Football français: Plus antiraciste que moi, tu meurs! (French football: Caught up by the hell of its own good intentions)

1 mai, 2011
Etre musulman, pour moi, c’est choisir mon camp. Vincent Mansour Monteil (orientaliste français)
 La noble idée de « la guerre contre le racisme » se transforme graduellement en une idéologie hideusement mensongère. Et cet antiracisme sera, pour le XXIe siècle, ce qu’a été le communisme pour le XXe. Alain Finkielkraut
Mais si cette équipe ne représente pas la France, hélas, elle la reflète: avec ses clans, ses divisions ethniques, sa persécution du premier de la classe, Yoann Gourcuff. Elle nous tend un miroir terrible. Ce qui est arrivé à Domenech est le lot quotidien de nombreux éducateurs et de professeurs dans les cités dites sensibles. Cette équipe renvoie à la France le spectacle de sa désunion et de son implacable déliquescence. (…) On a voulu confier l’équipe de France à des voyous opulents et pour certains inintelligents, il faudra maintenant sélectionner des gentlemen. Alain Finkielkraut (juin 2010)
Voyant que 25 % des médailles gagnées par les Etats-Unis [aux JO de Berlin de 1936] l’avaient été par des Afro-Américains, les autorités sportives françaises de l’époque et L’Auto [ancêtre de L'Equipe] se sont dit qu’il serait stupide de ne pas faire la même chose. Une mission en Afrique occidentale française a été organisée, des milliers de gamins ont été réunis torse nu dans des stades. Cela n’a rien rapporté sur le coup, mais cela a semé une idée. Des clubs pro ont vite compris l’intérêt de regarder en direction de ce potentiel composé de joueurs coûtant peu cher. Une dynamique s’est installée. Dont l’équipe de France a ensuite profité. Pascal Blanchard
Le public russe avait conspué les Bleus parce que cinq Noirs figuraient dans leurs rangs (Gérard Janvion, Marius Trésor, Jean Tigana, Jacques Zimako et Alain Couriol). Pascal Blanchard (en référence à un match de l’équipe de France contre l’URSS à Moscou en 1980)
Les spectateurs étaient surpris. Ils imaginaient l’équipe de France… différente. Lilian Thuram (après un match de l’équipe de France en Afrique du Sud,  2000)
Foot français: les dirigeants veulent moins de noirs et d’arabes Moins de noirs et moins d’arabes sur les terrains de foot ! Plusieurs dirigeants de la Direction technique nationale de la Fédération française de football, dont le sélectionneur des Bleus, Laurent Blanc, ont approuvé dans le plus grand secret, fin 2010, le principe de quotas discriminatoires officieux dans les centres de formation et les écoles de foot du pays. Objectif: limiter le nombre de joueurs français de type africains et nord-africains. Pour les plus hautes instances du football français, l’affaire est entendue: il y a trop de noirs, trop d’arabes et pas assez de blancs sur les terrains. Plusieurs dirigeants de la Direction technique nationale (DTN) de la Fédération française de football (FFF), dont le sélectionneur des Bleus en personne, Laurent Blanc, ont approuvé dans le plus grand secret, fin 2010, le principe de quotas discriminatoires officieux dans les centres de formation de la fédération, les écoles de foot du pays, selon une enquête de Mediapart. L’objectif avoué au sein de la DTN, mais inavouable au grand public, est de limiter, en les triant dès l’âge de 12-13 ans, le nombre de joueurs français de type africains et nord-africains. Une authentique ségrégation appliquée au football. Mediapart (accès payant)
Même fermement démenties, les intentions prêtées par Mediapart aux instances dirigeantes du football français n’auront malheureusement pas surpris les amateurs de cuir, témoins traumatisés de la crise traversée par les Bleus lors du Mondial sud-africain. Pire que le fond de jeu, fadasse, offert par l’équipe nationale, c’est le fond de sauce, nauséabond, dans lequel elle aura été contrainte d’évoluer qui aura, de fait, durablement marqué les esprits. Le sociologue Stéphane Beaud l’a brillamment déglacé dans un essai récent, réhabilitant du même coup ces «traîtres à la nation» qui avaient osé se mettre en grève. Ce fond de l’air moisi ne date pas d’hier, et dépasse de loin les lignes blanches des rectangles engazonnés. Il est le produit d’une série de dérapages et de tacles, de hors-jeu malsains menés au nom de l’anti-politiquement correct par tous ceux qui voudraient nous faire croire que l’antiracisme est devenu un problème plus grave que le racisme, ou que le racisme anti-Blanc serait désormais autrement préoccupant que celui qui vise les Noirs et les Arabes. Loin d’être l’apanage des classes populaires, le racisme est sans doute l’une des choses les mieux partagées dans ce pays. Et, de ce point de vue, la responsabilité de certains segments des élites politiques, intellectuelles et télévisuelles apparaissait déjà décisive. Si ces révélations se confirment, il faudra se rendre à l’évidence : le football, autrefois creuset efficace et visible de l’intégration à la française, sera devenu une marmite peu ragoûtante. Libération
Je ne retire rien aux propos que j’ai tenus hier. Que certains termes employés au cours d’une réunion de travail, sur un sujet sensible et à bâtons rompus, puissent prêter à équivoque, sortis de leur contexte, je l’admets et si, pour ce qui me concerne, j’ai heurté certaines sensibilités, je m’en excuse. Mais être soupçonné de racisme ou de xénophobie, moi qui suis contre toute forme de discrimination, je ne le supporte pas. Il faut être de mauvaise foi pour ne pas voir que le débat auquel j’ai participé n’avait évidemment pas pour objectif de « diminuer le nombre de noirs et d’arabes dans le football français » comme voulait le laisser entendre le titre outrancier de l’article, mais uniquement d’envisager le futur du football français et donc d’aborder, par voie de conséquence, le lourd et délicat problème des joueurs à double nationalité ainsi que les modalités de détection/sélection pour un nouveau projet de jeu. Que cela ait des incidences, à moyen ou long terme, sur les différents profils de joueurs en préformation ou en formation, c’est l’évidence, mais il n’y a là aucun lien, strictement aucun, avec une préférence ou un rejet de telle ou telle nationalité. Mon seul souci est d’avoir de bons joueurs pour une bonne équipe de France, qu’ils soient petits ou grands, quels que soient leur lieu de naissance ou leurs ascendances. C’est assez facile à comprendre sauf, apparemment, pour ceux qui, pour des motifs qui m’échappent, mais avec des procédés douteux, mélangent tout et font un mal considérable, et pas seulement au football français. Laurent Blanc 
C’est le problème des sélections avec des joueurs à double ou triple nationalité: ce sont des nombres qui augmentent et qui font qu’on ne peut plus assurer le fonctionnement des sélections. C’est bien pour eux de pouvoir choisir, mais ça pose un problème de gestion des effectifs. Quand on voit sur une génération entre 10 et 30% de joueurs de 18 à 21 ans nous quitter, c’est un problème. On a 45% de joueurs dans les sélections qui ont la possibilité de nous quitter, on pense que c’est beaucoup. On veut essayer de le réduire. C’est un problème dans la gestion de l’effectif. (…) L’idée était de dire: ‘Faites attention à ne pas avoir trop de joueurs binationaux’. On s’est aperçu que ce n’était pas une bonne solution: cette histoire nous aurait amenés à éliminer des joueurs d’avenir. On a envisagé de limiter cette situation pour ne pas nous mettre en danger, mais à partir du moment où ce n’est pas une bonne solution, on l’a éliminée. On va travailler sur l’accompagnement relationnel pour évaluer la motivation des joueurs à jouer pour l’équipe de France et les accompagner éventuellement pour faire leur choix. Nous avons abandonné cette idée de pourcentage, mais nous avons demandé d’être vigilants sur la motivation des joueurs. François Blaquart
La FIFA s’est copieusement vendue aux nations africaines. Ce sont des enjeux électoraux. Ces pays se sont débrouillés pour qu’il y ait beaucoup plus de souplesse et d’ouverture au niveau de la réglementation. (…) Actuellement, en moyenne, 50 % des jeunes des sélections nationales sont des binationaux. (…) En France, on reproche aux joueurs de ne pas chanter la Marseillaise. Mais là, ils ne connaissent même pas l’hymne. (…) Ce qui me choque, c’est que nous faisons un gros travail, et ils viennent prendre ce travail tel qu’il est fait. C’est un rôle facile. (…) Un joueur de 20 ans comme Boudebouz qui joue dans un club pro en France va devoir attendre cinq ans pour gagner sa place en équipe de France. Là, le pays l’appelle et lui propose de jouer une Coupe du monde tout de suite. Derrière, il y a aussi l’agent et la famille qui peuvent mettre une pression. (…) Jusque-là, on avait pas trop bougé, parce que les cas étaient particuliers et rares. Aujourd’hui, le système s’amplifie, donc ça nous pose des problèmes. (…) Il faut que l’on travaille avec ceux dont on est sûr. Il s’agit pour nous de réguler l’approche, mais sans être discriminant. (…) C’est très prononcé en France [car le pays] a été une terre d’immigration, à une époque où d’autres grandes nations du foot ne l’étaient pas. (…) Ces dernières années, l’Espagne a accueilli massivement des immigrés marocains et roumains. Et la sélection allemande des moins de 17 ans, par exemple, compte 7-8 joueurs d’origine turque. François Blaquart (directeur technique national)
De plus en plus de joueurs sont sollicités par des équipes de leurs pays d’origine. Toutes les fédérations qui ont un peu de moyens s’organisent. Aujourd’hui, avec Internet, c’est assez facile de voir les effectifs de jeunes dans les clubs et de les repérer. (…) Certains jeunes sont perturbés par les agents et les recruteurs, qui les harcèlent. Vous avez des jeunes qui se cherchent et forcément, ce ne sont pas des moments propices à réaliser des performances collectives et à s’améliorer d’un point de vue individuel. (…) Ce sont des mercenaires, pour la grande majorité. Certains garçons se sentent certainement rattachés à un pays, mais quand on est soi-même né en France, et que subitement on se trouve des origines étrangères, j’ai du mal à comprendre. Luc Bruder (directeur du centre de formation du Toulouse Football Club)
Pour ces joueurs-là, le premier choix, c’est d’abord l’équipe de France. Ensuite, s’ils n’ont pas la possibilité, ils se rabattent. Ahmed Chouari
Depuis juin 2009, le règlement de la Fédération internationale de football (FIFA) autorise un joueur à changer une fois d’équipe nationale, sans limite d’âge, à condition de n’avoir pas joué de compétition en « A » avec sa précédente sélection. C’est pourquoi il est possible de jouer avec l’équipe de France espoirs par exemple, et d’être sélectionné en équipe nationale d’Algérie l’année suivante. Ce changement de réglementation s’est appliqué sur proposition de l’Algérie. (…) en l’état actuel des choses, un joueur qui fait le choix d’une autre sélection continue de bénéficier, de fait, de son statut de joueur français pour évoluer en Europe. Or, dans les clubs européens, le nombre de joueurs hors UE est limité – la limite est de trois en France. Le statut de joueur français, qui est indépendant de la nationalité civile, accroît ses chances d’être recruté dans un club européen. Le DTN souhaite donc que le fait de jouer pour une autre équipe nationale ne donne plus droit au statut de joueur français. En d’autres termes, il demande à ce que chaque joueur n’ait le droit qu’à une seule « nationalité footballistique ». Le Monde
Vendredi, c’est le nouveau DTN, François Blaquart, qui est venu expliquer une idée qui aurait été mal interprétée. Pour lui, la fameuse formation à la française, encensée du temps où ça rigolait pour les Bleus, se serait en fait fourvoyée, en privilégiant chez les gamins les capacités physiques aux facilités techniques. Dans les centres de formation des clubs, il est de fait interdit de dribbler. D’où la volonté de revenir sur cette doxa. D’autant que les succès de l’Espagne et du FC Barcelone, avec des joueurs de poche, prouvent que l’on peut gagner au foot sans aligner des équipes de Golgoths. En France, les Barcelonais Xavi (1,70 m) et Iniesta (1,69 m) se seraient sans doute vus claquer au nez la porte des centres de formation, a reconnu Laurent Blanc. «Nos critères de sélection doivent désormais être liés au potentiel des joueurs, défend Blaquart. Nous estimons qu’il y a des joueurs qui passent à côté, trop souvent à cause du gabarit et d’une maturité physique moins précoce. Ce retard dans leur formation physique les pénalise. Je rappelle qu’avant l’âge de 16 ou 17 ans, on ne sait rien d’un joueur. Alors imaginez à 12 ou 13 ans… c’est un moment où on leur dit surtout d’être patients… » Libération
Vouloir changer le type de joueur qui sort des centres de formation, très bonne initiative, parce que tout le foot français en a marre des grands bourrins (…) à cause des centres de formations français qui ont pendant des années, après la coupe du monde 98, privilégié ce type de joueur « noir costaud » (la couleur de peau faisant parti du profil (…) suite aux succès des Desailly, Thuram, Viera, Henry, etc) Le petit noir technique il passait à la trappe autant que le petit blanc technique. Ali (forum arrêt sur images)
L’Espagne est fougueuse, l’Espagne joue remarquablement au football (61% de possession du ballon, selon la Fifa), mais l’Espagne ne bat jamais l’équipe de France dans les compétitions qui comptent. L’Equipe (juin 2006)
En France, on s’est aperçu que les clubs s’étaient trop attachés à former des athlètes pour les transformer en footballeurs privilégiant ainsi le physique sur la technique, contrairement à ce que fait le Brésil ou l’Espagne. En se privant de joueurs très techniques qui n’avaient pas un gabarit assez imposant, on a mis à la trappe d’excellents jeunes. En France, Messi ne serait peut-être pas devenu professionnel. (…) On a remarqué, après avoir décortiqué les images à la vidéo, que certains buts de l’Espagne pendant la Coupe du monde en Afrique du Sud étaient clairement d’inspiration futsal de par le jeu de passes rapides, les mouvements et les centres en retrait notamment. Franck Ferrier (FFF)
Depuis vingt ans, une des caractéristiques principales de l’équipe de France est la puissance physique et athlétique de ses joueurs, développée de manière consciente et volontaire dès le plus jeune âge. Un atout unanimement souligné par les observateurs après la victoire contre l’Espagne et ses petits gabarits techniques en huitième de finale de la Coupe du monde 2006. Mais cinq ans plus tard, deux fiascos consécutifs des Français et deux victoires indiscutables de l’Espagne en 2008 et 2010 ont bouleversé les certitudes. Les responsables du football français se demandent désormais si des joueurs comme Xavi ou Iniesta, grands artisans des succès espagnols, auraient eu leur chance dans le système de formation français où le physique est le critère de sélection numéro un. Pour remédier à cette situation, François Blaquart cherche à rendre obligatoire des séances de futsal, discipline très pratiquée chez les jeunes en Espagne et au Brésil et qui fait travailler la technique, au programme des clubs formateurs. Slate.fr
« Islamistes », « gris », « sarrasins »: selon Mediapart, il ne serait pas rare d’entendre ainsi désigner les joueurs maghrébins dans les couloirs de la Fédération. Où, toujours selon le site, nombreux sont ceux qui imputent le fiasco du Mondial aux Blacks et/ou aux musulmans : les Evra, Abidal, Anelka, Ribéry, supposés être les meneurs de la mutinerie. Les problèmes de la FFF avec les Bleus ne sont pas récents. En 2008, après un Euro piteux, la fédé reprochait aux internationaux qui snobaient la Marseillaise, d’être «peu attachés à leur identité française». A tel point qu’on avait même imaginé leur faire signer une charte rappelant «les devoirs qu’impose l’appartenance à une équipe de France et cela dès les premières sélections de jeunes : respect du maillot, de l’arbitre, de l’adversaire, du public, et de l’hymne national. » Libération
Tant qu’on y est, il ne serait pas idiot de poser des questions plus en amont sur le problème de fond qui ronge le football français. Il est clair qu’en tant que sport populaire, miroir aux alouettes pour un grand nombre de jeunes issus de classes populaires défavorisées, il attire des gamins qui avant de penser à jouer aspirent à devenir riches et célèbres sans passer par la case « éducation ». Les premiers effets désastreux de cet héritage social ne datent pas d’hier et voilà la FFF rattrapée par les effets pervers d’une formation qui se veut juste « rentable » avant d’être éducative. Si procès il y avait à instruire, on pourrait commencer par dénoncer les camps d’entraînement européens – et pas seulement français – qui ont fleuri un peu partout en Afrique, lesquels ont participé largement à l’exploitation de jeunes joueurs sans bagage intellectuel à garnir à moindre coût les grands clubs de notre continent. Avec le temps, on s’est rendu compte que ces flux migratoires organisés par les agents, les clubs eux-mêmes, s’ils ont permis de révéler des talents n’ont pas laissé le temps à ces garçons de devenir des hommes. Il serait bien aisé de les montrer du doigt aujourd’hui alors que nous les avons « fabriqués ». Autre effet dommageable, ces mêmes joueurs dont la carrière ressemble de plus en plus à une succession de transferts marchands, toute une jeunesse française issue de l’immigration s’y identifie. Elle rejette l’école, le savoir, qu’elle perçoit comme élitiste et inutile pour réussir dans la vie et croit que le football est une sorte de bulle euphorisante, tapissée de billets de banque et habité de filles faciles, dans laquelle on peut être adulé des foules sans savoir lire un livre. Dans les clubs cela se traduit par une compétition acharnée entre élèves footballeurs pour intégrer un centre de formation. L’ambiance dans ces petits clubs (généralement pauvres) a souvent été décrite comme délétère parce qu’on y joue pas avec les autres mais pour soi. La violence et la bêtise peuvent s’y répandre plus facilement qu’ailleurs puisque le niveau culturel y est très faible. Cela est d’autant plus dangereux que l’on sait qu’à ce petit niveau, coaches, dirigeants et joueurs poursuivent souvent tout en s’en défendant le seul objectif de sortir « une pépite » dont la couleur importe peu et le sens de « l’équipe » encore moins. Enfin, conséquence de tout cela, les gamins qui en parallèle du football poursuivent une scolarité « normale », ou montrent d’autres dispositions que cette basique envie de faire du football leur quotidien ont également souvent des parents qui s’inquiètent pour leur avenir. Et quel que soit le niveau de leur gosse, il le retire le plus souvent de ce qu’ils considèrent rapidement aujourd’hui comme un ghetto ne favorisant aucunement la mixité, l’échange. Ainsi, nombre de « petits blancs » mais pas seulement quittent le football pour d’autres sports qui offrent un peu plus que du pognon ou des rêves. Pour faire revenir ces joueurs (pas parce qu’ils sont blancs ou plus intelligents mais pour cultiver leur différence au contact des autres), c’est effectivement tout un système qu’il faut repenser. Un système d’éducation sportive et sociale qui n’a rien à voir avec la couleur de la peau mais avec une éthique du sport dont le football s’éloigne dramatiquement chaque jour un peu plus. Olivier Villepreux
Mediapart mêle deux sujets : la question de la discrimination selon des critères ethniques et celle de la binationalité des joueurs et du choix du pays d’origine de leurs parents comme équipe nationale. Ils n’ont, à mon avis, rien à voir. Le fait que la FFF, conformément au vœu tôt formulé par Laurent Blanc, s’empare de ce problème posé par le départ en nombre croissant de jeunes joueurs français très doués, formés dans les meilleurs clubs formateurs français, qui ont joué pour les équipes françaises de jeunes, ne me paraît pas illégitime : ce n’est pas faire preuve de nationalisme étroit que de clarifier cette question, d’encadrer le choix de cette nationalité sportive et de les inciter à jouer pour leur pays de naissance (la France). (…) Cette grève des Bleus a provoqué un séisme non seulement dans le football professionnel, mais pour l’ensemble du football amateur. En 2010-2011, il y aurait 8% de licenciés en moins. C’est considérable. La DTN a dû se demander à la hâte comment, à l’avenir, éviter un tel fiasco. Le vrai problème que doivent aujourd’hui affronter à tous les niveaux (amateur comme professionnel) les dirigeants et éducateurs de foot, ce n’est pas la couleur de la peau des joueurs, mais la difficulté croissante d’adapter ces joueurs, venus pour beaucoup de cités, aux contraintes du football en club. Et c’est un travail de tous les jours, ingrat, difficile, qui renvoie aux conditions de socialisation des jeunes de milieux populaires. (…) J’ai du mal à imaginer que ces personnes qui ont consacré leur vie professionnelle au foot, qui ont passé des heures et des heures avec ces différentes générations de joueurs plus ou moins «colorés» puissent tenir des discours, au sens propre du terme, «racistes». Qu’ils puissent être exaspérés par certains comportements, qu’ils reprennent parfois des expressions discutables («sarrasins», dans quel contexte est-ce dit ?….), certes ! Mais de là à les accuser de racisme, c’est un pas que je ne franchirai certainement pas. (…) si on pouvait cesser d’instrumentaliser le football et surtout de «projeter» à ce point sur cette équipe de France de foot les graves problèmes sociaux et politiques de notre nation en crise… Stéphane Beau
Le triste paradoxe est que le foot amplifie les discours de ségrégation alors que c’est un endroit où il ne semble pas y avoir discrimination raciale dans le recrutement des joueurs. Stépane Beaud

Attention: un racisme peut en cacher un autre!

Après, avec la main du déshonneur de Thierry Henry, la honte de la sélection pour le Mondial puis, avec insultes et grêve sans parler des histoires de prostitution, la véritable catastrophe dudit Mondial d’Afrique du sud …

Mais aussi, du côté supporters, les sifflets d’hymnes nationaux et les saccages urbains suite à des rencontres des équipes des pays d’origine …

Voici, dans probablement le sport le plus « intégré » qui soit et par un site d’information prêt apparemment (sans compter la sortie dument distillée en petits bouts à la WikiLeaks d’informations à destination purement interne et l‘emballement un peu rapide des confrères) à tous les amalgames pour exister, la prétendue affaire des « quotas ethniques« !

Sur-représentation de jeunes d’origine africaine issus des quartiers défavorisés (jusqu’à 60 %) produits de conditions d’existence difficiles et d’une contre-culture (rap, difficultés avec la discipline, pour certains retour à l‘islam) de plus en plus difficiles à gérer, fuite et évitement complémentaires des jeunes des classes moyennes et notamment d’origine franco-française vers d’autres sports, brimades systématiques, comme pour Gourcuff, des Français de souche qui restent, véritable braconnage, facilité par l’assouplissement récent de la législation européenne, de la part des équipes nationales africaines pour recruter (tout en leur reprochant leur non-adaptation à leur prétendu pays d’origine!) des jeunes formés à grand frais par les centres de formation français, comportement complémentaire de jeunes binationaux « mercenaires » prêts à se vendre au plus offrant …

En ces temps étranges de tribalisme à l’envers (respect pour toutes les cultures à l’exception de la sienne propre) où l’on s’extasiait il y a peu de la première victoire d’un sprinter blanc en 100 m sous les 10 s …

Et où, politiquement correct oblige, les cadres et dirigeants sportifs se voient cloués au pilori pour avoir  réfléchi en petit comité pour tenter de redresser la barre, en ces nouveaux temps de « joueurs de poche » à l’espagnole ou à la Messi (respectivement, s’il vous plait, doubles champions du monde et d’Europe et double ballon d’or!),  après la triple impasse technique, administrative et culturelle mise au jour lors de la « mutinerie » sud-africaine de l’été dernier où quand ils ne finissent pas par opter pour leurs pays d’origine de « grands gabarits » mercenaires  ne sont pas loin de la sécession contre-culturelle via notamment le rap ou les conversions à l’islam …

Petite remise des pendules à l’heure avec le sociologue Stéphane Beaud.

Qui, s’il ne résiste pas lui aussi à l’occasion à l’accusation facile contre la sélection des cadres, a le mérite de pointer justement les quasi-insolubles contradictions que tout le beau monde de nos censeurs s’efforce depuis des décennies de balayer sous le tapis.

Et notamment l’incroyable paradoxe de dirigeants accusés de racisme dans un sport où, du racisme à l’envers aux résultats catastrophiques que l’on sait,  les dérives de l’antiracisme auront justement été… le plus loin!

Stéphane Beaud : « Un endroit où il n’y a pas de discrimination raciale »

Le Monde

30.04.11

Auteur de  » Traîtres à la nation ?  » (éd. La Découverte), un ouvrage où il récuse la stigmatisation racialiste de l’équipe de France pendant la déroute du Mondial 2010, Stéphane Beaud, sociologue et enseignant à l’Ecole normale supérieure, réagit à l’  » affaire des quotas  » de joueurs.

Après la Une de L’Equipe sur Anelka, c’est encore par un article de presse que le scandale arrive. Y-a-t-il un lien entre ces deux polémiques ?

Oui, car la réaction de la Direction technique nationale est une conséquence de l’épisode du bus à Knysna. L’opinion publique a été fortement choquée par le comportement de ces Bleus trop payés,  » grévistes « , accusés d’un manque de loyauté nationale. Il y a une pression sur l’équipe de France depuis la déclaration de Le Pen en 1996 sur les noirs dans l’équipe de France et la polémique absurde sur La Marseillaise. Les gens de la DTN ont dû, sous cette pression, intérioriser l’idée qu’il fallait reconquérir le cœur des supporters.

Comment ? En  » blanchissant  » les bleus ?

Il y a deux points amalgamés dans l’article de Mediapart : celui des quotas dits ethniques et la fuite des joueurs binationaux. Sur le premier, l’argument de la DTN n’est pas à rejeter : la précocité et la carrure des joueurs noirs les amènent à être rapidement recrutés. A un jeune âge, ce sont souvent des joueurs souples avec des capacités physiques exceptionnelles : Marius Trésor, Marcel Desailly, Lilian Thuram, Mamadou Sakho aujourd’hui. En même temps, point de déterminisme par morphotype : Jean Tigana a été exclu de la Ligue 1 pendant des années parce qu’il était petit et chétif… Mais il y a une réalité sociologique plus prégnante, celle de joueurs qui ont grandi dans les quartiers d’aujourd’hui, ségrégués, paupérisés.

Il faudrait regarder de près comment on sélectionne les joueurs dans les centres de formation. Le sélectionneur des Espoirs, Erick Mombaerts, avait donné une statistique : 60 % d’entre eux seraient issus des cités de la banlieue parisienne. Ils sont d’abord le produit des conditions d’existence difficiles et d’une contre-culture – rap, difficultés avec la discipline, pour certains retour à la religion.

Pour les cadres/éducateurs du foot, ils peuvent apparaître dans un premier temps comme des sortes d’ovnis sociaux. Le risque dans le contexte sociopolitique actuel est de tout réduire à question de la couleur de peau. Les facteurs sociaux et proprement sportifs importent certainement plus. Peut-être que pour Laurent Blanc, né d’un père ouvrier de la région d’Alès, CGT et communiste, le terme  » black  » renvoie à la réalité de joueurs difficiles à gérer.

Certains misent tout dans le foot et, une fois arrivés, peuvent se comporter de manière incompréhensible pour ces  » anciens « , voir la violente réaction de Thuram à la grève des Bleus. Alors,  » blanchir  » l’équipe de France ? D’abord l’expression est odieuse, ensuite cela n’a pas vraiment de sens au niveau sportif : d’une part, le foot continuera de recruter dans les cités que la société française a fabriquées, d’autre part les enfants des classes moyennes se dirigent moins vers le foot.

Quelle est votre position s’agissant des  » binationaux  » ?

Le problème c’est qu’on est pour eux dans une sorte de concurrence de sollicitations. Le décret de la Fifa les place dans une situation impossible, soit être fidèle à l’équipe de France, soit choisir l’autre sélection nationale. Je reviens d’Oran, où on s’interroge sur la sélection algérienne avec des joueurs  » qui ne sont pas d’ici « … Le triste paradoxe est que le foot amplifie les discours de ségrégation alors que c’est un endroit où il ne semble pas y avoir discrimination raciale dans le recrutement des joueurs. Si problème il y a, il se situerait peut-être dans la sélection des cadres du football. C’est là que la FFF peut agir.

Propos recueillis par Bruno Lesprit

Voir aussi:

Les « binationaux », enquête sur ces footballeurs français qui ne jouent pas en bleu

Thomas Baïetto, Noé Gandillot et Camille Maestracci

Le Monde

29.04.11

Lors de la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud, neuf footballeurs français ont joué la compétition avec une autre équipe que les Bleus, alors qu’ils avaient porté le maillot de l’équipe de France en sélection de jeunes. Ces « binationaux » sont nés et ont grandi dans l’Hexagone, mais ont choisi de jouer pour le pays d’origine de leurs parents. Un mouvement qui inquiète la Fédération française de football (FFF), laquelle aurait, selon Mediapart, acté le principe de « quotas discriminatoires officieux » pour limiter le nombre de jeunes d’origine étrangère dans les écoles de football du pays. Une information vivement démentie par les intéressés et par Laurent Blanc, qui admet toutefois que la question des « binationaux » pose problème. Retour sur un phénomène qui secoue le football français.

Ryad Boudebouz est né à Colmar et joue depuis ses 12 ans au FC Sochaux. Natif de Poitiers, Yassine Jebbour évolue, lui, au Stade rennais depuis juin 2007. Sébastien Bassong, enfin, est parisien d’origine et joue actuellement pour le club londonien de Tottenham. Tous ont connu des sélections au sein des équipes de France de jeunes. Pourtant, aucun de ces trois joueurs ne porte aujourd’hui les couleurs de l’équipe de France. Boudebouz, Jebbour et Bassong ne sont pas des cas à part. Lors du Mondial sud-africain, dix-huit des vingt-trois joueurs de la sélection algérienne étaient nés en France, mais ont choisi de porter les couleurs du pays de leurs parents. Et l’Algérie est loin d’être la seule nation africaine à compter un certain nombre de « binationaux » dans sa sélection. Le Maroc, la Tunisie, le Cameroun, le Sénégal, la République démocratique du Congo ou encore la Côte d’Ivoire font partie des nations qui allouent des moyens spécifiques pour aller chercher des joueurs dans les clubs européens. Pour ces pays, l’avantage est évident : la France est l’une des meilleures nations formatrices de football au monde, et ces joueurs arrivent « tout faits » dans leur sélection, avec une bonne expérience du haut niveau.

Pour l’équipe de France, en revanche, la situation pose problème : les Bleus se voient privés de joueurs de classe internationale et la FFF forme de facto des joueurs pour d’autres sélections nationales. Le sélectionneur de l’équipe de France, Laurent Blanc, avait lui aussi vigoureusement regretté cette tendance sur le plateau de l’émission « Canal Football Club », le 27 février : « C’est un grave problème, on ne peut pas continuer comme ça. Il y a des joueurs qui font l’équipe de France des moins de 16, 17, 18, 19, 20 ou 21 ans, qui font même parfois l’équipe de France A, puisque quand on fait un match non officiel ça ne compte pas, et qui au dernier moment choisissent leur pays d’origine. » Pour illustrer son propos, Blanc prenait l’exemple de Moussa Sow. Actuel meilleur buteur du championnat de France, ce natif de Mantes-la-Jolie (Yvelines) a remporté l’Euro 2005 avec l’équipe de France des moins de 19 ans, et joué en équipe de France espoirs, avant de se laisser convaincre d’opter pour la sélection sénégalaise en 2009, à un moment où ses performances sportives étaient moyennes.

« Il n’y a rien à faire, les lois sont contre nous ! », s’insurgeait Laurent Blanc. Moussa Sow et la Fédération sénégalaise de football ont en effet profité d’une évolution de la réglementation internationale. Depuis juin 2009, le règlement de la Fédération internationale de football (FIFA) autorise un joueur à changer une fois d’équipe nationale, sans limite d’âge, à condition de n’avoir pas joué de compétition en « A » avec sa précédente sélection. C’est pourquoi il est possible de jouer avec l’équipe de France espoirs par exemple, et d’être sélectionné en équipe nationale d’Algérie l’année suivante. Ce changement de réglementation s’est appliqué sur proposition de l’Algérie. Interrogé le 4 avril sur le sujet, François Blaquart, le directeur technique national du football français, ne mâche pas ses mots : « La FIFA s’est copieusement vendue aux nations africaines. Ce sont des enjeux électoraux. Ces pays se sont débrouillés pour qu’il y ait beaucoup plus de souplesse et d’ouverture au niveau de la réglementation. »

UN PHÉNOMÈNE QUI PREND DE L’AMPLEUR

L’histoire du football compte des précédents célèbres de joueurs qui ont porté les maillots de deux sélections nationales. Rachid Mekhloufi, grand buteur de l’AS Saint-Etienne dans les années 1950 et 1960, a joué pour l’équipe de France en 1956 et 1957, avant de rejoindre la sélection du Front de libération nationale (FLN) entre 1958 et 1962, puis de jouer pour l’Algérie jusqu’en 1968. De même, le légendaire attaquant Ferenc Puskas a joué plus de dix ans pour la Hongrie avant de connaître quatre sélections avec l’Espagne en 1961 et 1962. Cependant, ces précédents font figure de cas isolés liés à des contextes politiques très particuliers. L’inflation galopante du nombre de joueurs binationaux qui choisissent le pays de leurs parents témoigne d’un changement d’échelle.

François Blaquart livre à cet égard une statistique révélatrice : « Actuellement, en moyenne, 50 % des jeunes des sélections nationales sont des binationaux. » Luc Bruder, directeur du centre de formation du Toulouse Football Club (TFC), s’accorde également à dire que le phénomène s’amplifie : « De plus en plus de joueurs sont sollicités par des équipes de leurs pays d’origine. Toutes les fédérations qui ont un peu de moyens s’organisent. Aujourd’hui, avec Internet, c’est assez facile de voir les effectifs de jeunes dans les clubs et de les repérer. »

Pour convaincre les joueurs de porter les couleurs du pays d’origine de leurs parents, certaines fédérations mettent en place des moyens spécifiques : des recruteurs salariés sont chargés de sillonner la France et les clubs de football, à la recherche de joueurs potentiels pour leur sélection. Ahmed Chouari, ancien entraîneur des jeunes gardiens du TFC, est superviseur en France pour la fédération marocaine depuis octobre 2010. Il cible les joueurs d’origine marocaine qui ont un « bon niveau et qui ne jouent pas en équipe de France » et va les voir jouer. Ensuite, il prend contact avec le footballeur, et lui expose un projet de carrière internationale. Il explique avoir recours à des « arguments personnels » pour convaincre les joueurs, mais refuse d’entrer dans les détails. Un travail très proche de celui d’un recruteur de club. Dans un deuxième temps, Chouari contacte le club, afin de glaner des informations supplémentaires sur le joueur. En six mois, il assure avoir approché une dizaine de joueurs (dont Yassine Jebbour, qui a joué en équipe de France jeune) et n’avoir essuyé qu’un seul refus.

Luc Bruder a une position assez critique vis-à-vis de ces méthodes de recrutement : « Certains jeunes sont perturbés par les agents et les recruteurs, qui les harcèlent. Vous avez des jeunes qui se cherchent et forcément, ce ne sont pas des moments propices à réaliser des performances collectives et à s’améliorer d’un point de vue individuel. » François Blaquart regrette aussi le « manque de scrupule » de certains pays, qui n’hésitent pas à aller chercher des joueurs qui n’ont « aucune identification au pays ». « En France, on reproche aux joueurs de ne pas chanter la Marseillaise. Mais là, ils ne connaissent même pas l’hymne », s’amuse le directeur technique national. Il poursuit : « Ce qui me choque, c’est que nous faisons un gros travail, et ils viennent prendre ce travail tel qu’il est fait. C’est un rôle facile. »

En septembre 2010, l’attaquant d’Arsenal Marouane Chamakh, confiait à l’UEFA qu’il avait pris la décision de jouer pour le Maroc « peut-être un peu à la hâte », avant d’ajouter : « Mais je savais combien cela serait important pour mes parents et je suis fier d’avoir déjà disputé cinquante rencontres pour le Maroc. Je voulais garder ce lien avec mes origines. » Une déclaration paradoxale qui met en lumière la complexité du problème et la multiplicité des facteurs qui entrent en ligne de compte au moment du choix.

« DES MERCENAIRES »

Pour une large majorité de joueurs, il s’agit avant tout d’un calcul stratégique. D’un strict point de vue économique, un joueur a tout intérêt à jouer pour une équipe nationale : le fait d’être international lui permet d’augmenter sa valeur sur le marché des transferts. « Pour ces joueurs-là, le premier choix, c’est d’abord l’équipe de France, explique Ahmed Chouari. Ensuite, s’ils n’ont pas la possibilité, ils se rabattent. » Luc Bruder va plus loin : « Ce sont des mercenaires, pour la grande majorité », précisant : « Certains garçons se sentent certainement rattachés à un pays, mais quand on est soi-même né en France, et que subitement on se trouve des origines étrangères, j’ai du mal à comprendre… »

A ce titre, l’exemple de Ludovic Obraniak est symptomatique. En 2004, il connaît une sélection en équipe de France espoirs, mais ne sera ensuite plus jamais appelé pour jouer en bleu. En 2009, il a 25 ans et décide de prendre les devants : il demande la nationalité polonaise, à laquelle ses origines lui donnent droit. En effet, son grand-père est originaire de Pologne, Etat où le droit du sang est en vigueur. Le 12 août 2009, pour son premier match avec sa nouvelle sélection, le Lillois pose pour la première fois de sa vie un pied dans le pays de ses ancêtres.

