Statistiques: A quand les attaques terroristes et les violences urbaines statistiquement représentatives? (Counter-profiling to balance racial figures?)

2 juillet, 2009
Racial profilingDans certains dossiers, les personnes contrôlées présentent des profils tellement éloignés des profils traditionnels des terroristes qu’il n’y a pas la moindre possibilité qu’il ou elle soit un terroriste. Ce n’est bon pour personne d’être arrêté uniquement pour obtenir des statistiques raciales équilibrées. Lord Carlile
L’étude peut apporter des enseignements. Mais n’oublions pas que la pratique policière se fonde sur des paramètres empiriques incontournables, notamment l’apparence, l’âge, le sexe ou l’origine géographique. Le travail policier ne peut pas s’apparenter à un sondage où on chercherait à être représentatif de la population. Notre mission, c’est de prévenir des délits et des crimes, pas de représenter la société”. Commissaire Marie Lajus (porte-parole de la préfecture)
Toute personne se trouvant sur le territoire national doit accepter de se prêter à un contrôle d’identité”, dispose le code de procédure pénale. L’article 78-2 précise que les policiers peuvent demander à une personne de justifier son identité dès lors qu’il existe “une ou plusieurs raisons plausibles de soupçonner qu’elle a commis ou tenté de commettre une infraction; ou qu’elle se prépare à commettre un crime ou un délit; ou qu’elle est susceptible de fournir des renseignements (…) ; ou qu’elle fait l’objet de recherches”. L’identité peut également être contrôlée en cas de risques d’atteinte à l’ordre public. Le Monde
L’étude a confirmé que les contrôles d’identité effectués par les policiers se fondent principalement sur l’apparence: non pas sur ce que les gens font, mais sur ce qu’ils sont, ou paraissent être. (…) En visant certaines personnes à cause de ce qu’elles sont (ou ont l’air d’être) et non à cause de ce qu’elles ont fait ou font, les policiers perpétuent des stéréotypes sociaux et raciaux. Fabien Jobard et René Lévy (rapport du CNRS)
La mesure statistique de la “diversité” (est) un euphémisme derrière lequel se cache désormais l’intention de produire des statistiques de l’ethnicité. Auteurs d’un contre-commission (dont Elisabeth Badinter, Hervé Le Bras, Alain Blum et Jean-François Amadieu)

Ah, on comprend enfin pourquoi le Pleurnicheur en chef ne tient pas tellement à être vu avec notre Sarkozy national avec ses “racaille” et ses “kärcher”!

Probabilité de contrôle 7,8 et 6 fois plus élevée selon l’ethnie ou près de 5 fois plus selon le type de vêtements arborés, contrôles le plus souvent sans incident mais avec fouille ou palpation de sécurité dans la moitié des cas …

Le profilage, on le voit, a encore de beaux jours devant lui et nos encapuchonnés, barbus ou enturbanés de quoi s’inquiéter.

Du moins si l’on en croit une étude que vient juste de publier le CNRS.

Opération quasi-secrète (en un pays où nombre de chercheurs font toujours de la résistance contre toute statistique ethnique ou raciale) financée par la fondation américaine du milliardaire Georges Soros (l’Open society institute), celle-ci analyse 525 opérations de police sur une population totale de 37 000 entre deux stations de métro parisien à fort trafic (gare du Nord et Châtelet-les Halles) entre octobre 2007 et mai 2008.

Mais au moins nos policiers ont la chance de ne pas avoir de statistiques raciales officielles comme au Royaume-Uni où, comme le rapportait récemment un député, les policiers en sont venus, pour ne pas être accusés de discriminations et pour s’assurer de statistiques raciales équilibrées, à ne contrôler que des “non-musulmans”.

D’où la question, sur laquelle nos Ben Laden et Fofana doivent nul doute passer des nuits blanches: à quand donc les attaques terroristes et les violences urbaines racialement neutres ou équilibrées?

Et si la Halde les assignait en justice… pour pratiques d’embauche discriminatoires?

La police mise en cause pour ses contrôles au faciès
Luc Bronner
Le Monde
30.06.09

La police française pratique à grande échelle des “contrôles au faciès”. Une étude scientifique, conduite dans la plus grande confidentialité, montre que les forces de l’ordre effectuent des contrôles d’identité discriminatoires vis-à-vis des Arabes et des Noirs : pour les premiers, la probabilité d’être contrôlé est globalement 7,8 fois plus élevée que pour les Blancs; pour les seconds, elle est six fois plus importante. Ces résultats, publiés mardi 30 juin, ont été obtenus par l’observation du travail policier à Paris (gare du Nord et Châtelet-les Halles) entre octobre 2007 et mai 2008.

Financés par une fondation américaine créée par le milliardaire Georges Soros, l’Open society institute – imperméable aux débats actuels sur la pertinence des statistiques ethniques dans le modèle français – les enquêteurs ont ainsi secrètement décrypté 525 opérations de police, relevant notamment l’âge, le sexe, la tenue et le profil ethnique des individus contrôlés pour les comparer avec ceux des personnes (37 000 au total) passant à proximité. Sans tabou : contrairement aux traditions françaises, ces individus, qui restent anonymes, sont désignés par la couleur de leur peau (”Blanc”, “Noir”, “Arabe”, etc.).

L’étude confirme, en lui donnant un caractère scientifique, ce qu’expriment, depuis des années, les minorités visibles en France. Jusqu’à présent, en effet, les enquêtes réalisées s’appuyaient uniquement sur des sondages déclaratifs, sans vérification possible et avec des échantillons réduits. “L’étude a confirmé que les contrôles d’identité effectués par les policiers se fondent principalement sur l’apparence : non pas sur ce que les gens font, mais sur ce qu’ils sont, ou paraissent être”, indique le rapport, rédigé par deux chercheurs du CNRS, Fabien Jobard et René Lévy.

Les chercheurs constatent que les tenues portées sont aussi des critères décisifs dans les choix policiers. “Bien que les personnes portant des vêtements aujourd’hui associés à différentes “cultures jeunes” françaises (” hip hop”, “tecktonic”, “punk” ou “gothique”, etc.) ne forment que 10 % de la population disponible, elles constituent jusqu’à 47 % de ceux qui ont effectivement été contrôlés”. Comme deux personnes sur trois arborant ce type de tenues (capuches, etc) font partie des minorités visibles, les auteurs retiennent l’hypothèse que les vêtements sont aussi, indirectement, des marqueurs ethniques.

La plupart des quelque 500 contrôles observés se sont déroulés sans incident. Dans la moitié des cas, les contrôles ont toutefois débouché sur une fouille ou une palpation de sécurité – sans que les pratiques soient significativement différentes entre Arabes, Noirs et Blancs. Ce que confirment les personnes contrôlées, interrogées ensuite, discrètement, par les scientifiques : seules 3 % ont déclaré avoir perçu un traitement raciste ou insultant; 76 % ont émis un jugement neutre sur l’attitude des fonctionnaires; 6 % ont souligné que la police s’était comportée de manière respectueuse et polie. Mais le bon déroulement des contrôles n’empêche pas les populations ciblées d’exprimer leur colère, surtout face à leur caractère répétitif.

Les auteurs parlent d’”effets délétères” pour les rapports entre la population et les policiers, citant les nombreuses émeutes intervenues en France depuis 2005. “Les contrôles sont en effet fréquemment au cœur de l’antagonisme entre les policiers et les jeunes, plus particulièrement vivant dans les zones urbaines reléguées. Ces derniers se plaignent depuis longtemps d’être la cible de contrôles d’identité répétés, dépourvus de nécessité et relevant du harcèlement”. Ils soulignent que le cadre juridique “permissif” laisse aux policiers “un large pouvoir discrétionnaire”.

L’Open society institute émet une série de recommandations. D’abord en suggérant l’enregistrement par les patrouilles du profil ethnique des personnes contrôlées pour vérifier, a posteriori, l’impartialité des opérations – une démarche interdite en l’état du droit. Ensuite en modifiant le code de procédure pénale pour limiter les risques de discriminations. Enfin, en exigeant des policiers qu’ils expliquent systématiquement les motifs du contrôle aux citoyens concernés.

Contactée, la préfecture de police de Paris a fait part de son “intérêt” pour ces résultats. “L’étude peut apporter des enseignements, explique la commissaire Marie Lajus, porte-parole de la préfecture. Mais n’oublions pas que la pratique policière se fonde sur des paramètres empiriques incontournables, notamment l’apparence, l’âge, le sexe ou l’origine géographique. Le travail policier ne peut pas s’apparenter à un sondage où on chercherait à être représentatif de la population. Notre mission, c’est de prévenir des délits et des crimes, pas de représenter la société”.

Voir aussi:

Des chercheurs s’alarment du “retour de la race”
Laetitia Van Eeckhout
Le Monde
30.06.09

La “racialisation de la société française” est-elle en marche ? Convaincus que les travaux du Comité pour la mesure et l’évaluation de la diversité et des discriminations (Comedd) mis en place en mars sous l’égide du gouvernement par le commissaire à la diversité, Yazid Sabeg, portent en germe ce risque, 22 chercheurs et universitaires de disciplines diverses se sont réunis pendant deux mois au sein d’une contre-commission : la Commission alternative de réflexions sur les “statistiques ethniques” et les discriminations (Carsed). Le fruit de ses travaux, un ouvrage collectif titré Le Retour de la race (éd. de L’Aube), a été présenté lundi 29 juin.

C’est la composition même du Comedd, partiale selon eux, qui a poussé ces universitaires à se réunir. “Le choix des membres du Comedd semble avoir été motivé par le seul critère d’une position ouvertement favorable aux statistiques ethniques”, assurent-ils.

Une affirmation à nuancer : chargé d’”évaluer les dispositifs et outils nécessaires à l’observation et à la connaissance de la diversité et des discriminations en France”, le Comedd réunit des personnalités de sensibilités différentes sur le sujet. La CGT ou la Ligue des droits de l’homme (LDH), pour ne citer qu’elles, ont des positions prudentes sur la question de la mesure de la diversité. Et c’est pour réussir à produire un rapport solide, mais aussi “le plus consensuel possible”, que François Héran, le président du Comedd, a décidé de remettre son travail mi-septembre et non fin juin comme prévu initialement.

Avant d’être un support de propositions alternatives, le “contre-rapport” cherche à dénoncer le “leurre” de la réflexion engagée au Comedd. “La mesure statistique de la “diversité” (est) un euphémisme derrière lequel se cache désormais l’intention de produire des statistiques de l’ethnicité”, affirment dans leur introduction les chercheurs parmi lesquels figurent la philosophe Elisabeth Badinter, les démographes Hervé Le Bras et Alain Blum, le sociologue Jean-François Amadieu.

COMMUNAUTARISATION

Or soutiennent-ils, “en développant une vision de la société durablement fragmentée selon les critères d’origine, donc figés”, une telle classification ethnique, “aboutit à terme à la fragmentation et à la concurrence entre “communautés” avec chacune ses lobbies, ses victimes, ses exclusions, son entre-soi, sa solidarité limitée aux membres du groupe alors que l’Etat républicain a la mission de l’assurer pour tous”. Ils insistent sur un fait : si, “dans certaines discriminations, une composante raciste est présente, dans la plupart, l’influence des inégalités est déterminante”.

Selon eux, “au lieu de s’acharner ou de fantasmer sur la construction d’une mesure illusoire”, le gouvernement devrait se saisir de la question des moyens existants pour réduire les discriminations, tel le CV anonyme, dont les décrets d’application ne sont toujours pas sortis.

De même, la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (Halde) devrait, selon la contre-commission, voir ses pouvoirs renforcés, “pour pouvoir par exemple mener des opérations de testing à assez grande échelle”.

En somme, ce qui manque aujourd’hui, assurent ces chercheurs, c’est avant tout “une volonté gouvernementale”.

Voir également:

Police: la réalité des « contrôles au faciès » établie
Ce que dit la loi
Le Monde
01.07.09

La règle générale. « Toute personne se trouvant sur le territoire national doit accepter de se prêter à un contrôle d’identité », dispose le code de procédure pénale. L’article 78-2 précise que les policiers peuvent demander à une personne de justifier son identité dès lors qu’il existe « une ou plusieurs raisons plausibles de soupçonner qu’elle a commis ou tenté de commettre une infraction ; ou qu’elle se prépare à commettre un crime ou un délit ; ou qu’elle est susceptible de fournir des renseignements (…) ; ou qu’elle fait l’objet de recherches ». L’identité peut également être contrôlée en cas de risques d’atteinte à l’ordre public.

Les réquisitions des procureurs. L’article 78-2 prévoit que les procureurs prennent des réquisitions écrites autorisant les contrôles, dans des lieux et pour une durée limités, afin de poursuivre certains types d’infractions. Dans les faits, ils se contentent de valider les demandes de la police. Ces dispositions, qui peuvent autoriser les fouilles de véhicules, sont utilisées régulièrement dans les quartiers sensibles.

Voir de même:

Royaume-Uni: contrôles antidiscrimination?

Le Monde
01.07.09

Au Royaume-Uni, les policiers ont tendance à contrôler des « non-musulmans » pour ne pas être accusés de discriminations. C’est ce qu’a révélé Alex Carlile, membre de la chambre des Lords chargé de superviser l’application des lois antiterroristes, dans un rapport publié le 17 juin.

« Dans certains dossiers, les personnes contrôlées présentent des profils tellement éloignés des profils traditionnels des terroristes qu’il n’y a pas la moindre possibilité qu’il ou elle soit un terroriste », a expliqué Lord Carlile, ajoutant : « Ce n’est bon pour personne d’être arrêté uniquement pour obtenir des statistiques raciales équilibrées. »

Depuis 2006, les contrôles menés dans le cadre de la loi antiterroriste ont été multipliés par trois. Les Noirs et les personnes originaires d’Asie du Sud sont les plus visés.

Voir aussi:

Le contrôle au faciès démontré par A + B
C.B.
Libération
30/06/2009

A Paris, un Noir ou un Maghrébin a plus de chance de se faire contrôler par la police qu’un Blanc. Pas vraiment surprenant mais une étude vient d’en faire la démonstration.

«Contrôle au faciès», «délit de sale gueule», «profilage racial», quels que soient les termes que l’on préfère retenir, c’est une réalité en France. A grande échelle. Une étude menée par deux chercheurs du CNRS et rendue publique ce mardi vient apporter la démonstration scientifique de cet état de fait jusqu’alors ressenti mais non quantifié. Selon cette étude, un Noir a six fois plus de chances d’être contrôlé par la police qu’un Blanc, un Arabe (ou perçu comme tel) 7,8 fois plus.

Les chercheurs, Fabien Jobard et René Levy, dont l’étude a été financée par une fondation américaine, l’Open society institute (créée par le milliardaire Georges Soros) se sont concentrés sur les opérations de police menées entre octobre 2007 et mai 2008 dans deux espaces parisiens: à la gare du Nord et à Châtelet-les-halles.

«Les policiers perpétuent des stéréotypes»

L’observation s’est faite en deux temps. Première phase, des observateurs placés aux points d’accès de chacun des sites ont passé au crible les passants, en recensant plusieurs critères: âge, sexe, origine, vêtements, gros sac ou non (dans la perspective du plan vigipirate). Une fois définie cette «population de référence», les observateurs ont suivi les policiers pour scruter 525 contrôles, en relevant les mêmes critères.

Résultat: plus que sur les comportements des gens, les policiers se fondent sur l’apparence. La couleur de peau («Blanc», «Noir», «Arabe») mais aussi les vêtements, un jeune sous une capuche, habillé hip hop ou tecktonik ayant plus de chances d’être contrôlé puisque appartenenant souvent à une minorité visible. «En visant certaines personnes à cause de ce qu’elles sont (ou ont l’air d’être) et non à cause de ce qu’elles ont fait ou font, les policiers perpétuent des stéréotypes sociaux et raciaux», constatent les auteurs.

«Perte de confiance»

Les observateurs ont également interrogé plusieurs personnes controlées pour savoir si elles avaient perçu du racisme dans l’intervention. Seules 3% ont déclaré avoir perçu un traitement raciste ou insultant. 76% ont émis un jugement neutre sur l’attitude des fonctionnaires, 6% ont considéré que les policiers s’étaient comportés de manière respectueuse.

Ce qui fait dire aux chercheurs que ce n’est finalement pas tant le contrôle en lui-même que son caractère répétitif qui est mal ressenti, conduisant à des «effets délétères» sur les rapports police-population et à la «perte de confiance envers le système de la justice pénale français».

L’Open society institute, qui a conduit plusieurs études dans différents pays sur cette question, émet des recommandations. Parmi elles, l’enregistrement par les patrouilles, à l’aide d’un formulaire, du profil racial des personnes contrôlées pour vérifier, a posteriori, l’impartialité des contrôles. Idée difficilement applicable en l’état dans le droit français et alors que les partisans des statistiques raciales ont bien du mal à s’imposer.

Voir enfin:

Profiling Minorities: A Study of Stop-and-Search Practices in Paris
OSI
June 2009

Police officers in Paris consistently stop people on the basis of ethnicity and dress rather than on the basis of suspicious individual behavior, according to a report released by the Open Society Justice Initiative.

The report documents over 500 police stops over a one-year period and across five locations in and around the Gare du Nord train station and Châtelet-Les Halles commuter rail station.

