Dans certains dossiers, les personnes contrôlées présentent des profils tellement éloignés des profils traditionnels des terroristes qu’il n’y a pas la moindre possibilité qu’il ou elle soit un terroriste. Ce n’est bon pour personne d’être arrêté uniquement pour obtenir des statistiques raciales équilibrées. Lord Carlile
Ce qu’ils ont fait avant avec les Juifs, ils le font maintenant avec nous. Jeune berlinois d’origine libanaise (primé par le SPD en 2006)
En 1979, il y avait tous les jours des manifestations. Tous les jours, les islamistes mettaient des cadavres de moutons ensanglantés dans des linceuls (simple drap blanc qui couvre le corps d’un défunt) en criant au « martyr » ou encore : « je tuerais, celui qui a tué mon frère ». Trompés par ces draps ensanglantés, de nombreux Iraniens ont rejoint la révolution avant d’apprendre plus tard qu’ils avaient pleuré des moutons qui ont fini en Kebab dans le ventre des mollahs. Iran-Resist
Les scanners "permettent de voir jusqu’aux parties génitales, si une femme a de gros ou de petits seins", s’est insurgé le social-démocrate bavarois Wolfgang Kreissl-Dörfler, qui voit là l’illustration de la "paranoïa des ministres de l’intérieur" des Vingt-Sept en matière de terrorisme. Le Monde (23.10.08)
Selon le rapport confidentiel que s’est procuré le Figaro, quelque 300 000 Africains pénètreraient chaque année clandestinement dans l’Union européenne. 80% d’entre eux utiliseraient les services d’organisations de trafiquants, dont les revenus pour ce type d’activité sont estimés à 300 millions de dollars, soit 237 millions d’euros, par an. (…) «Les groupes criminels d’Afrique de l’Ouest, en majorité nigérians, sont souvent décrits comme des réseaux, précise le rapport, les experts de chaque zone pouvant être associés rapidement à d’autres de manière transversale. [Une telle] flexibilité rend ces groupes extrêmement résistants à l’action des forces de l’ordre : il est virtuellement impossible de décapiter une organisation criminelle en Afrique, parce que sa structure est essentiellement horizontale. Le système du «havalah» est très fréquemment employé : ce mode traditionnel de transfert de fonds dans le monde arabe, qui se pratique par le biais d’intermédiaires et sans aucune trace écrite, permet notamment aux groupes criminels de racketter facilement les familles d’immigrants, en exigeant d’elles des sommes supplémentaires ou des recouvrements d’avances de paiement. Rapport ONUDC (2006)
Un chiffre étonnamment stable: contrairement à ce que l’on croit souvent, la proportion d’immigrés ne varie guère depuis le début des années 1980. Le Monde
Cet article du 4 décembre montre que les bons sentiments et la volonté pédagogique de redresser l’opinion publique qui pense mal conduisent à des catastrophes. Ils conduisent à piétiner la déontologie minimale de tout journaliste qui se respecte dont le devoir est d’informer et non de consoler ou de rassurer. Le Monde vient de faire la démonstration que les chiffres peuvent être manipulés et, à l’opposé de ses intentions sans doute, conforte ainsi ceux qui pensent que les médias ne disent pas la vérité sur la question de l’immigration. Michèle Tribalat
On a voulu rester sobre pour ne pas choquer les sensibilités de l’Insee, pour que ce soit publiable par eux mais ils ont pas envie de le traiter. Toute nouvelle avec des infos de type forte concentration au delà de ce qu’on aurait pu imaginer, l’Insee préfère ne pas informer plutôt que de risquer de publier une nouvelle sensible. Par peur de réveiller le racisme en France. Michèle Tribalat
A l’heure où, pour continuer à se cacher la vérité du terrorisme, nos aéroports vont devoir, comme nos policiers pour la délinquance, dépenser toujours plus de millions et de temps à fouiller toutes les petites grand-mère juives de la planète qui appellent au massacre des "croisés" …
Et où, pendant qu’à la veille d’un nouvel ultimatum les mollahs nous refont "le coup des moutons" de 1979, l’omerta continue sur les quelque 300 000 Africains qui, via de véritables filières mafieuses avec complices dans les consulats européens, réseaux de soutien en Europe et toutes sortes d’activités parallèles (drogue, fraude, falsification, corruption de fonctionnaires, prostitution), pénètrent chaque année illégalement l’espace européen pour un trafic qui approchait les 240 millions d’euros en 2006 et des passages de 300 à 3000 euros …
Retour, avec la critique d’un article du Monde par Michèle Tribalat, sur l’une de nos exceptions si françaises, à savoir le tabou des chiffres ethniques.
Qui, quand il ne condamne pas les débats à des généralités aussi oiseuses que bien-pensantes, contraint nos rares médias qui tentent de les faire sortir à n’en retenir que ceux qui confortent la pensée unique et à soigneusement éviter ceux qui fâchent.
Ainsi, si l’on s’en tient à l’immigration officielle pour la seule France métropolitaine en n’explicitant jamais la disctinction "immigrés"/"étrangers"(sans compter les sous-estimations comme en 1999), il est effectivement tout à fait justifié de rappeler une énième fois que la "proportion d’immigrés ne varie guère depuis le début des années 1980" (de 7,4% en 1982 à 8% en 2006).
