but Girard also points to the Joseph story as another major advancement. Indeed, you only need to finish reading the first book of the Bible for evidence that the Bible is a “text in travail.” Yes, in Genesis you will find all the violence mentioned above, but if you read to the end, you will discover the Joseph story – a story that provides the only true answer to the problem of violence. It’s a familiar story, so I won’t go into much detail. Joseph’s father loves him more than his 11 brothers, which makes his brothers jealous. Filled with jealousy, Joseph’s 11 brothers violently unite against him. As they leave him for dead in a pit, one brother suggests that they spare Joseph’s life and sell him as a slave. Joseph, now a slave, arrives in Egypt where he thrives and becomes Pharaoh’s right-hand man. Years later there is a famine and his brothers come to Egypt looking for help. They meet Joseph, who recognizes his brothers, but his brothers don’t recognize him. At this point in the story, Joseph held all the power. He could have responded to his brothers’ request by continuing the cycle of violence. It would be a mere reflection of human violence if Joseph said, “Remember when you planned to kill me, but then sold me as a slave? Well, I spent years in jail, and now you will too!” But that’s not how Joseph responds. Rather, Joseph reveals the only way out of violence by responding to his brothers with compassion and forgiveness. Many Christians have seen Joseph as a Christ-like figure. Indeed, Jesus responded to violence in the same way Joseph did. While hanging on the cross, Jesus prayed for his persecutors to be forgiven, “Father, forgive them, for they know not what they do.” Then, in the resurrection, Jesus only offered words of peace to those who betrayed him. Why is there so much violence in the Bible? Because human history shows that we have a tendency to be violent. Yet violence is not inevitable. As the Bible struggles with its own violence, it also reveals that forgiveness is the only solution to cycles of revenge. So, when it comes to storytelling, whether in the Bible or in movies, our concern shouldn’t be whether or not there is violence. Our concern should be whether these stories merely reflect human violence, or whether these stories are in travail against human violence. Good stories are like the Joseph and Jesus stories. They transform our identity away from violence and into an identity of forgiveness. That, I would offer, is the litmus test for any good story. Adam Ericksen
La Dysneyfication (sic) des contes depuis soixante-dix ans a insidieusement installé dans notre esprit l’image d’un monde simple où des gens beaux combattent des méchants plutôt laids et doivent faire face à des obstacles apparemment insurmontables dans leur quête d’une vie heureuse, aidés qu’ils sont par M. ou Mme (ou plus vraisemblablement SAS) Juste ; un monde où le bien triomphe toujours et où il n’est pas de meilleur mariage que ceux construits sur la grandeur d’un royaume.  David Barnett 

Cachez cette violence que je ne saurai voir  !

Expulsion de tout un peuple suite à des calamités naturelles ou imaginaires attribuées à un Dieu libérateur, sacrifice de jeunes filles vouées à la dévoration d’un monstre d’abord divinisé puis humanisé par l’amour …

A l’heure où un chroniqueur égyptien réclame des dommages et intérêts pour les plaies

Et où la chaine franco-allemande Arte revient sur l’histoire d’un homme atteint du syndrome rarissime de l’hypertrichose ayant pu inspirer le célèbre conte de mesdames de Villeneuve et de Beaumont (La Belle et la bête), aboutissement d’une longue liste de reprises historiques (d’Apulée et d’Ovide à Shakespeare, Satarapola et Grimm) …

Pendant qu’aux Etats-Unis, une mini-série sur la Bible se voit déconseillée aux enfants de moins de 14 ans

Comment ne pas s’étonner, avec René Girard, de cet étrange refus de nos historiens de voir dans les mythes les traces de persécution et de violences notamment anti-juives qu’ils repèrent si aisément dans les textes de notre propre Moyen-Age en quête de boucs émissaires face aux dévastations de la Peste noire ?

Mais comment aussi s’expliquer, au-delà  des habituelles édulcorations de nos psychanalystes et des scénaristes des studios Disney, ce non moins étrange aveuglement de nos folkloristes devant des contes de fées qui ne sont manifestement autres eux aussi que "les traces plus ou moins lointaines d’épisodes de persécution mal compris" ?

Faut-il interdire les Contes de Grimm aux enfants?
Bibliobs

21-10-2009

Les Anglais aiment les fées, les monstres et les légendes. Ils aiment aussi beaucoup en parler. La semaine dernière, après leur avoir demandé si une traduction peut améliorer un livre, le «Guardian» a même proposé le thème des contes de fées aux blogueurs de la section Books.

Chez BibliObs, on s’est beaucoup amusé à lire la prose de David Barnett, qui s’est attelé à creuser la difficile question de la violence dans les contes pour enfants. D’après lui,en effet :

« La Dysneyfication (sic) des contes depuis soixante-dix ans a insidieusement installé dans notre esprit l’image d’un monde simple où des gens beaux combattent des méchants plutôt laids et doivent faire face à des obstacles apparemment insurmontables dans leur quête d’une vie heureuse, aidés qu’ils sont par M. ou Mme (ou plus vraisemblablement SAS) Juste ; un monde où le bien triomphe toujours et où il n’est pas de meilleur mariage que ceux construits sur la grandeur d’un royaume ». (Qui a dit que l’écriture anglaise n’était pas grandiloquente?)

Pour Barnett, le monde de l’Oncle Walt est dessiné pour les enfants, alors que les Contes des Frères Grimm (1) dépeignent un monde sombre fait de forêts effrayantes où des méfaits encore plus sombres seraient commis, et sans être jamais punis…

Pour mieux s’en expliquer, ce jeune auteur du nord-est de la Grande-Bretagne cite un passage particulièrement sanglant extrait du « Fiancé voleur » :

« La bande arrive à la maison avec une jeune fille qu’ils ont enlevée. Complètement ivres, ils n’entendent pas ses cris et ses plaintes. Ils lui donnent du vin à boire, trois pleins verres. Un de blanc, un de rouge et un de jaune pour lui crever le cœur. Et là, ils lui ôtent sa fine robe, l’allongent sur la table et découpent son joli corps en petits morceaux puis versent du sel dessus. »

Les Frères Grimm, qui ont recueilli les contes de la bouche de plusieurs informateurs, en fait surtout des informatrices – Dorothea Viehmann, qui a fourni à elle seule plus de trente textes du recueil, et les filles des familles Hassenpflug, Wild et Haxthausen – s’étaient d’ailleurs opposés au titre que leur éditeur proposait, « Contes pour les enfants et la maison », comme le rappelle Heinz Rölleke, le grand spécialiste allemand des contes de Grimm dans une interview accordée à nos confrères d’Arte il y a quelques années :

« Jacob Grimm était convaincu qu’on ne pouvait "servir deux maîtres à la fois", qu’il n’était donc pas possible de rendre et commenter les textes correctement tout en les édulcorant pour en faire un livre pour enfants. Mais il finit par accepter, à contrecœur. Le grand écart est parfaitement réussi : au fil des éditions, Wilhelm Grimm, le frère cadet, a adapté les textes au goût des enfants, sans leur ôter de leur substance. C’était le seul moyen de faire de ce livre un succès mondial. »

David Barnett ne dit pas autre chose : pour lui, les contes sont d’abord « des histoires pour les adultes ». Mais il préfère citer J.R.R. Tolkien et son essai de 1938, « Du conte de fées », où l’auteur préféré des geeks de tous horizons nous signale que l’association entre les contes de fées et les enfants est un « un accident de notre histoire domestique » qui a fait que les contes ont été « relégués à la chambre d’enfants comme on relègue à la salle de jeux les meubles médiocres ou démodés, principalement du fait que les adultes n’en veulent pas et qu’il leur est égal qu’ils soient maltraités ».

(On en saura plus sur cet essai, en se rendant à cette adresse, grâce au travail de Laurent Femenias, directeur d’école en Côte-d’Or et fan d’Iron Maiden…)

Les livres pour enfants ne sont pas du tout faits pour les enfants. Mais pour Barnett, ce n’est pas un problème. Car, nous dit-il dans sa langue un rien emphatique, « ils aident à donner aux enfants le sens de la fantaisie qui est vital pour naviguer dans la forêt souvent sombre et dense de la vie adulte ».

Fantaisie dont Tolkien parlait aussi dans son essai, en disant que contrairement aux idées reçues elle « est fondée sur la dure reconnaissance du fait que les choses sont telles dans le monde qu’elles paraissent sous le soleil ; une reconnaissance du fait, mais non un esclavage à son égard ». Bien dit.

Une citation encore, de G.K. Chesterton (dont la page Wikipedia est passionnante), qu’un lecteur anglais de Barnett partage généreusement dans les commentaires de l’article :

« Les contes de fées ne disent pas aux enfants que les dragons existent. Les enfants savent déjà que les dragons existent. Les contes de fées disent aux enfants qu’on peut tuer les dragons. »

Et on sait qu’en la matière, les Anglais sont à l’avant-garde : leur saint patron est même le tueur de dragons le plus célèbre au monde.

Voir également:

Il était une fois
La véritable histoire des contes de fées
Lisa Melia
l’Express
21/03/2011

La Journée mondiale des contes qui a lieu ce dimanche est une occasion de célébrer un genre littéraire universel.

"Il était une fois…" les contes. Récits merveilleux qui divertissent chaque génération d’enfants, les contes d’aujourd’hui n’ont pourtant rien à voir avec leurs ancêtres moyenâgeux. "Les premières traces de contes datent du 12e siècle environ, explique Catherine Velay-Vallantin, maître de conférence à l’EHESS et auteur d’une Histoire des contes. Les prédicateurs franciscains et dominicains les utilisaient notamment pour illustrer leurs prêches." Mais ce sont surtout les conteurs qui font vivre la tradition. Ils vont de foyer en foyer pour raconter des histoires et rassembler près du feu les parents et les enfants, divertissant les premiers et effrayant les seconds. Dès cette époque, trois exigences caractérisent le conte, qui demeure une tradition orale: concision narrative, inventivité esthétique, et logique. Il faudra attendre Charles Perrault au XVIIe siècle pour voir l’émergence d’un genre littéraire spécifique.