Pour beaucoup de joueurs, donc, la sélection en équipe nationale est une aubaine. Walid Mesloub, par exemple, n’a pas été confronté à un choix cornélien. Ce milieu offensif, qui n’a pas fait de centre de formation, a éclos tard. Jusqu’à 24 ans, il joue en championnat de France National pour le FC Istres, avant de rejoindre la Ligue 2 et Le Havre AC début 2010. Il y réalise de bonnes prestations. Lorsqu’il est contacté par un recruteur de la fédération algérienne, juste après la Coupe du monde, il n’hésite pas une seconde : « J’ai dit oui immédiatement. Je ne vais pas me voiler la face. J’ai 25 ans et je ne joue pas dans un grand club. Je n’ai aucune raison de postuler pour une place en équipe de France. J’aurais pu marquer 30 buts en Ligue 2, je n’aurais jamais été sélectionné. »

Rémy Loret, chargé de la direction administrative et organisationnelle du centre de formation du TFC, reconnaît que pour beaucoup de joueurs, le choix entre sélection française et sélection étrangère ne se pose pas vraiment. Mais il nuance : « Cela peut aussi être quelqu’un qui redécouvre sa culture, ses origines. » Ainsi pour Ryad Boudebouz, la décision de jouer pour l’Algérie n’est pas du tout un choix par défaut. A 21 ans, il aurait pu légitimement postuler, à terme, à une place en équipe de France A. Son choix de porter les couleurs de l’Algérie est délibéré : « Je suis encore très jeune. Si j’avais voulu jouer en équipe de France, j’aurais pu patienter. J’ai choisi l’Algérie plutôt que l’équipe de France. A 14 ans déjà, je disais à mon père que je souhaitais jouer pour l’Algérie, c’est depuis toujours un choix du coeur. » François Blaquart ne nie pas que cet attachement culturel puisse jouer, mais montre que d’autres facteurs entrent en compte : « Un joueur de 20 ans comme Boudebouz qui joue dans un club pro en France va devoir attendre cinq ans pour gagner sa place en équipe de France. Là, le pays l’appelle et lui propose de jouer une Coupe du monde tout de suite. Derrière, il y a aussi l’agent et la famille qui peuvent mettre une pression. » Ryad Boudebouz ne se sent pas plus algérien que français : « Je suis né et j’ai fait toute ma formation en France, mais mes parents sont algériens. C’est impossible pour moi de choisir entre la France et l’Algérie, les deux sont mes pays. » Comme un symbole, son joueur préféré est Zinédine Zidane.

UNE SITUATION QUI INQUIÈTE LA FFF

La Fédération française de football est déterminée à trouver des solutions à ce mouvement qui prend de l’ampleur. « Jusque-là, on avait pas trop bougé, parce que les cas étaient particuliers et rares. Aujourd’hui, le système s’amplifie, donc ça nous pose des problèmes », explique le DTN. Autrement dit : tant que le phénomène ne concernait que des joueurs de second plan, la FFF ne s’en est pas préoccupée. La plupart des joueurs concernés jusqu’ici (dont Drogba et Chamakh) ont éclos tard. Aussi n’ont-ils pas bénéficié du système de formation français. François Blaquart comprend même que des joueurs qui pensent n’avoir plus d’espoir de jouer en bleu choisissent de jouer pour le pays d’origine de leur parents. « Ce sont les règles du jeu », estime le DTN. Ce qui pose problème à la fédération, ce sont les joueurs, comme Boudebouz, qui ont fait leurs classes dans les structures de formation nationales (pôles espoirs, équipes de jeunes) et qui, ensuite, sont allés voir ailleurs. Pour la Fédération, le retour sur investissement sur ces jeunes est nul.

Les moyens d’agir pour la FFF sont peu nombreux et complexes à mettre en oeuvre. L’un d’eux consiste à fidéliser les jeunes joueurs au maillot tricolore dès les premières sélections, en leur proposant un projet sportif sur le long terme. Pour François Blaquart, il est également important de repérer les footballeurs qui montrent le plus d’attachement à l’équipe de France. « Il faut que l’on travaille avec ceux dont on est sûr », explique le DTN. Mais le problème est délicat. Pour « créer un noyau dur de joueurs motivés », faut-il privilégier les Franco-Français et écarter les binationaux, dont on ne sait pour quel pays ils pencheront ? A la limite de la discrimination, la question pose des difficultés éthiques. « Il s’agit pour nous de réguler l’approche, mais sans être discriminant », répond avec prudence le directeur technique national.

Autre piste : faire pression sur la FIFA pour changer la réglementation. Si François Blaquart estime irréaliste un retour en arrière pur et simple, il pense qu’il est possible de limiter le phénomène en modifiant légèrement le règlement. Par exemple, en l’état actuel des choses, un joueur qui fait le choix d’une autre sélection continue de bénéficier, de fait, de son statut de joueur français pour évoluer en Europe. Or, dans les clubs européens, le nombre de joueurs hors UE est limité – la limite est de trois en France. Le statut de joueur français, qui est indépendant de la nationalité civile, accroît ses chances d’être recruté dans un club européen. Le DTN souhaite donc que le fait de jouer pour une autre équipe nationale ne donne plus droit au statut de joueur français. En d’autres termes, il demande à ce que chaque joueur n’ait le droit qu’à une seule « nationalité footballistique ».

Mais pour faire évoluer la réglementation, il faut convaincre d’autres pays de soutenir le projet. Or, pour l’instant, la France est isolée, car elle est la seule vraiment concernée par la question. « C’est très prononcé en France [car le pays] a été une terre d’immigration, à une époque où d’autres grandes nations du foot ne l’étaient pas », résume François Blaquart (lire à ce sujet la contre-enquête du Monde, « Le bleu et le noir »). La situation pourrait toutefois évoluer rapidement. « Ces dernières années, l’Espagne a accueilli massivement des immigrés marocains et roumains. Et la sélection allemande des moins de 17 ans, par exemple, compte 7-8 joueurs d’origine turque », constate le DTN. Pour ces pays, la question risque aussi de se poser dans les prochaines années. Si la France, l’Espagne et l’Allemagne venaient à perdre leurs meilleurs joueurs, la hiérarchie du football mondial pourrait s’en trouver bouleversée.

Voir de même:

Quotas dans le football, une absurdité française

Olivier Villepreux

Contre-pied

30 avril 2011

Selon le journal en ligne Mediapart, une discussion informelle – sinon secrète – réunissant les membres les plus influents de la DTN de la Fédération française de football aurait eu pour sujet la possible instauration de quotas visant à protéger les joueurs « franco-français » au détriment des dits « bi-nationaux ». L’argument général serait sportif. Par exemple, tout en récusant les accusations de « ségrégation » institutionnalisée qu’avance l’article, Laurent Blanc et François Blaquart constatent qu’un certain nombre de joueurs formés en France ne correspondent pas au type de jeu (lequel d’ailleurs ?) que veulent mettre en place les cadres techniques pour « in fine » en faire des footballeurs de l’équipe de France. Cela impliquerait de réfléchir à de nouveaux critères de sélection des jeunes talents. En gros, les centres de formation français auraient privilégié les gabarits athlétiques précoces (on doit comprendre alors que l’on parle de joueurs d’origine africaine) ce qui irait à l’encontre d’un enseignement du football à plus long terme avec des joueurs blancs, plus stratèges, plus vifs, plus à même de s’insérer dans un collectif correspondant à un style identifié mais ne s’épanouissant que dans le temps. Pour faire bref et en caricaturant, ce qu’il ressort de ce débat au sein de la FFF relaté par Mediapart est que l’élite du football français gagnerait à former des joueurs plus intelligents (des blancs) que de simples jeunes gens doués mais dont la progression et l’intégration au système de jeu français seraient plus difficiles (les autres), voire nulles, puisque les bi-nationaux ont l’avantage d’être formés en France et de pouvoir choisir une autre sélection nationale que les Bleus.

Qu’il y ait un débat sur le jeu et ses composantes technico-tactiques n’a rien de scandaleux. C’est même le boulot de la DTN. Aucune équipe nationale n’en fait l’économie, on le voit dans le hand ou le rugby où « l’intelligence » du joueur, hors critères physiques objectifs, est souvent valorisée. La redéfinition des critères de sélection des jeunes talents est aussi une partie du travail qui incombe à la DTN dans l’idée de mieux servir les intérêts de l’équipe nationale. L’Allemagne notamment en a fait la démonstration lors de la dernière Coupe du monde, où toute une génération « mixte » de joueurs a explosé en pratiquant un jeu éminemment collectif, intelligent, puisqu’arrimé à un référentiel commun réclamant un investissement intellectuel et personnel au service d’un style de jeu. Parallèlement, l’Italie, équipe composée de blancs, s’est ramassée.

Il paraît curieux que Laurent Blanc, ou des cadres de la DTN pensent pouvoir (ou vouloir) écarter de leur choix des joueurs uniquement sur des critères de couleur de peau ou d’origine étrangère, et même de religion comme le suggère l’article, pour s’assurer d’un « état d’esprit ». Mediapart affirme détenir les preuves de propos racistes qui augureraient de la mise en place de quotas pour favoriser l’éclosion de joueurs français blancs. Si cela était le cas, il va sans dire qu’il faudrait répudier ces gens. Il est permis d’en douter car il semble que la seule question qui se pose et qui n’est pas nouvelle est de savoir si la formation française bénéficie pleinement à l’équipe de France. Il n’y a pas là de racisme mais un souci de retour sur investissement pour les dirigeants et les entraîneurs. Poser une telle question aujourd’hui dans le contexte politique français du moment est évidemment plus que piégeux. La DTN et la FFF ont donc le devoir de faire attention à ce qu’elles disent.

Le problème ou plutôt la tentation de voir le mal partout est qu’après le fiasco du dernier Mondial, la FFF a déjà montré combien il était facile de jeter le discrédit sans preuve, sans argument, sans transparence, sur quelques joueurs sans se remettre en question. Depuis Laurent Blanc a heureusement déjà démontré qu’il pouvait rappeler des joueurs sans grande envergure morale pour des raisons purement sportives, (Evra ou Ribéry), sans poser la condition de l’appartenance religieuse, de la couleur de peau, de leur passé, voire de leur casier. Laurent Blanc n’est pas dingue, encore moins raciste, il se peut qu’il ait conscience toutefois des insuffisances du système de formation français. 

Tant qu’on y est, il ne serait pas idiot de poser des questions plus en amont sur le problème de fond qui ronge le football français. Il est clair qu’en tant que sport populaire, miroir aux alouettes pour un grand nombre de jeunes issus de classes populaires défavorisées, il attire des gamins qui avant de penser à jouer aspirent à devenir riches et célèbres sans passer par la case « éducation ». Les premiers effets désastreux de cet héritage social ne datent pas d’hier et voilà la FFF rattrapée par les effets pervers d’une formation qui se veut juste « rentable » avant d’être éducative. Si procès il y avait à instruire, on pourrait commencer par dénoncer les camps d’entraînement européens – et pas seulement français – qui ont fleuri un peu partout en Afrique, lesquels ont participé largement à l’exploitation de jeunes joueurs sans bagage intellectuel à garnir à moindre coût les grands clubs de notre continent. Avec le temps, on s’est rendu compte que ces flux migratoires organisés par les agents, les clubs eux-mêmes, s’ils ont permis de révéler des talents n’ont pas laissé le temps à ces garçons de devenir des hommes. Il serait bien aisé de les montrer du doigt aujourd’hui alors que nous les avons « fabriqués ». Autre effet dommageable, ces mêmes joueurs dont la carrière ressemble de plus en plus à une succession de transferts marchands, toute une jeunesse française issue de l’immigration s’y identifie. Elle rejette l’école, le savoir, qu’elle perçoit comme élitiste et inutile pour réussir dans la vie et croit que le football est une sorte de bulle euphorisante, tapissée de billets de banque et habité de filles faciles, dans laquelle on peut être adulé des foules sans savoir lire un livre. Dans les clubs cela se traduit par une compétition acharnée entre élèves footballeurs pour intégrer un centre de formation. L’ambiance dans ces petits clubs (généralement pauvres) a souvent été décrite comme délétère parce qu’on y joue pas avec les autres mais pour soi. La violence et la bêtise peuvent s’y répandre plus facilement qu’ailleurs puisque le niveau culturel y est très faible. Cela est d’autant plus dangereux que l’on sait qu’à ce petit niveau, coaches, dirigeants et joueurs poursuivent souvent tout en s’en défendant le seul objectif de sortir « une pépite » dont la couleur importe peu et le sens de « l’équipe » encore moins. Enfin, conséquence de tout cela, les gamins qui en parallèle du football poursuivent une scolarité « normale », ou montrent d’autres dispositions que cette basique envie de faire du football leur quotidien ont également souvent des parents qui s’inquiètent pour leur avenir. Et quel que soit le niveau de leur gosse, il le retire le plus souvent de ce qu’ils considèrent rapidement aujourd’hui comme un ghetto ne favorisant aucunement la mixité, l’échange. Ainsi, nombre de « petits blancs » mais pas seulement quittent le football pour d’autres sports qui offrent un peu plus que du pognon ou des rêves. Pour faire revenir ces joueurs (pas parce qu’ils sont blancs ou plus intelligents mais pour cultiver leur différence au contact des autres), c’est effectivement tout un système qu’il faut repenser. Un système d’éducation sportive et sociale qui n’a rien à voir avec la couleur de la peau mais avec une éthique du sport dont le football s’éloigne dramatiquement chaque jour un peu plus.

Voir enfin:

Football : des quotas qui feraient tache

Libération

30/04/2011

Tout en démentant les informations de Mediapart sur des quotas de joueurs blancs chez les Bleus, la fédération a longuement expliqué vendredi pourquoi il lui fallait changer sa politique de détection.

Après la pathétique mutinerie des Bleus lors Mondial sud-africain en juin 2010, la fédération française de football (FFF) se retrouve face à une autre sale affaire. Jeudi, le site Mediapart publiait un article l’accusant formellement de vouloir mettre en place des quotas de Blancs afin de diminuer le nombre de Noirs et d’Arabes en équipe de France. Vendredi, réactions offusquées et démentis cinglants ont rythmé la journée. Profitant d’un conseil fédéral prévu de longue date, le président de la FFF, Fernand Duchaussoy, et le directeur technique national, François Blaquart – directement mis en cause par Mediapart -, ont été contraints de convoquer une conférence de presse de clarification, doublée d’une autre à distance, tenue à Bordeaux par le sélectionneur tricolore, Laurent Blanc, qui aurait également appelé de ses vœux une politique de quotas en termes très crus, selon le site.

Y a-t-il eu dérapage ? La réunion à la direction technique nationale de la FFF où aurait été prise la décision a-t-elle vraiment eu lieu ? A Mediapart on affirme détenir des preuves ; le site entend les dégainer petit à petit, selon une stratégie éprouvée lors de l’affaire Bettencourt. A la FFF, on nie fermement et en bloc, promettant enquête et transparence.

Vendredi, Duchaussoy est arrivé devant les journalistes en disant: «J’essaie de prendre de la hauteur.» Puis il s’est fâché, se déclarant «meurtri et indigné à titre personnel». «J’ai fait toute ma carrière en tant que bénévole, qu’on me démontre les différentes accusations. Je suis garant de tous les bénévoles et dirigeants qui m’entourent, a-t-il insisté. Le football est un sport populaire et nous tenons à le rester.» Les propos rapportés par Mediapart relèvent-ils de la conversation de bistrot, ou constituent-ils la version trash d’une position officielle de la FFF ? «Je ne peux pas être présent partout», se défend Duchaussoy. Qui promet toute la transparence sur l’enquête ordonnée vendredi par Chantal Jouanno, ministre des Sports, et affirme être prêt à prendre toutes les dispositions nécessaires, y compris judiciaires, dans une affaire à trois volets.

Le volet technique : l’Impasse du Tout physique

Vendredi, c’est le nouveau DTN, François Blaquart, qui est venu expliquer une idée qui aurait été mal interprétée. Pour lui, la fameuse formation à la française, encensée du temps où ça rigolait pour les Bleus, se serait en fait fourvoyée, en privilégiant chez les gamins les capacités physiques aux facilités techniques. Dans les centres de formation des clubs, il est de fait interdit de dribbler. D’où la volonté de revenir sur cette doxa. D’autant que les succès de l’Espagne et du FC Barcelone, avec des joueurs de poche, prouvent que l’on peut gagner au foot sans aligner des équipes de Golgoths. En France, les Barcelonais Xavi (1,70 m) et Iniesta (1,69 m) se seraient sans doute vus claquer au nez la porte des centres de formation, a reconnu Laurent Blanc. «Nos critères de sélection doivent désormais être liés au potentiel des joueurs, défend Blaquart. Nous estimons qu’il y a des joueurs qui passent à côté, trop souvent à cause du gabarit et d’une maturité physique moins précoce. Ce retard dans leur formation physique les pénalise. Je rappelle qu’avant l’âge de 16 ou 17 ans, on ne sait rien d’un joueur. Alors imaginez à 12 ou 13 ans… c’est un moment où on leur dit surtout d’être patients…»

Dans les annexes du papier de Mediapart, Blaquart évoque un quota de 30 %. Il concernerait un ratio de joueurs nés après le 1er juillet à respecter : à 12-13 ans, la différence de taille entre un gosse né en janvier et un autre né en décembre de la même année peut être pénalisante pour le plus jeune. La FFF, qui n’a aucune prise sur les centres de formation des clubs, ne pourrait appliquer d’éventuels quotas que dans les 14 pôles espoirs qu’elle gère directement. François Blaquart entend révolutionner la formation française, notamment «en revalorisant le jeu par rapport à la compétition», dans lequel les jeunes seraient trop précocement plongés.

Le volet administratif : la question des binationaux

Ils ont été formés en France, ils ont porté le maillot bleu dans les sélections de jeunes, mais, à leur majorité, ils ont opté pour l’équipe nationale de leur pays d’origine. Ceux-là posent problème, reconnaissent les responsables de la fédération. L’été dernier, au Mondial, neuf types qui avaient porté le maillot bleu chez les jeunes, jouaient pour un autre pays que la France, comme Ryad Boudebouz (Algérie), ou Benoît Assou-Ekotto (Cameroun). Dix-huit des vingt-trois Algériens étaient nés en France. Laurent Blanc : «C’est un grave problème. Il y a des joueurs qui font partie de l’équipe de France des moins de 16, 17, 18, 19, 20 ou 21 ans, où même parfois de l’équipe de France A et qui, au dernier moment, choisissent leur pays d’origine.» La question a également été longuement évoquée vendredi par François Blaquart, le DTN. «Il faut tout remettre dans le contexte, a-t-il expliqué. Ce sujet avait été abordé lors de la réunion fédérale du 8 novembre dernier [celle au cours de laquelle aurait été décidé la politique des quotas, ndlr] qui faisait l’état des lieux des sélections. Chez nous, 45% des jeunes bénéficient de la double nationalité. C’est unique en Europe. Sur dix ans, les pôles Espoirs ont formé 12 internationaux A pour la France et une vingtaine pour d’autres nations. Ça nous pose des interrogations.»

Le volet culturel : La FFF contre les Bleus

«Islamistes», «gris», «sarrasins»: selon Mediapart, il ne serait pas rare d’entendre ainsi désigner les joueurs maghrébins dans les couloirs de la Fédération. Où, toujours selon le site, nombreux sont ceux qui imputent le fiasco du Mondial aux Blacks et/ou aux musulmans : les Evra, Abidal, Anelka, Ribéry, supposés être les meneurs de la mutinerie.

Les problèmes de la FFF avec les Bleus ne sont pas récents. En 2008, après un Euro piteux, la fédé reprochait aux internationaux qui snobaient la Marseillaise, d’être «peu attachés à leur identité française». A tel point qu’on avait même imaginé leur faire signer une charte rappelant «les devoirs qu’impose l’appartenance à une équipe de France et cela dès les premières sélections de jeunes : respect du maillot, de l’arbitre, de l’adversaire, du public, et de l’hymne national.»

Les dirigeants, issus du foot amateur et qui ont grimpé un à un les échelons du pouvoir – président de club, de district, départemental, puis de ligue régionale, viennent en général «d’un milieu sans trop de diversité»,loin des cités d’où sortent les joueurs (lire ci-contre), note le président d’un club amateur. «Au bord des terrains, il peut y avoir des relents de racisme.» La diversité, elle n’augmente pas avec le niveau. En France, sur 20 clubs de L1, aucun n’est dirigé par un Noir ou par un Maghrébin, seuls deux ont un coach de couleur (Tigana à Bordeaux et Kombouaré au PSG). Arbitres et présidents de club sont tous blancs depuis que Pape Diouf ne dirige plus l’OM.


Education: C’est l’immigration non choisie, imbécile ! (It’s the non-selective immigration, stupid !)

31 décembre, 2010

Foreign born/native student's performance (PISA, 2006) Foreign born labor forceImmigrant/native students gap (PISA, 2009)

L’école gagnerait à s’appuyer sur une autre logique que celle de la compétition. (…) D’autres modèles éducatifs ont prouvé leur efficacité. En Finlande – pays en tête des classements internationaux en matière d’éducation –, les élèves sont évalués pour la première fois à 9 ans de façon non chiffrée et commencent à être notés seulement à partir de 11 ans. (…) Nous appelons à supprimer la notation à l’école élémentaire, qui doit devenir l’école de la coopération et non de la compétition. Appel à la suppression des notes en primaire
Comme lors de la précédente enquête de 2006, la France se situe dans la moyenne de l’OCDE pour les trois compétences étudiées (21ème en compréhension de l’écrit, 22ème en mathématiques et 27ème en sciences), loin derrière la tête du classement 2009 composée de Shanghai, la Corée du Sud et la FinlandeL’Express
La Corée et la Finlande sont les pays les plus performants de l’OCDE : leur score moyen s’établit à 539 et 536 points respectivement. (…) Les pays ou économies les plus performants en compréhension de l’écrit sont Hong-Kong (Chine) (score moyen de 533 points), Singapour (526 points), le Canada (524 points), la Nouvelle-Zélande (521 points), le Japon (520 points) et l’Australie (515 points). Les Pays-Bas (508 points), la Belgique (506 points), la Norvège (503 points), l’Estonie (501 points), la Suisse (501 points), la Pologne (500 points), l’Islande (500 points) et le Liechtenstein (499 points) affichent également des scores supérieurs à la moyenne de l’OCDE (493 points). Les États-Unis, la Suède, l’Allemagne, l’Irlande, la France, le Danemark, le Royaume-Uni, la Hongrie, le Portugal et, dans les pays et économies partenaires, le Taipei chinois, ont obtenu des scores proches de la moyenne de l’OCDE. (…) . Parmi les pays de l’OCDE, l’écart entre le pays le plus performant et le pays le moins performant s’établit donc à 114 points, soit l’équivalent de plus de 2 années d’études. Rapport PISA
Le taux d’immigration ne joue aucun rôle dans le résultat global d’un pays, dans son taux d’échec scolaire, dans la quantité de ses élites et dans l’écart entre les immigrés et les autres ». En outre « dans tous les pays les élèves issus de l’immigration obtiennent toujours des résultats plus faibles que les autochtones. Mais les performances des uns et des autres sont fortement corrélées : meilleure est, dans un pays donné, la réussite des autochtones, meilleure est aussi la réussite des immigrés ». Deux enseignements importants : (1) il existe une marginalisation globale des immigrés dans l’ensemble des systèmes scolaires de l’OCDE et (2) les systèmes qui font mieux que les autres pour minimiser cette marginalisation ont un plus grand volume d’élites et un meilleur niveau d’ensemble. L’effort à fournir pour améliorer le niveau des immigrés n’est pas simplement une question de justice : l’efficacité d’ensemble du système en dépend. Baudelot et Establet
•lorsque les migrants modifient le niveau de qualification moyen de la force de travail, ceci influe sur les primes de qualification. Ainsi, l’immigration non qualifiée contribue à augmenter les inégalités salariales entre travailleurs diplômés et non diplômés, ou à augmenter le taux de chômage des non-qualifiés (…) Dans le cas des États-Unis, Borjas et al. (1997) ont estimé qu’un tiers de l’augmentation des inégalités salariales depuis 1970 est attribuable à la faiblesse relative de la qualification des immigrants ;
•s’ils sont plus jeunes, en âge de payer impôts et cotisations sociales, les migrants contribuent à augmenter les recettes publiques. Toutefois, ils bénéficient aussi de transferts sociaux, pour eux-mêmes ou leur famille. Ces transferts sont d’autant plus importants que leur qualification est faible ou que leur intégration sur le marché du travail et plus généralement à la société du pays d’accueil est difficile ;
•enfin, s’ils obtiennent le droit de vote, les migrants peuvent modifier les équilibres politiques et entraîner des choix plus éloignés des préférences des natifs.
(…)
Plusieurs nations se sont déjà engagées dans un processus de sélection accrue des immigrés. Le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande mènent depuis longtemps des politiques d’immigration sélectives fondées sur des systèmes par points donnant la priorité aux diplômes élevés. Les États-Unis délivrent un nombre croissant de visas sélectifs (principalement les visas H1B) qui drainent quelque 200 000 travailleurs qualifiés par an.
(…)
Le bilan avec les grandes nations d’immigration (États-Unis, Canada et Australie) est largement déficitaire. Par rapport à ces trois nations, la perte nette pour l’UE15 est évaluée à 2,4 millions de personnes qualifiées en 2000. Les États-Unis contribuent pour 49 % à cette perte et le Canada pour 31 %. Les deux pays les plus touchés sont l’Allemagne et le Royaume-Uni. Le solde global avec les autres pays est largement positif, avec au total 2,7 millions d’entrées d’immigrés qualifiés en provenance du reste du monde (hors États-Unis, Canada, et Australie) contre seulement 420 000 sorties vers le reste de l’OCDE
 (…)
Au total, une perte nette de 150 000 diplômés supérieurs est observée en 2000 pour l’UE dans son ensemble, soit 0,1 % de sa population âgée de 25 ans et plus. Dans ce processus d’échange, les principaux gagnants sont la Suède (1,5 %), le Luxembourg (1,2 %), la France (0,6 %) ou la Belgique (0,5 %). Les perdants nets sont l’Irlande (–3,1 %), la Grèce (–1,1 %), le Portugal et le Royaume-Uni (–0,7 %).
En résumé, si l’Europe enregistre une large perte nette de capital humain dans ses échanges avec les grandes nations d’immigration (États-Unis, Canada et Australie), elle compense ce déficit en attirant suffisamment de diplômés en provenance des pays en développement et, dans une moindre mesure, des autres pays de l’OCDE. Toutefois, la substitution de qualifiés natifs par des qualifiés immigrés n’est probablement pas neutre. L’immigration pose des problèmes complexes d’intégration, d’assimilation, de comparabilité des diplômes et de « transférabilité » des compétences acquises dans les pays d’origine. Une étude récente menée au Canada montre qu’à diplôme donné, les immigrants ont un niveau de compétence et d’alphabétisation moins élevé que les natifs (Coulombe et Tremblay, 2006). Pour chaque pays d’origine, les auteurs ont calculé un écart « compétence-scolarité » mesurant le supplément d’années de scolarité nécessaire aux diplômés étrangers pour atteindre le niveau de compétence des natifs. L’écart de compétence moyen par rapport aux natifs correspond à 3 années de scolarité (2,1 années pour les immigrants dont la langue maternelle est celle du pays receveur). Cet écart varie considérablement selon les pays : une corrélation négative très forte est observée entre l’écart « compétence-scolarité » et le revenu par habitant du pays d’origine. Il est hasardeux de généraliser cette étude au cas européen. Toutefois, il est plus que probable que le bilan qualitatif des échanges européens soit largement plus déficitaire que ce que le bilan purement quantitatif présenté ci-dessus peut laisser supposer. En tout état de cause, le bilan négatif européen contraste fortement avec le bilan positif des États-Unis, du Canada ou de l’Australie.
(…)
Cet exode des cerveaux pour les qualifications très élevées et/ou dans des secteurs de pointe met en péril les performances européennes en matière de recherche et développement dans des secteurs clés tels que la biotechnologie, la recherche médicale, la chimie, la nanotechnologie, les technologies de l’information et des communications. Tout cela conditionne fortement la position européenne sur l’échiquier mondial. Plusieurs causes expliquent cet exode des élites : meilleures possibilités d’embauche, perspectives de salaires plus élevés, environnement scientifique stimulant, moyens plus importants accordés aux chercheurs, etc. Ce dernier élément est important dans la mesure où la recherche dans les secteurs de pointe nécessite un appareillage coûteux. Il est donc impossible de dissocier l’exode des chercheurs européens de la politique générale de R&D européenne. Cause et conséquence de cet exode des chercheurs, le retard européen en matière d’investissements et de performance du secteur de la R&D est devenu béant. En termes relatifs, le budget total consacré à la recherche et développement au sein de l’Union européenne (UE15) reste de loin inférieur au budget observé aux États-Unis ou au Japon. Bien que masquant des disparités importantes entre pays, les dépenses européennes de R&D en pourcentage du PIB s’élevaient en Europe à 1,93 % en 2000, contre 2,69 % aux États-Unis et 2,98 % au Japon. Ce déficit s’est creusé au cours du temps. En 1991, l’UE investissait 164 milliards d’euros (en parité de pouvoir d’achat), soit 46 milliards de moins que les États-Unis. Entre 1991 et 2000, les dépenses de R&D ont progressé de 38 % aux États-Unis, de 20 % au Japon contre 19 % au sein de l’UE15. Au total, le déficit d’investissement en R&D de l’UE15 s’est amplifié de façon continue à partir de 1995 ; il a quasiment doublé en l’espace d’une décennie, comme le montre la figure 1.
(…)
L’analyse révèle que les principaux déterminants des choix de localisation des migrants sont la distance entre pays de départ et de destination, les liens coloniaux et linguistiques, ainsi que les caractéristiques des pays d’accueil : le PIB par habitant, le taux de chômage, la taille démographique et la générosité de la protection sociale. Les migrants qualifiés sont plus sensibles aux distances géographiques et aux perspectives de revenu (PIB par habitant). Les non-qualifiés sont plus sensibles aux liens coloniaux et aux programmes sociaux.
(…)
Étant donné nos liens historiques privilégiés avec les pays très pauvres, la faiblesse des primes de qualification en Europe, et le caractère redistributif de notre fiscalité et de notre protection sociale, qu’est-ce qui peut bien inciter les individus hautement qualifiés à choisir l’Europe comme destination ? Le bilan mitigé de la politique de green cards allemande nous montre à quel point il est difficile de rivaliser avec d’autres nations plus compétitives sur le « marché » international des talents. A contrario, étant donné les liens historiques, linguistiques, géographiques, la générosité de la protection sociale et la taille des réseaux déjà installés, les candidats à la migration en provenance des pays les plus pauvres (et donc moins dotés en qualification) ont des incitations fortes à rechercher les moyens légaux ou illégaux de rallier le vieux continent. Frédéric Docquier et Hillel Rapoport

Cherchez l’erreur!

A  l’heure où, entre un énième appel à la suppression des notes, une dénonciation de l’élitisme républicain ou une fumisterie sur nos chères têtes blondes qui « lisent beaucoup », un nouveau rapport de l’OCDE épingle la France pour son école injuste et félicite à nouveau la Corée et la Finlande pour leurs premières places …

Et six ans après un autre rapport qui avait le mérite d’expliciter ces mauvais résultats français en  dénonçant ces pays de l’OCDE qui « servent mal les enfants issus de l’immigration » …

Comment ne pas se poser la question de la part de l’immigration justement dans ces médiocres résultats ?

Et, contre les dénégations de nos Baudelot-Establet nationaux, ne pas être frappé de cette évidence ?

N’est-ce pas les pays les plus ethniquement homogènes (Corée, Japon, Finlande) ou les pays à immigration délibérément choisie (Canada, Australie, Nouvelle Zélande) qui ont les meilleurs résultats et les plus faibles écarts entre leurs élèves autochtones et allochtones ?

Laissant alors en bonne logique les pays ayant à la fois le plus d’immigrés et, par refus de la sélection, les moins diplômés et qualifiés les moins bonnes places ?    

Les systèmes éducatifs dans de nombreux pays de l’OCDE servent mal les enfants issus de l’immigration, selon un rapport de l’OCDE

15/05/2006 – De nombreux pays développés ne parviennent pas à aider les enfants issus de l’immigration à s’intégrer dans la société par l’instruction. Selon une nouvelle étude de l’OCDE, dans certains pays de l’OCDE, ces enfants accusent un retard scolaire de plus de deux ans par rapport à leurs camarades autochtones, même si l’on tient compte des facteurs socioéconomiques.

Where immigrant students succeed met à profit les données recueillies dans le cadre du Programme international de l’OCDE sur le suivi des acquis des élèves (PISA), au cours duquel des élèves de 15 ans dans 41 pays ont passé des épreuves en mathématiques, en compréhension de l’écrit, en sciences et en résolution de problèmes. Ce rapport examine la situation de 17 pays ou territoires comptant une large population d’immigrants : l’Allemagne, l’Australie, l’Autriche, la Belgique, le Canada, le Danemark, les Etats-Unis, la France, le Luxembourg, la Norvège, la Nouvelle-Zélande, les Pays-Bas, la Suède et la Suisse parmi les pays de l’OCDE et trois participants au PISA non membres de l’OCDE, la Fédération de Russie, Hong Kong Chine et Macao Chine.

Le rapport met en lumière les enjeux auxquels les systèmes d’éducation doivent faire face pour aider les populations immigrées à s’intégrer dans leurs sociétés d’accueil. Dans la mesure où les flux migratoires vont probablement demeurer élevés, voire s’accroître, les pays européens, en particulier, doivent mieux s’adapter à la diversité socioéconomique et culturelle de leurs populations.

Pour que les enfants immigrés puissent accéder dans de bonnes conditions au marché du travail, ils doivent être dotés de solides compétences de base et avoir la capacité et la motivation à continuer d’apprendre tout au long de leur vie. Ne rien faire n’est pas une option : vu les taux de chômage qui dans de nombreux pays sont deux à trois fois supérieurs parmi les populations immigrées que parmi les nationaux, il peut être infiniment plus coûteux de ne rien faire que d’agir.

En Allemagne, en Autriche, en Belgique, au Danemark, aux Etats-Unis et en Norvège, parmi les enfants immigrés de la deuxième génération qui ont effectué toute leur scolarité dans le pays d’accueil, plus d’un tiers affiche des performances inférieures au niveau d’aptitude de base auquel les élèves commencent à être en mesure d’utiliser sérieusement les mathématiques. Dans tous les autres pays de l’OCDE, sauf en Australie et au Canada, au moins 20 % des élèves issus de la deuxième génération d’immigration obtiennent des scores inférieurs à ce niveau.

Dans le même temps, pourtant, les enfants immigrés font preuve d’une motivation à apprendre les mathématiques égale, voire même supérieure, à celle de leurs camarades autochtones et d’une attitude généralement très positive à l’égard de l’école. Ceci montre la vigueur de leur potentiel, dont le système scolaire peut tirer parti avec plus d’efficacité.

Le rapport met clairement en évidence que les systèmes scolaires se différencient considérablement du point de vue du devenir qu’ils assurent aux enfants immigrés. Dans des pays comme le Canada et l’Australie, les performances de ces enfants sont aussi bonnes que celles de leurs camarades autochtones. Mais dans d’autres, notamment ceux où les élèves sont répartis par niveaux, les résultats des enfants immigrés sont sensiblement inférieurs.

De fait, dans bien des pays, les enfants issus de familles immigrées sont désavantagés dès le départ. Ils sont en général affectés à des établissements scolaires moins performants qui ont souvent pour caractéristique d’accueillir des enfants issus des milieux défavorisés et où, dans certains pays, les conditions de vie en classe sont conflictuelles. Dans tous les pays examinés sauf quatre, au moins 25 % des enfants issus de la deuxième génération d’immigrés fréquentent des établissements scolaires où les populations immigrées représentent plus de 50 % des effectifs. En comparaison, moins de 5 % des enfants autochtones se trouvent dans cette situation dans tous les pays sauf deux.

Si l’on en croit le rapport, bien que la langue et l’origine géographique des enfants immigrés puissent aussi être des facteurs à considérer, elles ne suffisent pas pour expliquer les variations de performances entre les pays. Les élèves immigrés dont les familles viennent de Turquie ont en général de mauvais résultats dans de nombreux pays. Mais leurs résultats sont bien pires en Allemagne qu’en Suisse.

Par ailleurs, dans un certain nombre de pays, les enfants immigrés de la deuxième génération continuent d’obtenir des résultats aussi mauvais que ceux de leurs camarades de la première génération. En revanche, dans certains pays, où les niveaux d’immigration sont élevés, les performances des enfants immigrés de la deuxième génération sont beaucoup plus proches de ceux des enfants autochtones et de la moyenne nationale, ce qui tend à montrer que la politique des pouvoirs publics peut faire une différence. Parmi les pays qui sont en bonne position au regard de ce critère, beaucoup ont en commun de s’être dotés de solides programmes d’aide à l’apprentissage de la langue dans le préscolaire et dans le primaire et d’avoir clairement défini leurs objectifs, leurs normes et leurs systèmes d’évaluation.