Pourtant, une réelle prise en compte de la réalité vécue par nombre de lecteurs, n’aurait-elle pas exigé de développer un peu plus la question de la perception commune qui y voit au contraire une augmentation du fait que les nouvellement naturalisés ne vont tout simplement pas changer du jour au lendemain d’apparence et surtout de comportement?
De même, s’il est effectivement vrai que "les nouveaux immigrés viennent de terres de plus en plus lointaines, comme l’Afrique subsaharienne et l’Asie du Sud-Est", fallait-il, pour illustrer les origines en baisse, citer l’Algérie et la Tunisie et omettre le Maroc où la tendance est précisément inverse?
Enfin, connaissant la nature sensible du sujet, comment expliquer qu’une journaliste digne de ce nom ne prenne pas la peine non seulement de consulter mais de citer les avis divergents y compris parmi les chercheurs, ce qui lui aurait de plus évité l’actuelle polémique?
Michèle Tribalat au Monde: «Vérifiez vos chiffres sur l’immigration»
Michèle Tribalat, directrice de recherche à l’Institut national des études démographiques, et spécialiste de l’immigration, a été choquée du traitement sinon manipulateur du moins maladroit des chiffres par Anne Chemin, journaliste du Monde. Elle réagit dans cette tribune, également envoyée au Monde, pour remettre un peu les faits sur leurs pieds. Marianne2.fr a proposé à Anne Chemin, journaliste auteur de l’article, de répondre ici même à Michelle Tribalat.
J’aimerais revenir sur le dossier du Monde du 4 décembre intitulé Le nouveau visage de la France, terre d’immigration.
Il y est écrit : « Sous l’effet de ces restrictions, les flux migratoires se stabilisent : la France compte 4 millions d’étrangers en 1982, 4,1 millions en 1990, 4,3 millions en 1999, 5 millions en 2006, soit entre 7,4 % et 8 % de la population française ».
Tout d’abord, il ne s’agit pas d’étrangers mais d’immigrés. Autre précision, les chiffres cités sont ceux de la France métropolitaine. Mais passons.
Entre 1982 et 2006, l’augmentation, qui se produit presque entièrement sur la dernière période, est de 25%. Décrire cette évolution comme une stabilisation est proprement mensonger. L’indicateur de fécondité, qui est passé de 1,66 en 1993 à 2,0 aujourd’hui, d’après les chiffres publiés par l’Insee, s’est accru de 20 %. Qui oserait parler d’une stabilisation?
Voilà un graphique qui permet de connaître l’évolution de la proportion d’immigrés en France de manière un peu plus objective et qui couvre près de 100 ans, puisque l’article du 4 décembre n’hésite pas à remonter très loin en arrière.
Le commentaire honnête de cette évolution est, qu’après une phase de stabilisation qui dure, si l’on prend les chiffres des recensements au pied de la lettre, de 1975 à 1999, la France a renoué avec l’immigration étrangère, ce qui a porté la proportion d’immigrés à 8,2 % en 2006 (et non pas 8 %). On pourrait même ajouter qu’en 2006 la France connaît la proportion d’immigrés la plus forte de son histoire. Par ailleurs, il faut avoir une pratique cohérente des arrondis. Il faut choisir. C’est soit 7 % à 8 %, soit 7,4 % à 8,2 %, mais pas 7,4 % à 8 %.
(…)
Si l’on veut soutenir que la période 1982-2006 est une période de stabilisation, alors il faut déclarer qu’il ne s’est rien passé depuis la dernière guerre.
La vérité est que l’on a renoué, depuis le milieu des années 1990, avec un régime migratoire qui, en termes quantitatifs, a plus à voir avec le pic 1968-75 qu’avec les années précédentes. On se demande bien d’ailleurs comment la France aurait pu rester cette « terre de brassage » dont il est question dans l’article s’il ne s’était rien passé depuis la guerre. Il est vrai que, comme il est écrit, près d’un habitant sur quatre a, non pas un grand-parent, mais au moins un parent ou un grand-parent immigré. Je suis l’auteur de l’estimation (Tribalat M., « Une estimation des populations d’origine étrangère en 1999 », Population, 59 (1), 2004).
Le plus grave reste à venir.
L’infographie qui illustre l’article du Monde fait le départ entre les régions d’origine qui montent et celles qui baissent. Il y aurait donc trois régions qui monteraient (l’Afrique noire, la Turquie et l’Asie du Sud-Est) et trois régions qui baisseraient (l’Algérie, le Portugal et la Tunisie). L’emploi de l’article « les » ne laisse aucun doute sur l’exclusivité ou l’exemplarité de ces évolutions. L’emploi du temps présent en souligne l’actualité. On ne parle pas des régions qui ont monté ou qui ont baissé, mais des régions qui montent ou qui baissent.
Première critique: On ne peut parler de la période récente (ce que laisse entendre l’emploi du présent) en arrêtant la série à 1999, c’est-à-dire il y a dix ans.
Il n’est pas difficile d’avoir des données plus récentes, que l’on trouve en ligne sur le site de l’Insee pour le premier janvier 2005. Ce n’est pas 2009 mais enfin c’est moins vieux que 1999.
(…)
Pourquoi avoir oublié le Maroc ?
Pourquoi avoir tronqué la série, au prix de contresens absolus ?