The data show that Blacks were between 3.3 and 11.5 times more likely than Whites to be stopped; while Arabs were stopped between 1.8 and 14.8 more times than Whites. The study also found a strong relationship between people’s ethnicity, particular styles of clothing worn by young people, and the likelihood that they would be stopped.

The report recommends a number of reforms to identity check practices in Paris, including reform of law and policies that allow ethnic profiling; an explicit ban on discrimination by police officials; stronger criteria for the “reasonable suspicion” required to stop persons; and enhanced record keeping and review of stops to assess their impact and promote better practice.

The complete report is available for download below in English and French.


Election américaine: Attention un mensonge peut en cacher un autre! (More white lies about Obama’s election)

22 novembre, 2008

Je rêve que mes quatre petits enfants vivront un jour dans un pays où on ne les jugera pas à la couleur de leur peau mais à la nature de leur caractère. Martin Luther King
L’organisateur doit se faire schizophrène, politiquement parlant, afin de ne pas se laisser prendre totalement au jeu. (…) Seule un personne organisée peut à la fois se diviser et rester unifiée. (…) La trame de toutes ces qualités souhaitées chez un organisateur est un ego très fort, très solide. L’ego est la certitude absolue qu’a l’organisateur de pouvoir faire ce qu’il pense devoir faire et de réussir dans la tâche qu’il a entreprise. (…) Le moi de l’organizer est plus fort et plus monumental que le moi du leader. Le leader est poussé par un désir pour le pouvoir, tandis que l’organizer est poussé par un désir de créer. L’organizer essaie dans un sens profond d’atteindre le plus haut niveau qu’un homme puisse atteindre—créer, être ‘grand créateur,’ jouer à être Dieu. Saul Alinsky

Les Américains ont choisi le candidat le plus talentueux et le plus crédible en dépit, et non à cause, de la couleur de sa peau. Le Monde

Attention: un (pieux) mensonge peut en cacher un autre!

Intéressant papier dans le Monde d’il y a deux jours sur le déluge de louanges qui a salué le hold up du siècle (pardon: “l’apothéose électorale”!) de celui qui n’aurait effectivement pu être élu ni au Kénya ni en France …

D’abord, puisqu’y sont bien pointés le goût particulièrement prononcé, au Pays autoproclamé des droits de l’homme, pour “les vaines proclamations et les débats théologiques” comme pour la “récupération politique”.

Ou l’absurde controverse sur les “statistiques ethniques”, y compris dans sa version allégée de la mention du lieu de naissance des parents ou de la limite à des études ciblées et anonymes, qui condamne effectivement, faute de mesure objective, toute vélléité de traitement du problème racial (pardon: ethnique !).

Et nous promet encore en effet de longues années de discrimination à l’embauche, au logement ou à l’accession aux postes dirigeants de la politique.

Sauf que si la reprise d’un terme aussi funeste (d’ailleurs très vite abandonné aux Etats-Unis mêmes) que celui de “discrimination positive” ne peut en effet qu plomber les débats, les solutions envisagées par notre bon dirigiste français de commentateur semblent se réduire pour une bonne part aux habituelles condamnations bien-pensantes des timides débuts de libéralisation susceptibles de mettre fin au véritable assignement à résidence auquel se résume jusqu’ici la politique de rénovation urbaine à la française (exigences légales en matière de mixité sociale dans l’habitat ou carte scolaire).

Ou aux dénonciations angélistes du début de prise en compte, après des décennies de déni, du véritable problème que constitue, y compris pour les migrants en règle dont on déplore par ailleurs les difficultés, les évidents détournements de procédures d’immigration comme celle des mariages blancs.

Et si “lourds contresens” il y a effectivement sur “l’accession du “premier Noir à la Maison Blanche”, il ne sont peut-être pas du côté que l’on croit.

Du moins pas tant du côté du “mensonge de certains responsables politiques français qui feignent de croire que M. Obama a été élu parce qu’il est Noir” que de celui de certains commentateurs.

Comme ceux qui tentent de nous faire avaler que l’élection, après la déroute financière provoquée par “la recherche démagogique de la ‘justice sociale’ “ commencée sous Clinton, du candidat du Très Grand Capital et de la rue noire (à, excusez du peu,…96% !) comme du politiquement correct universitaire ou médiatique (le bon vieux chantage au racisme)…

Etait celle du “plus talentueux et plus crédible en dépit, et non à cause, de la couleur de sa peau”!

Les pièges de l’obamania à la française
Philippe Bernard
Le Monde
19.11.08

Barack Obama aurait-il pu être élu en France ? Depuis que l’ascension du sénateur de l’Illinois s’est terminée en apothéose électorale, la question agite la France monocolore. Pour de bonnes raisons d’abord, puisque l’irrésistible ascension, outre-Atlantique, d’un métis, fils d’immigré, souligne par contraste l’homogénéité stérilisante des milieux politiques français et l’urgence à leur donner les couleurs de la société. Mais la vague d’obamania qui a déferlé sur l’exécutif français masque d’abord l’extrême confusion du débat dans la République. Comme si le vacarme était orchestré pour faire oublier les turpitudes hexagonales, au prix de lourds contresens sur l’accession du “premier Noir à la Maison Blanche”.

Lorsque Christine Lagarde assure que l’élection de M. Obama, “quelque part, ça s’est un peu produit” en France avec l’arrivée de Nicolas Sarkozy, en présentant ce dernier comme “le représentant d’une minorité”, la ministre de l’économie ne participe pas seulement à une grossière opération de récupération politique. Elle reflète le double mensonge auquel feignent de croire certains responsables politiques français : M. Obama a été élu parce qu’il est Noir ; la France est sur le bon chemin de la “diversité” dont M. Sarkozy est l’emblème. Ce qui a dû faire rire jaune les enfants d’ouvriers maliens notamment.

Carla Bruni-Sarkozy, dans sa fougue à soutenir – sans le signer – l’”appel pour l’égalité réelle des chances” du chef d’entreprise Yazid Sabeg, a renchéri en affirmant que “les Français ont voté pour un fils d’immigré hongrois, dont le père a un accent, dont la maman est d’origine juive (…)”, revendiquant sa propre qualité d’”artiste, née italienne”. Ces assertions, outre qu’elles recourent à la manipulation très peu républicaine de la notion de “minorité” et à l’étalage soudain d’une “origine”, se réfèrent à une réalité américaine dépassée. Les Américains ont choisi le candidat le plus talentueux et le plus crédible en dépit, et non à cause, de la couleur de sa peau.

Le parallèle avec la France est fragile. La “question noire” aux Etats-Unis, pays où chaque citoyen a des origines étrangères, sauf les Indiens, prend racine dans une tragédie consubstantielle à la nation, l’esclavage. La France, elle, nation unitaire séculaire, peine à intégrer les fils et filles de ceux qu’elle a longtemps considérés dans ses colonies comme des indigènes. Sans compter que l’histoire familiale de M. Obama ne se réfère ni à la traite des Noirs ni au colonialisme, mais à l’immigration africaine moderne. Il apparaît d’ailleurs pour le moins paradoxal que la France rouvre le débat sur l’accès aux responsabilités des personnes issues de l’immigration au moment même où le nouveau président américain privilégie les facteurs sociaux sur les variables raciales dans son analyse des fractures de la société américaine.

Tout se passe en réalité comme si notre pays s’emparait rituellement de cette question sur des bases erronées, pour mieux conforter le statu quo. Car question il y a : qu’à qualification égale, un descendant de Maghrébin coure 2,5 fois plus de risques d’être chômeur qu’un enfant de Français ; que la couleur de la peau rende improbable la possibilité de trouver un logement ; et qu’un seul député de France métropolitaine ne soit pas Blanc, montrent à quel point la République a failli à tenir sa promesse d’”égalité”.

DES RÉFORMES CONTRE LA “DIVERSITÉ”

Les émeutes récurrentes qui agitent les quartiers populaires, perpétuellement analysées, de la gauche à la droite, comme symboles de l’”échec de l’intégration” (sous-entendue raciale) alors qu’elles expriment d’abord la rage d’être socialement exclu, n’ont jamais débouché sur un plan cohérent et de longue haleine de promotion scolaire et professionnelle. Des ambitions plus coûteuses que l’invitation de quelques “bronzés” sur des plateaux de télévision ou la nomination au gouvernement de quelques “Arabes qui cachent la forêt”, selon l’expression de l’écrivain Azouz Begag qui a siégé au gouvernement de Villepin. Sept ans après son lancement, la main tendue par Sciences Po Paris aux élèves des banlieues (54 diplômés) demeure la suprême référence.

A l’inverse, plusieurs réformes engagées pèsent contre la “diversité” prétendument célébrée : la diminution des exigences légales en matière de mixité sociale dans l’habitat, la suppression de la carte scolaire, le refus de généraliser par la loi à toutes les formations supérieures sélectives le quota de 10 % d’étudiants venant de tous les lycées du pays, outremer compris, et l’asphyxie de la rénovation urbaine. Au surplus, le climat de suspicion à l’égard des étrangers et en particulier des “couples mixtes” qui prévaut en France rendrait aléatoire le mariage des parents d’un futur Obama français.

Pour promouvoir autrement que symboliquement les descendants d’immigrés, M. Sarkozy a pourtant les mains libres. La gauche au pouvoir s’est caractérisée par une troublante pusillanimité, là où la droite a commencé à passer à l’acte. Mais le candidat Sarkozy, après avoir agité la perspective de “statistiques ethniques”, a fait le silence depuis que ces projets ont été censurés par le Conseil constitutionnel. Quant au comité présidé par Simone Veil chargé de réfléchir à l’introduction de la ” diversité” dans le préambule de la Constitution, il vient d’être opportunément réactivé. Plutôt que de s’engager dans l’action concrète, la France continue de privilégier les vaines proclamations et les débats théologiques. A l’idée de “discrimination positive” plombée par sa formulation paradoxale elle-même pourrait pourtant se substituer des mesures volontaristes de portée générale dans des quartiers socialement ciblés.

Quant à la controverse sur les “statistiques ethniques”, sans issue dans une France traumatisée par son histoire, elle pourrait être dépassée en lançant immédiatement les réformes et les enquêtes nécessaires à la connaissance et à la lutte contre les discriminations que permet la Constitution : introduction dans le recensement de la question du lieu de naissance des parents, et autorisation de questionnaires sur la couleur de la peau ou les origines, limitée à des études ciblées et anonymes.

L’obamania aurait alors secoué utilement la France. L’on s’apercevrait probablement qu’à l’heure où un métis accède au bureau Ovale et où les Verts allemands choisissent un fils de Turc pour leader, la “diversité” en France irrigue et enrichit déjà les ateliers, les commerces, les salles de professeurs et les prétoires. A peu près tous les milieux, à l’exception notable de la haute hiérarchie des partis politiques.


Statistiques ethniques: Bienvenue au pays où on sait sans avoir besoin de compter! (Where ignorance is bliss, it’s folly to be wise)

18 novembre, 2008
What racism in France?En France, on ne devrait pas pouvoir à la fois se vanter d’avoir réussi à faire barrage aux statistiques ethnoraciales et espérer connaître la situation des Noirs. Pourtant, manifestement, dans ce pays, on sait sans avoir besoin de compter. Michèle Tribalat
Au lendemain du hold up du siècle du messie noir et rouge du Très Grand Capital

Et après le déni, par les pleureuses de service, de la surdélinquance des jeunes d’origine immigrée …

Retour, avec la démographe Michèle Tribalat, sur le contresens français qui y voit “une simple affaire de couleur”.

Et surtout sur ces associations comme le Cran qui, pour pousser leurs pions, en profitent pour avancer les chiffres les plus fantaisistes sur le nombre de noirs en France (5 millions contre, selon les estimations des spécialistes, un maximum de 3,5 millions, soit quelque 6% de la population totale).

Ou, après la Halde, un CSA qui nous sort de sa manche une prétendue sous-représentation des noirs à la télévision (8% pour les noirs, 11 % pour les non-blancs) …

Alors qu’on sait que le Conseil constitutionnel vient de confirmer, au pays autoproclamé des droits de l’homme,… l’interdiction de toutes statistiques ethniques!

Statistiques: la question des minorités en France
Michèle Tribalat
Le Figaro
18/11/2008

Alors que le Conseil représentatif des associations noires de France (Cran) revendique une plus grande place des candidats issus des minorités aux prochaines élections, l’auteur, démographe à l’Institut national d’études démographiques (Ined), prend part au débat.

En France, l’élection de Barack Obama a conduit à des réactions préoccupantes. Alors qu’elle dénote un dépassement de la question noire aux États-Unis, comme y avait invité le candidat, elle est trop souvent interprétée en France comme une simple affaire de couleur. Le Cran a profité de l’aubaine pour mettre en avant ses revendications. Il avance un nombre de personnes dites noires hautement improbable, sans soulever l’once d’un désaccord. On a déjà connu cela du temps de Calixthe Beyala, qui chiffrait le peuple noir à 7 millions en 2000 ! La seule référence disponible est une enquête réalisée pour le Cran en 2007, qui évalue leur pourcentage dans l’Hexagone à 2,5 %. Aujourd’hui, le président du Cran, Patrick Lozès, nous assure qu’il y aurait 5 millions de Noirs en France, y compris ceux des DOM, et que ce nombre égale celui des personnes d’origine maghrébine. D’après mes estimations, le nombre de ces derniers vivant en métropole, sur trois générations, serait de 3,5 millions en 2005, soit près de 6 % de la population, ce qui rend le chiffre du Cran tout à fait irréaliste.

L’incapacité à mettre en cause un chiffre avancé par un Noir sur le nombre de Noirs en France en dit long sur notre société et constitue un traitement discriminatoire à part entière. Mais elle tient aussi au parisianisme de la presse nationale. Cette dernière extrapole la situation française d’après ce qu’elle a sous les yeux. 60 % de l’immigration subsaharienne arrive en Ile-de-France. La migration des DOM a été elle aussi très francilienne.

Le CSA vient de réaliser une enquête sur les émissions télévisées et la présence, sur nos écrans, des Noirs et des non-Blancs, mais oui des non-Blancs ! Un Arabe est ainsi classé parmi les non-Blancs par le CSA et parmi les Blancs aux États-Unis ! Les non-Blancs en général, et les Noirs en particulier, seraient sous-représentés à la télévision : 8 % de Noirs dans l’ensemble des programmes, ce n’est pas assez. Il faut revenir au b.a.-ba statistique : on ne peut établir une sous-représentation d’une catégorie particulière sans disposer d’une référence nationale. Pour savoir s’ils sont sous-représentés, il faut donc connaître le nombre de Noirs en France, ce qui n’est pas le cas, enquête du Cran en 2007 mise à part. Tout le reste n’est que divagations.

Le plus drôle c’est que, même d’après les hypothèses les plus fantaisistes du Cran, les Noirs ne seraient pas sous-représentés à la télévision. Le CSA nous dit que les non-Blancs ne constituent que 11 % des personnages recensés dans la fiction française contre 19 % dans la fiction américaine. Faut-il préciser que le cinéma américain n’est pas destiné en priorité au public français ? En 2007, aux États-Unis, où l’on élabore des statistiques raciales, 14 % des Américains sont noirs.

En France, on ne devrait pas pouvoir à la fois se vanter d’avoir réussi à faire barrage aux statistiques ethnoraciales et espérer connaître la situation des Noirs. Pourtant, manifestement, dans ce pays, on sait sans avoir besoin de compter. Or le Conseil constitutionnel a interdit les statistiques fondées sur une appréciation subjective. Mais c’est pour la bonne cause. Non ?

La question étant sur la table, il vaudrait mieux avoir des statistiques bien faites plutôt que des évaluations approximatives élaborées par des groupes de pression, fort légitimes, mais directement intéressés par les résultats. L’abstention de la statistique publique n’a pas empêché le ressassement des questions ethnoraciales.


Présidentielle américaine: Quelle personne respectable veut risquer d’être considérée comme raciste ou ennemi du changement? (What respectable person wants to risk being considered a racist or an enemy of change?)

17 octobre, 2008
Obama lawn sign
Souvenez-vous de ces deux mots: New Hampshire ! J’ai déjà été dans cette position, où nous étions les favoris et la presse a commencé à perdre la tête et nous avons pris une raclée. Obama
C’est une décision personnelle. Seuls moi même et le bouton que je vais pousser connaîtront la réponse. Joe Wurzelbacher
Pour la plupart des Américains, il n’y a rien de plus terrifiant que la perspective d’être qualifié de raciste. Cela est plus effrayant que l’inondation ou la famine, les attaques terroristes ou les bactéries mangeuses de chair. Pour certains, c’est encore plus effrayant que l’incertitude alimentaire. Le politiquement correct a appris aux gens à mentir aux sondeurs pour ne pas avoir à expliquer pourquoi ils ne voteront pas pour l’Afro-Américain. Ann Coulter
Quelle personne respectable veut risquer d’être considérée comme raciste, belliciste, fan du Président Bush ou ennemi du changement ? Beaucoup de gens biens aimeraient bie voir un noir président, ou même un Démocrate président, mais ne veulent pas Barack Obama. Père Jonathan Morris

Et si le chantage au racisme de nos belles âmes des médias se retournait contre ses instigateurs?