Pour des informations complémentaires, les journalistes sont invités à contacter Andreas Schleicher, Direction de l’éducation de l’OCDE (tél. 33 1 45 24 93 66).

Where immigrant students succeed – A comparative review of performance and engagement in PISA 2003 est disponible pour les journalistes auprès de la Division des relations avec les médias (tel. + 33 1 45 24 97 00) ou via la bibliothèque en ligne, SourceOCDE, accessible à partir du site protégé des journalistes.

 

Informations complémentaires sur le rapport

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Where immigrant students succeed – A comparative review of performance and engagement in PISA 2003

Voir aussi:

Education: La Corée et la Finlande obtiennent les meilleurs résultats lors de la dernière enquête PISA de l’OCDE sur les performances éducatives

Envoyer  Imprimer  07/12/2010 – Les élèves de 15 ans de Corée et de Finlande sont les plus performants en compréhension de l’écrit selon la dernière enquête PISA de l’OCDE. Pour la première fois, elle mesure leur capacité à gérer des informations numériques.

L’enquête, qui consiste à soumettre à des tests de deux heures un demi-million d’élèves dans plus de 70 pays, évalue également les acquis en mathématiques et en sciences.Les résultats pour 65 économies vont être publiés aujourd’hui.

Les très bonnes performances suivantes correspondent à Hong Kong-Chine, Singapour, le Canada, la Nouvelle-Zélande et le Japon.

Resultats complets

La province de Shanghai, Chine, qui a pris part pour la première fois à l’évaluation, a obtenu des résultats supérieurs à ceux de tous les autres pays en compréhension de l’écrit. Plus d’un quart des jeunes de 15 ans de Shanghai ont fait preuve d’une capacité de réflexion mathématique poussée pour résoudre des problèmes complexes, contre 3 % en moyenne en ce qui concerne l’ensemble de la zone OCDE.

Iinterview avec Andreas Schleicher,

Chef de la division des indicateurs de l’Education et de la division des analyses

     « De bons résultats de l’enseignement ont une influence déterminante sur l’avenir de la croissance économique », a déclaré le Secrétaire général de l’OCDE, M. Angel Gurria. « Il existe certes toujours un lien entre le revenu national et les résultats scolaires, mais le Programme PISA nous apprend que deux pays ayant des niveaux de prospérité comparables peuvent afficher des performances très différentes. Ce qui montre bien que l’image d’un monde nettement divisé entre pays riches ayant un bon niveau d’éducation et pays pauvres se caractérisant par un faible niveau d’éducation est désormais dépassée ».

Certains pays de l’OCDE ont enregistré des progrès importants en compréhension de l’écrit, plus particulièrement le Chili, Israël et la Pologne, mais aussi le Portugal, la Corée, la Hongrie et l’Allemagne. En mathématiques, le Mexique, la Turquie, la Grèce, le Portugal, l’Italie et l’Allemagne ont connu de rapides améliorations. En sciences, c’est en Turquie, au Portugal, en Corée, en Italie, en Norvège, aux États-Unis et en Pologne que les résultats ont le plus progressé.

L’OCDE a étudié les différences de résultats entre filles et garçons, ainsi que l’influence de la taille de la classe, de la rémunération des enseignants et du degré d’autonomie des établissements scolaires dans l’affectation des ressources. Elle est parvenue aux conclusions suivantes :

Les filles lisent mieux que les garçons dans tous les pays, l’écart moyen entre les deux étant de 39 points, soit l’équivalent d’une année d’études. L’écart entre les deux sexes n’a diminué dans aucun pays depuis 2000, et s’est même creusé en Corée, en France, en Israël, au Portugal et en Suède. Cela reflète un désir de lecture décroissant chez les garçons et de la part consacrée à la lecture dans leur temps de loisir.

Les meilleurs systèmes scolaires sont les plus équitables – les élèves obtiennent de bons résultats quel que soit leur milieu socioéconomique d’origine. Les établissements qui sélectionnent les élèves à un âge précoce selon leurs capacités affichent des écarts de performance les plus importants en fonction du milieu socioéconomique.

Les systèmes les plus performants ont tendance à privilégier le salaire des enseignants avant de réduire la taille des classes.

Les pays dans lesquels les élèves sont plus nombreux à redoubler tendent à enregistrer globalement de plus mauvais résultats, avec un écart particulièrement marqué entre les enfants de familles défavorisées et de familles aisées. C’est en Belgique, en France, au Luxembourg, au Portugal et en Espagne que le redoublement est le plus courant.

Les systèmes très performants permettent aux établissements de concevoir des programmes d’enseignement et de définir des politiques d’évaluation mais n’autorisent pas nécessairement le recours à la sélection.

Les établissements appliquant une discipline stricte et se caractérisant par de bonnes relations élèves-enseignants obtiennent de meilleurs résultats en compréhension de l’écrit.

Les établissements publics et privés obtiennent des résultats comparables, si l’on tient compte du milieu familial.

L’association d’une autonomie au plan local et d’une responsabilisation effective semble produire les meilleurs résultats.

Le pourcentage d’élèves ayant déclaré lire pour le plaisir est passé de 69 % en 2000 à 64 % en 2009.

Le programme PISA de l’OCDE vise à aider les pays à voir comment leurs systèmes scolaires s’ajustent globalement au regard de leur qualité, de leur équité et de leur efficacité. Les meilleurs systèmes éducatifs en terme de performance montrent ce à quoi les autres peuvent aspirer. Cela peut également inspirer des efforts nationaux pour aider les élèves à mieux apprendre, les enseignants à mieux enseigner, et les systèmes scolaires à devenir plus efficaces.

En 2011, dans le cadre du 50e anniversaire de l’OCDE, l’organisation va lancer deux nouveaux programmes pour aider les pays à construire, maintenir et améliorer les compétences de leurs citoyens et préparer le meilleur des futurs. Les premiers résultats du Programme pour l’Évaluation Internationale des Compétences des Adultes (PIAAC) ainsi que la stratégie de compétences de l’OCDE sera publié en 2013.

Pour de plus amples informations, les journalistes sont invités à se mettre en rapport avec Andreas Schleicher, de la Direction de l’éducation de l’OCDE

Voir aussi :

http://www.fabula.org/actualites/article29944.php

C. Baudelot, R. Establet, Elitisme républicain. L’Ecole française à l’épreuve des comparaisons internationales

Présentation de l’éditeur

Les dégâts de l’élitisme scolaire à la française, à la lumière des comparaisons internationales.

De quoi souffre l’école en France ? D’abord et avant tout de son élitisme : une culture du classement et de l’élimination précoce, doublée d’une grande tolérance aux inégalités et à leur reproduction. Tel est l’enseignement qui ressort des comparaisons internationales développées dans ce livre. L’école française demeure au XXIe siècle otage des idées qui l’ont vu naître à la fin du XIXe : distinguer une petite élite sans se soucier d’élever suffisamment le niveau des autres. Pour certains, peu nombreux, la méritocratie scolaire est une course aux meilleures positions ; pour d’autres, très nombreux, elle se traduit par une relégation rapide et désormais particulièrement coûteuse sur le marché du travail. Au total, la France qui a longtemps cru disposer de la meilleure école du monde fait figure de mauvaise élève dans sa catégorie, celle des pays riches et développés.

Christian Baudelot et Roger Establet sont sociologues. Ils travaillent ensemble depuis plus de quarante ans. Leur intérêt pour l’école en tant que facteur d’égalité et d’inégalités sociales comme de développement économique ne s’est jamais démenti. On leur doit notamment L’École capitaliste en France (Maspero, 1971), L’École primaire divise (Maspero, 1975), Le niveau monte (Seuil, 1989), Allez les filles ! (Seuil, 1992, 2006), Quoi de neuf chez les filles ? (Nathan, 2007).

Voir enfin :

L’élitisme scolaire en question

jservois

29 septembre 2009

L’élitisme scolaire en question

Compte-rendu du livre de Christian Baudelot et Roger Establet : L’élitisme républicain, l’école française à l’épreuve des comparaisons internationales, Paris, Seuil, collection « La République des Idées », 2009.

C. Baudelot et R. Establet, sociologues, travaillent ensemble depuis plus de quarante ans sur les rapports complexes entre l’école et les inégalités sociales. On leur doit des ouvrages aussi rigoureux que provocateurs comme Le niveau monte en 1989 ou Allez les filles ! en 1992. A la différence de Marcel Gauchet (cf. notre article « crise de l’école ou métamorphose sociale » sur ce blog), ils pratiquent une sociologie quantitative s’appuyant sur la mise en évidence de corrélations statistiques. Dans L’élitisme républicain, ils confrontent les performances du système scolaire français à celles d’autres nations grâce aux fameux tests PISA financés par l’OCDE. Leurs conclusions bouleversent bon nombre d’idées reçues sur l’opposition entre élitisme et démocratisation de l’enseignement ; c’est pourquoi nous vous en faisons part.

Qu’est-ce que le PISA ?

Le PISA est le « Programme international pour le suivi des élèves » (en anglais, Programme for International Student Assessment) dont le but est de mesurer les acquis des élèves dans 57 pays. L’OCDE publie le résultat de ces enquêtes tous les trois ans (nous possédons les résultats pour 2000, 2003 et 2006 et attendons ceux de 2009).

Julien Grenet, dans le blog La vie des idées, définit ainsi la spécificité des enquêtes PISA (nous soulignons les caractéristiques importantes) :

« La principale originalité de l’enquête PISA tient à la nature des acquis des élèves qu’elle cherche à mesurer : contrairement aux enquêtes antérieures, il ne s’agit pas d’évaluer l’acquisition de connaissances fixées par les programmes scolaires, mais les compétences ou aptitudes jugées nécessaires pour mener une vie d’adulte autonome. L’évaluation des acquis des élèves ne s’effectue donc plus en référence à un hypothétique dénominateur commun des programmes scolaires nationaux, mais par rapport (…) un ensemble de compétences génériques identifiées comme nécessaires pour pouvoir comprendre le monde, assurer son développement personnel et participer pleinement à la vie collective. Pour les besoins de l’enquête, l’OCDE a isolé trois grands domaines de compétence : la « compréhension de l’écrit », la « culture mathématique » et la « culture scientifique ».

La seconde nouveauté de l’enquête PISA réside dans la définition de la population testée : contrairement aux études précédentes, l’évaluation ne porte pas sur l’ensemble des élèves d’un niveau scolaire donné (les élèves de 5e, par exemple), mais sur l’ensemble des élèves de 15 ans indépendamment de leur classe (l’enquête 2006 porte par exemple sur les individus nés en 1990). Le choix de ce groupe d’âge présente deux avantages : d’une part, il permet de mesurer les compétences des élèves arrivant en fin de scolarité obligatoire, l’obligation scolaire dans la plupart des pays de l’OCDE étant fixée à 15 ou 16 ans ; d’autre part, il autorise une comparaison des acquis des élèves plus fiable qu’une comparaison par niveau d’enseignement, dont la composition par âge est très sensible à la pratique du redoublement.

Une dernière spécificité de PISA tient à sa périodicité : réalisée tous les trois ans, l’enquête a pour objectif d’assurer un suivi régulier des performances des élèves de 15 ans de l’ensemble des pays de l’OCDE afin d’effectuer des comparaisons dans le temps. Le programme d’évaluation est établi de telle manière que chaque enquête met l’accent sur l’une des trois compétences évoquées précédemment, en y consacrant les deux tiers des questions environ : la compréhension de l’écrit fut le domaine principal testé en 2000 ; en 2003, ce fut la culture mathématique, en 2006, la culture scientifique et en 2009, ce sera à nouveau au tour de la compréhension de l’écrit.

Le nombre de pays participants n’a cessé de croître depuis le lancement du programme PISA : de 32 pays membre de l’OCDE en 2000, on est passé à 42 pays (dont 12 pays partenaires) en 2003 pour arriver à 57 pays (dont 27 pays partenaires) en 2006, représentant près de 90 % de l’économie mondiale. Lors de la dernière vague d’enquête, ce sont au total près de 400 000 élèves, représentatifs des 20 millions de jeunes de 15 ans scolarisés dans les pays participants, qui ont été sélectionnés de manière aléatoire pour participer au cycle PISA 2006 » (en ligne : PISA).

Bref, les tests PISA s’effectuent sur des périodes longues ; ils portent sur des jeunes de 15 ans, quel que soit leur place dans le système scolaire du pays ; ils n’évaluent pas des compétences définies par un programme scolaire particulier mais des compétences génériques, communes à chaque pays. Par exemple, dans « la compréhension de l’écrit », il ne s’agit pas d’évaluer la connaissance de la littérature nationale ou internationale mais la capacité de restituer la teneur d’un texte, de l’interpréter (perception de plusieurs niveaux de sens) et de réagir à la lecture du texte, c’est-à-dire d’estimer ce qui est dit. De même, les tests de « culture mathématique » ne consistent pas à vérifier si certains axiomes et théorèmes sont acquis mais à observer la capacité de résoudre certains problèmes sans préjuger de la méthode employée. Voici un exemple de test mathématique PISA :

Que faire de PISA ?

Bien entendu, les différents gouvernements ont surtout pris en considération les classements nationaux, pour s’en réjouir ou le déplorer : les Etats-Unis n’en reviennent pas de n’être que 27e, la Finlande, le Danemark et les dragons asiatiques caracolent en tête. Les résultats de la France sont moyens et à la baisse.

Pour C. Baudelot et R. Establet, les comparaisons internationales que permettent PISA ne se limitent pas à l’établissement d’un palmarès des nations (c’est l’aspect le plus médiatique et le moins intéressant) : elles offrent surtout un outil fiable pour tester l’efficacité de notre élitisme républicain. Voilà les grands traits de leur enquête.

Les résultats de l’enquête de C. Baudelot et R. Establet

Les inégalités scolaires et le problème de l’élite.

Les enquêtes PISA permettent de révoquer en doute certaines opinions communément admises concernant « la démocratisation scolaire ». La forme la plus répandue d’élitisme reproche à ce mouvement de démocratisation de sacrifier la formation de l’élite au profit du plus grand nombre. Inversement, on condamne l’élitisme comme une forme d’aristocratisme sacrifiant l’intérêt d’une majorité d’élèves au profit d’un petit nombre de « méritants ». Or, les enquêtes chiffrées de PISA montrent avec évidence que l’opposition « école de masse contre école de l’excellence » ne repose sur aucune base réelle et est purement idéologique.

Les comparaisons internationales que permet PISA montrent que dans les trois domaines (compréhension de l’écrit, culture mathématique, culture scientifique) :

-Plus l’écart entre le haut et le bas est faible, plus la moyenne générale est bonne. Bref, les pays où les écarts de résultat entre les très bons élèves et les très mauvais sont importants, le niveau moyen du pays est relativement bas. Le resserrement des inégalités scolaires est un facteur de réussite moyenne.

-Surtout, « qu’il s’agisse de mathématiques, de sciences ou de compréhension de l’écrit, dans chaque pays de l’OCDE, le volume de l’élite scolaire est inversement proportionnel au volume de l’échec scolaire. Moins il y a de cancres, plus il y a d’excellents élèves » (p.39). Moins il y a de mauvais, plus il y a de bons et de très bons.

Le constat est clair : la constitution de l’élite ne peut s’établir au détriment de la masse. Un élitisme méprisant le plus grand nombre est fondamentalement inefficace.

L’effet des systèmes scolaires sur les inégalités sociales.

Le principe méritocratique consiste à distinguer les élèves les plus méritants en neutralisant le plus possible « les privilèges liés à la naissance, au rang ou à la fortune ». Cependant, l’influence de la situation sociale et culturelle de l’élève sur ses résultats n’a jamais été, dans aucune société, totalement évincée.

Or, les enquêtes PISA permettent de mesurer l’influence de l’origine sociale et du capital culturel sur le niveau des élèves. Notons au préalable l’importance de la notion de capital culturel qui raffine les études simplement fixées sur le seul critère du revenu. Les statisticiens de PISA prennent en compte dans le capital culturel : le niveau d’instruction des parents, leurs diplôme, leur profession, un critère indiquant si l’enfant dispose d’une chambre individuelle, d’un ordinateur personnel, d’une connexion internet, d’un ou plusieurs dictionnaires etc. Ils ont ajouté une autre dimension, le patrimoine culturel familial : présence dans la maison d’ouvrages classiques, de recueils de poésie, de reproductions d’œuvres d’art etc. Le revenu et l’ensemble du capital culturel sont englobés dans un indice unique, le SESC (statut économique, social et culturel).

Première remarque résultant des études PISA : « la France se distingue des autres pays par une incidence très forte du milieu social sur les scores obtenus aux épreuves PISA, et cela aussi bien en compréhension de l’écrit, en mathématique qu’en culture scientifique. La France est donc l’un des pays où l’enseignement dispensé à l’école implique, pour être valorisé ou assimilé, la plus grande part de ressources extrascolaires privées. Autrement dit, une partie importante du travail scolaire se passe à la maison » (p. 67).

Deuxième résultat. Nommons « efficace », le système scolaire d’un pays qui produit des élèves de bon niveau et nommons « juste », un système scolaire qui minimise l’influence de l’origine sociale et du capital culturel sur le niveau des élèves. Les tests PISA permettent d’établir une corrélation intéressante : plus un système est juste, plus il est efficace. « Les systèmes scolaires qui atténuent les inégalités possèdent une efficacité globale plus forte. Les pays de l’OCDE qui limitent les effets de l’héritage social et culturel ont une haute performance moyenne » (p. 71) : c’est le cas de la Finlande, de la Corée du Sud, de Hong Kong, du Japon, de l’Estonie. En 2006, la France cumule un certain retard dans la limitation des inégalités sociales et dans le niveau de sa performance moyenne, moins cependant que d’autres pays, très « injustes » et très peu « efficaces » (Etats-Unis, Roumanie, Chili, Mexique…)

Les effets des inégalités sociales sur la qualité de l’école.

Nous avons pris en compte pour l’instant la capacité de l’école à minimiser ou à reproduire les inégalités sociales. Intéressons-nous maintenant à la relation inverse : l’école n’est pas un sanctuaire à l’abri du monde extérieur : celui-ci « y pénètre chaque matin sous la forme très concrète de flux d’élèves qu’elle accueille et dont les origines sociales, les trajectoires familiales et les difficultés représentent un condensé vivant des contradictions qui travaillent le corps social tout entier » (p. 74). Quels sont donc les effets mesurables du taux d’inégalité sociale caractérisant une société donnée sur l’efficacité de son système éducatif ?

Il faut distinguer quatre structures sociales :

Soit le salaire moyen de l’OCDE,

(I) une société peut-être caractérisée par des écarts faibles autour de ce salaire moyen.

(II) une société peut-être caractérisée par des écarts forts autour de ce salaire moyen (beaucoup de très riches et de très pauvres)

(III) une société peut-être caractérisée par des écarts forts au-dessous de ce salaire moyen et par des écarts faibles au-dessus de ce salaire moyen (beaucoup de très pauvres, peu de très riches)

(IV) une société peut-être caractérisée par des écarts faibles au-dessous de ce salaire moyen et par des écarts forts au-dessus de ce salaire moyen (beaucoup de très riches, peu de très pauvres).

Les pays de type (I) obtiennent les meilleurs résultats aux tests PISA (Norvège, Danemark, Canada…). De bons résultats se trouvent aussi dans les pays de type (IV) : Suède, Finlande, Corée du Sud, Japon, Australie. Les plus mauvais résultats se trouvent dans les cas (II) (Italie, Espagne…) et (III) (France, Pologne, Grèce, Turquie etc.).

Conclusion : « Les résultats sont d’autant meilleurs que les inégalités sociales sont faibles, et surtout que les écarts entre les moins bien lotis et la moyenne de la population sont resserrés » (p. 83).

Les immigrés et les filles.

Deux derniers résultats peuvent être établis grâce aux comparaisons internationales des enquêtes PISA :

Premièrement, le taux d’immigration « ne joue aucun rôle dans le résultat global d’un pays, dans son taux d’échec scolaire, dans la quantité de ses élites et dans l’écart entre les immigrés et les autres ». En outre « dans tous les pays les élèves issus de l’immigration obtiennent toujours des résultats plus faibles que les autochtones. Mais les performances des uns et des autres sont fortement corrélées : meilleure est, dans un pays donné, la réussite des autochtones, meilleure est aussi la réussite des immigrés ». Deux enseignements importants : (1) il existe une marginalisation globale des immigrés dans l’ensemble des systèmes scolaires de l’OCDE et (2) les systèmes qui font mieux que les autres pour minimiser cette marginalisation ont un plus grand volume d’élites et un meilleur niveau d’ensemble. L’effort à fournir pour améliorer le niveau des immigrés n’est pas simplement une question de justice : l’efficacité d’ensemble du système en dépend.

Deuxièmement, « meilleures sont les performances d’ensemble du système, meilleurs sont les résultats obtenus par les filles » (p. 100) – à nouveau justice et efficacité vont de pair. En outre, le test PISA met en évidence une tendance que l’on remarque depuis longtemps : les bons résultats des filles par rapport au garçon ne se répercutent ni dans leur orientation ni dans leur carrière. Il s’agit là d’un sexisme objectif (frappant particulièrement les sciences dures) qu’il est temps de prendre au sérieux.

Conclusion.

Bien entendu, on peut toujours remettre en question la validité de tests internationaux comme ceux du PISA : il n’y a pas de critère d’évaluation absolument objectif, c’est-à-dire neutralisant toute spécificité culturelle. Néanmoins peut-on faire un usage relatif de ces tests : non pas établir des classements mais des rapports et des tendances. C’est précisément l’optique de C. Baudelot et R. Establet et leurs conclusions convergent vers une thèse forte : dans tous les cas envisagés, justice et performance ne s’opposent pas mais sont étroitement corrélées. Cette bonne nouvelle suscite une interrogation : pourquoi sommes-nous si enclins en France à croire que la promotion du plus grand nombre nuit à la qualité globale de l’école, alors que tout nous montre le contraire ? En outre, cette bonne nouvelle rend d’autant plus scandaleux les effets de reproduction sociale de notre système scolaire. Un système scolaire incapable d’amortir les inégalités sociales n’est pas simplement injuste : il est peu performant. Il est donc tout aussi vain de justifier l’injustice par la nécessité de la performance (position réaliste) que d’en appeler à l’esprit de justice contre la performance (idéalisme). Face à l’impuissance du système scolaire à réduire les inégalités, nous sommes donc sans excuse.

Voir enfin:

L’immigration qualifiée, remède miracle aux problèmes économiques européens ?

AuteursFrédéric Docquier[*] [*] Chercheur qualifié au FNRS et professeur d’économie…

Chercheur Qualifié auprès du FNRS, IRES, Université catholique de Louvain

Hillel Rapoport[**] [**] EQUIPPE, Universités de Lille, Department of Economics,…

Université de Lille 2

Introduction

Le processus de globalisation de l’économie mondiale s’accompagne de flux migratoires de plus en plus importants. Selon les Nations unies, le nombre de migrants internationaux est passé de 154,8 à 190,6 millions entre 1990 et 2005, soit une augmentation moyenne de 1,4 % par an. Les migrants internationaux se concentrent de plus en plus dans les pays développés : entre 1990 et 2000, le stock d’immigrés en âge de travailler dans les pays de l’OCDE a augmenté en moyenne de 3,5 % par an. Sur la même période, la croissance du stock de migrants qualifiés a été largement supérieure, environ 5,3 % par an. Quels sont les avantages et les coûts de l’immigration qualifiée pour les pays d’accueil ? Peut-elle permettre aux pays européens de résoudre certains de leurs problèmes structurels majeurs, notamment les déficits des comptes sociaux induits par la hausse des ratios de dépendance entre actifs et inactifs ou les contraintes que fait peser sur les perspectives européennes de croissance l’exode massif de cerveaux européens vers les États-Unis ?

2 Dans cette contribution, nous mettons en avant le potentiel mais aussi les limites d’une politique d’immigration sélective dans le contexte européen. Nous présentons d’abord brièvement les coûts et avantages de l’immigration qualifiée tels qu’ils ressortent d’analyses économiques récentes, en adoptant pour ce faire un point de vue « nationaliste », c’est-à-dire centré sur les effets sur le bien-être du point de vue des nationaux du pays d’accueil. Nous nous interrogeons ensuite sur la place de l’Europe dans la compétition internationale pour attirer les talents, notamment par rapport aux autres grands pays traditionnels d’immigration, ainsi que sur les effets de l’immigration qualifiée sur les inégalités Nord-Sud. Enfin, nous évaluons la capacité des politiques d’immigration sélective à répondre aux défis que constituent pour les pays européens le vieillissement de leur population et l’exode d’une partie de leurs cerveaux vers les autres grandes nations industrialisées.

1 – Une approche « nationaliste » de l’immigration

3 Comme admirablement argumenté dans Borjas (1999), évaluer les bienfaits et les coûts de l’immigration requiert une définition préalable des objectifs poursuivis. Adopter un objectif « internationaliste » mettant la priorité sur les inégalités entre nations débouche sur des conclusions et recommandations fort différentes, parfois opposées à celles découlant d’une fonction d’objectif centrée sur les pays d’accueil ou sur les migrants eux-mêmes. Évaluer les politiques d’immigration à l’aune de leur contribution à la résolution de problèmes économiques internes revient à adopter une approche nationaliste. Cette première section justifie en quoi une telle approche plaide en faveur d’une sélection accrue des migrants.

1.1 – Bénéfices et coûts de l’immigration

4 L’entrée d’immigrants a de nombreux avantages économiques pour le pays d’accueil :

 

l’immigration permet de faire face à certaines pénuries de main-d’œuvre dans des secteurs clés à qualification élevée (tels que l’informatique, les professions de santé, etc.) ou à qualification faible (tels le secteur minier, la construction, etc.) ;

elle rajeunit la population et modifie le ratio entre actifs et inactifs ;

à travers leurs activités de production et de consommation, les migrants concourent à la diversification des biens et services disponibles dans l’économie ;

dans le même esprit, ils apportent une diversité culturelle et contribuent à réduire les coûts de transaction dans les échanges entre pays (effets de réseaux) ; par exemple, il a été montré que l’immigration favorise le développement des échanges commerciaux entre pays d’accueil et d’origine (Gould, 1994) ainsi que les investissements directs étrangers du pays d’accueil vers le pays d’origine (Kugler et Rapoport, 2006).

Parallèlement, l’immigration engendre aussi certains coûts et effets redistributifs :

en économie fermée, l’augmentation de l’offre de travail sans afflux de capital compensatoire crée une pression à la baisse sur les salaires et une pression à la hausse sur le rendement du capital, ce qui entraîne une redistribution des salariés vers les détenteurs de capitaux. En économie ouverte aux mouvements de capitaux, cet effet s’estompe ou disparaît. Les études empiriques n’ont pas permis d’apporter des conclusions définitives quant à l’effet de l’immigration sur les salaires ; cependant, la majorité d’entre elles concluent à un effet très faible (pour un survol de cette littérature, voir par exemple Friedberg et Hunt, 1995 ; Jayet et al., 2001) ;

lorsque les migrants modifient le niveau de qualification moyen de la force de travail, ceci influe sur les primes de qualification. Ainsi, l’immigration non qualifiée contribue à augmenter les inégalités salariales entre travailleurs diplômés et non diplômés, ou à augmenter le taux de chômage des non-qualifiés[1] [1] Ce qui, à plus long terme, peut être compensé par une…

Dans le cas des États-Unis, Borjas et al. (1997) ont estimé qu’un tiers de l’augmentation des inégalités salariales depuis 1970 est attribuable à la faiblesse relative de la qualification des immigrants ;

s’ils sont plus jeunes, en âge de payer impôts et cotisations sociales, les migrants contribuent à augmenter les recettes publiques. Toutefois, ils bénéficient aussi de transferts sociaux, pour eux-mêmes ou leur famille. Ces transferts sont d’autant plus importants que leur qualification est faible ou que leur intégration sur le marché du travail et plus généralement à la société du pays d’accueil est difficile ;

enfin, s’ils obtiennent le droit de vote, les migrants peuvent modifier les équilibres politiques et entraîner des choix plus éloignés des préférences des natifs. 

1.2 – Sélectionner pour maximiser les gains et minimiser les coûts

5 De nombreux pays européens sont confrontés à deux problèmes majeurs : des pénuries de main-d’œuvre dans certains secteurs, et la perspective du vieillissement démographique. L’immigration est souvent perçue comme un remède au moins partiel à ces deux problèmes. Comme nous allons le voir, cette perception n’est justifiée que si les immigrants sont sélectionnés sur base de leur niveau de qualification.

6 Naturellement, répondre à des pénuries sectorielles de main-d’œuvre nécessite des programmes de sélection spécifique. Ces dernières années, certains pays européens ont ainsi progressivement introduit des mécanismes visant à attirer des professions particulières : l’Irlande et le Royaume-Uni ont constitué des listes de pénuries de qualification ; des programmes d’immigration temporaire (green cards) ont été mis sur pied en Allemagne ou en Italie pour attirer des spécialistes en technologies de l’information[2] [2] Dans ce domaine, le Bureau International du Travail estime…

; enfin, la France vient de créer un statut particulier pour les scientifiques et les étudiants étrangers.

7 De façon moins naturelle, utiliser l’immigration de remplacement pour lutter contre le coût du vieillissement requiert également de choisir ses immigrants. En moyenne, les migrants non qualifiés apportent moins à l’État que les natifs et engendrent plus de transferts. Leur contribution aux finances publiques s’avère négative (sur l’ensemble de leur vie, ils apportent moins de recettes que ce qu’ils coûtent en transferts). C’est ce que montrent les travaux d’Auerbach et Oreopoulos (2000) et de Storesletten (2000) sur les États-Unis, de Bonin et al. (2000) sur l’Allemagne, de Collado et al. (2001) sur l’Espagne, ou de Chojnicki (2004) sur la France, travaux fondés sur les techniques de comptabilité générationnelle.

8 Plusieurs nations se sont déjà engagées dans un processus de sélection accrue des immigrés. Le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande mènent depuis longtemps des politiques d’immigration sélectives fondées sur des systèmes par points donnant la priorité aux diplômes élevés. Les États-Unis délivrent un nombre croissant de visas sélectifs (principalement les visas H1B) qui drainent quelque 200 000 travailleurs qualifiés par an. Au printemps 2006, le Royaume-Uni a officiellement adopté le système par points comme nouvelle base de sa politique d’immigration ; dans le même temps, la France optait pour une politique d’« immigration choisie ». Au niveau européen, la question est donc désormais clairement posée : l’Europe doit-elle renforcer la sélection de ses immigrants ? Nous examinons ci-dessous trois difficultés afférentes à ce type de politique.

2 – L’Europe a-t-elle les moyens d’attirer les cerveaux ?

9 Si l’Europe (entendue ici comme les 15 membres de l’UE15) attire près d’un tiers des immigrants adultes vivant dans les pays de l’OCDE, elle se caractérise toutefois par une structure d’immigration beaucoup moins qualifiée que celles des autres grandes nations industrialisées. De plus, elle souffre elle-même d’un exode des cerveaux non négligeable vers les États-Unis, le Canada ou l’Australie. Compte tenu de ce déficit important dans les échanges de main-d’œuvre qualifiée avec ses concurrents, l’Europe a-t-elle les moyens – et peut-elle raisonnablement – développer une politique d’immigration sélective ?

2.1 – Bilan général

10 En l’absence de données comparatives fiables sur l’émigration et d’harmonisation internationale des statistiques d’immigration, la fuite des cerveaux est un phénomène complexe à mesurer. Dans une étude réalisée en partenariat avec la Banque mondiale, Docquier et Marfouk (2005) ont calculé les pertes de main-d’œuvre encourues par tous les pays du monde par niveau de qualification, distinguant les individus faiblement qualifiés, les diplômés du secondaire, et les titulaires de diplômes universitaires ou professionnels au-delà du secondaire. S’appuyant sur des statistiques d’immigration récoltées dans la totalité des pays de l’OCDE, leur étude a permis de cerner pour la première fois l’ampleur, la localisation et la structure par qualification et par pays d’origine de l’immigration en Europe. L’analyse porte sur des stocks d’immigrants, mesurés à un moment donné, plutôt que sur des flux.

11 Faisant abstraction, dans un premier temps, des problèmes de comparabilité des diplômes entre immigrants et natifs, des questions d’assimilation, de discrimination et de performances relatives, le tableau 1 fournit un bilan des gains nets de travailleurs ayant un diplôme supérieur pour chaque pays européen et pour l’UE15 dans son ensemble. Chaque colonne reprend les sorties et les entrées de migrants internationaux pour chaque pays européen. La dernière colonne livre les chiffres pour l’UE15 dans son ensemble.

Tableau 1 – Gain net de main-d’œuvre qualifiée dans les pays de l’UE15 en 2000, en milliers Source : Docquier et Marfouk (2005)

12 La partie supérieure du tableau synthétise le bilan intra-européen. En comparant les entrées et sorties, on dégage le gain net des échanges intra-européens. Ceux-ci occupent une place importante dans le bilan de chaque pays. On constate que six pays reçoivent davantage que ce qu’ils perdent. En 2000, les gains nets les plus élevés sont observés en Allemagne (87 700), au Royaume-Uni (81 100), en France (64 800) et en Belgique (50 700), mais deux autres pays, le Luxembourg et la Suède, affichent également un solde positif dans leurs échanges de travailleurs qualifiés avec les autres pays de l’UE. Les autres pays européens – Espagne, Grèce, Irlande, Portugal et Italie – enregistrent un déficit net, particulièrement important pour ce dernier pays (–110 500).

13 Dans la partie inférieure du tableau, on analyse les échanges des pays européens avec le reste du monde. Le bilan avec les grandes nations d’immigration (États-Unis, Canada et Australie) est largement déficitaire. Par rapport à ces trois nations, la perte nette pour l’UE15 est évaluée à 2,4 millions de personnes qualifiées en 2000. Les États-Unis contribuent pour 49 % à cette perte et le Canada pour 31 %. Les deux pays les plus touchés sont l’Allemagne et le Royaume-Uni. Le solde global avec les autres pays est largement positif, avec au total 2,7 millions d’entrées d’immigrés qualifiés en provenance du reste du monde (hors États-Unis, Canada, et Australie) contre seulement 420 000 sorties vers le reste de l’OCDE[3] [3] L’émigration vers les pays non-membres de l’OCDE n’est…

 Au total, une perte nette de 150 000 diplômés supérieurs est observée en 2000 pour l’UE dans son ensemble, soit 0,1 % de sa population âgée de 25 ans et plus. Dans ce processus d’échange, les principaux gagnants sont la Suède (1,5 %), le Luxembourg (1,2 %), la France (0,6 %) ou la Belgique (0,5 %). Les perdants nets sont l’Irlande (–3,1 %), la Grèce (–1,1 %), le Portugal et le Royaume-Uni (–0,7 %).

 

14 En résumé, si l’Europe enregistre une large perte nette de capital humain dans ses échanges avec les grandes nations d’immigration (États-Unis, Canada et Australie), elle compense ce déficit en attirant suffisamment de diplômés en provenance des pays en développement et, dans une moindre mesure, des autres pays de l’OCDE. Toutefois, la substitution de qualifiés natifs par des qualifiés immigrés n’est probablement pas neutre. L’immigration pose des problèmes complexes d’intégration, d’assimilation, de comparabilité des diplômes et de « transférabilité » des compétences acquises dans les pays d’origine. Une étude récente menée au Canada montre qu’à diplôme donné, les immigrants ont un niveau de compétence et d’alphabétisation moins élevé que les natifs (Coulombe et Tremblay, 2006). Pour chaque pays d’origine, les auteurs ont calculé un écart « compétence-scolarité » mesurant le supplément d’années de scolarité nécessaire aux diplômés étrangers pour atteindre le niveau de compétence des natifs. L’écart de compétence moyen par rapport aux natifs correspond à 3 années de scolarité (2,1 années pour les immigrants dont la langue maternelle est celle du pays receveur). Cet écart varie considérablement selon les pays : une corrélation négative très forte est observée entre l’écart « compétence-scolarité » et le revenu par habitant du pays d’origine. Il est hasardeux de généraliser cette étude au cas européen. Toutefois, il est plus que probable que le bilan qualitatif des échanges européens soit largement plus déficitaire que ce que le bilan purement quantitatif présenté ci-dessus peut laisser supposer. En tout état de cause, le bilan négatif européen contraste fortement avec le bilan positif des États-Unis, du Canada ou de l’Australie.

2.2 – Exode des chercheurs européens et déficit de R&D

15 En nombres absolus, le solde des échanges de diplômes supérieurs entre l’UE15 et le reste du monde est donc faiblement déficitaire. Toutefois, cette neutralité observée au niveau des diplômes supérieurs n’est pas vérifiée au niveau des qualifications très élevées, et tout particulièrement dans les disciplines génératrices d’innovations et de croissance.