Entre 1999 et 2005, le nombre d’immigrés d’Algérie au augmenté de 105 000 personnes, soit un accroissement de 18 %. Bon, c’est vrai que, pour Le Monde, au-dessous de 25 % c’est une stabilisation. Dans ce cas, pourquoi mettre en exergue des évolutions aussi plates que celle qui a affecté la population immigrée originaire de Tunisie ? D’après Le Monde, le nombre d’immigrés de Tunisie, qui passe de 202,5 milliers en 1982 à 201,5 milliers en 1999, a baissé (-0,5 %), alors que la population immigrée se stabilise en augmentant de 25 % !
Voilà un véritable exercice pédagogique de la part du Monde.
Quant à l’utilisation du solde migratoire, j’ai écrit de nombreuses fois ce que j’en pensais. Je n’y reviendrai pas. Que Le Monde, habituellement présenté comme le journal de référence en France, se soit livré à pareil montage est désespérant.
Cet article du 4 décembre montre que les bons sentiments et la volonté pédagogique de redresser l’opinion publique qui pense mal conduisent à des catastrophes. Ils conduisent à piétiner la déontologie minimale de tout journaliste qui se respecte dont le devoir est d’informer et non de consoler ou de rassurer.
Le Monde vient de faire la démonstration que les chiffres peuvent être manipulés et, à l’opposé de ses intentions sans doute, conforte ainsi ceux qui pensent que les médias ne disent pas la vérité sur la question de l’immigration. Cet article est manifestement l’illustration de ces mensonges qui entretiennent la méfiance dans l’opinion publique.
Mercredi 9 Décembre 2009
Michèle Tribalat – Démographe (INED)
Voir aussi:
Enquête
Le nouveau visage de la France, terre d’immigration
Le Monde
03.12.09
A l’heure de la controverse sur l’identité nationale, beaucoup feignent d’oublier que la France, depuis près de 150 ans, est une terre d’immigration. Au XIXe siècle, alors que ses voisins envoyaient des millions d’émigrants vers l’Amérique, la France accueillait déjà des travailleurs venus de toute l’Europe et cette politique s’est poursuivie tout au long du XXe siècle. Ce brassage qui a transformé en profondeur le visage de la France a fait de l’Hexagone l’un des pays les plus multiculturels du monde. La France, résume l’historien Gérard Noiriel, est ainsi devenue "l’Amérique de l’Europe".
Cette longue histoire a diversifié en profondeur l’origine des Français : selon les démographes Catherine Borrel et Patrick Simon, un quart des enfants de moins de 18 ans qui vivent sur le territoire français ont au moins un grand-parent maternel né à l’étranger. "La France, à la différence de ses voisins, est un vieux pays d’immigration, explique le démographe François Héran dans Le Temps des immigrés (Seuil, 2007). A de rares interruptions près, comme la crise des années 1930 ou le choc de 1974, elle accueille des migrants depuis le milieu du XIXe siècle."
En 1891, la France comptait ainsi plus d’un million d’étrangers venus de Belgique, d’Italie, d’Allemagne, d’Espagne ou de Suisse. "Ils seront rejoints dans l’entre-deux-guerres par les Polonais, les Russes et les Arméniens, écrivent Catherine Borrel et Patrick Simon dans Histoires de familles, histoires familiales (INED, 2005). La reconstruction et le décollage économique des années 1950 et 1960 verront les flux d’émigration s’intensifier." La France des "trente glorieuses" accueille alors des Algériens, des Portugais, des Marocains et des Tunisiens.
Au début des années 1970, alors que la crise pétrolière se profile, l’immigration de travail qui avait nourri les flux migratoires de l’après-guerre est rigoureusement encadrée : suspension de l’immigration des salariés, instauration d’une politique de retours volontaires (le "million Stoleru"), expulsion de ceux que l’on n’appelle pas encore les sans-papiers.
Sous l’effet de ces restrictions, les flux migratoires se stabilisent : la France compte 4 millions d’étrangers en 1982, 4,1 millions en 1990, 4,3 millions en 1999, 5 millions en 2006, soit entre 7,4 % et 8 % de la population française. Un chiffre étonnamment stable : contrairement à ce que l’on croit souvent, la proportion d’immigrés ne varie guère depuis le début des années 1980. Associée à un taux de fécondité record – le plus élevé de l’Europe des Vingt-Sept -, cette stabilisation des flux migratoires fait aujourd’hui de la France une exception par rapport à ses voisins. Selon Eurostat, l’immigration contribue à hauteur de 20 % à la croissance de la population française, contre 60 % en Irlande, 70 % au Danemark, 75 % en Belgique et… 86 % en Espagne ! "Dans l’Europe des Vingt-Sept, la croissance démographique est principalement due à l’immigration, sauf en France, aux Pays-Bas et en Grande-Bretagne", constate Giampaolo Lanzieri dans une note d’Eurostat.
Si l’immigration s’est stabilisée, son visage, en revanche, s’est transformé. Aux jeunes célibataires venus du Maghreb pour travailler en usine dans les années 1970 se sont substitués peu à peu des femmes et des enfants accueillis dans le cadre du regroupement familial. "Au fil du temps, les raisons de migration ont changé et, depuis 1974, elles ont essentiellement trait à des motifs familiaux", soulignent Olivier Monso et François Gleizes, dans une étude publiée en novembre par l’Insee. Les pays d’origine, eux aussi, se modifient : les immigrés viennent de terres de plus en plus lointaines, comme l’Afrique subsaharienne et l’Asie du Sud-Est.