Leaders républicains locaux qui hésitent à s’afficher pro-McCain, crainte diffuse des sympathisants du sénateur arizonien de se déclarer pro-républicain, obscure peur de mettre des panneaux McCain sur sa pelouse …

A l’heure où, niant l’évidence d’un magistral ultime débat du candidat républicain, nos médias et à peu près tout le monde se gargarisent de l’avance apparemment irrattrapable de leur poulain démocrate …

Autant de signes que, derrière tant de sondages démocrates prétendument au zénith et malgré les fraudes qui s’accumulent, quelque chose est peut-être en train de se jouer dans cette élection à nulle autre pareille.

Et peut-être nouvelle (et inquiétante, du point de vue démocrate) confirmation, par un père catholique du site de Fox news, de la pression invisible mais réelle qui semble retenir nombre d’électeurs américains de dire ouvertement que dans le secret de l’isoloir le 4 novembre ils ne voteront pas Obama …

Extraits :

De Seattle à San Diego, de Burlington, Vermont à New York City, de la Nouvelle-Orléans auTexas et aux villes du Midwest comme Cleveland, j’entends des confessions à voix basse d’un péché terrible: “Père, je ne vais pas voter pour Obama.”

Il y a huit ans en 2000 et il y a quatre ans en 2004 les pelouses des voisins de mes parents dans l’Ohio était plein de panneaux politiques. Pour tous les deux panneaux de « Gore » ou de « Kerry » il y avait au moins deux panneaux pour « Bush ». Et il y avait beaucoup, beaucoup de panneaux, je vous assure. Plus aujourd’hui. Quand j’ai demandé la raison aux militants locaux de McCain de Summit County, ils ont répondu rapidement : nous allons de porte en porte, les gens nous font un clin d’œil d’approbation, et puis refusent de nous permettre de placer un panneau sur leur pelouse. Un nombre significatif d’électeurs préfèrent apparemment McCain, mais ne veulent pas montrer leur désapprobation d’Obama.

Why This Election Will Be Close: Hushed Confessions
Father Jonathan Morris
Fox news
October 16th, 2008

In recent weeks I have spent a good amount of time crisscrossing the country.

Something very unusual is taking place.

From Seattle to San Diego, from Burlington, Vermont to New York City, from New Orleans to Texas and Midwest towns like Cleveland, I am hearing hushed admissions of a terrible sin: “Father, I’m not going to vote for Obama.”

Then I look at the polls. Nationally and in battleground States, Senator Obama is thrashing Senator McCain.

So what gives?

Pollsters would tell me it’s all very simple. Anecdotal evidence, like my experience on the road, isn’t really evidence at all. It is not trustworthy because it is not scientific. The divergence between what people are telling me and the polling data must be that I run in closed circles. People of like minds talk to me; the others don’t.

Very logical…unless…unless people don’t want their neighbors (or pollsters) to know they aren’t voting for Obama.

So, are we talking here about the “Bradley Effect”, that well-documented racist phenomenon of people telling pollsters one thing and then doing the opposite in the voting booth simply because the candidate is black?

No. I am referring to something else — the fear of talking to pollsters, or to your neighbor, or to anyone else about not wanting to vote for Barack Obama because of what he stands for.

Do you have doubts? How would you like to get up in front of a crowded theater in a mixed neighborhood and say you are going to vote for McCain? What respectable person wants to risk being considered a racist or a war monger or a fan of President Bush or an enemy of change? Many good people would like to see a black man as our president, or even a Democrat to be our president, but don’t want Barack Obama.

Yes, this race is different in a way that defies the scientific nature of polls. Do you remember the hushed admissions? Why do people feel obliged to speak quietly? Will these people agree to talk to a pollster? I don’t think so. I wouldn’t.

Eight years ago in 2000 and four years ago in 2004 my parents’ Ohio neighborhood was filled with political yard signs. For every two “Gore” or “Kerry” signs there were at least two “Bush” signs. And there were many, many signs, I assure you. Not so today. When I asked local McCain workers in Summit County the reason, they answered quickly: we go to the doors, people wink at us in approval, and then refuse to allow us to place a sign in their yard. A significant number of voters may prefer McCain, but don’t want to show their disapproval of Obama.

What will this mean on November 4th? I don’t know for sure. I do think the election will be closer than the polls suggest.

And I think it all has much more to do with Obama, the candidate, and his plans to “spread the wealth,” nominate very liberal federal judges and bow to Planned Parenthood, than with his ethnicity.

What say you?

God bless,

Father Jonathan

Father Jonathan Morris is author of the new book, “The Promise: God’s Purpose and Plan for when Life Hurts.” For more information click here.


Pékin 2008: Les femmes, ça sert aussi à faire la guerre (Cherchez la femme)

26 août, 2008
US beach volley girlsBahrain hijab runnerLes femmes peuvent soutenir la moitié du ciel. Mao
Ces zones d’ombre sont le trop petit nombre de médailles féminines, notre trop faible participation dans les sports collectifs, la situation de l’athlétisme et puis la défaillance d’un certain nombre de nos stars.(…) Si l’on veut promouvoir le sport féminin, il faut revoir la place du sport dans les études. La France est très bonne dans les compétitions juniors mais ensuite, de très nombreux athlètes se découragent car ils n’arrivent pas à concilier sport et études. C’est particulièrement vrai pour les filles. Roselyne Bachelot (ministre de la Santé, de la jeunesse, des sports et de la vie associative)
En banlieue, à l’adolescence, la pression sociale peut parfois être très forte de la part des frères, des cousins…, pour obliger les filles à arrêter. Une solution est qu’elles changent de ville pour pratiquer leur sport, pour échapper aux regards désapprobateurs. Brigitte Deydier (présidente d’un rapport collectif les Femmes et le Sport publié en 2004)
Nous avons autant de filles que de garçons licenciés, nous sommes même au-dessus de la moyenne nationale. Le problème se pose plutôt pour la pratique adulte plus tard, où là, il y a des demandes d’aménagement de la part de certaines communautés, juives ou musulmanes notamment. Mais on ne devient pas sportive de haut niveau en commençant à 19 ans. Eugène-Henri Moré (adjoint au sport de la Courneuve, apparenté PCF)
Les femmes, ça sert aussi à faire la guerre (sportive)!

Au lendemain de la formidable razzia annoncée de médailles des bouchers toujours impunis de Tienanmen (2e place derrière les Etats-Unis pour le total avec 100 contre 110 mais 1ère pour l’or, 51 contre 36) …

Confirmation, comme l’ont rapporté nombre de nos médias, de la formidable arme secrète pour récolter les médailles qu’a été, pour la Chine, la fameuse “moitié du ciel” de Mao (57 contre 42, soit, contre la parfaite parité américaine et certains esprits chagrins chinois, près de 60%!) …

Développement somme toute logique si, comme nous le rappelions dans un récent billet, le sport est la continuation de la guerre par d’autres moyens, l’engagement du sexe dit faible apparaissant alors comme l’aboutissement ultime de la levée de masse et de la guerre totale initiées par la révolution française puis plus récemment par les régimes communistes.

Mais développement qui, depuis le rétablissement en 1896 des Jeux Olympiques par le baron Coubertin (foncièrement hostile à la mixité par fidélité aux jeux antiques qui excluaient eux aussi on le sait – avant de leur fournir leur propres jeux séparés – toute participation féminine sinon comme spectatrices, pour les femmes non mariées – d’athlètes, il est vrai, nus -, ou comme… récompenses!) mais à l’instar logique de la place des femmes dans la société en général et notamment dans le monde du travail (suite d’ailleurs à la pénurie en hommes des temps de guerre!), a mis du temps à s’imposer (seulement 22 sur 997 à l’olympiade suivante de 1900 et… 6 à celle de 1904!).

Et encore, sans parler des républiques dites populaires qui à coup d’injections de testostérone les transformaient en hommes ou les prenaient, comme cette année la Chine, au berceau!), pas dans tous les pays qui ont longtemps refusé toute participation féminine (encore 35 à Barcelone en 1992, 26 à Atlanta en 96, 10 à Sidney en 200, 5 à Athènes et au moins l’Arabie saoudite et Brunei cette année).

Sans compter les sports qui leur ont longtemps été interdits (encore jusqu’en 1992 !) et des pays qui les cantonnent à certaines disciplines non sensibles (comme le tir au pistolet pour l’Iran) ou les affublent de tenues hallal (couvrant, comme au Bahrain, tout leur corps sauf leur visage et mains, et ce jusqu’aux… escrimeuses égyptiennes !?).

D’où, comme le révèlent plus ou moins directement – politiquement correct oblige – certains médias français, le dilemme, pour un pays à forte immigration musulmane et à caisses vides comme la France, qui, malgré son maintien au 7e rang en nombre total de médailles, se voit, suite à l’effondrement des résultats féminins (supposés plus accessibles) sur lesquels il avait longtemps misé (7 sur 32, 1 sur 7 pour l’or, soit 22%), reculer de 3 places pour les médailles d’or.

Condamné, à défaut de la stratégie britannique (certes payante : 4e place et meilleur résultat depuis près de 90 ans !) de concentration sur quelques disicplines (cyclisme, voile et aviron, plus le fort recours à la haute technologie et… la loterie !), à l’impossible choix entre la “caporalisation” à la soviétique ou… la hallalisation vestimentaire à la bahrainienne?

Médailles françaises: mais où sont les femmes?
Quentin Girard
Rue 89

08/23/2008

Les larmes de Laure Manaudou ou des handballeuses françaises en sont le symbole. Alors que les Jeux se terminent dimanche, les Françaises sont au tapis. Sur les 40 médailles glanées, elles n’en ont obtenu que 7, dont une seule en or. Un bilan gonflé d’un coup grâce aux deux médailles en BMX, nouvelle discipline olympique, obtenues vendredi.

En 2004, à Athènes, elles avaient glané 16 médailles sur 33. A Sydney en 2000, 11 médailles sur 38. Et à Atlanta en 1996, 15 médailles sur 37. En moyenne, elles avaient 40% environ des médailles sur les trois précédentes olympiades. Incident de parcours ou tendance lourde ? Difficile à dire à chaud, mais on peut avancer quelques explications :

Un niveau international très relevé

Les JO de Pékin ont sans doute été les Jeux olympiques d’été les plus relevés de l’histoire pour les femmes. La Chine a énormément investi dans tous les sports, surtout dans les catégories féminines, jugées plus abordables. Un effort qui a payé [1] : les Chinoises ont pour l’instant presque rapporté 60% des médailles de leur délégation.

Mais aucun autre pays du top 10 n’a vu autant fondre son ratio de médailles hommes/femmes que la France. En moyenne, ils se maintiennent entre 40% et 50%. Les Bleues sont sans doute trop dépendantes de certains sports, comme les sports de combat ou la natation.

En judo ou en escrime, la Chine a énormément progressé et des nations comme la Corée du Nord ou le Kazakhstan, qui ne participent pas aux autres compétitions internationales, ont surpris. Comme l’explique Brigitte Deydier, directeur technique nationale (DTN) de la Fédération française de judo :

« Les Chinois ont fourni énormément d’effort, tout le monde a subi. Structurellement, le sport, surtout féminin, n’est pas très porté en France. 45% des athlètes à Pékin sont des femmes, mais il n’y a qu’entre 20 et 25% de licenciées. »

Le sport français est-il misogyne ?

Pour réussir, les sportives françaises doivent évoluer dans un environnement ultra-masculin. Seulement 30% des conseillers techniques sportifs, 10% des entraîneurs nationaux et 4% des DTN sont des femmes. Dans le judo par exemple, seuls 10% des cadres techniques sont des femmes. Le problème est le même au niveau des fonctions dirigeantes.

Et pour briller dans une compétition internationale, la relation entre un athlète et un entraîneur est essentielle. Des entraîneuses seraient parfois plus aptes à comprendre les besoins et demandes des jeunes filles. Si Philippe Lucas avait été une femme, Laure Manaudou ne l’aurait peut-être pas quitté… Mais la situation de la star de la natation française ne reflète pas celles de la plupart des jeunes filles.

Caroline Carpentier, coach d’entraîneur et ancienne chef du département du sport de haut niveau à l’Insep souligne également que les femmes bénéficient rarement des meilleurs entraîneurs. S’occuper des filles, c’est souvent « une étape obligatoire ou un purgatoire avant d’avoir une fonction jugée plus prestigieuse ».

Un usage qui peut démotiver les sportives comme leurs entraîneurs. Il y a bien sûr des exceptions, comme Jérôme Roussat, champion olympique en escrime en épée avec les hommes qui va coacher les dames. De quoi entretenir un peu d’optimisme.

« A l’adolescence, la jeune fille ne rêve pas que de compétitions »

Seulement 34% des athlètes licenciés au haut niveau sont aujourd’hui des femmes. Même dans des sports ultra-féminins comme l’équitation, plus l’âge avance, moins elles sont nombreuses. Dans ce dernier sport, 80% des licenciés sont des femmes. En licence compétition 17-21 ans, elles représentent 84% des inscrits. Mais dans la catégorie adulte, elles ne sont plus que 65%. Et aux Jeux olympiques, les porte-étendard de la délégation olympique étaient des hommes…

Brigitte Deydier, triple championne du monde de judo dans les années 80, ajoute :

« A l’adolescence, au contraire des garçons, la jeune fille ne rêve pas que de compétitions. C’est à cet âge-là que beaucoup d’entre elles arrêtent. Les rémunérations moindres pour les sports féminins n’incitent pas non plus à continuer. Et à part à l’Insep, il est très difficile de continuer ses études et d’aller vraiment jusqu’au haut niveau. »

Les fédérations sportives ne sauraient donc pas prendre en compte les aspirations des jeunes filles. Caroline Carpentier avance une solution :

« Peut-être faudrait-il donc des politiques de haut niveau différenciées entre les hommes et les femmes. Pour l’instant, ce n’est pas le cas. »

« Les familles donnent la priorité aux garçons pour les activités sportives »

Il y a aussi des raisons culturelles. En France, les femmes ne sont pas non plus forcément encouragées à faire du sport. C’est ce qu’explique Brigitte Deydier, présidente d’un rapport collectif les Femmes et le Sport publié en 2004 :

« Le choix des familles est souvent vite fait. Surtout quand il n’y a pas beaucoup d’argent dans le foyer, on donnera toujours la priorité au garçon pour pratiquer une activité sportive. »

Un choix d’autant plus flagrant dans les banlieues où l’accessibilité au sport est parfois difficile pour les jeunes filles :

« En banlieue, à l’adolescence, la pression sociale peut parfois être très forte de la part des frères, des cousins…, pour obliger les filles à arrêter. Une solution est qu’elles changent de ville pour pratiquer leur sport, pour échapper aux regards désapprobateurs. »

Eugène-Henri Moré, adjoint au sport de la Courneuve, apparenté PCF, va à l’encontre de cette idée :

« Nous avons autant de filles que de garçons licenciés, nous sommes même au-dessus de la moyenne nationale. Le problème se pose plutôt pour la pratique adulte plus tard, où là, il y a des demandes d’aménagement de la part de certaines communautés, juives ou musulmanes notamment. Mais on ne devient pas sportive de haut niveau en commençant à 19 ans. »

Avant Londres 2012, les Britanniques investissent massivement

Au service de presse de l’association Ni putes ni soumises, on explique qu’il est très difficile d’évaluer le phénomène :

Bien sûr, le sujet nous intéresse mais les filles ne nous en parlent pas. Cela les intéresse plus de parler du rapport avec les garçons, de la possibilité de sortir… des questions plus classiques.

Dans des sports où la concurrence n’est pas très relevée il est plus facile pour une nation développée de former des athlètes féminins d’un niveau correct, même si l’environnement n’est pas forcément favorable. Mais dès qu’une nation investit d’importants moyens, les autres sont à la traîne.

Après la Chine cette année, ce sera peut-être le tour du Royaume-Uni en 2012. Gordon Brown, le premier ministre britannique, s’était engagé en 2006 à débloquer 400 millions d’euros supplémentaire pour le sport olympique, 130 millions d’euros par an. L’argent a été concentrée sur quelques sports comme le cyclisme et l’aviron. Cela a déjà payé, les sujets d’Elizabeth II sont actuellement quatrième du classement des médailles.

Mis à jour le 24/8 à 14h49, après les nouvelles médailles françaises, notamment le bronze de Marie Delattre et Anne-Laure Viard en canoë-kayak (K2, 500 m). Bravo les filles !

Les athlètes françaises n’ont obtenu que 7 des 40 breloques tricolores. Un fiasco qui montre les lacunes de l’encadrement sportif.

La Chine a énormément investi dans tous les sports, surtout dans les catégories féminines, jugées plus abordables. Un effort qui a payé : les Chinoises ont pour l’instant presque rapporté 60% des médailles de leur délégation.

45% des athlètes à Pékin sont des femmes, mais il n’y a qu’entre 20 et 25% de licenciées. »

Pour réussir, les sportives françaises doivent évoluer dans un environnement ultra-masculin. Seulement 30% des conseillers techniques sportifs, 10% des entraîneurs nationaux et 4% des DTN sont des femmes. Dans le judo par exemple, seuls 10% des cadres techniques sont des femmes. Le problème est le même au niveau des fonctions dirigeantes.

les femmes bénéficient rarement des meilleurs entraîneurs. S’occuper des filles, c’est souvent « une étape obligatoire ou un purgatoire avant d’avoir une fonction jugée plus prestigieuse ».