16 Concentrons-nous tout d’abord sur le cas des diplômés en sciences et technologies (ST). L’UE15 « produit » davantage de licenciés et de docteurs en ST que les États-Unis. En 2000, l’UE15 a produit 2,14 millions de nouveaux diplômés en ST (0,56 diplômés pour 1000 individus âgés de 20 à 34 ans), contre respectivement 2,07 aux États-Unis (0,41 pour 1000) et 1,1 million au Japon (0,25 pour 1000). Paradoxalement, l’UE15 emploie moins de chercheurs que ses concurrents. Durant l’année 1999, le nombre total des chercheurs employés en ST était estimé à 919 796 personnes dans l’UE15 (5,36 pour 1000 actifs), contre 1 219 407 aux États-Unis (8,66 pour 1000 actifs) et 658 910 au Japon (9,72 pour 1000 actifs). Contrairement aux échanges de diplômes supérieurs, l’exode massif des chercheurs européens vers les États-Unis n’est pas compensé par des entrées significatives. La Commission européenne (2003) a longuement souligné le déficit de l’Europe dans ce domaine. Elle a évalué à 550 000 le nombre de chercheurs supplémentaires qu’il faudrait engager pour rattraper les États-Unis d’ici à 2010.

17 Plus généralement, si l’on se concentre sur les visas accordés par les États-Unis aux travailleurs spécialisés (visas H1B) et aux travailleurs à capacité exceptionnelle (visas O1), les pertes apparaissent également très importantes. Selon le tableau 3 qui livre les données de l’Office of Immigration américain, 29 760 « travailleurs spécialisés » originaires de l’UE15 ont émigré vers les États-Unis en 2002, soit 8 % de cette composante de l’immigration qualifiée américaine. Ce chiffre est en croissance élevée (+3.500 entre 2001 et 2002). Durant la même année, 7 460 « travailleurs à capacité exceptionnelle » ont émigré vers les États-Unis, représentant 29,8 % des immigrés de cette catégorie. 

18 Cet exode des cerveaux pour les qualifications très élevées et/ou dans des secteurs de pointe met en péril les performances européennes en matière de recherche et développement dans des secteurs clés tels que la biotechnologie, la recherche médicale, la chimie, la nanotechnologie, les technologies de l’information et des communications. Tout cela conditionne fortement la position européenne sur l’échiquier mondial.

19 Plusieurs causes expliquent cet exode des élites : meilleures possibilités d’embauche, perspectives de salaires plus élevés, environnement scientifique stimulant, moyens plus importants accordés aux chercheurs, etc. Ce dernier élément est important dans la mesure où la recherche dans les secteurs de pointe nécessite un appareillage coûteux. Il est donc impossible de dissocier l’exode des chercheurs européens de la politique générale de R&D européenne. Cause et conséquence de cet exode des chercheurs, le retard européen en matière d’investissements et de performance du secteur de la R&D est devenu béant. En termes relatifs, le budget total consacré à la recherche et développement au sein de l’Union européenne (UE15) reste de loin inférieur au budget observé aux États-Unis ou au Japon. Bien que masquant des disparités importantes entre pays, les dépenses européennes de R&D en pourcentage du PIB s’élevaient en Europe à 1,93 % en 2000, contre 2,69 % aux États-Unis et 2,98 % au Japon. Ce déficit s’est creusé au cours du temps. En 1991, l’UE investissait 164 milliards d’euros (en parité de pouvoir d’achat), soit 46 milliards de moins que les États-Unis. Entre 1991 et 2000, les dépenses de R&D ont progressé de 38 % aux États-Unis, de 20 % au Japon contre 19 % au sein de l’UE15. Au total, le déficit d’investissement en R&D de l’UE15 s’est amplifié de façon continue à partir de 1995 ; il a quasiment doublé en l’espace d’une décennie, comme le montre la figure 1.

Investissements en R&D : déficit de l’Union européenne (UE15) par rapport aux États-Unis, en milliards d’euros (parité de pouvoir d’achat – prix de 1995)

2.3 – L’autosélection des immigrants

20 Que se passerait-il si l’Europe modifiait sa politique d’immigration de manière à attirer davantage de travailleurs qualifiés ? En utilisant la base de données synthétisée dans le tableau 1, Docquier, Lohest et Marfouk (2006) ont analysé économétriquement les déterminants des choix de destination des migrants, et ce par niveau de qualification[4] [4] Le modèle utilisé est un modèle Tobit appliqué aux taux…

21 L’analyse révèle que les principaux déterminants des choix de localisation des migrants sont la distance entre pays de départ et de destination, les liens coloniaux et linguistiques, ainsi que les caractéristiques des pays d’accueil : le PIB par habitant, le taux de chômage, la taille démographique et la générosité de la protection sociale. Les migrants qualifiés sont plus sensibles aux distances géographiques et aux perspectives de revenu (PIB par habitant). Les non-qualifiés sont plus sensibles aux liens coloniaux et aux programmes sociaux. L’introduction de variables binaires pour chaque pays d’accueil capture en partie les différences de politiques d’immigration. Ces variables sont significatives mais n’expliquent qu’une partie seulement des choix de destination. Ainsi, sauf à envisager des mesures drastiques et donc peu réalistes, un changement de politique d’immigration dans le sens d’une sélection accrue n’aura qu’un effet modéré sur la composition et le volume de l’immigration. L’environnement économique, institutionnel et les liens historiques entre pays restent les composantes majeures.

22 Ceci démontre à quel point il est difficile d’infléchir le processus d’autosélection des migrants. Étant donné nos liens historiques privilégiés avec les pays très pauvres, la faiblesse des primes de qualification en Europe, et le caractère redistributif de notre fiscalité et de notre protection sociale, qu’est-ce qui peut bien inciter les individus hautement qualifiés à choisir l’Europe comme destination ? Le bilan mitigé de la politique de green cards allemande nous montre à quel point il est difficile de rivaliser avec d’autres nations plus compétitives sur le « marché » international des talents. A contrario, étant donné les liens historiques, linguistiques, géographiques, la générosité de la protection sociale et la taille des réseaux déjà installés, les candidats à la migration en provenance des pays les plus pauvres (et donc moins dotés en qualification) ont des incitations fortes à rechercher les moyens légaux ou illégaux de rallier le vieux continent.

3 – Quels effets sur les pays d’origine ?

23 En compensant ses pertes de diplômés vers les autres nations industrialisées par une entrée de main-d’œuvre qualifiée en provenance des pays en développement, l’UE15 se caractérise par un solde net proche de zéro. Comme indiqué plus haut, ce solde contraste avec l’important gain net observé dans les autres nations d’immigration (5,4 % de la population de 25 ans et plus pour les États-Unis, 10,7 % pour le Canada et 11,3 % pour l’Australie).

24 Néanmoins, si l’UE15 sélectionne peu ses immigrés, elle joue un rôle important dans la fuite des cerveaux en provenance des pays les moins avancés. Étant donné ses liens historiques et culturels avec l’Afrique, l’UE15 attire un grand nombre de travailleurs qualifiés en provenance des nations moins développées. Ainsi, la figure 2 met en perspective, sur l’axe des abscisses, le taux de migration des individus qualifiés de tous pays du monde et, sur l’axe des ordonnées, la contribution de l’UE15 dans cette fuite des cerveaux (part européenne dans le stock d’immigrés qualifiés). Par exemple, le Mozambique se caractérise par un taux d’émigration global de ses qualifiés d’environ 47 % ; la contribution européenne à cette fuite des cerveaux est supérieure à 80 %. Nous considérons que la contribution européenne est importante (respectivement très importante) lorsque la part des émigrés qualifiés vivant en Europe est supérieure à la part de l’UE15 dans la population de l’OCDE (respectivement deux fois la part). Ces deux bornes sont représentées par les traits horizontaux en pointillés.

Contribution de l’UE15 dans la fuite des cerveaux internationale

25 On constate que la contribution européenne est importante dans 75 cas, voire très importante dans 22 cas. Ainsi, l’UE15 joue un rôle majeur dans l’exode des cerveaux de pays tels que la Gambie, le Cap Vert, l’Île Maurice, les Seychelles, Malte, le Ghana ou le Kenya. Plus encore, l’UE15 est de loin la principale destination des cerveaux en provenance de Somalie, du Surinam, du Mozambique, de l’Angola, de la République du Congo, de la Guinée-Bissau et d’autres pays africains. En proportion de leur main-d’œuvre qualifiée, certains de ces pays sont parmi les plus sévèrement touchés par la fuite des cerveaux internationale.

26 La littérature récente sur la fuite des cerveaux met en évidence des effets potentiellement favorables de l’émigration qualifiée pour les pays d’origine : envois de fonds, migrations retour, effets de réseaux favorisant les transactions internationales ; par ailleurs, les perspectives de migration, en augmentant le rendement espéré du capital humain, peuvent induire un accroissement de l’investissement éducatif domestique[5] [5] Pour une synthèse de cette littérature, voir Rapoport…

Il existe donc un effet d’incitation qui joue en sens opposé de l’effet de fuite traditionnellement mis en avant. Cependant, un effet net positif a plus de chances de se matérialiser si le taux d’émigration des qualifiés n’est pas trop élevé, ce que l’on observe surtout dans les grands pays tels que la Chine ou l’Inde, et que les contraintes de liquidité qui pèsent sur l’investissement éducatif ne sont pas trop importantes, ce qui exclut les pays les plus pauvres (Beine, Docquier et Rapoport, 2001, 2006). Or les pays qui exportent leurs cerveaux vers l’UE, et plus particulièrement les pays d’Afrique, sont de taille petite ou moyenne et font partie des pays les moins avancés ; ils forment en fait l’essentiel du contingent des pays les plus négativement affectés par la fuite des cerveaux. Accentuer la sélection des immigrés reviendrait probablement à mettre encore davantage de pression sur ces pays d’origine. Ceci revient à « faire payer » le déficit naturel de l’Europe dans ses échanges de cerveaux avec les grands pays anglo-saxons non-européens par les nations plus pauvres, déjà victimes d’un lourd déficit de qualification. Cette option est susceptible d’aggraver les inégalités entre nations et les pénuries de main-d’œuvre qualifiée dans les pays moins avancés, en particulier dans les pays africains, ce qui pose un problème de cohérence avec notre politique de développement et de coopération.

4 – UN EMPLÂTRE SUR UNE JAMBE DE BOIS ?

27 Enfin, utiliser l’immigration comme remède aux problèmes internes s’avère rarement la politique la plus efficace. Revenons sur deux des objectifs majeurs d’une politique sélective.

28 Sélectionner les immigrés hautement qualifiés permettrait de pallier l’exode de nos chercheurs et de stimuler le secteur de la recherche et développement.

29 Mais dès lors, pourquoi ne pas s’attaquer de front à la cause première de cette pénurie de chercheurs ? En d’autres termes, pourquoi ne pas inciter nos chercheurs et notre personnel hautement qualifié à exercer leur activité dans leur pays d’origine ? Bien entendu, l’écart technologique et scientifique qui nous sépare d’autres nations telles que les États-Unis ne peut être résorbé à court terme. Il est cependant possible de freiner l’exode des chercheurs européens en adoptant une politique de recherche davantage expansionniste (notamment dans le secteur de la recherche fondamentale), en offrant un environnement, des salaires et des perspectives de carrière incitatifs à nos chercheurs, et en réduisant les clivages entre le monde des affaires, le monde politique et le monde académique. Le retard en termes de perspectives d’emploi, de rémunération et de crédits alloués à la recherche engendre l’exode des élites et réduit la productivité des dépenses de R&D existantes. Des efforts ont été entrepris dans ce sens. Lors du sommet de Barcelone en 2002, la Commission européenne s’est fixé comme objectif d’amener les dépenses de R&D à 3 % du PIB européen en 2010. Des intentions pas encore traduites dans les faits.

 

30 Attirer des immigrés qualifiés permettrait de neutraliser le coût du vieillissement démographique, principalement en matière de finances publiques.

31 La plupart des projections existantes reposent exclusivement sur la démographie et négligent toute une série d’évolutions socioéconomiques en cours sur le marché du travail, que ce soit au niveau des taux d’activité des femmes et des personnes âgées, de la structure par qualification (qui affecte elle-même les taux de participation et de chômage) ou de la structure même des taux de chômage par niveau de qualification ou de primes de qualification. En tenant compte de ces éléments et en simulant des scénarios conformes au protocole de Lisbonne[6] [6] À savoir : convergence partielle vers les taux de participation…

Debuisson et al. (2004) établissent une projection des ratios de dépendance « économique » des régions belges et montrent ainsi qu’améliorer le taux d’emploi atténuerait ou résorberait totalement le coût du vieillissement dans un grand nombre de régions et pays. Par exemple, dans le cas des régions belges, les ratios de dépendance économique en 2050 seraient 10 % plus faibles en Wallonie, 20 % plus faibles à Bruxelles et 10 % plus élevés en Flandre par rapport à la situation observée en 2000. En conséquence, pour les régions belges, seule la Flandre exhibe réellement un besoin de main-d’œuvre étrangère ou en provenance des autres régions : un flux d’immigrants qualifiés compris entre 500 et 9 000 serait nécessaire pour stabiliser le ratio de dépendance flamand. Dans les autres régions, une amélioration du taux d’emploi en accord avec les objectifs de Lisbonne suffirait à maintenir le cap.

5 – Synthèse

32 Clairement, une sélection accrue permettrait de maximiser les gains et minimiser les coûts de l’immigration. Dans une optique « nationaliste », il est donc tout à fait légitime que les pays d’accueil prennent une série de dispositions pour limiter l’afflux de migrants non qualifiés et encourager celui de migrants qualifiés. De là à considérer l’immigration sélective comme un remède aux problèmes démo-économiques majeurs des pays européens, il y a un pas qu’il serait prématuré de franchir. Notre contribution démontre en fait que les effets de l’immigration sélective risquent de s’avérer limités.

33 En premier lieu, l’Europe souffre d’un important déficit dans ses échanges de main-d’œuvre qualifiée avec les autres grandes nations d’immigration. Ce déficit est structurel et lié à nos caractéristiques institutionnelles, économiques et historiques : une politique volontariste d’attraction des migrants qualifiés risque de s’opposer aux forces naturelles qui conduisent les « cerveaux » à opter pour d’autres destinations.

34 En second lieu, étant donné nos liens historiques avec l’Afrique, une politique de sélection européenne risquerait d’être dommageable en termes d’inégalités Nord-Sud.

35 Enfin, plutôt que d’attirer les migrants qualifiés pour combler nos déficits quantitatifs et qualitatifs d’emploi, il serait préférable de s’attaquer aux sources profondes de ces déficits : d’une part, un retard important en matière de dépenses de R&D et de politique de recherche et, d’autre part, la faiblesse des taux d’emploi. S’attaquer de front à ces problèmes structurels rendrait le recours à l’immigration sélective moins impératif dans beaucoup de pays et régions et permettrait, même en l’absence de mécanismes compensatoires[7] [7] On pense notamment à la proposition faite par Jagdish Bhagwati…

, de minimiser les risques d’accroissement des inégalités entre nations.

 

BibliographieRéférences

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 Notes[ *] Chercheur qualifié au FNRS et professeur d’économie à l’Université catholique de Louvain

 

[ **] EQUIPPE, Universités de Lille, Department of Economics, Bar-Ilan University, et Center for Research and Analysis of Migration (CReAM), University College London

 

[ 1] Ce qui, à plus long terme, peut être compensé par une incitation plus forte à s’éduquer chez les natifs.

 

[ 2] Dans ce domaine, le Bureau International du Travail estime qu’il manque actuellement environ 850 0000 techniciens aux États-Unis et près de 2 millions en Europe.

 

[ 3] L’émigration vers les pays non-membres de l’OCDE n’est pas intégrée par manque de données fiables. Il s’agit au demeurant la plupart du temps de travailleurs expatriés temporairement.

 

[ 4] Le modèle utilisé est un modèle Tobit appliqué aux taux de concentration des migrants internationaux (i.e., à la proportion d’émigrants du pays i dans la destination k rapportée à la capacité d’accueil du pays k, mesurée par sa part dans la population de l’OCDE). Un index propre est calculé pour les qualifiés et les non-qualifiés.

 

[ 5] Pour une synthèse de cette littérature, voir Rapoport (2002) et Docquier et Rapoport (2005).

 

[ 6] À savoir : convergence partielle vers les taux de participation scandinaves des hommes et des femmes, et diminution des taux de chômage par qualification vers les minima observés dans l’Union européenne des quinze

[ 7] On pense notamment à la proposition faite par Jagdish Bhagwati dans les années 1970 d’instaurer une taxe spécifique sur les revenus des immigrés qualifiés et de redistribuer tout ou partie du produit de la taxe (surnommée depuis « Taxe Bhagwati ») au profit des pays d’origine. Les différentes options envisageables, ainsi que les problèmes de faisabilité liés à l’instauration d’une telle taxe, sont étudiés dans McHale (2005).


Délinquance/immigration: C’est la culture, imbécile! (French sociologist finally stumbles onto his country’s underclass)

20 septembre, 2010

On gagnerait sans doute beaucoup de temps à dépasser cette logique ethnique pour utiliser les outils de la démographie. Par nature, les populations migrantes sont plus jeunes et plus souvent masculines. Or les jeunes mâles (quelle que soit leur origine) sont par définition plus actifs que les vieilles dames … Alain Bauer
Avec la crise économique dans mon pays, peu d’hommes peuvent entretenir plusieurs épouses. En France, c’est différent, tous ces enfants sont une source de revenus. Oumar Dicko (ministre chargé des Maliens de l’extérieur)
La multitude d’épouses est une preuve de prospérité. Abdoulaye Doumbia
C’est Dieu qui nous le permet. Nous avons le droit d’avoir quatre femmes. Dans votre pays, les hommes ont des maîtresses. Nous, nous préférons les épouser. K (ouvrier malien bigame)
Après des décennies ici, certaines familles vivent encore comme au pays, car personne n’a jugé bon de leur expliquer comment vivre en France. N’diaye Sylla (Association pour la promotion de la langue et de la culture soninké)
Il faut durcir la loi et retirer les cartes de résident aux hommes. Les femmes, dans leur grande majorité, ne supportent pas de vivre avec d’autres épouses. Mais elles n’ont pas le choix et se soumettent à la décision du mari. Keita (mère malienne de cinq enfants, Clichy-sous-Bois)
Voir la CAF du département gaver ces familles de prestations sans essayer d’apporter des réponses autres que financières est désolant. D’autant plus que ces aides sont parfois un frein à l’intégration. Militante sociale de Montfermeil
On les scotche aux alloc’ alors qu’il faudrait d’abord leur apprendre le français. C’est presque du racisme. Militants associatifs
Mariés chacun à deux épouses, ils avaient à eux deux 40 enfants, la plupart inscrits dans la même école. Nous avons mis un an à les convaincre de disperser les gamins dans différents établissements scolaires. Les deux pères voulaient qu’on leur trouve un grand appartement pour continuer à vivre tous ensemble. J’ai refusé fermement: non seulement nous n’avons pas de 15-pièces, mais, en plus, la famille coûtait déjà une fortune à la commune. Jean-Pierre Brard (maire de Montreuil, au sujet de deux jumeaux maliens polygames)
On était d’accord avec l’anthropologue Tobie Nathan, la Ligue des droits de l’homme, SOS Racisme… il était de bon ton d’accepter toutes les coutumes, y compris la polygamie, en France. Claudette Bodin (association Afrique partenaires services)
J’en ai marre de voir toujours les mêmes prôner la solidarité, mais chez les autres. Jean-Pierre Brard (maire de Montreuil)
Dans les pays occidentaux, nous avons partout ce système d’allocations sociales qui est à peine utilisé par la population locale. D’un autre côté, il y a cette population immigrante dont les femmes ne peuvent être compétitives sur le marché du travail local. Pour les Danoises et les Allemandes, les allocations sont trop faibles pour être attractives. Pas pour les immigrants. Ce que l’on voit donc en Angleterre, en France, en Allemagne et aux Pays-Bas, ce sont des femmes issues de l’immigration qui complètent leur éventuel petit salaire par les deniers publics. Ce n’est pas un revenu extraordinaire, mais ça leur suffit. Et cela crée un genre de « carrière » réservé aux femmes, un modèle que leurs filles suivront.
Mais les fils n’ont pas ce choix. Ils ont grandi dans les basses couches de la société, sans les compétences intellectuelles nécessaires pour améliorer leur position. Ce sont ces garçons qui mettent le feu à Paris, ou dans des quartiers de Brême. Certains d’entre eux parviennent jusqu’à l’université et deviennent des leaders pour les autres – pas des pauvres, mais de jeunes hommes de rang social peu élevé, qui croient être opprimés à cause de leur confession musulmane, alors qu’en réalité c’est le système social qui a créé cette classe de perdants. Gunnar Heinsohn
On nous demandait de ne citer aucun prénom. C’était considéré comme trop stigmatisant. Communicant sous Jospin
Pendant les émeutes, beaucoup d’observateurs ont signalé que les jeunes Noirs étaient aussi nombreux que les jeunes Maghrébins. Cela traduit, en réalité, une surreprésentation, dans la mesure où les premiers sont quatre fois moins nombreux sur le territoire. Il ne s’agit pas d’un problème de couleur de peau mais des conditions dans lesquelles s’opère l’éducation de ces jeunes. Hugues Lagrange (juin 2006)
Pour des niveaux sociaux équivalents, le sociologue constate aussi que « les adolescents éduqués dans des familles du Sahel sont trois à quatre fois plus souvent impliqués comme auteurs de délits que les adolescents de famille autochtone, et le sont aussi deux fois plus que les adolescents d’origine maghrébine. Le Monde

Surcroît d’inconduites des jeunes, absentéisme et mauvais résultats scolaires, « surmises en cause » par la police …

Origine rurale, sous-qualification, illetrisme, surautoritarisme des pères (« education par les coups » au moment ou celle-ci est condamnée par l’école comme maltraitance), faible niveau culturel et sous-emploi des mères, polygamie, surfécondité et tres larges fratries, concentrations dans certaines villes (pres de 31% des jeunes de moins de 18 ans a Grigny contre 3% pour la France entiere) …

Alors que nos belles ames de gauche n’arretent pas de fustiger un gouvernement qui se décide enfin, sondages et échéances électorales obligent,  à prendre au sérieux la délinquance et le secret de polichinelle de l’évident lien immigration/surdélinquance

Enfin un sociologue qui, apres son collegue Sébastian Roché mais avec 2 ou 3 émeutes raciales de retard, ose (timidement) lever le tabou des tabous (jusque meme aux statistiques!) de l’origine ethnique (pardon: « culturelle ») des populations surdelinquantes (« Le deni des cultures », Hugues Lagrange).

Et rappeler l’évidence que, contre l’irénisme de la gauche bien-pensante et comme pour les Roms, « tous les immigrés n’éprouvent pas les mêmes difficultés » selon leurs origines ethniques et les modes différents  de socialisation, rapports hommes-femmes, modèles éducatifs ou « demographie » que celles-ci induisent.

Et notamment les derniers arrivés que sont les Africains du Sahel (Sénegal, Mali, Mauritanie. concentres depuis les annees 80 dans les villes peripheriques de la region parisienne) qui,  plus ruraux, patriarcaux, souvent illettrés et islamises, cumulent à statut social comparable plus grandes difficultés scolaires et surdélinquance des jeunes…

Polémique

Le poids des origines ethniques et la délinquance

Julie Joly

L’Express

le 14/09/2010 à 10:53

Le sociologue Hugues Lagrange livre en exclusivité les résultats de ses recherches sur les facteurs de délinquance. Un travail qui balaie hypocrisies et idées reçues.

Attention, cet homme n’est pas un provocateur médiatique – Eric Zemmour ne compte pas parmi ses amis. Il ne se classe pas non plus au rang des bien-pensants. Tandis qu’idéologues et militants se déchirent autour des Roms, des menaces intégristes, de l’identité nationale et des banlieues sensibles, Hugues Lagrange, sociologue investi, chercheur au CNRS, spécialiste de la violence et des politiques de la ville, le dit sans tomber de sa chaise: « Refuser de s’intéresser aux origines culturelles des délinquants est une hypocrisie. » Le propos est tranché, à rebours des précautions d’usage. Le spécialiste l’assume, après huit années d’une enquête inédite et scrupuleuse, au plus près des Français d’origine étrangère – du Bassin parisien à la banlieue nantaise. Surtout, il l’explique, comme personne avant lui, dans un livre limpide publié le 16 septembre, Le Déni des cultures (Seuil). Une oeuvre de salut public, en ces temps d’amalgames, sinon d’aveuglements.

Hugues Lagrange, chercheur au CNRS, auteur du livre « Le Déni des Cultures » paru aux Editions du Seuil, ici à la Maison des Sciences de l’Homme à Paris.

En ce jour de grève nationale, l’homme qui ouvre sans un bruit les portes d’un bureau parisien étriqué, au quatrième étage de la Maison des sciences de l’homme, revient d’un footing digestif. Sans doute faut-il avoir l’estomac solide avant d’asséner autant de vérités crues. Oui, affirme ce chantre de la tolérance, les émeutiers de 2005 et 2007 sont majoritairement de jeunes Noirs ayant grandi dans les cités. Traumatisée par un passé colonial qu’elle refuse de sonder, « la France se berce de refrains antiracistes et refuse la réalité ». Oui, les familles pauvres musulmanes, africaines ou encore maghrébines, sont des familles nombreuses et leurs enfants plus souvent déstructurés, séduits par l’islam radical ou tentés par la violence. Ils sont aussi plus dépressifs. Non, ils ne souffrent pas d’un manque d’autorité, mais d’un excès d’autoritarisme. Et non, l’école égalitaire et les valeurs universelles ne sont pas acces- sibles à tous. Pas plus que l’assimilation n’est un rêve partagé. Ni la polygamie un crime, mais une tradition désastreuse aggravée par l’exil…

Hugues Lagrange n’a que faire de heurter les bonnes âmes. Lui-même reconnaît avoir longtemps posé le problème à l’envers: « J’avais moi aussi une vision globale stupide des Français d’origine étrangère, dit-il. Je croyais qu’une politique égalitaire était la seule possible. Je réalise aujourd’hui combien les héritages culturels, la langue, la structure familiale, pèsent sur les individus. » Près de dix ans passés à interroger les migrants, les enseignants de ZEP, les acteurs de terrain lui ont ouvert les yeux. Et permis de comprendre.

Qui s’intéresse à la place des mères?

Comprendre quoi? Qu’un enfant pauvre d’origine malienne a plus de risques de décrocher que les autres au primaire, par exemple. Certainement pas parce qu’il est noir, ni musulman, ni moins doué. Mais parce qu’il s’est construit autour de valeurs familiales bancales, que la plupart de ses voisins « de souche » ignorent. « Dans les familles subsahariennes arrivées récemment en France, près de 30% des hommes mariés sont polygames », constate sobrement le spécialiste. Les femmes sont aussi jusqu’à quinze ans plus jeunes que leur mari et ont chacune, en moyenne, entre 6 et 7 enfants. Lesquels sont, culturellement encore, généralement livrés à eux-mêmes avant d’avoir atteint l’âge de trois ans… Autant dire qu’ils entrent à l’école de la République désarmés. Faute d’encadrement spécifique, ils en sortiront détruits.

La gauche prétend créer une société de Bisounours

Notre modèle méritocratique ne s’embarrasse pas de ce genre de nuances. Qui s’intéresse à la place des mères dans ces mêmes familles africaines, turques, maghrébines, repliées sur leurs traditions? Contrairement aux idées reçues, très peu élèvent seules leurs enfants. En revanche, à la maison, le père seul incarne l’autorité. Au pays, les solidarités villageoises rétablissent une sorte d’équilibre au sein des couples. Mais, en France, ces patriarches ne peuvent plus compter que sur eux-mêmes et sombrent le plus souvent dans un autoritarisme implacable. Répétant le même scénario infernal: mères disqualifiées, filles soumises et garçons hors de contrôle.

On laisse se propager les contrôles au faciès

Bien sûr, les traditions n’expliquent pas tout. Grandir dans une tour délabrée, un logement insalubre, isolé ou sans perspectives d’emploi, ajoute au sulfureux cocktail. De même que l’exil aggrave le repli communautaire, la ségrégation et la xénophobie brisent les plus beaux élans. Certaines habitudes héritées constituent, par ailleurs, de formidables paravents – l’entraide entre générations et les solidarités féminines notamment. Il n’empêche. « Faute de s’intéresser aux individus dans leur globalité, les politiques publiques se privent de leviers essentiels », assène le chercheur, qui le déplore: à elles seules, les récentes émeutes urbaines auraient pourtant pu révéler bien des carences liées aux origines, et permis d’y répondre. Si encore les autorités avaient pris la peine de briser l’omerta. Mais les tenants du tout-sécuritaire, ceux-là même qui « laissent se propager les contrôles au faciès au mépris des règles élémentaires de déontologie », fustige l’auteur, refusent de communiquer aux chercheurs l’origine des délinquants. Comment dès lors disséquer la secrète alchimie qui pousse certains au pire, et en assagit d’autres? La gauche est tout aussi coupable à ses yeux, quand « elle prétend créer une société de Bisounours », niant au passage la diversité des valeurs. Cette dernière existe pourtant, s’étend même, et mériterait que l’on s’y intéresse. Rapidement.l

Un chercheur lance le débat sur l’impact de l’immigration dans les quartiers ghettoïsésLaurent Mucchielli réfute les travaux d’Hugues LagrangeLe Monde14.09.10
Toutes les questions peuvent être débattues intellectuellement. Mais ma conviction de sociologue c’est que, sauf exception, les facteurs prédominants pour comprendre les conduites juvéniles délinquantes ne sont pas culturels », explique Laurent Mucchielli, directeur de recherche au CNRS. Le coauteur de La Violence des jeunes en question (Champ social, 2009) dénonce l’« ethnicisation » des analyses sociologiques. « Dans les travaux d’Hugues Lagrange, il y a une double généralisation : des familles polygames à l’ensemble des familles ; des quartiers les plus en difficulté à l’ensemble de l’Ile-de-France ou de la France. » Pour le chercheur, « la recherche montre un cumul de facteurs pour expliquer la délinquance, notamment les problèmes intrafamiliaux, l’échec scolaire et les effets d’«engrenage» dans les quartiers ».

Délinquance et immigration : le facteur culturel

Luc Bronner

Le Monde

14.09.10

A près plusieurs années de recherches dans des quartiers sensibles de la banlieue parisienne, le sociologue Hugues Lagrange a constaté la surreprésentation des jeunes issus d’Afrique noire dans la délinquance. Dans un livre à paraître le 16 septembre, Le Déni des cultures, le chercheur du CNRS met en avant le facteur « culturel » – pour ne pas dire ethnique – pour analyser ce phénomène. Son approche

Un chercheur lance le débat sur l’impact de l’immigration dans les quartiers ghettoïsés

Le Monde

14.09.10

Le sociologue Hugues Lagrange a constaté une surreprésentation des jeunes issus d’Afrique sahélienne dans la délinquance

Pour des raisons radicalement différentes, ni la droite ni la gauche n’ont saisi la réalité et l’ampleur des problèmes posés par l’immigration dans les quartiers les plus ghettoïsés de l’Ile-de-France. Dans un livre à paraître jeudi 16 septembre, intitulé Le Déni des cultures (Le Seuil, 350 pages, 20 euros), le sociologue Hugues Lagrange, directeur de recherche au CNRS, bouscule les représentations sur l’intégration et les phénomènes migratoires, replaçant la question « culturelle », pour ne pas dire ethnique, au coeur des débats intellectuels et scientifiques.

Y compris sur la question, très sensible, de la délinquance. Alors que les sociologues et la gauche privilégient traditionnellement l’explication sociale, le chercheur met en avant un facteur « culturel » pour expliquer son constat d’une surreprésentation des jeunes issus d’Afrique noire dans les affaires de délinquance. Mais, à rebours des discours de la droite, il plaide pour une politique d’intégration nettement plus vigoureuse et tenant compte des particularités culturelles des migrants.

La question ethnique oubliée ?

Le chercheur, membre de l’Observatoire sociologique du changement (OSC), laboratoire de Sciences Po, s’appuie sur plusieurs années d’études dans les quartiers sensibles de grande banlieue parisienne, principalement à Mantes-la-Jolie et aux Mureaux (Yvelines). Il a ainsi pu constituer un matériau scientifique inédit : ses travaux sur l’absentéisme au collège lui ont permis de rassembler des données scolaires et familiales individuelles sur plus de 4 000 adolescents, de 1999 à 2006, pour lesquels il a ensuite pu consulter, nominativement, les fichiers judiciaires afin de savoir lesquels avaient été « mis en cause » dans les procès-verbaux de la police (avant toute décision de la justice).

L’analyse détaillée des statistiques montre un « surcroît d’inconduites des jeunes Noirs », qu’il s’agisse de résultats scolaires, d’absentéisme ou de « mises en cause » par la police. A milieux sociaux comparables, Hugues Lagrange constate ainsi que « les adolescents éduqués dans des familles du Sahel sont trois à quatre fois plus souvent impliqués comme auteurs de délits que les adolescents élevés dans des familles autochtones » dans les mêmes quartiers. Il relève également que les adolescents d’origine maghrébine sont deux fois plus impliqués que les « autochtones ».

Ces données peuvent-elles s’expliquer par l’existence de contrôles au faciès ? Hugues Lagrange répond par avance à cette objection en soulignant que les écarts en termes de délinquance sont similaires à ceux observés dans le domaine scolaire, y compris pour les épreuves anonymes du brevet. Donc que les « inconduites » de ces adolescents se retrouvent autant dans le monde scolaire, peu suspect de racisme, que dans le domaine policier, où des travaux scientifiques ont effectivement pu démontrer l’existence de « contrôles au faciès ».

Ces données individuelles sont, par ailleurs, corrélées avec l’analyse géographique qui montre une délinquance venant « de façon disproportionnée des quartiers pauvres et immigrés ». Le chercheur avait déjà démontré que les émeutes de l’automne 2005 avaient majoritairement touché les villes subissant la plus forte ségrégation sociale et ethnique et où la proportion de familles avec plus de six enfants était la plus élevée. « La tradition de recherche sociologique en France, influencée par l’idiome politique d’un pays qui rejette toute distinction d’origine culturelle, a conduit à contourner cette lecture », souligne Hugues Lagrange.

L’explication des difficultés d’intégration

Le chercheur ne s’arrête pas à ce constat et tente de comprendre pourquoi les adolescents issus d’Afrique noire éprouvent autant de difficultés – dont témoignent régulièrement des éducateurs, des policiers et des magistrats. Si les difficultés sociales explosent souvent au collège, les décrochages ont en effet lieu, en réalité, bien avant, dès l’école élémentaire, voire la maternelle. « Si des écarts de réussite interviennent de façon si précoce, c’est que les contextes de vie dans les quartiers d’habitat social et, sans doute, les pratiques éducatives des familles maghrébines, noires et turques pèsent sur l’acquisition des bases de la langue, de la numération et des premiers éléments de géométrie. »

Tous les jeunes immigrés n’éprouvent pas les mêmes difficultés. C’est là une des clés de l’analyse d’Hugues Lagrange : ne pas parler de façon générale de l’immigration mais comprendre les différences selon les origines en termes de socialisation, de rapports hommes-femmes, ou de modèles éducatifs. Il constate ainsi que les jeunes originaires des pays du Sahel (Sénégal, Mali, Mauritanie, etc.) rencontrent plus de difficultés que les migrants venus, par exemple, du golfe de Guinée (Congo, Côte d’Ivoire, Togo, Bénin, etc.).

Ce qu’Hugues Lagrange explique à la fois par l’évolution de l’immigration et l’implantation des Africains dans des quartiers ghettoïsés. Les migrants qualifiés ont été progressivement remplacés par des familles sahéliennes, de culture musulmane, plus pauvres, sans bagage scolaire. Avec, comme caractéristique, une forme aiguë de « domination masculine » : des épouses beaucoup plus jeunes que leurs maris ; le recours à la polygamie ; de très larges fratries ; des pères très autoritaires même s’ils sont fragilisés et dépassés par leurs garçons. Or, souligne le chercheur, le caractère le plus prédictif de la réussite scolaire reste le niveau culturel de la mère et son insertion professionnelle.

Ghettoïsation et régression traditionaliste. Hugues Lagrange considère que la ségrégation urbaine est un facteur majeur. Selon son analyse, les difficultés sont importantes parce qu’elles sont aggravées par l’absence de mixité sociale et ethnique – ce qui signifie que ses conclusions ne peuvent, en aucun cas, être généralisées à l’ensemble du territoire.

Dans les quartiers sensibles sur lesquels il a travaillé, les « autochtones », suivis par les classes moyennes maghrébines, sont en effet partis, remplacés par des plus pauvres, généralement les derniers immigrants, venus d’Afrique noire. Or « cette disparition de la fraction la plus éduquée a des conséquences désastreuses en termes d’émulation sociale et de modèle éducatif », analyse-t-il.