Cette longue histoire de l’immigration française a donné naissance à un phénomène que la plupart de ses voisins ignorent : l’émergence de deuxièmes, voire de troisièmes générations d’immigrés. "Le reste de l’Europe, à l’exception de la Suisse et, dans une moindre mesure, de l’Allemagne fédérale, ne connaît pas au même degré ce phénomène, écrit François Héran dans Le Temps des immigrés. L’Angleterre a longtemps pratiqué des échanges intenses avec les pays du Commonwealth peu propres à stabiliser les secondes générations. Au sud de l’Europe, l’immigration est trop récente pour que le problème se pose."
Au fil des décennies, ces deuxièmes, voire troisièmes générations ont façonné en profondeur le visage de l’Hexagone, laissant croire à beaucoup de Français que l’immigration ne cessait de croître. Selon les travaux de Catherine Borrel et Patrick Simon, la France comptait ainsi, en 1999, 4,5 millions de descendants d’immigrés : la deuxième génération représentait alors 7,7 % de la population totale, soit presque autant que la première génération (7,4 %). Au total, sur les 58 millions d’habitants que comptait la France en 1999, près de 9 millions étaient soit des immigrés, soit des descendants d’immigrés.
L’origine de cette deuxième génération reflète l’histoire des vagues migratoires françaises : la deuxième génération italienne est de loin la plus nombreuse (22,6 %), devant l’algérienne (14,1 %), l’espagnole (12,9 %), la portugaise (10,4 %) et la marocaine (9,1 %). "On voit tout juste apparaître les deuxièmes générations d’Afrique subsaharienne et turque, qui, dans les années à venir, occuperont une place plus importante", soulignent Catherine Borrel et Patrick Simon. En 1999, elles ne représentaient respectivement que 5,6 % et 3,4 % des deuxièmes générations.
La singularité de la France réside dans cette longue histoire, qui a fait du brassage l’une des constantes de notre politique démographique : au fil des décennies, elle a créé des deuxièmes, des troisièmes, voire des quatrièmes générations qui ont diversifié l’origine des Français. "Près d’un Français sur quatre a au moins un grand-parent immigré et l’on arriverait sans peine à un Français sur trois avec une génération de plus", estime ainsi François Héran. Selon l’ancien directeur de l’Institut national d’études démographiques (INED), l’immigration, sans être jamais massive comme elle l’est en Espagne depuis quelques années, a constitué une "infusion durable".
Anne Chemin
Article paru dans l’édition du 04.12.09
Voir également:
Droit de réponse du Monde sur la tribune de Michelle Tribalat
Nous publions ci-dessous un droit de réponse du Monde concernant la tribune de Michelle Tribalat éditée hier soir.
Droit de réponse du Monde sur la tribune de Michelle Tribalat
Dans un article intitulé « Michèle Tribalat au Monde : vérifiez vos chiffres sur l’immigration », Michèle Tribalat accuse Le Monde d’avoir, au nom des « bons sentiments », « manipulé » les chiffres afin de « redresser l’opinion publique ». Elle invoque, à l’appui de cette thèse, un certain nombre d’arguments d’une grande fragilité.
1/ Michèle Tribalat affirme que nous avons arrondi le chiffre concernant la part des immigrés dans la population, en 2006, en le situant à 8% alors qu’il atteint, selon elle, 8,2%. Il suffit de se référer à la page 294 de « France, Portrait social », un document rendu public le 13 novembre 2009, pour constater que ce chiffre est tout simplement celui de l’Insee. « Au 1er janvier 2006, écrit l’Institut, 5 millions d’immigrés vivent en France métropolitaine, soit 8% de la population. »
2/ Michèle Tribalat ajoute que le nombre d’immigrés a augmenté de 25% de 1982 à 2006 puisqu’il est passé de 4 à 5 millions. Il n’aura cependant pas échappé à Michèle Tribalat, puisqu’elle est démographe, que pendant la même période, la population de la France métropolitaine a, elle aussi, progressé, passant de 54,2 à 61,4 millions. Pour analyser la place des immigrés dans la société française, il était donc plus judicieux de suivre l’évolution de sa part en pourcentage dans la population que le nombre total d’immigrés. C’est ce que nous avons fait.
3/ Michèle Tribalat estime que nous travestissons la réalité en affirmant que la « proportion d’immigrés ne varie guère depuis le début des années 1980 ». Cette affirmation est pourtant extrêmement simple à justifier : comme le montraient les graphiques publiés dans la double page, la France comptait 7,4% d’immigrés en 1982, 7,4% en 1990, 7,4% en 1999 et 8% en 2006. La part des immigrés est donc passée, en vingt ans, de 7,4% à 8%. Libre à Michèle Tribalat de considérer qu’il s’agit d’une très forte augmentation. Dans cet article qui retraçait l’histoire de l’immigration depuis le XIXe siècle et non les tendances de ces dernières années, nous avons préféré écrire que la proportion n’a « guère varié ».