Seulement 34% des athlètes licenciés au haut niveau sont aujourd’hui des femmes. Même dans des sports ultra-féminins comme l’équitation, plus l’âge avance, moins elles sont nombreuses. Dans ce dernier sport, 80% des licenciés sont des femmes. En licence compétition 17-21 ans, elles représentent 84% des inscrits. Mais dans la catégorie adulte, elles ne sont plus que 65%. Et aux Jeux olympiques, les porte-étendard de la délégation olympique étaient des hommes…

Brigitte Deydier, triple championne du monde de judo dans les années 80, ajoute :

« A l’adolescence, au contraire des garçons, la jeune fille ne rêve pas que de compétitions. C’est à cet âge-là que beaucoup d’entre elles arrêtent. Les rémunérations moindres pour les sports féminins

Il y a aussi des raisons culturelles. En France, les femmes ne sont pas non plus forcément encouragées à faire du sport. C’est ce qu’explique Brigitte Deydier, présidente d’un rapport collectif les Femmes et le Sport publié en 2004 :

« Le choix des familles est souvent vite fait. Surtout quand il n’y a pas beaucoup d’argent dans le foyer, on donnera toujours la priorité au garçon pour pratiquer une activité sportive. »

Un choix d’autant plus flagrant dans les banlieues où l’accessibilité au sport est parfois difficile pour les jeunes filles :

Voir aussi :

http://www.twocircles.net/2008aug06/womens_participation_olympics_ambitious_dream_comes_true.html

Women’’s participation in the Olympics … an ambitious dream comes true
Mutaz Alshabrawi
KUNA
6 August 2008

A law passed in 404 BC stipulated that sportsmen and their coaches had to participate naked in the Olympic Games, to force women to stay away after Kalipatera disguised herself as a man to enter the stadium and watch her son compete.

Women found violating this order were thrown off the mountain, and as this sixth part of the KUNA report will show, women were not only banned from participating in the games, but also from entering the city of Olympics — all except the priestess of the temple and her virgins.

Kalipatera was the only women to escape the harsh punishment of being thrown off the mountain, after pleading with the judges that she was the wife of a deceased Olympic champion who died while training her only son, prompting her to take over.

With the revival of the Olympics in the late 19th century, the founder of the modern games Pierre Fredy, Baron de Coubertin, was not for the participation of women in the competitions, perhaps under influence of traditions of the Ancient Games that he studied so closely.

Women did not take part in the first Olympic Games held in Athens in 1896, but against the objections of de Coubertin, they were allowed by the International Olympics Committee to compete four years later in Paris.

Charlotte Reinagle Cooper of Middlesex, England, became the first female Olympic champion after winning two gold medals for the tennis singles and mixed doubles with her partner Reginald Doherty.

Princess Kyniska, daughter of Archidamos, King of the Spartans may be the first female Olympic champion in ancient history, figuratively speaking, as awards for the carriage race were bestowed on the carriage owner and not the driver — she won in 396 BC.

Female participation in the modern games remained small and symbolic, and restricted to “light” sports. When swimming and diving competitions were held in the 1912 Games, one official resigned in protest of the “indecency” of the female participants.

With the outbreak of the First World War, women began to take up jobs that were previously limited to men, and called for more civil and employment rights. They insisted in greater participation in athletics, and this was made possible in the 1928 Amsterdam Olympics.

However, women’s participation in the 1928 Games was a burden. Many fainted in the 800-meter race, and this was used as an excuse to cancel this event for the next 32 years.

Soon enough, women proved their excellence in the games. America’s Babe Didrikson won gold medals for the 80-meter hurdles and javelin, and the silver medal for the triple jump at the 1932 Olympic Games in Los Angeles, while her countrywoman Dorothy Poynton Hill won two gold medals and two silver ones in the 1932 and 1936 Games for diving.

All of this was before Dutch sprinter Fanny Blanker-Koen brought female sports under the spotlight by winning the 100, 200 and 400-meter sprints, the 80-meter hurdles in the 1948 London Olympic Games. The 30-year-old mother of two defied calls for women to stay at home by becoming the first woman in history to win four medals, and she received a historic welcoming by her people upon arriving home.

With the progress of the female sports movement after the Second World War, political and social developments also took place. The Soviet Union sent its first female team of athletes to the 1952 Games, and its members won gold medals that marked the beginning of a sports “Cold War.” Soviet women dominated competitions in track and field and gymnastics for decades.

In the Tokyo Olympics of 1964, 80 percent of the population had their eyes on the Japanese female volleyball team as it played its game, making this the highest audience percentage for any event in that country.

It was only in 1984 that women ended their long struggle and were allowed to participate in the marathon, and it was in this same year in the Los Angeles Games that Moroccan sprinter Nawal El Moutawakel won the 400-meter race and became the first Muslim Arab woman to win a medal.

In the 1992 Barcelona Olympics, women participated in all games, including judo.

There is also an event that is exclusively for women — synchronized swimming.

With all of these achievements by female athletes, the latest Athens Olympics saw 4329 women competing compared to 6296, and this is expected to increase in the Beijing Games.

Women’s fight for their right to prove their sports excellence has not been an easy one, and their achievements are among the most outstanding in modern Olympics.


Environnement: Comment avons-nous pu vider la mer? (Apocalypse tomorrow?)

14 août, 2008
Is God dead, (Time, Apr. 8 1966)Où est Dieu? cria-t-il, je vais vous le dire! Nous l’avons tué – vous et moi! Nous tous sommes ses meurtriers! Mais comment avons-nous fait cela? Comment avons-nous pu vider la mer? Qui nous a donné l’éponge pour effacer l’horizon tout entier? Dieu est mort! (…) Et c’est nous qui l’avons tué ! (…) Ce que le monde avait possédé jusqu’alors de plus sacré et de plus puissant a perdu son sang sous nos couteaux (…) Quelles solennités expiatoires, quels jeux sacrés nous faudra-t-il inventer? Nietzsche
He was born a pauper to a pawn on a Christmas day When the New York times said God is dead … Bernie Taupin (1971)
L’avenir de la biodiversité pour les dix prochains millions d’années sera certainement déterminé dans les cinquante à cent ans à venir par l’activité d’une seule espèce, Homo sapiens, vieille de seulement 200 000 ans. Paul Ehrlich et Robert Pringle
Nous avons des raisons de nous rappeler comment Hitler, il y a un peu plus d’un demi-siècle, a utilisé une telle doctrine pour saper et attaquer des zones considérables d’Europe centrale. Carl Bild (ministre suédois des Affaires étrangères, le 9 août)
Saddam Hussein a été pendu parce qu’il a détruit quelques villages chiites, alors que les autorités géorgiennes, elles, devraient être défendues alors qu’elles ont rayé de la carte en une heure des dizaines de villages ossètes, qu’elles ont écrasé vieillards et enfants avec leurs chars et qu’elles ont brûlé vif les gens dans leur maison. Poutine (le 11 août)
Les événements qui se déroulent sous nos yeux sont à la fois naturels et culturels, c’est-à-dire qu’ils sont apocalyptiques. Jusqu’à présent, les textes de l’Apocalypse faisaient rire. Tout l’effort de la pensée moderne a été de séparer le culturel du naturel. La science consiste à montrer que les phénomènes culturels ne sont pas naturels et qu’on se trompe forcément si on mélange les tremblements de terre et les rumeurs de guerre, comme le fait le texte de l’Apocalypse. Mais, tout à coup, la science prend conscience que les activités de l’homme sont en train de détruire la nature. C’est la science qui revient à l’Apocalypse. René Girard

Après la moitié des espèces des grands mammifères il y a 3 000 ans et Dieu le 9 janvier 1966, allons-nous bientôt… terminer le boulot?

A l’heure où, fort de la lâcheté du reste du monde, l’héritier d’un des systèmes politiques les plus meurtriers de l’histoire humaine vient, après la quasi-oblitération d’une de ses provinces rebelles et le holdup du siècle à la tête de son Etat, de nous rejouer 70 ans plus tard et le jour même de l’ouverture des Jeux olympiques dans l’autre Etat héritier du même système politique meurtrier, toujours impuni lui aussi, de nous rejouer le coup des Sudètes …

Pendant que, sans parler de “l’hommage manqué à Soljenitsyne”, notre propre chef d’Etat joue lui au Daladier en refusant de recevoir un dalai lama qu’il avait jusqu’ici prétendu défendre et que les Etats-Unis s’apprêtent peut-être à élire dans à peine trois mois leur propre Chamberlain

Et que la science même envisage maintenant explicitement l’extinction de la vie sur notre propre planète …

Retour, via un récent entretien de René Girard à l’occasion de la sortie de son dernier livre (“Achevez Clausewitz”), sur justement le dernier tabou de ce monde si fier d’avoir tout démystifié et qui, comme nombre de chrétiens et alors que s’accumulent tous les signes du contraire, s’accroche étrangement à une interprétation purement religieuse des textes de l’Apocalypse …

L’Apocalypse a commencé
Antoine Nouis et Jean-Luc Mouton
Réforme
31 juillet 2008

Mondialement connu pour sa théorie mimétique, René Girard se définit lui-même comme un anthropologue de la violence et du religieux.

Il analyse et commente ici l’actualité sombre du monde à la lumière de son dernier livre inspiré par la lecture de Clausewitz.

La pensée de René Girard, en apparence limpide, se révèle cependant complexe car paradoxale et radicalement différente des courants dominants. Encensé ou vivement contesté, René Girard fait débat aujourd’hui, notamment en raison de ses convictions chrétiennes.

Il vient pour l’heure de publier en français Achever Clausewitz (éd. Carnets Nord, 365p., 22 euros), un livre d’entretiens consacré à Carl von Clausewitz (1780-1831), stratège prussien, auteur du De la guerre. On se souvient de sa formule : « La guerre est la -continuation de la politique par d’autres moyens. » Loin de contenir la violence, la politique court derrière la guerre : les moyens guerriers sont devenus des fins. « Achever Clausewitz », c’est lever un tabou : celui qui nous empêchait de voir que l’Apocalypse a commencé. Car la violence des hommes, échappant à tout contrôle, menace aujourd’hui la planète entière.

Même s’il est un peu troublant et fort peu réconfortant de commencer une nouvelle année par une réflexion aussi pessimiste, il faut bien aussi tenter de regarder le monde en face. Nous avons atteint un point, rappelle avec force René Girard, où la disparition de l’espèce humaine devient possible – disparition qui est déjà annoncée dans la Bible – si l’homme ne renonce pas à la violence et à la rivalité.

Vous évoquez dans votre livre, en citant Clausewitz, une « montée aux extrêmes ». Pour vous, l’Apocalypse a déjà commencé…

Je pense qu’il est nécessaire de dire aujourd’hui la vérité en premier lieu sur les phénomènes liés à la dégradation de l’environnement. La fonte, par exemple, des glaces du Groenland est un phénomène très alarmant. Tous les Etats le savent. C’est un enjeu vital aujourd’hui. Les événements qui se déroulent sous nos yeux sont à la fois naturels et culturels, c’est-à-dire qu’ils sont apocalyptiques. Jusqu’à présent, les textes de l’Apocalypse faisaient rire. Tout l’effort de la pensée moderne a été de séparer le culturel du naturel. La science consiste à montrer que les phénomènes culturels ne sont pas naturels et qu’on se trompe forcément si on mélange les tremblements de terre et les rumeurs de guerre, comme le fait le texte de l’Apocalypse. Mais, tout à coup, la science prend conscience que les activités de l’homme sont en train de détruire la nature. C’est la science qui revient à l’Apocalypse.

Cette réalité-là m’impressionne profondément. Depuis trois cents ans, la science a plaidé le contraire pour retomber aujourd’hui sur cette découverte très scientifiquement au moment où on s’y attend le moins. Autrement dit, la pensée apocalyptique n’est plus folle, elle est en train d’entrer dans la vie quotidienne. Si un ouragan de plus touche La Nouvelle-Orléans dans les prochains mois, la question des liens entre ces phénomènes et les activités humaines se reposera. Lorsque l’Apocalypse mélange les deux, c’est une opération qui, sur le plan intellectuel aujourd’hui, a un intérêt prodigieux que même les chrétiens ne veulent pas voir. Ces derniers n’osent pas parler de l’Apocalypse. Des formes de pensée que nous pensions dépassées sont en train de revenir… et ce sont des formes de pensée évangéliques. Ce qui nous paraissait archaïque revient parmi nous sur les ailes de la science. Nos contemporains ne sont pas encore prêts à entendre ces paroles, mais ils vont bientôt l’être.

Pourquoi liez-vous la montée en puissance de la violence avec celle des températures à la surface du globe ?

Il existe un lien direct. Je définis la violence par la rivalité. Dans le monde actuel, beaucoup de choses correspondent au climat des grands textes apocalyptiques du Nouveau Testament, en particulier Matthieu et Marc. Il y est fait mention du phénomène principal du mimétisme, qui est la lutte des doubles : ville contre ville, province contre province… Ce sont toujours les doubles qui se battent et leur bagarre n’a aucun sens puisque c’est la même chose des deux côtés. Aujourd’hui, il ne semble rien de plus urgent à la Chine que de rattraper les Etats-Unis sur tous les plans et en particulier sur le nombre d’autoroutes ou la production de véhicules automobiles. Vous imaginez les conséquences ? Il est bien évident que la production économique et les performances des entreprises mettent en jeu la rivalité. Clausewitz le disait déjà en 1820 : il n’y a rien qui ressemble plus à la guerre que le commerce. Souvent les chrétiens s’arrêtent à une interprétation eschatologique des textes de l’Apocalypse. Il s’agirait d’un événement supranaturel… Rien n’est plus faux ! Au chapitre 16 de Matthieu, les juifs demandent à Jésus un signe. « Mais, vous savez les lire, les signes, leur répond-t-il. Vous regardez la couleur du ciel le soir et vous savez deviner le temps qu’il fera demain. » Autrement dit, l’Apocalypse, c’est naturel. L’Apocalypse n’est pas du tout divine. Ce sont les hommes qui font l’Apocalypse. Il existe aujourd’hui un moment de chambardement qui m’intéresse au plus haut point.

S’il existe une consonance entre l’évolution du monde et les textes de la Bible, quel message nous donnent-ils pour nous guider ? Ils nous avertissent contre notre violence. Ils nous disent : il faut s’en occuper. Mais ils ne disent pas que c’est Dieu qui intervient dans la montée des eaux ou dans la perte des glaces au pôle Nord. Les grands dirigeants du monde en sont cependant encore à se demander qui aura le droit d’extraire prioritairement le pétrole de cette région du Pôle ! Ce qui, évidemment, ne peut qu’accentuer les risques pour la planète. Là résident le comique et le tragique de notre temps. La bonne manière d’écouter ces textes est de faire nôtre cette inquiétude, elle n’est pas celle de Dieu. Nous en sommes seuls la cause. Nous avons mal utilisé nos pouvoirs et nous continuons de le faire. Nous lisons tout à l’envers.

Le développement continu des armements va dans le même sens, de même que les manipulations biologiques dont les hommes tireront on ne sait encore quelle nouvelle puissance pour guerroyer. Etant donné ce que les hommes ont été capables de faire jusqu’ici, peut-on vraiment leur faire confiance ? Cette folie de l’homme est prévue, annoncée par les Evangiles. Dieu n’en est aucunement responsable. Dans ces conditions, je ne vois pas de tâche plus importante que de rappeler sans cesse le réalisme de la révélation et des textes apocalyptiques. Mais même l’Eglise ne s’y réfère plus jamais.

Vous avez une vision très pessimiste de l’Histoire…

Savez-vous qu’il est courant de professer une vision optimiste à mesure que se multiplient les dangers ? Les Etats sont capables de voir un problème à la fois, et sur le court terme. Mais si on prend tous les problèmes qui assaillent notre époque en même temps, n’est-ce pas monstrueux ? Mieux, l’avenir du monde semble totalement désespéré. Et pourtant, c’est bien de cela qu’il faut s’occuper. Si on a envie que nos petits-enfants puissent vivre sur une terre où ils puissent se tenir debout. Ceux qui tentent d’avertir les hommes d’aujourd’hui arrivent dans une atmosphère totalement athée. Les hommes de notre temps n’arrivent pas à percevoir l’importance et le sens de ces textes apocalyptiques de la Bible. L’Apocalypse, c’est la durée, si ces temps n’avaient pas été abrégés, il n’y aurait plus un seul adorateur du Dieu unique. Dans les grands textes des Evangiles synoptiques, ces temps sont longs et nous y sommes pleinement entrés. Je ne suis pas pessimiste, au fond. J’attends, comme tout chrétien, l’avènement du Royaume de Dieu.

A partir de votre analyse, quelle parole recommandez-vous aux Eglises ?

Il faut d’abord que les uns et les autres lisent le chapitre 24 de Matthieu, le chapitre 13 de Marc et çà et là quelques passages dans l’Evangile de Luc ! Mais comment comprendre ces passages ? Pour moi, l’homme est foncièrement en rivalité et violent. Il entraîne un désordre de toute la communauté qui finit par un phénomène de bouc émissaire. Dans le christianisme, le phénomène du bouc émissaire ne peut plus se produire parce qu’on le comprend trop bien. Pour qu’un phénomène de bouc émissaire se produise, il faut croire que la victime est coupable. Donc avoir un bouc émissaire, c’est ne pas savoir qu’on l’a. Et, par conséquent, savoir qu’on l’a, c’est être privé de moyens sacrificiels d’arrêter la violence. Nous sommes dans cette situation-là, donc nous sommes confrontés à notre propre violence et la seule solution, c’est celle qui est là, dans le christianisme – qui vient en premier lieu d’ailleurs, bien avant toutes choses –, c’est-à-dire l’offre du Royaume et la non-représaille universelle. La logique est parfaite. De ce point de vue, je ne peux que souhaiter aux uns et autres de se tourner vers le Christ. Je ne suis qu’un chrétien très classique, au fond…

Et que dire aux autorités politiques ?