La vie est cruelle

Les versions originales sont bien plus violentes que leurs transpositions actuelles. "Le soleil, la lune et Thalie, le récit à l’origine de la Belle au bois dormant, remonte au 14e siècle, raconte Catherine Velay-Vallantin. Pour résumer, c’est l’histoire d’un viol. Le prince est déjà marié et viole la princesse dans son sommeil. Elle donne naissance à des jumeaux qui, cherchant son sein, suce son doigt et retire l’écharde qui la maintenait endormie. Elle se réveille alors et constate l’ampleur du désastre." Les contes, à l’époque, se finissent souvent mal et sont empreints de violence, en écho à l’existence difficile des paysans. Ils confirment que la vie est cruelle. "Il existe quand même des contes pour enfants", tempère la chercheuse. Le conteur s’adapte à son public et ne choisit pas toujours la version la plus tragique. Les contes de "randonnées" ont un but didactique : apprendre à compter aux enfants. "Ils enseignent la logique", résume Catherine Velay-Vallantin.

Un premier adoucissement des histoires se produit avec Charles Perrault, au public bourgeois, qui commence à s’inquiéter des répercussions sur les enfants. Exclu de la Petite Académie par Colbert, Perrault connaît de sérieuses difficultés financières. Il écrit pour revenir à Versailles et choisit délibérément les versions les plus édulcorées pour répondre aux exigences morales de l’Eglise. "Charles Perrault est considéré aujourd’hui comme un bon père de famille, s’amuse Catherine Velay-Vallantin, alors que c’était un carriériste, et certainement pas un pédagogue." En leur temps, les ouvrages de Perrault et ceux des frères Grimm ont rencontré un succès phénoménal. Presque autant lu que la Bible, ils ont été traduits et diffusés dans toute l’Europe.

Le monde de la recherche s’est penché sur leur richesse et continue à le faire. Du psychanalyste Bruno Bettelheim au sociologue Jack Zypes, en passant par les revues d’universitaires telles que La Grande Oreille. On peut être chercheur et avoir su garder son âme d’enfant.

Voir encore:

The Dark Side of the Grimm Fairy Tales
Jesse Greenspan
History
September 17, 2013

Jacob and Wilhelm Grimm’s collection of folktales contains some of the best-known children’s characters in literary history, from Snow White and Rapunzel to Cinderella and Little Red Riding Hood. Yet the brothers originally filled their book, which became known as “Grimm’s Fairy Tales,” with gruesome scenes that wouldn’t be out of place in an R-rated movie. The Grimms never even set out to entertain kids. The first edition of “Grimm’s Fairy Tales” was scholarly in tone, with many footnotes and no illustrations. Only later, as children became their main audience, did they take out some of the more adult content. Their stories were then further sanitized as they were adapted by Walt Disney and others. As the 150th anniversary of Jacob’s death approaches—he passed away on September 20, 1863, about four years after Wilhelm—check out some of the surprisingly dark themes that appear in the Grimms’ work.

1. Premarital sex
In the original version of “Rapunzel,” published in 1812, a prince impregnates the title character after the two spend many days together living in “joy and pleasure.” “Hans Dumm,” meanwhile, is about a man who impregnates a princess simply by wishing it, and in “The Frog King” a princess spends the night with her suitor once he turns into a handsome bachelor. The Grimms stripped the sex scenes from later versions of “Rapunzel” and “The Frog King” and eliminated “Hans Dumm” entirely.
But hidden sexual innuendos in “Grimm’s Fairy Tales” remained, according to psychoanalysts, including Sigmund Freud and Erich Fromm, who examined the book in the 20th century.

2. Graphic violence
Although the brothers Grimm toned down the sex in later editions of their work, they actually ramped up the violence. A particularly horrific incident occurs in “The Robber Bridegroom,” when some bandits drag a maiden into their underground hideout, force her to drink wine until her heart bursts, rip off her clothes and then hack her body into pieces. Other tales have similarly gory episodes. In “Cinderella” the evil stepsisters cut off their toes and heels trying to make the slipper fit and later have their eyes pecked out by doves; in “The Six Swans” an evil mother-in-law is burned at the stake; in “The Goose Maid” a false bride is stripped naked, thrown into a barrel filled with nails and dragged through the streets; and in “Snow White” the wicked queen dies after being forced to dance in red-hot iron shoes. Even the love stories contain violence. The princess in “The Frog King” turns her amphibian companion into a human not by kissing it, but instead by hurling it against a wall in frustration.

3. Child abuse
Even more shockingly, much of the violence in “Grimm’s Fairy Tales” is directed at children. Snow White is just 7 years old when the huntsman takes her into the forest with orders to bring back her liver and lungs. In “The Juniper Tree” a woman decapitates her stepson as he bends down to get an apple. She then chops up his body, cooks him in a stew and serves it to her husband, who enjoys the meal so much he asks for seconds. Snow White eventually wins the day, as does the boy in “The Juniper Tree,” who is brought back to life. But not every child in the Grimms’ book is so lucky. The title character in “Frau Trude” turns a disobedient girl into a block of wood and tosses her into a fire. And in “The Stubborn Child” a youngster dies after God lets him become sick.

4. Anti-Semitism
The Grimms gathered over 200 tales for their collection, three of which contained Jewish characters. In “The Jew in the Brambles” the protagonist happily torments a Jew by forcing him to dance in a thicket of thorns. He also insults the Jew, calling him a “dirty dog,” among other things. Later on, a judge doubts that a Jew would ever voluntarily give away money. The Jew in the story turns out to be a thief and is hanged. In “The Good Bargain” a Jewish man is likewise portrayed as a penny-pinching swindler. During the Third Reich, the Nazis adopted the Grimms’ tales for propaganda purposes. They claimed, for instance, that Little Red Riding Hood symbolized the German people suffering at the hands of the Jewish wolf, and that Cinderella’s Aryan purity distinguished her from her mongrel stepsisters.

5. Incest
In “All-Kinds-of-Fur” a king promises his dying wife that he will only remarry if his new bride is as beautiful as her. Unfortunately, no such woman exists in the whole world except his daughter, who ends up escaping his clutches by fleeing into the wilderness. While interviewing sources, the Grimms likewise heard versions of a different story–“The Girl Without Hands”–with an incestuous father. Nonetheless, in all editions of their book they recast this father as the devil.

6. Wicked mothers
Evil stepparents are a dime a dozen in fairy tales, but the Grimms originally included some evil biological mothers as well. In the 1812 version of “Hansel and Gretel,” a wife persuades her husband to abandon their children in the woods because they don’t have enough food to feed them. Snow White also has an evil mother, who at first wishes for and then become infuriated by her daughter’s beauty. The Grimms turned both of these characters into stepmothers in subsequent editions, and mothers have essentially remained off the hook ever since in the retelling of these stories.

Voir aussi:

Un chroniqueur égyptien : L’Egypte doit intenter un procès à Israël pour les dix plaies ; à la Turquie pour l’occupation ottomane ; à la France pour l’invasion napoléonienne et à la Grande-Bretagne pour le colonialisme
Memri No. 5686
Mars 20, 2014

Dans un article paru le 11 mars 2014 dans le quotidien égyptien Al-Yawm Al-Sabi, le chroniqueur égyptien Ahmad Al-Gamal, qui écrit également pour Al-Ahram et Al-Masri Al-Yawm, estime qu’il faudrait intenter un procès à Israël, la Turquie, la Grande-Bretagne et la France pour les dommages que tous ces pays ont causés à l’Egypte depuis les temps bibliques jusqu’au 20ème siècle. Selon lui, Israël devrait être poursuivi pour les dommages causés par les dix plaies d’Egypte (décrites dans la Bible) et pour les matériaux précieux utilisés par les Israélites pour construire le Saint Tabernacle dans le désert ; la Turquie devrait rendre des comptes pour avoir envahi l’Egypte à l’époque ottomane, recruté des artisans égyptiens à la construction de projets à Istanbul, avoir volé des antiquités, des manuscrits et des livres, et avoir comploté avec les sionistes contre l’Egypte dans les années 1950 et 1960. Quant à la France, elle doit payer des indemnités pour l’invasion de Napoléon à la fin du 18ème siècle et la campagne de Suez en 1956 ; et enfin, la Grande-Bretagne doit payer pour 72 ans d’occupation, au cours desquels l’Egypte a subi vols et usurpation.

Voir par ailleurs:

The Bible and Movies and Violence – Oh My!
Adam Ericksen
God’s Politics Blog
06-26-2013

This Thursday I’ll be interviewing Gareth Higgins on the Raven Foundation’s Voices of Peace radio show. Gareth is the founder of the very popular Wild Goose Festival. If you attend this summer, you will meet Raven friend James Alison, who will talk about his latest project, Jesus the Forgiving Victim: Listening to the Unheard Voice. Gareth is also a film critic and analyzes films from a Christian point of view on his website God Is Not Elsewhere. He wrote a book called How Movies Helped Save My Soul and, with Jett Loe, he is the co-host of Film Talk, an award-winning Internet radio show of cinema reviews and interviews. Since we are in the heat of the summer movie season, I’ll be talking with Gareth about both the Wild Goose Festival and his passion for religion and films.

Before talking with Gareth, I’d like to ask this: Do movies and the Bible have anything in common? Fill in the blank with either the word “Bible” or “movies” and you will be asking a familiar question:

Why is there so much violence in the _____?

Whenever I hear someone lament that kids these days need to read their Bibles, I tell them that the Bible should be rated R for violence, nudity, rape, drug deals, and even genocide – and that’s just in the first book! Of course, as a youth pastor, I’ve found that the best way to get kids interested in the Bible is to tell them that if someone made it into a movie, it would be rated R.

The Bible and movies tell stories. Gareth points out the importance of stories in his article “It’s the Movies’ Fault/It’s not the Movies’ Fault” in which he brilliantly states that, “we could benefit from recognizing that the relationship between storytelling and the formation of human identity is crucial.” Indeed, the stories we tell are crucial to the formation of human identity, but the Bible and movies tell stories that are permeated with violence. So, the question becomes, how do we make sense of those violent stories in terms of human identity?

René Girard has changed the way that I interpret violence in the Bible, and, indirectly, in movies. Girard calls the Bible a “text in travail.” In other words, the Bible is a text that struggles with its own violence. Part of that struggle is its mere reflection of human violence, but where the Bible is unique in human history is that it challenges its own violence. While many stories in the Bible merely reflect human violence, other stories in the Bible reveal that violence will only lead to our own destruction and that God never demands violence. Girard writes that the Bible’s travail against its own violence and against a violent view of God “is not a chronologically progressive process, but a struggle that advances and retreats. I see the Gospels as the climactic achievement of that trend” (Violent Origins, 141).