4/ Michèle Tribalat affirme que près d’un habitant sur quatre a, non pas un grand-parent, mais au moins un parent ou un grand-parent immigré. « Je suis l’auteur de l’estimation », poursuit-elle. En réalité, les chiffres que nous avons donnés sur l’origine des Français – un quart des Français de moins de 18 ans ont au moins un grand-parent maternel né à l’étranger – ne sont pas extraits d’une étude de Michèle Tribalat. Comme l’indiquait clairement l’article, ils sont issus d’un travail mené par le responsable de l’unité de recherche sur l’immigration de l’Ined, Patrick Simon, et la responsable de la cellule « Statistiques et études sur l’immigration » de l’Insee, Catherine Borrel. L’article indiquait même les références de ce travail (Histoires de familles, histoires familiales, Ined, 2005). Je comprends que Michèle Tribalat ait été un peu froissée que son étude ne soit pas citée mais j’imagine qu’elle comprendra aisément que pour cet article sur la diversification des origines des Français, nous nous soyons adressés à Patrick Simon et Catherine Borrel, auteurs en 2005 d’une étude intitulée « Les origines des Français ».
5/ Michèle Tribalat conteste les choix infographiques que nous avons fait en retenant, parmi les régions ou les pays d’origine qui montent, l’Afrique noire, la Turquie et l’Asie du sud-est, et parmi ceux qui baissent, l’Algérie, le Portugal et la Tunisie. Peut-être aurait-il fallu retenir le Maroc parmi ceux qui montent ou le Portugal parmi ceux qui baissent, mais nous ne pouvions, faute de place, les citer tous. Nous avons donc fait des choix qui, comme tous les choix, peuvent être discutés. Nul ne peut cependant nier que tous les pays placés dans la rubrique en baisse affichent des chiffres en recul et que tous ceux qui ont été placés dans la rubrique en hausse progressent.
6/ Michèle Tribalat n’a envoyé son texte ni à l’auteur de l’article, ni à la rédaction en chef du Monde, ni à la direction de la rédaction du journal. Elle s’est contentée d’envoyer un mail à la médiatrice du journal, mardi 8 décembre, à 14 heures, puis une version corrigée, mercredi 9 décembre, à 9 heures. Sans même attendre une réponse, sans nous donner l’occasion de discuter avec elle, sans écouter nos arguments, elle a transmis son texte à Marianne : Philippe Cohen, le rédacteur en chef de Marianne 2, nous a contactés, mercredi 9 décembre, à 11 heures. A ce moment-là, la médiatrice du journal, Véronique Maurus, qui reçoit jusqu’à 500 mails par jour, n’avait évidemment pas fini de lire les courriers de la veille. Que dire d’une méthode qui consiste à formuler les accusations les plus graves qui soient contre un journaliste – mensonge, montage, manipulation- le mardi à 14 heures pour transmettre ces accusations à Marianne, le lendemain matin, avant même que nous ayons pu lire son mail, la contacter, discuter avec elle et répondre à ses accusations ? Avait-elle vraiment envie d’ouvrir le débat ?
7/ Un mot, enfin, sur les pratiques de Marianne2. Si le Monde recevait des courriers formulant de graves accusations contre des journalistes de Marianne, imagine-t-on un instant qu’il les publie sur le site du Monde.fr et ce, avant même que la rédaction en chef de Marianne et les auteurs des articles incriminés aient eu le temps d’en prendre connaissance et d’y répondre ? Nous n’avons jamais adopté de telles pratiques.
Précision de Marianne2
Le point 7 de cette lettre concerne Marianne2. Nous comprenons l’émotion de l’auteur. Nous avons proposé à Anne Chemin de réagir immédiatement à l’article de Michelle Tribalat avant même de le publier. Si Anne Chemin avait répondu de façon positive, nous aurions reculé la publication de la tribune de Michelle Tribalat de façon à publier simultanément les deux points de vue. Nous ne souhaitions dans cette affaire que faire rebondir un débat souvent « interdit » sur la place de l’immigration dans la société française.
Jeudi 10 Décembre 2009
Anne Chemin – Le Monde
Voir de plus:
Les gros profits du trafic de clandestins africains
Le Figaro
Le 22 août 2006
LE TRAFIC d’immigrés clandestins vers l’Europe est un commerce florissant. C’est le constat dressé par l’Organisation des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), qui affirme que le phénomène est en plein essor et tente de prévenir l’action de mouvements criminels très organisés.
Début juillet au Maroc, le directeur-général de l’ONUDC, l’Italien Antonio Maria Costa, dévoilait à un parterre de responsables africains les résultats d’une longue enquête, conclue par une mission de terrain au Sénégal, au Mali, en Mauritanie, Gambie et au Sierra Leone, du 19 juin au 1er juillet.
Selon le rapport confidentiel que s’est procuré le Figaro, quelque 300 000 Africains pénètreraient chaque année clandestinement dans l’Union européenne. 80% d’entre eux utiliseraient les services d’organisations de trafiquants, dont les revenus pour ce type d’activité sont estimés à 300 millions de dollars, soit 237 millions d’euros, par an.
Derrière ces chiffres, une grande tragédie, insiste l’ONUDC. Chaque année, des dizaines de milliers d’Africains tentent l’aventure vers un improbable Eldorado. Un nombre indéterminé d’entre eux disparaît corps et bien dans le désert ou en mer, victimes de trafiquants peu préoccupés du devenir de leur «cargaison».