Qu’il faut tout faire pour interrompre ces processus sans fin qui nous mènent à la destruction totale. C’est-à-dire qu’il faut accepter des mesures qui sont encore impensables aujourd’hui. Diminuer la production, s’il le faut, pour sauver la planète. Nombre d’Américains rattachés au camp républicain estiment que tous ces discours apocalyptiques n’ont pour but que les empêcher de gagner tout l’argent qu’ils méritent. Les conséquences de cette insouciance sont une réelle menace pour l’humanité. Le problème est que les responsables politiques qui tiendraient un tel langage de vérité ne sont pas éligibles. Qui peut attirer les suffrages de ses concitoyens en prônant une politique de restriction dans tous les domaines ou prétendre supprimer les automobiles ? Comment déplaire à l’opinion publique et annoncer de nouvelles mauvaises ? Sans doute, l’évolution de notre planète va devenir telle que des mesures très dures et difficiles s’imposeront. Reste que la démocratie n’est pas armée pour faire face à une situation d’urgence. Nous sommes bien dans une perspective apocalyptique.

La peur, comme le suggère Hans Jonas, ne pourrait-elle pas créer cependant les conditions d’une remise en question ? La peur est pédagogique jusqu’à un certain point. Le sera-t-elle suffisamment ? Cela me paraît fort douteux. Il faut continuer à dire aux opinions publiques que tout finira mal, sans cela vous ne les réveillerez jamais. L’annonce de l’Apocalypse, c’est avant tout le seul discours qui puisse contribuer à sauver le monde. Le problème des responsables est de se situer toujours dans le court terme. Le fondement du religieux, sur le plan social et politique, apparaît à l’inverse comme la pensée de la continuité, le souci de l’avenir. Les discours des religions et celui du christianisme rappellent toutes les traditions qui demandent à être maintenues, la famille par exemple. Traditions qui ont pour fonction de maîtriser la temporalité qui nous échappe. Donc, le religieux est d’une certaine manière conservateur.

Seriez-vous d’accord avec l’affirmation selon laquelle « le christianisme serait la religion de la sortie de la religion » ?

Ceux qui l’évoquent, comme Marcel Gauchet, le disent d’une façon athée, humaniste, la fin du religieux d’une manière post-hégélienne. Alors que je dis de mon côté que c’est la fonction du christianisme depuis le début. Le christianisme n’est pas une religion comme les autres. Les religions ont des dieux, des règles, des doctrines… Le christianisme ne nous apprend pas qui est Dieu, ou plutôt, si nous le savons, ce n’est qu’à travers le Christ. Parce que la mort du Christ nous a appris ce que sont les religions en révélant le mécanisme sacrificiel qui les fonde. La prédication du Christ est la seule à avoir dévoilé l’origine violente de l’humanité et sa perpétuation culturelle. L’échec de la prédication et la Passion, qui sacrifie le plus innocent de tous, ouvrent la voie à la lente connaissance de la méconnaissance du mécanisme victimaire.

Je défends depuis de longues années l’idée que cette révélation du mécanisme de la violence, du sacrifice, est inscrite dans le texte même des Evangiles. La question est : « Mais pourquoi existe-t-il des religions ? ». A mon sens, parce que l’on s’imagine que la victime est vraiment responsable et peut donc provoquer la réconciliation. En réalité, ce phénomène purement victimaire pourrait se passer sur n’importe qui. Le Christ, justement, n’est pas n’importe qui parce qu’il accepte cette mort pour faire connaître aux hommes ce qu’est réellement le religieux. Cette fonction du Christ donne au christianisme une place qui lui permet même d’approuver l’antireligion moderne dans ce qu’elle a de vrai.

L’apparition des fondamentalismes ne serait-elle pas une manière de réintroduire de la religion ?

Oui et non. Le fondamentalisme est avant tout un combattant du religieux. Les fondamentalistes sont dans le même mouvement que des athées qui sont partisans de telle ou telle idéologie. Généralement, les fondamentalistes que l’on rencontre aux Etats-Unis sont plutôt ignorants, mais voudraient bien qu’on les laisse tranquilles et que l’on ne les attaque pas systématiquement sur leurs convictions contre le mariage homosexuel. Convictions qu’ils considèrent conformes à leur lecture traditionnelle de la Bible. Ils sont en réalité minoritaires et ne dominent en rien l’Amérique. Pourtant, j’adresse aux fondamentalistes un reproche fondamental : ils attribuent à Dieu, ou à des phénomènes surnaturels, ce qui revient en réalité aux hommes. C’est pour cette raison qu’ils sont absurdes et non pour leurs convictions que l’on a coutume de qualifier de rétrogrades.

A propos du sacrifice, comment comprendre le sacrifice de ces terroristes qui donnent leur vie pour ôter celle d’autres vivants ?

Nous ne savons pas. Nous sommes devant une culture de mort qui nous échappe. Le 11 septembre 2001 a été le début d’une nouvelle phase. Le terrorisme actuel reste à penser. On ne comprend toujours pas ce qu’est un terroriste prêt à mourir pour tuer des Américains, des Israéliens ou des Irakiens. La nouveauté par rapport à l’héroïsme occidental est qu’il s’agit d’imposer la souffrance et la mort, au besoin en les subissant soi-même. Cette « montée aux extrêmes » de la violence sort de notre univers.

Je crois que nous sommes attachés à la vie d’une manière qui ne nous permet pas d’y accéder. Le terrorisme nous dépasse, on a l’impression de ne plus pouvoir réfléchir. C’est une menace, du fait même que l’on ne comprend pas. On ne peut pas négocier. Et encore moins faire la guerre contre le terrorisme sans même savoir où sont les terroristes, s’ils existent, s’ils ont envie de négocier…

Les Américains ont commis l’erreur de « déclarer la guerre » à Al-Qaida alors qu’on ne sait même pas si Al-Qaida existe. Le président Bush a réagi avec son instinct d’Américain, comme s’il s’agissait d’un adversaire habituel. Il s’est lourdement trompé. Il pensait répondre à une attente. Mais sans réflexion. Il savait que l’Amérique attendait de l’action. D’où la guerre d’Irak… Une bêtise absolue ! L’ère des guerres est finie : désormais, la guerre est partout. Nous sommes entrés dans l’ère du passage à l’acte universel. Il n’y a plus de politique intelligente. Nous sommes près de la fin.

Vous situez le Christ au cœur de l’histoire de l’humanité, mais quelle place accordez-vous aux autres religions ?

Les autres religions sont nécessaires pour l’arrivée au christianisme. L’éducation de l’homme est faite par le religieux. Les religions non chrétiennes sont nécessaires à un certain stade de l’humanité. Elles ont permis ce passage de l’animalité jusqu’à l’homme. Mais le christianisme met fin à ces religions et nous place devant l’Apocalypse.

Le sacrifice, par exemple, personne ne peut le définir parce que c’est trop évident. Il s’agit d’une violence de substitution, nécessaire pour passer la colère des hommes. Le nom chrétien du péché capital est bien la colère, plus que le ressentiment. Le péché originel, c’est la violence, ou plutôt l’ensemble, orgueil, colère et violence. L’islam, de son côté, ne dit rien contre la violence. Il l’accepte parfois comme un des véhicules de la révélation de Dieu. Il n’y a de devoir du chrétien de conquérir quoi que ce soit par la violence. D’une certaine manière, l’islam est une idéologie religieuse qui reste plongée dans l’archaïsme. Il en va différemment du judaïsme. Dans la Bible, on trouve les premiers textes religieux où la victime est innocente. L’histoire de Joseph, par exemple, on sent bien qu’elle va vers le christianisme, elle est tout entière prophétique, au sens chrétien du terme. Précisément parce qu’elle fait de la victime la victime de ses frères. L’histoire commence par une sorte de lynchage, et ce lynchage, c’est celui de l’innocent et non pas du coupable… Déjà l’histoire du Christ.

Que répondez-vous à ceux qui, à l’exemple du philosophe Michel Onfray, considèrent que ce sont les religions qui sont sources de violences et de guerres ?

Ce sont des penseurs qui en sont encore à Auguste Comte. Un homme qui considérait que le religieux était essentiellement une réponse à la question des origines de l’univers. Le bon sauvage sous le ciel étoilé qui médite sur l’univers et se demande d’où cela vient… La religion archaïque n’a strictement rien à voir avec ce genre de préoccupation.

Pour ce qui est de la violence, sachez qu’à toutes les époques on tue au nom de ce qui importe alors. Au moment de la féodalité, on estimait que la justice royale permettrait une paix universelle. A partir des rois on a cru que les querelles dynastiques étaient à l’origine des guerres. Quand on en arrive à la république, Clausewitz voit très bien que celle-ci produit une mobilisation du peuple pour la guerre, qui jusqu’alors était le fait des princes. L’origine de la violence sera toujours cherchée ailleurs, on désignera toujours la chose la plus importante du moment… Alors que c’est l’homme, bien entendu, qui est à la source de toute violence.

Vous considérez cependant le christianisme comme une religion rejetée, sinon méprisée, aujourd’hui…

Le christianisme est radicalement méprisé. Et il est le seul dans ce cas. Il est méprisé particulièrement en Europe parce qu’il faut se défendre contre lui. Il annonce que les hommes sont violents, c’est lui qui vient troubler notre tranquillité archaïque. Le christianisme n’est pas reçu, en réalité, parce qu’il n’est pas compris. Il faut en revenir au texte et au message évangélique…

Démarche protestante, s’il en est…

Savez-vous que les catholiques ont toujours pensé que j’étais protestant ? A dire vrai, protestantisme, catholicisme…, cela n’a pas grande importance à mes yeux. Les catholiques sont aussi influencés par les protestants que les protestants peuvent l’être par les catholiques. La remarque est évidente pour ce qui est des Etats-Unis. Les protestants comprennent la valeur de l’unité. Les intellectuels, en particulier, regardent beaucoup plus aujourd’hui ce qui se passe dans l’Eglise catholique. Il se trouve que de nombreuses conversions au catholicisme ont lieu en ce moment aux Etats-Unis. Il faut dire que la vie intellectuelle dans les universités américaines est dominée par des figures catholiques. Les White Anglo-Saxons Protestants sont toujours, de leur côté, plus attirés par le business. C’est peut-être le souci de la parole d’autorité, de la parole qui se fait entendre dans le monde, qui questionne aujourd’hui la pensée américaine. D’où peut-être cette attirance nouvelle pour l’universalité du catholicisme.

Le tragique serait-il pour vous le dernier mot de l’Histoire ?

Le tragique en grec, c’est le mot trogos. C’est la mort de cette victime qui finalement réconcilie. Donc, c’est aussi la catharsis. La tragédie grecque elle-même ne fait que répéter la naissance du religieux. C’est la mort de la victime qui ramène la paix en amenant la purification de la violence. La mort de la victime ramène la paix. La tragédie respecte le schéma de la religion archaïque. Reste quand même une incertitude sur la vérité de la culpabilité de la victime. Cela va dans le sens du christianisme. Mais accepter la vérité du christianisme, c’est se débarrasser du tragique, c’est l’au-delà du tragique. Nous ne savons pas ce dont il s’agit réellement. Mais nous savons pourtant que l’Apocalypse, ce n’est pas triste, dans la mesure où si on arrive vraiment à elle, on commence à passer à autre chose. Les chapitres apocalyptiques des Evangiles annoncent cela, mais ne sont pas pour autant un happy end. La providence, c’est toujours une attente, l’Apocalypse, c’est sûr.

Reste que nous ne sommes pas appelés à la peur, mais à la confiance…

« N’ayez pas peur. » Cette parole apocalyptique se trouve dans l’Evangile. Cela ne va pas être facile, ni plaisant, mais le Christ nous dit : « Ne vous en faites pas ! » Il faut continuer jusqu’au bout, comme si de rien n’était. La vocation de l’humanité continue. Penser vraiment l’Apocalypse, c’est penser la tragédie des temps qui viennent dans une lumière chrétienne qui est fondamentalement optimiste. Ce n’est pas la fin de tout, mais l’arrivée du Royaume de Dieu. Royaume de Dieu dont nous n’avons aucune explication. Mais qu’importe, puisqu’il se rapproche de nous.

René Girard est professeur émérite de littérature comparée à l’université Stanford et à l’université Duke (Etats-Unis) et membre de l’Académie française depuis 2005. Site principal sur René Girard en français : perspectives-girard.org/intro.php

Voir aussi:

La sixième extinction des espèces peut encore être évitée
Le Monde
13.08.08

L’espèce humaine, forte de 6,7 milliards d’individus, a tellement modifié son environnement qu’elle porte maintenant gravement atteinte à la biodiversité des espèces terrestres et marines, et à terme à sa propre survie. A tel point que des scientifiques, de plus en plus nombreux, n’hésitent pas à parler d’une sixième extinction, succédant aux cinq précédentes – dues à d’importantes modifications naturelles de l’environnement – qui ont scandé la vie sur Terre. L’Union mondiale pour la nature (UICN), qui travaille sur 41 415 espèces (sur environ 1,75 million connues) pour établir sa liste rouge annuelle, estime que 16 306 sont menacées. Un mammifère sur quatre, un oiseau sur huit, un tiers de tous les amphibiens et 70 % de toutes les plantes évaluées sont en péril, constate l’UICN.

Est-il encore possible de freiner ce déclin des espèces, qui risque de s’amplifier quand notre planète portera 9,3 milliards d’humains en 2050 ? Les biologistes américains Paul Ehrlich et Robert Pringle (université Stanford, Californie) pensent que oui, à condition de prendre plusieurs mesures radicales sur le plan mondial. Ils les présentent dans les Comptes rendus de l’Académie des sciences américaine (PNAS) du 12 août, qui consacrent un dossier spécial à la sixième extinction.

En préambule, ces deux chercheurs n’hésitent pas à déclarer que “l’avenir de la biodiversité pour les dix prochains millions d’années sera certainement déterminé dans les cinquante à cent ans à venir par l’activité d’une seule espèce, Homo sapiens, vieille de seulement 200 000 ans”. Si l’on considère que les espèces de mammifères – dont nous faisons partie – durent en moyenne un million d’années, cela place Homo sapiens au milieu de l’adolescence. Or cet “ado” mal dégrossi, “narcissique et présupposant sa propre immortalité, a maltraité l’écosystème qui l’a créé et le maintient en vie, sans souci des conséquences”, ajoutent sévèrement Paul Ehrlich et Robert Pringle.

SURCONSOMMATION

Il faut donc, selon eux, insuffler un changement profond dans les mentalités, de façon à porter un autre regard sur la nature. Car, disent-ils, “l’idée que la croissance économique est indépendante de la santé de l’environnement et que l’humanité peut étendre indéfiniment son économie est une dangereuse illusion”. Pour contrer cette dérive, il faut commencer par maîtriser l’expansion démographique et diminuer notre surconsommation des ressources naturelles, dont une bonne part sert à assouvir des goûts superflus et non des besoins fondamentaux. La pisciculture et l’aviculture sont par exemple moins coûteuses en transport et en fioul que l’élevage des porcs et des boeufs, réunis dans le sacro-saint cheeseburger au bacon…

Autre angle d’attaque : les services offerts par la biosphère sont nombreux et gratuits. Elle fournit les matières premières, les systèmes naturels de filtration des eaux, le stockage du carbone par les forêts, la prévention de l’érosion et des inondations par la végétation, et la pollinisation des plantes par des insectes et des oiseaux. A elle seule, cette dernière activité pèse 1,5 milliard de dollars aux Etats-Unis. Aussi serait-il souhaitable d’évaluer le coût des services offerts par la nature et de l’intégrer dans les calculs économiques pour assurer leur protection.

Pour financer le développement des zones protégées, pas assez nombreuses et trop morcelées, Paul Ehrlich et Robert Pringle proposent de faire appel à des fondations privées dédiées à la conservation. Ce qui coûte moins cher au contribuable et permet de générer des sommes importantes. Au Costa Rica, un fonds de ce genre, Paz con la naturaleza, a drainé 500 millions de dollars, somme qui servira à financer le système de conservation du pays. On peut aussi associer plus étroitement pasteurs et agriculteurs à la préservation de la biodiversité, en évitant de leur imposer des décisions sur lesquelles ils n’ont pas prise, et à condition qu’ils y trouvent leur compte. Cela passe par des explications et une meilleure éducation dans ce domaine. Mais rien n’empêche aussi de restaurer les habitats dégradés.

Cependant, les deux chercheurs s’inquiètent du divorce croissant, dans les pays industrialisés, entre la population et la nature, divorce dû à l’utilisation intensive du multimédia. Ils remarquent que, “aux Etats-Unis, la montée des médias électroniques a coïncidé avec une baisse importante des visites des parcs nationaux, après cinquante ans de croissance ininterrompue”. Et il semble que des phénomènes similaires aient lieu dans d’autres pays développés. Aussi, avec un sens certain de l’à-propos, Paul Ehrlich et Robert Pringle proposent-ils d’ajouter une dimension écologique aux univers virtuels les plus connus, tel Second Life.