Girard claims that the Sermon on the Mount is one of those major advancements in the Bible, because in it Jesus “shows us a God who is alien to all violence and who wishes in consequence to see humanity abandon violence” (Things Hidden Since the Foundation of the World, 183), but Girard also points to the Joseph story as another major advancement. Indeed, you only need to finish reading the first book of the Bible for evidence that the Bible is a “text in travail.” Yes, in Genesis you will find all the violence mentioned above, but if you read to the end, you will discover the Joseph story – a story that provides the only true answer to the problem of violence.

It’s a familiar story, so I won’t go into much detail. Joseph’s father loves him more than his 11 brothers, which makes his brothers jealous. Filled with jealousy, Joseph’s 11 brothers violently unite against him. As they leave him for dead in a pit, one brother suggests that they spare Joseph’s life and sell him as a slave. Joseph, now a slave, arrives in Egypt where he thrives and becomes Pharaoh’s right-hand man. Years later there is a famine and his brothers come to Egypt looking for help. They meet Joseph, who recognizes his brothers, but his brothers don’t recognize him. At this point in the story, Joseph held all the power. He could have responded to his brothers’ request by continuing the cycle of violence. It would be a mere reflection of human violence if Joseph said, “Remember when you planned to kill me, but then sold me as a slave? Well, I spent years in jail, and now you will too!” But that’s not how Joseph responds. Rather, Joseph reveals the only way out of violence by responding to his brothers with compassion and forgiveness.

Many Christians have seen Joseph as a Christ-like figure. Indeed, Jesus responded to violence in the same way Joseph did. While hanging on the cross, Jesus prayed for his persecutors to be forgiven, “Father, forgive them, for they know not what they do.” Then, in the resurrection, Jesus only offered words of peace to those who betrayed him.

Why is there so much violence in the Bible? Because human history shows that we have a tendency to be violent. Yet violence is not inevitable. As the Bible struggles with its own violence, it also reveals that forgiveness is the only solution to cycles of revenge.

So, when it comes to storytelling, whether in the Bible or in movies, our concern shouldn’t be whether or not there is violence. Our concern should be whether these stories merely reflect human violence, or whether these stories are in travail against human violence. Good stories are like the Joseph and Jesus stories. They transform our identity away from violence and into an identity of forgiveness. That, I would offer, is the litmus test for any good story.

Adam Ericksen blogs at the Raven Foundation, where he uses mimetic theory to provide social commentary on religion, politics, and pop culture. Follow Adam on Twitter @adamericksen.

Egyptian Columnist: Egypt Should Sue Israel For The Ten Plagues, Turkey For The Ottoman Occupation, France For The Napoleonic Invasion, And Britain For Colonialism
Memri
Special Dispatch No. 5686
March 20, 2014

In a March 11, 2014 article in the Egyptian daily Al-Yawm Al-Sabi’, Egyptian columnist Ahmad Al-Gamal, who also writes for Al-Ahram and Al-Masri Al-Yawm, advocated suing Israel, Turkey, Britain, and France for damages they caused Egypt from biblical times until the 20th century. Israel, he said, should be sued for the damage caused by the Ten Plagues and for the precious materials used by the Israelites to build the Holy Tabernacle in the desert, and Turkey should pay damages for invading Egypt in the Ottoman period, for drafting Egyptian artisans to build projects in Istanbul, for stealing antiquities, manuscripts, and books, and for plotting with the Zionists against Egypt during the 1950s and 1960s. As for France, it must pay compensation for Napoleon’s invasion at the close of the 18th century and for the 1956 Suez Campaign, and Britain must pay for 72 years of occupation, during which Egypt was subjected to theft and robbery.

The following are excerpts from the article:[1]

Sue Israel For The Egyptian Gold And Silver The Israelites Took

"I tirelessly reiterate my demand to utilize all measures of the law and of customary law, and all ethical principles, to receive compensation for what the Israelis, Turks, French and English took from us. And if you ask me whether the Turks can be placed in the same category as [the Israelis, French and English], I will reply: Yes, absolutely. Erdogan, and his party, stream and orientation, are just as dangerous to Egypt and Arabism as the Zionists and imperialists. Had the [Turks] been in our place, and had we done to them what they did to us, they wouldn’t have left us alone for a moment without demanding their right many times over.

"We want compensation for the [Ten] Plagues that were inflicted upon [us] as a result of the curses that the Jews’ ancient forefathers [cast] upon our ancient forefathers, who did not deserve to pay for the mistake that Egypt’s ruler at the time, Pharaoh as the Torah calls him, committed. For what is written in the Torah proves that it was Pharaoh who oppressed the Children of Israel, rather than the Egyptian people. [But] they inflicted upon us the plague of locusts that didn’t leave anything behind them; the plague that transformed the Nile’s waters into blood, so nobody could drink of them for a long time; the plague of darkness that kept the world dark day and night; the plague of frogs; and the plague of the killing of the firstborn, namely every first offspring born to woman or beast, and so on.

"We want compensation for the gold, silver, copper, precious stones, fabrics, hides and lumber, and for [all] animal meat, hair, hides and wool, and for other materials that I will mention [below], when quoting the language of the Torah. All these are materials that the Jews used in their rituals. These are resources that cannot be found among desert wanderers unless they took them before their departure…"

Later in the article Al-Gamal wrote: "The stories of the Holy Scriptures state that the Israelites set off from the [Nile] valley at night and went to the Sinai Peninsula. This is known to be a desert, were there is no use for large quantities of gold, silver, precious stones, meats, oils, fabrics and the like. Therefore it is clear that the Israelites took all these things from Egypt before they left. Chapter 25 of Exodus, on the [Israelites'] departure [from Egypt], states: ‘The Lord said to Moses: Tell the Israelites to bring me an offering… These are the offerings you are to receive from them: gold, silver and bronze; blue, purple and scarlet yarn and fine linen; goat hair; ram skins dyed red and another type of durable leather; acacia wood; olive oil for the light; spices for the anointing oil and for the fragrant incense; and onyx stones and other gems to be mounted on the ephod and breastpiece. Then have them make a sanctuary for me, and I will dwell among them. Make this tabernacle and all its furnishings exactly like the pattern I will show you. Have them make an ark of acacia wood, two and a half cubits long, a cubit and a half wide, and a cubit and a half high. Overlay it with pure gold, both inside and out, and make a gold molding around it. Cast four gold rings for it and fasten them to its four feet, with two rings on one side and two rings on the other [Exodus 25:1-12]‘…

"[Exodus 38:24 states]: ‘The total amount of the gold from the wave offering used for all the work on the sanctuary was 29 talents and 730 shekels, according to the sanctuary shekel…’

"I call upon everyone with an interest in Torah studies to instruct us on a scientific basis what is the [precise] meaning of the word ‘talent.’ How many grams is it currently worth, what was the weight of the sheqel during those days, especially as it was made out of solid pure gold and pure silver…"

Turkey Must Compensate Egypt For The Backwardness They Inflicted Upon It

About Turkey, Al-Gamal wrote: "As for the Turks, we must demand [from them] adequate compensation for the economic, social, cultural, intellectual and political backwardness that their presence in our midst imposed upon us, for the world during those centuries [i.e., during the Ottoman period] made tremendous progress in all areas. We want compensation from the Turks for the invasion of our country and for the attendant oppression and aggression, and for taking all our human capital: scholars, builders, tentmakers, carpenters, coal miners, blacksmiths and all skilled artisans and forcing them to go to Istanbul to build palaces, mosques, and the like. We also want compensation for the antiquities plundered by the Turks, and especially for some relics of the Prophet and for stolen manuscripts and books. This theft and plunder lasted for centuries, from the beginning of the 16th century until the early 20th century.

"Likewise, we want compensation from the Turks for damaging the Egyptian psyche through their racism and haughtiness, their contempt for Egypt and the Egyptians, and their disgraceful treatment of the peasant as someone who [merely] plows, sows and reaps – although the harvest from the sweat of his brow filled the stomachs of the indolent Ottomans. We also want damages for the Turkish-Zionist plot hatched during the 1950s and 1960s, when Egypt led the Arab and global liberation movement and opposed the plans of the imperialist alliance, [an alliance] in which Turkey and the Hebrew state constituted vital components."

The British Owe Egypt Damages For 72 Years Of Occupation, The French For Napoleon’s Invasion

"Moving on to modern history, we must grab the Zionists, the French and the British by the throat in order to take the damages that are due us for Napoleon’s invasion and for the Franco-Anglo-Zionist plots against Egypt in 1956, in 1967 and also in 1973, because the British took part in preventing [Egypt] from realizing the fruits of its stupendous victory. We want compensation for 72 years of British occupation that imposed backwardness and dependency upon us, stole the resources of our country, drove a wedge between the sons of the homeland and turned [the members of] one social stratum into [British] agents who took no pity on the Egyptian poor…"

Al-Gamal concluded: "We have nothing to lose, let us sue [Turkish Premier Recep Tayyip] Erdogan, [Israeli Prime Minister Binyamin] Netanyahu, [British Prime Minister, David] Cameron, and others who stole from us and played a role in what befell us for generations."

Endnotes:

[1] Al-Yawm Al-Sabi’ (Egypt), March 11, 2014.
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Bons baisers de Russie: Les affaires humaines ont leurs marées (Back to the future: who laughed when Romney said Russia was our No.1 foe ?)