Les causes de ce flux, écrit encore l’ONUDC, sont faciles à tracer : quinze des vingt pays les plus développés du monde se trouvent en Europe, tandis que les vingt pays les moins développés se situent en Afrique, aux portes méridionales de la forteresse Europe. Et pendant que le reste de la planète gagnait en prospérité ces vingt dernières années, l’Afrique, elle, s’est appauvrie. Rebuté par la violence, la misère et le chômage, un nombre croissant de jeunes Africains échoue dans les bras de trafiquants peu scrupuleux, qui leur proposent diverses «solutions» pour atteindre l’Europe. Toutes sont très chères : les «forfaits» vont en moyenne de 300 à 3 000 euros, selon le point de départ, le point d’arrivée et la sophistication des moyens employés.
La première solution consiste à fournir aux candidats au voyage un visa en règle pour l’Union européenne et les aider à y demeurer après son expiration légale. Elle suppose la participation active de complices dans les consulats européens et des réseaux de soutien en Europe. La deuxième leur procure de faux papiers pour franchir sans encombre tous les postes-frontières africains. La troisième, enfin, organise la logistique nécessaire pour voyager clandestinement, en évitant les points de passage officiels.
Des «paquets» complets
Telles des agences de tourisme spécialisées, les groupes de trafiquants vont jusqu’à proposer des «paquets» complets, incluant à la fois transport, faux papiers et passage clandestin des frontières rencontrées. Ils se livrent en général à d’autres activités parallèles : trafic de drogue, fraude et falsification, corruption de fonctionnaires et trafic d’êtres humains.
«Les groupes criminels d’Afrique de l’Ouest, en majorité nigérians, sont souvent décrits comme des réseaux, précise le rapport, les experts de chaque zone pouvant être associés rapidement à d’autres de manière transversale. [Une telle] flexibilité rend ces groupes extrêmement résistants à l’action des forces de l’ordre : il est virtuellement impossible de décapiter une organisation criminelle en Afrique, parce que sa structure est essentiellement horizontale.»
Le système du «havalah» est très fréquemment employé : ce mode traditionnel de transfert de fonds dans le monde arabe, qui se pratique par le biais d’intermédiaires et sans aucune trace écrite, permet notamment aux groupes criminels de racketter facilement les familles d’immigrants, en exigeant d’elles des sommes supplémentaires ou des recouvrements d’avances de paiement.
Voir par ailleurs:
Immigration: l’INSEE aurait-t-elle peur des chiffres?
Jessica Thomas
Marianne
22 Juillet 2009
Dès qu’il s’agit d’immigration, l’Insee fait le gros dos: Non, crie-t-elle, cachez ces chiffres que je ne saurais voir! Mais des chiffres sortent malgré tout. Et ils sont assez inattendus. Attention, données sensibles…
Un couloir sombre, une porte anodine, une pièce mal éclairée, un placard insoupçonné, et là : des chiffres. Soigneusement planqués par l’Insee. Parce qu’ils lui font peur : 37% de jeunes d’origine étrangère en Ile-de-France, plus de 60% dans une vingtaine de villes, explosion du nombre de jeunes originaires d’Afrique sub-saharienne, proportion de jeunes d’origine étrangère en très forte hausse dans l’ouest de la France…
Attention ! Cela ressemble étrangement à des statistiques ethniques ! Et ça, on n’y touche pas. Le 14 juillet dans Le Monde, Hervé le Bras, démographe, affirme l’inefficacité et l’inutilité des statistiques ethniques. En tous cas, à court terme. Il craint surtout un effet pervers à long terme : habituer les Français à penser en terme de races. Ou plutôt, légitimer cette tendance, « d’autant plus facilement qu’elle existe déjà à l’état latent. » Le débat n’est donc pas clos, il est béant. Plaie ouverte, terrain glissant. On détourne les yeux.
Peu importe. Ténus, imperceptibles, ces chiffres sont là. Et s’ils sont là, c’est grâce à l’Insee. Même si ça l’emmerde.
Et ça, Michèle Tribalat et Bernard Aubry, les auteurs de l’étude, en savent quelque chose. « On a voulu rester sobre pour ne pas choquer les sensibilités de l’Insee, pour que ce soit publiable par eux mais ils ont pas envie de le traiter. Toute nouvelle avec des infos de type forte concentration au delà de ce qu’on aurait pu imaginer, l’Insee préfère ne pas informer plutôt que de risquer de publier une nouvelle sensible. Par peur de réveiller le racisme en France », déplore Michèle Tribalat. Qu’importe, l’étude paraît ailleurs, dans le numéro de juin de la revue Commentaire.
Un petit exemple des chiffres que l’étude met en lumière.
Immigration: l’INSEE aurait-t-elle peur des chiffres?