Là où un minimum de mixité sociale et ethnique favorise une intégration progressive, l’existence de quartiers ghettoïsés tend à provoquer une forme de régression « traditionaliste » des immigrants, qui entre en collision avec le modèle d’intégration républicain et contribue, en retour, à la « crispation » de la société française. « Bien qu’ancienne, la cosmopolitisation de notre vie nous prend à contre-pied d’autant que, loin d’être porteuse de modernité, elle introduit dans notre univers des pans entiers de coutumes lointaines, souvent rurales, très décalées », constate Hugues Lagrange. A l’opposé du discours républicain traditionnel, le chercheur plaide pour la reconnaissance des minorités « pour tenir compte du nouveau visage de la société française ».

se démarque de l’explication « sociale » généralement avancée par les sociologues et la gauche. Il plaide pour une politique d’intégration qui tiendrait compte de ces particularités « culturelles » des migrants.

Un chercheur lance le débat sur l’impact de l’immigration dans les quartiers ghettoïsés

ENTRETIEN

Hugues Lagrange : « Il vaut mieux dire les choses, même si elles nous gênent

Le Monde

14.09.10

Le sociologue Hugues Lagrange s’appuie sur son étude des quartiers sensibles pour démontrer que la délinquance a aussi des origines « culturelles ».

Vos travaux sortent alors qu’une partie de la majorité lie immigration et délinquance. Vous partagez ce point de vue ?

Je suis complètement en désaccord avec la politique actuelle d’hostilité vis-à-vis des migrants. L’attitude de fermeture envoie un signal qui contribue à la crispation mutuelle des migrants et des autochtones. C’est la pire des réponses.

Vous montrez pourtant une surreprésentation des jeunes Noirs dans la délinquance…

Ma position de scientifique est qu’il vaut mieux dire les choses, même si elles nous gênent. Il faut que nous prenions acte que nous vivons dans une société pluriculturelle. Ce qui pose problème, ce n’est pas que l’on accueille autant d’immigrés mais qu’on les accueille aussi mal, qu’on les mette à part dans des quartiers. Je n’ai pas une position essentialiste qui reviendrait à dire que l’on ne peut pas modifier les comportements parce qu’ils relèvent d’un facteur culturel. Au contraire, je crois que l’intégration est possible mais qu’il faut utiliser les bons leviers et accepter les différences. Pour cela, il faut aussi être capable de poser les bons diagnostics.

Pourquoi mettre en avant la question « culturelle » alors que la question « sociale » est traditionnellement privilégiée ?

Les mots sont importants. Je ne parle pas d’ethnies ou de races, je parle des origines culturelles parce que je suis convaincu que les sociétés humaines sont modelées par leurs langues, leurs histoires, leurs conditions de vie, leurs modèles familiaux. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas une dimension sociale, elle est évidemment centrale. Mais il faudrait être aveugle pour ne pas voir que la dimension culturelle interagit, dans les quartiers où la ségrégation est la plus forte, avec la question sociale en matière de scolarité ou de comportements.

Vos solutions ?

Les femmes sont un levier de transformation. Aujourd’hui, elles sont dévalorisées dans beaucoup de familles. Or, on sait que la position de la mère est décisive dans la réussite. On gaspille un capital éducatif considérable en s’abstenant de les soutenir. Plutôt que de faire de la répression quand c’est trop tard, quand les enfants sont devenus des adolescents, il faut agir en amont avec les mères.

Propos recueillis par L. Br.

Émeutes urbaines et protestations. Une singularité française − Hugues Lagrange et Marco Oberti

Olivier de Broca

Émeutes urbaines et protestations. Une singularité française

Hugues Lagrange et Marco Oberti (dirs.)

Les Presses de Sciences Po

Coll. Nouveaux débats, mai 2006, 224 p.

L’étude suggérée par le titre et la quatrième de couverture − un parallèle entre les émeutes de novembre et les manifestations anti-CPE − tourne court : au-delà d’une angoisse commune face à la précarité, et d’une demande adressée dans les deux cas à l’Etat, les auteurs de cet ouvrage collectif reconnaissent qu’il est difficile de rapprocher davantage des couches de la jeunesse que tout sépare, les situations vécues, le niveau de diplôme et le rapport à l’emploi. Si des convergences se sont fait jour ici ou là, notamment parmi les lycéens, on ne peut en définitive souscrire aux formules d’un Alain Touraine, pour qui « il n’y a pas de différence de nature entre le mouvement de novembre et celui de mars », ou d’un François Dubet qui voyait dans les manifestations anti-CPE la « réplique » des émeutes dans les banlieues. Avec un regret à peine voilé, Marco Oberti (chercheur à l’OSC, Observatoire sociologique du changement, CNRS-Sciences Po) conclut sur ce point que « rassembler ceux qui veulent le retrait du CPE et les émeutiers de novembre [...] apparaît comme un défi politique majeur, difficile à tenir ». L’essentiel de cet ouvrage collectif est donc consacré aux événements de novembre.

Le sociologue Hugues Lagrange (également chercheur à l’OSC) signe les deux articles les plus consistants. Dans « La structure et l’accident », il s’efforce de dégager les facteurs, circonstanciels ou durables, permettant d’expliquer la survenue des émeutes : quartiers d’habitat social et plus particulièrement ZUS (à 85 %), proportion très élevée des moins de vingt ans, concentration de grandes familles (six personnes et plus), chômage, zones franches urbaines actives créatrices d’emplois, et enfin existence de conventions avec l’ANRU (Agence nationale pour la rénovation urbaine). Aucune de ces « conditions » n’est déterminante, c’est leur accumulation qui a rendu la situation explosive.

Ce que les auteurs soulignent à plusieurs reprises, c’est bien l’imbrication entre les facteurs sociaux et « ethnoraciaux ». Certes, le modèle français d’intégration républicaine a conduit à un déni de la dimension ethnique, mais il ne faudrait pas que « par un basculement qui ne serait que la forme inversée du déni, on en vienne à ethniciser à l’excès ces questions ». Certes la reconnaissance de la pluralité des cultures et leur prise en charge politique sont un enjeu important, mais qui ne doit pas gommer l’objectif premier de mixité sociale : « Nous ne sommes pas face à un processus de repli communautaire [...] Nous devons faire face à une accentuation de la polarisation sociale et ethnique à l’extrémité inférieure du spectre social ».

Plus que le problème de la reconnaissance politique, les émeutes placent donc au centre du débat la question de la ségrégation urbaine, les quartiers impliqués se caractérisant par une forte « homogénéisation sociale par le bas ». Cette ségrégation a des coûts considérables (scolarisation moins efficace, stigmatisation des populations et donc risque de chômage accru, délinquance, mais aussi une charge de transport plus élevée dans les budgets des ménages) et des effets de spirale (la moindre attractivité de ces quartiers dissuade les entreprises de s’y installer et chasse les habitants les plus mobiles). Au fond, les événements de novembre valident les politiques urbaines actuelles en faveur de la mixité sociale, et plaident en faveur d’un renforcement de leurs moyens. Il reste à définir les objectifs réels de cette mixité et à se prémunir contre les effets pervers des politiques engagées, notamment en ce qui concerne les deux piliers de la mixité, l’école et le logement.

L’école a perdu de sa crédibilité comme outil d’ascension sociale pour apparaître de plus en plus comme un rouage de la relégation − relégation d’autant plus impitoyable que ceux qui jouent le jeu n’en tirent pas les bénéfices attendus en termes d’intégration. Les deux principaux dispositifs mis en place pour remédier à cette situation ont des effets contradictoires. Les ZEP, tout d’abord, constituent une « forme de discrimination positive modeste » visant à accorder des ressources supplémentaires aux établissements accueillant une forte proportion d’enfants de milieux défavorisés. Dans la perspective qui intéresse les auteurs, « le dispositif ZEP n’a pas vocation à lutter en tant que telle contre la ségrégation scolaire mais entend au contraire en prendre acte et aider les établissements à forte concentration d’élèves défavorisés ». Il ne peut donc s’agir d’« un maillon d’une politique plus large de déségrégation ». La carte scolaire, en second lieu, visait explicitement à maintenir la mixité sociale, mais elle ne fait en définitive que « valider la différenciation et les hiérarchies sociales inscrites dans l’espace urbain », accentuant donc la relégation des plus défavorisés. L’offre scolaire, en termes d’options, de choix de langues, de filières internationales, se raréfie dans les quartiers défavorisés, qui se « spécialisent » de plus en plus dans l’accueil d’un public « difficile » − une évolution qui ne contribue pas à motiver les élèves. Dans ce contexte, comment juger les axes d’intervention proposés à la suite des émeutes ? Favoriser l’accès des meilleurs élèves de ZEP aux lycées prestigieux, ou bien créer des établissements d’excellence en banlieue relève certes de l’idéal méritocratique républicain. Mais dans les deux cas, « c’est une logique de concentration de l’offre scolaire d’excellence qui l’emporte sur une logique de diffusion ». Marco Oberti plaide donc pour une véritable « homogénéisation des conditions d’études ». À rebours de la logique de spécialisation, il faut donc que les collèges des quartiers défavorisés soient en mesure de «  maintenir les options les plus attractives », un effort particulier devant être porté sur les classes préparatoires aux grandes écoles. Quant à la carte scolaire, elle doit s’affranchir des frontières municipales et « recomposer des secteurs à l’échelle de bassins scolaires qui peuvent rapprocher des communes contrastées mais proches ». Il faut en outre, pour que le système soit efficace, soumettre les établissements privés conventionnés à la carte scolaire.

En matière de logement, les dispositifs visant à la mixité résidentielle comportent les mêmes enjeux et les mêmes risques d’effet pervers. L’article 55 de la loi SRU a instauré un taux minimum de 20 % de logements sociaux dans les villes. Pour François Meunier, cette loi présente deux défauts : la dissymétrie créée entre les communes qui satisfont au quota et celles qui sont en dessous (les premières n’étant pas rétribuées pour le service social rendu, les secondes ne sont pas incitées à les imiter) ; et le manque de souplesse du quota (les communes sans espace urbain disponibles se trouvent pénalisées). Pour pallier ces inconvénients, François Meunier propose d’instaurer un « bonus/malus », un « système de droits aux logements sociaux », sur le modèle des droits à polluer : il s’agit idéalement de mesurer « le prix social attribué à la non-mixité » ou, de façon plus pragmatique, de « mettre en place une péréquation entre les communes à crédit et les communes à débit ». Les communes à fort taux de HLM verront leurs efforts rémunérés, tandis que les communes riches devront faire le choix : appliquer le seuil ou « payer le prix de l’exclusion des populations défavorisées ». De son côté, l’ANRU prévoit de créer une offre de 250 000 logements locatifs sociaux, de réhabiliter 400 000 logements et d’en démolir 250 000 entre 2004 et 2011. Il s’agit à la fois de diversifier l’offre de logements (pour le rapprocher de l’habitat privé d’une ville « classique ») et de disperser les habitants des tours démolies dans les communes avoisinantes, afin de rééquilibrer l’accueil des populations à revenus modestes. Cet objectif ambitieux de production de mixité se heurte à plusieurs écueils. Dans une première phase, le relogement des familles expulsées pose problème : les logements disponibles, et notamment les grands logements à loyer réduit, sont rares ; partent en premiers les ménages jeunes, ayant des revenus, présentant peu de risques pour les bailleurs… Plus grave, la rénovation urbaine risque à terme de réduire le logement très social : sous prétexte de diversifier l’habitat, les communes sont tentées de favoriser les classes moyennes, qui constituent un électorat bien plus attractif pour les maires que les classes populaires et immigrées.

Les émeutes de novembre ont conduit à une remise en cause des politiques de la ville. La pertinence de l’approche par les territoires plutôt que par les personnes a fait l’objet de vives critiques. Plutôt que de chercher à requalifier les quartiers, on a parlé de favoriser la mobilité individuelle des personnes. La mixité est apparue « comme un leurre, voire comme un horizon contre-productif pour les classes populaires ». Certains ont même avancé qu’une ségrégation urbaine « pacifiée » des populations issues de l’immigration pouvait jouer en faveur de la représentation et de la défense de leurs intérêts. Hugues Lagrange et Marco Oberti s’inscrivent en faux contre une telle vision. Ils défendent une conception de la ville comme espace d’intégration et de mixité sociale, définie comme un « bien précieux » : « On ne pense pas naïvement que l’accent mis sur le mélange résidentiel induira des relations sociales interclasses (…) On peut en attendre plus modestement un effet de réduction d’une logique globale d’homogénéisation sociale des espaces ».

Olivier de Broca

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http://www.strategie.gouv.fr

Voir enfin:

Le facteur démographique

Gunnar Heinsohn, sociologue à l’université de Breme

Jeune Afrique

04/02/2008

Comme dans beaucoup d’autres pays africains, l’explosion de violence au Kenya peut avoir un lien avec une explosion démographique qui a échappé aux médias locaux et internationaux. En seulement quatre-vingts ans, la population kényane a bondi de 2,9 millions d’habitants à 37 millions. Si l’Amérique avait connu une telle croissance démographique depuis 1928, où la population était de 120 millions d’habitants, elle en compterait aujourd’hui 1,56 milliard.

Le Kenya appartient à un groupe d’une quarantaine de pays qui ont eu une croissance démographique exceptionnellement élevée. Dans ces pays, pour 1 000 adultes masculins âgés de 40 à 44 ans, on trouve au moins 2 500 garçons âgés de 0 à 4 ans. Au Kenya, on en trouve 4 190.

Entre 1950 et 1985, l’indice de fécondité kényan a tourné autour de 8 enfants par femme. En 2007, chaque Kényane a donné naissance à une moyenne de 5 enfants (contre 2 par femme aux États-Unis et 1,6 en Grande-Bretagne), et il y avait 40 naissances pour 10 décès. Les chiffres correspondants aux États-Unis ont été de 14 naissances pour 8 décès et en Grande-Bretagne de 10 naissances pour 10 décès.

Conséquence, les Kényans de sexe masculin ont un âge moyen de 18 ans, contre 35 ans aux États-Unis et 39 ans en Grande-Bretagne. Et 42 % des Kényans de sexe masculin ont moins de 15 ans, contre 20 % aux États-Unis et 17 % en Grande-Bretagne. Et du fait de l’amélioration des conditions de vie, ces jeunes Kényans ont plus de dynamisme et d’ambition que leurs aînés.

Le Kenya est ainsi un cas de violence intérieure inspirée par ce que j’appellerais une « poussée de jeunesse » – une période de rapide croissance démographique avec 30 % à 40 % d’adolescents et d’adultes de sexe masculin âgés de 15 à 29 ans.

Avec autant d’hommes jeunes frustrés, mieux nourris et mieux instruits qu’ils ne l’ont jamais été, mais qui n’ont que peu de perspectives de trouver un bon emploi, les pays où cette poussée de jeunesse a eu lieu sont exposés à une forte agitation sociale. Dans ceux où des taux de natalité élevés s’accompagnent d’une grande misère et d’une alimentation pauvre, les jeunes sombrent le plus souvent dans la léthargie. Mais dans d’autres comme le Kenya, les jeunes qui ne se voient pas d’avenir n’hésiteront pas devant la violence plutôt que de se résigner à l’échec. Ces chiffres étant ce qu’ils sont, le plus surprenant au Kenya n’est pas la violence, mais les longues périodes de calme relatif. Ce calme est dû en partie au fait qu’il existe de la terre disponible pour les jeunes qui arrivent à l’âge adulte.

Mais il serait encore plus surprenant que le Kenya retrouve rapidement une harmonie interne. Dans les quinze prochaines années, environ 8,1 millions de Kényans de sexe masculin arriveront à « l’âge de la bagarre » – de 15 à 29 ans – contre 5,7 millions aujourd’hui. Les terres cultivables non utilisées s’épuisent. Le Kenya risque de connaître une vague de violence comparable à celle de ses voisins.


Polémique Zemmour: La preuve par les chiffres

30 mars, 2010
French race riotsLes Français issus de l’immigration sont plus contrôlés que les autres parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes… C’est un fait. Eric Zemmour
Je connais trop la souffrance réelle de mes compatriotes «Arabes et noirs», honnêtes travailleurs, parents intègres, qui se sentent «salis» par les exactions des bandes de jeunes gens qui ont la même origine qu’eux. Je le sais d’autant mieux qu’avec mon patronyme, je me souviens du temps pas si lointain – les années 70- où une bande de truands célèbres – les frères Zemour – défrayaient la chronique criminelle, la honte dans les yeux de mon grand-père; et accessoirement, l’attente interminable dans les aéroports pour la vérification vétilleuse – et sans ordinateur- de mon identité. Mon grand-père souffrait en silence pour «son nom traîné dans la boue», mais il n’a jamais prétendu que nos homonymes n’étaient pas des brigands de grand chemin! Eric Zemmour
Je propose à un citoyen de bonne foi de venir assister aux audiences correctionnelles et parfois criminelles à Paris et il ne pourra que constater la validité de ce “fait”, la justesse de cette intuition qui, aujourd’hui, confirment un mouvement né il y a quelques années. Tous les Noirs et tous les Arabes ne sont pas des trafiquants, mais beaucoup de ceux-ci sont noirs et arabes. Philippe Bliger (Avocat général près la cour d’appel de Paris)
Je confirme que pour les audiences de “service général”, vols, violences et petit trafic de stupéfiant, les prévenus ont des noms qui évoquent les sommets de l’Atlas, l’immensité du Sahara ou les grands fleuves serpentant dans d’impénétrables forêts. Curieusement, c’est nettement moins le cas aux audiences économiques et financières ; il n’y avait qu’un arabe dans l’affaire Clearstream, et ce n’était même pas un maghrébin, mais ce doit être une décimale flottante qui fausse les statistiques. (…) Regardez donc les grands criminels, ceux qui peuplent les assises, ceux qui violent ou tuent. Marc Dutroux est-il arabe ? Michel Fourniret et Monique Olivier sont-ils noirs ? Francis Heaulme ? Didier Gentil ? Marcel Petiot ? Patrick henry ? Yvan Colonna ? Les tueurs de l’ETA ? Ou sans aller chercher les grands criminels, Céline Lesage, Véronique Courjault, Marc Cécillon puisqu’il faut bien que je parle encore un peu de rugby ? On me rétorquera Youssouf Fofana et Omar Radad ; mais je n’affirme nullement que les noirs et les arabes sont à l’abri du crime. Mais ôtez le moteur de la pauvreté et du désespoir social (et le crime de Fofana, avant d’être raciste, est avant tout crapuleux), et miracle, la part de la population pauvre diminue instantanément. Il n’y a pas de gène de la criminalité. En est-on à devoir rappeler de telles évidences ? (…) Les box des tribunaux correctionnels ne sont pas remplis de noirs ou d’arabes. Ils sont remplis de pauvres désespérés. C’était déjà le cas il y a un siècle, quand le blanc était la couleur dominante. Maitre Eolas
Beaucoup de raisons expliquent pourquoi il y a plus de « bronzés » que de blancs dans les centres de jeunes détenus, mais ce ne sont pas des éléments culturels ; ce ne sont pas des sourates du Coran ni leurs parents qui les poussent. Il faut même faire très attention dans les discours lorsqu’on insiste sur la responsabilité des parents. Que se passe-t-il lorsqu’on a des parents très sévères dans le quartier ? En dernier ressort, quand ils n’en peuvent plus, ils mettent le gosse à la porte, donc à la rue. (…) Par ailleurs, dans les familles d’immigrés, les enfants prennent très vite le pouvoir. Déjà, d’une manière générale en France, le rapport au savoir a tendance à s’inverser en raison des modifications technologiques, des nouveaux rapports urbains, et les jeunes générations ont parfois une meilleure connaissance que leurs parents de la société. Alors, chez les immigrés, imaginez !… Malek Boutih (ex-président de SOS racisme)
Certes, 80% des jeunes délinquants d’origine maghrébine ont des parents ouvriers ou employés. Mais, à niveau socio-économique équivalent, les enfants d’immigrés sont plus délinquants que les autres. Sébastian Roché
La surreprésentation des jeunes d’origine étrangère dans la délinquance n’est un mystère pour personne, mais cette donnée est peu renseignée, et elle n’est jamais débattue dans l’espace public. (…) Nous sommes face à une justice qui concentre son énergie à condamner des jeunes d’origine étrangère. (…) Comment expliquer à ces jeunes que la loi est essentiellement tournée vers eux ? Comment éviter qu’ils croient à une lecture communautaire de la justice ? Sébastian Roché
Les mineurs délinquants cumulent les handicaps, expliquent Monique Dagnaud et Sebastian Roché. L’immigration de fraîche date, associée aux difficultés à trouver un emploi ou à la ghettoïsation de l’habitat, en fait partie, sans qu’il soit possible de mesurer l’importance respective des différents facteurs qui peuvent éclairer les parcours délictueux. D’une façon générale, la pauvreté économique concerne 60 % des familles. Les pères sont, à 26 %, inactifs. Ceux qui ont un travail sont en majorité des ouvriers (59 %), les mères des employées (46 %). Le contexte familial, difficile, éclaire aussi les parcours des mineurs. Les deux tiers sont issus de fratries de quatre frères et soeurs ou plus. Près de 40 % des dossiers judiciaires font état de violence familiale ; 20 % évoquent un père alcoolique. Seuls 54,5 % de ces mineurs vivent avec leurs deux parents ; 11 % sont hébergés en foyer. Dans 9,3 % des cas, ces adolescents ont un de leurs parents décédé. Enfin, leur situation scolaire est sinistrée : 79 % ont redoublé, 55 % plusieurs fois et près de 60 % ont fait l’objet d’une ou de plusieurs exclusions. Les mineurs d’origine étrangère « cumulent encore plus que les autres les traits de désavantage socio-économique », notent les chercheurs. Le Monde
La société est devenue d’abord plus tolérante vis-à-vis des déviances mineures. Nous sommes de plus en plus individualistes; le contrôle social s’est affaibli, on ne vit plus sous le regard d’une seule communauté comme autrefois. Et puis, l’opinion des parents sur la conduite de leurs enfants est devenue plus indulgente. Ils sont plus laxistes sur la morale quotidienne, et ce dans tous les milieux. (…) Pour être efficace, la réparation doit être immédiate. Or, dans les lycées, la norme veut que l’on ne répare les casiers abîmés qu’au troisième. Au prétexte que le coût unitaire est trop élevé. De même, tous les offices d’HLM ne sont pas convaincus de l’utilité des poubelles ignifugées ou des produits antitags. Sébastian Roché
N’est-on pas allé jusqu’à interpréter les tags qui maculaient les trains de banlieue comme « une revendication de vie », voire comme « une agression carnavalesque contre l’ordre établi »? Le Point
Le fait qu’une merde de chien soit ramassée par une motocrotte légitime à leurs yeux le préjudice. Puisqu’il y a des employés payés pour nettoyer, pourquoi se gêner ? J’ai même entendu des passants qui applaudissaient à l’initiative, en disant : « Au moins, ça donne du travail aux jeunes » ! La réponse technique est indolore – sauf pour les contribuables – mais elle esquive l’aspect civique et moral, alors qu’il s’agit tout de même d’apprendre la propreté. » On retrouve d’ailleurs le même syndrome de « délégation passive aux pouvoirs publics » dans la gestion des immeubles. (…) Preuve qu’en matière de comportement il n’y a pas de fatalité. C’est sans rechigner qu’au McDo 95 % des clients vident leurs plateaux. Par le jeu des effets d’entraînement. Et aussi parce que le personnel veille à ce que les sacs-poubelle ne soient jamais pleins. André Midol (patron d’une agence de conseil en maîtrise des comportements)
Hier, la concierge qui entretenait les escaliers était redoutée des locataires, qui s’efforçaient de ne pas trop lui alourdir la tâche. Aujourd’hui, le personnel de nettoyage est anonyme, personne ne se sent responsable des dégradations. Nous avons trop souvent affaire à des consommateurs de propreté et de sécurité qui nous appellent et nous demandent de régler les problèmes à leur place. Le soir, on appelle le commissariat parce qu’on n’ose pas dire à ses voisins de mettre des chaussons ! Pour être sûr que nous allons venir dans un immeuble où des gamins sont assis par terre à écouter de la musique, on nous dit qu’il y a un trafic de drogue ! Nous sommes d’accord pour lutter contre les incivilités, mais que les gens aient le courage de porter plainte. Après tout, les graffitis sont passibles d’une amende de 25 000 francs, l’injure raciste de 5 000 francs, les jets de détritus de 1 000 francs. Bertrand Michelin (policier)
Je passe moi-même beaucoup de temps dehors. J’encourage les gens à se prendre en charge. Beaucoup de marginaux se sont par exemple procuré des clés PTT pour entrer dans les halls, et les propriétaires laissent faire. La société dérape, car elle n’est pas capable de signifier suffisamment tôt des règles d’autorité aux plus jeunes. Les parents ne le font plus. Et les policiers le font trop tard. Commissaire Roland Maucourant (Paris, 18e)

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Petite histoire vécue: il y a 3 jours notre nouveau voisin de palier, style gentil petit étudiant français de souche, voit un Africain d’une trentaine d’années couper l’antivol du vélo pliable hypersophistiqué que ma femme vient d’acheter et d’entreposer, même pas encore essayé, dans le hall d’entrée de notre petit immeuble de 4 étages et 8 copropriétaires de la partie petit-bobo du XIe arrondissement de Paris.

Et que croyez-vous qu’il fait?

Non, il ne lui propose pas de lui donner un coup de main!

Il se contente juste de passer tranquillement son chemin, se disant qu’il n’a jamais vu ledit monsieur dans l’immeuble mais que le pauvre doit être bien malheureux de devoir couper son antivol tout neuf pour récupérer son vélo suite à la perte de sa clé …

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Plus de la moitié, voire 60 ou 70%, des suspects répertoriés dans les synthèses quotidiennes des Directions de la police, pic dans la rubrique des « violences volontaires » et des « vols à main armée », près de la moitié des mis en cause pour vol à la tire, surreprésentation en matière d’homicide et de tentative d’homicide », 12 241 sur une population carcérale de 55 355 personnes au 1er janvier 2004, 85 % des auteurs de violences urbaines, 42,4 % des adolescents à deux parents d’origine maghrébine contre 30,2 % auraient commis au moins trois petits délits dans leur vie, 9,7 % contre 3,9 % d’origine française pour les agressions, vols de voiture, cambriolages, vols avec violence, 46,9% contre 39,5 % pour les jeunes jugés par le tribunal des mineurs en quinze ans dans l’Isère, 87 % des parents ouvriers ou employés contre seulement 42 % des parents « français », jeunes des HLM plus délinquants quelle que soit leur origine, mais différence infime pour seulement les jeunes d’origine étrangère 66,5 % des mineurs jugés ont un père né à l’étranger (pour 49,8 % dans un pays du Maghreb), 60 % ont une mère également née hors de France., 40 % des détenus français avaient un père né à l’étranger, dont 25 % au Maghreb (Insee, 2000) …

Suite à la polémique Zemmour, à présent assigné en justice, malgré ses explications, par SOS Racisme

Pendant que l’avocat général de la cour de Paris est convoqué par sa hiérarchie pour propos malpensants …

Et que nos belles âmes bottent en touche en évoquant la criminalité en col blanc …

Retour, avec un article du Point de 2007 et notamment un entretien du criminologue grenoblois Sébastian Roché, sur le secret de polichinelle de la surréprésentation des étrangers et des Français d’origine étrangère récente dans les statistiques de la délinquance et de la criminalité

Et confirmation, preuves statistiques à l’appui, de ladite surreprésentation, principalement masculine et surtout pour les délits les plus graves, pour laquelle Roché pointe, outre les facteurs habituels (plus faible supervision parentale, résidence plus fréquente dans le parc HLM hors centre-ville, niveau de revenu et de scolarisation faible des parents, absentéisme scolaire plus élevé),  la différence de perception de l’autorité (police, père) …

Délinquance
Les statistiques qui dérangent
Le Point
17/01/2007

Le sujet est l’un des tabous les plus forts de la République : 60 à 70 % des délinquants sont issus de l’immigration. C’est ce que révèlent les synthèses de la police national

La scène se déroule à la cour d’appel de Douai. Le président de chambre demande son identité à un prévenu : « Abdelkrim ». Le juge de rétorquer : « Vous avez un nom prédestiné ! » Le président de la Fédération nationale des musulmans de France (FNMF), Mohamed Bechari, a raconté cette anecdote à un cénacle de députés en soulignant le caractère scandaleux du propos. La boutade du magistrat a beau être très douteuse, elle révèle la triste impression donnée par le défilé dans les prétoires.

Autre décor. Un haut fonctionnaire du ministère de l’Intérieur rentre à son domicile avec une liasse de rapports sous le bras. Son épouse, qui ne connaît rien à la police, a la curiosité de jeter un oeil sur les documents. Réaction offusquée de madame : « Mais vous n’arrêtez que les étrangers ! » Lui est obligé de se justifier, de répondre : « Mais non, ma chérie, nous ne faisons pas de tri en fonction des origines.»

Le sujet est des plus sensibles. C’est même l’un des tabous les plus ancrés de la République. La part des enfants de l’immigration dans la criminalité et la délinquance ressortit au secret d’Etat. La lecture des synthèses quotidiennes de la Direction centrale de la sécurité publique (DCSP) et de la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ), où sont recensés une partie des faits perpétrés en France, laisse sidérés les très rares initiés qui y ont accès.

Le Point a pu consulter ces notes, dans lesquelles il apparaît que plus de la moitié, voire 60 ou 70%, des suspects répertoriés ont des noms à consonance étrangère. Cet élément est délicat à manipuler. En aucun cas l’on ne saurait déduire avec certitude une origine d’un patronyme. Il ne s’agit pas non plus de tirer des conclusions absurdes sur un caractère « culturel » de la criminalité. Mais écarter ces constatations d’un revers de manche est une grave erreur qui occulte l’échec de l’intégration.

« La vérité est révolutionnaire », disait Lénine. L’on ne saurait résorber que les problèmes que l’on connaît. Une analyse de la « surreprésentation » des Français d’origine étrangère dans la commission d’infractions est d’autant plus éclairante que l’explication avancée en règle générale est erronée. On a coutume de considérer que la corrélation se fait seulement entre la pauvreté et la délinquance. Le propos ne suffit pas à rendre compte de la réalité (voir interview de Sebastian Roché).

En aucun cas, il ne s’agit d’apposer des tampons « immigré » sur des Français. Cela serait plus que tendancieux. En revanche, analyser un fait social n’est pas dépourvu d’intérêt. Les synthèses quotidiennes de la DCSP et de la DCPJ attestent que le pourcentage d’auteurs issus de l’immigration est surtout élevé à la rubrique des « violences volontaires » et des « vols à main armée ». Quand il était ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy a parfois fulminé sur le sujet. En réunions restreintes.

Au 1er janvier 2004, les étrangers représentaient 12 241 détenus dans les prisons françaises, sur une population carcérale de 55 355 personnes. Comme l’observe Laurent Mucchielli, directeur du Cesdip, dans un article publié par la revue Criminologie, « près de la moitié des mis en cause pour vol à la tire sont des étrangers » et « les étrangers sont nettement surreprésentés en matière d’homicide et de tentative d’homicide ». Selon l’auteur, il y a là « une version moderne de la sur- délinquance traditionnelle des milieux sociaux les plus précarisés dans une société industrielle ».

Mais les questions du jour ne concernent pas tant les étrangers que les Français issus de l’immigration. La situation est infiniment plus complexe. D’abord, les fichiers mentionnant les origines des Français sont interdits et empêchent des travaux statistiques fouillés. Ensuite, la délinquance dépend de facteurs psychologiques très ténus. Le criminologue Alain Bauer, par ailleurs président de l’Observatoire de la délinquance, explique qu’on ne sait rien des facteurs qui font un délinquant, sinon une chose : « Un auteur d’agression est souvent quelqu’un qui a été battu et dont le cas n’a pas été traité.»

Cela vaut-il pour les violences abstraites ? Laurent Mucchielli invoque une « victimisation collective » des populations d’origine immigrée, la « perspective d’un destin social misérable » qui induit « d’intenses sentiments de frustration et d’exclusion ». A tort ou à raison, le syndrome du colonisé est toujours vivace. Il y a près de dix ans, la commissaire Lucienne Bui Trong, chargée des violences urbaines à la Direction centrale des RG, relevait que 85 % de leurs auteurs sont d’origine maghrébine et qu’ils agissent en raison d’une sorte de « paranoïa » vis-à-vis de la société française. « J’ai vu une liste de 3 000 auteurs de violences urbaines établie par les RG parisiens, et il n’y avait que 59 noms « gaulois » », relate le criminologue Xavier Raufer. Qui ajoute : « Etant donné qu’il ne s’agit que de garçons, c’est bien la preuve que ce n’est pas un problème racial.»

Le 2 juin, lors d’un comité interministériel à l’intégration présidé par Jean-Pierre Raffarin, Dominique de Villepin se lance dans un discours sur l’intégration avec le lyrisme dont il a le secret. L’actuel ministre de l’Intérieur, soucieux de la « cohésion nationale », s’alarme de la propagation d’idéologies néfastes dans les banlieues ; il note la défiance vis-à-vis des autorités et considère qu’il ne faut pas dissocier les schémas mentaux et les actes.

Déracinement

Comment faire pour savoir ce qu’il se passe dans les cours d’immeuble ? Faut-il tenir compte des origines des Français pour mieux cerner certains problèmes ? Le Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, pense qu’il serait judicieux d’approfondir la connaissance de la réalité, pour étudier les difficultés propres aux populations d’origine immigrée, surtout en matière de discrimination à l’emploi. Le 3 décembre 2003, à l’occasion du 20e anniversaire de la Marche des beurs, Raffarin expliquait que « nous avons besoin d’une grande enquête statistique et sociologique sur la question de l’intégration et des inégalités, parce qu’il n’y a rien de complet aujourd’hui ».

Le 2 juillet, le ministre de la Cohésion sociale, Jean-Louis Borloo, installera un observatoire des statistiques, mis en place par le Haut Conseil à l’intégration (HCI). L’instance, qui sera dirigée par Jacqueline Costa-Lascoux, est censée coordonner tous les chiffres disponibles. Peut-être permettra-t-elle de mieux cerner les effets du « déracinement », géographique ou culturel, de certains Français. « Il n’est ni prévu ni exclu de travailler sur la question de la délinquance » , assure-t-on prudemment au HCI. L’état des lieux ne sera pas facile à établir. Un chercheur, Laurent Lagrange, a observé une surdélinquance des enfants de l’immigration dans un quartier de Mantes-la-Jolie, mais pas dans un quartier comparable d’Amiens. Ce n’est pas avec des idées fixes, bien ou mal-pensantes, que l’on épuise la réalité

« Mon grand-père était face à l’uniforme en Algérie, moi, je suis face aux policiers. »

Le Point: Les jeunes d’origine étrangère sont-ils surreprésentés dans la délinquance?

Sebastian Roché : J’ai mené une étude à Grenoble et à Saint-Etienne sur un échantillon de près de 2 300 jeunes de 13 à 19 ans qui prouve que les jeunes d’origine étrangère commettent plus de délits que les autres, et surtout des délits plus graves. Parmi les adolescents dont les deux parents sont français, 30,2 % ont commis au moins trois petits délits dans leur vie, alors que le chiffre s’élève à 42,4 % pour les adolescents d’origine maghrébine.

Et pour les actes graves ?

La différence est plus importante. S’agissant des agressions, des vols de voiture, cambriolages, vols avec violence, 3,9 % des jeunes d’origine française en ont commis au moins trois, contre 9,7 % des jeunes Maghrébins. J’ai, par ailleurs, fait dépouiller tous les dossiers des jeunes jugés par le tribunal des mineurs en quinze ans dans l’Isère. J’ai trouvé que 39,5 % des auteurs sont issus de parents français, et 46,9% d’origine étrangère.

L’explication est-elle relative au niveau social ?

En fait, 87 % des parents des jeunes d’origine étrangère sont ouvriers ou employés, alors que seulement 42 % des parents « français » le sont. Mais la prise en compte du statut socio-économique n’explique pas tout. Comparons, par exemple, les chiffres de la délinquance des jeunes qui habitent en HLM et de ceux qui n’y habitent pas. Quelle que soit leur origine, les jeunes des HLM sont plus délinquants que les autres. Mais la différence est infime si l’on s’intéresse seulement aux jeunes d’origine étrangère. Il y a donc un facteur spécifique.

Quel est-il ?

Il est difficile de déterminer les variables pertinentes. La perception des autorités semble importante. Ceux qui ont une image positive de la police et de leur père acceptent plus facilement les normes de la société. Les voyous raisonnent ainsi : « Mon grand-père était face à l’uniforme en Algérie, mon père s’est retrouvé bêtement à l’usine, je suis, moi, face aux policiers. » Plus les jeunes ressentent l’indifférence des pouvoirs publics, plus ils sont impliqués dans la délinquance. A tort ou à raison, il y a une mémoire collective d’un exercice de l’oppression française.