26 mars, 2014

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Les affaires humaines ont leurs marées, qui, saisies au moment du flux, conduisent à la fortune ; l’occasion manquée, tout le voyage de la vie se poursuit au milieu des bas-fonds et des misères. En ce moment, la mer est pleine et nous sommes à flot : il faut prendre le courant tandis qu’il nous est favorable, ou perdre toutes nos chances. Shakespeare (Jules César, IV, 3)
Un des grands problèmes de la Russie – et plus encore de la Chine – est que, contrairement aux camps de concentration hitlériens, les leurs n’ont jamais été libérés et qu’il n’y a eu aucun tribunal de Nuremberg pour juger les crimes commis. Thérèse Delpech
Les dirigeants européens et américains espèrent que les tyrans et les autocrates du monde vont disparaître tout seuls. Mais les dinosaures comme Vladimir Poutine, Hugo Chávez et les ayatollahs iraniens ne vont pas s’effacer comme cela. Ils ne doivent leur survie qu’au manque de courage des chefs du Monde libre. Garry Kasparov
La politique de "redémarrage" des relations russo-américaines proposée par le président Obama a été interprétée à Moscou comme l’indice de la prise de conscience par les Américains de leur faiblesse, et par conséquent comme une invitation à Moscou de pousser ses pions (…) Le contrat d’achat des Mistrals présente un triple avantage: d’abord, la Russie acquiert des armements de haute technologie sans avoir à faire l’effort de les développer elle-même ; deuxièmement, elle réduit à néant la solidarité atlantique et la solidarité européenne ; troisièmement, elle accélère la vassalisation du deuxième grand pays européen après l’Allemagne. Un expert russe a récemment comparé cette politique à celle de la Chine face aux Etats-Unis : selon lui, à Washington le lobby pro-chinois intéressé aux affaires avec la Chine est devenu si puissant que les Etats-Unis sont désormais incapables de s’opposer à Pékin; la même chose est déjà vraie pour l’Allemagne face à la Russie et elle le sera pour la France après la signature du contrat sur les Mistrals. (…) Aujourd’hui, Moscou (…) se pose en rempart de la civilisation « du Nord », ce qui ne manque pas de sel quand on se souvient avec quelle persévérance Moscou a défendu le programme nucléaire iranien, contribuant grandement à l’émergence de cette « menace » du Sud, et avec quel enthousiasme elle célébrait, il y a un an encore, le naufrage de la civilisation occidentale. (…) On l’a vu dans les années 1930, la présence d’un Etat revanchard sur le continent européen peut réduire à néant toutes les tentatives de fonder un ordre international sur le droit et l’arbitrage. Françoise Thom
President Barack Obama defended the American invasion of Iraq Wednesday in a high-profile speech to address the Russian takeover of Crimea. Russian officials, Obama noted, have pointed to the U.S. invasion and occupation of Iraq as an example of  "Western hypocrisy." Obama struggled, however, in his attempt to defend the legality of the invasion. The war was unsanctioned by the United Nations, and many experts assert it violated any standard reading of international law. But, argued Obama, at least the U.S. tried to make it legal. « America sought to work within the international system, » Obama said, referencing an attempt to gain U.N. approval for the invasion — an effort that later proved to be founded on flawed, misleading and cherry-picked intelligence. The man who delivered the presentation to the U.N., then-Secretary of State Colin Powell, has repeatedly called it a « blot » on his record.  Obama, in his speech, noted his own opposition to the war, but went on to defend its mission."We did not claim or annex Iraq’s territory. We did not grab its resources for our own gain," Obama argued. The Huffington Post
La destruction de l’URSS fut la plus grande catastrophe géopolitique du siècle. Poutine (2005)
C’est ma dernière élection. Après mon élection, j’aurai davantage de flexibilité. Obama (2012)
Aujourd’hui, c’est la Russie et pas l’Iran ou la Corée du Nord qui est l’ennemi géopolitique des Etats-Unis (…). Elle ne soutient que les pires régimes du monde. (…) Sur l’arène internationale, la Russie n’est pas un personnage amical. Le fait que le président américain veut plus de souplesse dans les relations avec la Russie est un signe alarmant (…). La Russie est sans aucun doute notre ennemi géopolitique numéro un. La Corée du Nord et l’Iran posent également assez de problèmes, mais ces terribles régimes poursuivent leur chemin, et nous allons à l’Onu pour les arrêter. Et si le président syrien tue ses propres citoyens, nous allons également à l’Onu, et qui monte alors au créneau pour défendre ces régimes? C’est toujours la Russie, souvent soutenue par la Chine. Romney
Nous avons connu d’autres crises en Europe ces dernières années: les Balkans dans les années 90, la Géorgie en 2008. Mais il s’agit là de la plus grave menace à la sécurité et à la stabilité de l’Europe depuis la fin de la Guerre froide. … On ne sait plus si la Russie est un partenaire ou un adversaire. Anders Fogh Rasmussen (secrétaire général de l’Otan)
Ce que Romney a dit sur la menace russe était en plein dans le mille. Cela a été amplement démontré en Ukraine, en Syrie et également en Russie. Nile Gardiner
Why, across the world, are America’s hands so tied? A large part of the answer is our leader’s terrible timing. In virtually every foreign-affairs crisis we have faced these past five years, there was a point when America had good choices and good options. There was a juncture when America had the potential to influence events. But we failed to act at the propitious point; that moment having passed, we were left without acceptable options. In foreign affairs as in life, there is, as Shakespeare had it, "a tide in the affairs of men which, taken at the flood leads on to fortune. Omitted, all the voyage of their life is bound in shallows and in miseries. Mitt Romney

Retour vers le futur ?

Alors où (avant d’autres nations comme la Moldavie ou l’Argentine ?) l’ours russe vient de ne faire qu’une bouchée d’une partie d’un pays dont nous nous étions engagés à protéger l’intégrité …

 Et en ce deuxième anniversaire (jour pour jour) de cette fameuse interview de Mitt Romney sur CNN qui avait tant fait rire nos prétendus spécialistes …

Pendant qu’entre deux fourriers du terrorisme saoudien ou qatari, le Pays autoproclamé des droits de l’homme et donneur de leçons si prodigue envers ledit Poutine, déroule à nouveau le tapis rouge pour les bouchers toujours impunis de Tiananmen

Comment ne pas repenser à ces paroles désormais prophétiques du candidat républicain sur cette Russie de Poutine …

Qui vient de confirmer, deux ans plus tard, qu’elle "ne soutient que les pires régimes du monde" et qu’elle est bien "sans aucun doute notre ennemi géopolitique numéro un" ?

Et sur ce président américain qui pourrait bien se révéler l’un des pires (et plus naïfs) présidents de l’histoire …

Et qui, réduit à défendre onze ans après la guerre du pétrole de son prédécesseur qu’il avait tant condamnée, n’a apparemment toujours pas compris comme le rappelle Romney citant Shakespeare que "les affaires humaines avaient leurs marées" ?

The Price of Failed Leadership
The President’s failure to act when action was possible has diminished respect for the U.S. and made troubles worse.
Mitt Romney
March 17, 2014

Why are there no good choices? From Crimea to North Korea, from Syria to Egypt, and from Iraq to Afghanistan, America apparently has no good options. If possession is nine-tenths of the law, Russia owns Crimea and all we can do is sanction and disinvite—and wring our hands.

Iran is following North Korea’s nuclear path, but it seems that we can only entreat Iran to sign the same kind of agreement North Korea once signed, undoubtedly with the same result.

Our tough talk about a red line in Syria prompted Vladimir Putin’s sleight of hand, leaving the chemicals and killings much as they were. We say Bashar Assad must go, but aligning with his al Qaeda-backed opposition is an unacceptable option.

And how can it be that Iraq and Afghanistan each refused to sign the status-of-forces agreement with us—with the very nation that shed the blood of thousands of our bravest for them?

Why, across the world, are America’s hands so tied?

A large part of the answer is our leader’s terrible timing. In virtually every foreign-affairs crisis we have faced these past five years, there was a point when America had good choices and good options. There was a juncture when America had the potential to influence events. But we failed to act at the propitious point; that moment having passed, we were left without acceptable options. In foreign affairs as in life, there is, as Shakespeare had it, "a tide in the affairs of men which, taken at the flood leads on to fortune. Omitted, all the voyage of their life is bound in shallows and in miseries."

When protests in Ukraine grew and violence ensued, it was surely evident to people in the intelligence community—and to the White House—that President Putin might try to take advantage of the situation to capture Crimea, or more. That was the time to talk with our global allies about punishments and sanctions, to secure their solidarity, and to communicate these to the Russian president. These steps, plus assurances that we would not exclude Russia from its base in Sevastopol or threaten its influence in Kiev, might have dissuaded him from invasion.

Months before the rebellion began in Syria in 2011, a foreign leader I met with predicted that Assad would soon fall from power. Surely the White House saw what this observer saw. As the rebellion erupted, the time was ripe for us to bring together moderate leaders who would have been easy enough for us to identify, to assure the Alawites that they would have a future post-Assad, and to see that the rebels were well armed.

The advent of the Arab Spring may or may not have been foreseen by our intelligence community, but after Tunisia, it was predictable that Egypt might also become engulfed. At that point, pushing our friend Hosni Mubarak to take rapid and bold steps toward reform, as did Jordan’s king, might well have saved lives and preserved the U.S.-Egypt alliance.

The time for securing the status-of-forces signatures from leaders in Iraq and Afghanistan was before we announced in 2011 our troop-withdrawal timeline, not after it. In negotiations, you get something when the person across the table wants something from you, not after you have already given it away.

Able leaders anticipate events, prepare for them, and act in time to shape them. My career in business and politics has exposed me to scores of people in leadership positions, only a few of whom actually have these qualities. Some simply cannot envision the future and are thus unpleasantly surprised when it arrives. Some simply hope for the best. Others succumb to analysis paralysis, weighing trends and forecasts and choices beyond the time of opportunity.

President Obama and Secretary of State Clinton traveled the world in pursuit of their promise to reset relations and to build friendships across the globe. Their failure has been painfully evident: It is hard to name even a single country that has more respect and admiration for America today than when President Obama took office, and now Russia is in Ukraine. Part of their failure, I submit, is due to their failure to act when action was possible, and needed.

A chastened president and Secretary of State Kerry, a year into his job, can yet succeed, and for the country’s sake, must succeed. Timing is of the essence.

Mr. Romney is the former governor of Massachusetts and the 2012 Republican nominee for president.

Voir aussi:

2 years ago
Romney not worried about Santorum, labels Russia No. 1 ‘foe’
Ashley Killough

CNN

March 26th, 2012

(CNN) – Republican presidential candidate Mitt Romney said Monday he was unfazed by recent ramped-up rhetoric coming from his opponent Rick Santorum.

"I’m not going to worry too much about what Rick is saying these days," Romney said on CNN’s "The Situation Room with Wolf Blitzer." "I know when you’re falling further and further behind, you get a little more animated."

– Follow the Ticker on Twitter: @PoliticalTicker

Santorum made headlines Sunday when he claimed Romney would be the "worst" Republican candidate to match up against President Barack Obama in the general election, based on the issue of health care reform.