Christiane Galus

Les grandes extinctions du passé

Les débuts de la vie remontent à 3,7 milliards d’années. Mais il a fallu attendre l’explosion du cambrien, il y a 500 millions d’années (Ma), pour qu’apparaissent les premiers organismes marins complexes. A partir de cette date, cinq grandes extinctions ont eu lieu.

LA PREMIÈRE, IL Y A 440 MA, a fait disparaître 65 % des espèces, toutes marines. Des glaciations importantes suivies d’un réchauffement auraient provoqué de grandes fluctuations des niveaux marins.

LA DEUXIÈME, IL Y A 380 MA, a causé la mort de 72 % des espèces, marines pour l’essentiel. La catastrophe serait due à un refroidissement global succédant à la chute de plusieurs météorites.

LA TROISIÈME, IL Y A 250 MA, a été si importante que la vie a failli ne pas s’en relever. On estime que 90 % de toutes les espèces (marines et terrestres) ont disparu. Les causes de la catastrophe sont encore en débat, mais on pense que d’immenses coulées de lave en Sibérie, peut-être provoquées par la chute d’un astéroïde, ont profondément changé le climat et diminué l’oxygène dissous dans l’eau des mers.

LA QUATRIÈME, IL Y A 200 MA, est associée à l’ouverture de l’océan Atlantique et à d’importantes coulées de lave qui ont réchauffé le climat. 65 % des espèces ont péri.

LA CINQUIÈME, IL Y A 65 MA, est la plus connue, car elle est associée à la disparition des dinosaures et de 62 % des espèces. Les causes avancées sont la chute d’un astéroïde dans le golfe du Mexique et d’importantes coulées de lave en Inde.

PLUS PRÈS DE NOUS, AU COURS D’UNE PÉRIODE ALLANT DE 50 000 À 3 000 ANS, avant aujourd’hui, la moitié des espèces des grands mammifères pesant plus de 44 kg ont disparu. Certains chercheurs incriminent principalement l’homme et estiment que la sixième extinction, celle qui est due à l’action d’Homo sapiens a déjà commencé.

Voir également:

“God is Dead”

The New York Times

Jan. 9. 1966

The following ritual was presented during a chapel service at a small denominational college in the South. It was designed to explore in liturgical form the experience of the “death of God.” The reaction, according to campus reporter, “ranged from tears to a new enthusiasm for theology.”

Reader:

He was our guide and our stay

He walked with us beside still waters

He was our help in ages past

Chorus:

The lengthening shadow grows formless

The lengthening shadow grows formless

Reader:

Now the day is over

Night is drawing nigh

Shadows of the evening steal across the sky

Chorus:

He is gone. He is stolen by darkness

He is gone. He is stolen by darkness

Reader:

Now we must wonder

Was He our only dream.

A dream painted across the sky

Chorus:

And in the beginning our fear created him

And in the beginning our fear created him

Reader:

Did we create Him in our image?

Did we surround Him with hosts because

We were alone?

Chorus:

Our imaginations rescued us from the deep

Our imaginations rescued us from the deep

Reader:

Space has stretched beyond Him.

It is very cold here

And from time there comes no warmth

Chorus:

The universe is too vast for him

The universe is too vast for him

Reader:

Beyond the stars, more stars

Beyond the sky, more sky

Above our dreams, more dreams

Chorus:

Heaven is empty

Heaven is empty

Reader:

Only his footsteps remain

Only stained glass and arched hopes

Only wasted steeples and useless piety

Chorus:

There is silence along the forest path

There is silence along the forest path

Reader:

Why is there no dawn?

Why do our dead only die?

Why do our living only live?

Chorus:

Your God is Dead

He died in the darkness of your image

He died because he grew ill from your dreams of salvation

He died because you held his hand too tightly

God is Dead

Voir de même:

L’insensé. – N’avez-vous pas entendu parler de cet homme insensé qui, ayant allumé une lanterne en plein midi, courait sur la place du marché et criait sans cesse : “Je cherche Dieu ! Je cherche Dieu !” – Et comme là-bas se trouvaient précisément rassemblés beaucoup de ceux qui ne croyaient pas en Dieu, il suscita une grande hilarité. L’a-t-on perdu ? dit l’un. S’est-il égaré comme un enfant ? dit un autre. Ou bien se cache-t-il quelque part ? A-t-il peur de nous ? S’est-il embarqué ? A-t-il émigré ? – ainsi ils criaient et riaient tout à la fois. L’insensé se précipita au milieu d’eux et les perça de ses regards. “Où est Dieu ? cria-t-il, je vais vous le dire ! Nous l’avons tué – vous et moi ! Nous tous sommes ses meurtriers ! Mais comment avons-nous fait cela ? Comment avons-nous pu vider la mer ? Qui nous a donné l’éponge pour effacer l’horizon tout entier ? Qu’avons-nous fait, à désenchaîner cette terre de son soleil ? Vers où roule-t-elle à présent ? Vers quoi nous porte son mouvement ? Loin de tous les soleils ? Ne sommes-nous pas précipités dans une chute continue ? Et cela en arrière, de côté, en avant, vers tous les côtés ? Est-il encore un haut et un bas ? N’errons-nous pas comme à travers un néant infini ? Ne sentons-nous pas le souffle du vide ? Ne fait-il pas plus froid ? Ne fait-il pas nuit sans cesse et de plus en plus nuit ? Ne faut-il pas allumer les lanternes dès le matin ? N’entendons-nous rien encore du bruit des fossoyeurs qui ont enseveli Dieu ? Ne sentons-nous rien encore de la putréfaction divine ? – les dieux aussi se putréfient ! Dieu est mort ! Dieu reste mort ! Et c’est nous qui l’avons tué ! Comment nous consoler, nous, les meurtriers des meurtriers ? Ce que le monde avait possédé jusqu’alors de plus sacré et de plus puissant a perdu son sang sous nos couteaux – qui essuiera ce sang de nos mains ? Quelle eau pourra jamais nous purifier ? Quelles solennités expiatoires, quels jeux sacrés nous faudra-t-il inventer ? La grandeur de cette action n’est-elle pas trop grande pour nous ? Ne nous faut-il pas devenir nous-mêmes des dieux pour paraître dignes de cette action ? Il n’y eut jamais d’action plus grande – et quiconque naîtra après nous appartiendra, en vertu de cette action même, à une histoire supérieure à tout ce que fut jamais l’histoire jusqu’alors !” – Ici l’homme insensé se tut et considéra à nouveau ses auditeurs : eux aussi se taisaient et le regardaient sans comprendre. Enfin il jeta sa lanterne au sol si bien qu’elle se brisa et s’éteignit. “J’arrive trop tôt, dit-il ensuite, mon temps n’est pas encore venu. Ce formidable événement est encore en marche et voyage – il n’est pas encore parvenu aux oreilles des hommes. Il faut du temps à la foudre et au tonnerre, il faut du temps à la lumière des astres, il faut du temps aux actions, après leur accomplissement pour être vus et entendus. Cette action-là leur est encore plus lointaine que les astres les plus lointains – et pourtant ce sont eux qui l’ont accomplie !” On raconte encore que ce même jour l’homme insensé serait entré dans différentes églises où il aurait entonné son Requiem aeternam Deo. Jeté dehors et mis en demeure de s’expliquer, il n’aurait cessé de repartir : “Que sont donc ces églises, si elles ne sont les caveaux et les tombeaux de Dieu ?” Nietzsche

Voir enfin:

René Girard : “Le christianisme est le seul à désigner le caractère mimétique de la violence”
La Croix
l11-08-2008

Cinquième commandement : « Tu ne commettras pas de meurtre. » (Ex 20, 13)

LE DECALOGUE (5/10) René Girard, de l’Académie française

La Croix : Quel sens donnez-vous au commandement : « Tu ne tueras point » ?

René Girard : Les religions archaïques se fondaient sur l’appel au meurtre et les sacrifices rituels pour résoudre le problème de la violence en rétablissant l’unité de la communauté contre une victime. C’est ce que j’ai appelé le phénomène du bouc émissaire. Lorsque ce meurtre réussit, la victime acquiert un prestige considérable, les boucs émissaires sont divinisés, à cause de leur vertu réconciliatrice. Les religions archaïques sont fondées sur l’illusion que ces boucs émissaires sont des dieux parce qu’ils installent une certaine paix entre les hommes. C’est cette paix que l’on renouvelle en immolant des victimes humaines ou animales délibérément choisies à cet effet. Le commandement de la Bible rompt catégoriquement avec cette pratique. Le christianisme nous apprend que c’est une illusion, une ruse que nous employons avec nous-mêmes. Toutes les grandes scènes de la Bible vont dans le sens de l’abolition ou de la diminution de la violence contre l’homme, à l’instar du non-sacrifice d’Isaac dans l’ancien testament, remplacé au dernier moment par un bélier. Dans la passion du Christ, c’est exactement l’inverse, le meurtre religieux est pour la première fois catégoriquement rejeté. Le Christ s’offre comme victime pour révéler la vérité aux hommes. Au lieu de sacrifier autrui – l’attitude normale des hommes –, le Christ s’offre comme victime pour se révéler aux hommes tel qu’il est, c’est-à-dire totalement étranger à la violence.

L’Ancien Testament et les Évangiles sont-ils les seuls textes fondateurs à condamner le meurtre et la vengeance ?

Je pense qu’ils sont les seuls à condamner le meurtre religieux. La condamnation du meurtre dans la Déclaration des droits de l’homme n’est pas une invention de l’humanisme occidental mais une invention chrétienne. L’humanisme s’est montré encore plus impuissant que le christianisme à la mettre en œuvre puisque nous sommes placés aujourd’hui dans un univers qui risque à chaque instant de se détruire lui-même.

L’interdit chrétien n’a pas empêché les croisades, les guerres de religion, les guerres mondiales et les génocides. Comment expliquez-vous cet échec ?

Le christianisme n’a pas eu raison du péché originel. Le péché originel, cela veut dire que l’homme est disposé au péché, qu’il est très difficile de vivre sans se heurter à son voisin, sans désirer la même chose que lui, sans devenir son rival. Des découvertes récentes en neurologie montrent que l’imitation est première et le moyen essentiel de l’apprentissage chez le nouveau-né. Nous ne pouvons échapper au mimétisme qu’en en comprenant les lois : seule la compréhension des dangers de l’imitation nous permet de penser une authentique identification à l’autre. Dès que nous imitons le modèle de nos désirs, nous désirons la même chose que lui. Cette rivalité mimétique est la cause principale et fondamentale de la violence entre les hommes. Le christianisme est le seul à désigner ce désir mimétique. Si l’homme est meurtrier, c’est parce qu’il a le meurtre en lui et qu’il y a quelque chose qui s’appelle le péché originel. Le péché originel, c’est Caïn et Abel, la rivalité qui engendre le meurtre.

Le monde globalisé d’aujourd’hui est-il prêt à entendre le message chrétien de réconciliation et de renonciation à la violence ?

La vérité devient aujourd’hui plus éclatante même si très peu d’individus se convertissent. Notre civilisation est plus créatrice et puissante que jamais mais aussi plus fragile et plus menacée car elle ne dispose plus du garde-fou du religieux archaïque. Au nom du désir de bien-être et du progrès, les hommes produisent les moyens de s’autodétruire. Notre monde est menacé et il est totalement impuissant à prendre des mesures pour éviter les périls les plus immédiats comme le réchauffement climatique, les manipulations génétiques ou la prolifération nucléaire.

Le terrorisme islamique est-il une nouvelle étape de la montée des extrêmes, un retour de l’archaïque ?

La montée aux extrêmes se sert de l’islamisme. Le terrorisme remplace la guerre qui redevient une entreprise privée sur laquelle les États n’ont plus de contrôle. La guerre n’est plus contenue par des règles institutionnelles qui en limitaient la durée et les effets. Plus l’homme est capable de produire la violence, plus il la produit. Nous sommes aujourd’hui menacés d’un vol de l’arme atomique par des individus qui n’hésiteront pas à s’en servir. La possession des moyens de destruction les plus perfectionnés est un signe du retour de l’archaïque. L’islam a tenté de réguler la violence à travers sa forte capacité d’organisation et le monde islamique ne se confond pas avec un déchaînement de la violence auquel nous serions étrangers. Pour autant, je pense que le christianisme a une vision plus profonde de la violence. Dans la Passion, la crucifixion du Christ révèle la violence. C’est la révélation du meurtre fondateur, le résultat du mécanisme victimaire et c’est Jésus qui rend cela visible en subissant cette violence injuste et en l’exposant aux regards de tous, en la privant ainsi de sa puissance fondatrice.

Pour renoncer à la violence, l’homme doit-il renoncer au désir ?

Le christianisme dit que l’homme doit désirer Dieu. Aujourd’hui, les individus intelligents et ambitieux semblent tournés vers l’accroissement de la puissance et la répétition des erreurs du passé. Les textes apocalyptiques des Évangiles annoncent précisément que les hommes succomberont à leur propre violence. C’est la fin du monde permise par les hommes. Le paradoxe, c’est que l’humanité soit plus sceptique que jamais à une époque où elle sait qu’elle a tous les moyens de se détruire. De leur côté, les chrétiens interprètent souvent le christianisme comme une simple philosophie optimiste et, sous prétexte de rassurer, n’en donnent qu’une version édulcorée. Il vaudrait mieux alerter les gens et réveiller les consciences endormies plutôt que de nier les dangers. Nous vivons à la fois dans le meilleur et le pire des mondes. Les progrès de l’humanité sont réels. Nos lois sont meilleures et nous nous tuons moins les uns les autres. En même temps, nous ne voulons pas voir notre responsabilité dans les menaces et les possibilités de destruction qui pèsent sur nous. Les textes chrétiens, en particulier les textes apocalyptiques, collent de façon étonnante à la réalité présente, à savoir une confusion entre les désastres causés par la nature et les désastres causés par les hommes, une confusion entre le naturel et l’artificiel. Dans le cyclone qui a dévasté La Nouvelle-Orléans, on ne pouvait plus distinguer la responsabilité de la nature de celle des hommes.

Il n’est pas trop tard pour bien faire ?

Nous arrivons dans un monde où nous nous trouverons placés devant l’alternative chrétienne, le royaume de Dieu ou la destruction totale, la réconciliation ou rien. Les hommes cherchent des échappatoires pour ne pas voir ce qui s’impose à eux, pour ne pas être pacifiques, pour ne pas rencontrer l’autre. Le christianisme est la seule utopie qui dise la vérité sur cette situation. Ou bien les hommes la réaliseront en renonçant à la violence, ou bien ils s’autodétruiront. Ce sera la violence absolue ou la paix.

Recueilli par François d’ALANÇON


Shanghai 2008: Attention, un classement peut en cacher un autre

11 août, 2008
Laure Manaudou cryingComme disait Proust du snob qui sait reconnaître au premier coup d’oeil un salon à la mode, tout universitaire qui a mis les pieds dans une université américaine comprend d’emblée qu’il s’est posé sur une autre planète. Daniel Cohen
La thermodynamique au XIXe siècle est née de recherches visant à améliorer l’efficacité des machines à vapeur. Selon les historiens, la complémentarité entre sciences et techniques est le facteur crucial qui explique pourquoi la révolution industrielle du XVIIIe siècle diffère de toutes celles qui ont précédé. Daniel Cohen
Nous ne pouvons pas récolter les fruits des réformes immédiatement. Il y a un effet retard. La Suède, pays qui vient de nous doubler dans le classement, a entamé sa réforme universitaire il y a quelques années. L’Allemagne a lancé le programme “Initiative excellence” afin de faire émerger ses universités en 2005. C’est une bataille mondiale dans laquelle d’autres pays ont pris de l’avance sur nous. La Grande-Bretagne a ainsi vingt ans d’avance. Valérie Pécresse
Ce classement, centré sur la recherche, n’est pas pertinent en France. Chez nous, les universités n’ont pas le monopole de la recherche. Le CNRS n’est pas pris en compte par Shanghaï. Thibault Weber (président de la Fage, deuxième fédération étudiante)
En terme de PIB par habitant, [...] nous avons reculé au cours des dernières années. Il existe donc une perception collective inexacte de la place de la France. Valéry Giscard d’Estaing (janvier 2002)
Avant Pékin 2008, Shanghaï 2008!

7e sur 37 (derrière la Suède!), 23 établissements dans le « top 500 , 3 dans le « top 100 », émiettement (85), tricéphalisme (universités, grandes écoles, CNRS), manque de culture de recherche et d’insertion professionnelle, siphonnage des meilleurs étudiants par les écoles d’ingénieurs et aux dépens de la recherche, bureaucratie, paupérisation, méfiance du secteur privé …

A l’heure où à Pékin les prétentions de la France dans la course de plus en plus rude pour détrôner les Bahamas subissent leur première et douloureuse correction des marchés

Retour sur une autre correction des marchés quelque peu éclipsée, celle-là, par la trêve estivale et les JO de Pékin.

A savoir, celle de la publication, la semaine dernière, du classement des universités de la planète par l’université Jia Tong de Shanghai, qui confirme justement, face aux “multinationales du savoir” américaines, et alors que les entreprises privées américaines en sont déjà à financer la recherche fondamentale et donc les parts de marché de demain, les maux des universités (et économie!) françaises et désormais devancée par la Suède …

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Pékin 2008: Qui battra les Bahamas cette année? (Can host country China ever catch up with the Bahamas?)