Voir aussi:

Selon une étude menée en Isère, deux tiers des mineurs délinquants sont d’origine étrangère
Nathalie Guibert
Le Monde
16.04.04
Deux sociologues ont étudié l’environnement des jeunes jugés pour des faits graves à Grenoble. Ils cumulent les handicaps : pauvreté, alcoolisme d’un parent, échec scolaire, immigration récente

PAUVRETÉ, échec scolaire, violence familiale, immigration récente : les mineurs délinquants ont un profil de « damnés de la Terre ». Telle est la conclusion à laquelle sont parvenus Sebastian Roché et Monique Dagnaud. Ces deux sociologues du CNRS ont réalisé une étude originale sur les dossiers des mineurs jugés par le tribunal de Grenoble (Isère) entre 1985 et 2000. Financée par France 5, cette recherche menée fin 2002, dont les résultats n’avaient pas encore été publiés, apporte des résultats inédits sur l’environnement social des jeunes auteurs de crimes ou de délits graves.

La nouveauté tient dans la mise au jour de ce que les auteurs nomment « la dimension ethnique » de la délinquance : 66,5 % des mineurs jugés ont un père né à l’étranger (pour 49,8 % dans un pays du Maghreb), et 60 % ont une mère également née hors de France. Contrairement aux études habituellement menées, qui s’attachent au seul critère de la nationalité des individus, les deux chercheurs ont choisi, sur la base des informations figurant dans les dossiers judiciaires, d’éclairer ainsi plus complètement l’environnement de ces adolescents. « La surreprésentation des jeunes d’origine étrangère dans la délinquance n’est un mystère pour personne, mais cette donnée est peu renseignée, et elle n’est jamais débattue dans l’espace public », justifie M. Roché, pour qui la réflexion sur l’intégration ne devrait pas être séparée de celle sur la violence.

« ÉCHEC DE L’INTÉGRATION »

De précédentes enquêtes fondées sur les déclarations des adolescents avaient déjà fait apparaître une « suractivité » délictuelle des jeunes issus de l’immigration. La recherche menée dans l’Isère le confirme, avec une ampleur qui a surpris les chercheurs. Car, dans la région Rhône-Alpes, selon l’Insee, l’Isère n’est pas un département particulièrement marqué par l’immigration : celle-ci représente 6,1 % de la population (7,5 % dans le Rhône par exemple). « Nous sommes face à une justice qui concentre son énergie à condamner des jeunes d’origine étrangère », conclut Sebastian Roché. Pour le sociologue, cette constatation, « résultante du système que personne n’a voulue », remet en cause un des fondements de la légitimité républicaine. « Comment expliquer à ces jeunes que la loi est essentiellement tournée vers eux ? », souligne-t-il. Comment éviter qu’ils croient à une lecture communautaire de la justice ? « Ces résultats signent l’échec d’une politique d’intégration », analyse pour sa part Monique Dagnaud.

Cette origine étrangère n’est « pas spécifique aux délinquants de l’Isère », remarquent les auteurs. En 2000, l’Insee a en effet montré que 40 % des détenus français avaient un père né à l’étranger, dont 25 % au Maghreb. De ce point de vue, la situation française semble se rapprocher de celle des Etats-Unis, où les minorités sont surreprésentées. En revanche, si auteurs et victimes ont souvent la même appartenance communautaire outre-Atlantique, ce n’est pas le cas en France.

Les mineurs délinquants cumulent les handicaps, expliquent Monique Dagnaud et Sebastian Roché. L’immigration de fraîche date, associée aux difficultés à trouver un emploi ou à la ghettoïsation de l’habitat, en fait partie, sans qu’il soit possible de mesurer l’importance respective des différents facteurs qui peuvent éclairer les parcours délictueux.

D’une façon générale, la pauvreté économique concerne 60 % des familles. Les pères sont, à 26 %, inactifs. Ceux qui ont un travail sont en majorité des ouvriers (59 %), les mères des employées (46 %). Le contexte familial, difficile, éclaire aussi les parcours des mineurs. Les deux tiers sont issus de fratries de quatre frères et soeurs ou plus. Près de 40 % des dossiers judiciaires font état de violence familiale ; 20 % évoquent un père alcoolique. Seuls 54,5 % de ces mineurs vivent avec leurs deux parents ; 11 % sont hébergés en foyer. Dans 9,3 % des cas, ces adolescents ont un de leurs parents décédé. Enfin, leur situation scolaire est sinistrée : 79 % ont redoublé, 55 % plusieurs fois et près de 60 % ont fait l’objet d’une ou de plusieurs exclusions. Les mineurs d’origine étrangère « cumulent encore plus que les autres les traits de désavantage socio-économique », notent les chercheurs.

Le tableau n’est cependant pas uniforme. Paradoxalement, l’environnement familial est décrit, dans la grande majorité des dossiers judiciaires, comme « affectueux » et « soucieux de l’éducation du mineur ». Ecartelés, les adolescents délinquants de l’Isère « ont la particularité d’être à la fois dans la culture de la modernité et dans les difficultés de l’intégration sociale », ajoute Monique Dagnaud. Près de la moitié pratiquent un sport, dont un tiers de façon intensive. Une majorité fait état d’activités de loisirs, principalement tournées vers l’audiovisuel. « Repli de l’exclusion et culture de masse : leur personnalité se construit à partir de ces univers opposés, dont le mélange peut se révéler détonant », conclut l’étude.

Voir également:
Délinquance des mineurs: la République en quête de respect (rapport de la commission d’enquête sur la délinquance des mineurs)UNE SURDÉLINQUANCE DES JEUNES ISSUS DE L’IMMIGRATIONJusqu’il y a peu, il était difficile d’évoquer la surdélinquance des jeunes issus de l’immigration sans qu’une telle attitude passe pour une stigmatisation. Il y a quelques mois, M. Christian Delorme, le « curé des Minguettes » évoquait ainsi cette situation : « En France, nous ne parvenons pas à dire certaines choses, parfois pour des raisons louables. Il en est ainsi de la surdélinquance des jeunes issus de l’immigration, qui a longtemps été niée, sous prétexte de ne pas stigmatiser. On a attendu que la réalité des quartiers, des commissariats, des tribunaux, des prisons impose l’évidence de cette surreprésentation pour la reconnaître publiquement. Et encore, les politiques ne savent pas comment en parler »27(*).

L’enquête de délinquance autorapportée conduite en 2000 par M. Sébastian Roché a apporté des précisions sur cette question. Elle montre que la majorité des délits peu graves sont commis par des adolescents dont un parent ou les deux parents sont nés en France (68 %). Une forte minorité des actes peu graves sont commis par des personnes dont les deux parents sont nés hors de France (32 %).

Pour les actes graves, la situation est un peu différente. Les adolescents dont les deux parents sont nés hors de France commettent 46 % des actes graves.

Lorsque la question est posée aux adolescents qui vivent dans les HLM, les jeunes d’origine maghrébine représentent 39 % des actes peu graves et 47 % des actes graves.

Ces chiffres mettent en relief le fait que les actes de délinquance des adolescents maghrébins sont fréquents. Toutefois, ils ne permettent pas de statuer sur la surdélinquance des jeunes issus de l’immigration car ils ne tiennent pas compte du poids relatif des différentes populations en fonction de leurs origines.

Cette analyse complémentaire a cependant été faite par Sébastian Roché et confirme une surdélinquance des jeunes d’origine maghrébine par rapport à ceux d’origine française, comme en témoignent les graphiques suivants.

Actes peu graves commis suivant les origines ethniques

Actes graves commis suivant les origines ethniques

Pour expliquer ce phénomène, le sociologue constate que ces jeunes cumulent certains facteurs associés à la délinquance : une plus faible supervision parentale, une résidence plus fréquente dans le parc HLM hors centre-ville, un niveau de revenu et de scolarisation faible des parents, un absentéisme scolaire plus élevé.

Lors de son audition par la commission, M.Thierry Baranger, Président de l’association française des magistrats de la jeunesse et de la famille, a évoqué le handicap culturel dont souffriraient les jeunes d’origine maghrébine : « Ce n’est pas un hasard si une partie très importante des jeunes que nous avons à traiter et qui se retrouvent en prison sont issus de l’immigration. Il s’agit bien souvent, me semble t-il, de familles fragiles, de parents qui ne peuvent pas dialoguer avec l’école et ne trouvent pas leur place au sein des institutions ».

M. Malek Boutih, président de SOS racisme, a évoqué ainsi la question devant la commission d’enquête :

« Beaucoup de raisons expliquent pourquoi il y a plus de « bronzés » que de blancs dans les centres de jeunes détenus, mais ce ne sont pas des éléments culturels ; ce ne sont pas des sourates du Coran ni leurs parents qui les poussent. Il faut même faire très attention dans les discours lorsqu’on insiste sur la responsabilité des parents. Que se passe-t-il lorsqu’on a des parents très sévères dans le quartier ? En dernier ressort, quand ils n’en peuvent plus, ils mettent le gosse à la porte, donc à la rue. (…)

« Par ailleurs, dans les familles d’immigrés, les enfants prennent très vite le pouvoir. Déjà, d’une manière générale en France, le rapport au savoir a tendance à s’inverser en raison des modifications technologiques, des nouveaux rapports urbains, et les jeunes générations ont parfois une meilleure connaissance que leurs parents de la société. Alors, chez les immigrés, imaginez !…

« Je n’ai pas envie que les enfants d’immigrés, qui constituent ce que j’appelle la nouvelle génération de Français, deviennent les noirs américains de notre société, qui ne soient bons qu’à faire du sport ou des films et, pour le reste, passage par la case « prison ». Je sais que la vie est dure, que la société est dure, qu’il y a beaucoup d’injustice. Mais je ne crois pas que les comportements de violence aident à s’en sortir. A l’inverse, ces comportements structurent, organisent la violence et l’implantent définitivement dans la société ».

Certains interlocuteurs de la commission d’enquête ont mis en avant, parmi les causes de la surdélinquance des jeunes issus de l’immigration, un sentiment d’hostilité à l’égard des institutions, notamment de la police, ainsi qu’un sentiment d’injustice lié au marché du travail. Les responsables de l’association « Agir ensemble » visitée par la commission lors de son déplacement au Havre ont ainsi noté que les jeunes qui réussissaient leurs études se voyaient souvent écartés des entretiens d’embauche lorsqu’ils annonçaient leur nom ou celui de leur quartier.

A cet égard, le président de SOS racisme s’est opposé à toute idée de quotas pour favoriser l’intégration des jeunes issus de l’immigration en observant que la tradition française se fondait sur la notion d’égalité et que celle-ci n’avait jamais empêché la République d’avoir des pratiques inégalitaires ou promotionnelles quand elle souhaitait remédier à certains déséquilibres sociaux.

* 27 Le Monde, 4 décembre 2001.

Voir par ailleurs:

Eric Zemmour ou le trublion officiel
Philippe Bilger
Avocat général
Justice au singulier
17 mars 2010

Si Eric Zemmour n’existait pas, il faudrait l’inventer, il manquerait chaque jour à notre univers médiatique.

Il a encore frappé et, comme il l’espérait sans doute, des foudres judiciaires sont annoncées et on a même saisi, couronnement suprême, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) de son cas.

Dans deux émissions : Salut les terriens sur Canal + et L’Hebdo sur France O, Eric Zemmour a soutenu que « les français issus de l’immigration sont plus contrôlés que les autres parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes. C’est un fait » (nouvelobs.com).

Levée de boucliers. Indignation. Morale brandie. Quelle honte ! Consensus de la dénonciation. En réalité, du vent.

En effet, je propose à un citoyen de bonne foi de venir assister aux audiences correctionnelles et parfois criminelles à Paris et il ne pourra que constater la validité de ce « fait », la justesse de cette intuition qui, aujourd’hui, confirment un mouvement né il y a quelques années. Tous les noirs et tous les arabes ne sont pas des trafiquants mais beaucoup de ceux-ci sont noirs et arabes. Je précise car rien dans ce domaine n’est inutile : qu’il y ait aussi des « trafiquants » ni noirs ni arabes est une évidence et ne me rend pas plus complaisant à leur égard. Il n’est point besoin d’aller chercher des consolations dans les statistiques officielles dont la finalité presque exclusive est de masquer ce qui crève les yeux et l’esprit si on accepte de regarder.

Je regrette qu’Alain Jakubowicz, président de la Licra et personnalité de valeur, ait décidé de poursuivre pour ces propos Eric Zemmour et qu’il ait ajouté que ce dernier avait franchi « un cran ». Je regrette que Rachid Arhab, du CSA, se soit égaré en répliquant à Eric Zemmour qu’il était « arabe, pas trafiquant mais au CSA », comme si ce dernier avait été assez stupide pour généraliser absurdement sa perception. Nous sommes tous très heureux que Rachid Arhab soit au CSA mais précisément parce qu’il n’est jamais tombé dans les travers dénoncés par Zemmour.

La Licra, le MRAP et, avec retard, le CRAN ont invité le CSA à réfléchir sur les « dérapages » d’Eric Zemmour, comme si d’une part ceux-ci méritaient d’être qualifiés ainsi et que d’autre part un éventuel avertissement à Eric Zemmour pouvait avoir un autre effet que d’amplifier le caractère infiniment « porteur » du soufre relatif distillé à intervalles réguliers par ce polémiste.

En réalité – et ce n’est pas la première fois -, personne n’a pris la peine d’examiner le fond du propos. L’indignation quasi unanime n’a donc pas été suscitée par la teneur de l’appréciation ni son éventuelle vérité ou fausseté mais par le simple fait qu’Eric Zemmour avait OSE DIRE cela. Comment quelqu’un avait-il pu aborder de front une telle matière sans prendre les précautions d’usage et en n’ayant pour obsession que de rendre acceptable par et pour tous ce que la nudité cruelle de l’exactitude précisément n’aurait pas permis ! Eric Zemmour n’est pas en tort pour avoir exprimé ce qu’il a déclaré mais pour s’être affranchi de la censure qui interdisait d’aborder clairement un tel sujet. Il doit être puni pour cause d’audace et non pour mensonge. Il n’a pas franchi « un cran » mais dépassé une ligne que la bienséance et l’hypocrisie considèrent comme absolue.

Qu’Eric Zemmour ne se rassure pas trop vite : d’autres dangers le guettent, dont Renaud Dély, dans Marianne, a pointé le principal dans un lucide portrait. Celui d’être aujourd’hui « ingurgité », absorbé par le système qu’il prétend subvertir grâce à une parole libre et apparemment inconoclaste. En effet, Eric Zemmour est devenu « un trublion officiel », « un fou des médias » comme il y a eu des « fous du roi », avec cette conséquence subtile mais perceptible qu’un léger contentement de soi semble l’habiter (Voici). De plus en plus, il y a dans sa démarche une alliance contradictoire entre une aspiration affichée au dialogue et un ton péremptoire. La liberté de pensée qu’heureusement il s’octroie ne va plus tout à fait jusqu’à supporter celle des autres. Dorénavant il s’écoute plus qu’il n’écoute, trop facilement ravi par sa propre mécanique. J’avais perçu des indices de cette solitude satisfaite, dans sa volonté à plusieurs reprises de « judiciariser » les réactions d’autrui quand il les estimait intolérables. Il se serait honoré, à mon sens, en les prenant pour l’inévitable rançon d’une expression qui ne s’assignait pas de limites. Attention, danger !

D’autant plus que ce n’est pas lui qui a gagné. Eric Naulleau, moins omniprésent, est plus épargné mais tout de même affecté par cette défaite. Comme il était prévisible à la longue, l’hilarité promotionnelle de Laurent Ruquier, sur France 2, a étouffé le miracle de ces deux intelligences caustiques et souvent pertinentes qui croyaient pouvoir réaliser ce rêve d’une télévision digne et vraie au milieu d’un océan de rires et de saillies programmés, d’hyperboles ridicules. Le bas, à force, s’approprie le haut et le dénature.

A mon sens, Eric Zemmour est à la croisée des chemins. Aujourd’hui, son discours et ses écrits – c’est le risque fondamental de la liberté : si elle se répète, elle meurt – sont marqués du sceau du prévisible. On peut les imaginer par avance parce que « le style Zemmour » est devenu une sorte de marque déposée. Mais rien ne vaut la modestie d’une parole qui se cherche, s’invente et parfois même s’étonne. Rien ne vaut les jaillissements de l’imprévisible, les surgissements d’une pensée capable, quand il le faut, de se battre autant contre elle-même que contre les opinions majoritaires, les surprises qu’une personnalité veut bien offrir à ceux qui ont besoin d’elle dans un monde planifié.

A l’évidence, pour et par toutes les bonnes consciences avides de stéréotypes. Qu’au moins les esprits libres tentent d’échapper à cette malédiction !

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Tout a été dit, grâce à la multitude de réponses, sur ce billet consacré à Eric Zemmour. Aussi vous me pardonnerez d’estimer que le débat est clos et donc de fermer l’accès aux commentaires sur ce post précis. Pas de censure, juste un afflux impossible à gérer sauf à y passer jour et nuit.

Voir également:

On ne voit que ce qu’on regarde
Eolas
25 mars 2010

Les sciences exactes ne servent pas qu’à empêcher les adolescents d’être heureux au collège. Elles apprennent la rigueur. Et l’économie, si elle n’est pas une science exacte, utilise ces sciences pour étudier le comportement humain avec cette rigueur.

Et s’il est une leçon que l’économie donne à tous, c’est précisément de se méfier des fausses évidences, des erreurs de corrélation (croire que si A et b augmentent simultanément c’est que A et B sont liés), et de rechercher les vraies causes d’un phénomène.

Deux ouvrages vous en feront la démonstration : “Freakonomics”, de Steven D. Levitt et Stephen J. Dubner, traduction Anatole Muchnik (qui notamment vous démontrera que la plus spectaculaire baisse de la criminalité aux États-Unis n’a rien à voir avec la politique de “tolérance zéro” de M. Giuliani, mais doit tout à une jeune fille de 21 ans qui ne voulait pas être enceinte), et “Sexe, drogue… et économie : Pas de sujet tabou pour les économistes !”, par mes amis Alexandre Delaigue et Stéphane Ménia, auteurs du blog “Econoclaste”.

Cette sagesse des économistes est fort utile au juriste, plus intéressé aux conséquences du comportement des hommes qu’à ses causes. Et même les plus estimables d’entre eux peuvent parfois s’égarer.

Et c’est à mon sens ce que fait l’avocat général Philippe Bilger, dont mes lecteurs savent le respect teinté d’admiration que j’ai pour lui, respect et admiration que ce désaccord laisse intacts, tout comme je sais qu’il goûte trop au plaisir de la contradiction pour me tenir rigueur de la lui porter ici.

Tout commence avec les déclarations à l’emporte-pièce, pardonnez le pléonasme, d’Éric Zemmour à l’émission produite et présentée par Thierry Ardisson sur canal+, “Salut les Terriens”. Le polémiste déclarait qu’il était normal que la police controlât plus volontiers l’identité d’individus typés noirs ou maghrébins, car “la majorité des trafiquants de drogue sont eux-même noirs ou maghrébins, c’est un fait”. J’attire votre attention sur ces quatre derniers mots, qui constituent l’intégralité de la démonstration de M. Zemmour, et probablement une des argumentations les plus développées qu’il ait jamais produite.

Les propos ont fait scandale, c’était d’ailleurs leur but. Le CSA a réagi, mal, comme d’habitude, la LICRA a menacé d’un procès, comme d’habitude, avant d’y renoncer après avoir reçu une lettre d’excuse, comme d’habitude.

Mais c’est avec un certain regret que j’ai vu un esprit d’une autre envergure voler à son secours, en la personne de monsieur Philippe Bilger, avocat général à la cour d’appel de Paris.

Un petit mot ici pour rappeler qu’un avocat général n’est pas plus avocat qu’il n’est général. C’est un magistrat du parquet d’une cour d’appel, dont les fonctions consistent plus particulièrement à requérir aux audiences et spécialement devant la cour d’assises. On ne l’appelle donc pas “maître”, mais monsieur, comme tous les magistrats, sauf les dames, bien évidemment.

Dans un billet sur son blog, l’avocat général vole au secours du polémiste qui en a bien besoin, en tenant, sur l’affirmation litigieuse, les propos suivants :

En effet, je propose à un citoyen de bonne foi de venir assister aux audiences correctionnelles et parfois criminelles à Paris et il ne pourra que constater la validité de ce “fait”, la justesse de cette intuition qui, aujourd’hui, confirment un mouvement né il y a quelques années. Tous les noirs et tous les arabes ne sont pas des trafiquants mais beaucoup de ceux-ci sont noirs et arabes. Je précise car rien dans ce domaine n’est inutile : qu’il y ait aussi des “trafiquants” ni noirs ni arabes est une évidence et ne me rend pas plus complaisant à leur égard. Il n’est point besoin d’aller chercher des consolations dans les statistiques officielles dont la finalité presque exclusive est de masquer ce qui crève les yeux et l’esprit si on accepte de regarder.

On voit d’entrée l’habileté du rhéteur, qui d’emblée laisse entendre que toute personne qui contesterait cette affirmation serait de mauvaise foi. Ça tombe bien, je suis avocat, la mauvaise foi, ça me connaît, et les audiences correctionnelles, j’y assiste, sans doute plus souvent qu’un avocat général, et je suis même pas trop mal placé.

Et je confirme que pour les audiences de “service général”, vols, violences et petit trafic de stupéfiant, les prévenus ont des noms qui évoquent les sommets de l’Atlas, l’immensité du Sahara ou les grands fleuves serpentant dans d’impénétrables forêts. Curieusement, c’est nettement moins le cas aux audiences économiques et financières ; il n’y avait qu’un arabe dans l’affaire Clearstream, et ce n’était même pas un maghrébin, mais ce doit être une décimale flottante qui fausse les statistiques.

Car le vice du raisonnement saute d’emblée aux yeux. S’il semble acquis, puisque ni le grand magistrat ni le petit polémiste ne contestent que la police contrôle plus volontiers noirs et arabes -et je confirme que sur ces trente dernières années, je n’ai fait l’objet que de deux contrôles d’identité sur la voie publique ou dans l’enceinte du métro, tandis qu’un estimable confrère d’origine martiniquaise a remarqué qu’il devait exhiber sa carte d’identité une fois par mois-, il ne faut pas s’étonner qu’ils soient plus nombreux dans le box. C’est confondre cause et conséquence.

En outre, il faut rappeler une autre évidence : n’est prévenu que celui que le parquet décide de poursuivre. Il n’y a pas tirage au sort dans une population homogène : chaque dossier est étudié, au pas de charge, par un parquetier débordé qui en quelques minutes va décider en cochant une case s’il y a lieu à classement après rappel à la loi, alternative aux poursuites, CRPC ou citation devant le tribunal (je mentionne pour mémoire l’ouverture d’une instruction tant qu’elle existe). Il y a donc un filtre totalement subjectif : cette décision repose sur des critères qui n’ont jamais à être motivés, certains objectifs (existence d’antécédents judiciaires au casier, gravité exceptionnelle des faits), d’autres moins (instructions générales du chef du parquet : mettre la pression sur tel type de délits plutôt que tels autres), et les derniers enfin beaucoup moins : le pifomètre qui va diriger le stylo ver telle ou telle case après un bref moment d’hésitation les sourcils froncés.

Je ne dis pas que les parquetiers soient mus par des réflexes xénophobes : simplement ils prennent rapidement une décision non motivée. Tirer des conclusions de données statistiques passés par un tel filtre ne peut que mener à des erreurs.

Donc tout citoyen de bonne foi se rendant à une audience correctionnelle, exercice que je lui conseille ardemment, saura qu’il ne doit rien déduire de la couleur dominante dans le box.

Car c’est triste mais c’est ainsi, il y a des détails qui sautent aux yeux, et la couleur de la peau en fait hélas partie, mais d’autres auxquels on ne fait pas attention. Je pense en effet que les deux tiers des prévenus à une audience ordinaire sont typés noirs ou maghrébins (ce qui ne les empêche pas d’être le plus souvent français). Une prédominance de 66%, nonobstant les biais qui faussent la population statistique que je viens de détailler, peut sembler néanmoins pertinente et représentative, du moins dans les juridictions des grandes villes où se trouvent les population d’origine immigrée depuis les Trente Glorieuses (je pense que le tribunal correctionnel de Guéret voit moins de prévenus noirs que celui de Bobigny, tandis que celui de Fort-de-France en verra sans doute plus).

Soit, mais il y a une autre prédominance, que je pense supérieure à 95%, qui a fortiori apparaît encore plus pertinente et dont personne, et spécialement M. Zemmour, ne semble vouloir tirer de conclusion.

95% des prévenus, et c’est un minimum, sont des hommes. Le sexe semble être un critère beaucoup plus pertinent pour repérer les délinquants potentiels, mais M. Zemmour ayant pour les hommes les yeux de Chimène, il semble balayer ce critère d’un revers de main. La sociologie juridique a des limites.

Mais il demeure ce fait : en région parisienne et dans les grandes villes, la population noire et maghrébine se taille la part du lion dans le box des prévenus, avec les gitans pour les juridictions du sud de la France. Aucune statistique fiable n’existe, puisque tout traitement de données sur des bases ethniques est interdit comme contraire à la Constitution (CC, décision n° 2007-557 DC du 15 novembre 2007), ce qui laisse, effet pervers, la part belle aux préjugés et à l’argumentation selon laquelle les bien-pensants préfèrent se voiler la face.

Admettons le principe de cette sur-représentation et demandons-nous pourquoi elle existe.

C’est là que mes modestes connaissances peuvent servir. Ces prévenus, je les défends. J’ai accès au dossier, je m’entretiens avec eux, je fouille un peu dans leur vie pour chercher des moyens d’éviter la détention. Et pour le passage à l’acte, je constate que les mêmes critères réapparaissent avec une constance inébranlable.

Et d’emblée, le cliché du parasite cynique, qui hait la France et se croit tous les droits de s’emparer de ce que bon lui chante parce que nous sommes trop gentils avec lui, est tout simplement inexistant.

Le délinquant type gibier de correctionnelle (en excluant la délinquance routière qui est un cas à part, une délinquance d’honnêtes gens, bien intégrés et ayant un métier, et qui d’ailleurs est traitée différemment) est un homme, je l’ai déjà dit, plutôt jeune, pauvre, issu d’une famille pauvre, sans formation, ayant souvent abandonné l’école dès 16 ans, au chômage ou connaissant la précarité du travail, trimballé de “plate-forme de mobilisation” (oui, c’est un terme tout à fait authentique de la novlangue de Pôle Emploi) en formations inadaptées. Quand il a le droit de travailler, ce qui n’est pas le cas d’un étranger en situation irrégulière (soit dit en passant, dépouiller un homme de son droit de travailler est une des plus grandes atteintes à sa dignité qui se puisse commettre, et c’est l’État qui le commet en notre nom). L’alcool ou la drogue (le cannabis, le plus souvent) sont souvent présents, pour l’aider à tenir dans cette vie sans espoir de s’en sortir, et sont parfois la cause de la délinquance (énormément de petits dealers font ça uniquement pour financer leur consommation, et ce sont ces amateurs qui sont des proies faciles pour la police).

Allez à une audience de comparutions immédiates, vous entendrez la litanie des enquêtes de personnalité, vous verrez si je dis vrai (à Paris, du lundi au vendredi à 13h30, 23e chambre, escalier B, rez de chaussée, le samedi à 13h30 dans les locaux de la 25e chambre, escalier Y, rez de chaussée, entrée libre, c’est gratuit).

Mettez un homme, quelle que soit son origine, sa race, ou sa religion, dans cette situation, et vous en ferez probablement un délinquant. Or ce portrait robot correspond majoritairement à des personnes issues de familles noires et arabes, venues travailler en France dans la seconde moitié du XXe siècle où la France manquait de main d’œuvre et touchées de plein fouet par la crise.

Et tout ce que retiennent Eric Zemmour et Philippe Bilger, c’est l’origine ethnique des délinquants, comme si elle était pertinente. C’est s’arrêter à la surface. Et pointer du doigt toute une population qui partage ce trait physique majoritaire chez les délinquants. Comme si elle avait besoin de ça.

Regardez donc les grands criminels, ceux qui peuplent les assises, ceux qui violent ou tuent. Marc Dutroux est-il arabe ? Michel Fourniret et Monique Olivier sont-ils noirs ? Francis Heaulme ? Didier Gentil ? Marcel Petiot ? Patrick henry ? Yvan Colonna ? Les tueurs de l’ETA ? Ou sans aller chercher les grands criminels, Céline Lesage, Véronique Courjault, Marc Cécillon puisqu’il faut bien que je parle encore un peu de rugby ? On me rétorquera Youssouf Fofana et Omar Radad ; mais je n’affirme nullement que les noirs et les arabes sont à l’abri du crime. Mais ôtez le moteur de la pauvreté et du désespoir social (et le crime de Fofana, avant d’être raciste, est avant tout crapuleux), et miracle, la part de la population pauvre diminue instantanément. Il n’y a pas de gène de la criminalité. En est-on à devoir rappeler de telles évidences ?

C’est aussi à mon sens des facteurs sociaux qui expliquent la si faible part des femmes dans la délinquance. La société repose encore sur l’image qu’un homme doit gagner sa vie voire celle de sa famille. Une femme qui gagne sa vie a du mérite, un homme, non, c’est ce qu’on attend de lui, depuis la préhistoire où il partait chasser le mammouth. Pour un homme, ne pas avoir cette perspective est humiliant : cela pousse au mépris de soi, et quand on se méprise on ne peut respecter les autres, et à trouver des expédients pour avoir de l’argent. Les femmes d’une part n’ont pas cette pression sociale, et d’autre part ont immédiatement à l’esprit que pour avoir un travail, elle devront étudier. D’où leurs meilleurs résultats à l’école dès le primaire et leur part de plus en plus importantes dans les études supérieures (les écoles d’ingénieurs étant le dernier bastion des mâles, mais les murs s’effritent chaque année, courage mesdames !). La faculté de droit est tombée depuis longtemps, pour mon plus grand bonheur (Ah, les amphis au printemps, quand les beaux jours reviennent : comment s’intéresser aux servitudes et à l’exception de litispendance dans ces conditions…?)

Les box des tribunaux correctionnels ne sont pas remplis de noirs ou d’arabes. Ils sont remplis de pauvres désespérés. C’était déjà le cas il y a un siècle, quand le blanc était la couleur dominante.

La France n’a pas échoué à intégrer les populations qu’elle a fait venir d’Afrique ces cinquante dernières années. Elle n’a même pas essayé. C’est cela que la couleur des prévenus nous rappelle à chaque audience. C’est que pas un seul d’entre eux, bien que né en France, n’a pensé une seule seconde qu’il avait une chance de devenir lui aussi médecin, avocat, juge, journaliste au Figaro ou avocat général.

La honte est sur nous et pas sur eux.

Voir enfin:

L’esprit de Voltaire
Gascogne
mars 2010

Je n’aime pas ce qu’écrit Philippe BILGER. J’ai commenté dés les premiers jours de son blog son premier article, en faisant déjà montre d’un certain pessimisme, trop vite conforté, pour avoir lu quelques unes de ses œuvres. J’ai rapidement arrêté de le lire, voyant que le mal était trop profond. Trop d’égocentrisme. Trop de certitudes. Trop de plaisir à cracher dans la soupe. Ou comme disait ma grand mère, trop de bonheur à pisser contre le sens du vent. Je ne suis même pas d’accord avec le Maître des lieux lorsqu’il ne le critique qu’avec un respect teinté d’admiration, mais vous savez comment j’ai pu rater mon UV diplomatie, à la faculté. Je ne respecte que peu les gens qui vous regardent de haut, enrobés de leurs certitudes. En bref, ceux qui se pensent supérieurs, mais qui enrobent leurs analyses cruelles d’une fort belle plume.

Je ne suis pas pour autant persuadé que cela me donne un quelconque crédit pour le défendre, et pourtant, c’est bien ce que je souhaite aujourd’hui faire. Car une fois de plus, j’ai survolé son article (je les lis rarement en entier, mais lorsque je vois sur mes fils RSS un article sur la justice, j’ai du mal à résister). Et une fois de plus, j’étais en désaccord quasi complet avec lui. Son propos souffre à mon sens, et sans aller aussi loin dans les analyses qu’Eolas ou SLL, de deux défauts majeurs : il applique, comme à son habitude, une analyse parisiano-parisienne à l’ensemble de la justice française, et il nous ressort l’habituel argument du Front National : le chroniqueur radio est puni car il ose dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas.

Alors pourquoi faire un billet sur mon nouvel ami P. BILGER ? Parce que je viens d’apprendre qu’il était convoqué par son supérieur hiérarchique pour son billet sur Eric ZEMMOUR.

Et là, je dois reconnaître que je ne comprends plus. Depuis le temps qu’il écrit sur internet (5 ans, si je ne m’abuse), il a marqué de tous les défauts que je lui reconnais l’empreinte de son blog. N’avait-il pas affirmé que l’ancienne Garde des Sceaux n’avait pas été engagée pour ses compétences ? N’avait-il pas tenu des propos plus qu’indignes sur les compétences des magistrats, qui hormis lui, étaient tout sauf aptes à s’exprimer, voire à exercer ? Et je ne vous parle même pas du scandaleux corporatisme des magistrats et de leurs syndicats représentatifs (c’est vrai, de quel droit un syndicat intervient-il dans l’intérêt professionnel de ses membres ?).

Et y avait-il eu la moindre réaction de la Chancellerie ? Non, arrei, queutchi, nada, nenni, rien… Certes, il prenait bien souvent la défense du Président de la République, mais tout de même…

Et aujourd’hui, il tient, dans des termes comme d’habitude fort bien écrits, et surtout très aménagés à la susceptibilité de ses lecteurs, des propos qui déplaisent au pouvoir, ou à tout le moins à sa hiérarchie, et d’un coup, celle-ci redécouvre tous les bienfaits du devoir de réserve ? L’association des jeunes magistrats avait d’ailleurs en son temps édité un très bon article sur le devoir de réserve des magistrats, mais on ne le trouve malheureusement plus sur le site (si un des membres de l’association me lit…). Et il se déduisait assez naturellement de leur analyse que le devoir de réserve ne devait pas se confondre avec un droit de censure absolu.

Dans une période où je reste persuadé que l’on tente de museler au maximum les magistrats, qu’ils soient judiciaires, administratifs ou financiers, où les réformes, sur la suppression du juge d’instruction, sur la prescription, sur la nouvelle procédure pénale, n’ont pour but que de tenir un peu plus encore un corps d’État qui n’est pourtant pas réputé pour son esprit révolutionnaire, faire taire un magistrat qui s’exprime haut et fort me semble un bien mauvais signe. Un de plus.

Car après mon ami Justicier Ordinaire, il me semble que la Chancellerie, sans l’accord de laquelle j’ai du mal à imaginer l’intervention du procureur Général de Paris, poursuit son grand nettoyage. Et j’ai beau ne pas apprécier la voix si particulière de Philippe BILGER, j’apprécie encore moins qu’on la fasse taire.

Alors oui, M. BILGER, je suis sans doute à l’opposé de vos conceptions de la justice, de ses membres, de vos conceptions politiques, de votre amour pour ceux qui ne vivent que de la provocation. Mais pour plagier nos lointains aïeux, je ne pense pas comme vous, mais je ferai tout pour que vous puissiez continuer à exprimer vos idées (encore que la citation soit, paraît-il, apocryphe).


Libertés: Zemmour répond à ses détracteurs (Let’s get real on immigration)

25 mars, 2010
zemmour.jpgEn France, nous ne parvenons pas à dire certaines choses parfois pour des raisons louables. Il en est ainsi de la surdélinquance des jeunes issus de l’immigration qui a longtemps été niée, sous prétexte de ne pas stigmatiser. On a attendu que la réalité des quartiers, des commissariats, des tribunaux, des prisons, impose l’évidence de cette surreprésentation pour la reconnaître publiquement. Et encore, les politiques ne savent pas encore en parler. Christian Delorme (dit « le curé des Minguettes »)
Osons donc ce que Sopo interdit ; réintroduisons le réel dans le débat récent autour de l’immigration. Selon le ministère des affaires étrangères, 30 % à 80 % des actes d’état civil sont frauduleux en Afrique. Les mariages entre Français et étrangers représentent désormais près de 30 % des mariages transcrits dans notre état civil ; la moitié de ces 90 700 mariages ont été célébrés à l’étranger en 2005 ; la progression en dix ans des mariages de Français au Maghreb et en Turquie a explosé de 731 %. En 1994, ils étaient 1 129 ressortissants algériens à épouser un Français. En 2005, ils sont 12 457. Onze fois plus. L’amour, bien sûr Sopo!
En vérité, c’est l’échec de l’intégration qui nourrit l’immigration d’aujourd’hui. Dans les cours de récréation de nos écoles, les enfants se regroupent par clans ethniques qui s’ignorent ou se détestent : « Les rebeus, les reunois, les feujs, les noichs ou les caifrans ». Et l’insulte suprême est : « Sale Français ! » Les enfants juifs sont interdits d’école publique dans nombre de banlieues et sont contraints de se replier sur les écoles confessionnelles. Les bandes ethniques s’affrontent à la gare du Nord. Lors de la présidentielle, on a vu à l’oeuvre un terrifiant vote ethnique, comme l’a justement noté Jérôme Jaffré (Le Monde du 8 juin) : 94 % des électeurs qui se disent musulmans ont voté Ségolène Royal ; 77 % de ceux qui se disent catholiques pratiquants ont voté Nicolas Sarkozy. Eric Zemmour (2007)
Il y a quelques années, une enquête commandée par le ministère de la justice, pour évaluer le nombre d’imans nécessaires, évaluait le pourcentage de «musulmans dans les prisons» entre 70 et 80%. En 2004, l’islamologue Farhad Khosrokhavar, dans un livre «L’islam dans les prisons ( Balland) confirmait ce chiffre. En 2007, dans un article du Point, qui avait eu accès aux synthèses de la Direction Centrale de la Sécurité Publique ( DCSP) et de la direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) on évaluait entre 60 et 70% des suspects répertoriés issus de l’immigration. Il y a près de dix ans, la commissaire Lucienne Bui Trong, chargée des violences urbaines à la direction centrale des RG relevait que 85% de leurs auteurs sont d’origine maghrébine. Dans un article du Monde, du 16 mars 2010, les rapports des RG sur les bandes violentes, établissaient que 87% étaient de nationalité française; 67% d’origine maghrébine et 17% d’origine africaine. La «plupart» est donc, au regard de ces chiffres, le mot qui convient. Eric Zemmour

Suite aux rumeurs, depuis démenties, de mise à pied du journaliste et chroniqueur Eric Zemmour pour avoir osé mentionner le secret de polichinelle de la surreprésentation des Français d’origine étrangère dans les statistiques de criminalité …

A lire, sa lettre à la LICRA qui avait porté plainte contrer lui, où il rappelle les chiffres existants confirmant son affirmation …

La réponse d’Eric Zemmour à la LICRA: pas d’excuses mais des chiffres!