The former Massachusetts governor, he argued, would be poorly armed in a fight against the president after signing off on a health care law in the Bay State that critics now label a "blueprint" for the controversial federal health care legislation passed in 2010.

Romney argues, however, that he would attempt to repeal the Affordable Care Act as president, saying states should have the right to regulate health care laws, not Washington.

"It’s a power grab by the federal government. It violates the 10th Amendment. It violates the economic principles and economy freedom in this country," Romney said on CNN. "It needs to be repealed."

The candidate also blasted Obama over a private conversation caught by microphone with Russian President Dmitry Medvedev, in which the president said he could be more flexible on the missile defense system in Europe after the election.

Romney joined other top Republicans in slamming the president over the remark on Monday and for making backroom deals with a country that Romney called America’s "Number One geopolitical foe."

“Who is it that always stands up with the world’s worst actors? It’s always Russia, typically with China alongside. In terms of a geopolitical foe, a nation that’s on the Security Council, and as of course a massive nuclear power, Russia is the geopolitical foe. The idea that our president is planning on doing something with them that he’s not willing to tell the American people before the election is something I find very, very alarming,” Romney said.

The White House hopeful also opened up about how he spent some recent time-off from the campaign trail, saying he went to watch "The Hunger Games" with his grandchildren over the weekend.

"I read serious books, but every now and then I read just for fun," Romney said, talking about how he read the book before seeing the movie. "That was weekend fun, so it was nice to see a flick for the first time in a long time."

Voir encore:

Après la Crimée, Poutine va-t-il annexer une partie de la Moldavie?

Olivier Philippe-Viela

L’Express

26/03/2014

Après le rattachement de la Crimée à la Russie, Vladimir Poutine pourrait tenter d’absorber d’autres régions russophones, comme la Transnistrie, en Moldavie. Les explications du politologue Florent Parmentier.

Les velléités séparatistes de la Transnistrie en Moldavie pourraient faire le jeu de Moscou. Cette région moldave, autoproclamée indépendante en 1992, mais sans être reconnue par la communauté internationale, compte 550 000 habitants. Composé pour un tiers de russophones, un tiers de roumanophones et le reste d’ukrainiens, la République moldave du Dniestr (son nom officiel) a déjà demandé son rattachement à la Russie en 2006.

La Transnistrie peut-elle faire sécession comme la Crimée et conforter Vladimir Poutine dans son projet expansionniste? L’Express a posé la question à Florent Parmentier, responsable pédagogique à l’IEP de Paris et spécialiste de la Moldavie.

La Russie peut-elle annexer la Transnistrie comme elle a absorbé la Crimée?

La Transnistrie demande depuis 20 ans son rattachement à la Russie. Lors d’un référendum en 2006, non reconnu par l’Union européenne, 97% des votants avaient formulé ce souhait. Si le résultat est soviétique, il est évident qu’une majorité de la population souhaite faire partie de la Russie. Pour les Moldaves, la Transnistrie est déjà quasiment perdue. Ce qui ne veut pas dire que les Russes vont l’annexer. On ne peut pas exclure cette possibilité radicale, mais Moscou souhaite plutôt favoriser l’indépendance de cette région et s’appuyer dessus pour mettre un pied en Moldavie.

Celle-ci pense que l’unique moyen de retenir la Transnistrie est de présenter l’image la plus attractive possible. Il faut savoir que ce pays est en bonne santé économique par rapport à ses voisins. En 2013, sa croissance était de 8,9%. Le pouvoir moldave est pro-européen, prudent vis-à-vis de la Russie et soutien officiel de l’Ukraine par la voix de son Premier ministre Iurie Leanca.

Que cherche Vladimir Poutine en s’appropriant les anciens satellites soviétiques?

Le président russe veut intimider l’Occident. Il a une idéologie expansionniste. Pour Poutine, il s’agit d’un projet économique et géopolitique: le développement de l’Union douanière, calquée sur les frontières de l’ex-URSS. Dans son esprit, l’Ukraine aurait dû en faire partie. Cependant elle lui a échappé. La Crimée n’était pas sa priorité, mais il a voulu marquer le coup.

D’autres régions russophones souhaitent-elles être affiliées à la Fédération de Russie?

La Crimée est définitivement perdue pour l’Ukraine.

La Gagaouzie par exemple, district autonome au Sud de la Moldavie, a voté pour rejoindre l’Union douanière voulue par Vladimir Poutine à l’Est. Cette région russophile s’affirme ainsi par rapport au pouvoir central et conforte le projet économique de la Russie. En Ukraine, l’enjeu c’est le Sud et l’Est du pays. Les nouvelles autorités ukrainiennes ont eu un comportement pragmatique et intelligent, notamment sur l’usage de la langue russe, qui reste tolérée. En revanche, il semble évident que la Crimée est définitivement perdue pour l’Ukraine


Droits de l’homme: Contre la dictature du vêtement, salopes de tous les pays unissez vous ! (Why can we be arrested for being naked in the street ? NY erotic photographer turns human rights activist)