L’Insee, tentaculaire, ne peut pas contrôler absolument tous ses fichiers. Et dans un petit bout de bureau à Strasbourg, Bernard Aubry a confectionné le fichier Saphir. Un fichier historique des recensements qui permettait d’harmoniser les données, « sans rupture, sur une longue période, sans se préoccuper de l’espace géographique et des CSP… Une mine », se souvient Michèle Tribalat. « C’était un fichier hierarchisé, avec un niveau familial et individuel. On pouvait faire des liens entre le niveau enfant et le niveau famille. Et donc, s’intéresser aux jeunes de moins de 18 ans avec au moins un des parents immigré. » Ce sont eux que Michèle Tribalat et Bernard Aubry ont nommé les jeunes d’origine étrangère. « Ce qui m’a étonné le plus, c’est ce mouvement vers l’ouest. Il était pas perceptible. Pour l’Ile de France, on savait qu’on allait trouver des concentrations très fortes. Mais ça, on n’avait aucun élément pour le voir. Alors, on avait d’autres projets, pour creuser… Mais on est tombé en rade. »
Ce fichier a été mis à jour jusqu’en août 2008. Et puis… Et puis Bernard Aubry a pris sa retraite. Et l’Insee a reconquis l’Alsace, laissant Saphir se perdre dans les limbes kafkaïennes de l’Institut. « Ce fichier doit exister quelque part à l’Insee Strasbourg mais hors d’usage. Aujourd’hui, on peut savoir si les personnes sont nées en France ou à l’étranger mais on ne sait pas où. Ce qu’on a fait nous ne peut plus être fait. C’est foutu. »
C’est que l’Insee a peur des chiffres… (le comble, pour l’institut de la statistique !) Alors, il tente de cacher tout ça sous un tapis… Mais, comme le soupire Michèle Tribalat, « ce ne sont pas des bâtons de dynamite », ce sont des chiffres. Et d’une façon ou d’une autre, ils se faufilent et sortent du tiroir. Car les chiffres ne se rangent pas, ils se publient. Même s’ils risquent de faire débat.
Voir enfin:
Le compte n’est pas bon
Julie Joly
L’Express
le mardi 18 juillet 2006
Quel est le solde migratoire du territoire français? Le chiffre calculé par l’Insee est «purement fictif», estiment certains experts. Et la polémique rebondit
Combien d’étrangers s’installent en France chaque année? Combien y restent? Combien en repartent? Mieux: combien de Français quittent le territoire pour aller vivre ailleurs? Alors que l’immigration agite le débat politique, ces questions demeurent sans réponse. Elles sont pourtant cruciales. Au début de juillet, l’Insee révisait ses projections démographiques pour la France: d’ici à 2050, notre solde migratoire (différence entre le nombre de personnes entrées et le nombre de personnes sorties du territoire) serait chaque année de 100 000 personnes, deux fois plus élevé que dans les années 1990. Ces chiffres sont «purement fictifs», dénoncent les experts. La démographe Michèle Tribalat confirme: privé de données fiables, «l’Insee improvise». Quitte à jouer avec le feu.
Les acrobaties de l’Insee
1968
Le recensement de la population comptabilise 360 000 habitants de moins que prévu. L’Insee crée une «variable d’ajustement» et 200 000 recensés sortent des statistiques. Il diminue ensuite le solde migratoire des années 1963-1967 de 160 000 personnes.
1975
Nouveau recensement et 43 000 habitants de moins que prévu. Le solde migratoire des années 1968 à 1974 est diminué rétroactivement, mais à la marge.
1982
Officiellement, l’immigration étrangère s’est arrêtée avec la fin des visas de travail, en 1974. Les enquêtes disent le contraire. Pas l’Insee, qui annonce un solde migratoire virtuel «nul».
1990
Surprise: le recensement dénombre 274 000 habitants de plus que prévu. L’Insee révise ses projections antérieures, et notamment le solde migratoire.
1999
Il manque 480 000 personnes à l’appel. Le recensement paraît inexact. Pourtant, l’Insee entérine ce résultat. Il diminue rétroactivement l’accroissement de la population entre 1990 et 1998, sans toucher, cette fois, au solde migratoire.
2004
On dénombre 420 000 habitants de plus que prévu. L’Insee augmente le solde migratoire des années 1999-2003.
«Les statistiques, c’est comme le Bikini: ça donne des idées, mais ça cache l’essentiel», aimait à répéter Coluche. En l’espèce, les idées sont trompeuses. En février 2004, notre Institut national de la statistique et des études économiques (Insee, établissement public à la réputation internationale) annonçait une diminution historique, la première depuis longtemps, de notre solde migratoire. Le scoop fait alors la Une des journaux, et pour cause: le retournement s’expliquerait notamment par une forte baisse des entrées de familles de réfugiés et de travailleurs étrangers sur le territoire, explique l’Insee.
Petit hic: dans les faits, c’est tout le contraire. «Le nombre d’immigrants venus s’installer en France progresse de manière quasi continue depuis 1997», constatent à l’Institut national d’études démographiques (Ined) les chercheurs Michèle Tribalat et Xavier Thierry. Les chiffres du ministère de l’Intérieur enfoncent le clou: la barre symbolique des 200 000 entrées annuelles a même été franchie en 2002. Et, entre 1999 et 2003, le flux a augmenté de 50%. Une baisse du solde migratoire en 2003 paraît donc peu crédible.
Acculé, l’Insee rectifie discrètement le tir: le solde migratoire pour l’année 2003 est augmenté de plusieurs milliers, mais corrigé officiellement – en positif, cette fois – au printemps 2004 seulement. «Nous avons fait une petite erreur, reconnaît aujourd’hui Guy Desplanques, chef du département de la démographie au siège de l’Insee. Le solde migratoire a été sous-estimé de quelques milliers, mais l’erreur nous a paru mineure comparée à l’effectif total de la population.»
Mineure? Les arrangements comptables de l’Insee choquent la communauté des experts. Pour la spécialiste de l’immigration Michèle Tribalat, ces acrobaties révèlent une lacune grave: «Nous sommes sans boussole pour déterminer en France le solde migratoire, dit-elle. Le chiffre annoncé par l’Insee ne représente que l’idée qu’il s’en fait.» Or l’idée est parfois très éloignée de la réalité.