Rebelles.info
23 mars 2010

Contrairement à un mensonge colporté par le site du Nouvel Observateur et du Parisien Eric Zemmour ne présente aucunement ses excuses à la Licra. Mieux, il répond par des chiffres à la polémique sur l’origine éthnique des délinquants.

Monsieur le Président,

Je fais suite à notre rencontre à l’instigation de mon avocat, Olivier PARDO. Cette rencontre nous a permis de nous rendre compte qu’il y avait bien eu un malentendu et une confusion non seulement dans la reprise de mes propos par les médias, mais également dans l’analyse qui a pu ensuite en être faite et qui a conduit à ce déchainement médiatique à mon encontre.

En effet, je n’ai jamais dit contrairement à ce qui a pu être colporté dans les médias que «tous les délinquants sont Arabes et noirs», mais que «la plupart des délinquants sont Arabes et noirs.»

Ma volonté n’a jamais été de stigmatiser « les noirs ou les arabes » comme des délinquants, mais si cette phrase, sortie de tout contexte, a pu heurter, je le regrette.

La mise en scène tout de gouaille cynique d’un Ardisson sur Canal +, qui prévient d’avance par un panneau comme dans les dessins animés de Tex Avery : «Attention, Zemmour dérape», et qui mime un effarement scandalisé d’autant plus surjoué qu’il est enregistré et inséré a posteriori, tandis que pendant l’émission, il avait pris un air patelin, pour me glisser à l’oreille : «tu as un rôle très important dans la société de dire les vérités qui dérangent…Ne t’inquiète pas, je te protégerai au montage…» Car si mes propos étaient si infâmes à ses yeux, que ne les a-t-il coupés au montage ?

D’autres sont allés plus loin. J’aurais déclaré : «tous les Arabes et noirs sont délinquants.» C’est ainsi que l’a pris – ou a voulu le comprendre- un membre éminent du CSA, Rachid Arhab, qui a rétorqué à la cantonade : «on peut être Arabe et membre du CSA». Mais était-ce le sujet ? Des journalistes m’ont même demandé si j’avais voulu dire qu’ils «étaient délinquants parce qu’arabes et noirs». Et ils se sont étonnés que je refuse de leur répondre.

Je n’ai bien entendu pas voulu dire tout cela. Je connais trop la souffrance réelle de mes compatriotes «Arabes et noirs», honnêtes travailleurs, parents intègres, qui se sentent «salis» par les exactions des bandes de jeunes gens qui ont la même origine qu’eux. Je le sais d’autant mieux qu’avec mon patronyme, je me souviens du temps pas si lointain – les années 70- où une bande de truands célèbres – les frères Zemour – défrayaient la chronique criminelle, la honte dans les yeux de mon grand-père; et accessoirement, l’attente interminable dans les aéroports pour la vérification vétilleuse – et sans ordinateur- de mon identité. Mon grand-père souffrait en silence pour «son nom traîné dans la boue», mais il n’a jamais prétendu que nos homonymes n’étaient pas des brigands de grand chemin !

On a volontairement oublié que ma désormais fameuse phrase n’était qu’une réponse aux arguments développés par les autres intervenants selon laquelle «la police n’arrête que les Arabes et noirs». Cette double «stigmatisation» – et de la police républicaine – et des «Arabes et noirs» ne choque personne. Les «Arabes et noirs» peuvent être distingués du reste «de la communauté nationale» s’ils sont héros ( le livre de Thuram exaltant les héros noirs) ou victimes. Dans tous les autres cas, il est infâme de les distinguer. Cette injonction universaliste conviendrait assez bien à mon tempérament assimilationniste. J’ai tendance à ne voir dans tous les Français que des enfants de la patrie, sans distinction de race ni de religion, comme dit le préambule de notre Constitution.

Mais voilà que l’on me reproche aussi cette position, que l’on juge désuète, très IIIème République, exhalant un fumet néo-colonialiste. Au nom du droit à la différence, de la modernité, on doit pouvoir exalter ses racines et l’enrichissement d’une société multiculturelle. Mais quand vous avez l’outrecuidance de montrer l’envers de ce décor riant, on redevient furieusement universaliste !

J’ai eu le malheur d’ajouter : c’est un fait ! J’aurais sans doute dû ajouter «malheureusement». Je ne me réjouis ni pour eux ni pour la société française; mais l’autruche n’est pas mon modèle. On me rétorque un peu facilement qu’il n’y a pas de statistiques ethniques pour prouver mes dires. Pourtant, devant une commission parlementaire du Sénat, Christian Delorme, surnommé «le curé des Minguettes», ne déclarait il pas : « en France, nous ne parvenons pas à dire certaines choses parfois pour des raisons louables. Il en est ainsi de la surdélinquance des jeunes issus de l’immigration qui a longtemps été niée, sous prétexte de ne pas stigmatiser. On a attendu que la réalité des quartiers, des commissariats, des tribunaux, des prisons, impose l’évidence de cette surreprésentation pour la reconnaître publiquement. Et encore, les politiques ne savent pas encore en parler.»

Il y a quelques années, une enquête commandée par le ministère de la justice, pour évaluer le nombre d’imans nécessaires, évaluait le pourcentage de «musulmans dans les prisons» entre 70 et 80%. En 2004, l’islamologue Farhad Khosrokhavar, dans un livre «L’islam dans les prisons ( Balland) confirmait ce chiffre. En 2007, dans un article du Point, qui avait eu accès aux synthèses de la Direction Centrale de la Sécurité Publique ( DCSP) et de la direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) on évaluait entre 60 et 70% des suspects répertoriés issus de l’immigration. Il y a près de dix ans, la commissaire Lucienne Bui Trong, chargée des violences urbaines à la direction centrale des RG relevait que 85% de leurs auteurs sont d’origine maghrébine. Dans un article du Monde, du 16 mars 2010, les rapports des RG sur les bandes violentes, établissaient que 87% étaient de nationalité française; 67% d’origine maghrébine et 17% d’origine africaine. La «plupart» est donc, au regard de ces chiffres, le mot qui convient.

Mes contempteurs pourraient d’ailleurs me rétorquer que ces chiffres prouvent bien que les personnes issues de l’immigration sont défavorisées, puisque depuis Victor Hugo, on sait bien que c’est la misère qui crée la délinquance. On pourrait aussi rappeler que dans tous les pays d’immigration, les derniers arrivés donnent souvent les gros effectifs à la délinquance – Irlandais dans l’Amérique du XIXème siècle, Marocains dans l’Israël des années 50, Russes aujourd’hui. Ces arguments ne sont d’ailleurs pas sans fondement, mais on ne me les présente nullement. On exige seulement que je me taise.

On me reproche aussi de contester le principe de «discrimination». Mais je continue de penser que le concept même de «discrimination» est dangereux, qu’il pousse à la délation et l’irresponsabilité. Depuis quand n’a-t-on plus le droit en France de contester le bien fondé d’une loi ? Cette question des discriminations est potentiellement explosive dans un pays égalitaire comme la France. Quand certains grands patrons déclarent qu’ils n’embaucheront plus désormais que «des gens issus de l’immigration, et en tout cas pas des mâles blancs», c’est aussi une discrimination, mais personne ne s’en soucie. C’est pour éviter ces querelles sans fin que j’explique que <la discrimination, c’est la vie>, c’est à dire la liberté de choix. Il faut traiter les problèmes réels autrement. En tout cas, on peut en débattre dans un pays libre.

Il existe aujourd’hui une ambiance délétère dans le débat démocratique français. Le pays de Voltaire :« je ne suis pas d’accord avec vous mais je me battrai pour que vous puisiez le dire » devient le pays de Torquemada qui tue l’hérétique pour sauver son âme. Pourquoi les journalistes qui prétendent faire un portrait de moi, s’empressent ils de demander à mes employeurs s’ils me garderont leur confiance ? Il y a aujourd’hui en France une ambiance Mac Carthyste qui réclame «l’interdiction professionnelle» comme exutoire des dérapages. C’est ma mort sociale qui est réclamée.

Notre rencontre a eu le mérite d’ouvrir un dialogue qui je l’espère pourra se prolonger, hors de l’enceinte d’un tribunal.

Je vous prie de croire, Monsieur le Président, à l’assurance de mes sentiments distingués.

Eric ZEMMOUR

Voir aussi:

Immigration: le réel interdit
Eric Zemmour
Le Monde
12.10.07

Réplique d’un « réactionnaire » au président de SOS-Racisme

Il a posé sur son petit bureau ses petites armes de petit flic de la pensée. Il a tiré, dans Le Monde du 29 septembre. Mollement. « Réactionnaire », dit-il ; et puis, « il parle comme Le Pen » ; et puis encore « il a peur, Zemmour ». La routine. Dominique Sopo n’est pas très inventif. Pauvre Sopo, présidence de SOS-Racisme, ça eût payé. Jadis entre Coluche et Simone Signoret ; désormais médiocre collecteur de subventions, et gendarme sifflant les « dérapages sur l’immigration ». Gendarme de Saint-Tropez.

Même pas peur ! Les temps changent. Il s’en plaint. Comme un vulgaire réactionnaire. Mais un réactionnaire préfère les chansons d’Aznavour et Brel à celles de Joey Starr ou Cali. Les rentrées littéraires avec Aragon, Mauriac, ou Jacques Laurent, plutôt qu’avec Christine Angot ou Amélie Nothomb. Déteste l’architecture de l’après-guerre. Donnerait trente années de FIAC pour un seul tableau de Vermeer. Ne croit pas que « le niveau monte à l’école ». N’associe pas spontanément le « langage caillera » à Rimbaud. Ne s’extasie pas devant les familles recomposées. A la nostalgie du temps où la France était « la grande nation ». Bref, un réactionnaire est un homme sans goût ni raison qui mérite les camps de rééducation. Un criminel.

On peut le rassurer, Sopo en est loin. Sa pensée est simple, voire tautologique : ce sera mieux demain. Pourquoi ? Parce que ce sera demain. Sopo est un progressiste. On allait dire à l’ancienne. Mais on ne voudrait pas le vexer. Sopo ne s’est pas aperçu que la religion du progrès était morte dans les tranchées de 1914. Il n’a qu’un siècle de retard. Sopo ne sait pas qu’on a lu Pierre-André Taguieff ; on a bien compris que le progressisme antiraciste n’était que le successeur du communisme, avec les mêmes méthodes totalitaires mises au point par le Komintern dans les années 1930. « Tout anticommuniste est un chien », disait Sartre. Tout adversaire de l’antiracisme est pire qu’un chien. En tout cas, dit Sopo, ne devrait pas être invité à la télé. La télé, c’est important pour Sopo. C’est vrai, on ne l’y voit pas assez. Amis producteurs, faites quelque chose !

Pendant vingt ans, l’antiracisme, Sopo le reconnaît lui-même, a régné en maître sur nos esprits. Alors, faisons son bilan. Le multiculturalisme qui remplace l’assimilation ; l’ethnicisation des questions sociales plutôt que la lutte des classes ; la déconstruction du roman national remplacé par la concurrence victimaire ; la haine institutionnalisée de la France autour de la figure totémique de Dupont Lajoie.

IDIOTS UTILES DU CAPITALISME

L’antiracisme fut le rideau de fumée qui occulta la soumission socialiste aux forces libérales. Les antiracistes ont avec la finance internationale un point commun essentiel : le refus des frontières. Avec les progressistes de tout poil, ils ont détruit les derniers obstacles à la toute-puissance du marché : famille traditionnelle, nation, Etat. Les premiers servent les intérêts de la seconde. Idiots utiles du capitalisme.

Osons donc ce que Sopo interdit ; réintroduisons le réel dans le débat récent autour de l’immigration. Selon le ministère des affaires étrangères, 30 % à 80 % des actes d’état civil sont frauduleux en Afrique. Les mariages entre Français et étrangers représentent désormais près de 30 % des mariages transcrits dans notre état civil ; la moitié de ces 90 700 mariages ont été célébrés à l’étranger en 2005 ; la progression en dix ans des mariages de Français au Maghreb et en Turquie a explosé de 731 %. En 1994, ils étaient 1 129 ressortissants algériens à épouser un Français. En 2005, ils sont 12 457. Onze fois plus. L’amour, bien sûr Sopo !

En vérité, c’est l’échec de l’intégration qui nourrit l’immigration d’aujourd’hui. Dans les cours de récréation de nos écoles, les enfants se regroupent par clans ethniques qui s’ignorent ou se détestent : « Les rebeus, les reunois, les feujs, les noichs ou les caifrans ». Et l’insulte suprême est : « Sale Français ! » Les enfants juifs sont interdits d’école publique dans nombre de banlieues et sont contraints de se replier sur les écoles confessionnelles. Les bandes ethniques s’affrontent à la gare du Nord. Lors de la présidentielle, on a vu à l’oeuvre un terrifiant vote ethnique, comme l’a justement noté Jérôme Jaffré (Le Monde du 8 juin) : 94 % des électeurs qui se disent musulmans ont voté Ségolène Royal ; 77 % de ceux qui se disent catholiques pratiquants ont voté Nicolas Sarkozy.

Mais tout cela n’existe pas. Vous avez rêvé, braves gens. Tout va très bien, Madame la Marquise. C’est Dominique Sopo qui vous le chante. En lisant Sopo, j’ai compris que je n’étais qu’un prétexte. Sopo en veut au peuple français d’avoir voté pour des « députés extrémistes » (il parle d’élus UMP, pas de chemises brunes). Et aussi sans doute, un président extrémiste. Il reproche surtout aux « compagnons de route antiracistes » de rester silencieux. C’est triste de se retrouver seul. Mais peut-être les compagnons de route sont-ils sidérés par cette réalité que je décrivais à gros traits. Naïveté stupide de réactionnaire borné.


Identité nationale: Cachez ces chiffres que je ne saurai voir (No numbers, please, we’re French!)

29 décembre, 2009
Profiling folliesNobody's illegal (mural, France, 2005)
Foreign-born youths (France: 1968-2005)Dans certains dossiers, les personnes contrôlées présentent des profils tellement éloignés des profils traditionnels des terroristes qu’il n’y a pas la moindre possibilité qu’il ou elle soit un terroriste. Ce n’est bon pour personne d’être arrêté uniquement pour obtenir des statistiques raciales équilibrées. Lord Carlile
Ce qu’ils ont fait avant avec les Juifs, ils le font maintenant avec nous. Jeune berlinois d’origine libanaise (primé par le SPD en 2006)
En 1979, il y avait tous les jours des manifestations. Tous les jours, les islamistes mettaient des cadavres de moutons ensanglantés dans des linceuls (simple drap blanc qui couvre le corps d’un défunt) en criant au « martyr » ou encore : « je tuerais, celui qui a tué mon frère ». Trompés par ces draps ensanglantés, de nombreux Iraniens ont rejoint la révolution avant d’apprendre plus tard qu’ils avaient pleuré des moutons qui ont fini en Kebab dans le ventre des mollahs. Iran-Resist
Les scanners « permettent de voir jusqu’aux parties génitales, si une femme a de gros ou de petits seins », s’est insurgé le social-démocrate bavarois Wolfgang Kreissl-Dörfler, qui voit là l’illustration de la « paranoïa des ministres de l’intérieur » des Vingt-Sept en matière de terrorisme. Le Monde (23.10.08)
Selon le rapport confidentiel que s’est procuré le Figaro, quelque 300 000 Africains pénètreraient chaque année clandestinement dans l’Union européenne. 80% d’entre eux utiliseraient les services d’organisations de trafiquants, dont les revenus pour ce type d’activité sont estimés à 300 millions de dollars, soit 237 millions d’euros, par an. (…) «Les groupes criminels d’Afrique de l’Ouest, en majorité nigérians, sont souvent décrits comme des réseaux, précise le rapport, les experts de chaque zone pouvant être associés rapidement à d’autres de manière transversale. [Une telle] flexibilité rend ces groupes extrêmement résistants à l’action des forces de l’ordre : il est virtuellement impossible de décapiter une organisation criminelle en Afrique, parce que sa structure est essentiellement horizontale. Le système du «havalah» est très fréquemment employé : ce mode traditionnel de transfert de fonds dans le monde arabe, qui se pratique par le biais d’intermédiaires et sans aucune trace écrite, permet notamment aux groupes criminels de racketter facilement les familles d’immigrants, en exigeant d’elles des sommes supplémentaires ou des recouvrements d’avances de paiement. Rapport ONUDC (2006)
Un chiffre étonnamment stable: contrairement à ce que l’on croit souvent, la proportion d’immigrés ne varie guère depuis le début des années 1980. Le Monde
Cet article du 4 décembre montre que les bons sentiments et la volonté pédagogique de redresser l’opinion publique qui pense mal conduisent à des catastrophes. Ils conduisent à piétiner la déontologie minimale de tout journaliste qui se respecte dont le devoir est d’informer et non de consoler ou de rassurer. Le Monde vient de faire la démonstration que les chiffres peuvent être manipulés et, à l’opposé de ses intentions sans doute, conforte ainsi ceux qui pensent que les médias ne disent pas la vérité sur la question de l’immigration. Michèle Tribalat
On a voulu rester sobre pour ne pas choquer les sensibilités de l’Insee, pour que ce soit publiable par eux mais ils ont pas envie de le traiter. Toute nouvelle avec des infos de type forte concentration au delà de ce qu’on aurait pu imaginer, l’Insee préfère ne pas informer plutôt que de risquer de publier une nouvelle sensible. Par peur de réveiller le racisme en France. Michèle Tribalat

A l’heure où, pour continuer à se cacher la vérité du terrorisme, nos aéroports vont devoir, comme nos policiers pour la délinquance, dépenser toujours plus de millions et de temps à fouiller toutes les petites grand-mère juives de la planète qui appellent au massacre des « croisés »

Et où, pendant qu’à la veille d’un nouvel ultimatum les mollahs nous refont « le coup des moutons » de 1979, l’omerta continue sur les quelque 300 000 Africains qui, via de véritables filières mafieuses avec complices dans les consulats européens, réseaux de soutien en Europe et toutes sortes d’activités parallèles (drogue, fraude, falsification, corruption de fonctionnaires, prostitution), pénètrent chaque année illégalement l’espace européen pour un trafic qui approchait les 240 millions d’euros en 2006 et des passages de 300 à 3000 euros …

Retour, avec la critique d’un article du Monde par Michèle Tribalat, sur l’une de nos exceptions si françaises, à savoir le tabou des chiffres ethniques.

Qui, quand il ne condamne pas les débats à des généralités aussi oiseuses que bien-pensantes, contraint nos rares médias qui tentent de les faire sortir à n’en retenir que ceux qui confortent la pensée unique et à soigneusement éviter ceux qui fâchent.

Ainsi, si l’on s’en tient à l’immigration officielle pour la seule France métropolitaine en n’explicitant jamais la disctinction « immigrés »/ »étrangers »(sans compter les sous-estimations comme en 1999), il est effectivement tout à fait justifié de rappeler une énième fois que la « proportion d’immigrés ne varie guère depuis le début des années 1980″ (de 7,4% en 1982 à 8% en 2006).

Pourtant, une réelle prise en compte de la réalité vécue par nombre de lecteurs, n’aurait-elle pas exigé de développer un peu plus la question de la perception commune qui y voit au contraire une augmentation du fait que les nouvellement naturalisés ne vont tout simplement pas changer du jour au lendemain d’apparence et surtout de comportement?

De même, s’il est effectivement vrai que « les nouveaux immigrés viennent de terres de plus en plus lointaines, comme l’Afrique subsaharienne et l’Asie du Sud-Est », fallait-il, pour illustrer les origines en baisse, citer l’Algérie et la Tunisie et omettre le Maroc où la tendance est précisément inverse?

Enfin, connaissant la nature sensible du sujet, comment expliquer qu’une journaliste digne de ce nom ne prenne pas la peine non seulement de consulter mais de citer les avis divergents y compris parmi les chercheurs, ce qui lui aurait de plus évité l’actuelle polémique?

Michèle Tribalat au Monde: «Vérifiez vos chiffres sur l’immigration»
Michèle Tribalat, directrice de recherche à l’Institut national des études démographiques, et spécialiste de l’immigration, a été choquée du traitement sinon manipulateur du moins maladroit des chiffres par Anne Chemin, journaliste du Monde. Elle réagit dans cette tribune, également envoyée au Monde, pour remettre un peu les faits sur leurs pieds. Marianne2.fr a proposé à Anne Chemin, journaliste auteur de l’article, de répondre ici même à Michelle Tribalat.

J’aimerais revenir sur le dossier du Monde du 4 décembre intitulé Le nouveau visage de la France, terre d’immigration.

Il y est écrit : « Sous l’effet de ces restrictions, les flux migratoires se stabilisent : la France compte 4 millions d’étrangers en 1982, 4,1 millions en 1990, 4,3 millions en 1999, 5 millions en 2006, soit entre 7,4 % et 8 % de la population française ».

Tout d’abord, il ne s’agit pas d’étrangers mais d’immigrés. Autre précision, les chiffres cités sont ceux de la France métropolitaine. Mais passons.

Entre 1982 et 2006, l’augmentation, qui se produit presque entièrement sur la dernière période, est de 25%. Décrire cette évolution comme une stabilisation est proprement mensonger. L’indicateur de fécondité, qui est passé de 1,66 en 1993 à 2,0 aujourd’hui, d’après les chiffres publiés par l’Insee, s’est accru de 20 %. Qui oserait parler d’une stabilisation?

Voilà un graphique qui permet de connaître l’évolution de la proportion d’immigrés en France de manière un peu plus objective et qui couvre près de 100 ans, puisque l’article du 4 décembre n’hésite pas à remonter très loin en arrière.

Le commentaire honnête de cette évolution est, qu’après une phase de stabilisation qui dure, si l’on prend les chiffres des recensements au pied de la lettre, de 1975 à 1999, la France a renoué avec l’immigration étrangère, ce qui a porté la proportion d’immigrés à 8,2 % en 2006 (et non pas 8 %). On pourrait même ajouter qu’en 2006 la France connaît la proportion d’immigrés la plus forte de son histoire. Par ailleurs, il faut avoir une pratique cohérente des arrondis. Il faut choisir. C’est soit 7 % à 8 %, soit 7,4 % à 8,2 %, mais pas 7,4 % à 8 %.

(…)

Si l’on veut soutenir que la période 1982-2006 est une période de stabilisation, alors il faut déclarer qu’il ne s’est rien passé depuis la dernière guerre.

La vérité est que l’on a renoué, depuis le milieu des années 1990, avec un régime migratoire qui, en termes quantitatifs, a plus à voir avec le pic 1968-75 qu’avec les années précédentes. On se demande bien d’ailleurs comment la France aurait pu rester cette « terre de brassage » dont il est question dans l’article s’il ne s’était rien passé depuis la guerre. Il est vrai que, comme il est écrit, près d’un habitant sur quatre a, non pas un grand-parent, mais au moins un parent ou un grand-parent immigré. Je suis l’auteur de l’estimation (Tribalat M., « Une estimation des populations d’origine étrangère en 1999 », Population, 59 (1), 2004).

Le plus grave reste à venir.

L’infographie qui illustre l’article du Monde fait le départ entre les régions d’origine qui montent et celles qui baissent. Il y aurait donc trois régions qui monteraient (l’Afrique noire, la Turquie et l’Asie du Sud-Est) et trois régions qui baisseraient (l’Algérie, le Portugal et la Tunisie). L’emploi de l’article « les » ne laisse aucun doute sur l’exclusivité ou l’exemplarité de ces évolutions. L’emploi du temps présent en souligne l’actualité. On ne parle pas des régions qui ont monté ou qui ont baissé, mais des régions qui montent ou qui baissent.

Première critique: On ne peut parler de la période récente (ce que laisse entendre l’emploi du présent) en arrêtant la série à 1999, c’est-à-dire il y a dix ans.

Il n’est pas difficile d’avoir des données plus récentes, que l’on trouve en ligne sur le site de l’Insee pour le premier janvier 2005. Ce n’est pas 2009 mais enfin c’est moins vieux que 1999.

(…)

Pourquoi avoir oublié le Maroc ?
Pourquoi avoir tronqué la série, au prix de contresens absolus ?
Entre 1999 et 2005, le nombre d’immigrés d’Algérie au augmenté de 105 000 personnes, soit un accroissement de 18 %. Bon, c’est vrai que, pour Le Monde, au-dessous de 25 % c’est une stabilisation. Dans ce cas, pourquoi mettre en exergue des évolutions aussi plates que celle qui a affecté la population immigrée originaire de Tunisie ? D’après Le Monde, le nombre d’immigrés de Tunisie, qui passe de 202,5 milliers en 1982 à 201,5 milliers en 1999, a baissé (-0,5 %), alors que la population immigrée se stabilise en augmentant de 25 % !
Voilà un véritable exercice pédagogique de la part du Monde.

Quant à l’utilisation du solde migratoire, j’ai écrit de nombreuses fois ce que j’en pensais. Je n’y reviendrai pas. Que Le Monde, habituellement présenté comme le journal de référence en France, se soit livré à pareil montage est désespérant.
Cet article du 4 décembre montre que les bons sentiments et la volonté pédagogique de redresser l’opinion publique qui pense mal conduisent à des catastrophes. Ils conduisent à piétiner la déontologie minimale de tout journaliste qui se respecte dont le devoir est d’informer et non de consoler ou de rassurer.
Le Monde vient de faire la démonstration que les chiffres peuvent être manipulés et, à l’opposé de ses intentions sans doute, conforte ainsi ceux qui pensent que les médias ne disent pas la vérité sur la question de l’immigration. Cet article est manifestement l’illustration de ces mensonges qui entretiennent la méfiance dans l’opinion publique.

Mercredi 9 Décembre 2009
Michèle Tribalat – Démographe (INED)

Voir aussi:

Enquête
Le nouveau visage de la France, terre d’immigration
Le Monde
03.12.09

A l’heure de la controverse sur l’identité nationale, beaucoup feignent d’oublier que la France, depuis près de 150 ans, est une terre d’immigration. Au XIXe siècle, alors que ses voisins envoyaient des millions d’émigrants vers l’Amérique, la France accueillait déjà des travailleurs venus de toute l’Europe et cette politique s’est poursuivie tout au long du XXe siècle. Ce brassage qui a transformé en profondeur le visage de la France a fait de l’Hexagone l’un des pays les plus multiculturels du monde. La France, résume l’historien Gérard Noiriel, est ainsi devenue « l’Amérique de l’Europe ».

Cette longue histoire a diversifié en profondeur l’origine des Français : selon les démographes Catherine Borrel et Patrick Simon, un quart des enfants de moins de 18 ans qui vivent sur le territoire français ont au moins un grand-parent maternel né à l’étranger. « La France, à la différence de ses voisins, est un vieux pays d’immigration, explique le démographe François Héran dans Le Temps des immigrés (Seuil, 2007). A de rares interruptions près, comme la crise des années 1930 ou le choc de 1974, elle accueille des migrants depuis le milieu du XIXe siècle. »

En 1891, la France comptait ainsi plus d’un million d’étrangers venus de Belgique, d’Italie, d’Allemagne, d’Espagne ou de Suisse. « Ils seront rejoints dans l’entre-deux-guerres par les Polonais, les Russes et les Arméniens, écrivent Catherine Borrel et Patrick Simon dans Histoires de familles, histoires familiales (INED, 2005). La reconstruction et le décollage économique des années 1950 et 1960 verront les flux d’émigration s’intensifier. » La France des « trente glorieuses » accueille alors des Algériens, des Portugais, des Marocains et des Tunisiens.

Au début des années 1970, alors que la crise pétrolière se profile, l’immigration de travail qui avait nourri les flux migratoires de l’après-guerre est rigoureusement encadrée : suspension de l’immigration des salariés, instauration d’une politique de retours volontaires (le « million Stoleru »), expulsion de ceux que l’on n’appelle pas encore les sans-papiers.

Sous l’effet de ces restrictions, les flux migratoires se stabilisent : la France compte 4 millions d’étrangers en 1982, 4,1 millions en 1990, 4,3 millions en 1999, 5 millions en 2006, soit entre 7,4 % et 8 % de la population française. Un chiffre étonnamment stable : contrairement à ce que l’on croit souvent, la proportion d’immigrés ne varie guère depuis le début des années 1980. Associée à un taux de fécondité record – le plus élevé de l’Europe des Vingt-Sept -, cette stabilisation des flux migratoires fait aujourd’hui de la France une exception par rapport à ses voisins. Selon Eurostat, l’immigration contribue à hauteur de 20 % à la croissance de la population française, contre 60 % en Irlande, 70 % au Danemark, 75 % en Belgique et… 86 % en Espagne ! « Dans l’Europe des Vingt-Sept, la croissance démographique est principalement due à l’immigration, sauf en France, aux Pays-Bas et en Grande-Bretagne », constate Giampaolo Lanzieri dans une note d’Eurostat.

Si l’immigration s’est stabilisée, son visage, en revanche, s’est transformé. Aux jeunes célibataires venus du Maghreb pour travailler en usine dans les années 1970 se sont substitués peu à peu des femmes et des enfants accueillis dans le cadre du regroupement familial. « Au fil du temps, les raisons de migration ont changé et, depuis 1974, elles ont essentiellement trait à des motifs familiaux », soulignent Olivier Monso et François Gleizes, dans une étude publiée en novembre par l’Insee. Les pays d’origine, eux aussi, se modifient : les immigrés viennent de terres de plus en plus lointaines, comme l’Afrique subsaharienne et l’Asie du Sud-Est.

Cette longue histoire de l’immigration française a donné naissance à un phénomène que la plupart de ses voisins ignorent : l’émergence de deuxièmes, voire de troisièmes générations d’immigrés. « Le reste de l’Europe, à l’exception de la Suisse et, dans une moindre mesure, de l’Allemagne fédérale, ne connaît pas au même degré ce phénomène, écrit François Héran dans Le Temps des immigrés. L’Angleterre a longtemps pratiqué des échanges intenses avec les pays du Commonwealth peu propres à stabiliser les secondes générations. Au sud de l’Europe, l’immigration est trop récente pour que le problème se pose. »

Au fil des décennies, ces deuxièmes, voire troisièmes générations ont façonné en profondeur le visage de l’Hexagone, laissant croire à beaucoup de Français que l’immigration ne cessait de croître. Selon les travaux de Catherine Borrel et Patrick Simon, la France comptait ainsi, en 1999, 4,5 millions de descendants d’immigrés : la deuxième génération représentait alors 7,7 % de la population totale, soit presque autant que la première génération (7,4 %). Au total, sur les 58 millions d’habitants que comptait la France en 1999, près de 9 millions étaient soit des immigrés, soit des descendants d’immigrés.

L’origine de cette deuxième génération reflète l’histoire des vagues migratoires françaises : la deuxième génération italienne est de loin la plus nombreuse (22,6 %), devant l’algérienne (14,1 %), l’espagnole (12,9 %), la portugaise (10,4 %) et la marocaine (9,1 %). « On voit tout juste apparaître les deuxièmes générations d’Afrique subsaharienne et turque, qui, dans les années à venir, occuperont une place plus importante », soulignent Catherine Borrel et Patrick Simon. En 1999, elles ne représentaient respectivement que 5,6 % et 3,4 % des deuxièmes générations.

La singularité de la France réside dans cette longue histoire, qui a fait du brassage l’une des constantes de notre politique démographique : au fil des décennies, elle a créé des deuxièmes, des troisièmes, voire des quatrièmes générations qui ont diversifié l’origine des Français. « Près d’un Français sur quatre a au moins un grand-parent immigré et l’on arriverait sans peine à un Français sur trois avec une génération de plus », estime ainsi François Héran. Selon l’ancien directeur de l’Institut national d’études démographiques (INED), l’immigration, sans être jamais massive comme elle l’est en Espagne depuis quelques années, a constitué une « infusion durable ».

Anne Chemin
Article paru dans l’édition du 04.12.09

Voir également:

Droit de réponse du Monde sur la tribune de Michelle Tribalat
Nous publions ci-dessous un droit de réponse du Monde concernant la tribune de Michelle Tribalat éditée hier soir.

Droit de réponse du Monde sur la tribune de Michelle Tribalat

Dans un article intitulé « Michèle Tribalat au Monde : vérifiez vos chiffres sur l’immigration », Michèle Tribalat accuse Le Monde d’avoir, au nom des « bons sentiments », « manipulé » les chiffres afin de « redresser l’opinion publique ». Elle invoque, à l’appui de cette thèse, un certain nombre d’arguments d’une grande fragilité.

1/ Michèle Tribalat affirme que nous avons arrondi le chiffre concernant la part des immigrés dans la population, en 2006, en le situant à 8% alors qu’il atteint, selon elle, 8,2%. Il suffit de se référer à la page 294 de « France, Portrait social », un document rendu public le 13 novembre 2009, pour constater que ce chiffre est tout simplement celui de l’Insee. « Au 1er janvier 2006, écrit l’Institut, 5 millions d’immigrés vivent en France métropolitaine, soit 8% de la population. »

2/ Michèle Tribalat ajoute que le nombre d’immigrés a augmenté de 25% de 1982 à 2006 puisqu’il est passé de 4 à 5 millions. Il n’aura cependant pas échappé à Michèle Tribalat, puisqu’elle est démographe, que pendant la même période, la population de la France métropolitaine a, elle aussi, progressé, passant de 54,2 à 61,4 millions. Pour analyser la place des immigrés dans la société française, il était donc plus judicieux de suivre l’évolution de sa part en pourcentage dans la population que le nombre total d’immigrés. C’est ce que nous avons fait.

3/ Michèle Tribalat estime que nous travestissons la réalité en affirmant que la « proportion d’immigrés ne varie guère depuis le début des années 1980 ». Cette affirmation est pourtant extrêmement simple à justifier : comme le montraient les graphiques publiés dans la double page, la France comptait 7,4% d’immigrés en 1982, 7,4% en 1990, 7,4% en 1999 et 8% en 2006. La part des immigrés est donc passée, en vingt ans, de 7,4% à 8%. Libre à Michèle Tribalat de considérer qu’il s’agit d’une très forte augmentation. Dans cet article qui retraçait l’histoire de l’immigration depuis le XIXe siècle et non les tendances de ces dernières années, nous avons préféré écrire que la proportion n’a « guère varié ».

4/ Michèle Tribalat affirme que près d’un habitant sur quatre a, non pas un grand-parent, mais au moins un parent ou un grand-parent immigré. « Je suis l’auteur de l’estimation », poursuit-elle. En réalité, les chiffres que nous avons donnés sur l’origine des Français – un quart des Français de moins de 18 ans ont au moins un grand-parent maternel né à l’étranger – ne sont pas extraits d’une étude de Michèle Tribalat. Comme l’indiquait clairement l’article, ils sont issus d’un travail mené par le responsable de l’unité de recherche sur l’immigration de l’Ined, Patrick Simon, et la responsable de la cellule « Statistiques et études sur l’immigration » de l’Insee, Catherine Borrel. L’article indiquait même les références de ce travail (Histoires de familles, histoires familiales, Ined, 2005). Je comprends que Michèle Tribalat ait été un peu froissée que son étude ne soit pas citée mais j’imagine qu’elle comprendra aisément que pour cet article sur la diversification des origines des Français, nous nous soyons adressés à Patrick Simon et Catherine Borrel, auteurs en 2005 d’une étude intitulée « Les origines des Français ».