29 juillet, 2008

Tonique Williams-Darling (400 m, Athens 2004)Mais qui peut bien battre les Bahamas cette année?

Alors que, dans l’indifférence générale, la Chine vient de priver de cérémonie d’ouverture les chefs d’Etat des vingt-trois ‘pays amis’ de Taïwan

Et qu’à dix jours de l’ouverture de la plus grande rencontre idéologico-économico-sportive de la planète, les grandes et moins grandes nations du monde affûtent leurs équipes et… leurs modèles scientifiques de prévisions des résultats!

Le suspense est plus grand que jamais puisqu’à la dernière édition à Athènes il y a quatre ans le pays le plus peuplé du monde (qui se trouve être aussi la première dictature de la planète!) n’était même pas dans les 75 premiers!

En effet, avec une médaille d’or pour chaque 317 000 de sa population, les Bahamas avaient une avance quasi insurmontable devant l’Australie (3e : 1 pour 910,000), les Emirats arabes unis (14e), la Russie (22e), la France (25e), Israël (28e), le Royaume-Uni (29e) ou même… les Etats-Unis (34e)!

Certes, en chiffres bruts et même avec un nombre de participants limités dans chaque discipline, les bons vieux critères socio-économiques (PIB par habitant, taille de la population, régime politique, degré de planification de l’économie, degré de réussite de sa transition économique, histoire ou tradition spécifique, variable pays hôte, données individuelles) n’ont pas, comme le rappelle Rue 89, dit leur dernier mot.

Et la bataille risque de faire à nouveau rage entre les mastodontes habituels que sont les Etats-Unis (102 dont 36 d’or – près de 2 200 depuis les premiers Jeux en 1906!), la Russie (92 pour 27) et la Chine (63 pour 32).

Avec la question de savoir si l’effet pays hôte couplé à ses cinq sports ciblés (boxe, cyclisme, aviron, tir et haltérophilie féminine, soit le quart des 302 médailles d’or) et ses trois sports quasi-nationaux (plongeon, badminton et tennis de table) va permettre au premier atelier du monde de continuer à repousser en 3e place, comme il l’avait fait à Athènes, le pays d’un certain ex-chef du KGB qui n’avait pas encore digéré son effondrement politique 15 ans plus tôt …

Mais dont les milliards du pétrole et du gaz plus une longue tradition ainsi qu’une formidable volonté de revanche lui ont quand même permis d’engranger ces derniers mois ses premier championnat d’Europe de basket-ball, premier championnat du monde de hockey sur glace, sa première Coupe de l’UEFA, ses premières demi-finales de la Coupe d’Europe de football et la moitié des 10 premières places en tennis féminin?

Quant à la Corée du nord ou le Darfour, le Tibet ou les dissidents dans leurs prisons, ils peuvent évidemment bien attendre jusqu’au 25 août… 2028 !

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Délinquance: Tous les garçons s’appellent Mamadou mais surtout ne le dites pas!

3 juillet, 2008

We\On nous demandait de ne citer aucun prénom. C’était considéré comme trop stigmatisant. Communicant sous Jospin

Derrière les mis en cause il existe des victimes, habitant les mêmes espaces, originaires de mêmes pays, et souvent de situation sociale comparable. Alain Bauer

Après les nuits d’émeutes de Vitry-le-François (Marne) qui avaient elles-mêmes suivi celles de Saint-Dizier (30 000 habitants, Haute-Marne) d’octobre dernier …

Puis à nouveau les ratonnades anti-blancs et cassages du Champ de Mars et de la Rue du commerce par les habituelles bandes de jeunes Africains …

Ou le passage à tabac du jeune juif orthodoxe du XIXe arrondissement de Paris

Et les cris d’orfraie des tout aussi habituelles belles âmes des beaux quartiers sur les propositions du gouvernement de fichage des bandes …

Retour sur un petit dossier de L’Express de février 2006 où l’on retrouve le même décalage entre les discours lénifiants officiels et ce que savent depuis longtemps, malgré le refus national des statistiques ethniques, spécialistes comme praticiens (et victimes) de la délinquance.

A savoir que, comme l’a tout récemment confirmé le Washington Post pour les prisons françaises (70% de musulmans contre 12% dans la population nationale), les délinquants sont disproportionnellement d’origine étrangère.

Soit un facteur de 1 à presque 6 contre moins de 4 en GB (11% pour 3%) ou Hollande (20% pour 5,5%) mais 8 (16% pour 2%) en Belgique.

Avec cette fois, comme le suggère le Monde, la très forte probabilité que, excédés par l’impuissance et l’hypocrisie des autorités et à l’instar de notre habituel repoussoir américain, les populations victimes (souvent de même origine) commencent à s’armer pour se défendre elles-mêmes …

Extraits :

A Paris, le Canonge comprend environ 103 000 hommes, dont 37% de Blancs, 29% de Nord-Africains et 19% de Noirs. (…)dans cette commune du Val-d’Oise, où plus de 7 500 hommes âgés de 25 ans sont répertoriés dans le fichier Canonge, les Blancs représentent moins de 2%, de même que les Noirs, contre près de 45% pour les Nord-Africains, soit 3 200 individus.

En examinant les condamnations intervenues de 1985 à 2000 dans l’Isère, il apparaît que 94% des jeunes jugés sont de nationalité française, mais 60% sont d’origine étrangère ou étrangers.» De même, ils sont plus souvent impliqués dans des «faits graves».

Selon les études de Roché, l’origine sociale n’explique pas tout. «Certes, 80% des jeunes délinquants d’origine maghrébine ont des parents ouvriers ou employés, souligne-t-il. Mais, à niveau socio-économique équivalent, les enfants d’immigrés sont plus délinquants que les autres.

Criminalité
1. L’origine des délinquants
Laurent Chabrun, Eric Pelletier, Romain Rosso,
L’Express
le 09/02/2006

C’est une vérité cadenassée par la loi républicaine, limitée par le risque d’exploitation politique, verrouillée par la peur d’une stigmatisation et étouffée par le politiquement correct. Les enfants d’immigrés sombrent apparemment plus souvent dans la délinquance que les autres Français. Comment évoquer sereinement ce phénomène? Le passé colonial de notre pays, de même que l’utilisation de fichiers raciaux sous le régime de Vichy et, depuis une trentaine d’années, le discours xénophobe du Front national ne facilitent guère une analyse rationnelle de la situation. Quelques voix – sociologues, criminologues, policiers ou politiques – commencent à aborder la question. L’Express a tenté de le faire, sans tabou ni idéologie.

Les voyants sont au rouge, mais les statistiques sont muettes sur le sujet. Le seul distinguo autorisé par l’administration porte en effet sur la nationalité, et non sur l’origine. Chaque année, les étrangers représentent environ 20% des délinquants (1). Mais les chiffres masquent une réalité autrement plus dérangeante, plus difficile à cerner aussi. Longtemps, on a cherché à cacher, maladroitement, la surreprésentation des enfants de l’immigration, pourtant visible, au motif qu’ils sont d’abord des enfants de la France. Sous le gouvernement Jospin, des consignes non écrites ont même été passées aux services de communication de la police. «On nous demandait de ne citer aucun prénom, se souvient un communicant de l’époque. C’était considéré comme trop stigmatisant.»

Cependant, les policiers de terrain le constatent depuis des années. Et, aujourd’hui, ils s’inquiètent notamment de l’agressivité de jeunes Blacks, en échec scolaire, coupés de tous repères familiaux. «Les Noirs que nous interpellons se manifestent par une violence instantanée, constate un commissaire en poste dans une banlieue sensible. Ils sont fréquemment impliqués dans des vols à l’arraché ou des vols à la portière. Tandis que les Maghrébins, par exemple, sont plus structurés, autour des réseaux de drogue.» Les émeutes en banlieue, en novembre 2005, ont jeté à la face du monde l’image de jeunes Français d’origine étrangère, harcelant les forces de l’ordre et incendiant des voitures.

A quoi ressemblent les délinquants de tous les jours? Pour le savoir, il suffit de se plonger dans un fichier méconnu, baptisé «Canonge», qui comporte l’état civil, la photo et la description physique très détaillée des personnes «signalisées» lors de leur placement en garde à vue. Grâce à cette base de données présentée à la victime, celle-ci peut espérer identifier son agresseur. Or ce logiciel, réactualisé en 2003, retient aujourd’hui 12 «types» ethniques: blanc-caucasien, méditerranéen, gitan, moyen-oriental, nord-africain-maghrébin, asiatique-eurasien, amérindien, indien, métis-mulâtre, noir, polynésien, mélanésien.

Cet outil est à manier avec prudence. D’abord, parce que, même si le Canonge est légal, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) interdit d’exploiter ses renseignements à d’autres fins que celle de la recherche d’un auteur présumé. Ensuite, parce qu’il ne dit rien de la nationalité et de l’origine de l’individu – qui peut être français depuis plusieurs générations malgré un physique méditerranéen, par exemple. Enfin, parce que les mentions sont portées par l’officier de police, avec la part de subjectivité que cela suppose.

«Je vous avais prévenu: il y a peu de Gaulois!»

A Paris, le Canonge comprend environ 103 000 hommes, dont 37% de Blancs, 29% de Nord-Africains et 19% de Noirs. Pour l’anecdote, un seul Mélanésien est référencé. «Mes agresseurs avaient entre 18 et 20 ans. Plutôt grands, d’origine maghrébine: je n’avais pas d’autres indications à fournir à la police, se souvient une victime d’agression. J’ai été invité à les reconnaître dans le fichier. J’ai mis une bonne heure: il y avait plus de 2 000 photos.»

Cette proportion de Français d’origine étrangère est encore plus forte parmi les jeunes de certaines banlieues. Ainsi, dans cette commune du Val-d’Oise, où plus de 7 500 hommes âgés de 25 ans sont répertoriés dans le fichier Canonge, les Blancs représentent moins de 2%, de même que les Noirs, contre près de 45% pour les Nord-Africains, soit 3 200 individus. «Je vous avais prévenu: il y a peu de Gaulois!» indique un enquêteur. Dans un département de la grande couronne, comme la Seine-et-Marne, les Blancs constituent la moitié des suspects. Dans les départements ruraux, le taux est plus élevé.

La lecture des mains courantes des commissariats prouve cette répartition inégale. Ces outils recensent le tout-venant de la délinquance: des délits de fuite au vol à la roulotte, en passant par les troubles du voisinage. L’Express a pu en consulter deux, l’une dans un arrondissement chic de Paris, l’autre dans un secteur populaire. Elles ne se ressemblent pas.

Dans le premier cas, les habitants se plaignent plus de cambriolages et de tapages nocturnes que d’agressions ou de trafics de drogue. La main courante mentionne bien un «indésirable» nord-africain, un SDF né au Nigeria et l’interpellation d’un voleur russe, mais peu d’incidents soulignent la problématique de l’immigration. Dans le second cas, en revanche, on note, d’abord, que les faits sont plus nombreux et plus graves: problèmes de rixes avec coups et blessures, de dégradations de biens, de menaces, de violences ou de consommation de stupéfiants, etc. On observe, ensuite, que 73% des auteurs recensés ont un nom à consonance étrangère.

Extraits.

Dans la nuit, Houria est frappée par son frère Samir (2), mais les parents refusent qu’elle porte plainte. Le matin, la police arrête Abdoul pour «menaces de mort et dégradations légères de biens privés». Une heure plus tard, Saïd est interpellé pour avoir frappé et tenté d’étrangler son épouse. Dans l’après-midi, trois individus, Izamona, Kabeya, Ibrahima, sont évincés d’un hall d’immeuble. Ils auraient menacé, à plusieurs reprises, une résidente, qui «commencerait à avoir peur pour sa vie». Plus tard, Jérôme, lui, est interpellé pour usage illégal de produits stupéfiants. Pierre et Michel sont conduits au poste pour avoir insulté et violenté deux agents de la RATP dans le métro. Dans un autre secteur, une femme, victime d’un vol avec violence, est conduite à l’hôpital. Son agresseur est de «type nord-africain, portant des lunettes carrées, un blouson noir et des baskets». Utilisant un gaz lacrymogène, il lui a dérobé son porte-cartes et du liquide. La soirée se termine par de nombreux troubles de voisinage et des différends entre époux. Fait notable: la majorité des victimes semblent, également, issues de communautés étrangères. «C’est le reflet de la population de ces quartiers», explique un officier.

Au bout de la chaîne, l’administration pénitentiaire a depuis longtemps intégré l’aspect ethnique. Le visiteur qui, pour la première fois, pénètre dans une prison en région parisienne le voit immédiatement. Il découvre le vrai visage des détenus: blacks et beurs, à une écrasante majorité. «Nous sommes pris par l’urgence. Nous devons avoir une gestion pragmatique, souligne Jean-François Forget, secrétaire général adjoint de l’Ufap, syndicat majoritaire chez les surveillants. Cela ne date pas d’aujourd’hui. Lorsque j’étais en poste aux Baumettes, à Marseille, on ne parlait que de pizzas et de pâtes aux étages où étaient incarcérés les détenus d’origine italienne.» A la maison d’arrêt de la Santé, à Paris, qui compte plus de 100 nationalités, les ethnies sont réparties selon les bâtiments: Européens au bloc A, Africains au B, Maghrébins au C, etc. Un regroupement qui se fait, souvent, à la demande du détenu lui-même.

Des sociologues, peu suspects de racisme, ont commencé à briser le tabou de la surreprésentation des jeunes issus de l’immigration dans la délinquance. Sébastian Roché, directeur de recherche au CNRS, fut l’un des pionniers. Il y a neuf ans, certains de ses collègues l’ont mis en garde: il forçait le couvercle d’une boîte de Pandore, celle du communautarisme. Il a commencé par définir le concept d’ «origine étrangère». Tâche difficile dans une nation qui s’est construite au rythme des brassages successifs de populations. Le sociologue a considéré que cette origine se définissait par le fait qu’au moins l’un des deux parents était étranger ou né hors de France.

«Faut-il le rappeler? L’écrasante majorité des enfants d’immigrés ne pose aucun problème, tient à souligner Roché, qui a mené plusieurs études à Grenoble et à Saint-Etienne. En examinant les condamnations intervenues de 1985 à 2000 dans l’Isère, il apparaît que 94% des jeunes jugés sont de nationalité française, mais 60% sont d’origine étrangère ou étrangers.» De même, ils sont plus souvent impliqués dans des «faits graves».

«Analyser les discriminations»

Quant à l’explication du phénomène, elle fait l’objet de controverses entre chercheurs. «C’est d’abord la conséquence d’une position sociale: les jeunes délinquants d’origine étrangère sont majoritairement des enfants des quartiers ouvriers, des fils des familles nombreuses les moins armées scolairement et les plus précaires économiquement», soutient Laurent Mucchielli, directeur du Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales (Cesdip) (3). Selon les études de Roché, l’origine sociale n’explique pas tout. «Certes, 80% des jeunes délinquants d’origine maghrébine ont des parents ouvriers ou employés, souligne-t-il. Mais, à niveau socio-économique équivalent, les enfants d’immigrés sont plus délinquants que les autres. L’échec scolaire et un rapport difficile à l’autorité représentent des facteurs déterminants.»

Mais comment évoquer cela sans fissurer davantage notre modèle républicain ni céder au communautarisme? Faute d’un instrument de mesure adapté, les autorités françaises demeurent incapables d’estimer avec précision le phénomène et d’en tirer les leçons. Faut-il instaurer un dispositif ad hoc, qui présenterait l’intérêt d’évaluer le travail policier? C’est l’avis de Laurent Mucchielli: «Ces statistiques, loin d’entériner ou de nourrir un quelconque racisme, seraient au contraire des éléments utiles pour analyser les discriminations dont les personnes étrangères sont fréquemment victimes.»

Les policiers, qui ont pourtant été les premiers à donner l’alarme, sont, eux, partagés. «J’arrête des délinquants, pas des étrangers ou des Français», lance un commissaire. «Si on bâtit un indicateur racial, on va tomber dans le piège de la discrimination et diviser les Français», ajoute un autre. «Un tel outil, fondé à la fois sur des éléments statistiques et sur des analyses sociologiques, permettrait d’expliquer beaucoup de choses, pense, au contraire, Jean-Marie Salanova, patron du Syndicat des commissaires et des hauts fonctionnaires de la police nationale. On ne pourra continuer à ignorer le phénomène très longtemps, non pour stigmatiser, mais pour comprendre. Ce qui serait le moyen d’éviter les réponses simplistes.» «Cela peut être un outil pratique pour les policiers et pour les chercheurs, estime Bruno Beschizza, secrétaire général du syndicat Synergie Officiers. Mais c’est aux politiques de prendre une décision d’une telle importance, car elle doit concilier la recherche de la vérité et la garantie des libertés individuelles, voire religieuses.»

L’Express a contacté plusieurs anciens ministres de l’Intérieur qui n’ont pas souhaité commenter les conclusions de notre enquête. Seul le socialiste Daniel Vaillant ose aujourd’hui briser le tabou. Il se prononce en faveur d’une étude sur le sujet (lire l’encadré). La France, parfois, a du mal à se regarder dans les yeux.
(1) Ce chiffre comprend les infractions liées à l’immigration clandestine.
(2) Pour des raisons d’anonymat, les prénoms ont été changés.
(3) Penser la question de la «surreprésentation des jeunes de l’immigration dans la délinquance», à paraître aux éditions La Fabrique.