Car comment l’Insee s’y prend-il? Officiellement, en deux temps. Chaque année, en attendant que la population soit précisément recensée, une estimation est calculée en fonction des tendances générales de notre démographie. Puis, une fois les résultats du recensement obtenus, l’Insee corrige ses estimations. Sur le papier, rien à redire. A un détail près: tous les recensements ne se valent pas.
Recensement, nouvelle formule
Depuis janvier 2004, tous les résidents français ne sont plus recensés la même année. L’Insee a substitué au recensement national, organisé tous les huit ou neuf ans, une nouvelle méthode de collecte qui permet de fournir des résultats chaque année. Les communes de moins de 10 000 habitants produisent une étude exhaustive tous les cinq ans. Les communes de plus de 10 000 habitants réalisent, quant à elles, une enquête par sondage tous les ans, auprès d’un échantillon de leur population. Le coût final des deux méthodes est équivalent: entre 25 et 30 millions d’euros par an.
Et c’est là que la mécanique coince. Chaque année, la population française fluctue: une forte natalité ou une baisse de la mortalité peuvent augmenter notre solde naturel; moins d’entrées sur le territoire et plus de sorties, diminuer notre solde migratoire. Chaque année donc, l’Insee, comme tous ses pairs étrangers, compile les données officielles et les courbes de tendance pour tenter d’estimer notre évolution démographique. Mais que faire quand la population recensée n’est pas celle attendue?
Personne ne peut contester le solde naturel – les chiffres sont indiscutables. En revanche, avec le solde migratoire… tout est possible. En théorie, ce chiffre dépend de quatre paramètres: le nombre de Français et le nombre d’étrangers entrés sur le territoire; le nombre de Français et le nombre d’étrangers qui en sont sortis. Mais, en pratique, c’est le flou total. Sur les mouvements de Français, «on ne sait rien ou presque, il n’existe aucune donnée exhaustive», affirment Guy Desplanques et Michèle Tribalat. Quant aux étrangers, ce n’est pas beaucoup mieux. Seules les sorties déclarées du territoire sont connues. Les intra-Européens, les enfants d’immigrés, les étudiants étrangers ou encore les clandestins – par définition – ne sont pas tous, loin s’en faut, enregistrés par l’administration.
Des statistiques fiables dans trois ou quatre ans
La nouvelle méthode de recensement inaugurée par l’Insee en 2004 était censée améliorer notre connaissance du sujet. Las! Dès les premiers résultats, la forte augmentation de la population (420 000 résidents de plus que prévu) a pris toutes les prévisions statistiques à revers. Pour les démographes, l’écart est dû aux défaillances du précédent recensement, celui de 1999. L’Insee réfute. Pour rester en ligne avec ses estimations, l’institut trouve même cette fois une parade inédite: une variable d’ajustement «positive». En clair, 564 000 personnes recensées en 2004 sont attribuées à un nouveau solde, ni naturel ni migratoire. D’où viennent-elles alors? L’Insee ne le dit pas.
En Grande-Bretagne aussi
En 2001, le résultat du recensement national britannique a pris à revers toutes les estimations officielles: le service statistique a dénombré 1 million d’habitants… de moins que prévu! L’ampleur de l’immi- gration étrangère aurait été largement surestimée. Et l’émigration des Britanniques, notamment en France, sensiblement sous- estimée.
«Nous sommes en rodage, il nous faudra encore trois ou quatre ans de recul avant de disposer de données fiables», plaide Guy Desplanques, à l’Insee. Certes. La direction de l’institut national cherche d’ailleurs la solution. Car, si les recensements ne suffisent pas, comment mesurer précisément l’ampleur des migrations sur notre territoire? Jusqu’à présent, l’Insee utilisait les données recueillies par l’Agence nationale de l’accueil des étrangers et des migrations (Anaem, ancien Office des migrations internationales) pour recouper ses sources. Mais ces fichiers sont parcellaires. Désormais, les fichiers du ministère de l’Intérieur pourraient être davantage mis à contribution. De même que les travaux des démographes de l’Ined.
«Il va nous falloir un peu de courage pour envisager toutes les hypothèses, estime Michèle Tribalat. Y compris celle, politiquement incorrecte, d’une sortie importante de Français du territoire.» Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire, mais une chose est sûre: le sujet des migrations est trop sensible pour supporter les approximations.


Publié par jcdurbant
Quand on se met à observer quelque chose, on le voit apparaître. René Padieu
Dans certains dossiers, les personnes contrôlées présentent des profils tellement éloignés des profils traditionnels des terroristes qu’il n’y a pas la moindre possibilité qu’il ou elle soit un terroriste. Ce n’est bon pour personne d’être arrêté uniquement pour obtenir des statistiques raciales équilibrées. 
En France, on ne devrait pas pouvoir à la fois se vanter d’avoir réussi à faire barrage aux statistiques ethnoraciales et espérer connaître la situation des Noirs. Pourtant, manifestement, dans ce pays, on sait sans avoir besoin de compter. Michèle Tribalat

Les femmes peuvent soutenir la moitié du ciel. Mao
Comme disait Proust du snob qui sait reconnaître au premier coup d’oeil un salon à la mode, tout universitaire qui a mis les pieds dans une université américaine comprend d’emblée qu’il s’est posé sur une autre planète. Daniel Cohen