23 mars, 2014
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/b/be/Duchamp_LargeGlass.jpghttp://darkroom.baltimoresun.com/wp-content/uploads/2012/08/AFP_Getty-513178632.jpgSimonehttp://comunidade.sol.pt/photos/isabel25/images/2133034/original.aspxIls se partagent mes vêtements, ils tirent au sort ma tunique. Psaumes 22: 18
Les soldats, après avoir crucifié Jésus, prirent ses vêtements, et ils en firent quatre parts, une part pour chaque soldat. Ils prirent aussi sa tunique, qui était sans couture, d’un seul tissu depuis le haut jusqu’en bas. Et ils dirent entre eux:Ne la déchirons pas, mais tirons au sort à qui elle sera. Cela arriva afin que s’accomplît cette parole de l’Écriture: Ils se sont partagé mes vêtements, Et ils ont tiré au sort ma tunique. Jean (19: 23-24)
Dans un entretien (…), Duchamp révèle que cette "mariée" est un concept qui prend sa source dans un stand de fête foraine de province : les jeunes gens devaient envoyer des projectiles sur une représentation de femme en robe de mariée afin de la déshabiller, ses atours ne tenant qu’à un fil. Wikipedia (La Mariée mise à nu par ses célibataires, même, Marcel Duchamp, 1923)
Le grand verre a été qualifié de machine d’amour, mais c’est en fait une machine de souffrance. Ses compartiments supérieurs et inférieurs sont séparés les uns des autres pour toujours par un horizon désigné comme "habits de la mariée". La mariée est suspendue, peut-être à une corde, dans une cage isolée, ou crucifiée. Les célibataires restent au-dessous, à gauche avec la seule possibilité d’une masturbation fiévreuse, angoissée. Janis Mink
J’ai résumé L’Étranger, il y a longtemps, par une phrase dont je reconnais qu’elle est très paradoxale : “Dans notre société tout homme qui ne pleure pas à l’enterrement de sa mère risque d’être condamné à mort.” Je voulais dire seulement que le héros du livre est condamné parce qu’il ne joue pas le jeu. En ce sens, il est étranger à la société où il vit, où il erre, en marge, dans les faubourgs de la vie privée, solitaire, sensuelle. (…) On ne se tromperait donc pas beaucoup en lisant, dans L’Étranger, l’histoire d’un homme qui, sans aucune attitude héroïque, accepte de mourir pour la vérité. Il m’est arrivé de dire aussi, et toujours paradoxalement, que j’avais essayé de figurer, dans mon personnage, le seul Christ que nous méritions. Camus (préface américaine à L’Etranger)
Le thème du poète maudit né dans une société marchande (…) s’est durci dans un préjugé qui finit par vouloir qu’on ne puisse être un grand artiste que contre la société de son temps, quelle qu’elle soit. Légitime à l’origine quand il affirmait qu’un artiste véritable ne pouvait composer avec le monde de l’argent, le principe est devenu faux lorsqu’on en a tiré qu’un artiste ne pouvait s’affirmer qu’en étant contre toute chose en général. Albert Camus
Depuis que l’ordre religieux est ébranlé – comme le christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi des veilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude. Chesterton
Personne ne nous fera croire que l’appareil judiciaire d’un Etat moderne prend réellement pour objet l’extermination des petits bureaucrates qui s’adonnent au café au lait, aux films de Fernandel et aux passades amoureuses avec la secrétaire du patron. René Girard
Il faut se souvenir que le nazisme s’est lui-même présenté comme une lutte contre la violence: c’est en se posant en victime du traité de Versailles que Hitler a gagné son pouvoir. Et le communisme lui aussi s’est présenté comme une défense des victimes. Désormais, c’est donc seulement au nom de la lutte contre la violence qu’on peut commettre la violence. René Girard
L’inauguration majestueuse de l’ère "post-chrétienne" est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en "radicalisant" le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste , en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. (…) Le mouvement antichrétien le plus puissant est celui qui réassume et "radicalise" le souci des victimes pour le paganiser. (…) Comme les Eglises chrétiennes ont pris conscience tardivement de leurs manquements à la charité, de leur connivence avec l’ordre établi, dans le monde d’hier et d’aujourd’hui, elles sont particulièrement vulnérables au chantage permanent auquel le néopaganisme contemporain les soumet. René Girard
La société du spectacle, [selon] Roger Caillois qui analyse la dimension ludique dans la culture (…), c’est la dimension inoffensive de la cérémonie primitive. Autrement dit lorsqu’on est privé du mythe, les paroles sacrées qui donnent aux œuvres pouvoir sur la réalité, le rite se réduit à un ensemble réglés d’actes désormais inefficaces qui aboutissent finalement à un pur jeu, loedos. Il donne un exemple qui est extraordinaire, il dit qu’au fond les gens qui jouent au football aujourd’hui, qui lancent un ballon en l’air ne font que répéter sur un mode ludique, jocus, ou loedos, société du spectacle, les grands mythes anciens de la naissance du soleil dans les sociétés où le sacré avait encore une valeur. (…) Nous vivons sur l’idée de Malraux – l’art, c’est ce qui reste quand la religion a disparu. Jean Clair
Le gros problème des rapports entre les sexes aujourd’hui, c’est qu’il y a des contresens, de la part des hommes en particulier, sur ce que veut dire le vêtement des femmes. Beaucoup d’études consacrées aux affaires de viol ont montré que les hommes voient comme des provocations des attitudes qui sont en fait en conformité avec une mode vestimentaire. Très souvent, les femmes elles-mêmes condamnent les femmes violées au prétexte qu’" elles l’ont bien cherché ".  Pierre Bourdieu
Tout le monde dénonce les normes de silhouette imposées par les médias et elles perdurent étrangement, pourtant certains journalistes des pages société des magazines féminins sont excédés par les dossiers régime sortant systématiquement avant l’été et essaient de s’y opposer. Pourquoi? Les normes obligatoires sont de moins en moins nombreuses, tout est mis en flottement, les gens sont complètement perdus et angoissés et ils n’ont qu’une demande, surtout adressée aux médias: qu’est-ce qui est bien?, qu’est-ce qui est mal? Ou version plus soft: comment font les autres ? La plage est une usine à fabriquer le mot “normal”. C’est celui qui revient le plus fréquemment, jusqu’à la définition d’un beau sein normal. Mais la catégorie la plus intéressante est celle du “trop beau” sein (le mot a été employé), qui dans d’autres contextes a des avantages évidents, mais qui sur la plage, parce qu’il accroche trop le regard, provoque chez la personne qui le possède une moindre liberté de mouvement parce que le regard glisse moins. Cet exemple illustre la fabrication d’une norme par les gens. Ce n’est ni une norme explicite ni une norme obligatoire, on peut en sortir, mais quand on en sort, sur la plage par exemple, on subit le poids des regards. (…) Enlever le haut rend la drague plus difficile. Les hommes doivent montrer qu’ils savent se tenir. Jean-Claude Kauffmann
Nous revendiquons nos atours de filles de joie, notre propension à montrer nos genoux, nos bas résilles et nos oripeaux polissons, car la révolution se fera en talons!  Yagg (collectif de lesbiennes)
I like to wear tops that show my cleavage and show off my ladies. If that makes me a slut, then I’m a slut. Anne Watson (organiser, Australian Sex Party)
I’m proud to be a slut too, it’s all about “inner sexual confidence”.  Katherine Feeney (journaliste)
Aujourd’hui ce que nous faisons c’est SE RÉ-APPROPRIER le mot “salope”. En REPRENANT le mot salope nous lui ENLEVONS SA FORCE. Les gays ont repris le mot ‘queer’, et bravo à eux. Aujourd’hui les femmes et les hommes de Melbourne reprennent à leur compte le mot SALOPE. Leslie Cannold
While I support all efforts to challenge violence against women in all its manifestations – my blog is a witness to the global level of that violence – I hesitate to join the marching ranks. I welcome any confrontation with those who would blame the victim in rape. No woman deserves rape or invites sexual assault. I support the basic intention of the march. But I fear it has become more about the right to be ‘a slut’ than about the right to be free from violence. (…) Is it about mocking and sending up, or owning and embracing? Some organisers and supporters say it’s about reclaiming the word slut, using it as a term of empowerment for women. Some say it’s satire, a send-up, a mockery, about emptying the word of its power by making fun of it. (…) Using slut as the flagship word for this new movement puts women in danger through giving men even more license to think about women in a way that suits them, and not as targets of violence and terrible social discrimination. (…) The men chanting “We Love sluts!” don’t seem to be picking up on any satire. Why would they? Porn culture reinforces the idea that all women are sluts. Slut walks marginalise women and girls who want to protest violence against women but do not want ‘own’ or represent the word ‘slut’. I fear mainstreaming the term even further will increase harassment of women and girls because ‘slut’ will be seen as some kind of compliment. (…) The men who are responding to this message are not getting the irony at all … Men want women to be sluts and now they’re buying in. Gail Dines
As teachers who travel around the country speaking about sexual violence, pornography and feminism, we hear stories from women students who feel intense pressure to be sexually available "on demand". These students have grown up in a culture in which hypersexualized images of young women are commonplace and where hardcore porn is the major form of sex education for young men. They have been told over and over that in order to be valued in such a culture, they must look and act like sluts, while not being labeled slut because the label has dire consequences including being blamed for rape, depression, anxiety, eating disorders, and self-mutilation. Gail Dines and Wendy J Murphy
Depuis longtemps, les prostituées de rues se déguisent en pute pour bien expliquer: le rimmel, les bas-résilles, c’est moi qui vend la marchandise, j’annonce la couleur, laissez la petite secrétaire ou la mère de famille qui fait ses courses.  On savait à quoi s’en tenir.  Mais les marchands de fringues, de musique, de régimes et de cosmétiques ont su convaincre les femmes qu’être un objet était valorisant.  Et que montrer son piercing au nombril était chouette, que le string qui dépasse, la jarretière du bas auto-fixant, la bretelle de soutien-gorge était chouette et libérée.  Bref, la femme marchandise était conquérante, adulée, victorieuse. Et devenait l’étalon. Comme on imposait le voile dans d’autres pays et d’autres cultures, on imposait (moins brutalement mais plus sournoisement, certes) en modèle l’échancré, le transparent, le push-up, le moulant, le fendu, l’épilé, le siliconé. Ce sont ces fausses putes, les "salopes" médiatiques, de Madonna à Britney Spears en passant par Beyoncé qui, en vendant leur cul moulé et gigotant à longueur de vidéo clip ont promu la femme hypersexualisée, libertine et aguicheuse. Et fière de l’être.  "Dior j’adore" nous dit une bouche entr’ouverte et transpirante.  Le Perrier jaillit sur un corps bronzé, et la miss Wonderbra nous dit de la regarder dans les yeux.  La Saint Valentin, une débauche (sans jeu de mot) de peaux montrées pour vendre de la lingerie.  (…) Vous avez vu comment s’habillent les présentatrices télé?  Karine Lemarchand, Melissa Theuriau, Daphné Roulié, Anne-Sophie-Lapix, et des dizaines d’autres ont été choisie pour leur Q. S. (Quotient sexuel) AVANT leur QI.  Normal, sinon elles se feraient zapper entre les pubs qui montrent des filles sublimes.  Forum-doctissimo
“Why can we be arrested for being naked in the street, when as human beings, we are born naked?” I can understand that it would be socially unacceptable or morally discouraged, but for it to be in some cases prohibited by law…? This all seemed quite bizarre and really more so a violation of human rights. Erica Simone
There were a few times when I would manage to capture a wonderful image, but I was out of focus or some element in the photograph didn’t work. Overall, despite the technical challenges, I was quite lucky. In some cases, yes, I definitely needed the cooperation of other people in the photograph to capture what I wanted, but most of them were done guerilla-style. (…) The project is not about performance, but about photography. I didn’t feel that I was performing when producing the photos, but rather, just trying to capture an iconic image. I was never nude for that long, typically 20-30 seconds, and the whole time I focused on the other side of the camera, not the people watching or what’s going on in the street. My goal is to go in, get the shot, and quickly move away from the crime scene. It’s about the end image, not the moment in itself. (…) No actually, no one has ever overtly expressed discontent or being offended during my shoots. Most people laugh or applaud. I don’t think my physique or intentions are offensive to most people. Had I run around a church or a playground in my birthday suit—it would probably be a different story.(…)  Possibly, if I had been very out of shape, the collection could have been even more popular, because people would have been even more shocked: “How could this person possibly feel comfortable running around naked?” This brings up other questions such as “Why would one person feel more or less comfortable being naked just because of the way they look?” Some models are extremely insecure, the same way some overweight people are nudists. I don’t think one has anything to do with the other. (…) Of course I would love to eventually be financially secure enough to be able to lead a stable life with the ability to make certain choices and as anyone, I would love for my work to be successful for my own sense of accomplishment. But more importantly, if I could use my skills and social position to make a difference and to help people, then this drive would make much more sense and have much more of an impact. I am a lot more motivated to make a difference than to be a famous photographer for its own sake, so hopefully they’ll go hand in hand. (…) but I don’t think it takes a supermodel to get where you want in life. I do often use my feminine “powers” to get the pictures I want. Of course, I’ve found myself flirting with an old man to get his picture or batting my eye-lashes to get past authorities. As a woman, I think it’s a God-given right to use those charms! While men have their advantages, women have theirs and I feel it is fair game to rock what you have. (…)  I’m not too worried about what dealers and collectors want from artists. I’m only interested in what I want to do, since that’s what makes me happy. I don’t see why I wouldn’t be able to develop a style fully regardless, if that’s what I wanted to do. For me, it’s all experiment and experience and as long as I keep learning and producing more and more interesting work, while paying rent, that’s all that matters for me. Erica Simone
Nue York: Self-Portraits of a Bare Urban Citizen est né d’une interrogation à propos des vêtements et de leur importance dans la société d’aujourd’hui. La mode et les habits que nous portons valent comme un langage : ils nous permettent de dresser un portrait silencieux de qui nous sommes et de qui nous voulons être, offrant à la société une impression de nous-mêmes — quelle qu’elle puisse être. La mode tend aussi à nous différencier et à nous placer dans des catégories sociales variées, ainsi qu’à traduire un certain état d’esprit ou un sentiment particulier. Cet outil est assez précieux pour la société et comme la plupart des gens, j’utilise mes vêtements comme une manière de définir ma propre image. Dans une ville comme New York, l’industrie de la mode a un impact massif : les gens ont tendance à être très concernés par leur apparence et ce qu’elle traduit en termes sociaux, ce que j’ai pu constater quand j’ai photographié la Fashion Week il y a quelques années. Comme j’observais cette assemblée de gens très conscients d’eux-mêmes, plus intéressés par les soldes à Barney’s que par les sans-abri sur lesquels ils butaient dans la rue, j’ai commencé à me demander : « Comment serait le monde si nous étions tous nus ? Que se passerait-il si nous n’avions pas nos vêtements pour définir qui nous voulons être ou comment nous voulons nous sentir en tant qu’individus ? Si nous ne pouvions représenter notre statut social pour être traités comme nous le désirons par les autres ? Si tout ce que nous avions, c’était nos corps ? »Ces questions ont soulevé de nombreux problèmes et ces problèmes à leur tour de nouvelles questions. De là est né mon projet photographique. Armée de mon trépied et d’une bonne dose d’adrénaline, j’ai parcouru les rues nue, pour découvrir ce que serait une journée typique à New York dans ces conditions.  Erica Simone
Je ne me considère pas comme une nudiste ou une exhibitionniste, mais comme une artiste qui pose des questions à la société. Me sentant bien dans ma peau, la nudité ne me semble pas quelque chose d’effrayant. Le corps relève de l’essence humaine, animale. Que certains aient l’esprit puritain au point d’être offensés par un corps nu constitue, à mes yeux, un mystère. Certes, je conçois que la nudité ne se prête pas à toutes les situations, et que certains pourraient l’utiliser de manière malveillante. Pour autant, le fait que la loi nous interdise d’être nu en public, c’est-à-dire d’évoluer dans l’état le plus primitif et naturel qui soit, cela me rend folle. La nudité n’a jamais tué personne. Ce n’est pas le cas des armes à feu qui, elles, sont autorisées aux États-Unis. Dans ce pays, posséder un pistolet est bien plus acceptable que d’être nu en dehors de sa salle de bain ! (…) S’habiller, c’est s’exprimer. À sa seule tenue, on peut déterminer si un individu est riche, s’il est "cool" ou non, s’il a du goût, s’il est propre sur lui, si c’est un homme d’affaires, un voyou… Ainsi la société met-elle des étiquettes sur les gens. De ce fait, je m’interroge : comment serait la vie sans vêtements ? Comment interpréterions-nous la vision d’autrui ? Comment sélectionnerions-nous nos amis sans les repères fournis par les styles vestimentaires ? Traiterait-on les gens différemment ? La façon dont on jauge habituellement nos semblables s’effondrerait. Peut-être que l’on deviendrait plus attentif au regard de la personne qui est en face de nous, à l’énergie qu’elle dégage. Peut-être que l’on deviendrait plus intuitif. Qui sait ? (…) Je partage probablement un certain nombre de choses avec beaucoup de groupes militants, qu’ils soient féministes ou humanistes. "Nue York" soulève inévitablement la question du féminisme. Cela dit, je n’ai pas conçu le projet sous cet angle. Il s’agit avant tout d’interroger les gens en tant qu’êtres humains. Si mes photos poussent les spectateurs à se poser des questions sur le rôle des vêtements dans notre société, ou si la série sert de point de départ à d’autres réflexions, alors je considérerai ma mission comme réussie. Erica Simone
Erica Simone est née à Knoxville, Tennessee. Après avoir passé sa vie entre Los Angeles, Paris et New York, Erica photographie la jungle de New York. Ses images sont publiées dans de nombreux magazines inernationaux tels que National Geographic, PHOTO, the Daily News, El Mundo, La Repubblica, Whitewall Magazine, PDN et beaucoup d’autres… L’Oeil de la photographie
Vous êtes photographe? Peintre? Vous êtes en panne d’inspiration? Mettez du sein et de la fesse dans vos oeuvres!!! Ca marche à coup sur car c’est immanquablement relayé par les médias! diabolodenfer méphisto
Comment sélectionnerait-on nos amis ? J’ai bien une petite idée… Les mal foutus seraient peut-être bien seuls... Gaëlle Rosier
"Ce projet n’est pas à proprement parler quelque chose de facile à mener, mais j’apprécie les montées d’adrénaline." dixit notre belle photographe En tout cas, plus agréable à regarder que l’urinoir de notre Marcel national. On peut lui proposer de faire cela sur la place Tahrir en Egypte. Là, elle aurait sûrement une overdose d’adrénaline ! gerald B
Question soft : Elle laisse son soutif pendant les séances d’UV ou elle est partie en vacances au Qatar ? Bernard Palux
Des photos de femmes se baladant à poil en ville, comme ici, ce n’est pas ce qui manque, et depuis longtemps. Mais, ce n’est pas correct, pas féministe, c’est immoral, car elles ont le culot de prétendre y trouver du plaisir. Shocking. Impossible à entendre dans ce 21e siècle où la presse meanstream prétend nier la différence des sexes. Il y a certainement un horrible mâle derrière tout ça. En revanche, en enfumant ces nouveaux moralisateurs avec un discours pseudo politique, ça devient soudain révolutionnaire. Et les bobos peuvent regarder tranquillement des photos de cul sans se cacher. Décidément, la Com a des ressources insoupçonnées. andro mede