«Dépasser la logique ethnique»

Pour Alain Bauer, criminologue, président de l’Observatoire national de la délinquance, la question des personnes issues de l’immigration peut être abordée. A certaines conditions

L’Observatoire national de la délinquance envisage-t-il d’étudier la part prise par les personnes issues de l’immigration? Avez-vous abordé cet aspect dans vos travaux?

Nous en avons discuté de manière informelle au tout début de nos travaux. L’objectif de l’Observatoire est de publier des informations précises à partir de protocoles scientifiques clairs. En la matière, on peut identifier les Français et les étrangers, les majeurs et les mineurs, les hommes et les femmes. D’autres tentatives fondées sur les noms patronymiques, ou les prénoms pour les mineurs, ont amené à présupposer des surreprésentations de certaines populations.

Peut-on sereinement évoquer la question? Cela relève-t-il d’un tabou, selon vous?

On peut parfaitement aborder la question. Ne pas le faire laisse la porte ouverte à tous les fantasmes extrémistes et racistes. Et interdit d’aborder à la fois le diagnostic et les éléments de thérapeutique. Mais ouvrir sans précautions le débat sur les modalités pratiques est susceptible de modifier profondément la nature même de notre manière de vivre, ou d’essayer de vivre, ensemble. De plus, cela pourrait faire oublier que derrière les mis en cause il existe des victimes, habitant les mêmes espaces, originaires de mêmes pays, et souvent de situation sociale comparable.

Un outil statistique permettant d’évaluer ce phénomène existe aux Etats-Unis. Est-ce souhaitable en France?

L’outil statistique américain est celui du recensement. Il fixe non seulement des origines, mais des «couleurs». Il n’a rien démontré de particulier, car un élément de perturbation statistique existe: la plus grande propension des services de police à s’occuper de la criminalité des migrants, suivant une dérive culturelle qui influe y compris sur les policiers issus des mêmes migrations. On gagnerait sans doute beaucoup de temps à dépasser cette logique ethnique pour utiliser les outils de la démographie. Par nature, les populations migrantes sont plus jeunes et plus souvent masculines. Or les jeunes mâles (quelle que soit leur origine) sont par définition plus actifs que les vieilles dames…

«Pour un observatoire indépendant»

Daniel Vaillant, ancien ministre de l’Intérieur, sous Lionel Jospin, estime qu’un tel outil serait le seul moyen de lever le tabou sur l’origine des délinquants

Pensez-vous qu’il soit nécessaire de réformer les statistiques de la police afin d’y faire apparaître l’origine des délinquants?

Je crois que cette question pourrait être confiée à un observatoire indépendant qui recueillerait les données avec toute la confidentialité nécessaire. Il faudrait, bien sûr, l’accord et le contrôle de la Cnil. Cela serait, je pense, le seul moyen de lever un tabou sans pour autant faire de ces chiffres un objet de polémique.

Vous regrettez l’utilisation «politicienne» des chiffres de la délinquance…

Oui. En France, on a pris la mauvaise habitude de se «bagarrer» sur ces chiffres qui reflètent plus le résultat du travail de la police que la réalité de la délinquance. On constate ainsi que, si les policiers «lèvent le pied», les statistiques s’améliorent, ce qui est l’inverse de l’objectif recherché. Et puis les chiffres eux-mêmes peuvent être contradictoires. Par exemple, nous avions, dans le Ier arrondissement de Paris, une montée des faits délictueux de 19% en juillet 2001, alors que le reste de la capitale était à la baisse. C’était, en fait, le résultat de la possibilité de déposer une plainte dans n’importe quel commissariat. Et, du coup, celui du Ier arrondissement récupérait tous les passagers du métro et du RER provenant de la station Châtelet-les Halles. Il faut donc se garder des interprétations hâtives. Plus largement, je crois que les républicains ne doivent pas instrumentaliser ces problèmes pour en espérer un gain politique. Il faut, au contraire, les traiter dans la continuité avec le maximum d’objectivité.

Voir aussi:

In France, Prisons Filled With Muslims
Washington Post
April 29, 2008

SEQUEDIN, France — Samia El Alaoui Talibi walks her beat in a cream-colored head scarf and an ink-black robe with sunset-orange piping, an outfit she picked up at a yard sale.

After passing a bulletproof window, El Alaoui Talibi trudges through half a dozen heavy, locked doors to reach the Muslim faithful to whom she ministers in the women’s cellblock of the Lille-Sequedin Detention Center in far northern France.

It took her years to earn this access, said El Alaoui Talibi, one of only four Muslim holy women allowed to work in French prisons. “Everyone has the same prejudices and negative image of Muslims and Islam,” said Moroccan-born El Alaoui Talibi, 47, the mother of seven children. “When some guards see you, they see an Arab; they see you the same as if you were a prisoner.”

This prison is majority Muslim — as is virtually every house of incarceration in France. About 60 to 70 percent of all inmates in the country’s prison system are Muslim, according to Muslim leaders, sociologists and researchers, though Muslims make up only about 12 percent of the country’s population.

On a continent where immigrants and the children of immigrants are disproportionately represented in almost every prison system, the French figures are the most marked, according to researchers, criminologists and Muslim leaders.

“The high percentage of Muslims in prisons is a direct consequence of the failure of the integration of minorities in France,” said Moussa Khedimellah, a sociologist who has spent several years conducting research on Muslims in the French penal system.

In Britain, 11 percent of prisoners are Muslim in contrast to about 3 percent of all inhabitants, according to the Justice Ministry. Research by the Open Society Institute, an advocacy organization, shows that in the Netherlands 20 percent of adult prisoners and 26 percent of all juvenile offenders are Muslim; the country is about 5.5 percent Muslim. In Belgium, Muslims from Morocco and Turkey make up at least 16 percent of the prison population, compared with 2 percent of the general populace, the research found.

Sociologists and Muslim leaders say the French prison system reflects the deep social and ethnic divides roiling France and its European neighbors as immigrants and a new generation of their children alter the demographic and cultural landscape of the continent.

French prison officials blame the high numbers on the poverty of people who have moved here from North African and other Islamic countries in recent decades. “Many immigrants arrive in France in difficult financial situations, which make delinquency more frequent,” said Jeanne Sautière, director of integration and religious groups for the French prison system. “The most important thing is to say there is no correlation between Islam and delinquency.”

But Muslim leaders, sociologists and human rights activists argue that more than in most other European countries, government social policies in France have served to isolate Muslims in impoverished suburbs that have high unemployment, inferior schools and substandard housing. This has helped create a generation of French-born children with little hope of social advancement and even less respect for French authority.

“The question of discrimination and justice is one of the key political questions of our society, and still, it is not given much importance,” said Sebastian Roche, who has studied judicial discrimination as research director for the French National Center for Scientific Research. “We can’t blame a state if its companies discriminate; however, we can blame the state if its justice system and its police discriminate.”

As a matter of policy, the French government does not collect data on race, religion or ethnicity on its citizens in any capacity, making it difficult to obtain precise figures on the makeup of prison populations. But demographers, sociologists and Muslim leaders have compiled generally accepted estimates showing Muslim inmate populations nationwide averaging between 60 and 70 percent.

The figures fluctuate from region to region: They are higher in areas with large concentrations of Muslims, including suburban Paris, Marseille in the south and Lille in the north.

Inside the prisons, El Alaoui Talibi and her husband, Hassan — a rare husband-wife Islamic clerical team — are struggling to win for Muslim prisoners the same religious rights accorded to their minority-Christian counterparts. Hassan is an imam. Samia has received religious training and can counsel the faithful, but under Islamic practices she cannot become an imam. The prison system has only 100 Muslim clerics for the country’s 200 prisons, compared with about 480 Catholic, 250 Protestant and 50 Jewish chaplains, even though Muslim inmates vastly outnumber prisoners of all other religions. “It is true that we haven’t attained full equality among religions in prisons yet,” said Sautière, the national prison official. “It is a matter of time.”

In recent years, the French government’s primary concern with its Muslim inmate population has been political. French national security officials warned prison authorities in 2005 that they should work to prevent radical Muslims from inciting fellow prisoners. A year later, the French Senate approved a bill giving the country’s national intelligence agency broad authority to monitor Muslim inmates as part of counterterrorism efforts.

Prison authorities began allowing carefully vetted moderate imams into prisons in hopes of “balancing the radical elements,” said Aurélie Leclerq, 33, director of the Lille-Sequedin Detention Center.

Hassan El Alaoui Talibi, 52, who moved to France from Morocco as a student, is the national head of France’s prison imams and typical of the kind of moderate Muslim figure the French government seeks for its prison system.

El Alaoui Talibi delivers his Friday sermons with carefully chosen words, he says. He avoids politics and other subjects that might seem remotely inflammatory. He sticks to counseling convicted drug dealers, murderers and illegal immigrants in matters of faith and respect.

But not all the Muslims at Lille-Sequedin share those moderate views. Last year a disgruntled inmate blared a taped religious sermon into the prison courtyard. Prison officials deemed its message inflammatory and sent the prisoner to solitary confinement.

El Alaoui Talibi described years of struggle to win even modest concessions from prison directors. He recalled the first prison visit he made, a decade ago: He was forced to wait an hour and a half to meet with inmates. “If I hadn’t been patient, I would have left,” said the soft-spoken former high school teacher who became a prison imam after seeing so many of his students get in trouble with the law for petty offenses and end up hard-core criminals after prison stints.

Today, working in France’s newest prison — the sprawling, three-year-old Lille-Sequedin center — the El Alaoui Talibis say they are more accepted than some Muslim colleagues at other prisons. Prison officials rejected requests by The Washington Post to visit some of the system’s older, more troubled prisons.

On a recent Friday, Hassan El Alaoui Talibi, a man with soulful eyes and a beard with the first hints of gray, made his way with a reporter through the men’s wings, collecting prisoners’ notes from mailboxes shared with Catholic and Protestant chaplains. At one point, several new inmates returning from sports practice surrounded him, requesting personal visits. He scribbled their names and cell numbers on a scrap of paper.

Many of the Muslim inmates in this prison just west of Lille are the children and grandchildren of immigrants who were brought to the northern region decades ago to work in its coal mines.

El Alaoui Talibi moved on to a small room overlooking a tiny garden courtyard and tugged at prayer mats stacked in a closet beside a rough-hewn wooden cross. Every other Friday, he transforms the room into a mosque for some of the male Muslim faithful of the prison. One of his most frequent sermon topics is food.

“He tells us not to throw away prison food just because it isn’t halal,” or compliant with Islamic dietary law, said a 33-year-old former civil servant, a man of Algerian descent who attends the twice-monthly prayer meetings. French prison rules prohibit journalists from identifying inmates by name or disclosing their crimes.

The refusal of prison officials to provide halal food, particularly meat products, is one of the biggest complaints of Muslim inmates across France and has occasionally led to cellblock protests.

For many years, prisons have allowed Muslim prisoners to forgo pork products — and statistics tracking prisoners who refuse pork is an accurate barometer of the Muslim population in a prison, according to researchers. But cutting out pork is a long way from the full halal regimen. Only recently, did the prisons stop using pork grease to cook vegetables and other dishes.

“If you want to comply with your religion, you don’t have a choice — you have to become vegetarian,” said the convicted civil servant, a compact man who works in the prison library. “We have access to a prison store with two halal products: halal sausage and a can of ravioli.”

Prison officials say it is too expensive to provide halal meals. “We’d like to buy fresh meat, but we can’t,” said Leclerq, whose prison office is decorated with plush bears.

Muslim inmates said they sense other religious snubs. Christians are allowed packages containing gifts and special treats from their families at Christmas, but Muslims do not receive the same privilege for the Ramadan holy days. “We’re careful not to call them Christmas packages because Muslims would ask for Ramadan packages,” Leclerq said. “We call them end-of-the-year packages. We can’t use a religious term or some people get tense.”

Hassan El Alaoui Talibi said the French prison system has made progress since he began his ministry a decade ago. Last year the government set guidelines for all prisons to follow on religious practices, rather than allowing directors to arbitrarily set their own rules.

Prison imams met with Justice Minister Rachida Dati last month with a list of continuing requests, including more imams and training for prison guards to help them better understand religious differences.

A 31-year-old woman of Algerian descent with a youthful face and black, wavy hair tied carelessly in a ponytail welcomed Samia El Alaoui Talibi on a recent morning with double kisses on the cheeks.

“Arriving here was a nightmare,” said the woman, one of about 150 female inmates. “I was crying, I couldn’t believe I was here.

“Then I saw this woman wearing a head scarf,” she said, smiling toward Samia. “I could tell she was here to help me. I call her my angel.”

Researcher Corinne Gavard contributed to this report.

Poking Around the Prisons
April 28, 2008

Today we’re inaugurating a new feature called Field Notes to give you a sense of the story behind the story. These journals — a glimpse at the way our correspondents work — will occasionally accompany dispatches from abroad on the web and in print.

PARIS, April 28–Four months ago, I was poking around the filthy, cobweb-encrusted kitchen of an abandoned prison in the southern France tourist town of Avignon.

The government had hopes of a fancy hotel chain buying a former prison — built in 1865 — and turning it into a luxury resort. I was there to do a feature on the attempted conversion.

I spotted an old chalk board on the kitchen wall with a list of the numbers of meals served up on the last day the prison was open in 2003. There were cryptic letters next to some of the columns. The letters turned out to represent the number of meals served to Muslim inmates.

Of 326 prisoners, 171 — or 52 percent — were Muslim.

It seemed like an unusually high figure for a country where an estimated 12 percent of the general population is Muslim.

I started doing more poking.

But in a nation that doesn’t allow its government agencies to collect data on race, religion or ethnicity, prison officials declined to discuss any such numbers.

Our Paris bureau researcher, Corinne Gavard, and I began looking for other sources.

We found a gold mine in an earnest young man named Moussa Khedimellah, who’d spent four years inside French prisons interviewing inmates as a researcher for book about Muslims in French and British prisons. In a field where few people have done serious research because of the difficulty of getting access to the prisons and the lack of official data, Khedimellah and his colleagues had gathered some of the most comprehensive and insightful data available.

We then began contacting imams who worked inside the prisons.

But I wanted to go inside the prisons myself.

Our request to visit the largest prison with one of the most troubled Muslim populations just outside of Paris was rejected by the authorities, who said they didn’t have a proper room to welcome us.

Our request at a second prison was turned down because the director was new and hadn’t dealt with journalists yet.

After dozens of phone calls and letters, and with the help of an unusual couple — Hassan and Samia and El Alaoui Talibi , a husband-wife team ministering to Muslims in prisons in the Lille area — we were given permission to visit Lille-Sequedin Detention Center near the northern city of Lille.

The prison is France’s newest and is a virtual penal showcase. It was large, airy and clean. Most prisoners had private cells with their own shower and bathroom. The director was a 33-year-old woman who is featured in the prison system’s latest recruiting film for new administrators.

I kept thinking back to my tour of the 143-year-old prison in Avignon where this story idea was hatched in front of a kitchen blackboard.

The taxi driver who took us to the prison told us he used to be a dental assistant at the old Avignon prison before it closed five years ago.

“They had rats in there as long as your arm,” he said, taking his arm off the steering wheel to demonstrate the rodent size.


Irak: Le Monde avoue discrètement qu’il publie des chiffres bidonnés (How to lie with numbers: a short guide by Le Monde)

15 avril, 2008
Survey saysUne étude effectuée sur place par l’institut britannique Opinion Research Business avançait, en juillet 2007, le chiffre total de 1,2 million de morts. L’armée américaine ne fournit pas de bilan des victimes irakiennes. Selon Human Rights Watch, les vingt années de règne de Saddam Hussein auraient coûté la vie de 250 000 à 290 000 civils irakiens, victimes des guerres non comprises. Le Monde du 23.03.08 (“Victimes irakiennes: de 220 000 à 1,2 million“)
En Irak, le CRED a évalué le bilan, jusqu’en juin 2006, entre 120 000 et 130 000 morts (…) Le Monde du 11.04.08 (“Les bilans des morts de guerres, enjeux politiques”)

Après la Cisjordanie, Gaza, le Liban

Le Monde avoue discrètement qu’il publie des informations bidonnées

Cinq ans après le début de la guerre en Irak, une vaste étude du CRED, publiée dans la plus grande discrétion, confirme la surévaluation systématique des bilans humains de l’intervention anglo-américaine, que le Monde avait mis en avant pour condamner l’invasion de l’Irak.

On apprend ainsi, d’un journal qui nous avait déjà fait le coup avec les fausses “colonnes infernales” et les suicides des soldats américains et qui en un mois passe tranquillement de 1,2 million à 120 000 victimes (voir plus haut, avec la comparaison particulièrement éclairante… des 250 000 victimes de Saddam en 20 ans!) et au milieu de toutes sortes d’autres chiffres (Congo, Kosovo, Darfour) pour bien noyer le poisson …

Qu’en fait ces chiffres sont des extrapolations recueillies à la manière des sondages sur la base d’enquêtes amalgamant les victimes non seulement des guerres mais de leurs conséquences (sous-alimentation, maladies, manque d’accès aux soins) qui, du fait des a priori des “sondés” (”discréditer l’occupant, recevoir plus d’aide”) comme des techniques utilisées ou de l’engagement politique de ses auteurs, peuvent facilement varier… de un à dix!

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