5/ Michèle Tribalat conteste les choix infographiques que nous avons fait en retenant, parmi les régions ou les pays d’origine qui montent, l’Afrique noire, la Turquie et l’Asie du sud-est, et parmi ceux qui baissent, l’Algérie, le Portugal et la Tunisie. Peut-être aurait-il fallu retenir le Maroc parmi ceux qui montent ou le Portugal parmi ceux qui baissent, mais nous ne pouvions, faute de place, les citer tous. Nous avons donc fait des choix qui, comme tous les choix, peuvent être discutés. Nul ne peut cependant nier que tous les pays placés dans la rubrique en baisse affichent des chiffres en recul et que tous ceux qui ont été placés dans la rubrique en hausse progressent.

6/ Michèle Tribalat n’a envoyé son texte ni à l’auteur de l’article, ni à la rédaction en chef du Monde, ni à la direction de la rédaction du journal. Elle s’est contentée d’envoyer un mail à la médiatrice du journal, mardi 8 décembre, à 14 heures, puis une version corrigée, mercredi 9 décembre, à 9 heures. Sans même attendre une réponse, sans nous donner l’occasion de discuter avec elle, sans écouter nos arguments, elle a transmis son texte à Marianne : Philippe Cohen, le rédacteur en chef de Marianne 2, nous a contactés, mercredi 9 décembre, à 11 heures. A ce moment-là, la médiatrice du journal, Véronique Maurus, qui reçoit jusqu’à 500 mails par jour, n’avait évidemment pas fini de lire les courriers de la veille. Que dire d’une méthode qui consiste à formuler les accusations les plus graves qui soient contre un journaliste – mensonge, montage, manipulation- le mardi à 14 heures pour transmettre ces accusations à Marianne, le lendemain matin, avant même que nous ayons pu lire son mail, la contacter, discuter avec elle et répondre à ses accusations ? Avait-elle vraiment envie d’ouvrir le débat ?

7/ Un mot, enfin, sur les pratiques de Marianne2. Si le Monde recevait des courriers formulant de graves accusations contre des journalistes de Marianne, imagine-t-on un instant qu’il les publie sur le site du Monde.fr et ce, avant même que la rédaction en chef de Marianne et les auteurs des articles incriminés aient eu le temps d’en prendre connaissance et d’y répondre ? Nous n’avons jamais adopté de telles pratiques.

Précision de Marianne2

Le point 7 de cette lettre concerne Marianne2. Nous comprenons l’émotion de l’auteur. Nous avons proposé à Anne Chemin de réagir immédiatement à l’article de Michelle Tribalat avant même de le publier. Si Anne Chemin avait répondu de façon positive, nous aurions reculé la publication de la tribune de Michelle Tribalat de façon à publier simultanément les deux points de vue. Nous ne souhaitions dans cette affaire que faire rebondir un débat souvent « interdit » sur la place de l’immigration dans la société française.

Jeudi 10 Décembre 2009
Anne Chemin – Le Monde

Voir de plus:

Les gros profits du trafic de clandestins africains
Le Figaro
Le 22 août 2006

LE TRAFIC d’immigrés clandestins vers l’Europe est un commerce florissant. C’est le constat dressé par l’Organisation des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), qui affirme que le phénomène est en plein essor et tente de prévenir l’action de mouvements criminels très organisés.

Début juillet au Maroc, le directeur-général de l’ONUDC, l’Italien Antonio Maria Costa, dévoilait à un parterre de responsables africains les résultats d’une longue enquête, conclue par une mission de terrain au Sénégal, au Mali, en Mauritanie, Gambie et au Sierra Leone, du 19 juin au 1er juillet.

Selon le rapport confidentiel que s’est procuré le Figaro, quelque 300 000 Africains pénètreraient chaque année clandestinement dans l’Union européenne. 80% d’entre eux utiliseraient les services d’organisations de trafiquants, dont les revenus pour ce type d’activité sont estimés à 300 millions de dollars, soit 237 millions d’euros, par an.

Derrière ces chiffres, une grande tragédie, insiste l’ONUDC. Chaque année, des dizaines de milliers d’Africains tentent l’aventure vers un improbable Eldorado. Un nombre indéterminé d’entre eux disparaît corps et bien dans le désert ou en mer, victimes de trafiquants peu préoccupés du devenir de leur «cargaison».

Les causes de ce flux, écrit encore l’ONUDC, sont faciles à tracer : quinze des vingt pays les plus développés du monde se trouvent en Europe, tandis que les vingt pays les moins développés se situent en Afrique, aux portes méridionales de la forteresse Europe. Et pendant que le reste de la planète gagnait en prospérité ces vingt dernières années, l’Afrique, elle, s’est appauvrie. Rebuté par la violence, la misère et le chômage, un nombre croissant de jeunes Africains échoue dans les bras de trafiquants peu scrupuleux, qui leur proposent diverses «solutions» pour atteindre l’Europe. Toutes sont très chères : les «forfaits» vont en moyenne de 300 à 3 000 euros, selon le point de départ, le point d’arrivée et la sophistication des moyens employés.

La première solution consiste à fournir aux candidats au voyage un visa en règle pour l’Union européenne et les aider à y demeurer après son expiration légale. Elle suppose la participation active de complices dans les consulats européens et des réseaux de soutien en Europe. La deuxième leur procure de faux papiers pour franchir sans encombre tous les postes-frontières africains. La troisième, enfin, organise la logistique nécessaire pour voyager clandestinement, en évitant les points de passage officiels.

Des «paquets» complets

Telles des agences de tourisme spécialisées, les groupes de trafiquants vont jusqu’à proposer des «paquets» complets, incluant à la fois transport, faux papiers et passage clandestin des frontières rencontrées. Ils se livrent en général à d’autres activités parallèles : trafic de drogue, fraude et falsification, corruption de fonctionnaires et trafic d’êtres humains.

«Les groupes criminels d’Afrique de l’Ouest, en majorité nigérians, sont souvent décrits comme des réseaux, précise le rapport, les experts de chaque zone pouvant être associés rapidement à d’autres de manière transversale. [Une telle] flexibilité rend ces groupes extrêmement résistants à l’action des forces de l’ordre : il est virtuellement impossible de décapiter une organisation criminelle en Afrique, parce que sa structure est essentiellement horizontale.»

Le système du «havalah» est très fréquemment employé : ce mode traditionnel de transfert de fonds dans le monde arabe, qui se pratique par le biais d’intermédiaires et sans aucune trace écrite, permet notamment aux groupes criminels de racketter facilement les familles d’immigrants, en exigeant d’elles des sommes supplémentaires ou des recouvrements d’avances de paiement.

Voir par ailleurs:

Immigration: l’INSEE aurait-t-elle peur des chiffres?
Jessica Thomas
Marianne
22 Juillet 2009

Dès qu’il s’agit d’immigration, l’Insee fait le gros dos: Non, crie-t-elle, cachez ces chiffres que je ne saurais voir! Mais des chiffres sortent malgré tout. Et ils sont assez inattendus. Attention, données sensibles…

Un couloir sombre, une porte anodine, une pièce mal éclairée, un placard insoupçonné, et là : des chiffres. Soigneusement planqués par l’Insee. Parce qu’ils lui font peur : 37% de jeunes d’origine étrangère en Ile-de-France, plus de 60% dans une vingtaine de villes, explosion du nombre de jeunes originaires d’Afrique sub-saharienne, proportion de jeunes d’origine étrangère en très forte hausse dans l’ouest de la France…

Attention ! Cela ressemble étrangement à des statistiques ethniques ! Et ça, on n’y touche pas. Le 14 juillet dans Le Monde, Hervé le Bras, démographe, affirme l’inefficacité et l’inutilité des statistiques ethniques. En tous cas, à court terme. Il craint surtout un effet pervers à long terme : habituer les Français à penser en terme de races. Ou plutôt, légitimer cette tendance, « d’autant plus facilement qu’elle existe déjà à l’état latent. » Le débat n’est donc pas clos, il est béant. Plaie ouverte, terrain glissant. On détourne les yeux.
Peu importe. Ténus, imperceptibles, ces chiffres sont là. Et s’ils sont là, c’est grâce à l’Insee. Même si ça l’emmerde.

Et ça, Michèle Tribalat et Bernard Aubry, les auteurs de l’étude, en savent quelque chose. « On a voulu rester sobre pour ne pas choquer les sensibilités de l’Insee, pour que ce soit publiable par eux mais ils ont pas envie de le traiter. Toute nouvelle avec des infos de type forte concentration au delà de ce qu’on aurait pu imaginer, l’Insee préfère ne pas informer plutôt que de risquer de publier une nouvelle sensible. Par peur de réveiller le racisme en France », déplore Michèle Tribalat. Qu’importe, l’étude paraît ailleurs, dans le numéro de juin de la revue Commentaire.

Un petit exemple des chiffres que l’étude met en lumière.

Immigration: l’INSEE aurait-t-elle peur des chiffres?

L’Insee, tentaculaire, ne peut pas contrôler absolument tous ses fichiers. Et dans un petit bout de bureau à Strasbourg, Bernard Aubry a confectionné le fichier Saphir. Un fichier historique des recensements qui permettait d’harmoniser les données, « sans rupture, sur une longue période, sans se préoccuper de l’espace géographique et des CSP… Une mine », se souvient Michèle Tribalat. « C’était un fichier hierarchisé, avec un niveau familial et individuel. On pouvait faire des liens entre le niveau enfant et le niveau famille. Et donc, s’intéresser aux jeunes de moins de 18 ans avec au moins un des parents immigré. » Ce sont eux que Michèle Tribalat et Bernard Aubry ont nommé les jeunes d’origine étrangère. « Ce qui m’a étonné le plus, c’est ce mouvement vers l’ouest. Il était pas perceptible. Pour l’Ile de France, on savait qu’on allait trouver des concentrations très fortes. Mais ça, on n’avait aucun élément pour le voir. Alors, on avait d’autres projets, pour creuser… Mais on est tombé en rade. »

Ce fichier a été mis à jour jusqu’en août 2008. Et puis… Et puis Bernard Aubry a pris sa retraite. Et l’Insee a reconquis l’Alsace, laissant Saphir se perdre dans les limbes kafkaïennes de l’Institut. « Ce fichier doit exister quelque part à l’Insee Strasbourg mais hors d’usage. Aujourd’hui, on peut savoir si les personnes sont nées en France ou à l’étranger mais on ne sait pas où. Ce qu’on a fait nous ne peut plus être fait. C’est foutu. »

C’est que l’Insee a peur des chiffres… (le comble, pour l’institut de la statistique !) Alors, il tente de cacher tout ça sous un tapis… Mais, comme le soupire Michèle Tribalat, « ce ne sont pas des bâtons de dynamite », ce sont des chiffres. Et d’une façon ou d’une autre, ils se faufilent et sortent du tiroir. Car les chiffres ne se rangent pas, ils se publient. Même s’ils risquent de faire débat.

Voir enfin:

Immigration
Le compte n’est pas bon
Julie Joly
L’Express
le mardi 18 juillet 2006

Quel est le solde migratoire du territoire français? Le chiffre calculé par l’Insee est «purement fictif», estiment certains experts. Et la polémique rebondit

Combien d’étrangers s’installent en France chaque année? Combien y restent? Combien en repartent? Mieux: combien de Français quittent le territoire pour aller vivre ailleurs? Alors que l’immigration agite le débat politique, ces questions demeurent sans réponse. Elles sont pourtant cruciales. Au début de juillet, l’Insee révisait ses projections démographiques pour la France: d’ici à 2050, notre solde migratoire (différence entre le nombre de personnes entrées et le nombre de personnes sorties du territoire) serait chaque année de 100 000 personnes, deux fois plus élevé que dans les années 1990. Ces chiffres sont «purement fictifs», dénoncent les experts. La démographe Michèle Tribalat confirme: privé de données fiables, «l’Insee improvise». Quitte à jouer avec le feu.

Les acrobaties de l’Insee

1968
Le recensement de la population comptabilise 360 000 habitants de moins que prévu. L’Insee crée une «variable d’ajustement» et 200 000 recensés sortent des statistiques. Il diminue ensuite le solde migratoire des années 1963-1967 de 160 000 personnes.

1975
Nouveau recensement et 43 000 habitants de moins que prévu. Le solde migratoire des années 1968 à 1974 est diminué rétroactivement, mais à la marge.

1982
Officiellement, l’immigration étrangère s’est arrêtée avec la fin des visas de travail, en 1974. Les enquêtes disent le contraire. Pas l’Insee, qui annonce un solde migratoire virtuel «nul».

1990
Surprise: le recensement dénombre 274 000 habitants de plus que prévu. L’Insee révise ses projections antérieures, et notamment le solde migratoire.

1999
Il manque 480 000 personnes à l’appel. Le recensement paraît inexact. Pourtant, l’Insee entérine ce résultat. Il diminue rétroactivement l’accroissement de la population entre 1990 et 1998, sans toucher, cette fois, au solde migratoire.

2004
On dénombre 420 000 habitants de plus que prévu. L’Insee augmente le solde migratoire des années 1999-2003.

«Les statistiques, c’est comme le Bikini: ça donne des idées, mais ça cache l’essentiel», aimait à répéter Coluche. En l’espèce, les idées sont trompeuses. En février 2004, notre Institut national de la statistique et des études économiques (Insee, établissement public à la réputation internationale) annonçait une diminution historique, la première depuis longtemps, de notre solde migratoire. Le scoop fait alors la Une des journaux, et pour cause: le retournement s’expliquerait notamment par une forte baisse des entrées de familles de réfugiés et de travailleurs étrangers sur le territoire, explique l’Insee.

Petit hic: dans les faits, c’est tout le contraire. «Le nombre d’immigrants venus s’installer en France progresse de manière quasi continue depuis 1997», constatent à l’Institut national d’études démographiques (Ined) les chercheurs Michèle Tribalat et Xavier Thierry. Les chiffres du ministère de l’Intérieur enfoncent le clou: la barre symbolique des 200 000 entrées annuelles a même été franchie en 2002. Et, entre 1999 et 2003, le flux a augmenté de 50%. Une baisse du solde migratoire en 2003 paraît donc peu crédible.

Acculé, l’Insee rectifie discrètement le tir: le solde migratoire pour l’année 2003 est augmenté de plusieurs milliers, mais corrigé officiellement – en positif, cette fois – au printemps 2004 seulement. «Nous avons fait une petite erreur, reconnaît aujourd’hui Guy Desplanques, chef du département de la démographie au siège de l’Insee. Le solde migratoire a été sous-estimé de quelques milliers, mais l’erreur nous a paru mineure comparée à l’effectif total de la population.»

Mineure? Les arrangements comptables de l’Insee choquent la communauté des experts. Pour la spécialiste de l’immigration Michèle Tribalat, ces acrobaties révèlent une lacune grave: «Nous sommes sans boussole pour déterminer en France le solde migratoire, dit-elle. Le chiffre annoncé par l’Insee ne représente que l’idée qu’il s’en fait.» Or l’idée est parfois très éloignée de la réalité.

Car comment l’Insee s’y prend-il? Officiellement, en deux temps. Chaque année, en attendant que la population soit précisément recensée, une estimation est calculée en fonction des tendances générales de notre démographie. Puis, une fois les résultats du recensement obtenus, l’Insee corrige ses estimations. Sur le papier, rien à redire. A un détail près: tous les recensements ne se valent pas.

Recensement, nouvelle formule

Depuis janvier 2004, tous les résidents français ne sont plus recensés la même année. L’Insee a substitué au recensement national, organisé tous les huit ou neuf ans, une nouvelle méthode de collecte qui permet de fournir des résultats chaque année. Les communes de moins de 10 000 habitants produisent une étude exhaustive tous les cinq ans. Les communes de plus de 10 000 habitants réalisent, quant à elles, une enquête par sondage tous les ans, auprès d’un échantillon de leur population. Le coût final des deux méthodes est équivalent: entre 25 et 30 millions d’euros par an.

Et c’est là que la mécanique coince. Chaque année, la population française fluctue: une forte natalité ou une baisse de la mortalité peuvent augmenter notre solde naturel; moins d’entrées sur le territoire et plus de sorties, diminuer notre solde migratoire. Chaque année donc, l’Insee, comme tous ses pairs étrangers, compile les données officielles et les courbes de tendance pour tenter d’estimer notre évolution démographique. Mais que faire quand la population recensée n’est pas celle attendue?
Personne ne peut contester le solde naturel – les chiffres sont indiscutables. En revanche, avec le solde migratoire… tout est possible. En théorie, ce chiffre dépend de quatre paramètres: le nombre de Français et le nombre d’étrangers entrés sur le territoire; le nombre de Français et le nombre d’étrangers qui en sont sortis. Mais, en pratique, c’est le flou total. Sur les mouvements de Français, «on ne sait rien ou presque, il n’existe aucune donnée exhaustive», affirment Guy Desplanques et Michèle Tribalat. Quant aux étrangers, ce n’est pas beaucoup mieux. Seules les sorties déclarées du territoire sont connues. Les intra-Européens, les enfants d’immigrés, les étudiants étrangers ou encore les clandestins – par définition – ne sont pas tous, loin s’en faut, enregistrés par l’administration.

Des statistiques fiables dans trois ou quatre ans
La nouvelle méthode de recensement inaugurée par l’Insee en 2004 était censée améliorer notre connaissance du sujet. Las! Dès les premiers résultats, la forte augmentation de la population (420 000 résidents de plus que prévu) a pris toutes les prévisions statistiques à revers. Pour les démographes, l’écart est dû aux défaillances du précédent recensement, celui de 1999. L’Insee réfute. Pour rester en ligne avec ses estimations, l’institut trouve même cette fois une parade inédite: une variable d’ajustement «positive». En clair, 564 000 personnes recensées en 2004 sont attribuées à un nouveau solde, ni naturel ni migratoire. D’où viennent-elles alors? L’Insee ne le dit pas.

En Grande-Bretagne aussi

En 2001, le résultat du recensement national britannique a pris à revers toutes les estimations officielles: le service statistique a dénombré 1 million d’habitants… de moins que prévu! L’ampleur de l’immi- gration étrangère aurait été largement surestimée. Et l’émigration des Britanniques, notamment en France, sensiblement sous- estimée.

«Nous sommes en rodage, il nous faudra encore trois ou quatre ans de recul avant de disposer de données fiables», plaide Guy Desplanques, à l’Insee. Certes. La direction de l’institut national cherche d’ailleurs la solution. Car, si les recensements ne suffisent pas, comment mesurer précisément l’ampleur des migrations sur notre territoire? Jusqu’à présent, l’Insee utilisait les données recueillies par l’Agence nationale de l’accueil des étrangers et des migrations (Anaem, ancien Office des migrations internationales) pour recouper ses sources. Mais ces fichiers sont parcellaires. Désormais, les fichiers du ministère de l’Intérieur pourraient être davantage mis à contribution. De même que les travaux des démographes de l’Ined.

«Il va nous falloir un peu de courage pour envisager toutes les hypothèses, estime Michèle Tribalat. Y compris celle, politiquement incorrecte, d’une sortie importante de Français du territoire.» Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire, mais une chose est sûre: le sujet des migrations est trop sensible pour supporter les approximations.


Classements internationaux: La France brille par ses absences (France’s conspicuous absences in world rankings)

1 novembre, 2009
Where's France?Nos sociétés ont essayé de réagir, avec le communisme, contre la misère et l’inégalité. (…) Mais le libéralisme est lui aussi dangereux et conduira aux mêmes excès. C’est pourquoi on cherche une solution intermédiaire, qui se situe entre le communisme et le libéralisme. (…) Je suis convaincu que le libéralisme est voué au même échec que le communisme, et qu’il conduira aux mêmes excès. L’un comme l’autre sont des perversions de la pensée humaine. (…) Je ne crois pas au libéralisme qui est, à mon avis, une forme de déviance. Jacques Chirac (« L’inconnu de l’Elysée », Pierre Péan, 2007)
Je n’en peux plus de vivre aux Etats-Unis mais je refuse d’en partir. Michael Moore
Le droit des nations à l’ « autodetermination » ne s’applique qu’aux sociétés libres ou aux sociétés cherchant à établir la liberté;il ne s’applique pas aux dictatures.(…) que la nation soit asservie par la force, comme en Russie soviétique, ou par vote, comme l’ Allemagne nazie. (…) Les dictatures sont des nations hors-la-loi. Toute nation libre avait le droit d’envahir l’Allemagne nazie et, aujourd’hui, a le droit d’envahir la Russie soviétique, Cuba ou n’importe quel autre enclos d’esclaves. Ayn Rand (née Alissa Rosenbaum, philosophe russo-américaine ayant connu de près le bolchévisme, 1964)
Les 10 critères pris en compte sont l’originalité des idées, leur potentiel de mise en œuvre pratique, la qualité de leur présentation orale et écrite, la loyauté et l’implication des partisans à ces idées, la prise en compte de la réalité du monde des affaires, le rayonnement international, le sérieux des recherches, l’impact sur les méthodes de management, les impacts décisionnels. The Thinkers 50
Quand la France brille… par ses absences!
.
Aucun français au classement des intellectuels les plus influents du monde des affaires (41 anglo-saxons sur 50), aucune université française dans les 75 premières universités mondiales en économie (55 sur 100 pour les seuls Etats-Unis), aucune en informatique …

Alors que, contre les potions socialisantes du Prince de Sang-Mêlé et au moment où Michael Moore envisage de demander l’asile politique en France, la pensée anti-collectiviste d’Ayn Rand semble retrouver une seconde jeunesse …

Confirmation, avec les classements de Shanghaï et des Thinkers 50, de la terre natale de Sartre et Chirac comme patrie incontournable des déshérités et des damnés de la terre …

Aucun français au classement des intellectuels les plus influents du monde des affaires
Yacine Kellib
Novapresse
25.10.2009

Selon le palmarès « The Thinkers » le professeur de stratégie d’entreprises Coimbatore Krishnarao Prahalad serait l’intellectuel le plus influent du monde des affaires.

Le palmarès des gourous de l’économie, The Thinkers 50, est dominé une nouvelle fois par le professeur de stratégie d’entreprises d’origine indienne Coimbatore Krishnarao Prahalad. En 2007, il avait déjà remporté la tête de ce classement, qui paraît tous les 2 ans depuis 2001.

Diplômé d’Harvard et professeur à la Ross School of Business dans le Michigan (Etats-Unis), Coimbatore Krishnarao Prahalad est mondialement reconnu pour plusieurs ouvrages d’économie. Il a notamment rédigé un essai sur le business et la pauvreté, et coécrit avec Gary Hamel le bestseller « La conquête du futur », sur la stratégie et la concurrence. CK – Prahalad est né dans la ville de Coimbatore dans le Tamil Nadu. Il a étudié la physique à l’Université de Madras (Chennai).

Le numéro deux est un journaliste du Washington Post et du New Yorker: Malcolm Gladwell. Quant à la troisième place, elle est attribuée à Paul Krugman, professeur à l’université de Princeton et prix Nobel d’économie.

D’autres personnalités figurent dans le classement, comme Bill Gates (7e), le chef d’entreprise indien Ratan Tata (12e), le patron d’Apple Steve Jobs (4e), et le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz (22e).

Certains, en revanche, ont disparu du palmarès, comme l’ex patron de la Réserve fédérale américaine Alan Greenspan, Al Gore ou encore Donald Trump.

Yacine Kellib

Voir aussi:

Les 50 penseurs les plus influents sur le monde des affaires

1. C.K. Prahalad (déjà 1er en 2007)

2. Malcolm Gladwell (18)

3. Paul Krugman (-)

4. Steve Jobs (29)

5. Chan Kim et Renée Mauborgne (6)

6. Muhammad Yunus (-)

7. Bill Gates (2)

8. Richard Branson (9)

9. Philip Kotler (11)

10. Gary Hamel (5)

11. Michael Porter (4)

12. Ratan Tata (-)

13. Ram Charan (22)

14. Marshall Goldsmith (34)

15. S (Kris) Gopalakhrishnan (-)

16. Howard Gardner (39)

17. Jim Collins (10)

18. Lynda Gratton (19)

19. Tom Peters (7)

20. Jack Welch (8)

21. Eric Schmidt (-)

22. Joseph Stiglitz (-)

23. Kjell Nordsröm & Jonas Ridderstrale (13)

24. Vijay Govindarajan (23)

25. Marcus Buckingham (38)

26. Richard d’Aveni (46)

27. Rosabeth Moss Kanter (28)

28. Clayton Christensen (25)

29. Stephen Covey (15)

30. Thomas Friedman (26)

31. David Ulrich (42)

32. Roger Martin (-)

33. Henry Mintzberg (16)

34. Daniel Goleman (37)

35. Chris Anderson (-)

36. Warren Bennis (24)

37. Robert Kaplan et David Norton (12)

38. Jeff Immelt (31)

39. Don Tapscott (-)

40. Nasim Nicholas Taleb (-)

41. John Kotter (30)

42. Niall Ferguson (-)

43. Charles Handy (14)

44. Rakesh Khurana (45)

45. Manfred Kets De Vries (-)

46. Tammy Erickson (-)

47. Costas Markides (44)

48. Barbara Kellerman (-)

49. Rob Goffee et Gareth Jones (32)

50. Jimmy Wales (-)

Source : The Thinkers 2009. Ce palmarès est établi tous les 2 ans (entre parenthèses, le classement précédent).

Voir également:

Classement de Shanghai : suprématie des universités américaines, les françaises à la traîne
Julien Pompey
Les Echos
30/10/09

Les Etats-Unis dominent une nouvelle fois le classement des 100 premières universités dans le monde, avec 55 établissements présents. Contre seulement 3 pour la France.

Les classements des grandes écoles et universités se suivent, se multiplient… mais se ressemblent. Après les palmarès du « Financial Times » et de « The Economist », la septième édition du classement de Shanghai, réalisée par l’Université des Communications de Shanghai et censée constituer la référence internationale en la matière, démontre une nouvelle fois l’hyperdomination américaine. Les Etats-Unis trustant 55 places sur 100.

L’indétrônable Harvard arrive une nouvelle fois en tête, une position que l’université américaine occupe depuis 2003. Suivent Stanford et Berkeley, soit le même trio de tête que l’année dernière. Cambridge et le Massachusetts Institue of Technology (MIT) complètent le top 5.

Dix-sept universités américaines sont dans les 19 premières de ce classement. Seules les universités britanniques de Cambridge (4e) et d’Oxford (10e) parviennent à se glisser parmi les dix meilleurs établissements mondiaux, aux côtés de facultés toutes américaines. Le premier établissement d’Europe continental, le Swiss Institute of Technology, n’arrive qu’au 24e rang, en progression d’une place.
Léger mieux des universités françaises

De leur côté, les universités françaises font toujours pâle figure. La première est l’Université Pierre et Marie Curie (Paris VI), qui n’atteint que le 40e rang, malgré un gain de deux places cette année et après en avoir perdu trois en 2008. Les deux autres universités françaises du classement des 100 meilleurs établissements sont l’Université de Paris Sud (Paris XI) au 43e rang (+6 places), ex æquo avec l’Université de Copenhague, et l’Ecole normale supérieure (ENS), à la 70e place (+3 places).

Avec ces trois institutions figurant dans le célèbre top 100, la France retrouve sa sixième place au niveau des nations, une place qu’elle avait perdue en 2008. Mais elle est à égalité avec l’Australie, la Suisse et la Suède.

Paris Sud, 6e en mathématiques

L’édition 2009 du classement de Shanghaï innove en proposant également des classements spécifiques pour les mathématiques, l’informatique, la chimie, la physique et la gestion. Des matières dans lesquelles les universités françaises s’en tirent plus qu’honorablement. C’est notamment le cas en mathématiques, où Paris-Sud se hisse à la sixième place d’un classement dominé par Princeton, Berkeley et Harvard. Paris VI (7e), Paris Dauphine (35e), l’ENS (47e) s’installent dans le top 50 devant Polytechnique, Rennes-I et Strasbourg.

En physique, Paris-Sud pointe à la 19e place, loin derrière Harvard. L’ENS (34e), Grenoble et Paris VI complètent le palmarès. En chimie, Strasbourg, première université française, s’installe à la 15e place d’un classement lui aussi écrasé par Harvard. En gestion, apparaissent à la 40e place l’Insead, une école de commerce internationale installée à Fontainebleau, et Toulouse I entre les 76e et 100e places. Enfin, en informatique, aucune université hexagonale ne se classe dans les 100 meilleures universités, Stanford et le MIT dominant ce classement.
Une méthodologie contestée

Publié depuis 2003 par l’université Jiao Tong, ce classement est très contesté en raison de sa méthodologie. A tel point qu’il est ignoré dans certains pays. Ce palmarès s’appuie sur les performances académiques ou de recherche, les articles parus dans certaines publications scientifiques comme « Nature » ou « Science », le nombre de prix Nobel, de médailles Fields, de citations de chercheurs et autres récompenses prestigieuses de plus de 2.000 universités dans le monde. Des critères centrés sur la recherche et non la formation, que contestent fortement certains pays, la France en tête, qui estiment qu’ils favorisent de facto les universités américaines.

Le physicien français Albert Fert, prix Nobel 2007, déplore ainsi que la méthode de Shanghaï « désavantage les universités françaises » en partageant les points obtenus entre l’université et les organismes associés.

La ministre de l’Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, préconise la création d’un classement propre aux universités européennes pour « montrer la qualité de la formation » des établissements européens. Un classement qu’elle veut opposer en « référence » aux palmarès existants, et qui sera en fait une « cartographie » par disciplines, conçue notamment comme une aide aux étudiants pour leur choix d’inscription.

Voir enfin:

Ayn Rand’s Revenge
Adam Kirsch
NYT
October 29, 2009

A specter is haunting the Republican Party — the specter of John Galt. In Ayn Rand’s libertarian epic “Atlas Shrugged,” Galt, an inventor disgusted by creeping American collectivism, leads the country’s capitalists on a retributive strike. “We have granted you everything you demanded of us, we who had always been the givers, but have only now understood it,” Galt lectures the “looters” and “moochers” who make up the populace. “We have no demands to present you, no terms to bargain about, no compromise to reach. You have nothing to offer us. We do not need you.”

“Atlas Shrugged” was published 52 years ago, but in the Obama era, Rand’s angry message is more resonant than ever before. Sales of the book have reportedly spiked. At “tea parties” and other conservative protests, alongside the Obama-as-Joker signs, you will find placards reading “Atlas Shrugs” and “Ayn Rand Was Right.” Not long after the inauguration, as right-wing pundits like Glenn Beck were invoking Rand and issuing warnings of incipient socialism, Representative John Campbell, Republican of California, told a reporter that the prospect of rising taxes and government regulation meant “people are starting to feel like we’re living through the scenario that happened in ‘Atlas Shrugged.’ ”

Rand’s style of vehement individualism has never been universally popular among conservatives — back in 1957, Whittaker Chambers denounced the “wickedness” of “Atlas Shrugged” in National Review — and Rand still has her critics on the right today. But it can often seem, as Jonathan Chait, a senior editor at The New Republic recently observed, that “Rand is everywhere in this right-wing mood.” And while it’s not hard to understand Rand’s revenge-fantasy appeal to those on the right, would-be Galts ought to hear the story Anne C. Heller has to tell in her dramatic and very timely biography, “Ayn Rand and the World She Made.”

For one thing, it is far more interesting than anything in Rand’s novels. That is because Heller is dealing with a human being, and one with more than her share of human failings and contradictions — “gallant, driven, brilliant, brash, cruel . . . and ultimately self-destructive,” as Heller puts it. The characters Rand created, on the other hand — like Galt or Howard Roark, the architect hero of “The Fountainhead” — are abstract principles set to moving and talking.

This is at once the failure and the making of Rand’s fiction. The plotting and characterization in her books may be vulgar and unbelievable, just as one would expect from the middling Hollywood writer she once was ; but her message, while not necessarily more sophisticated, is magnified by the power of its absolute sincerity. It is the message that turned her, from the publication of “Atlas Shrugged” in 1957 until her death in 1982, into the leader of a kind of sect. (This season, another Rand book, by the academic historian Jennifer Burns, is aptly titled “Goddess of the Market: Ayn Rand and the American Right.”) Even today, Rand’s books sell hundreds of thousands of copies a year. Heller reports that in a poll in the early ’90s, sponsored by the Library of Congress and the Book of the Month Club, “Americans named ‘Atlas Shrugged’ the book that had most influenced their lives,” second only to the Bible.

Rand’s particular intellectual contribution, the thing that makes her so popular and so American, is the way she managed to mass market elitism — to convince so many people, especially young people, that they could be geniuses without being in any concrete way distinguished. Or, rather, that they could distinguish themselves by the ardor of their commitment to Rand’s teaching. The very form of her novels makes the same point: they are as cartoonish and sexed-up as any best seller, yet they are constantly suggesting that the reader who appreciates them is one of the elect.

Heller maintains an appropriately critical perspective on her subject — she writes that she is “a strong admirer, albeit one with many questions and reservations” — while allowing the reader to understand the power of Rand’s conviction and her odd charisma. Rand labored for more than two years on Galt’s radio address near the end of “Atlas Shrugged” — a long paean to capitalism, individualism and selfishness that makes Gordon Gekko’s “Greed is good” sound like the Sermon on the Mount. “At one point, she stayed inside the apartment, working for 33 days in a row,” Heller writes. She kept going on amphetamines and willpower; the writing, she said, was a “drops-of-water-in-a-desert kind of torture.” Nor would Rand, sooner than any other desert prophet, allow her message to be trifled with. When Bennett Cerf, a head of Random House, begged her to cut Galt’s speech, Rand replied with what Heller calls “a comment that became publishing legend”: “Would you cut the Bible?” One can imagine what Cerf thought — he had already told Rand plainly, “I find your political philosophy abhorrent” — but the strange thing is that Rand’s grandiosity turned out to be perfectly justified.

In fact, any editor certainly would cut the Bible, if an agent submitted it as a new work of fiction. But Cerf offered Rand an alternative: if she gave up 7 cents per copy in royalties, she could have the extra paper needed to print Galt’s oration. That she agreed is a sign of the great contradiction that haunts her writing and especially her life. Politically, Rand was committed to the idea that capitalism is the best form of social organization invented or conceivable. This was, perhaps, an understandable reaction against her childhood experience of Communism. Born in 1905 as Alissa Rosenbaum to a Jewish family in St. Petersburg, she was 12 when the Bolsheviks seized power, and she endured the ensuing years of civil war, hunger and oppression. By 1926, when she came to live with relatives in the United States and changed her name, she had become a relentless enemy of every variety of what she denounced as “collectivism,” from Soviet Communism to the New Deal. Even Republicans weren’t immune: after Wendell Willkie’s defeat in 1940, Rand helped to found an organization called Associated Ex-Willkie Workers Against Willkie, berating the candidate as “the guiltiest man of any for destroying America, more guilty than Roosevelt.”

Yet while Rand took to wearing a dollar-sign pin to advertise her love of capitalism, Heller makes clear that the author had no real affection for dollars themselves. Giving up her royalties to preserve her vision is something that no genuine capitalist, and few popular novelists, would have done. It is the act of an intellectual, of someone who believes that ideas matter more than lucre. In fact, as Heller shows, Rand had no more reverence for the actual businessmen she met than most intellectuals do. The problem was that, according to her own theories, the executives were supposed to be as creative and admirable as any artist or thinker. They were part of the fraternity of the gifted, whose strike, in “Atlas Shrugged,” brings the world to its knees.

Rand’s inclusion of businessmen in the ranks of the Übermenschen helps to explain her appeal to free-marketeers — including Alan Greenspan — but it is not convincing. At bottom, her individualism owed much more to Nietsche than to Adam Smith, though Rand, typically, denied any influence, saying only that Nietzsche beat me to all my ideas. But “Thus Spoke Zarathustra” never sold a quarter of a million copies a year.

Rand’s potent message could lead to intoxication and even to madness, as the second half of her life showed. In 1949, Rand was living with her husband, a mild-mannered former actor named Frank O’Connor, in Southern California, in a Richard Neutra house. Then she got a fan letter from a 19-year-old college freshman named Nathan Blumenthal and invited him to visit. Rand, whose books are full of masterful, sexually dominating heroes, quickly fell in love with this confused boy, whom she decided was the “intellectual heir” she had been waiting for.

The decades of psychodrama that followed read, in Heller’s excellent account, like “Phèdre” rewritten by Edward Albee. When Blumenthal, who changed his name to Nathaniel Branden, moved to New York, Rand followed him; she inserted herself into her protégé’s love life, urging him to marry his girlfriend; then Rand began to sleep with Branden, insisting that both their spouses be kept fully apprised of what was going on. Heller shows how the Brandens formed the nucleus of a growing group of young Rand followers, a herd of individualists who nicknamed themselves “the Collective” — ironically, but not ironically enough, for they began to display the frightening group-think of a true cult. One journalist Heller refers to wondered how Rand “charmed so many young people into quoting John Galt as religiously as ‘clergymen quote Matthew, Mark, Luke and John.’

Inevitably, it all ended up in tears when branden fell in love with a young actress and was expelled from Rand’s circle forever. That he went on to write several best-selling books of popular psychology “and earned the appellation ‘father of the self-esteem movement’ ” is the kind of finishing touch that makes truth stranger than fiction. For if there is one thing Rand’s life shows, it is the power, and peril, of unjustified self-esteem.

Adam Kirsch is a senior editor at The New Republic and a columnist for Tablet Magazine. He is the author, most recently, of “Benjamin Disraeli.”


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