L’érotisme serait-il ce qui reste quand l’art a disparu ?

A l’heure où, armée de ses seuls seins nus et d’une tronçonneuse, une dissidente réussit à venir à bout d’une croix de bois commémorant les victimes du génocide ukrainien

Et où, de Toronto à Boston et Melbourne et de Paris à Londres et Amsterdam, nos salopes bravent l’enfer de nos rues pour réhabiliter plus de 2 000 ans d’expérience accumulée du "plus vieux métier du monde" …

Le Pays autoproclamé des droits de l’homme va-t-il devoir accorder l’asile politique et un nouveau timbre

A l’autoportraitiste érotique Erica Simone qui, armée elle aussi de sa seule irréprochable plastique et d’un évident sens de l’autopromotion, se dévoue corps et âme à la défense des droits de l’homme (?) dans la jungle puritaine de Manhattan ?

PHOTOS. Nue à New York contre la dictature du vêtement

Cyril Bonnet

Le Nouvel Observateur

22-03-2014

En tenue d’Ève dans la Grosse Pomme. Tel est le programme de "Nue York", série d’autoportraits dans lesquels la photographe professionnelle Erica Simone se promène dans le plus simple appareil au sein de célèbre ville américaine.

Ne la qualifiez pas d’exhibitionniste ! Cette photographe éclectique et aguerrie, passée par plusieurs continents et de prestigieuses publications, revendique une démarche artistique et a quelques messages à faire passer. Sur l’illégalité de la nudité qui la "rend folle", d’une part ; sur le carcan social dans lequel les vêtements enferment leurs propriétaires, d’autre part. En fil rouge, une même volonté de susciter la réflexion à travers des images ludiques et inattendues. Interview.

Comment se déroule une séance photo type pour la série "Nue York" ?

- Je passe beaucoup de temps à me promener en ville avec un ami pour trouver des scènes intéressantes, propices à des scénarios et des situations qui permettent de s’amuser. Il y a ensuite une longue phase d’élaboration de la composition de l’image, puis d’attente de l’instant décisif. Lorsqu’il survient, j’enlève mes vêtements et on commence à prendre les photos. En tout, je ne reste nue qu’une ou deux minutes. Trois si j’estime qu’il faut reprendre une autre série de clichés.

Quelles sont les réactions des passants ?

- Il arrive qu’ils ne me remarquent même pas. Sinon, je ne reçois que des réactions positives. Les gens rient, applaudissent, ou encore s’exclament : "Only in New York !" ("Uniquement à New York !") Je n’ai jamais eu de problème. Et je fais de mon mieux pour éviter la police. Ce projet n’est pas à proprement parler quelque chose de facile à mener, mais j’apprécie les montées d’adrénaline.

Quel message souhaitez-vous diffuser ?

- Je ne me considère pas comme une nudiste ou une exhibitionniste, mais comme une artiste qui pose des questions à la société. Me sentant bien dans ma peau, la nudité ne me semble pas quelque chose d’effrayant. Le corps relève de l’essence humaine, animale. Que certains aient l’esprit puritain au point d’être offensés par un corps nu constitue, à mes yeux, un mystère.

Certes, je conçois que la nudité ne se prête pas à toutes les situations, et que certains pourraient l’utiliser de manière malveillante. Pour autant, le fait que la loi nous interdise d’être nu en public, c’est-à-dire d’évoluer dans l’état le plus primitif et naturel qui soit, cela me rend folle. La nudité n’a jamais tué personne. Ce n’est pas le cas des armes à feu qui, elles, sont autorisées aux États-Unis. Dans ce pays, posséder un pistolet est bien plus acceptable que d’être nu en dehors de sa salle de bain !

Vous pointez également la valeur sociale des choix vestimentaires.

- S’habiller, c’est s’exprimer. À sa seule tenue, on peut déterminer si un individu est riche, s’il est "cool" ou non, s’il a du goût, s’il est propre sur lui, si c’est un homme d’affaires, un voyou… Ainsi la société met-elle des étiquettes sur les gens.

De ce fait, je m’interroge : comment serait la vie sans vêtements ? Comment interpréterions-nous la vision d’autrui ? Comment sélectionnerions-nous nos amis sans les repères fournis par les styles vestimentaires ? Traiterait-on les gens différemment ? La façon dont on jauge habituellement nos semblables s’effondrerait. Peut-être que l’on deviendrait plus attentif au regard de la personne qui est en face de nous, à l’énergie qu’elle dégage. Peut-être que l’on deviendrait plus intuitif. Qui sait ?

Vos photos servent un message particulier. D’autres personnes, comme les Femen, utilisent la nudité en lieu public à des fins politiques. Vous trouvez-vous des points communs avec elles ?

- Je partage probablement un certain nombre de choses avec beaucoup de groupes militants, qu’ils soient féministes ou humanistes. "Nue York" soulève inévitablement la question du féminisme. Cela dit, je n’ai pas conçu le projet sous cet angle. Il s’agit avant tout d’interroger les gens en tant qu’êtres humains. Si mes photos poussent les spectateurs à se poser des questions sur le rôle des vêtements dans notre société, ou si la série sert de point de départ à d’autres réflexions, alors je considérerai ma mission comme réussie.

Propos recueillis par Cyril Bonnet – Le Nouvel Observateur

Crédit photos : Erica Simone. Voir son site web.

Voir aussi:

Experiment and Experience: Peter Weiss Interviews Erica Simone

Peter Weiss

NY Arts

Peter Weiss: You have a very energetic personality; you seem very confident and secure. Am I reading it right and to what do you attribute that security?

Erica Simone: Yes, I like to think of myself as being confident and secure (most of the time). We do only have one life, one body, and one mind, so why waste time feeling bad about our failures or ourselves? All we can attempt is to improve what we don’t like or to just be accepting of it. And if you aren’t secure, it’s important to at least appear so. I think without it, people stop trusting you and you stop intriguing people.

PW: You travel light and alone at times when you work, both here and abroad. Would you describe yourself as a risk taker or adventurer in your artistic pursuit? Do you see a difference?

ES: I definitely identify with being an adventurer. I love to explore new territories and I love challenges, there is no fun in staying safe. I’m somewhat of a risk taker, but you won’t typically find me running into a flaming house … unless to save a soul.

PW: What sacrifices do you make in pursuit of your art? What has been your greatest victory? What is your greatest missed opportunity or photo? Do you have a favorite piece and why? Are there pieces that are staged and should be declared as such or have you allowed confusion? Have you ever felt guilty about an image you have taken? Has it ever seen the light of day?

ES: I don’t tend to think of the sacrifices I make as being “sacrifices,” but more so just experiences. In my nude project, I gave up the privacy of my own body, but it’s not in any way a sacrifice to me. I would never part with anything I couldn’t stand losing. I am passionate about my work, but if I hadn’t been comfortable giving that up, I would have never done it.

In the Nue York series, I’d say the greatest victory was probably the subway shot. With the constant movement of the passengers, it took quite a while for the composition of the photograph to fall the way I wanted it to and then I only had 1 subway stop to capture it. By that time, I had already traveled from the West Village to the Bronx!

There were a few times when I would manage to capture a wonderful image, but I was out of focus or some element in the photograph didn’t work. Overall, despite the technical challenges, I was quite lucky.

In some cases, yes, I definitely needed the cooperation of other people in the photograph to capture what I wanted, but most of them were done guerilla-style.

I’ve never felt guilt towards an image. I’ve felt insecure, sure, but I think that just goes hand in hand with being the model. We can’t always happy about the way we look in photographs. I know I’m not.

PW: Do you consider the shooting of the “Bare Urban Citizen” collection interventionist/ performance art?

ES: The project is not about performance, but about photography. I didn’t feel that I was performing when producing the photos, but rather, just trying to capture an iconic image. I was never nude for that long, typically 20-30 seconds, and the whole time I focused on the other side of the camera, not the people watching or what’s going on in the street. My goal is to go in, get the shot, and quickly move away from the crime scene. It’s about the end image, not the moment in itself.

PW: Have you ever found yourself in a situation where your act of taking pictures has offended the passersby or the subject? If so, did you continue despite the protests? If so what was your rational? During the Urban Nude, what gave you the idea? What are you saying with this collection? If you weren’t as pretty as you are, would that have impacted this collection?

ES: No actually, no one has ever overtly expressed discontent or being offended during my shoots. Most people laugh or applaud. I don’t think my physique or intentions are offensive to most people. Had I run around a church or a playground in my birthday suit—it would probably be a different story.

The collection contemplates the use of clothing and fashion in society. We tend to first judge or analyze others by how they look on the outside, the same way we tend to act or feel differently depending on what we are wearing. I produced this series after asking myself certain questions: “What would life be like if we didn’t have clothing to express ourselves?” “How would we perceive or judge others, on what basis?” “How would we feel with our bodies, would we be more or less secure?” “What would the environment look like?”

Thank you. I have no idea if the collection would have had more or less of an impact. Possibly, if I had been very out of shape, the collection could have been even more popular, because people would have been even more shocked: “How could this person possibly feel comfortable running around naked?” This brings up other questions such as “Why would one person feel more or less comfortable being naked just because of the way they look?” Some models are extremely insecure, the same way some overweight people are nudists. I don’t think one has anything to do with the other.

PW: Does fame and fortune motivate you or are you an artist for artist sake?

ES: Of course I would love to eventually be financially secure enough to be able to lead a stable life with the ability to make certain choices and as anyone, I would love for my work to be successful for my own sense of accomplishment. But more importantly, if I could use my skills and social position to make a difference and to help people, then this drive would make much more sense and have much more of an impact. I am a lot more motivated to make a difference than to be a famous photographer for its own sake, so hopefully they’ll go hand in hand.

PW: Where does your ego fit into your career?

ES: My ego comes and goes—a constant battle. I accept my flaws, as hard as it can be sometimes, but I also know that no one is perfect. We are all different, traveling on different journeys. All I can hope for is to keep moving forward, to keep learning and to keep making progress.

PW: You are very attractive young woman. How does this affect your entree in your photography? Do you use your feminine charms to get your pictures? How far will you go?

ES: Thank you, but I don’t think it takes a supermodel to get where you want in life. I do often use my feminine “powers” to get the pictures I want. Of course, I’ve found myself flirting with an old man to get his picture or batting my eye-lashes to get past authorities. As a woman, I think it’s a God-given right to use those charms! While men have their advantages, women have theirs and I feel it is fair game to rock what you have.

PW: As a photographer you have a very diverse body of work. The categories listed on your web site includes, portraits, people, travel, photo-journalism, self portraits, personal work, fashion, and beauty. What does your selection of subject matter say about you as a person, artist and professional photographer?

ES: I like producing a variety of work. My creative ADD introduces me to a diversity of subjects, which makes my job more exciting. I like exploring new ideas and concepts and I love a good challenge, so taking on new work is always something I have fun with. I’m not sure I’ll ever want to specialize in a certain area, there are too many interesting things to take pictures of; I want to take them all!

PW: Dealers and collectors expect from the professional artist a cohesive recognizable body of work. This work should fit a particular genre. As you know this allows dealers a sharper target in which to market an artist’s work. It could be argued that if your creative spectrum is too broad, you can’t develop a style fully and you risk losing the focus of you subject matter and continuity. How do you feel this established criteria affects your work from a professional and creative perspective?

ES: I’m not too worried about what dealers and collectors want from artists. I’m only interested in what I want to do, since that’s what makes me happy. I don’t see why I wouldn’t be able to develop a style fully regardless, if that’s what I wanted to do. For me, it’s all experiment and experience and as long as I keep learning and producing more and more interesting work, while paying rent, that’s all that matters for me.

Voir également:

Naked ambition: Photographer lays herself bare in nude poses on the streets of NYC

Rachel Quigley

The Daily Mail

28 March 2011

Photographers are often said to bare their souls through their pictures.

But Parisian Erica Simone has taken this to the next level by literally laying herself bare – she has photographed herself in nothing but her birthday suit on the streets of New York.

The 25-year-old has turned doing daily routines in the city to works of art simply by removing her clothes.

And Miss Simone made the daring decision to step out from behind the camera and go au naturel in a series of self-portraits taken in and around the Big Apple.

Speaking to MailOnline she said: ‘At first it was like, "Can I really do this?" I was into the idea, but I didn’t totally have the [nerve] to do it – I’m not totally an exhibitionist.

‘But I managed to do it on my first day of shooting in the West Village and I didn’t even get arrested.

‘I think that was just a combination of good timing and luck, and it is not as if I just spent the whole day walking around naked. I was fully clothed until I was ready to take the shot.’

‘It’s not about sex. It’s crazy that it’s illegal to be naked. The whole process was really liberating and it made me feel freer and more comfortable in my own skin and not be ashamed of my body.’

Once Erica got the idea for the exhibit, she decided to step out from behind the camera and do a number of self portraits in the nude, sometimes wearing only a variety of accessories, performing mundane activities

In the pictures, she rides the subway, checks out library books and shovels the snow on the sidewalk outside her apartment – all in the nude.

The 20 shots are part of Simone’s new exhibit Nue York: Self-Portraits of a Bare Urban Citizen, which opens next month at the Dash Gallery in Tribeca.

Miss Simone said the inspiration for the exhibition came to her during Fashion Week two years ago.

She said: ‘I was sitting around thinking about fashion and what would we be if we were naked and what if we didn’t have fashion to show who we were, our status, how much money we had, all these things.

‘Then I got the photographic idea of shooting people naked in the street, but just doing regular things, not especially posing, or being naked, but doing whatever.’

The pretty 25-year-old said she was not sure if she herself could go through with it but was intrigued by the challenge of staging the shots – which she took using a remote sensor – and stripping down to her birthday suit.

She said the general public were very accepting of her nudity and she did not have any bad experiences while doing it.

‘Most people were laughing, smiling or applauding and cheering. They seemed OK with it,’ she said. ‘The most challenging one was on the subway. I had to ride the whole way from West 14th Street to the end of the line to get the right shot.

‘The only person I told was the guy next to me as he had to hold my coat. But by the time some people even found out about it, I was clothed again.’

Miss Simone also said she has come a long way from the first shot to where she is now.

‘The first few times I was so nervous and I guess innocent about everything, and yeah it was scary a bit as well,’ she said.

‘But now I don’t care about being naked. I am more concerned about getting the shot right rather than worrying about being naked or what people in the streets are thinking.’

Voir encore:

Artist Statement

Nue York: Self-Portraits of a Bare Urban Citizen

As once an Angeleno in Paris, and now a Parisian in New York, really my mind is stuck in the stars. Photography has become a true passion and within it, a never-ending drive to try and challenge everything, even if it means getting naked in the freezing snow…

“Nue York: Self-Portraits of a Bare Urban Citizen” bloomed from an initial questioning about clothing and its importance in society today. Fashion and what we wear act as a language: they allow us to silently portray who we are or want to be, offering society an impression on us – whatever that may be. Fashion also tends to segregate and place us into various social categories as well as communicate a certain mood or particular feeling. This tool is quite precious to civil society and as most people, I organically use clothing as a way of portraying my own image. However, in a city like New York, the fashion industry has a massive impact: people tend to be very concerned with appearance and the materialistic side of it, which became very real while I was photographing Fashion Week a few years back.

As I watched an image-absorbed union of people care more about the sales at Barney’s than the homeless people they step over on the street, I began to ponder: “What would the world feel like naked? What if we didn’t have clothing to portray who we want to be or feel as individuals? What if we couldn’t show off our social status to deserve the treatment we wanted from others? What if all we had were our bodies?” These questions raised many various issues and these issues raised many various questions.

From there, my photographic project was born. With a tripod and a couple ounces of adrenaline, I took to the streets bare to see what a typical New York day would be like. At first, I wasn’t so sure what was going to happen or what was going to come of it all, but as the collection progressed, more and more issues became aware to me. For example: “Why can we be arrested for being naked in the street, when as human beings, we are born naked?” I can understand that it would be socially unacceptable or morally discouraged, but for it to be in some cases prohibited by law…? This all seemed quite bizarre and really more so a violation of human rights.

Another question that arose was that of sexuality. “Is nudity inherently sexual or is nudity just a part of being human? Why does society typically equate nudity to sex? And how does the variety of body types come into equation when asking that question?” Each person’s answer is different.

To clarify, I’m not an exhibitionist or a nudist – I’m an artist looking to humorously poke at some interesting thoughts about society and question who we are and portray as human beings. It’s now up to the viewer to answer those questions, as he/she likes.

From Houston to Hudson and from Bowery to the Bronx, photographing Manhattan has never been such a rush….


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